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Intervention d’Yves Serra


Yves Serra a dirigé une société de services informatiques du groupe Publicis pendant dix ans, il est aujourd’hui consultant en organisation, et inscrit en Master de philosophie.
 
 
 
Publicis, 3ème groupe de communication mondial, a vu son activité digitale passer de pratiquement rien à 42 % du chiffre d’affaire en 2015. C’est la traduction la plus évidente de ce qu’on appelle la révolution digitale. Quel impact a la révolution digitale sur nos entreprises ? Et comment cette révolution permet-elle d’envisager un lieu de rencontre commun avec la philosophie ? La révolution digitale, l’explosion des usages portés par Internet, a eu principalement trois effets sur l’activité de la filiale technique ces dix dernières années : la croissance exponentielle ; le changement d’échelle des prestations, les clients souhaitant une communication mondialisée et, donc 24/7 ; et une très grande incertitude sur l’échelle de temps des investissements. La situation d’incertitude est beaucoup plus fondamentale qu’un simple changement d’outil, aussi bien pour les clients que pour les salariés du secteur. La révolution digitale a aussi pour conséquence de déstabiliser les intermédiations, ce qu’on a appelé l’Ubérisation de l’économie. Ce changement interroge l’essence même des entreprises et leur capacité à s’adapter. Ici, l’apport du questionnement socratique est une vraie opportunité. Celle d’une clarification des concepts par une approche ontologique du terrain concurrentiel est d’une évidente nécessité.
Mais deux conditions semblent nécessaires : le tempo et la diplomatie. D’une part, la réflexion de long terme apparaît aujourd’hui comme un luxe que ne pensent pas pouvoir s’offrir la plus grande partie des directions d’entreprise soumises à la pression des clients, des collaborateurs et des financiers. D’autre
part, la légitimité de l’intervention d’un tiers externe est toujours à construire, et encore plus quand il s’agit d’une modalité d’intervention qui n’est pas habituelle. Ces deux conditions posées, l’ampleur exceptionnelle des changements socio-économiques constitue certainement une opportunité de collaboration fructueuse entre entrepreneurs et philosophes.