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Le MuCEM, un écrin pour la nouvelle identité culturelle de Marseille

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Un musée qui fait le lien entre le passé et le présent de la ville. Pixabay, CC BY-SA Marie-Alix Molinié-Andlauer, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

La ville de Marseille s’est dotée en 2013 d’un nouveau musée emblématique : le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM). En plus de son architecture iconique, le musée est en lien direct avec la ville de Marseille. Sa situation lui confère une position dominante face à la mer Méditerranée, tel un phare signifiant le rivage et répondant à la rive opposée. Il lie par la culture autant le nord et le sud de la Méditerranée que les quartiers nord et sud de la ville. The Conversation

La fermeture du Musée National des arts et traditions populaires, ou MNATP (musée pensé en 1937 par le muséologue français Georges-Henri Rivière, puis transféré à proximité du jardin d’acclimatation en 1972) en 2005 a permis au musée marseillais d’hériter de sa collection. Ainsi, il devient le premier musée national construit en dehors de Paris.

Ouvert le 7 juin 2013, le MuCEM s’intègre dans une double dynamique : la délocalisation des structures de la Culture, avec la création de lieux culturels dans la cité phocéenne (aujourd’hui la ville compte vingt-six musées) et l’indispensable restructuration urbaine du front de mer près de la Joliette, ancienne zone industrialo-portuaire de la ville.

Pour Marseille, le musée est une infrastructure indispensable, en tant que gage d’une « offre urbaine de haut niveau » qui resitue la ville à l’échelle européenne.

L’intégration de la dimension culturelle sur le territoire marseillais

L’identité culturelle de la ville de Marseille existe déjà, depuis le football avec l’équipe de l’Olympique de Marseille et son fameux stade Vélodrome, aux lieux remarquables (Notre-Dame de La Garde, le Vieux-Port, le Palais Longchamp, château d’If), en passant par la gastronomie provençale, ou encore des sites naturels exceptionnels (parc naturel des calanques, plages), sans oublier la gastronomie et la fameuse bouillabaisse.

La culture institutionnelle est bien ancrée sur le territoire marseillais. Elle est valorisée par le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international qui a attribué à la région Provence Alpes Côte d’Azur d’un des « 20 contrats de destination » en juillet 2016, sous le nom « Les Arts de vivre en Provence ».

Cependant, les institutions muséales de référence vouées aux arts et aux sociétés sont plus clairsemées, bien que la ville de Marseille dénombre 26 musées.

La désignation de la deuxième ville française comme Capitale européenne de la culture en 2013 a impulsé de nouvelles dynamiques économiques, sociales et culturelles à la ville, déjà encouragées depuis 1995 par le projet d’aménagement urbain en deux volets « Euroméditerranée », le plus important d’Europe du Sud, impulsé par le processus de Barcelone.

En effet, le MuCEM fait partie des éléments structurants d’Euroméditerranée 1, espace urbain qui s’étend sur 311 hectares, et 2,7 kilomètres de front de mer façonnés par les grues et les esplanades en béton. Ce projet urbain de réaménagement du front de mer marseillais, qui valorise le paysage métropolitain de la ville de Marseille a été repensé en 2007 pour poursuivre les transformations au nord de la ville sur 170 hectares supplémentaires (Euroméditerranée 2). Ainsi l’ensemble du projet a généré 35 000 emplois, la création de plus d’1 million de m² de bureaux et de 18 000 logements neufs.

De plus, comme l’explique le rapport interministériel de 1998, l’intérêt de ce projet était de permettre à la ville de retrouver son dynamisme, en rayonnant à l’international par le prisme d’établissements culturels qui exercent un pouvoir d’attraction, pour les Marseillais, les habitants de la région PACA, les touristes (français et étrangers) et les entreprises.

Par conséquent, ce musée participe à un processus de visibilité et de rayonnement de la ville au-delà de ses frontières provençales.

De surcroît, le MuCEM s’inscrit parfaitement dans la demande initiale du processus de Barcelone qui souhaite faire de la Méditerranée un espace politique pacifié. Cette institution muséale se situe dans ce projet plus global « pour la Méditerranée dont il redessine l’horizon, désormais point de rencontre de ses deux rives ».

En effet, lors de sa construction, le musée s’est revendiqué comme étant un « pont », « un véritable trait d’union » entre les rives nord et sud du bassin méditerranéen. Il sera « un lieu de connaissances et d’échanges autour des enjeux du passé, du présent et du futur » de l’espace européen et méditerranéen.

