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Interview

Les forêts de la Grande Guerre par Jean-Paul Amat

Jean-Paul Amat, agrégé de géographie et docteur d’État ès lettres et sciences humaines, est professeur émérite de l’Université Paris-Sorbonne. 

La Lettre de Paris-Sorbonne : dans l’imaginaire collectif, la première guerre mondiale, ce sont de vastes plaines et l’horreur des tranchées. Pourquoi s’être intéressé aux forêts ? Permettent-elles d’appréhender ce conflit autrement ?

Jean-Paul Amat : Sur ses 700 km de longueur, le front suivait les lisières de nombreuses forêts, en traversait d’autres ou, comme dans les Vosges, ne quittait guère le couvert boisé. Couturées de tranchées et d’excavations, grêlées d’entonnoirs d’explosion, les forêts du front furent compagnons du soldat, lui prodiguant abri et réconfort. Elles furent exploitées pour leurs ressources, constantes contributrices à l’aménagement des lignes. Elles jouèrent aussi, avec les forêts de l’intérieur du pays, un rôle majeur dans l’économie de guerre.

L.P.S : Les forêts, terrains changeant par définition, conservent-elles des traces visibles de cette guerre ?

J.-P. Amat : Survivants ou nés il y a 90 ans sur une “zone rouge” où l’on pensait que rien ne repousserait jamais, les arbres et les forêts de la guerre portent une double mémoire, biologique et minérale. Ils conservent magnifiquement réseaux de défense et bâtis militaires ; les arbres survivants, vraies « gueules cassées », témoignent aussi pour qui sait les lire. Ces diversités forestières, biologiques et paysagères sont aujourd’hui reconnues par des labels et des classements. Ainsi – curieux paradoxe ! – la forêt domaniale qui recouvre le champ de bataille de Verdun a-t-elle été classée, en 2010, site natura 2000, au titre d’habitats d’espèces animales et végétales protégées.

L.P.S : Votre livre participe-t-il à une volonté de valorisation des forêts comme lieux de mémoire ?

J.-P. Amat : Oui, je considère que ce livre participe de la découverte et de la valorisation des traces et des témoignages des combats que ces forêts, survivantes du champ de bataille ou plantées après le conflit, ont contribué, tels des « linceuls », à protéger des érosions du temps. Il prend acte aussi du fait que la société a une conscience accrue que le patrimoine est une combinaison dynamique de faits de nature et de faits de culture qui, inscrits dans la mémoire individuelle et collective, sont gage de l’aménité des cadres de vie.

AMAT J.-P, Les forêts de la grande guerre, histoire, mémoire, patrimoine
Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2015
Nombre de pages : 548

La lettre de Paris-Sorbonne