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Article actualisé le 26 février 2009


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Chronique de Gabrielle J. Jullian - "Les Hommes aussi ont besoin d’amour" d’Yves Lériadec

Livre

Les Hommes aussi ont besoin d’amour, Yves Lériadec, Gallimard, "L’Arpenteur", octobre 2007.

Le titre de l’ouvrage est trompeur, car ce n’est pas, comme on pourrait le croire, l’un des nombreux rejetons de la saga de Mars et Vénus. C’est d’un recueil de nouvelles qu’il s’agit, un recueil assez réussi.

A travers treize récits, éclosent divers portraits qui reconstituent quelques unes des mille facettes du masculin. Yves Lériadec nous fait pénétrer le "je" intime et secret de ses protagonistes ; il met en mots ce qu’ils ressentent... car, oui, il faudra bien finir par l’admettre : les hommes éprouvent des sentiments !

L’auteur semble profondément s’épanouir dans cette forme littéraire, car la brièveté lui sied à merveille. Ses phrases comme ses histoires sont souvent très courtes mais percutantes. Son style est un clair ruisselet qui ne connaît pas d’obstacles. Il aime les répétitions et manie astucieusement cet art. Il parvient à esquisser d’un habile coup de plume des vies entières, des destinées. Il décrit aussi l’instant, le pivot d’une existence, le moment où tout est en train de basculer. Abordés avec plus ou moins de légèreté, toujours avec justesse, les thèmes qu’il explore ne sont jamais futiles. Il flâne agilement parmi émois et blessures, évitant l’écueil de la sensiblerie.

Sa prose est teintée d’une mélancolie - d’une nostalgie - parcimonieuse qui laisse un sourire au coin des lèvres. Il aime Paris, la nuit, la Bretagne, en septembre. Ses personnages sentent la chair et non le papier. Ils sont vrais, d’autant plus prenants. Chaque nouvelle, à sa manière, a quelque chose à nous apprendre. Sur les parents, leurs ambitions, leurs disputes. Sur les enfants, leurs béguins, leurs espoirs. Sur l’amour que l’on porte à l’autre. Sur ceux qui n’ont pas su aimer. Sur l’importance de ne surtout pas passer à côté de sa vie.

Savoir communiquer avec autant d’adresse quelque chose d’aussi fugace, fragile et insaisissable qu’une émotion est une marque de talent ; le faire une preuve de générosité.

N’hésitez pas à entrer dans cet attendrissant petit théâtre où les histoires, tantôt douces tantôt amères, sont toujours belles. Laissez ce livre faire battre votre coeur.


Entretien avec l’auteur

Yves Lériadec a accepté de retracer son itinéraire personnel ainsi que la genèse de son premier ouvrage. Son recueil de nouvelles, intitulé Les Hommes aussi ont besoin d’amour, est paru chez Gallimard, dans la collection "L’Arpenteur", en octobre 2007.

- Vous publiez ce recueil assez tardivement au cours de votre vie, quel est, par conséquent, votre parcours littéraire ?

- Je suis un autodidacte de l’écriture, je n’ai pas fait d’études littéraires. Jusqu’à l’âge adulte, je n’étais pas particulièrement porté vers la littérature. Puis, je me suis mis à prendre goût à la lecture, et il y a eu un moment où j’ai été traversé par des sensations que j’ai eu envie d’exprimer. J’écris depuis une vingtaine d’années, mais de manière épisodique, pendant les vacances, le week-end. Pendant quinze ans, j’ai fait de la poésie.. C’était une sorte de jardin secret.

- Qu’est-ce qui vous a fait passer de la poésie à la prose ?

- La poésie était pour moi quelque chose d’intimiste qu’il était difficile de faire apprécier à mes amis. Je sentais qu’ils étaient peu concernés. Je suis peut-être passé à la prose parce que c’est plus facile à partager. Et je voulais communiquer ma passion de l’écriture. Cela fait cinq ans que j’écris des nouvelles et, depuis deux ans, j’ai décidé de m’aménager des moments spécialement dédiés à cette activité. J’ai participé à des ateliers d’écriture et je suis moi-même devenu animateur, ce qui me permet également de progresser.

- Comment avez-vous pris l’initiative de participer à des concours ?

- Au début, j’ignorais complètement l’existence des concours d’écriture. J’ai appris que cela existait lorsqu’il y en a eu un dans ma commune. J’ai participé à ce concours et j’ai été primé. J’ai éprouvé la satisfaction de savoir que ce que j’écrivais pouvait intéresser des gens. Plus tard, j’ai reçu un autre prix lors d’un concours organisé par le Conseil Général du Haut-Rhin, et c’est à ce moment-là que j’ai décidé de m’allouer des temps d’écriture pour aller au bout de l’expérience.

- Quel itinéraire de publication avez-vous suivi ?

- J’ai commencé à penser à l’élaboration d’un recueil, à cette idée de bâtir quelque chose autour d’un fil conducteur. Je me suis aperçu que mes personnages principaux étaient souvent de sexe masculin et j’ai voulu creuser ce que ressentent les hommes. Il y a des nouvelles qui avaient été écrites auparavant et d’autres que j’ai imaginées avec cette toile de fond. C’est ainsi que le recueil s’est construit. Et puis, un jour, j’ai pris ma sacoche avec 6 ou 7 manuscrits et je suis allé les porter à l’accueil des maisons d’édition. Je ne connaissais personne, mes contacts avec les éditeurs se sont réellement arrêtés à l’accueil.

- Quand avez-vous reçu une réponse positive ?

