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"Aspect de l’infinitif dépendant des auxiliaires de vouloir, pouvoir et devoir en russe moderne"
Lundi 4 décembre 2006
14 heures
Institut des Etudes Slaves, Salle de Conférence
9, rue Michelet 75006 Paris
Mme SVETLANA ANISSIMOVA SEVILLE soutient sa thèse de Doctorat :
"Aspect de l’infinitif dépendant des auxiliaires de vouloir, pouvoir et devoir en russe moderne"
En présence du Jury :
Mme BONNOT (INALCO)
M. BREUILLARD (PARIS 4)
Mme GUIRAUD-WEBER (AIX-MARSEILLE 1)
M. ROUDET (LYON 3)
M. SEMON (PARIS 4)
M. THOMAS (PARIS 4)
Résumés :
En attente...
Littérature et spiritisme au tournant du siècle (1865-1913). Etudes des formes narratives d’inspiration spirite : France, Italie et Angleterre
Mardi 14 novembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Patrizia D’ANDREA soutient sa thèse de Doctorat :
Littérature et spiritisme au tournant du siècle (1865-1913). Etudes des formes narratives d’inspiration spirite : France, Italie et Angleterre
En présence du Jury :
M. DE PALACIO (PARSI 4)
M. DUFIEF (BREST)
M. FAIVRE (EPHE)
M. LIVI (PARIS 4)
Résumés
Notre perspective d’analyse est axée sur le langage et l’écriture : quelle est l’incidence de l’inspiration spirite sur la constitution du texte ? Cinq thématiques majeures, qui constituent les cinq parties de notre travail, nous permettent de rendre compte des stratégies narratives issues de l’interaction entre les deux domaines. Dans la première partie, la thématique fantastique, définie par le modèle de référence Spirite de Théophile Gautier (1865), montre le rôle poétique du spiritisme en tant que pratique d’écriture avec l’au-delà. La deuxième est centrée sur la thématique de l’amour spirite, constituée par un réseau d’influences intertextuelles, esthétiques et philosophiques que nous mettons en évidence. La troisième traite de l’influence des sciences occultes et des procédés d’amalgame propres à ce type de discours. La quatrième considère le traitement du spiritisme en littérature par le biais du genre comique. La cinquième partie analyse les tentatives de définir le spiritisme dans une approche psychophysiologique et les mêmes diagnostics portés sur l’écriture. Les conséquences seront décisives pour la remise en question de la littérature elle-même.
Our field of analysis focussed on language and literary writings : What was the impact of spiritualist influences on how texts were constituted ? The five major thematics making up the five sections of our work, enabled us to grasp the strategies employed in narratives arising from interactions between the two fields. The first section, named the “ Fantastique” (Uncanny Thematic) was defined by the reference model, Spirite by Théophile Gautier (1865). It demonstrates the poetic role played by spiritualism in the practice of writing with respect to the hereafter. The second focussed on the “Amour Spirite” (Spiritualism & Love) thematic. It comprises of a network of inter-textual, aesthetic and philosophical influences that we have highlighted. The third deals with the influence of occult science and the processes through which amalgams are made by this type of treatise. The fourth considered how spiritualism was treated via the comic literary genre. Finally, the fifth section analysed the attempts made to define spiritualism in a psycho-psychological approach and how the same diagnostics were applied to writings. The consequences were to play a decisive role when questioning the literature itself.
Position de thèse
« Littérature et spiritisme au tournant du siècle (1865-1913) » indique que l’objet d’étude choisi est celui de la littérature de la deuxième moitié du XIXe siècle et par “littérature” nous désignons principalement les œuvres de fiction d’écrivains déclarés comme tels. Ainsi, il sera possible de parler de « littérature et spiritisme » et nous utiliserons la formule « littérature spirite » ou « littérature du spiritisme » pour indiquer que dans une œuvre littéraire se trouvent des éléments empruntés au corpus référentiel du spiritisme. Nous excluons les œuvres des médiums, même si elles se présentent comme “littéraires” et les textes “médiumniques” d’écrivains, sauf quelques exceptions qui nous permettront de montrer comment le spiritisme remet précisément en question la littérature dans la perspective de la production du texte. Notre étude littéraire se focalise sur un genre particulier qui est celui du récit de fiction, qu’il soit la nouvelle, le conte ou le roman. La deuxième partie du titre « Etude des formes narratives d’inspiration spirite : France, Italie et Angleterre » voudrait à la fois délimiter le genre, le sujet et les lieux de production des textes choisis.
Dans notre perspective, le spiritisme se définit comme un phénomène culturel qui embrasse une pluralité de domaines et dont l’interaction avec la littérature s’avère déterminante dans la définition même de cette dernière. Le spiritisme n’a pas de définition univoque dans l’axe diachronique proposé et ce n’est pas le cas non plus dans une perspective synchronique. En effet, selon la doctrine codifiée par Allan Kardec (le fondateur de la philosophie spirite en France), nous pouvons le cerner à plusieurs niveaux : métaphysique, moral, esthétique et pratique. Ce phénomène est ainsi assimilable à une forme de mythe moderne, dont la poétique est indissociable de ses présupposés philosophiques et qui ne saurait se réduire à des éléments strictement stylistiques ou esthétiques. C’est pourquoi une définition trop rigoureuse du spiritisme au sein du corpus littéraire nuirait à l’analyse que nous proposons, c’est-à-dire celle de l’interaction entre ce phénomène culturel et les modes d’expression mis en place par les textes fictionnels qui s’en inspirent.
La littérature de fiction, qui est à proprement parler notre objet de réflexion, exploite de manière dynamique les thèmes et les motifs du spiritisme, mais celui-ci ne représente pas toujours le seul sujet du texte. Il se crée donc, dans le corps des textes, un rapport à son tour complexe, protéiforme ou indéfini entre le spiritisme et les diverses formes narratives. Ce caractère évanescent et insaisissable donne la mesure de son importance. Il est toutefois possible de délimiter les contours dans lesquels s’inscrit la dynamique entre spiritisme et littérature en considérant certains aspects récurrents que nous allons éclairer. Il ne s’agit pas encore une fois de vouloir donner une définition stricte, étant donné que le corpus littéraire qui se revendique stricto sensu d’une appartenance au spiritisme ne saurait s’étendre au-delà de la littérature de propagande et de vulgarisation. Ainsi, le choix des textes de notre corpus dépend des aspects récurrents, mais aussi d’une définition élargie du spiritisme, en tant que mouvement d’idées représentatif de la culture du XIXe siècle. Nous avons donc choisi de le présenter de sorte qu’il soit possible de rendre compte aussi bien du syncrétisme doctrinaire qui caractérise son histoire durant la deuxième moitié du XIXe siècle que des amalgames et des emplois multiples qu’il recouvre dans les textes de fiction.
Le spiritisme, en tant que phénomène culturel protéiforme dont la durée de vie dépasse et précède de peu les dates imparties par le corpus littéraire choisi (1865-1913), relève d’une mythologie à part entière qui oscille incessamment entre la littérature, la philosophie et les sciences occultes. Par ailleurs, la littérature de la deuxième moitié du XIXe siècle est elle-même en quête d’identité à l’issue des grands mouvements en “-isme” qui la caractérisent : romantisme, réalisme, symbolisme, naturalisme. Après une esthétique du morcellement et de la « vaporisation et de la centralisation du Moi » définie par Baudelaire et après les derniers retranchements du roman vers lesquels Flaubert a porté l’écriture avec l’idéal du « livre sur rien », la déconstruction du romanesque est à l’œuvre. La littérature se percevant comme malade d’elle-même et l’écriture n’ayant plus affaire à autre chose qu’à elle-même, tels sont les aboutissements des divers courants qui ont tenté de redéfinir une unité du corps littéraire selon les idéologies dominantes. De ces tentatives artificielles est issue la tendance fin-de-siècle à explorer toutes les formes et les modalités d’expression littéraire. À Rebours est l’exemple le plus accompli de cette esthétique “hybride”. Ainsi, l’interaction du spiritisme et de la littérature se trouve amplifiée par l’évolution de la littérature elle-même entre 1865 et 1913.
Notre perspective d’analyse, compte tenu de cette situation esthétique et poétique de la littérature, est axée sur le langage et l’écriture : quelle est l’incidence de l’inspiration spirite sur la constitution du texte ? La problématique est ainsi celle de la “forme” et du “contenu” dans le sens d’une redéfinition de l’écriture et de l’art. Le but des analyses que nous proposons consiste à cerner, dans une perspective comparatiste, les rapports et les échanges entre la littérature et le spiritisme, interaction qui aura tendance à embrasser tous les domaines de la culture.
Les formes narratives engendrées par cette rencontre étant la plupart du temps protéiformes, il serait inexact de parler de « genre littéraire spirite ». Il sera donc question de mettre en lumière les stratégies narratives les plus récurrentes qui peuvent rendre compte au mieux de cette interaction. La complexité d’un tel sujet lance un défi non seulement aux savoirs de l’époque mais aussi à l’écrivain et à la création artistique. C’est donc par le biais de cinq thématiques majeures propres à l’“isme” spirite que nous allons analyser les rapports de celui-ci avec les formes narratives.
La thèse se divise par conséquent en cinq parties, selon les thématiques suivantes : la première est celle du fantastique, telle qu’elle est définie par le modèle de référence Spirite. Nouvelle Fantastique de Théophile Gautier (1865). Nous soulignons, dans le premier chapitre, le rôle du spiritisme en tant que pratique langagière avec l’au-delà, ainsi que d’écriture par l’intermédiaire des dictées spirites. La remise en question de l’inspiration poétique en découle directement, car c’est le personnage du poète qui est représenté par l’Esprit qui se communique à lui et qui écrit à travers lui. La thématique fantastique aborde plus particulièrement la question des rapports entre fiction et réalité. Les trois auteurs les plus représentatifs de la littérature fantastique - Villiers de l’Isle-Adam, Arthur Conan Doyle et Luigi Capuana -, que nous traitons dans le deuxième chapitre, problématisent l’interaction entre fiction et réalité dans une perspective spirite. L’enjeu plus général de notre recherche est de cerner le lien entre la pratique spirite dans son contexte social et historique - que cette pratique soit scientifique, esthétique ou psychologique - et ses représentations dans l’imaginaire. Luigi Capuana a explicitement posé cette ambivalence : « Il y a autour de nous et à l’intérieur de nous de telles forces, dont peu de personnes soupçonnent l’existence, et qui ramènent loin en arrière, à une très grande distance, tout ce que peut inventer de plus fou, de plus incroyable, un conteur, un écrivain, ou un poète inspiré à l’excès par les fictions les plus folles » . Cette affirmation représente une attitude constante dans le panorama littéraire de la deuxième moitié du XIXe siècle dont nous analyserons les conséquences.
La deuxième partie est centrée sur la thématique de l’amour spirite. L’imaginaire littéraire des rapports amoureux est constitué par un réseau d’influences intertextuelles : références mythologiques, philosophiques, religieuses et, bien entendu, littéraires. Le spiritisme s’inspire de toutes ces références tout en les redéfinissant dans la perspective de ses propres présupposés théoriques. Ce procédé donne lieu à deux stratégies significatives dans le corps des textes : l’incorporation par l’incidence des nouveaux termes propres à la doctrine spirite et la perversion de la doctrine dans une esthétique de Décadence que nous analysons dans les deux chapitres de cette partie.
La troisième partie traite de l’influence des sciences occultes auxquelles la littérature fait systématiquement référence lorsqu’elle aborde le spiritisme. Les listes et les énumérations savantes, qui tentent d’appuyer la doctrine spirite par des preuves positives, à l’instar des méthodes scientifiques, interfèrent dans le corps du texte comme des excroissances sans fin. Nous montrerons que ce procédé fondé sur l’extrapolation est aussi le propre de tout discours de type mythique à visée totalisante.
La quatrième partie considère le traitement du spiritisme en littérature par le biais du genre comique. En effet, dans un contexte culturel dominé par le rationalisme et le positivisme, le sujet prête à la dérision et donne lieu à une abondance de formes parodiques et caricaturales.
Enfin, la cinquième partie analyse le lien entre les tentatives de définir le spiritisme dans une approche psychophysiologique et les mêmes diagnostics portés sur l’écriture. Les conséquences seront décisives pour la remise en question de la littérature elle-même.
Du fait qu’il n’existe pas une définition constante et unitaire du spiritisme, celui-ci ne saurait faire l’objet d’une recherche thématique classique. Dès lors, il nous faut cerner la spécificité de ce sujet en fonction des auteurs qui l’abordent sur l’axe chronologique proposé.
Notre étude comparatiste s’appuie sur un corpus de textes français, à partir desquels nous avons tenté d’établir certains critères récurrents que nous avons vérifiés principalement dans le domaine de la littérature italienne. L’Angleterre ne sera représentée dans cette étude que par quelques cas particuliers. Nous avons en outre inclus dans nos analyses le cas d’Alfred Kubin, qui relève du domaine littéraire allemand. Notre travail se propose de commencer l’analyse des textes de fiction d’inspiration spirite avec le texte de Gautier, Spirite (1865). Le choix de cette date et de cet auteur s’explique par le fait qu’il s’agit d’un écrivain confirmé et reconnu dans le monde littéraire français de l’époque, mais surtout en raison du mode d’écriture et de l’univers esthétique qu’il y définit. Mais, à proprement parler, ce n’est pas le premier texte du genre. En effet, il est possible de trouver auparavant des productions diverses inspirées de la vague des tables tournantes, dans différents genres, notamment un nombre considérable de vaudevilles, mais aussi des romans et des contes. C’est le cas en Angleterre avec le roman de Sir Edward Bulwer Lytton A Strange story (1862), bien qu’il soit plus proche de certaines techniques magiques des occultistes anglais et la nouvelle The Haunted and the Haunters, (1859). En France, plusieurs romans spirites sont publiés dès les années 1850, grâce aussi à la profusion des revues spirites qui seront le lieu de publication de nombreux romans-feuilletons. Au début des années 1860, une littérature fictionnelle du spiritisme est déjà constituée de plus d’une dizaine de titres.
À partir de 1865, surtout dans la veine fantastique, la production des récits d’inspiration spirite connaît une croissance qui se multipliera dans les années 1870. Il s’agit de l’époque du procès des photographies spirites et de la création de la Société de Théosophie. Les influences psychologiques seront déterminantes notamment à partir de 1885, après la publication de l’ouvrage fondateur de Pierre Janet L’Automatisme psychologique et le renouveau de l’hypnotisme par Bernheim, Hypnotisme, suggestion, psychothérapie. Etudes nouvelles (1891). La représentation de la pièce de Victorien Sardou, Spiritisme (1897), interprétée par Sarah Bernhardt, occasionne un regain d’intérêt pour la littérature d’inspiration spirite. Notre corpus s’arrête en 1913, date de la publication du roman de Marc Saunier, Au-delà du Capricorne, Roman spirite. La guerre a certes interrompu la production littéraire sur ce sujet, mais elle relancé l’intérêt sur les manifestations et témoignages de communications de défunts autour des années 1920, avec les travaux de Charles Richet et de Conan Doyle.
L’enjeu majeur et l’intérêt de la littérature spirite ne sont pas exclusivement d’ordre stylistique, mais consistent principalement, à notre avis, à remettre en question et à reconsidérer la définition même de la littérature en tant qu’activité spécifique de l’esprit. En effet, la littérature spirite s’interroge sur la véritable nature du dédoublement que suppose l’acte littéraire où l’on est en même temps auteur et narrateur, à la fois extérieur et intérieur au récit, à la fois visible en tant que personnage et invisible en tant qu’auteur. L’inspiration serait-elle une manifestation d’un Esprit qui s’incarne ? Cette possibilité apparaît à l’époque assez plausible pour nourrir la réflexion des hommes de lettres les plus éminents tels que Gautier, Pirandello, Capuana ou Conan Doyle. La nouvelle Spirite de Gautier est consacrée explicitement à cette supposée “muse spirite”. L’œuvre serait alors le lieu de rencontre des “esprits” et le trait d’union entre l’au-delà et ce monde-ci, entre l’auteur et son lecteur, autrement dit, selon Gautier, un moyen privilégié de « se mettre en communication d’âme ».
Il s’agirait en somme d’une réhabilitation de l’espace imaginaire - ce que Michaux appelle L’Espace du dedans -, considéré en tant que réalité à part entière au même titre que la réalité matérielle : les surréalistes s’en souviendront. En d’autres termes, en estompant les frontières souvent trop contraignantes et artificielles entre fiction et réalité, l’imaginaire spirite remet en question la notion même de réalité.
M. JE-CHUL BAK - La structure et l’identité des êtres chez Leibniz
Vendredi 21 septembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. JE-CHUL BAK soutient sa thèse de doctorat :
La structure et l’identité des êtres chez Leibniz
En présence du Jury :
M. DE BUZON (STRASBOURG 2)
M. FICHANT (PARIS 4)
M. RAUZY (AIX-MARSL 1)
Résumés :
Cette thèse concerne le système et l’histoire de la philosophie leibnizienne. Le
système de la philosophie leibnizienne est lié à l’interprétation de la structure de la
substance individuelle leibnizienne. Contre l’opinion de Russel et Clatterbaugh, la
substance individuelle leibnizienne est un faisceau d’attributs. Cette thèse le démontre et
cette démonstration révèle le système de la philosophie leibnizienne, c’est-à-dire, la
totalité de la relation des doctrines leibniziennes : doctrine de la structure du concept, de
la structure de la substance individuelle, de l’identité transmondiale de la substance
individuelle et de l’identité transtemporelle de la substance individuelle.
Contre l’opinion de Couturat, la philosophie leibnizienne change même après
1686. Pour le démontrer, cette thèse considère le changement doctrinal de la substance
corporelle leibnizienne. Cette thèse démontre que la philosophie leibnizienne est non
seulement systématique mais aussi historique.
This thesis is an exploration of the system and history of Leibniz’s philosophy.
We hypothesize that our interpretation of the individual substance is relevant to his
philosophical system. Different from the opinions of Russel and Clatterbaugh, we
speculate that for Leibniz the individual substance is a bundle of its attributes. We
endeavour to demonstrate the view and it shows the system of Leibniz’s philosophy, that
is, the totality of the relations of the Leibnizian doctrines : the structure of concepts and
individuals ; the trans-world identity and the diachronic identity of the individual
substance.
Leibniz’s philosophy, unlike Couturat suggested, has changed even after 1686.
To demonstrate it, this thesis considers his doctrinal changes of the corporeal substance.
It is to show that Leibniz’s philosophy is not only systematic but also historical.
Position de thèse :
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M. Langfafa DAMPHA - L’Afrique de l’Ouest anglophone entre mémoire et réparation à l’époque post coloniale : une question de développement ?
Samedi 20 octobre 2007
9 heures 30
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Langfafa DAMPHA soutient sa thèse de doctorat :
L’Afrique de l’Ouest anglophone entre mémoire et réparation à l’époque post coloniale : une question de développement ?
En présence du Jury :
Mme AZUELOS (PARIS 3)
M. GARBAYE (PARIS 4)
M. REDONNET (PARIS 4)
M. REVAUGER (BORDEAUX 3)
Résumés :
En attente...
Position de thèse :
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M. Matthieu LAHURE - "La formulation moderne et contemporaine du problème de l’égalité des sexes et de la différence des genres comme question de justice appliquée"
Samedi 3 novembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Matthieu LAHURE soutient sa thèse de doctorat :
"La formulation moderne et contemporaine du problème de l’égalité des sexes et de la différence des genres comme question de justice appliquée"
En présence du Jury :
M. BESNIER (PARIS 4)
Mme FRAISSE (CNRS)
M. OGIEN (CNRS)
M. RENAUT (PARIS 4)
Résumés :
Cette thèse décrit comment la philosophie politique reformule l’exigence démocratique d’égalité entre les
hommes et les femmes comme une question de justice appliquée. Les relations entre les hommes et les femmes
occasionnent des distributions de droits, de pouvoirs et de biens qui avantagent les hommes, y compris dans le
contexte égalitaire des sociétés démocratiques. Cette thèse décrit les mécanismes par lesquels cette injustice
persiste, et puise dans la philosophie moderne (Locke, Rousseau, Tocqueville, Mill) et contemporaine (Rawls,
Walzer, Okin, Kymlicka) des ressources théoriques et des procédures distributives pour évaluer et corriger cette
injustice dans ses diverses déclinaisons. Il s’agit d’envisager la possibilité pour la dynamique démocratique de
procéder à un nouvel approfondissement de ses principes afin de faire face au défi que représentent pour elle la
différence sexuelle et plus encore la différenciation sociale inégalitaire des genres. Notre conclusion est que
l’égalité entre les sexes passe par un libéralisme politique critique qui réaffirme la valeur de l’autonomie
individuelle tout en convenant que la promotion de celle-ci passe par des interventions de l’Etat qui dépassent le
simple principe de non-discrimination et prennent en compte la spécificité des biens que les individus
convoitent, ainsi que la situation sociale qui les caractérise.
In this work I show how the democratic claim for equality between men and women is formulated in political
philosophy as a question of applied justice. The relationships between men and women involve distributions of
rights, powers and goods which are to men’s advantage, even within the equalitarian context of democratic
societies. The aims of this research have been to measure up this unequal treatment and analyse the mechanisms
through which it persists, as well as to offer solutions to correct its various manifestations. With this in view, I
have chosen to rely on the theoretical tools and to develop the perspectives on distributive procedures provided
by the works of modern philosophers such as Locke, Rousseau, Tocqueville and Mill, and by the contemporary
reflections of Rawls, Walzer, Okin, and Kymlicka. What is at stake here is the possibility for democracy to re-
examine the very principles of its dynamics so as to face the challenge of sexual difference and to correct the
inequality of socially grounded gender differentiation. I have reached the conclusion that to achieve equality
between the sexes, there has to be a critical political liberalism reaffirming the value of individual autonomy. But
for the promotion of such autonomy State intervention needs to go beyond the mere principle of no-
discrimination and to take into account the specific nature of the goods which the individuals are after as well as
the social situations by which they are characterised.
Position de thèse :
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M. Michel CHELINI (HDR) - Inflation, pouvoir d’achat et salaires en France de 1944 à 1967
Jeudi 6 décembre 2007
9 heures 30
En Sorbonne, centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Michel CHELINI soutient son habilitation à diriger des recherches :
Inflation, pouvoir d’achat et salaires en France de 1944 à 1967
En présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS 4)
M. BUSSIÈRE (PARIS 4)
M. DARD (METZ)
M. HAU (STRASBOURG 2)
M. PRAT (CNRS)
M. VARASCHIN (ARRAS)
Mme Delphine BURLOT - Peintures romaines antiques et faussaires. Sources et techniques
Samedi 24 novembre 2007
14 heures
INHA, Galerie Colbert, Salle Ingres
4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
Mme Delphine BURLOT soutient sa thèse de doctorat :
Peintures romaines antiques et faussaires. Sources et techniques
En présence du jury :
M. BARATTE (PARIS 4)
Mme de CHAINSEMARTIN (PARIS 4)
Mme DE VOS (TRENTO)
Mme ERISTOV (CNRS)
Mme GALLO (GRENOBLE 1)
Résumés :
Dès leur découverte au XVIIe siècle, les peintures antiques ont suscité la fabrication de faux.
Les premières publications sur les peintures antiques se firent simultanément à la diffusion des copies en couleur
et l’ouvrage de G. P. Bellori et de P. S. Bartoli sur les peintures du tombeau des Nasonii connut un grand succès
dans toute l’Europe.
Au XVIIIe siècle, les fouilles entreprises par le roi de Naples à Herculanum mirent au jour un grand nombre de
peintures et suscitèrent la curiosité des voyageurs européens. Or, l’accès au site était limité et la diffusion des
découvertes interdite. Cependant des fragments provenant de ce site étaient en vente clandestinement à Rome. Il
apparut rapidement qu’il s’agissait de contrefaçons, réalisées par Giuseppe Guerra, l’artiste qui prétendait les
restaurer. Après la découverte de la supercherie, l’affaire fut relatée par Caylus, Winckelmann et le père Piaggio.
Les théoriciens qui s’intéressaient à la peinture antique tentèrent de retrouver la technique de l’encaustique,
oubliée des artistes modernes. Ces recherches eurent pour conséquence l’emploi de la cire dans les matériaux
utilisés pour la restauration des peintures antiques.
L’étude de la technologie des faux permet de comprendre le contexte dans lequel évoluait le faussaire : en effet,
celui-ci adapte son discours et sa technique au goût de ses contemporains, le but étant de rendre son oeuvre
attrayante et … authentique. La connaissance des truchements du faussaire, ainsi que des analyses scientifiques
permettent de détecter plus sûrement les faux.
Since their discovery in the 17th century, antique paintings resulted in creation of forgeries. First publication of
books on antique painting took place when colored drawings were made and spread. Bellori and Bartoli’s book
on paintings from Nasonii’s tomb had a great success in whole Europe.
In the 18th century a lot of paintings were discovered during the excavations made for the king of Naples at
Herculaneum. European travellers were very curious about these discoveries, but could not visit the site because
of restriction ordered by the napoletan governement. However, some painted fragments said to be taken from
Herculaneum could be bought in Rome. In reality these paintings were forgeries made by Giuseppe Guerra, who
pretend to restore them. After the whole story was discovered, it was told by Caylus, Winckelmann and Padre
Piaggio in their corrispondence.
Antiquarians tried to understand why the colors of antique paintings lasted so long. They made some researches
upon wax-painting technique. This work had some repercussions on the choice of products used in the
conservation of antique painted plasters.
The study of the making of forgeries helps in understanding the context in wich evolved the forger. In fact,
forgers tried to make their paintings look pleasant and … genuine. The knowledge of forgers’tricks and the
scientific analyses makes easier the detection of forgeries.
Position de thèse :
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Mme HELOISE LECHEVALLIER PARENT - Défini, indéfini et générique en anglais contemporain.
samedi 10 décembre 2011
à 9h
Bibliothèque Ascoli - UFR de
littérature française et comparée, 17 rue
de la Sorbonne, escalier C, 2ème étage
Mme HELOISE LECHEVALLIER PARENT soutient sa thèse de doctorat :
Défini, indéfini et générique en anglais contemporain.
En présence
M. COTTE ( PARIS 4 )
MME DE MATTIA VIVIES ( AIX-MARSL1 )
M. DELMAS ( PARIS 3 )
M. QUAYLE ( CENTRA LIL )
Mme Sarah PECH - Etre domestique à Madrid au Siècle d’Or
Samedi 1er décembre 2007
9 heures
Institut des Etudes Ibériques, Salle Delpy
31, rue Gay-Lussac 75005 Paris
Mme Sarah PECH soutient sa thèse de doctorat :
Etre domestique à Madrid au Siècle d’Or
En présence du Jury :
M. BERGER (ROUEN)
M. CARRASCO (MONTPEL 3)
Mme ESCAMILLA (PARIS 10)
Mme FAUVE-CHAMOUX (EHESS)
Mme MOLINIÉ (PARIS 4)
Résumés :
Cette thèse analyse les conditions de vie et de travail des domestiques
à Madrid au Siècle d’Or. À partir de recensements de paroissiens, d’actes notariés, de livres
d’hôpitaux, de registres paroissiaux, de traités d’organisation des maisons, de manuels de
confesseurs, de récits de fêtes ou de faits divers, la vie quotidienne des gens de service, dans
ses aspects matériels (gages, patrimoine, logement) et personnels (situation matrimoniale,
entourage familial et amical, réseaux de sociabilité), est envisagée. Le regard que la société
espagnole porte sur les domestiques et sur la relation de dépendance est également abordé,
ainsi que le décalage entre l’image que l’on donne des criados, en tant que groupe social
dangereux, et la réalité des archives judiciaires.
The present research deals with the work and life conditions of servants
in sixteenth-and seventeenth-century Madrid. All the aspects of their daily lives, both
material (wages, possessions, lodgings) and personal (marital status, social life and networks,
family relations) are tackled in this work. The in-depth study of this social category is the
synthesis of a wealth of information provided by the parish censuses of the time, but also from
solicitors’ and hospitals’ official documents and registers, treatises on housekeeping,
textbooks for priests, and various other narratives of celebrations and miscellaneous events.
What is also under scrutiny in this research is how servants and their relations with their
masters were then considered and represented by Spanish society. What is even more of
interest is the gap between the negative picture that the average man had of the allegedly
dangerous criados as a social group and the facts registered in the judicial documents of the
period under study.
Position de thèse :
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Oscar Wilde et les paradoxes de la représentation : étude des éditions illustrées de The Picture of Dorian Gray
Samedi 25 novembre 2006
14 heures
Centre Administratif, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme François-Xavier GIUDICELLI soutient sa thèse de Doctorat :
Oscar Wilde et les paradoxes de la représentation : étude des éditions illustrées de The Picture of Dorian Gray
En présence du Jury :
_ M. AQUIEN (PARIS 4)
Mme CACHIN (PARIS 7)
M. JUMEAU (PARIS 4)
Mme LOUVEL (POITIERS)
Résumés :
The Picture of Dorian Gray d’Oscar Wilde peut se lire comme l’histoire d’un portrait irreprésentable. Pourtant, ce roman a été illustré à plusieurs reprises. Ce travail se propose d’analyser dix-huit éditions illustrées de The Picture of Dorian Gray, publiées en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en France entre 1908 et 2003. L’étude de ces illustrations conduit d’abord à souligner le fait qu’un texte est peut-être avant tout un livre : la première partie de cette thèse a pour but de replacer ces diverses éditions illustrées dans leur contexte éditorial, ainsi que dans l’évolution des techniques d’illustration et dans la carrière des artistes qui les ont réalisées. La deuxième partie est une réflexion sur les opérations que suppose le passage du texte à l’image : les choix opérés par les illustrateurs s’apparentent à une « réduction » du texte, mais aussi à une mise en lumière de deux moments-clefs : le début et la fin de l’œuvre. D’autre part, la transposition du texte à l’image se fait à travers le filtre de constructions idéologiques et de codes esthétiques. La troisième partie se concentre sur l’effet « en retour » de l’illustration sur le sens même du texte. Traitant de la question du portrait et de l’inscription du temps dans le cadre de l’image, je me propose d’aller au-delà de la simple opposition entre texte et image, de faire jouer leurs convergences et leurs différences afin de mettre au jour les éclairages respectifs qu’ils suggèrent. En fin de compte, derrière ces Portraits de Dorian Gray illustrés s’inscrit souvent en filigrane un portrait d’Oscar Wilde.
The Picture of Dorian Gray by Oscar Wilde can be read as the story of a portrait that defies representation. And yet that novel has repeatedly been illustrated. This thesis examines eighteen illustrated editions of this work, published in Great Britain, the United States and France between 1908 and 2003. The analysis of these illustrations first leads one to underscore the fact that a text is first and foremost a book : the aim of the first part of this study is to recontextualise the various illustrated editions of The Picture of Dorian Gray, from an editorial and technical point of view, as well as within the careers of the artists who illustrated them. The second part examines the modalities of the transpostion of text into image : the choices made by the illustrators are tantamount to a ‘reduction’ of the text, as well as to underlining two key-moments : the beginning and the end of the novel. It is also argued that the transposition from text to image is achieved through the prism of ideological constructs and aesthetic references. The third part focuses on the ‘boomerang effect’ of illustration on the very meaning of the text. Dealing with the themes of the relationship between visual and literary portraits and of the inscription of time within images, my purpose is to go beyond the clear-cut opposition between text and image, to underline their points of convergence and of divergence, so as to bring to the fore the fact that they shed light on each other. Eventually what often lies hidden behind these illustrated Pictures of Dorian Gray is a portrait of Oscar Wilde.
Position de thèse :
Dans la lettre enthousiaste qu’il adresse à Oscar Wilde après avoir terminé la lecture de The Picture of Dorian Gray, Stéphane Mallarmé met au jour ce qui est au cœur même de cette œuvre : le rapport entre portrait peint et portrait écrit, entre le texte et l’image : « "It was the portrait that had done everything." Ce portrait en pied, inquiétant, d’un Dorian Gray, hantera, mais écrit, étant devenu devenu livre lui-même. »
Le poète français invite ici à considérer le charme, au sens fort du terme, le pouvoir de fascination que ce roman exerce, et esquisse un élément d’explication : ce qui séduit tant, fait tant travailler l’imaginaire dans cette œuvre, c’est le portrait même ; ce sont les rapports qui se tissent dans le texte entre le visible, le lisible et peut-être le dicible. Dans The Picture of Dorian Gray l’image est à l’origine du texte et sa problématique inscription dans le cadre de la fiction a donné lieu à de nombreux commentaires. Ce travail se propose d’inverser cette question et d’envisager la manière dont ce texte a donné naissance à des images. Les illustrations que The Picture of Dorian Gray a inspirées constituent en effet le point de départ de ce parcours « à rebours ».
Illustrer The Picture of Dorian Gray constitue sans doute une entreprise séduisante, mais aussi une véritable gageure, pour un artiste : c’est une œuvre qui, par certains aspects, appelle l’illustration, mais qui, dans le même temps, se prête difficilement à une tentative de représentation. Le portrait qui figure au centre du récit s’inscrit dans le texte sous le mode de l’absence. L’un des enjeux de l’illustration de ce texte est ainsi la représentation d’un tableau imaginaire : il s’agit de rendre visible une œuvre d’art allusivement décrite et qui touche aux limites de la représentation. En ce sens, l’illustrateur se trouve placé dans la même position que le lecteur du roman, invité, comme le lecteur, à combler cette lacune centrale du récit. L’illustration se trouve ainsi dotée du pouvoir herméneutique que son sens originel de « mise en lumière » lui confère : elle éclaire le texte sous un jour différent, qui varie en fonction de la perspective adoptée par les artistes tentant de relever les défis lancés par The Picture of Dorian Gray. L’écart qui par définition existe entre le texte et les images qu’il a suscitées crée un jeu (au sens physique d’écart entre les rouages d’un mécanisme) et active ainsi un dialogue entre les deux systèmes sémiotiques. L’étude de l’illustration conduit à explorer les rapports complexes qui se tissent entre le texte et l’image et à interroger ce que produit cette juxtaposition, cette rencontre de deux subjectivités et de deux systèmes de signes au sein d’une édition illustrée.
Illustrer The Picture of Dorian Gray revient à tendre un miroir à ce roman - un miroir où se reflètent, se redoublent les dualités et les paradoxes, inhérents à la notion de représentation, que l’œuvre écrite met en lumière. Re-présenter, c’est tout d’abord présenter une seconde fois - duplication à l’œuvre dans une illustration qui figure de nouveau ce qu’il y a dans le texte. La notion de représentation se fonde en outres ur la double métaphore du théâtre et de la diplomatie. La dimension spectaculaire de la représentation est clairement révélée par l’illustration, qui « met en scène(s) » le texte : elle le découpe, certes, mais elle exploite souvent également le potentiel dramatique du roman pour mettre le récit en image. La représentation a également pour fondement l’oxymore de la présence absente : tel un ambassadeur, la représentation supplée une absence par une présence ; paradoxalement, elle dit l’absence et, dans le même temps, la comble . Dans The Picture of Dorian Gray, le portrait du héros - allusivement évoqué tant dans sa beauté initiale que dans ses avatars monstrueux - , fonctionne en définitive comme un signe vide, un blanc, et creuse ainsi une béance que lecteur, et illustrateur, sont invités à combler. Pour ceux-ci, le portrait se mue en surface réfléchissante, en écran de projection des désirs et des fantasmes, témoignant ainsi de la dimension réflexive de toute représentation, notée par Louis Marin : « représenter signifie se présenter représentant quelque chose » . Enfin, le roman de Wilde accomplit ce fantasme pictural d’inscrire la peinture sur l’axe temporel, brouillant ainsi la distinction établie par G. E. Lessing dans le Laokoon entre la peinture, art de l’espace, et la poésie, art du temps . Dans The Picture of Dorian Gray, le portrait se fait récit, tandis que le récit prend la forme d’un portrait. L’étude de l’illustration invitera ici encore à retourner la question et à s’interroger sur ce paradoxe pictural que constitue la figuration du temps dans le cadre de l’image.
Certes, l’illustration revêt une fonction de « représentation », selon la terminologie d’Edward Hodnett : elle donne corps à ce qui figure dans le texte, elle est transposition de certains moments du texte . Cependant, dans la mesure où il y a transposition, il ne peut y avoir de simple duplication. Si l’illustration est un « double » du texte, elle en est nécessairement aussi un miroir déformant. On envisage souvent l’illustration comme une sorte de distraction, au sens fort du terme : agréable ornement ou point de repos dans la lecture, elle détournerait du texte. Or précisément ce détour de l’image me semble valoir la peine d’être analysé et emprunté. On ne saurait en effet négliger le phénomène « en retour » de l’illustration sur le sens même du texte : illustrer, c’est représenter une représentation, et cela ne peut se faire de manière totalement neutre ou fidèle. Le regard de biais que l’illustration pose sur le texte recèle un potentiel herméneutique qu’il est intéressant d’exploiter. Dans ce travail, je place l’accent sur les rapports dialectiques qui se tissent entre le texte et l’image qui, dans le cadre d’une édition illustrée, se complètent et s’éclairent. J’essaie de rendre compte du dialogue qui se noue entre les deux systèmes de signes, convaincu du fait que l’analyse de l’image enrichit celle du texte, de la même manière que l’étude du texte enrichit celle de l’image. En somme, ce travail se propose d’aller au-delà de la simple opposition ou du constat d’inadéquation entre le texte et l’image, et a pour ambition de faire jouer leurs différences et leurs convergences afin de mettre au jour les éclairages respectifs qu’ils suggèrent.
Composée à la fin du XIXe siècle, l’œuvre d’Oscar Wilde offre à mon sens un point de départ intéressant pour envisager les questions de l’illustration et des rapports entre le texte et l’image. The Picture of Dorian Gray - histoire d’un portrait irreprésentable qui cesse de ressembler à son modèle - peut se lire comme un symptôme de la « crise de la représentation » qui affecte la littérature de la fin de siècle. De nombreux textes de cette époque attestent en effet une perte de confiance en la stabilité des référents et témoignent d’une remise en cause du caractère référentiel de l’œuvre d’art. Dans ce contexte, faute d’être en mesure de dire le monde, la littérature « se recourbe » et se fait de plus en plus autoréférentielle, comme le rappelle Michel Foucault dans Les Mots et les Choses .
Un autre effet de ce trouble de la mimèsis apparaît dans le recours de plus en plus fréquent aux parallèles inter-sémiotiques et aux « passages » d’une forme artistique à une autre, participant de cette construction d’un espace clos où les représentations renvoient à d’autres représentations, et ce à l’infini. Wilde lui-même s’est intéressé de près à l’illustration de ses textes, attitude exprimant le désir de faire du livre un objet où fond et forme se répondent et forment un ensemble harmonieux. Cet intérêt pour la décoration du livre et cette utilisation croissante d’intertextualités artistiques constitue une première invitation à s’intéresser aux illustrations auxquelles The Picture of Dorian Gray a donné lieu : comment, à partir de ce moment de trouble de la mimèsis, va se redéfinir la relation qui unit les images au texte qu’elles représentent ?
D’autre part, de nombreux textes de Wilde mettent en scène une interrogation sur la notion de représentation et la dissociation du signifié et du signifiant, comme l’attestent les motifs récurrents du masque, du double et du miroir. Du faux portrait de Mr W. H à la double identité de Jack Worthing dans The Importance of Being Earnest, l’œuvre de Wilde développe les thèmes du caractère trompeur des apparences, du mensonge, des limites poreuses entre fiction et réalité. Sous les scintillements d’une écriture volontiers décorative et émaillée d’épigrammes affleure souvent une idée de profonde inadéquation des mots et des choses.
Le corpus retenu pour cette étude se compose de dix-huit éditions illustrées de The Picture of Dorian Gray : celles d’Eugène Dété et Paul Thiriat (1908-1910), de S. A. Moss (1909), de Fernand Siméon (1920), d’André Hofer (1925), d’Henry Keen (1925), de Jean-Emile Laboureur (1928), de Majeska (1930), de Donia Nachsen (1930), de Lui Trugo (1931), de Reynold Arnould (1946), de Leo Manso (1946), de Michael Ayrton (1948), de MacAvoy (1957), de Lucille Corcos (1958), de Graham Byfield (1968), de David Cuzik (1994), de Tony Ross (2000) et de Zaïtchick (2003). Ce qui confère une spécificité aux versions illustrées de The Picture of Dorian Gray est le fait que, à la différence d’autres textes de Wilde, comme par exemple ses recueils de contes, Salomé ou The Sphinx, aucune de ces éditions n’a été publiée du vivant de l’auteur : la plus ancienne date de 1908, soit huit ans après sa mort. J’ai opté pour une perspective diachronique dans la constitution de ce corpus : celui-ci inclut des éditions illustrées publiées entre 1908 et 2003. Un peu plus du tiers de celles-ci ont paru entre 1920 et 1931 : il s’agit pour la plupart d’entre elles d’éditions de luxe ; elles correspondent donc à l’essor de la bibliophilie qui caractérise cette époque. Couvrir ainsi quasiment un siècle d’illustrations de ce roman permet à mon sens de rendre compte au mieux de l’évolution des techniques et des styles de gravures, mais aussi de la perception changeante dont Wilde et son œuvre ont fait l’objet au fil du XXe siècle, perception dont l’illustration offre un témoignage
L’étude de l’illustration se trouve au carrefour de plusieurs disciplines : la littérature, l’histoire du livre et l’histoire des formes artistiques. C’est en croisant ces différents regards que j’espère mettre en lumière le caractère à la fois exemplaire et atypique des illustrations de The Picture of Dorian Gray, rendre compte du fonctionnement d’une édition illustrée, tout en dégageant ce qui fait la spécificité de l’illustration de ce roman de Wilde.
En premier lieu, l’étude de l’illustration invite à accomplir un parcours de l’abstrait au concret, à envisager le livre dans sa matérialité même et à analyser la manière dont un texte s’incarne en un objet. La première partie de ce travail se propose ainsi de replacer les éditions illustrées de The Picture of Dorian Gray dans leur contexte éditorial et esthétique. Le premier chapitre s’emploie à retracer l’histoire des éditions illustrées du roman et à étudier les conditions matérielles qui ont présidé à ces publications illustrées. Pour ce faire, après avoir souligné l’importance du livre - en tant que principe poétique et objet matériel - dans le roman de Wilde, j’évoquerai le contexte éditorial dont The Picture of Dorian Gray est le produit : époque de bouleversement dans le monde de l’édition, la fin du XIXe siècle se caractérise par une multiplication des imprimés, de qualité inégale, à laquelle répond une réaction esthétique, incarnée en Grande-Bretagne par The Arts and Crafts Movement et par la bibliophilie en France. Une étude de cet arrière-plan permet de recontextualiser le récit de Wilde et, ainsi, de mieux évaluer les transformations de ce roman au gré de ses versions illustrées. C’est à une histoire de ces métamorphoses qu’est consacrée la deuxième partie de ce chapitre. Prenant appui à la fois sur des critères d’ordre matériel (le chiffre des tirages, le format des ouvrages, le paratexte dont ils sont dotés) et sur des critères d’ordre éditorial (qui sont les éditeurs publiant des versions illustrées du roman de Wilde ? quels autres ouvrages publient-ils ?), je tenterai de mettre au jour le lien qui existe entre illustration et réception, dans les trois aires géographiques retenues pour cette étude (la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et la France). Le deuxième chapitre a pour objet l’étude des relations entre le livre et l’image, dans une perspective historique. On débutera ce parcours par un rapide retour en arrière : on se penchera sur l’attitude de Wilde face à l’illustration de ses textes, question qui le passionne et à laquelle il accorde la plus grande attention, comme l’atteste sa correspondance. On poursuivra cette histoire des liens entre le le livre et l’image en s’intéressant à la manière dont les éditions illustrées de The Picture of Dorian Gray s’inscrivent dans l’évolution des techniques de gravure au fil du XXe siècle. Enfin, on replacera ces diverses versions illustrées dans la carrière des artistes qui les ont réalisées, et on s’interrogera sur la relation problématique qui se tisse entre histoire du livre illustré et histoire des styles artistiques.
Quelles sont les modalités du passage du texte à l’image ? La deuxième partie de ce travail a pour objet l’étude de cette opération de transposition. Toute illustration est lecture du texte et repose sur un ensemble de choix indicateurs de celle-ci. Le troisième chapitre de cette thèse constitue une analyse de ces choix : le choix des passages représentés, tout d’abord (en partie conditionné par le nombre d’illustrations réalisées par l’artiste), mais aussi le choix de l’emplacement des images. Ces deux critères contribuent en effet à modifier les rapports qui se nouent entre le texte et l’image au sein d’une édition, à créer un nouveau parcours de l’œuvre. Dans un deuxième temps, je mettrai l’accent sur deux emplacements privilégiés alloués à l’illustration, qui sont également deux moments forts de toute lecture : le début et la fin du livre ; je proposerai une analyse croisée des éléments textuels et visuels situés en ces espaces-charnières du livre : la page de couverture, la page de titre, l’incipit et le frontispice, d’une part ; et, d’autre part, la clausule et les illustrations venant apporter une conclusion visuelle au texte. La transposition du texte à l’image se fait également par le recours à d’autres codes. Le quatrième chapitre de la thèse met l’accent sur ces différents « filtres » utilisés pour représenter The Picture of Dorian Gray. Les illustrateurs mettent souvent en images les passages les plus mélodramatiques du texte, et, pour ce faire, utilisent les codes mêmes qui caractérisent ce genre théâtral populaire au XIXe siècle : beaucoup de gravures reposent sur des stéréotypes et des clichés, tant dans la représentation qui est faite de l’East End londonien que dans la peinture de personnages, comme Mr Isaacs, James Vane, Lord Henry ou Sibyl Vane. L’analyse de la représentation du personnage de l’actrice, créature de l’artifice et de la transformation, est utilisée pour mettre en lumière les questions autour du genre sexué que le roman soulève et conduit à envisager l’illustration comme « théâtralisation » du roman. Les créations visuelles reposent, d’une part, sur une « mise en scène » du texte, comme dans le cas des scènes de meurtre ; mais, à travers leur utilisation de ces objets éminemment théâtraux que sont les rideaux, les voiles et les tentures, les illustrateurs matérialisent aussi ce qui fait le « plaisir » du texte wildien : le battement entre le montré et le caché, le visible et l’invisible.
Comment l’illustration éclaire-t-elle le texte ? C’est à cette question que tente de répondre la troisième partie de ce travail, consacrée à ce qu’Alain Montandon appelle « l’effet en retour » de l’illustration sur le texte . Il s’agit de faire jouer les éclairages respectifs que suggèrent le texte et l’image et d’évaluer, à l’aune des illustrations qu’ils ont inspirées, des aspects essentiels du récit de Wilde, qui touchent à la question de la représentation et à la relation entre le texte et l’image. Le cinquième chapitre de cette thèse traite de la question du portrait, du rapport entre portrait écrit et portrait peint. Dans sa beauté première comme dans ses transformations monstrueuses, le portrait de Dorian Gray semble toucher aux limites de la représentation. Il s’agit ici de montrer comment se négocie le passage de la suggestion du texte à la monstration de l’image, et par quels détours l’image parvient à représenter un portrait a priori irreprésentable. Le dernier chapitre envisage la question du rapport entre image et temps, sous deux angles différents. Tout d’abord, je m’intéresse à la manière dont les illustrateurs relèvent le défi lancé par un texte où l’image s’inscrit sur la chaîne temporelle, aux différentes stratégies que les artistes emploient pour représenter la succession temporelle dans le cadre de l’image fixe. J’aborde ensuite le rôle essentiel du récepteur, du lecteur - spectateur, dans la « mise en tension » des deux systèmes de signes qui coexistent dans une édition illustrée : la lecture, mise en mouvement, crée un rythme et active le dialogue entre le texte et l’image. D’autre part, l’illustration paraît se faire également miroir du temps, et cumulativement, les éditions illustrées de The Picture of Dorian Gray offrent un témoignage des différentes lectures dont cette œuvre a fait l’objet au fil du XXe siècle, ainsi que de la perception de son auteur : derrière ces Portraits de Dorian Gray illustrés semble se dessiner en filigrane un portrait, ou une image fantasmée, d’Oscar Wilde.
Rouvres, la Chatellenie, le château, au temps des deux premiers ducs valois de Bourgogne ( vers 1360 - vers 1420)
Samedi 5 mars 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes, centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Georges FRIGNET soutient sa thèse de doctorat :
Rouvres, la Chatellenie, le château, au temps des deux premiers ducs valois de Bourgogne ( vers 1360 - vers 1420)
En présence du Jury :
M. CHAPELOT (EHESS)
M. CONTAMINE (Paris 4)
M. RICHARD (Institut)
M. SCHNERB (Lille 3)
"...seule la nature est belle...". Réflexions sur la nature et descriptions artialisantes des paysages dans l’oeuvre d’August Strindberg
Lundi 15 décembre
9 h
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Roger MARMUS soutient sa thèse de doctorat :
"...seule la nature est belle...". Réflexions sur la nature et descriptions artialisantes des paysages dans l’oeuvre d’August Strindberg
en présence du Jury :
Mme AHLSTEDT (GÖTEBORG)
M. AUCHET (PARIS IV)
M. BOYER (PARIS IV)
M. MAILLEFER (LILLE III)
"Aux sources de l’image musicale : intersection des arts et naissance de l’esthétique comparée au XVIIIe siècle"
Samedi 9 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, salle F368, Esc. F, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Maria Victoria LLORT LLOPART soutient sa thèse de Doctorat :
"Aux sources de l’image musicale : intersection des arts et naissance de l’esthétique comparée au XVIIIe siècle"
En présence du Jury :
Mme BARBE (PARIS 4)
Mme CIZERON (LYON 2)
M. GUIOMAR (PARIS 4)
M. LACOMBE (RENNES 2)
Résumés :
Afin de comprendre l’image musicale à ses origines, nous étudions ce qui entoure le concept :
sa définition, sa pertinence et son évolution, ainsi que ses représentations ; d’un côté, les
fondements esthétiques, et de l’autre, les créations artistiques selon leurs supports et leurs
interactions. Bien qu’une esquisse du concept d’image musicale puisse paraître paradoxale,
nous démontrons que le lien entre l’image et l’idée, le sensoriel et l’intellectuel s’avère
fondamental pour l’analyse de ce binôme synesthésique.
En outre, l’image joue un rôle « crucial dans les discours sur la musique qui se trouvent au
coeur de la naissance de l’esthétique comparée des arts. L’image devient l’intersection des
idées esthétiques. Le rapport de la mimèsis et de l’image est une constante qui parcourt le
siècle. Mais l’idée de mimèsis évolue et les objets d’imitation se déplacent : d’abord la nature,
ensuite le langage et la rhétorique, puis les passions - soigneusement répertoriées et
rationalisées, pour devenir expression de la subjectivité -, et finalement, la consolidation du
sentiment du sublimé, qui ouvre une voie d’analyse cruciale pour l’art des générations
suivantes.
Our objectif is the comprehension of the musical image at its engines. We analyse the
definition, the evolution and the representations of the concept. With this purpose, we
undertake a detailed analysis of the role of the image in the writings on music hi the 18th
century, which are placed at the heart of the birth of comparative aesthetics. The relations
between music and image are constant throughout the century. However, the idea of mimesis
evolves and the objects that are supposed to be imitated change : nature, language, rhetoric,
passions and finally, the sublime that opens a new path of analysis for the next generations.
Position de thèse :
Notre volonté d’étudier un sujet aussi vaste que la genèse du rapport du
visuel et du sonore dans l’oeuvre d’art, surgit à partir d’une expérience concrète :
une audition du poème pour piano Vers la flamme du compositeur russe
Alexandre Scriabine. C’est donc à partir du concret que nous envisageons le
sujet général. Cette expérience déclencha une réflexion à partir de l’oeuvre de
Scriabine, et nous avons alors voulu refaire le chemin jusqu’à l’origine de ce
phénomène d’association du visuel au sonore, jusqu’à ses sources.
Les études sur les rapports entre musique et arts plastiques ont apporté
des contributions très importantes afin de mieux comprendre le système des
beaux-arts et de fournir des instruments d’analyse très raffinés. Or, si nous
regardons de près la bibliographie sur l’imaginaire et l’image - des études sur
l’imaginaire dans les bestiaires médiévaux jusqu’à l’actuelle culture
audiovisuelle, nous trouvons un intérêt qui se déploie sur des sujets aussi divers
que la faune ou l’architecture, sur les aspects anthropologiques, religieux,
politiques, sociaux, et selon les époques, pays et cultures de l’Antiquité à nos
jours -, nous constatons que la musique est un élément presque toujours
absent dans le cadre de la réflexion, sauf quelques exceptions. Il y a en effet une
longue tradition des études sur l’image et l’imaginaire. Notre apport consistera
donc dans l’application de cette méthodologie à l’image musicale.
Notre objectif est de comprendre l’image musicale à ses origines. Pour
cela, nous étudions ce qui entoure le concept, c’est-à-dire, sa définition, sa
pertinence et son évolution, ainsi que ses représentations : d’un côté, les
fondements esthétiques, et de l’autre, les créations artistiques selon leurs
supports et leurs interactions.
Nous nous proposons alors de parcourir ce qui nous semble essentiel : la
généalogie du rapport entre le visuel et le sonore autour de l’idée de la vision
artistique et de ses différentes réalisations et, plus concrètement, de l’image
musicale. Cette généalogie nous aidera à mieux comprendre les différentes
expressions de l’image musicale et les rapports qu’elles tissent entre elles au
sein de leurs intersections. Notre analyse de l’image musicale s’intègre dans une
esthétique comparée évolutive, qui inclut philosophie et littérature, peinture, et
musique, c’est-à-dire, les trois axes qui servent de support à l’image musicale.
L’objet d’étude étant très large, nous l’avons limité chronologiquement au
XVIIIe siècle. La succession du Baroque, du Classicisme et des Lumières
jusqu’au Romantisme marque un cadre temporel particulièrement favorable,
car les passages de chaque époque modèlent l’évolution des concepts analysés et
permettent d’approfondir les complexités culturelles. La limitation
géographique prend comme point de repère la France, mais en établissant des
comparaisons fréquentes avec l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie. Deux raisons
justifient ce choix : les contraintes pratiques d’une recherche développée
principalement en France, et l’intérêt concret qu’elle présente à cette époque.
Afin de maintenir la pluralité des discours et des interprétations, nous
parcourons le chemin de l’image musicale, en ne perdant pas de vue que le sujet
traité ne s’y épuise pas et qu’il réunit des approches ou des méthodologies
diverses. Ainsi, nous nous servirons de l’esthétique comparée et aussi de la
littérature comparée : la traduction des arts est aussi une question sémantique,
chaque artiste, ainsi que chaque art, a son langage. D’un côté, les procédés
littéraires peuvent s’appliquer aussi à l’art en tant que langage. D’un autre côté,
tout discours sur l’art étant littéraire, nous pouvons y avoir recours pour son
analyse. Gaston Bachelard, Etienne Souriau, Michel Guiomar, Michel Butor ou
Gérard Genette ouvrent cette piste par des nuances différentes. Or, tenant
compte de notre objectif, une méthode s’avère insuffisante si nous ne prenons
pas compte d’autres perspectives. C’est ici que l’herméneutique et les théories de
la réception s’avéreront utiles, car l’image artistique est ce qui se reçoit, ce qui se
comprend et ce qui se transforme.
Quelle est donc l’essence de l’image ? L’image s’exprime par le langage,
elle a besoin de mots : elle a recours à la rhétorique, à la métaphore ; le langage
devient ainsi ekphrastique. Mais elle est aussi une vision, un sens, une forme,
une perception. Elle est psychologique, mystique, comporte un désir de
communication entre celui qui la représente et celui qui la perçoit, ce dernier
devenant lui-même un potentiel re-créateur d’images. L’image est, sans doute,
tout cela et beaucoup plus.
Pour Paul Valéry, la plus grande partie des désespoirs des artistes est liée
à la difficulté ou à l’impossibilité de reproduire par les moyens de leur art, une
image qui leur semble se décolorer et se faner en la saisissant dans une phrase,
une toile ou une portée. Sa Théorie poétique et esthétique, son Idée fixe ou ses
Variétés révèlent souvent ce désir de saisir l’instant créateur. Ainsi, nous
essayons de parcourir les difficultés et les impossibilités de reproduire cette
image fuyante, qui d’ailleurs est commune à tous les arts.
Nous recherchons les chemins de l’intersection des idées, des voix, des
manifestations créatrices... Cette opération mathématique de l’intersection
d’ensembles permet aussi une richesse de champ pour se concentrer sur la
spécificité de ce qui est commun à chaque art, l’essentiel. Voici notre objet
d’étude : l’image qui appartient simultanément au logos, au visuel et au sonore.
Cette question nous oblige à nous interroger d’abord sur les plans où l’image se
déploie pour chaque art.
La première partie de notre thèse pose une introduction méthodologique
sur l’image et l’élargissement du concept vers l’image musicale. Dans un
premier temps, nous passons des définitions de l’image aux définitions de
l’image musicale et nous établissons aussi une typologie de celle-ci. Dans cette
perspective, il est nécessaire d’approfondir les sources de l’image musicale, cette
partie étant forcément guidée par les orientations esthétiques du concept.
L’expression synesthésique « image musicale » se déploie verbalement (laissant
sa trace perdurable dans les écrits), dans les expériences physiques pour
parvenir à une musique oculaire, et tout au long de nombreux écrits à propos de
l’esthétique naissante. Ce contexte nous permet d’examiner de près quelques
caractéristiques de l’image, et d’en esquisser une typologie que nous extrapolons
à la musique.
Dans le premier chapitre, nous analysons comment l’image musicale se
comprend et se configure au XVIIIe siècle : la place que la musique occupe dans
l’esprit des Lumières, l’irruption de l’image musicale dans les écrits, c’est-à-dire,
dans la pensée et dans la littérature, le rôle que l’esthétique joue dans ce
processus et comment la pensée sur le beau évolue jusqu’à une esthétique
nécessairement comparée. Car, c’est précisément au moment de la naissance de
l’esthétique, que les discours sur la musique foisonnent. _ Or, ces essais et écrits
de toute sorte, ont - la plus grande partie d’eux - une caractéristique
fondamentale : la réflexion sur un art, s’appuie très souvent sur un autre art.
L’esthétique s’avère donc, à ses origines, de caractère comparatif et
comparatiste. Les arts tissent leur langage autour d’un autre art soeur ; et
l’emprunt de termes et l’usage des métaphores, rappels et comparaisons
deviennent indispensables. En allant un peu plus loin, on peut dire que les
mots-clés de ces discours sont imitation, nature, langage, rhétorique, passions,
expression, sentiments et le sublime. Et c’est justement l’analyse des rapports et
de l’évolution de ces axes de pensée qui va nous permettre de mieux
comprendre comment le XVIIIe siècle envisage le visuel et le sonore dans l’art.
Les trois premières sections du chapitre sont consacrées à la recherche de
l’expression de l’« image musicale », en tant que binôme synesthésique ; les
essais pour aboutir à une image musicale physique et l’orientation esthétique du
concept. Les trois dernières sections se structurent symétriquement : les
caractéristiques communes à l’image sont analysées afin de proposer une
typologie des images transposable à l’image musicale.
Nous consacrons le deuxième chapitre à l’analyse du rôle de l’image dans
les discours sur la musique qui se trouvent au coeur de la naissance de
l’esthétique comparée des arts. De nouvelles perspectives sont abordées dans les
écrits sur la musique au XVIIIe siècle. Or, le rapport de la mimèsis et de l’image
est une constante qui parcourt le siècle. L’idée de mimèsis évolue et les objets
d’imitation se déplacent : d’abord la nature, ensuite le langage et la rhétorique,
puis les passions - d’abord soigneusement répertoriées et rationalisées, pour
devenir expression de la subjectivité -, et finalement, la consolidation de
sentiment du sublime, qui ouvre une voie d’analyse cruciale pour l’art des
générations suivantes.
Dans la deuxième partie nous abordons la transartisticité de l’image
musicale : c’est-à-dire, son approche à partir de la peinture (du côté visuel) et de
la musique (du côté sonore).
Le troisième chapitre visite quelques salons pittoresques et musicaux, car
ces endroits privilégiés de rencontre et de dialogue sont le berceau des oeuvres
d’art qui parviendront à refléter l’idée de rapport, telle qu’elle est conçue par
Leibniz, Diderot et qui influencera les artistes postérieurs. L’image musicale
nous est montrée du côté de la peinture et du côté de la musique.
Le quatrième chapitre approfondit l’analyse comparée d’un choix
d’oeuvres de notre période d’étude. Même si parfois les motifs peuvent paraître
éloignés, leur analyse montre une profonde unité et cohérence des différentes
images -littéraires, visuelles et sonores- et leur lien intrinsèque. Le concert et
les interprètes offrent les images de l’occasion musicale et les visages des
musiciens. La leçon de musique reflète l’atmosphère pédagogique de l’époque
mêlée aux sujets galants ou plus philosophiques. La danse montre une
intersection parfaite des arts : textes (plus ou moins littéraires), figures, portées
les mots, les images et les sons - s’accordent de façon unitaire afin de parvenir
à fixer le mouvement et le son du geste. Le temps et le mouvement éphémère
dans l’espace trouvent leur écho dans les musiques qui ne sortiraient jamais des
partitions sans la médiation des interprètes. Or, ces idées sont parfaitement
fixées dans les traités de danse parus en France et qui influenceront toute
l’Europe et dans l’iconographie propre à la danse. Jamais l’intersection des arts
ne trouvera une expression graphique plus précise, plus juste de leur « âme
assimilée ». Mais l’opéra, qui met sur la scène tous les débats de l’époque,
devient la merveilleuse illusion d’un espace humain et d’un espace sublime, en
déployant toutes les ressources à sa portée.
La nature, dont les rapports avec les arts centrent toujours les théories et
les débats, nous offre deux motifs d’analyse : la pastorale et les sujets
champêtres, qui trouvent une correspondance, voire des traductions dans les
images propres à chaque art ; et la représentation des saisons, qui constitue en
même temps une esthétique du temps qui passe, une iconographie des attributs
de la nature et un répertoire d’images musicales étroitement liées. La
célébration de la nature ne nous empêche pas de tenir compte des natures
mortes qui, au XVIIe siècle prônaient avec pessimisme et mélancolie la fugacité
de la vie et la futilité de l’humain, alors qu’au XVIIIe siècle, elles prennent une
tournure opposée et montrent la confiance dans les ouvrages de l’homme,
déployant avec optimisme, fierté et virtuosité les attributs des arts et des
sciences, le perdurable au-delà de la page, de la portée ou de la toile : le progrès
de la connaissance. La dernière étape de ce parcours imaginal est la
représentation du sublime : somme et synthèse du siècle, il regroupe les motifs
révisés et les mène plus loin. La nature emportée, les éléments redoutables qui
provoquent le delightful horror, les expériences issues de la limite au seuil de
l’infini et de la solitude, ainsi qu’une nouvelle poétique de la lumière, des
nuances et des fragments, trouvent leur triple expression littéraire, musicale et
pittoresque et couronnent l’évolution de la mimèsis à l’expression.
C’est à la fin de ce parcours que nous voyons la prééminence de l’« idée
esthétique » kantienne, - cette représentation de l’imagination, qui donne
beaucoup à penser, sans qu’aucune pensée déterminée, c’est-à-dire de concept,
puisse lui être adéquate et que par conséquent aucune langue ne peut
complètement exprimer et rendre intelligible - et qui exprime l’essence de
l’image musicale. Or, une entreprise telle que la tentative de comprendre le
coeur du processus artistique, de la création n’est jamais vaine. Nous nous en
rapprochons sans prétentions, mais avec humilité. C’est le processus, le
parcours que nous faisons qui nous apprend quelque chose de plus, l’essence
étant toujours inaccessible. Il s’agit d’ouvrir des voies : d’analyse, de
commentaire, pistes de recherche qui ne mènent pas seulement à ce qu’il y ait
plus de livres sur les livres, mais qui révèlent aussi des aspects moins remarqués
ou plus inaperçus de la tradition. Notre réflexion devrait contribuer à la
meilleure compréhension des rapports des arts autour de l’évolution des
concepts-clé de l’esthétique, pleinement consciente qu’il n’y a pas de fin à notre
enquête...
"Ce hideux chef-d’oeuvre". Lectures, traductions, illustrations des "liaisons dangereuses". France, Allemagne, Angleterre, 1860-1914
Samedi 2 avril 2005
14 heures 30
En Sorbonne, Salles des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75230 Paris
Mme Marie-Luce COLATRELLA KIERLIK soutient sa thèse de doctorat :
"Ce hideux chef-d’oeuvre". Lectures, traductions, illustrations des "liaisons dangereuses". France, Allemagne, Angleterre, 1860-1914
En présence du Jury :
M. CRONK (Oxford)
M. DE PALACIO (Paris 4)
M. DELON (Paris 4)
M. MICHAUD (Paris 3)
Mme THOREL (Lille 3)
"Ceci est ton sang", ou l’anthropologie nationale-socialiste entre mysticisme et sciences aryennes
Vendredi 25 novembre 2005
14 heures 30
Centre Malesherbes
Amphithéâtre A 122
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Anne QUINCHON CAUDAL soutient sa thèse de doctorat :
"Ceci est ton sang", ou l’anthropologie nationale-socialiste entre mysticisme et sciences aryennes
En présence du Jury :
M. MERLIO (Paris 4)
M. CAHN (Paris 4)
M. TAGUIEFF (CNRS)
M. CLUET (Rennes 2)
Position de thèse
Tout l’édifice philosophique national-socialiste fut forgé à partir d’un unique axiome : celui de l’inégalité fondamentale et indépassable des races humaines. Mais comment les nationaux-socialistes définissaient-ils la race ? La concevaient-ils comme une substance plutôt corporelle ou plutôt spirituelle ? Y-eut-il seulement un dogme racial unanimement accepté au sein de l’Etat et du Parti ? Le discours racial national-socialiste fut plus complexe qu’on ne le suppose généralement, en raison même de la difficulté qu’il y a à saisir l’essence de la race. Lorsqu’elle fut objet de réflexion pour les philosophes et autres penseurs « racialistes », la race fut définie de manière essentiellement métaphysique, à partir de prémisses indémontrables souvent teintées de mysticisme. Et pourtant, cette anthropologie philosophique eut la prétention d’être aussi rationnelle et objective qu’un discours scientifique. Lorsqu’elle fut objet de recherche pour les anthropologues et les généticiens, qui s’attachaient alors davantage à sa matérialité, la race ne put jamais être définie de manière suffisamment objective pour s’élever au-dessus du niveau du simple préjugé et de la conviction personnelle du chercheur. Il manqua donc toujours au discours racial à prétention scientifique ce critère de démarcation essentiel qu’est la « falsifiabilité » (Karl R. Popper).
Si de nombreuses études ont été consacrées à l’un ou à l’autre type de discours, presque aucune ne s’est risquée à mettre en évidence leur imbrication. Il est vrai que la part de religiosité qui imprègne les croyances relatives au sang est souvent difficile à saisir, et qu’elle n’est ni spécifiquement allemande, ni spécifiquement fasciste. Il n’est pas un écrit patriotique qui ne contienne une allusion au sang des ancêtres ou à celui versé pour la patrie. Mais la mystique nazie du sang va plus loin, dans la mesure où c’est le sang lui-même qu’elle élève au rang de valeur suprême (avant la patrie, donc, et même avant les ancêtres, qui ne sont plus que des vecteurs du sang). Il faut toutefois savoir distinguer, dans la démarche des chercheurs du Troisième Reich, entre le calcul opportuniste et l’adhésion réelle à ce qui fut une religion politique. Aussi une large partie de ce travail est-il consacré à ceux des plus grands savants de l’époque qui, par une démarche de foi, contredirent sciemment leurs propres thèses, choisissant d’oublier ce qu’ils savaient des lois de l’hérédité pour adapter leur « découvertes » à l’idéologie nationale-socialiste, toujours première.
Pour rendre compte de ce culte du sang, si présent sous le Troisième Reich et quasi absent du franquisme et du fascisme italien, il faut commencer par s’attacher à ses racines et à son évolution jusqu’à la naissance du NSDAP, avant de déterminer quelles étaient les conceptions anthropologiques des principaux dirigeants du Troisième Reich. Enfin, puisque cette anthropologique théorique nationale-socialiste eut aussi de sinistres applications pratiques, il faut voir de quelle manière les dirigeants du Reich et les biologistes collaborèrent pour conférer une aura scientifique à ce qui n’était que des fantasmes raciaux.
Le patriotisme culturel des Allemands se distingue de celui de ses voisins européens par son insistance sur le thème de la primitivité (Ursprünglichkeit). Ainsi, après la redécouverte des œuvres de Tacite, les anciens Germains furent-ils présentés comme formant une nation « pure de tout mélange ». De même, les nationalistes allemands du XIXe siècle débutant, et en particulier Fichte, définirent-ils le peuple allemand comme le peuple par excellence en raison de sa fidélité à ses origines. L’universalisme missionnaire de Herder ou de Fichte cèda progressivement la place à une pensée ethnique, si bien que le nationalisme allemand devint plus xénophobe. Les premières allusions à la race et au sang apparurent, notamment chez Josef Görres, soucieux de protéger le peuple contre cette cause de maladie que seraient les influences étrangères. De même, les propos antisémites se firent plus nombreux, en particulier chez Adam Müller, Ernst Moritz Arndt et Friedrich Ludwig Jahn.
Dans le même temps, un autre courant de pensée se fit jour, qui aboutit lui aussi à une définition essentialiste de l’appartenance ethnique, mais cette fois-ci sur une base nettement plus raciale : le mythe de l’ascendance aryenne de l’homme blanc. Herder ayant fait de la langue la manifestation de l’esprit d’un peuple, on déduisit de l’existence, nouvellement prouvée par la linguistique, de langues aryennes et de langues sémitiques, l’existence de deux âmes raciales correspondantes. L’altérité religieuse et culturelle se mua en une altérité de nature. Sous l’influence de Joseph Arthur de Gobineau, que Ludwig Schemann fit connaître aux Allemands dans les années 1880, la race put accéder pour la première fois au rang de seul facteur explicatif de l’histoire universelle comme de toutes les manifestations de l’esprit, et les « Arians » à celui de race supérieure de l’humanité. Si les wagnériens des Bayreuther Blätter prêtèrent à cet Aryen des traits nordiques, c’est que l’Allemagne de la fin du XIXe siècle se passionnait toujours pour le vieux mythe des origines nordiques des Allemands. On rendit alors les différents mythes compatibles en situant l’origine des Aryens à la fois dans les terres germaniques et dans les terres scandinaves. Mais ce qui explique que la fascination pour le monde septentrional n’ait pas entamé l’admiration des Allemands pour la civilisation grecque antique, c’est que, avec Nietzsche, ils sont passés d’une vision essentiellement géographique du Nordique à une conception idéologique de celui-ci : l’Hyperboréen se distingue désormais bien davantage par son aptitude culturelle que par ses traits somatiques.
Alors que les philosophes tendaient de plus en plus à définir la race de manière spirituelle, la biologie moderne ouvrit la voie à une vision très matérialiste des faits humains. Le biologiste Ernst Haeckel fut ainsi l’un des premiers grands scientifiques de son temps à tenter d’établir une classification systématique des différentes races humaines en tenant compte des lois de l’évolution. Parmi les darwinistes sociaux, on peut citer Ludwig Gumplowicz, qui était convaincu que les processus sociaux se déroulent de la même manière que les processus naturels ; Otto Georg Ammon, qui admirait le « chef d’oeuvre » que constituait la société si inégalitaire de son époque ; et l’ « aristocrate social » Alexander Tille, pour qui Nietzsche aurait été le premier à porter la morale évolutionniste à son terme par sa glorification de la volonté de puissance. Les Archives de biologie raciale et sociale de l’eugéniste Alfred Ploetz et les écrits de Wilhelm Schallmayer proposaient un programme de « service racial » qui évoque terriblement celui du Troisième Reich : politique résolument nataliste, stérilisation des êtres dangereux pour le patrimoine héréditaire de la nation, primat de l’intérêt commun sur le souci des malades. Quant à la théorie du plasma germinatif, développée par le zoologue et médecin August Weismann, elle fit apparaître de manière criante la nécessité de choisir son partenaire sexuel avec la plus grande prudence.
Dans les années 1870-1890, les courants de l’historisme relativiste et de la biologie humaine se rejoignirent pour nourrir le débat sur la nature du sang et de la race. Mais alors que, durant les décennies précédentes, l’on cherchait prioritairement à définir l’identité allemande, c’est maintenant la quête d’une essence juive qui mobilise les énergies. On voit s’effectuer le passage de l’antijudaïsme traditionnel à l’antisémitisme moderne : la supposée différence de nature des Juifs devient un facteur explicatif de l’ensemble des maux de l’univers, si bien que le sang se met à jouer chez les penseurs racistes le rôle de clé de compréhension du monde, un peu comme le matérialisme historique chez les marxistes. Les écrits consacrés à la possibilité de l’assimilation des Juifs fleurirent (pensons à ceux de Paul de Lagarde, Richard Wagner, Adolf Stoecker, Heinrich von Treitschke, August Julius Langbehn, ou encore des groupuscules völkisch). Nombre de penseurs hésitèrent au cours des décennies entre une conception plus spirituelle et une définition plus biologique de la race. Pour Wilhelm Marr et Eugen Dühring, en revanche, il fallait résolument cesser de considérer la question juive comme une question religieuse pour l’aborder selon une approche purement scientifique, afin qu’elle devienne une véritable idéologie. Plus riche et plus néfaste, la réflexion de Theodor Fritsch aboutit à la conviction que le Juif aurait été créé pour contraindre les Allemands à lutter pour leur survie en préservant leur patrimoine spirituel et biologique. L’importance de l’apport de Houston Stewart Chamberlain réside quant à lui dans le fait que l’Anglais parvint à rendre compatibles deux des principaux courants de pensée de son siècle : l’idéalisme et le darwinisme. Disciple de Gobineau, Chamberlain fit opérer aux thèses du comte une « révolution copernicienne » en affirmant que la race pure était encore à créer. Mais la race de Chamberlain est une race ressentie, de sorte que la race idéale à créer n’est autre qu’une race essentiellement mystique.
Les principaux théoriciens de l’idéologie nationale-socialiste constituèrent leur anthropologie sur cet arrière-plan philosophique, mais on ne peut qu’être frappé de la distance qui les sépare sur des questions aussi essentielles que celles de l’identité de leurs ancêtres, ou encore de la fonction historique des nomades. En fait, l’idéologie nationale-socialiste s’est davantage définie de manière négative, par la désignation de ses ennemis, qu’en précisant la nature de la race d’élite, comme si celle-ci allait de soi.
Alfred Rosenberg fut sans nul doute le plus mystique d’entre eux. Esquissant dans son Mythe du XXe siècle un tableau de l’histoire universelle depuis les origines de la civilisation humaine, il affirme que toute création culturelle de l’histoire mondiale ne serait l’œuvre que de la seule race nordique. En une lecture très hérétique des textes de Maître Eckhart, Rosenberg affirme que l’ « étincelle » dont parle le mystique rhénan, cette part de l’homme qui est en Dieu, serait l’expression même de la nature nordique : un sens inné, divin, de l’honneur et de la liberté. Face à cet homme nordique rêvé dans le Mythe se dresse le Juif, être statique et dominateur, que son mythe de l’élection divine pousse à la domination mondiale. Assimilant les Juifs à Satan même, Rosenberg prétendit que la seule présence des Juifs serait responsable de l’impossibilité pour les Allemands de réaliser l’union mystique avec Dieu et entre eux à laquelle leur sang les prédispose pourtant.
Comme Rosenberg, Adolf Hitler ne cessa jamais de situer l’opposition entre Juifs et Aryens au cœur de sa vision du monde, et, comme Rosenberg, il conçut cette opposition essentiellement sur le mode religieux. Face à l’Aryen, être prométhéen et miraculeux auquel Dieu aurait confié sa création, se dresserait son antithèse la plus complète, le Juif, parasite dépourvu de toute vie spirituelle. Pour lutter contre l’ennemi par excellence, Hitler prétendit vouloir se dégager de la tradition antijuive séculaire pour pratiquer un « antisémitisme scientifique ». Mais cet antisémitisme ne parvint en fait jamais à s’élever au-dessus du niveau d’un darwinisme social primaire. Il faut surtout remarquer que le darwinisme de Hitler s’accommode très bien avec un véritable panthéisme, au point qu’on peut se demander si le vocabulaire darwiniste de Hitler ne recouvre pas en fait de pures croyances religieuses. L’idéologie hitlérienne pose la question fondamentale de l’origine et de la signification du Mal, et montre que la mission historique et téléologique des Allemands consiste à sauver les Aryens afin de préserver la Création du chaos.
Beaucoup moins métaphysique, l’antisémitisme de Julius Streicher a pour particularité de reposer sur une vision pornographique des relations entre Juifs et non-Juifs, comme si la lutte des races devait presque toujours se jouer sur le terrain de la sexualité. Le sang constitua un thème obsessionnel de la pensée de Streicher. On le retrouve décliné sous ses différentes formes (sang du meurtre, sang du sacrifice rituel, sang symbole de vie au même titre que le sperme, etc.) dans le Stürmer. Les innombrables crimes sexuels attribués aux Juifs y sont invariablement expliqués par deux facteurs : l’obéissance à la loi talmudique et l’hérédité. Attaquer les non-Juifs serait un commandement religieux, fruit de l’esprit de la race juive, ayant pour objectif d’anéantir les « goys » physiquement et moralement. Adepte de la croyance (alors très controversée) en la prépotence du sang juif, Streicher affirmait qu’en ayant des rapports avec de jeunes Allemandes, les Juifs condamnaient leurs victimes à être souillées à tout jamais.
Le Reichsführer SS fut l’homme le plus représentatif de la tension permanente entre rationalité et irrationalité au sein de l’idéologie et de la pratique nationales-socialistes. Bien que Himmler n’ait jamais douté de sa capacité à contribuer au triomphe de la science, et notamment au savoir de la race qu’il considérait comme l’ « évangile allemand », on constate que sa conception du monde ne reposait en définitive que sur un ensemble de croyances généralement sans fondement, et que son anthropologie se caractérisait avant tout par sa grande imprécision conceptuelle. En dehors des « Germains », Himmler ne semble connaître l’existence de quasiment aucun autre groupe ethnique que les « Slaves » et les « Juifs », les premiers représentant avant tout un ennemi politique, et les seconds incarnant un ennemi métaphysique. A l’antithèse hitlérienne Aryens-Juifs, Himmler substitue donc l’opposition Europe-Asie. Souvent assimilés aux bolcheviques, les Slaves non assimilables se confondent à terme avec les Juifs, pour ne plus constituer qu’un seul et même principe négatif. Himmler ne décrit jamais le phénotype juif, comme si l’ennemi était totalement désincarné. Son seul trait distinctif est sa volonté de destruction et de domination. Caste de prêtres unis par le sang et par l’esprit, la S.S. n’eut quant à elle pas le sang aussi pur qu’on le dit. Après une période de recrutement des plus strictes dans les années 1930, l’Ordre noir s’ouvrit à tous les Européens d’origine nordique, puis, après la défaite de Stalingrad, aux Européens de l’Est, et même aux Tsiganes !
Richard Walther Darré partageait avec le Reichsführer SS le rêve de mettre en place un élevage d’hommes supérieurs. Le mysticisme de Himmler lui était toutefois étranger, car il concevait la race d’une manière résolument matérialiste. Il distingua deux catégories d’individus, « deux contraires absolus et insurmontables » : le sédentaire d’une part, qui cultive un sol et qui est à l’origine de toute création culturelle, et le nomade d’autre part, homme qui n’est lié à aucun sol, n’a pas d’histoire, et se repaît des biens créés par d’autres. Ce qui serait responsable du déclin de la plus noble des races sédentaires, ce ne serait que secondairement le mélange des races, comme chez Hitler ou Rosenberg, ou l’effet dysgénique des guerres, mais ce serait essentiellement la séparation d’avec le sol. Le programme de Darré pour le Reich allemand à venir repose donc sur l’ancrage du paysan dans sa terre, et sur la création, grâce à des pratiques eugénistes strictes inspirées des récents enseignements de la biologie, d’une élite de paysans nordiques destinés à former une « nouvelle noblesse issue du sang et du sol ». Cet attachement au sol distingue Darré des autres idéologues nationaux-socialistes. Mais on ne peut comprendre l’union sang-sol qu’en acceptant de considérer que le sol idéalisé du paysan de Darré est un sol métaphorique, une image de la continuité sur laquelle les vicissitudes de l’histoire n’ont pas prise. En ce lieu situé hors du temps, le sang pourrait se transmettre inchangé, et garantir ainsi l’éternité de l’homme vivant sur ce sol. Cette sortie de l’histoire est renforcée par le fait que Darré examine tous les événements avec le regard du biologiste, si bien que seul le sang, porteur de vie, accède au statut de valeur.
Sous le Troisième Reich, théorie et pratique se nourrirent mutuellement. Les dirigeants nazis encouragèrent les recherches raciologiques de grands savants, qui s’efforcèrent à leur tour de fonder rationnellement la politique irrationnelle des nouveaux maîtres de l’Allemagne. Aussi la « science aryenne » ― science des Aryens pour les seuls Aryens ― fut-elle à la fois complice et complexe (R.N.Proctor). Dès les années 1930, le postulat de l’inégalité des hommes devant la constitution du savoir fut appliqué aux sciences exactes elles-mêmes, comme l’illustrent les thèses des physiciens Philipp Lenard et Johannes Stark, et du mathématicien Ludwig Bieberbach.
De nombreux anthropologues et généticiens de renom décidèrent eux aussi d’apporter une caution scientifique à des principes dont ils connaissaient l’origine pour le moins douteuse. L’un des plus importants fut l’anthropologue Eugen Fischer, qui affirma le premier que les lois mendeliennes de transmission héréditaire dans les cas d’hybridation s’appliquent à l’homme, mais qui, dans le même temps, ne cessa pas de défendre les typologies raciales fixistes et la quête du sang pur du Reich hitlérien. Autre brillant scientifique, le généticien eugéniste Fritz Lenz assimila groupes sociaux et groupes raciaux, défendit la thèse de la supériorité nordique, et collabora à la politique d’ « évacuation » des territoires de l’Est en triant les hommes d’après les critères des typologies raciales qu’il dénonçait par ailleurs. L’officier de la S.S. et spécialiste d’hématologie Otto Reche tenta pour sa part de distinguer les différentes races dont le peuple allemand serait constitué et de déterminer un groupe sanguin propre à la race juive. Il faut évoquer également le généticien Otmar von Verschuer, qui s’attacha à l’étude des prédispositions héréditaires de maladies et de la criminalité, et qui défendit la thèse totalement dépassée de l’existence du plasma germinatif.
Curieusement, l’homme qui imposa ses vues aux plus grands scientifiques de l’époque, Hans Friedrich Karl Günther, n’était qu’un anthropologue amateur, un disciple de Vacher de Lapouge sachant se réclamer avec habileté des connaissances scientifiques les plus modernes pour confirmer des croyances totalement infondées. Les distinctions qu’il établit, à l’aide de critères anthropométriques et psychologiques, entre sept races européennes principales servirent de fondement théorique au racisme du Troisième Reich. Un autre fervent défenseur de l’idée nordique, Ludwig Ferdinand Clauß, séduisit une partie de l’élite intellectuelle nationale-socialiste par sa « psychologie raciale ». Il voulut saisir le mouvement propre à chaque âme raciale à l’aide de sa « méthode mimique », mais cette méthode ne reposait en définitive que sur l’intuition du chercheur, qui devait posséder un talent inné pour percevoir en quoi des traits de caractère universellement répandus se manifestent de manières différentes dans les différentes races.
Tous ces biologistes allemands ne parvinrent que rarement à préconiser unaniment les mêmes mesures raciales ou eugénistes. Trois thèmes en particulier suscitèrent de nombreux débats : la race nordique, l’eugénisme et la race juive. Le Parti choisit d’insister sur l’idée que la race nordique est de nature plus spirituelle que physique, qu’elle constitue même une race idéale. La race nordique originelle ne pouvant être recréée, la renordification devrait passer par le choix judicieux du conjoint et l’exclusion des indésirables. Indésirables entre tous, les Juifs furent finalement définis comme un peuple hybride ayant tant pratiqué l’endogamie qu’il serait en passe de constituer une race, mais avant tout une « race mentale » (Hitler), dont l’esprit plus que le corps est immédiatement ressenti comme étranger par tout Allemand encore sain.
Modèle pour le programme eugéniste de la race nordique, la race juive en fut la principale victime, et en tout premier lieu dans le domaine « médical ». L’essentiel étant de préserver la vie digne d’être vécue, les éléments pathogènes du corps du peuple furent parfois utilisés comme cobayes humains. Une première catégorie d’expériences était destinée à accroître la puissance de l’Allemagne par l’augmentation de la fécondité des femmes dignes de procréer, mais aussi en donnant aux soldats allemands un maximum de chances de survie. La seconde catégorie d’expériences était destinée à lutter contre les ennemis de la race élue : les principales maladies bien sûr, mais aussi le sang étranger, dont la propagation devait être stoppée grâce aux progrès des méthodes de stérilisation et de castration. La médecine aryenne fut donc la science « aryanocentrique » par excellence. Cependant, si les médecins nazis avaient vraiment cru à l’altérité des races, ils n’auraient pas songé à tester sur des races étrangères des médicaments destinés à la seule race aryenne.
Le lien entre le travail des scientifiques et celui des législateurs du Troisième Reich fut étroit, ces derniers ayant cherché à créer un système juridique nouveau, d’inspiration purement germanique, conforme aux découvertes scientifiques les plus récentes. Cette « biologie appliquée » (Rudolf Heß) à la société concerna en premier lieu la famille : adoption des lois raciales au sein du Parti, puis de l’Etat, nécessitant une classification des parentèles ; législation relative au mariage et au divorce ; incitation à l’union libre entre personnes de bon sang, etc. A cette eugénique positive a correspondu l’eugénique négative qui toucha en premier lieu les « asociaux », c’est-à-dire les citoyens allemands qui montraient par leur comportement qu’ils ne voulaient pas s’intégrer à la communauté. Ils formèrent « l’antirace concentrationnaire » (Joseph Billig), le pendant négatif de l’élite S.S.. Mais ces mauvais Allemands étaient-ils en définitive de véritables Allemands ? La trahison des conjurés du 20 juillet 1944 conforta Hitler et ses proches dans la certitude que la race est bien plus un mode de pensée et d’être qu’un ensemble de traits somatiques.
Convaincu que l’anormalité est largement conditionnée par l’hérédité, l’Etat hitlérien lança son programme de stérilisation en 1933, puis d’euthanasie dès le début de la guerre. Le fait que les Juifs internés en hôpitaux psychiatriques aient reçu un traitement particulier met en évidence le lien existant entre l’eugénisme négatif du Reich et le génocide. Des « traitements » meurtriers furent également appliqués, sous la direction de psychiatres, aux détenus des camps devenus inaptes au travail. Le meurtre médical, pratiqué pour des raisons « sanitaires », devint alors véritablement un meurtre médicalisé, c’est-à-dire un meurtre auquel était conférée une aura médicale, mais dont tout homme pouvait être victime.
Les mesures spécifiquement racistes du Troisième Reich relevaient de la même logique eugéniste et darwiniste. Entre le pôle aryen et le pôle juif se trouvait toute une nébuleuse de races, qu’il est parfois malaisé de situer sur une échelle allant de l’animalité à la divinité. Ainsi les catégories de « sang allemand » et de « sang étranger à l’espèce » ne furent-elles jamais clairement définies. C’est la détermination de l’appartenance à la race juive ― cette race qui n’était pas tant une race inférieure qu’une anti-race ― qui fut la plus problématique. Conformément à son programme de 1920, le NSDAP exclut d’emblée les Juifs de la vie allemande afin de permettre la renaissance de l’ « esprit » allemand et de protéger le sang allemand contre toute souillure. Or, c’est avec l’adoption des lois de Nuremberg que la politique antijuive nationale-socialiste prit toute sa dimension pseudo-scientifique, car les rédacteurs de ces lois prétendirent se référer aux lois de Mendel pour distinguer les Juifs des métis au premier ou au second degré, alors que le critère de l’appartenance religieuse des grands-parents demeura en tout état de cause le critère ultime.
C’est pour cette raison que l’historien Michael Ley nie l’authenticité des considérations raciales nationales-socialistes, ne voyant dans les les lois « raciales » du Reich que des lois religieuses. De même, pour Raul Hilberg, les crimes du Troisième Reich contre les Juifs relèveraient de la même motivation que ceux de l’Eglise, et ne s’en distingueraient que par leur ampleur. Il ne faut toutefois pas négliger l’importance fondamentale de la pensée et du vocabulaire biologisants à l’œuvre sous le Troisième Reich. En fait, cet Etat fut une biocratie à l’aura médicale perverse, et l’extermination des indésirables conçue comme une mesure sanitaire et rationnelle. En outre, c’était la voix du sang, double biologique de l’Esprit saint, qui seule enseignait à distinguer l’homme sain du dégénéré, le bien du mal. La dimension spécifiquement religieuse du racisme nazi est donc sans doute à chercher davantage du côté de sa fonction que de son origine : phénomène indiscutablement moderne, ce racisme posséda la puissance mobilisatrice et éventuellement assassine des grandes fois religieuses.
"CHI SONO ?" Aldo Palazzeschi (1885-1974) : une vie entre prose et poésie
Samedi 5 février
9 h
En Sorbonne, Galerie Richelieu, salle G366, 2e étage
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Rachel OG MONTEIL soutient sa thèse de doctorat :
"CHI SONO ?" Aldo Palazzeschi (1885-1974) : une vie entre prose et poésie
En présence du Jury :
Mme BUFFARIA (POITIERS)
M. GENOT (PARIS X)
M. LIVI (PARIS IV)
M. TELLINI (FLORENCE)
"De l’atelier de David au Romantisme" : les "primitifs" et leur destin
Jeudi 23 juin
10 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Simone PAPIN VELTER soutient sa thèse de doctorat :
"De l’atelier de David au Romantisme" : les "primitifs" et leur destin
En présence du Jury :
M. JOBERT (Paris 4)
M. THUILLIER (Paris 4)
M. MEROT (Paris 4)
M. GAEHTGENS (Berlin)
Mme PELTRE (Strasbourg 2)
"De la grammaire à la stylistique : phénomènes de circulation de la parole dans quelques fictions du XVIIIe siècle"
Samedi 2 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Milne Edwards, Esc. B., 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Férdéric CALAS soutient son habilitation à diriger des Recherches :
"De la grammaire à la stylistique : phénomènes de circulation de la parole dans quelques fictions du XVIIIe siècle"
En présence du Jury :
Mme BERLAN (PARIS 4)
M. BONHOMME (Université)
Mme JAUBERT (NICE)
M. MOLINIÉ (PARIS 4)
Mme ROSIER (BRUXELLES)
M. SOUTET (PARIS 4)
"Dire l’environnement : le métarécit environnemental en question"
vendredi 24 novembre 2006
14 heures 30
Au CELSA, Amphithéâtre M-C. Praudel
77, rue de Villiers 92200 Neuilly/Seine
Mme Béatrice JALENQUES VIGOUROUX soutient sa thèse de Doctorat
"Dire l’environnement : le métarécit environnemental en question"
En présence du Jury :
Mme BONNAFOUS (PARIS 12)
M. BOURG (LAUSANNE)
Mme D’ALMEIDA (PARIS 4)
M. GRAMACCIA (BORDEAUX 3)
Mme RICHARD (PARIS 4)
Résumés :
La thèse interroge la façon dont des organisations construisent l’environnement au sein de leurs discours et comment le narratif intervient dans cette construction. Notre point de vue repose sur le fait que la pensée environnementale participe à la crise de l’« idéologie économique ». Nous avons étudié trois types d’organisation : une entreprise, SITA France (SUEZ), une institution, l’Agence de l’environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), une association, France Nature Environnement (FNE). En outre, nous avons examiné un dispositif de concertation rassemblant ces trois catégories d’organisation. Le critère de sélection de ces entités est qu’elles revendiquent elles-mêmes l’identité d’acteur de l’environnement. Plutôt que l’exhaustivité, notre objet nous permet d’approcher l’amplitude de diversité des discours construisant l’environnement. L’étude des ces organisations en France permet de comprendre que l’environnement est construit sous au moins deux types de discours, le type de discours économique et le type de discours environnementaliste. L’étude des représentations sociales associées à des termes récurrents au sein du type de discours environnementaliste permet l’observation de ferments de narrativité. Ces ferments de narrativité permettent de reconstruire les différentes composantes d’un récit potentiel particulier, le métarécit, en en modifiant certaines : incitation à l’action, héros anonymes, grand but, grand péril, et valeur suprême composent ainsi le métarécit environnemental.
This thesis analyses how organisations build the environment into their discourses and how the narrative participates in this construction. Our position is that environment thinking is understood as a part of the crisis in “economic ideology”. It studies three kinds of organisations : a firm, SITA France (SUEZ) ; a public institution, Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) ; and a non-profit organisation, France Nature Environnement (FNE). In addition, it examines a communication organ constituted by these three types of organisations. The criteria used to select these organisations were that they identified themselves as environmental players. More than exhaustivity, our object permits us to measure the amplitude of the discourse used to construct the environment. The study of these French organisations uncovers the fact that the environment is constructed via two distinct types of discourse, the economic type and the environmental type. The study of the social representations associated with frequently-used words within the environmental type of discourse brings to light certain “fermenting agents in a developing narrative”. These “fermenting agents in a developing narrative” allow us to reconstitute the components of a particular potential story, the “meta narrative” : “action”, “anonymous heroes”, “a great peril”, “a lofty ideal”, and “supreme value”, all of which constitute the environmental “meta narrative”.
Position de thèse :
Au sein de cette recherche, nous avons voulu savoir comment les organisations construisent les préoccupations environnementales au sein de leurs discours, et comment le narratif intervient dans cette construction. Une hypothèse a consisté à penser qu’il existe un type de discours spécifique qui construit l’environnement, que nous nous nommerons le type de discours environnementaliste. Ce type de discours repose sur la combinaison de thèmes, de lexiques et d’une logique spécifique. Une autre hypothèse concerne la forme de cette construction : elle s’opère selon un processus narratif, à travers des récits. Nous avons donc étudié différents discours d’organisation construisant les préoccupations environnementales.
Pour les étudier, nous sommes parties du fait que l’environnement s’est construit en grande partie sur une critique de l’économique. Différents auteurs s’accordent pour considérer que les mouvements de l’écologie et les discours qui les accompagnent participent à ce que Dominique Bourg nomme précisément la crise de l’idéologie économique. Cette idée repose sur le fait que les sociétés occidentales sont individualistes (et non holistes). A l’opposé, l’écologie met l’accent sur les interdépendances entre les êtres vivants. Cela a pour effet que écologie et économie doivent être étudiés ensemble. Du point de vue de l’analyse de discours que nous avons mené, cela implique que nous tenions compte de cette caractéristique pour considérer la construction de l’environnement. Considérant donc que les rapports entre environnement et économie sont anciens, dynamiques et prépondérants, nous avons centré notre travail sur cette tension. Nous avons cherché si l’« environnement » était élaboré au sein d’un type de discours spécifique ou non, reposant sur la combinaison d’une logique, de thèmes et de lexiques. Nous voulions déterminer si ces discours spécifiques constituaient juste une critique des discours économiques. Les organisations que nous étudions appartiennent au monde économique : nous avons pris soin qu’elles recouvrent l’ensemble de la sphère économique, c’est-à-dire la sphère marchande (entreprise), mais aussi la sphère non-marchande (institution), et la sphère non monétaire (association). Un dispositif de concertation a aussi été étudiée dans le but d’étudier les discours construit par les organisations en interaction. Puisque que c’est l’ensemble de l’économie qui reçoit une critique de la part de l’environnement, il est important de considérer l’ensemble des organisations recouvrant la sphère économique.
Nous avons montré, en partie 2 mais aussi en début de partie 3, que les discours des organisations étudiées correspondaient soit au type de discours économique, soit au type de discours environnementaliste. Il en ressort que deux types de discours sont bien présents au sein de ces organisations, et qu’un continuum est repérable allant de l’entreprise vers l’association. Le corpus de la CLIS présente également deux types de discours. Une même remarque pour tous : le type de discours économique est présent de façon privilégiée dans les corpus écrits, le type de discours environnementaliste dans les corpus oraux, et cela est encore plus vrai pour le corpus de la CLIS, comme le montre la comparaison entre un compte-rendu officiel et un compte-rendu ethnographique. Un certain nombre d’extraits figurent également au sein d’énoncés juxtaposant les éléments de chacun des deux types mobilisés, utilisant les lexiques de l’un avec les thèmes de l’autre, ou encore avec la logique de discours contenu par l’un ou l’autre. Mais ces énoncés ne permettent pas d’envisager un troisième type de discours. Cela nous a permis d’affirmer la présence de discours économiques, de discours environnementalistes, parfois mélangés au sein des corpus étudiés (discours hybride), et construisant tous l’« environnement ».
D’autres phénomènes ont également émergé, comme le processus de lissage du discours de la CLIS, effectué par l’administration, au sein du compte-rendu officiel. Nous avons montré que cette opération consistait essentiellement en l’effacement, plus ou moins conscient, des éléments propres au type de discours environnementaliste. Ceci est également vrai pour le corpus des Lettres Ademe, distinctes des autres éléments étudiés au sein de l’institution ; leur inscription intégrale dans le type de discours économique a pour corollaire l’élaboration d’un discours particulier de l’institution, spécifiquement pour ce média. Il se trouve que ce phénomène de lissage s’opère selon la même sélection d’éléments du type de discours économique au sein de la CLIS de Vert le Grand et au sein de l’ADEME : on observe une focalisation sur les aspects techniques de l’environnement. Ce travail de lissage, effectué par la DRIRE ou par l’ADEME, conduit à présenter une situation pacifiée, voire consensuelle entre les acteurs de l’environnement évoqués. Il en ressort que l’intention de ces deux organisations repose sur la volonté de présenter des dispositifs de communication pacifiés, en omettant volontairement toute évocation des conflits en cours.
Les points de conflits « lissés », c’est-à-dire évincés par la DRIRE au sein du compte-rendu officiel de la CLIS de Vert le Grand concernent systématiquement les représentants des associations, qui constituent de ce fait le pivot stratégique de la CLIS de Vert le Grand en terme de production de discours. Les administrations membres apparaissent finalement peu affectées par la tenue de la CLIS. Les représentants des exploitants le sont davantage puisque la CLIS constitue pour eux un lieu privilégié d’accès aux arguments des associations de riverains, mais pas le seul. Pour les élus, la réunion de la CLIS fait l’objet de discussions lors de conseils municipaux, peu diffusé vers le citoyen ordinaire. La CLIS de Vert le Grand paraît alors contredire l’esprit de la circulaire de 1983 et de la loi de 1992, pour lesquelles les CLIS apparaissent comme une expérience de mise en place du « bon dialogue » entre des adversaires, au sein de la mise en œuvre plus vaste d’une démocratie de proximité ou d’une démocratie participative. Par sa matérialisation physique, la CLIS de Vert le Grand ravive l’intensité du rapport de force en présence. Mais par ses pratiques de communication, elle construit un discours homogène évinçant cette dimension conflictuelle. C’est pourquoi nous en avons conclu que s’effectuait l’élaboration d’un discours collectif axé sur les responsabilités partagées, environnementales et sanitaires, soulevées par l’exploitation du complexe de traitement des déchets de Vert Le Grand, au sein de la CLIS de Vert le Grand.
A partir de là, nous avons décidé d’approfondir l’étude sur les discours environnementalistes. Nous avons alors bâti une étude basée sur le concept de métarécit, reposant sur un positionnement théorique prudent en narratologie. De façon synthétique, dans ce cadre, nous assimilons le récit à un type de discours organisé sur le mode narratif ayant pour particularité de posséder des éléments de sens concernant à la fois l’expérience humaine, la temporalité et la pluralité de l’humanité. Il s’agit d’un récit attesté. Pour identifier ce mode narratif, nous avons retenu, comme critères exclusifs, les constituants de narrativité énoncés par Jean-Michel Adam. Cependant, la plupart des énoncés étudiés dans les corpus ne présentent pas l’ensemble de ces critères, ne présentent ni récit ni « séquences narratives ». Nous avons alors choisi de nous tourner vers la notion de « ferment de narrativité », plus pointue, définie par Philippe Marion, indiquant qu’un énoncé, mais aussi une image, et a fortiori une représentation sociale, peut présenter des prédispositions narratives, peut susciter un récit. Dans ce cadre, le récit dont il est question est un récit potentiel. Il permet une approche interprétative, herméneutique. Nous définissons ainsi le métarécit comme un récit potentiel reposant sur l’articulation entre cinq composantes (Incitation à l’action, Grand héros, Grand but, Grand péril, Valeur suprême) élaborées par le chercheur à partir de l’observation de constituants de narrativité (ou ferments de narrativité) au sein de représentations sociales.
Cette définition fait que la recomposition du métarécit environnemental repose sur l’analyse de discours précédente. Cette analyse de discours basé sur les types de discours a permis de repérer autant les divergences que les convergences au sein des corpus observés, indiquant les logiques de discours animant les organisations étudiées. Elle nous a conduit à mettre au jour des éléments récurrents au sein du type de discours environnementaliste. Nous avons alors mené la deuxième analyse effectuée dans cette partie de la thèse, basée sur le repérage de cinq éléments récurrents observées au sein des corpus : « environnement » / « nature », « développement durable », sujet de l’actions, « vie » / « survie », « morale ». Ces éléments récurrents comprennent à la fois des termes uniquement identifiés comme appartenant au type de discours environnementaliste, mais aussi des termes inscrits sous un régime hybride (ne permettant pas d’identifier totalement l’un ou l’autre des deux types de discours choisis), comme la notion de « développement durable » par exemple. Cette analyse possède une double dimension : premièrement une identification des représentations sociales associées au éléments récurrents puis une analyse narratologique, traduisant notre intention de repérer une trame narrative spécifique aux discours environnementalistes.
Ainsi, nous avons constaté que les éléments récurrents analysés au sein du discours environnementaliste mis au jour dans les corpus possédaient des affinités avec les constituants de narrativité indiqués par Jean-Michel Adam, en particulier avec celui du procès, renvoyant à la notion d’action. Trois de ces éléments, sur cinq, s’inscrivent en effet dans le constituant de narrativité du procès. Et les représentations sociales associées aux termes « environnement » / « nature » sont en correspondance avec trois constituants de narrativité : succession d’événements, prédicats transformés et causalité narrative, ce qui positionne ces deux termes comme particulièrement aptes à s’inscrire au sein d’une « séquence narrative ». Si le discours environnementaliste constitue un objet tout à fait fécond dans le cadre d’une recherche narratologique, certains de ces éléments le sont donc plus particulièrement, notamment le terme « environnement ». A lui seul, ce terme suscite un récit et représente un ferment de narrativité majeure. Il n’est pas anodin qu’il soit véritablement le plus fréquemment observé au sein du corpus. Si nous n’avons pas observé de récits, nous pouvons néanmoins conclure que dire l’environnement s’effectue donc selon un processus narratif au sein des organisations étudiées.
A partir des ferments de narrativité repérées au sein des représentations sociales indiquées ci-dessus, nous avons ainsi reconstitué le récit potentiel que constitue le métarécit environnemental. Nous avons indiqué chacune de ses composantes. Il en ressort que l‘incitation à l’action porte sur le monde approché en tant qu’objet scientifique, et qu’elle encourage une action collective et gratuite, reposant sur la définition du contexte de la mise en œuvre de la décision menant à l’action. Les grands héros des métarécits s’effacent ici derrière la figure de héros anonymes, ajustant leurs actes quotidiens à leur souci de maîtrise des impacts environnementaux, en passant par l’action politique mais de façon non exclusive, et demeurant discret. Le grand but propose à la fois l’éradication de l’irréversibilité des phénomènes menaçant la vie et l’approfondissement de la connaissance de la responsabilité humaine sur la vie. Le grand péril concerne à la fois la fin de la vie (de l’homme et des espèces en général) et la non-conscience de l’homme de ses responsabilités sur la vie. La valeur suprême, enfin, correspond à la croyance en la possiblité de prolonger la vie, dans la double acception du terme renvoyant à la vie des différentes espèces (zoé) et à la vie spécifiquement humaine (bios), encourageant la croyance dans le « progrès » scientifique et éthique de la vie, tout en gardant une position anthropocentrée.
Le métarécit environnemental propose une profonde dimension émancipatrice, à la mesure de l’enjeu visible dans le grand péril. De plus, malgré le fait que science et métarécit, ou que science et environnement, puissent parfois s’opposer, le métarécit environnemental participe efficacement à un questionnement de la science, sur le niveau de son implication au sein de la société.
Différentes significations sociales portant sur l’action du héros anonyme et plusieurs sens du monde, concernant l’ensemble de l’humanité, émergent alors au sein du métarécit environnemental à travers les notions de temps, territoire, éthique et esthétique. Les significations sociales perceptibles au sein du métarécit environnemental définissent la capacité de tout acte à revêtir une dimension héroïque, (à l’origine de la transformation de l’individu en héros anonyme), à intégrer systématiquement une portée politique, à construire une histoire partagée entre l’homme et les espèces vivant sur le même espace que lui, et à induire une reconnaissance de l’importance des paysages pour établir le cadre de vie du héros anonyme. Le sens du monde qui émerge du métarécit environnement se décline en trois aspects : il dessine un monde de l’urgence, de l’harmonie (respect des interdépendances entre espèces vivantes sur un même espace et dimension esthétique de ce lieu) et un monde à agir, monde du faire. Le sens du monde mis au jour replace la temporalité de l’humanité au regard de l’échelle de la vie, tout en accentuant la dépendance de cette vie à l’agir humain.
Mais il n’en reste pas moins qu’une autre façon de dire l’environnement est aussi visible, au sein des récits économiques, ce qui permet de mettre encore en lumière les caractéristiques du métarécit environnemental indiquées ci-dessus. En effet, le travail successif portant sur les types de discours puis sur cinq éléments récurrents des corpus a fait émerger une distinction évidente entre deux discours parallèles construisant l’« environnement ». Nous allons détailler cela ci-dessous, en précisant le rôle du métarécit environnemental.
Ainsi, nous considérons que si le cadre professionnel constitue le lieu principal d’introduction et d’approfondissement du « développement durable », il l’est beaucoup plus rarement concernant l’appropriation de l’« environnement ». Le discours environnementaliste, à partir duquel nous avons composé le métarécit environnemental, apparaît ainsi souvent comme l’expression d’un engagement humaniste personnel, d’autant plus fort qu’il est intériorisé de façon individuelle.
Nous considérons donc, suite à l’ensemble des analyses que nous avons effectuées, qu’il existe aujourd’hui en France deux discours parallèles construisant l’« environnement » en France. Ces discours donnent lieu à la reconstitution de récits potentiels : d’une part, les récits économiques, et d’autre part, le métarécit environnemental.
A la clarté du discours disant l’« environnement » et le « développement durable » au sein des récits économiques, s’oppose ainsi le foisonnement du métarécit environnemental. Nous soulignons le fait que la notion de « développement durable » apparaît au sein de ces deux discours selon des principes d’inclusion opposés. Cette notion prédomine au sein des récits économiques de l’engagement, en incluant la notion environnement ». Au sein du métarécit environnemental, c’est l’inverse : le « développement durable » éclaire les comportements du héros anonyme et définit la portée potentiellement politique de son action, dans l’objectif premier de poursuivre le grand but dans lequel il n’entre cependant pas en jeu. Du fait de cette hybridité, le « développement durable » revêt une forte ambiguïté. Loin d’une capacité à créer un consensus, il nous semble ainsi plutôt porteur de confusion.
