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La négation en latin

La négation est un phénomène complexe qui ne se laisse enfermer dans aucune grille de lecture unique : elle relève à la fois du domaine morphologique (morphème autonome ou lié), du domaine logique (la négation opérateur logique inverseur de vérité), du domaine syntaxique ou sémantico-syntaxique (portée et incidence de la négation, négation de phrase, de proposition, de SV, de constituant), du domaine énonciatif et pragmatique (négation polémique vs. négation descriptive). Il s’avère donc fructueux d’y jeter un regard « transversal ». C’est dans cette approche multiple que se situent les travaux publiés dans ce numéro de la revue qui représentent les actes de l’atelier n°7 du GDR 2650 et du centre A. Ernout « La négation en latin » qui s’est tenu le 6 octobre 2007 à Paris IV – Sorbonne : les études qui suivent se proposent de transcender clivages et cloisonnements, d’adopter simultanément ou successivement plusieurs points de vue et de suivre la continuité temporelle de certains comportements linguistiques. Christian Touratier offre un panorama de la façon dont les grammaires traitent de la « portée » de la négation ; la transposition dans le domaine proprement linguistique d’une notion issue de la logique donne lieu à des approches très diverses depuis Klima, en passant par Heldner, jusqu’à Muller, Nølke et Orlandini, pour le latin. Adoptant une perspective typologique, Claude Muller établit, à travers des comportements similaires dans diverses langues (gascon, breton, basque) que la négation occupe une place intermédiaire et variable entre niveau propositionnel et niveau énonciatif : l’opérateur négatif n’est pas le symétrique énonciatif d’une particule affirmative ; au contraire il a tendance à neutraliser ou occulter la diversité des marquages énonciatifs. Michèle Fruyt dresse deux tableaux complémentaires : le premier illustre le phénomène de la grammaticalisation à travers la constitution de négations complexes dans les langues indo-européennes et en particulier en latin : non, nemo, nihil etc. La seconde étude porte sur la négation ne, laquelle apparaît renforcée de diverses manières, notamment sous les formes ne … quidem, nequam ou nequiquam. C’est la place et le jeu des divers constituants par rapport au noyau prédicatif (en l’espèce négation, interrogation, circonstanciels de cause et de manière) qui est au centre de l’étude de Frédérique Fleck. Anna Orlandini & Paolo Poccetti, dans une visée à la fois contrastive à l’intérieur des langues italiques (latin et osque), et diachronique en aval du latin, détectent, à partir d’une étude des quantifieurs indéfinis à négation incorporée ou à polarité négative, les prémices, en osque et en latin parlé et tardif, de l’évolution qui conduira à la généralisation des énoncés à double négation cumulative qui est de règle dans les langues romanes.

TABLE DES MATIÈRES

Participants : André Aurélie (Paris 4), Bodelot Colette (Clermont-Ferrand 2), Bortolussi Bernard (Paris 10), Brachet Jean-paul (Paris 4), Duarte Pedro (Paris 4), Fleck Frédérique (ENS-Ulm), Fruyt Michèle (Paris 4), Martzloff Vincent (Lyon 2), Morel Aude (Paris 4), Moussy Claude (Paris 4), Muller Claude (Bordeaux 3), Orlandini Anna (Toulouse 2), Petersmann Astrid (Heidelberg), Poccetti Paolo (Rome 2), Taous Tatiana (Paris 4), Touratier Christian (Aix-marseille 1), Valdivieso-Montero Alfred (Barcelone), Van Laer Sophie (Nantes).

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