- Au bout d’environ trois mois, j’ai reçu un appel de Gallimard m’indiquant qu’ils étaient prêts à me publier. Quel bonheur ! Le Directeur de Collection m’a laissé une totale liberté, que j’ai beaucoup appréciée. J’ai choisi moi-même l’ordre des nouvelles. Au niveau de la correction du manuscrit, j’ai été traité avec un immense respect. Au delà des fautes d’orthographe, on ne m’a jamais contraint à changer le moindre mot. J’ai accepté certaines propositions, mais j’en ai aussi refusé. Ce livre est vraiment le mien.

- Pourquoi avoir choisi de publier sous un pseudonyme ?

- Je ne voulais pas que ces activités littéraires interfèrent avec mes activités professionnelles. Je souhaitais conserver une totale autonomie entre ces deux vies. Le choix de mon pseudonyme est une façon de montrer que je suis breton et que j’aime la Bretagne, tout comme celui du prénom "Yann" pour deux de mes personnages.

- Quelles sont vos sources d’inspiration ?

- Ma première source d’inspiration, ce sont les gens que je rencontre. Un visage, un comportement ou une posture peuvent soudain m’inspirer une idée. La deuxième, ce sont des sensations intérieures, qu’elles soient les miennes ou celles des personnes qui m’entourent, et dont elles me parlent ou que je crois deviner. J’aime décrire ces moments où il se passe quelque chose en nous.

- C’est vous qui avez choisi l’ordre de vos nouvelles, comment avez-vous mis en place cette architecture ?

- J’ai souhaité qu’il y ait une alternance entre les nouvelles graves et les nouvelles légères, ainsi que sur la longueur des récits successifs. Je voulais éviter la monotonie. A partir du moment où le lecteur accepte de lire des nouvelles, de passer d’une histoire à une autre, je me disais : "Faisons-le changer !". La première et la dernière nouvelles me tiennent beaucoup à coeur, parce que j’ai l’impression de m’être investi au maximum en les écrivant. Cela a été éprouvant et intense, mais je garde un très bon souvenir de ces moments d’écriture.

- Quel a été votre cheminement jusqu’au titre définitif ?

- Dans mon fil conducteur, j’avais les hommes. En me relisant, j’ai senti qu’un des traits communs était le besoin d’affection chez les hommes de tous âges : aimer et être aimé. Cela a trotté dans ma tête pendant plus d’un mois. J’ai noirci un papier dans tous les sens avec mes idées de titres. Puis, j’ai réalisé que l’on dit souvent que les hommes sont pudiques, qu’ils cachent leurs sentiments. La phrase de mon titre vient répondre à cette remarque.

- Vous évoquez les sentiments des adultes, mais aussi ceux des enfants. Quelle importance l’enfance a-t-elle à vos yeux ?

- J’ai beaucoup de tendresse pour cette période de la vie. C’est une sorte de paradis perdu, bien qu’il comporte des émotions à la fois gaies et tristes. En tout cas, c’est un lieu d’émotions intenses. Or, l’enfant ne parvient pas toujours à les extérioriser. Cela a été l’occasion pour moi d’exprimer des émotions qui n’étaient pas sorties en leur temps. Il m’arrive également d’imaginer ce que ressent un enfant. J’observe beaucoup. Et il y a aussi une part d’imagination totale. Ce qui m’aide dans ce travail, c’est de revoir les lieux de ma propre enfance.

- Les émotions paraissent souvent "transpercer" vos personnages et c’est un mot que vous utilisez plusieurs fois, pourquoi ?

- Parce que j’expérimente moi-même d’être "transpercé" dans la vie. Ce n’est pas l’image brutale d’un glaive qui vous traverse de part en part, mais ce sont plutôt des piqûres plus ou moins fortes. Soudain, il se passe quelque chose... Parfois, cela m’arrive à moi, ou alors j’assiste à la piqûre de quelqu’un d’autre. J’aime développer ce moment court mais chargé de non-dits. Ces piqûres, qu’elles soient légères ou profondes, nous font comprendre des choses.

- Dans ce recueil, y a-t-il une nouvelle pour laquelle vous avez plus d’affection que pour les autres ?

- J’aime beaucoup la première et la dernière, comme je l’ai déjà dit, et je me suis rendu compte qu’elle se terminaient toutes les deux sur le thème de l’ouverture aux autres. J’ai aussi une grande tendresse pour Consoler Maria. J’aime ce motif de l’enfant en qui commence à pointer l’adolescence, cet éveil. Ce moment me touche beaucoup et j’ai essayé de le rendre. J’espère que j’y suis arrivé.

- A présent, quels sont vos projets ?

Pour le moment, je prends des notes pour d’autres projets d’écriture. Mon premier livre vient de paraître et je goûte le bonheur de cette publication. Je m’intéresse aussi à sa diffusion et aux réactions des lecteurs, par des rencontres et des dédicaces.

- Auriez-vous éventuellement des conseils de lecture à nous communiquer ?

- D’abord, il y a Les champs d’honneur de Jean Rouaud. C’est quelqu’un qui sait écrire. Ses phrases sont fluides, ses mots très choisis. Il a une grande sensibilité et on sent qu’il aime ses personnages. Et aussi Le Premier Homme d’Albert Camus. C’est un livre qui parle de l’enfance. On découvre une autre facette de Camus, moins cérébral et plus sensible.

- Un dernier mot pour finir ?

- Oui, il faut toujours tenter sa chance quand on désire quelque chose. C’est la morale que je retire de cette aventure : il faut toujours essayer !

Propos recueillis par Jennifer Legros.

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