Les éléments récurrents et l’étude des représentations sociales qui leur sont associées ne permettent donc pas de conclure qu’il existe un seul type de discours construisant l’« environnement » parmi les organisations étudiées. Bien au contraire, deux types de discours sont repérés, d’une part, les discours économiques, à partir desquels sont constitués les récits économiques, et, d’autre part, les discours environnementalistes, à partir desquels nous avons composé le métarécit environnemental.
En conclusion, cette thèse permet tout d’abord d’éclaircir la façon dont les organisations construisent l’environnement au sein de leur discours et permet d’identifier un type de discours spécifique, le type de discours environnementaliste. Elle applique l’analyse de discours sur des corpus qui ne sont pas habituellement traités de concert. Ensuite, la narratologie portait déjà sur des discours d’organisation. Cette étude, en affinant certaines catégories (récits attestés et récits potentiels, ferments de narrativité appliqués à des représentations sociales) permet de prendre en compte des objets empiriques différents. Elle conduit surtout à intégrer la narratologie au sein d’une recherche communicationnelle, qui ne se réduit donc pas au récit mais qui prend aussi en compte le discours et les représentations sociales en tant que tel.
"Dominance nord atlantique et courants contre hégémoniques dans le développement des sociologies africaines et latino-américaines"
Jeudi 14 décembre 2006
16 heures
Allemagne
Mme WIEBKE KEIM soutient sa thèse de Doctorat :
"Dominance nord atlantique et courants contre hégémoniques dans le développement des sociologies africaines et latino-américaines"
En présence du Jury :
ESSBACH (FRIBOURG)
M. SCHWENGEL (FRIBOURG)
M. SHINN (CNRS)
M. WAAST (PARIS)
"Eléments pour la reconstruction de la genèse de l’Etat de droit constitutionnel démocratique des guerres d’Italie (1494-1559) aux guerres de religion (1559-1589) : Macchiavel, Bodin et la Réforme française"
Vendredi 8 décembre 2006
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D116, 1er étage
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Isabelle BOUVIGNIES soutient sa thèse de Doctorat :
"Eléments pour la reconstruction de la genèse de l’Etat de droit constitutionnel démocratique des guerres d’Italie (1494-1559) aux guerres de religion (1559-1589) : Macchiavel, Bodin et la Réforme française"
En présence du Jury :
M. DERMANGE (MONTPELLIER)
M. LESTRINGANT (PARIS 4)
M. MOREAU (ENS)
M. ZANCARINI (ENS Lyon)
Résumés :
Sur fond d’effacement du religieux, la politique machiavélienne s’invente dans le désordre
des guerres d’Italie en l’absence de toute normativité. Quant à la « monarchie royale » de
Bodin qui paraît à ce dernier la solution de la division religieuse, elle est un État royal prémoderne,
fondé sur la religion. L’État de droit donne sa force à la loi et le concept de
souveraineté absolu confère à ce dernier, non sa structure normative, mais sa structure
juridique d’application de la loi. Le concept de souveraineté absolue est au centre de la
construction théologico-politique de Bodin, et l’historiographie récente y voit la prémisse
indispensable de l’État moderne. Mais cet État, pour être efficace jusque dans sa violence, l’est
peut-être moins qu’on ne pense en l’absence de la prémisse constitutionnelle et démocratique
qui se met en place dans une politique réformée. Le concept de souveraineté générale est moins
absolu qu’on ne l’a dit si sa forme est résolument contractuelle. Après 1572, dans le royaume
de France, les disciples immédiats de Calvin : Bèze, Duplessis-Mornay et Hotman, en appellent
à une souveraineté consentie après que l’État royal eut réagi très violemment à son
empiètement. Il manque donc la solution de la division religieuse que l’on doit aux effets de la
modernisation de la religion chrétienne. L’État constitutionnel démocratique naît de la
nécessite de trouver une solution normative au conflit de valeurs né au coeur des guerres de
religion. C’est dans l’élaboration d’un premier droit de l’individu à pratiquer sa religion dans
les limites du respect des autres pratiques religieuses que s’inventera l’État moderne où c’est le
droit qui fonde la loi.
Machiavelian political thought emerged on the foreground of an obliteration of the religious
conception of the world, among the disorders created by the wars of Italy. In France, Bodin
thought, on the contrary, as wars of religion between Catholics and Protestants were at their most,
that the “royal monarchy” was the only solution to avoid religious division - his proposition of a
royal state is usually considered as a prefiguration of modern state. The rule of law appears
actually as a legal structure for State. In fact, the concept of absolute sovereignty is the core of
Bodin’s theological and political thought. The bodinian State is not founded on constitutional and
democratic premises, but on a domestication of violence.
After 1572, in the kingdom of France, immediate disciples of Calvin : Bèze, Duplessis-
Mornay and Hotman, reacted to the royal violence. Their convictions were also religious, but
founded on another conception of the relation between politics and religion. In some way, we
can say that the modern State was born from this tension between absolute sovereignty -
which is a conception of law - and a new conception of religion, inclining to autonomy,
through the claim for individuals to practise their religion freely, and even under a State as
warrant - which is another conception of law, and of the rule of law.
Position de thèse :
Dans la généalogie du concept d’État ou dans celle du concept de souveraineté, il est
important de tenir compte du facteur religieux.
Pour Nicolas Machiavel, nous montrons que l’ordre religieux s’efface au profit de temps
nouveaux, d’un pouvoir nouveau dont Machiavel souligne, dans Le Prince, la difficulté. La
religion semble avoir étonnamment disparu du propos, tandis que, selon notre hypothèse,
l’ordre religieux s’inscrit en négatif dans cette réflexion sur les pouvoirs anciens et
nouveaux. Notamment, le chapitre XI du Prince juxtapose curieusement deux idées
antinomiques, celle d’une autorité ecclésiastique qui dispense le prince ecclésiastique des
nécessités du gouvernement, et celle d’un pape armé dont la puissance s’est
considérablement accrue depuis qu’il est devenu un prince temporel. Cette juxtaposition
traduit d’une manière elliptique la transition entre deux époques, la première - qui s’achève
où la religion était toute la réalité, la seconde - nouvelle - où la religion est comme
écartée du champ politique. Mais au moment où Machiavel écrit le Prince, une religion
nouvelle apparaît dans le cadre de la Réforme protestante.
Dans un tel cadre, la question se pose de savoir ce qu’est, chez Machiavel, lo stato. Il ne
s’agit pas de l’État avec sa majuscule tel qu’il n’apparaîtra dans les textes qu’à la fin du XVIe
siècle dans le royaume de France tout au moins.
Pour Jean Bodin, en revanche, l’État est devenu une réalité tangible, ne serait-ce que par
l’importance accordée à la volonté législative d’un souverain qui est précisément legibus
solutus. Les concepts juridiques qui servent à Bodin d’instruments ne sont pas nouveaux et
proviennent du droit de Justinien, l’empereur byzantin. Il est donc surprenant pour nous de
découvrir en contrepoint, chez le penseur de la souveraineté, non pas un penseur quasi laïc
comme cela a été dit mais, au contraire, un penseur qui, à la différence de Machiavel, pose
que la religion est au fondement d’un État royal, inscrit lui-même dans une vision religieuse
du monde inspirée tout à la fois de philosophie néoplatonicienne, thomiste et de Kabbale
chrétienne. La religion du souverain absolu s’offre comme la solution de la division religieuse
qui plonge le royaume de France dans la guerre civile. Voilà qui interdit que nous prenions
dorénavant au sérieux l’hypothèse selon laquelle l’État absolu de Bodin aurait été le premier
État neutre, capable de s’ériger en arbitre des deux religions. Loin d’innover, la position
réaliste de Bodin consiste en une recomposition d’un ordre religieux qui avait été jusqu’à
Luther une donnée non questionnée. C’est pourquoi nous avons affaire avec la « monarchie
royale » de Bodin à une figure théologico-politique. Mais, bien que cette monarchie soit
« royale », elle contient mal la violence de la « monarchie seigneuriale » dont elle n’est que la
transfiguration : c’est ici la violence de l’État de droit, maître de la légalité, qui vaut bien
certaines cruautés du prince machiavélien. De plus, l’État monarchique absolu, loin d’avoir
mis fin aux guerres de religion, comme l’avait avancé Reinhardt Koselleck, a plutôt contribué
à éradiquer le mouvement réformé dans le royaume de France. Nous pensons aux massacres
de la Saint-Barthélemy déclenchés le 24 août 1572 à Paris.
Ce qui a mis fin aux guerres de religion, c’est plutôt l’octroi, grâce au bien connu Édit de
Nantes (1589), d’une liberté, même très imparfaite, pour les membres de l’Église réformée.
S’il y a bien une esquisse encore très imprécise de l’État constitutionnel démocratique né de
la révolution française, c’est davantage dans cette liberté octroyée que nous pouvons la
deviner que dans l’avènement d’une réalité étatique sacralisée.
Le regain d’intérêt, durant ces dernières décennies, pour le concept de souveraineté
absolue procède selon notre hypothèse d’une confusion entre l’État de droit et l’État
constitutionnel démocratique. De plus, cette historiographie récente renoue avec une
historiographie bien plus ancienne qui commence avec un gallican. William Barclay inventait
en effet en 1600, dans son De regno, le vocable « monarchomaque » pour désigner tous ceux
qui, au nom de la religion, auraient aspiré à la destruction des rois. L’image
historiographique qui mettait des protestants et des catholiques ligueurs au service d’une
cause religieuse au détriment d’une solution proprement politique est demeurée agissante
jusqu’à nous et a contribué durablement au mythe de l’État absolu impartial.
L’historiographie récente cultive tant chez les historiens que chez les philosophes l’idée
d’une République neutre. Cette illusion ne pourra se dissiper tant qu’on ne reconnaîtra pas la
contribution de la Réforme à la naissance d’une religion « modernisée » que nous
distinguons de l’ordre religieux ancien. Dans le Colloquium heptaplomeres de Jean Bodin, seuls
deux représentants des différentes religions, le luthérien Federich et le calviniste Curce,
pensent que l’on peut sans trop de danger discuter de la religion, mais il semble que l’auteur
ne les rejoigne pas là-dessus. Bodin au contraire se cache principalement derrière le maître
de céans, le catholique Coroni qui a élu domicile à Venise et applaudit des deux mains au
récit d’Octave narrant l’assassinat par Soliman de ses fils. Venise est aux portes de l’Empire
ottoman et la fascination qu’exerce le régime absolu du Turc était déjà visible chez
Machiavel. Le contexte des guerres d’Italie (1494-1559) et celui des guerres de religion
(1559-1589) ne sont pas étrangers l’un à l’autre, et le facteur religieux joue dans l’un et
l’autre cas, sans nul doute possible, le rôle principal.
Si Hannah Arendt et d’autres ont vu dans la Réforme la fin de la politique chrétienne,
nous prétendons au contraire que la Réforme n’est pas un apolitisme, mais au contraire
contribue par son option volontariste à la naissance de la morale moderne et d’un sujet
pratique sans lesquels nous ne pouvons songer que puisse exister un État constitutionnel
démocratique. À cela, il faut ajouter les effets propres de la distinction des deux règnes de
Luther ou des deux régimes en l’homme de Calvin. Car la sécularisation dont parle Arendt
n’a pas eu que des conséquences négatives. Non seulement une politique réformée s’est
manifestée chez les disciples immédiats de Calvin par la promotion d’un droit de résistance
se substituant à l’ancien tyrannicide, mais encore un modèle démocratique d’organisation
semble voir le jour notamment dans les assemblée politiques qui se sont spontanément
formées dans le royaume de France.
Après avoir fait état du « règne de la loi » et de « la force de la loi » pour caractériser la
conception absolutiste de la souveraineté chez Bodin, nous avons ouvert une seconde partie
où nous montrons que l’État de droit n’a de chance de devenir un État constitutionnel
démocratique que pour autant que la loi puisse être fondée sur le droit conçu dans un
premier temps comme une revendication pour les sujets d’un État de pratiquer publiquement
leur propre culte. La liberté religieuse est la première liberté qui ait émergé du monde
traditionnel. Nous posons par conséquent que l’État constitutionnel démocratique occidental
est né de la division religieuse de la société chrétienne et de la nécessité d’accorder des valeurs
religieuses inconciliables, ainsi que de l’abandon de l’idée de concorde au profit d’une
tolérance religieuse, et pas seulement civile, que Rousseau avait appelée de ses voeux dans le
chapitre « religion civile » du Contrat social. Seules des normes morales universalisables
peuvent mettre d’accord des individus que leurs valeurs religieuses respectives opposent.
Dans le royaume de France où les réformés étaient persécutés, des voix réformées ont pu
s’élever pour réclamer cette liberté pour les protestants, mais pour les catholiques
également. Voilà qui nous a paru déterminant pour comprendre l’émergence d’un État
constitutionnel démocratique qui ne doit pas être confondu avec l’État absolu ou l’État de
droit. La fascination qu’exerce encore aujourd’hui le concept de souveraineté défini par Bodin
conduit à y voir la souveraineté générale du Contrat social de Rousseau qui, quoi qu’on en
dise, n’est pas déliée des lois (legibus solutus). Le souverain chez Rousseau est au contraire
tenu à sa propre loi et obligé à lui-même par le contrat. Autrement dit, l’État constitutionnel
démocratique doit moins à une souveraineté unitaire qu’à une souveraineté populaire et
contractuelle que les « monarchomaques » réformés avaient promu dans les traités de la
résistance. Ils ont été les véritables adversaires de Bodin, mais en raison d’une
historiographie française centrée sur l’absolutisme, ils ont été parmi les auteurs français les
plus oubliés de notre histoire. Peut-être est-ce un des effets du refoulement dont toute
conscience nationale pâtit inévitablement.
"En conjunction de science". Musique et rhétorique à la fin du Moyen-Age
Vendredi 9 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Agathe SULTAN soutient sa thèse de doctorat :
"En conjunction de science". Musique et rhétorique à la fin du Moyen-Age
En présence du Jury :
Mme CERQUIGLINI-TOULET (Paris 4)
M. BACKES (Paris 4)
Mme BENT (Oxford)
M. BOUTET (Paris 4)
Mme LEFEVRE (Tours)
M. ZINK (Collège de France)
Résumés
Invoquée et pratiquée par nombre de poètes médiévaux, source de la seconde rhétorique, la musique constitue aujourd’hui une pierre d’achoppement de la critique littéraire. Mondaine, humaine et instrumentale dans la tradition boécienne, unissant le sensible à l’intelligible, elle possède en tant qu’art du quadrivium des implications complexes pour la poétique. Son intérêt tient en particulier à la subtilité de ses écritures. Tributaire de modèles grammaticaux et rhétoriques mais conçue à nouveaux frais comme une science du Nombre à travers la pluralisation des voix, la musique de l’ars nova met en jeu une esthétique de l’équivoque. Imposant aux textes les raffinements de ses structures rythmiques, le motet s’illustre chez Guillaume de Machaut comme l’emblème d’un lyrisme de la tension, de la désarticulation et de l’altération. La pluritextualité, dont le fonctionnement paraît moins dialogique qu’échoïque, contribue par ses tropes multipliés à enrichir la fiction énonciative. Malgré la rupture ambiguë que suggère L’Art de dictier et l’instauration d’une certaine distance vis-à-vis du chant, c’est en héritiers des formes musicales que les écrivains forgeront leur propre contrepoint, entre harmonie et éloquence.
« En conjunction de science ». Music and Rhetoric in the Late Middle Ages.
A common practice and a constant reference for many medieval poets, music was the source of the second rhetoric. However, today music appears to be a true stumbling stone for literary exegesis. In the tradition initiated by Boethius, music is altogether worldly, human and instrumental allowing the union between sense and intellect. As one of the arts of the quadrivium, its implications for the realm of poetics are very complex. Music interests us primarily for the intricacy of the styles. Even as it follows the old structural and rhetorical patterns, the music of the ars nova partakes in an ambivalent esthetics particularly through the innovative conception of the science of Numbers displayed in the multiplication of voices. In the works of Guillaume de Machaut whose lyrics and rhythmical composition equally reveal his utter degree of artistic refinement, the motet becomes the epitome of poetical tension, fracture and alienation. Pluritextuality provides not a catalyst for dialogue but rather operates as a chamber of echoes. Moreover, the proliferation of tropes intensifies and expands the fictional utterance. With the arguable exception of L’Art de dictier, followed by a relative disaffection for song, the writers continue to search for a new art of the counterpoint, between harmony and eloquence, in the shadow of traditional musical forms.
Mots-clés : poésie française du Moyen Âge, Guillaume de Machaut, musique, rhétorique, ars nova, motet, pluritextualité, XIVe et XVe siècles.
Position de thèse
Je sais, on veut à la Musique, limiter le Mystère ; quand l’écrit y prétend.
À l’origine de notre questionnement se trouve l’idée si souvent évoquée d’une symbiose médiévale entre musique et poésie, symbiose invitant à s’interroger sur la portée réellement musicale - et non seulement sur la musique métaphorique - des productions de la seconde rhétorique. L’étude que nous proposons explore ainsi quelques temps forts de la relation entre le chant et le verbe, dans un corpus varié incluant aussi bien des textes poétiques que des compositions musicales, des arts de rhétorique et des traités de musique, en langue latine et vernaculaire. Nos exemples de prédilection, situés de part et d’autre de la date fatidique de l’Art de Dictier (1392), sont destinés à cerner les enjeux d’un « divorce » - ou d’un « mariage » - entre musique naturele et musique artificiele. À travers la redéfinition ambiguë que lui impose la fin du Moyen Age, la musique paraît en effet acquérir aux yeux des écrivains des attraits renouvelés, alors même que ses formes évoluent sous l’impulsion des compositeurs ; elle conserve cependant jusqu’à la Renaissance certains des caractères qui étaient les siens dans la tradition boécienne. Il importait donc, avant de se prononcer sur les conséquences d’une prétendue rupture entre poésie et musique, d’en revenir aux définitions et aux pratiques médiévales de cette dernière.
Alors qu’une conception moderne de l’esthétique identifie volontiers la musique à un divertissement et la relègue dans le champ du signifiant sans s’interroger plus avant sur son sens, les penseurs médiévaux, héritiers des philosophies grecques de la mousikè, accordent au sixième art sa signification plénière. Malgré l’incompatibilité latente entre les systèmes antiques et les réalités sonores du Moyen Age, théoriciens et pédagogues se réfèrent à la musica practica en tant qu’elle est inséparable de la musica speculativa, laquelle procède de l’harmonie cosmique. Ces deux aspects, pour être complémentaires, restent néanmoins distincts, et l’on observe que dès l’époque carolingienne les pédagogues se tournent de plus en plus vers la pratique. C’est dans le contexte de cette progressive autonomisation de l’art musical que doivent être replacés les manifestes modernistes et les étonnantes évolutions de l’ars nova.
La fécondité de la période médiévale tient en effet à ce qu’elle voit la musique non seulement s’inventer un langage, mais encore se doter d’une écriture. Si la musique, plutôt que la peinture ou l’architecture, peut être de façon fructueuse comparée à la littérature, c’est bien - outre qu’il s’agit également d’un art du temps - en vertu de cette spécificité : elle s’écrit, ou se « note ». À l’antique harmonie platonicienne, elle apporte ainsi un contenu concret grâce à la possibilité nouvelle d’une pluralisation des voix. D’abord perçue comme l’expansion de la voix principale, la voix organale développe rapidement son indépendance, au point que la mise en page des partitions doit se transformer pour mieux rendre justice à la spécificité de chaque partie : au XIIIe siècle, la présentation séparée des lignes mélodiques du déchant est un fait globalement acquis. Cet événement majeur dans l’histoire de l’Occident qu’est l’invention de la polyphonie par superposition des lignes (et qui s’illustre de diverses manières dans l’organum, le conduit et le motet) va donc de pair avec des raffinements scripturaires ; il n’est pas indifférent de le remarquer contemporain de la naissance de notre littérature. Les destins de la musique et de la poésie se trouvent ainsi liés dès leur origine.
Or le trait déterminant des notations musicales, tant du rythme que des hauteurs, gît dans leur équivocité. Le son musical n’est pas offert par la partition, mais acquis dans la lecture et l’interprétation, aussi bien pour les chanteurs que pour le compositeur : une seule figure peut porter plusieurs sens - c’est le cas des notations rythmiques de Notre Dame comme des notations franconienne, pétronienne, et de l’ars nova -, tout comme une seule note possède, virtuellement, une infinité de noms - ainsi dans la pratique de la solmisation, qui autorise les subtilités de la musica ficta. Certes, la musique, déjà proche de la grammaire, pourra être considérée comme une rhétorique. À cette dernière, elle emprunte d’ailleurs ses termes : florificatio, color, figura. Elle rencontre certaines de ses ambitions, en dissertant sur l’éthos des modes mélodiques, ou encore en développant ses ornements dans une perspective encomiastique. Cette proximité d’un art du quadrivium et d’un art du trivium n’est pourtant pas une simple identité : la rhétorique musicale, surtout à la fin du Moyen Age, période d’une plus grande mathématisation de l’art des sons, est spécifiquement une rhétorique du Nombre, où coexistent plusieurs discours. Parce qu’elle est plurielle, l’expression musicale court le risque de se perdre dans la fausseté, de mêler à l’ordre divin des consonances le désordre des dissonances.
De l’équivoque des signes surgiront ainsi les problématiques obsédantes du mensonge, de la fiction, de la métamorphose. Miroir brouillé de la musique céleste, le chant polyphonique, en tant qu’il s’écrit et se lit, exhibe et dissimule tout à la fois une vérité qui se livre sur le mode de l’énigme, per speculum in aenigmate. Le Nombre de la philosophie boécienne ne se laisse deviner qu’au prix d’un déchiffrement. On comprend le rôle central joué par le motet, forme-reine de l’ars antiqua, mais aussi laboratoire des plus hardies expérimentations des XIVe et XVe siècles. Isorythmie et pluritextualité constituent des traits définitoires de son esthétique, qui repose aussi sur une fréquente mise en œuvre du bilinguisme. La superposition de plusieurs textes distincts, geste difficile de totalisation, ne peut s’opérer que dans une verticalité de la structure d’ensemble, garantie par la constance d’un rythme toujours répété. Subsumées par la vérité ultime du ténor, les autres voix participent alors de cet ordre supérieur dont elles reflètent la beauté.
Aussi le conflit apparent qui gouverne la relation de la mélodie et du texte masque-t-il une raison transcendante. Soupirs et hoquets, tout en symbolisant le martyre de l’amant courtois ou le chaos de la cité terrestre, possèdent une nécessité musicale qui dépasse largement le cadre d’une quelconque expressivité. Genre de la fracture - l’on peut entendre dans la talea une préfiguration de la taille, terme que réutiliseront les arts de seconde rhétorique - le motet brise les phrases et les mots, faisant apparaître cette unité minimale du discours qu’est la syllabe. Genre du descort, il oppose entre eux les registres, juxtapose les langues et les structures de la versification ; la tension qui lui est propre manifeste un désaccord des figures du sujet lyrique. Cette diffraction semble pourtant se résoudre dans une auto-allégorisation du moi que seul rend possible le contrepoint. La forme musicale, véritable lien qui fait tenir ensemble les lignes du lyrisme, en garantit la cohérence.
« Contre-poindre » - ou contrefaire - équivaut alors moins à mentir qu’à enrichir la fiction énonciative au moyen des échos multiples de la polyphonie. Si le charme des sirènes trouve dans l’hybridité constitutive du motet sa plus pure illustration, la puissance persuasive des lignes musicales ne débouche pas pour autant sur une schize du moi poétique, ou sur un échec du discours. L’écriture nombreuse issue de la pluritextualité peut en effet se trouver réinvestie dans les formes fixes. Chez Guillaume de Machaut comme chez ses contemporains et successeurs, la ballade pluritextuelle reprend à son compte l’extraordinaire subtilité du contrepoint poétique, pour l’orienter dans une direction différente. L’existence d’un refrain, point commun entre les divers textes mis en présence, concentre au sein d’un seul vers la puissance musicale des strophes, mais en lui conférant un sens clairement audible. Se profile ainsi le rôle déterminant de la ballade dans l’avènement de l’auteur - ce dernier pouvant se comprendre comme le produit d’une augmentation musicale des discours.
La période qui suit la mort de Machaut, et au cours de laquelle émergent plusieurs générations de poètes-compositeurs (entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle) élabore des pièces lyriques d’une extrême complexité. Celles-ci, tout en mettant en scène un certain désenchantement, revendiquent cependant l’unité de la musique et de la rhétorique, à travers des jeux spéculaires entre la notation et le texte. L’école de l’ars subtilior, en dépit de la grande diversité de ses styles, utilise souvent l’ironie - musicale ou verbale - dans la perspective d’une mise en valeur de l’identité subjective des compositeurs. Citations, calligrammes musicaux, hermétisme et virtuosité de la notation ne se réduisent donc pas aux maniérismes d’un art décadent, comme on l’a parfois prétendu. Nouveau trobar clus, l’ars subtilior interroge les pouvoirs de la musique en tant qu’écriture - à l’heure où l’écriture poétique, sous la plume d’Eustache Deschamps, se pense en retour comme une musique. L’enjeu des ornements de la notation musicale concerne directement le statut du sujet lyrique. Grâce aux proportions rythmiques de ses figures, le contrepoint réalise dans chaque composition une version nouvelle de la perfection des sphères, même si cette perfection semble à tout instant devoir se dissoudre dans la contingence d’un discours singulier.
Les productions littéraires de la fin du Moyen Age, traversées par une tension entre harmonie et subjectivité, appartiennent de ce fait à une esthétique musicale, quand bien même elles sont exemptes de chant. Le discours du poète, dans sa moralisation, tente d’accorder le vouloir individuel à l’ordre de l’univers. On peut également lire dans les œuvres de Christine de Pizan et d’Eustache Deschamps les avatars d’une esthétique du contredit qui doit beaucoup aux formes du motet : « chantepleure », contrepoint des voix amoureuses, conflit entre sincérité et mondanité. Une distinction essentielle doit cependant être faite entre les techniques musicales de la superposition, et les techniques poétiques de la juxtaposition des voix, seules susceptibles d’engendrer un dialogue. Bien qu’ils agissent à la façon de matrices en cristallisant diverses pièces lyriques, les recueils ne peuvent entièrement recréer le dessin simultané des lignes, que seul permet le chant polyphonique. Néanmoins, en transmuant la forme si riche de la ballade à double texte en deux ballades distinctes, la musique devenue naturelle modifie profondément les rythmes poétiques. La pluritextualité apparaît ainsi comme l’une des clés de compréhension de ce lyrisme en pleine mutation. Son paradoxe vient de ce qu’elle est à la fois nécessaire à l’émergence de l’auteur - de par l’affirmation des pouvoirs démultipliés de l’éloquence - et incompatible avec l’avènement singulier de sa voix.
Afin de se réaliser en tant que pleine rhétorique, la poésie devra donc briser l’instrument qui avait constitué la chambre d’échos du moi, pour en tirer une nouvelle substance. Le geste consistant à « deffaire la forge » - selon les mots du harpiste et compositeur Jacob de Senleches - trouve des échos dans tout le XVe siècle littéraire, et jusque chez François Villon. Les disjecta membra du motet demeurent présents dans les arts de seconde rhétorique (où figurent des « motets escartelés »), et le souvenir de la pluritextualité dans la pratique de la double et de la triple ballade. Même démembré, Orphée chante. Pourtant, en « débrisant » la prison musicale du je lyrique, la littérature s’expose aux fractures et aux illusions d’une musique verbale qui n’est plus « monde », mais « mondaine » et mensongère. Les séductions du chant, dont se nourrit la rhétorique, la menacent de l’intérieur et mettent en question les bases mêmes du discours poétique, qui n’est jamais loin se métamorphoser en « bruyt » (Villon) ou en « noise » (Molinet). Le lien entre la voix personnelle et la musique céleste est donc à réinventer. C’est à cette tâche que s’emploie la grande rhétorique, par diverses tentatives : chansons avec des refrains, prosimètres, développements mythologiques ou contemplation des concerts célestes. Les figures orphiques auxquelles s’identifie désormais le poète remplacent parfois la lyre par la flûte, signe d’une musique naturelle toujours équivoque, et qui poursuit l’impossible union du contrepoint et de l’éloquence.
Si l’on veut prendre au sérieux la définition selon laquelle la rhétorique vulgaire serait une « espece de musique appellée richmique » , il importe de se départir d’une vision simplificatrice de l’art musical, qui le ramènerait aux seules productions mélodiques de la voix. Certes, la rhétorique de la fin du Moyen Age tire toutes les conséquences du syllabisme mis en œuvre par les désarticulations prosodiques du motet. La virtuosité des rimes couronnées, batelées et équivoques, le tour de force des vers holorimes, entendus comme des effets sonores, ne suffisent pourtant pas à rendre compte de la notion de musique telle que l’imaginent les rhétoriqueurs. Mondaine, humaine et instrumentale, conjoignant le sensible et l’intelligible, la musique est toujours déjà métaphore. Elle possède en elle-même une part d’inaudible, comme le suggèrent les exemples de la notation rythmique et les inventions inouïes de la pluritextualité. Les réalisations de l’ars nova trouveront au XVe siècle leur continuation, qu’illustre le goût pour les canons d’écriture : une seule ligne écrite contient virtuellement plusieurs voix. La monodie peut se métamorphoser en polyphonie, mais à condition d’être bien lue : ainsi dans la forme du lai, ou dans la technique compositionnelle de la « chace ». La musique est donc affaire de lecture, autant que d’écoute.
Aussi est-ce finalement à une série de « contre-lectures » que nous invitent les poètes du XVe siècle. Le geste de brisure qui a présidé à l’écriture appelle en effet à son inversion, ou à sa rémunération ; la concorde des vers doit être interprétée par un lecteur-acteur dont on attend qu’il soit sensible aux structures contrapuntiques des formes poétiques, aux accords virtuels de la rime, à ses dissonances et « equisonances ». Inséparable de l’écriture qui fut la condition de sa naissance, la musique apparaît alors, non comme la source mythique de la poésie, mais comme l’une de ses possibles destinations.
"Et le verbe se fit chair". Etude du genre de la nouvelle au Moyen-Âge.
Samedi 20 novembre
14 h
En Sorbonne, Amphithéâtre Cauchy
Escalier E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Nelly LABERE soutient sa thèse de doctorat :
"Et le verbe se fit chair". Etude du genre de la nouvelle au Moyen-Âge.
en présence du Jury :
Mme CERQUIGLINI-TOULET (PARIS IV)
M. DUFORNET (PARIS III)
M. FRITZ (DIJON)
Mme MARCHELLO-NIZIA (ENS LYON)
M. MÜHLETHALER (LAUSANNE)
"Fortuna". Usages politiques d’une allégorie morale (Italie et France vers 1460-70 - vers 1600)
Samedi 9 avril
14 heures
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mlle Florence BUTTAY soutient sa thèse de doctorat :
"Fortuna". Usages politiques d’une allégorie morale (Italie et France vers 1460-70 - vers 1600)
M. BIZZOCHI
M. CHRISTIN (Lyon 2)
M. CROUZET (Paris 4)
M. DUBOST (Paris 12)
Mme DUPRAT (IUFM Versailles)
M. TALLON (Paris 4)
"Homme et femme il les créa" : l’ordre cistercien et ses religieuses, des origines au milieu du XIVe siècle
Samedi 13 décembre
9 h 30
Centre Malesherbes, amphi A 117
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Alexis GRELOIS soutient sa thèse de doctorat :
"Homme et femme il les créa" : l’ordre cistercien et ses religieuses, des origines au milieu du XIVe siècle
en présence du Jury :
Mme BARRIERE (LIMOGES)
Mme BERIOU (LYON II)
Mme GAILLARD (METZ)
M. PARISSE (PARIS I)
M. VERGER (PARIS IV)
"Humanisme. Platonisme. Panthéisme. Recherches sur la Renaissance et l’âge classique"
Mardi 12 décembre 2006
14 heures
Institut Océanographique, Petit Amphithéâtre
195, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Tristan DAGRON soutient son habilitation à diriger des Recherches :
"Humanisme. Platonisme. Panthéisme. Recherches sur la Renaissance et l’âge classique"
En présence du Jury :
M. FICHANT (PARIS 4)
M. MICKENNA (ST-ETIENNE)
M. MOREAU (ENS)
M. PAGANINI (UNIVERSITE)
Mme PERRONE COMPAGNI (FLORENCE)
"L’ancre d’estudie". Lecture du Moyen-Age tardif
Samedi 19 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Florence BOUCHET soutient son Habilitation à diriger les recherches :
"L’ancre d’estudie". Lecture du Moyen-Age tardif
En présence du Jury :
Mme CERQUIGLINI-TOULET (Paris 4)
Mme BOHLER (Bordeaux 3)
M. BROWNLEE
M. LACROIX (Toulouse 2)
M. MÜHLETHALER (Lausanne)
M. ZINK (Collège de France)
"L’arbre des batailles" d’Honorat BOUVET. Etude de l’oeuvre et édition critique des textes français et occitan
Samedi 4 décembre
14 h
Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme Hélène BIU soutient sa thèse de doctorat :
"L’arbre des batailles" d’Honorat BOUVET. Etude de l’oeuvre et édition critique des textes français et occitan.
En présence du Jury :
M. CHAMBON (PARIS IV)
M. CONTAMINE (PARIS IV)
M. ROUSSEL (CLERMONT II)
M. ROUSSINEAU (PARIS IV)
Mme VIEILLIARD (CHARTES)
"L’écriture génocidaire", l’antisémitisme, en style et en discours, de l’affaire Dreyfus au 11 septembre 2001
Mercredi 28 janvier
14 h 30
Salle des Actes, Centre administratif
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Michel PRAZAN soutient sa thèse de doctorat :
"L’écriture génocidaire", l’antisémitisme, en style et en discours, de l’affaire Dreyfus au 11 septembre 2001
en présence du Jury :
M. DAYAN
M. MARTY (PARIS VIII)
M. MOLINIÉ (PARIS IV)
M. SARFATI (CLERMONT II)
"L’émotion poétique - Stylistique de la poésie"
Samedi 9 décembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Salle F366, 2ème étage
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. RIDHA BOURKHIS soutient son habilitation à diriger des Recherches :
"L’émotion poétique - Stylistique de la poésie"
En présence du Jury :
M. CAHNÉ (PARIS 4)
M. COLLOT (PARIS 3)
M. GOUVARD (BORDEAUX 3)
M. MOLINIÉ (PARIS 4)
M. RONSEAUD (AIX-MARSEILLE 1)
"La cohérence de la foi". Lire les catéchèses prébaptismales de Cyrille de Jérusalem
Vendredi 19 décembre
14 h
Bibliothèque de l’UFR de Grec, 2e etage
16 rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Sébastien GRIGNON soutient sa thèse de doctorat :
"La cohérence de la foi". Lire les catéchèses prébaptismales de Cyrille de Jérusalem
en présence du Jury :
Mme ALEXANDRE (PARIS IV)
M. BOULNOIS (NANTES)
M. MARAVAL (PARIS IV)
M. MUNNICH (PARIS IV)
M. POUDERON (TOURS)
"La fureur et ses élements. etude du génie mélancolique chez Giordano Bruno"
Jeudi 14 décembre 2006
10 heures
Maison de la Recherche, Salle D223, 2ème étage
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Sébastien GALLAND soutient sa thèse de Doctorat :
"La fureur et ses élements. etude du génie mélancolique chez Giordano Bruno"
En présence du Jury :
Mme DE COURCELLES (CNRS)
M. MOREAU (ENS)
M. PINCHARD (LYON 3)
Résumés :
Indissociable d’une réflexion sur les éléments, la mélancolie brunienne repose sur
trois niveaux : l’eau, la terre et le feu, qui recoupent les trois facultés de l’âme :
imagination, raison, intellect, les trois fureurs : bestiale, passive et active, ainsi que
les trois hypostases de la triade : Dionysos, Diane et Apollon. De la mélancolie
aquatique à la mélancolie terrestre, de la mélancolie terrestre à la mélancolie
solaire, c’est l’itinéraire de l’âme héroïque qui se dessine, en même temps que se
constituent les différentes phases d’une hénologie infinie. Philosophie de
l’assimilation, de l’éternité, de la liberté et de la béatitude, la nolana filosofia
culmine dans une expérience mystique, d’inspiration païenne, qui atteste d’un
basculement de l’immanence dans la transcendance, et d’un passage à la limite endirection de la coincidentia oppositorum.
Indissociable from the reflection on the elements, the Giordano Bruno’s
melancholy is built on three levels : water, earth, fire, tallying with the three
faculties of the soul : imagination, reason, intellect, and the three furies : the first
one dealing with bestiality, the second one with passivity and the third one with
activity, and tallying also with the three hypostases of the triad : Dionysos,
Artemis and Apollo. From the aquatic melancholy to the earthly one, from this
to the solar one, the heroïc soul’s itinerary is taking shape, and at the same time
the different moments of an infinite henology. Philosophy of assimilation,
eternity, freedom and beatitude, the nolana filosofia reaches its highest point in amystical experience, inspired by paganism, which gives evidence about the
switching from immanence to transcendance and about a journey to the limits as
is usually the case with coincidentia oppositorum.
Position de thèse :
Le problème que pose la caractérisation élémentale de l’humeur noire - qu’il y
aille d’une particularité physique ou symbolique -pourrait dans un premier
temps s’énoncer de la sorte : la mélancolie est-elle compatible avec les grands
moments de la philosophie nolaine ? Se peut-il, notamment à travers le
personnage du Furieux, qu’elle fasse courir sur un certain nombre d’idées
centrales de la pensée de notre philosophe une ombre pour la moins inquiétante,
menaçant de ruine une avancée qui voulait libérer l’homme des sottes
superstitions, des fantasmagories de la malédiction ? Saturne, il nous en souvient,
est le dieu sauvage de la régression, sa présence donc au sein d’une doctrine
attachée par ailleurs à n’accorder aucune réalité au mal, à se démarquer des
théories dualistes, gnostiques ou chrétiennes, n’y produit-elle point des fractures,
des dissensions, des désordres ? Giordano Bruno pense tout d’abord la
mélancolie en termes d’eau, et l’insère au vaste domaine de la vicissitude -
concept majeur de sa philosophie dont nous étudions les intrications avec la
mélancolie la plus sombre. L’eau, la vicissitude, ne connaissent pas le repos, elles
fluctuent, s’emportent, semant la discorde, tel le mélancolique ravi par de
funestes forces, des dieux jaloux ou des démons cruels.
À l’échelle des oeuvres majeures, il est loisible de ramener la relation de l’eau
et de la mélancolie à un complexe qui se meut autour des trois points fédérateurs
que sont le trouble, la variation, la métamorphose, aspects eux-mêmes récurrents
dans l’esprit de Giordano Bruno. Le trouble de l’humeur noire, qui n’est pas
sans liens avec la Fureur dionysiaque, introduit au chaos du Verseau, à la
turbulence, à la dissemblance. Elle constitue le moment du doute, de l’angoisse,
de l’errance, de la défiguration, de la disproportion de l’homme, du renversementde la hiérarchie, du polygénisme, tous aspects constitutifs d’une topologie de
l’infini, qui est aussi une topologie de l’a-sphère. La mélancolie y consiste dans
l’ici-bas. La variation se résume à la vicissitude, à la roue, elle traduit le moment
de la fugacité, de la répétition de toute chose, de la nécessité, et entérine la crise
de l’humanisme. La mélancolie y consiste à être jeté dans le temps. La
métamorphose est l’expérience du dédoublement, de la folie, de la monstruosité,
du destin, de la transmigration, sa mélancolie est de se savoir mortel. Un
mouvement se dessine dégageant une première forme de mélancolie qui ressort
plus largement de l’imagination, du phantasme, de l’hallucination, et qui se veut
l’expression tout autant du spleen de l’homme que de celui de l’automne de la
Renaissance. La conséquence en est la mise en relief de l’inconfort de notre être,
et de sa situation originaire.
Pourtant, nous ne sommes pas autorisés à déduire du désordre mélancolique
une remise en cause foncière de l’infinie bonté et beauté de tout ce qui existe. Le
Furieux ne doit point apparaître comme le suppôt d’un principe négateur à
l’oeuvre dans l’économie de la Nature. Quand bien même attirerait-il sur lui la
somme de tous les désordres et retrouverait-il l’antique fonction du boucémissaire,
il ne doit pas renvoyer à quelque mauvais démiurge, ou artisan
malhabile ? Tel semble le souci de Bruno qui, conscient du pouvoir de
perturbation que représente la mélancolie aquatique, s’efforce de ménager une
voie vers une espèce autre de mélancolie, et ce faisant vers un autre modèle du
Furieux.
Aussi en un second temps s’agit-il de rendre compte de l’ingéniosité de notre
philosophe à colmater les brèches ouvertes par la fureur des eaux. Quoi de plus
approprié que la terre pour endiguer le flot ? Or la terre a ceci de remarquable
chez le Nolain qu’elle se confond avec un espace rationnel susceptible de résister
à la puissance de dissémination. Puisque le saturnisme a partie lié avec l’ici-bas,
faisons en sorte que cet ici devienne un lieu plus agréable, ordonnons-le,
raisonnons-le. Tel aménagement ne vise cependant point à éradiquer la
mélancolie - comment le pourrait-il puisque celle-ci, en tant qu’humeur, est une
composante de notre être, puisque celle-ci en tant qu’eau est un élément de
l’univers -mais à la maîtriser, à la stabiliser, à la rationaliser. La terre dit la
possibilité d’une mélancolie terrestre qui ne soit pas pour autant source de
désespérance ou de perturbation irrémédiables.
Le complexe terrestre se déploie suivant une triple direction : médicale,
philosophique, exemplaire. La première direction diagnostique l’homme
mélancolique, anatomise son état, décrit la conduite à adopter, en vue de la
guérison, en vue de l’eucrasie, et s’applique à saisir la spécificité de l’éthique
nolaine sur ce point, en la distinguant de l’interprétation religieuse ou monastique.
La mélancolie n’est pas une fatalité, mais une maladie à laquelle l’art peut
remédier. Elle n’est point acédie ou souillure originelle, mais Fureur noble et
généreuse -elle joue un rôle en philosophie. La deuxième direction revient à
cheminer dans la forêt, lieu de prédilection du Furieux, à la rencontre de Diane,
d’Actéon, et du bestiaire qui la peuple. Il s’agit d’apprécier combien dans
l’espace sylvestre la mélancolie terrestre revêt une dimension philosophique
essentielle : en précisant les conditions et les limites de toute connaissance, en
soulignant les conséquences qui en résultent au niveau de la sagesse, de la parole,
de l’esthétique, et en insistant sur les rapports qui unissent le Furieux à ses
animaux-totems.
La troisième direction pointe une série d’exemples. Pour ceux qui ne se
sentent point de recourir à la forêt - qui ne sont donc point aptes au mode de vie
uniquement théorétique -, le Nolain donne en exemple trois héros qui, loin de se
retirer du monde, ont au contraire agi en son coeur, se mettant pour ainsi dire au
service de la communauté. Le paradoxe veut que ces trois héros soient euxmêmes
connus pour leur mélancolie. Ils indiquent également une hiérarchie.
Prométhée est la statue dressée par notre philosophe contre toutes les Arcadies
mélancoliques, mais qui susciterait néanmoins dans l’esprit de notre auteur une
certaine nostalgie des Républiques antiques inspirées du modèle machiavélien, et
mobilisées contre la critique luthérienne des oeuvres et du mérite, et ce afin de
favoriser, conformément au droit naturel classique, une justice distributive, à
l’égalité géométrique et proportionnelle, qui s’accommode des inégalitésnaturelles et structurelles, et tend à un idéal cosmopolitique. Hercule est la statue
dressée contre tous les désoeuvrés, les croqueurs de mouches -luthériens,
mendiants ou ermites -au nom de l’idéal stoïcien de l’action généreuse, utile,
honnête. Mais Hercule, comme Dame Mérencolie, est aussi celui qui file au pied
d’Omphale. Saturne, enfin, est la statue qui exalte à la richesse, à la pos-session et
à la dépossession. Il est le dieu des ascètes, riches sans la moindre obole, et
entièrement requis par la contemplation philosophique. Prométhée, Hercule et
Saturne sont exemplaires de la tri-fonctionnalité de la triade brunienne, ils
affirment le pouvoir de la cohésion contre les désordres de la mélancolie bestiale.
Le mouvement de cette partie affirme une mélancolie rationnelle, dont les effets
sont bénéfiques tant au plan du corps, de l’esprit que de la société. À tous ceux
qui ne sont ni théorétiques ni contemplatifs, elle ménage une voie d’accès à une
forme de bonheur purement rationnel qui maintient à l’abri des assauts de la
Fortune.
Mais de quel bonheur est-il question ? D’un bonheur humain, communautaire,
social, en aucun cas d’une disposition susceptible d’apporter à l’âme joie,
béatitude, éternité, de lui faire entrevoir les splendeurs de la divinité. Une
distinction s’opèrerait donc entre deux sortes d’individus : celui qui se confie à la
raison, celui qui se confie à la sagesse, celui qui demeure à un plan strictement
humain, celui qui, contractant en lui la divinité, s’efforce de devenir divin. Même
si cela ne va pas sans souffrances. L’espace terrestre servirait ainsi de transition
entre la fureur des eaux et la fureur céleste. En d’autres termes, sa raison d’être
serait de préparer à qui voudrait s’en octroyer la peine l’accès à une troisième
forme de mélancolie d’ordre intellectuelle, non plus rationnelle. De la mélancolie
aquatique à la mélancolie intellectuelle, ce serait la voie du salut qui s’esquisserait,
mais dont le chemin ne recouperait pas l’itinéraire chrétien. Tel est ce que nous
examinons en dernière partie.
La mélancolie intellectuelle désigne la Fureur proprement divine, celle qui
assure une participation active au principe premier. Cette Fureur chez Bruno est
conceptualisée à travers la métaphore obsédante du vol céleste et des ailes de
l’âme, deux motifs néoplatoniciens qui témoignent de la position de Bruno à
l’égard des philosophies de la transcendance. Nous nous sommes appliqués à
grouper nos analyses autour de ce thème. La Fureur céleste doit nous permettre
d’échapper aux tempêtes de la vicissitude, elle ouvre à l’expérience de la liberté,
à l’illumination, à la présence de l’éternité, et peut-être à la rencontre avec l’Un.
La première subdivision s’attache plus précisément à la figure du Furieux
céleste, en faisant ressortir sa dimension sacrée, numineuse, érotique, à travers le
mouvement de retrait qui le caractérise. Le retrait est une contractio, et cette
contraction est une conversion à la cause supérieure, dont l’âme provient
nécessairement. La seconde subdivision s’attache à montrer comment ce
mouvement se combine à celui de l’ascension, formant de la sorte une
dynamique de la divinisation qui prend les formes d’une hénologie infinie. L’élan
de l’âme héroïque est la mise à jour de la puissance infinie de Dieu, dont le
Furieux participe très activement, et qui est le point d’articulation de l’âme à la
transcendance, en une expérience extatique qui projette le héros toujours plus
loin, puisque la puissance de Dieu est sans limites et la satisfaction
perpétuellement différée.
La troisième à étudier les modalités de cette hénologie, en insistant sur le rôle
de la vision, de l’amour, de l’intuition, de l’éternisation du désir, et de la
béatitude. Impersonnelle, la béatitude brunienne fait pièce au Paradis chrétien,
autant qu’à la grâce médicinale du Christ, elle est le sommet du processus de
divinisation de soi par assimilation à la Causa sui. Ces modalités successives sont
constitutives d’une mystique brunienne, qui valorise la singularité, le paganisme,
le mythe, la théurgie et l’apollinisme, une mystique centrale pour justifier une
expérience de la transcendance hic et nunc, qui est aussi l’expérience du
démembrement, de la division, et de la dualitude. Il s’agit alors pour nous de
juger dans quelle mesure le Furieux, établi en position de médiateur antichristique,
est indissociable du modèle scalaire pourtant récusé par la cosmologie
infinitiste de Giordano Bruno.
"La pensée en archipel". Goethe face à la philosophie
Samedi 6 décembre
14 heures 30
Centre Malesherbes, amphi 117
108, bd Malesherbes
Paris 17ème
Mme Alexandra RICHTER ALAC soutient sa thèse de doctorat
"La pensée en archipel". Goethe face à la philosophie
en présence du Jury :
Mme BLONDEAU (REIMS)
M. LEFEBVRE (ENS)
M. VALENTIN (PARIS IV)
M. ZSCHACHLITZ (AIX-MARSEILLE)
"Le dispositif télévisuel au regard du panoptisme. La cas de la télé-réalité"
Mardi 12 décembre 2006
10 heures
CELSA, Amphithéâtre M-C Praudel
77, rue de Villiers 92523 Neuilly-sur-Seine Cédex
M. Olivier AIM soutient sa thèse de Doctorat :
"Le dispositif télévisuel au regard du panoptisme. La cas de la télé-réalité"
En présence du Jury :
Mme BOURSIN (PARIS 4)
M. CHEVALIER (Institut)
M. ESQUENAZI (LYON 3)
M. JEANNERET (PARIS 4)
M. JOST (PARIS 3)
Résumés :
Ce travail de thèse essaie de repérer les différents points de contact entre le champ télévisuel
et les théories de Michel Foucault : en s’arrêtant sur les notions de panoptisme, de dispositif,
d’aveu et de regard, la recherche vise à mieux comprendre la réalité « sémio-technique » de
l’écriture télévisuelle, en général, et d’une série de programmes, en particulier : ceux de la
« télé-réalité ». Que signifie la promesse du « tout voir » qui meut ces programmes ? Cette
question première permet de mieux comprendre les liens entre une optique des corps
sémiotisés et une optique, plus large, des dispositifs médiatiques. Dans une approche
doublement foucaldienne, à la fois « généalogique » et « archéologique », le panoptisme
télévisuel permet de faire le lien entre différentes pratiques sémiotiques (le sport), une logique
intersémiotique (le « people ») et une attitude herméneutique proliférante (le « décryptage »).
La réalité de la télévision actuelle est au coeur de ces différentes articulations qui portent
toutes sur ce que analyser les images médiatiques veut dire.
This work is an attempt of locating the conjonction points between television research and
Michel Foucault’s theories : focusing on the main concepts of « panoptism », « apparatus »,
« confession » and « watch », this research is mainly a better understanding of « semiotechnical
» fonctionnement in televisual writing, and more specifically in one kind of
program : « real-tv ». What does mean the « all watching » promise wich is driving those tvprograms
? This first question is a way of a better understanding of the links between an
« optic » of semiotised bodies and a more general « optic » of the media’s apparatus.
Simultaneously refering to Foucault’s « genealogy » and « archeology », the televisual
panoptism allowed us to establish a link between different kinds of semiotic applications
(sport), an intersemiotic logic (« people ») and a proliferating hermenetic attitude
(« decryptage »). The truth of modern television is in the depth of those different articulations
wich are all about the meaning of mediatic image’s analysis.
Position de thèse :
Position de thèse
"Le magicien italien". Pirandello et le théâtre français dans les années vingt et trente
Samedi 18 décembre 2004
9 h
Centre Malesherbes
Amphi 120
108 Bd Malesherbes
75017 PARIS
Mme Anna FRABETTI soutient sa thèse de doctorat :
"Le magicien italien". Pirandello et le théâtre français dans les années vingt et trente
En présence du Jury :
M. CASSAC (NICE)
M. GENOT (PARIS X)
M. GUIDETTI (FLORENCE)
M. LIVI (PARIS IV)
"Le Sefer Meshiv Devarîm Nekhohîm", livre de la réplique adéquate de Jacob Ben Shehet de Gerone
Jeudi 10 mars 2005
14 heures
Salle D 323, Maison de la Recherche
28, rue Serpente
75006 Paris
Mme Jacqueline SILAGY LEVY soutient sa thèse de doctorat :
"Le Sefer Meshiv Devarîm Nekhohîm", livre de la réplique adéquate de Jacob Ben Shehet de Gerone
Controverse kabbalistique anti-maïmonidienne
En présence du Jury :
M. BANON (Strasbourg 2)
M. FENTON (Paris 4)
M. GOETSCHEL (Paris 4)
M. GUETTA (INALCO)
"Le traité de l’amour de Dieu" de François de Sales : Une mystique moderne ?
Samedi 3 décembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Hélène MICHON soutient son Habilitation à diriger les recherches :
"Le traité de l’amour de Dieu" de François de Sales : Une mystique moderne ?
En présence du Jury :
M. FERREYROLLES (Paris 4)
M. BELIN (Montpellier 3)
M. ARMOGATHE (EPHE)
Mme DENIS (Paris 4)
M. OSSOLA (Collège de France)
"Les figures de l’altérité et les figures de l’être dans la pensée d’Emmanuel Lévinas. Une défense de subjectivité"
Samedi 2 décembre 2006
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Adriana NICOLETTI soutient sa thèse de Doctorat :
"Les figures de l’altérité et les figures de l’être dans la pensée d’Emmanuel Lévinas. Une défense de subjectivité"
En présence du Jury :
M. HOUSSET (CAEN)
M. MABILLE (POITIERS)
M. MARION (PARIS 4)
Résumés :
Tout au long de l’existence la subjectivité se voit menacée de dépersonnalisation et de neutralisation par l’anonymat du pur fait d’être, ce qui pour l’individu se traduit dans une exposition radicale au non-sens. Essentiellement soucieuse du destin de l’homme dans l’être et ainsi de la subjectivité, la pensée lévinassienne, en posant au centre de sa réflexion la relation à l’autre et en travaillant sur l’individuation du sujet, fait de la fraternité, dont l’incarnation même du sujet est trace, la signification première de l’existence. Les figures principales de l’être, l’il y a, l’élémental et l’histoire, qui menacent la subjectivité de dépersonnalisation, s’entrelacent ainsi et s’alternent dans les analyses du philosophe avec les figures majeures de l’altérité, la mort, l’autre et le temps, qui rompent l’identité de l’être et soustraient le sujet à sa dissolution dans l’anonymat. Par un mouvement paradoxal, à partir du concept de sujétion, qui définit finalement la subjectivité de l’homme dans son identité pré-originaire avec soi, le philosophe renvoie directement du non-sens auquel le sujet est exposé au cours de l’existence à une signification autre, triomphe dans l’être de l’autrement de la Bonté.
Throughout the existence, subjectivity is threatened with depersonalisation and neutralisation, out of the anonymity of the sheer fact of being, which means that the individual is radically exposed to the non-sense. Lévinas’ reflection essentially cares on the one hand about man’s destiny in the realm of being, i.e. about subjectivity, and on the other hand about man’s relation to the other and the process of the individuation of the subject. This is why fraternity, whose incarnation itself is a trace, is seen as the most important significance of existence. In the philosopher’s analysis, the essential figures of the being, the there is, the elemental and history, all of which threaten subjectivity with depersonalisation, conjugate themselves with such major figures as otherness, death, the other, and time, all of which break up the identity of the being and prevent the subject from getting dissolved in the anonymity. Through a paradoxical move, the philosopher starts from the concept of subjection, which defines man’s subjectivity in his pre-original identity with his self, to demonstrate that the non-sense to which the subject is exposed throughout the existence leads to another kind of significance, i.e. the triumph, in the realm of the being, of the another way ofGoodness.
Position de thèse :
A travers notre travail nous essayons de présenter la pensée lévinassienne comme une véritable philosophie de l’espoir, soucieuse de soustraire l’homme au non-sens auquel il se trouve exposé au cours de l’existence. Non-sens qui pour la subjectivité se traduit concrètement dans l’impossibilité de coïncider avec elle-même sans se retrouver neutralisée par l’anonymat du pur fait d’être. En posant au centre de sa réflexion la relation à l’autre et en travaillant sur l’individuation du sujet, Emmanuel Lévinas fait de la fraternité la signification première de l’existence, signification capable d’introduire dans la violence de l’être l’autrement de la Bonté.
Subjectivité de chair et de sang, le sujet lévinassien est constamment menacé au cours de l’existence de disparaître, neutralisé dans l’anonymat de l’être. La question à laquelle se confronte le premier Lévinas est celle du rapport qui subsiste entre l’existant et l’être de son existence. La généralité de l’être pèse sur la subjectivité comme l’horreur ressentie par le sujet face à l’anonymat désertique du pur il y a, qui l’opprime de toutes parts. L’homme paraît condamné à se laisser emporter par les forces qui gouvernent l’histoire et à être réabsorbé, insignifiant, dans l’économie de la totalité. Le rapport du sujet au caractère élémental de son existence le relie aussi à une dimension impersonnelle qui semble constituer le fond même de l’exister humain. L’il y a, l’élémental et l’histoire, figures majeures de l’être dans la pensée du philosophe, menacent donc la subjectivité dans son individualité particulière. Ce qui est en jeu dans l’analyse lévinassienne du rapport subsistant entre l’existant et l’existence, entre l’étant et l’être, est la possibilité même de l’individuation du sujet, la possibilité de la définition de son être personnel. Pour le philosophe, poser la question du statut de la subjectivité dans l’être, signifie travailler pour affirmer l’unicité absolue et irremplaçable de chaque individu, sa personnalité irréductible, dans la concrétude sensible de son exister. C’est pourquoi, en refusant toute conception transcendantale de la subjectivité, ainsi que toute conception empiriste, Lévinas parvient à donner une définition métaphysique du sujet. A la violence de l’être objectif, le philosophe oppose une subjectivité fondée sur une conception eschatologique du réel. Face à la brutalité de l’être, dont la vérité est guerre, tout horizon de sens déployé par le sujet est d’emblée balayé : les mondes s’effondrent et aucune expérience n’est possible. Une conception transcendantale de la subjectivité ne tiendrait donc pas d’après lui à une confrontation effective avec la violence de l’être. Mais même dans son exercice positif de donation de sens, même dans l’univers intelligible et sensé qu’elle pourrait déployer, une subjectivité transcendantale se retrouverait seule et identique à elle-même, finalement coïncidant avec l’identité anonyme de l’être impersonnel, dont elle ne serait donc qu’un reflet. Cependant à partir d’un tel constat, on ne doit pas non plus, pour Lévinas, adopter une position empiriste qui, en réduisant la subjectivité à une partie quelconque du monde, la dissoudrait essentiellement dans sa totalité, parvenant ainsi au même résultat.
Un sujet seul dans l’être n’a aucune possibilité pour le philosophe de se soustraire à sa neutralisation dans l’anonymat, à sa dépersonnalisation. C’est pourquoi Lévinas concentre sa recherche sur autrui, jusqu’à faire de la relation du sujet à l’autre sa réponse à la question du statut de la subjectivité dans l’être. Autrui, la mort et le temps, figures majeures de l’altérité dans la pensée lévinassienne, sont toutes expressions de la même transcendance qui, en rompant l’identité totalisante de l’être, soustrait la subjectivité à son destin tragique de dissolution. Atteindre autrui, explique le philosophe, signifie être ailleurs qu’en soi, se soustraire donc à cette identité du sujet avec soi qui, d’après lui, se retourne inévitablement en une identité avec la neutralité de l’être. La mort, dans la conception lévinassienne, n’efface pas l’individualité du sujet en la dissolvant dans la totalité ; telle serait sa fonction si on la pensait à partir de l’idée du néant, à savoir à partir de l’être ; au contraire, irréductible à l’horizon de conscience du sujet, irréductible au même et donc à la présence, la mort, dans la pensée du philosophe, constitue une rupture première de l’identité de l’être, elle est déjà la trace d’un autrement. Autrement qui se soustrait à l’emprise de l’être en s’enracinant dans une conception diachronique du temps qui renvoie de l’existence de l’homme à un passé immémorial, pré-originaire et anarchique, absolument irréductible à la présence. L’altérité de l’autre, son irréductibilité à l’être, soustrait ainsi la subjectivité à son destin de dissolution, neutralisant et dépersonnalisant.
Mais au cours de la réflexion lévinassienne, la relation du sujet à l’autre devient de plus en plus intrinsèque à la définition de la subjectivité et s’enrichit de nouvelles implications. Si, dès les années ‘40, la relation à l’autre, qui est relation à autrui dans le face-à-face du visage, introduit le temps dans l’être en soustrayant ainsi le sujet au définitif de l’existence et donc à sa neutralisation, c’est seulement à partir des années 1960 et Totalité et Infini, que le philosophe fait de la relation à l’autre, comme hospitalité, la structure même de la subjectivité, dont l’idée de l’Infini offre le schéma formel. Dans les ouvrages plus tardifs du philosophe, à partir des années 1970, la relation à l’autre perd complètement son caractère de relation. L’élément de rupture, toujours implicite dans la catégorie de l’autre, se radicalise jusqu’à exploser au cœur même de la subjectivité comme obsession et persécution, jusqu’à la psychose. L’autre est dans le même, d’avant l’existence et à partir d’un passé immémorable, à travers la responsabilité qui lie inéluctablement le sujet à autrui et à travers son être de chair et de sang. La responsabilité pour autrui et la sensibilité du sujet, en renvoyant à un au-delà immémorial qui se soustrait à l’horizon de conscience de la subjectivité et qui suppose donc l’idée d’une dimension diachronique du temps, font de la fraternité la signification première de l’existence. La subjectivité se définit alors comme le malgré soi de l’autre-dans-le même : proximité et exposition. Et dans cette destination inéluctable de l’un-pour-l’autre, à partir de laquelle l’incarnation même du soi signifie comme donation, la subjectivité en tant que sujétion absolue, élue dans sa responsabilité sans démission possible, trouve finalement son principe d’individuation. L’exposition au non-sens, qui a lieu dans l’existence comme passivité radicale, souffrance du sujet et obsession du pour-l’autre, devient alors pour la subjectivité la trace d’une signification autre qui introduit dans l’être, comme ouverture intrinsèque du sujet à la transcendance, l’autrement de la Bonté. Par rapport à l’interprétation de la sensibilité donnée par le philosophe dans cette dernière phase de sa réflexion, il est important de souligner que, au contraire, dans les ouvrages de la fin des années ‘40, comme même plus tard dans Totalité et Infini, la condition matérielle de l’existence, la corporéité du sujet, définit plutôt le statut ontologique de la subjectivité, à savoir le lieu de compromission de la subjectivité avec l’être. Dès 1934, Lévinas relève la particularité du rapport qui lie la subjectivité et son corps. Sans pourtant renoncer à concevoir la subjectivité comme incarnée au cours de sa réflexion, le philosophe décrit à plusieurs reprises les impasses auxquelles la corporéité semble condamner le sujet, en le ramenant continuellement à l’être et donc à la possibilité de sa dissolution dans l’anonymat de l’il y a, de l’élémental ou de l’histoire. Il faut attendre 1974 (Autrement qu’être) pour que l’auteur offre une toute nouvelle interprétation de la sensibilité du sujet. L’incarnation de la subjectivité signifie maintenant la destination même du pour-l’autre et par-l’autre ; elle constitue la donation première, condition de toute possibilité ultérieure de donner. Et d’ailleurs, comme l’auteur même le souligne dans ses pages, la responsabilité pour autrui et le pour-l’autre et par-l’autre de la sensibilité se recouvrent finalement dans le phénomène exemplaire de la maternité.
A travers une lecture transversale de la production lévinassienne, nous avons d’abord essayé par notre travail de décrire et d’analyser dans leur rapport à la subjectivité les principales figures de l’être et de l’altérité. Nous avons donc procédé à la présentation du concept de sujétion, passivité plus passive que toute passivité, par lequel Lévinas définit finalement la subjectivité. Nous avons ainsi essayé d’en explorer les liens avec les catégories de l’autre, du sensible et de l’être, en mettant l’accent sur l’importance accordée par le philosophe à la fraternité, signification première de l’existence, capable de fonder l’individuation du sujet face à l’anonymat de l’être ; capable d’introduire dans le non-sens de l’existence l’autrement désintéressé de la Bonté.
"Les médinas marocaines : une requalification sélective - Elites, patrimoines et mondialisation au Maroc"
Mercredi 13 décembre 2006
14 heures
Institut de Géographie
191, rue Saint-Jacques 75005 Paris
Mme Anne-Claire KURSAC-SOUALI soutient sa thèse de Doctorat :
"Les médinas marocaines : une requalification sélective - Elites, patrimoines et mondialisation au Maroc"
En présence du Jury :
M. BALLAND (PARIS 4)
M. CHEMLA (PARIS 4)
M. ESCHER (Institut)
M. LAZZAROTTI (AMIENS)
M. SKOUNTI (INSAP)
Résumés :
Les médinas marocaines ne sont pas des espaces-musées, elles ne sont pas non plus des espaces urbains en voie d’abandon et de paupérisation inéluctable comme on l’avait imaginé, il y a encore deux décennies. Ces tissus urbains anciens et originaux dans leur structure sont, avant tout, des espaces sociaux, résidentiels, économiques qui s’adaptent aux changements bien que confrontés à la gestion lourde et délicate de leur patrimoine architectural.
Pour la plupart classées au Patrimoine Mondial de l’Humanité (Marrakech, Essaouira, Fès) et mises en valeur par le tourisme, les médinas sont, dès à présent, perçues et imaginées autrement et revalorisées au sein de la ville marocaine contemporaine. Le phénomène des riads a également encouragé, sur le terrain, la requalification de certains quartiers des médinas tout en impliquant des transformations en profondeur d ces tissus anciens. Il s’agit en priorité, dans cettE thèse, de reconsidérer l’étude des médinas, espaces fortement identitaires, en analysant sous un angle géographique leur dimension patrimoniale, leur réalité contemporaine, leur mobilité et les acteurs de ces nouvelles dynamiques urbaines.
The Moroccan medinas are not museums neither are they the impoverished, crumbling inner-cities that we were led to believe up until a couple of decades ago. These ancient, archetypal urban webs are above all else social, economic and residential centres that adapt to changes whilst faced with the delicate and demanding management of their architectural heritage.
The majority of medinas is classified as UNESCO World Heritage Sites (Marrakech, Essaouira, Fès) and have been developed by tourism. They are now seen and imagined in a different light and are newly esteemed at the heart of contemporary Moroccan towns. The riad phenomenon has encouraged the re-establishment of certain areas of the medinas at a grass roots level whilst at the same time being instrumental in deep changes within the ancient web of medinas. The main object is to reconsider the study of the strongly characterised medinas by analysing the magnitude of their heritage, their present day realities, their mobility and the actors in these new urban developments from a geographical perspective.
Position de thèse :
Les populations aisées, propriétaires des maisons bourgeoises à cours carrées, sont parties des médinas pour les quartiers plus modernes dès les années 1930. "La crise des médinas" selon J-F. Troin, par ce mouvement de départ et l’arrivée, au contraire, d’un nombre important de ruraux ont entraîné la paupérisation des vieux centres urbains des villes arabes par leur densification puis leur taudification. Depuis une dizaine d’années au Maroc et, surtout depuis la diffusion de l’émission "Capital" (août 1998) sur les riads au prix d’un F2 à Paris, nous pouvons remarquer un mouvement de reconquête des médinas par le retour de populations aisées (Marocains aisés, étrangers venus en touristes ou comme résidents surtout français, et aussi des Marocains de classe moyenne) qui réinvestissent les riads et les maisons traditionnelles de dimension plus modeste à Marrakech, Essaouira, Asilah, Fès, Rabat. Ils réhabilitent ou rénovent un bâti dégradé et changent ainsi l’espace dans lequel ils vivent. Le Maroc est un exemple intéressant et significatif de ce processus car les médinas sont bien conservées, elles n’ont pas subi de restructuration pendant le protectorat. En revanche, elles sont convoitées par les étrangers que la proximité géographique attire (Marrakech est à 2h30mn de Paris en avion) et qui sont les moteurs de cette reconquête.
L’objectif de cette thèse est d’étudier ce processus de reconquête des médinas, que nous pourrons parfois qualifier de gentrification « exogène », et d’analyser les conséquences et les limites sur l’objet géographique considéré. Cette étude voudrait apporter un nouveau regard en géographie sur les médinas que l’on a longuement étudiées pour leur structure urbaine spécifique ou le processus de dégradation qui les a affectées. L’intérêt premier de cette étude est de cerner les transformations spatiales de ces vieux espaces urbains (réhabilitation ou rénovation du bâti, amélioration des infrastructures urbaines) et les transformations sociales qu’elles impliquent (nouvelles populations, nouveaux commerces, nouvelle géographie sociale, tensions consécutives).
Pour cela la thèse aborde trois axes de recherche prioritaires :
L’analyse du phénomène de reconquête et la définition d’un processus de gentrification qui commence à toucher les vieux centres urbains arabes (les formes de reconquête, les acteurs, l’ampleur et les origines du processus). Elle est en grande partie exogène car les investisseurs pionniers sont des étrangers.
Les conséquences directes ou indirectes de ce mouvement sont, en premier lieu, une requalification sociale des médinas, une morphologie urbaine transformée, la question du patrimoine, la spéculation foncière, les réseaux d’acheteurs, une nouvelle géographie sociale et les médinas comme espaces de vie en mutation.
Enfin un travail de différenciation des représentations et des pratiques urbaines différentes suivant les habitants et leur niveau social et des mutations dans l’espace résidentiel des médinas.
Il s’agit avant tout de donner une lecture renouvelée de la médina en tant qu’espace structurel et social de la ville marocaine contemporaine, de cerner ces nouvelles dynamiques, et leurs acteurs.
Depuis une dizaine d’années, certaines médinas marocaines vivent de profondes mutations de leur espace bâti et surtout de leur espace social. Elles répondent à de nouvelles logiques de développement. Les médinas ne sont pas des espaces-musées ou des tissus urbains figés dans un long processus de « taudification » et de paupérisation. Certaines médinas, certains quartiers de ces médinas, montrent parallèlement à un mouvement lent de dédensification, les prémices d’une gentrification (embourgeoisement), elle-même créatrice d’une requalification sociale partielle de certains quartiers.
Il s’agit de comprendre en quoi cette « gentrification », bien particulière dans le cas de ces tissus historiques, entraîne des transformations sociales profondes et enfin montre à quel point ces centres anciens, ces espaces patrimoniaux sont dynamiques, évolutifs et s’insèrent dans la construction de la ville marocaine contemporaine et dans les processus liés à la mondialisation.
UNE GENTRIFICATION RECENTE ET PARTICULIERE :
Le processus de gentrification (ou embourgeoisement), au sens le plus restrictif, est une reconquête des zones péricentrales par les couches moyennes et supérieures de la population. Observé dans les villes occidentales, au départ anglo-saxonnes (Montréal) puis européennes (Londres, Paris), il permet une approche pertinente pour comprendre l’évolution très récente des centres historiques. Nous pouvons définir plus précisément son rôle dans la transformation sociale et économique des centres anciens, issue de la réhabilitation ou de la rénovation de leurs parties taudifiées.
Dès les années 1930, les vieux centres urbains dans le monde arabe ont été délaissés par les populations aisées pour des périphéries au confort plus moderne ; à l’inverse, des populations, de plus en plus nombreuses issues de l’exode rural, s’y sont installées. C’est la crise des médinas, c’est-à-dire une paupérisation des quartiers historiques par leur densification, la saturation et la taudification du bâti.
Au Maroc, un mouvement centripète (des périphéries vers le centre) est amorcé par l’arrivée ou le retour de populations aux conditions de vie plus élevées dans l’espace résidentiel des médinas de Marrakech, de Rabat, d’Essaouira, d’Asilah, de Tanger et plus timidement de Fès.
Cette « reconquête » ou gentrification, bien que récente et plus ou moins engagée, est à l’origine de transformations dans la morphologie urbaine et dans l’espace social des médinas. Aujourd’hui ces tissus historiques, loin d’être relégués au seul champ de la conservation, sont à reconsidérer par la fonction résidentielle, la fonction commerciale et la fonction culturelle qu’ils occupent.
Ce dynamisme nouveau, engagé par des acteurs étrangers et marocains, dans le cadre d’initiatives privées laisse entrevoir une nouvelle façon de percevoir, de vivre et d’envisager la médina.
Actuellement, et ce depuis une dizaine d’années, d’anciens palais avec patio végétalisé (riads) et de plus simples maisons à cour fermée (dar) sont achetés et restaurés par des étrangers (Français surtout mais aussi Allemands, Américains, Hollandais, Anglais, Espagnols) et des Marocains. Le phénomène, d’une grande ampleur à Marrakech (dès 1970, en 2000, 500 étrangers propriétaires à Marrakech selon A. Escher) et à Essaouira (1990), plus timidement à Rabat (les Oudayas), Asilah, Tanger ou Fès, montre à quel point les médinas ne sont plus figées dans le long chemin de la paupérisation, évoquée dans la littérature géographique. Aujourd’hui, il est essentiel de déterminer les nouvelles dynamiques qui modifient ces tissus historiques. Le processus de gentrification pour certains géographes est le point de maturité ultime de la ville, il est en tout cas un outil possible de lecture des médinas d’aujourd’hui.
Cependant le processus est assez particulier au Maroc pour émettre des limites à cette notion ou préciser nos propos dans le contexte marocain :
Tout d’abord, il faudra l’étudier sur le long terme pour apprécier le processus dans son ensemble (10 ans de recul seulement) : Est-ce un phénomène de mode ou une dynamique aux conséquences profondes pour la ville et la place de la médina dans la ville ?
De plus les acteurs de cette reconquête sont surtout étrangers, contrairement aux villes occidentales, peu de Marocains (à l’heure actuelle) participe à cette reconquête, sinon à des fins commerciales (maisons d’hôtes, restaurant) et non à titre privé. L’impulsion vient de l’étranger (France, Allemagne : presse, publicité), facilitée par la mondialisation des échanges et la tradition orientaliste de ces pays.
De plus même si beaucoup d’étrangers s’installent à titre définitif au Maroc, nombreux sont ceux qui occupent leur résidence de façon temporaire et participent au tourisme résidentiel et de villégiature.
Enfin le processus fut plus rapide que dans les pays occidentaux par les moyens de communication actuels. Le phénomène s’est accéléré brutalement après la diffusion de l’émission « Capital » de la chaîne française M6 en août 1998 sur la restauration des riads, et une large diffusion du « filon » sur Internet. Un marché immobilier spéculatif plus ou moins opaque s’est alors formé.
UNE REQUALIFICATION SOCIALE INDUITE :
Nous sommes ici en présence d’un processus qui transforme la médina en profondeur car, de nouveau, la médina voit sa population changée partiellement comme déjà dans la première partie du siècle dernier. Cette transformation récente et timide du paysage social montre à quel point cependant l’action sur la ville et son espace n’est pas le seul fruit des politiques engagées par les pouvoirs publics, ici les acteurs sont privés et non pas la même perception de la médina que les populations anciennement installées dans ces tissus historiques identitaires : rêve d’exotisme pour certains, retour aux origines pour d’autres.
Quoiqu’il en soit, la requalification immobilière par réhabilitation ou rénovation se double d’une requalification sociale partielle par l’arrivée et l’installation (plus ou moins pérenne) d’étrangers européens, d’Américains et de Marocains aux revenus plus importants que la population déjà présente. Nous sommes bien ici témoin d’un changement de populations dans certains quartiers accessibles, bien placés et sécurisé. Prenons par exemple le quartier Ksour à Marrakech, proche de Djemaa el-Fna, de nombreux étrangers ont acheté dans ce quartier ancien et y vivent le plus souvent. Ils ont ainsi transformé l’espace bâti du quartier en le restaurant mais surtout ils ont participé aux changements de la composition sociale du quartier en en faisant un quartier davantage cosmopolite et très inégal en richesse.
Nous pouvons également signaler comme conséquence directe de cette reconquête des centres anciens par des gens aisés, un mouvement de population inverse, centrifuge, celui des populations les plus pauvres : hausse des loyers, élévation du niveau de vie et surtout vente des maisons pour réaliser de fortes plus-values sont à l’origine de leur départ. Ainsi, le phénomène de requalification sociale est bien engrangé. Nous pouvons constater ce phénomène à Marrakech et à Essaouira où des habitants de la médina mettent en vente leurs maisons à des prix relativement élevés ( Les prix ont plus que triplé en moyenne en 10 ans) pour s’installer dans la ville moderne d’Essaouira extra-muros, dans des logements mieux équipés, renforçant ainsi le processus.
Le troisième volet de cette requalification est le changement d’ordre économique et culturel engagé par la revitalisation commerciale de ces quartiers. Elle est le symbole d’une restructuration économique, sociale et spatiale plus profonde du Maroc, ouvert aux étrangers, proche de l’Europe et poreux à la mondialisation : Marrakech n’est qu’à trois heures de Paris en avion. La réhabilitation du bâti et l’occupation de ces anciens palais permettent aujourd’hui de restaurer un patrimoine en mauvais état, de relancer surtout un artisanat modernisé par une demande plus exigeante et la création de nombreux emplois induits (dans le BTP, la domesticité dans les riads, les maisons d’hôtes, dans le secteur de l’immobilier, du commerce d’artisanat et d’antiquités...). La revitalisation confirme aussi un renouveau de la centralité culturelle et artisanale des médinas. Néanmoins, il semble important de se pencher sur ce processus pour permettre d’utiliser au mieux cette nouvelle dynamique et d’en cerner dès à présent les limites.
LE PROCESSUS EN QUESTION :
Dans le cas du Maroc, cette gentrification est souvent apparentée à un tourisme résidentiel même si de plus en plus d’étrangers semblent désireux de vivre au Maroc (encourager par les moyens modernes d’échanges et d’information : Liaisons aériennes nombreuses et Internet qui facilite le télé-travail). C’est actuellement un levier pour dynamiser les tissus historiques et raviver leurs fonctions résidentielle et commerciale au sein d’espaces urbains plus vastes que sont les agglomérations étalées de Marrakech, Rabat-Salé, Fès. C’est en tout cas un processus à exploiter (à contrôler aussi) pour échapper à la transformation des espaces patrimoniaux vivants en des espaces-musées et revaloriser l’espace médinal au sein des villes marocaines ( et retrouver une centralité souvent perdue ).
Néanmoins, au-delà de la redistribution spatiale de la population à l’échelle de la ville et d’une mixité sociale nouvelle dans les médinas, nous pouvons supposer qu’il s’agit d’une mixité transitoire qui, en fait cache une réelle ségrégation socio-spatiale plus ou moins soutenue suivant les médinas (Marrakech, Essaouira, Oudayas) puisque les étrangers dans la plupart des cas s’installent à partir d’un noyau de fixation constitué d’étrangers déjà propriétaires et forment ainsi un réseau de sociabilité parallèle (le cas est frappant sur l’espace réduit des Oudayas) et des îlots de richesse dans les tissus urbains anciens.
En résumé, ne va-t-on pas vers la création de médinas archipellisées ? Du même coup, les collectivités locales ne se retrouveraient-elles pas confrontées à gérer des problèmes délicats de cohabitation et de confrontation d’intérêts ?
Des problèmes urbains spécifiques : la question de l’eau, de la spéculation immobilière et du contrôle du prix du foncier, la réglementation sur les maisons d’hôtes, le déménagement des ménages aux revenus insuffisants, l’épineuse question de la nationalité des propriétaires.
La ségrégation spatiale et les tensions consécutives à cette recomposition socio-résidentielle dans certains quartiers (procès de voisinage, fêtes nocturnes de la jet-set parisienne à Marrakech, radicalisation des modes de vie et baisse de la tolérance...)
La question du patrimoine par la conservation des centres historiques, le respect des normes de restauration (matériaux, piscines et transformation des terrasses, élévation des maisons), la question de la propriété déjà évoquée, mais aussi la prise en compte de la dimension identitaire de ces espaces centraux, anciens, actuellement revalorisés.
En conclusion, il s’agit, à partir de nouvelles problématiques, de reconsidérer l’étude des médinas marocaines en tant qu’objet géographique afin de les analyser dans leurs réalités contemporaines et leur mobilité, de comprendre les systèmes récents de production sociale et de transformation de la ville arabe. Les géographes ont longuement étudié les structures urbaines des médinas et le processus de dégradation qui les ont affectées, il s’agit ici d’insister sur les nouvelles dynamiques de ces tissus historiques imaginés, rêvés et vécus pour cerner plus finement leur adaptabilité aux réalités géographiques et économiques actuelles que nous venons d’évoquer (mondialisation, tourisme résidentiel, tertiarisation de l’économie, la dimension patrimoniale et identitaire des villes). Comme l’a très bien souligné J-F Troin, ces mouvements de population (centrifuge, centripète) sont la preuve de l’enjeu stratégique que représentent les quartiers de la vieille ville, aujourd’hui, au Maroc. Il pousse également non seulement à réfléchir à la gestion de ce phénomène par les populations concernées de culture et de niveaux de vie variés mais aussi à la réaction des pouvoirs politiques face à cette nouvelle logique urbaine, dont l’initiative revient le plus souvent, jusqu’à présent, aux étrangers.
"Les musique russes et ukrainiennes"
Samedi 9 décembre 2006
14 heures
A la Maison de la Recherche, Salle de Conférence, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Tétiana ANDRUSCHCHUK ZOLOZOVA soutient son habilitation à diriger des Recherches :
"Les musique russes et ukrainiennes"
En présence du Jury :
M. BOSSEUR (CNRS)
M. CASTANET (ROUEN)
M. DURIEUX (CNSMP)
Mme KHOLOPOVA (Conservato)
M. MEEUS (PARIS 4)
Mme PISTONE (PARIS 4)
M. STOIANOVA (PARIS 8)
"Les objets dans la représentation des connaissances. Applications aux processus de catégories en informatique et dans les sciences humaines"
Samedi 2 décembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Milne Edwards, Esc. B, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme ANCA-CRISTINETA VAETUS PASCU soutient son habilitation à diriger des Recherches :
"Les objets dans la représentation des connaissances. Applications aux processus de catégories en informatique et dans les sciences humaines"
En présence du Jury :
M. BARTHELEMY (PARIS 4)
M. BISKI (QUEBEC)
M. DE GLAS
M. DE ROUGEMONT (PARIS 1)
M. DESCLÉS (PARIS 4)
M. ENJALBERT (CAEN)
M. JEANNERET (PARIS 4)
M. NEF (RENNES 1)
"Les perturbations anthropiques contemporaines dans les mangroves du Sud Viêt-Nam entre nature, civilisations et histoire. Approches par modélisation et analyse spatiales"
Mercredi 13 décembre 2006
15 heures
INHA, Salle Ingres, galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petis Champs 75002 Paris
Mme THAO TRAN soutient sa thèse de Doctorat :
- "Les perturbations anthropiques contemporaines dans les mangroves du Sud Viêt-Nam entre nature, civilisations et histoire. Approches par modélisation et analyse spatiales"
En présence du Jury :
M. AMAT (PARIS 4)
M. ARNOULD (ENS Lyon)
M. FROMARD (CNRS)
Mme HOTYAT (PARIS 4)
Mme PIROT (CNRS)
M. SAINT-GÉRAND (CAEN)
Résumés :
Approches par modélisation et analyse spatiales
Cette recherche propose une approche géohistorique des milieux de mangrove du Sud Viêt-Nam, afin d’en
comprendre les évolutions, d’en estimer les potentialités environnementales, sociologiques et économiques. Le
Delta du Mékong, terre d’eau et de rizières, fut le berceau d’une civilisation qui s’est épanouie dans la maîtrise des
aménagements hydrauliques et la mise en valeur agricole. À compter des années 1860, la présence française en
Cochinchine marqua de son sceau des paysages forestiers et ruraux dont certains continuent aujourd’hui à porter
l’empreinte. Deux guerres, celle d’Indochine (1945-1954) et celle du Viêt-Nam (1961-1975) imprimèrent leurs
marques spécifiques. Sur ce théâtre de la guerre, les zones éloignées, enclavées et insalubres du Delta étaient
devenues, entre engagement et clandestinité, les refuges de la guérilla Viêt-Minh. Terres d’alluvions et de
palétuviers, les régions de mangrove - Cân Giò à proximité de Saïgon, Pointe de Cà Mau à l’extrême sud de la
péninsule - furent profondément meurtries, la régénération des formations végétales a été et demeure toujours
incertaine suite à l’utilisation massive de défoliants (1961-1971). À partir de ces deux cas d’étude, la méthodologie
par modélisation et analyse spatiales a permis de retrouver les paysages anciens, de comprendre les dynamiques
spontanées et dirigées des couverts végétaux. La guerre fut source de perturbations et de bifurcations dans les
systèmes forestiers, génératrice aussi de nouvelles structures végétales. Son impact a été mis en perspective avec
celui de la gestion sylvicole conduite par les Français et celui croissant depuis les années 1970 de l’aquaculture.
Approaches by spatial modeling and spatial analysis
This study proposes a geohistorical approach of the mangrove ecosystems in the South Viêt-Nam. It will allow to
understand its developments, considering environmental, sociological and economical characteristics. The
Mekong Delta region, shaped wetlands and rice fields, was originally based on a civilization that converts the flat
areas, thanks to hydrological and hydraulic progress. From 1860, the colonial Cochinchina history has contributed
to change the structures, the forestry landscapes and country life. Regarding others modifications, the French
Indochina War (1945-1954) and Viêt-Nam War (1945-1975) have contributed to destructions, disruptions, loss of
biodiversity in the terrestrial biomes and aquatic ecosystems. On this conflict territory, the distant, enclaved and
unhealthy regions became, between engagement and clandestinity, the refuge of the survival Viêt-Minh. The
forests, on the alluvium soils - Cân Giò next Saïgon, Cà Mau in the southern tip of Viêt-Nam - were deeply
damaged. The spraying of herbicides and defoliants during the chemical war (1961-1971), on the forests and paddy
fields, has caused ecological and health effects, bringing about long term consequences. From test sites, spatial
modeling and spatial analysis have allowed to rediscover the former landscapes before the wars, understand
natural and managed dynamics of vegetation, estimate the post war evolutions. In fact, the conflicts have involved
disturbances, change in landscape scale and created new forestry structures. French management, war’s impact
on the resources and since 1970, fast expanding aquaculture in the mangrove forests, are so many disruptions.
Position de thèse :
Cette recherche propose une approche géohistorique des milieux de mangrove du Sud Viêt-Nam, afin d’en
comprendre les évolutions, d’en estimer les potentialités environnementales, sociologiques et économiques. Le
Delta du Mékong, terre d’eau et de rizières, fut le berceau d’une civilisation qui s’est épanouie dans la maîtrise des
aménagements hydrauliques et la mise en valeur agricole. À compter des années 1860, la présence française en
Cochinchine marqua de son sceau des paysages forestiers et ruraux dont certains continuent aujourd’hui à porter
l’empreinte. Deux guerres, celle d’Indochine (1945-1954) et celle du Viêt-Nam (1961-1975) imprimèrent leurs
marques spécifiques. Sur ce théâtre de la guerre, les zones éloignées, enclavées et insalubres du Delta étaient
devenues, entre engagement et clandestinité, les refuges de la guérilla Viêt-Minh. Terres d’alluvions et de
palétuviers, les régions de mangrove - Cân Giò à proximité de Saïgon, Pointe de Cà Mau à l’extrême sud de la
péninsule - furent profondément meurtries, la régénération des formations végétales a été et demeure toujours
incertaine suite à l’utilisation massive des défoliants (1961-1971). À partir de ces deux cas d’étude, la méthodologie
par modélisation et analyses spatiales, a permis de retrouver les paysages anciens, de comprendre les dynamiques
spontanées et dirigées des couverts végétaux. La guerre fut source de perturbations et de bifurcations dans les
systèmes forestiers, génératrice aussi de nouvelles structures végétales. Son impact a été mis en perspective avec
celui de la gestion sylvicole conduite par les Français et celui croissant depuis les années 1970 de l’aquaculture.
Mots-clés : Mangroves - Paysages - Perturbations - Exploitations forestières - Guerres - Sud Viêt-Nam -
Indochine - Reconstitution historique - Modélisation et analyse spatiales - SIG - Geodatabase topologique -
POSITION DE THÈSE
I. Les aspects historiques des perturbations
Toute perturbation a lieu dans un paysage donné, plus ou moins anthropisé. C’est à ce titre
que seront décrites les phases évolutives des mangroves de Cân Giò et Cà Mau sur
près de 150 ans. Des dates charnières correspondent à des événements historiques : 1860
marque l’arrivée des Français en Cochinchine, 1945 et 1975 le début de la Guerre d’Indochine
et la fin de la Guerre du Viêt-Nam, enfin 2006 la situation actuelle. L’hypothèse d’une
certaine naturalité laisserait penser que la mangrove était en 1860 dans un état « originel »,
les ressources naturelles étaient destinées strictement à des fins vivrières. La société de
ramasseurs prélevait du bois de feu pour le chauffage domestique, du bois d’oeuvre pour la
construction, les écorces pour le tanin, etc., aux effets relativement limités sur l’écosystème
forestier. À ce stade, le rythme des changements reste lent et ne saurait être comparable avec
celui impulsé les années suivantes par la sylviculture. Pourtant, la mangrove de Cân Giò avait
déjà subi des dégradations par rapport aux boisements presque « intacts » trouvés à Cà Mau.
Par la suite, les impératifs commerciaux de l’ère coloniale dès 1910 ont exigé une production
de surplus, d’où un nécessaire remplacement de la mangrove par des écosystèmes
artificiels voire très spécialisés - sylvosystèmes - qui soient productifs et
profitables.
Le développement de l’exploitation forestière, des plantations est précédé dans les
années 1930 d’aménagements hydrauliques, de constructions de chemins
d’exploitation ; des voies d’eau et de terre facilitant la pénétration des territoires de
mangrove, la pratique des coupes et reboisements ainsi que l’acheminement des bois et
écorces - industrie du bois d’oeuvre, du charbon de bois, du tanin -. Les plantations équiennes
et monospécifiques étaient localisées à l’intérieur des terres de Cà Mau ; cette dynamique
« contrôlée » laisse place sur les côtes à une dynamique naturelle. La mise en réserves
forestières à des fins de protection puis d’exploitation illustre la transformation du milieu par
l’appropriation des ressources, l’exigence de production et la pression anthropique. De
même, l’introduction de la culture en futaie fournirait aussi un exemple de modification
permettant une exploitation plus aisée par l’homogénéisation des boisements.
Les perturbations les plus profondes affectant le milieu forestier et les sociétés restent liés
aux aspects militaires, ses répercussions écologiques désastreuses tant sur le plan
économique que sanitaire. Le patrimoine forestier fut largement endommagé, rendu
inexploitable sous l’effet des défoliants. De telles transformations aussi brutales impliquent
des questionnements sur les possibilités de régénération et de reconquête
forestière, d’autant plus que se posent les problèmes de rémanence des produits
chimiques.
Les reboisements d’après guerre s’appliquent à reconstituer les superficies perdues,
conservant le système de plantations équiennes et monospécifiques. Les régions de mangrove
les moins touchées ont gardé une végétation naturelle certes dégradée, mais encore vivante et
susceptible de fournir un stock de semences. La régénération naturelle assistée a permis à
Cân Giò d’être la première réserve de biosphère créée au Viêt-Nam, un site réhabilité sur
près de 713,70 km². La réserve naturelle de Dat Mui qui intègre également le site de Bai Boi,
s’étend sur près de 100 km² dans l’extrême sud de la Pointe de Cà Mau, quelques localités
sont seulement classées en réserves ou stations forestières. Ces cas spécifiques de
reforestation sont confrontés aujourd’hui à d’autres types de modifications. En effet, la forte
pression anthropique et la demande du marché ont entraîné un déboisement de la mangrove
au profit de l’agriculture, de la pisciculture et de la crevetticulture. À proximité des bassins
aquacoles, les sols restent dénudés, envahis par Sesuvium portulacastrum. Il convient de
souligner que les prélèvements en bois à usages domestiques perdurent depuis toujours, mais
aujourd’hui ces pratiques contribuent au même titre que tout aménagement à accentuer le
processus de défrichement.
À partir de quel seuil critique, de quelle charge de rupture, l’équilibre et la
reproduction des systèmes naturels et de ses sociétés ne sont-ils plus possibles ?
Les contraintes exercées sur le milieu à l’occasion des transformations sont multiples,
seulement induisent-elles forcément une détérioration des ressources ? La dégradation
est-elle inhérente à toute modification générée par les activités humaines ? Il semblerait que
dans l’exemple du Sud Viêt-Nam, ces transformations traduisent une différenciation
de l’écosystème, passage d’un état à un autre, mais engendrent surtout des
perturbations plus ou moins profondes et durables. Ces dernières ne font que
renforcer une dynamique naturelle régressive, elles n’en sont jamais le point de départ.
L’histoire de la déforestation en Asie du Sud-Est et au Viêt-Nam constitue la trame de fond
pour comprendre la genèse de l’environnement des mangroves de Cân Giò et Cà Mau,
soumises à des perturbations, dont sont issus les enjeux économiques, sociaux et
environnementaux. Ainsi, difficile est-il aujourd’hui de différencier distinctement ce qui
relève de la guerre, des pratiques sylvicoles et autres modes de gestion tant ces
perturbations se sont « croisées », « entremêlées », « superposées ». Cette
première approche montre l’extrême complexité de ces paysages de mangrove. Dans
cette perspective, il convient de s’interroger sur la manière d’appréhender les dynamiques
spatio-temporelles des systèmes écologiques et humains. _ L’analyse conceptuelle permettrait-
elle de prendre en compte conjointement les espaces et les temps des mangroves ? Quelle
approche serait la plus intégrée pour définir, caractériser les niveaux d’analyse et les échelles
d’observation ? Quelles sont les méthodologies pour évaluer le poids des héritages dans la
dynamique de reconstitution ?. À s’en tenir aux perturbations anthropiques contemporaines,
il faut souligner aussi la nécessité d’établir un état de référence explicitement défini.
II. De la guerre chimique à l’action des défoliants sur les équilibres naturels
Depuis 1975, le Viêt-Nam n’eut de cesse de dénoncer les crimes américains perpétrés au nord
et principalement au sud du pays. Ces actions sont restées à ce jour sans réponse, assimilées à
de l’invention ou à de la simple propagande. Pourtant, des chercheurs vietnamiens,
américains mais aussi français ont repris ces accusations et leurs études ont entièrement
confirmé toutes ces affirmations antérieures, apportant des informations nouvelles sur les
bombardements des zones habitées, des champs agricoles, sur l’état sanitaire des
peuplements forestiers durement atteints par les herbicides, de manière général sur la flore,
la faune et les hommes. Il a été prouvé entre autre par photographies, archives et analyses
terrain que la guerre chimique était systématique et délibérée, avec des missions
d’épandages très fréquentes, programmées sur tout le sud du territoire vietnamien. C’est
certainement parce que ces faits ont été plusieurs fois étalés au grand jour et prouvés
scientifiquement que la vérité a pu être ensuite admise par tous.
Une rétrospective historique est nécessaire pour comprendre les origines, les enjeux et
les issues de la Guerre du Viêt-Nam (1961-1975), deuxième volet d’une longue entreprise de
domination qui s’est déjà soldée par l’échec de la France en 1954 en Indochine, dans le cadre
du processus de décolonisation. Le retour du Corps Expéditionnaire Français, son
désengagement ont laissé le champ libre aux États-Unis qui se sont empressés de vaincre
l’adversaire Viêt-Minh sur le terrain. Les troupes américaines se sont engagées massivement
dans de vastes opérations militaires terrestres et aériennes, mettant en avant tout leur
potentiel et leur arsenal de guerre. Il ne s’agissait plus que d’une question de temps pour faire
plier l’ennemi, puisque semblait-il l’écrasante majorité du territoire était sous le contrôle de
l’armée US. Peu à peu, la forme de la guerre va changer.
C’est une politique nouvelle de « vietnamisation » qui a vu le jour ; le conflit ayant pris
autrefois une dimension internationale est devenu une guerre civile qui oppose les
vietnamiens pro-américains aux vietnamiens du sud appelés Viêt-Cong. Ces derniers
revendiquaient leur appartenance politique, leurs liens très étroits avec la Chine et l’Union
soviétique, l’expansion de la doctrine communiste étant le fondement même de leur combat.
Dans le cadre de la Guerre froide dans les années 1950, les États-Unis se sont octroyés le rôle
du grand défenseur du monde libre, d’où leur participation très active et leur contrôle
incessant sur cette partie de l’Asie du Sud-Est, plus précisément dans la péninsule
indochinoise.
Face à la détermination de l’ennemi, il était clair aux yeux des Américains que la guerre ne
serait pas gagnée militairement par eux, que les Viêt-Cong soi-disant battus, tenaient presque
toutes les campagnes, ils pouvaient à tout moment attaquer les villes dans des conditions qui
ne permettaient pas toujours de se défendre - embuscades -. Ce fut l’effondrement des
mythes de supériorité de l’armée américaine. Deux options s’offraient à l’État major, soit il
adoptait une politique de retrait en laissant les sud-vietnamiens assurer la guerre eux-
mêmes, soit il engageait rapidement une guerre chimique. Face à une situation sans issue,
cette dernière alternative fut choisie, elle restera dans l’histoire comme la référence pour
ses effets, ses atrocités et ses destructions à grande échelle. La logique de cette
méthode poussée à l’extrême serait de penser que les américains ne se retireront une fois
qu’il ne restera plus de vietnamiens communistes, autant dire plus de Viêt-Nam.
Cette guerre chimique engagea peu d’hommes, mais surtout des avions, elle fut très
meurtrière, sans coûter de vies américaines ou en tout cas très peu. Le Viêt-Nam constitua un
champ d’expériences pour l’arme chimique. Ne serait-elle pas ironiquement l’arme du faible ?
Il est difficile de faire la guerre en faisant semblant de ne pas la faire car les États-Unis ont
toujours nié avoir utilisé des herbicides, encore aujourd’hui le sujet reste tabou, ce qui les
désengage à l’avenir de toute responsabilité. La guerre chimique, cette guerre qui ne voulait
pas dire son nom n’a pas réussi là où les autres formes de guerre classique avaient déjà aussi
échoué. À travers ce panorama, il serait pertinent de confronter plusieurs sources pour
analyser l’emploi des herbicides, comprendre les objectifs de la défoliation, mesurer ses
conséquences dans l’espace et le temps.
Quel sera le poids des données archivistiques dans la reconstitution de l’histoire
de la guerre chimique ? Quelle méthodologie adopter pour révéler et faire
parler ces faits ?
Cette guerre fut le fruit de la politique adoptée par les États-Unis après la Seconde Guerre
Mondiale, leur diplomatie se basait sur le postulat traditionnel de la puissance militaire,
essentiellement sur des installations matérielles, sur leur capacité économique et leur
aptitude à riposter dès la moindre attaque. Ce principe définissait aussi la nature du conflit
mondial qui jusqu’en 1945 s’était déroulé principalement entre nations industrielles. L’Union
soviétique fut désignée comme la menace primordiale contre la sécurité, les intérêts
américains. Pourtant, les États-Unis ont sous-estimé le potentiel mobilisateur de l’idéologie
communiste, avec ses possibilités d’insurrection et de guérilla dans tout le Tiers-Monde.
Les administrations Kennedy et Johnson, l’armée US étaient parfaitement conscientes des
échecs du passé par exemple dans les Guerres d’Indochine et de Corée, pourtant elles ne
faisaient que répéter un même schéma voué à long terme à l’échec ; le dilemme étant
l’adaptation de la technique américaine à celle des sociétés agraires. Dans la réalité, le
déséquilibre des forces a rendu impossible tout combat « légal », les Viêt-Cong ont adopté
une guerre d’usure dans la clandestinité de la jungle. Quant aux Américains, la mise en place
d’une lutte anti-insurrectionnelle passa par l’utilisation intensive de bombes, de roquettes
bien adaptées à des cibles mobiles ; l’objectif était de lâcher des quantités beaucoup plus
grandes d’explosifs sur de vastes régions, de déployer la puissance des armes
conventionnelles. La spécificité essentielle de ces deux méthodes, c’était leur caractère non
discriminatoire, elles frappaient la totalité de la végétation, du bâti, de la population,
transformant en cible un pays entier car la totalité du peuple était potentiellement un
ennemi. L’emploi de substances CS - un genre de gaz lacrymogène - et d’herbicides n’a fait
que renforcer cette tactique de « pilonnage ». Rien ne fut accidentel, tout était intentionnel,
conforme aux principes stratégiques et politiques des États-Unis dans la Guerre du Viêt-
Nam. Les agents chimiques sont des armes de destruction massive, leur utilisation militaire
dans le sud du Viêt-Nam remplissait deux fonctions : premièrement, supprimer le couvert
foliaire de la forêt afin de permettre la surveillance aérienne et deuxièmement, affamer les
combattants, les populations des régions sous contrôle Viêt-Cong, en y détruisant les cultures
vivrières. Il était difficile de croire que les pertes de récoltes étaient accidentelles au cours de
raids de pulvérisations destinées à la jungle ou à d’autres régions non cultivées. « Ranch
Hand » était le nom de l’opération de défoliation (1961-1971) ; la responsabilité du
stockage, du transport et du chargement des herbicides relevait des fonctions des forces de
l’Air. Les fûts d’herbicides ont été largement distribués dans quelques localités, dont deux
points principaux - Danang, Bien Hoa -. Chaque fût a été marqué par une bande de peinture
codée en couleurs pour faciliter l’identification de l’herbicide militaire spécifique.
Par exemple, l’Agent Blanc était utilisé pour une défoliation forestière à long terme, l’Agent
Bleu pour une défoliation rapide à court terme plus précisément pour la destruction des
herbacées, des rizières, l’Agent Orange se substituera à l’ensemble des herbicides à partir de
1965 puisqu’il sera destiné à une défoliation plus générale des forêts, des taillis, de la brousse
et des plantes cultivées à feuilles larges. L’action néfaste des produits chimiques souillant le
sol, se manifestait de différentes façons, soit par action directe sur les graines, les germes, les
plantules, soit par action indirecte sur les micro-organismes. Les épandages à des doses et
concentrations fortes autour des années 1967-1968, répétées plusieurs fois sur des mêmes
surfaces, voire 10 fois et plus et comportant tout un assortiment d’agents divers ont conduit à
une destruction partielle ou totale du couvert végétal, à une intoxication des animaux et des
hommes.
Ce sont surtout dans les zones militaires 1 et 3, les plus peuplées, que des régions entières ont
été dévastées, elles ont été des zones stratégiques pour les Viêt-Minh de manière générale,
pour les Viêt-Cong plus au sud du pays. Ces points chauds interdisaient toute vie végétale ou
animale pendant de longues années après guerre. Au-delà de l’anéantissement des forêts, des
forêts de mangrove et des cultures, les forces de l’Air avaient pour ordre :
d’assister les forces armées du Gouvernement du Viêt-Nam à augmenter leurs patrouilles
aux frontières et leurs capacités de répression des insurrections - système efficace de
renseignements, surveillance aérienne, contrôle des routes et des chemins -,
d’assister le Gouvernement du Viêt-Nam à établir un centre de développement de combat,
de nouvelles techniques dans la lutte contre le Viêt-Cong.
Pendant longtemps, les défoliants hautement toxiques qui ont été déversés en l’espace de 10
ans, étaient estimés entre 70 000 et 80 000 millions de litres, ce chiffre a été aujourd’hui
revu à la hausse, soit 10% de plus. La guerre une fois terminée, a laissé derrière elle des terres
polluées, des millions d’engins explosifs, de bombes et autres mines qui continuent de
mutiler la population. Les États-Unis n’ont toujours pas reconnu ce crime écologique et
humanitaire, il n’est pas question d’indemnisation car en 1994, après la levée de l’embargo
américain, le Viêt-Nam s’était engagé à ne pas demander de réparations et de compensations.
En d’autres termes, cette opération « Ranch Hand » n’a jamais existé. Avec l’ouverture des
archives militaires du département de l’Armée - en accès limité -, il est possible à
partir des statistiques plus détaillées par agent, par année, par quantité et par région, de
reconstituer historiquement la défoliation ou tout au plus d’y apporter quelques réponses
partielles. Par la méthodologie SIG, toutes ces données vont faire l’objet d’une réflexion et
d’une structuration.
La modélisation des données géographiques repose sur la Structure de Données à Base
d’Hypergraphe connu sous l’appellation HBDS de Bouillé. Un Modèle Conceptuel de Données
consacré à l’étude de la perturbation « guerre » associe à la fois approche systémique et
modélisation, permettant de rassembler et d’organiser les connaissances. Il a été conçu de
manière globale, ce qui privilégie avant tout une vision synthétique, des perspectives de
recherche plus étendues, mises en lumière par les facteurs géographiques, historiques,
démographiques et anthropiques. La guerre est considérée comme la perturbation
centrale. C’est à partir de ce postulat que seront analysées toutes les interactions existantes
entre le « système militaire » et les autres phénomènes.
Au terme de cette recherche, cet essai de biogéographie historique permet de replacer
dans son contexte la perturbation « guerre », d’apprécier voire de relativiser le poids des
héritages par rapport à d’autres types de perturbations.
"Les villes nouvelles de Séoul depuis la crise économique de 1997-1998"
Lundi 18 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Salon de la Présidence
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. BYOUNG-IL KIM soutient sa thèse de Doctorat :
"Les villes nouvelles de Séoul depuis la crise économique de 1997-1998"
En présence du Jury :
M. ANTIER (IAURIF)
M. AUPHAN (PARIS 4)
M. PITTE (PARIS 4)
M. YU (SEOUL)
Résumés :
Les villes nouvelles de Séoul depuis la crise économique et financière de 1997-1998
La politique de renouvellement urbain à Séoul est au coeur des stratégies d’aménagement à partir
de la fin des années 1990. Ce phénomène est la conséquence de la phase de « maturité » dans la
laquelle la métropole séoulite est engagée. Jusqu’alors les programmes restaient contrôlés par le
gouvernment central et concernaient principalement les villes nouvelles issues de la tabularasa.
Aujourd’hui, l’élection directe des maires, l’existence d’une ville constituée offrant de larges choix
résidentiels et de modes de vie et le poids des classes moyennes entraînent une réévaluation des
modèles d’aménagement. Dorénavant, les enjeux concernent l’équilibre du territoire séoulite, des
rive nord et sud du fleuve Han et en particulier la requalification des secteurs nord, Gangbuk.
Ainsi le projet de « ville nouvelle en ville » de Eunpyeong participe de cette démarche et constitue
le fer de lance de la reconquête des quartiers nord. Les enjeux résidentiels se combinent aux
ambitions environnementales afin de promouvoir de nouveaux modes de vie plus adaptés aux
attentes de populations en recherche de qualité spatiale et environnementale. Ainsi, les élus
utilisent les projets de renouvellement urbain pour satisfaire les demandes sociales mais aussi
pour justifier leurs ambitions politiques.
New town policy in Seoul after the economic crisis of 1997-1998
Seoul urban renewal policy is at the core of urban strategies at the end of 90’s. It is the
consequence of a phase of “maturity” in Seoul urban development. Until that time, most of urban
projects were controlled by the central Government and deal with new town policy. Today, direct
election of local representatives and “already built” cities which give large living choices to
inhabitants and the importance of the middle class and upper middle class induce a reevaluation
of the urban policy and development. From now on aims deals with Seoul balanced development,
north and south part of Han River and especially renewal of the North part, Gangbuk. In this
process, Eunpyeong new town in town has a key position because of its size and because it is the
symbol of the reconquest of the North. The housing aims are combined with ecological concerns
in order to implement new ways of life more appropriate to inhabitants’ wishes. The elected try to
forecast these social evolutions but also use these urban renewal programs as a proof of their
abilities to reach higher positions.
