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Affixes et relateurs spatio-temporels en latin

Les 2-3-4 Juin 2008 s’est tenu à Paris le colloque biennal du centre A. Ernout « L’expression de l’espace et du temps en latin » ; dans le présent numéro de la revue est publiée une première partie des communications proposées à cette occasion ; y sont regroupées des études consacrées à adverbes, préverbes, suffixes ou prépositions dotés d’un contenu spatio-temporel. Conformément à la tradition de ces colloques et des rencontres du centre Ernout, les études rassemblées autour de ce thème ne s’inscrivent pas dans un cadre théorique unique mais forment un faisceau d’approches complémentaires. Corrélés comme catégories fondamentales de l’entendement ou bien comme composantes des constantes universelles de la physique, l’espace et le temps sont également associés dans certaines catégories linguistiques. Une série d’adverbes, prépositions et préfixes latins peuvent notamment s’interpréter alternativement dans les deux dimensions, spatiale et temporelle. Les domaines linguistiques mis en jeu sont multiples : sémantique de manière évidente, à travers la polysémie des termes concernés, mais aussi morphologique, à laquelle s’ajoute également une dimension diachronique. Les premiers articles portent sur la préverbation, des points de vue morphologique et sémantique. L’hypothèse classique est que des formes libres adverbiales se sont progressivement associées soit à des syntagmes nominaux en devenant des prépositions, soit à des verbes pour donner des préverbes. Cette « morphologisation » n’est pas forcément univoque et ne va pas sans conséquences sémantiques : le sens lexical du verbe dérivé ne s’obtient pas nécessairement par la simple compositionnalité. A partir d’une étude contrastive sur l’anglais et l’italien, Anna Pompéi s’intéresse au statut des « verbes à particule » (latin abi intro) et aux étapes et conditions du processus de grammaticalisation et d’univerbation qui conduit à la constitution latine de préverbés. Claudio Iacobini se penche sur le cas des verbes parasynthétiques qui, à la différence des verbes « à double stade dérivationnel », supposent une adjonction concomitante des affixes à gauche et à droite du radical. Il part aussi d’une étude synchronique sur les langues romanes pour rechercher ensuite quels ont pu être les modèles dérivationnels correspondants en latin et les conditions de leur formation. Marie-Ange Julia prend en compte, à partir du double exemple de ante et circa, une autre évolution de ces particules spatio-temporelles, quand, grammèmes libres, elles fonctionnent comme adverbes ou prépositions ; renversant l’opinion commune, elle fait l’hypothèse d’une évolution logique et chronologique qui placerait la préposition avant l’adverbe. A partir du moment où l’espace et le temps ont une réalisation morphologique sous la forme des préverbes, on peut se demander s’il existe également des suffixes présentant une signification temporelle ou spatiale ou spatio-temporelle. C’est dans cette perspective que se situe l’étude de Chantal Kircher-Durand sur les formations et l’organisation sémantique d’un groupe d’adjectifs temporels à suffixe –nus ; ceux-ci sont regroupés en un micro-système lexical dont elle retrace la constitution à travers une étude diachronique en amont et en aval. Tous les classements portant sur la catégorie très hétérogène des adverbes (Pinkster 1972, Ripoll 2007) sont confrontés à l’existence et aux spécificités de sous-catégories comme « adverbes de lieu », « adverbes de temps », « adverbes spatio-temporels ». Les angles d’approche sont multiples pour décrire leur fonctionnement : origine, évolution et renouvellement morphologiques, rôle pragmatico-discursif. Trois études illustrent ces problématiques conjointes. Dominique Longrée étudie le fonctionnement des adverbes de lieu formés sur thèmes de déictiques à partir d’une enquête sur un corpus d’historiens exploité selon les méthodes statistiques. Arthur Ripoll s’intéresse pour sa part aux adverbes de lieu et de temps formés sur base adjectivale (qualificatifs ou relationnels) du double point de vue de leur formation suffixale et de leurs caractéristiques sémantiques (quel support pour l’interprétation locale ou temporelle ?). Sándor Kiss s’attache aux formes et emplois des adverbes temporels en latin tardif (renouvellement des formations par renforcement ou remotivation ; formations périphrastiques ; importance du rôle cohésif/discursif des particules temporelles). A travers la diversité des approches et des objets d’étude envisagés, on voit se dessiner certaines constantes, entre autres le caractère global de la construction du sens, tant au niveau du mot que du syntagme ou de la proposition, ou encore la récurrence de schémas évolutifs qui conduisent d’un emploi spatial à un emploi temporel puis abstrait vers divers types de grammaticalisation.

Lyliane SZNAJDER (Université de Paris-Ouest La Défense)
Sznajder@worldonline.fr

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