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Léonard (Licence Lettres Modernes) - "Dans la solitude des champs de coton"

 



Dans la solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès

 

J’ai choisi La solitude des champs de coton de Koltès car il a su trouver les bons instruments pour parler de ce qui nous touche le plus, même s’il ne le fait pas toujours d’une manière réaliste ! Chez Koltes, malgré une écriture choc, on ne sent jamais le désespoir.

Cette pièce de théâtre tire sa puissance de l’atmosphère glaçante et oppressante de deux solitudes antagonistes. Elle nous plonge dans l’abîme de l’âme humaine et de ses interactions : un duel entre chien et loup où les mots sont des armes.

Les échanges entres les personnages dévoilent ce qu’exulte le corps dans la séduction, abordant les méandres de la question du désir, du choix et de la séduction. Leur relation est éphémère mais violente, tout comme les interactions humaines où l’on cherche à séduire et pervertir pour créer l’envie.

 

" Le client : Je ne marche pas en un certain endroit et à une certaine heure ; je marche, tout court, allant d’un point à un autre, pour affaires privées qui se traitent en ces points et non pas en parcours ; je ne connais aucun crépuscule ni aucune sorte de désir et je veux ignorer les accidents de mon parcours. "

 

 

Ce microcosme renferme tout ce qui façonne l’âme humaine et reflète nos plus viles émotions primaires, qui sont, en un mot, notre animalité. La pièce est construite de manière ascendante : l’ambition affichée du dealer est d’obliger le client à se dévoiler par tous les moyens, à répondre au manque fondamental, à cracher un peu de sa vérité.

C’est le dévoilement de cette vérité, notre vérité enfouie, que seul l’individu concerné peut désirer connaître. Vendre et créer le désir est le propre de la société dans laquelle nous faisons partie.
Chez Koltès, le désir profond qui anime les personnages dans leur danse macabre est une mise à mort symbolique de chacun par l’autre. La question est de savoir qui résistera le mieux aux coups et qui arrivera à déposséder l’autre dans la durée pour le déguster. Jean Baudrillard se plaisait à penser que « chacun veut son autre ».