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Camille (Master Lettres Classiques), "Rhinocéros"

 

Tout semble paisible dans la vie de Bérenger, il a des amis, une fiancée, un travail. Le personnage emblématique de l’œuvre d’Eugène Ionesco, se retrouve incrusté dans un cadre des plus banals. Mais c’était sans compter sur l’irruption bruyante, effrayante et, n’ayons pas peur des mots, absurde d’un rhinocéros en plein centre-ville. « Cela ne devrait pas exister », s’étonne même l’épicier. Mais une fois le choc passé, le nombre d’animaux augmente, tandis que le nombre d’habitants ne cesse de décroître. Voilà l’histoire que Ionesco offre à la lecture. C’est cette intrigue déroutante qui m’a tout de suite attirée et donné envie de lire cette pièce.

En plus de mettre en mot une histoire des plus originales, Ionesco signe avec Rhinocéros, une pièce à la dramaturgie riche, qui se dévoile tout au long de la lecture. Une scène m’a particulièrement marquée, celle de la transformation en rhinocéros de Jean, l’ami de Bérenger. On retient son souffle en lisant ces pages au rythme saccadé et rapide, marqué par les entrées et sorties incessantes de Jean, dont chaque retour sous les projecteurs met en lumière une nouvelle étape de la métamorphose. Cette scène n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, et contribue, à mon goût, à nous faire prendre du plaisir en découvrant, ou redécouvrant, l’œuvre.

« Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! »

A tout cela, se mêle astucieusement la dénonciation de l’idolâtrie et des totalitarismes en plein cœur du XXème siècle, incarnés par la terrible épidémie de « rhinocérite » qui ensorcelle plus qu’elle ne contamine les habitants. Cri de résistance ou aveu de folie de Bérenger face à une ville qui s’est laissée conquérir par cette étrange maladie, personne ne sait, mais ce magnifique personnage, dernier humain, esprit libre, ne cédera jamais à la tentation de ressembler à tout le monde.

C’est une œuvre théâtrale d’une incroyable richesse, et captivante que j’ai choisie de vous présenter, et qui n’a fait qu’accroître mon amour pour la littérature de ce siècle.