Position du thèse :
La politique de renouvellement urbain à Séoul est au cœur des stratégies d’aménagement à partir de la fin des années 1990. Les raisons viennent de l’importance démographique et économique de la métropole qui regroupe aujourd’hui plus de dix millions d’habitants et accueille un grand nombre de sièges sociaux de grandes entreprises coréennes et est le symbole de la péninsule coréenne. Mais cette politique est le fruit d’une évolution trouvant ses racines dans diverses stratégies d’aménagement du territoire comme la politique des villes nouvelles visant, à l’origine, à résoudre les problèmes de manque de logements et d’équilibre régional ou comme une réponse à l’émergence d’une classe moyenne demandeuse de nouveaux espaces et de nouvelles conditions de vie ou encore comme le résultat opérationnel de l’élection directe des élus locaux trouvant une légitimité politique dans la réalisation de projets urbains.
Ainsi l’évolution de la société coréenne marquée par des événements sociaux à la fin des années 1980, par une démocratisation du système politique et par la crise économique et financière de 1997 et 1998 a eu des impacts sur les finalités assignées aux projets d’aménagement et de villes nouvelles en particulier pour la ville de Séoul.
Afin d’évaluer les changements affectant les opérations urbaines actuelles sur la métropole, les programmes développés dans la Province de Gyeonggi comme Gwachon et Banwol, caractéristiques des projets de spécialisation de la fin des années 1970 et du début des années 1980 puis ceux planifiés à la fin des années 1980 et au début des années 1990 dans le cadre de la « Politique des deux millions de logements » comme Bundang, ville nouvelle la plus importante en superficie et par le nombre d’habitants sont étudiés dans la première Partie. Ils permettent de saisir les moments-clé où les politiques spatiales contrôlées par le gouvernement sont les plus ambitieuses.
La décennie 1990 est marquée par les projets antérieurs bien que de nouveaux programmes aient été lancés pour des raisons de réorientation des choix économiques, de réponses aux demandes sociales et de stratégies politiques. Les projets récents sur l’aire métropolitaine sont ainsi le résultat des choix antérieurs mais aussi des nouvelles contraintes spatiales, économiques et sociales. Mais ils sont aussi le fruit des politiques urbaines ayant permis de réduire les zones possédant des logements insalubres. Cet enjeu fut particulièrement important au cours des années 1960 et 1970. Ensuite, avec l’émergence des classes moyennes, les pouvoirs publics ont cherché à créer une offre adaptée avec le lancement de projets « résidentiels mixtes ». Dans un même bâtiment sont construits des logements, commerces et bureaux. L’analyse des programmes promouvant la mixité urbaine et l’éradication des bidonvilles constitue l’essentiel de la seconde Partie. Cela permet de centrer l’analyse sur la ville de Séoul tout en mettant en perspective les projets de villes nouvelles programmés à l’échelle de la Région Métropolitaine.
Ainsi, l’urbanisme opérationnel à grande échelle devient plus complexe et ne se limite pas aux programmes de villes nouvelles. Les « villes nouvelles en ville », les districts mais aussi les opérations de renouvellement urbain se multiplient et gagnent en spécificité.
Aujourdhui, le Gouvernement Métropolitain de Séoul élabore des projets faisant apparaître une plus grande attention aux enjeux de renouvellement urbain pour des raisons d’évolution des choix d’aménagement. Les zones construites suffisent à satisfaire les demandes résidentielles et en logement. Il s’agit donc pour les élus de travailler sur le tissu constitué de la ville et non plus de se lancer dans des programmes inspirés de la tabula rasa.
Pourtant les opérations urbaines ne peuvent être lancées qu’en tenant compte des savoirs anterieurs, des modèles de référence et des conceptions locales de production de la ville. En étudiant les interactions entre ces éléments, le rôle des acteurs politiques et la place tenue par les habitants sont recherchés dans l’élaboration des programmes.
Ainsi, la politique de renouvellement urbain ne vise plus seulement au début des années 2000 à renforcer l’offre résidentielle mais apparaît comme un moyen pour fonder un électorat conservateur favorable au pouvoir en place et pour promouvoir de nouvelles formes de vie mettant au centre des préoccupations les enjeux environnementaux et de qualité de vie. A ces objectifs s’ajoute la nécessité de réagir face à la crise économique et financière subie en 1997 et 1998 en facilitant l’initiative privée et l’innovation programmatique et spatiale.
Aujourd’hui, quinze programmes de « villes nouvelles en ville » ont été lancés par les autorités séoulites et se déclinent sous des formes multiples allant des projets résidentiels aux programmes environnementaux et aux districts technologiques. Le plus important en superficie et le plus avancé est Eunpyeong. Cette « ville nouvelle en ville » participe de la politique de rééquilibre de la métropole, des rives sud et nord du fleuve Han. Jusqu’au début des années 2000, le sud de la métropole, Gangnam, était le secteur le plus développé et symbolisait la modernité coréenne. Les prix fonciers sont toujours les plus élevés, les sociétés y sont largement implantées, les instituts d’enseignements privées et les meilleures écoles y sont situés et lieux de sortie les plus appréciés y sont localisés. Le maire de Séoul ayant mandat de 2002 à 2006 a voulu remédier aux déséquilibres en promouvant une politique de renouvellement urbain sur le nord de Séoul, Gangbuk. Le projet de Eunpyeong participe de cette ambition. Ainsi la troisième partie de la thèse analyse en détail ce programme afin de mieux appréhender les évolutions du modèle de requalification urbaine sur tissu constitué, d’équilibre du territoire métropolitain et de prise en compte des enjeux de gouvernance au moment où les élus locaux prennent une place importante dans le système démocratique coréen.
Enfin, il semblerait qu’aujourdhui les élus tendent à utiliser les programnmes de renouvellement urbain au sein de tissus constitués comme des instruments de légitimation centrale dans leur stratégie politique de conquête de fonctions toujours plus importantes.
New town policy in Seoul after the economic crisis of 1997-1998
The urban renewal policy in Seoul is at the core of urban strategies after the 90’s. The reasons come from demographic & economic factors. The city gathers more than 10 millions of inhabitants and hosts most of the headquarters of Korean companies and finally is the symbol of the Korean peninsula. Nevertheless, this policy is the result of an evolution which has its roots in various elements like the new town policy launched in order to solve the shortage of housing offer and to balance the regional development or like an answer to the emerging requests from the middle class and upper middle class for new living spaces or like the operational result of the direct election of local power which finds a political legitimacy in urban programs’ implementation.
So, the evolution of the Korean society was influenced by social events of the end of 80’s, by the democratization of the political system and by the economic crisis of 1997-1998. All the factors had an impact on urban projects and on the new town policy, especially the ones of Seoul city.
In order to evaluate the changes in recent urban projects launched in Seoul, the programs implemented in Gyeonggi Province like Gwachon and Banwol, specialized programs from the end of the 70’s and beginning of 80’s then the ones planned at the end of 80’s and beginning of 90’s launched through the “two millions housing policy” like Bundang, biggest new town in surface and inhabitants are studied in the first Part of the thesis. These programs give clue to understand the spatial policy of the Metropolitan Area controlled by the central government.
The 90’s were influenced by previous projects even if new programs had been launched according to the revision of economic forecasts, to new social concerns and to political strategies. Recent projects in the Metropolitan Area are then the results of previous choices but also of new social, economic and spatial constraints. They are also the fruits of urban policies which had as goals to reduce slum areas. This was a major aim during the 60’s and 70’s. Then, with emerging new middle class and upper middle class, the central government tried to build an appropriate offer through “mix-use projects”. It means housing, commercial and offices in a same building. The analysis of slum areas’ eradication and mix-use programs’ promotion is at the core of the second Part of the thesis. This Part gives a better understanding of the new towns programs and of previous Seoul urban trends.
So, at that period, end of 90’s, urban programs at large scales become more complex and start not to be limited to new town projects. New town in town, districts and renewal programs are combined and become more specific according to goals to achieve.
Today, Seoul Metropolitan Government defines its urban strategy more carefully, especially in the field of urban renewal because of Seoul urban pattern. Built zones satisfy the residential & housing requests. The elected members of Seoul work on urbanized areas and no more on “free of buildings” areas.
Nevertheless urban programs can only be launched according to past experiments, knowledge and local construction patterns. So by studying the inter-relations between these elements, the functions and the role of political actors and inhabitants can be evaluated with appropriate point of view in order to understand the aims of urban renewal programs.
Since 2000’s, the urban renewal programs have no more as main goal to satisfy housing offer but appear much more as a tool for building conservative electorates which could guarantee status quo of actual political forces and as a way to consider new urban requests like environment, ecology or quality of life. Furthermore, these new urban concerns deal with the need of acting against the economic crisis by promoting private initiative, middle scale and small scale programs and by developing innovation.
Today, 15 urban programs, called new town in town, have been launched by Seoul Metropolitan Government and have several goals from residential to ecological or technologic ones. The biggest in surface and the most advanced is Eunpyeong. This new town in town is a part of the global policy to balance Seoul city development and to balance North & South of the Han River. Until the beginning of the 2000’s, the south of the metropolitan area, Gangnam, was the most developed part of Seoul and the symbol of Korean modernity. The land and housing prices were the highest, most companies settled there, best private teaching institutes were gathered there and topnotch leisure spots were mainly concentrated in this zone. The mayor of Seoul, Lee Myoung-Bak, elected from 2002 to 2006, decided to reconsider the unbalanced through the implementation of new towns in town programs on the north part of the Han River, in Gangbuk. Eunpyeong project is one of them. The third Part of the thesis analyses in details this program in order to understand better the evolution of urban policy and urban renewal programs and to study new governance’s concerns in a period of the role of local elected representatives becomes more and more crucial.
Finally, it seams that Korean elected use urban renewal projects as tools to get more influential in the political debates and to reach higher position.
"Mathesis singularis" : lecture et subjectivité dans l’oeuvre de Roland Barthes
Vendredi 12 janvier 2007
14 heures 30
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Sachi KOBAYASHI soutient sa thèse de Doctorat :
"Mathesis singularis" : lecture et subjectivité dans l’oeuvre de Roland Barthes
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (PARIS 4)
M. GUYAUX (PARIS 4)
M. MARTY (PARIS 7)
M. ROGER (CNRS)
Résumés :
L’évolution intellectuelle de Barthes est souvent hantée du constat, en apparence
irréconciliable et irréductible, de la dualité : soit Barthes théoricien, soit Barthes amateur
désinvolte ? Cette étude prend pour point de départ cette contradiction réitérée par l’auteur
lui-même. Dans un premier temps, l’élaboration du système sémiologique s’avère appuyée sur
la subjectivité, certes non impressionniste, mais enracinée dans l’expérience et la pratique,
contrairement aux lieux communs propres à la science. Dans un deuxième temps, le sujet
revient en premier plan sous le signe de la rupture. La recherche de la « subjectivité absolue »
qui part de « mes » réactions subjectives prenant les affects pour points de référence, s’installe
dans une certaine forme de savoir en vertu de la recherche de l’essence de la photographie et de
celle de la nouvelle écriture appelée « Roman » : l’une est « mathesis singularis » et l’autre est
la « science fantasmatique ».
The intellectual evolution of Barthes is frequently haunted by the apparently
contradictory assertion of the duality : theorist Barthes or nonchalant amateur Barthes ? This
study as a starting point takes this contradiction repeated by the same author. In the first time,
the elaboration of the semiotic system appears founded on the subjectivity, certainly not
impressionist, but rooted in the experience and the practice, on the contrary to the
commonplace proper to the science. In the second time, the subject comes back in the sign of
the break. The searching of the « absolute subjectivity » which starts from “my” subjective
reactions by taking the affects for reference points, is placed in a certain form of the
knowledge by virtue of the quest for the essence of the photography and the new form of
writing called “Roman” : the one is “mathesis singularis” et the other is the “science of
fantasy”.
Position de thèse :
Roland Barthes est une figure emblématique et énigmatique de l’intellectuel
français du XXème siècle, à laquelle on renvoie souvent deux images à la fois
antipathiques et irréductibles l’une à l’autre : soit Barthes théoricien de la sémiologie
littéraire et du texte, soit Barthes amateur désinvolte et hédoniste qui ne parle que de ses
plaisirs nonchalants. Le cheminement intellectuel de Barthes est ainsi hanté de la double
posture en apparence irréconciliable : à l’origine de la contradiction, il est une
séparation de deux rôles, communément reçue et considérée comme naturelle et allant
de soi par la doxa, opinion courante, voire l’opposition étanche entre le critique et
l’écrivain, l’analyse intellectuelle et la fiction, et la science et la subjectivité. Cette étude
tente de mettre au jour cette figure de l’antithèse, récurrente dans son écriture, qui
pourrait constituer l’unité de la diversité de ses textes portant sur le sujet divergent à
première vue : la sémiologie, la critique littéraire, la mythologie, le théâtre, la théorie du
texte, l’écriture autobiographique, l’analyse de l’image, etc., en divisant la carrière de
l’écrivain en « avant / après » le grand système. De la sorte, la première partie tente de
voir Barthes en tant que lecteur, car comme critique littéraire, ses textes contiennent la
trace de sa lecture particulière, tandis que la deuxième partie accorde à Barthes le statut
de l’écrivain à part entière.
Le premier moment essentiel à l’égard de l’opposition entre la science et la
subjectivité se trouve dans la polémique avec Raymond Picard de manière à donner une
illustration exemplaire. Celui-ci accuse l’exigence de l’universalité à la « Nouvelle
critique », alors qu’elle n’est qu’une simple forme de la subjectivité contrairement à ce
qui est prétendu par ce nouveau courant de la critique. La question résolument soulevée
par le différend ou querelle entre les anciens et les nouveaux, c’est la confrontation
entre la monosémie et la polysémie, les champs du sens unique et du sens pluriel dans
l’oeuvre littéraire. En condamnant la méthode objective et positiviste de la critique
universitaire - puisque celle-ci tente de trouver et découvrir la « vérité » historique du
passé et de l’auteur dans une oeuvre -, il s’avère que Barthes exige la lecture immanente
au nom de la nouvelle critique, en prohibant de recourir à « l’ailleurs » de la littérature.
Cependant, ce qui est paradoxal chez lui, c’est qu’exigeant la polysémie inhérente et
structurale à l’oeuvre littéraire à la différence de la critique biographique qui se réfère
infailliblement à « l’ailleurs », voire la vie et la biographie de l’auteur, Barthes semble
introduire subrepticement les éléments de la réception lors de l’explication du « texte
lui-même ». Ainsi, son exigence de l’immanence ne se révèle nulle autre que
l’affirmation de la subjectivité - en outre, Barthes fait un grand usage du « je » en
parlant de sa propre lecture qui se trouve au moment présent de la réception placée « ici
et maintenant » - ainsi que le contexte historique du côté du lecteur. En élaborant la
méthode « interne » à la littérature et en condamnant le modèle psychologique qui
remplit la fonction autoritaire et déterminant « le » sens de l’oeuvre dans le domaine de
la critique positiviste et universitaire, Barthes parle ainsi de la « nouvelle psychologie »
voire de la psychologie systématisée s’immisçant avec le langage, autrement dit la
psychologie déjà intelligible, identifiant la psyché au langage.
L’insistance croissante du lecteur et du destinataire, et la description de
l’espace intérieur et subjectif comme langage social et généralisé remonte en effet à son
expérience théâtrale des années cinquante, son début littéraire en tant que critique du
théâtre, et son assimilation de la théorie de la distanciation brechtienne, par l’entremise
de laquelle il critique une certaine forme théâtrale, nommée la « dramaturgie
aristotélicienne » par Brecht usant en large mesure de l’effet du catharsis, c’est-à-dire
deux formes identificatoires entre l’acteur, le personnage (le rôle), et le spectateur. En
mettant davantage l’accent sur la conscience « critique » du lecteur-spectateur, Barthes
condamne de fait la force de l’analogie et de la vraisemblance dans le théâtre
psychologique nommé bourgeois. Ce qui est remarquable dans ses premiers textes
critiques sur le théâtre, est qu’ils contiennent en germe tous les éléments essentiels qui
se déploient ultérieurement : la critique de l’auteur en tant que psychologie et l’effet du
vraisemblable en forme de l’analogie.
Les textes écrits dans la période de la sémiologie scientifique et de la textualité
nous démontrent de manière inéluctable le caractère paradoxal de l’exigence de la
polysémie qui concerne la notion de la connotation empruntée à Hjelmslev et forgée à
sa guise par Barthes afin d’élaborer la science des signes. Bien des analyses de l’image
photographique dans la publicité et le cinéma montrent en effet ceci de particulier que
Barthes semble élargir la notion de la « parole » saussurienne et de l’énonciation
benvenistienne jusqu’à la dimension de la réception, en déplaçant la question du
« message lui-même » à celle de la lecture. Ainsi mise en exergue, « ma » parole
murmurée presque inaudible à l’intérieur du sujet se décrit dorénavant pleinement
comme « message ». La « psychologie » de l’auteur est apparemment récusée à maintes
reprises, mais l’usage fréquent du « je », lorsque Barthes lui-même est un lecteur de
messages, ne dévoile-t-il pas curieusement que la prétendue « nouvelle psychologie »,
« sujet systématisé » soit l’impressionnisme et l’amateurisme mis en garde par la théorie
de la réception, herméneutique phénoménologique à l’instar d’Iser et de Jauss ?
Cependant, le refus de la subjectivité de l’auteur ne débouche jamais sur l’affirmation
contraire de l’écriture dite impersonnelle constituée essentiellement du retrait de
« mes » impressions subjectives et désinvoltes chez Barthes, puisque celui-ci refuse du
même coup l’objectivité du métalangage scientifique institué dans la science. De ce
point de vue, il est loisible de constater que même la théorie du texte elle-même n’est
nulle autre que celle de la lecture, bien que constituée de la « substitution »
dissimulatrice d’escamotage de « ma » lecture par « la » lecture.
On a d’ailleurs coutume de parler du structuralisme littéraire en forme de la
poétique en tant que méthode interne enfermée dans le texte lui-même, décrivant le
texte en modèle intertextuel. Quant à Barthes, l’esquisse donnée de l’écriture neutre
dans S/Z et « La mort de l’auteur », c’est-à-dire le refus de la référence au sujet parlant
se montre déplacée vers le lecteur à la fois socialisé et généralisé, résolument rompu
avec « mes » humeurs et « mes » plaisirs. Barthes décrit ainsi le procès du sens, lecture
comme « nomination » interne et intérieure qui se déroule dans l’esprit du lecteur. Le
« code » serait en somme un nom donné à la socialité et à la généralité enracinées en
« moi ». La pluralité barthésienne s’avère ainsi d’une grande perplexité : elle est
contradictoirement appuyée sur l’unité du lecteur, de l’opération de la lecture. La
textualité barthésienne se dévoile d’ores et déjà à la fois unitaire et pluriel, prise en jeu
entre l’un et le multiple. L’auteur comme origine déterminant le sens unique des oeuvres
est récusé et congédié, mais il subsiste toujours une unité du côté du lecteur-scripteur en
dépit du déni flagrant, puisque celui-ci est considéré comme entité purement
linguistique et textuelle.
De ce point de vue, le passage de la lecture vers l’écriture ne paraît guère
fortuit chez le sémiologue : la pratique de l’écriture fragmentaire de Barthes semble
appuyée sur sa vision de la vie, caractère fragmentaire de vivre, de la vie mentale
constituée de bouts de phrases. L’écriture de l’autoportrait, Roland Barthes par Roland
Barthes, semble inscrite dans le droit fil de sa théorie du texte, notamment la deuxième
partie qui commence par la rupture avec la biographie, placée aussitôt après la
succession de photos familiales et nommée « l’imaginaire de l’écriture ». Cette écriture,
discours romanesque de Roland Barthes se présente d’emblée contre le récit linéaire et
chronologique : elle est d’une part la critique du modèle confessionnel de
l’autobiographie et du journal intime, d’autre part d’un certain mode discursif qui
confère l’effet de la vraisemblance, voire le discours dénotatif et descriptif censé donner
la vérité. Dans les termes généraux de l’analogie et de l’expression, Barthes ainsi
critique trois champs du discours favorable à la lettre, à la monosémie littérale : le
métalangage scientifique (l’objectivité), le réel (la mimésis), et l’autobiographie (la
confession, « ma » vérité), à savoir « vérité », « réalité » et « sincérité », en élaborant en
même temps « une nouvelle subjectivité » et « une nouvelle science ».
La « bathmologie », vocable donné à cette forme de la nouvelle science
constituée de « degrés » tente d’élaborer un nouveau mode de discours. La leçon
inaugurale du Collège de France esquisse ainsi un nouveau modèle de la sémiologie,
mettant en cause le métalangage scientifique par nature soustrait et dépourvu de
fantasmes et d’imaginaire. La nouvelle sémiologie en tant que « sémiotropie » serait
cette « écriture » indirecte qui assume le caractère inhérent à toute sorte de discours :
nul n’est exempt des images qui lui sont données et renvoyées. De la sorte, il conçoit le
nouveau discours intellectuel à la fois poétique et métaphorique, réflexive et
« spectaculaire », analytique et fictionnel. Ainsi semble-t-il assumer entièrement le
caractère « contradictoire » et « paradoxal » de son propre discours intellectuel. La
notion de « l’écriture », considérée comme instance sociolectale du langage au départ
dans Le Degré zéro de l’écriture, revient ainsi opposée radicalement à la généralité
conceptuelle propre à la philosophie et à la science.
Le projet de la « vita nova », voeu exprimé à la fin de sa vie est l’invention
d’une nouvelle forme de l’écriture qui ne réprime point « ma » subjectivité, sans
sombrer pour autant dans le mythe scientifique. Le dernier livre publié de son vivant, La
Chambre claire et son dernier cours au Collège de France, _ La Préparation du roman
cherche à trouver cette écriture absolument subjective par la voie de la science -
puisqu’ils révèlent le souci pour l’universel, bien qu’appuyés sur « mon » corps
individuel intimement lié avec « mes » plaisirs et affects -, en s’installant dans l’analyse
intellectuelle qui est menée par deux recherches de vérité : l’une est l’essence de la
photographie, l’autre est le Roman. Dans ce récit de quête de la photographie, en
mettant en place de prime abord le paradigme conflictuel « studium / punctum »,
l’opposition initiale entre la science et la subjectivité se retrouve placée et installée au
sein même du sujet, comme deux langages antipathiques et perceptibles, donnant lieu au
« mythe romantique » : conflit radical et irréductible entre l’intellect et le coeur. En
optant pour le côté du coeur, organe mythique de l’amour, c’est-à-dire « mes » affects
éprouvés par la lecture de quelques photos, la vérité de l’être aimé ou l’essence de la
photographie prend une autre forme de discours que le constatif austinien, à la fois
assertif, affirmatif et descriptif instituant le vrai et le faux. La vérité « pour moi »
ineffable et non-énonçable est placée aux antipodes de cette vérité sociale et
vraisemblable donnée par les stéréotypes dans la sphère sociale et publique. Le Roman
est une forme suprême qui permet de transmettre la vérité des affects - par nature
inexprimable au moyen langagier - en forme de la fiction. _ Dans cette optique, Barthes
paraît se placer dans la position de « classique moderne », car tout en condamnant le
modèle psychologique du sujet de l’écriture qui identifie le moi avec mes idées et mes
représentations, il semblerait vouloir s’éloigner du motif contraire de la mort du « moi »
représentatif à la thèse de la mort de l’auteur - moi en tant qu’entité de papier - en
assumant l’imaginaire. Barthes réitère ainsi le retour de l’ancien en empruntant l’image
de la spirale à Vico et à Michelet : retour sinon identique et répétitif du même, mais
différentiel de la lisibilité et de la représentation. En « vérité pour moi », une autre
forme de la représentation que l’analogie se trouve radicalement modifiée et remaniée
sous sa plume : représentation en tant qu’identité des formes, c’est-à-dire la
« médiation » homologique. Ainsi, le discours intellectuel de Barthes incarne-t-il en
figure paradoxale de « l’énantiosème » entre l’essai et le roman, l’analyse intellectuelle
et la fiction. Son modèle idéal serait Proust et Michelet, en qui il reconnaît le statut
ambigu de son discours intellectuel, puisque leur écriture est constituée de la séparation
entre l’homme et l’oeuvre.
Autant, sa tentative de la « science » de signes n’était guère rigoureusement
scientifique, autant sa nouvelle subjectivité n’est pas réduite à « mes » impressions
personnelles résolument coupées de la voie de la science universelle et générale.
Barthes évite ainsi deux écueils qui guettent, tout aussi dangereux que fallacieux, voire
des illusions « affective » et « objective ». Ce qu’il a cherché en réclamant la morale et
l’éthique de signes, c’est ce sujet-là, sinon celui de la connaissance désintéressée, mais
toujours inextricablement lié avec mon corps qui répartit tout en bien et en mal.
"Menzogna e Soertilegio (1948)" de Elsa Morante : une écriture des origines
Vendredi 17 décembre
9 h
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Ilaria SPLENDORINI soutient sa thèse de doctorat :
"Menzogna e Soertilegio (1948)" de Elsa Morante : une écriture des origines
En présence du Jury :
M. CASSAC (NICE)
M. GENOT (PARIS X)
M. GHIDETTI (FLORENCE)
M. LIVI (PARIS IV)
Mme URBANI (AIX-MARSEILLE)
"Misericordia non tollit iustitiam". L’enjeu épistémologique de la question de la justice divine chez Thomas d’Aquin
Samedi 16 décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Eun Sil SON soutient sa thèse de Doctorat :
"Misericordia non tollit iustitiam". L’enjeu épistémologique de la question de la justice divine chez Thomas d’Aquin
En présence du Jury :
M. BERCEVILLE (ICP PARIS)
M. BONINO (CATHO TOUL)
M. BOULNOIS (EPHE)
M. IMBACH (PARIS 4)
Résumés :
Les divers développements sur la justice de Dieu que propose Thomas d’Aquin dans ses œuvres offrent un accès privilégié à l’intelligence de son épistémologie théologique. D’une part, les trois textes systématiques consacrés ex professo à notre sujet (Sent. IV, 46, SCG I, 93 et ST I, 21) expliquent la justice de Dieu comme justice distributive manifestée dans la création. D’autre part, dans le Commentaire de l’Epître aux Romains, il est question de la justice de Dieu révélée dans l’Évangile, qui consiste dans la justification des pécheurs. C’est à la lumière de la bonté de Dieu, source commune de la nature et de la grâce, que Thomas conçoit l’articulation entre ces deux acceptions relevant respectivement de la connaissance naturelle et de la connaissance de foi : elles ne s’opposent pas, mais la seconde présuppose la première et la dépasse. Cette approche est révélatrice de la conception thomasienne du savoir théologique, conforme au modèle aristotélicien de l’épistémé (connaissance par la cause) et harmonisant raison et foi, contrairement à un modèle moderne hérité de Luther, qui dominera par la suite.
Thomas Aquinas develops the justice of God in diverse ways in his works. This offers privileged access to the intelligence of his theological epistemology. On the one hand, the three systematic texts devoted ex professo to this subject (Sent. IV, 46, SCG I, 93 et ST I, 21) explain the justice of God as distributive justice expressed in creation. On the other hand, in the Commentary on the Letter to the Romans, it is a question of the justice of God revealed in the Gospel, which consists in the justification of sinners. Thomas understands the relation between these two meanings, which respectively concern natural knowledge and knowledge throug faith, in light of God’s goodness, the common source of nature and grace. They are not opposed, but the latter presupposes the former and goes beyond it. This approach illustrates the Thomist conception of theological knowledge, whichi is consonant with the Aristotelian episteme model (knowledge by cause) and harmonizes reason and faith, contrary to a modern model inherited from Luther that will later prevail.
Position de thèse :
Comment Dieu est-il juste à la fois en punissant les méchants et en les pardonnant ? Cette question de la conciliation entre la justice rétributive et la justice salvifique a préoccupé la pensée chrétienne dès ses débuts : Marcion (c. 85 - c. 160), suivi par beaucoup d’autres jusqu’à nos jours, opère dans les Écritures une ligne de partage qui circonscrit une double révélation : celle du Dieu de l’Ancien Testament, Dieu créateur du monde, Dieu de justice et de colère, juge cruel, jaloux et guerrier, et celle du Dieu de Jésus, Dieu de salut, d’amour et de miséricorde . À plusieurs siècles de distance, Anselme (1033-1109) cherche en revanche une conciliation. Depuis, dans l’histoire du christianisme, personne n’a exprimé aussi dramatiquement que Luther la difficulté qu’éprouve un chrétien à comprendre le sens de la justice de Dieu. Il comprit finalement la justice révélée dans l’Évangile comme justice justifiante, don accordé à l’homme, et l’opposa à la justice divine comme propriété de Dieu, entendue au sens vindicatif et “ philosophique ”.
Or, dans les principaux textes de Thomas d’Aquin traitant de ce sujet, on ne trouve ni l’opposition entre miséricorde et justice telle que la conçoit Marcion, ni la perplexité d’Anselme s’efforçant de penser la conciliation entre la justice qui pardonne et celle qui punit, ni l’angoisse de Luther tentant de comprendre la justice divine révélée dans l’Évangile. Ce décalage lui-même nous paraît intéressant. Il est certes d’abord redevable au genre littéraire qui est celui de l’Aquinate. En effet, ses écrits synthétiques (sauf la SCG, écrite sous forme de traité) sont rédigés sous forme de questions disputées. Les apories ont été dépassées et les déterminations du maître ont été prises antérieurement à la rédaction des questions. Le style serein de Thomas nous paraît cependant relever de causes plus profondes touchant à son épistémologie : sa manière de concevoir la justice divine est déterminée par une attitude foncière à l’égard de la réalité même de Dieu. C’est pourquoi nous nous proposons d’orienter notre recherche sur l’enjeu épistémologique de la question de la justice de Dieu chez Thomas.
De fait, la justice considérée comme un des attributs divins implique la question de la connaissance de Dieu. Aucun autre attribut ne soulève aussi fortement le problème de l’articulation entre raison et foi dans la connaissance humaine de Dieu, les deux acceptions du mot “ justice ” relevant respectivement de la connaissance naturelle et de la connaissance de foi. Ce n’est donc pas un hasard si c’est précisément la considération de la justice de Dieu qui a conduit Luther à établir un nouveau principe de connaissance théologique : la “ théologie de la croix ” . C’est seulement dans le Christ crucifié que l’homme peut avoir une connaissance véritable de la justice de Dieu justifiant les pécheurs. Le Réformateur, en opposant la connaissance de Dieu dans la croix (théologie de la croix) à la connaissance naturelle de Dieu par ses œuvres (théologie de la gloire), considère la première comme le seul mode valable de connaissance de Dieu .
Le traitement thomasien de la justice de Dieu montre un principe de connaissance théologique bien différent de celui de Luther. Les divers développements sur la justice de Dieu que propose Thomas dans ses œuvres offrent un accès privilégié à l’intelligence de son épistémologie théologique. Deux grandes approches se dessinent. D’une part, les trois textes parmi ses œuvres synthétiques, consacrés ex professo à notre sujet : Sent. IV, 46, SCG I, 93 et ST I, 21, expliquent la justice de Dieu principalement comme justice distributive manifestée dans l’œuvre de création. Il s’agit d’une acception de la justice divine accessible à la connaissance naturelle, puisqu’on peut la déduire de la connaissance des créatures. D’autre part, dans le Commentaire de l’Epître aux Romains (en particulier 1, 17 et 3, 21-26), principale œuvre exégétique, il est question de la justice de Dieu révélée dans l’Évangile, à savoir celle qui consiste dans la justification des pécheurs. Cette justice, révélée dans l’œuvre du salut accomplie par le Christ, relève d’une vérité accessible dans la foi.
Comment Thomas pense-t-il alors l’articulation entre ces deux acceptions de la justice de Dieu ? A première vue, les deux sortes de justice semblent incompatibles, car la justice distributive suppose un dû ou un mérite, ce qui n’est pas le cas de la justice justifiante, fondée sur la gratuité de l’amour. Mais, selon Thomas, de même que la connaissance naturelle et la connaissance de foi ne sont pas contradictoires, puisque la seconde présuppose la première, ces deux justices, correspondant respectivement à ces deux modes de connaissance, ne le sont pas non plus : la justice justifiante présuppose de la même manière celle qui consiste dans la rétribution selon le mérite. En effet, dans l’œuvre de la rédemption accomplie par le Christ, cause de la justification, Dieu se montre juste en satisfaisant lui-même pour le péché de l’homme ; il assume ainsi la justice rétributive, qui exige une peine ou une satisfaction, mais la dépasse en pardonnant le péché, c’est-à-dire en justifiant gratuitement les pécheurs. Ainsi, contrairement à Luther, Thomas n’oppose pas la justice divine révélée dans le Christ à celle que manifeste l’ordre de la création ; il maintient fermement le lien établi par la Révélation entre création et salut.
La différence entre ces deux théologiens tient à leurs préoccupations différentes : le primat de la contemplation chez Thomas, et la concentration sur la doctrine de la justification chez Luther. En mettant au centre la doctrine de la justification, ce dernier définit le sujet de la théologie comme étant “ l’homme pécheur accusé et perdu et le Dieu qui justifie et sauve. Tout ce qui dans la théologie n’aurait pas de rapport à cette question est erreur et poison ” . Cette définition montre à la fois le tournant anthropologique de la théologie moderne et le déclin de la finalité contemplative de la théologie. Pour Thomas, le sujet de la doctrine sacrée est Dieu . Il ordonne ainsi toutes ses réflexions à la connaissance de Dieu. Dans ses textes consacrés à la justice de Dieu, que ceux-ci soient systématiques ou exégétiques, et quel que soit leur contexte, il considère la justice de Dieu en tant que propriété de Dieu en lui-même, certes révélée dans les effets créés de son agir, mais ne se réduisant pas à ceux-ci.
Cette approche de la justice divine montre la conception thomasienne du savoir théologique s’appropriant le modèle aristotélicien de l’épistémé (connaissance par la cause) ; Thomas conçoit chaque objet dans la théologie en le ramenant à sa cause première qu’est Dieu. La théologie thomasienne finalisée par la contemplation de l’essence divine paraît toute différente de l’approche luthérienne et plus généralement moderne, qui insiste sur l’originalité de la révélation biblique (l’Écriture ne nous décrit pas ce qu’est Dieu en lui-même, mais nous dévoile le mystère de Dieu dans son action en vue de notre salut), et refuse de considérer la justice divine en tant que propriété de Dieu en lui-même .
Ainsi, un déplacement relatif à l’approche théologique de la justice divine s’est opéré entre Thomas et les modernes. Deux points sont à relever. Tout d’abord, le modèle de connaissance a changé : adoptant le paradigme aristotélicien de l’épistémé, Thomas privilégie la contemplation de nature intuitive et une connaissance par la cause, portant sur les réalités nécessaires. En revanche, les modernes, sous le grand impact de la notion d’histoire sur la conscience moderne, privilégient une connaissance des contingents. Un autre changement plus profond encore que ce premier touche à la conception de la connaissance. Dans la perspective moderne suivant Luther, la coïncidence de l’ordre intelligible et de l’ordre réel est mise en question. La connaissance est alors envisagée principalement à partir du sujet connaissant. Selon cette conception, l’essence divine, dépassant la capacité humaine, se situe au-delà de toute cognoscibilité. En revanche, pour Thomas, l’ordre intelligible et l’ordre réel convergent ; la connaissance consiste dans une assimilation de l’intellect humain au réel. Selon cette perspective, Thomas affirme que certains noms divins comme “ bon ”, “ sage ”, et “ juste ”, sont attribués à Dieu de “ façon absolue et affirmative ”, et qu’ils ne signifient pas seulement le rapport de Dieu à la créature, mais aussi la substance divine (substantia divina), bien qu’ils soient déficients à représenter Dieu, puisque notre connaissance de Dieu dépend de celle des créatures . Pour Thomas, contrairement à certains modernes, l’expression scripturaire “ justice de Dieu ” peut ainsi signifier la justice de Dieu en soi et ne se réduit pas à ses effets créés.
Les deux caractéristiques de l’épistémologie théologique de Thomas dans sa réflexion relative à la justice divine (le savoir théologique finalisé par la contemplation de l’essence divine et le maintien du lien entre raison et foi dans la connaissance humaine de Dieu), nous paraissent avoir une grande actualité. Le rappel et le maintien de la finalité contemplative interroge l’homme moderne, qui, à la suite de la dévalorisation de la contemplation et du primat accordé à l’homo faber, pense trouver dans les sagesses et les spiritualités orientales ce à quoi lui-même a renoncé. La valorisation thomasienne de la finalité contemplative de la théologie interroge la théologie moderne dans sa tendance à évacuer la réflexion sur l’essence divine en s’interdisant de passer de l’oivkonomi,a à la qeologi,a, sans qu’il faille bien sûr renoncer aux apports positifs de la modernité, tels que la prise en compte de l’historicité ou la mise en valeur de l’économie du salut dans la théologie des attributs divins.
Le maintien du lien entre raison et foi rejoint aujourd’hui de nombreuses réflexions critiques concernant la rationalité moderne et l’appauvrissement de la raison causé par la philosophie des “ Lumières radicales ” qui séparent catégoriquement raison et foi .
Notre travail, élaboré selon la problématique que nous venons d’esquisser, se veut à la fois historique et systématique. Il se divise en trois grandes parties. Dans les deux premières, notre recherche se présentera d’abord comme un exercice de lecture. Nous procéderons en effet à l’examen attentif de textes choisis. Conformément à l’exigence de la méthode historique, nous replacerons chaque texte commenté dans son contexte historique et son plan général, comparerons entre eux les textes de Thomas en les situant chronologiquement, et les confronterons éventuellement avec ceux de ses contemporains. Nous porterons aussi une grande attention aux sources et à l’utilisation du vocabulaire.
En outre, puisqu’il nous a paru important de laisser se dégager au fil du commentaire les divers problèmes qui émergent et rebondissent continuellement, nous avons choisi le plus souvent de suivre l’ordre des articles des textes de Thomas plutôt que de présenter d’emblée une systématisation thématique. En commentant les textes, nous ne nous interdirons pas, si cela s’avère opportun, de consulter des commentateurs.
Dans la troisième partie, nous tenterons de mettre en œuvre une lecture de Thomas plus doctrinale qu’historique, en le confrontant à la culture contemporaine, puisque des questions similaires se posent pour nous à travers les débats actuels. C’est pourquoi, en diverses occasions, nous prendrons aussi position dans ces débats.
La mise en œuvre de la méthode que nous venons d’exposer implique le plan suivant.
La première partie sera consacrée à la notion de justice en général chez Thomas. C’est un passage obligé pour entrer dans sa notion de justice divine, puisqu’il attribue à Dieu par analogie le nom “ justice ” que l’intellect humain forme à partir des créatures. Cette partie sera composée de deux chapitres. Le premier examinera la conception de la vertu et de la justice dans les Sentences de Pierre Lombard (liv. 2, d. 27 et liv. 3, d. 33) et dans leurs commentaires par Albert le Grand, Bonaventure et Thomas d’Aquin. Cet examen situera ce dernier dans son contexte historique et doctrinal, afin de saisir son originalité, qui se manifeste par un recours massif à la notion aristotélicienne de justice, à la différence de ses deux contemporains. La lecture d’Aristote semble lui avoir permis de concevoir une articulation rigoureuse entre nature et grâce, entre naturel et surnaturel, que ses devanciers n’étaient pas parvenus à penser . Le second chapitre étudiera la conception de la justice telle qu’elle se trouve dans la ST II-II 58-61, texte où Thomas élabore sa synthèse définitive sur la justice. L’analyse de ces textes sera précédée de deux développements relatifs à la conception thomasienne du rapport entre nature et grâce et au cadre général de la morale thomasienne fondée sur cette conception.
La deuxième partie, en s’appuyant sur l’étude de la notion de justice effectuée dans la partie précédente, étudiera le corpus des textes consacrés à la justice divine, et se divisera en trois chapitres. Le premier se proposera d’analyser les trois textes consacrés à la justice divine parmi les œuvres systématiques, à savoir Sent. IV, 46, SCG I, 93 et ST I, 21. Avant d’analyser ces textes, nous établirons un dossier des sources principales qui y sont utilisées, à savoir Aristote, Denys l’Aréopagite et saint Anselme. L’analyse des trois textes en question, selon l’ordre chronologique, suivie de cette étude des sources, mettra en lumière leur caractéristique commune : une explication de la justice divine manifestée dans l’œuvre de la création au moyen de la notion aristotélicienne de justice distributive, ainsi que leurs particularités respectives liées au contexte et au choix méthodologique mis en œuvre dans chacun des trois textes. Le deuxième chapitre reconstituera la conception de la justice divine manifestée dans l’œuvre du salut réalisée par le Christ à partir de la Tertia Pars de la ST, contenant la synthèse ultime de la christologie de Thomas, en la comparant éventuellement avec le commentaire du troisième livre des Sentences. Dans ces élaborations christologiques, Thomas montre admirablement comment le fait que l’homme soit sauvé par la Passion du Christ convient à la fois à la justice et à la miséricorde, et comment ces deux attributs divins ne se manifestent dans leurs suprêmes exigences que par leur union sur la croix de Jésus. Le troisième chapitre étudiera le Commentaire de l’Épître aux Romains, lieu le plus approprié à un examen de l’approche thomasienne de la justice divine sous l’angle exégétique. L’originalité de Thomas, dans son exégèse de l’expression paulinienne “ justice de Dieu ”, est commandée par la finalité qu’il attribue à la réflexion théologique, à savoir la contemplation de Dieu ; il inverse ainsi l’ordre proposé par ses devanciers et fait succéder au sens de la justice divine entendu comme qualité de Dieu son sens sotériologique.
À partir de l’étude menée dans ces deux premières parties, nous tenterons dans la troisième et dernière d’ouvrir des perspectives de réflexion afin de dégager l’enjeu épistémologique de la théologie thomasienne. Le premier de ses deux chapitres mettra en lumière la finalité contemplative de celle-ci et son intérêt dans un contexte moderne où la valorisation de l’homo faber déprécie la contemplation au profit de l’action . Cette réflexion nous conduira à nous interroger sur la pratique moderne de la théologie, qui peut aller jusqu’à en éliminer la dimension contemplative. Le second chapitre essaiera de dégager l’enjeu épistémologique de la théologie thomasienne. Pour mieux le faire ressortir, nous confronterons Thomas à Luther, qui a entériné la séparation moderne entre raison et foi déjà “ consommée par Guillaume d’Ockham ” .
L’utilité de cette comparaison nous paraît considérable, puisqu’il s’agit d’abord de mettre en lumière le déplacement opéré entre Thomas et les modernes, et par là de rendre la théologie de l’Aquinate accessible à nos contemporains, conditionnés par la perspective moderne dominante. Cette confrontation nous conduira à nous interroger sur le possible appauvrissement de la connaissance humaine de Dieu causé, par une séparation radicale entre raison et foi ; la conception thomasienne de leur rapport, modèle d’équilibre et d’harmonie, pourra apparaître comme une via media permettant d’éviter les excès néfastes et les réductions simplificatrices.
"Narcisse Contrarié" L’amour propre dans le discours moral en France (1650-1715)
Lundi 12 décembre 2005
14 heures 30
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Charles-Olivier STIKER-METRAL soutient sa thèse de doctorat :
"Narcisse Contrarié" L’amour propre dans le discours moral en France (1650-1715)
En présence du Jury :
M. FERREYROLLES (Paris 4)
M. BURY (Versailles)
M. DAGEN (Paris 4)
M. KAMBOUCHNER (Paris 1)
M. THIROUIN (Lyon 2)
"Ni "dominus", ni "abba" mais "magister" : les expériences érémitiques de Robert d’Arbrissel complétées par "Autour du dossier martinien" : religion et politique dans le haut Moyen Age"
Mercredi 13 décembre 2006
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D035, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Hervé OUDART soutient son habilitation à diriger des Recherches :
"Ni "dominus", ni "abba" mais "magister" : les expériences érémitiques de Robert d’Arbrissel complétées par "Autour du dossier martinien" : religion et politique dans le haut Moyen Age"
En présence du Jury :
M. CONSTABLE
M. DUBREUCQ (LYON 3)
M. GUILLOT (PARIS 4)
M. PADOA-CHIOPPA (MILAN)
M. SASSIER (PARIS 4)
M. VERGER (PARIS 4)
"Nomen dulce libertatis". Expression littéraire d’une idée politique (Ier siècle av. J.-C.-IIème siècle ap. J.-C.)
Samedi 25 novembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme Isabelle COGITORE TARPIN soutient son habilitation à diriger des recherches :
"Nomen dulce libertatis". Expression littéraire d’une idée politique (Ier siècle av. J.-C.-IIème siècle ap. J.-C.)
En présence du Jury :
Mme DANGEL (PARIS 4)
M. FERRARY (EPHE)
Mme FRANCHET D’ESPEREY (BORDEAUX 3)
M. LEVY (PARIS 4)
M. MARTIN (MONTPELLIER 3)
M. ZECCHINI (MILAN)
"Ordre, famille, patrie", Perception et influence de la première guerre mondiale sur la droite modérée pendant les années vingt. Naissance d’un parti, culture politique, milieu social
Vendredi 17 juin 2005
14 heures
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Michael HOFFMANN soutient sa thèse de doctorat :
"Ordre, famille, patrie", Perception et influence de la première guerre mondiale sur la droite modérée pendant les années vingt. Naissance d’un parti, culture politique, milieu social
En présence du Jury :
M. SOUTOU (Paris 4)
M. JARDIN (CNRS)
M. BABEL (Munich)
M. MAYEUR (Paris 4)
M. WIRSCHING (Augsburg)
"Orner la cité". Les enjeux culturels, sociaux et politiques de la construction et de la restauration des monuments publics dans les cités d’Asie et de Pont Bthynie, du Ier au IVème siècle ap. J.-C.
Samedi 10 décembre 2005
13 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Anne-Valérie PONT soutient sa thèse de doctorat :
"Orner la cité". Les enjeux culturels, sociaux et politiques de la construction et de la restauration des monuments publics dans les cités d’Asie et de Pont Bthynie, du Ier au IVème siècle ap. J.-C.
En présence du Jury :
M. MARTIN (Paris 4)
Mme BELAYCHE (EPHE)
M. LARONDE (Paris 4)
M. SARTRE (Tours)
M. SEVE (Metz)
Résumés
L’« ornement de la cité » ne décrit pas la simple appréciation de la beauté de la cité issue de la construction de monuments publics. Aux yeux des habitants des cités grecques d’Asie et de Pont-Bithynie sous domination romaine, en particulier à partir de la fin du Ier siècle, il est le lieu d’investissement de valeurs communes, culturelles, sociales et politiques. Il se révèle être l’un des meilleurs modes de participation à l’idéal civique, pour les évergètes comme pour les organes politiques de la cité, jusqu’à la fin du IVe siècle. Les inscriptions honorifiques et les dédicaces, les épigrammes du IVe siècle, ainsi que les discours des sophistes et des orateurs de la seconde sophistique, permettent de prendre connaissance de cette manière de concevoir le paysage urbain, irréductible à l’idéologie romaine. L’idéal de l’ornement de la cité se révèle ainsi un moyen de défendre l’identité grecque et l’autonomie de la cité, face aux grands pouvoirs dont dispose l’administration romaine. Jusqu’à la fin du IVe s., l’ornement de la cité indique la capacité de l’hellénisme dans cette région de l’Empire romain à toujours définir de nouveaux enjeux culturels et politiques.
SUMMARY - « To embellish the city » through public buildings does not only designate a simple search for beauty. For inhabitants of ancient Greek cities living in the Roman provinces of Asia and Pontus-Bithynia in Western Asia Minor, making the city as beautiful as possible also means sharing cultural, social and political values. It mainly aims at showing, especially from the end of the Ist century until the end of the IVth century, that the City Council and its Assembly, as well as benefactors, keep to a still living ideal of civic life. This phenomenon which is irreducible to the Roman ideology is best approached through epigraphic and second sophistic discourses. It is one of the best ways to claim a Greek identity and a civic autonomy against always threatening governors. Until the end of the IVth century, the Greeks’ ‘kosmos’ reveals that Hellenism is still alive and capable of setting itself its own cultural and political goals in spite of a changing world.
MOTS CLES - Empire romain. Orient romain. Province d’Asie. Province de Pont-Bithynie. Épigraphie. Monuments publics. Hellénisme impérial. Seconde sophistique. Évergétisme. Vie politique. Administration. Identité grecque.
Position de thèse
« Orner la cité » est devenu à l’époque romaine, dans les cités d’Asie Mineure occidentale, un des enjeux essentiels de la vie civique, débattu à l’Assemblée et au Conseil, et l’un des bienfaits les plus appréciés de la part des évergètes, sur un plan moral et culturel. L’Asie Mineure occidentale connaît des conditions particulières à l’époque romaine ; en Grèce ou en Syrie, les circonstances sont différentes et conduisent à l’expression d’enjeux qui ne sont pas exactement les mêmes ; en Afrique, province sénatoriale florissante comme l’Asie, les monuments publics ne suscitent pas le même type de discours. La structure des inscriptions y présente de légères différences avec l’Asie, confirmées et amplifiées par l’absence d’un discours politique et philosophique aussi riche sur l’importance de l’ornement de la cité, coordonné aux autres enjeux de la vie civique. En Asie Mineure occidentale, l’« ornement de la cité » doit être rapporté non pas à la majesté de l’empire, à une idée de romanisation ou de participation à une civilisation universelle, mais à la participation à l’hellénisme, issu d’une longue histoire et de cités séculaires. Il marque un renouvellement décisif de l’hellénisme, et des efforts et un dialogue politique permanents au Conseil, comme le montrent les discours de Dion de Pruse ; nou avons voulu montrer, après d’autres , dans une enquête choisissant délibérément un thème particulier du débat politique, que la cité grecque n’a pas perdu toute substance subitement à la fin de l’époque hellénistique.
En outre, ce constat très simple que les sources de financement de la construction de monuments publics sont d’origine civique conduit à remettre en cause, dans l’étude du fonctionnement de l’empire romain, une vision trop impérialiste, trop romanocentrée, peu apte à expliquer l’histoire des provinces d’Asie et de Pont-Bithynie. De ce point de vue, l’étude de la construction impériale a conduit peu à peu à des excès ; l’ouvrage d’E. Winter qui part de l’idéologie impériale pour expliquer les constructions , de même que la synthèse d’H. Halfmann sur l’urbanisme d’Éphèse et de Pergame, plaçant au cœur des initiatives urbaines la qualité de la relation des cités avec l’empereur , et les analyses planimétriques par P. Gros d’Aizanoi et Éphèse sans prendre en compte les sources réelles du financement des constructions, sont des exemples de ce mouvement historiographique ; sa plus simple expression consiste à faire passer au premier plan le contexte économique favorable et le désir de plaire à l’empereur, deux facteurs utilisés de manière trop prépondérante pour expliquer le développement des constructions à l’époque romaine dans certaines études de l’urbanisme en Asie Mineure . Le choix de restreindre l’analyse à deux provinces de l’empire qui nous ont paru former un tout cohérent culturellement et politiquement, permet d’envisager les forts contrastes qui règnent en matière d’urbanisme entre les différentes provinces de l’empire, en particulier grâce à la comparaison avec l’Afrique, rendue possible grâce aux œuvres fondamentales de Fr. Jacques et de Cl. Lepelley . La vivacité culturelle et politique de la cité grecque d’époque romaine, dont l’ornement de la cité constitue un révélateur, débouche naturellement sur un mode de relation différencié à l’empire et à l’empereur.
Le kÒsmoj atteste le déploiement d’un système de valeurs précis et cohérent. Complétant l’étude des sources épigraphiques, essentiellement des dédicaces et des inscriptions honorifiques, et au IVe siècle, des épigrammes honorant les gouverneurs traduisant des rapports politiques nouveaux au sein des cités mais une appréciation renouvelée du kÒsmoj, la lecture des discours de Dion de Pruse et Aelius Aristide inscrit les faits connus par les inscriptions dans un contexte culturel, moral et politique plus larges. C’est pourquoi nous avons tenté d’énumérer les valeurs relatives au fait d’« orner la cité » : bien qu’on ne les trouve pas à l’état pur, elles avaient une efficacité réelle dans la vie des cités ; on voulait donner l’image qu’on les respectait et qu’on les pratiquait. L’ornement de la cité renvoie d’abord à une image, idéale et nouvelle, de la cité à l’époque romaine. Les enjeux étaient différents à l’époque hellénistique : cet idéal ne peut pleinement se déployer qu’en période de paix. Le kÒsmoj est d’abord une manière vivante de voir la cité, dans le sens où elle prend acte des modifications que connaît le paysage urbain et les réinterprète dans sa propre grille d’appréciation. L’extension plus grande des cités, les nouvelles constructions, la multiplication des voies à portique, sont prises en considération. La succession de paysages différents au sein d’une même cité, la répétition d’une cité à l’autre de la même architecture mettant en œuvre des portiques, donnant une impression de continuité, la proximité de la mer ou les sites en terrasse, l’éclat du marbre, attirent l’éloge. Plus tard, au moment de la disparition des temples païens dans le courant du IVe s., lorsqu’ils ne sont plus entretenus, gisent ruinés, voire sont détruits, le kÒsmoj de la cité continue d’être célébré. Malgré des modifications dans son expression, parmi lesquelles l’usage de la forme épigrammatique, il reste en prise directe avec ce qu’il était au Haut-Empire. Le paganisme n’est pas encore interdit ; dans ces régions, la construction d’églises ne fait pas encore partie au IVe s. des actes évergétiques possibles ou des monuments qu’un gouverneur ordonne de construire dans une cité ; ce n’est qu’à l’extrême fin du siècle que des chrétiens s’identifient en tant que tels dans la dédicace d’un monument public, la christianisation de la société progressant, et encore un peu plus tard que les églises chrétiennes sont désignées comme faisant partie de la beauté d’une cité. Les théâtres, les bains, les voies à portiques, sont encore les premiers destinataires des interventions pour embellir la cité. Dans l’espace urbain, du Haut-Empire à la fin du IVe s., tous les monuments publics sont pris en considération ; les ports, les aqueducs, les espaces commerciaux participent aussi de l’ornement de la cité. Le beau paysage urbain est une notion qui existe même en dehors de l’accomplissement d’actes évergétiques ; il est avant tout le résultat d’une politique civique, et naît au IVe s. des rapports entre le gouverneur ou le vicaire, et les bouleutes de la cité ; le premier décide de réaffecter à la construction des revenus de la cité, dont il a le contrôle, les seconds lui décernent un éloge poétique pour avoir eu cette initiative. L’affaire reste encore éminemment civique.
Tout ce que disent les inscriptions peut être mis en perspective avec les discours des orateurs et sophistes originaires d’Asie Mineure occidentale et qui y ont exercé leurs talents. Conscients des enjeux de leur époque, ils tentent d’influencer la vie des cités pour qu’elles conservent leur autonomie, en dehors du regard du gouverneur, et pour qu’elles mènent une politique conforme aux idéaux culturels, politiques et moraux de l’hellénisme. Les orateurs et les sophistes élaborent sans cesse de nouveau critères d’appartenance à l’hellénisme : l’ornement du paysage urbain en est un, qui s’adapte fidèlement aux exigences et possibilités du temps. L’action polymorphe de M. Antonius Polémon montre comment l’ornement urbain est un enjeu important pour la vie de la cité, dont la toute la signification n’apparaît qu’investi de valeurs politiques . La philosophie politique de Dion de Pruse et d’Aelius Aristide montre comment la recherche de la beauté de la cité est un but noble, pourvu qu’elle ait lieu dans une cité où les débats de l’assemblée s’achèvent par un accord de tous. La spécificité de la région étudiée naît de la remarquable concordance entre les inscriptions et les nouvelles orientations données à la vie politique sous l’égide des sophistes et orateurs, qui définissent un système de valeurs concordant et exigeant. Nous sommes loin de la promotion du « luxe romain » , concept historiographique qui peut être défini comme une forme de romanisation des esprits par la séduction exercée sur les notables, en rupture avec le peuple des cités, par la dépense d’argent inutile dans des constructions tapageuses. Jamais un habitant des cités grecques d’Asie Mineure occidentale - pas même Dion de Pruse quand il déplore que les cités soient plus préoccupées, parfois, de beaux monuments que de concorde - n’eut l’idée de considérer ainsi les monuments publics qui se construisaient. Ils procédaient d’une volonté des cités et de leurs habitants. Le kÒsmoj était investi de valeurs culturelles et politiques élaborées au sein de l’hellénisme, sans aucune subordination à Rome.
Entre l’habitant de la cité et l’empereur, il y a en Asie mineure occidentale un niveau bien plus doté d’affectivité, d’histoire, et qui oriente tout le regard, qui est le niveau civique. C’est à la petite patrie que l’on pense avec émotion et que l’on veut choyer, comme des enfants reconnaissants envers leurs parents . Dans le régime oligarchique qui se met en place, la dizaine ou les quelques dizaines de notables qui, en fonction de la taille des cités, sont en capacité de participer au Conseil ou de financer eux-mêmes des constructions sont au premier plan dans l’expression de cette affection. L’arrogance ni la vantardise ne sont de mise dans l’énumération de ce que l’on a fait pour la communauté civique, la discrétion sur certains détails n’empêchant pas la précision sur les dons offerts. Le bâtiment comme résultat d’une culture raffinée, plutôt que comme le fruit d’un talent technique d’architecte. Ainsi les débats sur l’influence des techniques architecturales romaines, et la présence d’ingénieurs romains en Asie mineure occidentale, comme facteurs d’acculturation et signe d’un manque de ressources techniques de la part des cités, sont-ils peu en prise avec le sentiment du public dans les cités. Les retards dans l’exécution des projets sont indiqués par l’emploi d’un verbe différent de kataskeu£zw : des composés de tele...w ou ¢part...zw indiquent le délai dans l’accomplissement d’une promesse de construction ou d’un projet entrepris par la cité. Quand le retard est imputable à un évergète, c’est en général à cause du décès du premier commanditaire de la construction ; de manière différente de l’Afrique, les détails sur le paiement d’intérêts par des évergètes récalcitrants sont absents. Ce silence des inscriptions est rattachable directement à l’effort sans cesse poursuivi de donner l’image d’une cité où règne la concorde. L’image du fonctionnement du corps civique dans les inscriptions est donc extrêmement importante. Elle indique la participation à un idéal civique, dissimulant les désaccords et voulant donner l’impression d’une bonne entente, dont le résultat manifeste est l’ornement de la cité. Cette manière de faire passer au second plan les désaccords ne doit pas faire taxer les inscriptions d’imprécision ou de mensonge : elle est le résultat direct de la volonté de participer à un idéal civique, qui demande à chaque participant à la vie civique de faire un effort sur soi, que l’on sait difficile à réaliser, en vue de parvenir à l’ÐmÒnoia. Elle seule dans l’empire romain assure désormais la liberté .
L’espace urbain est également le lieu de l’expression, sous des formes en partie renouvelées, de l’identité de la cité. La revendication d’une identité mythique dans l’espace urbain contribue à disjoindre sa perception de celle de la grandeur de l’empire. La référence au passé mythique est particulièrement importante. Il est mis en valeur dans les décorations des frontes scaenae des théâtres, dans les statues qui ornent les bains, dans les rues. Hérodien, lors de la destruction de Byzance par Septime Sévère, indique que « privée de ses théâtres, de ses bains et de tout ce qui lui donnait de l’éclat et de la valeur, Byzance fut alors accordée, en guise de présent, aux Périnthiens pour qu’ils en devinssent maîtres » . Le vocabulaire utilisé est conforme à celui que l’on trouve dans les discours d’Aelius Aristide ou dans les inscriptions : kaˆ qe£trwn te kaˆ loutrîn pantÒj te kÒsmou kaˆ timÁj ¢faireq n tÕ Buz£ntion kèmh douleÚein Perinq...oij dîron ™dÒqh. Il n’est pas question ici que de la simple présence de bains et d’un théâtre : ils sont le lieu d’expression de prédilection de l’identité de la cité, de sa beauté pour les premiers, de son activité politique pour les seconds ; les raser, c’est priver l’ancienne cité, désormais réduite au statut de kèmh, de village, de tout moyen d’illustration et d’expression de son identité.
De la transition entre la basse époque hellénistique et le Haut Empire, que l’on peut dater de la fin des Julio-claudiens, jusqu’à la fin du IVe siècle, un regard particulier existe dans cette région sur la construction dans les cités. Il est en rupture, ou plutôt, il ignore, la manière dont les Romains, les administrateurs romains, considèrent un beau paysage urbain : les habitants des cités grecques d’Asie et de Pont-Bithynie ne voient pas le succès du règne dans le nombre de monuments construits à une époque donnée. Il faut prendre garde à la correspondance de Pline le Jeune échangée avec les bureaux du Palatin et Trajan pendant qu’il administrait le Pont-Bithynie. Il trace un portrait à charge de cités désorganisées, faibles, où l’on ne pense qu’aux plaisirs amollissants du gymnase. Cet administrateur romain voit partout la gloire de Trajan et le succès de l’administration impériale, sur des corps civiques affaiblis. Dans les études historiques, sa valeur sur la vie des cités grecques d’Asie et de Pont-Bithynie a étrangement été surévaluée au détriment des sources issues des cités elles-mêmes, qui indiquent que des particuliers comme des cités ont trouvé les ressources pour construire, en préservant une certaine autonomie. Rapproché des sources législatives pour la plupart d’époque sévérienne sur le rôle du gouverneur, on en a conclu que ce dernier était tout-puissant dans sa province, qu’il contrôlait tout, notamment les chantiers de travaux publics. Or, la lecture des inscriptions et des sources littéraires, bien qu’elles indiquent le souci permanent d’éviter l’ingérence du gouverneur, menaçante en cas de conflit dans la cité, met sans cesse au premier plan le niveau civique, ses institutions politiques, et les constructeurs eux-mêmes. De même, à la fin de la période, l’ensemble de la législation impériale, très importante en matière de conservation du patrimoine religieux, mais uniquement à destination des provinces occidentales, risque-t-elle de conduire à aplanir les différences qui subsistent dans l’empire romain, malgré une administration plus proche de chaque cité. En Asie Mineure occidentale, la conservation des temples n’a jamais été un souci, à partir du moment où l’on n’y pratiquait plus de rites. L’« ornement de la cité » est une notion qui jusqu’à la fin de l’hellénisme, c’est-à-dire le moment où le rapport de forces en faveur des chrétiens est irréversible à la fin du IVe s., voire plus tardivement malgré les mesures de Théodose, s’adapte aux nouveaux enjeux culturels et politiques qui s’offrent aux cités. Ce constat amène peut-être à envisager les modes d’adaptation des autres domaines de la vie publique à ces mêmes changements, qui se produisent lors du passage de la basse époque hellénistique à un monde de paix sous le pouvoir romain, puis après les troubles du dernier tiers du IIIe siècle. La cité grecque trouve comment tirer profit de la présence plus grande du gouverneur. Elle survit d’au moins un siècle aux réformes de Dioclétien. La lettre des empereurs Valentinien, Valens et Gratien au proconsul d’Asie de 371-372 , sur les biens fonciers des cités, en donne un petit aperçu, le Conseil d’Éphèse récupérant, à sa propre demande, la gestion d’une partie des biens de la cité pour en affecter les revenus à la restauration de monuments publics.
Le paysage urbain donne donc à voir l’image d’une cité belle, ordonnée, brillante, par l’éclat du marbre revêtant les parois de ses monuments publics comme par la qualité de ses habitants, correspondant ainsi aux différents sens du mot kÒsmoj, du plus étroit et apparemment superficiel (ce qui brille, la beauté du marbre), au plus profond (l’ornement de l’ensemble de la cité par des monuments publics étant le résultat des vertus politiques de ses habitants). Pourquoi suffisamment d’évergètes, et plus largement l’ensemble des notables qui par leur position sociale et politique se retrouvent en position d’orienter les débats à l’assemblée et de trancher les décisions au Conseil, ont-ils fait de l’ornement de la cité l’un des meilleurs moyens de participer à un idéal civique ? La morale de classe des notables les porte à considérer la construction comme une forme privilégiée d’action au sein de la cité, que ce soit en favorisant l’initiative de constructions publiques au Conseil ou par une initiative personnelle. Nous ne prétendons pas, cependant, que la construction publique était l’enjeu le plus important pour une cité à l’époque romaine ; personne n’oubliait jamais quel type de reconnaissance on pouvait avoir pour quelqu’un qui aurait obtenu des privilèges, une remise de tribut, un statut plus favorable. Le vocabulaire des inscriptions honorifiques indique que la reconnaissance de la cité est juste et mesurée, en proportion du bienfait reçu. Obtenir des privilèges pour la cité par une ambassade auprès de l’empereur donne plus sûrement droit au titre de kt...sthj, que le fait de construire. L’ornement de la cité était néanmoins un enjeu de premier plan. L’étude de ce comportement remarquable consistant à orner la cité, mais qui néanmoins restait accessible à tout un groupe de notables, et ne concernait pas seulement celui qui avait l’entregent et le talent nécessaires pour plaider dans les grandes occasions, donne un bon aperçu des enjeux d’un type d’évergétisme particulier, et du système moral qui le supporte, dont on ne peut poser en théorie qu’il est le même dans d’autres provinces, ni à toutes les époques. Dans un régime oligarchique, tel que les Grecs le conçoivent depuis des siècles comme le montrent les définitions des différents systèmes politiques par Aristote, l’exercice des magistratures par les notables se justifie par leur générosité envers la cité ; le rappel de cette qualité morale dans les inscriptions honorifiques se réfère donc à une valeur morale et politique très précise. En revanche, dans ce domaine de l’évergétisme, il n’est jamais de bon ton de rappeler combien on a dépensé ou d’utiliser un adverbe tapageur comme plous...wj. Des valeurs culturelles et morales président à l’élaboration d’un beau paysage urbain : les descriptions par Lucien des bains d’Hippias ou de La salle le prouvent. Une culture historique et littéraire est nécessaire pour éduquer le regard du spectateur aux beautés des monuments publics. Ces qualités requises sont certes associées à la notabilité, mais n’ont rien à voir avec la noblesse comme système fondé uniquement sur l’héritage et la référence au passé. C’est pourquoi l’idée d’orner la cité ne paraît pas être une distraction par rapport aux enjeux brûlants que sont la préservation de son autonomie et le maintien d’une vie politique civique : les notables qui construisent prennent en considération les attentes de leurs concitoyens et agissent pour illustrer leur nom, éventuellement se faire connaître au-delà de la cité, en fonction de motivations impérieuses qui ne sont pas tournées vers le passé, et qui n’ont pas grand-chose à voir avec le souci de continuer des traditions familiales. Elles concernent moins la gloire d’une famille que l’illustration d’un individu et surtout, le bien de la communauté. Les différentes évergésies possibles sont jugées essentiellement sur le critère de l’utilité commune : mieux que les distributions, les chasses, les combats de gladiateurs (qui malgré leur popularité sont jugés très négativement par les moralistes grecs ) et à peu près à égalité avec les concours qui sont également l’occasion pour la cité de se réunir et de célébrer ses dieux, la construction de monuments publics est la plus hautement valorisée, notamment dans les œuvres de Plutarque, qui ne critique pas cette forme d’évergésie, ou de Dion de Pruse. Elle donne des garanties de la durée de la communauté civique. Il se trouve que c’est aussi le type d’évergétisme qui inscrit le plus durablement le nom du donateur dans l’espace public, à défaut de lui valoir la popularité subite de l’éditeur de spectacles violents. Ainsi un ensemble de motivations culturelles et morales puissantes explique qu’il se soit trouvé suffisamment de notables constructeurs dans la cité. Nous concevons donc cet objet d’étude de manière assez fondamentalement différente de la présentation de P. Veyne, qui étudiait tous les types d’évergétisme, envisagés comme le résultat de motivations psychologiques individuelles, à toute époque .
C’est dans ce contexte que doit être réévaluée l’importance du débat politique au sein de la cité à l’époque romaine, en partant de l’hypothèse que la construction de monuments publics, un thème culturel alors essentiel en Asie Mineure occidentale, est un bon indicateur du reste de la vie civique. D’autres sujets, bien sûr, doivent être explorés. Il est cependant possible d’affirmer, pour ce domaine précis de la construction de monuments publics, que la cité garde une capacité d’autonomie et de décision importante. L’assemblée et le Conseil restent maîtres des constructions au sein de la cité, que le financement soit public ou privé : quand un évergète veut offrir, il doit le dire devant les institutions civiques, qui en prennent acte, engageant ainsi le pollicitant. Il est possible de déceler, derrière nombre de summae honorariae, des votes à l’assemblée et au Conseil qui en décident l’emploi par avance. Les promesses supplémentaires en cours de charge faisaient également l’objet d’un contrôle des institutions politiques. Enfin, le faible nombre de constructions sur fonds publics contribue à remettre en cause l’idée de cités ruinées par leur propre faute à cause de programmes édilitaires trop ambitieux. Le grand nombre de constructions accomplies à des titres divers par des particuliers - lors d’une magistrature, ou en dehors de toute fonction - ne dépossède donc pas les corps civiques du contrôle de la construction. Le processus de la construction privée crée même la possibilité de conserver sa capacité de décision à la cité, tout en retirant au gouverneur, qui n’est censé intervenir que lorsque les finances de la cité sont menacées, l’occasion de contrôler la vie politique. Il est peut-être inattendu de voir qu’un domaine de la vie politique de la cité grecque, décrit parfois comme le fer de lance du contrôle romain sur la cité, à cause, essentiellement, des lettres de Pline (car les inscriptions n’en portent guère témoignage), est en réalité géré avec suffisamment d’habileté pour en général préserver la cité des interventions extérieures.
L’évergétisme privé peut être lié à l’accomplissement d’une fonction civique (lors du dépassement d’une summa honoraria ou d’une promesse supplémentaire en cours de charge), ou être accompli en dehors de toute magistrature ou prêtrise. Souvent les inscriptions honorifiques ne permettent d’ailleurs pas de trancher, alors que les inscriptions d’autres provinces, comme l’Afrique, sont au contraire très précises à ce sujet. La structure de l’évergétisme en rapport avec une fonction se révèle être très différente entre l’Asie Mineure occidentale et l’Afrique, dont le cas est bien connu grâce à Fr. Jacques . Alors qu’en Afrique Fr. Jacques concluait que l’évergésie ob honorem intervenait au début d’une carrière et était l’occasion, en quelque sorte, d’ « acheter » les charges suivantes, en Asie comme dans le Pont-Bithynie - malgré la lex Pompeia dans le Pont-Bithynie, l’absence de cursus précis au sein des cités d’Asie, et les différences d’une cité à l’autre - les constructions que l’on peut relier à l’exercice d’une fonction ont eu lieu après avoir exercé les plus grandes prêtrises ou les hautes magistratures civiles. Une carrière ne s’achète pas, ou du moins, le don apparaît toujours comme s’il était fait en toute liberté, sans que le pollicitant y trouve un intérêt direct. Cette temporalité renforce la noblesse de son geste. Elle explique peut-être l’absence d’évergètes récalcitrants dans les sources épigraphiques : pourquoi rechigner à accomplir sa promesse, quand on a promis alors qu’on a obtenu tous les honneurs ?
Quand on se penche dès lors sur les relations entre les cités et l’empereur, il faut restituer à l’ornement de la cité toute l’épaisseur politique civique qu’en exige Dion de Pruse ou Aelius Aristide. Une belle cité n’a pas de valeur si ses habitants sont divisés ; si l’on réunit l’ornement de la cité et la concorde, la cité tout en maintenant sa gloire agit alors avec le plus d’autonomie possible. Le gouverneur n’a pas de raison d’intervenir. L’examen des sources permet de constater que les raisons de l’intervention de l’administration impériale dans les affaires civiques, sur le thème de la construction publique, ont le plus souvent un rapport avec des circonstances particulières et difficiles imposées par des catastrophes naturelles. L’empereur ou le Sénat délègue alors un envoyé spécial pour estimer les dégâts et les remèdes possibles, notamment la remise du tribut. En dehors de ces cas, les inscriptions indiquent peu l’intervention du gouverneur. Après la réorganisation administrative de Dioclétien, des évolutions marquées se produisent, renforcées par les traumatismes violents qu’a connus la région dans les années 260 avec les invasions gothiques, et des tremblements de terre. À cette période l’Afrique n’a pas tant souffert, et l’évergétisme édilitaire y connaît une certaine continuité entre le Haut Empire et l’Antiquité tardive, comme l’apprend l’étude fondamentale de Cl. Lepelley . En revanche en Asie Mineure occidentale, l’évolution est drastique. Le redressement des cités est lent : ce n’est pas avant les années 330 que de nouveau on trouve des dédicaces de monuments publics ou des éloges de gouverneurs ayant pris l’initiative de faire construire. L’évergétisme des notables est totalement absent, jusqu’à la fin du IVe siècle, ce qui est différent de l’Afrique et de l’Italie comme d’autres régions orientales, comme la SyrieLe proconsul d’Asie, le vicaire d’Asie et le praeses Cariae, un fonctionnaire d’un rang beaucoup moins prestigieux que les deux précédents, sont les plus actifs dans la construction de monuments publics. De la sorte, quelques cités, en général parmi les plus prestigieuses, Éphèse, Milet, Smyrne, Sardes, Aphrodisias, Hiérapolis, Laodicée du Lycos, Assos et Tralles, sont les premières bénéficiaires de cette politique. Les éloges en vers que les conseils des cités décernent à ces gouverneurs continuent de glorifier l’« ornement » de la cité, attestant la continuité d’un phénomène culturel même si ses modalités politiques ont évolué.
L’influence impériale sur l’ornement de la cité remet définitivement en cause, nous semble-t-il, l’idée que des enjeux impériaux polarisaient la vie des cités. L’action directe de l’empereur sur le paysage urbain est rare. Le titre de kt...sthj, l’affichage de lettres impériales sur des bâtiments contemporains, les voyages d’Hadrien, ne suggèrent pas une activité de financement de constructions par l’empereur . Les occasions de la générosité impériale sont assez précisément limitées, soit à l’entretien de rapports particuliers et personnels avec des cités, qui sont rares (Éphèse à cause de son statut, Ilion avec les Julio-claudiens et leurs successeurs, Milet et Trajan), soit aux conséquences d’événements violents, des guerres à l’époque augustéenne et sous les Sévères, des tremblements de terre. La première forme d’aide impériale consiste en réalité à plaider la cause de la cité au Sénat pour obtenir une remise de tribut. Aelius Aristide, dans le discours qu’il prononce sur le redressement de Smyrne après le tremblement de terre de 177 ap. J.-C., énonce les aides reçues par la cité : de la part de l’empereur, il mentionne le plaidoyer en faveur de la cité au Sénat et l’envoi de techniciens, si jamais, précise-t-il bien, la cité le souhaite (Marc Aurèle a eu la délicatesse de ne rien imposer qui aurait pu froisser la susceptibilité de Smyrne, tenant à préserver son autonomie même en cette occasion) ; mais Smyrne a également été secourue, de manière très importante et très concrète, par les cités du koinon d’Asie. Ce n’est qu’à l’époque julio-claudienne qu’on trouve quelques inscriptions citant l’empereur au nominatif dans une dédicace, après un tremblement de terre. L’importance du rôle de l’empereur doit donc être réévaluée : en matière d’urbanisme, dans la vie quotidienne des cités, son rôle est extrêmement faible. Les bienfaits qu’il accorde aux cités n’ont pas d’influence directe dans le paysage urbain : plaider en faveur de la remise du tribut, accorder aux cités des privilèges sont les principaux bienfaits que l’on réclame à l’empereur.
Les cités ne sont pas que l’objet d’une politique impériale. Il faut aussi considérer la relation qu’elles entretiennent avec l’empereur, et la manière dont elle s’exprime dans l’espace urbain. La caractéristique principale de la figure impériale, d’après son exposition, les inscriptions, et les temples du culte impérial construits (le nombre des temples destinés à un culte impérial au niveau de la cité n’est pas si important que cela ; des temples néocores nouveaux ne sont plus construits après l’époque d’Antonin le Pieux), correspond à celle qui se dégage de la lecture de l’Éloge de Rome d’Aelius Aristide. L’empereur est garant de la paix de l’univers, du bon ordre du monde. Ce bon ordre permet le développement de l’« ornement de la cité », après les guerres de l’époque hellénistique. Mais il s’agit de l’accomplissement d’une virtualité de l’hellénisme, et non d’une forme romaine de civilisation. Les habitants des cités grecques d’Asie et de Pont-Bithynie paraissent donc avoir été extrêmement conscients des enjeux renouvelés de la vie civique sous domination romaine. La figure impériale n’était pas envahissante ; elle était même tenue à bonne distance et tout un chacun considérait que la beauté de la cité procédait directement d’un succès culturel et politique grec d’époque romaine. L’horizon de la cité était véritablement déterminant : tenter de déceler des politiques de construction, en rapport avec l’obtention d’un statut particulier ou de titres, siège de conuentus, participation au Panhellènion, mène à une aporie. Seules la néocorie d’Éphèse à la fin du Ier siècle, celles reçues par Pergame et Smyrne au début du IIe siècle, sont associées à une politique de construction dans la cité.
L’étude de l’ornement de la cité confirme la vivacité de ces cellules politiques et leur capacité d’adaptation toujours renouvelée . Alors qu’en Afrique les constructions sont comprises comme une romanisation , les cités adoptant avec une certaine passivité un modèle de civilisation, en Asie et dans le Pont-Bithynie ce sont les cités elles-mêmes, leurs notables, leur élite intellectuelle constituée par les sophistes et les orateurs, qui définissent les nouveaux enjeux de la politique civique, en fonction de critères culturels issus de l’hellénisme. Leur capacité de réaction et d’adaptation à de nouvelles conditions est remarquable. La vivacité de l’hellénisme à l’époque romaine, dans cette région, n’est pas une idée vide : tout en entretenant une mémoire du passé, notamment mythique, jamais elles n’ont d’attitude nostalgique, jamais on ne pense dans ces cités à préserver des monuments dépourvus de sens en dehors du fait d’être devenus un patrimoine, jamais les cités ne figent leurs ambitions sur des hochets du pouvoir inutiles et dépassés. La cité, par de nouvelles constructions notamment, mais aussi en défendant sans relâche son statut et ses privilèges auprès de l’empereur, crée sans cesse les nouvelles conditions pour assurer son avenir.
"PAN ARCADIA MECUM SI IUDICE CERTET" Virgile et l’esthétique arcadienne dans la poésie latine
Samedi 9 avril 2005
14 heures 30
En Sorbonne, amphithéâtre Chasles
Escalier E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
75005 Paris
M. Franck COLLIN soutient sa thèse de doctorat :
"PAN ARCADIA MECUM SI IUDICE CERTET" Virgile et l’esthétique arcadienne dans la poésie latine
En présence du Jury :
Mme DANGEL (Paris 4)
Mme DION (Nancy 2)
M. HEUZE (Paris 3)
M. LEVY (Paris 4)
M. NADJO (Tours)
"Peindre, pourtraire, escrire", le rapport entre le texte et l’image dans les manuscrits enluminés de Guillaume de Machaut (XIVe-XVe s.)
Samedi 4 décembre
14 h
En Sorbonne, salle G366, escalier G
2e étage
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Julia DROBINSKY soutient sa thèse de doctorat :
"Peindre, pourtraire, escrire", le rapport entre le texte et l’image dans les manuscrits enluminés de Guillaume de Machaut (XIVe-XVe s.)
En présence du Jury :
Mme CERQUIGLINI-TOULET (PARIS IV)
M. GALDERISI (POITIERS)
Mme JOUBERT-CAILLET (PARIS IV)
Mme LEFEVRE (TOURS)
Mme SZKILNICK (NANTES)
"Per Dumeta". Recherches sur la rhétorique des Stoïciensà Rome, de ses origines grecques juqu’à la fin de la République
Samedi 4 novembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Descartes,
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme Sophie AUBERT soutient sa thèse de doctorat :
"Per Dumeta". Recherches sur la rhétorique des Stoïciensà Rome, de ses origines grecques juqu’à la fin de la République
En présence du Jury :
M. CHIRON (PARIS 12)
Mme DANGEL (PARIS 4)
M. FERRARY ( EPHE)
M. GOURINAT (CNRS)
M. LEVY (PARIS 4)
M. PERNOT (STARSBOURG 2)
Résumés
Définie comme la science du bien parler où « bien parler » revient à « dire le vrai », la rhétorique stoïcienne
ressemble à une anti-rhétorique. Éprise de concision, refusant l’appel aux passions, inapte à persuader
l’auditoire, elle rejette toutes les caractéristiques de l’art oratoire traditionnel et s’apparente à la dialectique des
philosophes. Le décalage entre des préceptes rigoureux et une palette ample et nuancée de pratiques oratoires
invite toutefois à examiner si cette théorie ne renfermait pas les prémisses d’une interprétation plus souple,
d’autant que les conceptions de la rhétorique ont évolué au fil du temps et des scholarques. Il semble que le
stoïcisme, au moment de son implantation à Rome dès 155 avant Jésus-Christ avec Diogène de Babylonie,
n’avait pas encore élaboré de message clair au sujet d’une discipline qui entretenait, depuis le Gorgias, des
relations conflictuelles avec la philosophie. Grâce aux liens de Panétius avec l’entourage de Scipion, le stoïcisme
infléchit le mode de vie et de parole de nombreux aristocrates romains, dont Fannius, Tubero, Rutilius Rufus
puis Caton d’Utique. Partagée entre deux pôles d’attraction, le cynisme et l’aristotélisme, la rhétorique
stoïcienne exerça une telle influence -comme modèle ou repoussoir -sur la plupart des écrivains latins qu’elle
rendit nécessaire une stratégie polémique rigoureuse, d’ordre non seulement stylistique, mais aussi
philosophique, de la part de Cicéron. Ce faisant, il contribua à l’acclimater à Rome, à l’ancrer dans la langue
comme dans la culture, tout en suggérant que l’antinomie entre philosophie du Portique et rhétorique était peutêtre
une réalité, mais non une fatalité.
As the science of speaking well, in which « speaking well » means « telling the truth », Stoic rhetoric is akin to
an anti-rhetoric. Valuing brevity, refusing to excite passions, inapt at persuading its audience, it rejects every
characteristic of traditional oratory and leans towards philosophical dialectics. However, the disparity between
strict precepts and a wide range of oratorical practices encourages us to examine whether this theory may not
allow a more open interpretation, especially as Stoic rhetorical doctrines changed with time and with the
succession of Scholarchs. It seems that when it first took root in Rome, as early as 155 B.C. with Diogenes of
Babylon, Stoicism had not yet formulated a clear message on a subject which had been conflicting with
philosophy since the Gorgias. Because of the links between Panaetius and Scipio’s circle, Stoicism influenced
the way many aristocrats, among whom Fannius, Tubero, Rutilius Rufus and Cato Uticensis, both lived and
practised eloquence. Wavering between two poles of attraction -Cynicism and Aristotelianism -Stoic rhetoric
had such a strong influence on most Latin writers, as a model to be either followed or rejected, that Cicero had to
organise a rigorous strategic dispute, both stylistic and philosophical, against it. In so doing, he helped to
acclimatise it to Rome and to adapt it to Latin language and culture, while suggesting that the antinomy between
Stoic philosophy and rhetoric, though real, was not inevitable.
Position de thèse
Consacrée à la rhétorique stoïcienne à Rome, de ses origines grecques jusqu’à la fin de
la République, notre thèse de doctorat s’attache à un sujet encore peu abordé -la plupart des
spécialistes ayant préféré analyser la question de la dialectique du Portique -et dont l’étude
peut sembler a priori paradoxale. La rhétorique stoïcienne ne ressemble-t-elle pas à une antirhétorique
qui, parce qu’elle rejette toutes les caractéristiques de l’art oratoire traditionnel,
s’apparente à la dialectique des philosophes plutôt qu’à la rhétorique des rhéteurs ?
Tranchant sur les conceptions précédentes qui associaient intimement la rhétorique à
la persuasion, les Stoïciens font de cette discipline la « science du bien parler » (ejpisthvmh
tou` eu\ levgein ; scientia bene dicendi), en tant qu’elle constitue aux côtés de la dialectique
l’une des deux parties de la logique, elle-même section de la philosophie. Nulle différence de
fond ne les sépare, ainsi que le démontre la fameuse métaphore de la main ouverte et du poing
fermé. Elles s’étendent virtuellement à toutes les formes de discours en vigueur dans les
domaines politique et philosophique, voire dans des cadres non officiels tels les entretiens
privés, à ceci près que la rhétorique procède par discours continus et la dialectique, par
échanges de questions et de réponses. Cette extension du champ d’application de la discipline
oratoire est compensée par la restriction sémantique drastique que connaît dans la formule
« science du bien parler » l’adverbe « bien », qui pourrait recouvrir en droit la correction
grammaticale, la beauté esthétique, la valeur morale et l’efficacité pratique du discours.
« Bien parler » revient en réalité à « dire ce qui est vrai et ce qui convient » : ainsi définie, la
rhétorique stoïcienne semble peu armée pour satisfaire aux exigences de la pratique oratoire.
Réservée au sage mais inapte à persuader un auditoire d’insensés par essence rétifs à la cause
philosophique, ne condamne-t-elle pas ses tenants à un quasi-mutisme qui met en péril le
système lui-même ? La proximité -voire la confusion -des deux pans de la logique favorise
de surcroît un idéal de minimalisme stylistique donnant lieu dans les faits à un mode
d’expression décharné, heurté et rebutant, qui ne peut, selon l’auteur du De Finibus,
qu’inviter à se taire.
Dans l’examen de cette question, nous devons toutefois prendre la mesure du caractère
lacunaire des témoignages en notre possession, et des limites qu’il impose à notre recherche.
Aussi convient-il d’éviter à la fois le scepticisme a priori sur les conclusions que l’on peut
tirer à partir d’un tel matériau, et la tentation de raisonner comme si nous possédions tous les
documents rédigés par les Stoïciens sur la rhétorique.
On ne saurait par ailleurs occulter la dimension polémique des principaux
témoignages qui nous sont parvenus sur la rhétorique du Portique, parmi lesquels figurent les
traités des Académiciens Cicéron et Plutarque, du Sceptique Sextus Empiricus ou de
l’Épicurien Philodème de Gadara. Au passage, on relève que ce sont des philosophes -et non
des rhéteurs -qui ont critiqué au premier chef les Stoïciens pour l’étrangeté de leurs préceptes
oratoires, ce qui nous a conduite à ne pas adopter une démarche strictement stylistique dans
notre étude, mais à mettre autant que possible en perspective, sous deux angles distincts, les
prescriptions des scolarques en matière d’éloquence : à l’échelle du système du Portique tout
d’abord, puisque l’on ne saurait les couper de l’éthique ou de la physique sans les vider de
leur sens ; à l’échelle de la philosophie classique et hellénistique ensuite, qui innerve toute la
pensée des Stoïciens, héritiers de Platon et de Socrate comme des Cyniques. Leur École naquit de surcroît au moment où l’Académie devint sceptique et se spécialisa dans
l’affrontement contre elle, tandis qu’elle-même s’édifiait pour l’essentiel en réaction au
système péripatéticien. Elle dirigeait également d’âpres attaques contre l’autre grande
philosophie dogmatique de l’époque, le Jardin, dont Cicéron la rapproche d’ailleurs afin de
disqualifier leurs deux modes d’éloquence, pourtant bâtis sur des présupposés radicalement
différents dans la mesure où Épicure, contrairement aux Stoïciens, condamnait fermement la
rhétorique. Dans un tel contexte, la nécessité d’une discipline dialectique capable non
seulement de protéger les dogmes fondateurs du système contre tous les polémistes, mais
aussi de pourfendre les adversaires philosophiques qui récusaient l’originalité (donc la
légitimité) des thèses du Portique, s’imposa rapidement, tout en entraînant d’importantes
retombées dans le domaine de la rhétorique.
En raison de ses origines tumultueuses, l’École stoïcienne fut parfois conduite à
défendre des positions radicales pour se distinguer de ses rivales. Le décalage perceptible
entre des préceptes apparemment fort rigoureux et une palette ample et nuancée de pratiques
oratoires invite néanmoins à examiner si la théorie du Portique ne renfermait pas les
prémisses d’une interprétation plus souple, d’autant que les conceptions de la rhétorique
évoluèrent au fil du temps et des scolarques, comme si le stoïcisme, au moment de son
implantation à Rome au milieu du IIe siècle avant J.-C., n’avait pas encore élaboré de message
clair au sujet d’une discipline qui entretenait, depuis le Gorgias, des relations fort
conflictuelles avec la philosophie.
De même que la raison dont il se veut une transcription philosophique incarnée dans le
réel, le Portique a en effet une histoire. Il serait déraisonnable de postuler qu’il demeura
inchangé au cours de ses cinq siècles d’existence, depuis sa fondation par Zénon de Citium en
301/300 avant notre ère jusqu’à la mort de l’empereur Marc-Aurèle en 180 après J.-C. Son
acclimatation au monde romain représenta en particulier un moment crucial de son évolution
dont on ne saurait surestimer la portée culturelle. Or le premier scolarque à avoir exposé les
thèses stoïciennes aux Romains à l’occasion de l’ambassade des trois philosophes en 155 fut
également l’une des figures les plus importantes et novatrices de son École dans le domaine
de la rhétorique.
Il est fort vraisemblable en effet que ce fut Diogène de Babylonie qui procéda à la
refonte théorique et terminologique des cinq vertus stoïciennes du discours que sont la grécité
(eJllhnismov"), la clarté (safhvneia), la concision (suntomiva), la convenance (prevpon) et
l’apprêt (kataskeuhv). Son respect d’exigences stylistiques qui s’étaient manifestées dès les
origines de l’École -en particulier du trait le plus remarquable de la rhétorique du Portique, la
brièveté -n’entrava nullement l’originalité de sa contribution. S’adossant aux doctrines
platoniciennes et péripatéticiennes afin tantôt de s’en démarquer ouvertement, tantôt de se les
approprier après les avoir modifiées dans leurs moindres nuances, Diogène ouvrit en un sens
la période du Moyen Portique que l’on a coutume de faire débuter avec son disciple Panétius
de Rhodes en raison de son admiration pour les fondateurs de l’Académie et du Lycée. Dans
le même temps, son enseignement se situait dans la continuité de celui de son maître
Chrysippe de Soles, qui lui-même avait procédé à une réinterprétation de la position de Zénon
dans bien des domaines, insistant sur la dimension « technique » et appliquée de la rhétorique,
ou recourant aux figures de style pour convaincre son auditoire, de sorte qu’il fut le créateur
d’une nouvelle orthodoxie stoïcienne.
Il convient toutefois de ne pas attribuer aux premiers Stoïciens les théories
diogéniennes en créant par là une homogénéité fallacieuse parmi les représentants des débuts
du Portique. Au cours de cette période alternèrent, avec une régularité frappante, des
philosophes et des disciples favorables à la rhétorique, et d’autres qui lui témoignèrent des
réserves pouvant aller jusqu’à un scepticisme radical. Une telle singularité doit être
considérée comme révélatrice d’une tension constante dans l’histoire du Portique au sujet de
la valeur à accorder à la rhétorique.
Aussi avons-nous choisi dans une première partie d’explorer les théories et pratiques
oratoires des premiers Stoïciens, en tâchant de replacer la rhétorique dans le contexte du
système tout entier pour vérifier si la position qu’elle occupe dans les textes est bien celle que
l’on s’attendrait à lui trouver en fonction de la cohérence de l’ensemble. Cet examen nous a
permis d’appréhender les enjeux gnoséologiques, éthiques et pratiques du double statut,
technique et scientifique, de la discipline oratoire, qui sur ces deux plans se distingue par une
indéniable souplesse, peu mise en valeur jusqu’ici par les commentateurs. Une fois exposées
les assises théoriques sur lesquelles elle se fonde, nous nous sommes penchée plus
précisément sur sa structuration interne, sa terminologie, ses singulières omissions, tout en
confrontant constamment, afin d’en explorer les nuances et la complexité, les préceptes qui la
régissent à la pratique oratoire qu’adoptaient les philosophes de l’Ancien Portique. Dans la
mesure où la rhétorique stoïcienne est régie par cinq vertus du discours, nous en avons étudié
tant les spécificités individuelles que les modalités de cohabitation au sein d’un discours,
avant de clore ce chapitre par une confrontation entre théorie et pratique à travers l’étude de
procédés tels que la chrie, le paradoxe, la métaphore, la comparaison et l’allégorie.
Dans une deuxième partie, nous avons retracé les étapes de l’implantation du
stoïcisme à Rome, en nous penchant tout d’abord sur les vives réactions que suscita cette
philosophie (ou plus exactement la philosophie en général) chez Caton le Censeur, dont les
propres choix oratoires et la définition de l’orateur comme uir bonus dicendi peritus
(« homme de bien habile à parler ») firent d’ailleurs plus tard l’objet d’une interprétation
stoïcisante. Si Diogène joua là un rôle inaugural, ce fut son disciple Panétius de Rhodes qui
fut le principal responsable de l’adaptation à la culture latine de la pensée grecque du
Portique, au point que celle-ci devint en quelque sorte la philosophie nationale des Romains.
Au milieu du IIe siècle, il fit la connaissance de Scipion Émilien ainsi que de ses compagnons
Laelius, Philus, Lucilius le satiriste, Scaevola l’Augure, Fannius, Tubero, ou encore Rutilius
Rufus, qui tous, de près ou de loin, subirent l’influence du stoïcisme. Surgit alors un problème
de méthode : comment distinguer, dans l’éloquence de ces personnages éminents de la
noblesse, l’influence du stoïcisme de celle de l’ancrage sociologique ou de la fidélité au mos
maiorum oratoire ? En d’autres termes, dans la perspective de notre étude de la rhétorique
stoïcienne à Rome, de la rencontre d’un système philosophique et de l’histoire, à la croisée de
deux cultures, était-il possible d’isoler quelques traits spécifiques au stoïcisme romain sous
l’angle de l’éloquence ?
Avant tout, aucun de ses représentants, pas même l’illustre Caton, n’était un philosophe professionnel, mais tous jouaient un rôle dans la vie de la cité, dans laquelle
l’éloquence politique et judiciaire était considérée comme l’activité noble du citoyen. Si nous
tâchions alors de cerner plus précisément qui furent ces Stoïciens romains sous la République
en nous fiant au témoignage de Cicéron, qui constitue notre source essentielle sur ce sujet,
nous relevions les noms de Sp. Mummius, C. Fannius, Q. Aelius Tubero, P. Rutilius Rufus,
L. Aelius Stilo, M. Vigellius, Sex. Pompeius, Q. Lucilius Balbus, L. Lucilius Balbus et
M. Porcius Cato, tous qualifiés de Stoici, ce qui entraînait de profondes conséquences sur leur
mode d’expression, moins fleuri, plus rigoureux que celui de leurs collègues, et entouré d’un
parfum d’austérité.
Mais d’autres Romains avaient écouté les leçons d’un philosophe du Portique, lui
avaient rendu visite lors d’un voyage en Grèce, l’avaient parfois même hébergé chez eux,
sans pour autant se proclamer membres de cette École. S’il n’était pas question d’examiner
dans notre étude la rhétorique d’un Académicien convaincu tel que Cicéron, quoiqu’il eût
longtemps abrité dans sa maison le Stoïcien Diodote sous la direction duquel il s’entraînait à
la dialectique, si nous n’avons pas retenu non plus un Crassus ou un Antoine ni un Pompée,
malgré leur intérêt pour les conférences de Mnésarque d’Athènes ou de Posidonius
d’Apamée, pourquoi nous être attachée à la question du « cercle de Scipion », cette
reconstitution plus ou moins idéalisée qu’offre de l’entourage de l’illustre Romain l’auteur du
De Republica et du De Amicitia ?
Sans faire de ce groupe une « chapelle stoïcienne », on ne peut que constater
l’acclimatation rapide de la pensée du Portique à Rome dans le terreau d’une aristocratie
souvent philhellène, désireuse de mettre cette philosophie en accord avec le mos maiorum et,
pourrait-on dire, de les légitimer l’un par l’autre. S’il ne peut donc être question d’envisager
l’éloquence des plus célèbres de ces personnages -Scipion Émilien et Laelius -comme le
reflet fidèle des exigences oratoires du Portique, les analyses qu’en livre Cicéron laissent
transparaître l’influence tant de la « douceur » (lenitas) panétienne teintée d’aristotélisme, que
d’une pensée stoïcienne se singularisant avant tout par son style, sans pour autant sombrer
dans l’hétérodoxie.
À la génération suivante en revanche, Fannius et Tubero se montrèrent infidèles à
l’enseignement de Panétius en procédant à un durcissement des options rhétoriques du
Portique, conformément à l’inspiration cynicisante d’Ariston de Chios, disciple dissident de
Zénon. Or l’acclimatation du stoïcisme à la culture latine fut paradoxalement favorisée par sa
proximité avec le cynisme, ces deux courants convergeant notamment dans une notion
d’ordre à la fois politique, rhétorique et philosophique : le franc-parler (libertas, parrhsiva).
Ce mode d’expression connut une grande fortune à Rome, même s’il suscita des réactions
contrastées au sein du Portique, ce qui nous invite à la prudence envers toute approche
monolithique de cette école -une prudence encore renforcée par l’étude de deux orateurs
stoïciens emblématiques, Rutilius Rufus et Caton d’Utique, dont l’éloquence fit l’objet, de la
part de Cicéron, d’une appréciation fort nuancée (et non strictement négative) pour l’un,
extrêmement élogieuse pour l’autre.
Dans l’ensemble pourtant, et tel est l’objet de notre troisième partie, l’Académicien
qu’était Cicéron mena contre ses adversaires philosophiques une attaque dont la virulence
atteste à elle seule que la rhétorique stoïcienne ne se réduisit pas à un échec (fût-il éclatant)
mais exerça une telle influence -comme modèle ou repoussoir -sur la plupart des écrivains
latins qu’elle rendit nécessaire de la part de l’Arpinate une stratégie polémique rigoureuse,
d’ordre non seulement stylistique, mais aussi philosophique. Stylistique tout d’abord : à la
faveur d’un amalgame délibéré entre les orateurs stoïciens et les Atticistes, qui avaient tous
fait le choix d’un mode d’expression décharné et hérissé, et remettaient en cause avec
vigueur, quoique selon des modalités différentes, ses propres options rhétoriques, Cicéron mit
progressivement en place, pour décrier ses adversaires, un répertoire formulaire cohérent et
imagé, appelé à devenir traditionnel jusqu’à la fin de l’Empire et au-delà. Son analyse du style
stoïcien, à laquelle la description du genus tenue doit sans doute beaucoup, lui offrit de
surcroît le matériau lui permettant d’élaborer sa critique des Atticistes, mais s’affina
également grâce à elle en contrepartie. Il convient toutefois de ne pas occulter les divergences
fondamentales qui séparent ces deux groupes, dans la mesure où les tenants du style de Lysias
ne peuvent se prévaloir d’aucune justification philosophique pour défendre leurs préférences
esthétiques, tandis que la polémique conduite contre les Stoïciens se découpe sur l’arrière-
plan des relations entre le langage et la réalité.
La convocation de la figure de l’onomatothète à leur propos souligne que la création
de néologismes techniques et plus largement, l’invention d’une langue philosophique
singulière, incarnaient, selon Cicéron, une piètre tentative pour maquiller leur pillage des
thèses péripatéticiennes et académiciennes. Privés de toute originalité doctrinale, jugés
incapables de surcroît de satisfaire aux exigences de l’action ainsi que le prouve la faillite de
leur parole dans le domaine politique, les penseurs du Portique étaient accusés de ne
s’attacher qu’aux uerba, non aux res. Faute d’avoir perçu l’autonomie du langage comme
moyen de persuasion et de perfection stylistique, ils semblaient estimer qu’une simple
réforme linguistique pouvait provoquer un réel impact sur les comportements ou les opinions
des non-sages en proie aux passions, ou encore masquer l’indifférentisme éthique
fondamental qu’ils défendaient (selon les critiques d’Antiochus d’Ascalon) en n’établissant
aucune gradation entre tous les éléments qui ne sont pas des biens ou des maux, ou en ne
manifestant guère d’intérêt pour les progressants.
L’insistance de Cicéron sur le réseau lexical de la pointe renforce enfin l’identification
de la rhétorique stoïcienne à la dialectique en gommant toute nuance entre le mode
d’expression « acéré » (acutum dicendi genus) des orateurs de cette École et celui des
philosophes épris de syllogismes et de concision, au point que le mode d’expression du
Portique paraît se distinguer par une homogénéité radicale -homogénéité entre ses
applications par les Stoïciens grecs d’un côté, romains de l’autre, mais aussi entre langage
oratoire et discours philosophique. Toutefois, les développements sous l’Empire,
particulièrement chez Sénèque, d’une rhétorique philosophique efficace en vertu de son
adaptation à un public donné et de sa subordination à une noble fin, suggèrent que dès
l’époque républicaine, les Stoïciens disposaient de ressources oratoires telles que l’antinomie
entre leur philosophie et la rhétorique était peut-être une réalité, mais non une fatalité.
"Per verba magistri". Anselme de Laon (m.1117), son école et le mouvement théologique du XIIe siècle
Vendredi 8 décembre 2006
14 heures
Rectorat, Salle Louis Liard
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Cédric GIRAUD soutient sa thèse de Doctorat :
"Per verba magistri". Anselme de Laon (m.1117), son école et le mouvement théologique du XIIe siècle
En présence du Jury :
Mme BERIOU (LYON 2)
M. DOLBEAU (EPHE)
M. LOBRICHON (AVIGNON)
M. MEWS (MONASH)
M. SOT (PARIS 4)
M. VERGER (PARIS 4)
Résumés :
Sans avoir toujours reçu l’attention qu’il mérite, Anselme de Laon († 1117) est un des principaux maîtres de la première moitié du XIIe siècle. Son exemple permet de montrer la genèse d’une autorité propre aux maîtres en théologie. En effet, grâce à l’étude de la carrière d’Anselme, à l’examen de ses sentences théologiques ainsi que des recueils rattachés à son enseignement, il est possible d’évaluer la manière dont un maître fait école. L’autorité magistrale ne se manifeste que de manière voilée, comme oblique, avec une sorte de réserve qui en est la marque distinctive. Cette genèse de l’autorité magistrale correspond aux années 1130-1140 : la diffusion du souvenir d’Anselme, la copie des sentences anselmiennes, l’organisation des recueils de son école, tous ces phénomènes ont lieu dans ces deux décennies. Le milieu théologique qui s’organise alors à Paris se dote de références dont le modèle est Anselme de Laon.
Anselm of Laon was one of the major teachers in the first half of the 12th century. The example of Anselm of Laon made it possible to consider the way medieval masters in theology reached an authority. Thanks to his career, his theological sentences and treatises connected with his teaching, we can see how a theological school grew. This new authority appeared clearly around 1130-1140 : the diffusion of the anselmian sentences and the writing of the treatises took place during these years.
Position de thèse :
L’historiographie portant sur la « Renaissance du XIIe siècle » est demeurée longtemps fascinée par la lutte entre Bernard de Clairvaux et Pierre Abélard, sans accorder droit de cité à d’autres protagonistes. Considéré à travers l’appréciation peu flatteuse d’Abélard, Anselme de Laon apparaissait comme le type même du professeur routinier acquérant sa renommée grâce au passage du temps plutôt qu’en raison de son talent personnel. Ainsi Abélard, en discréditant tous ses maîtres, tendait-il à se poser comme le seul représentant du nouveau monde scolaire. Il n’est pas jusqu’à Bernard de Clairvaux qui n’ait été trompé puisqu’en organisant à Sens un procès contre Abélard en 1141, l’abbé cistercien entendait bien faire du maître un exemple et punir celui qui incarnait à ses yeux tous les méfaits des écoles urbaines. La lutte de deux ennemis avait eu ainsi, entre autres conséquences, l’inconvénient de faire oublier d’autres maîtres tout aussi célèbres à l’époque. Les nuances apportées aux critiques d’Abélard dès le XVIIIe siècle par l’Histoire littéraire de la France n’avaient guère contribué à mieux faire connaître Anselme de Laon. Il demeurait un maître au renom incontestable, sans pourtant que l’on sût expliquer le succès de son cursus honorum au sein de l’église de Laon, ni les raisons de sa gloire scolaire dans l’Occident latin.
Une bonne part de cette incapacité tenait à la difficulté où se trouvait la critique historique pour apprécier son œuvre théologique : si la fortune de la Glose était chose acquise depuis Beryl Smalley, il demeurait difficile de faire le partage entre les commentaires associés à son nom comme d’évaluer l’influence exercée par ses sentences théologiques. L’absence d’édition critique des commentaires, l’abondance bibliographique de même que des difficultés considérables d’histoire littéraire expliquent, sans le justifier, le point mort où se trouvaient les études anselmiennes depuis les années 1960. Parmi cette production, il n’avait jamais été entrepris d’apprécier globalement les sentences théologiques d’Anselme. Le plus souvent, elles étaient convoquées à titre individuel pour illustrer, sur un point précis, une contribution d’histoire doctrinale. L’absence de toute approche synthétique était évidemment dommageable à une juste compréhension de ce corpus et expliquait des jugements un peu sommaires sur un Anselme moraliste peu soucieux, voire incapable de spéculation ou un Anselme platement augustinisant. Pareillement, malgré les remarquables efforts de l’érudition franco-allemande de la première moitié du XXe siècle, les recueils associés à l’école de Laon demeuraient mal connus et sollicités surtout pour leur contenu théologique. La nature du corpus sententiaire, similaire à celle des commentaires et des sentences anselmiennes, était encore en cause : anonymat majoritairement attesté, difficulté à individualiser les œuvres dans les manuscrits, labilité d’une tradition manuscrite peu fournie mais compliquée, tous ces traits s’additionnaient pour rendre ardue l’étude des recueils théologiques du premier XIIe siècle. C’est pourquoi, en dépit de leur incontestable mérite méthodologique, les articles de Valerie Flint et de Marcia Colish ne pouvaient tenir lieu d’interprétation historique d’ensemble donnée à la littérature sententiaire laonnoise.
Trois grandes questions consécutives à ce constat et une problématique générale ont donc animé le cours de cette recherche : Peut-on restituer la figure d’Anselme de Laon ? Quel enseignement théologique les sentences qui lui sont attribuées permettent-elles de reconstituer ? Les recueils rattachés à son influence forment-ils per se une école et font-ils école ?
Plus largement, maître Anselme est-il la figure de proue annonçant l’irrésistible ascension du théologien dans l’Occident médiéval ?
Il convenait, par conséquent, d’exploiter les sources permettant d’évaluer l’importance de l’« école à Laon » : les chartes des évêques de Laon et les témoignages d’élèves ayant suivi les cours d’Anselme documentent la vie scolaire laonnoise à la fin du XIe siècle et dans les deux premières décennies du siècle suivant. Compte tenu de l’abondance de la documentation de nature théologique attribuée à l’école de Laon, un choix a été nécessaire. La Glose dite ordinaire et les commentaires exégétiques rattachés à Anselme n’ont été utilisés qu’à titre de comparaison : en effet, les problèmes d’attribution que soulèvent ces textes sont trop importants pour qu’ils soient utilisés avec profit. Chaque livre biblique glosé ou chacun des commentaires exigerait une édition critique et une thèse sans qu’elles suffisent ipso facto pour apporter une réponse à la question de l’école de Laon. En revanche, les sentences théologiques d’Anselme fournissent un point d’observation pertinent dans la mesure où un florilège, Liber pancrisis, attribue explicitement à Anselme de Laon une soixantaine de sentences. Afin d’étudier la manière dont Anselme a pu faire école, il est donc pertinent de confronter ces sentences aux huit principaux recueils de l’« école de Laon » étudiés depuis la fin du XIXe siècle par l’érudition franco-allemande.
