Separation
Newsletter

Le théâtre classique à l’honneur

Interview de Georges Forestier, professeur à Paris-Sorbonne

Sorbonne Universités a ouvert le 15 octobre sur la plateforme edX un premier MOOC en sciences humaines réalisé par Paris-Sorbonne. Georges Forestier, titulaire de la chaire des Études théâtrales du XVIIe siècle à Paris-Sorbonne, fait découvrir les coulisses du théâtre et les œuvres qui ont traversé les siècles. Il revient sur cette expérience.

Paris-Sorbonne : Pourquoi avez-vous choisi de réaliser un MOOC ?

Georges Forestier : Le président Jobert m’a demandé de réaliser ce premier MOOC car il souhaitait démarrer par une image forte correspondant à ce qu’est la Sorbonne aujourd’hui. Or, justement, le théâtre classique est un domaine « traditionnel », mais son approche a été entièrement renouvelée au cours des dernières décennies.

PS : Quels changements apportent selon vous les MOOCs dans les interactions entre le professeur et ses apprenants ?

GF : Il est pour le moment prématuré de dresser un bilan. Un de mes doctorants a d’ailleurs été engagé pour animer la communauté, répondre aux questions et justement nous faire un retour d’expériences.

PS : Quels sont les défis que vous avez eu à relever ?

GF : La réalisation d’un MOOC demande un temps considérable, car la difficulté consiste à s’adresser à un public masqué par une caméra. Rien à voir avec un cours d’amphi devant des étudiants devant qui on peut hésiter, se reprendre, car ce sont les éléments d’une forme de dialogue : le public du MOOC exige un discours continu, sans la moindre hésitation ni bafouillage. Bref, pour aboutir à 10 heures et demie de cours montés et illustrés, plus de 50 heures de captation ont été nécessaires. Heureusement que l’équipe (Christèle Goulevant, Guillaume Prost, Thierry Spilka et les autres techniciens du service audiovisuel) a été formidable et que j’ai reçu l’aide de Pascale Langlois et Oriane Morvan pour la recherche d’illustrations destinées à accompagner l’image principale (autre secteur qui consomme beaucoup de temps).
Mais j’ai découvert ensuite que, après la réalisation du MOOC, il faut procéder à l’élaboration d’exercices (devoirs corrigés par les pairs, QCM, questions diverses, etc.) et que cela prend aussi un temps considérable.

PS : Quel est, selon vous, l’aspect innovant du MOOC sur le plan pédagogique ?

GF : De mon point de vue, le MOOC s’inscrit dans un changement plus général qui s’est produit dans l’enseignement supérieur : l’utilisation du numérique. Depuis plusieurs années, j’assure tous mes cours en m’aidant de mon ordinateur : tout en parlant, je montre, j’illustre, je fais réfléchir sur des textes complémentaires montrés en direct, etc. Une révolution !

PS : En tournant le MOOC, imaginiez-vous un public particulier ? Est-ce que cela a orienté votre façon de le réaliser ?

GF : Non, il y a nécessairement plusieurs publics, et c’est pourquoi je me suis efforcé de faire un cours à la fois introductif et de même niveau d’exigence qu’un cours de licence 3. Il me semble que, si un MOOC s’adresse d’abord à un public en activité (formation continue), il servira aussi de cours de complément pour les étudiants salariés. Un dernier public intéressé devrait être celui de l’étranger. Nous devrions savoir, par le biais d’edX, l’origine des membres inscrits. L’idéal serait que ce MOOC soit bientôt associé à un SPOC (Small Private Online Course) qui est un cours en ligne en petit groupe privé (TD amélioré).

PS : Pour un enseignant, les nouvelles formes d’apprentissage sont une profonde remise en question. Les MOOC vont-ils conduire les enseignants à modifier leurs cours en présentiel ?

GF : C’est le numérique qui change la manière d’enseigner ! Pour les MOOCs, je ne pense pas que les étudiants seront moins nombreux dans les amphithéâtres. Nous mettrons beaucoup de temps avant d’avoir une importante offre de MOOCs ; en outre, nous ne pourrons jamais couvrir toutes les disciplines ni même l’étendue de l’offre de Paris-Sorbonne. Je perçois donc les MOOCs dans une grande université comme un extraordinaire facteur de dynamisation. 

Lettre interne - octobre 2015

Actualités

1er septembre : ouverture des inscriptions.

À partir du 15 octobre et jusqu’au 30 novembre 2015, pendant six semaines, un cours d’une heure sera en accès libre sur la plateforme américaine edX.

Une séance demande 1 à 2 heures de travail personnel qui consiste, notamment, en lecture d’ouvrages.
Ce premier ensemble de 6 cours sera complété par 6 autres à la rentrée 2016.

Le MOOC s’adresse à un large public, de néophytes, de curieux et bien évidemment d’amateurs de théâtre.

UN MOOC, C'EST QUOI?

Un MOOC – Massive Open Online Courses – est conçu pour pouvoir être suivi intégralement en ligne. Comme pour un cours universitaire traditionnel, il peut s’agir d’une séance ou bien d’une suite articulée de plusieurs séances. 

Vidéo