Ainsi, en plus d’être un pont entre les rives du pourtour méditerranéen il incarne, par sa situation dans la ville, la jonction entre les quartiers nord et sud.

L’emplacement de cette infrastructure culturelle symbolise une des fonctions de la culture, la fonction sociale qui lie les individus entre eux, au-delà des clivages sociaux, culturels, territoriaux et économiques.

Instaurer un rayonnement supra-national

Par ailleurs, la stratégie d’implantation du MuCEM, au nord du Vieux-Port, tente d’impacter un public plus large, pour envisager un rayonnement supra-national (européen mais aussi méditerranéen). En effet, les infrastructures sont repensées pour accueillir un flux touristique important, que ce soit la gare Saint-Charles avec l’ouverture de la LGV en 2001 et qui a accueilli 10 885 000 voyageurs en 2015.

Autre atout, l’aéroport international Marseille-Provence à Marignane, qui a accueilli 8,5 millions de passagers en 2016, soit 2,6 % de plus qu’en 2015, témoigne de l’attractivité de la région à différentes échelles – 40,9 % du trafic aérien étant national et 59,1 % international. De plus, le Grand port maritime de Marseille, reliant la Corse et la Sardaigne puis le Maghreb (Algérie et Tunisie), a atteint les 2,5 millions de passagers en 2015, soit une augmentation de 3,3 % par rapport à 2014. S’ajoutent à cela les infrastructures autoroutières.

Marseille dispose de toutes les infrastructures nécessaires pour recevoir les touristes, visiteurs ou locaux.

L’institution muséale devient aussi un facteur de développement territorial et sociétal. La mission « Musées du XXIᵉ siècle » demandée par la ministre de la Culture, Audrey Azoulay et rendue publique en mars 2017 a permis de faire l’état des lieux des musées actuels et de questionner l’évolution de ces institutions qui tentent de faire sens autant sur les territoires, que pour les sociétés.

L’impact du musée

La création d’un musée s’accompagne d’un discours, souvent orienté vers l’expérience muséale unique que celui-ci pourra conférer au public, mais aussi d’un contenant iconique, de « starchitecture », lui conférant un statut de haut lieu culturel, patrimonial et par conséquent touristique, indispensable à visiter. Depuis une quarantaine d’années, le contenant (l’architecture même du musée) est devenu une caractéristique déterminante pour créer l’événement et attirer les visiteurs en ces lieux. En faisant appel aux architectes Rudy Ricciotti et Roland Carta pour la réalisation du bâtiment J4, l’institution a misé sur une architecture emblématique caractérisant le Marseille en devenir. Cette création ex nihilo est corrélée à la restauration du Fort Saint-Jean, un des trois bâtiments du site culturel (le fort Saint-Jean, le J4 et le Centre de conservation et de ressources).

Depuis son ouverture au public, le site du MuCEM a accueilli plus de 6,5 millions de visiteurs cumulés. Pour 2015 et 2016, le nombre de visiteurs était stable, (plus de 1,4 million de visiteurs), alors que de 2014 à 2015 la fréquentation a baissé de 26 %.

La restauration de ce fort incarnant le passé d’une ville défensive (construit à la demande de Louis XIV au XVIIᵉ siècle pour protéger la ville des attaques), et situé en zone transitionnelle entre la ville et le MuCEM, a été relié au J4, monument phare du site culturel et synonyme de renouvellement du paysage urbain.

Par cette mise en perspective, la ville de Marseille propose un dialogue entre son passé et son avenir, entre les temps et les espaces.

Ville et musée s’interpénètrent par cette entrée progressive dans un lieu consacré à l’art et la culture. Cette double dialectique est matérialisée par deux passerelles facilitant l’entrée dans le musée : le musée se veut inclusif, dans sa conception même. L’organisation architecturale du MuCEM démontre l’envie de créer du sens entre le contenant et le contenu, comme en témoigne le Centre de Conservation et de Ressources (CCR), conçu par Corinne Vezzoni, et véritable coulisses du MuCEM. Situé plus en retrait, il se caractérise par une politique toute en transparence et en ouverture.

Le MuCEM cherche à inclure ces territoires témoins du passé de la ville de Marseille et propose un éclairage sur les civilisations européennes et méditerranéennes. Le musée prend donc ici toute son ampleur : il influence l’échelle la plus locale, en dynamisant le territoire marseillais et son ancien front de mer désindustrialisé, jusqu’à l’échelle du bassin méditerranéen.

Marie-Alix Molinié-Andlauer, Doctorante en Géographie, Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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