1) La figure d’Anselme de Laon
À la différence de ses contemporains comme Pierre Abélard ou Hugues de Saint-Victor, Anselme de Laon nous échappe pour la plus grande part. Il y aurait donc quelque artifice à prétendre avoir reconstitué une personnalité, encore davantage un individu. Cependant, grâce à l’étude des chartes laonnoises, la carrière d’Anselme a pu être mise en évidence : écolâtre, chancelier, doyen et archidiacre, Anselme a mené une carrière tout à fait brillante à l’échelle du diocèse, notamment sous l’épiscopat de Barthélemy de Joux (1113-1151). Après avoir tenté de pacifier les esprits durant les événements de la Commune de 1112, le maître a, en effet, joué un rôle de caution morale auprès de Barthélemy. Bien que prenant part aux affaires du diocèse, Anselme, pour ses contemporains, représente plutôt la figure du maître que celle du dignitaire ecclésiastique.
C’est ainsi qu’Anselme est apparu comme un modèle selon des disciples qui, à l’exception d’Abélard, sont prompts à chanter les louanges de leur maître. Il faut mettre en rapport l’insistance des sources sur le savoir et les mœurs d’Anselme avec la naissance d’un milieu scolaire à l’échelle de l’Occident dans la première moitié du XIIe siècle. Il a été ainsi possible de retracer, de manière significative, le parcours de vingt et un élèves d’Anselme : neuf sont originaires de France dont trois de Bretagne (Abélard, Geoffroy et Guy Le Breton), sept d’Angleterre, quatre d’Italie et au moins un de l’Empire. Les raisons qui poussent les élèves à venir à Laon ont été également éclaircies : Abélard n’est pas le seul à être venu écouter Anselme pour parachever sa formation par l’étude de l’Écriture sainte, c’est aussi le cas pour Robert d’Hereford, Hugues Métel, Matthieu d’Albano, Hugues d’Amiens et Guy Le Breton. Ces cas divers permettent de reconstituer le profil typique d’un élève d’Anselme : après avoir suivi un enseignement dans les arts libéraux, généralement dans une école locale ou au sein de sa famille, l’élève se rend à Laon pour y recevoir une formation spécialisée dans l’Écriture. Bien que tous ces élèves présentent des origines et des destins fort différents, ils ont tous en commun, hormis Abélard, d’avoir vanté Anselme et son exemple moral. S’il est vrai que la perfection des disciples est la couronne des maîtres, il n’est pas moins juste que l’élève trouve un intérêt bien compris dans le prestige magistral. Alors que les universités médiévales se singularisent en organisant un système d’examen qui valide autant les compétences que la vie et les mœurs, les écoles du XIIe siècle, avant l’instauration de la licentia docendi dans les années 1160, ne connaissent pas la collation des grades. Tout se passe comme si la fama du maître faisait office de diplôme. Garante du sérieux des élèves, la fama du maître rejaillit sur les élèves dont les témoignages d’admiration viennent en retour renforcer d’autant l’aura magistrale. Après la première génération des élèves, d’autres maîtres poursuivent d’ailleurs au XIIe siècle la tradition scolaire de la laudatio Anselmi, comme Jean de Salisbury ou Pierre le Chantre.
Au-delà du monde scolaire, le fait qu’Anselme apparaisse dans les écrits de Guibert de Nogent, Wibald de Corvey ou Geoffroy d’Auxerre comme le modèle du professeur orthodoxe aux mœurs irréprochables n’est pas un hasard. Sans avoir été eux-mêmes des élèves d’Anselme, ces clercs, tous moines, attestent que le rayonnement anselmien touche également les cloîtres. Parmi tous les maîtres du premier XIIe siècle, Anselme est sans doute la figure dont le souvenir est convoqué le plus régulièrement et dans des contextes aussi divers jusqu’à la fin du siècle. Si tous ces témoignages dressent un portrait apparemment plutôt conventionnel d’Anselme de Laon et ne permettent pas d’atteindre sa personnalité, ils signifient du moins l’importance et même la nécessité d’une image convenue du maître pour les contemporains. Il n’est pas non plus indifférent que l’évocation porte sur un maître mort à l’orée du XIIe siècle. À ce titre, il joue le rôle d’un ancêtre, figure rassurante dont la proximité temporelle rend le souvenir marquant, mais qu’un relatif éloignement rehausse encore d’une autorité supplémentaire. Les témoignages rassemblés offrent une remarquable convergence : la modestie d’Anselme, qui confine à l’effacement, demeure proverbiale dans les écoles et participe de son autorité. L’autorité magistrale que les témoins médiévaux ont le plus souvent reconnu à Anselme s’explique sans doute par la modération à laquelle il s’est tenu. Disert sur le terrain pédagogique, à tel point qu’Abélard lui-même reconnaît ses talents de rhéteur, le maître répugne à s’engager dans la lutte politique et refuse même toute élévation à l’épiscopat. La figure du bon maître semble en partie tenir à un exercice modéré de la fonction pédagogique.
2) Les sentences d’Anselme de Laon
Pourtant, la considération générale qui entoure le nom d’Anselme excède le simple succès d’estime et concerne également une bonne part de sa production théologique. Un examen des commentaires attribués à Anselme a aidé à clarifier quelques points. L’attribution d’un commentaire paulinien à Anselme est une erreur, mais des doutes subsistent pour les commentaires sur les Psaumes (« Hymni vocantur singuli »), les trois commentaires sur le Cantique des cantiques (« In initiis librorum » « Salomon rex Spiritu » et « In hoc libro »), sur Matthieu (« Cum post ascensionem »), Jean (« Verbum substantiale ») et l’Apocalypse (« Deus et Dominus pater »). Il semble que ceux sur le Cantique des Cantiques et le commentaire sur Matthieu se présentent dans des conditions favorables, alors que les autres ouvrages doivent être reçus avec une plus grande circonspection.
Des résultats plus fermes ont été obtenus pour les sentences théologiques. Après dépouillement de 23 florilèges, on a pu établir une typologie selon la présence plus ou moins importante des sentences d’Anselme. Elle a permis de mettre en valeur le témoignage remarquable du Liber pancrisis qui constitue la principale source d’information sur l’enseignement théologique d’Anselme. Constitué dans les années 1130-1140 sans doute à proximité de Clairvaux, ce florilège est le seul à identifier précisément les sentences des maîtres modernes : la volonté de fixer par écrit l’enseignement de certains maîtres ainsi que la peur de perdre la mémoire d’un passé déjà relativement distant expliquent le soin que le milieu cistercien a consacré à diffuser les sentences. Les moines ont voulu donner une théologie scolaire conforme à leurs vœux et pérennisé l’école de Laon : contrairement à Abélard qui laisse libre cours aux requêtes des élèves ou collecte les extraits patristiques en abandonnant au lecteur le soin de les concilier, le LP présente une organisation close de la matière théologique. Selon un effet d’annonce impressionnant, les sentences des maîtres sont appelées à compléter celles des Pères en une harmonie que rien ne doit venir compromettre, quitte à attribuer certaines sentences magistrales aux Pères. Les quatre Pères latins, Augustin, Jérôme, Ambroise et Grégoire, les deux grands éducateurs de l’Occident médiéval, Isidore et Bède et les quatre maîtres modernes Yves de Chartres, Anselme de Laon, Guillaume de Champeaux et Raoul de Laon forment ainsi le nouveau canon scolaire autorisé dans les années 1140.
Les 22 autres florilèges attestent l’ampleur d’une diffusion manuscrite d’autant plus remarquable qu’elle commence et se poursuit au-delà de la mort d’Anselme. C’est partir des années 1140, moment où la génération de ses disciples arrive à la maturité, que les sentences du maître sont mises par écrit et entrent dans les florilèges. Une nouvelle fois le mouvement ne se borne pas au milieu scolaire urbain. En effet, la constitution du LP, sans doute à proximité de Clairvaux, ainsi que la diffusion manuscrite des sentences dans les cloîtres renouvellent le fonds des auctoritates au-delà du milieu scolaire urbain. De même que la figure du maître demeure difficile à saisir dans son originalité, ainsi les sentences anselmiennes sont-elles délicates à attribuer : hormis le cas exceptionnel du LP, elles circulent le plus souvent de manière anonyme. L’anonymat ne doit pas être interprété comme un signe d’indifférence, mais avant tout comme une marque de modestie de la part de l’auteur des sentences. Le maître, complétant d’explications personnelles les extraits des Pères, a sans doute eu du scrupule à les identifier par son nom. Il a préféré, anonymement mais sûrement, participer à la chaîne scolaire dont il était un maillon. Les milieux de réception s’en sont également tenu à des pratiques peu spectaculaires. Lors de la fixation par écrit, les élèves savent encore le nom du maître et jugent superflu de le reporter tant il semble évident. En d’autres cas, une fois oubliée l’origine des dicta, on se contente de les recopier afin d’enrichir de nouveaux extraits une sorte de koinè issue du milieu scolaire.
Cet important succès qui promeut l’autorité nouvelle du maître, sans lui accorder explicitement le statut d’auteur, est à l’image du travail théologique d’Anselme : le maître ne s’affirme qu’en tant que modeste continuateur des Pères. Que ce soit comme glossateur ou créateur de sentences, Anselme de Laon apparaît comme un expert ès autorités et orchestre leur polyphonie en harmonisant les contraires. Derrière un programme en apparence limité, organiser les extraits patristiques autour du texte biblique ou les concilier dans de courtes sentences, Anselme confère à la parole magistrale une autorité certaine. La sentence conserve, en effet, la trace d’un discours qui prend parfois la forme d’un vrai tour de force. Le pouvoir du maître, sa mæstria, consiste à rendre aux auctoritates, dans le présent de la lectio, une valeur impermanente de vérité que leur dissonance semblait avoir compromise. Si l’ancienneté est souvent au Moyen Âge la marque distinctive de l’autorité, l’actualisation de la vérité par le maître tend ainsi à faire rejaillir sur lui un indéniable prestige. Au-delà de la méthode utilisée, Anselme sait repenser les termes que la tradition lui a légués et les adapter au contexte scolaire de son temps : ainsi sur des problèmes disputés comme la création angélique, la valeur de la circoncision, l’état du Christ après sa mort, la nécessité du baptême, le salut des enfants morts sans baptême ou les rapports de la prescience et de la prédestination, le maître laonnois manifeste-t-il un esprit délié qui fait tomber à l’analyse une bonne part des jugements négatifs prononcés à son encontre. L’écolâtre apparaît comme le représentant d’une théologie sententiaire mesurée dont le succès n’est pas négligeable. Comme le suggère la diffusion manuscrite, Anselme a exercé une influence même post mortem.
3) Les recueils de l’école de Laon
En effet, à sa suite, des élèves entreprennent de donner dans les années 1130-1140 un tour plus systématique aux sentences du maître. Reprenant un plan historique qui a pu trouver son origine à Laon, les recueils utilisent les sentences du maître ainsi que celles d’autres professeurs comme Guillaume de Champeaux. Grâce à l’étude précise des huit principaux recueils (Deus de cujus, Deus est sine, Divina essentia teste, Deus summa atque, De sententiis divine, Principium et causa, Potest queri quid et Quid de sancta), il a été possible de mettre en valeur les rapports littéraires et doctrinaux qu’ils entretenaient et conclure à l’existence d’un véritable milieu scolaire prolongeant le modèle anselmien d’une théologie sententiaire modérée. En ce sens, parler d’« école de Laon » est légitime si l’on entend par cette expression l’ensemble des milieux scolaires ayant utilisé, avec une fidélité variable, la pensée d’Anselme de Laon et de ses élèves. La référence au maître ne réside, en effet, pas seulement dans la reproduction d’un point doctrinal, mais surtout dans la persistance d’un modèle théologique poursuivi par l’enseignement de Raoul à Laon et d’Albéric à Reims dans les années 1120-1130. Le contenu même de ces recueils explique leur succès : courtes synthèses faisant une grande part à l’enseignement des Pères, ils s’ouvrent aussi, sous couvert des quidam ou de l’anonymat, aux solutions plus modernes des milieux scolaires. Une nouvelle fois, l’enseignement récent se transmet avec discrétion, mais non sans réalité. Au même moment, Hugues de Saint-Victor, Othon de Lucques et Pierre Lombard poursuivent, chacun avec leur tempérament, cet effort de promotion des maîtres. Tandis qu’Hugues s’efface pour mieux mettre en valeur l’histoire du salut, Othon consacre le rôle nouveau des maîtres en les acceptant explicitement à côté des solutions patristiques. Quant à Pierre Lombard, il construit dans les années 1150 son recueil sur les fondations scolaires des deux décennies précédentes : derrière l’hommage aux Pères et notamment à Augustin, le maître prend acte du fait que les maîtres modernes offrent désormais les voies d’accès privilégiées à la tradition patristique.
À la triple question initiale portant sur le maître, ses sentences et son école, on peut donc répondre que les trois réalités sont étroitement liées en raison de leur mode de manifestation. Le maître s’affirme dès lors que d’autres en assurent la réputation fondée sur la modestie. Les sentences s’attachent à pondérer la tradition patristique selon une herméneutique mesurée. Les recueils forment une littérature sans auteur apparent, mais non sans autorité. La nature de l’autorité magistrale est dans les trois cas similaires : elle ne se manifeste que de manière voilée, comme oblique, avec une sorte de réserve qui en est la marque distinctive.
Cette autorité tempérée est elle-même remarquable en raison de la convergence chronologique qui la caractérise. Les résultats de l’enquête pointent, en effet, tous vers les mêmes années 1130-1140 comme un des grands tournants dans l’histoire de la théologie médiévale : la diffusion du souvenir d’Anselme, la constitution du Liber pancrisis, la copie des sentences anselmiennes, l’organisation des recueils laonnois, les Sententiae de Pierre Lombard, tous ces phénomènes ont lieu ou prennent leur origine dans ces deux décennies. Le milieu théologique qui s’organise se dote alors de références dont le modèle est Anselme de Laon. Tout se passe alors comme si, après la disparition du maître, les disciples se chargeaient d’assurer la pérennité de son héritage et de maintenir vivante la figure d’Anselme dans les milieux scolaires et monastiques. La figure d’Anselme de Laon permet ainsi de suivre la genèse d’une autorité doctrinale propre aux théologiens que l’Université de Paris consacrera à partir du XIIIe siècle.
"Philosophie morale et politique de l’éductaion"
Vendredi 24 novembre 2006
16 heures
Centre Malesherbes, Salle 344
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
M. Pierre-Henri TAVOILLOT soutient son habilitation à diriger des Recherches :
"Philosophie morale et politique de l’éducation"
En présence du Jury :
M. BESNIER (PARIS 4)
M. BOYER (PARIS 4)
M. BRAGUE (PARIS 1)
M. GAUCHET (EHESS)
M. RAYNAUD (PARIS 2)
M. RENAUT (PARIS 4)
M. TANGUAY (UNIVERSITE)
"Ratio Disserendi. La place et le rôle de la logique et de la dialectique dans la philosophie antique"
Samedi 2 décembre 2006
9 heures
Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005
M. Jean-Baptiste GOURINAT soutient son habilitation à diriger des Recherches :
"Ratio Disserendi. La place et le rôle de la logique et de la dialectique dans la philosophie antique"
En présence du Jury :
M. BARNES (PARIS 4)
M. FREDE (OXFORD)
Mme HADOT (CNRS)
M. HOFFMANN (EPHE)
M. IMBACH (PARIS 4)
M. NARCY (CNRS)
"Représentation sémantico-cognitive des verbes de "transfert" : une approche de la polysémie de verbes du coréen"
Samedi 9 décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
M. HO-GEUN SON soutient sa thèse de Doctorat :
"Représentation sémantico-cognitive des verbes de "transfert" : une approche de la polysémie de verbes du coréen"
En présence du Jury :
Mme ABRAHAM
M. DESCLÉS (PARIS 4)
M. FABRE (CERTA)
M. POGNAN (CERTA)
M. SOUTET (PARIS 4)
M. YOON (Université)
Résumés :
Ce travail de la polysémie verbale qui s’inscrit dans le cadre théorique de la Grammaire
Applicative et Cognitive se propose de représenter des verbes de transfert du coréen. Chaque
signification polysémique d’un verbe sera représentée par un schème sémantico-cognitif et intégrée
dans un réseau sémantique de ce même verbe. Ce travail vise alors à argumenter les hypothèses
anti-anti-relativistes, selon laquelle chaque langue construit ses propres représentations cognitives à
l’aide du schème qui met en jeu des primitives abstraites. Nous avons pris pour objet d’analyse
cinq verbes désignant le transfert unidirectionnel (juda ‘donner’, batda ‘recevoir’, -tda ‘obtenir’)
ou bidirectionnel (sada ‘acheter’ et phalda ‘vendre’) et un verbe de perception (boda ‘voir’) qui se
chevauche avec les verbes de transfert. Pour résultat nous dégageons sept types généraux des
schèmes qui correspondent aux différentes scènes conceptuelles réalisées par les verbes de transfert,
mis à part les emplois auxiliaires qui ne sont pas homogènes et donc ne se ramènent pas à une
forme générique.
This work of the verbal polysemy which joins in the theoretical frame of the Applicative and
Cognitive Grammar suggests representing verbs of transfer of the Korean. Every polysemous
meaning of a verb will be represented by a semantico-cognitive schema and integrated into a
semantic network of the same verb. This work aims then at arguing the anti-anti-relativistic
hypotheses, according to which every language builds its own cognitive representations by means
of the schema which involves abstracted primitives. We took for object of analysis five verbs
indicating the unidirectional transfer (juda ’to give’, batda ’to receive’, -tda ’to obtain’) or the
bidirectional transfer (sada ’to buy’ and phalda ’to sell’), and a verb of perception (boda ’to see’)
which overlaps partially with verbs of transfer. As result we bring out seven general types of the
schemas which correspond to the various abstract scenes realized by the verbs of transfer, except
for the auxiliary uses which are not homogeneous and thus do not come down to a generic shape.
Position de thèse :
Le problème de la polysémie est devenu très important en linguistique. En
témoignage, on peut citer les ouvrages récents de G. Kleiber (1999), B. Victorri (1997), O.
Soutet (2005), etc. Notre travail est donc une contribution au problème de la polysémie en
linguistique générale. Nous avons pris dans la deuxième partie de notre thèse six verbes
polysémiques pour illustrer notre conception générale de la polysémie.
Pour nous, la polysémie est une propriété positive des langues, mais non pas une propriété
négative qui oblige à construire des langues artificielles rectifiant les faiblesses inhérentes
des langues naturelles. La polysémie des unités linguistiques permet à chaque langue de
s’adapter à la situation nouvelle sans être obligé de créer pour chaque situation une
nouvelle expression.
L’étude descriptive de la polysémie doit s’inscrire dans un cadre théorique précis :
le cadre choisi, celui de la Grammaire Applicative Cognitive (GAC), nous a paru
suffisamment général et précis pour aborder dans le détail une étude de la polysémie des
verbes que nous allons analyser. Ce modèle met en oeuvre un certain nombre d’hypothèses
et de représentations formelles abordant d’un côté des représentations sémantiques et d’un
autre côté des représentations syntaxiques.
Dans ce travail nous développons essentiellement des représentations sémantiques. De
telles représentations peuvent être synthétisées sous formes de prédicats verbaux et
d’arguments par des mécanismes qui font appel aux développements formels tels que les
formalismes applicatifs, les combinateurs de la logique combinatoire de Curry et les
grammaires catégorielles. Ces notions ont été déjà présentées dans des différents ouvrages
et ne rélèvent pas de notre objectif actuel.
En effet, il est plus important de s’assurer dans un premier temps des concepts théoriques
et descriptifs mis en jeu dans l’analyse linguistique majeure (comme celui de la polysémie)
plutôt que de développer un argument sur des représentations formelles et des calculs sans
être assuré au préalable de leur pertinence.
Notre recherche s’inscrit dans le courant actuel de la sémantique cognitive, tel
qu’elle se développe à la fois aux Etats-Unis avec les travaux nombreux de R. Jackendoff
(1990), L. Talmy (1976, 1983, 1988), R. Langacker (1987, 1991b), et en Europe par
exemple avec H. Seiler (1983), notamment en France avec les recherches qui ne portait pas
l’étiquette de la sémantique cognitive comme celle de G. Guillaume, B. Pottier et A.
Culioli.
Nous n’expliciterons pas ici les hypothèses principales qui traversent les différentes
grammaires, surtout les grammaires cognitives (sur ce sujet, voir J.-P. Desclés (1997)).
Notre approche dans le cadre de la GAC vise à expliciter des représentations formelles qui
peuvent être décrites avec des représentations logiques (logique combinatoire, lambda-
calcul) exprimables dans des modèles informatiques. Ceci exclut toute coupure entre les
approches cognitives du langage et les approches plus formelles de la linguistique
computationnelle. A l’opposé, certains courants de la grammaire cognitive dissocient une
approche de la sémantique aux représentations logico-computationnelles.
Dans le cadre de la GAC, plusieurs travaux ont traité des problèmes sémantico-
cognitifs de la polysémie, dans le cas des verbes de mouvement, des prépositions et des
préverbes, aussi bien en français (M. Abraham, J.-P. Desclés, V. Flageul) que dans d’autres
langues (en polonais (E. Gwiazdecka), en bulgare (D. Daynovska)).
Quant à nous, nous nous sommes restreints aux verbes de transfert. Il s’agit d’un nouveau
domaine sémantique que nous abordons à partir du coréen et que d’autres travaux abordent
à partir du français et du russe (E. Ivanova). Ces études visent à argumenter les hypothèses
anti-anti-relativistes, selon lesquelles chaque langue construit ses propres représentations
cognitives à l’aide du schème qui met en jeu des primitives abstraites qui donnent à
dépasser les spécifications d’une seule langue.
Nous avons pris pour objet d’analyse cinq verbes coréens désignant le transfert
unidirectionnel (juda ‘donner’, batda ‘recevoir’, tda ‘obtenir’) ou bidirectionnel (sada
‘acheter’ et phalda ‘vendre’) et un verbe de perception (boda ‘voir’).
La structure interne de l’acte de donner (le cas prototypique du transfert) est décomposable
en éléments qui peuvent être abordés de manière séparée :
a. il y a trois entités principales (le donneur, le destinataire, l’objet).
i. il y a une interaction entre le donneur et l’objet.
ii. il y a une interaction entre le destinataire et l’objet.
iii. il y a un mouvement de l’objet entre le donneur et le destinataire.
b. il y a un changement de possession.
c. l’acte est contrôlé par le donneur.
d. il y a un changement d’état à la fin du transfert.
L’association ou la dissolution de ces propriétés permet de voir et d’organiser la diversité
des champs conceptuels que les verbes de transfert recouvrent. Nos outils descriptifs
peuvent représenter les différents rôles sémantiques des actants et leurs relations mutuelles
dans chaque phase statique de l’acte de transfert.
Pourquoi le verbe de perception « boda » ‘voir ’ ?
Si l’on considère le transfert comme un schème de nature topologique, la
perception visuelle peut devenir isomorphe au transfert. Le transféré ne se spécialise pas en
objet mais en une image de cet objet. La vision est un transfert dynamique ou cinématique
dans lequel un thème (ou l’image du thème) passe d’un lieu quelconque à l’oeil du
percevant.
Sans tenir compte de l’abstraction, le verbe de perception boda ‘voir’ et le verbe de
transfert -tda ‘obtenir’ sont interchangeables, sans en déplacer le sens d’origine, dans
l’emploi de « la génération de la nouvelle relation » dont la fréquence d’utilisation n’est
pas rare.
k.-n.n ad.l-.l bo... vs. k.-n.n ad.l-.l .t...
il-NOM fils-ACC voir... il-NOM fils-ACC obtenir...
(lit. ‘il voit le fils...’) (lit. ‘il obtient le fils...’)
Ces deux exemples s’expriment en français comme « il lui est né un fils ».
La notion de « transfert » qui sera appréhendée à travers de nos six verbes fait
intéresser une notion plus fondamentale, celle de « possession » qui elle-même ne peut pas
prise pour primitive. En analysant la possession, nous nous appuyons sur de nombreux
auteurs. Nous ferons apparaître des notions plus abstraites et plus générales, celle
d’accessibilité qui sera précisée au fil des analyses.
Les différentes significations des occurrences d’un verbe analysé en tenant compte
de son contexte, sont représentées par des schèmes sémantico-cognitifs.
Pour cela, nous utilisons :
un certain nombre de catégories (appelées « types sémantico-cognitifs ») qui
permettent de classer les entités.
également des primitives sémantico-cognitives, déterminées par des principes
externes à l’organisation des langues et liées essentiellement aux activités
cognitives de perception et d’action.
Les types attribués aux entités et aux primitives permettent de construire et d’exprimer les
schèmes sémantico-cognitifs. Il s’ensuit alors que chaque signification polysémique d’un
verbe sera représentée par un schème et intégrée dans un réseau sémantique de ce même
verbe. Ceci permet facilement de visualiser l’organisation des significations.
A titre illustratif, nous donnons sans entrer dans les détails le schème pour la phrase « le
jardinier donne de l’eau aux arbres ». Certaines primitives sémantico-cognitives sont
utilisées : CONTR (contrôle), FAIRE (effectuation), TELEO (téléonomie), CHANGT
(changement), ACCESS (accessibilité) et REP (repérage). Il y a en outre un opérateur logique
N (la négation).
T ::/
RS2ZXZYS1ZXZYCXTYPEindividuX,Y ;individuMassif:Z ;
ELATIONS:ACCESS :=lelieud’accessibilitépourlapossessionoul’usage ;
ITN(REP(ACCESS()))
REP(ACCESS())
ITREP(ACCESS())
N(REP(ACCESS()))
CHANGTONTR°FAIREELEO
donner(X, Y, Z)
X := /jardinier/, Y := /eau/, Z := /arbres/
Le jardinier donne de l’eau aux arbres.
Notre document s’organisera autour de deux parties.
Dans la première partie, nous présentons le cadre général de notre travail et les outils de
description.
• Nous rappelons, au chapitre 1, ce qu’est la polysémie et les approches
méthodologiques utilisées à l’heure actuelle pour décrire et représenter la
polysémie lexicale.
• Nous présentons, au chapitre 2, le modèle de la Grammaire Applicative et
Cognitive.
• Nous présentons, au chapitre 3, la possession qui est sous-jacente au schéma de
transfert.
Dans la deuxième partie, nous décrivons cinq verbes de transfert et un verbe de
perception. Nous les abordons par quatre domaines : le domaine spatio-temporel ; le
domaine possessif ou plus généralement le domaine d’accessibilité ; la chaîne d’action ; le
résultat. Nous pourrons ensuite dégager et ordonner les significations saillantes de chaque
verbe, les décrire sous forme de SSC en précisant les primitives sémantiques qui entrent
dans les descriptions, les organiser dans des réseaux structurés et faire émerger,
éventuellement, à partir de tels réseaux un invariant de signification (une sorte de
générateur abstrait de significations potentielles que nous appelons « archétype sémanticocognitif
»).
• Le verbe juda ‘donner’ est une riche source d’extensions sémantiques du transfert.
Il a 9 emplois lexicalement pleins, 2 emplois grammaticaux et un emploi transitoire
entre l’étape lexicale et l’étape grammaticale.
• Le verbe batda ‘recevoir’, converse de juda, peut exprimer le procès verbal sans
agent déterminé. Cette propriété permet même d’exprimer une relation statique
entre deux entités. Il sert en général dans la situation où l’identification de la source
est difficilement concevable ou peu importante.
• Le verbe -tda ‘obtenir’ exclut le sujet non humain ou non animé qui est
inintentionnel de par sa nature inhérente. La propriété [+intention] opère sur le
choix des objets d’acquisition. Ce qu’on veut ou ce qu’on a l’intention d’avoir est
une chose utile, favorable ou positive à soi-même. Ce point est sous-jacent à la
plupart des significations de ce verbe.
• Les verbes sada ‘acheter’ et phalda ‘vendre’ représentent l’échange commercial. Ils
ont le schème de double transfert. Il n’y a pourtant pas de correspondance
biunivoque entre les deux verbes.
• Le verbe boda ‘voir’ désigne un large éventail de situations. Il peut remplacer les
autres verbes sensoriels (le goût, l’ouïe, le toucher, l’odorat) et également le verbe
de transfert -tda dans certain emploi.
La structure ditransitive des verbes de transfert juda ‘donner’, batda ‘recevoir’, .tda
‘obtenir’, sada ‘acheter’, phalda ‘vendre’ donne de multiples extensions sémantiques.
Comme indique la figure ci-dessous, le transfert introduit une modification, exprimant la
transition spatio-temporelle entre deux situations successives (Sit1 / Sit2). Trois zones
temporelles sont alors prises en compte : avant Sit1, pendant la modification de Sit1 à Sit2,
après Sit2.
Chaque situation représente une relation de repérage entre un individu et un objet. La
modification peut être précisée par le mouvement ou par le changement. Elle peut aussi
être placée sous le contrôle intentionnel d’un agent (CONTR) ou sous l’effectuation
(FAIRE) d’un moyen.
En nous basant sur les réseaux de significations, nous dégageons sept types généraux des
schèmes sémantico-cognitifs qui correspondent aux différentes scènes conceptuelles
réalisées par les verbes de transfert, mis à part les emplois auxiliaires qui ne sont pas
homogènes et donc ne se ramènent pas à une forme générique. Chaque catégorie contient
des instances plus prototypiques et des instances moins prototypiques.
1. Le changement de possession
Le double changement de possession
2. Le changement de localisation / le parcours visuel
3. La communication
4. L’attribution
5. La transitivité sémantique
6. Le transfert d’image
7. L’interaction schématique
8. L’auxiliarisation
En (8), le groupe de verbes n’est pas homogène. En général, ils sont associés partiellement
au sens habituel de chaque verbe : l’effet bénéficiaire de juda ‘donner’, la possession
hasardeuse de .tda ‘obtenir’, le couple « cause-effet » issu de la bidirectionnalité de sada
‘acheter’... . Il y a aussi des instances (semi-auxiliaires) qui se situent entre les emplois
pleins et les emplois auxiliaires. Il y a aussi des instances qui sont en voie de sortir de la
frontière lexicale de l’unité concernée pour se fusionner avec d’autres verbes. Les schèmes
de ce groupe ne peuvent donc pas se ramener à une forme générique.
Dans les quatre domaines de décomposition, nous avons fait une sorte de navette entre les
D : le domaine d’influence
x : le donneur
y : le destinataire
z : l’objet transféré
x y
z
Sit1 Sit2 MODIF
D D
acceptions trouvées, en cherchant ce qui dans l’une peut expliquer l’autre. Le résultat est
représenté sous forme de réseau dont la racine correspond à un invariant de signification
(l’archétype sémantico-cognitif).
Dans le réseau, l’adjacence de deux acceptions est établie sur la variation minimale des
significations. Les branches du réseau sont une sorte de chemins sémantiques dont tout
point peut faire l’objet d’une interruption produisant un effet de sens. Toutes les
interruptions peuvent être déduites à partir de l’archétype ou d’un autre emploi.
Dans les cas où le transfert repose sur la possession ou la localisation, les emplois
se trouvent adjacents -en éliminant la possession, le transfert peut être pris comme
un changement de localisation.
Le repérage est principalement déterminé par le type de l’objet. S’il est de type
individualisable, le repérage est exclusif. S’il est de type informationnel, le repérage
sera multiple.
Dans le cas où le transfert est une attribution, le schème constitue l’étape transitoire
entre la possession et la transitivisation. L’attribution est une sorte de changement
de possession abstraite inaliénable (au sens de B. Heine 1997) impliquant un
changement d’état. Le changement d’état et l’agentivité sont largement pris en
compte dans la transitivisation. Finalement, tout disparaît. Il ne reste que l’idée
squelettique du transfert.
Vu la fréquence de leurs emplois auxiliaires et semi-auxiliaires, et à la fois la difficulté de
discerner la parenté avec les sens habituels du transfert, la grammaticalisation
(particulièrement l’auxiliarisation) des verbes de transfert reste un domaine à examiner
d’une manière plus attentive et plus approfondie, surtout en fonction des valeurs modales
et en collocation avec d’autres verbes.
"Rien ne nous plaît que le combat", PASCAL et le dialogue polémique
Samedi 13 novembre 2004
9 h
Centre administratif de paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Olivier JOUSLIN soutient sa thèse de doctorat :
"Rien ne nous plaît que le combat", PASCAL et le dialogue polémique
en présence du Jury :
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
M. MICKENNA (ST-ETIENNE)
M. MESNARD (PARIS IV)
M. ST CATHERINES COLLE (OXFORD)
M. THIROUIN (LYON II)
"The Duluoz Legend " : Jack Kerouac. Ou la mémoire franco-américaine
Vendredi 9 juin 2006
14 heures
Institut finlandais
60, rue des Ecoles
Paris 5e
Mme Peggy PACINI soutient sa thèse de doctorat :
"The Duluoz Legend " : Jack Kerouac ; ou la mémoire franco-américaine
En présence du Jury :
M. GENTON (Rennes 2)
Mme MATHÉ (Aix-Marseille 1)
M. PETILLON (Paris 4)
Mme PICCIONE (Bordeaux 3)
M. WEIL (EHESS)
Résumés
Projet gigantesque, composé des romans dits de la route et des romans de Lowell, The Duluoz Legend est le reflet de la double identité de Jack Kerouac. Fils d’immigrants canadien français en Nouvelle-Angleterre, l’auteur a hérité d’un patrimoine culturel francophone dont toute une partie de son œuvre porte la trace (folklore, religion populaire, langue). Cette légende que Kerouac a voulu laisser à la postérité est le reflet d’une crise de l’identité et de la culture aux carrefours de deux mémoires. Ce dialogue interculturel met en avant une problématique autour de l’identité consentie et l’identité héritée et propose l’archéologie d’une mémoire individuelle et collective que l’auteur cherche à affirmer. En choisissant de donner à son œuvre la forme de récits légendaires, Kerouac dévoile les mythes fondateurs d’une culture populaire en déclin. Bien plus que l’histoire d’une vie, c’est la mémoire d’un peuple transplanté qu’il raconte.
Jack Kerouac’s Duluoz Legend : a Franco-American Odyssey
Born of French Canadian immigrants, Kerouac has inherited a complex heritage that his novels mirror. The Duluoz Legend, his literary odyssey, is a journey into memory and identity to find his own identity but also a national identity. His Legend fluctuates from one heritage (his French Canadian ancestry) to the other (his American identity) often in conflicting ways. Rarely considered, his Franco-American background (composed of folkloric references, linguistic issues, religious beliefs) is very much present in his work especially in his Lowell novels and is an attempt to speak not only of a golden age (his French Canadian childhood in Lowell, Massachusetts) but also of an individual and collective memory : the memory of a transplanted people. It is an immigrant vision of America that his Legend offers : Ti Jean Duluoz’s immigrant song.
Position de thèse
Composée de romans, poèmes, nouvelles, essais, receuils de jeunesse, l’œuvre de Kerouac se fait le miroir d’une destinée décalé. D’un point de vue littéraire, Kerouac a insufflé un rythme et un style à la Beat Generation, mouvement auquel il est trop souvent et exclusivement rattaché, mais d’un point de vue personnel, son parcours a toujours été en marge de celui-ci ou, du moins, à contre-temps. Aussi n’est-il pas surprenant de constater que dans nombre de ses romans il est l’œil dans la marge. C’est à partir de cette constatation que l’on se propose d’investir ce champ marginal de l’œuvre de Kerouac en nous intéressant tout particulièrement aux romans, nouvelles et recueil de jeunesse faisant ressortir l’identité ethnique de l’auteur. On travaillera sur les concepts établis par Werner Sollors de consent et de descent. Un dialogue interculturel mettra donc en avant une problématique autour de l’identité, celle dont on hérite et celle que l’on choisit. L’œuvre de Kerouac porte la marque de cette quête identitaire que l’auteur explore sous tous les angles sans jamais en trouver un où s’ancrer, sinon dans ce recoin de l’âme qu’on appelle mémoire, ce territoire où l’identité survit au temps et à l’histoire, où elle se fige et reste immuable. L’écriture de la légende est l’écriture d’un regard jeté sur une vie, celle de l’auteur, mais aussi et surtout, l’inscription de celle-ci dans une lignée (« prestigieuse ») dont l’auteur précise le pivot : le regard que porte Ti Jean (lui-même) sur le monde, sur son monde. Le titre même de cette légende, The Duluoz Legend, abonde dans ce sens. La lecture polysémique du nom adjectivé dans le titre invite non seulement à s’interroger sur l’identité exacte du protagoniste de cette légende (est-ce : La légende Duluoz ? La légende de Duluoz ? La légende des Duluoz ?) mais aussi à se pencher sur l’univers légendaire qu’elle cherche à évoquer. Les deux axes sur lesquels on insistera s’inscrivent donc, pour le premier (Ti Jean), dans la mémoire et les origines et, pour le second (la légende), dans un projet artistique qui se veut à la fois épique et généalogique. Cette légende qu’a voulu écrire ce fils d’immigrants et qu’il a tenté d’inscrire dans le canon de la littérature américaine peut alors aussi se lire comme une littérature à mi-chemin, une littérature de l’errance, de la migration, de l’im-migration : un chant d’immigrants. Déconstruire l’œuvre avant de la reconstruire et d’en extraire une sorte d’archéologie de la légende, telles sont les étapes de cette étude qui vise à rendre compte de l’expression d’une crise de l’identité et de la culture aux carrefours de deux mémoires. Aussi l’auteur jongle-t-il avec les deux lignes directrices de ce voyage identitaire et mémoriel et la conception des romans reflète le va-et-vient de l’écrivain entre deux pays, entre deux cultures, entre deux mondes. Voyages géographiques et voyages mémoriels semblent suivre le même chemin, s’écrire en parallèle, se faire écho et mettre en avant un paradoxe : la nécessité du départ et de l’errance comme condition au retour à l’origine et à la fixité. Comme si tous ces déplacements géographiques n’avaient en fait qu’un seul but : revenir à ce point originel, Lowell, qui est, somme toute, le contraire du voyage, le refuge de toujours. La légende met en avant le lien indéniable entre culture et identité. Par des voies détournées, l’auteur revisite la culture populaire de son enfance et fait du mythe l’outil par excellence de sa démarche littéraire. En choisissant de donner à son œuvre la forme de récits légendaires, Kerouac dévoile les mythes fondateurs d’une culture populaire en déclin. Tout en témoignant de la fin de la survivance canadienne française en territoire étatsunien, la légende est aussi, à sa façon, une forme de survivance. C’est bien à la croisée des chemins, entre le déclin d’un peuple et la renaissance d’un autre, que se manifeste cette empathie des Québécois pour Kerouac.
Dans une première partie, on tentera d’établir les liens existant entre la vision de l’Amérique qui transparaît dans les romans de la route et une tradition nomade héritée de sa culture canadienne française. On montrera que The Duluoz Legend est une variation sur le thème de l’Amérique en tant qu’espace, rêve, territoire de l’imaginaire et d’une identité qui se cherche. La vision qu’il propose est mue par ce trait d’union entre son identité franco et son identité américaine et, tout particulièrement, par la recherche de cette identité. On partira de la dialectique entre deux isotopes (racines et itinéraires), de son organisation et de son écriture afin de proposer une chronologie de l’enracinement et du voyage autour des triades suivantes : racines/enracinement/sédentarité et voyage/mobilité/errance. On s’intéressera donc, dans un premier temps, à l’errance dans la perspective globale d’un peuple d’origine canadienne française dont l’histoire est marquée par le mouvement ; puis, à l’enracinement dans la ville manufacturière américaine (dans le cas de l’auteur : Lowell, Massachusetts) et au concept de paroisse nationale, pour en venir à leur évolution mutuelle. On tentera donc de montrer comment l’errance, si elle résume la vie et l’œuvre de l’auteur, est avant tout une recherche identitaire et territoriale, une exploration au sens presque archéologique du terme. Si, dans ses romans de la route, Kerouac a tenté de cartographier cette errance, il explore en effet bien plus que des routes et des territoires, il se perd dans un exil qui va le conduire à devenir l’archéologue de sa propre lignée. Le problème qui se pose aux Franco-Américains dans leur questionnement sur leurs origines, sur le vieux pays, celui où sont nés leurs parents et leurs grands-parents, est à rattacher à l’identification géographique du Canada en tant que territoire de référence. Dans un premier temps, on tentera d’approcher le rapport qu’entretient et que recrée Kerouac à l’espace et à la mobilité notamment en essayant de le placer dans une tradition de mobilité canadienne française et familiale. Ceci nous permettra de montrer comment, d’une part, la dialectique de la mobilité et du sédentarisme se développe dans trois romans de Lowell (Gerard, Doctor Sax et Maggie) et comment, d’autre part, elle retravaille le mythe américain et la réconciliation de l’homme avec sa destinée continentale ainsi qu’un rêve de gloire et d’intégration à la nation. Ce mythe met en parallèle l’histoire individuelle et l’histoire collective tout en soulignant l’incapacité à se définir une identité en lien avec le territoire comme moteur de cette quête de liberté géographique. Pourtant, l’œuvre de Kerouac dévoile aussi un paradoxe à la base de sa vision de l’Amérique : la rupture forcée avec un passé profondément ancré dans une mémoire structurée autour de la symbolique paroissiale et l’écriture d’une œuvre qui tente désespérément de lier le passé au présent non seulement par sa méthode mais aussi par sa circularité. On pénètrera l’univers géographique que tente de recréer l’auteur dans ses romans de Lowell pour ce qu’il préfigure de la destinée continentale de ce voyageur solitaire en quête d’américanité. Dans cette écriture du mythe américain chez Kerouac, Lowell fait office de lieu clos par opposition aux romans de la route qui parcourent le continent et traversent l’espace mythique. C’est donc sur ce lieu de la rêverie pastorale ou plutôt de la rêverie pa(rois)s(e)-torale que l’on s’arrêtera, sur sa conception et sur sa représentation afin d’envisager le rapport temps/espace/mémoire. Dans un second temps, on cherchera à recontextualiser le roman On the Road dans une approche plus large du mythe américain, en mettant en parallèle la tradition de mobilité qui caractérise le peuple canadien français et le mythe de la frontier. Si cette perpétuelle nécessité de se réconcilier avec sa destinée, de trouver ses racines, de retracer sa genèse continentale s’inscrit dans l’imaginaire du Nouveau Monde, il s’agit avant tout de la recherche d’une identité enfouie sous l’Amérique des autres. On se propose d’approfondir cette entreprise archéologique du ventre de la terre initiée dans On the Road par une analyse du roman The Subterraneans. Dans cette optique, le questionnement de l’ethnicité de l’œuvre de l’auteur est alors possible. C’est ce que nous montre la réappropriation de la figure de l’auteur par les critiques et écrivains québécois (Gilles Archambault, Victor-Lévy Beaulieu, Jacques Poulain, etc.) au tournant des années 1970-1980. On s’intéressera tout particulièrement à cette relecture de Kerouac par les Québécois parce qu’elle nous permettra d’initier ce décryptage des signes ethniques dans The Duluoz Legend qui fera l’objet des deuxième et troisième parties de cette étude.
La deuxième partie, essentiellement axée autour du thème de la mémoire francophone de l’auteur vise à faire ressortir tout un patrimoine culturel, linguistique et religieux pour beaucoup méconnu. C’est pourquoi on s’intéressera tout d’abord au petit microcosme franco-américain que l’auteur décrit dans ses romans afin de montrer que l’écriture est non seulement acte de mémoire mais aussi lieu de mémoire. Il ne fait aucun doute que l’image que Kerouac véhicule de son vécu franco-américain peut déranger parce que non conforme à l’image conventionnelle que la génération précédente d’écrivains canadiens français immigrés s’est évertuée à mettre en place, voire même à institutionnaliser. Le regard que porte Kerouac sur sa Franco-Américanie détonne. Sa Franco-Américanie se raconte dans une langue métissée, où les espaces linguistiques s’enchevêtrent, où ce français trop populaire vient côtoyer la langue de l’autre. Or, si le regard de Ti Jean se veut autre, il n’en reste pas moins marqué par certains automatismes hérités du discours de ces élites sur l’identité franco-américaine. La Franco-Américanie de Jack Kerouac, faut-il le rappeler, est indissociable d’un espace géographique (Lowell) dans lequel il va inscrire sa propre évolution au confluent de ses cultures. Le monde de Kerouac s’arpente et s’arpente encore, s’écoute, se sent et se goûte. Il prend les lieux, les gens et les événements ordinaires de sa vie et les magnifie dans l’univers de sa légende. Toutes ces figures du Lowell de l’auteur sont présentées comme des petites vignettes d’un monde perdu qui ont toutes une fonction bien précise dans la trame narrative. En interrogeant le territoire culturel et verbal francophone de la légende, on mettra en évidence une relation étroite entre deux espaces de parole et d’écriture qu’on a souvent dissociés pour trouver à la prose spontanée d’autres racines que le bop. On s’attachera à explorer cette architextualité langagière pour ce qu’elle révèle de l’auteur, de son approche littéraire, des thèmes abordés et de son rapport au lecteur. On s’intéressera aussi dans cette partie aux diverses représentations qui témoignent de la mémoire comme territoire de l’identité dans la légende : ces vestiges de la religion catholique et populaire qui constituent une approche identitaire mais aussi littéraire de l’œuvre. Une étude de la religion populaire dans certains romans permet de montrer comment Kerouac transforme ce patrimoine religieux en éléments constitutifs d’un folklore propre à la légende, comment celle-ci garde en mémoire ce patrimoine méprisé et est une sorte d’encyclopédie de poche de ces expressions populaires de la religion chrétienne. Nourri par les images pieuses de son enfance, Kerouac parsème ses romans de vestiges de la religion catholique populaire. Par exemple, dans Doctor Sax, il se réapproprie l’iconographique religieuse et attribue à chacun des membres de sa famille une figure pieuse. On insistera ensuite plus particulièrement ici sur le folklore et l’oralité et sur l’utilisation et le détournement de cette culture populaire dans les romans de l’auteur. Il sera question de la préservation et de la continuité de la culture populaire par le biais des cercles de sociabilité publics ou privés, pour ensuite nous pencher sur la place occupée par le merveilleux dans le roman Doctor Sax. On s’attachera aussi à montrer les divers aspects de cultures populaires mises en perspective dans le roman pour voir comment celles-ci témoignent du déclin d’un folklore au prix d’une autre forme de culture populaire : les comics.
La troisième partie, quant à elle, se développe autour de la notion de retour en ce sens qu’elle s’attache à présenter la légende comme une odyssée franco-américaine. C’est en effet autour de cette notion que se construisent ses romans, le retour en tant que matériau de l’écriture, le retour comme thème, mais aussi le retour comme forme palimpsestique, comme réécriture. L’origine de la légende est bien là, dans le rêve nostalgique d’une enfance à réveiller, mais il va plus loin et s’inscrit dans un voyage où le retour à l’origine est à la fois le nécessaire outil à l’écriture mais aussi à la (dé-)construction de cet homo franco-americanus dont l’auteur est une des premières voix. La légende n’est pas seulement une destinée familiale, c’est une sorte de récit de la Franco-Américanie, d’une identité mais aussi d’une culture en déclin dont l’écriture témoigne des étapes. Cette partie s’attache donc à développer dans un premier temps, l’aspect légendaire de l’œuvre de l’auteur en mettant en avant son rapport aux récits légendaires mais aussi à la généalogie. On montrera comment ce projet d’envergure légendaire et épique s’est construit (filiations, influences, etc.), mais aussi comment son écriture reflète elle aussi un constant retour, un va-et-vient entre deux pôles, entre deux allégeances. Ce qui nous conduira enfin à ré-envisager le premier roman de l’auteur, The Town and the City, comme un roman d’immigrant et, sa ré-écriture (les romans de Lowell), comme une trilogie ethnique, une poétique généalogique et générationnelle développée autour des termes de consent et descent.
Enfin, dans l’optique franco-américaine qui a guidée cette étude, il semblait juste de conclure en considérant l’œuvre de Kerouac au sein de la littérature issue de cette communauté et, par le biais d’un historique de son évolution, de nous interroger sur la place de notre auteur au sein de celle-ci.
"Unanimitas et Societas Sanctorum". L’ idée de communion des Saints dans l’Occident chrétien de Tertullien à Grégoire le Grand
Samedi 28 mai 2005
Amphithéâtre Michelet ou Quinet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
M. Dominique BARBE soutient sa thèse de doctorat :
"Unanimitas et Societas Sanctorum". L’ idée de communion des Saints dans l’Occident chrétien de Tertullien à Grégoire le Grand
En présence du Jury :
M. MARTIN (Paris 4)
Mme DESMULLIEZ (Lille 3)
M. MODERAN (Caen)
Mme PIETRI (Paris 4)
M . SALAMITO (Paris 4)
"Une interrogation si vive adressée à l’Egypte" : Tranformations de l’Egypte du vingtième siècle dans les récits égyptiens et européens.
Samedi 25 novembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme Eve DE DAMPIERRE soutient sa thèse de Doctorat :
"Une interrogation si vive adressée à l’Egypte" : Tranformations de l’Egypte du vingtième siècle dans les récits égyptiens et européens.
En présence du Jury :
M. BACKES (PARSI 4)
Mme BASCH (POITIERS)
M. BOUJU (RENNES 2)
M. JACQUEMONT (AIX-MARSEILLE 2)
M. MASSON (PARIS 4)
Mme RACHID (LE CAIRE)
Résumés
Cette thèse propose une étude comparative des représentations de l’Égypte du XXe siècle dans les récits et fictions d’écrivains égyptiens et européens (domaines arabe, français, anglais, italien). Dans une première partie, nous abordons les enjeux politiques et littéraires soulevés par la représentation de l’Égypte dans les textes occidentaux au XXe siècle. Nous posons l’hypothèse que la transformation politique du pays, engendrée par la fin du colonialisme et l’indépendance, bouleverse sa représentation littéraire. La seconde partie interroge la notion de modernité à travers la littérature : nous présentons différentes étapes de l’histoire du pays entre les années vingt et les années soixante-dix, pour montrer comment se traduisent, d’un point de vue narratif et poétique, l’émergence de la modernité et sa perception subjective. Enfin, après avoir défini un champ littéraire spécifique qui résulte d’une écriture sédentaire, nous présentons dans la troisième partie une étude poétique de l’ensemble du corpus : il s’agit d’en éclairer certaines figures et élaborations fictionnelles, mais aussi de montrer comment l’écriture poétique elle-même met en scène le bouleversement de l’image de l’Égypte.
This dissertation offers a comparative study of 20th century Egypt as seen through Egyptian and European narrative and fictional texts (Arabic, French, English and Italian). The first section presents political and literary issues connected with representations of Egypt in Western 20th century texts, arguing that political changes affecting the country, which were brought about by the end of colonialism and independence, also radically affect its representation in literature. The second section questions the idea of modernity through a close study of literary texts : it presents different stages of the Egypt’s history between the twenties and the seventies in order to show how the emergence of modernity and its subjective perceptions are translated into narrative and poetic texts. Lastly, after having defined the specific literary field resulting from residence writing, the third section is devoted to a study of the poetics of these different works, aiming not only to shed light on certain figures and structures of these fictions, but also to show how this poetical treatment comes to represent a radical change in Egypt’s image and can be seen as an enactment of this transformation.
دراسة مقارنة
يقدم هذا البحث دراسة مقارنة لمصر القرن العشرين خلال الكتابات الأدبية والروائية في كل من اللغات العربية والفرنسية والإنجليزية والإيطالية. يقدم الجزء الأول المواضيع السياسية والأدبية المتصلة بالتعبير عن مصر في النصوص الغربية بالقرن العشرين، والدلالة على أن التغيرات السياسية المؤثرة على الدولة نتيجة نهاية الاستعمار إلى الاستقلال، أثرت أيضا بصورة واضحة على تلك الكتابات الأدبية. يبحث الجزء الثاني فكرة التجديد والمعاصرة خلال دراسة مدققة للنصوص الأدبية في فترات مختلفة من تاريخ مصر بين العشرينات والسبعينات وذلك للدلالة على كيفية تأثير المعاصرة بنظرتها الموضوعية والذاتية على النصوص الأدبية والشعرية. أخيرا بعد تحديد خصوصية التعبير الأدبي الناتج عن (كتابة المقيمين)، يقدم هذا الجزء دراسة في شاعرية هذه الكتابات المتنوعة، ليس فقط لإلقاء الضوء على بعض الأسماء والبناء الروائي، ولكن لإظهار كيف أن هذه المعالجة الأدبية والشعرية تمثل تغيرا جوهريا في التعبير عن صورة مصر.
Position de thèse
Cette étude propose de montrer quelles transformations de la littérature impliquent les différentes types de bouleversements traversés par l’Égypte au XXe siècle, et par quels moyens l’écriture poétique et narrative peut à la fois rendre compte de ces bouleversements et questionner la représentation qu’on en donne.
Parler des transformations de l’Égypte dans la littérature implique de prendre en compte les deux sens de sa transformation.
Le premier est objectif, c’est-à-dire avant tout historique et politique. L’Égypte a traversé au XXe siècle deux révolutions (1919 et 1952), la seconde ayant conduit à l’indépendance après plus d’un demi-siècle d’occupation britannique. Ces bouleversements politiques se sont accompagnés d’une transformation du paysage, notamment du paysage urbain du Caire et d’Alexandrie. La littérature peut donc avoir la fonction d’un témoin de l’Histoire, fonction universelle qui prend toutefois une ampleur particulière dans le champ littéraire égyptien fortement marqué par une contrainte documentaire. En tant que miroirs de l’histoire, les récits d’écrivains égyptiens et d’écrivains européens vivant en Égypte à la même époque traduisent cette transformation du pays et de son paysage.
Mais la particularité de l’écriture littéraire est qu’elle ne se donne pas comme un reflet fidèle du matériau dont elle s’inspire. C’est là le second sens que je voudrais donner à l’idée d’une transformation de l’Égypte : il s’agit d’un ensemble de déformations opérées par la littérature. Cette transformation, qui résulte des processus mis en œuvre dans les textes poétiques et narratifs inspirés de cette Égypte est, quant à elle, subjective : elle résulte des images que projettent écrivains égyptiens et occidentaux sur l’histoire égyptienne et son paysage.
Cette étude propose donc de montrer quelles transformations de la littérature impliquent les différentes types de bouleversements traversés par l’Égypte au XXe siècle, et par quels moyens l’écriture poétique et narrative peut à la fois rendre compte de ces bouleversements et questionner la représentation qu’on en donne.
Délimiter une période qui puisse illustrer de manière pertinente la transformation de l’Égypte va nécessairement à l’encontre de certains découpages fréquemment appliqués à l’histoire égyptienne. En effet, deux notions m’ont semblé essentielles pour caractériser cette période et sa perception à travers la littérature : celle de modernité et celle de post-colonialisme. Or, ces deux termes sont traditionnellement employés pour désigner une période soit bien plus vaste, soit bien plus restreinte que les années 1920-1970 dont il est question dans cette étude. L’appellation de modernité égyptienne s’applique traditionnellement aux XIXe et XXe siècles, c’est-à-dire à la période débutant avec l’Expédition Française d’Égypte et, quelques années plus tard, le début du règne de Muhammad ‘Ali. À l’inverse, la notion de post-colonialisme est employée, par définition, pour évoquer la seconde moitié du XXe siècle, qui succède à l’indépendance de l’Égypte, mais aussi un courant de la critique littéraire et de l’anthropologie qui prend appui sur la décolonisation. La superposition de ces deux notions donne pourtant un sens à la période concernée.
La perspective d’une transformation de l’Égypte implique en effet de prendre en compte une donnée objective, la naissance du nationalisme égyptien, et une donnée subjective que l’on peut appeler le « sentiment » de la modernité. Celui-ci est essentiel pour comprendre, par exemple, la vision de l’histoire qui gouverne les Hikâyât hâratina (Récits de notre quartier) de Najîb Mahfûz. Bien entendu, il n’est pas question uniquement de sentiment, car cette modernité est reflétée par différents changements matériels et culturels qui affectent la société égyptienne : ainsi dans ces mêmes récits voit on évoluer la mode, l’organisation de l’espace ou encore les coutumes sociales. Dans cette perspective, la notion de post-colonialisme apporte alors une précision à celle de modernité. Elle peut caractériser, par anticipation, la lutte contre le système colonial, intensifiée en Égypte à partir des années vingt. Mais elle peut aussi éclairer la sensation d’un vide politique, entendu comme la disparition d’une cause politique commune, qui succède à l’indépendance égyptienne. L’idée de modernité et celle de post-colonialisme permettent donc de comprendre le lien entre la transformation du regard sur l’histoire égyptienne, dont témoigne par exemple la technique narrative employée par l’alexandrin Edouard Al-Kharrât, et un état d’esprit plus diffus imprégnant les textes d’écrivains européens comme égyptiens. Cet état d’esprit traduit une interrogation sur l’après-orientalisme, exprimée de manière claire dans les textes sur l’Égypte de Giuseppe Ungaretti comme de Michel Butor.
La correspondance entre un ensemble de facteurs politiques ponctuels et une évolution plus générale des mentalités en Égypte m’ont conduite à considérer le début des années vingt comme un tournant de l’histoire égyptienne. Sur le plan politique, elles sont marquées par la révolution de 1919 menée par Sa‘ad Zaghlûl, premier leader du nationalisme égyptien. Mais elles sont aussi traversées par plusieurs phénomènes révélateurs d’une transformation culturelle : l’apparition des premiers films égyptiens mais aussi des premières automobiles, l’urbanisation du Caire ou encore le dévoilement public d’une des pionnières du féminisme arabe, Huda Sha‘arâwi.
_ Il est plus difficile de déterminer l’autre borne de cet espace chronologique de la transformation. La fécondité littéraire des années cinquante et soixante en Égypte, et son contexte historique - la critique du régime nassérien - m’ont naturellement invitée à considérer cette période. Or, la fin des années soixante et le début des années soixante-dix constituent une charnière dans la politique extérieure et intérieure de l’Égypte. La défaite de 1967 consacre, sur les plans militaire et diplomatique, le désenchantement suscité par le règne de Nasser, qu’illustre de façon transparente le roman de Mahfûz Mîrâmâr. Par ailleurs, les années soixante-dix sont marquées par un brusque revirement libéral que représente, après vingt ans d’économie socialiste, la politique d’Infitâh menée par Sadate après la mort de Nasser en 1970. Les nombreuses grèves et manifestations contre la hausse des prix qui eurent lieu au Caire en 1972 font l’objet d’une évocation dramatique dans le roman d’Ibrahîm Aslân, Mâlik al-hazîn (Le Héron). Ce roman souligne d’ailleurs l’importance d’une sensation subjective de transformation que la littérature, indépendamment de sa fonction éventuelle de témoignage, est à même de traduire. Il m’a donc semblé nécessaire de prendre en compte ces moments de crise : ils constituent l’autre délimitation chronologique de la période choisie.
À l’encontre des découpages chronologiques et logiques qui visent à isoler certains moments de l’Histoire pour en déterminer les caractéristiques autonomes, cette délimitation chronologique a pour but de souligner le passage d’une époque à l’autre. Quels germes du changement contiennent les trente années qui précèdent la Révolution et l’indépendance ? À l’inverse, comment l’histoire et l’esprit d’une lutte peuvent-ils survivre à l’époque circonscrite de cette lutte, ou peuvent-ils hanter les années qui lui succèdent ? Quelle sensation de menace pèse, à différentes époques, sur les Européens installés en Égypte ? Comment se traduit-elle dans leurs textes ? Car ce sont bien des textes littéraires qui éclairent dans cette étude la transformation de l’Égypte. Par conséquent, s’il est souvent question d’Histoire dans ces récits - notamment chez les écrivains égyptiens - l’émergence de la modernité et la perception d’une transformation de l’Égypte peuvent transparaître avec une évidence égale dans des textes dont l’ancrage historique est radicalement différent. Ainsi l’intuition d’un bouleversement historique peut elle imprégner la narration autant chez Mahfûz dans les années vingt que chez Aslân au début des années soixante-dix. De même, l’impression de vivre une époque finissante, et d’assister à l’écroulement d’une ville, peut transparaître des récits de Giuseppe Ungaretti (1931), comme du Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell ou encore des romans d’Albert Cossery, dont l’écriture s’échelonne sur plus d’un demi-siècle.
L’intérêt d’une approche comparatiste réside bien dans la possibilité de confronter un ensemble de textes sans céder à la séduction des dichotomies (Orientaux versus Occidentaux ; arabophones versus francophones, ou acculturés) comme à celle des étiquettes génériques, qui séparent roman et poésie, autobiographie et fiction, vérité et imagination. Le but de cette étude est donc de comparer des récits de langue arabe, française, anglaise ou italienne en tenant compte des écarts biographiques et linguistiques entre leurs auteurs. Je tenterai de montrer de quelle manière la littérature souligne ces différences et les éclaire, et comment elle invite, au contraire, à les réduire, en rapprochant, à travers une étude poétique, des écrivains que leur langue ou leur statut en Égypte voudraient opposer.
Si l’approche comparatiste permet d’opérer des traversées fécondes entre les régions, les langues et les genres, elle impose, pour offrir autre chose qu’un lointain survol, un matériau d’étude restreint. J’ai évoqué les critères qui m’ont autorisée, ou contrainte, à quelques coupes franches, et non moins regrettables, notamment dans la littérature égyptienne. Mais un autre principe m’a guidée dans le choix de ces œuvres : le souhait de présenter la littérature sur l’Égypte dans sa diversité, en accordant une importance égale aux textes les plus célèbres de la littérature égyptienne et européenne, et à leurs petits frères méconnus.
Ainsi, au sein d’une œuvre romanesque aussi considérable que celle de Najîb Mahfûz, dont la renommée est bien assise hors d’Égypte, j’ai sélectionné certains textes qui figurent parmi les moins connus du grand public, ou parmi les plus difficile à classer : d’une part, le roman alexandrin Mîrâmâr (1967), d’autre part, les Récits de notre quartier (1975) qui rassemblent les souvenirs les plus anciens de l’écrivain. À l’inverse, j’ai tenu à étudier des romans parmi les plus célèbres d’Edouard Al-Kharrât et d’Ibrahîm Aslân, deux écrivains moins reconnus que Mahfûz hors d’Égypte. Pour le premier, il s’agit de ses deux récits autobiographiques évoquant l’Alexandrie des années trente et quarante, Turâbuhâ Za‘afrân (Alexandrie, terre de safran) et Ya Banât Iskandariyya (Belles d’Alexandrie), parus en 1985 et 1990. Pour le second, il s’agit de son premier roman, Le Héron (1983), situé dans un quartier du Caire, Imbâba (et plus précisément Kitkât) dont l’existence réelle se confond désormais avec l’image qu’en ont donné ce livre et le film qui en fut tiré. À cela s’ajoute l’œuvre francophone d’Albert Cossery, écrivain égyptien installé en France depuis cinquante ans, œuvre au sein de laquelle j’ai sélectionné les nouvelles et romans inspirés du Caire : Les hommes oubliés de Dieu (1940), La maison de la mort certaine (1945), Mendiants et orgueilleux (1956) et enfin Les couleurs de l’infamie (1999). Enfin, je n’ai pas résisté à la tentation d’évoquer, bien que brièvement, une des nouvelles les plus courtes de Yusûf Idrîss : son titre, Hikâya masriyya giddan (Une histoire très égyptienne), me semblait en effet la rendre incontournable.
Pour la littérature européenne, le souci de présenter la diversité des textes inspirés d’une même muse, l’Égypte en transformation, impliquait un autre critère : il fallait rendre compte des écarts importants entre plusieurs statuts d’ « Européens en Égypte ». En effet, même lorsqu’ils ne sont pas des touristes, les étrangers en Égypte ne constituent pas une classe homogène. L’Irlandais Lawrence Durrell débarqua en 1941 dans une Alexandrie en guerre et occupée, où il travailla pour le bureau d’information britannique. Georges Limbour séjourna à la fin des années vingt à Assiout puis au Caire, où il enseigna sans passion au lycée français. Butor vint en Égypte en 1950, où il exerça le même métier, mais à l’école publique de Minieh, en moyenne Égypte. Enfin, Giuseppe Ungaretti était un Italien d’Égypte, né à Alexandrie où il vécut vingt ans et qu’il retrouva vingt ans plus tard : il appartenait donc à la communauté italienne d’Alexandrie. À cette variété des statuts s’ajoutent la différence des styles, des genres, mais aussi des renommées. J’ai donc voulu réunir le très célèbre Quatuor d’Alexandrie (1957-1960), dont le succès consacra la carrière d’écrivain de Durrell, et un récit de Butor intitulé « Égypte », paru dans Le génie du lieu en 1958, qui reste méconnu des lecteurs de l’Emploi du temps. Les récits égyptiens de Limbour et d’Ungaretti se situent également un peu en marge de leurs pages les plus connues. Cela est évidemment plus frappant dans le cas d’Ungaretti, qui fut presque exclusivement poète : le Carnet égyptien (1931) se situe, par sa forme, en marge de l’œuvre d’Ungaretti, bien que les images qui le traversent, mirages de l’Égypte et du désert, soient au cœur de la Vita d’un uomo (Vie d’un homme). Quant aux trop méconnus Récits africains (parus entre 1927 et 1968), ils illustrent le caractère hybride et virtuose de l’écriture surréaliste de Limbour, dans laquelle se mêlent anecdotes autobiographiques, séquences narratives et poésie.
Seul un corpus aussi diversifié, où coexistent romans au sens classique, fictions autobiographiques, nouvelles, récits poétiques et poèmes en prose, permet de donner un sens à l’idée d’une transformation de l’Égypte, au sens de métamorphose ou encore de déformation. Par ailleurs, l’ensemble de ces textes est abordé selon deux perspectives qu’il conviendra d’abord de distinguer. La première prend en compte le regard porté par ces écrivains, à travers leurs textes, sur la transformation historique de l’Égypte. Il eût été maladroit, en effet, de placer d’emblée l’ensemble des textes sur un même plan, en ignorant, au nom de la poésie et de la fiction, l’écart qui sépare leurs origines et leurs préoccupations. La seconde est, quant à elle, poétique : il s’agit de confronter les différentes images et visions de l’Égypte qui apparaissent dans l’ensemble des œuvres. Je tenterai donc de concilier ces deux méthodes de lecture des textes. De la même manière, certains récits de ce corpus comportent une dimension réflexive : leurs auteurs mettent en cause leur propre vision déformée de l’Égypte. Cette réflexion prend un sens particulier dans le cas des écrivains européens, puisqu’elle alimente souvent une culpabilité d’Occidental. Toutefois, elle apparaît aussi dans le roman d’Aslân, où elle souligne le lien évident entre la transformation objective de l’Égypte et sa transformation romanesque.
Ce travail s’articule donc autour de deux questions principales : quels conflits soulève la représentation de l’Égypte moderne et contemporaine dans la littérature occidentale ? Comment représente-t-on l’Égypte à l’époque de sa transformation ? Ces deux questions, que traverse et éclaire le fil directeur auquel j’ai donné le nom de transformations de l’Égypte, ne pouvaient évidemment pas rester séparées. On les retrouvera à différents stades de cette étude, et je tenterai à chaque fois d’y apporter des éléments de réponse. Pour mettre en évidence les deux directions essentielles de ce travail - l’une problématique, l’autre poétique - j’ai distingué trois parties au sein de cette étude. J’ai également tenu à répartir dans les différents chapitres de cette étude les éléments de présentation du sujet, pour épargner à mon lecteur un exposé sur l’histoire de l’Égypte et sa géographie ou encore diverses considérations théoriques sur les formes possibles d’un récit ou d’une fiction. J’ai donc préféré aborder la question in medias res.
La première partie s’intéresse à différents de conflits engendrés par la représentation de l’Égypte dans les textes occidentaux, et tente de définir les enjeux littéraires, mais aussi historiques et politiques de ces conflits. Je commencerai par exposer la récente diatribe d’E. Al-Kharrât contre le Quatuor d’Alexandrie de Durrell (chapitre 1), pour confronter les questions qu’elle soulève à celles que pose Butor près de cinquante ans auparavant, et enfin à la fameuse thèse d’E. Saïd sur l’orientalisme (chapitres 2 et 3). L’étude de ces textes de nature très diverse permettra, dans cette première partie, d’en dégager leur réflexion commune : pour Al-Kharrât, Butor ou Saïd, il s’agit de remettre en cause la représentation littéraire ou mentale de l’Égypte (ou plus largement de l’Orient, dans le cas de L’Orientalisme) par l’Occident.
La deuxième partie a pour but d’illustrer la transformation historique de l’Égypte à partir de récits égyptiens et européens, mais aussi de souligner sa perception différente par les Égyptiens et les Européens installés en Égypte. Cette partie est donc la seule à être organisée selon une distinction nette entre la littérature égyptienne (chapitre 4) et la littérature européenne (chapitre 5). Une telle disposition a pour but de rendre évident l’écart entre le regard porté sur l’Histoire par ces différents écrivains. Pour les Égyptiens, les bouleversements politiques et sociaux que traversent l’Égypte se traduisent en terme de lutte, d’indépendance et de modernité, bien qu’apparaisse aussi l’ambiguïté d’une Égypte nouvelle contaminée par l’image de la violence et l’idée d’un vide idéologique. Pour les Européens, ces mêmes bouleversements s’apparentent à une menace qui donne à leurs textes une tonalité crépusculaire.
Enfin, la troisième partie propose une approche poétique de l’ensemble des textes. Je tenterai d’abord de définir les caractéristiques de l’écriture sédentaire, ce qui impliquera de revenir quelque temps en arrière pour comprendre la formation de ce genre (chapitre 6) et sa pertinence à l’époque concernée. Je présenterai ensuite certains traits caractéristiques, structures, figures et fantasmes, qui alimentent de nouvelles représentations poétiques de l’Égypte (chapitres 7 et 8). Dans cette dernière partie, je chercherai enfin à montrer par quels moyens littéraires ces textes interrogent l’Égypte, et quelles réponses ils peuvent apporter à la question polémique de sa représentation (chapitre 9).
Ce cheminement permet de comprendre les modalités d’un conflit pour le monopole poétique de l’Égypte et son contexte historique tel qu’il apparaît dans les textes : la transformation de l’Égypte ; et de souligner sa correspondance avec une poétique de l’Égypte nouvelle.
"Vertige" de Chateaubriand
Jeudi 8 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. François RAVIEZ soutient son Habilitation à diriger les recherches :
"Vertige" de Chateaubriand
En présence du Jury :
M. DELON (Paris 4)
M. BERTHIER (Paris 3)
M. BERCHTOLD (Paris 3
M. FRANTZ (Paris 4)
M. MALANDAIN (Lille 1)
M. ROULIN (Saint-Étienne)
"Voix devant la Parole" : Bossuet et la théorique de l’autorité
Samedi 9 décembre 2006
9 heures 30
En Sorbonne, Amphithéâtre Champollion
16, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme Anne REGENT soutient sa thèse de Doctorat :
"Voix devant la Parole" : Bossuet et la théorique de l’autorité
En présence du Jury :
M. CUCHE (STRASBOURG 2)
Mme DENIS (PARIS 4)
M. FERREYROLLES (PARIS 4)
M. LANDRY (LYON 3)
M. LE BRUN (EPHE)
Mme SANCIER-CHATEAU
Résumés :
L’autorité apparaît comme la ligne de force conceptuelle et esthétique de l’oeuvre abondante et polymorphe de
Bossuet, souvent présenté comme le chantre de l’absolutisme et du catholicisme tridentin. Aussi est-ce à travers
le prisme de la rhétorique de l’autorité que sont ici scrutées, dans une perspective tout à la fois englobante et
pluridisciplinaire, les stratégies argumentatives mises en place par l’évêque de Meaux : utilisation et
détournement des lieux, construction d’un double pathos de surplomb et de communion, multiplication des éthè
renvoyant à la dualité fondamentale d’un je oscillant entre force et faiblesse. L’oeuvre de Bossuet se révèle alors
parcourue par une double tension : poursuivant d’une part le rêve toujours réaffirmé d’une vérité universelle qui
posséderait par elle-même autorité, et n’aurait besoin que d’être énoncée pour convaincre, elle met cependant en
oeuvre une véritable « rhétorique de l’autorité » visant à imposer, par divers procédés, sa vérité propre ;
revendiquant d’autre part une autorité de nature essentiellement traditionnelle, elle se voit en définitive marquée
par une singulière auctorialité.
Authority appears as the conceptual and aesthetic leading principle of the abundant and diverse work of Bossuet,
often portrayed as the champion of French absolutism and Tridentine Catholicism. It is thus through the prism
of the rhetoric of authority, in an inclusive and multidisciplinary approach, that the argumentative strategies
employed by the Bishop of Meaux are here examined : the use and perversion of the topoi, the construction of a
double-sided pathos of domination and communion, the multiplication of ethe pointing to the fundamental
duality of the speaker self, who oscillates between strength and weakness. Bossuet’s works are thus underlined
by a double tension. On the one hand, while pursuing the dream, constantly reaffirmed, of a universal truth that
is authoritative per se, and whose simple exposition would be persuasive, Bossuet in fact employs a complex
"rhetoric of authority" aimed at imposing, by diverse means, his personal truth. On the other, while laying claim
to an essentially traditional authority, Bossuet’s work is ultimately marked by his personal authorship.
Position de thèse :
« “Voix devant la Parole” : Bossuet et la rhétorique de l’autorité »
« Dictateur [...] de l’épiscopat et de la doctrine »1, chantre et théoricien de la
monarchie absolue : telle est souvent l’image donnée de Bossuet. Sa figure paraît
indissociable des pouvoirs politiques et religieux auxquels il se trouva lié et son écriture
elle-même ne fait en cela qu’accuser le trait, tant s’y reflète, semble-t-il, l’affinité
profonde liant « l’aigle de Meaux » aux diverses formes d’autorité ; on connaît en effet
le jugement de Valéry :
Dans l’ordre des écrivains, je ne vois personne au-dessus de Bossuet ;
nul plus sûr de ses mots, plus fort de ses verbes, plus énergique et plus
délié dans tous les actes du discours, plus hardi et plus heureux dans la
syntaxe, et, en somme, plus maître du langage, c’est-à-dire de soimême2.
Longtemps sacralisée par l’école et par l’université, la prose de Bossuet constituerait
ainsi le parfait répondant d’une époque et d’un régime foncièrement autoritaires.
Or si l’évêque de Meaux peut effectivement apparaître, à certains égards du
moins, comme une sorte d’hypostase de la face autoritaire de la France louisquatorzienne,
plus mystérieuse apparaît l’autorité se dégageant encore de son discours
pour le lecteur du XXIe siècle. Comment expliquer, en effet, que, même en dehors du
contexte institutionnel qui fut le sien, le discours de Bossuet fasse encore percevoir de
manière si sensible - pour le meilleur et pour le pire - sa visée dominatrice ? C’est à
cette question que ce travail s’efforce de répondre, en examinant les diverses traductions
textuelles de l’autorité chez Bossuet selon le genre de texte pratiqué et la stratégie
d’écriture à laquelle il correspond.
1 Saint-Simon, Mémoires, éd. Y. Coirault, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1983, t. I,
p. 255.
2 P. Valéry, OEuvres, éd. J. Hittier, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1957, t. I, p. 498.
Position de thèse d’Anne Régent-Susini : « “Voix devant la Parole” : Bossuet et la rhétorique de l’autorité »
La problématique de l’autorité peut en effet rendre compte de l’effet essentiel
produit, aujourd’hui comme autrefois, par l’oeuvre de Bossuet. Certes, aujourd’hui aussi
omniprésent que polémique et mal connu, le concept même d’autorité pose, à première
vue, plus de questions qu’il n’en résout. Cependant, son réexamen à la lumière du cas
exemplaire de Bossuet a paru d’autant plus opératoire que le domaine littéraire s’avérait
de toute évidence pour la question de l’autorité un champ d’investigation
particulièrement fécond - comme en témoignent au premier chef les débats entourant
encore aujourd’hui la déconstruction de la figure auctoriale.
Le traitement d’une telle problématique dans une perspective rhétorique, quant à
lui, s’imposait à différents égards : d’abord en ce que, prenant acte du lien étroit
unissant autorité et rhétorique, il devait conduire à mettre au jour « une théorie de
l’efficacité du discours3 » ainsi que les conceptions anthropologiques, philosophiques,
politiques et religieuses qui la sous-tendent ; et ensuite en ce qu’il devait conduire à
« cerner une part des conditions de production des discours en général »4 et de l’oeuvre
bossuétiste en particulier.
Or par un paradoxe critique inexpliqué, et en dépit même de la reviviscence
contemporaine des études rhétoriques, une telle approche avait jusqu’ici constitué le
point aveugle des recherches portant sur l’oeuvre de Bossuet, pourtant très tôt érigée au
rang de parangon d’éloquence - seul point sur lequel s’accordent, du reste, les partisans
et les détracteurs de l’évêque de Meaux. Aussi s’agissait-il de s’interroger sur la
manière dont la conception bossuétiste de l’autorité débouche sur une pratique
rhétorique spécifique et personnelle, mais aussi emblématique d’une période où la
notion d’autorité connaît, dans les domaines politique, religieux et littéraire, une
évolution doublement décisive. Décisive pour l’histoire des mentalités d’une part - au
sens où les débats religieux sur l’autorité (en particulier la critique de l’argument de
tradition et les débats philologiques) sont à l’origine de l’historiographie et de la critique
modernes. Décisive, d’autre part, pour la notion d’autorité elle-même, car c’est bien à la
charnière entre les XVIIe et XVIIIe siècles que se produit, sinon la brutale « crise de la
conscience européenne » mise en lumière par P. Hazard, du moins « le passage
3 M. Charles, Rhétorique de la lecture, Paris, Seuil, 1977, p. 10.
J.-M. Adam, « De la grammaticalisation de la rhétorique à la rhétorisation de la linguistique. Aide
mémoire », R. Koren et R. Amossy (éd.), Après Perelman : quelles politiques pour les nouvelles
rhétoriques ?, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 42.
Position de thèse d’Anne Régent-Susini : « “Voix devant la Parole” : Bossuet et la rhétorique de l’autorité »
progressif d’une culture de l’autorité, dominée par les textes religieux et les grands
auteurs de l’Antiquité, à une culture de la libre pensée et de la libre création, dominée
par la littérature et les sciences5 ». Notre étude s’efforce donc de mieux cerner une
oeuvre singulière, certes, mais aussi, à travers elle, l’hésitation, caractéristique d’une
époque, entre plusieurs épistémès, entre plusieurs « régimes de vérité », et donc de
pouvoir.
Une pensée de l’autorité, servie par une écriture de l’autorité, telle doit alors
apparaître la ligne de force conceptuelle et esthétique d’une oeuvre syncrétique, souvent
peu systématique et pourtant profondément cohérente en dépit de sa grande diversité
générique.
Prendre en compte cette diversité impliquait de faire place à un grand nombre de
textes, constituant un corpus représentatif des différents genres littéraires pratiqués par
Bossuet. Les OEuvres oratoires ont ainsi été scrutées dans leur intégralité, et l’oeuvre
non oratoire s’est vue illustrée par des textes pédagogiques (la Politique, la Logique),
polémiques (l’Exposition de la doctrine catholique, les Avertissements aux protestants
et la Relation sur le quiétisme), historico-pédagogiques (le Discours sur l’Histoire
universelle) et historico-polémiques (l’Histoire des variations des Églises protestantes).
Il a semblé important d’inclure également des textes méditatifs moins connus tels que
les Méditations sur l’Évangile et les Élévations sur les Mystères, qui font entendre une
autre voix de Bossuet, plus intime et moins ouvertement autoritaire, ainsi que la
Dissertatio de Psalmis, qui, dans une oeuvre peu portée aux développements
métadiscursifs, permet de mieux comprendre l’idée que se faisait Bossuet d’un certain
« style biblique ». L’ensemble de l’oeuvre a toutefois été consulté et d’autres textes se
trouvent convoqués chaque fois que les besoins de la démonstration l’exigent.
Ce corpus a été envisagé selon une approche pluridisciplinaire, seule susceptible
de mettre en lumière l’élaboration conceptuelle de la notion d’autorité chez Bossuet, et,
simultanément, la manière dont elle s’inscrit formellement dans l’oeuvre. La perspective
adoptée, en effet, impliquait un constant croisement des perspectives littéraire,
philosophique, théologique, sociologique et historique : d’une part, en ce que la
5 G. Leclerc, Histoire de l’autorité. L’assignation des énoncés culturels et la généalogie de la croyance.
Paris, Presses Universitaires de France, 1996, p.8 .
Position de thèse d’Anne Régent-Susini : « “Voix devant la Parole” : Bossuet et la rhétorique de l’autorité »
rhétorique s’inscrit nécessairement au carrefour des savoirs ; et d’autre part, en ce que
l’autorité constitue, par essence, un concept relevant à la fois de la philosophie, de la
sociologie et de la théologie - pour ne citer que ces domaines.
C’est d’abord sur la conception de l’autorité développée par Bossuet que s’est
portée l’attention. Nous avons en particulier tenté de mettre au jour la manière dont
cette conception reflète le passage d’une conception dionysienne et mystique à une
conception thomiste et juridictionnelle de l’autorité : l’autorité selon Bossuet demeure
médiation, mais médiation d’un pouvoir plus que d’un savoir. Pour autant, loin de se
résumer à une relation de pouvoir, elle constitue d’abord une relation d’amour, comme
en témoignent les deux modèles fondamentaux selon lesquels Bossuet, suivant en cela
toute une tradition du christianisme, se représente l’autorité politique et l’autorité
religieuse : le patriarcat et le pastorat. Remarquablement cohérente, la pensée
bossuétiste de l’autorité définit en tout état de cause un espace conceptuel de première
importance, où réflexion politique, réflexion historique et réflexion ecclésiologique,
héritage augustinien, héritage dionysien et héritage thomiste, viennent s’unifier autour
de ces pôles fondamentaux que sont l’unité, l’ordre, la permanence et la médiation. (I)
Intrinsèquement liée à la beauté d’un ordre immuable et harmonieux, l’autorité
du discours vrai, se caractérisant par sa clarté, sa concision, sa simplicité et son naturel,
aurait dû pour Bossuet s’imposer d’elle-même, dans le cadre d’une rhétorique de
l’exposition remplaçant la démonstration par la simple monstration.
Nous avons pourtant montré comment, prenant acte de l’insuffisance d’une telle
(anti-)rhétorique, l’évêque de Meaux développe en réalité le plus souvent une
argumentation plus traditionnelle, apparaissant, non sans paradoxe, comme une
construction d’immédiateté. De fait, le contact direct avec le vrai que vise à instaurer
son discours passe régulièrement par la mise en oeuvre d’un raisonnement fondé sur une
logique précisément codifiée. Après avoir envisagé cette dernière en suivant la
typologie des lieux exposée par Bossuet lui-même dans sa Logique du Dauphin, nous
avons étudié plus précisément la mise en oeuvre rhétorique des différents lieux, et en
particulier la manière dont le recours constant à divers coups de forces argumentatifs
sition de thèse d’Anne Régent-Susini : « “Voix devant la Parole” : Bossuet et la rhétorique de l’autorité »
ainsi qu’à une rhétorique de l’assertivité (relevant non plus de l’inventio, mais bien de
l’elocutio) tendait à renforcer l’autorité de la démonstration.
Au coeur du discours bossuétiste est alors apparue la tentation, non plus d’une
« anti-rhétorique », mais bien plutôt d’une rhétorique « anti-conversationnelle », prenant
à rebours les lois de l’échange alors prônées par les rhéteurs comme par l’honnête
homme, refusant la souplesse et le relativisme du discours mondain pour exhiber une
tension univoque vers le Vrai et « fermer la bouche » à l’adversaire soumis et réduit au
silence - tant il s’agit de combat, et non de débat ; de conversion, et non de
conversation. (II).
pendant, pour garantir l’efficacité du discours, les manoeuvres d’intimidation
employées par Bossuet devaient nécessairement se doubler de la construction rhétorique
d’une homonoia. C’est pourquoi au pathos ouvertement autoritaire de la « pastorale de
la peur » (J. Delumeau) répond un pathos de la communion, trouvant son aboutissement
dans ce sublime qu’on a si souvent décelé chez Bossuet : d’une part, le locuteur s’unit
avec son public contre l’adversaire, notamment par l’ironie et la complicité qu’elle
implique ; d’autre part, abandonnant sa position surplombante, il revendique son
appartenance à la faible condition humaine et rejoint enfin son auditeur/lecteur dans une
commune écoute de la Parole et dans une commune contemplation du Vrai. Là encore,
le discours tend vers le silence - non plus silence de la soumission cependant, mais
silence de l’adoration.
La dualité caractérisant l’emploi de la preuve pathétique se fait également jour
dans l’usage bossuétiste de la preuve éthique : multipliant les postures d’autorité (prêtre,
évêque, controversiste, professeur, voire - quoique avec d’importantes nuances -
prophète), Bossuet affirme conjointement sa foncière impuissance. Son éthos multiple
et constamment mobile finit par se dissoudre dans sa labilité même, et renvoie en
définitive à la disparition d’un je se donnant pour le simple porte-parole d’une Voix (ou
de multiples voix) qui le transcende(nt), dépossédé plus encore qu’inspiré, relais
imparfait tendant en vain vers une pure transparence. La véhémence de Bossuet et la
majesté de son ton impérieux peuvent dès lors être comprises, non comme une mise en
scène du je en majesté, mais comme une tentative de dire, dans un monde que l’unité et
sition de thèse d’Anne Régent-Susini : « “Voix devant la Parole” : Bossuet et la rhétorique de l’autorité »
l’immuabilité ont déserté, la seule autorité possible : celle, foncièrement déficiente, de la
médiation.
Comme Paul en effet, Bossuet se désigne régulièrement comme « un instrument
inutile, qui n’a de vertu ni de force qu’à cause de la main qui l’emploie »6 ; comme
Jean-Baptiste, il se veut
flambeau devant la lumière, voix devant la Parole, ange devant l’Ange
du grand conseil, médiateur devant le Médiateur, c’est-à-dire
médiateur entre la Loi et l’Évangile, précurseur de celui qui le
devance7.
tre la voix du dehors et la voix du dedans, la voix éloquente et la voix intime, la voix
sensible et la voix spirituelle, se noue ainsi une relation complexe : incarnant la
transcendance, la « voix devant la Parole » est à la fois une voix sous la Parole et une
voix sur la Parole, un faire-valoir et un palimpseste. (III)
Aussi le discours essentiellement autoritaire, voire par moment autoritariste, de
Bossuet, se révèle-t-il en définitive inséparable d’une forme de dépossession du je.
Contrairement à celle de Fénelon, la voix de Bossuet ne tend pas vers son
anéantissement, mais continue de faire entendre son débit imparfait, afin qu’à travers
elle retentissent d’autres voix, dont la multiplicité seule peut dire une vérité
foncièrement insaisissable. Rhétorique des peintures et du dialogisme, de l’hypotypose
et de la polyphonie, la rhétorique bossuétiste s’avère en cela, plus profondément encore,
rhétorique d’une présence-absence. Et de même que le je lyrique émergea au cours de la
Renaissance à partir du je ambigu des Psaumes de Marot, à la fois individu
profondément humain et homme-archétype habité par Dieu, c’est donc d’un je en clairobscur,
s’effaçant derrière la circulation autoritaire des auctoritates, que surgit, fût-ce en
dépit de lui-même, l’auteur Bossuet.
6 Bossuet, Panégyrique de saint Paul (1657), OEuvres oratoires, éd. Ch. Urbain et É. Lévesque (révision
de l’ancienne édition J. Lebarq), Paris, Desclée de Brouwer, 1911-1926, t. II, p. 318.
7 Bossuet, Sermon sur la véritable conversion (1668), ib., t. V, p. 395.
A la recherche de Monsieur de Norpois : Les diplomates de la république (1871-1914)
Jeudi 24 novembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Isabelle DASQUE soutient sa thèse de doctorat :
A la recherche de Monsieur de Norpois : Les diplomates de la république (1871-1914)
En présence du Jury :
M. CHALINE (Paris 4)
M. ALLAIN (Paris 1)
M. CHARLE (Paris 1)
M. MACHELON (Paris 5)
M. SOUTOU (Paris 4)
Résumés
Pour défendre les intérêts de la France à l’étranger, la Troisième République peut compter sur un haut personnel diplomatique en partie renouvelé après la républicanisation de ses cadres et l’intégration d’éléments extérieurs et stimulé par son ardeur patriotique. Malgré les efforts consentis pour démocratiser le corps, elle s’appuie encore largement sur les représentants des élites traditionnelles, encore proches socialement de leurs partenaires diplomatiques et familiers des pratiques sociales et culturelles héritées de l’ancienne société de cour. Loin de se couper du reste de la nation, les membres de la Carrière sont étroitement liés aux nouvelles classes dirigeantes par une multitude d’intérêts, qui illustrent l’aboutissement d’une intégration réciproque des diplomates et de la République entre 1871 et 1914 et reflètent aussi l’avènement d’une diplomatie où le processus de décision repose sur un jeu d’interactions entre des pôles et des relais différents. Ralliés aux institutions républicaines dont ils fustigent toutefois les faiblesses structurelles, ils sont reconnaissants à la République d’avoir mené une politique d’envergure et fait de sa diplomatie un outil au service de la grandeur nationale. Soucieux de respecter les traditions garantes de la cohésion et de l’esprit de corps, les diplomates de la Belle Epoque n’en ont pas moins posé les jalons d’une diplomatie plus moderne, adoptant leurs pratiques professionnelles aux mutations de la vie internationale. Ils ont en même temps le sentiment d’assister au crépuscule de la vielle diplomatie lente et réfléchie à laquelle s’identifiait toute une conception de l’ordre européen et des relations internationales avant 1914 et dont ils cultivent d’ores et déjà la nostalgie.
In search of Monsieur de Norpois : the diplomats of the Republic (1871-1914)
In order to protect the interests of France, the Third Republic can rely on the high diplomatic staff which had been partially renewed through the “republicanisation” of its senior officials and the integration of external elements and stimulated by their patriotic ardour. Notwithstanding its efforts to make the diplomatic corps more democratic, the french government relies to a great extent on people proceeding from the traditional elite, socially close to their diplomatic counterpart and familiar with the social and cultural practice inherited from the old court society. Far from been severed from the remainder of the nation, the members of the diplomatic Career are narrowly bound to the new ruling class by a lot of interests which evidence the achievement of a process of integration within the republican society between 1870 and 1914 and equally reflects the emergence of a diplomacy where the process of decision rests on interactions between different poles and intermediaries. Though censuring the weaknesses of the republican institutions, they have been won over to the new regime and they are grateful to it for having carried out ambitious politics and turned the diplomacy into an efficient tool serving the national grandeur. Anxious to keep the old traditions which guarantee the cohesion and the “esprit de corps”, nevertheless diplomats of the “Belle Epoque” have paved the way for a more modern diplomacy, adjusting the professional practices to changes in international life. At the same time they have the feeling of witnessing the twilight of the old diplomacy, slow and thoughtful which could be identified with the conception of the European order and the international relations before 1914, nostalgic of which they already are.
Mots-clés : Troisième République- Elites- Aristocratie- Bourgeoisie- Haute administration- Républicanisation- Corps diplomatique- Corps consulaire- Quai d’Orsay- Relations internationales- Ambassades- Légations- Sociabilité diplomatique- Protocole- Concert européen.
Position de thèse
A en juger par les critiques incessantes de la classe politique qui font toujours, trente ans après, le procès d’une Carrière dépeinte comme le bastion de la Réaction et du cléricalisme, l’on était tenté de croire à un divorce irréparable entre l’Etat républicain et ses diplomates. Or, si le haut personnel diplomatique ne s’est pas trouvé à la tête du mouvement visant au renouvellement des élites dirigeantes de la République entre 1871 et 1914, il ne s’est en aucun cas coupé de celles-ci.
L’image d’un corps socialement aristocratique, démentie en partie par l’analyse quantitative, mais cultivée par les diplomates eux-mêmes et par les pratiques sociales et culturelles qu’ils affectionnent, paraît à première vue difficilement compatible avec la promotion des principes égalitaires et démocratiques de la République. Le poids encore manifeste des filiations et des solidarités familiales, garantissant le respect des traditions et facilitant la transmission de codes internes et ritualisés, peut accréditer aussi l’idée d’un microcosme clos, coupé des réalités concrètes alors que sa familiarité avec l’étranger aurait pu tout aussi bien lui acquérir la réputation d’une élite ouverte. Pourtant, cette image d’un groupe replié sur lui-même, figé dans ses traditions et fermé aux changements de la société française demande à être corrigée.
L’ouverture sociale à des représentants des classes nouvelles, notamment grâce à l’intégration d’un personnel extérieur issu de l’administration préfectorale, coloniale ou des milieux politiques, la moindre part de l’hérédité et de l’endogamie et l’introduction de procédures de sélection davantage conformes au modèle méritocratique montrent aussi un corps traversé par les évolutions similaires à celles de la haute administration de la fin du XIXe siècle. La rationalisation des carrières autour de règles administratives strictes apparaît autant comme une forme de modernité de l’Etat qu’une défense d’un corps soumis aux tentatives du pouvoir politique pour contrôler le recrutement et les nominations au sommet de la hiérarchie. Très précocement le haut personnel diplomatique parvient à opposer une résistance ferme et à déployer des stratégies corporatistes pour préserver une forme d’autonomie que le statut de 1913 est censé garantir. La forte cohésion du groupe reposant sur l’exaltation des traditions et sur la valorisation d’une mémoire commune, nourrissant une conception très élevée de la fonction, joue à ce titre un rôle essentiel. Mais les élites diplomatiques ne se ferment pas aux autres influences. La diversification de certains parcours qui essaiment dans plusieurs champs administratif, politique ou économique et le renouvellement des réseaux et des structures de sociabilité qui révèlent une multiplicité d’intérêts élargissent les sphères d’influence et de pouvoir avec lesquelles les membres de la Carrière sont en contact. Les diplomates portés aux responsabilités les plus importantes incarnent bien ce brassage plus intense des élites du Quai d’Orsay avec les autres groupes dirigeants. Malgré quelques crispations, cette ouverture est en fait bien vécue dans la mesure où elle n’induit pas encore, à cette époque, une perte de pouvoir des diplomates sur leur propre terrain d’action. Ceux-ci disposent au début du XXe siècle, d’une certaine exclusivité dans les affaires extérieures, que l’évolution de la diplomatie et du système international vont au fil du siècle progressivement amputer. L’entremêlement des liens tissés avec les autres groupes dirigeants favorise dans tous les cas le consensus sur lequel se sont fondés les objectifs de la politique étrangère pendant cette période. Il illustre en même temps l’aboutissement d’une intégration réciproque des diplomates et de la République entre 1871 et 1914.
La question des rapports entretenus par les diplomates avec la République, en tant que régime politique et système de valeurs, dont ils doivent défendre les intérêts et exécuter les choix de politique étrangère, a pris naturellement place au cœur de cette étude. 1870 marque une rupture profonde qui voit s’installer définitivement en France les institutions républicaines, inspirant la méfiance à ses voisins monarchiques. L’on imagine sans peine le climat d’incertitude et de malaise qui règne, au lendemain de l’effondrement du Second Empire, dans bon nombre des représentations diplomatiques de la France à l’étranger. Or, En fait, les relations entre la République et ses diplomates ne sont pas jalonnées de tensions majeures, en dépit des péripéties de la vie politique et du programme de républicanisation du Département.
La période assiste en effet à l’avènement d’une élite diplomatique ralliée au régime dont va hériter en partie l’entre-deux-guerres, sans renoncer pour autant à l’idéal aristocratique qui sous-tend son mode de fonctionnement. D’une part, la mobilisation de réseaux internes, de parenté, de camaraderie ou de clientélisme, permet de maintenir une certaine continuité entre les générations, d’assurer la permanence de certaines valeurs et des manières de penser et d’amortir les effets des ruptures politiques. D’autre part, la politique de noyautage de la hiérarchie, massive sous les Opportunistes, assure au régime un personnel dévoué à ses institutions. L’épuration a permis d’écarter des affaires extérieures les éléments ouvertement hostiles au régime et de sanctionner les oppositions partisanes, qui auraient, de toutes les façons, discrédité la représentation officielle de la République à l’étranger. Mais la politique républicaine ne bouleverse pas pour autant le corps qui apporte loyalement son concours à la réalisation de ses ambitions extérieures.
Les diplomates se trouvent aussi moins étroitement associés que d’autres corps de l’Etat à la mise en œuvre des aspects les plus controversés de la Troisième République et l’action étrangère ne se ressent guère des orientations intérieures. Même le protectorat des chrétiens en Orient et en Extrême-Orient, et l’appui donné aux missions et congrégations françaises ne subissent pas les contrecoups de la lutte anticléricale. En outre, la force de l’image sociale et l’importance de la fonction représentative dissuadent le pouvoir républicain de rompre avec les élites traditionnellement présentes dans la diplomatie, dont il aurait pu mettre en doute la loyauté, eu égard aux attaches traditionnelles, aux solidarités familiales ou aux sensibilités politiques de celles-ci. La République fait surtout preuve d’opportunisme et de réalisme, en s’appuyant sur un personnel diplomatique encore proche socialement des classes dirigeantes des monarchies du Vieux continent, pour gagner la confiance des gouvernements étrangers et prendre rang parmi les puissances. Elle sacrifie à la priorité de sa politique extérieure toute considération idéologique ou sociale. La vision qu’elle finit par se forger de sa représentation, conçue en terme de puissance symbolique et de mise en scène de l’Etat à l’étranger et pour laquelle elle consent des efforts matériels nouveaux -hôtels d’apparat et frais de représentation- est un des termes de ce compromis avec des élites élevées dans le culte des formes du paraître.
De son côté, la hiérarchie diplomatique fait aussi preuve de souplesse et d’adaptation à un cadre qui concilie deux niveaux : celui de la nation avec ses propres références et celui d’une communauté cosmopolite régie par des règles et des lois propres qui interfèrent autant dans la sphère publique que privée. Elle assume pleinement cette contradiction entre un Etat républicain qu’elle sert et qui offre à ses membres une position encore prestigieuse et un ordre diplomatique dont elle est solidaire des valeurs et des pratiques, empruntées à une société aristocratique. Sa culture rompue à la négociation et à la recherche du compromis explique en partie la facilité avec laquelle elle s’est intégrée au cadre républicain. Les diplomates font surtout des intérêts nationaux, dont ils sont les gardiens vigilants sur la scène internationale, la priorité à laquelle ils sacrifient finalement toute considération idéologique, les succès extérieurs compensant dans leur esprit les imperfections de la vie politique française. Aussi prennent-ils une part moins passionnée aux débats intérieurs de la Nation sur lesquels ils exercent un regard distancié, mais en contrepartie, ils veillent sur sa sécurité et son rayonnement. Acceptant la forme républicaine des institutions, ils aspirent à servir un régime d’ordre, de stabilité et d’autorité, qui inspire confiance et soit respecté à l’étranger. Ne ménageant certes pas leurs critiques à l’égard des faiblesses structurelles du régime, les diplomates sont reconnaissants à une République qui a mené une politique d’envergure et qui a fait de sa diplomatie un outil au service de la grandeur de la France, objectif qui sera remplacé dans l’entre-deux-guerres par celui, moins fédérateur et moins mobilisateur, de la sécurité. L’attachement à une conception traditionnelle, réaliste et hobbesienne des rapports internationaux, nourrie par un regain d’intérêt pour l’histoire diplomatique de l’époque classique, se trouve pleinement satisfait. La République dispose aussi avant 1914 d’un haut personnel diplomatique somme toute adapté à ses ambitions extérieures, posant les jalons d’une diplomatie plus moderne, même s’il reste soucieux de respecter les traditions.
En partie renouvelés par l’apport d’éléments extérieurs pour près d’un quart d’entre eux, les cadres du Quai d’Orsay ont, au lendemain de 1870, de nombreux atouts pour conduire une politique étrangère active. Dans le contexte de régénération morale et intellectuelle de la Nation et d’effort pour améliorer la formation des élites, leur niveau d’études s’est élevé. Le traumatisme de la défaite a raffermi leur patriotisme. Une gestion rationnelle des carrières favorise un rythme désormais régulier qui permet aux nouvelles générations du Département d’accéder un peu plus précocement que leurs aînés à des postes de responsabilité d’où le rajeunissement des cadres. Le régime bénéficie donc à ses débuts d’un personnel relativement jeune, stimulé par son ardeur patriotique, et mûri par des expériences variées, pour sortir la France de son isolement, nouer une politique d’alliances, aplanir les difficultés avec l’Allemagne, et soutenir une aventure coloniale dont les diplomates acceptent aussi les risques de conflits qu’elle peut entraîner avec les autres puissances. En revanche, le dynamisme de ce personnel des premières décennies de la Troisième République semble avoir diminué au début du XXe siècle : l’intervention du pouvoir politique et la longévité des missions destinées à compenser l’instabilité ministérielle finissent par entraîner un vieillissement et un goulot d’étranglement au sommet de la hiérarchie. Mais cet engorgement oblige aussi très vite le corps à trouver des solutions de repli et à faire preuve d’adaptation et de souplesse d’où la diversification des profils de carrière qui profite des opportunités nouvelles offertes d’une part par les transformations de la vie internationale, et d’autre part par les réseaux nouvellement investis.
Elargissant les cercles d’influence et multipliant les prises de contact avec d’autres acteurs intéressés aux questions internationales, notamment les milieux parlementaires et les hommes d’affaires, l’ouverture professionnelle s’avère profitable à une diplomatie où le processus de la décision repose de plus en plus sur un jeu d’interactions entre des pôles et des relais différents. Une rotation fréquente des postes en début de carrière et une diversification géographique des affectations dotent le Quai d’Orsay d’agents ayant une vue globale des affaires, capables aussi de s’adapter à des terrains variés et de déployer des moyens d’actions appropriés. Face à l’accélération de l’activité diplomatique au tournant du siècle, la rationalisation du travail pénètre au sein du Département et au sein des missions à l’étranger, préparant le terrain à une pratique de plus en plus professionnelle, à laquelle aspirent aussi les jeunes générations. La culture du télégramme qui marque l’avènement d’une diplomatie à plus court terme supplante désormais celle de la dépêche identifiée à une diplomatie lente et réfléchie. Observant la démocratisation de la vie publique, certains diplomates français se veulent attentifs au souffle des nations et soucieux de prendre désormais en compte les membres de la société civile. La collecte des informations auprès des cercles officiels et la négociation restent au cœur de l’activité diplomatique mais elles s’appuient sur d’autres méthodes, comme les déplacements, les enquêtes de terrain, les conférences ou les prises de contact dans d’autres milieux non officiels, qui se doublent d’une entreprise de séduction destinée à emporter l’adhésion des forces profondes.
A la veille de la Grande Guerre, la machine diplomatique n’est toutefois pas exempte de faiblesses. D’abord, la formation, dispensée en grande partie à l’Ecole libre des sciences politiques, est encore traditionnelle, tournée vers les études juridiques et littéraires. La prépondérance acquise par l’histoire dans le recrutement des futurs diplomates tend même à laisser au second plan, le droit notamment le droit international. Les autres disciplines comme l’économie politique et la géopolitique sont largement ignorées, ce qui laisse présager les lacunes apparues au lendemain du premier conflit mondial, dans le traitement de certaines questions techniques, notamment financières, ou de certaines problématiques comme celles propres au Moyen-Orient. Malgré les tentatives pour unifier les filières et favoriser sur le terrain la collaboration entre diplomates et consuls, les carrières diplomatique et consulaire restent encore cloisonnées et les corps, distincts dans leur recrutement, dans les profils de carrière et dans leurs comportements. Le programme de réformes que les républicains ont voulu introduire dans la gestion des carrières est novateur par rapport aux autres chancelleries européennes, mais il a en partie échoué. Le roulement entre les services extérieurs et l’administration centrale en est encore l’illustration. La pression à la tête de la hiérarchie a au contraire accru l’importance du cabinet et de l’administration centrale dans les stratégies de carrière, renforçant par là aussi le poids des bureaux dans la gestion des affaires au détriment des agents à l’étranger. Non seulement la rotation entre les postes de l’administration centrale et ceux des services extérieurs est loin d’être effective, mais faute d’un organisme planificateur et coordinateur, les malentendus surgissent déjà de part et d’autre, pouvant compromettre l’unité de vue et d’exécution. Les diplomates affectés à l’étranger se plaignent de l’absence d’instructions et de la mauvaise circulation des informations alors qu’en même temps, ils ne disposent plus de la même marge d’initiative et d’autonomie que leurs prédécesseurs. Enfin, à la veille de la Première Guerre mondiale, le corps diplomatique manifeste des signes d’essoufflement. Le vieillissement de la hiérarchie, l’impatience des cadets bloqués dans leur avancement, l’intensification de la vie internationale et avec elle l’émergence de nouvelles façons de gérer les conflits mais aussi le spectre de la guerre qui redonne la première place au pouvoir militaire nourrissent le sentiment chez certains que les derniers représentants de la vieille diplomatie sont sur le point de quitter la scène après avoir été les témoins et les acteurs d’une époque identifiée à un paradis perdu.
Malgré ses clivages internes, l’élite du Quai d’Orsay fonde en grande partie son identité sur le prestige dont elle jouit et sur la représentation qu’elle se fait de son rôle, conçu comme indissociable d’un ordre international, forgé depuis le XVIIIe siècle et appelé à l’époque « concert européen ». Or à la veille de la Grande Guerre, cet ordre auquel s’attachait une certaine pratique des affaires internationales manifeste des signes de décrépitude, du fait notamment de l’évolution politique et de la démocratisation à un rythme varié de la vie publique des Etats européens. L’évolution de la Carrière, la pratique de plus en plus professionnalisée du métier et la multiplicité des acteurs dans la gestion de la politique étrangère ébranlent l’image du corps. Ces transformations encore timides amorcent le déclin d’une diplomatie appartenant au passé, qui justifiait une certaine manière d’être et de faire. Les qualités sociales et mondaines avaient une place légitime dans un milieu cultivant l’entre soi, où les relations personnelles étaient déterminantes. Ambassadeurs et ministres plénipotentiaires jouaient de surcroît un rôle-clé dans les grandes négociations et dans la transmission de l’information. Participant activement à l’élaboration et à la conduite de la politique étrangère, ils ont encore au début du XXe siècle une position très enviable, comparés à leurs homologues étrangers, généralement confinés dans une tâche d’exécutants. Après 1918, le contexte social, idéologique et diplomatique s’est modifié et définit un cadre nouveau à la représentation diplomatique, auquel les membres de la Carrière ayant servi avant la Grande Guerre auront été peu préparés.
