Accueil > Vie culturelle > Publications en ligne
Les chroniques littéraires



Revue internationale de poésie


Nos publications


Newsletters



Article actualisé le 26 février 2009


Version imprimable de cet article Imprimer

Chronique de Gabrielle J. Jullian - "Trois hommes seuls" de Christian Oster

Ce roman est un récit à la première personne, celui d’un homme, Serge, qui vit seul depuis que sa femme l’a quitté deux ans plus tôt. Sa vie s’anime à nouveau lorsque, Marie, son ex-compagne installée en Corse, lui propose de venir passer les vacances d’été chez elle, en compagnie des amis de son choix. Elle a une unique requête : qu’il lui rapporte cette vieille chaise en bois qu’elle avait oubliée en partant. Serge n’a pas d’amis, il invite alors Marc son partenaire de jeu au tennis, qui lui-même convie Cyril. Et c’est ainsi que nous obtenons une chaise et trois protagonistes.

Mais en quoi ces trois hommes sont-ils "seuls" ? D’abord, c’est un trio de célibataires, de divorcés pour être plus juste. Aucun d’entre eux n’a refait sa vie. Ensuite, ils sont seuls, tous les trois, dans cette voiture qui les conduit en Corse. Et que peut-on bien se dire lorsque l’on ne se connaît pas ou si peu ?

C’est donc le roman des amitiés qui se tissent. Ce qui lentement mais sûrement rapproche. Car l’amitié, on l’oublie parfois - Christian Oster nous le rappelle avec finesse - ce n’est pas seulement discuter ou faire des choses ensemble. C’est aussi ne rien dire, savoir se taire et traverser des épreuves côte à côte. Apprendre à se comprendre.

Délicatement, ce livre souligne les similitudes entre amour et amitié, les particules élémentaires qui outrepassent le clivage des sexes. Cet élan vers l’autre, cette envie, ce besoin néanmoins bridé par l’angoisse d’être trop brusque et de le perdre.

Les mots sont sobres, clairs, précis, car la poésie peut naître des plus simples appareils. Ce qui déroute parfois, c’est le parti pris stylistique d’une présentation compacte et ramassée des dialogues, qui se dissolvent dans le texte. Mais l’auteur parvient à l’effet escompté : on suit bel et bien le fil ininterrompu d’une pensée, d’une intériorité. Christian Oster est d’une acuité saisissante dans son récit de l’âme humaine.

Il est inspiré par les narrateurs masculins criblés d’ennui, délaissés (Sur la dune, Une femme de ménage adapté au cinéma par Claude Berri, etc). De plus, on s’aperçoit rapidement que, dans ses histoires, les accessoires ont des rôles qui peuvent s’avérer décisifs, et symboliques. Le téléphone est, par exemple, un objet récurrent (Paul au téléphone). Trois hommes seuls commence et s’achève par un appel téléphonique. Et puis, il y a cette chaise...

Son œuvre présente des constantes. Aussi est-elle cohérente, rassurante et cependant nouvelle à chaque fois. Certains lui reprocheront sans doute son manque de dépaysement. Mais la perspicacité psychologique vaut de tout temps et en tous lieux.

Valeur sûre de la rentrée, "road novel", souvenirs de Corse, un roman que l’on conseille... mais qu’advient-il de cette fameuse... chaise ?

 (JPEG,29.3 ko)
     
 Presses   Intranet   SorbonId   Annuaire   Moteur de recherche   Contact   Plan de site   Aide   Mentions légales