Aussi, à l’aube de ces transformations, l’on comprend d’autant mieux l’attachement à l’exaltation d’un passé collectif et l’importance accordée à l’histoire diplomatique, dans lesquelles les diplomates vont trouver une revalorisation de leur rôle. Confié à la commission des Archives qui mobilise une collaboration très active des membres de la Carrière, ce travail de mémoire est une source de grand prestige, exhumant les heures de gloire et les négociateurs illustres de la diplomatie française. Les archives diplomatiques dont le dépôt, érigé de tout temps en véritable conservatoire des traditions, trouve désormais un prolongement visuel et matériel sous la forme du Musée diplomatique, nourrissent la fascination, ne ce serait-ce que pour cette « mémoire d’Etat » qu’elles constituent et à laquelle le corps s’est trouvé associé et dont il est toujours le gardien. Elles stimulent chez les élites du Quai d’Orsay un goût renforcé pour la connaissance des faits internationaux, qui s’enracine dans les années de formation et façonne les réflexes professionnels. Mais au moment où la communauté internationale connaît des transformations, l’histoire diplomatique sert de support aux débats qui traversent la profession confrontée à la redéfinition de son rôle et de ses principes. Après les erreurs du Second Empire, l’intérêt pour la diplomatie classique a fixé des pratiques et des principes qui inspirent pendant la période considérée mais aussi encore au lendemain du premier conflit mondial la vision des représentants français des relations internationales. Il dessine les contours d’une culture propre aux milieux du Quai d’Orsay, qui puise dans le culte du secret et qui se nourrit d’une conception peu démocratique de la politique étrangère, difficilement compatible avec la promotion d’une diplomatie ouverte, fondée sur la publicité des discussions et des négociations. Enfin et surtout, il lègue aux générations qui entrent dans la Carrière après la Grande Guerre, un panthéon de gloires diplomatiques parmi lesquelles les Excellences de la Belle Epoque figurent comme les derniers représentants d’un âge révolu.
A rebours de Huysmans et l’intertextualité Flaubertienne. Etude d’un cas : la description de Salome
Vendredi 9 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Centre des correspondances
Esc. I, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Phuong Mai DOAN soutient sa thèse de doctorat :
À rebours de Huysmans et l’intertextualité Flaubertienne. Etude d’un cas : la description de Salomé
En présence du Jury :
M. Bertrand MARCHAL (Paris 4)
M. Daniel GROJNOWSKI (Paris 7)
M. André GUYAUX (Paris 4)
Résumés
Nos recherches tentent de mettre au jour l’influence de Flaubert sur Huysmans dans la description des deux tableaux de Moreau dans A rebours à la lumière des théories de l’intertextualité et de l’analyse stylistique. Les cinq chapitres de la thèse proposent la lecture d’un « journal intime » où Huysmans, dans une mise en scène carnavalesque de l’allusion littéraire, a rendu hommage à Flaubert, a exprimé son amertume, et enfin l’a subverti dans l’espoir de créer du neuf. Notre travail est un essai qui prétend élucider pour la première fois la question de l’origine et de l’influence dans la création du personnage de Salomé d’une manière voulue scientifique. Ce processus des analyses constitue un système de théories intertextuelles à travers l’analyse textuelle, dans le cas de J.K.Huysmans.
Mots-clés : Huysmans, A rebours, Flaubert, intertextualité, écriture imitative, allusion littéraire, carnavalisation.
Flaubert’s intertextuality and A rebours. Study of a case : The description of Salome
Our researches aims to demonstrate Flaubert’s influence on Huysmans in the light of intertextuality theories and stylistic analysis. The five chapters of the thesis propose a reading of an “intimate journal”, in which Huysmans pays tribute to Flaubert, expresses his bitterness, and finally subverts him in hope of new creation. Our essay attempts to elucidate, for the first time, the question of the origin and the influence within the creation of Salome by an scientific way. This analysis process forms an intertextual system of theories through textual analysis in the case of J.K.Huysmans.
Position de thèse
La présente étude a l’ambition de résoudre pour la première fois plus d’une question soulevée dans la description de Salomé d’ A rebours d’une manière voulue scientifique. L’intertextualité, notion cruciale de ce travail, est de nos jours devenue tellement importante que la reconnaissance seule de l’intertexte pourrait bouleverser toute lecture traditionnelle d’un texte, en engendrant d’autres valeurs à la fois incontestables et diversifiées dans différentes perspectives. L’allusion littéraire dans la description de Salomé vise en fait à indiquer un vaste champ d’étude. Ainsi avons-nous résolu des problèmes posés par le sujet d’étude à plusieurs niveaux : celui de la lecture de l’intention de Huysmans dans la création de Salomé, celui de la conception de Huysmans vis-à-vis de son langage, celui du déchiffrement de l’histoire à travers l’intertexte, et enfin celui de la conception de lecture d’A rebours.
Le premier chapitre a pour tâche de trouver le chemin de résoudre le problème de référent soulevé dans la description de Salomé et d’accéder à la reconnaissance de l’intertexte. Tout en éliminant les malentendus et les ambiguïtés qui tournent autour de Gustave Moreau, nous ne voulons pas réfuter entièrement l’influence de Gustave Moreau, ce qui est impossible et insignifiant. Mais la réaffirmation de l’intertextualité flaubertienne atteste dans ce cas que le sujet de Gustave Moreau pourrait être abordé désormais d’une nouvelle manière. L’empirisme est introduit en premier lieu avec des constatations de quelques commentateurs sur les dissemblances entre la description de Huysmans et le dit référent de Moreau. Une étude iconographique affirme ensuite l’intention de Huysmans dans ces décalages. Puis la présentation des idées de Riffaterre amène le lecteur à réfuter la présence du référent de Moreau au profit de l’intertexte. Une lecture paratextuelle vient en aide pour lire la volonté de Huysmans d’orienter son lecteur vers une lecture intertextuelle présupposée d’A rebours. En dernier lieu, se fait la reconnaissance de Flaubert et de Salammbô dans la mise en scène de l’intertexte. Le chapitre se termine avec la reconnaissance des indices de l’hypotexte et de l’hypertexte et celle de l’allusion littéraire comme procédé choisi de Huysmans.
Le chapitre suivant propose une perspective de lecture dans laquelle l’allusion littéraire représente une structure susceptible de se cristalliser en un type de discours spécifique et décodable. Le chapitre commence avec des définitions de l’allusion littéraire qui diffère de l’allusion des dictionnaires et des autres procédés de l’écriture imitative. Il trace ensuite une direction de recherches qui décèle en une série d’échos des dialogues sous forme de monologues déguisés : la voix de l’auteur, celle du narrateur, la participation du lecteur, avec l’aide des pensées de Bakhtine et d’autres théoriciens de la polyphonie et de la réception. La remise en question du sujet s’effectue dans l’analyse des formes de structure du texte : la nouvelle-cadre, la mise en abîme et la mise en scène de l’allusion littéraire. Un projet de lire l’allusion littéraire inhérente dans la description de Salomé comme journal intime de Huysmans se propose avec l’analyse polyphonique et la démarche méthodologique de la lecture empruntée à Ziva-Ben Porath.
Le chapitre III et le chapitre IV constituent la structure du journal intime de Huysmans, où s’effectue l’ exploration psychanalytique dans une structure carnavalesque inhérente dans les effets parodiques de l’allusion littéraire. Notre étude a réussi à lire pour la première fois les intentions de Huysmans dans l’aménagement de l’intertexte de la description de Salomé, problème crucial autour duquel tournent les commentaires. En fait, l’acte de présenter Flaubert chez Huysmans comme l’attitude d’un admirateur qui tourne autour de son idole se traduit à plusieurs niveaux : choix et présentation de l’hypotexte, lecture prolongée du déjà-dit, concision du roman de Salammbô et obsession de Flaubert sous forme de la simulation du rien. L’hommage fait à Flaubert emprunte à ce niveau la voie de l’intronisation carnavalesque pour exprimer tout son caractère rituel et ambivalent : le sérieux est mêlé à la relativité joyeuse. Le chapitre IV résume deux idées principales : l’amertume de Huysmans et la déconstruction de Flaubert dans l’intertexte. L’amertume de Huysmans se laisse lire dans son projet de mise en scène théâtrale de l’intertexte. Son pessimisme s’exprime en même temps dans des manifestations de l’anxiété et du refoulement déguisé. Des écarts entre l’hypotexte et l’hypertexte attestent pourtant de l’impuissance de l’auteur de l’intertexte, qui se manifeste dans la dépréciation de soi-même ou dans la dégradation psychologique. Un processus de transgression s’effectue dans l’intention d’ébranler les conventions existantes avec la logique carnavalesque inhérente dans la mise en scène de l’allusion littéraire. Les exercices de la transgression sont nombreux : formes de mésalliance et procédés d’extériorisation de Salomé. Se déroule après la déconstruction carnavalesque avec l’allusion littéraire, effectuée sous plusieurs formes : l’automatisme de la reproduction et du déjà-vu, sources de l’humour considéré comme rire carnavalesque, l’étude du langage de l’excès et de ses variantes. Le chapitre se termine avec la reconnaissance de l’humour noir de Huysmans aménagé dans l’intertexte et la perception du recul nécessaire de l’auteur dans le rire qui le libère et qui le prépare à quelque chose de nouveau.
Nous formons dans le dernier chapitre notre conclusion sur le point de vue esthétique de Huysmans : l’art doit mourir et renaître avec le temps ; les règles d’écriture données pour un certain temps ne peuvent pas être intemporelles, mais modifiées ou remplacées un jour. Nous cherchons aussi à affirmer le sérieux de Huysmans dans sa conception d’imitation : l’intertextualité est pour lui un processus de dépersonnalisation, de formation sérieuse du style et de sa personnalité stylistique. L’étape de la renaissance selon Huysmans est caractérisée tout d’abord par la manifestation de sa volonté ferme de rétablir les valeurs de l’âme éliminées par les naturalistes. Elle exhibe ensuite le pastiche involontaire ou l’assimilation de Flaubert chez Huysmans, considéré comme la base nécessaire selon le point de vue de ce dernier pour la lecture de son pastiche volontaire, considéré comme l’acte d’ébranler les conventions de Flaubert pour ne plus le pasticher toute la vie. Enfin, le chapitre nous propose de lire la description de Salomé comme un condensé des théories de l’art verbal proposées dans A rebours par Huysmans lui-même, dans le cadre de son journal intime et du renouveau carnavalesque.
Mais l’étude de l’intertextualité flaubertienne dans la description de Salomé ne s’arrête pas aux limites du journal intime de Huysmans, elle s’étend à une nouvelle perspective où elle s’efforce de lire l’histoire et l’explique par le biais de l’écriture imitative. Elle répond à toutes les questions à propos de la « structure en écho », étrange structure chez les symbolistes que posent les commentateurs. Ainsi la reprise de la figure de Salammbô chez Huysmans et dans son journal intime expliquent toute reprise de la figure de la femme fatale chez les symbolistes, ceux qui, de manière directe ou indirecte, voulaient payer la dette à Flaubert, dans l’esprit de remanier un sujet usé et de valoriser les principes du livre sur rien. S’explique ainsi le rôle de la réécriture dans l’histoire littéraire en fin du 19è siècle.
L’étude nous propose aussi de situer les écrivains chronologiquement les uns par rapport aux autres et de comprendre des filiations, des influences qu’ils ont pu exercer ou subir. Car l’imitation est une pratique dans laquelle l’histoire est explicitement inscrite. Un écrivain appartient ainsi à une période historique, au cours de laquelle il s’est formé, avec laquelle ou contre laquelle il a réagi. Eliot dit : “ the poet must develop or procure the consciousness of the past and that he should continue to develop this consciousness throughout his career.” ( Eliot, T.S. Selected Essays, London : Faber and Faber, 1966, p.17 ) Notre étude a également réussi à expliquer un aspect de Huysmans dans son jeu d’intertextualité et de détournement du langage, en particulier dans A rebours. La lecture de l’intertexte dans la description de Salomé pourrait ainsi servir d’essai pour une exploration de ce roman dans la même perspective. Notre conclusion sur le point de vue de Huysmans qui considère l’intertextualité comme un processus de dépersonnalisation, de formation sérieuse du style et de sa personnalité stylistique, trouve ici ses possibilités d’intégrer la description de Salomé dans la structure du roman et d’en activer la fonction représentative, toujours souhaitable.
En privilégiant l’exemplarité et en s’intégrant dans une constellation future, notre travail a encore l’ambition de prêter l’exemple à d’autres qui s’attachent aux phénomènes discursifs apparentés. Le processus des analyses de notre recherche peut être considéré comme un ensemble constituant en lui-même un système de théories intertextuelles à travers l’analyse textuelle , dans le cas de Joris- Karl Huysmans.
Abbés, religieux et monastères dans le royaume de Charles le Chauve
Mercredi 13 décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle S002
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Frédéric GROSS soutient sa thèse de Doctorat :
Abbés, religieux et monastères dans le royaume de Charles le Chauve
En présence du Jury :
M. BRUNTERC’H (PARIS)
M. DUBREUCQ (LYON 3)
M. GUILLOT (PARIS 4)
M. MORELLE (EPHE)
M. SASSIER (PARIS 4)
Résumés :
Cette étude porte sur les monastères dans le royaume de Charles le Chauve. Ce
roi est le fils de Louis le Pieux qui a réformé la vie monastique et canoniale. Il est donc
intéressant de voir si l’esprit de la réforme est encore vivant dans les communautés
religieuses sous son règne. Dans la première partie nous étudions les deux sortes de
religieux qui vivent dans des monastères : les moines et les chanoines. Dans la seconde
partie nous voyons les relations entre les monastères et les différentes sortes de pouvoir : le
roi qui protège les monastères, l’évêque qui exerce un pouvoir disciplinaire sur les moines
et les chanoines, les Grands laïques qui fondent des monastères et le pape. La troisième
partie porte sur les abbés. On peut distinguer deux catégories d’abbés : les abbés réguliers
qui sont élus par les moines et les abbés séculier qui sont nommés par le roi. Les abbés
séculiers peuvent être des laïques ou des clercs séculiers.
Abbots, friars and monasteries in the Kingdom of Charles theBald
Abstract : This study is about monasteries in the kingdom of Charles the Bald. This king
is the son of Louis the Pious who reformed monastic and canonical life. Though, it is
interesting to see if the spirit of the reform is still alive in the religious communities during
his reign. In the first parst we study the two kinds of friars who live in monasteries : monks
and canons. In the second part we see the relationships between monasteries and differents
kinds of power : the king who protects monasteries, the bishop who has a disciplinary
power above monks and canons, the magnates who found some monasteries and the pope.
The third part is about abbots. We can distinguish two kinds of abbots : regular abbots who
are elected by monks and secular abbots who are created by king. The secular abbots can
be laymen or secular clerics.
Position de thèse :
L’objet de ce travail est l’étude du statut des religieux, des monastères et des abbés au
temps de Charles le Chauve (843-877) à partir de l’analyse critique des sources
contemporaines de ce monarque.
La première partie est consacrée à l’étude des deux formes de vie religieuse observées
dans les monastères au temps de Charles le Chauve : la vie monastique et la vie canoniale.
Notre réflexion porte essentiellement sur cette particularité de l’époque carolingienne : un
seul terme monasterium désigne le lieu de résidence de deux catégories de religieux ayant
chacune son nom propre, les moines (monachi) et les chanoines (canonici).
Pour essayer de l’expliquer, nous revenons dans un premier chapitre sur la législation
canonique carolingienne antérieure au règne de Charles le Chauve. Dans une première section
nous essayons de repérer l’apparition de l’expression « monastères de chanoines »
(monasteriacanonicorum) dans les sources normatives. Il faut attendre, nous semble-t-il, les
capitulaires promulgués en 802, à la suite des assemblées réunies par Charlemagne à Aix-la-
Chapelle, pour que le monarque et les évêques reconnaissent l’existence de monastères
(monasteria) abritant non des moines observant la règledesaintBenoît mais des chanoines.
Dans une seconde section, nous recherchons ce qui rapproche et ce qui différencie les
chanoines des moines dans les textes législatifs promulgués par Louis le Pieux à la suite des
assemblées réunies à Aix-la-Chapelle en 816 et 817, c’est-à-dire l’institutiocanonicorumpour
les chanoines, l’institutiosanctimonialium pour les chanoinesses, les décrets authentiques des
synodes de 816 et 817 regroupés plus tard dans la règledesaintBenoîtd’Aniane pour les
moines. Il apparaît que le modèle de vie bénédictin a influencé les rédacteurs de l’institutio
canonicorum. Ceux-ci n’en proclament pas moins la supériorité des clercs sur les moines en
se fondant sur l’autorité patristique de saint Jérôme. Les moines se différencient des
chanoines par leur vêtement, la coule strictement réservée à leur usage probablement car elle a
une fonction symbolique importante dans la profession monastique. Les chanoines se
différencient des moines notamment par la faculté de disposer personnellement de biens
propres et de bénéfices ecclésiastiques.
Dans un second chapitre, nous nous interrogeons sur l’évolution de la distinction entre
moines et chanoines au temps de Charles le Chauve. Dans une première section nous
montrons que les fondements de la vie monastique bénédictine demeurent fermement établis
sous ce règne. Il convient de remarquer cependant le renforcement du contrôle épiscopal sur
les moines : désormais, l’évêque doit être tenu informé lorsqu’un moine exprime le désir de
rompre sa profession et de quitter le monastère. Dans une seconde section, nous nous
intéressons à la possession de biens propres par les chanoines. Celle-ci s’avère néfaste pour la
vie communautaire. Ainsi, les maisons possédées par les chanoines à l’intérieur de la clôture
semblent devenir l’objet d’un véritable commerce. Dans un troisième temps, nous nous
proposons de rechercher quels sont les monastères qui abritent des moines et quels sont ceux
qui abritent des chanoines parmi les établissements bénéficiant de diplômes de Charles le
Chauve. Les monastères de moines apparaissent largement majoritaires avec toutefois des
nuances régionales importantes. Si la Septimanie et la Marche d’Espagne n’abritent que des
monastères de moines, la répartition est beaucoup plus équilibrée en Neustrie.
Dans le troisième chapitre, nous étudions le passage de certains monastères de l’ordre
monastique à l’ordre canonial. La description de « la transformation des abbayes en
chapitres » est souvent rendue difficile par l’indigence des sources. C’est pourquoi, nous
avons concentré notre analyse sur deux exemples pour lesquelles la documentation était un
moins maigre. Dans une première section nous analysons le cas de Marmoutier. Le
remplacement des moines par les chanoines en ce lieu est antérieur au raid normand de 853.
Elle nous paraît dater de la fin des années 840 alors que Marmoutier est, nous semble-t-il,
dirigé conjointement par deux abbés : un laïc, Vivien, et un clerc, son frère Renaud. Sous ce
double-abbatiat, l’observance de la communauté se relâche : un de ses membres reçoit un bien
à titre personnel. Dans la seconde section, nous étudions le cas de Maroilles. Selon Jean-
Marie Duvosquel et Anne-Marie Helvétius, Charles le Chauve, après avoir pris possession de
ce monastère à la mort de son neveu Lothaire II, aurait remplacé les moines par des
chanoines. La responsabilité du roi de Francie occidentale nous paraît loin d’être établie.
Certains indices tendent en effet à montrer que Maroilles abritait des chanoines dès le règne
de Lothaire II.
Dans le quatrième chapitre, nous étudions le passage de certains monastères de l’ordre
canonial à l’ordre monastique. Après avoir rapidement évoqué, dans une première section, le
cas de Saint-Arnoul de Metz où il semble bien que la prétendue réforme attribuée à l’évêque
de Metz, Drogon, par l’un de ses successeurs au Xe siècle, Adalbéron, n’ait pas eu réellement
lieu, nous nous attacherons à étudier deux exemples beaucoup mieux documentés. Le premier
est celui de Saint-Martial de Limoges. Il est connu par un récit tardif mais circonstancié
d’Adémar de Chabannes qui nous paraît s’être fondé sur un diplôme perdu de Charles le
Chauve. Le roi semble être intervenu en faveur des religieux de Saint-Martial de Limoges qui
souhaitaient observer la règledesaintBenoît contre la volonté de leur évêque, Stodilus.
L’intervention de Charles le Chauve n’est pas dépourvue d’arrière-pensées politique puisque
Stodilus était un partisan de Pépin II d’Aquitaine. Le second est celui de Saint-Bénigne de
Dijon. Nous disposons pour ce monastère d’une documentation relativement abondante
constituée notamment par les actes privés retranscrits dans les différents cartulaires de Saint-
Bénigne. Elle permet de corriger quelque peu le récit de la réforme donné conjointement par
le diplôme de Charles le Chauve et la charte de l’évêque Isaac. Selon ces deux documents,
l’évêque de Langres aurait, à l’exhortation du roi, introduit vers 870 des moines à Saint-
Bénigne alors privé de toute vie religieuse. En réalité, l’examen des actes de la pratique
montre que Saint-Bénigne abritait au début des années 860 une communauté de 12 chanoines.
Dès 865, ils ont été remplacés par des moines. Les distorsions introduites par le diplôme de
Charles le Chauve et la charte d’Isaac font que ces deux documents passent complètement
sous silence le sort des anciens chanoines. Il semble que l’un d’entre eux, le prêtre Thifroi, ait
plusieurs années après la réforme, fait profession monastique à Saint-Bénigne de Dijon.
La deuxième partie est consacré au statut des monastères sous le règne de Charles le
Chauve. Notre réflexion porte essentiellement sur la pertinence de la distinction entre
monastère royal et monastère épiscopal traditionnellement admise par l’historiographie pour
la période carolingienne.
Dans une premier chapitre nous nous efforçons de définir les droits du roi sur les
monastères. Notre réflexion part du constat que le roi s’affirme en plusieurs diplômes comme
le protecteur de tous les monastères réguliers voire de tous les monastères de son royaume.
Cette prétention paraît d’ailleurs soutenue par certains écrits d’Hincmar de Reims qui
considère que le roi, en tant que protecteur des églises de son royaume, possède des droits sur
leurs biens. Dans un second temps, nous examinons quels sont concrètement les origines des
droits du roi sur les monastères. Trois cas nous paraissent devoir être distingués : les
monastères placés sous la protection du roi depuis l’époque mérovingienne comme Solignac,
les fondations royales carolingiennes comme Notre-Dame de Compiègne établie par Charles
le Chauve lui-même en son palais et enfin les monastères remis au souverain par leur
fondateur comme Beaulieu-sur-Dordogne. Dans une troisième section, nous montrons
comment cette protection royale sur les monastères se traduit par l’octroi du privilège de
l’immunité et par l’investiture des abbés par le roi. Dans une quatrième section, nous
analysons comment les évêques ont, au début du règne de Charles le Chauve, élaboré une
législation interdisant au monarque de donner les monastères en pleine propriété à des laïcs, et
comment, dans un second temps, le roi lui-même l’a reprise à son compte.
Dans un deuxième chapitre nous étudions les droits des évêques sur les monastères.
Ceux-ci nous paraissent être de deux natures distinctes. Tout d’abord, l’évêque dispose d’une
potestas disciplinaire sur tous les moines de son diocèse. Hincmar en définit précisément le
contenu dans la Collectiodeecclesiisetcapellis, en s’appuyant sur des lettres du pape
Grégoire Ier le Grand. Il en rappelle aussi le fondement : les évêques sont les responsables du
salut de tous les chrétiens de leur diocèse y compris les moines. Cependant certains
monastères essaient d’échapper à cette règle commune en se prévalant d’un privilège
épiscopal mérovingien de liberté monastique. Les moines de Corbie réussissent pleinement
dans cette entreprise en obtenant la confirmation et même l’extension par les papes Benoît III
puis Nicolas Ier des privilèges accordés par l’évêque d’Amiens, Berthefridus. Mais les
évêques sont aussi les propriétaires des monastères « épiscopaux ». Le modèle, hérité de
l’Antiquité tardive de l’évêque propriétaire de tous les monastères de son diocèse, est
l’exception : on peut néanmoins citer le cas de l’évêché de Nevers. Dans la plupart des cas, le
droit de propriété de l’évêque ne concerne que quelques établissements. Les modalités en sont
différentes dans les monastères de moines et dans ceux de chanoines. Les évêques gouvernent
eux-mêmes les monastères de chanoines alors que les monastères de moines ont le plus
souvent à leur tête leur propre abbé qui peut être choisi au sein de la communauté avec le
consentement de l’évêque.
Dans une troisième chapitre nous nous interrogeons sur la pertinence de la distinction
entre « monastères royaux » et « monastères épiscopaux ». Dans un premier temps nous
étudions les conflits opposant un évêque à une communauté monastique sur le statut d’un
monastère tranchés par le monarque en faveur des moines. Le plus connu est celui opposant
l’évêque du Mans aux moines de Saint-Calais. L’attitude de Charles le Chauve paraît assez
fluctuante. Dans un premier temps, il est favorable aux moines puisque, en 855, il confirme
par un diplôme royal le privilège synodal de Bonneuil condamnant les prétentions de l’évêque
du Mans, Aldric, sur Saint-Calais. Mais, par la suite, probablement en 859, il confie Saint-
Calais au successeur d’Aldric, Robert. Il se ravise d’ailleurs rapidement. Mais, l’évêque
Robert n’en démord pas : il essaie de s’appuyer sur le pape Nicolas Ier pour faire valoir ses
droits sur Saint-Calais. L’affaire est finalement tranchée en octobre 863 devant le tribunal du
palais : l’évêque Robert est condamné et doit abandonner toutes visées sur Saint-Calais. Le
conflit entre Guy, évêque de Velay, et les moines de Saint-Chaffre dura moins longtemps. En
876, l’évêque du Puy, s’appuyant peut-être sur un diplôme de Louis le Pieux, obtint de
Charles le Chauve la restitution de Saint-Chaffre. Les moines s’en émurent et vinrent à leur
tour trouver le roi, lui présentant un diplôme d’immunité qu’il leur avait précédemment
accordé. Après en avoir fait vérifier l’authenticité, le monarque fut bien obligé de constater la
contradiction entre les deux diplômes qu’il avait accordés et donc de révoquer le second, le
diplôme de restitution à l’évêque. Dans un second temps nous montrons que Charles le
Chauve a donné en pleine propriété un certain nombre de monastères à des églises
épiscopales. Il faut d’abord faire un sort au cas particulier de Saint-Urbain de Vatrignéville
fondé conjointement par le roi et l’évêque Erchenraus pour être un monastère épiscopal de
l’église de Châlons. Le roi donne des monastères ruinés à des évêques à charge pour eux de
restaurer la vie religieuse. Il arrive aussi que le monarque transforme une concession
bénéficiaire à un évêque fidèle en donation en pleine propriété à l’évêché qu’il dirige.
Dans un quatrième chapitre nous nous penchons sur la question des Grands sur les
monastères. Dans un premier temps nous nous intéressons aux monastères fondés par des
Grands puis remis par la suite au souverain. L’exemple le plus significatif est celui de
Beaulieu-sur-Dordogne. La charte de fondation de l’archevêque Raoul, qui prévoit la traditio
du nouveau monastère au roi, est une troisième tentative, enfin couronnée de succès, après les
échecs successifs de la fondation d’un monastère de moniales à Sarazac et de celle d’un
monastère de moines à Végennes. Il est significatif que le monarque n’avait aucun rôle dans
ces deux premières fondations. La protection royale paraît donc être, au temps de Charles le
Chauve, un facteur important de réussite d’une fondation monastique. La traditio d’un
monastère au roi n’implique d’ailleurs pas que son fondateur renonce à tout droit. Ainsi la
charte de fondation de Vabres, qui place le monastère sous la protection du roi, spécifie que
l’avoué, chargé de défendre les intérêts matériels de la communauté, doit être choisi dans la
famille du fondateur. Dans un second temps, nous étudions les monastères « comtaux ». Les
droits exercés par certains comtes sur des monastères situés dans leurs pagi nous paraissent
être tenus par délégation du roi.
Dans un cinquième chapitre, nous étudions les rapports entre la papauté et les
monastères francs au temps de Charles le Chauve. La première section est consacrée aux
bulles pontificales accordées aux monastères de Francie occidentale. Si, en 855, les moines de
Corbie obtiennent une bulle de Benoît III sans que le roi ne soit intervenu, Charles le Chauve
apparaît, ensuite, comme un intermédiaire obligé entre les monastères de son royaume et le
souverain pontife. En avril 863, l’évêque de Beauvais, Eudes, envoyé en mission
diplomatique par Charles le Chauve, sollicite et obtient de Nicolas Ier des bulles en faveur des
monastères de Corbie et de Saint-Denis. Au lendemain de son couronnement impérial de Noël
875, Charles lui-même obtient du pape Jean VIII des bulles en faveur de Saint-Vaast d’Arras
et de Saint-Médard de Soissons, deux monastères dont il détient alors l’abbatiat. La seconde
section s’intéresse à la pratique institutionnelle de la traditio des monastères aux apôtres
Pierre et Paul. Egon Boshof a souligné qu’il s’agit d’une nouveauté au temps de Charles le
Chauve. Selon lui, le premier exemple de cette pratique serait la fondation des monastères de
Pothières et Vézelay par Girart de Roussillon et son épouse Berthe. Ces conclusions doivent
être quelque peu nuancées. Tout d’abord, avant la fondation de Vézelay et Pothières, le moine
Arremé a, semble-t-il, tenté, sans succès il est vrai, de fonder un monastère sur un domaine du
patrimoine de saint Pierre, Vendeuvre-sur-Barse. De plus l’histoire de la fondation des
monastères de Pothières et Vézelay est assez difficile à reconstituer. En effet, le texte du
testament de Girart et de Berthe, tel qu’il nous a été conservé retranscrit dans le cartulaire
d’Hugues le Poitevin, paraît avoir été substantiellement remanié. Cependant la lettre de Girart
et de Berthe au pape de Nicolas Ier - retranscrite par le même cartulaire mais qui ne semble
pas avoir connu les mêmes remaniements - atteste que les deux fondateurs ont remis
Pothières et Vézelay aux apôtres Pierre et Paul et les ont placés sous la protection du
souverain pontife. En contrepartie les religieux des deux monastères doivent verser un cens
annuel. En réponse à cette lettre de Girart et de Berthe, Nicolas Ier accorde des bulles
pontificales en faveur des nouvelles fondations.
La troisième partie est consacrée à l’étude du statut des abbés des monastères royaux.
Nous essayons principalement de démontrer le caractère artificiel de l’opposition souvent
mise en avant par les historiens entre abbé laïque et abbé régulier. Il convient en réalité de
distinguer deux problèmes : celui de la régularité de l’abbatiat pour lequel l’opposition
pertinente est entre abbé régulier et abbé séculier et celui de l’état de vie de l’abbé pour lequel
l’opposition pertinente est entre abbé clerc et abbé laïque.
Dans le premier chapitre, nous étudions les abbés réguliers. Dans une première
section, nous montrons que le privilège de liberté d’élection est strictement encadré par le
monarque. L’élection régulière a lieu, en présence de l’évêque ordinaire, après autorisation
royale préalable. Cela permet quelquefois à Charles le Chauve de suggérer le nom du candidat
qu’il souhaiterait voir promu à l’abbatiat. En outre le monarque peut écarter un abbé indigne
ou infidèle sans remettre en cause le privilège de liberté d’élection. Dans une deuxième
section, nous constatons la fragilité du privilège de liberté d’élection. Certains monastères ont
perdu au temps de Charles le Chauve la jouissance privilège de liberté d’élection que leur
avaient accordé des rois précédents. Dans d’autres cas, le privilège de liberté d’élection n’est
pas supprimé mais suspendu pour un temps par la volonté du monarque. Aussi nous verrons,
dans une troisième section, que, pour essayer de garantir leur privilège de liberté d’élection
contre les empiètements royaux, certaines communautés monastiques demandent leur
confirmation par des assemblées d’évêques. Les moines de Corbie vont plus loin : ils
obtiennent des bulles pontificales de Benoît III et de Nicolas Ier confirmant leur liberté
d’élection et leur accordant même le droit d’en appeler au souverain pontife si le roi essayait
de leur imposer un abbé séculier. Le rôle accordé au pape comme juge suprême par les
moines de Corbie doit peut-être être mis en relation avec la possible fabrication en ce
monastère, quelques années plus tôt, vers 834-835, des fausses décrétales.
Le second chapitre est consacré à la condamnation de l’abbatiat laïque au temps de
Charles le Chauve. Dans une première section, nous étudions la présentation des abbés laïques
dans les sources narratives rédigés par des clercs au temps de Charles le Chauve. Les abbés
laïques sont rendus responsables de la ruine des monastères. Leur mort violente est présentée
comme un châtiment divin. Dans une seconde section, nous analysons la législation
canonique promulguée au début du règne de Charles le Chauve condamnant l’abbatiat laïque.
Elisabeth Magnou-Nortier a récemment remis en cause l’authenticité de ces canons. Après
une analyse attentive, il nous semble que, mise à part une interpolation assez aisément
repérable du canon 10 des actes du concile réuni à Meaux en 845 puis à Paris en 846, ces
textes n’ont pas été substantiellement modifiés. Ces canons n’ont pas pour objet d’imposer la
régularité abbatiale dans tous les monastères. Les évêques qui les ont rédigés veulent
seulement interdire aux laïcs l’exercice de la fonction religieuse d’abbé en raison de leur état
de vie.
Dans le troisième chapitre, nous étudions la constitution des menses conventuelles.
Dans un premier temps nous montrons que Charles le Chauve a organisé au début de son
règne, un système d’inspection régulière des monastères par les missi afin de vérifier que les
abbés, quel que soit leur statut, dispensaient aux religieux les ressources nécessaires à leur
observance. Nous constatons cependant, dans un deuxième temps, que des biens ont
spécialement été affectés aux religieux presque exclusivement dans des monastères dont
l’abbé est un séculier, laïc ou clercs séculier ne résidant pas au monastère car exerçant par
ailleurs une autre fonction. Dans une troisième section, nous étudions à partir des exemples de
Saint-Benoît-sur-Loire et de Saint-Vaast d’Arras le processus de création d’une mense
conventuelle.
En conclusion, nous soulignons l’étroitesse du contrôle exercé sur les monastères par
Charles le Chauve et les évêques. Nous notons cependant la faiblesse des moyens dont ils
disposent pour l’exercer, ce qui empêche que ce contrôle soit pleinement efficace. Nous
notons enfin l’apparition, sous le règne de Charles le Chauve, d’éléments nouveaux comme
l’établissement de relations entre les communautés monastiques et la papauté. Ces nouveautés
institutionnelles permettent d’expliquer que le monachisme a pu survivre à la crise de la
royauté carolingienne à laquelle il était pourtant étroitement lié.
Abstraction et représentation. Études leibniziennes et néo-leibniziennes
Samedi 26 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Milne Edwards
Esc. E ou F, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Jean-Baptiste RAUZY son Habilitation à diriger les recherches :
Abstraction et représentation. Études leibniziennes et néo-leibniziennes
En présence du Jury :
M. FICHANT (Paris 4)
M. CLEMENTZ (Aix-Marseille 1)
M. COURTINE (Paris 4)
M. MUGNAI (Pise)
M. NEF (Rennes 1)
Mme SCHWARTZ (Clermont 2)
Absurdité, théâtralité, fictionnalité : essai sur le texte de théâtre
Vendredi 18 mars 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes, centre administratif de Paris 4
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Kaoru SHIMADA soutient sa thèse de doctorat :
Absurdité, théâtralité, fictionnalité : essai sur le texte de théâtre. L’écriture théatrale d’Albert Camus
En présence du Jury :
M. AUTRANT (Paris 4)
M. FRANTZ (Paris 4)
M. GUERIN (Marne la Vallée)
Mme SPIQUEL (Valencienne)
Affreux, sales et méchants. les représentations du Cafre et du Hottentot dans les cultures littéraire et scientifique à l’âge classique.
Jeudi 24 juin
14 h 30
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1 rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Dominique LANNI soutient sa thèse de doctorat :
Affreux, sales et méchants. les représentations du Cafre et du Hottentot dans les cultures littéraire et scientifique à l’âge classique.
en présence du Jury :
M. LESTRINGANT (PARIS IV)
M. MOUREAU (PARIS IV)
M. RACAULT (LA REUNION)
M. VAN DER CRUYSSE (Anvers)
Agent de détection de faits et d’évenements majeurs dans les textes de la toile. Une application à la veille : le système ALSEM
Lundi 27 juin 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Stéphanie WERLI soutient sa thèse de doctorat :
Agent de détection de faits et d’évenements majeurs dans les textes de la toile. Une application à la veille : le système ALSEM
En présence du Jury :
M. DESCLES (Paris 4)
M. CANELLA (PSA)
Mme DIENG (Nice)
Mme LALLICH (Lyon 1)
M. MINEL (CNRS)
Mme NAZARENKO (LIPN)
Alfred de Musset et les écrivains libertins du XVIIIè siècle
Vendredi 31 mars 2006
UNIVERSITA’ DEGLI STUDI DI TORINO
Mme Valentina PONZETTO soutient sa thèse de doctorat en cotutelle :
Alfred de Musset et les écrivains libertins du XVIIIè siècle
En présence du Jury :
M. LESTRINGANT (Paris 4)
M. MASTRANNI (Turin)
M. SOZZI (Turin)
M. DELON (Paris 4)
Position de thèse
Si l’on s’en tient à l’image qui a longtemps régné dans la critique et surtout dans les manuels scolaires - le « Musset des jeunes filles », le poète pleurnichard au cœur brisé, le chantre des amours malheureuses et des émois du cœur -, établir un rapport entre Alfred de Musset et les écrivains libertins du XVIIIe siècle relèverait de l’hérésie, ou du blasphème.
Tout lecteur averti de l’un et des autres n’aura pourtant point de difficulté à reconnaître ce lien, voire même aura déjà fait, au fil de ses lectures, ses propres rapprochements. La plupart des œuvres de Musset, en effet, a comme un vague parfum de libertinage, ou, si l’on veut, une certaine senteur de soufre, que le travail sourcilleux et hagiographique de son frère Paul et d’autres commentateurs moralisants n’a pas suffi à effacer, malgré tant d’efforts, et qui redevient perceptible dès qu’on se délivre des vieilles grilles de lecture pour n’écouter que le texte.
Jamais pourtant, à ma connaissance, on n’a considéré le rôle de la tradition libertine dans l’œuvre et la pensée de Musset d’un point de vue global et organique, suivant sa trace tout au long du corpus mussétien dans ses évolutions successives. Jamais, surtout, on n’a analysé, au delà de quelques rapprochements ponctuels, ou d’un certain goût pour l’érotisme et le scandale, le poids du modèle des romanciers libertins dans l’élaboration du style et de l’esthétique de Musset, ni relevé leur présence en filigrane, revue et métamorphosée de manière personnelle, au cœur même de son écriture. C’est dans cette direction que s’est orientée ma recherche.
J’ai ainsi délibérément écarté, autant que possible, les éléments biographiques pour me concentrer sur une analyse des textes plus vaste et précise par rapport aux remarques fragmentaires et aux fugaces impressions de lecture de la critique antérieure. Je n’ai pas non plus pris en compte les aspects du libertinage relevant de la philosophie, de l’histoire ou de l’histoire des mœurs, car pour Musset le libertinage s’identifie tout simplement avec la peinture des mœurs offerte par ces « romans du siècle de Louis XV, de la plus grande licence » que sans doute, tel son Octave de T***, il lisait passionnément et considérait comme « autant de catéchismes de libertinage » . De tous ces romans, ceux que Musset cite explicitement, mais aussi d’autres, qu’il pouvait avoir lu et qui offraient matière à des rapprochements significatifs, j’ai cherché la trace dans l’ensemble du corpus mussétien, tant au niveau du contenu que de la forme.
Le choix même des lieux dans lesquels se passe l’action de ses œuvres me paraît révélateur. A la différence de beaucoup de ses contemporains Musset est peu sensible aux scènes de la vie de province, peu enclin à la peinture des mœurs des différentes couches sociales, à la description des milieux ou des paysages, ou, pour tout dire, à la description tout court, et il se moque d’exotismes et autres évasions imaginaires de tout genre.
A quelques exceptions près, son univers se réduit à une Italie assez vague et imprécise, où Venise occupe une place centrale, sans doute à cause de réminiscences de Casanova ou de Byron beaucoup plus qu’à cause de souvenirs personnels, et à un Paris où, comme dans les romans du XVIIIe siècle, tout converge, tous montent, et d’où l’on ne s’éloigne que pour oublier une liaison infortunée, ou pour aller courir à la campagne quelque aventure galante. Partout le monde mussétien ressemble de près à celui des romans libertins, parce qu’il se révèle, avant tout, un espace de la mondanité, ou de l’intimité érotisée. Il est partagé entre salons, théâtres, promenades d’un côté, et huis clos des boudoirs, des petites maisons, des coins du feu et des salles de bain de l’autre. En quelque lieu qu’il situe ses œuvre, de plus, Musset tend à dessiner des espaces essentiels, plutôt abstraits, qui tirent leur principale raison d’être du cadre qu’il construisent autour des personnages et de leurs actions.
Les personnages mussétiens, à leur tour, tout en n’étant pas, à proprement parler, des libertins, ou des créations littéraires pouvant rentrer sans contredit dans des schémas issus du XVIIIe siècle, sont pourtant redevables aux romans libertins de beaucoup d’éléments constitutifs.
Chez certains d’entre eux une touche libertine est souvent perceptible dès le premier abord : rien qu’à les voir entrer en scène, on dirait qu’ils ont un air de famille avec les petits-maîtres et autres jeunes seigneurs du XVIIIe siècle. Ils les rappellent par le soin vestimentaire, le côté recherché et original dans l’ajustement, et surtout par une certaine effronterie aguichante dans la manière d’en faire étalage. Les grands soins qu’ils ont pour leur personne, leur raffinement, le fait qu’ils ne reculent pas, pour séduire, devant des attitudes et des « armes » habituellement classées comme féminines, telles la coquetterie, les enfantillages, les larmes, ont d’ailleurs fait planer sur eux un soupçon d’ambiguïté, voire d’effémination, comme sur les plus séduisants aristocrates mis en scène par la littérature libertine.
Plus important encore pour dessiner la filiation entre les personnages de Musset et ceux de la tradition libertine est le rapport avec la corruption. Qu’elle soit adoptée par ennui ou par plaisir, par inclination personnelle ou par l’effet inévitable du mauvais exemple, la corruption, et en particulier celle qui concerne les rapports entre les sexes, apparaît en effet dans les œuvres de Musset, et notamment dans celles de jeunesse, une attitude généralisée, presque à la mode. Paradoxalement, le libertinage, ou, pour mieux dire, l’imitation plus ou moins réussie d’un modèle libertin, semble aux héros de Musset la meilleure réaction possible à cette corruption envahissante. Puisque autour d’eux l’inconstance et la tromperie semblent devenues une règle de conduite, et que hommes et femmes attachent en général si peu de prix aux liaisons qu’ils peuvent former, mieux vaut aller au devant de l’autre, être d’avance plus volage et plus inconstant que lui, porter cuirasse, se corrompre.
S’il est fort douteux que la plongée dans la corruption et la débauche apporte à ces personnages la paix, le plaisir sans peine, ou le froid détachement du libertin, elle semble du moins développer chez eux une conscience critique aiguisée, une habitude du doute systématique, une plus profonde connaissance du monde. L’expérience sexuelle se fait expérience du monde, la débauche va de pair avec le découverte de la vérité derrière les apparences, comme dans certains romans libertins qui associent dévergondage des moeurs et délivrance de l’esprit des préjugés de la morale traditionnelle.
Il est à noter aussi que pour un certain type de héros de Musset, en particulier pour Lorenzaccio, le fait de se jeter dans la débauche et la corruption est un choix volontaire, fait en pleine connaissance de cause et poursuivi avec détermination. Il s’agit d’un véritable processus de formation qui renvoie point par point à celui des plus célèbres roués de la tradition libertine, comme Versac et Mme de Merteuil, des êtres de calcul et de tactique qui se sont forgés eux-mêmes grâce à la seule force de volonté et à un travail continuel sur soi.
Tous les aspects analysés dans la mosaïque des correspondances entre les personnages de Musset et ceux de la tradition libertine ont en dernière analyse un trait commun : tous ont un rapport avec la séduction, tous concourent, de quelque manière, à faire du personnage qu’ils caractérisent un séducteur. La séduction est du reste un thème fondamental aussi bien dans l’œuvre de Musset que dans la tradition libertine.
Dans les romans libertins du XVIIIe siècle, qui fourmillent de séducteurs, et apparaissent très souvent façonnés sur leurs entreprises, on trouve fondamentalement deux formes de séduction : celle qui se fonde sur la tromperie, l’intention leurrante, et qui fait du séduit la dupe du séducteur, et celle où, au contraire, il n’y a point de dupe, mais deux partenaires complices, en parfaite connivence, également conscients du jeu auquel ils se livrent. Les deux formes sont également volontaires, réfléchies et confiées à l’art de la persuasion, mais se distinguent nettement pour le degré de danger et de noirceur qu’elles impliquent, et pour le statut du séduit.
Elles trouvent l’une comme l’autre un reflet dans les œuvres de Musset, et notamment dans son théâtre. En particulier le modèle le plus sombre, celui de la séduction corruptrice et diabolique, affleure dans ses œuvres de jeunesse, grosso modo celles du début des années 1830, la prodigieuse saison des Caprices de Marianne, de Lorenzaccio et de Badine, pièces où, comme on l’a vu, règne aussi le thème obsédant de la corruption du monde, érigée presque en « loi de nature » . La séduction ludique et complice, en revanche, marque plutôt les œuvres de sa précoce maturité, et notamment les proverbes Un caprice et Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Chez Musset j’ai pu relever aussi un troisième type de séduction, inconnu des romanciers libertins : celui des personnages qui voudraient imiter le modèle des séducteurs redoutables, corrupteurs et trompeurs, mais qui s’en révèlent incapables, à savoir les deux Valentin, héros de Il ne faut jurer de rien et de Les Deux maîtresses. Ces personnages ne font que répéter le discours libertin au double sens de reproduire et presque de rapporter ce qu’ils ont lu et admiré chez les écrivains du XVIIIe siècle, et de s’exercer pour apprendre à jouer, d’après ces lectures, le rôle du libertin. Sur eux s’exerce l’ironie de Musset, qui souligne le côté décalé, parodique des situations qu’il met en scène. La tradition libertine apparaît dans ces cas comme un modèle, une référence explicitement déclarée, mais aussi, en même temps, comme un élément livresque, distancié, rêvé, non reproductible si ce n’est de manière impropre et détournée. Sa nature intertextuelle est ainsi ouvertement dénoncée au lecteur et l’appelle à participer à une sorte de jeu autour des textes libertins à travers indices semés dans les situations et les discours, et revirements éclatants et imprévus.
L’analyse ponctuelle et minutieuse des œuvres de Musset, et en particulier des entreprises de séduction qui y jouent un rôle si important, montre que l’héritage le plus fécond et le plus profondément enraciné que la tradition libertine y a laissé réside dans le choix du langage, du ton, des expressions. En un mot : dans le style.
Les romans libertins aimés par Musset, ceux du libertinage mondain et galant, « de bonne compagnie », tournent sans cesse, sans pour autant la nommer, autour d’une matière plutôt licencieuse : les rapports intimes entre les hommes et les femmes, tout ce qui touche la sphère sexuelle, les libertés et les faveurs prises, accordées, disputées, marchandées, jusqu’à parvenir à celles qu’on appelait dernières. Pour réussir cet étonnant tour d’adresse et de virtuosité langagière, on a recours à deux procédés qu’on pourrait désigner comme les marques distinctives du discours libertin : l’emploi d’un langage allusif, qu’à l’époque on appelait gazé, et un code d’expression biaisé, presque chiffré, que Jean Starobinski a nommé la « rhétorique des doubles registres".
Musset a intégré ce discours libertin à son propre style, le transformant à sa manière, laissant de côté ce qui n’était que jargon démodé pour en retenir l’essentiel : un langage élégant et allusif, qui suggère l’érotisme et le désir de manière lisse, agréable, parfaitement mondaine et convenable, sans jamais employer des mots crus ou vulgaires, un style fait de métaphores décentes mais évocatrices, de réticences insinuantes, d’ellipses malicieuses. Bref, une manière d’écrire qui fait appel à la collaboration complice du lecteur et le séduit irrésistiblement par les mêmes moyens que les personnages mettent en œuvre pour se conquérir entre eux.
Entre reprise et dépassement du modèle libertin, remploi et détournement ironique des clichés issus de cette tradition, l’œuvre de Musset trouve la voie de son originalité et de son charme.
Analyse comparée de la stratification éducative en France et en Italie dans les années quatre-vingt-dix et au cours du XXe siècle. De la description statistique à l’explication par simulation "individus-centrée"
Vendredi 10 mars 2006
14 heures
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Gianluca MANZO soutient sa thèse de doctorat :
Analyse comparée de la stratification éducative en France et en Italie dans les années quatre-vingt-dix et au cours du XXe siècle. De la description statistique à l’explication par simulation "individus-centrée"
En présence du Jury :
M. CHERKAOUI (CNRS)
M. BARBUT (EHESS)
M. BOUDON (Paris 4)
M. CHAZEL (Paris 4)
M. CUIN (Bordeaux 2)
M. SCAGLIA (Trento)
Résumés
La thèse contient une analyse comparée de la morphologie, de l’émergence et des transformations temporelles des stratifications éducatives française et italienne. L’objectif de la thèse est de développer un cadre de recherche idoine pour renouveler la sociologie de la mobilité et de la stratification. Pour ce faire, nous proposons, d’une part, d’intégrer la sociologie dite « analytique » et la sociologie dite « computationnelle », d’autre part, de réévaluer la tâche de la sociologie dite « des variables ». Nous accordons à cette dernière le rôle de « générateur » de régularités empiriques à expliquer. Nous prenons de la sociologie analytique l’intérêt pour la construction théorique de « modèles générateurs ». Nous tirons enfin de la sociologie computationnelle la nécessité de formaliser ces modèles générateurs et d’en simuler le comportement. Dans un tel cadre de recherche, nous décrivons d’abord empiriquement les deux principales dimensions (‘distributive’ et ‘relative’) dans lesquelles la stratification éducative peut être décomposée. Nous construisons ensuite un modèle théorique des mécanismes générateurs de la stratification éducative (« modèle du choix éducatif interdépendant »). Nous montrons enfin qu’un système multi-agents animé par ce modèle théorique permet d’engendrer de nombreuses régularités dont la structure statistique est conforme aux régularités empiriques synchroniques et diachroniques décelées dans les données françaises et italiennes, aussi bien au plan ‘distributif’ que ‘relatif’.
The thesis contains a comparative analysis of morphology, emergence and temporal transformations of the French and the Italian educational stratification. The aim of the present work is to develop a framework of research suitable to renew the sociology of mobility and stratification. With this intention, we propose, on the one hand, to integrate sociology known as "analytical" and sociology known as "computational", on the other hand, to revalue the task of the “variables sociology". We grant to the latter the role of "generator" of empirical regularities to explain. From analytical sociology, we take the interest for the theoretical construction of "generating models". We finally draw from computational sociology the need for formalizing these generating models and for simulating the behavior of it. Within such a framework of research, we initially empirically describe two principal dimensions (`distributive’ and ` relative’) in which the educational stratification can be broken up. We build then a theoretical model of the generating mechanisms of the educational stratification ("model of the interdependent educational choice"). We show finally that a system multi-agents animated by this ideal model makes it possible to generate many regularities of which the statistical structure is in conformity with the synchronic and diachronic empirical regularities detected in the French and Italian data, in the` distributive’ as well as in the ` relative’ plan.
Position de thèse
Cette thèse contient, d’une part, une réflexion que l’on pourrait qualifier lato sensu de méthodologique sur la sociologie en tant que discipline. Le but est d’esquisser un programme de recherche à visée intégrative et explicative. La thèse questionne, d’autre part, la fécondité heuristique d’un tel programme en l’appliquant à un objet sociologique particulier : la stratification éducative française et italienne dans les années quatre-vingt-dix et au cours de près de trois quart du vingtième siècle.
Afin d’apprécier les raisons d’une telle duplicité de parcours, demandons-nous d’abord à quelle condition une réflexion purement méthodologique serait-elle pertinente. Weber (1906 : 208) nous dit que « ces sortes de considérations ne prennent habituellement de l’importance pour l’entreprise scientifique qu’au moment où, à la suite de déplacements considérables des ‘points de vue’ sous lesquels une matière devient l’objet d’une étude, on en arrive à penser que les nouveaux ‘points de vue’ exigent également une révision des formes logiques dont l’‘entreprise’ traditionnelle s’était jusqu’alors contentée et qu’il en résulte une certaine insécurité à propos de la ‘nature’ de son propre travail ». L’interrogation amorcée par cette thèse qui relève à la fois de la sociologie générale et d’une sociologie spécifique (la sociologie de la stratification) trouve sa raison d’être précisément dans l’état de « insécurité à propos de la ‘nature’ de son propre travail » dans lequel, à nos yeux, l’une et l’autre se trouvent actuellement.
Considérons d’abord la sociologie en tant que telle, pour ainsi dire. Est-elle en ‘crise’ ? Il n’est assurément pas simple de répondre de manière générale à cette question car notre discipline a désormais une extension qui personne ne pourrait prétendre maîtriser dans son ensemble. Par ailleurs, de nombreux signes institutionnels (tels la quantité de revues, la multiplication des collections, la prolifération des départements, la présence dans la sphère public, etc.) laisseraient croire à une discipline assez bien implantée, du moins bien davantage qu’il y a encore quelques décennies. D’autres éléments cependant pousseraient à penser que, si elle n’est pas en ‘crise’, la sociologie traverse tout au moins une phase d’incertitude profonde.
La théorie sociologique d’abord est questionnée. L’on reconnaît volontiers que celle-ci consiste, le plus souvent, ou bien dans une réflexion théorique sur d’autres théories (anciennes ou contemporaines) ou bien dans l’esquisse de théories générales débouchant sur des disquisitions sur la nature du social (Van den Berg 1998). C’est sans doute pourquoi certains auteurs ont ressentis l’exigence de rebâtir les fondements de la théorie sociologique (Coleman 1990). Pour sa part, la solidité de la recherche empirique est également soumise à une réflexion de plus en plus systématique et approfondie. Ceci vaut aussi bien pour le type de recherche qui se fonde sur un nombre limité de cas tout en ayant des ambitions de généralité (Ragin, Becker 1992 ; Ragin 2000) que pour la recherche qui s’appuie traditionnellement sur des bases de données de plus grande ampleur. Que cette dernière ait été revisitée en profondeur durant les années quatre-vingt (Lieberson 1985, Ragin 1987, Pawson 1989) n’a pas évité que le débat sur les fondements et la fécondité de la sociologie quantitative reprenne de manière violente durant la décennie suivante (Clogg, Haritou 1997 ; Esser 1996 ; Freedman 1991a, b ; Blalock 1991).
Certaines notions constitutives de toute entreprise scientifique, comme le concept de ‘causalité’, sont par ailleurs soumises à débat (Becker 1992 ; Goldthorpe 1999).
Cet état de la théorie et de la recherche étant, il n’est pas étonnant de constater que leurs liens réciproques sont peu systématiques et irréguliers. De nombreux auteurs dénoncent désormais de plus en plus ouvertement la séparation radicale qui existe en sociologie entre ces deux volets de l’activité scientifique (Boudon 1997 ; Goldthorpe 2000a ; Hedstrom, Swedberg 1996, 1998b).
Cette multiplicité d’interrogations qui apparaît dans la littérature sociologique contemporaine nous semble traduire un état que l’on pourrait qualifier, faute de mieux, de ‘effervescence réflexive’. C’est cet état qui nous paraît le signe le plus clair d’une discipline qui fatigue à s’installer durablement dans une phase de « science normale », pour reprendre la célèbre notion de Kuhn. Preuves en sont d’ailleurs des textes qui s’interrogent directement et explicitement sur le statut scientifique même de la sociologie (Cuin 2000, 2004 ; Passeron 1991 ; Raynaud 2004), en faisant par là ressurgir le doute que cette discipline n’ait sa place que « entre science et littérature » (Lepenies 1985). C’est donc bien une discipline caractérisée par une « insécurité à propos de la ‘nature’ de son propre travail » qui se dégage de ce rapide survol. Une discipline éclatée, pourrait-on dire, en quête de son horizon théorique et méthodologique. Comme l’a souligné Berthelot (2003), le pluralisme en sociologie est avant tout un « fait » (il touche tous ses ramifications). Mais c’est aussi un « énigme » : pourquoi davantage ici qu’ailleurs ? Le pluralisme est enfin un « danger », conclue Berthelot : si on l’institue en norme, il conduit aussitôt au relativisme.
La nécessité de réagir à un tel état des choses nous paraît urgente et impérative. Nous ne pouvons pas attendre que « la pauvreté du relativisme », comme titre un récent essai de Raymond Boudon (2005), se transforme dans la ‘pauvreté’ de la sociologie. Chose qui en partie semble malheureusement déjà être une réalité. L’un des pères du ‘constructivisme sociale’ a récemment affirmé qu’il ne pleurerait pas si la sociologie disparaissait. Peter Berger (2002) ne perçoit plus en effet l’intérêt d’une telle discipline.
Si l’on en vient maintenant au domaine sociologique particulier qui nous occupera de près, nous retrouvons des tensions similaires. En dépit de la solidité et du raffinement progressif des méthodes ainsi que d’une vitalité considérable en termes d’études produites, la sociologie de la stratification est traversée, du moins depuis le début des années quatre-vingt-dix, par un questionnement qui rappelle à bien d’égards l’‘effervescence réflexive’ qu’on vient de signaler pour la sociologie dans son ensemble.
En premier lieu, on constate une tendance à revenir systématiquement sur les acquis de la recherche, comme si ses frontières et ses contenus échappaient à mesure qu’ils se forment. Au début des années quatre-vingt-dix, on croyait pouvoir reconnaître trois ‘générations’ d’études de mobilité (Ganzeboom, Treiman et Ultee 1991). Quelques années plus tard, on a ressenti l’exigence d’établir une nouvelle catégorisation : une ‘quatrième génération’ de recherches serait entre-temps apparue (Treiman, Ganzeboom 2000). D’autres bilans des acquis ont été encore plus récemment dressés (Hout, diPrete 2004). On insiste par ailleurs de plus en plus sur l’un des traits saillants de ces différentes vagues de développement : la cumulativité (Goldthorpe 2003b).
En deuxième lieu, on questionne les objectifs de la sociologie de la stratification. Certains critiquent l’horizon restreint des questions qu’elles abordent (Noble 2001). D’autres nient que, en l’état actuel, elle soit en mesure de satisfaire l’une de ses ambitions majeures : la construction de généralisations empiriques qui relèvent du niveau macrosociologique (Cherkaoui 2003c, d ; 2005 : chap. 6).
En troisième lieu, on n’hésite pas (ou plus) à remettre en cause ses fondements mêmes. L’asymétrie qui existe en sociologie de la stratification entre la sophistication technique et la richesse théorique qui coince les études dans le descriptivisme est désormais explicitement admise par certains auteurs parmi ceux qui l’ont alimentée depuis toujours (Goldthorpe 2000b). Bien que timidement, on commence à reconnaître un écart entre ce que l’on souhaite mesurer, les outils utilisés pour le faire et les données dont on dispose habituellement (Breen 2004 : chap. 2 ; Swift 2004). On tente par ailleurs de restituer une ampleur théorique au domaine en insistant davantage sur le fondement microsociologique des régularités empiriques décelées sur les données agrégées. Un point de vue actionniste a sans doute enfin percé, durant les années quatre-vingt-dix, la sociologie des inégalités éducatives et, bien qu’en moindre mesure, de la mobilité sociale (Barone 2005 ; Breen, Jonsson 2005a ; Erikson, Goldthorpe 2002 ; Grusky 2001c).
Il faut enfin rappeler que les courants dits post-modernistes n’ont pas non plus épargné la sociologie de la stratification. Au plan théorique, cette perspective se fait porteur de l’idée que la notion de ‘classe sociale’ serait désormais désuète et que tout fondement groupal, au sens de groupe socioprofessionnel, aux inégalités aurait disparu (Pakulsky 2005). Au plan empirique, elle affirme conséquemment que la stratification n’existerait plus en tant que complexe structuré d’inégalités. Les sociétés contemporaines seraient traversées par un mouvement de fragmentation, de pluralisation et d’individualisation des situations de vie qui empêcherait de parler d’inégalités socialement structurées. Comme on l’a reconnu (Lévy 1998), de telles positions ont assumé une radicalité exceptionnelle au sein de la sociologie allemande (cf., par ex., Beck 2003 ; Offe 1986). Mais, on en retrouve des traces ailleurs aussi : en France, par exemple, chez Touraine (2005).
Ainsi, la sociologie dans son ensemble et la sociologie de la stratification en particulier présentent de nombreux signes d’un état de questionnement sur leurs fondements, frontières et objectifs respectifs. De manière générale, c’est leur capacité à produire des connaissances solides qui paraît être mise en cause, des connaissances en d’autres termes qui établissent des liens stricts entre des faits empiriques délimités qui apparaissent opaques et des propositions théoriques précises qui puissent les éclairer. En un mot, c’est donc le pouvoir explicatif de l’analyse sociologique en tant que telle et, en son sein, de la sociologie de la stratification qui est en question.
Dans cet état de choses, nous avons ressenti l’exigence de prendre position et de réfléchir à un programme de recherche capable sinon d’unifier, du moins, de fédérer les sociologues qui conçoivent l’analyse sociologique comme une activité de recherche rigoureuse dont l’objectif principal est l’explication de phénomènes énigmatiques. Nous avons par ailleurs essayé de le faire en nous situant au sein de la sociologie de la stratification car elle constitue un cas exemplaire de sociologie empirique. Et cela, à plusieurs égards. La séparation entre théorie et recherche y est radicale ; les méthodes y sont par ailleurs particulièrement avancées ; celles-ci semblent paradoxalement constituer de plus en plus un piège qui empêche ce secteur de sortir des problèmes dont on commence à prendre conscience et à admettre l’existence.
Cet entremêlent de plans d’analyse a une raison profonde. Exprimons-là en sollicitant le passage suivant de Weber qui complète celui que nous avons évoqué plus haut : « une science ne se laisse fonder et ses méthodes ne progressent qu’en soulevant et en résolvant des problèmes qui se rapportent à des faits, mais jamais encore les spéculations purement épistémologiques et méthodologiques n’y ont joué un rôle décisif » (Weber 1906 : 208). Nous partageons profondément ce point de vue. C’est pourquoi nous n’aurions pas su disjoindre l’esquisse des fondements théoriques et méthodologiques d’un cadre de recherche fédérateur pour l’analyse sociologique de son application concrète afin d’en évaluer la valeur heuristique et explicative.
Il importe d’insister sur la signification d’une telle entreprise. Il ne s’agira nullement de développer une théorie sociologique générale. Il ne s’agira non plus de bâtir une nouvelle épistémologie ni a fortiori une réflexion sur l’ontologie du social. Nous entendons notre propos comme un ensemble d’orientations et de questions que le sociologue doit suivre au moment de la problématisation de son objet de recherche. Il s’agit de ‘choses à faire’ et de ‘choses à éviter’. Ces orientations et ces questions définissent par ailleurs les contraintes auxquelles l’on se soumettra au moment d’apporter une réponse aux interrogations soulevées par l’analyse empirique de l’objet en question. C’est en ce sens que nous parlons de ‘programme de recherche’. Puisque il s’agit d’un ensemble cohérent et structuré de lignes directrices qui organisent la production de connaissance, nous parlerons aussi souvent de ‘cadre’ de recherche. Dans ce sens, l’on pourrait dire que nous défendrons un ‘style’ ou encore une ‘stratégie de recherche’ sociologique.
Puisque l’objectif d’une telle stratégie est de renforcer le pouvoir explicatif de l’analyse sociologique, le premier moment de sa définition ne peut que porter sur les modalités de construction de l’explication. Qu’est-ce qu’une explication correctement construite ? Pour répondre à cette question, nous distinguerons deux aspects. D’une part, le niveau de la forme, au sens de la configuration, de l’explication. Nous le rapporterons au problème fondamental des rapports entre ‘structure’ et ‘action’. Le niveau du contenu, d’autre part. Nous le rapporterons à l’unité de base de l’explication, à sa brique élémentaire, pour ainsi dire. Le premier aspect nous conduira à définir une forme d’individualisme méthodologique que nous qualifierons de ‘complexe’. Le second nous conduira à problématiser le concept de ‘mécanisme générateur’.
Au plan de l’explication sociologique, l’idée essentielle que nous défendrons sera ainsi la suivante : l’explication d’un phénomène social tient à la modélisation des mécanismes générateurs qui en assurent l’émergence par l’intermédiaire des multiples boucles ‘structure/action’ qu’ils alimentent. Cette conception de l’explication conduit ipso facto à la critique d’autres formes d’explication fort répandue en sociologie : notamment, l’explication de dérivation positiviste centrée sur la notion de ‘variable’.
Puisque l’autre objectif majeur que notre cadre de recherche se propose d’atteindre est de renforcer les liens entre élaboration théorique et analyse empirique, le second moment de sa définition ne peut que porter sur les modalités de transition de l’explication construite, à sa formalisation et à son test empirique. Comment implémenter une explication soumise aux contraintes de l’‘individualisme méthodologique complexe’ et construite en termes de mécanismes générateurs ?
C’est une question d’importance capitale. Au prix de nous exposer à la critique de ‘technicisme’, nous serions porter à affirmer que c’est là le problème décisif. Nous pouvons en effet raffiner autant qu’on veut la conception de l’explication et la résolution des rapports entre macro et micro niveau d’analyse, mais, si nous ne nous donnons pas les moyens de rapprocher de telles explications aux données empiriques, nos efforts théoriques resterons vains. L’on peut penser que l’obstacle principal au consolidement d’une perspective actionniste en sociologie réside dans l’absence de véritables méthodes d’analyse pour la traduire en pratique. Si, du point de vue des objectifs explicatifs que la sociologie doit se poser au même titre que n’importe quelle autre science, l’on ne saurait pas défendre une ‘épistémologie régionale’, il est indéniable que la présence de l’intentionnalité, de l’action et de l’interaction entre les entités constitutives de son objet demande la construction de méthodes appropriées pour formaliser cette complexité. C’est un juste équilibre entre l’homologie des objectifs et l’hétérogénéité des méthodes, au sens des techniques, qui permettra à la sociologie de se rapprocher de la solidité des sciences biologiques et physiques tout en évitant le spectre du « scientisme », auquel Hayek (1952) a consacré l’un des essais le plus brillants qui soit.
Sur ce second point essentiel, nous proposons d’adopter des méthodes qui permettent une véritable production des données à partir de règles explicitement posées a priori par le chercheur. Ces méthodes s’identifient aux techniques de simulations. En absence d’autres précisions, une telle affirmation serait toutefois vide. En l’état actuel du développement de cette classe de méthodes, en effet, dire qu’il faut simuler équivaut à reconnaître « qu’il est utile de parler des langues étrangères ». Le problème est de savoir lesquelles et, surtout, si nous parlons la bonne langue dans le bon contexte.
Le programme de recherche esquissée dans cette thèse reconnaît dans le type de simulation dite ‘individu-centrée’ et, plus en particulier, dans un sous-groupe de celle-ci, les système multi-agents, la méthode appropriée pour implémenter et animer des explications construites en termes d’‘individualisme méthodologique complexe’ et de mécanismes générateurs.
La raison est aussi simple que décisive. Pour la première fois dans l’histoire de ses méthodes, la sociologie a accès à une technique qui permet de traiter formellement le problème qu’elle essaye de résoudre depuis toujours : comment les actions individuelles se combinent-elles jusqu’à se cristalliser en des ‘structures’ plus ou moins stables ? Un système multi-agents est en effet un ensemble d’entités dont le comportement et les interactions répondent à des règles établies par le modélisateur. Quel sera le produit global dérivant de l’évolution dynamique de ces actions et interactions locales ? Voilà une question centrale pour la sociologie, voire même constitutive de la science qu’elle est. À présent, ce problème que l’on pourrait qualifier lato sensu de l’‘émergence’ est modélisable formellement. Mais, l’autre versant de la question l’est tout autant. Puisque un système multi-agents permet d’enraciner les acteurs en des multiples structures résiliaires et de stocker les produits partiels de ces interactions, nous pouvons aussi avancer dans la compréhension du problème suivant : comment le comportement des acteurs est-il contraints par la présence d’autrui ainsi que par les produits intermédiaires engendrés continuellement par cette ‘interdépendance généralisée’ ? À présent, ce problème aussi que l’on pourrait qualifier lato sensu de ‘causalité descendante’ (du ‘Macro’ ou du ‘Méso’ au ‘Micro’) est modélisable formellement.
En un mot, des explications qui se soumettraient aux contraintes d’une forme ‘complexe’ d’individualisme méthodologique trouvent dans cette spécifique classe de méthodes de simulation un support concret. Pour la première fois, l’individualisme méthodologique et la notion de mécanisme paraissent sur la bonne voie pour recevoir une formalisation concrète.
Reste à déterminer un dernier aspect. Puisque l’objectif du ‘style’ sociologique défendu dans cette thèse est de construire des explications de faits et de formaliser par la suite leur structure pour en tester la pertinence, comment établir ces faits ? Par ailleurs, si la simulation (multi-agents) permet d’engendrer des faits elle aussi, comment mettre en relation faits empiriques et faits stylisés ? Le test de l’explication repose en effet, du moins en partie, sur cette relation.
On vient ainsi à la place que nous réservons à l’analyse statistique par variables. Aussi sophistiquée soit-elle, ce type d’activité ne saurait assurer que une fonction descriptive dans le parcours de recherche. Cette fonction est cependant essentielle à double titre. Premièrement, L’analyse statistique représente un outil puissant pour établir des régularités empiriques dont le caractère à la fois stable, structuré et énigmatique justifie le désir d’en expliquer l’émergence. L’‘analyse par variables’ peut être conçu à ce titre comme un générateur d’explananda. Deuxièmement, la description statistique constitue le pont entre les régularités propre aux données empiriques et les régularités générées par les systèmes multi-agents. Ce pont tient à l’opération suivante : il s’agit de soumettre les unes et les autres aux mêmes élaborations statistiques. Si la structure des deux séries de données est similaire, nous disposons enfin de quelques éléments pour penser que les mécanismes qui gèrent la ‘société artificielle simulée’ sont vraisemblablement à l’œuvre dans la société réelle aussi.
Le profil du cadre de recherche que cette thèse envisage comme viable à la fois pour intégrer théorie et recherche et pour satisfaire les ambitions d’une sociologie explicative est désormais complet. Nous proposons :
A) que le chercheur parte systématiquement de l’analyse empirique par variables afin de décrire aussi précisément que possible la structure du secteur de réalité sociale sur lequel il a décidé de se focaliser ;
B) que le chercheur construise un ensemble d’hypothèses théoriques sur les mécanismes générateurs sous-jacents cette structure : la forme de la combinaison de ces mécanismes doit satisfaire les contraintes définies par l’‘individualisme méthodologique complexe’ ;
C) que le chercheur formalise (mathématiquement, si possible) le modèle ainsi construit et qu’il l’implémente dans une ‘société artificielle’ ;
D) qu’il revienne aux données empiriques de départ afin de confronter systématiquement leur structure statistique avec celle des ‘faits stylisés’ générés par la ‘société artificielle’.
On le voit. Ce programme de recherche s’applique plus aisément à des objets que l’on peut décrire comparativement sur des échelles temporelles et spatiales d’une certaine ampleur. Nous ne pouvons nier que l’un des traits du type de connaissances explicatives qui nous intéressent tient à leur caractère général et généralisable.
Cela ne nous paraît pas aller sans raison. Le caractère généralisable des connaissances acquises représente probablement l’un des éléments distinctifs de la sociologie par rapport à l’histoire (Prost 1996 : chap. 9). A la différence de celle-ci, la première (même quand elle s’intéresse à des évènements singuliers) revendique davantage un intérêt vers la mise en évidence de mécanismes généraux au sens où ils s’appliqueraient à plusieurs contextes et à des instants temporels différents (Boudon 1979a : 61, 73, 80, 171, 172 ; 2003a : 164-166 ; 2003b : 62).
À cet égard, le choix de tester la fécondité heuristique et explicative d’un tel programme de recherche au sein de la sociologie quantitative de la stratification sociale est certainement symptomatique. Il s’agit en effet de l’un des domaines de recherche où l’on dispose de bases de données particulièrement riches qui permettent d’étendre l’étude à plusieurs pays et à différents moments historiques à la fois. Aussi lacunaires ces données puissent paraître à bien d’égards, cette condition n’existe sûrement pas en beaucoup d’autres ramifications de notre discipline. Cela étant dit, en dépit de l’importance théorique des phénomènes qui relèvent de la sociologie stratification, le pouvoir explicatif des analyses qui l’alimentent demeure fort limité. Les descriptions produites par ces études ont l’ambition d’atteindre une très grande finesse et précision. Le raffinement des techniques adoptées est incontestable et en progression continuelle. Mais, la richesse théorique des travaux qui s’accumulent ne va pas de concert. Toute sorte de questions de type ‘pourquoi’ restent sans réponse.
En raison de ce décalage profond entre théorisation et recherche auxquels font par ailleurs face des méthodes avant-gardistes, la sociologie de la stratification constitue sans doute un laboratoire exemplaire pour mettre au point notre ‘style’ sociologique à visée explicative. Précisons cependant que, bien que nous utiliserons couramment l’expression de sociologie de la stratification, il va sans dire que nous n’aborderons qu’une forme bien spécifique d’inégalités : celles qui se structurent autour de la réussite scolaire en fonction du groupe social d’origine. D’autres multiples types d’inégalités existent qui se cristallisent à l’intersection entre d’autres innombrables objets sociaux (santé, loisirs, etc.) et aussi nombreux facteurs de structuration (âge, genre, ethnie, etc.). En dépit de cette pluralité de facettes de la stratification, nous pensons cependant que les inégalités liées au milieu socioprofessionnel d’origine restent centrales. Parmi elles, en raison des conséquences qui découlent dans nos sociétés du type et de la quantité d’instruction détenue, la stratification sociale des diplômes occupe une place toute particulière.
Ainsi, sans perdre de vue la spécificité de l’objet, il ne paraît pas insensé de partir de la sociologie de la stratification éducative pour refonder la sociologie de la stratification. En tant que premier moment du processus complexe de transmission du statut, si l’on montre la pertinence de notre programme de recherche sur cet objet spécifique, l’ambition de vouloir l’étendre par la suite en ressortira d’autant plus fondée. Notre tentative de synthèse d’uneforme ‘complexe’ d’individualisme méthodologique, d’une modélisation fondée sur les mécanismes générateurs et d’une méthodologie centrée sur technologie multi-agents peut nourrir l’analyse de la stratification d’un double point de vue.
Il s’agit d’une part de lui donner les moyennes de sortir définitivement du descriptivisme dans lequel elle coince depuis ses débuts. Il s’agit de fonder une sociologie véritablement explicative de la stratification.
A cet égard, comme nous l’avons rapidement dit plus haut, ce domaine est actuellement traversé par une contradiction saisissante. D’une part, l’on accepte de plus en plus de nourrir les analyses purement empiriques d’une théorie microsociologique des décisions scolaires ou des stratégies de mobilité. D’autre part, l’on considère naturel de rester dans le cadre des méthodes statistiques multivariées en leur attribuant la capacité de tester les propositions théoriques. De ce point de vue, une application réussite des méthodes de simulation (comparativement aux techniques standard) démontrerait la gravité de l’erreur commise en faisant une telle attribution et indiquerait en même temps la voie pour sortir de cette contradiction.
Le ‘style’ sociologique défendu dans cette thèse pourrait renouveler la sociologie de la stratification dans un second (et plus spécifique) sens. En particulier, il peut rendre possible la réabsorption de débats qui se répètent depuis plusieurs décennies toujours, à quelques variantes terminologiques près, dans les mêmes termes. C’est le cas de la distinction d’autrefois entre ‘mobilité forcée’ et ‘mobilité de circulation’ qui s’est transformé à l’heure actuelle dans la distinction entre ‘mobilité absolue’ et ‘mobilité relative’. On pose le problème différemment. On change la perspective méthodologique. Mais, le fond des discussions ne change pas : quel est le niveau sociologiquement (et normativement) le plus pertinent ? Dans le domaine des inégalités éducatives qui nous intéressera de plus près, on retrouve précisément la même controverse. D’une part, on s’attaque à la distribution de l’éducation ; d’autre part, l’on préfère étudier la configuration des ‘opportunités éducatives’ ou, comme on dit, des avantages/désavantages relatifs. Là aussi, l’on s’acharne depuis des décennies à vouloir répondre à la même question : quel est le niveau le plus pertinent pour juger de la démocratisation de l’enseignement ?
De tels débats ne devraient pas être pris comme la preuve de la vitalité du domaine, mais plutôt comme le signe de son incapacité à les résoudre. Ce qui ne déposent pas en faveur du progrès des connaissances. Il y a quelques années, l’historien Antoine Prost s’opérait pour jeter « les premiers jalons d’une histoire du concept de démocratisation de l’enseignement dont la prospérité durable s’explique précisément par la polysémie évolutive » (1997 : 47). La conclusion de son analyse est sans doute révélatrice de ce à quoi peut conduire une sociologie des inégalités faible : « mon pronostic personnel est que la notion de démocratisation a désormais épuisé son efficacité sociale et qu’elle sera progressivement supplanté par d’autres concepts, qui permettront de penser les évolutions, éventuellement démocratiques, de notre système éducatif ».
Nous croyons qu’un renouvellement des concepts n’est pas suffisant. Il s’agit de repenser la manière d’étudier les inégalités.
Le point de départ de ce changement de vue peut s’exprimer en sollicitant le passage suivant : « l’histoire de la construction des indices, par exemple des indices d’inégalité ou de mobilité sociale, conduit à une conclusion essentielle, d’un point de vue non seulement épistémologique, mais philosophique et politique. Elle montre qu’on peut construire dans tous les cas des indices également défendables, mais susceptibles de conduire à des diagnostics contradictoires » (Boudon 2003a : 61). En partant de cette acquisition, le programme sociologique défendu dans cette thèse nous amène à penser que, si l’on reste au niveau descriptif, il n’y aura aucune manière de sortir des controverses qui opposent ceux qui préfèrent telle mesure à ceux qui préfèrent telle autre. Afin d’échapper à l’affrontement entre les différentes conceptions de l’inégalité, bien souvent de nature normative, sous-jacente aux différentes mesures, il s’agit de montrer que exactement la même combinaison de mécanismes peut générer des évolutions contrastantes selon le point de vue que l’on décide d’adopter pour décrire les données.
Ainsi, l’intégration que nous proposons entre une forme ‘complexe’ d’individualisme méthodologique, une modélisation fondée sur les mécanismes générateurs et une méthodologie centrée sur la technologie multi-agents conduirait la sociologie de la stratification à accepter que la description du phénomène inégalitaire peut se faire à plusieurs niveaux, tous également légitimes. La description se couplerait à l’explication. Puisque l’attention se déplace vers les mécanismes générateurs, ce style de recherche obligerait de ne pas s’arrêter au constat de l’existence de tendances contradictoires selon la mesure choisie. Le défi véritable est de rendre compte de l’émergence de ces évolutions éventuellement contrastantes. Par cette voie, l’obligation de répondre à des questions aussi essentielles que de savoir pourquoi la distribution de l’éducation devient plus égalitaire tandis que les écarts relatifs entre les groupes ne rétrécissent pas, ou bien de savoir pourquoi des évolutions de signe concorde au long de ces deux aspects existent dans un pays mais pas en d’autres, reviendrait au premier plan de l’analyse. Le passage par la formalisation et l’animation par simulation des mécanismes permettrait enfin de recentrer le débat sur des explications éventuellement alternatives plutôt que de continuer à débattre sur la ‘bonne mesure’, la ‘bonne description’ et la ‘bonne tendance’.
La démonstration de nos propos sera relativement longue, mais, somme toute, linéaire. Sa structure, en quatre parties, découle en effet presque naturellement du cadre de recherche pour l’analyse sociologique dont on vient d’esquisser les traits de fond.
Dans un premier temps (première partie), nous posons l’infrastructure conceptuelle et méthodologique à fondement de notre travail tout entier. Cette partie au caractère théorique, réflexif et programmatique est donc essentielle. Elle se composera de deux chapitres.
Le chapitre 1 reviendra de manière bien plus approfondie que cela ne convenait à cette introduction générale sur le type de sociologie qui nous paraît en mesure de renforcer le versant explicatif de l’analyse sociologique ainsi que les rapports entre théorie et recherche. En particulier, nous proposerons une intégration entre la sociologie dite analytique et le courant, d’apparition plus récente, de la sociologie dite ‘computationnelle’. La première nous permettra de construire notre propre variante de l’individualisme méthodologique ainsi que de l’allier à la notion de ‘mécanisme générateur’. La seconde nous met sur la voie d’une pleine reconnaissance des méthodes de simulation en tant que outil de formalisation et de test de la théorie sociologique. Celle qu’on qualifie aussi de sociologie des variables complétera le cadre des intégrations à accomplir. Uns sociologie analytique sans faits empiriques correctement décrits n’aurait pas d’objet ; de converse, une sociologie computationnelle sans données empiriques ne conduirait qu’à des pures spéculations, bien que formalisées. Ce premier chapitre tente donc une synthèse de plusieurs langages en intégrant différents types de littératures que l’on n’a probablement pas l’habitude de voir rassemblés en un seul lieu.
Le chapitre 2 reviendra en revanche de manière plus étendue que cela ne pouvait se faire dans cette introduction générale sur l’état de la sociologie de la stratification et sur l’intérêt de la nourrir de l’intégration de ces trois sociologies qui sont la sociologie analytique, la sociologie computationnelle et la sociologie des variables. D’une part, nous discuterons des conséquences que la prédominance de cette dernière dans ce domaine d’étude a entraînées sur la théorie qui a pu y être développé (ou, plutôt, non développé). D’autre part, nous nous attarderons particulièrement sur l’un des débats majeurs qui ont traversé les analyses de la stratification éducative. Le problème de la mesure de longue période des inégalités scolaires constitue certainement un cas exemplaire des conséquences les plus dramatiques auxquelles peut conduire une recherche fondée sur un seul et unique langage de type descriptif. Une solution fondée sur la modélisation des mécanismes générateurs sera proposée au principal dilemme soulevé par ce débat : la détermination du ‘bon’ niveau d’analyse de la stratification éducative. L’idée avancée est simple. Les différents niveaux d’analyses dans lequel l’on peut désarticuler l’étude des données empiriques (notamment, le niveau ‘distributif’ et le niveau ‘relatif’) ne sont que les manifestations visibles d’une même concaténation de mécanismes générateurs. La tâche de la sociologie de la stratification, à laquelle les méthodes de simulation peuvent apporter un appui indispensable, est de démontrer, d’une part, quels sont les mécanismes à l’œuvre, d’autre part, qu’une même combinaison de ceux-ci est effectivement en mesure de produire la structure des données au long des différents aspects sous lesquels elles peuvent être traitées.
Aussi simple puisse paraître cette idée, sa démonstration n’est pas aisée. La suite de la thèse peut se lire comme la tentative d’apporter cette démonstration. La deuxième et la troisième partie contiendront ainsi l’essentiel des analyses empiriques de la stratification éducative française et italienne. S’appuyer sur ces deux pays présente un intérêt en soi : aucune comparaison systématique et ciblée de la France et de l’Italie sur le phénomène spécifique des inégalités éducatives (comme d’ailleurs de la mobilité sociale) n’a jamais été livrée à la communauté scientifique.
Ces deux parties se répartissent la tâche descriptive. La deuxième partie aura pour objet l’aspect ‘distributif’ (ou, comme on peut dire aussi, ‘absolu’) de la stratification éducative. Il s’agira en d’autres termes de décrire la configuration de la distribution de l’instruction formelle en France et en Italie. Pour ce faire, nous distinguerons systématiquement trois sous-niveaux : a) la morphologie de l’éducation (c’est-à-dire, le volume et l’articulation des diplômes) ; b) les flux scolaires (c’est-à-dire, les destinations éducatives les plus fréquemment atteintes par les membres des différents groupes sociaux ; c) les afflux scolaires (c’est-à-dire, le degré d’homogénéité/hétérogénéité des différents diplômes). En s’appuyant sur un outil aussi utile que négligé en sociologie de la stratification, les courbes de Lorenz et l’indice de Gini, c’est bien le niveau des afflux scolaires qui nous permettra de caractériser d’un premier point de vue le degré d’inégalité éducative propre à la France et à l’Italie. Ce qui sera fait en deux moments distincts. Le chapitre 3 analysera ces deux pays sur des données transversales issus d’enquêtes par sondage aléatoire réalisées dans les années quatre-vingt-dix : en 1993 pour la France et en 1999 pour l’Italie. Le chapitre 4, en revanche, étudiera ces deux pays en perspective diachronique : en utilisant une série de cohortes couvrant une grande partie du XX siècle, d’abord, une succession de ‘périodes’ (années ’80-’90), ensuite.
La troisième partie déplacera le regard sur l’aspect ‘relatif’ (ou, comme on peut dire aussi, ‘relationnel’) de la stratification éducative de la France et de l’Italie. La distribution des diplômes laissera la place à la configuration sociétale des opportunités éducatives. Il ne s’agira plus en d’autres termes d’étudier le quota d’éducation détenue par les différents groupes, mais de décrire les obtentions éducatives des uns par rapport aux autres, la distribution des diplômes étant donnée (ou, contrôlée, comme on dit en jargon). L’‘ouverture’ ou la ‘fluidité’ du systèmes des diplômes fera l’objet d’analyses systématiques. Par rapport aux descriptions menées dans la deuxième partie, d’autres mesures seront ici adoptées. Nous nous appuierons en particulier sur la ramification de la statistique pour variables discrètes (ou, catégorielles) fondées sur les ‘odds ratios’ et leurs produits dérivés. Ce qui nous permettra de caractériser d’un second point de vue le degré d’inégalité éducative propre à la France et à l’Italie. De même que lors de l’étude de l’aspect ‘distributif’, la description des opportunités éducatives de ces deux pays sera livrée en deux temps. Le chapitre 5 abordera les données d’un point de vue synchronique (ou, si l’on préfère, transversale) tandis que le chapitre 6 décrira les deux pays d’un point de vue diachronique. Une fois encore, on traitera d’abord une suite de cohortes qui couvrent une grande partie du XX siècle pour passer ensuite à la confrontation de la France et de l’Italie dans les années quatre-vingt et dans les années quatre-vingt-dix.
Les analyses de ces deux parties centrales nous mettrons dans une situation de recherche idéale. Non seulement la distribution des diplômes ainsi que la configuration des opportunités présentent des caractéristiques différentes en France et en Italie, mais surtout les évolutions temporelles au long de ces deux dimensions ne sont pas les mêmes. De plus, au sein d’un même pays (c’est le cas de l’Italie), ces transformations diachroniques sont de signe discorde selon l’aspect que l’on considère. C’est une situation de recherche idéale en ce sens que ces résultats empiriques lancent des défis considérables au programme de recherche jalonné dans la première partie de l’étude.
La quatrième partie relève alors ces défis. Elle quitte le niveau descriptif pour s’engager sur la voie de la modélisation théorique des mécanismes générateurs, de leur formalisation et de leur animation par simulation. C’est donc le passage des données empiriques en direction de la théorie et, ensuite de celle-ci à nouveau vers les données empiriques, qui trouve sa réalisation dans cette dernière partie.
Ce mouvement s’articulera en quatre moments principaux. Le chapitre 7 se chargera de construire un modèle théorique des mécanismes générateurs de la stratification éducative qui respecte les contraintes logiques de l’‘individualisme méthodologique complexe’. Le fondement microsociologique de ce modèle ne débouchera pas sur une vision ‘solipsiste’ de l’acteur social : les choix éducatifs individuels seront insérés dans une situation d’interdépendance généralisée. Nous donnerons ensuite une forme mathématique (somme toute, très simple) au modèle, avant de passer à sa traduction informatique. Pour certains aspects, c’est là le cœur de la thèse : il s’agira en effet de restituer au lecteur les modalités de construction d’un système multi-agents.
Le chapitre 8 suit naturellement. Nous y étudierons une première classe de régularités générées par de telles ‘sociétés artificielles’. L’objectif sera de montrer que le modèle théorique développé (donc, une même concaténation de mécanismes) produit effectivement une structuration à la fois de la distribution des diplômes et des opportunités éducatives conformes aux données empiriques transversales françaises et italiennes. Nous tâcherons par ailleurs de dévoiler la dynamique déclenchée par les mécanismes constitutifs du modèle théorique. C’est en effet cette dynamique qui permet in fine de comprendre en quel sens la stratification éducative (aussi bien au long de l’aspect ‘distributif’ que ‘relatif’) peut être conçue comme un effet macro social émergent. Surtout, la dynamique du modèle clarifie de quel type d’effet s’agit.
L’analyse de la dynamique du modèle nous conduira à interrompre momentanément la confrontation des ‘données simulées’ avec les données empiriques. Afin de mieux la comprendre et de tester les hypothèses émises à son sujet, le chapitre 9 opérera une embryonnaire ‘analyse de sensibilité’ sur le modèle théorique. Il s’agira de modifier artificiellement certaines aires de la structure paramétrique de nos systèmes multi-agents et d’étudier les conséquences sur la structure des flux scolaires qu’ils produisent. Cette phase ‘expérimentale’ donne un exemple de l’apport des systèmes multi-agents à la théorie sociologique de la stratification, notamment en ce qui concerne le rôle de la variabilité interindividuelle, les phénomènes de diffusion des choix éducatifs au sein d’un réseau et les conséquences de l’homophilie/hétérophilie sur la forme de la stratification éducative.
Enrichis de ces acquisitions, nous reviendrons enfin dans le chapitre 10 sur la question probablement la plus difficile, celle des évolutions temporelles de la stratification éducative de la France et de l’Italie. Il s’agira d’étudier le comportement de nos systèmes multi-agents lors de leur application diachronique à une suite de cohortes couvrant une grande partie du vingtième siècle. Nous reprenons ici donc la confrontation systématique des régularités générées par le modèle aux données empiriques françaises et italiennes. Ce chapitre constitue sans doute le point le plus haut de la thèse. Il s’agira en effet d’apporter la preuve formelle du fait qu’une même concaténation de mécanismes générateurs est capable de produire à la fois les évolutions empiriquement observées au long de l’aspect ‘distributif’ et ‘relatif’ de la stratification éducative. Surtout, l’objectif sera de démontrer que ces évolutions peuvent ne pas être de signe concorde et que cela répond à des processus précis parfaitement compréhensibles.
La conclusion générale tâchera de résumer les acquis principaux de cet articulé parcours. Il s’agira de revenir sur les résultats les plus généraux que l’on pourrait extraire de l’application que nous avons faite d’une stratégie de recherche particulière à un objet sociologique spécifique. Au lieu de revenir ponctuellement sur tous les résultats, nous tâcherons implicitement de répondre à la question de « pourquoi faudrait-il retenir cette thèse ». Nous n’esquiverons pas non plus cependant certains de ces limites majeures, notamment en ce qui concerne les outils auxquels nous avons fait (peut-être naïvement) autant de confiance en tant que support à une sociologie intrinsèquement explicative. Parmi ces limites, il y a bien entendu aussi la spécificité de l’objet enquêté. C’est pourquoi, à la lumière des résultats obtenus, nous terminerons ce travail en suggérant l’une des pistes de recherche qui nous paraît la plus prometteuses pour l’avenir. La modélisation des mécanismes générateurs et leur animation par les systèmes multi-agents nous mettent, probablement pour la première fois, sur la bonne voie pour construire une véritable théorie macrosociologie générale de la stratification fondée au niveau microsociologie.
Que l’on nous permette alors de conclure cette introduction en sollicitant le passage suivant : « Pareto, économiste et sociologue libéral, tient pour la diminution, comme le ferait tout homme ‘de droite’. Sorel, qui milite pour le socialisme et pour la redistribution des revenus veut au contraire démontrer qu’elles augmentent, ce qui est la position constante des hommes ‘de gauche’. Les idéologies sous-jacentes rendent donc les deux points de vue inconciliables, malgré les évidences du calcul, auquel l’un et l’autre font profession de se soumettre » (Barbut 2003a : 249). Ce constat nous plaît particulièrement car il décrit de manière concise et brillante ce qu’on pourrait qualifier de ‘ironie de l’analyse des inégalités’, en prenant le mot ‘ironie’ au sens du grand dramaturge italien Luigi Pirandello (1920).
Nous ferions certainement partie des ‘hommes de droite’ en ce qui concerne la France. Nous trouvons en effet que les inégalités éducatives baissent, quel que soit le point de vue (‘distributif’ ou ‘relatif’) que l’on adopte. Nous ferions probablement partie des hommes ‘de droite’ aussi pour l’Italie, du moins en ce qui concerne la distribution des diplômes. Dans ce pays, il serait cependant plus difficile de nous situer par rapport aux résultats obtenus en matière de la fluidité éducative. Peut-être, nous ferions partie des hommes ‘de centre’, car nous insistons davantage sur la stabilité que sur le changement. Mais, nous pourrions faire partie aussi des hommes ‘de gauche’, car nous mettons en évidence des signes de durcissement des inégalités.
Que cette thèse soit alors la démonstration qu’un discours apolitique d’un problème intrinsèquement politique, tel l’étude des inégalités, est possible. Il suffit de dépasser le niveau de la description, pour aller jusqu’au stade de l’explication. Dès lors que l’on se situe en correspondance de la modélisation des mécanismes générateurs, la présence de tendances empiriques contradictoires devient moins contradictoire. Les processus sous-jacents étant éclairés, le débat peut regagner des tons plus apaisés. Les mécanismes ne nous paraissent en effet ni de ‘gauche’, ni de ‘droite’...pourvu qu’ils ne produisent pas des effets qui vont toujours dans le même sens.
Analyse des dimensions culturelles et politiques d’un mouvement social : le cas du mouvement étudiant dans les années 80 en Corée du Sud
Jeudi 15 janvier 2004
14 h
Salle Louis Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Jeong-Im HYUN MIRAKOFF soutient sa thèse de doctorat :
Analyse des dimensions culturelles et politiques d’un mouvement social : le cas du mouvement étudiant dans les années 80 en Corée du Sud
en présence du Jury :
M. BAECHLER (PARIS IV)
M. CHAZEL (PARIS IV)
M. DELISSEN(EHESS)
M. MANN (NICE)
André Malraux et Thomas Edward Lawrence
Samedi 6 décembre 2003
9 heures 30
En Sorbonne, amphi Cauchy, esc. E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Nathalie LEMIERE DELAGE soutient sa thèse de doctorat
André Malraux et Thomas Edward Lawrence
en présence du Jury :
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. GUILLAUME (PARIS IV)
M. HERVIER (POITIERS)
M. LARRAT (CAEN)
André Suares et Richard Wagner (Les années de formation)
Vendredi 2 juin 2006
14 heures
Institut finlandais
60, rue des Ecoles
Paris 5e
M. Frédéric GAGNEUX soutient sa thèse de doctorat :
André Suares et Richard Wagner (Les années de formation)
En présence du Jury :
M. DETHURENS (Strasbourg 2)
M. JAM (Clermont 1)
M. MARCHAL (Paris 4)
M. MURAT (Paris 4)
Résumés
André Suarès est profondément marqué par l’œuvre de Richard Wagner dès sa jeunesse. Musicien dans l’âme, il lit les partitions et les livrets du compositeur mais aussi ses nombreux écrits théoriques sur l’art. Ses années d’Ecole normale supérieure (1886-1889) correspondent sensiblement à la parution de la Revue wagnérienne (1885-1888) qui se donnait pour but de faire connaître Wagner musicien mais aussi théoricien de l’art. Le wagnérisme est alors une question littéraire autant que musicale et se trouve lié de près au mouvement symboliste. A travers l’œuvre de Wagner, on s’interroge sur la place de l’artiste dans la société, sur la nature de l’art. A l’instar de Wagner, on cherche à lier musique et littérature dans une œuvre totale. Dans ce contexte, le jeune André Suarès s’engage dans une profusion de projets restés pour la plupart inédits : poésie, romans, théâtre, textes théoriques. Cette période se termine avec la parution de Wagner, en 1899. C’est le premier des portraits qu’il consacre aux grandes figures de l’Art et de l’Histoire. Cette thèse se propose d’éclairer par le wagnérisme cette période de formation, riche d’essais et de tentatives avortées. Le plan générique permet de présenter de nombreux textes inédits de l’écrivain et met en valeur sa tentative de mêler les différentes formes littéraires.
From his early years, André Suarès was profoundly influenced by Richard Wagner’s work. A musician at heart, he read not only the composer’s scores and librettos but also his numerous theoretical texts on art. His university years at the Ecole normale (1886-1889) correspond more or less with the publication of the Wagnerian Review (1885-1888) the aim of which was to introduce not only the musician Wagner but also the art theoretician. Wagnerism is then as much a question of literature as of music, being closely linked with the symbolist movement. Through Wagner’s work the question of the artist’s place in society and the nature of art itself are raised. Following the example of Wagner, attempts to create a fusion of music and literature in a complete work are made. In this context, the young André Suarès engaged in a profusion of projects, most of which remained unpublished : poetry, novels, theatre, and theoretical texts. This period ends with the publication of Wagner in 1899. It was the first of a number of portraits consecrated to eminent figures of Art and History. The aim of this thesis is to clarify through Wagnerism this training period, rich in attempts and abortive endeavours. The general plan allows the presentation of numerous unpublished texts by the writer and brings to the fore his attempt at combining different literary forms.
Position de thèse, au format Pdf
Angelus Silésius ou le discours contre la méthode
Mardi 22 juin
14 h 30
Amphithéâtre 117
Centre Malesherbes
108 bd Malesherbes
75017 Paris
Mme Isabelle FLIPO AGNERAY soutient sa thèse de doctorat :
Angelus Silésius ou le discours contre la méthode
en présence du Jury :
Mme BONARDEL (PARIS I)
Mme MAILLARD (STRASBOURG II)
M. MARQUET (PARIS IV)
M. MESLIN (PARIS IV)
Annotation sémantique des spécifications informatiques de besoins par la méthode d’Exploration Contextuelle : une contribution des méthodes linguistiques aux conceptions de logiciels
Lundi 15 janvier 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Jorge GARCIA FLORES soutient sa thèse de Doctorat :
Annotation sémantique des spécifications informatiques de besoins par la méthode d’Exploration Contextuelle : une contribution des méthodes linguistiques aux conceptions de logiciels
En présence du Jury :
Mme AUSSENAC-GILLES (SOPHIA)
Mme CABRE-CASTELLI (IULA)
M. DESCLÉS (PARIS 4)
M. DJIOUA (PARIS 4)
M. MARCOUX (MONTREAL)
Mme ROLLAND (PARIS 1)
M. SANSONNET (CNRS)
Résumés :
La spécification de besoins est une activité fondamentale dans l’ensemble des méthodes de conception et mise en œuvre des systèmes informatiques. Cette thèse présente une méthode d’annotation sémantique des textes de Spécification de Besoins Informatiques (SBI) pour assister la conception de logiciels ; une méthode dont les annotations, de nature sémantique, puissent être exploitées pour l’aide à l’extraction, à la modélisation ou la validation de besoins. Le but de l’annotation est de repérer automatiquement les phrases qui, dans un texte, expriment des actions, et d’y extraire les circonstances de l’action (contrôleur, finalité, contraintes). Pour y parvenir, on a effectué une analyse discursive des moyens d’expression de l’action sur des textes de SBI industriels en français et en espagnol. Cette analyse, d’inspiration linguistique, s’appui sur la méthode d’Exploration Contextuelle et la théorie de la Grammaire Applicative et Cognitive pour proposer 1) une typologie de verbes de spécification de besoins informatiques, 2) une base de marqueurs linguistiques de l’action organisé sous forme des règles d’Exploration Contextuelle, et 3) l’implémentation informatique de ces règles dans le système d’annotation EXCOM et l’annotation d’un corpus de textes de SBI industriels en français et en espagnol.
This PhD research proposes a linguistic oriented annotation method to support requirements engineering activities (requirements elicitation, validation or modelling). Our approach presents a method for the automatic extraction of action sentences from software requirements specifications (SRS). Its aim is to annotate actions sentences from industrial SRS documents, and to recognize action parameters (action’s controller, goal and constraints). It presents a linguistic analysis of action markers and a technique to automatically annotate action sentences by means of Contextual Exploration rules. Discourse analysis of SRS is based on the Cognitive and Applicative Grammar linguistic theory. The main results our work are : 1) a typology of action verbs for requirements specifications, 2) a base of linguistic markers and rules for semantic annotation of actions on SRS documents, and 3) an implementations of this rules on the EXCOM semantic annotation system, which automatically attributes action annotations to a corpora of commercial (French and Spanish) SRS documents.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable :
Antonio de la Gandara 1861-1917, un portraitiste de la belle époque
Samedi 18 juin 2005
15 heures 30
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
M. Gabriel PAUN soutient sa thèse de doctorat :
Antonio de la Gandara 1861-1917, un portraitiste de la belle époque
En présence du Jury :
M. FOUCART (Paris 4)
M. DARRAGON (Paris 1)
M. JOBERT (Paris 4)
M. ORMOND
M. PEREZ-ROJAS (Valencia)
Apocalypse de la vérité. Destin du nihilisme et question de l’autre Commencement
Lundi 24 octobre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Jean VIOULAC soutient sa thèse de doctorat :
Apocalypse de la vérité. Destin du nihilisme et question de l’autre Commencement
En présence du Jury :
M. MARION (Paris 4)
M. BALIBAR (Paris 10)
M. DAVID
M. CHRETIEN (Paris 4)
M. MARQUET (Paris 4)
Apport de l’analyse spatiale à la géographie
Mardi 7 décembre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Jean-Marc ZANINETTI soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Apport de l’analyse spatiale à la géographie
En présence du Jury :
M. CHEMLA (PARIS IV)
M. DUMONT (PARIS IV)
M. FOTSING (ORLEANS)
M. GRASLAND (PARIS VII)
M. JAYET (LILLE I)
Mme SANDERS (CNRS)
Aragon et la culture arabo-andalouse. "Le Fou d’Elsa", des sources aux métamorphoses
Samedi 12 mars 2005
14 heures
salle Liard
Rectorat
17 rue de la Sorbonne, Paris 5e.
M. Maher AL MUNAJJED soutient sa thèse de doctorat :
Aragon et la culture arabo-andalouse. "Le Fou d’Elsa", des sources aux métamorphoses
en présence du jury :
M. BACKES (Paris IV)
Mme CHAULET-ACHOUR (Cergy)
M. CHEVREL (Paris IV)
M. DUGAS (Montpellier 3)
Architectures imprimées. La circulation des modèles d’architecture dans l’Europe du XVIIe et XVIIIe siècles
Samedi 2 décembre 2006
9 heures
A l’INHA, Salle Perrot, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
Mme Olga MEDVEDKOVA soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Architectures imprimées. La circulation des modèles d’architecture dans l’Europe du XVIIe et XVIIIe siècles
En présence du Jury :
M. FOUCART (PARIS 4)
Mme FROMMEL (EPHE)
M. FUHRING (Gromingen)
Mme GRIVEL (RENNES 2)
M. MIGNOT (PARIS 4)
M. RABREAU (PARIS 1)
Aristocratie et Pouvoir impérial à Byzance (602-843)
Samedi 11 décembre
14 h
Ecole Normale Supéieure
Salle Paul Celan
45, rue d’Ulm
75005 PARIS
M. Mikael NICHANIAN soutient sa thèse de doctorat :
Aristocratie et Pouvoir impérial à Byzance (602-843)
En présence du Jury :
Mme AUZEPY (PARIS VIII)
M. CHEYNET (PARIS IV)
M. FLUSIN (PARIS IV)
M. HALDON (BIRMINGHAM)
M. MAHE (EPHE)
Art et littérature en Allemagne aux XVIe et XVIIe siècles. Danser dans le Saint Empire
Mardi 9 décembre
14 heures
Centre Malesherbes, salle 322
108 bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Marie-Thérèse MOUREY soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Art et littérature en Allemagne aux XVIe et XVIIe siècles. Danser dans le Saint Empire
en présence du Jury :
M. BEHAR (SARREBRÜCK)
M. KREBS (PARIS IV)
M. LAUDIN (PARIS X)
M. SCHILLINGER (NANCY II)
M. VALENTIN (PARIS IV)
Aspects mythiques et historiques des récits de voyage sur l’amazone entre le XVIIème et le XVIIIème siècle
Samedi 10 septembre 2005
14 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Adriana CABRERA DELGADILLO soutient sa thèse de doctorat :
Aspects mythiques et historiques des récits de voyage sur l’amazone entre le XVIIème et le XVIIIème siècle
En présence du Jury :
M. MOUREAU (Paris 4)
MME BRAHIMI (Paris 7)
M. LESTRINGANT (Paris 4)
MME GOMEZ-GERAUD (Amiens)
Aspects, prépositions et préverbes dans une perspective logique et cognitive. Application au polonais : przez/prze-, do/do-, od/od-
Mercredi 11 mai 2005
14 heures
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Ewa GWIAZDECKA soutient sa thèse de doctorat :
Aspects, prépositions et préverbes dans une perspective logique et cognitive. Application au polonais : przez/prze-, do/do-, od/od-
En présence du Jury :
M. BANYS
M. BOGACKI (Varsovie)
M. DESCLES (Paris 4)
Mme GIERMAK-ZIELINSKA (Varsovie)
M. IBRAHIM (Besançon)
M. ROUSSEAYU (Lille 3)
Astrée et Céladon. La galanterie dans le théâtre tragique de la France classique (1634-1702)
Vendredi 5 décembre 2003
15 heures
UFR de Littérature
Bibliothèque G. Ascoli
Escalier C, 2èmeétage
1, rue Victor Cousin
Paris 5ème
Mme Carine BARBAFIERI MILLET présente sa thèse de doctorat :
Astrée et Céladon. La galanterie dans le théâtre tragique de la France classique (1634-1702)
En présence du Jury :
M. BURY (VERSAILLES)
M. DECLERCQ (PARIS III)
M. FORESTIER (PARIS IV)
M. THIROUIN (LYON II)
M. VIALA (OXFORD)
Au chevet de la nation : sexe, race et médecine (XVIIe-XVIIIe siècles)
Jeudi 2 décembre
14 h
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
2e étage, Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
Mme Elsa DORLIN soutient sa thèse de doctorat :
Au chevet de la nation : sexe, race et médecine (XVIIe-XVIIIe siècles)
En présence du Jury :
M. GUILLARME (PARIS VIII)
Mme LAUGIER (PICARDIE)
Mme MATONTI (PARIS I)
M. MOREAU (ENS)
Mme VARIKAS (PARIS VIII)
Au détour du sens. Perspectives d’une philosophie herméneutique
Jeudi 30 juin 2005
14 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Christian BERNER soutient une Habilitation à Diriger les Recherches :
Au détour du sens. Perspectives d’une philosophie herméneutique
En présence du Jury :
M. COURTINE (Paris 4)
M. GREISCH (ICP Paris)
M. LAKS (Lille 3)
M. RENAUT (Paris 4)
M. RUDOLPH (Université de Lucerne)
Aude SEURRAT DE LA BOULAYE - Les médias en kits pour promouvoir "la diversité". Etude de programmes européens de formation aux médias destinés à "lutter contre les discriminations" et promouvoir "la diversité".
mercredi 9 décembre 2009
14h
CELSA salle R09 (Grand amphithéâtre)
77, rue de Villiers 92200 Neuilly-sur-Seine
Aude SEURRAT DE LA BOULAYE soutient sa thèse de doctorat :
Les médias en kits pour promouvoir "la diversité". Etude de programmes européens de formation aux médias destinés à "lutter contre les discriminations" et promouvoir "la diversité".
En présence du jury :
M. CHEVALIER (Bretagne Sud)
M. JEANNERET (Avignon)
M. MOEGLIN (Paris 13)
MME RICHARD (Paris 4)
M. SOUCHIER (Paris 4)
Résumés :
« La diversité » est une expression qui bénéficie d’une forte publicisation depuis une dizaine d’années. L’enjeu de la thèse est d’analyser comment les discours sur « la diversité » construisent des représentations des médias et, plus largement, de la communication. Ce travail se penche sur deux dispositifs européens de formation aux médias et étudie comment le politique vise à agir sur le symbolique afin de changer le social. Le travail articule des analyses des objets de formation, en l’occurrence des « kits », des observations participantes, ainsi que des entretiens. Les kits de formation proposés par ces dispositifs sont alors envisagés comme des technologies intellectuelles, des technologies herméneutiques qui orientent l’interprétation des médias et, enfin, comme des moyens d’instituer des valeurs.
Media toolkits to promote ‘diversity’ : A study of European media training programs to ‘counteract discrimination’ and ‘promote diversity’
‘Diversity’ is an expression that has received great attention for over ten years. The objective of this research is to analyse how discourse pertaining to ‘diversity’ constructs media representations and – in a greater sense – a conception of communication. This work studies two European media training programs and analyses how the political arena specifically targets actions based on symbolism so as to modify society. Research methodologies are based on semiotic analysis of the training kits themselves, participatory observation of the training and interviews. The training kits are therefore conceptualised as intellectual technologies, hermeneutic technologies that guide interpretation of the media and finally, as a means to institute a set of values.
Édition critique commentée du livre XX de Diodore de Sicile
Samedi 26 novembre 2005
13 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Cécile DURVYE soutient sa thèse de doctorat :
Édition critique commentée du livre XX de Diodore de Sicile
En présence du Jury :
M. JOUANNA (Paris 4)
M. BILLAULT (Paris 4)
Mme JACQUEMIN (Strasbourg 2)
M. MULLIEZ (Lille 3)
Édition critique et commentaire du Mystère des Actes des Apôtres (première et deuxième journées)
Samedi 3 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Cauchy
Esc. E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Ildiko SERES MAILLARD soutient sa thèse de doctorat :
Édition critique et commentaire du Mystère des Actes des Apôtres (première et deuxième journées)
En présence du Jury :
M. ROUSSINEAU (Paris 4)
M. GROS (Amiens)
M. ROUSSE (Rennes 2)
M. ROUSSEL (Clermont 2)
M. SMITH (CNRS)
Résumés
La présente thèse en 3 volumes tente de combler, du moins partiellement, le vide que représentait jusqu’à présent l’absence de toute édition critique du Mystère des Actes des Apôtres, œuvre monumentale d’environ 60 000 vers composée au 15e siècle, conservée dans deux manuscrits et trois éditions du 16e siècle.
La première partie présente les résultats de nos recherches sur l’identité de l’auteur et sur la date de composition du texte. L’étude et la comparaison des manuscrits et des éditions de l’oeuvre, ainsi que la question du choix du texte de base pour notre édition y trouvent également leur place. Nous nous y penchons encore sur les représentations de la pièce ; enfin, une étude littéraire et dramaturgique, ainsi qu’une analyse linguistique complètent ce premier volet.
La seconde partie contient le texte établi des deux premières journées du mystère, soit environ 12 000 vers.
La troisième partie fournit des notes concernant le texte, une sélection de variantes, une liste des personnages avec la répartition des vers, un index des noms propres, un glossaire, une liste d’expressions et de proverbes, ainsi qu’une bibliographie. Ce volume comprend enfin 13 documents annexes et 23 planches.
Critical edition and commentary of the Mystery of the Acts of the Apostles (first and second days)
The present thesis in 3 volumes tries to make up, at least partially, for the absence up to the present of any critical edition of the Mystery of the Acts of the Apostles, a monumental work of approximately 60 000 lines written during the 15th century, preserved in two manuscripts and three editions of the 16th century.
The first part presents the results of our research as to the identity of the author and the date of composition of the text. The study and the comparison of the manuscripts and the editions of the work, as well as the question of the choice of the reference text for our edition are equally included. This section, where we also deal with the representations of the play, is completed by a literary and dramaturgic study.
The second part contains the established text for the first two days of the mystery play, that is approximately 12 000 lines.
The third part provides notes concerning the text, a selection of alternatives, a list of the characters with lines distribution, an index of proper names, a glossary, a list of expressions and proverbs, as well as a bibliography. This volume also includes 13 additional documents and 23 plates.
Émergence d’une pensée environnementale en Angleterre au XIXème siècle
Samedi 21 octobre 2006
14 h
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17 rue de la Sorbonne
PARIS 5e
M. Charles-François MATHIS soutient sa thèse de doctorat
Émergence d’une pensée environnementale en Angleterre au XIXème siècle
En présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS IV)
M. CHASSAIGNE (TOURS)
Mme GARNETT (OXFORD)
Mme GUILLAUME (BORDEAUX IV)
M. PITTE (PARIS IV)
M. POUSSOU (PARIS IV)
Épiscopat et églises en Anjou au haut Moyen Âge
Samedi 8 janvier
14 h 30
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Guy JAROUSSEAU soutient sa thèse de doctorat :
Épiscopat et églises en Anjou au haut Moyen Âge
En présence du Jury :
M. BRUNTERCH (PARIS)
M. DUBREUCQ (LYON III)
M. GUILLOT (PARIS IV)
M. LAURENSON-ROSAZ (LYON III)
M. OUDART (PARIS IV)
M. SASSIER (PARIS IV)
Étude sociolinguistique du Pays Basque
Jeudi 1er juillet
14 h 30
Salle des Actes
1 rue Victor Cousin
M. Lionel JOLY soutient sa thèse de doctorat :
Étude sociolinguistique du Pays Basque
en présence du Jury :
M. BOYER (MONTPELLIER III)
Mme EZQUERRO (PARIS IV)
M. MARTINEZ DE LUNA (Paris Vasco)
M. OYHARÇABAL (CNRS)
Études d’épistémologie et de sociologie des sciences
Mercredi 20 octobre
14 h 30
Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Dominique RAYNAUD soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Études d’épistémologie et de sociologie des sciences
en présence du Jury :
M. BERTHELOT (PARIS IV)
M. CHAZEL (PARIS IV)
M. ENGEL (PARIS IV)
M. FORSE (CNRS)
M. GAYON (PARIS I)
M. ROSHDI
Études de Philosophie Grecque. Doxographie. Théories philosophiques et alchimiques de la matière. Les passions chez Aristote.
Samedi 27 novembre
14 h
Amphithéâtre Cauchy, escalier E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme Cristina VIANO soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Études de Philosophie Grecque. Doxographie. Théories philosophiques et alchimiques de la matière. Les passions chez Aristote.
En présence du Jury :
M. AUBENQUE (PARIS IV)
M. BARNES (PARIS IV)
M. BERTI (PADOUE)
M. BRISSON (CNRS)
M. DORANDI (CNRS)
M. IMBACH (PARIS IV)
Études de sémantique latine : recherches sur le champ lexical de la honte et du déshonneur en latin
Mardi 7 décembre
14 h
Maison de la Recherche, salle D224
28 rue Serpente
75006 PARIS
M. Jean-François THOMAS soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Études de sémantique latine : recherches sur le champ lexical de la honte et du déshonneur en latin
En présence du Jury :
Mme DANGEL (PARIS IV)
Mme DUCOS (PARIS IV)
Mme FRUYT (PARIS IV)
Mme KIRCHER (NICE)
M. MARTIN (MONTPELLIER III)
M. MOUSSY (PARIS IV)
M. NADJO (TOURS)
Être architecte au XVIIe siècle : Libéral Bruand, architecte et ingénieur du roi.
Samedi 14 février
14 h 30
Salle Louis Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Joëlle BARREAU soutient sa thèse de doctorat :
Être architecte au XVIIe siècle : Libéral Bruand, architecte et ingénieur du roi.
en présence du Jury :
M. HAROUEL (PARIS II)
M. MIGNOT (PARIS IV)
M. PEROUSE DE MONTCLO (CNRS)
M. ROCHE (CAEN)
M. SCHNAPPER (PARIS IV)
« Mais tout n’est pas littérature ! » Le concept de littérarité appliqué aux romans contemporains pour la jeunesse (1995-2005)
Vendredi 24 février 2006
14 heures
Centre Malesherbes
Amphi 120
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Bertrand FERRIER soutient sa thèse de doctorat :
« Mais tout n’est pas littérature ! » Le concept de littérarité appliqué aux romans contemporains pour la jeunesse (1995-2005)
En présence du Jury :
M. MURAT (Paris 4)
M. GOLDENSTEIN (Le Mans)
M. MOLINIÉ (Paris 4)
M. SCHAFFNER (Paris 3)
Résumés
Le succès de l’édition pour la jeunesse a entraîné la crainte que, dans ce secteur, la littérature disparaisse au profit d’une production obsédée par le profit. Qu’en est-il en 2005 de la littérarité dans les livres pour adolescents publiés ? En quoi cette littérarité est-elle spécifique aux jeunes lecteurs ? La première partie, consacrée aux fondements sociocritiques pour la définition d’une littérarité spécifique aux livres pour la jeunesse, montre comment la prise en compte de l’horizon de réception participe de la notion de littérarité. Mais peut-on créer des œuvres littéraires quand force critères stylistiques semblent s’imposer ? La deuxième partie rend donc raison des fondements linguistiques pour la définition d’une littérarité spécifique aux livres pour la jeunesse, autour de trois axes : un vocabulaire accessible n’est pas forcément pauvre ; une syntaxe intelligible n’est pas forcément normée ; et les procédés de littérarité peuvent se fonder sur la prise en compte les déficiences supposées des jeunes lectorat. La troisième partie s’intéresse alors aux fondements thématiques pour la définition d’une littérarité spécifique pour la jeunesse. Sont évoqués des thématiques traditionnelles et leur traitement littéraire : l’éducation, la famille, et l’univers du conte. Puis viennent les thématiques nouvelles ou en renouvellement : la sexualité et la mort. Les contraintes fortes (syntaxiques, génériques, thématiques... et économiques) peuvent ainsi conduire les auteurs pour la jeunesse à remotiver les us et coutumes textuels de façon littéraire. En annexe, nous proposons un état des lieux précis de l’édition pour la jeunesse en 2005.
Mots-clés : romans pour la jeunesse, édition contemporaine, horizon de réception, littérarité, littérature
« Literariness and literature » : the status of literariness in novels for young readers. The success of literature for young readers led to the fear that, in this sector, true literature might be supplanted by works obsessed with money. In 2005, what’s the status of literariness in published books for adolescents ? Why can we say this literariness is specific ? In the first part of this essay, dedicated to the socio-critical foundations defining how a literariness may be specific to books for young people, we will see how the prospects of acceptance taken into account partake of the notions of literariness. However, can we create literary works, although numerous stylistic factors seem to prevail ? The second part logically points out the linguistic foundations defining a literariness, which is specific to books for young readers. This study hinges on three main assertions : a vocabulary within the reach of everyone is not necessarily weak ; an intelligible syntax is not necessarily cliché ; and the literariness process can be founded on the supposed deficiencies of the new readership. In the third part, we will thus study the thematic foundations defining a specific literariness for young people. We will bring up the usual set of themes and their literary dealing : education, family and the universe of tale. Then, we will examine new or changing set of themes : death and sexuality. Therefore, those great - syntactic, generic, thematic and economic - constraints can lead young readers to re-promote the textual customs in a literary way. In the appendix, we will set out an accurate inventory of the youth publishing, mainly in France, in 2005. (Translation : Fabienne Rivals-Berganz)
Position de thèse
L’édition pour la jeunesse n’a cessé de croître depuis les années 1970 pour atteindre aujourd’hui 262,5 millions d’euros de chiffre d’affaire ; les médias en parlent, l’Education Nationale s’y intéresse (un peu), des vedettes apparaissent. Au point qu’elle représente aujourd’hui un marché qu’il ne faut pas réduire aux 10 % du CA de l’édition qu’elle représente. En effet, les livres pour les jeunes lecteurs dépassent le strict cadre de l’édition : des phénomènes dont le plus visible est la saga des Harry Potter ne sont pas que des livres ; et ils intéressent parfois autant d’adultes que d’adolescents. Doit-on s’en réjouir ? A priori, oui ! Toutefois, paradoxalement, ce succès a entraîné la crainte que, dans ce secteur, la littérature disparaisse au profit d’une production uniquement orientée par la quête du profit. Il était donc nécessaire de faire le point sur deux aspects : qu’en est-il de la littérarité dans les livres pour adolescents publiés entre 1995 et 2005 ? et en quoi cette littérarité est-elle spécifique aux jeunes lecteurs ?
Si l’édition pour la jeunesse est une évidence tangible, il n’est pas toujours admis qu’existe un acte de production spécifiquement destinée à la jeunesse. Tel est le propos de la première partie, consacrée aux fondements sociocritiques pour la définition d’une littérarité spécifique aux livres pour la jeunesse.
Certains auteurs continuent de nier l’idée que l’on puisse écrire à destination d’un public particulier. Ce refus, pour sincère qu’il puisse être, masque souvent la peur infondée de réduire la portée littéraire d’une œuvre en lui désignant un horizon de réception précis. Or, la prise en compte d’un public privilégié n’est pas forcément porteuse de pauvreté créatrice ou littéraire... au contraire ! C’est ce que nous nous sommes attachés à démontrer en dénonçant notamment la notion de « Littérature avec un L ». En effet, la prise en compte de l’horizon de réception participe de la notion de littérarité, conçue comme la valorisation de la portée connotative du langage et du système référentiel en complémentarité avec la portée dénotative de la structure narrative. Le long élargissement du lectorat, depuis le XIIIe siècle notamment, nous permet de le rappeler en montrant comment ont émergé la crainte de la dévalorisation du livre ainsi que les inquiétudes relatives aux autres dangers de ces productions, accusées, entre autres de « facilité », de « vulgarité », de « sexisme », voire, parfois d’« immoralisme ». L’arrivée à maturité du marché adolescent aux XXe et XXIe siècle repose avec force l’ensemble de ces questions en les confrontant à la notion de littérature : peut-on créer des œuvres littéraires quand tant de critères stylistiques et moraux semblent s’imposer ?
Pour répondre à cette question, il nous fallait donc, dans une deuxième partie, rendre raison des fondements linguistiques pour la définition d’une littérarité spécifique aux livres pour la jeunesse. Car, dès lors que nous affirmions l’existence d’un public spécifique, nous nous devions d’en prouver l’existence littéraire, à travers l’étude précise des textes concernés.
Cette étude s’articule autour de trois axes : sémantique, syntaxique, linguistique. Dans un premier temps, nous avons montré qu’un vocabulaire accessible n’était pas forcément pauvre. En effet, les ressources, quantitativement limitées, peuvent être exploitées avec habileté (nous nous sommes ainsi arrêtés sur les enjeux de la nomination) ; elles peuvent aussi être enrichies par de nombreuses modalités (nous en citons cinq principales, de la découverte naïve à la rencontre de personnages cultivés) susceptibles de faire récit ; elles peuvent enfin être dépassées par l’invention de sèmes, de syntagmes ou d’images qui surprennent. Dans un deuxième temps, nous avons montré qu’une syntaxe intelligible n’était pas forcément normée. Le respect de la syntaxe permet cependant de valoriser l’intérêt narratif d’une transgression visant à enrichir le matériau de base ou à développer une fonction mimétique en recréant, par exemple, le langage des jeunes auxquels il est destiné. Dans un troisième temps, nous avons questionné les niveaux de langue, en montrant que le mélange des registres mettait en évidence des stratégies d’écriture dont l’originalité peut se fonder sur des décalages sémantiques, génériques ou linguistiques. D’où il s’ensuivait que la prise en compte du jeune lectorat non seulement n’empêche pas la littérarité d’advenir, mais, surtout, permet à une littérarité spécifique de se constituer en prenant en compte les déficiences supposées dudit lectorat, jusqu’à en faire des atouts textuels précieux.
Après cette vue microcritique (à l’échelle du texte), restait à adopter une posture macrocritique (à l’échelle du corpus) afin de poser la question des tabous et des interdits. Ceux-ci, rappelés pour partie par la loi du 16 juillet 1949 relatives aux publications pour la jeunesse, n’empêchent-ils pas les livres pour la jeunesse d’être assez libres pour faire montre de littérarité ? C’est pour répondre à cette question que la troisième partie s’intéresse aux fondements thématiques pour la définition d’une littérarité spécifique pour la jeunesse.
Cette fois, nous avons adopté un plan en deux points. Dans un premier point, nous avons évoqué les thématiques traditionnelles en montrant comment certains sujets étaient omniprésents dans les livres pour la jeunesse, à commencer par l’éducation et la famille. Cela achèvera de convaincre les sceptiques : non seulement il existe des livres pour les jeunes, mais de surcroît ils parlent de sujets censés toucher spécifiquement les jeunes. Logique. Mais comment, dès lors, les stratégies littéraires pourraient-elles n’être pas spécifiques ? Nous avons ainsi souligné comment la présentation d’un topos de référence pouvait être subverti par l’imaginaire (notamment pour l’univers scolaire) ou le positionnement face aux mutations sociales (ainsi des nouvelles formes de familles qui se développent dans les romans pour adolescents). Puis nous avons abordé la question du conte sous l’aspect thématique. Forme souvent assimilée, sinon réduite, au jeune public, le conte peut faire preuve de littérarité spécifique, en tant que récit traditionnel (dans sa remotivation des stéréotypes et du traitement de l’oralité) ou en tant que genre à forte plasticité (le conte peut être « modernisé » ou mêler à d’autres genres, du roman à la série). Dans un deuxième point, nous avons évoqué des thématiques nouvelles ou en renouvellement dans les livres francophones et anglophones, celles qu’on pourrait penser limitées ou censurées pour le jeune public - nous avons choisi d’étudier le traitement de la sexualité et de la mort, afin de montrer d’abord qu’il s’agissait de faux tabous ; ensuite que leur traitement très surveillé pouvait donner lieu à des investissements ou très littéraires (originalité de la construction du récit ou point de vue décalé, par ex.) ou sans aucun intérêt, ce qui, par contraste, permet d’étudier les processus de littérarité constatables chez certains grands auteurs, à commencer par Marie-Aude Murail.
Cette thèse nous a permis de conclure à la spécificité d’un traitement littéraire pour la jeunesse, qui s’appuie sur les contraintes fortes (syntaxiques, génériques, thématiques) pour remotiver les us et coutumes textuels. Ces stratégies de réinvestissement, que l’on trouve aussi dans les livres littéraires à destination d’un public adulte, sont ici rendues singulières par la prise en compte précise d’un horizon de réception dont l’aspect réducteur ne saurait être compris que comme l’excuse de mauvais faiseurs cherchant à justifier leur médiocrité.
En annexe, nous proposons un état des lieux précis de l’édition pour la jeunesse en 2005, à travers la mise en avant des grandes tendances de l’édition : poly-exploitation (avec l’ex. du rapprochement entre bande dessinée et édition de fictions pour la jeunesse), sursectorisation (visant à un investissement pointu du marché) et positionnement marketing (série et romans grand format pour les filles). La bibliographie qui conclut cette thèse recense les ouvrages critiques puis les ouvrages de fiction disponibles en français, avec de courtes notices pour présenter les auteurs, célèbres ou à découvrir, qui nous ont paru les plus significatifs.
« Musique Sacrée aujourd’hui, enjeux sociaux et représentations sociales »
Lundi 22 mai 2006
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Agnès MINIER soutient sa thèse de doctorat :
« Musique Sacrée aujourd’hui, enjeux sociaux et représentations sociales »
En présence du Jury :
Mme Anne-Marie GREEN
Professeure à l’université de Franche-Comté et Directrice associée à Paris- IV Sorbonne
Mr. Pierre-Albert CASTANET
Professeur de l’université de Rouen
Mme Danièle PISTONE
Professeure à l’université de Paris- IV Sorbonne
Mme Edith WEBER
Professeure Emérite à l’université de Paris- IV Sorbonne
Résumés
A quoi correspond l’expression "Musique sacrée" aujourd’hui ?
Quelles sont les enjeux sociaux et représentations sociales qui s’y rattachent dans la France du XXIe siècle ? L’approche de cette recherche est musicologique dans le sujet, sociologique dans la méthode et anthropologique dans la définition. Elle montre que "Musique Sacrée" est issue de "musica sacra", utilisé en 1614 pour la première fois par Michael Praetorius, désignant la musique spirituelle employée à l’usage rituel chrétien. L’association de notions de "musique" et de "sacré" en une troisième entité "Musique sacrée", possède un signifié absolu et des signifiants relatifs, non seulement liés au repertoire, mais à la façon dont il est ou non affecté et chargé intentionnellement. Dans la France postmoderne, elle revet des sens communs, constitutifs, référentiels et affectifs, devenant une expression de langage symbolique mythique, sorte de "cathédrale émotionnelle". C’est pourquoi la forme même de cette thèse utilise la métaphore filée de l’architecture monumentale et musicale des églises et de la stucture de Messe grégorienne.
Title of the thesis : “Sacred music today : social issues and representations”
What does the term « sacred music » mean today ?
What are the social issues and the social representations related to it in 21st century France ? The present research uses a triple approach : through musicology in its subject, sociology in its method and anthropology in its definition. It shows that « sacred music » comes from the term « musica sacra » used for the first time by Michael Praetorius in 1614 to refer to the spiritual music used in a Christian ceremonial. The association of the two notions « music » and « sacred » in a third entity, « sacred music », of course refers to one particular signified, but it has a shifting range of relative signifiers, connected not only to the repertory, but also to the way in which the term can be differently charged with meaning. In post-modern France, the term takes on a variety of meanings and can be at once ordinary, constitutive, referential and affectively charged, becoming an expression of a mythic symbolic language, a sort of “emotional cathedral”. That is why the very form of this thesis uses the metaphor taken both from the musical and monumental architecture of churches and the structure of the Gregorian Mass.
Position de thèse
L’interrogation de départ vient de l’emploi contemporain de l’expression « Musique Sacrée ». A quoi correspond-elle ? Quelles références évoque-t-elle aujourd’hui en France ? Elle est liée à l’histoire artistique, religieuse et politique du pays, qui révèlent des rapports particuliers avec le sacré et la musique. Toutes les époques ont laissé des traces et des marques, au moins symboliques ou mythiques, qui se superposent, s’effacent, se camouflent. Les représentations sociales et enjeux sociaux actuels de cette expression sont le résultat de la somme de ses usages, et des charges significatives qui lui sont associées, liées au contexte de l’ère chrétienne.
L’approche choisie pour cette recherche est musicologique dans le sujet, sociologique dans la méthode et anthropologique dans la définition.
Une métaphore filée compare en structurant le corps de tous les paragraphes, chapitres et parties de la thèse avec l’architecture « monumentale » et « musicale ». Elle montre qu’il existe des similitudes entre toutes les dépendances spatio-temporelles. Une diachronie est synthétisée dans un mot, ou un même espace, comme dans l’architecture d’une église et l’architecture d’une forme musicale de Messe, les termes métaphoriquement employés dans la structure du plan de cette thèse comme clés explicatives de la démonstration.
En effet, l’hypothèse qui résume la problématique est d’utiliser le terme de « cathédrale émotionnelle » pour synthétiser les représentations sociales et les enjeux sociaux de « Musique Sacrée » aujourd’hui. L’importance du phénomène « Musique Sacrée » se mesure par ses dimensions spatiales (hauteur, largeur, profondeur) et temporelles.
Cette recherche est également intimement liée aux sciences humaines, puisque nous portons l’attention sur les représentations sociales et les enjeux sociaux. Le sujet de cette thèse correspond aux significations de la musique, données par des personnes, la signification dite « sacrée ». Quelles sont les conditions d’emploi de ce qualificatif ajouté à celui de musique ? Quand ? Où ? Pourquoi ? Comment la musique est-elle sacrée ou non ? Qu’est-ce que cette notion de sacré par rapport à la musique ?
L’approche est en définitive symboliste, car elle s’intéresse davantage à évoquer par le « dire », qu’à recenser le « faire ».
Faire une recherche sur l’expression « Musique Sacrée » qui associe deux mots en un terme, ne peut s’effectuer que par l’expression en mots (verbale) d’une expression par les sons (la musique). Un recueil d’informations auprès de diverses personnes permet de découvrir les multiples définitions de cet objet social, tout en dégageant le registre sémantique le plus largement partagé, le principe organisateur des éléments de définition, et des références équivalentes, dans l’association de comportements individuels et collectifs, psychoaffectifs et socioculturels. Il a abouti à effectuer des entretiens semi directifs enregistrés, constitué en réseau, sur un échantillon de 168 personnes, d’une durée variant de 40 mn à 2 heures.
L’étude de ces discours peut se mettre en parallèle avec l’étude d’une polyphonie, s’intéressant autant aux plans horizontaux que verticaux, pour effectuer la meilleure interprétation possible. Les portraits des enquêtés sont présentés en annexe, pour permettre une compréhension des propos avec le contexte de chacun, et ensuite, permettre leur analyse. Ils sont réalisés à partir de la discussion, sont anonymes sur l’identité concrète des interrogés, mais personnalisés par des noms de compositeurs qui remontent le temps selon l’ordre des rencontres (artistes du XIIe au XVIe siècle : de Léonin à Rosenmüller).
Le cœur de l’étude montre qu’il existe une partie fondamentale, commune aux différentes réponses, liée aux aspirations absolues, et qui se rencontre dans les formes variées de ses emplois, formes, ou significations. « Musique Sacrée » possède un signifié absolu et des signifiants relatifs. Le caractère relatif dépend des relations et des rapports d’influences d’ordres spatio-temporels. Dans la musique, il engage les relations entre compositeurs, interprètes et auditeurs, ainsi que tous les aspects formels. Au contraire, le caractère absolu, lui, renvoie à des notions telles que pureté, idéal, parfait, transcendant,... qui dépassent les catégories et existent dans l’idéel, ou l’idéal, sans condition (en terme de significations propres). « Musique Sacrée » existe en fonction du contexte (où et quand) et des intensions (pourquoi et comment), est conçu et/ou perçue « sacrée » par compositeur, interprète et auditeur. Cette relativité est non seulement liée au répertoire, mais à la façon dont il est ou non affecté et chargé intentionnellement.
Quels sont les fonctionnements de désignations et de références, notamment avec les premiers systèmes communautaires. Qu’est-ce qui fait désigner « Musique Sacrée » ? Qu’est-ce qui y ressemble dans l’attitude ? Y a-t-il alors des musiques sacrales (dont l’apparence est sacrée) ? Et les termes de « profane » et « sacré » sont-ils comparables au « dedans » et au « dehors » qui séparent initiés et exclus ? L’expression « Musique sacrée » peut-elle être comparée à des références totémiques, les fondements religieux développés par Emile Durkheim (1858- 1917) ? Le livre du fondateur de l’école de sociologie française, Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, développe ce qui est commun à toute forme de religiosité.
Etymologiquement « Musique sacrée » vient de musica sacra, employé pour la première fois par le compositeur théoricien Michael Praetorius (1571-1621). Il donne le titre de : de musica sacra et ecclesiastica à la première partie de son livre Syntagma musicum, 1614, dont la traduction allemande est : Von der Geistlischen und Kirchen Music, pour désigner la musique spirituelle employée à l’usage rituel chrétien. Elle renvoie au support de son inspiration par un texte (Bible, tradition religieuse, spiritualités diverses), sachant que les procédés de composition et stylistiques ne sont pas définis, et varient selon les époques, les écoles esthétiques et les usages (liturgique, paraliturgique, concerts privé/ public...).
Plusieurs réalités existent derrière l’expression « Musique sacrée », et qui ont toutes un lien, même s’il n’est pas apparent. Ce lien est la dimension « religieuse », au sens de Religio (lier, relier, recueillir, récolter) qui sépare ceux qui sont reliés de ceux qui ne le sont pas, ou pas avec eux (sacer, séparer, et sacrer).
Dans la musique existe plusieurs temporalités, celles de composition (temps de préparation, d’élaboration, de maturation, de retouches, etc.), celles des exécutions (qui exigent des répétitions avant la représentation publique) et celles des réceptions (différentes personnes qui ont chacune leur contexte...). Peut-être que cette accumulation de temporalités en un « moment » qui les rassemble et les recueille, confère à la musique une particularité « religieuse », quelle que soit ses formes. Quelles musiques sont composées sacrées ? Interprétées sacrées ? Ecoutées sacrées ? Quels critères permettraient à coup sûr de dire que telle musique est sacrée ou non, sachant que les notions de « sacré » et de « musique » sont fluctuantes et relatives dans leurs perception ?
Plusieurs sens se dégagent de cette recherche : un sens commun, un sens constitutif, un sens référentiel et un sens affectif. Le sens commun exprime et suggère l’expression « Musique Sacrée », il correspond au répertoire historique lié à la chrétienté occidentale, est un emblème rempli de symbolisme, dit « grande musique ». Le sens constitutif correspond aux propriétés pouvant se manifester dans l’expression « Musique Sacrée », est emprunt de pureté, beauté et absolu, est une essence artistique remplie de mythisme, dit « musique spirituelle ». Le sens référentiel désigne les propriétés qui éveillent l’état de « Musique sacrée » et ce qui est fonctionnel dans les rassemblements humains, il est un attribut rempli de ritualisme, dit « musique liturgique ». Le sens affectif désigne l’aptitude à éprouver l’état « Musique Sacrée », correspond à la préciosité donnée et prise par les circonstances de la vie, est un qualificatif rempli de sacralisme, dit « musique sublime ».
La « préciosité », notion variable selon ce à quoi elle renvoie, n’en est pas moins une notion commune à tous les hommes, du fait qu’elle contient ce qui a de la valeur, ou lui en est attribué. Cette valeur est relative à ce qui est estimé, utile, rare, fort, etc. pour des raisons morales, intellectuelles, affectives, historiques, idéologiques, politiques, artistiques, symboliques... Elle correspond aussi au numineux, le sentiment sacré dont Rudolf Otto (1860-1937), considéré comme un des maîtres de la pensée religieuse, avec son ouvrage Le sacré, l’élément du non rationnel dans l’idée du divin et de sa relation avec le rationnel, 1917, a développé la notion.
La structure de la thèse comporte deux grandes parties. Une introduction présente le contexte du sujet, comme il est possible d’observer un édifice de l’extérieur, avant d’entrer dedans. L’aspect extérieur reflète quelque chose de la disposition intérieure, avec un arrêt sur « image », dans le récit d’une expérience musicale, un concert-présentation en milieu scolaire.
Puis, la première partie met en disposition pour délimiter l’objet de recherche. Elle se base sur des ouvrages qui ont permis de mettre au jour, plus ou moins directement, la problématique du sujet. Des citations de livres ou articles permettent de montrer quels sont les éléments déclencheurs de la réflexion sur le sujet, et les connexions qui sont possibles avec des domaines thématiques apparemment éloignés.
Deux chapitres constituent les conditions de cette recherche. Le premier chapitre, est introduit par des références étymologiques sur l’expression « Musique Sacrée ». Il constitue la méthodologie, placée en prolepse explicative de la suite du corps de la recherche, avec les choix, les dispositions d’exploration et d’approfondissement par analyse : les options d’étude et de recueil d’informations deviennent le processus d’impulsion de la recherche. Les repères chronologiques, le déroulement, et les notions abordées précisent les spécificités des choix de la recherche. Et les questions de contenu et contenant de langage permettent de nuancer les variations des dires des enquêtés.
Le deuxième chapitre est introduit par les notions de logos et doxa, il développe la construction de l’objet, issue de la question de départ, avec les trois éléments qui composent l’intitulé « Musique Sacrée aujourd’hui ». L’imbrication de « musique », « sacré » et « aujourd’hui » devient le processus englobant la suite, par la référence à ces notions complexes. La musicologie, la sociologie et l’anthropologie, approches complémentaires, permettent l’harmonisation d’utilisations mêlées. Le « fait musical », la « sacralité » et le « contexte contemporain » sont des prismes qui nuancent les représentations sociales et enjeux sociaux de « Musique Sacrée aujourd’hui ».
Trois chapitres affinent la problématique dans une définition progressive de l’expression « Musique sacrée ». L’hypothèse se dessine dans le troisième chapitre qui délimite des espaces et des temps, et renvoie au concept musica sacra, en proposant une éthologie musico-anthropologique. Divers points de vue permettent d’observer le cœur du sujet par degrés. L’entité « Musique sacrée » met en regard deux termes en un troisième qui les assemble et les dissocie, l’induction et la déduction appréhendent les images collectives qui sont autour, et mettent en exergue une théorie interprétative symbolique et culturelle.
Dans le quatrième chapitre, le temps individuel et/ou collectif est montré comme l’élément commun à l’ordinaire et au propre de chaque situation, introduit par une présentation des états affectifs et festifs. Les perspectives musicales et sacrées circonscrivent l’espace de l’émotionnel des groupements humains. Les questions de musicalisation et sacralisation regroupent le temps seul/avec et privé/commun particulier par regroupement « tribal ». Le sentiment sacré, la religiosité du XXIe siècle et le sens des émotions musicales sont les éléments essentiels qui permettent la mise au jour des représentations sociales et enjeux sociaux de « Musique Sacrée aujourd’hui ».
Cela abouti, dans le cinquième chapitre, à montrer la naissance et l’évolution d’un concept musical quasi « éthique » sur cette expression. Le principal aspect de « Musique sacrée » est celui d’un répertoire lié à des normes et prescriptions socio-historiques, édifié autour du contexte occidental de créations artistiques religieuses. Puis, en parallèle, se dégage une ontologie autour de la musique. Elle distingue : sons, bruits, silences dans leurs aspects plus particulièrement « sacrés », selon les dispositions d’attitudes d’écoute et de pratique, l’apprentissage et les dispositions humaines (inné/acquis). Enfin, une question se porte sur ce qui est communiqué à autrui (groupe) des réactions individuelles, par les impressions, expressions et communications qui imprègnent, marquent, rassemblent ou divisent.
La deuxième partie utilise les enquêtes comme support principal vers l’émergence de significations plus précises, qui caractérisent les enjeux sociaux et représentations sociales de « Musique Sacrée aujourd’hui ». Les nombreux extraits d’entretiens permettent la mise en regard des thématiques abordées spontanément par les enquêtés, et celles de la problématique « théorique ». Certains extraits sont courts et d’autres assez longs..., il s’agit de respecter l’émergence plus ou moins rapide et synthétique des idées, et de leur formulation (ce qui n’est pas anodin pour le sens des propos).
Deux chapitres présentent la thématique et les attitudes de « consécration ». Le chapitre six se base sur l’approche compréhensive des enquêtes qui, a permis le recueil de notions synonymes, métaphoriques, complémentaires, qualificatives et intrinsèques. S’y trouvent désignées des propriétés et aptitudes requises pour éprouver et définir ce qu’exprime et suggère l’entité « Musique Sacrée aujourd’hui ». La fameuse nuance « religieux »/« sacré », fait que la musique est savante (grande), liturgique, spirituelle ou sublime, selon l’emploi d’expressions ressemblantes qui précisent et nuancent l’actuelle « Musique Sacrée ».
Ensuite, le chapitre sept développe ce qui paraît être l’attitude respectueuse, louable et honorable qui est intrinsèquement commune aux diverses représentations sociales, genre d’ethos musical. Une certaine tradition fonde et conserve une sorte de patrimoine protégé, telle une cathédrale émotionnelle souterraine. Une espèce de définition anthropologique de la musique pose la question des notions constitutives et de leurs utilisations, avec les rapports entre : musique/Eglise/sacralité/musiciens. Des significations caractéristiques sont soumises à des variations de détails autour d’un même aspect général de dévotion et dévouement. Elles relativisent « Musique Sacrée » par des attitudes culturelles, cultuelles, ou émotionnelles, avec les rapports aux médiations, médiateurs et médias. D’autres significations, peuvent, par association, prendre la forme des caractéristiques prégnantes de « Musique Sacrée », exprimant ainsi le pluralisme culturel et les hiérarchies d’importance, par imprégnation, et habitus culturels. L’apaisement, le silence, la tranquillité, la méditation et le recueillement sont des termes employés pour décrire l’état intérieur que provoque, ou que nécessite l’écoute liée à « Musique Sacrée ». Le rationnel et l’irrationnel cohabitent dans la musique qui relève autant de l’art que de l’artisanat, par ces savoir faire, savoir transmettre, savoir être, de technique, d’affects et de messages signifiants.
Deux chapitres mettent en parallèle les processus de sacralisation ou sanctification avec la musique, dans ce qu’elle représente d’idéal universel de partage transcendant. Le chapitre huit montre que la musique est un possible véhicule vers une communion, de quelle nature qu’elle soit, avec une forme invocatrice ou invocatoire recueillie. Le caractère sacré de l’apprentissage, et de toute « initiation » amène un chemin de perfectibilité à rechercher. Le guide « musique », comme langage symbolique humain et méta-humain peut avoir un sens initiatique, vers une « pureté » perdue (ou jamais eu). Les confidences effectuées en sincérité, grâce à l’exercice des entretiens semi directifs sur « Musique Sacrée aujourd’hui », ont permises d’y trouver des sens communs, constitutifs, référentiels et affectifs. Le donné et le reçu, par, pour, ou avec la musique, récolte et relie (religio), comme une grâce ou une récompense, dans la foi, les convictions et croyances personnelles, plus qu’institutionnelles.
L’idéal d’être ensemble, dans la communion, et l’harmonieuse participation associative, vécue ou théorisée, constitue une herméneutique musicale dans le chapitre neuf. La musique est exposée (montrée, orientée et risquée), et parfois consacrée à l’adoration de « fidèles » dans des cultes passionnés, dans l’idolâtrie ou l’amour fervent. Elle est emblème, essence, attribut et qualificatif ostentatoire, dans son acception « sacrée ». Pour les représentations sociales et enjeux sociaux de « Musique sacrée », les attitudes de ritualisme, symbolisme, mythisme et sacralisme posent les questions de sens sur la préciosité de la vie.
Dans la conclusion, se placent les éléments qui résument les « réponses » des enquêtés, et un aperçu global des dimensions de « Musique Sacrée aujourd’hui ». Selon l’hypothèse qu’elle est une expression symbolique mythique, au caractère absolu dans la conception et relatif dans la perception (en forme de cathédrale émotionnelle), il ressort une thèse qui la valide en grande partie. Elle est, par ordre d’importance, une sorte d’emblème symbolique qui suggère et exprime la religiosité (l’attirance pour le religieux, avec ou sans adhésion formelle à une religion précise), puis suggère un patrimoine culturel historique. Elle est liée à un service public liturgia (rite communautaire qui rassemble), revêt des dimensions extrêmes qui en constituent une essence mythique et/ou spirituelle, et peut désigner une aptitude sublime d’affect ou de transcendance. Elle évoque les interrogations sur le divin ou théologie, la thématique de l’inspiration lumineuse, la foi, le sens des croyances inconditionnelles en quelque chose ou quelqu’un, par des attitudes de doute, de confiance ou de certitude. La prière, la pureté et la variabilité du contenu de l’expression viennent en confirmer la flexibilité et la fluidité.
Les apports, perspectives et limites, situent alors l’expression « Musique Sacrée » dans la spatio-temporalité, tout en montrant qu’elle s’en détache par antinomie. En effet, elle revêt une charge intemporelle par le fait qu’elle peut rassembler et concentrer de multiples temporalités en un espace, et inversement qu’elle peut réunir plusieurs lieux en un instant (un temps défini et limité).
Baudelaire et le progrès
samedi 8 janvier 2005
9 heures 30
En Sorbonne, amphithéâtre Michelet
Escalier A
46 rue Saint Jacques
Paris 5e
M. Ryusuke EBINE soutient sa thèse de doctorat :
Baudelaire et le progrès
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (PARIS IV)
M. DUPONT (NANTES)
M. GUYAUX (PARIS IV)
M. LABARTHE (ZURICH)
Bidonvilles et logements sociaux à Istanbul. Le rôle de Kiptas
Samedi 1 avril 2006
9 heures
Salle 304
Institut de Géographie
191, rue Saint-Jacques
Paris 5e
M. Murat ERGINOZ soutient sa thèse de doctorat :
Bidonvilles et logements sociaux à Istanbul. Le rôle de Kiptas
En présence du Jury :
M. CARMONA (Paris 4)
M. GIRARDON (Amiens)
M. STEINBERG (Paris 12)
Position de thèse
L’urbanisation - un des faits les plus importants des derniers siècles, vécue dès la révolution industrielle dans les pays développés - a gagné en accélération dans les pays en voie de développement, comme la Turquie, après la seconde guerre mondiale. L’urbanisation est l’augmentation du nombre de villes et de la proportion de la population urbaine par rapport à celle du rural. On considère que le niveau de développement d’un pays est en général lié au niveau d’urbanisation.
La croissance naturelle de la population et l’exode rural jouent un rôle important dans l’augmentation de la population urbaine. L’immigration déséquilibrée vers les villes est la raison principale de l’urbanisation malsaine.
On peut expliquer ce cas de cette manière : le problème du logement dans les pays développés s’est tapi dans un cercle vicieux à cause de la densification de la population. L’Etat reste obligé de concentrer ses ressources limitées sur des secteurs où l’entrepreneur restera insuffisant. D’autre part, l’augmentation de la population, les développements sociaux et l’urbanisation, accroissent surtout dans les espaces urbains le problème du besoin de logements. Cela nous montre qu’un des plus importants problèmes des pays en voie de développement est le manque de logement.
Dans les années 1950, la Turquie est entrée dans le processus de l’urbanisation rapide par divers facteurs. Les villes qui s’agrandissent à grande vitesse par la population rurale ajoutée à la population urbaine, les possibilités de travail limitées dans le secteur de l’industrie poussent la tendance des immigrés vers le secteur des services non ou peu productifs. Ainsi, les groupes à bas revenus se sont-ils concentrés dans les grandes villes.
Ces groupes à bas revenus, prenant en considération le haut prix des terrains urbains, ont formé des bidonvilles dans les espaces interdits à la construction et qui ne sont pas intégrés à la ville, souffrant du manque de services publics et urbains. Les bidonvilles ont entouré et cerné nos grandes villes. Le fait que ces bâtiments clandestins soient construits sur les terrains qui appartiennent aux autres, sans permission, donne l’impression que le village continue dans la ville.
Ainsi, le pourcentage des habitants des bidonvilles dans les quartiers qui entourent les centres des grandes villes arrive jusqu’à 70% de la population urbaine. A la période où la construction des bidonvilles a commencé, le manque d’intérêt des responsables a causé l’accélération de ces constructions.
En conclusion, les gens ont immigré des espaces ruraux vers les villes pour diverses raisons ont mis en évidence la réalité de bidonvilles. Les bidonvilles qui étaient au début un abri innocent et provisoire ont changé leur allure dans le temps. La construction de bidonvilles a été encouragée afin d’avoir un intérêt politique et économique et en plus, les propriétaires ayant un bon revenu par rapport à leur situation rurale ne veulent pas retourner dans leurs villages.
Les zones de bidonvilles ont eu des influences négatives sur le tissu urbain, en plus, la différence du niveau socio-culturel et économique entre les immigrés et les habitants de la ville donne lieu à des problèmes sérieux. Le fait qu’on ne prenne pas de résolutions fondamentales a causé l’extension du problème et la plupart de nos grandes villes sont restées face à face avec cette formation déséquilibrée.
Dans cette étude, on va analyser le bidonville qui devient un problème de jour en jour sérieux en Turquie et à Istanbul, et parallèlement le problème du logement social. Faisant une analyse des aspects physiques, on va également faire une étude analytique des habitants du point de vue socio-culturel et économique. De même, on va mettre l’accent sur l’interaction et les rapports des zones de bidonville avec leur entourage.
Même si on a donné l’importance à la théorie, en utilisant les études de cas, on a essayé de concrétiser. L’étude est formée de cinq parties. On a examiné dans la première partie la situation géographique et le développement historique d’Istanbul. La deuxième partie est consacrée à la structure naturelle d’Istanbul. On a étudié dans la troisième partie la structure socio-économique de la ville. Le problème du logement à Istanbul a été analysé dans la quatrième partie. Dans cette partie, on a approfondi l’étude sur l’usage du sol et les tentatives de planification, l’apparition des bidonvilles, le rayon d’action et les devoirs de la Direction du Logement et des Bidonvilles de la municipalité métropolitaine d’Istanbul, les études sur le logement social pour empêcher le bidonville à Istanbul, le logement social à Istanbul et le rôle de Kiptas. La cinquième partie est consacrée à la conclusion et aux propositions.
Blanche et la France. L’influence française sur l’oeuvre littéraire, journalistique et politique d’August Blanche, l’écrivain suédois le plus populaire de son temps.
Vendredi 10 décembre 2004
14 h 30
Maison de la Recherche
salle D 224
28 rue Serpente
Paris 6e
M. Antoine GUÉMY soutient sa thèse de doctorat :
Blanche et la France. L’influence française sur l’oeuvre littéraire, journalistique et politique d’August Blanche, l’écrivain suédois le plus populaire de son temps.
en présence du Jury :
Mme BOURGUIGNON (NANCY II)
M. BOYER (PARIS IV)
M. MAILLEFER (PARIS IV)
M. RENAUD (CAEN)
Mme SVANE
Catalogue raisonné des sculptures du XIXe siècle (1800-1914) des musées de Bordeaux
Vendredi 12 décembre
9 heures 30
Institut océanographique, petit amphithéâtre
195, rue Saint Jacques
Paris 5e
Mme Evelyne GATINEAU HELBRONN soutient sa thèse de Doctorat :
Catalogue raisonné des sculptures du XIXe siècle (1800-1914) des musées de Bordeaux
en présence du JUry :
M. DUFRENE (PARIS X)
M. DUSSOL (PAU)
M. FOUCART (PARIS IV)
M. JOBERT (GRENOBLE II)
Mme PINGEOT
Charles Delaunay (1911-1988) : sa place et son rôle dans l’histoire du jazz en France durant les années 1930 et 1940
Vendrdi 9 décembre 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Anne LEGRAND soutient sa thèse de doctorat :
Charles Delaunay (1911-1988) : sa place et son rôle dans l’histoire du jazz en France durant les années 1930 et 1940
En présence du Jury :
Mme Danièle Pistone (Paris 4)
M. Laurent Cugny (Paris 4)
M. Gilles Mouëllic (Rennes 2)
M. Colin Nettelbeck (Melbourne)
Position de thèse
Les thèses de Ludovic Tournès (Le Jazz en France 1944-1963 : Histoire d’une acculturation à l’époque contemporaine) et de Vincent Cotro (Recherches sur le free jazz en France de 1960 à 1975) soutenues respectivement en 1997 et 1996, puis publiées en 1999 chez Fayard et aux éditions Outre Mesure, marquent le début d’un intérêt croissant pour l’histoire du jazz en France et celui d’une floraison de travaux universitaires sur ce sujet. La plupart de ces thèses ou mémoires se réfèrent souvent aux multiples activités de Charles Delaunay : discographe, producteur de disques, collectionneur, secrétaire général du Hot Club de France et président du Hot Club de Paris, rédacteur en chef puis directeur de la revue Jazz Hot, programmateur de concerts, producteur de radio, impresario ainsi qu’historien du jazz. Mais Charles Delaunay n’a pas encore fait l’objet d’une étude approfondie. Il a cependant publié son autobiographie en 1985, un recueil de souvenirs, un témoignage de ce que l’auteur a vécu à différentes époques et qui servira de base à ce travail.
La présente thèse se situe d’un point de vue historique et biographique et ses principales sources proviennent des archives sonores, imprimées ou manuscrites léguées en 1979 par Charles Delaunay à la Phonothèque nationale devenue depuis 1997 le département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France. L’inventaire que j’ai commencé à partir de cette époque de ce changement de nom m’a permis d’avoir accès de façon régulière à cette collection riche de 22 000 disques (dont plusieurs centaines de test-pressings, d’acétates, de V-discs et de disques 40 cm), de 1 100 imprimés et périodiques, d’une centaine de films, et de quatre-vingts boîtes d’archives regroupant des notes discographiques, du courrier administratif de la compagnie de disques Swing ou de la revue Jazz Hot, des revues de presse, des notes biographiques sur Django Reinhardt ou Sidney Bechet, des photographies ou bien encore des affiches, des tracts ou des programmes de concerts. Ces documents de première main, qui n’ont pas été, depuis le décès de Charles Delaunay en 1988, consultés par un regard neuf et neutre, aident à une nouvelle interprétation des différents événements de l’histoire du jazz en France qui ont marqué les années 1930 et 1940.
Une première partie de la thèse est consacrée à l’étude de la première décennie. Alors que le fascisme s’installe en Europe, Charles Delaunay prend la défense du jazz, une musique "libre de préjugés de race, de religion et de frontière, miroir de l’évolution contemporaine" , et pose les bases de ses travaux qui le placeront comme l’un des principaux personnages de l’histoire du jazz en France. À une époque où des régimes totalitaires imposent une culture de masse annihilant tout épanouissement de l’individu, Charles Delaunay se passionne pour ce jeune courant musical se transmettant de façon orale, hors des conservatoires ou de toute académie.
Né en 1911 à Paris, et fils des peintres Sonia et Robert Delaunay, Charles rencontre durant son enfance et son adolescence, grâce à ses parents, une grande partie de l’intelligentsia parisienne. Il côtoie André Breton, Tristan Tzara, Paul Klee, Marc Chagall, Serge Diaghilev, des personnalités qui l’éveillent et le sensibilisent à l’art moderne. À l’occasion de la présentation de cet univers et des influences que ces parents ont pu avoir sur lui, nous essayons de déceler les prémices de son amour pour le jazz. Des interviews d’amis de Charles Delaunay l’ayant connu à cette époque, une interview inédite de Charles Delaunay réalisée à la fin des années 1970 par le journaliste François Postif, des témoignages de Delaunay lui-même retrouvés après le dépouillement de sa collection de périodiques enrichissent ce récit. Sa passion pour la musique de jazz permet à Charles Delaunay de révéler sa personnalité dans un domaine artistique différent de celui de ses parents. Dans un deuxième chapitre, nous nous attachons à situer ses premiers contacts avec le monde du jazz, ses premiers concerts et ses premiers articles ainsi qu’à présenter les rapports qu’il entretient avec les différents acteurs de cette musique. En 1933, Charles Delaunay rencontre des passionnés qui viennent de fonder le Hot Club de France, une association pour la défense du jazz. Il s’investit dans les activités de l’association en participant à la préparation des concerts et à la rédaction des articles puis en s’occupant des échanges et recherches de disques, avant d’en devenir le secrétaire général en 1938. Les archives de Pierre Nourry, premier secrétaire général de l’association, retrouvées au domicile de sa fille Anne et comprenant notamment l’importante correspondance du président, Hugues Panassié, jusqu’à aujourd’hui inexploitées, permettent d’affiner l’histoire de cette association, et de développer dans un troisième chapitre l’importance de ses grandes réalisations sous l’impulsion de Charles Delaunay et de Pierre Nourry.
En 1935, les responsables de l’association fondent une nouvelle revue vouée au jazz, Jazz Hot. Bilingue, en français et en anglais, elle rivalise avec d’autres journaux anglophones ou européens consacrés à ce jeune courant musical et à la musique populaire. Même si la périodicité est irrégulière jusqu’à son interruption de parution pendant l’Occupation, les fondateurs de Jazz Hot peuvent se féliciter d’être les premiers à faire vivre pendant cinq années un magazine spécialisé uniquement dans le jazz et d’avoir fédéré des journalistes bénévoles du monde entier.
Charles Delaunay publie en 1936 la Hot Discography, un répertoire des 78 tours de jazz intitulé, pour la première fois, "discographie". Cet ouvrage sera mis à jour par Charles Delaunay jusqu’au début des années 1950 et impose les règles indispensables à la bonne tenue d’un discographie, devenue un outil scientifique nécessaire à l’étude d’un musicien ou d’un courant musical. Delaunay devient le père de la discographie qui confère au jazz une notoriété et une reconnaissance égales à celles du baroque et du romantisme. Nous détaillons, grâce aux catalogues de disques et à différents imprimés de sa collection, les moyens utilisés par le discographe pour la préparation (identification de musiciens ou recherche de dates d’enregistrement) puis l’édition de sa Hot Discography.
Dès la prise de ses fonctions de secrétaire général du Hot Club de France, Pierre Nourry cherche a créer un orchestre représentant l’association que Charles Delaunay continuera à promouvoir. Nourry a trouvé avec le guitariste Django Reinhardt et le violoniste Stéphane Grappelli les leaders d’une formation de jazz originale, le Quintette du Hot Club de France, composée uniquement d’instruments à cordes puisqu’elle est complétée par deux autres guitaristes et un contrebassiste. La découverte du film de Henri Diamant-Berger, Clair de Lune tourné durant le printemps 1932 comme les articles parus dans la presse de l’époque apportent des précisions sur la création de cet ensemble instrumental et la biographie de ses protagonistes.
Le meilleur moyen, pour faire connaître le Quintette et d’autres musiciens français ou américains animant les concerts organisés par l’association, est de posséder sa propre marque de disques. Ce projet de Pierre Nourry sera concrétisé en 1937 par Charles Delaunay qui crée, en associant Hugues Panassié comme directeur artistique, la compagnie Swing, première firme au monde à enregistrer uniquement des disques de jazz.
L’invasion allemande va suspendre toutes ces activités et la deuxième partie de la thèse est consacrée aux années 1940 troublées par la Seconde Guerre mondiale. Après onze mois de mobilisation puis l’exode, et malgré l’Occupation, Charles Delaunay, désireux de continuer à faire connaître la musique de jazz, revient à Paris et reprend l’organisation de concerts dans des grandes salles de la capitale comme la Salle Pleyel ainsi que les séances d’enregistrement pour la marque Swing. Depuis 1938, le siège de l’association Hot Club de France se situe dans un pavillon de la rue Chaptal dans le IXe arrondissement. Charles Delaunay y met à la disposition des adhérents sa discothèque, sa bibliothèque, des spécialistes proposant des conférences ou des cours et une salle de répétition. Il veille à ce que ce véritable petit conservatoire reste ouvert pendant l’Occupation. Le secrétaire du Hot Club assure également la pérennité de Jazz Hot sous la forme d’un bulletin inséré dans les programmes de concerts puis sous celle d’une circulaire.
Charles Delaunay décide également de s’engager dans la lutte contre l’occupant en travaillant d’abord pour le réseau Carte d’André Girard et ensuite pour le réseau Prosper de Francis Suttill, agent anglais de la section française du service secret britannique, le S.O.E (Special Operations Executive). Les précieux témoignages de Jacques Bureau et de Pearl Cornioley, le récit écrit par Agnès Ripaud et laissé à sa fille Thérèse, ainsi que le dossier "André Girard" jusqu’en 2004 classé secret éclaircissent les activités de Charles Delaunay pendant la Seconde Guerre mondiale. À la Libération, le siège du Hot Club de France devient un lieu de ralliement de tous les G.I’s qui profitent de leur passage dans la capitale pour faire connaissance avec Charles Delaunay dont la notoriété est devenue internationale, grâce notamment à son travail discographique.
Le dernier chapitre s’intéresse à l’époque de l’après-guerre. La pénurie de papier étant terminée, Jazz Hot peut reprendre sa parution sous forme de magazine. Charles Delaunay s’occupe toujours de la publication du magazine mensuel et rassemble de jeunes journalistes comme André Hodeir et Boris Vian au sein d’une nouvelle équipe rédactionnelle, tandis que le président du Hot Club de France réside en Aveyron depuis 1933. La France sous l’Occupation n’a pas suivi l’évolution musicale qui s’est opérée aux États-Unis pendant la guerre. Un nouveau courant, le be bop, apparaît, à la surprise de tous les fans français de jazz qui sont encore imprégnés de la musique de Louis Armstrong et des maîtres des années 1930. D’importantes querelles séparent Hugues Panassié de Charles Delaunay. Celui-ci prend la défense du be bop et, en 1947, il est évincé du Hot Club de France par Hugues Panassié. Delaunay rompt toute relation avec cette association, garde son poste de président du Hot Club de Paris, le pavillon de la rue Chaptal et la revue Jazz Hot. Désormais, les amateurs devront choisir leur camp entre ces deux chefs de file.
Charles Delaunay s’occupe toujours de la marque Swing. Au mois de septembre 1946, il supervise à New York de nouvelles séances d’enregistrement avec des musiciens be bop comme le batteur Kenny Clarke et le pianiste Bud Powell. Il projette de créer une filiale de Swing aux États-Unis mais la compagnie Pathé Marconi, dont Swing dépend, ne suit pas ce projet. En 1948, Delaunay résilie son contrat avec Pathé Marconi et fonde avec Léon Cabat la compagnie de disques Vogue.
En analysant les différents matériaux, archives privées et publiques, en consultant les ouvrages spécialisés ou en dépouillant la presse de cette époque, on constate que d’autres personnalités ont contribué à l’élaboration de l’histoire du jazz en France mais que celle de Charles Delaunay demeure centrale par la création de Jazz Hot, de Swing, de la Hot Discography ou bien encore du Hot Club de Paris. Son incroyable puissance de travail lui a permis de donner un nouveau souffle au jazz d’après-guerre, isolé par le manque d’échanges avec les États-Unis pendant l’Occupation, et de multiplier ensuite les contacts avec les pays européens comme la Belgique et la Suisse mais aussi avec les pays asiatiques. Seules les vingt premières années d’intense activité de Charles Delaunay sont approfondies par cette étude, laissant à d’autres le soin de creuser davantage de nouveaux sujets comme l’histoire de la compagnie Vogue.
Toutes sa vie, Charles Delaunay a laissé sa collection à la disposition des amateurs ou des professionnels du jazz au siège de la revue Jazz Hot ou à son domicile personnel. En faisant don de ses archives à la Bibliothèque nationale de France, il a voulu une dernière fois rendre ce patrimoine accessible à tous les chercheurs.
Charles Errard, ou l’ambition du décor
Samedi 26 juin 2004
9 h
Amphi Quinet
46 rue Saint Jacques
Paris 5e
M. Emmanuel COQUERY soutient sa thèse de doctorat :
Charles Errard, ou l’ambition du décor
en présence du Jury :
Mme GRIVEL (RENNES II)
M. MICHEL (Lausanne)
M. MIGNOT (PARIS IV)
M. MÉROT (PARIS IV)
M. SCHNAPPER (PARIS IV)
Charles Meynier, peintre d’histoire (1763-1832). Biographie et catalogue raisonné de l’oeuvre
Jeudi 20 novembre 2005
9 heures 30
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Isabelle MAYER MICHALON soutient sa thèse de doctorat :
Charles Meynier, peintre d’histoire (1763-1832). Biographie et catalogue raisonné de l’oeuvre
En présence du Jury :
M. FOUCART (Paris 4)
M. BORDES (Lyon 2)
M. DARRAGON (Paris 1)
M. CUZIN
M. JOBERT (Paris 4)
Charles-Philippe Larivière : sa vie, son oeuvre (1798-1876)
Vendredi 18 novembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Isabelle LODDE soutient sa thèse de doctorat :
Charles-Philippe Larivière : sa vie, son oeuvre (1798-1876)
En présence du Jury :
M. FOUCART (Paris 4)
M. DARRAGON (Paris 1)
M. JOBERT (Paris 4)
MME PELTRE (Strasbourg 2)
M. PINETTE
M. ROBICHON (Ille 3)
Résumés
Charles Philippe Larivière, élève de Girodet-Trioson, fut le Grand prix de Rome de 1824. Séjournant à Rome entre 1824 et 1830, il se nourrit de la grande tradition picturale auprès des maîtres. Pendant sa formation, il avait côtoyé la jeune école romantique et apprécié leur audace artistique. Charles Larivière garda une position médiane, entre l’école classique et l’école romantique. Cet art mesuré lui valut des commandes tout au long de sa carrière officielle, autant sous la Monarchie de Juillet que sous l’Empire. Il peignit notamment au Musée historique de Versailles dans la Galerie des batailles, décora une chapelle à Saint-Eustache, fit des cartons de vitraux pour la chapelle Saint-Louis de Dreux. De plus, il resta sous l’influence des grands peintres, notamment ses maîtres, Girodet et Gros, mais aussi de ceux qu’il fréquenta. Le legs du fonds d’atelier de Larivière au musée de Picardie par ses héritiers, les Maignan, permit la redécouverte de son corpus d’œuvre, ainsi que celles de Charles Lepeintre, peintre officiel de Joseph d’Orléans, d’Eugène Larivière, frère de Charles Philippe et d’Albert Maignan.
Charles Philippe Larivière was a pupil of Girodet-Trioson and the winner of the Grand prix de Rome. In Roma between 1824 and 1830, he improves his art by copiing the old masters. When he was youg, he knows the romantic school and like her freedom of maniers. Charles Larivière keep a median line between the classic school and the romantic school. That why, he receives a lot of woks, under the Monarchy of July and the Second Empire. Il painted at the Musée historique de Versailles in the Galerie des batailles and in the Saint-Eustache Church’s in Paris. He made some works for the Saint-Louis Church’at Dreux. Il was greatly influenced by his teachers, like Girodet-Trison and his friend, like Horace Vernet and Schnetz. His works base was leaving at the Musée de Picardie by his children, M. and Mrs Maignan. By this studiing, we could found the works of Charles Larivière, and Charles Lepeintre, painter of Joseph d’Orléans, and Eugène Larivière and Albert Maignan.
Position de thèse
Un nom demeure important dans celui de l’histoire de la peinture du XIXe siècle : Charles Philippe Larivière. En effet, celui-ci reçut le grand Prix de Rome de 1824 et il eut par la suite de nombreuses commandes tout au long du siècle. Pourtant, l’historiographie n’a pas laissé un souvenir à la hauteur de sa réputation. Les auteurs de dictionnaires ne lui ont consacré que quelques lignes bien maigres en comparaison de ses nombreux travaux. Dans un dictionnaire de 1858, Théodore Pelloquet écrit : « M. Larivière en somme est un homme de talent, mais d’un talent un peu vulgaire. Naturellement chevalier de la Légion d’Honneur » .
La rudesse de l’appréciation et le peu d’intérêt montré envers la peinture de Larivière masquent son importance, car ce dernier n’est nullement un inconnu pour les spécialistes. Elève de Girodet-Trioson, il est l’unique élève du maître à avoir reçu le Grand prix de Rome et à séjourner en Italie pendant cinq ans. Cette distinction soulignait déjà sa place dans l’histoire de l’art de son temps. Larivière a énormément peint et sa présence se remarque à deux niveaux, dans l’espace et dans le temps. Nombre de conservateurs connaissent de nom notre artiste car beaucoup de ses tableaux sont conservés dans les musées. D’abord, très présent au château de Versailles, dans la Galerie des batailles, mais aussi par ses nombreux portraits de militaires, il figure à plusieurs reprises dans la chapelle royale de Dreux. Larivière demeure une personnalité « locale » particulièrement à Amiens dont le musée de Picardie conserve le fonds d’atelier. Très riche, il contient notamment les dessins et œuvres préparatoires permettaient de reconstituer la genèse de grands tableaux dans la Galerie des batailles ou à Dreux. Pourtant au moment de la constitution du catalogue raisonné qui comporte 509 numéros (volume II), nous fûmes confrontée à la difficulté d’établir le catalogue et plus spécialement au problème d’attribution car une grande partie de la famille de Larivière dessinait ou peignait. Le grand père de Larivière, Charles Lepeintre avait été lui aussi peintre, de même que son père, André Larivière ; son jeune frère fut élève avec lui à l’Ecole des beaux-arts, son oncle Emile Lepeintre pratiqua la miniature, et le gendre de Larivière, Albert Maignan fut lui aussi peintre. L’absence d’étude sur ces auteurs compliquait la tâche et bien que le style de Larivière fut très différent de celui d’Albert Maignan, des confusions avaient été faites lors de l’établissement d’un embryon d’inventaire au musée à l’époque du legs ; ce dernier se fit en différentes étapes ce qui ne manqua pas de multiplier les erreurs. Ils avaient tous les deux séjournés en Italie et la modernité de certains paysages poussait à les authentifier comme étant de la main de Maignan. Les attributions les plus délicates furent celles à faire sur les dessins de jeunesse entre Charles Philippe et Louis Eugène. Ce dernier s’avérait être un excellent artiste comme en témoigne le portrait de sa jeune sœur Paméla exposé au Louvre. L’histoire de ce legs constitua l’un des axes de cette thèse ; grâce à ce fonds important, il fut possible de reconstituer un aspect de la formation du musée de Picardie ainsi que d’établir la chronologie de la famille Maignan-Larivière.
De plus, notre compréhension de Larivière s’enrichit d’une donnée ignorée jusqu’alors, la découverte de boîtes d’archives conservées au musée que nous n’avions pas encore exploitées. En effet, les œuvres n’étaient plus muettes, la famille Maignan-Larivière avait soigneusement rassemblé des archives et des notes diverses concernant les Larivière, les Lepeintre et la carrière d’Albert Maignan. Malheureusement nous avons quelques fois affaire à des archives de seconde main, des notes recopiées, douteuses et qui sont à considérer avec une grande prudence. C’est surtout Mme Maignan, la fille de Larivière, qui en est l’auteur et elle a parfois noté, certainement aidée de sa mère qui est morte très âgée, des noms de personnes que fréquentait son père, dressé la liste de ses œuvres. Elle raconte d’ailleurs sa démarche dans un petit cahier intitulé « Notes » et se fait l’historienne de sa famille. Certaines anecdotes proviennent de la tradition familiale et sont teintées d’un embellissement inévitable, comme il existe dans toutes les familles des histoires racontées de génération en génération et à chaque fois un peu modifiées... Ces souvenirs furent pour nous d’un grand intérêt tellement il est rare d’entrer dans l’intimité familiale d’un peintre. Cependant, Mme Maignan demeure le premier biographe de Charles Larivière et sa démarche dans l’ensemble est sérieuse. Elle s’appuie sur des notes qu’avait commencé à rédiger Albert Maignan à partir de documents officiels restés dans la famille. Néanmoins, ce cahier regorge de renseignements qui nous servirent à établir la biographie de Larivière. La seconde source très importante retrouvée dans ce fonds fut la correspondance de Larivière ou du moins une partie. Elle comporte quelques lettres datant de la jeunesse du peintre, une lettre de Girodet son maître par exemple, et surtout celles que Larivière écrivit à son père pendant son séjour en Italie et ainsi que d’autres écrites plus tardivement. Notre seul regret fut que la correspondance italienne n’était pas manuscrite et avait été tapée à la machine. Cette retranscription comporte beaucoup de fautes, notamment dans certains noms de localités italiennes, ou dans les noms propres qu’il ne fut pas toujours facile d’identifier. Ces lettres furent des archives indispensables à la connaissance de Larivière : il prenait vie, il s’exprimait sur son époque, ses camarades à la Villa, et surtout, par ses descriptions (et ses silences aussi), nous pouvions évoquer ses préférences et ses goûts artistiques. Elles nous permettaient ainsi de cerner la psychologie du peintre, ses aspirations et donnaient une vitalité à la biographie de Larivière qui sans cela aurait été assez sèche. Ces archives (la correspondance et le journal de Mme Maignan, sont publiées dans le second volume de notre thèse.
La richesse de cet ensemble était remarquable, et au-delà d’œuvres préparatoires à de grands tableaux connus, certains étaient restés dans l’intimité familiale. Cette double « destination » permit de constater rapidement que Larivière s’avérait être un peintre très intéressant, très au fait de ce que faisaient ses camarades paysagistes en Italie en même temps que lui...L’image du peintre officiel donnée par les quelques auteurs de dictionnaires commençait à se fissurer et un autre Larivière apparaissait, plus complexe.
Très bon étudiant à l’Ecole des beaux-arts, il se distingue de ses contemporains en obtenant le prix de Rome de peinture de 1824. Il fut le seul élève de Girodet à être primé à ce concours et il devient réellement un maître à son retour d’Italie, cinq ans plus tard. Ces années de formation, à Paris puis ensuite à Rome, seront étudiées successivement et nous essayerons de voir dans quelle mesure Larivière se révéla un élève resté sous l’inspiration de ses maîtres. A son retour de Rome, devenu peintre officiel, il recut de nombreuses commandes, autant sous le Régime de Juillet que pendant le Second Empire. Sa carrière officielle sera définie autour deux axes. Premièrement, Larivière fit particulièrement des portraits, d’apparat pour la Galerie des maréchaux au Palais des Tuileries et au château de Versailles, et historiés à sujet religieux dans les chapelles Saint-Louis de Dreux et du Sacré-Cœur à Saint-Eustache à Paris. Deuxièmement, il exécuta des tableaux de batailles réalisés pour le Musée historique du roi Louis-Philippe à Versailles. Cette forte sollicitation ne fut point doublée d’une reconnaissance au sein des institutions artistiques. Il ne fut jamais élu à l’Institut, ni professeur à l’Ecole des beaux-arts. De plus, cette discrétion se remarque parmi ses contemporains, les consultations de correspondance d’artistes plus en vue comme Horace Vernet, Schnetz ou Ingres se sont avérées muettes. L’art de Larivière correspond bien à l’homme qu’il fut.
De plus, son prix de Rome de 1824 va à l’encontre du préjugé répandu selon lequel un artiste officiel fera de la mauvaise peinture. Larivière fait preuve d’un réel métier et l’Etat lui fit confiance en lui commandant de nombreuses œuvres pour orner ses bâtiments. Cependant, il ne fut pas l’artiste d’un seul régime, celui de la Monarchie de Juillet sous lequel il bénéficia de nombreux travaux et auquel il était relié par une certaine tradition familiale. Le Second Empire lui fit exécuter encore des œuvres importantes notamment des cartons de tapisseries pour la Galerie d’Apollon du Louvre ou la chapelle du Sacré Cœur à Saint-Eustache. Son âge déjà avancé ne lui porta pas préjudice et il représentait une valeur sûre.
Cette thèse permit de redéfinir la place de Charles Philippe Larivière dans son contexte artistico-politique. D’abord, il demeure singulièrement absent de certaines fonctions auxquelles son prix de Rome le destinait tout naturellement. Il ne fut ni professeur à l’Ecole des beaux-arts, ni élu à l’Académie des beaux-arts malgré ses nombreuses candidatures. Cependant ces deux institutions n’ont pas le monopole des jurys et il en existe d’autres ouverts à des artistes non officiellement reconnus comme ceux des salons. Grâce à la réforme de 1863 et à la modification du mode de recrutement des membres du jury du prix de Rome, Larivière put en faire partie chaque année. De plus, elle avait permis l’accès aux jurys des concours semestriels de l’Ecole des beaux-arts à des artistes indépendants ; Larivière commence ainsi à être actif très tardivement alors qu’il était déjà assez âgé et qu’il ne bénéficiait plus de commandes officielles. Il ne tomba nullement dans l’oubli que l’on prédit parfois trop rapidement aux anciens pensionnaires de la Villa Médicis. Deux raisons peuvent expliquer ce phénomène. Premièrement, Larivière avait un lien privilégié avec les Orléans par une tradition familiale qui remontait à son grand-père Charles Lepeintre et le roi ne pouvait oublier le petit-fils d’un peintre protégé par son père Philippe Egalité. Lorsque Larivière écrivait à son père dans une lettre du 23 juillet 1843 : « J’ai vu hier le Roi il est venu au Louvre, il a été comme de coutume fort aimable et m’a fait part de sa satisfaction sur les vitraux de Dreux qui sont en place », il manifeste la réalité d’une certaine familiarité établie entre les deux personnes. Deuxièmement, son échec à l’Institut peut s’expliquer par son caractère peu combattant. En effet, il nous a semblé être un homme discret et même s’il se pavane auprès de son père dans ses lettres envoyées pendant sa jeunesse, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas un mondain comme l’avait été Delacroix. Or, étant donné que ce genre d’élection se joue essentiellement sur des alliances entre personnes consentantes, ou sur des réseaux amicaux, Larivière ne pouvait qu’échouer.
Charles Philippe Larivière représente le type même de l’artiste curieux qui, au gré de sa carrière, s’est inspiré de la manière d’autres artistes sans pour autant affirmer un style propre à lui-même. Polymorphe, Larivière fut l’homme de toutes les influences se nourrissant des initiatives artistiques de ceux qui l’entourent. Pendant ses années de formation à Paris, il puisa chez son maître Girodet-Trioson ; les qualités modestes de pédagogue de ce dernier furent heureusement supplées par celles de Gros, plus habile. Larivière fut sensible au coloris de ce nouveau Véronèse du XIXe siècle que symbolisait Gros. Puis, grâce à ses cinq ans de pensionnat à l’Académie de France à Rome, il découvrit un pays cher aux artistes. Dans ce pays natal de la peinture, il découvrit les chefs-d’œuvre des grands maîtres et il exprima sa préférence pour les coloristes de la peinture vénitienne du XVIIe siècle. Il apprécia la poésie de ses paysages. Il eut maintes occasions pour représenter la campagne romaine en pratiquant la peinture de plein air à l’instar d’un paysagiste tel Camille Corot avec lequel il voyagea. De plus, peintre d’histoire, il fut attiré par le classicisme des monuments antiques autant que par ceux du Moyen Age que la jeune génération romantique redécouvrait. Bien sûr, comme ses nombreux camarades pensionnaires de la Villa, il s’adonna à la peinture de genre, à l’instar de Victor Schnetz, en profitant de la richesse de sujet qu’offrait le Romain, véritable icône de l’Italie antique et si pittoresque dans ses traditions et sa physionomie. Cette curiosité du peintre voyageur fut identique à celle qu’il manifesta vingt ans plus tard lors d’un court séjour en Algérie avec Le portrait d’Aicha qui fait immédiatement référence à Delacroix. Ce dernier, et le mouvement romantique qu’il incarne, jouèrent un rôle important pendant les années de formation de Larivière. En effet, celui-ci était encore un jeune artiste à la recherche d’un style au moment où Géricault exposait Le radeau de la Méduse au Salon de 1819 et Delacroix faisait de même avec La barque de Dante au Salon de 1822. Le succès éclatant de cette nouvelle manière se révéla au Salon de 1824 et Larivière manifesta, comme de nombreux élèves de l’Ecole des beaux-arts son goût pour la couleur notamment dans La mort d’Alcibiade. Cependant, sa réussite au prix de Rome cette même année l’éloigna de Paris et du Salon où tout se jouait. Tout annonçait une orientation de carrière vers cette école romantique. Larivière accédait au sommet de la réussite académique par cette distinction qu’il méritait à force de travail et de volonté. Ses lettres écrites à ses proches pendant son séjour sont criantes de vérité quant à son hésitation et quant à sa recherche d’un style. Larivière se sentait tiraillé. Devait-il préférer une peinture plus classique comme ses maîtres lui avaient enseigné à l’Ecole des beaux-arts dans la lignée de David, valeur sûre d’un bon métier ? Il restait contraint par un certain immobilisme, représentant des sujets tirés de l’antiquité classique où dominaient des couleurs d’un ton éclatant, une composition héritée des maîtres, solide et mesurée...Ou bien, devait-il suivre ces novateurs, jeunes comme lui, qui osaient sacrifier la tradition picturale davidienne en faisant un peinture plus impétueuse où de nouveaux sujets étaient traités, plus banals mais qui étaient magnifiés par la couleur ? De plus, au delà d’un choix esthétique, il avait compris que l’enjeu résidait surtout dans le fait de « plaire au public » au Salon et cela dans une stricte stratégie commerciale. Cette dualité esthétique se manifeste très clairement dans sa correspondance où il montre son goût du monument antique à Rome, qu’il peint à de nombreuses reprises et en même temps, il est sensible aux cathédrales du Moyen Age. Quant à ses références picturales, il apprécie les maîtres de l’Ecole vénitienne ou d’autres moins connus comme Cigoli, dans sa copie pour l’envoi de quatrième année, au détriment de Raphaël pourtant le modèle de l’école classique. Ainsi, La peste à Rome sous le pape Nicolas V demeure le testament romain dans lequel Larivière ose se démarquer des habituels tableaux envoyés de Rome par les pensionnaires. Larivière se montre à l’image de ce que sera son art plus tard : modéré. En effet, il sut se montrer audacieux en choisissant un sujet du Moyen Age, en montrant des morceaux dignes des corps du Radeau de la Méduse, mais il n’en oublie par pour autant d’être traditionnel dans sa composition ou dans sa manière de peindre. Il évita les « tics de l’Ecole du Laid », sans prendre parti, et il fit un tableau susceptible de plaire autant aux classiques qu’aux romantiques. Larivière préféra la modération et ainsi il fut de même pour le restant de sa carrière. Là réside finalement son originalité et son absence marquée d’un style spécifique en fait sa force car il ne peut déplaire. Il respecte les attentes que l’on peut avoir d’un peintre officiel et ainsi l’Etat lui fait confiance. Il sait qu’il fera de la bonne peinture et cela explique le rythme constant des commandes officielles dont il fit l’objet tout au long de sa carrière. Ses tableaux sont d’un style hors du temps et ainsi il est capable d’avoir une activité variée, peignant aussi bien de simples portraits de maréchaux pour Versailles que des compositions historiques plus ambitieuses pour la Galerie des batailles ou des cartons de tapisseries. Cette constance dans son style et l’absence d’originalité expliquent le désintérêt de la critique toujours à la recherche de la nouveauté ou de l’audace.
De plus, Larivière se marginalise à cause de la difficulté dès qu’il s’agit de le classer stylistiquement et il oblige à remettre en cause les divisions traditionnelles admises comme le romantisme ou le classicisme. Cette invention de la notion de juste milieu fausse le débat en regroupant de nombreux artistes qui à l’instar de Larivière sont très délicats à caractériser. A ses côtés pourraient se placer Horace Vernet, Victor Schnetz ou encore de nombreux peintres présents au Musée historique de Versailles tels Debaq, Serrur, Franque, Féron. De plus, la vision que l’on pourrait avoir de leur style est obstruée par les débats esthétiques de l’époque ; ainsi, l’opposition systématique entre une école classique et romantique présuppose que les artistes prennent parti. Or, pour toute époque au XIXe siècle comme au XVIIe siècle, il existe des partisans d’un art modéré, notamment dans la querelle du coloris, regroupant des peintres s’inspirant des deux courants mais qui ne forment pas pour autant à eux seuls une école « juste milieu ».
Charmes et bénédictions, reflets de l’univers mental du monde médiéval. Etude du corpus germanique
Vendredi 14 janvier 2005
14 h
En Sorbonne, salle Louis Liard
Rectorat, 17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Nicolas NELSON soutient sa thèse de doctorat
Charmes et bénédictions, reflets de l’univers mental du monde médiéval. Etude du corpus germanique
En présence du Jury :
M. BERLIOZ (CNRS)
M. GRAMBO (OSLO)
M. LECOUTEUX (PARIS IV)
M. WALTER (GRENOBLE III)
Chemin de fer (MOB) et organisation régionale en moyenne montagne suisse : Pays-d’en-Haut et Haute Sarine
Lundi 20 juin 2005
14 heures
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Hélène JEAN soutient sa thèse de doctorat :
Chemin de fer (MOB) et organisation régionale en moyenne montagne suisse : Pays-d’en-Haut et Haute Sarine
En présence du Jury :
M. CLAVAL (Paris 4)
M. AUPHAN (Paris 4)
M. KNAFOU (Paris 7)
MME LÜTHI-GRAF
M. PIVETEAU (Fribourg)
Choc et échange épidémiologique : Espagnols et Indiens au Mexique
Vendredi 1er décembre 2006
14 heures
A Malesherbes, Amphithéâtre 111
108, Bd malesherbes 75017 Paris
Mme Nathalie PINJON BROWN soutient sa thèse de Doctorat :
Choc et échange épidémiologique : Espagnols et Indiens au Mexique
En présence du Jury :
Mme BERNARD (PARIS 10)
Mme BÉNAT-TACHOT (U MARN VAL)
M. CLEMENT (PARIS 4)
M. DUVIOLS (PARIS 4)
M. FROMENT (MUSEE)
Résumés :
La découverte de l’Amérique signifia la rencontre puis le mélange de deux mondes
biologiques différents, ancien et nouveau. Cet échange épidémiologique conduisit à la disparition de la
quasi-totalité des populations du Mexique central en à peine un siècle. Ce heurt entraîna une expansion
rapide et une hégémonie militaire et économique des Espagnols et mena également à la ruine des
structures sociales et religieuses indigènes. Les Mexicas connaissaient la maladie et les moyens de
lutte contre d’éventuelles épidémies mais ils n’avaient jamais auparavant fait l’expérience des terribles
pathologies européennes apportées par les Espagnols vagues après vagues. De 1520 à 1596, les
épidémies affaiblirent considérablement la résistance des Indiens face à la domination extérieure. Ces
échanges furent néanmoins bilatéraux : les Espagnols traversèrent eux aussi une période certes brève
mais funeste à leur arrivée dans le Nouveau Monde. En outre il semblerait, d’après les contemporains
espagnols, que cette découverte ait coïncidé avec sinon engendré la terrible épidémie de « syphilis »
dans l’Europe du temps.
Epidemiological shock and its aftermath : The Spanish and Indians in Mexico (1520 - 1596)
The discovery of America is synonymous with the encounter and eventually the intermingling
of two biologically different worlds. Within the span of a century, such epidemiological exchanges led
to the demise of almost all the populations living in Central Mexico. This facilitated both the rapid
expansion of Spain’s military and economic hegemony and the ruin of indigenous social and religious
structures. Prior to the landing of the Spanish, the Mexicas had experienced diseases and had even
devised ways of combatting them but they had never been confronted with the deadly pathologies
brought over from Europe which came in wave after wave. From 1520 to 1596, the epidemics
considerably weakened the resistance of the Indians to outside ingerence. The epidemiological
exchange was reciprocal for the Spanish expedition parties also experienced violent though brief
periods of sickness and disease. In addition, numerous Spanish chroniclers related that the discovery
of the New World coincided with, if not to say caused, the outbreak of syphilis in Europe itself.
Position de thèse :
Les civilisations précolombiennes vécurent pendant des millénaires isolées du reste du
monde tandis que les autres sociétés, en Afrique, en Asie et en Europe connaissaient, malgré
les distances, le jeu des diffusions culturelles et des influences réciproques.
Lorsque les Espagnols découvrirent en Amérique une humanité autre, leur
stupéfaction fut intense. Or ce heurt, au XVIème siècle, de deux mondes radicalement
étrangers coïncide aussi avec la rencontre de deux mondes biologiques différents. Dans la
société amérindienne l’évolution du rapport entre les pathogènes et les hommes a suivi des
voies totalement indépendantes de celles de l’Ancien Monde. Les mutations, les changements
écologiques et les migrations ont pu entraîner des épidémies telles que la Peste Noire en
Europe. En Amérique, une certaine stabilité écologique tendait à créer un équilibre et une
tolérance mutuelle entre les hôtes humains et les parasites. Certes, les documents anciens
attestent de l’existence de maladies fatales sur le sol du Nouveau Monde bien avant l’arrivée
des conquistadores et ses habitants mouraient d’infections diverses.
L’arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde a entraîné l’une des
catastrophes démographiques les plus graves. La Conquête signifia l’afflux régulier
d’hommes, de femmes et d’adolescents de l’Ancien Monde, qui provoquera de nouvelles et
persistantes ondes de choc parmi les populations indigènes. Les Indiens d’Amérique ont eu le
dangereux privilège de bénéficier de la plus longue isolation du reste du monde. Génération
après génération, les Indiens ont vécu, ont été élevés et sont morts sans aucun contact extraaméricain,
développant alors des cultures qui leur étaient propre, ainsi qu’une tolérance
pathologique limitée aux maladies « américaines ». Lorsque Christophe Colomb mit fin à
l’isolation des Amériques mettant en contact les deux continents, il cassa cet équilibre. Les
Indiens furent victimes d’un ennemi invisible que les Espagnols transportaient dans leur
souffle et dans leur sang. L’ « invasion » de l’Amérique par les Européens ne fut donc pas
seulement humaine : les hommes véhiculèrent avec eux des parasites, des bactéries et des
virus auxquels les indigènes, extrêmement vulnérables à ces « nouveaux » organismes
pathogènes, succombèrent en masse faute de défenses immunologiques adéquates. Les
maladies déjà mortelles dans le Vieux Monde furent d’autant plus fatales dans le Nouveau, en
outre, les maladies bénignes du Vieux Continent, comme les maladies infantiles devenues
banales en Europe, devinrent mortelles dans le Nouveau Monde. Il existe en effet une réelle
différence entre une épidémie d’une maladie connue au sein d’une population déjà
accoutumée et les ravages causés par la même maladie lorsqu’elle s’attaque à une
communauté dépourvue d’immunité contre elle. Cette destruction impitoyable se produisit des
milliers de fois à partir du XVIème siècle à chaque fois qu’un habitant du Nouveau Monde
entrait en contact avec un Européen ou avec un autre Indien malade. La principale
conséquence de l’expansion européenne fut le déclenchement d’une série d’épidémies
mortelles. La contagion a commencé dans différentes régions de l’Amérique, puis s’est
répandue largement à de nombreuses autres régions.
Les microbes ont sans doute été les acteurs les moins connus mais aussi les plus
importants de l’histoire du Mexique central depuis la Conquête. Les maladies européennes
apportées par les Espagnols ont marqué les grands événements de l’histoire de la région et
aussi la vie quotidienne de ses populations. Curieusement l’événement que constituent les
épidémies à travers le temps et sa réponse sociale est une phase peu connue de l’histoire des
Mexicas. L’étude de ces facteurs épidémiologiques et leur influence sur l’évolution de
l’organisation politique, économique, sociale et culturelle de cet empire est d’un intérêt
extraordinaire. Le récit de la relation entre l’histoire sociale et biologique des Mexicas sur le
plateau central soulève de nombreux points d’interrogation aux historiens de l’Amérique
espagnole coloniale. Parmi ces interrogations, la question centrale demeure celle des
conséquences de cette collision biologique entre deux cultures si différentes l’une de l’autre.
Il est donc nécessaire de repenser, à travers les documents historiques qui nous sont parvenus,
les arguments sur le rôle de la maladie dans la culture et la modification des comportements
chez les Mexicas. Cette étude n’est donc pas à une histoire des épidémies ni un
enregistrement fidèle d’un passé réel mais une analyse de l’image projetée par les témoins du
XVIème siècle des événements épidémiologiques et de leurs effets. Car loin de représenter
uniquement une catastrophe démographique dramatique, les épidémies ont marqué et modifié
profondément et à jamais les comportements des Mexicas dont les sources du XVIème siècle
se font perpétuellement l’écho. Les sources documentaires, où nombre d’événements sont
consignés, sont la meilleure façon d’estimer la portée des épidémies sur les mentalités car les
découvertes archéologiques et les céramiques demeurent insuffisantes. Des nombreux récits
de la Conquête qui s’offrent à nous, il est intéressant d’analyser les documents textuels et
pictographiques espagnols et indiens du XVIème siècle car ces textes et ces images
fournissent les premières perceptions et les premiers jugements des Espagnols et des Mexicas
sur les événements.
Force est de constater que l’étude relative à l’existence de pathologies infectieuses et
contagieuses à l’ère préhispanique conduit à réinstaurer le débat sur l’état de santé des
Mexicas à la veille de la Conquête. Le portrait dressé par les premiers témoins oculaires
affirmant que les Indiens étaient dénués de maladies tend à s’assombrir à l’analyse des
documents anciens. Certes, l’absence de documents écrits nous prive de témoignages
préhispaniques sur les maladies contagieuses et épidémiques au Mexique mais les textes
coloniaux nous indiquent néanmoins que le Mexique central, à la veille de la Conquête, était
un terrain vierge pour les nouvelles infections mais en aucun cas un terrain dénué de
maladies. Ses habitants mouraient d’infections diverses contre lesquelles l’arsenal
thérapeutique des médecins locaux était parfois impuissant. Il apparaît que des pathologies
contagieuses et infectieuses étaient répandues, citons entre autres les maladies des voies
respiratoires, les pyrexies, les syndromes diarrhéiques et les troubles gastro-intestinaux. Quant
à l’existence d’épidémies, l’analyse des documents anciens conduit à un constat essentiel : il
existe dans l’histoire de la population mexica quelques cas de maladies sérieuses et étendues,
au moins dans les deux cents ans qui ont précédé la Conquête. Ces événements furent décrits
par les auteurs du temps, descendants directs des Mexicas, qui désirèrent consigner ces
épisodes importants de leur histoire dans des manuscrits, soucieux de transmettre leur
souvenir afin qu’il soit conservé dans la mémoire collective. D’après ces documents il est
vraisemblable, contrairement à une idée répandue dès le XVIème siècle, que des épidémies
ont existé à l’ère préhispanique. Certes, il demeure très difficile de préciser à quelle maladie
de nos classifications modernes correspond chacune des pathologies mentionnées. Cette
analyse a également permis de mettre en relief l’étroite association entre une production
agricole maigre, la famine et les épidémies ; il semblerait en outre que les maladies virales
graves étaient probablement absentes en dehors de ces contingences. Des épidémies ont
vraisemblablement existé avant la Conquête mais leur nature ou leur impact n’est nullement
comparable aux épidémies coloniales. A la lumière de l’examen de différents éléments, il
apparaît que les conditions de vie des Mexicas à la veille de l’arrivée des Espagnols ont
considérablement permis d’endiguer l’existence et l’extension de telles pathologies. Une
solide hygiène publique contribua à minimiser l’incidence et la gravité des maladies, et même
si Mexico-Tenochtitlán était une ville densément peuplée, ces mesures ont probablement été
très efficaces. De plus, l’on recense très peu de famines au Mexique central en comparaison
avec la somme des famines en Europe à cette période, il semblerait également que la
population indigène disposait d’une alimentation plutôt variée et d’une nutrition adéquate, ce
qui représente un élément essentiel dans la prévention et la lutte contre les maladies.
A la lumière de ces récits, les conséquences psychologiques des épidémies coloniales
dans la région au XVIème siècle furent d’autant plus grandes sur les Mexicas qui n’avaient
jamais fait l’expérience d’épidémies d’une telle ampleur auparavant. Les épidémies tueuses
tendaient à éclater en vagues, il est possible d’en recenser treize pour ce siècle du contact,
certaines étaient extrêmement virulentes, d’autres plus bénignes. Trois épidémies sont
mentionnées de manière indépendante dans plusieurs sources, ce qui nous permet de penser
que ces trois épisodes ont été particulièrement graves en termes de nombre de décès. La
première en 1520 semble avoir été causée par un seul agent pathogène, vraisemblablement la
variole, et fut très funeste. La seconde, en 1545, qui est peut-être la conjonction de plusieurs
maladies fut selon les documents tout aussi meurtrière. Enfin, la troisième en 1576 aurait été
très dévastatrice et toucha ceux qui avaient survécu aux vagues précédentes.
Les premiers colons espagnols du Nouveau Monde n’ont pas été épargnés par la
maladie. Les premiers arrivants ont traversé des jours funestes, parfois des semaines ou même
des mois de famine, de maladie et de mort prématurée. Il apparaît que certains étaient malades
durant de longues semaines ce qui nécessitait en outre de longs et fréquents arrêts leur
permettant une relative récupération. La susceptibilité des Espagnols aux maladies a
probablement été accentuée par un nouveau climat et un nouveau régime alimentaire.
L’examen de l’itinéraire qu’ils empruntèrent explique nombre de ces pathologies : il part des
régions côtières, où le soleil est de plomb et les nuits étouffantes, et se poursuit sur le haut
plateau central mexicain, où la chaleur du jour est moins accablante mais où les températures
nocturnes sont particulièrement fraîches et avoisinent souvent zéro degré.
Il demeure cependant qu’une maladie restait ancrée dans l’esprit des contemporains
espagnols comme étroitement liée à la découverte des Indiens du Nouveau Monde. Il est
probable, d’après les documents du temps, qu’un autre choc épidémiologique se soit produit
au cours de la même période de l’autre côté de l’Atlantique. Dès le début du XVIème siècle,
nombre d’auteurs espagnols soupçonnent clairement l’épidémie qui éclata en 1493 à
Barcelone d’être une maladie nouvelle importée des Indes. Peu d’auteurs ayant relaté la
Conquête espagnole se sont étendus sur l’importance et la nature des contacts entre les
Espagnols et les Indiennes du Nouveau Monde, l’on constate néanmoins que ce sont
précisément les rapports charnels entre les Indiennes et l’équipage de Colomb qui furent mis
en cause dans l’origine du mal. De 1495 à 1519, la « syphilis » ainsi dénommée connut des
formes de gravité extrêmes et une grande contagiosité vénérienne qui suscita la terreur en
Europe. Dès avant 1500, le débat faisait rage quant à l’origine de ce « mal nouveau », et c’est
finalement la thèse de l’origine américaine qui l’emporta largement parmi les Espagnols. La
résolution de l’origine de la syphilis comporte de ce fait un aspect fortement émotionnel et
idéologique : l’Ancien Monde pensait avoir été puni de ses excès par cette nouvelle et
terrifiante maladie qui accompagnait la découverte d’un monde nouveau. La maladie
caractérisée par d’atroces souffrances et un taux de morbidité et de mortalité élevé à la fin du
XVème siècle et tout au long du siècle suivant fut désignée sous le nom de « grosse vérole »
par opposition à la « petite vérole ». L’analyse des textes anciens et de l’imagerie démontre
que les réactions sociales face à l’épidémie différèrent des réactions lors des fléaux
médiévaux. A l’examen des documents des XVIème et XVIIème siècles, c’est
incontestablement un discours moral qui accompagna la maladie, différant en cela de manière
essentielle des épidémies médiévales. La syphilis a été présentée sur le plan moral comme la
rançon de l’expansion commerciale, mais aussi comme un juste châtiment de la lubricité des
hommes.
L’estimation de l’effet démographique des épidémies au Mexique après 1519 est très
difficile à établir car nous ne disposons pas des chiffres de la morbidité et de la mortalité
durant les épidémies coloniales. Malgré les disparités des estimations, il est cependant
indéniable de conclure à une réduction sévère et brutale d’une population importante, et ce
immédiatement après la Conquête. La courbe démographique aurait subi au Mexique, après
un siècle de Conquête, une chute vertigineuse. Si les chercheurs s’accordent unanimement de
nos jours sur le rôle central des maladies nouvelles dans les causes du déclin démographique,
ainsi que le rôle majeur des bouleversements culturels et sociaux, la situation était différente
dans l’Espagne du XVIème siècle. La destruction des populations indiennes a été largement
attribuée à la cruauté des Espagnols non seulement par les historiens protestants de la légende
noire mais aussi par des auteurs contemporains espagnols principalement Bartolomé de Las
Casas. La part de responsabilité des épidémies fut mentionnée par divers chroniqueurs
coloniaux espagnols mais leur signification demeura occultée par la clameur du « Défenseur
des Indiens » qui, dans sa Brevísima relación de la destrucción de las Indias, dénonça la
cruauté des Espagnols et proclama que la disparition des Indiens résultait des mauvais
traitements et des brutalités sadiques des colons.
Les effets directs des épidémies sur la société mexica furent immédiats et significatifs.
Les modèles de peuplement et la taille des familles furent profondément modifiés. L’abandon
des villages consécutif à la fuite des habitants signifia la ruine des anciennes communautés et
des traditions antiques. La communauté qui existait grâce à une organisation complexe
reposant sur la participation de tous ne pouvait survivre à une telle hémorragie humaine. Les
épidémies conduisirent à une déstructuration des rapports sociaux et donc à une perte des
points de repère et des anciennes règles de vie qui régissaient l’organisation et le maintien des
communautés.
La déstructuration ne se limita pas à l’aspect purement social, l’on constate également
de profonds bouleversements et des ruptures dans la vie et les revenus économiques des
Mexicas. L’ancien système, qui reposait sur un principe de réciprocité et de redistribution
pour tous, fut anéanti par la chute démographique et entraîna pour les survivants une
augmentation du tribut uniquement en faveur des Espagnols et non plus au profit de la société.
Il demeure qu’il n’était pas aisé pour les contemporains espagnols et indiens de fournir
une justification au chaos démographique, et c’est précisément à ce point qu’intervient
l’explication religieuse. Cette explication était plurielle. D’un côté, les prêtres indigènes
tentèrent surtout d’utiliser le pouvoir des épidémies pour convaincre les Indiens récemment
convertis de revenir à l’antique religion et ainsi d’éviter le courroux et la furie des anciennes
divinités abandonnées. De l’autre, les épidémies fournirent aux religieux espagnols la
justification de leur présence et de leur mission auprès des Mexicas dont ils étaient souvent les
ultimes interlocuteurs. L’analyse des documents révèle que les épidémies étaient justifiées par
l’infidélité ou le manque de dévotion de la part des Indiens au dieu des Chrétiens. Les
Espagnols, en particulier les religieux, donnèrent à ce point de la conquête spirituelle un sens
aux épidémies que Dieu avait envoyées pour châtier les infidèles, en outre l’imposition de la
foi chrétienne aurait donné un sens à la cruauté des maladies.
Il est évident que l’on ne peut quantifier la part des épidémies dans la dépopulation
mais il est certain qu’elles ont dans une large mesure provoqué la victoire espagnole et la
destruction de l’empire aztèque. Les épidémies ont été des armes redoutables et efficaces
(bien plus que les épées) pour les conquistadores même s’ils n’ont pas inoculé sciemment les
maladies aux Indiens. Les maladies ont vidé les terres de leurs habitants et ont
considérablement affaibli la résistance des survivants. La variole fut la meilleure alliée des
Espagnols dans la prise de Tenochtitlán.
La fin de l’autonomie politique, économique et culturelle et l’imposition de la religion
catholique mena à la désintégration de l’ancienne société indigène ; même les Mexicas qui
accordèrent leur aide aux Espagnols et se convertirent au christianisme virent finalement les
maladies se retourner contre eux et leur imposer la mort. Les épidémies, en moins d’un siècle,
anéantirent la quasi-totalité des habitants du Mexique central, entraînant dans leur sillon
l’effondrement de l’univers symbolique traditionnel. Les maladies nouvelles ouvrirent la voie
à la conquête militaire puis à la conversion des Mexicas.
Cinéma et histoire dans le monde hispanique
Samedi 25 septembre 2004
14 h
Amphi Descartes
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Nancy BERTHIER soutient sa thèse d’habilitation à diriger des recherches (HDR)
Cinéma et histoire dans le monde hispanique
en présence du Jury :
M. ESTRADE (PARIS VIII)
M. GUBERN (BARCELONE)
M. LAKHDARI (PARIS IV)
M. LARRAZ (DIJON)
M. RALLE (PARIS IV)
M. SEGIN (LYON II)
Citoyenneté, droit de vote local et immigration :les expériences locale nord-américaine et française contemporaines
Samedi 15 octobre 2005
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Linda CHAIB soutient sa thèse de doctorat :
Citoyenneté, droit de vote local et immigration :les expériences locale nord-américaine et française contemporaines
En présence du Jury :
Mme BODY-GENDROT (Paris 4)
M. CARRE (Paris 4)
M. SCHAIN (New York)
Mme WIHTOLD DE WENDEN (CNRS)
Collection de portraits au crayon de Catherine de Médicis. Analyse socio-culturelle
Vendredi 9 septembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Alexandra ZVEREVA SAINT-ESTEBEN soutient sa thèse de doctorat :
Collection de portraits au crayon de Catherine de Médicis. Analyse socio-culturelle
En présence du Jury :
M. CROUZET (Paris 4)
M. CORNETTE (Paris 8)
M. ZERNER (Havard)
Mme GARNIER
M. CONSTANT (Le Mans)
M. MEROT (Paris 4)
Comprendre la restauration. Le débat socio-politique des élites. Idées et représentations.
Samedi 4 décembre
9 h
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
M. Emmanule WARESQUIEL (DE) soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Comprendre la restauration. Le débat socio-politique des élites. Idées et représentations.
En présence du Jury :
M. BOUDON (PARIS IV)
M. BOUTRY (PARIS XII)
M. CHALINE (PARIS IV)
M. MONNIER (EPHE)
Mme RIOT-SARCERY (PARIS VIII)
Concept et changement de concept, concept, contenu et inférence, bases pour une approche dynamique du concept
Samedi 10 décembre 2005
13 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Benjamin SYLVAND soutient sa thèse de doctorat :
Concept et changement de concept, concept, contenu et inférence, bases pour une approche dynamique du concept
En présence du Jury :
M. ENGEL (Paris 4)
M. DOKIC (Paris 4)
M. DUBUCS (CNRS)
M. LIVET (Aix-Marseille 1)
M. SUNDHOLM
Résumés
Le concept est l’entité mentale qui permet à un agent cognitif qui la possède de penser son environnement. Le concept se caractérise par deux dimensions : d’une part son application (les objets auxquels il réfère) et son usage d’autre part (les relations qu’il entretient avec les autres états mentaux). Les théories contemporaines du concept ne parviennent pas à rendre compte de ces deux aspects. Cela vient de l’assimilation de la théorie des concepts avec une théorie de la classification et d’une distinction floue entre le conceptuel et le nonconceptuel. Le concept est considéré ici comme étant représentationnel alors que le nonconceptuel ne l’est pas. Représentationnel signifie ici que le concept peut être changé ou corrigé alors que le nonconceptuel (le percept) ne l’est pas. La théorie du concept défendue ici est normative dans la mesure où des principes sont énoncés pour caractériser le concept. L’agent possède un concept s’il est capable de postuler une assignation à celui-ci. Et ce à la fois en première personne (contenu cognitive) et en troisième personne (contenu canonique). Cela suppose une théorie de l’esprit et un accès au contenu du concept (aspect épistémique). L’agent doit également pouvoir rendre compte de l’usage qu’il fait du concept, et ce non seulement pour lui (dérivation cognitive) mais aussi en troisième personne (dérivation canonique). Le holisme qui découle de cette conception implique que le concept apparaît toujours dans une « conception », c’est-à-dire comme inférentiellement relié à d’autres concepts. Cette théorie du concept permet de rendre compte du changement et de l’évolution d’un concept plutôt que son remplacement systématique.
Concept is the mental entity that allows the cognitive agent who possesses it to think about his environment. It is characterized by two dimensions : its application (objects it refers to) and its use (relationships it bears with other mental states). The contemporary theories of concept fail to explain both these features of concept, due to the confusion made between a theory of concept and a theory of classification and of a fuzzy distinction between conceptual and nonconceptual. The main difference between conceptual and nonconceptual is that the former is representational whereas the latter is not. Being a representation means being corrigible. The theory of concept proposed here is normative. Principles are offered for characterizing the concept. A cognitive agent possesses a concept if he is able to assign a content to it at first person (cognitive content) and at third person (canonical content). This entails a theory of mind. Moreover, the agent must be able to explain his use of the concept, for himself (cognitive derivation) and for other minds (canonical derivation). The holism implied by this theory enables us to explain the change and the evolution of concept which are different from concept replacement.
Position de thèse
1 Le problème
Qu’est-ce qu’un concept ? Cette question est capitale pour comprendre les rapports entre un agent cognitif et son environnement, pour comprendre par exemple la manière dont il le représente, dont il élabore des croyances ou des connaissances à son sujet, comment peut désirer quelque chose ou bien agir sur cet environnement. Cette question est capitale et générale. Ce n’est pas se tromper de dire qu’elle court tout le long de la philosophie depuis ses commencements et c’est peu s’avancer de dire qu’elle continuera encore bien longtemps à faire couler de l’encre.
Depuis une trentaine d’années, depuis en particulier des résultats significatifs en linguistique liées à la grammaire générative de Chomsky et a ses tentatives d’applications au domaine pensée, les études sur le concept se sont multipliées. Que ce soit en psychologie pour comprendre de manière descriptive comment les agents cognitifs conceptualisent le monde, que ce soit en intelligence artificielle pour essayer de réaliser des machines autonomes capables de classer ou de représenter l’environnement dans lequel elles évoluent, que ce soient en linguistique avec le développement de la pragmatique ou que ce soit en philosophie avec les recherches normatives pour établir des critères de caractérisation du concept et de son usage.
C’est à ce débat récent en sciences cognitives que se rapporte cette recherche, en adoptant dessus un point de vue philosophique.
Mais la question du concept sous la forme “qu’est-ce qu’un concept ? " est trop large pour pouvoir être traitée exhaustivement dans le cadre d’une recherche doctorale. Ainsi la question a été circonscrite à celle de comprendre le changement de concept, comment un agent cognitif peut-il changer de concept ? Cette question à fait l’objet d’études, en particulier en psychologie, mais reste marginale dans la littérature sur le sujet. Pourtant ce point d’approche du problème du concept ne semble pas moins pertinent qu’un autre, au contraire même peut-être. En effet pour espérer répondre à cette question il faut se demander d’abord ce qu’on entend par “concept", mais de plus la question du changement permet d’aborder directement celle de l’apprentissage du concept, de sa publicité, de sa compositionalité, de son individuation ou encore de son aspect catégoriel, autant de points centraux dans la discussion.
Il est vrai que la question du changement du concept est biaisée dans la mesure où elle semble sous entendre que le concept puisse changer. Certains auteurs considèrent que ce ne peut être le cas, qu’un concept ne change pas mais se change, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Je voudrais essayer de dire qu’en fait le concept peut changer, au sens où il peut évoluer en fonction des modifications de l’environnement ou des pensées qu’a l’agent qui possède ce concept. L’idée est de suivre l’intuition du sens commun selon laquelle quand un agent voit par exemple un ours polaire, il ajoute l’information liée à cette expérience, aux autres informations qu’il possédait au sujet des ours polaires, en somme il ne remplace pas son concept par un autre, mais enrichie un concept qu’il possédait déjà. Cela signifie que quelque chose de commun avec la première version de son concept est préservé et qu’autre chose est ou bien ajouté ou bien retranché à cette version préliminaire. Pour rendre compte de cette intuition, qui est essentielle pour comprendre l’enseignement par exemple, il est nécessaire que le concept ait une structure particulière, qui le distingue par exemple d’états mentaux qui eux ne peuvent pas changer. Il faut expliquer comment un concept peut changer, comment il change effectivement, mais aussi dans quelle mesure il change et pourquoi il change.
Ce sont de ces questions dont il est question dans ce travail que je soumets au jury. Cette recherche est bien imparfaite et maladroite en bien des points, ce que les rapporteurs et les jurés ne manqueront pas de souligner, cependant je crois que les résultats présentés dans la pars construens sont sérieux et suffisamment honnêtes et originaux pour être discutés en soutenance.
Avant que d’exposer brièvement la structure de cette thèse, permettez-moi de donner quelques éclaircissements sur sa génèse.
2 Génèse du travail
Ce travail doctoral a débuté en septembre 2001. Mais il se place dans la continuité de mes mémoires de maîtrise et de DEA. Le premier, intitulé « La querelle des idées abstraites entre Locke et Leibniz et ses prolongements dans le débat contemporain » s’attachait à comprendre les mécanismes et processus de l’abstraction et des termes généraux. Comme le terme ‘cheval’ par exemple, peut s’appliquer aussi bien à Joly Jumper qu’à Rossinante, alors même que ces deux individus sont différents l’un de l’autre. En partant de la réponse lockienne aux universaux et aux débats qu’elle a suscités notamment avec Leibniz mais aussi Hume et Berkeley, j’essayais d’éclaircir les disputes contemporaines portant également sur le statut des objets abstraits, en particulier des entités mathématiques et des concepts généraux, telles qu’entre Goodman et Putnam entre autre.
L’une des conclusions de ce travail était qu’une théorie explicative de la réalité ne peut faire l’économie d’entités générales et abstraites qui ne sont et ne peuvent être données directement dans l’environnement auquel cette théorie s’applique.
Mon mémoire de DEA, intitulé « Le problème des abstraits mathématiques chez Frege, Husserl et dans la philosophie de l’arithmétique contemporaine » centrait cette conclusion dans le domaine mathématique. Les entités mathématiques sont considérées comme un cas paradigmatique d’abstraits. En examinant les tentatives de fondements des mathématiques et de la constitution de leurs objets, peut-être parviendrait-on à comprendre un peu mieux la structure de l’abstrait. Frege et Husserl offrent deux points de départs intéressants pour cette approche. À partir d’une lecture de Brentano, l’un refuse le psychologisme et développe un système formel de génération des objets, l’autre admet un principe d’abstraction à partir d’une relation entre l’agent et le monde qui donnera par la suite une phénoménologie. L’échec d’une constitution des mathématiques sans le recours à quelque chose qui leurs soit étranger - l’appel à une ontologie ou à une psychologie - renforce la conclusion dégagée précédemment qu’une compréhension explicative et descriptive de l’environnement n’est pas autonome. Mais il s’agit encore de savoir de quoi et dans quelle mesure la saisie de l’environnement est dépendante.
C’est ainsi qu’arrive le présent travail. D’une part une explication de l’environnement ne peut faire l’économie de termes abstraits, et d’autre part ces termes ne peuvent être contenus directement dans l’environnement ni constitués purement indépendamment de celui-ci. Il s’agit alors de comprendre à quel niveau et de quelle façon ces termes abstraits et généraux interviennent dans la compréhension du monde.
Le point de départ est donc l’explication du monde. Mais cette explication est dépendante de l’agent qui la fait. C’est là l’une des principales conclusions des travaux précédents. Il s’agit donc de comprendre maintenant l’interaction entre un agent et son environnement. Pour le dire plus simplement : comment un agent pense son environnement ? Par exemple comment puis-je penser que l’outil devant moi est un ordinateur, que ceci est une table, que Rossinante est un cheval ou que 2+2=4 ? Les recherches psychologiques menées ces trente dernières années fournissent des résultats importants sur la manière dont un agent cognitif appréhende et représente le monde. Dans ces études la notion de concept revient continuellement. Lorsqu’un agent par exemple est capable de discriminer un objet dans une scène, la psychologie considère qu’il possède le concept de l’objet ou au moins le concept d’objet. Mais cette notion de concept a besoin d’être clarifiée. Une analyse approfondie des situations d’attention dans la perception, par exemple une situation dans laquelle l’agent doit suivre un objet en mouvement, montre que des mécanismes cognitifs différents sont en jeu lorsque l’objet subit l’action ou bien s’il s’agit d’un agent, sans pour autant que l’agent possède ces concepts. Les développements de la notion de contenu non-conceptuel, contenu accessible à l’agent mais non représenté par lui, bouleversent considérablement l’étude du concept, et remettent en cause la plupart des théories du concept. Par exemple il devient difficile de fonder uniquement de manière empirique et extension le concept de chien si les interactions avec les chiens ne requièrent pas que l’agent représente l’élément du monde comme étant un chien.
Il reste donc à clarifier la notion de concept, et c’est à cette tache que s’attaque de travail.
L’analyse du changement de concept permet de faire ressortir la nature et la structure du concept, par opposition au contenu non-conceptuel a l’œuvre dans la perception. Par changement de concept, il est entendu le changement qui s’est opéré entre le fait qu’un agent pense que les baleines sont des poissons et le fait qu’il pense maintenant que les baleines sont des mammifères. L’hypothèse de départ est de considérer que l’agent possède un même concept, à savoir celui de baleine, mais dont certains de ses constituants ont changé.
3 Structure de la thèse
La thèse se compose de deux parties. La première, intitulée « Problème », présente le problème et ses discussions dans la littérature contemporaine. La seconde, intitulée « Bases pour une approche dynamique du concept », établie les bases pour une réponse constructive au problème. En annexe sont mis les textes issus d’une conférence donnée sur le théorème de Ramsey qui montre les limites d’une conception purement fondationnaliste de la connaissance et apporte des éléments en faveur d’une conception constructiviste de la représentation mentale, et deux articles actuellement soumis à des revues internationales. Le premier écrit avec Angeles Erena et Dario Taraborelli établit une différence dans les processus de poursuite (tracking) entre un objet inanimé et un objet animé par un agent cognitif. Le second, écrit avec Nivedita Gangopadhyay, définie une série de critères pour comprendre la notion de percept.
La première partie, « Problème », est composée de trois chapitres. Le chapitre « Présentation et portée du problème » expose la question de la nature et de la structure du concept en particulier par rapport au contenu non-conceptuel. Le chapitre « Analyse du problème » détaille le chapitre précédent en fournissant une série de critères de constitution du concept. Enfin le chapitre « Conceptions des concepts » est un exposé et une critique de la littérature contemporaine des trente dernières années sur la question dans les domaines de la philosophie, de la psychologie et des sciences cognitives, tant en linguistique qu’en intelligence artificielle.
La seconde partie, « Bases pour une approche dynamique du concept », comprend quatre chapitres. Le premier, intitulé « Liminaires » énonce, d’un point de vue formel, la structure préconisée pour comprendre le concept, d’après les conclusions de la première partie. Le chapitre « Inférence », expose le système constructiviste proposé dans le chapitre précédent, et la relation entre les concepts. Le chapitre « Changement conceptuel » apporte une réponse à la question du changement de concept. Enfin, le chapitre « Concept et Croyance » explique la différence entre le concept et la croyance, selon la théorie proposée.
Une conclusion récapitule les résultats de cette recherche et ouvre des pistes pour des développements et des applications.
L’ouvrage comprend un index et une bibliographie de 348 références.
Conception et utilisation d’ontologies pour l’indexation de documents audiovisuels
Jeudi 8 décembre 2005
14 heures
INA
Centre Pierre Sabbagh
Salle Cognac-Jay
83-85, rue de Patay
Paris 13e
M. Antoine ISAAC soutient sa thèse de doctorat :
Conception et utilisation d’ontologies pour l’indexation de documents audiovisuels
En présence du Jury :
M. DESCLES (Paris 4)
M. BACHIMONT
MME BOULOGNE (CNAM)
M. KASSEL (Amiens)
MME LAINE-CRUZEL (LYON 3)
M. LAUBLET (Paris 4)
Résumé
L’indexation de documents audiovisuels est une tâche difficile mais nécessaire si l’on veut rechercher correctement des contenus dans des bases volumineuses. Pour atteindre ses objectifs, un système d’indexation doit imposer un certain degré de contrôle, et assister ses utilisateurs tant pour la création que pour la recherche des index. Dans ce manuscrit, nous discutons de la façon dont on peut concevoir des systèmes d’indexation et de recherche à base de connaissances (SBC). En les adaptant aux pratiques de l’INA et aux besoins de projets expérimentaux comme OPALES, nous reprenons les concepts et techniques de la représentation des connaissances et du web sémantique. Nous nous concentrons principalement sur les ontologies, modèles conceptuels formalisés sur lesquels s’appuient les SBC pour le contrôle des descriptions et la conduite de raisonnements. Nous mettons en particulier en œuvre une méthode d’assistance à la conception des ontologies, et insistons sur l’intérêt d’utiliser des patrons de conception ontologiques. Dans nos réflexions figure aussi la notion de patrons d’indexation, structures relationnelles reflétant les index typiques d’une application donnée. Les patrons d’indexation facilitent la création des index, tout comme ils permettent de rationaliser la conception des ontologies, notamment celle des connaissances de raisonnement qui spécifient les inférences réalisées par le SBC. Nos propositions méthodologiques ont été appliquées dans un certain nombre de réalisations informatiques et d’expérimentations pour des domaines réels, que nous évoquons et discutons tout au long de ce manuscrit.
Mots-clés : Ontologies, Indexation sémantique, Indexation de documents audiovisuels, Construction d’ontologies, Patrons de conception, Patrons d’indexation, Raisonnement.
Indexing audiovisual documents is a tedious work. However, it is needed if one wants to search efficiently for specific contents inside a large document base. To reach its goal, an indexing system has to ensure proper control and assistance with respect to the creation and the search for indices. In this thesis, we discuss the way knowledge-based indexing systems ought to be designed. We turn to the notions and tools introduced in the knowledge representation field and the Semantic Web initiative, and try to adapt them to the practices found in INA, as well as to the special needs of experimental projects such as OPALES. We mainly focus on ontologies, which are formalised conceptual models that can be used to specify the abilities of knowledge-based systems regarding the control of descriptions and the reasoning processes. We especially implement a method assisting ontology creation, and insist on the use of ontological design patterns. Central to our thoughts also lies the notion of indexing patterns. Those relational structures mirror the typical indices that can be found in a given application, and therefore help index creation. Additionally, they might be used to rationalise ontology conception, especially regarding the design of the formal reasoning knowledge which specifies the inferences a knowledge-based system can achieve. Our methodological proposals have been applied in a range of concrete implementations and real-domain experiments we detail and discuss throughout this thesis.
English title : Building and Using Ontologies for Audiovisual Document Indexing
Position de thèse
1 Indexation, ontologies et systèmes à base de connaissances
Un enjeu majeur des systèmes documentaires est de rendre possible un accès raisonné au contenu des documents, adéquat aux applications envisagées. Ceci est encore plus important dans le cas de l’audiovisuel, forme qui ne prescrit pas naturellement d’interprétation qui permettrait de manipuler aisément ce contenu : on doit alors impérativement effectuer une indexation. Au cours de ce processus, une des nombreuses significations possibles du document audiovisuel, celle qui est pertinente par rapport à l’application envisagée, sera explicitée, puis reformulée de sorte à être exploitable dans le cadre d’une application particulière. Traditionnellement, les systèmes d’indexation utilisent la forme textuelle, qui a l’avantage sur l’audiovisuel de s’inscrire dans un système fonctionnel d’assignation de sens.
Cependant, nous rappelons qu’une exploitation correcte ne peut être assurée que si une réelle continuité sémantique s’applique à l’ensemble de la chaîne de description et de recherche. Dans le cas précis de l’index, il faut que la forme documentaire retenue soit à même de garantir une compréhension précise et univoque : dans un système documentaire, il faut obtenir des descriptions dont l’interprétation est contrôlée.
Des techniques existent, qui en agissant sur la manière dont on exprime les index permettent un contrôle de l’interprétation et une exploitation moins exigeante en investissement humain. Nous observons qu’il est courant dans le monde documentaire de se tourner vers des langages s’appuyant sur des thesauri, qui normalisent les interprétations des notions utilisées dans les descriptions. On montre cependant assez facilement que ces thesauri sont limités pour les besoins qui émergent actuellement, spécialement par leur manque de relations dédiées à des applications spécifiques. En effet, en particulier dans le domaine de la description audiovisuelle, il est nécessaire de pouvoir exprimer des relations entre les composants d’un index. Et les techniques traditionnelles ne suffisent pas : on peut normaliser la structure d’une description, et la façon dont cette structure est interprétée, mais l’obtention d’un contrôle satisfaisant se fait souvent aux dépens de la finesse et de la richesse des expressions autorisées.
Il convient alors de se tourner vers l’informatique pour proposer des solutions techniques susceptibles d’aider le déroulement de la description et de la recherche documentaire. Issus des recherches en intelligence artificielle, certains travaux du domaine de la représentation des connaissances et de l’initiative du web sémantique fournissent en effet des outils permettant la création de ressources riches et mobilisables au sein de processus d’inférence. L’interprétation du langage documentaire et des descriptions construites est dans ce cas augmentée d’une interprétation formelle exprimant la manière dont un système peut exploiter ces éléments de connaissance. L’enjeu devient alors de choisir un formalisme de représentation pertinent, et de spécifier les ressources conceptuelles - en définissant le langage de description - que le système pourra manipuler. Cette dernière tâche est l’objet de l’ingénierie des connaissances qui, pour concilier le souci de modélisation formelle et celui de l’intelligibilité des ressources, condition nécessaire à l’obtention de réelles connaissances, dépasse la notion de thesaurus et propose celle d’ontologie.
Nous montrons dans ce travail de thèse qu’il est envisageable de créer des systèmes documentaires où les index et les traitements qui leur sont appliqués seront spécifiés au niveau de la connaissance. De fait, les techniques de représentation des connaissances permettent de créer des descriptions structurées : des langages de représentation mobilisant à la fois concepts et relations sont utilisés pour rendre compte de la complexité du contenu documentaire. Dans le cadre des systèmes à base de connaissances (SBC) ce sont les ontologies qui, à la manière des thesauri, introduisent les notions servant à la description tout en guidant leur interprétation.
Les ontologies sont des spécifications plus contraintes que ne le sont les thesauri. Les méta-langages qui permettent leur création utilisent en effet des primitives de représentation reposant sur des interprétations formelles. Les concepts et les relations des ontologies bénéficient donc d’un engagement ontologique différent, favorable à une plus grande précision des systèmes de manipulation des descriptions. Et assez rapidement, les solutions ontologiques apparaissent comme les seules pouvant autoriser des stratégies fines de recherche utilisant les liens spécifiques du domaine. Il devient possible de créer des spécifications relationnelles plus riches que celles des thesauri, ainsi que d’exploiter ces spécifications de manière pertinente pour rapprocher le travail de l’indexeur de celui du chercheur. Le système prend alors en charge lui-même une partie des efforts nécessaires à la conservation de la continuité sémantique. Cela est valable tant au niveau du contrôle de cette continuité lors de la création des index que lors de l’application de processus d’inférence qui utilisent les spécifications ontologiques pour rapprocher les index créés des requêtes adressées au système.
Les ontologies et les SBC qu’elles permettent de créer constituent un domaine de recherche très actif. De nombreux projets ont vu le jour, notamment dans le contexte du web sémantique. Pour l’INA, s’il est indispensable de maîtriser les propositions techniques qui sont amenées à émerger de ces initiatives, il faut également faire en sorte de les adapter à la problématique de l’indexation des documents audiovisuels et à l’utilisation d’une telle représentation de leur contenu dans les systèmes de recherche documentaires.
Notre thèse a été initiée dans cette optique, et a cherché à retirer des expérimentations réalisées dans le projet OPALES ou dans les initiatives proches un cadre cohérent et pertinent de conception et d’utilisation des ressources ontologiques dans les processus documentaires. De fait, nombre d’études, et c’est légitime dans un champ de recherche en cours d’élaboration, se sont concentrées sur les difficultés d’ordre plutôt technique : codage des annotations qui servent de support à l’indexation, représentation opérationalisable des connaissances de raisonnement, mise en œuvre de processus d’inférence exploitant ces raisonnements, etc. Nous cherchons plutôt à envisager ces éléments techniques non en eux-mêmes, mais en tant que moyens mis au service de scénarios d’utilisation réels. Comment une approche d’indexation à base de connaissances peut être correctement mise en place ? Peut-on cacher la complexité inhérente à une telle approche aux yeux de l’utilisateur humain ?
2 Vers la prise en compte des usages dans la création et l’utilisation des ontologies
Pour résoudre ce problème, il faut essayer de se rattacher systématiquement aux usages rencontrés dans l’application visée par le système documentaire. Ceci concerne tout aussi bien la compréhension des notions employées que la façon dont celles-ci sont utilisées pour créer des descriptions des contenus documentaires à même de satisfaire les besoins auxquels le système est supposé répondre - en l’occurrence, ceux de la recherche documentaire.
Tout d’abord, il est impératif de faciliter la compréhension des termes de la description, leur vocabulaire proprement dit. Il est naturel pour cela de se tourner vers la langue. On peut en particulier structurer les significations non formelles des intitulés langagiers attachés aux concepts et aux relations par une normalisation sémantique s’appuyant sur des principes de similarité et de différence au sein d’un réseau de significations. Reprenant ces propositions de Bruno Bachimont, que nous avons mises en œuvre au cours de cette thèse, nous détaillons en quoi consiste une ontologie différentielle et comment on pouvait présenter à l’utilisateur des concepts et des relations dont l’interprétation serait immédiate.
Ensuite, il s’agit de pouvoir créer des index à base de connaissances complexes, qui puisse faire bénéficier le système d’indexation et de recherche des traitements riches rendus possibles par la formalisation sous-jacente aux systèmes ontologiques. Nous démarquant des techniques déjà existantes, que ce soit dans les systèmes classiques ou ontologiques, nous montrons comment une solution avancée pour OPALES, les patrons d’indexation, peut offrir un cadre propice à un contrôle éditorial qui mette en lumière des configurations pertinentes pour l’application visée, tout en gardant un niveau de souplesse suffisant pour ne pas rebuter l’indexeur. En fait, les patrons d’indexation sont à utiliser en conjonction avec des connaissances de raisonnement formelles qui permettent justement de faire la jonction avec les différentes déclinaisons de leur contenu, que ces déclinaisons soient présentes dans les requêtes ou dans les index. On réduit alors doublement la charge cognitive reposant sur l’indexeur : on lui propose une structure canonique pertinente, et il dispose d’une marge de manœuvre significative pour encoder ses propres interprétations des documents, sans pour autant les rendre inaccessibles pour les autres utilisateurs.
L’application des connaissances de raisonnements a à présent une légitimation immédiate vis-à-vis des processus de description - dont elle assouplit les contraintes éditoriales ou formelles - et de recherche - cet assouplissement va de pair avec des capacités de recherche qui ne sont aucunement amoindries. Elle n’est donc plus un obstacle à la compréhension des SBC d’indexation, et donc à leur acceptation par des utilisateurs non experts en représentation des connaissances. Les patrons permettent ainsi d’exploiter la richesse d’expression des ontologies et de bénéficier de leurs propriétés formelles (contrôle de la cohérence et inférence) sans avoir à affronter directement la complexité induite par l’usage de ces structures. En effet, cette complexité bloque souvent aujourd’hui l’usage des ontologies ; mais leur nécessaire simplification reviendrait à annuler le bénéfice qu’elles apportent, en les rendant triviales. Difficilement utilisables si riches et pertinentes, mais inutiles si elles sont (trop) simples, les ontologies regagnent des perspectives d’usage effectif grâce aux patrons qui guident l’utilisateur et facilitent son travail.
Nous nous attachons ensuite à mieux prendre en compte les besoins liés à la création et l’utilisation des futurs index lors du développement des ontologies. Poursuivant sur la lancée de l’effort que nous venons d’évoquer, nous avons voulu voir comment on pouvait assister la création de substances ontologiques - les concepts et relations composant le vocabulaire de description - et de formes relationnelles - les structures qui articulent ces éléments ontologiques en des index - adaptées à nos applications. Après avoir constaté que les méthodologies et outils existant ne traitaient pas complètement ces problèmes, nous avons proposé nos propres solutions, à la fois méthodologiques et techniques.
En ce qui concerne la création d’ontologies dont le vocabulaire serait spécifié de manière pertinente au regard de l’application visée, nous nous sommes à nouveau tourné vers la méthodologie de Bruno Bachimont, qui introduit une phase de normalisation sémantique établissant des notions définies à l’aide de principes différentiels. Nous avons instrumenté cette méthode en réalisant un outil d’édition utilisable conjointement avec les principaux environnements de la communauté, DOE.
S’agissant de l’obtention d’ontologies qui prennent convenablement en compte nos propositions en matière d’assistance à la structuration des index, à savoir les patrons d’indexation, nous avons observé qu’il était possible de reprendre des solutions à base de patrons de conception ontologiques. Nous avons repris la démarche proposée par les chercheurs du Laboratory for Applied Ontology de Rome, qui consiste à utiliser des patrons de conception définis au niveau des ontologies fondamentales en fonction d’usages génériques. Toutefois, nous avons remarqué que leur spécialisation directe est parfois insuffisante si l’on veut capturer dans toute leur finesse les besoins des applications. Pour résoudre ce problème, nous avons proposé d’introduire une articulation explicite, via des connaissances de raisonnement dédiées, entre patrons de conception et patrons d’utilisation applicatifs, articulation qui serait exploitable par le SBC utilisant l’ontologie ainsi conçue.
Au terme de cet effort méthodologique, nous parvenons donc à faire bénéficier le processus de conception d’ontologie d’une double légitimité. Tout d’abord, cette conception prend bien en compte les pratiques - et les compréhensions - rencontrées dans le domaine d’application. On utilise la langue et ses verbalisations « métier » comme fondement même de la construction des concepts et des relations, et l’on se réfère à des patrons d’utilisation qui reflètent fidèlement les besoins de l’application en matière de description conceptuelle. Les solutions suggérées apportent donc à l’ensemble du processus un bien-fondé certain en ce qui concerne les usages. Ensuite, on bénéficie d’une légitimité et d’une cohérence théoriques importantes. L’expression naturelle des significations obéit à des principes justifiés par une théorie linguistique reconnue. Et les conséquences en termes de rapports hiérarchiques de ces prescriptions interprétatives sont respectées lors des étapes suivantes de formalisation et d’opérationalisation. De plus, au cours de la conception, le rattachement des patrons applicatifs aux patrons de conception permet de situer l’engagement ontologique du concepteur par rapport à une théorie de haut niveau que l’on peut considérer comme une source de vraisemblance et de consensus.
En d’autres termes, on peut dire que nos propositions répondent à la fois aux problèmes d’utilisation et de reprise de l’ontologie. Car une plus grande réutilisabilité découle naturellement de la plus grande capacité de l’ontologie à faire consensus, et donc à être partagée, mais aussi de la possibilité qu’elle a de faciliter d’éventuels échanges entre systèmes partageant des éléments de conceptualisation fondamentaux communs.
Qui plus est, les principes que nous recommandons sont de nature prescriptive. Plutôt que de proposer des indications abstraites où l’utilisateur reste seul face à la spécification du contenu ontologique, on indique des manières d’exploiter des informations concrètes et accessibles : expressions en langue, patrons de conception disponibles dans des bibliothèques d’ontologies fondamentales. Ces principes viennent donc compléter les autres démarches d’ingénierie ontologique, attachées soit à l’organisation générale du cycle de développement, soit à la validation de son résultat selon des critères au champ d’application extrêmement précis.
Au cours de ces trois années de thèse, nous avons procédé à nombre d’expérimentations qui ont beaucoup apporté à nos réflexions, que ce soit sur le plan de la conception des ontologies ou de leur utilisation effective dans des systèmes d’indexation et de recherche. Cela nous a permis de tester nos hypothèses méthodologiques et nos outils, ainsi que les propositions des autres acteurs de la communauté de l’ingénierie des connaissances. Et même si la conception de certaines de ces ontologies ne s’est pas directement inscrite dans le cadre de cas d’utilisation appliqués, il demeure qu’elles constituent une expérience concrète de modélisation. Ce qui en soi se révèle positif, d’autant plus que pour chacune des expérimentations nous nous sommes toujours efforcés de garder un lien relativement clair avec les usages observables dans notre domaine, celui de l’indexation.
Tout d’abord, nous avons participé à la conception d’une ontologie dédiée à la représentation d’événements susceptibles de se produire pendant une course cycliste. Cette ontologie a été utilisée dans des travaux de thèse à l’INA relatifs à l’extraction d’index conceptuels (thèse d’Estelle Le Roux) et la représentation de documents audiovisuels à l’aide d’un langage conceptuel de structuration documentaire (thèse de Raphaël Troncy). Ensuite, nous avons développé, dans le cadre d’une campagne d’évaluation internationale d’outils de conception d’ontologies (expérimentations EON), une ontologie concernant le tourisme qui nous a permis de comparer les possibilités de notre éditeur en ce qui concerne l’échange d’ontologies. Le contexte d’OPALES, lui, a apporté deux occasions d’appliquer nos hypothèses, puisque ce sont deux points de vues descriptifs différents - la petite enfance et l’analyse de documentaires géographiques abordant le thème de l’eau - qui ont été retenus. Enfin, nous avons conduit une expérimentation consistant en la description d’émissions de vulgarisation médicale, expérimentation qui nous a permis de tester in vivo les techniques relevant explicitement du web sémantique (langages d’encodage d’ontologies OWL et RDFS, outil de stockage et de raisonnement SESAME) et de nous impliquer pleinement dans l’évolution d’une ontologie dédiée à la représentation et la caractérisation d’éléments documentaires audiovisuels.
3 Conclusion
Initialement, le sujet de notre thèse aurait dû être « Capture et formalisation des contraintes sémantiques : utilisation pour la conception des ontologies ». A l’arrivée, le lecteur pourra très bien faire observer que, d’une certaine façon, ce sujet a été traité dans ce manuscrit. Tout au long de nos travaux, nous nous sommes effectivement intéressé à la façon dont on pouvait rendre compte, dans un cadre formel, de significations et d’usages relevant d’un contexte sémantique non formel. Ce contexte interprétatif « métier » est défini par les interprétations que l’on rencontre dans le domaine applicatif visé par un système d’information particulier. Et on peut considérer que ces interprétations naturelles apportent justement des contraintes qui via leur transposition en connaissances formelles - expressions définitoires, règles d’inférence - devraient idéalement s’appliquer à l’interprétation formelle du vocabulaire de description apporté par une ontologie.
Cette thèse propose donc une méthode de conception d’ontologies qui permet une utilisation rationnelle et relativement efficace de ces ressources dans les processus d’indexation et de recherche. On retrouve au cours de nos discussions des critères employés traditionnellement pour définir ou évaluer une ontologie : pertinence, consensus, partage, interopérabilité, etc. Mais la mise en pratique de ces notions abstraites est évidemment indissociable d’une réflexion complète sur l’utilisation de ces ontologies dans un contexte concret, et, partant, sur la manière d’acquérir une niveau de pertinence satisfaisant par rapport aux pratiques observables. Le déroulement de notre thèse a donc fait que nous nous sommes intéressé à une problématique plus large que la simple capture de contraintes interprétationnelles : du fait de l’ancrage de nos travaux dans des projets concrets d’utilisation d’ontologies, ce dernier aspect a pris une part plus importante au fur et à mesure de nos réflexions... Finalement, on peut constater que ce que cette thèse apporte, c’est un ensemble de points méthodologiques qui permettent de situer correctement les activités de conception d’ontologies, mais qui concernent également leur utilisation pour la création de bases de connaissances qui puissent être correctement interprétées par les utilisateurs humains et par les systèmes formels eux-mêmes. Plus important est le fait que ces points ne constituent pas des idées indépendantes, mais un cadre à qui l’on s’est efforcé de donner une réelle cohérence. La conception des ontologies se fait en étant réellement conscient de l’usage des primitives en cours de définition, et, réciproquement, l’utilisation de ces ontologies pendant l’indexation et la recherche se veut exploiter au mieux les connaissances qui ont été spécifiées lors de la conception.
Ces résultats semblent en conformité avec ce que l’on attend généralement d’une convention CIFRE. Car si à présent on peut relier les préoccupations scientifiques à des applications pratiques, en observant comment on a pu limiter la complexité induite par le choix de techniques élaborées, on sait aussi comment directement bénéficier de certains des efforts les plus théoriques - comme les ontologies de haut niveau ou les patrons de conception - pour améliorer la qualité intrinsèque des ressources construites pour ces applications. Il faut également noter que ce genre de considérations rapproche en un certain sens nos vues de celles de l’initiative du web sémantique. Cette initiative, au lieu de proposer des paradigmes en rupture totale avec les solutions techniques ou méthodologiques précédentes, vise en effet davantage un une reprise et un aménagement de celles-ci pour des contextes d’application bien particuliers.
Concepts, images et symboles : une étude des mots composés dans le corpus poétique vieil-anglais
Jeudi 25 janvier 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Margarita De LEON BAEZ soutient sa thèse de Doctorat :
Concepts, images et symboles : une étude des mots composés dans le corpus poétique vieil-anglais
En présence du Jury :
M. CARRUTHERS (PARIS 4)
M. CRÉPIN (PARIS 4)
M. ROBERT (CNRS)
Mme STEVANOVITCH (NANCY 2)
Résumés :
En attente...
Configurations mythologiques dans "Les chimères" et "Aurélia" de Gérard de Nerval. Narrativité et pluralité du lyrisme nervalien
Vendredi 6 octobre
14 heures
Maison de la Recherche
28, rue Serpente 75006 Paris
Salle D223
Mme Sandra Gilles GLATIGNY soutient sa thèse de doctorat :
Configurations mythologiques dans "Les chimères" et "Aurélia" de Gérard de Nerval. Narrativité et pluralité du lyrisme nervalien
En présence du Jury :
Mme BERCOT (DIJON)
M. BRUNEL (PARIS 4)
M. COUTY (PARIS 4)
M. KOPP ( BÂLE)
M. MARCHAL (PARIS 4)
Résumés
Ce travail a pour objectif de replacer le fonctionnement et les enjeux du syncrétisme nervalien dans une perspective poétique. En effet, ces configurations mythologiques génèrent une écriture lyrique plurielle. Si, dans Aurélia et Les Chimères, les différents niveaux de récritures, de la plus résiduelle à la plus complète, s’agencent différemment selon l’environnement textuel, ces modes d’apparitions du mythe se conjuguent pour interroger le sujet et mettre en scène sa quête identitaire. Le lyrisme se nourrit de la dynamique narrative et symbolique des actualisations pour sortir de l’expression autarcique et statique des sentiments. La convergence paradoxale du mythe, récit universel, et du lyrisme, représentation de l’affect personnel, s’inscrit dans un projet esthétique précis. Il s’agit de remettre en cause les catégories génériques et langagières pour retrouver le chant d’Orphée : une parole libérée de ses entraves, relais des voix du monde.
This work intends to replace the way Nerval’s syncretism operates in a poetic perspective. Indeed these mythological configurations generate a specific and lyrical writing. Although in Aurelia and Les Chimères the different levels of rewriting, from the most minute to the most complete, are constructed differently depending on the textual environment, these modes of appearances of myth merge so as to question the subject and stage its quest of the self. Nerval’s lyricism feeds on the narrative and symbolic dynamics of actualisations in order to come out of the autarkical and static expression of feelings. For the paradoxical convergence of both myth, or universal narrative, and lyricism, or representation of the personal affect, occurs within a precise esthetic project. The aim is to call generic and linguistic categories into question and rediscover Orpheus’song : a speech which, liberated from its shackles, relays the voices of the world.
Position de thèse
Qu’est-ce que le syncrétisme mythologique dans l’œuvre nervalien ? Quel est son fonctionnement ? Quelle est sa signification en termes de poétique ? On a trop souvent parlé de ce trait caractéristique de l’écriture de Gérard de Nerval de manière ambiguë : fréquemment associé à une pathologie liée à la vie de l’écrivain, il fait rarement l’objet d’une analyse textuelle, comme si ses implications scripturales étaient évidentes. Cette étude des configurations mythologiques dans Aurélia et Les Chimères a pour but de recentrer l’approche des productions du poète sur leur dimension esthétique. Certes, le syncrétisme met en jeu le sujet. Mais doit-on pour autant ramener ce questionnement à des considérations biographiques ? Selon nous, il est possible d’y voir la conjonction originale et paradoxale du mythe et du lyrisme.
Les travaux d’André Jolles et de Mircea Eliade nous permettent d’aborder le mythe comme une forme particulière et originale, liée aux interrogations de l’homme sur ses origines. Le récit qui en rend compte se définit comme une configuration archétypale qui sert de repère aux autres occurrences du mythe. Pour André Jolles, le mythe est une espèce de structure virtuelle préexistant à son actualisation dans le texte. Or, pour étudier les mythes dans l’œuvre nervalien, il nous a fallu déterminer ce patron originel. Mais comment envisager une forme qui n’est pas pure puisqu’elle n’est actualisée que dans les textes ? A défaut de saisir ce patron ou modèle, nous avons pris le parti de remonter au plus près de la source en nous appuyant sur les premières réalisations littéraires de chacun des mythes que nous relèverons dans le texte de Nerval : L’Ancien et le Nouveau Testament, les récits homérique et virgilien, etc. Ce travail systématique n’est pas dépourvu d’arbitraire et a pu oblitérer une partie des hypotextes. Pourtant, il s’est avéré fondamental pour retrouver la « forme simple » du mythe, c’est-à-dire « éliminer tout ce qui est conditionné par le temps et individuellement mouvant . » Ce n’est qu’après avoir défini chacun des mythes comme un enchaînement d’invariants, de « mythèmes », que l’on a pu considérer la forme « complexe » telle qu’elle apparaît sous la plume de Nerval. Pour ce qui est du lyrisme, l’essai de Jean-Michel Maulpoix montre le flou terminologique qui entoure l’emploi d’un terme apparu au XIXe siècle. Retraçant l’histoire des textes qualifiés de lyriques, l’auteur constate combien cette notion échappe à toute classification, « déborde » les différents champs littéraires. De Pierre de Ronsard à Charles Baudelaire en passant par Alphonse de Lamartine, le lyrisme est une
notion ambiguë qui recouvre tour à tour un style rhétorique, un genre ou un sujet particuliers. Le lyrisme romantique oscille entre épanchements lacrymaux et rapport conflictuel au monde, valorisation du « je » et tension entre sujet et objet. Nous avons défini le lyrisme comme un mode d’expression par lequel le sujet de l’énonciation, également objet de l’énoncé, cherche à transmettre au lecteur une relation personnelle au monde. Si l’on privilégie une approche formelle, on s’aperçoit que le mythe et le lyrisme, aux caractéristiques opposées, convergent dans les textes nervaliens. Cependant, comme « l’œuvre littéraire [...] ne se réduit pas aux structures psychologiques de son auteur, ni aux données sociales et historiques, ni à un système mécanique de formes », nous avons tenté d’éviter l’écueil stigmatisé par Gilbert Durand. Cette réflexion se garde donc d’adopter une démarche univoque ou bornée dans une terminologie critique mais de privilégier toutes les perspectives qui permettent d’éclairer les principes de l’écriture nervalienne. Ce choix paraît d’autant plus inévitable que des notions telles que le lyrisme et le mythe engagent des considérations qui débordent les champs disciplinaires. Par ailleurs, nous avons conscience qu’en confrontant ces deux aspects de l’œuvre nervalien, nous nous risquons sur un terrain miné par les polémiques, en matière de définitions génériques notamment. Toutefois, dans la mesure où la catégorisation des textes littéraires se trouve au cœur de notre problématique, nous avons tenté d’exploiter au mieux les outils dont nous disposions. Parmi les études menées à ce sujet, nous nous sommes appuyés notamment sur les travaux de Käte Hamburger, qui part de la « relation entre la littérature et les énoncés de réalités » pour définir les genres. Sa réflexion nous a été particulièrement précieuse parce que le système d’énonciation est instable dans la poétique nervalienne. Dans Introduction à l’architexte, Gérard Genette a bien montré les limites de tout système théorique figé : il exerce en particulier son ironie à l’égard des « neuf formes simples » de Jolles . Aussi rigide et réducteur paraît-il, le tableau brossé par le formaliste russe a le mérite de circonscrire des structures littéraires souvent écartées et laissées dans l’indétermination. Nous avons éprouvé leur validité en les confrontant aux occurrences nervaliennes. Reste de cette critique des critiques un certain nombre d’éléments constitutifs de la littérature. Ainsi Genette considère-t-il que les paramètres thématiques, modaux et formels entrent en relation dans un jeu d’intersection pour définir les « genres » littéraires . Ce sont les rapports entre ces catégories que nous avons interrogés.
Il ressort de ces analyses que le syncrétisme mythologique générait un lyrisme spécifique par sa pluralité et sa narrativité. Il est pluriel parce qu’il s’avère protéiforme et dépasse les cadres génériques habituels. Le fait de mettre en regard deux textes apparemment très différents se justifie d’abord à ce titre. Aurélia et Les Chimères mettent en œuvre une poétique similaire dans le rapport paradoxal qu’ils établissent entre mythe et lyrisme. Ce lien indéfectible entre deux pôles opposés se noue grâce aux configurations mises en place par le poète. Le fonctionnement du syncrétisme révèle une exploitation maximale du mythe tant sur le plan quantitatif que qualitatif. La recherche des formes simples pose d’emblée la récriture sous le signe d’une complexité propre à l’imaginaire nervalien. De la reprise intégrale aux allusions, elle dessine des configurations mythologiques qui se nourrissent des actualisations comme des formations littéraires. La pluralité du lyrisme passe dans un premier temps par la diversité des modes d’apparitions et de relations entre les différentes occurrences mythologiques. La reprise des mythes s’effectue suivant des degrés de récritures qui préservent plus ou moins l’intégralité et l’intégrité de la forme simple initiale. La plus complète s’effectue par la conservation des mythèmes principaux du schéma narratif initial. La deuxième, sous forme de mention, est partielle mais permet une identification directe du mythème ou du mythe dont elle est issue. Plus résiduelle, l’allusion relève du partage suggestif d’une culture et d’un imaginaire collectif. Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, l’utilisation exhaustive des mythèmes d’une trame narrative ne conduit pas à une absence de transformation. De fait, Nerval modifie aussi bien l’ordre schématique initial que la portée symbolique des récits dont il s’inspire. De même, il cultive le brouillage là où la référence mythologique pourrait être explicite en mêlant mythes littérarisés et mythes littéraires. Jonglant avec mythes et mythèmes, le poète travaille sur les invariants et sur les variables en les associant doublement sur les axes syntagmatique et paradigmatique. Jouant à la fois sur l’entrelacement, la juxtaposition et la répétition, la récriture laisse voir une règle essentielle au syncrétisme nervalien : ne jamais figer l’expression et la signification des mythes. Il s’agit de prolonger les principes intrinsèques de composition et de transmission du mythe pour donner à lire une configuration textuelle en perpétuel devenir. Cette récriture impose en effet au lecteur un double parcours, à la fois narratif et herméneutique, qui réactive le fonctionnement essentiel du mythe dans un jeu de questions et de réponses. Ces modalités du syncrétisme s’accordent avec l’enjeu des récritures. Au cœur de la problématique des œuvres, la parole du « je » cherche sa place et tente de la trouver grâce à la médiation du mythe. En effet, la pluralité issue des configurations mythologiques trouve sa cohérence dans une subjectivité et une affectivité toujours valorisée. Quelle que soit la lecture adoptée, la récriture du mythe ainsi que son intégration dans la continuité - ou la discontinuité textuelle - mettent toujours en question le statut du « je », même là où l’on s’y attend le moins. Ainsi les mythes cosmogoniques sont-ils orientés dans le sens du parcours individuel sans jamais se réduire à un écrit autarcique et personnel grâce à la multiplication des mythes initiatiques. Aux deux extrêmes d’un symbolisme de l’intériorité et de l’extériorité, du parcours individuel et des mouvements du monde, ces deux dominantes se contaminent mutuellement. La conjugaison de ces deux structures permet de ménager une sphère intermédiaire d’où peut jaillir une parole lyrique libérée des conditions de l’espace et du temps.
Mais cette conjonction ne se fait pas sans de multiples distorsions qui rendent par ailleurs les textes nervaliens inclassables. Effectivement, qualifier le lyrisme nervalien de pluriel renvoie d’abord à la difficulté que l’on éprouve à saisir les modalités de l’écriture suivant les catégories habituelles de la terminologie littéraire. D’un point de vue énonciatif, le « je » nervalien est polymorphe et protéiforme. Non seulement il fait l’objet de multiples réalisations mais le syncrétisme mythologique lui confère une mobilité et une capacité de métamorphose essentielles. Emblématique de cette labilité du sujet nervalien, le mythe du Double se diffracte en de multiples réalisations et significations qui font varier la caractérisation et l’axiologie. Ce mythe est d’ailleurs bien mal nommé si l’on considère la récriture qu’en fait Nerval pour lequel le chiffre deux ne constitue qu’un principe structurel très superficiel. On dira que cette reprise du mythe de l’Alter ego est absente des Chimères mais comment ne pas voir dans la présence obsédante des masques et des interlocuteurs mythiques, une réalisation indirecte de cette même symbolique ? Ce mouvement et cette instabilité sont en accord avec la quête du sujet qui ne cesse de repousser une identité autobiographique. Le mythe vise à accompagner la constitution du « je », risquant d’être figé par le statisme que lui conférerait une caractérisation finie et achevée. En dépit de tous les efforts, - c’est d’ailleurs ce qui fait le charme essentiel des textes nervaliens -, le « je » échappe à toutes classifications. Cette polysémie et cette polyphonie rejaillissent sur un énoncé qui ne dit jamais vraiment ce qu’il est. De même que le « je » des Chimères tente de se débarrasser de sa singularité, celui d’Aurélia ne l’assume pas pour autant. Aussi faut-il recourir à une approche complémentaire pour le comprendre. L’approche générique semble un échec en particulier pour Aurélia. « Fragment de l’autobiographie nervalienne » pour certains, récit onirique pour d’autres, l’origine de cette marginalité est multiple. Outre les différentes strates et les ruptures discursives, c’est le type de texte qui semble bloquer l’analyse. Il n’y a pas de véritable narration dans Aurélia mais il n’y en a pas non plus dans Les Chimères. Dans le recueil, la trame narrative est souvent réduite au strict minimum et traduit souvent une fausse causalité narrative. Mais, dira-t-on, le mythe n’est-il pas un récit ? N’est-il pas omniprésent dans l’œuvre nervalien ? Certes, la forme du mythe correspond à une structure de type narratif. Cependant, Nerval n’utilise pas un mythe mais plusieurs mythes qu’il associe et récrit pour les plier aux exigences de sa poétique. Même lorsque la récriture se fait sous forme de reprise intégrale, les métamorphoses et transformations de l’ordre et de la symbolique tendent à briser la chronologie interne et par conséquent la causalité narrative originelle de chaque mythe. Dans les deux œuvres, reste cette omniprésence plus ou moins explicite de l’énonciateur et des énonciateurs. Cette prégnance du régime discursif tend à donner la priorité au premier type cité mais l’intérêt de l’écriture nervalienne réside justement dans l’absence de choix. Les voies du lyrisme traditionnel sont repoussées dans la mesure où les traits stylistiques et les images de l’intériorité sont occultées ou reléguées au second plan par le mythe. Dans Aurélia, la présence de ce dernier tend à rendre la perception extérieure, neutre, point de vue appuyé parfois par la description pseudo-scientifique de l’état du sujet. Dans Les Chimères, le mythe universalise le discours et brouille le contenu énonciatif comme pour protéger le « je ». Pour ce qui est de la narration, qui devrait imposer sa structure et ses modalités, elle est paradoxalement avortée par l’omniprésence du mythe. De fait, les différents modes de récritures se rencontrent de telle sorte qu’ils aboutissent à la négation de chronologie et de la causalité narrative, éléments caractéristiques du récit et de sa fonction. Chaque fois, ces principes de progression semblent être évacués au profit d’une écriture où dominent les relations intuitives, affectives et intérieures. Cette subversion typologique est fondamentale pour comprendre l’essence du lyrisme nervalien. Si le poète refuse d’enfermer l’écriture dans un genre donné, c’est pour mieux conjuguer des formes d’énoncés dont les caractéristiques sont a priori incompatibles.
Nerval n’a de cesse de rapprocher mythe et lyrisme, deux pôles de la création s’opposant presque terme à terme. Comment y parvient-il ? Il détourne la plupart de leurs caractéristiques respectives afin de les allier. D’abord, la constitution problématique du sujet lyrique se donne à lire dans l’universalité du mythe, en mettant en scène les enjeux de la quête identitaire : entre brouillage énonciatif et absence d’énonciateur, Nerval trouve un point d’intersection qui témoigne de la difficulté à dire « je ». Cette strate de convergence est renforcée par le traitement du temps qui joue sur l’ambiguïté chronologique des deux formes. De fait, si l’énonciation lyrique est marquée par sa singularité et son ancrage personnel, elle représente également l’instantané d’un présent qui se répète indéfiniment. De même, la chronologie interne du mythe est partiellement effacée par l’atemporalité du récit, valable en tous lieux et surtout à toutes les époques. Le poète exploite donc le potentiel d’actualisation des deux formes pour les conjoindre. Ensuite, suivant une relation presque symétrique, il cultive les similitudes ou, du moins, les effets d’échos et de renvois afin de confondre intériorité et extériorité : le monde reflète la sphère intime et l’intimité reflète l’univers. La fusion des deux extrémités est favorisée par la multiplication des différents plans et points de vue qui tendent à les confondre. Enfin, il use de la dimension didactique propre au mythe pour donner à comprendre la recherche d’ipséité d’un sujet qui interroge son propre état affectif : le symbolisme mythologique est mis au service de l’interprétation et de l’expression de la subjectivité lyrique.
Le lyrisme nervalien peut donc être qualifié de pluriel parce qu’il émane des diverses modalités de convergence avec le mythe. Mais cette pluralité est également à l’image du sujet polymorphe et protéiforme qui ne parvient à se représenter et à se dire qu’à travers la dynamique narrative du mythe. On a utilisé le terme de « narrativité » pour mettre en évidence un aspect prédominant de l’écriture lyrique. Se nourrissant des mythes et mythèmes, le sujet comme l’expression de ses sentiments sont mis en action dans un mouvement évoquant le récit mais sans en adopter pleinement les composantes. Dès lors, la narrativité du lyrisme résulte non pas de la transcription de formes simples associées mais de la métamorphose que leur fait subir Nerval en les actualisant. De fait, les différents modes d’apparitions des mythes semblent se substituer aux aspects traditionnels de la narration pour être mis au service du lyrisme. Avec la reprise intégrale des mythes, le poète remplace la logique causale de progression événementielle par une dynamique symbolique, plus à même de représenter le sujet dans sa quête d’identité, en perpétuelle évolution : il s’agit de résoudre les tensions internes au « je » en les mettant en scène grâce au mythe. Le sens de ce mode de récriture est en relation étroite avec les allusions qui instaurent une dynamique herméneutique en lieu et place de la dynamique narrative. A des degrés divers, les reprises mythologiques installent au cœur de l’expression des sentiments un mouvement et une progression similaires à ceux que l’on trouve dans la narration. L’usage des mentions mythologiques témoigne également de ce refus de figer l’évocation. Ainsi les différents mythèmes sont-ils disposés de façon à créer un lyrisme cinétique. En d’autres termes, ils mettent en place les conditions nécessaires à une subjectivité plurielle dans les diverses focalisations qu’ils induisent. En effet, Aurélia comme Les Chimères brossent un portrait en actes du « je » qui ne se dévoile jamais dans un tableau narcissique et statique mais en interaction perpétuelle avec le monde et autrui grâce au syncrétisme mythologique. La représentation du « sentir » passe la médiation de l’action, propre au mythe. La mobilité du sujet en assure la correspondance. L’écriture lyrique devient le théâtre d’une parole qui, se libérant de son carcan intérieur, s’ouvre sur soi dans le même temps qu’elle s’ouvre sur autrui. Plurielle, la relation du « je » à l’altérité se donne à lire dans la dynamique narrative héritée du mythe. Elle est étroitement liée à la portée d’un lyrisme que l’on a qualifié d’orphique parce qu’il s’appuyait sur une figure archétypale pour donner à entendre les voix d’une subjectivité multiple.
Il ne nous semble donc pas excessif d’affirmer que le syncrétisme mythologique participe d’une recherche esthétique pour trouver les modalités d’une écriture lyrique en accord avec l’essence du sujet nervalien : un « je » qui n’a de cesse de fonder son unité en intégrant la diversité de l’univers qui l’entoure. Poète, Nerval s’est interrogé sur le sens de l’être au monde et il l’a fait par l’intermédiaire des mythes. Peut-être ces derniers ont-ils favorisé par ailleurs l’élaboration d’une histoire personnelle imaginaire, mais tel n’est pas notre propos. Ils lui ont surtout permis de développer un projet esthétique certes inachevé mais dont la qualité poétique est indéniable. S’il était encore besoin de le prouver, l’omniprésence des mythes, les métamorphoses que Nerval leur fait subir ainsi que les fonctions qu’il leur assigne, l’attestent. L’association des cosmogonies et du parcours initiatique, centrale dans l’organisation du discours, se réalise pleinement avec l’image orphique qui confirme l’orientation de la démarche lyrique et la portée réflexive des configurations mythologiques. De fait, si Orphée constitue un modèle fantasmé de poète, Nerval ne s’y identifie pas en tant qu’homme mais cherche dans le sens de son histoire la signification de l’aventure poétique pour atteindre ce qu’il considère comme un idéal lyrique. En soi et par les effets spéculaires qu’il induit, le syncrétisme témoigne d’une recherche tournée vers la fonction du poète et de ses textes. Les effets spéculaires qui traversent l’œuvre montrent que l’enjeu de la récriture relève davantage de l’art plutôt que de la pathologie. La réflexion esthétique passe également par une remise en cause du langage, obstacle essentiel à la constitution et à l’expression du « je ». Nostalgique d’une communication émotionnelle, harmonieuse et directe, Nerval recourt aux mythes pour dépasser les détours imposés par la langue. Emanation anonyme d’une expérience universelle, le mythe donne un élément de réponse. A défaut de pouvoir recréer les qualités initiales de la forme simple, le poète les réinvestit dans Aurélia et Les Chimères. Les différents modes d’apparitions du mythe témoignent d’une tentative pour surmonter les contradictions en recréant cette spontanéité et cette immédiateté. Par le mythe, le « je » s’émancipe de sa singularité, jusqu’à se désincarner et prendre ainsi le relais des voix de la nature. Nerval trouve un moyen de réconcilier le « je » et l’altérité, l’intériorité et l’extériorité dans un rapport immédiat au monde : faire entendre collectivement les voix individuelles. Retournant aux origines du mythe, il réinvente une parole universelle, qui n’est plus soumise ni aux déterminismes sociaux, historiques ou géographiques, ni aux défaillances d’une langue toute aussi pesante que peut l’être l’histoire personnelle. C’est cet équilibre fragile rendu possible par le syncrétisme mythologique qui confère ce rythme si particulier au lyrisme nervalien. Dans la perpétuelle mouvance de voix à la fois permanentes et évanescentes, « je » est l’autre.
Conflits église - état : Le cas du Caméroun (1884-1970)
Samedi 7 janvier 2006
14 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Joseph CHOUAKO soutient sa thèse de doctorat :
Conflits église - état : Le cas du Caméroun (1884-1970)
En présence du Jury :
M. MAYEUR (Paris 4)
M. LABURTHE-TOLRA (Paris 5)
M. LEDURE
Conflits,refuges et enjeux frontaliers. Les déplacements forcés de la population du Cambodge 1970-2000
Lundi 5 décembre 2005
14 heures
Petit amphithéâtre
Institut Océanographique
195, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Christel THIBAULT soutient sa thèse de doctorat :
Conflits,refuges et enjeux frontaliers. Les déplacements forcés de la population du Cambodge 1970-2000
En présence du Jury :
M. HUETZ DE LEMPS (Paris 4)
M. COSAERT (La Rochelle)
Mme LASSAILLY-JACOB (Poitiers)
M. SEVIN (Paris 4)
Résumés
Les crises politico-militaires qui ont affecté le Cambodge depuis 1970 ont provoqué des déplacements de population de très grande ampleur. Des centaines de milliers de Cambodgiens furent ainsi contraints de se déplacer à l’intérieur du pays ou de chercher refuge, durant près de quinze ans, dans des camps dressés le long de la frontière khméro-thaïlandaise. Sous l’égide des Nations Unies, la mise en place d’une opération de maintien de la paix (Apronuc) a finalement permis le retour au pays et la redistribution de l’ensemble des réfugiés, des personnes déplacées et des déplacés internes au sein de l’espace cambodgien ; mais leur réintégration socio-spatiale fut entravée par la persistance de l’instabilité politique interne, la guérilla khmère rouge et l’extension des champs de mines.
Since 1970, politico-militaries crisis in Cambodia caused a large scale forced migrations. Therefore several hundred thousands Cambodians were forced to move inside their country or to reach the refugee camps settled along the khmero-thaï border during about 15 years. The peace-keeping operation lead in Cambodia by the United Nations (Untac) finally enabled the refugees, the displaced persons and the internally displaced persons (IDPs) to go back home. But the long lasting internal political troubles, khmer rouge guerilla and the large spread of mine fields have been a major hindrance against the resettlement and the social reintegration of the whole displaced population of Cambodia.
Position de thèse
De quelle manière et dans quelle mesure une population affectée par des déplacements forcés de grande ampleur, durant près de trois décennies, se redistribue-t-elle au sein de son territoire national ? C’est à travers l’analyse du cas présenté par la population du Cambodge que nous tenterons de répondre à cette question. Lorsque la mobilité sous contrainte implique pour la population affectée une recherche de refuge aux marges de son propre pays, celle-ci s’inscrit dans un système global de crise dont ce type particulier de migration représente l’aspect le plus dynamique. Ce système de crise est généré, structuré et entretenu par des régimes politiques autoritaires (voire totalitaires) et des violences politiques ou militaires, qui interviennent simultanément, alternativement ou successivement, et concourent ainsi à créer un véritable carcan enserrant la population civile. Par conséquent, le politique, le militaire, l’humanitaire et les déplacements forcés se trouvent en inter-relations étroites. Ce système de crise crée les conditions d’une rupture, qui entraîne à son tour la mobilité de la population, pour un temps donné allant de quelques mois à plusieurs années. La mobilité sous contrainte issue de tels systèmes de crise est susceptible de se présenter sous différentes formes car elle peut apparaître comme une réponse possible permettant à la population affectée d’échapper à la coercition, mais elle peut tout autant apparaître, pour le pouvoir politico-militaire, comme une stratégie terriblement efficace de contrôle socio-spatial de cette même population. De ce fait, la population affectée par la mobilité forcée peut se trouver successivement astreinte à des déplacements de nature différente (ex. évacuations, déportations, déplacements internes, recherche de refuge au-delà des frontières nationales, rapatriement dans le pays d’origine, migrations secondaires). Lorsque le pays est frappé par une crise politico-militaire majeure qui tend à s’inscrire dans la durée, ou par plusieurs crises successives voire concomitantes, la mobilité sous contrainte entraîne alors les personnes affectées dans un véritable cycle de déplacement qui les tient durablement éloignées de leur lieu d’origine : les évacués deviennent des déportés, puis/ou des déplacés internes, puis/ou des réfugiés, puis des rapatriés, fréquemment soumis à de nouveaux déplacements internes forcés. Le cas du Cambodge est particulièrement intéressant en ce que le système global de crise générant le déplacement sous contrainte peut également provoquer une immobilisation sous contrainte et priver les personnes affectées de toute liberté de mouvement - soit parce qu’elles sont placées sous la coupe d’un régime totalitaire ou autoritaire, soit parce qu’elles se trouvent durablement confinées dans des camps aux marges du territoire national, soit parce que le sol est saturé de mines. La population sous contrôle passe ainsi d’une situation extrême (le déplacement forcé) à une situation extrême inverse (l’assignation à résidence).
La thèse présentée ici envisage l’analyse du cycle majeur de mobilité sous contrainte ayant affecté la population du Cambodge entre l’extrême fin des années 1960 et le début des années 2000 - du premier déplacement forcé ayant contraint la population civile à quitter sa ville ou son village d’origine jusqu’au dernier mouvement de retour remarquable ayant permis à celle-ci de regagner ce lieu d’origine, ou encore de s’établir durablement dans un autre lieu. Afin de saisir dans sa globalité ce cycle majeur de déplacement, il est nécessaire d’appréhender tant les crises politico-militaires qui se trouvent en amont des déplacements forcés de grande ampleur que les conséquences socio-spatiales de ces déplacements. La mobilité forcée relève d’un processus dont la compréhension globale repose sur l’analyse des différents éléments qui le structure. S’agissant d’un cycle complet de déplacement - impliquant de ce fait un retour au point d’origine, au terme d’un temps donné - la démarche chronologique adoptée dans cette thèse a permis de reconstituer la traçabilité d’une population affectée dotée d’une faible visibilité géographique, en raison notamment de changements fréquents de statut (évacuée, déportée, réfugiée, rapatriée, etc.), mais également parce que les déplacements majeurs se mettent en place au plus fort des crises ou des conflits armés.
A partir de la fin des années 1960, le Cambodge fut pris dans un système de crises emboîtées, mêlant conflits régionaux et conflits locaux. Ce cycle particulier de crises et de violences a débuté lorsque le Cambodge s’est trouvé sous le feu des bombardiers américains et semble ne s’être réellement achevé qu’avec la reddition officielle des derniers combattants Khmers rouges, à l’aube des années 2000. Rattrapée par la guerre du Vietnam, laminée par le totalitarisme khmer rouge et ses pratiques génocidaires, libérée puis occupée par une armée vietnamienne forte de quelque 200 000 hommes, toujours convoitée par différents groupes armés en opposition avec le centre du pouvoir, la population du Cambodge a subi durant près de trois décennies un brassage et une pression d’une ampleur inconnue jusqu’alors. Puissants facteurs de mobilité, la coercition sous toutes ses formes - tout autant que la disette - ont précipité des millions de Cambodgiens hors de leur région d’origine et des centaines de milliers d’entre eux vers des camps de rétention dressés le long de la frontière khméro-thaïlandaise.
L’étude de la mobilité de crise de la population du Cambodge est une entreprise difficile dans la mesure où les données générales de population disponibles sont déjà très fragmentaires. Non seulement les temps de crises majeures sont généralement incompatibles avec la mise en place de travaux de recherche, mais la période khmère rouge semble avoir agi en véritable « trou noir », absorbant irrésistiblement la plupart des préoccupations de recherche depuis la fin des années 1980. Toutefois, la relative abondance des publications concernant cette période ne doit pas faire illusion : les véritables travaux de recherche restent rares, la documentation institutionnelle est à peu près inexistante et les témoignages publiés ne sont généralement représentatifs que de la population la plus affectée sous Pol Pot (plutôt d’origine citadine voire phnom-penhoise, ayant fui précocement le pays, et réintégrée dans un pays étranger), mais ils ne sont pas représentatifs des centaines de milliers de Cambodgiens sans statut, restés bloqués plus de dix ans dans les camps frontaliers. Lorsqu’au matin du 17 Avril 1975 le Cambodge a basculé dans l’autisme révolutionnaire, a commencé d’évacuer des agglomérations urbaines plusieurs millions de citadins et de réfugiés de guerre, s’est progressivement laissé gagner par le silence, ce pays est entré dans une autre dimension. De surcroît, cette tragédie humaine s’est jouée à huis clos. Tous les Cambodgiens rescapés du totalitarisme absolu de Pol Pot - sans exception - se sont retrouvés happés par la même tourmente qui a déstructuré profondément et durablement l’ensemble de la société. Le Cambodge est ainsi passé par une phase de radicalité extrême qui a valeur d’exemple - une de ces grandes fractures qui laissent provisoirement les peuples à terre. Mais doit-on pour autant réduire l’histoire d’un pays à sa période la plus violente ou la plus criminelle ? L’intensité dramatique contenue dans les événements qui ont bouleversé outre mesure la vie des Cambodgiens est à l’origine - et à juste titre - d’une charge émotionnelle lourde qui, cumulée à un manque criant de données fiables, a pu interférer dans l’objectivité de certains travaux scientifiques, et donner cours à des dérives dans la littérature grand public. En terme de mobilité sous contrainte, la période khmère rouge représente un point d’orgue du système global de crise, mais elle n’en constitue que l’un des principaux éléments structurants.
L’approche globale de la mobilité sous contrainte récente de la population du Cambodge s’articule autour des trois temps fondateurs qui structurent l’ensemble du cycle de mobilité pris en compte : le temps de la guerre, le temps des camps et le temps du retour. Le temps de la guerre est celui où le rapport de force exercé aux dépens de la population civile est le plus coercitif et le plus mobilisateur. A la fin des années 1960, alors que le Cambodge abordait une crise politique interne aiguë et sombrait dans la guerre civile, la stratégie américaine de bombardement systématique de la moitié orientale du pays a provoqué un afflux massif des ruraux vers la capitale et les chefs-lieux de province, favorisant ainsi considérablement la prise du pouvoir par les Khmers rouges en 1975. Les hommes de Pol Pot n’eurent plus qu’à organiser une gigantesque rafle des citadins et des réfugiés de guerre, préalablement dispersés par les bombardements puis rassemblés dans ces villes-refuge. L’avenir devant désormais se tenir hors des villes, celles-ci furent abandonnées tandis que les citadins et les réfugiés de guerre étaient déportés vers les zones rurales du Nord-Ouest afin d’être rééduqués par le travail de la terre. Ces déportations ont permis au pouvoir khmer rouge d’établir un contrôle absolu sur une population dont il a organisé la rupture de tous les liens socio-spatiaux antérieurs.
En distinguant le Peuple ancien du Peuple nouveau, les Khmers rouges ont institué une ségrégation fondamentalement géographique entre les « ruraux » et les « citadins » - prétendument corrompus par un mode de vie de type occidental. Mais dans leur extrémisme, les Khmers rouges ont également évacué puis déporté les réfugiés de guerre d’origine rurale qui s’étaient rassemblés auprès des villes pour fuir les bombardements. De ce fait, le sort des civils s’est trouvé fixé par leur lieu de résidence au moment où les Khmers rouges ont pris le pouvoir, et non en raison de leur véritable origine. Mobilité géographique interne (évacuations, déportations, brigades mobiles) et mobilité politique interne (par l’intermédiaire de purges provoquant régulièrement la disparition des cadres du régime) ont participé d’un même projet révolutionnaire. Le totalitarisme politique a trouvé une expression géographique dans cette mobilité extrême destinée à façonner l’Homme nouveau. Durant près de quatre années, l’Angkar révolutionnaire est devenue l’unique repère socio-spatial de l’ensemble de la population. Plus encore que de la terreur, de la brutalité des évacuations et des déportations, des exigences du travail forcé, ou de la rigueur de l’encadrement, c’est bien d’une privation de repères spatiaux et d’une sous-alimentation généralisée dont les Cambodgiens interrogés ont le plus souffert. Particulièrement peu aguerris à des conditions d’existence aussi frustes, les citadins déportés comptèrent parmi les premières victimes de ces mauvais traitements.
Dès la chute du régime khmer rouge, la frontière khméro-thaïlandaise est apparue comme une zone de hautes turbulences cristallisant les enjeux régionaux. Au regard de l’échec militaire infligé par le Vietnam aux Etats-Unis, la préservation et la montée en puissance du mouvement khmer rouge furent non seulement considérées par les Nations unies comme une menace de second rang, mais elles furent directement utilisées pour contenir les troupes vietnamiennes. Activement soutenue jusqu’en 1989 (par les Etats-Unis et la Chine, en particulier), la guérilla khmère rouge s’est finalement maintenue jusqu’à l’extrême fin des années 1990. Mais c’est également au sein de cet espace trans-frontalier que des centaines de milliers de déplacés ont trouvé refuge et assistance. En effet, si les troupes vietnamiennes ont bien desserré l’étau khmer rouge, la ‘libération’ du Cambodge n’a autorisé qu’une relocalisation imparfaite de la population déportée. Les autorités pro-vietnamiennes n’ont pas tardé à limiter la circulation intérieure des personnes et des marchandises, et ont permis de surcroît l’installation d’une armée d’occupation qui a provoqué - directement ou indirectement - la fuite ou le départ de plusieurs centaines de milliers de Cambodgiens en direction de la frontière khméro-thaïlandaise.
Les personnes déplacées ont tout d’abord trouvé refuge auprès des campements de la guérilla khmère rouge et non khmère rouge. En vertu de cette dette initiale de protection, les personnes déplacées se sont trouvées durablement liées aux combattants, alors même qu’ils étaient parvenus à intégrer des camps relevant de la responsabilité de l’UNBRO (United Nations Border Relief Operation) - une opération d’assistance spécialement mandatée par les Nations unies. De surcroît, les Nations unies ont renforcé, figé puis pérennisé le contrôle politique des résidents des camps par ces factions combattantes en permettant la création d’un gouvernement de coalition représentant officiellement le Cambodge sur la scène internationale. Désormais placés au cœur d’un complexe frontalier politico-militaro-humanitaire, les résidents se sont retrouvés géographiquement et politiquement captifs : bloqués à la frontière, au sein de camps dont l’obédience politique ne correspondait pas nécessairement à leurs affinités. Durant l’ensemble de la décennie 1980, un véritable espace frontalier s’est structuré en se constituant un territoire (l’archipel des camps), une population (les résidents des camps), ainsi qu’une véritable force armée (les combattants relevant de chacune des factions combattantes). L’organisation de ce nouvel espace s’est essentiellement articulée autour de trois entités géographiques : les camps civils de déplacés, les campements et bastions militaires de la résistance au gouvernement pro-vietnamien de Phnom Penh, et les zones libérées placées sous leur contrôle exclusif ou partiel. Mais compte tenu des luttes entre factions politico-militaires, la frontière khméro-thaïlandaise n’a pas présenté un ensemble homogène. Au contraire, chaque faction a mis en place son propre système trans-frontalier d’organisation, reposant sur les trois types d’espaces contrôlés (camps civils, campements et bastions militaires, zones libérées à l’intérieur du Cambodge). De ce fait, l’organisation globale de la frontière s’est trouvée scindée en sous-systèmes trans-frontaliers autonomes, d’obédiences politico-militaires différentes, et juxtaposés dans l’espace. Ces nouveaux territoires civils et militaires, et la population qu’ils regroupaient, ont directement concouru à la création d’un contrepoids politique permettant d’amener le gouvernement de Phnom Penh à accepter la signature d’accords de paix en 1991. Relevant initialement du Cambodge délaissé, l’espace frontalier a fini par s’intégrer pleinement et officiellement à l’espace politique du Cambodge.
Les accords de paix de 1991 ont consacré le retour à une certaine normalisation, ont entériné la mise en place d’une opération de maintien de la paix aux prérogatives civiles et militaires très étendues (l’Apronuc - Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge), et ont permis d’organiser le rapatriement massif de près de 400 000 réfugiés cambodgiens. Mais le temps du retour fut marqué par une très forte instabilité interne, génératrice de nouveaux déplacements forcés tant à l’intérieur du pays qu’en direction de la frontière khméro-thaïlandaise. Si l’Apronuc a effectivement permis le relèvement des principales infrastructures du pays et la restauration d’un Etat cambodgien reconnu au plan international, elle a néanmoins échoué dans sa mission de restauration de la paix en ne parvenant pas à contenir spatialement la guérilla khmère rouge. De ce fait, nombre de rapatriés sont devenus des déplacés internes, avant même d’avoir pu rejoindre leur village d’origine. Le Nord-Ouest du pays s’est trouvé particulièrement affecté par les combats alors qu’il devait accueillir la majorité de la population rapatriée. La réinstallation durable des rapatriés étant de surcroît entravée par l’importance de la distribution de mines et par l’absence de terres cultivables et sûres, nombre de rapatriés durent se plier à de nouvelles migrations internes à l’issue de leur retour au pays.
Pour l’ensemble de la population rapatriée depuis la frontière khméro-thaïlandaise, le cycle de déplacement sous contrainte ne s’est véritablement achevé qu’à partir de la fin des années 1990 ou le début des années 2000, selon les régions. Au sein de l’ensemble cambodgien, deux régions furent particulièrement affectées par la mobilité sous contrainte : le Nord-Ouest et le Sud-Est. Le Nord-Ouest apparaît comme une région majeure d’origine des réfugiés, mais également comme une zone de départ vers la frontière thaïlandaise pour les personnes originaires du Sud-Est qui avaient été déportées durant le régime khmer rouge. Cette bipolarité des régions d’origine des réfugiés atteste du fait que la redistribution de la population à la suite de la chute de Pol Pot fut très imparfaite. En effet, nombre de déportés s’étaient installés dans la région où ils avaient été transférés par l’Angkar - soit parce qu’ils avaient perdu la trace de leurs proches, soit parce qu’ils ne furent pas en mesure d’entreprendre le long périple qui devait leur permettre de rentrer chez eux (sans ressources, trop affaiblis) avant que le gouvernement de Phnom Penh ne réglemente strictement la circulation intérieure des personnes. Le Nord-Ouest se présente également comme un bassin majeur de réception des flux de rapatriement encadrés des années 1992 - 1993, qui sont exclusivement issus de la frontière thaïlandaise. En revanche, c’est vers le Sud-Est (en particulier vers la capitale) que se sont essentiellement dirigés les flux spontanés de retour au pays, vraisemblablement issus du Vietnam. La population rapatriée dans le Nord-Ouest et dans le Sud-Est fut également affectée par d’importantes migrations secondaires. Et sur l’ensemble du cycle de crises et de déplacements considéré, la mobilité sous contrainte semble avoir été à la fois plus importante et plus localisée dans le Sud-Est que dans le Nord-Ouest, où elle fut certes très élevée mais globalement plus diffuse. En définitive, en 1998, c’est bien dans le Sud-Est du Cambodge que les rapatriés sont les plus nombreux - en particulier dans la capitale et les provinces de Svay Rieng, Kompong Cham et Kandal. Les recherches centrées sur la frontière khméro-thaïlandaise, le Nord-Ouest, la province de Battambang et un rapatriement des personnes déplacées encadré par le HCR, nous amènent au bout du compte à nous interroger sur la frontière khméro-vietnamienne, le Sud-Est, les provinces de Svay Rieng, Kompong Cham, Kandal, et les flux de retours spontanés.
Au terme du cycle de crises, la population déplacée s’est progressivement redistribuée au sein de l’espace national à partir de 1992 et semble désormais avoir globalement réintégré les espaces qu’elle occupait à l’extrême fin des années 1960 - qu’ils soient minés ou non. En revanche, les mouvements de retours engagés en direction de la capitale furent beaucoup plus précoces. En effet, près de 90 % des retours enregistrés en 1998 étaient antérieurs à la signature des accords de paix, et même antérieurs au retrait des troupes vietnamiennes. Dans tous les cas, la population déplacée a tenté de se réinstaller au plus près de son lieu d’origine, en milieu rural comme en milieu urbain. En définitive, le cycle de crises et de déplacements ayant affecté la population du Cambodge entre 1970 et 2000 n’a pas provoqué d’hypertrophie durable de la capitale. Dans la mesure où les Khmers rouges ont obtenu le contrôle officiel de régions qu’ils contrôlaient officieusement depuis la fin des années 1960, ce cycle n’a pas donné lieu, non plus, à une véritable recomposition territoriale.
Si la population déplacée semble avoir recouvré une certaine stabilité dans l’espace, en revanche sa réintégration sociale laisse apparaître une grande variété des situations. Ces anciens rapatriés restent marqués du sceau de la migration sous contrainte et du refuge puisque la population locale les désignent encore fréquemment par le nom anglais khmérisé du camp frontalier dans lequel ils résidèrent plusieurs années (ex. : les « Site 2 », prononcer « saytou »). Dans les régions situées en périphérie des anciens bastions khmers rouges du Nord et de l’Ouest, balayées par les lignes de front, la réintégration des déplacés est particulièrement difficile dans la mesure où la persistance des rapports de force sur le terrain et l’importance de la distribution de mines limitent encore l’accès au sol et modifient durablement les pratiques spatiales.
Conscience morale des animaux et perspective éthique dans l’oeuvre zoologique d’Elien de Preneste
Jeudi 15 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Bibliothèque de l’UFR de Grec
16, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Jean-François LHERMITTE soutient sa thèse de doctorat :
Conscience morale des animaux et perspective éthique dans l’oeuvre zoologique d’Elien de Preneste
En présence du Jury :
M. BILLAUT (Paris 4)
M. BOUFFARTIGUE (Paris 10)
M. DEMONT (Paris 4)
M. ZUCKER (Nice)
Conscience. Autobiographie. Figuration. Recherches sur l’histoire des idées et des sensibilités en Allemagne du XVIIe au XXe siècle.
Mardi 7 décembre 2004
14 h
Auditorium de l’Institut Finlandais,
60, rue des Ecoles
75005 PARIS
Mme Anne-Françoise LAGNY soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Conscience. Autobiographie. Figuration. Recherches sur l’histoire des idées et des sensibilités en Allemagne du XVIIe au XXe siècle.
En présence du Jury :
Mme BLONDEAU (REIMS)
M. KREBS (PARIS IV)
M. LAUDIN (PARIS X)
M. MONDOT (BORDEAUX III)
M. VALENTIN (PARIS IV)
Constitution et développement de la typographie et du graphisme en Occident aux époques moderne et contemporaine
Samedi 18 décembre 2004
9 heures
Amphi Michelet, esc. A
46, rue Saint Jacques
75005 PARIS
Mme Roxane JUBERT soutient sa thèse de doctorat :
Constitution et développement de la typographie et du graphisme en Occident aux époques moderne et contemporaine
En présence du jury :
M. DUFRENE (PARIS X)
M. FRESNAULT-DESRUELLE (PARIS I)
M. LEMOINE (PARIS IV)
M. PIERRE (GRENOBLE II)
M. WIDMER
Continuité et rupture dans la tradition du droit anglo-saxon après la conquête normande
Vendredi 9 janvier
14 h 30
Salle Louis Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Aimeric VACHER soutient sa thèse de doctorat :
Continuité et rupture dans la tradition du droit anglo-saxon après la conquête normande
en présence du Jury :
M. CARRUTHERS (PARIS IV)
Mme CASSAGNES - BROUQUE (LIMOGES)
M. CONTAMINE (PARIS IV)
M. WESTREM (New-York)
Contribution à l’archéologie de la région Chachapoya, Pérou
CHANGEMENT DE SALLE
Vendredi 7 avril 2006
9 heures
Centre Malesherbes
A 128
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Olivier FABRE soutient sa thèse de doctorat :
Contribution à l’archéologie de la région Chachapoya, Pérou
En présence du Jury :
M. LÉVINE (Paris 4)
M. DUVERGER (EHESS)
M. SCHVOERER
Résumés
La tradition chachapoya s’est développée entre 800 ap. J.-C et 1470 ap. J.-C. sur le versant oriental des Andes septentrionales péruviennes.
Elle se compose de différentes populations dont les manifestations culturelles sont abordées par la recherche comme un tout homogène. Cette thèse a pour objectif de démontrer que l’unité apparente et l’hétérogénéité des vestiges de tradition chachapoya permettent d’identifier différentes populations et leur répartition spatiale, et de prouver que l’archéologie est en mesure de dégager des caractéristiques qui leur sont propres. L’étude a été réalisée à partir de l’analyse des éléments architecturaux, de l’iconographie, des types de sépultures, et des rites funéraires s’y rattachant, ainsi que de la production céramique.
The chachapoya tradition developed between 800 and 1470 A.D. on the Eastern slopes of the Northern Peruvian Andes.
It is made up of different peoples although for research purposes they are treated as one in their cultural portrayal. The aim of this thesis is to show that the apparent unity and the differences revealed in chachapoya remains lead to the identification of different peoples and their geographical spread and to prove that by archaeology one is able to detect the separate characteristics. The study was carried out from the analysis of architectural elements, iconography, types of burial sites and related funeral rites as well as their ceramic artefacts.
Position de thèse
De manière générale, la recherche archéologique au Pérou s’est focalisée le long de la côte péruvienne et dans le centre et le sud des hautes terres, laissant de côté les Andes orientales et donc les Chachapoyas. Les textes des XVIème et XVIIème siècles les situent, d’ouest en est, entre le Marañón et l’Huallaga au niveau des départements de La Libertad et de San Martín, ayant approximativement la région de la ville de Pias (province de Pataz, département de La Libertad) comme limite sud de leur extension et la région de la ville de Chachapoyas (province de Chachapoyas, département d’Amazonas) comme limite nord.
Leur étude a été assez négligée par la recherche scientifique moderne. Ce manque d’intérêt peut s’expliquer. Pendant la première moitié du XXème siècle, surtout, on a considéré les forêts d’altitude qui recouvrent le versant est des Andes péruviennes comme une barrière naturelle, une frontière aux civilisations andines en général et à l’Empire inca en particulier. Cette sorte de zone tampon éloignée de tout foyer de peuplement aurait marqué la séparation avec les cultures amazoniennes. Ce manque d’intérêt a été accentué par les difficultés logistiques, et donc financières, engendrées par les mauvaises ou inexistantes infrastructures routières. De même, la topographie accidentée et l’épaisse végétation parfois inextricable qui enserre la majorité des sites archéologiques de tradition chachapoya les rendent ainsi, en quelque sorte, non rentables pour la recherche. Beaucoup de temps, de financements et d’efforts physiques pour, finalement, peu de résultats scientifiques, comparativement à des investigations se développant dans d’autres zones du Pérou sur le même laps de temps et dans un environnement géographique moins hostile. Les données sont donc fragmentaires, ce qui est accentué par les dégradations anthropiques et naturelles et par les nombreux pillages dont souffrent les vestiges, les dérobant ainsi à leurs contextes. La recherche archéologique s’en trouve donc pénalisée et l’étude des Chachapoyas n’en est encore, à ce jour, qu’à ses balbutiements.
De fait, à la simple question « Qui sont les Chachapoyas ? », on ne peut apporter, aujourd’hui, de réponse vraiment concluante.
L’appellation « Chachapoya » apparaît dans les textes des XVIème et XVIIème siècles comme un nom générique pour désigner une province de l’Empire inca qui englobe différentes petites provinces, comme celles des Chillaos et des Chilchos par exemple, mais aussi des Chachapoyas. Celles-ci étaient présentes juste avant l’arrivée des Incas dans le nord-est des Andes péruviennes et recouvraient des territoires probablement frontaliers. Pour des raisons administratives, les Incas auraient vraisemblablement cherché à les regrouper en une seule province et sous un seul nom, Chachapoya.
Quant à la littérature scientifique, elle les désigne par le terme « groupe ethnique » sans pour autant justifier cette appellation.
Soit ce « groupe ethnique » était composé d’une population variée, parfois appelée « sous-groupe », correspondant aux différentes petites provinces mentionnées par les chroniques. Ces « sous-groupes » auraient été organisés en ayllus. Soit, les Chachapoyas sont définis comme un seul « groupe ethnique » localisé parmi d’autres « groupes ethniques » en étroites relations et coïncidant avec les provinces mentionnées par les chroniques.
L’appellation « groupe ethnique » récurrente dans les publications pour désigner les habitants de chaque province mentionnée dans les chroniques est utilisée par commodité mais ne peut être totalement justifiée. C’est pourquoi nous lui préférons le terme « population » qui correspond à un ensemble d’individus habitant un même territoire, c’est-à-dire, pour notre étude, une même province.
Ces populations partageaient de nombreux traits culturels dans leur architecture, dans leur iconographie architecturale, dans les formes et décorations des céramiques, mais avaient des schémas funéraires différents. Les établissements sont essentiellement domestiques, composés de terrasses qui permettent de niveler le terrain sur lesquelles sont érigées des structures d’habitat de plan circulaire et ovoïde. Ces bâtiments sont mélangés à un très petit nombre de structures de plan quadrangulaire. Le matériau de construction est la pierre, souvent calcaire, grossièrement équarrie, unie par un mortier argileux. La circulation entre les différents édifices et les différents niveaux s’effectue au moyen de ruelles et d’escaliers donnant accès, quelquefois, à de petits espaces ouverts. Parfois, les constructions sont érigées sur une base de même plan. La séparation entre les deux niveaux est marquée par une corniche périmétrale. Sur leur parement extérieur, certains édifices sont décorés de frises géométriques composées de pierres disposées de manière à former des motifs en dents de scie, ou zigzags, des motifs rhomboïdaux, des grecques et des damiers. La couverture des édifices est inconnue mais est supposée de forme conique et en matériaux périssables.
Les populations préhispaniques possédaient un mode de subsistance fondé, probablement, sur la chasse et sur l’agriculture, notamment sur les cultures de la pomme de terre et le maïs. Des voyages pouvaient s’effectuer entre les zones élevées et celles plus tempérées pour se procurer de la coca, des fruits mais aussi du coton. Cette stratégie adopte le schéma de verticalité permettant ainsi d’avoir accès à différents produits en fonction de l’étage écologique.
La céramique de tradition chachapoya a ses premières manifestations dans l’Intermédiaire ancien (200 av. J.-C. - 600 ap. J.-C.). Elle est composée majoritairement d’une céramique marron grossière, domestique, montée aux colombins. Les formes les plus courantes sont les bols, les plats perforés, les pots et les jarres à cols longs et courts, de corps globulaires ou ovoïdes, de bords éversés, renforcés sur l’extérieur. Habituellement, la décoration des pots et des jarres est réalisée par incision et/ou pastillage d’un motif de forme sinusoïdale. Elle rehausse la lèvre, le bord, le col et parfois le corps. Les bols ont des parois essentiellement divergentes et des bases convexes. Ils sont peints de motifs géométriques de différentes couleurs variant du rouge au marron. Les sépultures sont habituellement situées à flanc de falaises et à proximité du site d’habitat. Elles sont d’une grande variété.
Ces traits culturels communs, en raison de leur apparente unité, sont regroupés sous l’appellation « tradition » ou « culture archéologique » chachapoya en référence au nom générique que nous transmettent les chroniques. Celle-ci a perduré de 800 ap. J.-C. à 1470 ap. J.-C.
La démarche actuelle de la recherche pour cerner le fonctionnement de cette tradition consiste à étudier les vestiges comme un tout homogène alors que ces mêmes vestiges, en plus de leurs similitudes, racontent une autre histoire : celle de la diversité dans les monuments funéraires, dans la production céramique et celle de la variation architecturale régionale.
Ainsi, si l’on veut comprendre le fonctionnement de cette tradition, il faut mettre en évidence les similitudes et les différences qui la composent de manière à en déterminer les rouages. De quelles populations se compose-t-elle, quelles sont leurs origines ? Quelles sont leurs relations ? S’il y a eu une unification culturelle, à quelle(s) époque(s) ? Sous l’impulsion de quelle(s) population(s) et pour quelles raisons ?
Mais le principal axe qui guide notre réflexion sous-tend les véritables questions de fond au cœur de la compréhension de la tradition chachapoya : l’unité apparente et l’hétérogénéité des vestiges nous permettent-elles d’identifier différentes populations et leurs répartitions spatiales ? Si oui, l’archéologie peut-elle dégager des marqueurs identitaires capables de les différencier et de les caractériser ?
Pour répondre, nous avons étudié les données ethnohistoriques des XVIème et XVIIème siècles comme point de départ de la démarche archéologique pour cerner l’organisation socio-politique de cette région. À l’aide de la littérature scientifique et de nos données de terrain (projet Olia, Résolution Nationale et autorisation n° 635), nous avons réalisé l’étude et l’analyse de l’habitat et des structures funéraires. Cela a permis de démontrer que des caractéristiques spécifiques, dans l’architecture et le contenu des sépultures, illustrent des différences et des variations dans l’attribution et la répartition des vestiges. La confrontation et la comparaison des différentes typologies et séquences céramiques ont permis d’obtenir les variations dans la forme et le décor, dans le temps et dans l’espace. Pour chacun de ces points, nous avons déterminé les raisons d’être de ces différences en analysant leurs causes : sont-elles chronologiques ou/et hiérarchiques, fonctionnelles dans certains cas, ou bien le reflet des différentes populations qui habitaient la région chachapoya ? L’absence d’études lithiques, d’études sur les textiles et sur les artefacts osseux nous a empêché de prendre en considération ces éléments dans notre développement.
En dépit des données fragmentaires, parcellaires, que nous avons complétées par nos travaux de terrain, nous avons dressé un tableau aussi précis que possible, en l’état actuel des connaissances, de toutes les composantes relatives à la tradition chachapoya.
À l’Intermédiaire récent (1000 - 1475 ap. J.-C.), les populations de la vallée de l’Olia, à l’est de l’actuelle ville de Chachapoyas, se distinguaient par leur type de sépulture, les enterrements, par un manque d’iconographie architecturale et par leurs choix architecturaux. Les établissements se caractérisent par une absence de soubassement sur les structures circulaires et par un appareil plus soigné composé de gros blocs calcaires bien taillés de forme parallélépipédique disposés en assises horizontales régulières. Les bases se retrouvent sur les édifices de plan quadrangulaire aux angles arrondis qui sont largement distribués dans cette région, à l’inverse du reste de notre zone d’étude d’où ils sont quasiment absents. Celle-ci présente une relative homogénéité architecturale, bien que deux types de couverture aient pu exister pour les édifices circulaires : une de forme conique en matériaux périssables et une en forme de voûte. Cette dernière a pu être en usage dans le nord de la province de Luya. Les populations préincas de cette région installaient leurs défunts dans des sarcophages appelés purunmachus par les habitants actuels mais aussi dans des chullpas de plan semi-circulaire dont l’antiquité ne peut être définie avec exactitude. Plus au sud, les morts étaient déposés de façon commune dans des chullpas, possédant parfois deux niveaux, de plan quadrangulaire à la maçonnerie soignée. Ces sépultures sont caractéristiques des populations préhispaniques des forêts de l’est et connaissent une large distribution. On les retrouve dans une zone à cheval sur les départements d’Amazonas, de la Libertad et de San Martín mais aussi dans la portion du département de San Martín incluse dans notre zone d’étude. À cause des pillages et des dégradations naturelles, les différents soins apportés aux défunts sont mal connus. À la Lagune des Momies, une fois le corps décomposé, les os étaient disposés dans des paniers ou enroulés dans des tissus, puis entreposés dans les chullpas. Ces pratiques funéraires caractérisent les populations qui ont habité dans cette région.
Le zigzag, représentation hypothétique du serpent, est le motif de plus grande diffusion et fréquence parmi les expressions symboliques des populations de tradition chachapoya. De fait, le probable culte du serpent s’est propagé dans quasiment la totalité de notre zone d’étude et aurait été partagé par l’ensemble des habitants. Sa mue évoque le renouvellement de la vie, ce qui pourrait expliquer son association avec des chullpas et des sarcophages. Cette relation avec le monde de la mort le reliait aussi probablement au monde ancestral. La symbolique portée par le losange, représentation possible du félin, caractérise les croyances des populations de la région localisée au nord de Leimebamba. Au sud, le culte du félin disparaît au profit d’une croyance incarnée par la grecque, encore mal identifiée mais peut-être en relation avec le monde guerrier, lui-même lié à la protection des cultures. Cependant, la vallée de l’Olia reste à l’écart de ce schéma. Dans tous les cas, cette disparité des divinités et des croyances d’une zone à l’autre permettait à ces populations de se démarquer, chacune d’entre elles affirmait ainsi son identité : ces motifs identifiaient des zones où différentes croyances prévalaient. Ils avaient donc, en plus, une valeur sociale. La limite aurait été vers l’actuel village de Leimebamba où, un site comme La Congona abrite ces différentes représentations. Là, se serait produite la fusion de ces croyances, ou tout au moins de la représentation symbolique de croyances ou/et de divinités, indiquant ainsi l’importance de cette région comme point de rencontre des différentes conceptions de ces populations. D’ailleurs, Leimebamba fut choisie par les Incas pour célébrer la fête du soleil. Il y avait probablement dans cette démarche un désir d’imposer un culte en lieu et place des cultes locaux. Ce qui renforce ainsi l’hypothèse de l’importance de cette région, notamment du site de La Congona, pour les populations préincas.
Celles-ci étaient organisées en ayllus , indépendants les uns des autres mais qui entretenaient d’étroites relations. Il n’y avait pas de structure politique unifiée et pas d’armée permanente, comme cela se voit dans un État, mais une confédération à base d’alliances se créait dans les moments d’urgence sous la tutelle d’un curaca dominant. Ainsi que nous le montrent les chroniques, ces systèmes d’alliances ont pu varier au cours du temps, lors des conquêtes réalisées par les différents Incas mais peut-être, aussi, bien avant. Ces derniers conquirent cette région aux environs de 1470 ap. J.-C. en y pénétrant par le sud et en suivant l’axe de la cordillère. Ils voulaient très certainement contrôler les richesses minières et se procurer un accès vers la forêt. À leur arrivée, les différentes populations se liguèrent pour leur résister. Elles opposèrent une forte résistance et se rebellèrent plusieurs fois. Cette rébellion s’exprima par les armes mais aussi par le maintien de leur identité puisqu’elles continuèrent à utiliser leurs symboles.
L’agriculture était au cœur de l’organisation des établissements. Ils occupaient le sommet des montagnes pour répondre à des nécessités agricoles, tout au moins dans le sud de l’actuel département d’Amazonas, mais aussi pour des raisons stratégiques. Ainsi, les populations avaient accès aux terres fertiles et, en même temps, disposaient d’une bonne visibilité sur leurs voisins mais aussi sur les vallées qui étaient des voies de pénétration à l’intérieur de leur territoire respectif.
L’étude de la céramique nous enseigne que, contrairement à d’autres régions du Pérou, nous n’avons pas de traces d’occupation remontant au Formatif. Les premières manifestations céramiques datent de l’Intermédiaire ancien.
Les habitants de la région de Cuelap possédaient des récipients d’une plus grande variété de formes et de décors que ceux de la région de Chuquibamba qui, en revanche, présentent une cuisson mieux contrôlée. La région de Cuelap a vu l’apparition du motif sinusoïdal en premier, dès l’Intermédiaire ancien. Ce décor réalisé par pastillage caractérise la céramique de tradition chachapoya et peut être mis en relation avec le motif en dents de scie présent sur les bâtiments. Au début de l’Intermédiaire récent, les établissements se font plus nombreux, les contacts plus marqués, les formes et les décors céramiques se diffusent, ce qui est en adéquation avec l’affirmation de la tradition chachapoya. Le motif sinusoïdal se propage à partir de Cuelap et une unification iconographique, et donc certainement des croyances, se réalisent. Cependant, les différentes pratiques funéraires ainsi que les différents symboles attestent de la relative indépendance que partageaient ces populations.
À cette époque, la région de Cuelap se démarque par ses tasses de parois divergentes, par les rebords ajoutés et les bords d’ollas fortement retournés sur l’extérieur. Autant d’éléments absents de la région de Chuquibamba mais que l’on retrouve dans la vallée de l’Olia, mis à part les rebords ajoutés. Cela atteste qu’en fonction des régions, des formes de céramiques précises étaient privilégiées pour les échanges.
Si l’on considère l’étendue du Pérou, ces populations ne semblent pas avoir participé, à une large échelle géographique, à des relations d’échanges avec le reste du pays, si ce n’est avec leurs proches voisins. Leurs besoins basiques devaient être comblés par la richesse de leur environnement dont elles avaient très certainement une connaissance prononcée. Bien que la profonde vallée du Marañón présente un véritable obstacle topographique, la céramique cajamarca du type cursif - Cajamarca III - était largement distribuée pendant l’Horizon moyen (600 - 1000 ap. J.-C.) et les contacts avec cette région devaient être privilégiés. Cependant, on ne retrouve pas de céramique de tradition chachapoya dans la zone de Cajamarca. Cela atteste de relations, certainement au travers d’échanges de produits périssables, telles des denrées et des plantes médicinales très présentes dans la région de Chachapoyas, connues et usitées par les populations préhispaniques.
Malgré cette relative autonomie, on a pourtant découvert des spondyles dans des caches souterraines dans la région d’Uchumarca, mais aussi à Cuelap. Avec les nombreux tessons de céramique de tradition chachapoya retrouvés sur le site de San José del Moro, ils attestent de relations entre la côte nord et notre zone d’étude. Cependant, nous manquons d’informations pour réellement comprendre l’ensemble de ces relations.
Quant à l’origine de la tradition chachapoya, elle pose problème. Les chercheurs essayent de déterminer une origine unique à un phénomène pluriel. En raison de sa situation géographique à la jonction des aires culturelles andine et amazonienne, la tradition chachapoya est très certainement constituée d’éléments ayant différentes origines. Tout comme il est envisageable qu’au cours du temps, les populations se soient enrichies au contact de ces deux aires culturelles même si, comme nous l’avons mentionné, les échanges étaient vraisemblablement assez limités.
Dans cette thèse, nous avons rassemblé l’essentiel des connaissances relatives à la tradition chachapoya. La confrontation, l’étude et l’analyse des données issues des chroniques des XVIème et XVIIème siècles, de la littérature scientifique, et de nos propres données de terrain, nous ont permis à ce jour de clarifier certains points sur lesquels jusqu’alors il subsistait des zones d’ombre. Mais, les données archéologiques sont encore rares et notre étude ne peut présenter qu’une image incomplète de cette tradition, et donc une image incomplète de ses composantes.
Nous pensons que les populations de tradition chachapoya vivaient en étroites relations et partageaient de nombreux traits culturels mais qu’en même temps, elles marquaient leurs différences par leurs iconographies, leurs types de sépultures et les rites funéraires s’y rattachant, l’architecture et les productions céramiques. Aussi, nous savons que, désormais, nous ne devons plus regarder la tradition chachapoya comme un ensemble de manifestations culturelles homogènes si nous voulons avoir la vision la plus exacte possible de la réalité préhispanique. Mais, par l’archéologie de terrain, l’envisager comme infiniment plus complexe, en espérant que la richesse des découvertes à venir nous permettra d’avancer et de compléter nos connaissances, tant sur les populations qui composent cette tradition que sur les différentes manifestations qui leur sont propres.
Contribution à l’étude du parcours poétique à Chypre : 1878 - 1964
Vendredi 28 mai 2004
14h30
centre Malesherbes, salle 322
108, Bd Malesherbes
75017 PARIS
Mme Louisa CHRISTODOULIDOU PAN soutient sa thèse de doctorat :
Contribution à l’étude du parcours poétique à Chypre : 1878 - 1964 . La question de la restauration nationale : Mythe ou réalité ?
en présence du Jury :
M. ARGYRIOU (STRASBOURG II)
M. JACOVIDES-ANDRIEU (PARIS IV)
M. PANTELODIMOS (ATHENES)
M. TONNET (PARIS IV)
Contribution à l’histoire de la notion de perception en Grèce ancienne
Samedi 13 décembre
14 h
Centre Malesherbes, Amphi 122
108, bd MAlesherbes
Paris 17e
Mme Isabelle BOEHM soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Contribution à l’histoire de la notion de perception en Grèce ancienne
en présence du Jury :
M. BASSET (LYON II)
M. BILLAULT (PARIS IV)
Mme BOUDON-MILLOT (PARIS IV)
M. JOUANNA (PARIS IV)
M. LEVET (LIMOGES)
Mme SKODA (PARIS IV)
Contribution à une étude de la transitivité en français
Lundi 4 octobre 2004
14 h
Sorbonne - Paris IV
Salle Paul Hazard, escalier C, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. SANG-JUN PARK soutient sa thèse de doctorat :
Contribution à une étude de la transitivité en français
en présence du Jury :
Mme CHOI-JONIN (TOULOUSE II)
M. FRANCOIS (CAEN)
M. LEMARECHAL (PARIS IV)
M. POTTIER (INSTITUT)
Contribution à une étude sur la littérature orale. Chants et chansons modernes en République Centrafricaine : valeur expressive, valeur didactique
Jeudi 25 novembre 2004
9 h
Maison de la Recherche, salle D117,
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Anne GRESENGUET soutient sa thèse de doctorat :
Contribution à une étude sur la littérature orale. Chants et chansons modernes en République Centrafricaine : valeur expressive, valeur didactique
en présence du Jury :
Mme BEAUMGARDT (INALCO)
M. CHEVRIER (PARIS IV)
M. LECHERBONNIER (PARIS XIII)
M. NGAL (ZAIRE)
Convergences et divergences de la musique et des beaux-arts autour de l’idéal classique en France
Samedi 15 janvier
14 h
Salle G366, en Sorbonne, Esc. G
17 rue de la Sorbonne
75005 Paris
Mme Dominique ESCANDE soutient sa thèse de doctorat :
Convergences et divergences de la musique et des beaux-arts autour de l’idéal classique en France
En présence du Jury :
Mme BARBE (PARIS IV)
M. DENIZEAU (PARIS IV)
M. GUIOMAR (PARIS IV)
Mme LASSUS (LILLE III)
M. SABATIER (CNSMP)
Conversion et liberté dans les royaumes barbares d’Occident de l’Edit de Théodose à la conquête arabe
Vendredi 5 décembre 2003
14 heures
Ecole Nationale Supérieure
Salle A2
48, boulevard Jourdan
Paris 14ème
M. Bruno DUMEZIL soutiient sa thèse de doctorat :
Conversion et liberté dans les royaumes barbares d’Occident de l’Edit de Théodose à la conquête arabe
En présence du Jury :
M. GUILLOT (PARIS IV)
M. JUDIC
M. ROUCHE (PARIS IV)
M. SOT (PARIS IV)
M. WOOD (LEEDS)
Création et communication chez Lautréamont
Samedi 3 juillet
14 h 30
Louis Liard, Rectorat
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Taichi HARA soutient sa thèse de doctorat
Création et communication chez Lautréamont
en présence du Jury :
M. BERTRAND (LIEGE)
M. BESNIER (LE MANS)
M. COMPAGNON (PARIS IV)
M. GUYAUX (PARIS IV)
M. STEINMETZ (NANTES)
Création et participation : le monde au seuil de l’Être
Vendredi 19 décembre
14 h 30
En Sorbonne, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Tatiana BARAZON soutient sa thèse de doctorat :
Création et participation : le monde au seuil de l’Être
en présence du Jury :
M. DAVAL (REIMS)
M. MAGNARD (PARIS IV)
M. MATTEI (NICE)
M. PINCHARD (LYON III)
Critique et herméneutique. La forme de la philosophie
Lundi 27 septembre
14 heures 30
Amphithéâtre Descartes
17 rue de la Sorbonne
75005 Paris
M. Denis THOUARD soutient sa thèse d’habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Critique et herméneutique. La forme de la philosophie
en présence du Jury :
M. BORSCHE
M. COURTINE (PARIS IV)
M. ESPAGNE (ENS)
M. FICHANT (PARIS IV)
M. LAKS (LILLE III)
M. MOREAU (PARIS IV)
M. WISMANN (EHESS)
Critique littéraire et socialbilité de la fin de l’Ancien Régime au Romantisme
Mercredi 22 novembre 2006
14 heures
En Sorbonne, salon de la Présidence, 1er étage
54, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Eric FRANCALANZA soutient sa thèse d’habilitation à diriger des Recherches (HDR) :
Critique littéraire et socialbilité de la fin de l’Ancien Régime au Romantisme
En présence du Jury :
Mme BERNARD-GRIFFITHS (CLERMONT 2)
Mme GEVREY (REIMS)
M. MENANT (PARIS 4)
M. MOUREAU (PARIS 4)
M. PASCAL (TOULOUSE 1)
Culture antique, théologie et discours polémique dans la littérature chrétienne des premiers siècles
Jeudi 30 novembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Frédéric CHAPOT soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Culture antique, théologie et discours polémique dans la littérature chrétienne des premiers siècles
En présence du Jury :
M. FREDOUILLE (PARIS 4)
M. FREYBURGER (STRASBOURG 2)
M. MATTEI (LYON 2)
M. MORESCHINI (UNIVERSITÉ)
M. ZARINI (PARIS 4)
Culture et écriture dans l’oeuvre de Charles Nodier
Samedi 6 décembre
14 heures 30
Bibliothèque de l’Arsenal
1, rue Sully
75004 Paris
M. Jacques DAHAN soutient sa thèse de Doctorat d’Etat :
Culture et écriture dans l’oeuvre de Charles Nodier
en présence du Jury :
M. CABANES (PARIS X)
Mme MICHEL (PARIS IV)
M. MILNER (PARIS III)
M. NOIRAY (PARIS IV)
M. REGNIER (CNRS)
M. SANGSUE (NEUCHÂTEL)
Culture savante et enjeux politiques en Amérique espagnole coloniale
Lundi 11 décembre 2006
14 heures
Institut Finlandais, l’Auditorium
60, rue des Ecoles 75005 Paris
Mme SONIAVILMA ROSE soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Culture savante et enjeux politiques en Amérique espagnole coloniale
En présence du Jury :
M. BRIESEMEISTER (UNIVERSITE)
Mme CHANG-RODRIGUEZ (NEW-YORK)
M. CLEMENT (PARIS 4)
Mme EZQUERRO (PARIS 4)
M. GRUZINSKI (EHESS)
M. ITIER (INALCO)
Mme MOLINIE (PARIS 4)
D’Egypte en France. Francophonie littéraire et rencontre de cultures
Vendredi 9 décembre 2005
14 heures
École Normale Supérieure
Salle des Actes
45, rue d’Ulm
Paris 5e
M. Daniel LANCON soutient son Habilitation à diriger les recherches :
D’Egypte en France. Francophonie littéraire et rencontre de cultures
En présence du Jury :
M. MURAT (Paris 4)
M. COMBE (Paris 3)
Mme FINCK (Strasbourg 2)
M. MOUSA (CNRS)
M. NÉE (Poitiers)
Dans l’angle mort de l’histoire : Agostino J. Sinadino (Le Caire, 1876- Milan, 1956) ou le Grand Livre égaré entre les langues
Samedi 9 décembre 2006
14 heures
A la Maison de la Recherche, Salle D323, 3ème étage
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Paul-André CLAUDEL soutient sa thèse de Doctorat :
Dans l’angle mort de l’histoire : Agostino J. Sinadino (Le Caire, 1876- Milan, 1956) ou le Grand Livre égaré entre les langues
En présence du Jury :
M. GENOT (PARIS 10)
M. GHIDETTI (FLORENCE)
M. LANCON (TOURS)
M. LIVI (PARIS 4)
M. MASSON (PARIS 4)
Partagée entre les pays et les langues, l’œuvre d’Agostino J. Sinadino, composée de huit livres publiés entre 1898 et 1934 à des tirages très limités, a totalement sombré dans l’oubli. Pourtant, le parcours de ce poète ne saurait être réduit à celui d’un mineur. Par sa conception très exigeante de l’activité poétique, héritée de Mallarmé, ce poète bilingue, écrivant à la fois en italien et en français, parcourt les souterrains de la modernité : entre Alexandrie, Milan et Paris, son chemin croise les figures les plus influentes de sa génération, de Lucini à Marinetti, de Gide à Valéry. Autour de ce singulier éclaireur, resté à l’écart de la mémoire collective, s’est construite une analyse en trois temps : à une première reconstitution documentaire succède une interprétation interne, qui amène à un élargissement critique, portant sur les catégories de la valorisation et les possibilités d’une réintégration. En montrant comment ce vétéran du symbolisme traverse son époque pour devenir un précurseur de l’hermétisme et de la poésie pure, il s’agit de pointer, à travers un phénomène marginal, le rôle essentiel de l’anachronisme et du contretemps dans les dynamiques de l’histoire littéraire.
Divided between countries as well as languages, Agostino J. Sinadino’s work comprises 8 books, published in very limited editions between 1898 and 1934. Despite their significance, these works fell into complete oblivion. Agostino J. Sinadino, a very versatile poet who wrote in French as well as Italian, had a highly demanding conception of poetry-making, inherited from Mallarmé. From Alexandria to Paris and Milan he explored Modernity’s subterraneans and met some of the most influential figures of his generation, including Lucini, Marinetti, Gide and Valéry. Our analysis focuses on three aspects, with a first part on documents, leading to a critical interpretation concerned with the possibility of reintegrating Agostino J. Sinadino’s work in literary history. The purpose of this work is to try and better understand the inner workings of literary history’s dialectics, with an emphasis on the notions of anachronism and historicity, by showing how Agostino J. Sinadino, one of Mallarmé’s first followers, became a forerunner of hermetism and pure poetry.
Position de thèse :
1 - Un fantôme littéraire
Agostino John Sinadino appartient à cette catégorie d’auteurs que l’on dirait condamnés à une vie clandestine, à une présence retranchée aux marges de l’institution littéraire. De ce poète « sans visage » - dont les premiers critiques reconnaissaient ne savoir « pratiquement rien » - il ne reste aucune trace consistante, sinon quelques indices dispersés autour d’un vide : un nom inscrit sur la couverture de ses livres (Agostino J. Sinadino), deux dates qui marquent le début et la fin de sa parabole biographique (Alexandrie 1876 - Milan 1956), et une œuvre qui s’effeuille en de rares volumes dont chaque détail, de la reliure à la typographie, semble obéir à une double exigence d’élégance et de sophistication. Au total, l’auteur a laissé derrière lui neuf livrets, publiés entre 1898 et 1934 : six recueils, un poème, un récit, et une traduction.
De ces minces plaquettes réalisées sur papier vélin avec des encres de couleur, imprimées à des tirages très limités puis distribuées hors commerce - plaquettes dignes de figurer dans la bibliothèque d’Entragues ou de Des Esseintes -, la liste des lieux d’impression esquisse une géographie en réduction, qui est déjà en elle-même appel à la poésie : Alexandrie, Lugano, Milan, Paris, New York (c’est-à-dire les capitales du Levant, de l’Europe et du Nouveau Monde), se côtoient dans l’inventaire des achevés d’imprimer ; cet éparpillement des volumes, disposés en une nébuleuse internationale, contribue au brouillage de la réception : l’œuvre apparaît totalement pulvérisée, presque impossible à reconduire à un projet unitaire, à une origine constante. Ne reste que ce tableau impersonnel, cette mosaïque de la « disparition élocutoire », ce mirage « anonyme et parfait comme une existence d’art ».
Agostino J. Sinadino se présente en effet comme une figure sans contours, au bord de la dissolution, tant du point de vue de l’existence sociale que de l’inscription dans la vie littéraire. C’est sans doute la caractéristique la plus frappante de cette expérience poétique, lorsqu’on l’aborde pour la première fois : on peut rencontrer les œuvres du poète, dispersées çà et là, dans le catalogue de certaines grandes bibliothèques - Biblioteca Nazionale de Florence, Biblioteca Braidense de Milan, Bibliothèque Nationale de France - ou dissimulées dans des cadres plus confidentiels - Bibliothèque Cantonale de Lugano, Biblioteca foresiana de l’Île d’Elbe, Vittoriale degli Italiani -, voire au domicile de certains bibliophiles éclairés - comme chez le critique d’art et collectionneur Armando Audoli -, on peut également consulter sans difficulté l’anthologie réalisée en 1972 par Glauco Viazzi, ou l’essai qu’a signé à son sujet Ernesto Citro, mais au-delà de ces quelques lectures, il apparaît extrêmement difficile de redonner une épaisseur, fût-elle minimale, à ce fantôme littéraire.
L’effacement, la réduction des données touchent tous les types de documents qui concernent Sinadino, des fiches d’état civil qui enregistrent sa naissance jusqu’à la trace qui a traditionnellement pour fonction de résumer la vie d’un individu : le nom du poète n’apparaît même pas sur la dalle qui couvre sa sépulture, dans la galerie du Cimitero Monumentale où repose son corps. La pierre lisse ne conserve aucun signe de celui qu’elle abrite. Quant aux témoignages de ses contemporains, ils sont particulièrement rares, malgré les réseaux et les contacts souvent prestigieux dont Sinadino pouvait se prévaloir . Parmi ceux-ci, les quelques pages de présentation que Gian Pietro Lucini consacre à Sinadino en 1908 dans Il verso libero (essai monumental censé offrir un panorama complet de la production poétique contemporaine) représentent le document le plus développé qui nous soit parvenu sur le poète . Mais là encore, Sinadino se révèle insaisissable ; dans l’embarras devant cette figure excentrique, Lucini en vient dans son ouvrage à multiplier les références littéraires, les entrelacs et les arabesques : présenté comme un personnage de conte fantastique atteint d’une douce folie, né du croisement entre une « danseuse milanaise » et un « pacha levantin », le poète se transforme au fil du texte en un personnage de roman, et laisse derrière lui, encore une fois, une absence. Faute de documents, cette silhouette sans profil, cet « homme désertique et labyrinthique », finit par se confondre avec son seul résidu, sa trace, son empreinte, son précipité littéraire : les livres eux-mêmes.
La principale conséquence de cette résistance obstinée au regard du lecteur est une difficulté critique : difficulté à réduire ou à cerner cet ensemble de traces qui obéissent à un mouvement centrifuge. D’un côté, la personne de Sinadino résiste à toute tentative de classement : Sinadino se laisse malaisément ramener à une figure reconnaissable, à un paradigme biographique, à une dérivation culturelle. Sa biographie n’est pas une histoire, mais bien plutôt une géographie. Tantôt trop riche en événements, tantôt criblée d’énigmes, elle passe et repasse par au moins quatre pays qui compartimentent son expérience : l’Égypte, l’Italie, la France et les États-Unis ; par sa fragmentation, l’existence de Sinadino résiste d’elle-même à tous les schémas pré-construits de l’« illusion biographique » relevés par Bourdieu, en particulier à ce mythe de la linéarité et de la cohérence, fondé sur le « postulat du sens de l’existence racontée » ; son histoire, noyée dans la sociabilité littéraire du début du Vingtième siècle - qui voit s’épanouir, pour reprendre le mot de Larbaud, une véritable « Internationale intellectuelle » -, n’offre aucune prise au « récit de vie ».
De l’autre, la production littéraire de Sinadino ne permet aucune assimilation à un mouvement, une école, un cénacle : ses œuvres sont non seulement des œuvres des marges, hors d’une ligne précise, pour lesquelles, par exemple, le qualificatif de « symboliste » se révèle inexact (le symbolisme peut, tout au plus, qualifier un lieu d’origine ou un pôle d’attraction de son écriture, mais non son point d’arrivée, ni ses stations principales), mais aussi des œuvres partagées entre les sources et les influences, qui synthétisent des tendances parfois très divergentes : ainsi, pour s’en tenir au seul point de vue de l’univers culturel de référence, la production de Sinadino se divise entre littérature italienne, littérature française et littérature francophone d’Égypte ; ses œuvres se distribuent selon ces trois espaces, et leurs modèles respectifs.
Au déplacement perpétuel entre les pays et les langues correspond ainsi un autre type de passage et de contrebande, littéraire cette fois : entre l’imprégnation et l’expérimentation, Sinadino garde une trace, dans son écriture même, de ses divers lieux de séjour. De ce fait, à force de rassembler - pour les refondre ensuite - les éléments les plus disparates de son expérience de lecteur, ce touche-à-tout génial contribue en profondeur au renouvellement des formes fixes du premier symbolisme, à leur transition vers les nouvelles configurations de la modernité. Malgré sa singularité, sa figure entre en résonance avec ses contemporains les plus novateurs, en nourrissant secrètement la veine “métaphysique” de l’hermétisme et le filon ‘‘onirique’’ du surréalisme.
2 - Les facteurs historiques d’une ‘‘malédiction’’
Il est essentiel de considérer - pour pouvoir, dans un second temps, restituer sa cohérence à l’expérience de Sinadino - les causes d’un état de fait si singulier : cela permettra par ailleurs de lever une ambiguïté fondamentale. Cette absence au monde, cet effacement peuvent se considérer selon deux perspectives. Elles peuvent au premier abord - selon une vision légitimiste de l’histoire littéraire - apparaître comme le résultat d’un processus de sédimentation à la fois fatal et nécessaire : l’institution littéraire opère comme chacun sait un jeu de sélection et de grossissement, conduisant à l’opposition constitutive de notre tradition moderne entre “majeurs” et “mineurs”. Dans cette perspective, Sinadino serait un simple mineur, semblable à ces reliquats de l’histoire dont Walter Benjamin réclamait l’étude . Pour n’être pas parvenu, pour de multiples raisons, à gagner une visibilité suffisante dans le panorama culturel, pour n’avoir pas eu non plus - du fait de son cosmopolitisme et de son écriture en plusieurs langues - la possibilité d’être absorbé par une “littérature nationale”, Sinadino n’aurait pas été intégré à la mémoire collective considérée en tant que survivance ou passé pertinent. Son étude vaudrait alors pour l’anecdote, la curiosité, le goût de la « vie minuscule » - et dans le même temps, servirait de révélateur des critères adoptés par une culture pour se constituer en tradition.
Cette exploration de l’œuvre de Sinadino comme parcours dans les coulisses de l’histoire constitue une voie de recherche complexe et fascinante . Il y aurait en particulier à s’interroger, pour ce qui est de la littérature italienne, sur sa place dans une génération de poètes active à la fin du Dix-neuvième siècle - génération particulièrement inventive mais presque totalement occultée par la critique, comme si l’aube de la poésie moderne, fixée arbitrairement quelques années plus tard, faisait replonger dans les ténèbres et la barbarie, par un simple effet de contraste, toute la période précédente . Mais il existe une deuxième perspective - non pas opposée mais complémentaire, et tout aussi féconde - qu’il faut impérativement superposer à la première : cette perte de mémoire collective ne serait pas seulement un état subi a posteriori, mais une condition voulue, ou du moins librement acceptée, du vivant de l’auteur. L’œuvre de Sinadino serait à considérer comme la construction volontaire d’un “champ de l’absence”, comme un projet littéraire finalisé, dans le prolongement de ce que l’on pourrait appeler une poétique de l’effacement.
Malgré son isolement, en effet, Sinadino a été en contact avec des personnalités littéraires de tout premier plan (André Gide et Paul Valéry en France, Gian Pietro Lucini en Italie, Constantin Cavafy à Alexandrie), ainsi qu’avec des animateurs culturels plus discrets, mais néanmoins très influents (Henri Thuile et Stephanos Pargas en Égypte, Giuseppe Vannicola en Italie). Signe que son invisibilité apparente n’excluait ni son appartenance à une communauté sans frontières d’artistes et d’écrivains - la « République mondiale des lettres » en cours de constitution , - ni sa participation à leurs débats esthétiques. Certains de ses textes, comme le surprenant poème La festa (1901), semblent même avoir exploré des pistes de recherche inédites, bientôt reprises par d’autres auteurs. Pour isoler deux influences, les expérimentations typographiques menées par Sinadino au tournant du siècle semblent anticiper de presque dix ans les recherches sur les aspects visuels du poème développées par Marinetti à partir des « mots en liberté » et de la technique du collage (comme n’ont pas manqué de le remarquer certains détracteurs du futurisme ), et certains stylèmes que l’on rencontre dans les premiers recueils de Sinadino annoncent un type d’écriture qui triomphera en Italie bien des années plus tard, avec l’hermétisme (ce qui a conduit par exemple Glauco Viazzi à estimer que Sinadino serait « le fil secret qui relie Mallarmé à Ungaretti »).
L’absence, l’oubli de Sinadino, doivent impérativement être considérés sous ce jour : la “solitude essentielle” du poète n’est pas de la même qualité que celle d’un écrivain isolé, d’un auteur d’arrière-garde, voire d’un pur et simple raté. Elle s’accompagne d’une contribution, silencieuse et peut-être paradoxale, mais néanmoins active, à ce qu’on a pu nommer l’« accélération esthétique » du début du siècle ; de ce point de vue, il n’y aurait ni à évoquer un hypothétique “accident de l’histoire” ayant conduit à l’oubli de son nom, malgré son mérite (selon une vision méritocratique de l’histoire littéraire), ni à déplorer qu’une absence de “vision stratégique” ait pu lui faire perdre ce que Julien Gracq nommait « l’omnibus du progrès » (selon une vision du champ littéraire comme espace d’auto-promotion) ; beaucoup plus radicalement, la voie clandestine de Sinadino semble relever d’un choix individuel, d’un acte extrême de sprezzatura : le poète considère apparemment la cécité de la collectivité comme une part essentielle - ou un critère d’évaluation - de l’écriture, vécue comme une activité réservée à quelques élus (dont le jugement est seul à compter), voire une recherche abstraite et impersonnelle (un jeu sur le langage qui n’a pas besoin de spectateurs) : qu’il soit payé en retour par le silence n’est que la conséquence logique de cette décision. À distance d’un siècle, le secret obstinément cultivé par Sinadino, dont la clef nous est refusée, finit d’ailleurs par provoquer un renversement magistral des perspectives : ce n’est pas le poète qui est enfermé dans les ténèbres de l’histoire, mais le monde entier et nous-mêmes, ses lecteurs .
Ce processus de malédiction volontaire porte la trace d’une série de modèles - modèles communs à une génération, mais dont Sinadino semble radicaliser le message. On songe d’abord à l’idéal de « dépossession » cher au Ménalque des Nourritures terrestres ; il y a une continuité certaine entre la valorisation gidienne - reprise par Sinadino - d’un « état nomade, sans attaches, sans possession », et le consentement à se laisser, justement, dessaisir de tout héritage, fût-il littéraire : un désir d’être à la fois hors du monde des hommes et hors de leur mémoire. Cet idéal se double, chez Sinadino, d’une conception de la vie littéraire qui renvoie à certains lieux communs de l’esthétique fin-de-siècle, marquée par une multitude de comportements qui représentent l’écriture comme un territoire aristocratique, un espace à la fois restreint et sélectif, parfaitement coupé de la barbarie contemporaine, à l’intérieur duquel la rumeur de la renommée serait moins une récompense qu’un avilissement. Ce type de conduite tient à l’évidence du « dilettantisme », tel que le définit précisément Paul Bourget dans les Essais de psychologie contemporaine : point de doctrine constituée mais une « disposition de l’esprit » hostile à toute instrumentalisation de l’art et de la littérature , regroupant sous sa bannière une confrérie d’esthètes de l’éphémère, qui n’ont d’autres signes de reconnaissance que leur culte solitaire du beau ; Wilde, Gide, le jeune Barrès, participent de ce comportement qui marque la culture des dernières décennies du Dix-neuvième siècle. Mais la paternité spirituelle la plus nette - pour s’en tenir à cette première reconnaissance - semble revenir à Mallarmé, image d’un détachement à la fois social (l’appartement de la rue de Rome est un symbole de ségrégation volontaire) et esthétique (l’idéal de l’« Homme aboli » - derrière le langage lui-même, seul principe de production de l’œuvre - semble toujours à l’horizon de l’écriture de Sinadino).
Le programme mallarméen, greffé sur un style de vie globalement « dilettante », paraît d’ailleurs assimilé par Sinadino jusque dans ses dernières conséquences : la vie elle-même ne vaut que dans sa tension perpétuelle vers le rivage du livre, support de toutes les manifestations du monde. Il ne s’agit pas seulement d’une conception “matérialiste” de l’œuvre comme couronnement de la recherche poétique, mais d’une sacralisation du Livre comme seul horizon de l’existence humaine. Comme l’écrit Sinadino dans La Festa, « Ogni aspetto della Vita - geometricamente - concorre ad una sola FORMA, solenne essenziale immutabile : IL LIBRO ». Nous sommes à l’aube d’un mythe qui, de Mallarmé à Blanchot, se changera bientôt en une véritable hantise : être le dernier écrivain, capable de célébrer une fois pour toutes l’« adieu à la littérature » en donnant tout au livre et rien à la vie. La parenté de l’écriture à la mort, et du livre au tombeau, se lit en filigrane. Très logiquement, le premier espace d’application de cette formule sera l’existence même de Sinadino : en privilégiant l’œuvre - son refuge et son Élysée - le poète se fait ombre et spectre. Sa voix se dissout et se réincarne dans l’épaisseur de quelques pages. En ce sens, il n’est aujourd’hui rien d’autre que ce qu’il a écrit.
3 - Une aspiration à la lumière
Le résultat de ce parcours d’écriture solitaire - insouciant d’une reconnaissance qui, de toute façon, ne viendra pas - est aussi radical qu’une disparition. Tout entier prisonnier de son existence de papier, Sinadino en vient à échapper aux regards, à habiter une sorte de “face cachée de la littérature”. Depuis près d’un siècle, son œuvre subsiste indépendamment des tambours de la réclame. Condition silencieuse au bord de l’oubli, mais non passive : si l’imaginaire est épris d’obscurité, si la mémoire littéraire se développe non sur la base des œuvres visibles mais dans un va-et-vient incessant entre celles-ci et l’espace qu’elles laissent inoccupé, si, en somme, « une littérature vit des œuvres qui ne sont pas lues » (comme le remarque en 1912 le jeune Blaise Cendrars ), alors il n’est pas excessif de dire que l’œuvre de Sinadino a participé, avec tous les « joyaux ensevelis » d’une production culturelle fondée sur la dialectique entre conservation et oubli, à la part d’ombre de la littérature du Vingtième siècle : parole en deuil qui entoure les œuvres existantes et y projette sa lumière noire, espace de l’absence qui en constitue l’enfer.
Les œuvres qui occupent cet univers silencieux sont d’une nature particulière : œuvres réellement existantes, directement consultables mais occultées ; œuvres qui ont bien vu le jour, mais ne se sont pas inscrites dans la mémoire de la modernité. On trouverait là, à côté des volumes de Sinadino, toutes « les apories et les antinomies soustraites des récits orthodoxes », c’est-à-dire la galerie des monstres de l’évolution littéraire. L’histoire culturelle de la première moitié du Vingtième siècle (que l’on définira simplement, pour l’heure, comme moment historique où le nouveau se constitue en valeur presque exclusive), semble en effet se raconter selon une dynamique orientée, en fonction du dénouement auquel elle veut parvenir ; elle retrace une évolution logique et nécessaire, fondée sur des ruptures et des innovations ; elle sélectionne et valorise des œuvres dans le cadre de ce postulat évolutionniste ; elle privilégie l’idée que toute œuvre est dépassement d’une situation antérieure ; elle articule son discours sur une série d’exempla qui illustrent ce fonctionnement. À tel point que l’on peut se demander si les œuvres vraiment indépassables - ou qui ne sont pas intéressées par un quelconque dépassement - ne passent pas inaperçues à ses yeux, si elles ne constituent pas un trésor enfoui, condamné à l’illisibilité par la perspective moderne, incapable de les identifier et de les lire.
C’est bien dans ces limbes de l’évolution littéraire que l’on pourrait situer l’œuvre de Sinadino : ni œuvre d’arrière-garde (comme culte obstiné de l’ancien, en réaction contre l’avant-gardisme), ni expression antimoderne (comme inertie volontaire face au mouvement de l’histoire, et conscience critique de ce mouvement), elle ne s’inscrit dans aucun horizon militant, dans aucune revendication collective (qui lui donnerait au moins une certaine épaisseur). Elle est plutôt un des revers de la modernité, un des résidus de l’histoire - à la fois part maudite du progrès littéraire et centre d’illisibilité dans l’attente d’une lecture nouvelle, d’une éventuelle réévaluation. On ne peut ignorer, en effet, le jeu de réversibilité qui existe entre enfouissement et dévoilement : la place obscure qu’occupent Sinadino et son œuvre dans l’espace littéraire contient la possibilité d’une réponse, d’une réaction, d’un acte de reconnaissance, qui vont bien au-delà de la tentation du révisionnisme posthume. Il y a dans la solitude de Sinadino une attraction du néant, mais aussi un appel à combler les espaces vides, à recomposer une unité, à transformer l’illisible en lisible : invitation désespérée, vœu d’un retour à la lumière. Si, pour reprendre le mot de Mallarmé, le créateur « traverse un tunnel - l’époque », le « tunnel » exprime à la fois le désir et la certitude d’une porte de sortie.
4 - Conditions d’une restauration
C’est cette lecture active, cette restauration critique que nous avons proposé d’accomplir dans cette recherche. Cette remontée à travers des signes dispersés se présente d’elle-même comme une exhumation (rassemblement et identification de traces dispersées) et une reconstitution (réduction des discontinuités, tentative d’intégration de ces vestiges, de ces fragments, dans une trame cohérente). Il s’agit bien, en ce sens, de « brosser à contresens le poil trop luisant de l’histoire » pour “lire” sur son revers élimé la chronique d’une vie oubliée . Mais pour rendre compte plus précisément de cette entreprise, il convient de présenter à la fois les critères de notre méthode d’enquête (tels qu’ils ont été définis puis appliqués pendant ces trois années de recherche), les principes d’exposition des résultats (tels qu’ils apparaissent au fil de notre exposé), et les grands nœuds problématiques rencontrés (en ce qu’ils ont structuré notre propos).
A) Critères d’enquête. Pour les premiers, la priorité essentielle a été de réunir ces fragments dispersés, de reconstituer pierre par pierre ce palais en ruine : d’abord faire jaillir la lumière sur les textes, c’est-à-dire rapporter à la surface, recenser et réparer tous les éléments d’une œuvre qui ne subsiste souvent qu’à l’état de lambeaux, dispersés sur trois continents (certains recueils, publiés à compte d’auteur et distribués à un cercle réduit de connaissances, semblent avoir vécu une existence souterraine depuis le moment de leur publication ; de même, certains poèmes, édités dans des revues au tirage confidentiel, paraissent avoir été condamnés à un repos éternel loin de toute inquisition extérieure). Ce type de recherche, menée sur le terrain, a visé à contrarier l’éclatement matériel de l’œuvre (mais aussi de la correspondance) par son rassemblement en un lieu unique. Pour réaliser cette collecte, la meilleure solution a été de suivre pas à pas l’itinéraire du poète.
Après cette première étape, il a été nécessaire de souder ces éléments les uns aux autres : non seulement recueillir et classer le maximum de textes épars, mais aussi les réunir dans l’unité d’une lecture, qui fasse écho à l’unité première de leur écriture. C’est une évidence, certes, mais on rappellera que très probablement aucun lecteur n’avait lu, jusqu’à aujourd’hui, l’intégralité des poèmes de Sinadino. En ce sens, son œuvre n’existait pas en tant que telle. C’était une pure virtualité, qui, faute d’avoir été actualisée, vivait dans l’attente d’une lecture totale. Il a fallu réintroduire ces textes dans un réseau de sens, leur trouver une situation et une cohérence dans l’espace du corpus, les disposer selon leurs rapports réciproques. Petit à petit se sont dégagées des lignes directrices, des images et des obsessions, permettant d’organiser l’ensemble de l’œuvre. On pourrait parler à ce propos d’une fonction réparatrice offerte au lecteur. Voilà quel a été le foyer de la recherche - à la fois centre, point d’origine, et lieu d’achèvement.
Enfin, dans un dernier temps, cette œuvre reconstituée a pu être livrée à un jeu de comparaisons et d’oppositions, permettant de rapprocher l’expérience littéraire de Sinadino de celle d’autres auteurs, et de préciser sa fonction de passerelle : passerelle entre la France et l’Italie, entre le symbolisme et l’hermétisme, bien sûr ; mais aussi entre d’autres mouvements périphériques : chemins divergents, par rapport à l’esthétique dominante, ou simplement tangents par rapport aux choix de la majorité. Par ce biais, on a pu mesurer enfin la contribution de Sinadino au développement de la poésie moderne.
B) Principes d’exposition. Quant à l’exposition des résultats, elle a été renversée par rapport à cet itinéraire régressif, parcouru des conséquences jusqu’aux principes : elle s’est disposée d’elle-même selon un ordre graduel, en trois volets. On a d’abord tenté, par une première approche biographique, de cerner cet itinéraire, de retrouver les conditions d’émergence et de construction de cette vocation très singulière. La figure de Sinadino s’est à jamais perdue, bien sûr ; on a pu, tout au moins, dessiner l’ombre qu’il a projetée, l’image en négatif qu’il a pu laisser ; non pour sculpter la statue de l’Auteur, mais pour en situer l’expérience et suivre la genèse de ses recueils. Cette quête est d’autant plus légitime que la biographie de Sinadino semble conçue comme une technique de production de sens, qui participe à l’œuvre et l’éclaire : on serait tenté de pasticher, pour l’appliquer au poète, la formule laconique que Blanchot avait choisi de faire figurer en première page de ses ouvrages, à la place de la traditionnelle note biographique, dans l’édition Gallimard de ses œuvres : « sa vie fut entièrement vouée à la littérature et au silence qui lui est propre ».
Il a ensuite été nécessaire, au terme de ce retour sur les “lieux” du poète, d’analyser la somme des œuvres retrouvées, comme expression d’une poétique ouverte sur l’extérieur. Cela nous a amené à identifier un réseau de thèmes et de figures propres à l’univers esthétique de Sinadino, qui semble toujours en expansion, prêt à déborder vers d’autres textes, d’autres disciplines, et à se dissoudre ou à se réduire en poussière. « Inalza l’Oblio tuo fin sopra la Memoria » : cette phrase de Sinadino pourrait être considérée comme une devise non seulement existentielle mais littéraire ; tout l’acte d’écrire tient dans ce geste de dépossession, par lequel le sujet se livre au monde dans la pureté d’une sensation impersonnelle qui le situe hors de l’humanité. Il est significatif que le thème de l’oubli, associé à celui de la disparition, soit au centre de la poétique de Sinadino.
Enfin, il a été essentiel d’analyser la place de ce projet par rapport aux recherches du début du siècle, en observant la contribution des textes de Sinadino à l’éclosion de la modernité littéraire (dans des années cruciales pour la poésie européenne), mais également, en retour, le processus d’enfouissement qui les a sanctionnés ; on en est venu naturellement à considérer le fonctionnement de l’histoire littéraire et les possibilités de jeu avec ses codes - codes que chaque écrivain est plus ou moins disposé à exploiter. Trois voies d’accès à l’œuvre se sont ainsi dessinées :
la première située en amont (du côté de l’auteur, de la production du texte, d’un choix d’écriture) ;
la deuxième centrée sur l’objet (l’œuvre comme expression d’une poétique et comme réalisation de celle-ci dans un réseau d’images) ;
la troisième en aval (les effets d’une réception particulière, l’inscription ou non dans la « tradition moderne »).
C) Protocoles théoriques. Par les questions qu’il a amené à soulever, chacun de ces chapitres s’est révélé autonome : les trois faisceaux de problèmes suscités par l’analyse de Sinadino ont ainsi amené, à chaque reprise, à l’élaboration d’un protocole. À chaque partie son discours de la méthode, dont on peut présenter brièvement les enjeux : au-delà des problèmes d’ordre théorique que pose toute enquête biographique (intérêt même d’une connaissance historique de ce type, caractère nécessairement fictif de la reconstruction d’une vie), au-delà des difficultés pratiques et concrètes de cette recherche particulière (carence des données, vie riche et aventureuse, mémoire triplement occultée : par l’auteur lui-même, par sa famille et ses proches, par l’histoire collective), on s’est demandé, au cours de la première partie, dans quelle mesure Sinadino n’avait pas élaboré lui-même sa destinée de maudit, en organisant sa vie en fonction d’un certain nombre de modèles littéraires.
Le deuxième chapitre visait à retrouver le sens de cet acte d’écrire, à redéfinir la poétique propre aux œuvres de Sinadino, et à esquisser son articulation avec un réservoir de formes, d’images, de figures poétiques. On a tenté pour cela de rassembler ces œuvres disparates autour d’un projet commun. Il a fallu s’interroger sur la validité d’un tel regard unifiant : est-ce que cet ensemble de recueils rédigés çà et là, publiés d’un pays à l’autre, était suffisamment dense et unitaire pour faire œuvre ? Questions essentielles, qui renvoient au problème du rassemblement des textes autour d’une intention commune, à la possibilité de les aborder comme une œuvre complète.
Enfin, en cherchant à redonner une place virtuelle, dans l’histoire littéraire, à l’œuvre de Sinadino, on a été amené à s’interroger sur le fonctionnement de la tradition littéraire et les conditions de création d’une mémoire collective, qui fige des personnages, isole des figures, et en efface irrémédiablement d’autres ; le problème rencontré a été celui de la valorisation (critères implicites de la valeur, possibilité de leur renversement) : on a cherché à déterminer quelle place accorder à Sinadino dans la perspective de l’histoire moderne, au titre de sa participation à un “renouvellement esthétique” - et quelle place lui attribuer, en revanche, si l’on tente de sortir de cette perspective déterministe (une fois que le nouveau n’est plus érigé en valeur absolue, quels critères de substitution peut-on forger pour évaluer son expérience ?).
5 - L’horizon d’une intégration
À travers ces trois séries de questions, ce travail sur Sinadino entend lutter contre la dispersion et l’effacement qui ont caractérisé pendant des années l’œuvre du poète. « Je souffre de cet éparpillement. Dans cette succession d’imperfections, j’aspire à me reposer moi-même dans une abondante unité. Ne pourrais-je réunir tous ces sons discords pour en faire une large harmonie ? » : ces phrases n’ont pas été prononcées par Sinadino, mais par le narrateur de la trilogie du Culte du moi. Ce diagnostic - énoncé par un auteur hanté par ses « mille âmes successives », au terme d’une jeunesse erratique qui n’est pas sans rapport avec celle de Sinadino - pourrait fort bien s’appliquer au poète d’Alexandrie, autre grand « inquiet de la diversité ». Mais à bien y regarder, rien n’est plus opposé à la philosophie d’homme libre et sans amarres à laquelle Sinadino restera fidèle pendant toute sa vie que le désir d’enracinement qui emportera finalement Barrès, et, à sa suite, une génération d’esthètes repentis. Terre, nation, tradition : entre la quête d’une foi dans laquelle se reconnaître et le nomadisme culturel de Sinadino, décidé à vivre entre les pays et les langues, on ne peut imaginer plus grande distance. « O l’assoluto lusso o l’estremo denudamento », écrit Sinadino en 1910, comme en réponse à Barrès . S’il est resté jusqu’au bout un homme sans racines, attaché à un idéal de liberté, de luxe et d’éclectisme, ce travail a cherché à offrir une hospitalité provisoire à la seule mémoire qui semblait compter à ses yeux, celle de sa poésie.
Dans le contexte des Technologies de l’information et de la Communication : une écriture pictographique fondée sur des principes sémantiques
Mercredi 23 novembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Maryvonne ABRAHAM soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Dans le contexte des Technologies de l’information et de la Communication : une écriture pictographique fondée sur des principes sémantiques
En présence du Jury :
M. DESCLES (Paris 4)
Mme CORDIER (Poitiers)
M. HASSOUN (ENSSIB)
M. HATON (Nancy 1)
M. JEANNERET (Paris 4)
M. JUTAND (Brest)
Démons, saints et libertins. Croyances, incroyances et discours au XVII siècle
Mercredi 6 décembre 2006
Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Sophie HOUDARD soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Démons, saints et libertins. Croyances, incroyances et discours au XVII siècle
En présence du Jury :
Mme DENIS (PARIS 4)
M. DUFIEF (BREST)
M. FAVRE (EHESS)
M. FERREYROLLES (PARIS 4)
Mme FRAGONARD (PARIS 3)
M. LE BRUN (EPHE)
Mme MERLIN (PARIS 3)
Démons, saints et libertins. Croyances, incroyances et discours au XVIIe siècle
Mercredi 6 décembre 2006
9 heures
Centre Administratif, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Sophie HOUDARD soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Démons, saints et libertins. Croyances, incroyances et discours au XVIIe siècle
En présence du Jury :
Mme DENIS (PARIS 4)
M. FABRE (EHESS)
M. FERREYROLLES (PARIS 4)
Mme FRAGONARD (PARIS 3)
M. LE BRUN (EPHE)
Mme MERLIN (PARIS 3)
Déplacements et transferts culturels (de la poésie à l’inoculation)
Samedi 4 décembre
9 h 30
En Sorbonne, Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Catriona SETH soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Déplacements et transferts culturels (de la poésie à l’inoculation)
En présence du Jury :
M. DARMON (CNRS)
M. DELON (PARIS IV)
Mme FARGE NORDMANN (EHESS)
M. FRANTZ (PARIS IV)
M. MALLISON (OXFORD)
Mme MERVAUD (ROUEN)
Développement durable : critique et reconstruction du concept
Mardi 23 novembre
14 h
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
M. François MANCEBO soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Développement durable : critique et reconstruction du concept
en présence du Jury :
M. FOUACHE (PARIS IV)
Mme HOTYAT (PARIS IV)
M. ROBERT (PARIS IV)
M. SCHERRER (LYON III)
M. SINGARAVELOU (BORDEAUX III)
de "Sentimento Deltempo" à "Laterra Promessa". Ungaretti lecteur de valéry
Samedi 17 décembre 2005
14 heures 30
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Pratizia EPISTOLARI soutient sa thèse de doctorat :
De "Sentimento Deltempo" à "Laterra Promessa". Ungaretti lecteur de valéry
En présence du Jury :
M. LIVI (Paris 4)
Mme BUFFARIA (Poitiers)
M. GENOT (Paris 10)
M. PETROCCHI (Tuscia)
Position de thèse
Mes années de travail consacrées à l’étude de Valéry et Ungaretti prennent forme, aujourd’hui, dans cette thèse qui m’a beaucoup passionnée et enrichie.
Par cette recherche, commencée en Italie dans le cadre de ma Tesi di Laurea et développée ultérieurement à Paris dans le cadere d’un D.E.A., je voudrais enrichir l’ensemble des études critiques consacrées aux rapports entre Ungaretti et Valéry. Cet ensemble n’est d’ailleurs pas très vaste ; rappelons-en ses pièces essentielles : Liano Petroni, De poète à poète. Ungaretti interprète de Valéry (in Entretiens sur Paul Valéry, Actes du colloque de Montpellier, 16-17 octobre 1971, Paris, P.U.F., 1972, pp. 179-189 ; Luciano Rebay, « Ungaretti a Valéry : dodici lettere inedite. 1924-1936 », in Italica, LVIII, 1981, n. 4, pp. 312-323 ; Jorn Moestrup, « Ungaretti e Valéry », in Atti del Convegno Internazionale su Giuseppe Ungaretti, Urbino, 3-6 octobre 1979, Urbino, Ed. 4Venti, 1981, 2 voll., t. I, pp. 33-46 ; Anna Lo Giudice, « “Mio caro maestro”. 10 lettere inedite di Ungaretti a Valéry », Atti del Convegno su Giuseppe Ungaretti e la cultura romana, Roma, 13-14 novembre 1980, Roma, Bulzoni, 1983, pp. 173-189.
Qu’il me soit permis de renvoyer également à mes propres articles : « I saggi di Ungaretti su Paul Valéry », in Otto/Novecento, 5, XVIII, septembre-octobre 1994, pp. 215-227 ; « Présence de Valéry dans la poétique ungarettienne », in Bulletin des Etudes Valéryennes, 22e année, novembre 1995, n. 69/70, pp. 63-100 ; « Sentimento del tempo e la poesia di Valéry », in La Rassegna della Letteratura Italiana, janvier-juin 1998, 102e année, Firenze, Le Lettere, pp. 109-120 ; « Ungaretti, Valéry e Contu : nuove luci » in Revue des Études Italiennes, n. s., t. 49, n° 1-2, janvier-juin 2003, p. 95-111.)
Grâce à la quantité considérable de matériaux nouveaux - publiés, peu connus ou inédits -, consultés dans les archives et dans les bibliothèques italiennes et françaises, on a pu constater que les rapports entre Ungaretti et Valéry s’inscrivaient dans un réseau complexe qu’il fallait analyser de plusieurs points de vue. Dans ce travail on a donc abordé ce sujet sous différents aspects : la « fortune de Valéry en Italie » - pour utiliser une formule quelque peu désuète -, et les essais critiques qu’Ungaretti et les autres écrivains et critiques contemporains lui ont consacrés ; les influences du poète français sur Ungaretti, leur rencontre et leurs échanges épistolaires ; leurs affinités et les influences croisées. Il a paru nécessaire d’utiliser, selon les chapitres et les sujets traités, deux approches critiques complémentaires : une approche chronologique ou historique pour les parties concernant la « fortune de Valéry en Italie », ses voyages en Italie, sa réception critique dans la péninsule, sa correspondance avec les écrivains italiens ; une méthode thématique pour l’analyse intertextuelle, et pour l’étude des affinités et des influences réciproques.
Dans le premier chapitre, intitulé L’œuvre de Valéry dans les milieux littéraires italiens de l’après-guerre, suivant une perspective chronologique, j’ai montré qu’au début des années vingt l’œuvre de Valéry a commencé à être appréciée en Italie surtout grâce aux jeunes poètes que l’on appellera plus tard « hermétiques » et qu’elle est devenue l’objet et le catalyseur d’études et de discussions littéraires passionnées. La poésie valéryenne mène tout droit à la poésie pure et à l’« hermétisme » italien : l’emprise de Valéry se situe non seulement sur le plan de la pratique de la poésie, mais également sur celui de la réflexion sur l’acte poétique (« les intentions ») ; elle pose les bases théoriques d’une nouvelle façon de concevoir la poésie.
À l’intérieur du débat et de ces réflexions il convient de reconnaître à Ungaretti un rôle très important, surtout dans la « découverte » de Valéry en Italie. Ungaretti tient le poète français pour le Léonard que les avant-gardes n’ont jamais connu ; il le considère comme le porteur d’un esprit nouveau qui a conduit l’art sur « une route parallèle à celle où voyage la science ». L’entreprise d’Ungaretti est soutenue par Emilio Cecchi et Alfredo Gargiulo, qui créent autour du poète français un mouvement de « renouvellement » poétique, construit aussi à la lumière des essais littéraires et des articles de Valéry. Ungaretti, Cecchi et Gargiulo marquent, dans le milieu intellectuel italien de l’après-guerre, une nouvelle période littéraire : ils sont les intermédiaires entre la poésie pure valéryenne et l’Italie, entre la nouvelle critique stylistique et l’Italie.
De même, les conférences et les voyages de Valéry à Milan et à Rome, posent les bases pour des liens de plus en plus étroits entre les milieux littéraires italiens et français. En particulier, en 1924 Valéry est invité à Milan par Il Convegno, la revue dirigée par Enzo Ferrieri de 1920 à 1940.
C’est à Ungaretti et à Cecchi, auteurs des premiers articles sur l’écrivain français, qu’ on a voulu accorder une attention particulière. Leur propos se situe dans le dessein poétique de « retour à l’ordre » inscrit dans le projet d’expérimentation de La Ronda, auquel Ungaretti et Cecchi ont adhéré. Il y a là une certaine originalité, étant donné qu’à partir de 1925 la plupart des essais critiques italiens ont tendance à présenter au public plus le Valéry philosophe et théoricien que le poète, en exaltant L’Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, La Soirée avec Monsieur Teste, Eupalinos ou l’Architecte et L’Âme et la Danse. De plus, les intellectuels italiens semblent vouloir obstinément chercher dans l’esthétique valéryenne un pendant à l’esthétique de Croce, même si les intentions de Valéry étaient autres.
Après avoir analysé la correspondance entre Ungaretti et Valéry, qui commence en 1924, on a voulu démontrer que c’est plutôt Ungaretti poète qui a découvert Valéry dès 1919 (comme on le lit dans des lettres à Soffici et à Papini), tandis que le critique ne s’intéresse à lui qu’à partir de 1924, lors de la pubblication d’ « Esordio » (in Lo Spettatore Italiano, 1er mai 1924), et lors de sa première rencontre avec le poète français à Rome. L’intérêt d’Ungaretti pour Valéry naît avant 1924, ce clinamen est antérieur à leur rencontre : ses analyses se déplacent progressivement des textes aux essais, de la poésie aux programmes.
Lorsque Ungaretti publie un article sur Valéry, le 1er mai 1924, d’autres essais avaient déjà paru Italie sur le poète français. Il s’agit de trois articles d’Emilio Cecchi : « Charmes di Paul Valéry » (in La Tribuna, 23 septembre 1922), « Valéry di Thibaudet » (in La Tribuna, 2 novembre 1923) ; « Paul Valéry » (in La Stampa, 24 avril 1924). Toutefois, dans les articles de Cecchi on relève en filigrane la présence d’Ungaretti qui, en plusieurs occasions, avait parlé à Cecchi de Valéry, comme on le voit dans leur correspondance. Ungaretti est un trait d’union important entre la France et l’Italie, c’est grâce à lui que Cecchi assimile et fait sien le symbolisme français et surtout la poésie de Valéry. N’oublions pas qu’Ungaretti a vécu à Paris jusqu’en 1922, il est au courant des dernières publications françaises et il en instruit régulièrement Cecchi. Aux alentours de 1920 bien des articles paraissent en France au sujet de Valéry. Dans cette partie du chapitre j’ai cité des lettres inédites retrouvées parmi les papiers de Cecchi.
Enfin, en conclusion de ce premier chapitre on a pu remarquer que l’interprétation qu’Ungaretti donne de la poésie de Valéry est réellement originale par rapport à la découverte parallèle du poète français par d’autres critiques (Cecchi, Gargiulo, Ortolani, Ojetti, Raimondi, Capasso, Consiglio, etc.). Cecchi et Gargiulo ont voulu faire connaître la nouvelle poésie aux milieux littéraires, en revanche Ungaretti a voulu mieux éclairer sa propre poésie en s’inspirant de l’exemple de Valéry ; leur affinité élective a comme point de départ une recherche théorique et expérimentale commune. L’approche critique d’Ungaretti vise à mieux éclairer et à mieux comprendre sa propre poésie. On pourrait en d’autres termes la définir une sorte de « critique de reconnaissance » envers le poète français qui, notamment sur le plan de la réflexion théorique, l’a aidé à mieux définir sa propre poétique. Le fait qu’Ungaretti n’ait jamais traduit Valéry, soutient paradoxalement ce que je viens d’affirmer.
Dans le deuxième chapitre, où l’on a suivi une méthode chronologique et génétique, on a étudié les Polémiques autour du « cas Valéry » dans l’entre-deux-guerres, en remarquant qu’à partir de 1925, après les premiers articles de Cecchi et d’Ungaretti, on commença en Italie à beaucoup parler de Valéry et surtout à analyser son œuvre théorique.
On pourrait parler d’un véritable « cas Valéry » - pour utiliser une expression de Libero de Libero - qui révèle un clivage entre Croce et son école et les tenants d’une autre esthétique. À plusieurs reprises Valéry avait souligné qu’il avait formulé une esthétique destinée à son propre usage : il ne se considérait pas comme un philosophe, parce que la philosophie « est une doctrine générale et généralisable », tandis que lui visait à créer sa propre « singulière doctrine » à sa mesure chaque fois qu’il compose une œuvre. Or, il est intéressant d’observer que même les critiques les plus polémiques, tels que Benedetto Croce et Francesco Flora ont contribué, en s’opposant à la nouvelle pensée, à créer malgré eux un « cas Valéry ».
Ce chapitre rend compte des articles les plus polémiques parus en Italie sur Valéry et des essais qui le présentent comme un modèle au public italien. Ils commencent à paraître lors des premières conférences du poète en Italie (1924-1925). Aux critiques déjà mentionnnés il convient d’ajouter les poètes et critiques Sergio Solmi, Eugenio Montale et les articles publiés dans le Meridiano di Roma. Les intellectuels italiens sont plus intéressés par le conférencier et le théoricien que par le poète. À partir de 1925, presque tous les articles sur Valéry portent sur Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci, ainsi que, mais dans une moindre mesure, sur d’autres textes théoriques : Monsieur Teste, Eupalinos ou l’Architecte, L’Âme et la danse, Variété.
Ces considérations permettent de mieux comprendre le contexte dans lequel Ungaretti a commencé à écrire au moment de la publication d’« Esordio » (1924) et, par conséquent, l’importance de ses essais au sujet du poète français. En se situant d’une manière différente par rapport aux autres écrivains et poètes, Ungaretti s’arrête tantôt sur le Valéry poète tantôt sur le Valéry philosophe. En bon connaisseur des œuvres de Valéry, Ungaretti présente en Italie le poète. Dans ce chapitre on a analysé, dans un paragraphe, le numéro spécial quer la revue Poesia, dirigée par Enrico Falqui, consacre, en janvier 1946, à Valéry. Falqui réunit sous le titre de Testimonianze su Valéry di poeti italiani contemporanei, des témoignages de poètes à l’occasion de la mort de Valéry, survenue le 20 juillet 1945. Parmi les témoignages (Betocchi, De Libero, Grande, Luzi, Montale, Ortolani, Quasimodo, Saba, Sinisgalli, Solmi, Vigolo), les pages d’Ungaretti sont mémorables.
Un autre paragraphe a été consacré à Rafaele Contu, compte tenu du rôle qu’il a eu dans la diffusion de l’œuvre de Valéry en Italie, mais surtout des importantes données inédites auxquelles on a eu accès, grâce à la bienveillance de son fils, Ignazio Contu.
Contu a joué un rôle fondamental dans la culture italienne en tant qu’animateur de milieux littéraires, fondateur et directeur d’importantes revues et publications, traducteur de textes qui ont marqué l’histoire contemporaine. Il a été le premier grand traducteur italien de Valéry (Eupalino o dell’architettura, 1932), et il a contribué puissamment au rayonnement du poète français dans les milieux intellectuels italiens en créant autour de lui un groupe d’artistes et de critiques qui ont étudié et fait connaître l’œuvre de Valéry. Contu organisait des rencontres, des conférences et favorisait la publication des articles, des essais et des œuvres de Valéry dans les revues italiennes : il a eu le mérite de comprendre la valeur d’une nouvelle génération d’artistes, de poètes et d’hommes de science.
En particulier, l’amitié Contu-Ungaretti, née à l’occasion de la traduction d’Eupalinos, pour laquelle Ungaretti a écrit son Introduction, a été, surtout à partir de 1932, le pôle de diffusion de nouvelles théories littéraires et culturelles qui présentent l’artiste comme un architecte bâtissant son temple d’après les règles géométriques et les mesures mathématiques, comme on fait pour les sciences exactes. Contu et Valéry représentaient pour Ungaretti l’aspect qui manquait à sa propre personnalité de poète, c’est-à-dire la géométrie, le calcul et la rationalité, la clarté. Cette clarté et cet « esprit de finesse » charmaient « l’homme de peine ». Contu, à la manière de Valéry, s’était créé un système intérieur fondé sur la géométrie et sur les règles : il avait cultivé, dès l’époque de ses études scientifiques, un amour passionné pour la rigueur des idées et pour l’harmonie des formes.
Dans le troisième chapitre, on a fait une Lecture ungarettienne des œuvres de Valéry en suivant une perspective à la fois génétique, chronologique et thématique. Il s’agit des œuvres qu’Ungaretti connaissait, dont il a parlé à plusieurs occasions et qui ont influencé la nouvelle poétique de Sentiment du temps : La Soirée avec Monsieur Teste, L’Introduction à la Méthode de Léonard de Vinci, Eupalinos ou l’Architecte, Au sujet d’« Adonis », Album de vers anciens, La Jeune Parque et Charmes. Les analyses d’Ungaretti se distinguent encore une fois de celles des autres poètes et critiques en ce qu’elles se déplacent des textes aux essais, de la poésie aux programmes, et considèrent parallèlement, comme le voulait Valéry, le plan de la pratique de la poésie et celui de la réflexion sur l’acte poétique.
Ungaretti connaît les œuvres du poète français dès 1919, l’époque de la parution de La Morte di Crono, et qu’il en apprécie aussi bien les recueils poétiques que les œuvres théoriques et philosophiques : la création artistique est une « gymnastique spirituelle » de son créateur qui cherche, à travers le travail, le « mot juste » né d’une langue poétique purifiée. Les œuvres de Valéry répondent toutes à leur fonction première de recherche intérieure, de work in progress ; elles sont l’expression d’un Moi « se voyant se voir ». En lisant Teste on pense à Léonard et ce dernier nous rappelle Eupalinos qui, à son tour, nous ramène à Narcisse ou à la Parque. Il convient de trouver les mots et la forme justes afin de traduire le mythe poétique. Eupalinos, Teste et Léonard sont le contrepoint des poèmes valéryens, ils disent en prose ce qui fait la tension de la poésie et que les poèmes ne peuvent réellement nommer.
Le quatrième chapitre se présente comme une poursuite et un développement du chapitre précédent. On s’ arrête sur les nouveautés du Sentiment du temps et on analyse les influences valéryennes au niveau du contenu (mythes communs) et au niveau de la forme, étant donné que le travail de Valéry sur la forme et sur le contenu, vise à la purification et à l’abstraction poétique, c’est-à-dire à l’union intime du son et du sens.
Dans le troisième chapitre on a analysé Les œuvres de Valéry les plus intéressantes dans une optique ungarettienne. Dans ce chapitre, on a voulu dégager la place que ces œuvres-là, en particulier les œuvres poétiques, ont eue dans la poésie d’Ungaretti. Dans « Punto di mira », en parlant de sa transformation poétique après la guerre, Ungaretti conclut que tout mot de reconnaissance serait inefficace à dire de quel secours lui a été la rencontre avec l’œuvre de Paul Valéry. « Punto di mira » représente pour Ungaretti le texte de sa nouvelle poétique, marquant le passage de l’Allegria di naufragi à Sentimento del tempo. Le double titre noté dans le manuscrit, « Punto di mira » et « Ginnastica spirituale », n’est pas sans rappeler la poésie valéryenne conçue comme instrument de recherche intérieure. Le poète, par un exercice de recherche de la parole et de la langue pure, fait un travail d’analyse de son Moi.
Après la guerre, Ungaretti transforme profondément sa poétique, prenant les distances des mouvements d’avant-garde et en particulier du futurisme, qui avaient influencé sa poésie précédente. Il parle d’un « vent d’automne » qui « nous a glacés » pour nous faire devenir des « serviteurs de l’ordre ». Il s’agit du vent de la restauration, d’un véritable retour à l’ordre et à la rigueur poétique des formes traditionnelles. Après les vers de rupture et de forte émotivité de l’Allegria, avec Sentimento del tempo Ungaretti revient à la versification classique, aux « pentasyllabes, heptasyllabes, hendécasyllabes et ennéasyllabes » de Jacopone, de Dante, de Pétrarque et de Leopardi. Le retour à l’ordre d’Ungaretti est la recherche d’un classicisme qui se situe tant au plan thématique qu’aux plans linguistique et formel.
En ce qui concerne les thèmes, on assiste à une découverte de la mythologie. Comme l’écrit Ungaretti, dans Sentimento il y a un recours « presque systématique » à la mythologie, pour traduire les états d’âme et évoquer les « fantasmes » intérieurs de l’auteur. Traduisant une réalité abstraite, la mythologie révèle le langage comme multiplicité et composition de forces hétérogènes. Cette multiplicité dont se sert la langue, présente plusieurs formes : la mélodie et le rythme, qui rendent abstrait le poème par l’union du son et du sens (onomatopées, assonances, allitérations, répétitions phoniques) ; la syntaxe (complexité figurée des phrases) ; le vocabulaire symbolique (métaphores et analogies). Pour atteindre à l’abstraction, le langage devient musical et symbolique : du monde concret on passe au monde psychique.
Enfin, au niveau formel, le classicisme est une sorte de passage « d’une métrique élémentaire à une métrique complexe », comme l’écrit Giuseppe De Robertis. Déjà dans les poésies réunies en 1923 dans le Porto sepolto, on assiste à un retour à la versification traditionnelle. Dans la restauration métrique de Sentimento, la versification classique, en particulier les vers de Pétrarque, jouent un rôle primordial surtout dans la reconstruction de l’hendécasyllabe. Sentimento del tempo est un retour aux conventions et à la mesure, qui sont réalisés par le vers régulier.
Dans le cinquième chapitre, consacré à La redécouverte des auteurs classiques par Ungaretti et Valéry, en privilegiant une perspective thématique. La tradition apparaît à la fois dans les structures formelles et dans les grands thèmes poétiques. En particulier j’ai analysé Virgile, Dante et Pétrarque, qui constituent des modèles fondamentaux. Dans le parcours poétique d’Ungaretti, la découverte de Valéry de 1925 à 1930, advient parallèlement avec la redécouverte, à la même époque, des grands classiques italiens, surtout Pétrarque et Leopardi. En outre, parmi les quatre classiques italiens que Valéry préférait, se trouvait Pétrarque. Il peut sans doute exister un rapport avec la redécouverte de Pétrarque qu’Ungaretti fait dans les années vingt.
La grande tradition poétique issue de Dante et de Pétrarque, prend un sens nouveau chez Ungaretti, par la médiation de Valéry, frappé et influencé par les grandes figures de la plus haute tradition italienne. On peut presque soutenir que Ungaretti a été incité à la lecture de Pétrarque par Valéry. L’influence de Dante et de Pétrarque sur Valéry est attestée par le poète lui-même, dans ses réponses, en 1932, à une interview de la revue Educazione Fascista. Dans ces réponses se trouve l’exposé le plus clair qui soit des rapports intellectuels et esthétiques entre Valéry et Dante. En ce qui concerne Pétrarque, Valéry déclare dans Educazione Fascista : « Je l’ai assez lu, et beaucoup aimé ». Les Cahiers confirment cette idée, allant jusqu’à dire que la poésie romantique française est « issue de Pétrarque » et qu’elle tire profit de la discipline imposée par le sonnet.
Ungaretti s’intéresse à Dante et à Pétrarque surtout à partir de 1924, l’année de son « retour à l’ordre » et de sa découverte de Valéry. Dans Punto di mira - où Ungaretti parle aussi de Valéry - Dante est considéré comme « le poète divin », qui est descendu dans les gouffres d’un enfer plus profond que l’enfer de Dostoievskij ou de Proust. Et à propos de Pétrarque, Ungaretti affirme que « le royaume de la musique », c’est le royaume de Pétrarque.
Virgile a influencé l’évolution poétique de Valéry et d’Ungaretti surtout pour la perfection formelle du vers et pour l’importance qu’il accorde à la mémoire. Virgile est, pour les deux poètes, le symbole de la poésie-mémoire et de la poésie-mythe, un mythe issu de l’histoire et du temps, cherchant à l’intérieur du temps sa dimension éternelle. Virgile intéresse également Valéry et Ungaretti pour sa descente aux Enfers à la recherche de la mémoire. Le nouvel Enée d’Ungaretti et de Valéry descend dans les gouffres de la mémoire à la recherche de la parole trouvée dans le vocabulaire classique, signe d’un passé ancestral encore vivant. Valéry cite Virgile lorsqu’il illustre la genèse de La Jeune Parque, en faisant mention des poètes auxquels il s’est référé dans son projet initial d’élaboration du poème. Il est aussi intéressant de remarquer que Valéry a traduit Les Bucoliques et qu’Ungaretti a publié un essai sur Dante e Virgilio.
Dans le sixième chapitre intitulé Convergences : la parole, la femme, le mythe du Narcisse, le rêve et la mort, consacré à des analyses textuelles, on s’est suis arrêtés sur des images communes aux deux poètes. À partir du Discorso per Valéry (1961), l’essai le plus complet qu’Ungaretti ait consacré à Valéry, on a analysé les poésies de Valéry qui ont particulièrement influencé le poète italien, en mettant en lumière les images communes. Dans son discours, Ungaretti mentionne d’un côté les premiers poèmes de Valéry - Baignée, Orphée, Hélène - mais aussi les poèmes suivants : Les Fragments du Narcisse, La Jeune Parque, Le Cimetière marin. Tous ces poèmes traduisent le voyage intérieur du poète à deux différents niveaux : celui du sens et du signifié, où la parole devient poésie, en évoquant la descente orphique du protagoniste ; celui du son et du signifiant, où l’évocation du voyage intérieur est rendue à travers la forme.
Les poèmes cités par Ungaretti dans Discorso per Valéry, expriment le drame de l’homme moderne en quête de l’immortalité. Ce drame se traduit dans cinq thématiques valéryennes : le verbe, la femme, le mythe du Narcisse, le rêve et la mort. Il s’agit de différentes facettes qui trouvent leur unité idéale dans le cristal d’un prisme et qui cachent le mystère du temps et de l’existence. À la façon d’un miroir, ces images, homogènes dans leur diversité, semblent trahir leur signifié caché exactement dans l’acte de se refléter les unes les autres, l’une donnant à l’autre la condition d’exister, dans un kaléidoscope d’images dont le sens ultime réside dans la transformation perpétuelle du réel et dans la tentative de saisir, à travers « la fable poétique », l’instant de suprême vérité dans l’acte de se refléter. Une image crée l’autre, un poète se reflète dans l’autre et découvre des choses nouvelles de lui-même à travers les poèmes de son alter ego. Le fil conducteur est l’élément fécondateur marin, archétype du voyage à la source de la vie. Dans l’eau nous trouvons Baignée, où l’atmosphère éthérée le dispute à la sensualité ; dans l’eau nous saisissons l’image fluctuante de Narcisse à la recherche de son essence immortelle ; dans l’eau, encore, se bercent les rêves de La Jeune Parque courbée sur les rochers ; dans l’eau, enfin, du haut du Cimetière marin, on entend un message vital de palingénésie, qui inspire au poète « le calme des dieux ».
À travers les analyses textuelles on peut relever chez les deux poètes, les thématiques qui traduisent la naissance de la création poétique. Il s’agit, comme le dit Ungaretti, d’une poésie née « d’après un dialogue dramatique entre l’être et la connaissance ». Le but principal du poète consiste à chercher la parole pour dépasser les limites, pour embrasser son image reflétée dans l’eau. La poésie naît du désir qu’a le poète de réunir les « petites pièces de miroir ». Ce désir est comparable à une soif survenue soudainement, différente de la soif commune, puisqu’elle s’accroît excessivement chaque fois que l’homme essaie de l’étancher. C’est la soif dont parle Ovide dans les Métamorphoses. Le drame de Narcisse est le drame de l’homme moderne, d’un homme qui regarde l’univers d’une façon emblématique pour s’interroger sur son destin à travers la science, assoiffé de l’altera sitis »d’Ovide. Grâce à cette soif naissent à la fois la poésie et la science : toutes deux visent le mystère de l’existence, en se servant l’une de la raison, l’autre du sentiment.
Le binôme âme-forme, en dépassant l’identité crocienne d’intuition et d’expression, marque la naissance de la nouvelle poésie pure en Italie. Ce binôme est bien représenté par la poésie valéryenne, qui s’inscrit dans le nouveau contexte culturel italien, devenant le modèle essentiel d’une poésie consciente que tout lien possible entre Idée et image ne saurait en aucun cas faire abstraction du conflit qui s’est ouvert entre ces deux termes.
Dans le septième chapitre on a fait une analyse intertextuelle des poésies d’Ungaretti et de Valéry. En suivant une perspective thématique, on a créé une sorte de constellation verbale afin de rechercher des convergences parmi des mots choisis chez Ungaretti et Valéry. On a établi des concordances communes construites sur des réseaux thématiques particuliers. Il s’agit d’une liste qui suit un ordre non pas alphabétique mais logique : les différentes connotations visent à enrichir une série de mots chez les deux poètes, liés aux contextes, aux souvenirs, aux émotions. Les champs sémantiques que établissont un instrument pour exploiter au mieux les textes des deux poètes en vue d’une meilleure analyse thématique et stylistique. Il est évident que cette analyse relève plus d’affinités entre eux deux que d’influences. Les analogies et les différences thématiques procèdent parallèlement avec les analogies et les différences formelles, métriques et rythmiques. Ce travail de sélection et d’interprétation est, nous semble-t-il, nouveau, puisqu’il n’existe à présent aucune étude visant à tracer, chez Ungaretti et Valéry, des concordances thématiques et lexicales.
Cette recherche sur les rapports entre Ungaretti et Valéry a été possible grâce aux documents consultés dans plusieurs archives et bibliothèques italiennes et françaises : la Biblioteca Nazionale Centrale de Rome, la Biblioteca Nazionale de Florence, la Biblioteca Universitaria Alessandrina de Rome, la Biblioteca di « Villa Mirafiori » de Rome, la Bibliothèque Nationale de Paris, la Bibliothèque Universitaire de Paris IV - Sorbonne, la Bibliothèque Littéraire « Jacques Doucet » de Paris, la Bibliothèque du Centre Pompidou de Paris, la Bibliothèque Universitaire de Montpellier. En ce qui concerne les textes inédits, on a travaillé dans l’Archivio Contemporaneo « A. Bonsanti » del Gabinetto « G.P. Vieusseux » de Florence, dans le Centro di ricerca sulla tradizione manoscritta di autori moderni e contemporanei de l’Université de Pavie, dans le Fond Valéry de la Bibliothèque Littéraire « Jacques Doucet » de Paris et dans le Fond Valéry de la Bibliothèque Nationale de Paris.
De l’action à l’image : le rôle du médium dans l’actionnisme Viennois
Lundi 4 avril
9 heures 30
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
M. Matthias SCHAFER sotient sa thèse de doctorat :
De l’action à l’image : le rôle du médium dans l’actionnisme Viennois
En présence du Jury :
M. DAGEN (Paris 1)
M. FOUCART (Paris 4)
M. LEMOINE (Paris 4)
M. PIERRE (Grenoble 2)
Mme WILSON (Londres)
De l’Antiquité classique à la poésie symboliste : recherches sur les "Poèmes conviviaux" de Giovanni Pascoli (1904)
Mardi 5 décembre 2006
14 heures 30
A la Maison de la Recherche, Salle D116, 1er étage
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Francesca SENSINI soutient sa thèse de Doctorat :
De l’Antiquité classique à la poésie symboliste : recherches sur les "Poèmes conviviaux" de Giovanni Pascoli (1904)
En présence du Jury :
M. COLETTI (GENES)
M. CONTORBIA (GENES)
M. GENOT (PARIS 10)
M. LIVI (PARIS 4)
M. PERUGI (GENEVE)
Résumés :
Cette étude des Poemi conviviali se fonde sur l’analyse des prémisses esthétiques et philosophiques de l’œuvre. Le chapitre I analyse les thèmes primordiaux dans le système du poète, tels que le passé, la tradition classique greco-latine, l’enfance au sens psychologique et historique. Après avoir déterminé la poétique qui est au fondement des Poemi conviviali, le chapitre II définit les notions de « rêve » et de « songe poétique » au sein de la production de Pascoli, tant en prose qu’en poésie ; celles-ci s’avèrent, en effet, très importantes pour cerner non seulement l’inspiration mais aussi la structure interne des Poemi conviviali. Après avoir éclairci les théories propres à Pascoli, on analyse, vers par vers, « Solon », « Il cieco di Chio », « La cetra di Achille », « Le memnonidi » et « I gemelli », en réservant un long développement au personnage d’Achille, alter ego du « fanciullino ». L’approche philologique permet d’apprécier les rapports entre la poésie de Pascoli et les hypotextes classiques, ainsi que les expressions de son symbolisme « fin de siècle ».
This research on the Poemi conviviali focuses on the analysis of the work’s esthetical and philosophical aspects. The first chapter is devoted to a thorough examination of the subjects that are the fundamentals of the author’s poetics and thought, namely the past, the classical tradition and childwood, both in psychological and historical perspectives. After understanding the basics aesthetics of the Poemi conviviali, the second chapter defines the concepts of « dream » and « poetical dream » in Pascoli’s production, both in prose and in verses ; these are key concepts since they allow a better understanding of the inspiration as well as the internal structure of the Poemi conviviali. After explaining the theories of the authors, five poemes are analysed vers by vers ; they are « Solon », « Il cieco di Chio », « La cetra di Achille », « Le memnonidi » and « I gemelli ». Furthermore a chapter is devoted to examine the character of Achilles, alter ego of the « fanciullino ». The philological approach of this research helps clearly see the link between Pascoli’s poetry, and his classical models, as well as his own late-century symbolism.
Position de thèse :
Nous avons étudié les Poemi conviviali de Giovanni Pascoli à la lumière des prémisses de l’œuvre : la littérature gréco-latine en tant que sujet du recueil et paradigme esthétique absolu, la réflexion philosophique et métalinguistique sur le mythe classique et sur la pensée mythique, la critique du positivisme et du matérialisme en vue de l’élaboration d’une utopie poético-sociale.
Le chapitre I, L’esthétique de l’antique, est consacré à l’étude des textes en prose où le poète expose sa conception du passé, pris en tant que mémoire collective et mémoire individuelle, ainsi que sa vision du monde classique. Nous recourons à la notion d’‘antique’ pour distinguer le passé en tant que concept propre à la réflexion esthétique de Pascoli du passé classique au sens historique et littéraire. Par cette notion, nous faisons référence au monde gréco-latin en tant qu’archétype de la condition originelle, celle qui est propre au « petit enfant » pascolien. Ce chapitre plonge donc au cœur de la structure du recueil, où l’on peut distinguer un premier parcours axé sur la recherche des racines de la civilisation occidentale, et un second, métalinguistique, qui vise à une nouvelle fondation de la poésie moderne sur le paradigme de la poésie antique, c’est-à-dire la poésie originelle.
Ce chapitre tend également à déterminer les rapports que cette œuvre entretient avec les poétiques contemporaines, notamment le decadentisme, le symbolisme et le Parnasse, et la nouvelle vague d’études critiques et philologiques consacrées à la civilisation classique.
L’étude est ensuite concentrée sur cinq poèmes conviviaux, Solon, Il cieco di Chio, La cetra di Achille, Le memnonidi et I gemelli, qui partagent une même source d’inspiration que nous définissons comme « songe poétique ». Le chapitre II, Celui qui rêve avec le souvenir de choses jamais vues, qui précède l’analyse textuelle de ces poèmes, a pour objet, d’une part, d’éclaircir ce que Pascoli entend par rêve et, d’autre part, d’exposer la relation complexe existant entre souvenir et rêve de l’antique au sein des Poemi conviviali. Ce projet passe par un examen des occurrences et des différentes valeurs de « sogno », tout d’abord dans les proses, ensuite dans les vers des autres recueils, enfin dans l’ensemble des Poemi conviviali. La notion de « sogno », qui est à l’origine du processus de génération et de création de la poésie pascolienne, est aussi à la base de deux parcours de recherche, l’un historico-culturel et l’autre métalinguistique, qui déterminent la macro-structure des Poemi conviviali. Le dessein de l’auteur présuppose le renouvellement de la poésie, appelée à créer des signifiés au moment où la civilisation européenne s’est retrouvée confrontée à l’incertitude de son propre avenir ainsi qu’au vide de l’existence - un sentiment naturellement lié à une époque de transition. En effet, Pascoli s’est proposé de reconstruire le présent et le réel sur des fondements nouveaux, moyennant une parole nouvelle, censée guider l’homme moderne à travers la dernière étape de son évolution : celle qui mène à l’acquisition d’une identité qui comprend l’héritage du passé, en même temps qu’elle en constitue l’accomplissement. Au début de son expérience, Pascoli a confié la tâche d’inspirer cette poésie à l’épopée d’Homére, considérée comme le paradigme de la parole et de la pensée mythique qui caractériserait la condition enfantine. À cet effet, le poète donne des récits et des mythes épiques une lecture philologique rigoureuse, mais qui est à la source d’une vision extatique, autrement dit un « songe poétique ». Puis se donne à voir une véritable remise en cause du songe de l’épopée, tant sur le plan de sa valeur éthique que de son efficacité dans la réalisation de l’utopie sociale pascolienne par la voie de la poésie. Dangereusement hédoniste et illusoire par rapport à la réalité factuelle, celui-ci s’efface devant une source d’inspiration au caractère moins littéraire et moins détaché de l’expérience ordinaire de la vie : la caritas/ajga>ph considérée comme le caractère distinctif de la nature humaine et, par conséquent, le véritable moteur de son évolution.
À l’aune des premières résultats de notre recherche, et afin de rendre compte de la technique et des procédes de cette poétique, la seconde partie dévéloppe une analyse textuelle resserrée sur les cinq poèmes conviviaux précités qui portent le songe de la parole originelle. Car les modèles antiques n’y font pas seulement l’objet d’une expérimentation linguistique, mais aussi d’une profonde réflexion métalinguistique de la part de Pascoli. Nous étudions dans cette partie la mise en œuvre des principes de ‘l’esthétique de l’antique’ au sein de la poíesis conviviale, sur le plan métrique, lexicale, syntaxique et sémantique. Dans le même temps, nous essayons de préciser, au travers de l’analyse des textes, les relations de cette esthétique avec la poétique du rêve au sens pascolien. Il apparaît que le songe de la poésie originelle consiste essentiellement dans la pratique d’un art capable d’endiguer les effets de la mort, aussi bien que les conditionnements que celle-ci exerce sur le destin humain. Dans cet art, la parole n’est pas uniquement souvenir de l’antique ; elle est un signe vivant, une parole-chose. Grâce à la vision onirique du poète, elle parvient à accomplir un véritable retour à la vie de la psyché enfantine qui s’exprime par les mythes antiques. Ce retour qui s’opère par les mots se pose aussi en entité transcendante par rapport à la langue elle-même.
L’analyse met ensuite en lumière les procedés formels par lesquels Pascoli a transposé les structures psychiques propres à la pensée mythique des classiques, ainsi que leurs expressions littéraires, dans des récits à valeur allégorique et symbolique. Dans le même temps, nous mettons en évidence les innovations du code métissé que Pascoli a créé à partir du paradigme de l’antiquité gréco-latine. En tant que projet esthétique qui ne laisse aucune place à la mimésis, la poésie ‘conviviale’ n’apparaît pas comme une simple reproduction des modèles classiques, destinée à figurer l’expression de ce désespoir qui est propre à un art ‘décadent’, cristallisé dans le raffinement d’une écriture artificielle. Bien au contraire, la comparaison entre les poèmes pascoliens et leurs hypotextes fait ressortir une poésie qui vise à dévoiler les significations éternelles de la parole et du mythe antiques.
Dans Solon, nous définissons les concepts fondateurs du recueil : la signification métahistorique que Pascoli attribue au banquet classique, l’expérience de la poésie, à la fois « écho » venant de « l’Inconnu » et source d’émotion transfigurant la douleur et la mort, la valeur métalinguistique du « crépuscule » et d’autres termes techniques dont l’emploi est transversal au sein non seulement des Poemi conviviali, mais aussi de l’intégralité de l’œuvre Pascoli. Nous décelons également les composantes culturelles qui participent à la structuration du récit et des personnages aussi bien dans Solon que dans les autres poèmes. Il s’agit, d’une part, du code d’interprétation de l’âme propre à Dante, tel qu’il résulte des études que Pascoli a consacrées à la Commedia, d’autre part des acquisitions de la philosophie contemporaine, notamment de l’évolutionnisme, réinterprété sous un angle tout à fait personnel. De l’influence de ces deux systèmes de lecture de la réalité découlent, au sein des Poemi conviviali, la relevance de la dialectique entre vie active et vie contemplative, de même que la présence de personnages in fieri, complémentaires et doubles l’un par rapport à l’autre. Dans le même temps, nous mettons en évidence les mécanismes de la codification allégorique harmonisant ces composantes hétérogènes et leurs implications au plan ‘supérieur’ des significations symboliques.
De plus, dans le poème Solon, Pascoli donne un exemple très clair du fonctionnement de l’art ‘combinatoire’ et allusif qui est à la base de l’esthétique de l’antique et du rêve de la poésie originelle. Dans ce premier poème, en effet, l’auteur, ne dissimule pas les hypotextes classiques qui nourissent son inspiration. Au contraire, il arbore ses références, afin de mettre au jour, tant sur le plan de la poíesis, que sur celui des contenus, les effets de son rêve qui redonne de l’intérieur une nouvelle signification à la parole des modèles.
Le chapitre Il cieco di Chio étudie l’entrelacs des sujets littéraires et mythiques (l’u[briv et la punition divine qui s’ensuit, l’évocation de l’archétype littéraire du poète aveugle, de Nausicaa et à d’autres passages célèbres d’Homère) avec des réflexions sur la nature de l’inspiration, le songe poétique, et le désarroi de l’âme du poète-enfant face aux contradictions de son désir et, plus précisément, de l’éros. L’analyse des valeurs allégoriques propres aux situations et aux personnages permet de mieux cerner ces contenus si hétérogènes, ainsi que le résultat de leur interaction. Tout comme dans l’histoire de Solon, la rencontre des deux personnages du poème est, au fond, la tentative de reconstruire l’identité brisée du moi. Les protagonistes du récit en représentent, en effet, les deux moitiés tâchant de se réunir : un moi vieux/vieilli et un moi jeune/enfant.
Dans le chapitre Prolégomènes à l’Achille pascolien, nous cherchons à éclaircir le rôle du personnage d’Achille au sein du système pascolien, afin de mieux saisir les significations propres aux poèmes conviviaux qui ont ce mythe comme thème : La cetra di Achille et Le memnonidi. Il en résulte un portrait équivoque : Achille apparaît comme le paradigme épique du « petit enfant » et, à la fois, comme l’homo sapiens qui n’a pas encore achevé la dernière étape de son évolution.
Dans La cetra di Achille, nous retrouvons les expressions les plus caractéristiques du personnage d’Achille selon l’interprétation de Pascoli : le chant accompagné par la lyre, les pleurs solitaires au bord de la mer, le cri surhumain lors de son retour sur le champ de bataille, sa nature à la fois violente et magnanime. À la lumière des hypotextes tirés de l’Iliade, La cetra di Achille apparaît comme une reprise métamorphosée de la visite du roi Priam aux tentes des Mirmidones, relatée dans le dernier livre du poème d’Homère. Pascoli garde la signification originelle de cet épisode qui représente le moment où Achille abandonne sa colère pour retrouver enfin son « amour » - sa filo>thv - et rendre le corps d’Hector à son vieux père. Toutefois, le poète a remplacé le champion des Troyens par une lyre, et le roi Priam par un aède thébain. Obtenue par Achille lors du siège de Thèbes, la lyre n’est qu’une dépouille de guerre, tout comme Hector. L’aède anonyme a la vieillesse vénérable et le courage de Priam ; de plus, les deux personnages partagent la même condition de victimes face à la violence du héros. Ce faisant, Pascoli donne à voir l’élaboration, à partir du récit d’Homère, d’un thème primordial au sein de sa pensée : la fascination pour les légendes héroïques en tant que source d’émerveillement et de rêve, en même temps que le danger représenté par une poésie dont l’inspiration vient de ‘fables anciennes’. Celles-ci, en effet, n’éloignent pas seulement de la réflexion sur la réalité et le vrai, mais témoignent d’un éthos marqué au sceau de la violence et, partant, incompatible avec le projet de la poésie pascolienne qui vise à la transformation de l’homo sapiens en homo humanus. Une fois de plus, l’analyse des composantes allégoriques du texte atteste que la conciliation de ces contradictions, propres à la pensée ‘expérimentale’ de l’auteur, se réalise sur le plan des significations symboliques.
Le chapitre Le memnonidi développe le rôle d’Achille en tant que paradigme d’un homme-enfant ambivalent, partagé entre haine et amour, souffrance et rachat, inconscience non-poétique et vérité poétique. Une fois démêlé cet échevau d’équivalences grâce à l’analyse comparée des modèles, nous examinons les implications anthropologiques inhérentes au sujet de l’identité double du héros homérique. Plus précisément, nous étudions les réflexions de Pascoli sur les notions d’évolution-involution qui sont utilisées tout au long de son œuvre. De plus, le poème Le memnonidi offre un exemple particulièrement significatif de la difficulté et du raffinement propre à la codification allégorique visant à la « vivification » d’idées abstraites - esthétiques, philosophiques et éthiques - à l’aide de l’imagination mythique.
Le chapitre I gemelli montre comment Pascoli applique le schéma d’une ‘fable ancienne’ à la réflexion psychologique portant sur l’éros et l’immaturité du moi poétique. Inspiré par la métamorphose de Narcisse, ce mythos pascolien étale au grand jour la condition accablante du sujet, à la fois dédoublé et réduit de moitié après la perte de ‘l’enfance’ perçue comme condition d’harmonie avec la réalité. Le personnage apparaît toujours à la recherche de son jumeau représentant son identité reconstitué, en même temps que l’objet d’un amour aussi illusoire que fautif. Primordial au sein de l’anthropologie de Pascoli, le paradigme de l’homme/plante, tiré de Dante, permet d’interpréter la transformation des jumeaux en fleurs comme le signe de la défaite du moi. Incapable de mener au bout sa recherche, celui-ci est condamné à ne pas mûrir tant sur le plan de la vie active - représenté par l’éros - que sur celui de la vie contemplative - représenté par le recouvrement de son identité ‘simple’, originelle.
L’analyse comparée de ces poèmes éclaire la notion de symbolisme propre à la poésie de Pascoli, notamment des Poemi conviviali. Il en ressort de manière évidente que le symbole présuppose les structures psychiques du poète-enfant, assembleur de mythes. Celui-ci fait l’expérience d’une réalité vivante et animée, où les relations entre les choses se soustraient à toute instance de prédétermination d’ordre logique, en même temps qu’elles laissent entrevoir la révélation du mystère inhérent à l’être. L’intuition de ce mystère, non moins enivrante que fuyante, exige le recours à un message symbolique qui tend à réunir la réalité positive, que la langue exprime elle-même, à son sens révélé par l’intuition.
Le processus d’activation de la charge symbolique est forcément soumis à la médiation exercée par le code linguistique : elle se réalise donc par le biais d’une opération de nature intellectuelle, à savoir l’allégorèse, ainsi que par le recours à une rhétorique hautement codifiée. Tout comme l’identité du moi moderne, le langage lui-même est perçu par Pascoli comme une entité scindée, un symbole brisé, dont le fonctionnement est double : d’une part, il agit comme un conditionnement réfractaire à exprimer les intuitions de la psyché enfantine, d’autre part il se pose en instrument absolu, dont les potentialités seraient infinies.
Il ressort de notre analyse un modèle d’expérimentation où le poète semble attribuer aux formes du langage des potentialités expressives dépassant la réalité du langage lui-même, et susceptibles d’évoquer la réalité vivante propre des perceptions enfantines. C’est par ce trait que la recherche personnelle de Pascoli - son symbolisme « fin de siècle » - parvient à s’intégrer dans le plus vaste domaine du symbolisme européen. Ce courant vise justement à construire un langage qui, censé se soustraire aux nécessités de la communication naturelle, est finalement destiné à l’élaboration de messages ‘poiétiques’, c’est-à-dire capables de créer un monde par le langage. Verbal, ce monde s’avère cependant plus significatif que les données de l’expérience positive car il renvoie de façon symbolique à l’essence mystérieuse de l’être.
Objet de l’intuition du poète, le mystère est donc soustrait au domaine psychique individuel et transmis à la réalité du langage. Ce n’est qu’après avoir renoncé à la fonction dénotative de la parole que ce mystère peut faire surface. Il trouve sa propre explicitation sur le plan des correspondances formelles et de la nature équivoque des messages poétiques, dont le réseau d’allégories et l’entrelacs des renvois internes, caractéristiques des Poemi conviviali, offre un exemple.
De l’approche littéraire à la stylistique du genre poétique
Samedi 10 décembre 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Laurence BOUGAULT soutient son Habilitation à diriger les recherches :
De l’approche littéraire à la stylistique du genre poétique
En présence du Jury :
M. SOUTET (Paris 4)
M. DURRENMATT( Toulouse 2)
M. FETZER
Mme GARDES (Aix-Marseille 1)
M. HAMON (Paris 3)
M. MOLINIÉ (Paris 4)
De l’épopée au roman : Culture et création dans l’oeuvre d’Ismaïl Kadaré
Vendredi 17 décembre
14 h 30
Centre Malesherbes
Salle 322
108 Bd Malesherbes
75017 PARIS
Mme Alketa SPAHIU soutient sa thèse de doctorat :
De l’épopée au roman : Culture et création dans l’oeuvre d’Ismaïl Kadaré
En présence du Jury :
M. BRUNEL (PARIS IV)
Mme GELY (REIMS)
M. SERGENT (CNRS)
M. ZOTOS (ST ETIENNE)
De l’Empire britannique au Commonwealth des Nations : le sens de la question de Rhodésie
Mercredi 16 juin
14 h 30
En Sorbonne, amphi Michelet
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Virginie BARRIER soutient da thèse de doctorat :
De l’Empire britannique au Commonwealth des Nations : le sens de la question de Rhodésie
en présence du Jury :
M. GOURNAY (LILLE III)
M. HUETZ DE LEMPS (PARIS IV)
Mme NEDELJKOVIC (LE HAVRE)
M. REDONNET (PARIS IV)
M. SOUTOU (PARIS IV)
De l’erg à la forêt. Dynamique des unités paysagères d’un boisement en région littorale. Forêt des dunes de Menzel Belgacem, Cap Bon, Tunisie
Mardi 6 juin 2006
14 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Stéphane BRUN soutient sa thèse de doctorat :
De l’erg à la forêt. Dynamique des unités paysagères d’un boisement en région littorale. Forêt des dunes de Menzel Belgacem, Cap Bon, Tunisie
En présence du Jury :
Monsieur Jean-Paul AMAT, Professeur à l’Université de PARIS IV- SORBONNE
Monsieur Paul ARNOULD, Professeur à l’ENS LSH LYON
Monsieur Jean-Jacques DUBOIS, Professeur à l’Université de LILLE I
Madame Micheline HOTYAT, Professeur à l’Université de PARIS IV-SORBONNE
Monsieur Amor Mokhtar GAMMAR, Professeur à l’Université de LA MANOUBA
Résumés
Dans la péninsule du Cap Bon, située au Nord Est de la Tunisie, le boisement des dunes de Menzel Belgacem constitue l’une des premières tentatives de reconstitution de la forêt sous le protectorat français. Depuis 1930, les sables connaissent une stabilisation progressive et, aujourd’hui, la nouvelle forêt a pris le dessus sur les accumulations dunaires. La forêt de Dar Chichou, de plus de 6000 ha d’un seul tenant, représente un remarquable exemple de forêt dunaire méditerranéenne. L’étude entreprise cherche avant tout à réaliser un bilan des interventions menées par les services forestiers depuis le début du XXème siècle. L’approche adoptée repose sur l’utilisation de données issues de télédétection, confrontées à des relevés de terrain, pour la réalisation d’une carte des unités paysagères.
La région Nord du Cap Bon, où l’empreinte du domaine littoral est omniprésente, se caractérise par une évolution très rapide du milieu naturel et par d’importantes transformations paysagères. Les aménagements en cours sont nombreux et les attentes de la société y sont très pressantes et souvent contradictoires. Ainsi notre étude tentera de participer à l’analyse des changements qui ont affecté les caractéristiques paysagères de la région. La comparaison de données géoréférencées multidates permet de suivre l’évolution de l’espace rural dans le nord du Cap Bon depuis les années 1900. Elle montre une modification sensible des paysages qui s’illustre, en particulier, par la mise en forêt progressive de l’importante écharpe dunaire de Dar Chichou.
Nous tenterons de démontrer l’intérêt d’une telle méthodologie pour parvenir à la proposition de nouveaux modes de gestion capables d’intégrer les diverses fonctions du milieu forestier.
In the Cap Bon peninsula, located in the north-eastern Tunisia, the forestation of the Menzel Belgacem’s dunes constitutes one of the first attempt of forest creating during the French protectorate. From 1930, sands have been gradually stabilized and today the new forest came over the sand deposits. The Dar Chichou’s forest, more than 6000 adjoining hectares, represents an striking example of Mediterranean dunal forest. Before all this study seek to draw up the balance sheet of the interventions conducted by the forest services from the beginning of the 20th century. The approach is based on the use of remote sensing data, compared with field information, for the build-up of a landscape units map.
The Northern area of the Cap Bon, where the stamp of the coast is omnipresent, is characterized by a fast evolution of the natural habitat and by heavy landscapes changes. Many projects are planned and the society expectations are becoming insistent and often contradictory. Thus our thesis aim to analyse the changes assigned to the landscapes features. The comparison of georeferenced and multidate data allows to follow up the evolution of the rural landscape in the northern Cap Bon from 1900. It shows a sensitive change of the landscapes which illustrate itself by the progressive forestation of the large dunal sling of Dar Chichou.
We endeavour to demonstrate the interest of such a methodology in reaching recommendation of new terms management able to fit the various functions of the forest habitat.
Position de thèse
De l’idéalisme au surréalisme : pour une étude du comique dans les romans de Chariton, Xénophon d’Ephèse, Achille Tatius et Héliodore
Mercredi 16 juin
9 h 30
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Romain BRETHES soutient sa thèse de doctorat :
De l’idéalisme au surréalisme : pour une étude du comique dans les romans de Chariton, Xénophon d’Ephèse, Achille Tatius et Héliodore
en présence du Jury :
M. BILLAULT (PARIS IV)
Mme FOLLET (PARIS IV)
Mme JOUANNO (CAEN)
M. KONSTAN (BROWN)
De l’image, du regard, de la parole. Statut, liens et lectures. Byzance et après Byzance, Moyen-Age latin, antiquité grecque
Samedi 4 juin
14 heures
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Anca VASILIU soutient son habilitation à diriger les recherches :
De l’image, du regard, de la parole. Statut, liens et lectures. Byzance et après Byzance, Moyen-Age latin, antiquité grecque
En présence du Jury :
M. MARION (Paris 4)
Mme CASSIN (CNRS)
Mme FRONTISY-DUCROUX (Collège de France)
M. HOFFMANN (EPHE)
M. IMBACH (Paris 4)
M. BIARD (Tours)
De l’intellectualisme à l’éthique : Emmanuel Lévinas et la phénoménologie d’E. Husserl
Samedi 15 janvier
9 h 30
Centre Malesherbes, salle 322
108 bd Malesherbes 75017 PARIS
Mme Smadar BUSTAN soutient sa thèse de doctorat :
De l’intellectualisme à l’éthique : Emmanuel Lévinas et la phénoménologie d’E. Husserl
En présence du Jury :
M. BARBARAS (PARIS I)
M. COURTINE (PARIS IV)
M. OPHIR (Université)
M. SALANKSIS (PARIS X)
De la conception de l’oeuvre à celle du texte. La double face de l’écriture.
De la conception de l’oeuvre à celle du texte. La double face de la littérature
Lundi 16 octobre 2006
Université de Pékin (Chine)
M. HAN QIAN soutient sa thèse de Doctorat :
De la conception de l’oeuvre à celle du texte. La double face de la littérature
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (PARIS 4)
M. LUO (PÉKIN)
M. MOLINIÉ (PARIS 4)
M. WANG (PÉKIN)
De la doctrine de la probabilité à la théorie des probabilités.
Vendredi 23 janvier
14 h
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Anne-Sophie GODFROY GENIN soutient sa thèse de doctorat :
De la doctrine de la probabilité à la théorie des probabilités. Pascal, la "Logique de Port-Royal", Jacques Bernoulli
en présence du Jury :
M. ANDLER (PARIS IV)
Mme BENSAUDE (PARIS X)
Mme DASTON (Max Planck)
M. FICHANT (PARIS IV)
M. PARMENTIER (LILLE III)
De la géomorphologie à l’écologie : théories, modèles et temporalités des systèmes naturels et anthropisés
Mercredi 5 juillet 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet ou Quinet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
M. Yanni GUNNEL soutient son Habilitation à diriger les recherches :
De la géomorphologie à l’écologie : théories, modèles et temporalités des systèmes naturels et anthropisés
En présence du Jury :
M. BISHOP
M. CALVET (Perpignan)
Mme HOTYAT (Paris 4)
M. LAGEAT (Brest)
M. LATOUR (EMP Paaris)
M. PEULVAST (Paris 4)
M. VAN DER BEEK (Grenoble 1)
De la notation en évaluation en éducation musicale : des représentations d’enseignants
Lundi 6 décembre
9h
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Cedricia MAUGARS soutient sa thèse de doctorat :
De la notation en évaluation en éducation musicale : des représentations d’enseignants
En présence du Jury :
M. ASTOLFI (ROUEN)
M. DURNEY (DIJON)
M. MIALARET (PARIS IV)
Mme PISTONE (PARIS IV)
Mme SOREL (PARIS V)
De la page à l’écran : David Lodge romancier et adaptateur
Samedi 13 novembre
14 h
En Sorbonne, Amphi Descartes
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Sophie GABEREL soutient sa thèse de doctorat :
De la page à l’écran : David Lodge romancier et adaptateur
en présence du Jury :
M. GALLIX (PARIS IV)
M. GANTEAU (MONTPELLIER III)
Mme GUIGNERY (PARIS IV)
Mme MARI (PAU)
M. SIPIÉRE (DUNKERQUE)
De la scène au salon. La réception du modèle français dans les comédies allemandes des lumières (1741-1766)
Samedi 3 décembre 2005
9 heures
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Elsa JAUBERT soutient sa thèse de doctorat :
De la scène au salon. La réception du modèle français dans les comédies allemandes des lumières (1741-1766)
En présence du Jury :
M. KREBS (Paris 4)
M. CHEVREL (Paris 4)
M. HAQUETTE (Reims)
Mme KNOPPER (Toulouse 2)
M. LAUDIN (Paris 10)
Résumés
La comédie allemande des Lumières est souvent qualifiée de « théâtre à la française » ; cet ouvrage se propose de l’étudier du point de vue des transferts culturels, pour déterminer dans quelle mesure la réception du modèle français a réellement influencé la production allemande. Nous évaluons tout d’abord la présence de la comédie française en Allemagne, dans la théorie et dans la pratique des auteurs. La deuxième partie est consacrée à la notion d’originalité et à l’analyse comparée de la dramaturgie. Nous étudions ensuite les thèmes de la satire, en soulignant leurs rapports à la tradition comique française, mais aussi leur spécificité. Enfin, puisqu’à l’époque la France est aussi un modèle de civilité, et que la comédie doit être une « école des bonnes mœurs », nous examinons cette question, essentielle pour l’identité nationale allemande. Il ressort de ces analyses une image nuancée de la réception du modèle français, qui révèle le rapport complexe de l’Allemagne à la France.
The German Enlightenment comedy has often been labeled as theatre « a la francaise », or Frenchlike ; the present work aims at studying these comedies under the perspective of cultural transfers, in order to measure the extent of the French influence over the German production. First it evaluates the actual presence of French comedy in Germany, from a theoretical and practical point of view. The second part is devoted to originality and comparative analysis of drama. We then turn to satirical themes, so as to underline their links to the French tradition of comedy as well as their specificity. Last, since France at that time was also a role-model in civility, and comedy a « school of good manners », we concentrate on this aspect, which is so central to German national identity. These analyses qualify the reception of the French model, which is revealing of the complexity of Franco-German relationships.
Mots-clés : FRANCE - ALLEMAGNE - XVIIIe SIÈCLE - LUMIERES - THÉÂTRE - COMEDIE - DRAMATURGIE - RÉCEPTION - TRANSFERTS CULTURELS - MŒURS - CIVILITÉ - SOCIÉTÉ - IDENTITÉ NATIONALE - MOLIÈRE - DESTOUCHES - MARIVAUX - REGNARD - LA CHAUSSÉE - LESSING - LA GOTTSCHEDIN - SCHLEGEL - KRÜGER - WEIβE - UHLICH - MYLIUS
Position de thèse
La comédie allemande des Lumières, communément réduite à la « comédie saxonne », est présentée dans l’histoire littéraire comme un genre né sous l’impulsion de Johann Christoph Gottsched et appliquant à la lettre ses principes théoriques, notamment en ce qui concerne l’imitation des Français. Ce jugement s’appuie sur des critiques de l’époque et sur quelques études ponctuelles, mais n’a jamais été véritablement soumis à une analyse précise. C’est cette analyse que nous nous proposons de mener à bien dans notre étude. Quels sont, en réalité, les rapports de la comédie de l’Aufklärung à la comédie française ? Quels choix se dégagent parmi les différents modèles possibles ? Y a t-il imitation pure et simple ou seulement reprise partielle de certains éléments ? Observe-t-on des signes de critique ou de rejet ? Telles sont les questions qui ont guidé notre analyse. L’essor des études de réception et la notion de transferts culturels nous offrent un outil méthodologique pertinent pour notre démarche, qui s’inscrit dans un cadre plus large que celui de l’étude strictement littéraire du texte. Le corpus se compose d’une quarantaine comédies, composées entre 1741 et 1766 . L’ampleur de cette base de travail est essentielle, car elle seule permet de fonder une conclusion crédible sur le genre et l’époque. Notre analyse de la réception du modèle français dans la comédie allemande des Lumières nous mène « de la scène au salon », c’est-à-dire du modèle littéraire au modèle de civilité, car les deux sont intimement liés.
La première partie s’attache à déterminer la présence de la comédie française en Allemagne au XVIIIe siècle, à la fois dans la théorie et dans la pratique théâtrale. L’étude des répertoires et des textes révèle l’omniprésence de la production française à partir des années 1730, à la fois sur la scène allemande, dans les réflexions esthétiques et dans la pratique de traduction des dramaturges. À tel point d’ailleurs que les classiques de la comédie française constituent à l’époque une référence culturelle évidente pour les classes cultivées. La méthode de l’imitation des Français, censée perfectionner le théâtre allemand et l’amener progressivement à prendre sa place au niveau européen, est recommandée par Gottsched, mais aussi par tous les auteurs de notre corpus. Même si, en l’occurrence, le ou les modèles de comédie française sont variables selon les choix esthétiques de chacun, le principe, lui, n’est jamais remis en cause, tout comme le désir de « purifier » le théâtre allemand : certains, tels Gellert, donnent la priorité à l’émotion et à la vertu sur le rire et sur la satire des vices, mais tous s’accordent sur la mission morale de la comédie, le rejet de l’improvisation et de la farce, le choix d’une langue naturelle et décente. La réforme gottschédienne et la comédie française sont bien les deux autorités qui président au développement de la comédie allemande des Lumières. Cette première partie nous permet également de préciser la fonction de la comédie à l’époque : pour tous les hommes de lettres et de théâtre engagés dans la réforme, elle doit être une « école des bonnes mœurs ». Elle s’inscrit ainsi pleinement dans le mouvement de l’Aufklärung.
Nous abordons ensuite les œuvres, en analysant dans la deuxième partie les choix dramaturgiques des auteurs, afin de préciser dans quelle mesure on peut réellement parler d’imitation et de « théâtre à la française ». Après avoir précisé les notions d’originalité et rappelé les règles qui régissent à l’époque la pratique de la traduction, nous étudions des exemples de comédies « originales » que leurs auteurs présentent de façon explicite comme des adaptations d’œuvres françaises. On observe déjà dans ces pièces d’importantes modifications par rapport à leur modèle. Ces adaptations ont en effet un caractère indéniablement allemand, qui se manifeste avant tout par les thèmes traités et par la mise en valeur de l’intention morale.
L’ensemble des comédies témoigne d’ailleurs d’un choix très clair parmi les modèles : les auteurs des Lumières écartent un certain nombre de traits caractéristiques des comédies françaises. C’est particulièrement frappant dans le cas du rôle traditionnel des domestiques. Condamnée par la plupart des dramaturges, leur importance est beaucoup plus faible en Allemagne qu’en France. La question de l’intrigue amoureuse est pour sa part plus délicate, car elle reste un canevas dont les auteurs, malgré leurs critiques, peuvent difficilement se passer. On ne retrouve donc pas dans les œuvres allemandes l’ensemble des caractéristiques des pièces françaises. Cette observation est également valable pour les personnages, souvent accusés d’avoir été importés et de n’être pas des caractères allemands. Ce reproche n’est fondé que dans de rares cas, et les types les plus français ne trouvent aucune résonance en Allemagne. La sélection des modèles et des techniques fait clairement apparaître la prééminence de l’intention didactique. En effet, tout ce qui, dans la comédie française, relève du pur divertissement, ne trouve aucun écho - ou presque - dans notre corpus. Les auteurs allemands donnent la priorité au contenu par rapport à la forme, à la transmission de données par rapport au jeu théâtral. Les schémas farcesques et le comique visuel sont réduits à la portion congrue, la fantaisie verbale et les accumulations de sonorités comiques sont quasiment absentes, tout comme les stichomythies, si fréquentes dans le théâtre français. C’est sans conteste la primauté de l’intention morale qui entraîne l’élimination ciblée de ces éléments gratuits, qui constituent la mécanique comique traditionnelle. Il faut cependant souligner que toutes les techniques utilisées par les auteurs allemands (des jeux de mot au dialogue comique en passant par les jeux de scène) peuvent trouver un « modèle » dans la comédie française, plus ou moins patent. Dans certains cas, la référence à la source française est indubitable ; mais les auteurs allemands se livrent alors à un travail de réécriture et d’enrichissement que l’on ne peut assimiler sans anachronisme à du plagiat. Leur méthode est celle de tous les auteurs comiques depuis l’Antiquité.
Les comédies de notre corpus sont ainsi à mi-chemin entre la tradition classique française et une nouvelle forme allemande de théâtre épuré et moral. Cette production normalisée se détache nettement de la tradition dramatique allemande, et apparaît donc - à juste titre - comme française. Mais cette « classicisation » n’est pas le produit d’une imitation servile : elle reste allemande dans son esprit et dans sa réalisation. Tout comme Gottsched met les canons classiques au service d’une poétique allemande, et choisit soigneusement ses références, les dramaturges appliquent eux aussi un processus de sélection des modèles : ils s’inspirent des Français et s’approprient leurs techniques, mais ils les mettent au service de leurs objectifs propres.
C’est d’ailleurs particulièrement manifeste lorsque l’on considère les thèmes abordés par les comédies, que nous étudions dans la troisième partie. Leur satire se nourrit de motifs traditionnels français, mais uniquement lorsqu’elle est pertinente pour son propos. Les Allemands réactualisent les clichés comiques en les intégrant dans une problématique nationale et contemporaine. On le constate en analysant l’image de la société et les relations entre les différents états qui la composent, en particulier dans le cas des rapports entre noblesse et bourgeoisie, mais c’est encore plus frappant pour le traitement des types sociaux. L’exemple le plus manifeste est celui du pédant, auquel les Aufklärer accordent une attention toute particulière : ils reprennent les caractéristiques du type traditionnel, mais ils mettent l’accent sur certains aspects bien particuliers, comme leur concentration sur des détails ridicules et inutiles à la science, et ébauchent en contrepoint l’image du savant idéal tel qu’ils le conçoivent. Ils développent aussi le personnage du poète de profession, une variante du pédant spécifique à l’Allemagne du XVIIIe siècle. Quant au sort différencié réservé aux types français de la coquette et du petit-maître, il est révélateur du processus de réception et des mécanismes de transfert. Ces deux personnages caractéristiques de la scène française connaissent en effet un succès très inégal sur la scène allemande : tandis que la coquette n’apparaît que de façon très sporadique et partielle, le petit-maître, lui, se pavane dans bon nombre de comédies. Cette différence ne s’explique que par les conditions du pays récepteur, dans lequel la coquette ne correspond pas à la réalité sociale.
Non seulement les types sont sélectionnés, modifiés et enrichis, mais la perspective satirique elle-même répond à un objectif proprement allemand, comme l’illustre, par exemple, la satire des jargons. Elle ne se contente pas d’utiliser le ridicule du jargon : elle fustige son caractère hermétique, car il offre la possibilité de masquer l’incompétence et fait obstacle à la compréhension. Cette satire est à la fois un héritage de la tradition comique européenne et la conséquence d’une conviction patriotique et éclairée : le savoir doit être accessible à tous, ce qui implique l’usage d’un langage commun, simple et compréhensible, qui deviendra ainsi le véhicule de la raison et des Lumières.
Entre tradition et germanisation, la comédie allemande développe ainsi un réseau de motifs et de codes qui lui sont propres. Ils témoignent de l’utilisation de la comédie au service des Lumières, car malgré la pérennité de certaines figures traditionnelles et de certains motifs, c’est bien l’image d’une scène éclairée « militante » qui ressort nettement de l’analyse thématique du corpus. On peut donc s’étonner du caractère récurrent des critiques allemandes de l’époque vis-à-vis de l’imitation. En réalité, les Allemands sont à ce point sensibles à l’imitation, qu’ils ne voient pas ce que leur production a d’original et se focalisent sur l’idée d’imiter. C’est cette hypersensibilité qui explique la violence et la systématisation du reproche. Il ne s’agit pas ici d’une question de pratique littéraire objective, mais d’un problème subjectif d’identité. Ce qui suscite l’inquiétude chez les critiques, plus que le résultat effectif de l’imitation, c’est par principe l’idée même de prendre modèle sur l’étranger. Le caractère français est étranger, donc ennemi de l’identité allemande, voilà le fond du problème. Aussi, bien loin d’être françaises, certaines comédies sont même fondamentalement gallophobes, comme le montrent clairement les propos sur les mœurs.
Nous abordons ainsi dans la dernière partie la question de la civilité. La comédie se voulant de façon explicite « une école des bonnes mœurs », elle s’attaque à tout comportement ridicule et/ou moralement condamnable, tente de le discréditer aux yeux des spectateurs, et de présenter en contrepoint l’attitude conforme aux lois qui régissent la vie en société. Les multiples facettes de cette question des mœurs apparaissent comme un fil rouge dans l’ensemble de notre corpus, et là aussi, la référence française joue un rôle essentiel. En effet, les Aufklärer voulant réformer les mœurs et les élites allemandes s’orientant vers le modèle de civilité français, une réflexion sur ce modèle se révèle inévitable. Le reproche de « théâtre à la française » adressé aux comédies des Lumières ne se limite d’ailleurs pas à une querelle esthétique, puisque certains critiques les accusent de propager les mœurs françaises, et de contribuer par là à la corruption des mœurs germaniques. On entre dès lors de plain-pied dans la sphère des représentations nationales, avec leur cortège de stéréotypes et d’outrances. Ces représentations connaissent au milieu du XVIIIe siècle une évolution majeure, marquée par un renversement des valeurs, que les comédies illustrent et auquel elles participent activement.
La question des mœurs est un enjeu central dans les comédies allemandes des Lumières, qui entreprennent de propager un nouvel idéal de civilité. La pratique des dramaturges se révèle fidèle à l’idée qu’ils se font de la mission du théâtre, et les comédies sont conçues, de façon plus ou moins manifeste selon l’intrigue, comme une sorte de « traité de civilité illustré ». Aucun aspect n’est laissé dans l’ombre : sociabilité, politesse, éducation des femmes, lectures et loisirs, langue, conversation, galanterie, ou encore esprit, c’est un tableau complet des mœurs que l’on peut brosser à partir de ces pièces. Il ressort cependant de ce tableau une image souvent ambiguë, et en tous les cas complexe et changeante. Car le débat sur la civilité est marqué par le désir contradictoire d’un affinement des manières et d’une fidélité aux mœurs dites originelles. Dans ce contexte, la France représente à la fois un modèle et un repoussoir, ou plus précisément, elle passe progressivement du statut de modèle à celui de repoussoir.
L’admiration des Allemands pour le modèle de civilité de leurs voisins, et le mépris dont ces derniers les payent en retour, entraînent une situation de déséquilibre, où l’adoption des mœurs françaises et le refus de tout ce qui est allemand devient signe de distinction et de bon goût, en particulier dans les milieux aristocratiques. Le mouvement patriotique et bourgeois qui s’amorce avec les débuts de l’Aufklärung remet en question cette situation, jugée néfaste pour le développement de l’Allemagne, car le pays et ses habitants risquent de perdre leur caractère propre et leur indépendance. La réaction des Aufklärer passe donc par le rejet du modèle français. Ce rejet est d’autant plus logique qu’il ne se fait pas seulement au nom de la patrie, mais aussi au nom de valeurs morales différentes de celles qui déterminent la civilité française, et qu’il recoupe en outre l’opposition sociale entre noblesse et bourgeoisie. En Allemagne, le modèle français est incarné par la noblesse et la critique de l’un se confond par conséquent avec celle de l’autre. La revalorisation des antiques vertus germaniques s’accompagne de la révision du statut exemplaire des manières françaises, qui sont désormais considérées comme immorales et font figure de contre-modèle. La politesse à la française est dénoncée comme une vile hypocrisie, le bel esprit est décrié comme un faux brillant et la conduite « galante » tombe petit à petit dans le discrédit. On leur oppose la franchise et la fameuse probité germanique, la raison et le bon sens, la chasteté et la fidélité. Les formes de sociabilité et la civilité qui caractérisent le grand monde parisien, avec pour modèle le salon, sont donc rejetées par les Aufklärer, pour des raisons morales mais aussi sociales. En effet, le strict cloisonnement des classes et le mépris des nobles pour le bourgeois rendent impossible l’émergence d’un lieu comparable au salon parisien, né de la symbiose entre aristocratie et hommes de lettres et de science. C’est aussi cette impossibilité qui fait que les Aufklärer se détournent d’un modèle inapplicable.
Par le biais des sujets abordés, des personnages mis en scène, et de multiples détails et réflexions, les comédies tentent de définir une « civilité allemande » spécifique, fondée sur des valeurs bourgeoises, une civilité qui aspire à un certain polissage des mœurs tudesques, par le théâtre et les belles-lettres en général, tout en dénonçant les raffinements français et en affirmant la dignité de l’Allemagne. Pris entre ces deux injonctions, les dramaturges tentent de trouver un équilibre ; ils esquissent ainsi une voie médiane alliant politesse et probité, et ne se réglant ni sur la mode, ni sur la tradition, mais sur la raison. Les nouvelles valeurs de l’Aufklärung entraînent ainsi une modification considérable du modèle de civilité français, qui semble à première vue prendre la forme d’un rejet, mais qui est pourtant plus complexe, puisque l’on observe des signes d’assimilation et d’adaptation. Cependant, ce phénomène reste relativement discret, et l’aspect le plus visible est bien évidemment celui de la critique du modèle français, dont la violence s’explique avant tout par l’enjeu identitaire.
L’analyse précise de notre corpus conduit donc à une évaluation nuancée de la réception du modèle français. La forme des comédies allemandes des Lumières s’inspire bien du modèle classique français, mais les motifs mêlent tradition et actualité, et le propos, lui, est clairement national. Le patriotisme qui est à l’origine de la réforme gottschédienne et de l’action de ses successeurs, détermine en grande partie les thèmes abordés par les Aufklärer et surtout leur relation à la France. Dans ces conditions, c’est l’enjeu national qui confère au phénomène de réception du modèle français sa tension particulière, entre admiration et tentative d’assimilation d’un côté, rejet et volonté de démarcation de l’autre. Le théâtre allemand qui naît dans les années 1740, bien loin d’être un « théâtre à la française », est déjà un « théâtre national ».
De la systématique du langage à la linguistique analogique
Samedi 29 novembre
14 heures
Amphi Guizot
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Philippe MONNERET soutient sa thèse d’habilitation à diriger des recherches (HDR)
De la systématique du langage à la linguistique
analogique
en présence du Jury :
M. ARRIVE (PARIS X)
M. ERMAN (DIJON)
Mme FISCHER (AMSTERDAM)
M. MOLINIE (PARIS IV)
M. PUECH (PARIS III)
M. SOUTET (PARIS IV)
Des illusions auditives aux singularités du son et de la perception : l’impact de la psychoacoustique et des nouvelles technologies sur la création musicale au XXe siècle
Lundi 12 juin 2006
14 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. François-Xavier FÉRON soutient sa thèse de doctorat :
Des illusions auditives aux singularités du son et de la perception : l’impact de la psychoacoustique et des nouvelles technologies sur la création musicale au XXe siècle
En présence du Jury :
M. BATTIER (Paris 4)
M. CASTANET (Rouen)
Mme CASTELLENGO (CNRS)
M. PRESSNITZER (CNRS)
M. RISSET (CNRS)
Résumés
La psychoacoustique étudie les rapports complexes entre la structure physique des sons et la façon dont ils sont interprétés auditivement. Depuis l’avènement de la téléphonie et de la reproduction sonore jusqu’aux outils numériques, les technologies n’ont cessé de s’affiner et permettent dorénavant de manipuler minutieusement les signaux acoustiques.
Les connaissances sur la perception auditive et les progrès technologiques ouvrent de nouvelles voies compositionnelles tournées sur l’exploration des phénomènes sonores, i.e. les singularités du son, de la perception et les illusions ou autres effets ’’spéciaux’’ qui en résultent.
L’objectif est de proposer une typologie de ces phénomènes tout en soulignant leur impact sur la créativité artistique. Chaque phénomène, classé selon sa nature (physique ou perceptive) et selon les paramètres impliqués (hauteur, temps, espace, timbre, intensité), est expliqué scientifiquement, décrit auditivement et illustré musicalement.
Aural illusions, singularities of sound and perception :
the impact of psychoacoustics and new technologies on musical creation in the XXth century
Psychoacoustics is the study of the complex relations between the physical nature of sounds and the way in which such sounds are interpreted aurally. From the inception of telephony and of sound reproduction to current digital tools, technology has constantly progressed so that today, acoustic signals may be handled with great precision.
Knowledge of aural perception together with technological progress create new opportunities for composition, focusing on the exploration of sound phenomenon, i.e. the singularities of sound, of perception and illusions or other ’’special’’ effects resulting therefrom.
Our objective is to offer a typology of all such sound phenomena, emphasizing their impact on artistic creativity. Each phenomenon, classified according to its nature (physical or perceptive) and relevant parameters (pitch, time, space, timbre, intensity), is scientifically explained, aurally described and illustrated with musical examples.
Position de thèse
Destin, prédestination et providence : une exploration conceptuelle du corpus poétique viel-anglais
Samedi 29 avril 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Razvan Adrian APAHAGI soutient sa thèse de doctorat :
Destin, prédestination et providence : une exploration conceptuelle du corpus poétique viel-anglais
En présence du Jury :
M. CARRUTHERS (Paris 4)
M. CRÉPIN (Paris 4)
M. GODDEN (Oxford)
M. SAUER (Munich)
Mme STÉVANOVITCH (Nancy 2)
Dialogues renaissants
Vendredi 23 juin 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Ruxandra VULCAN soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Dialogues renaissants
En présence du Jury :
M. CEARD (Paris 10)
Mme HUCHON (Paris 4)
M. MILLET (BÂLE)
M. MOLINIÉ (Paris 4)
M. ROUSSEL (EPHE)
Dieu personnel et impersonnalité de l’absolu selon çankara et dans le Tawhid
Samedi 12 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Nadine ABOU ZAKI soutient sa thèse de doctorat :
Dieu personnel et impersonnalité de l’absolu selon çankara et dans le Tawhid
En présence du Jury :
M. CHENET (Paris 4)
M. BRAGUE (Paris 1)
Mme KAPANI (Paris 10)
M. KHALIL
Résumés
« Dieu personnel et impersonnalité de l’Absolu chez Çankara et selon le Tawhīd » se présente comme une étude comparée entre une doctrine philosophique qui se fonde sur les textes de la Révélation et qui vise la délivrance _l’Advaita Vedānta de Çankara_ et une voie philosophique, spirituelle et religieuse, celle du Tawhīd (druze). La comparaison tourne autour de trois axes principaux : le brahman et/ou Dieu, la relation du monde à l’Absolu et la délivrance. Cette étude s’efforce de dégager les points communs, ainsi que les points de divergence entre ces deux doctrines. Celles-ci ressortissent toutes deux au non-dualisme, bien que l’école de Çankara soit celle du non-dualisme pur (Advaita Vedānta), tandis que ce non-dualisme contient de la dualité dans le Tawhīd.
Personal God and impersonality of the Absolute according to Çankara and the Tawhīd
« Personal God and impersonality of the Absolute according to Çankara and the Tawhīd » is a comparative study between a philosophical doctrine which is based on the text of the Revelation and which aims for liberation _the Advaita Vedānta of Çankara_ and a philosophical, spiritual and religious path of the (druze) Tawhīd. The comparison turns around three principal axes : the brahman and/or God, the relation of the world to the Absolute and liberation. This study tries to identify the common ground and the points of divergence between these two doctrines. Both of them come under non-dualism, even if this non-dualism contains duality in the Tawhīd.
Position de thèse
« Dieu personnel et impersonnalité de l’Absolu chez Çankara et selon le Tawhīd » se présente comme une étude comparée entre une doctrine philosophique qui se fonde sur les textes de la Révélation et qui vise la délivrance _l’Advaita Vedānta de Çankara_ et une voie philosophique, spirituelle et religieuse, celle du Tawhīd (druze). Cette étude s’efforce de dégager les points communs, ainsi que les points de divergence entre ces deux doctrines. La comparaison tourne autour de trois axes principaux : le brahman et/ou Dieu, la relation du monde à l’Absolu et la délivrance.
La conception de la divinité pour Çankara et selon le Tawhīd présente l’aspect le plus original pour cette présente comparaison. Le plus frappant, et qui vaut pour les deux pensées, est une conception de la divinité qui se démarque de la conception habituelle de Dieu dans les autres religions, et même au sein de l’hindouisme. En effet, dans l’Advaita Vedānta de Çankara et dans le Tawhīd, Dieu n’est pas personnel, mais il faudrait plutôt parler d’impersonnalité de l’Absolu. En effet, nous allons monter que :
· L’impersonnalité peut être une impersonnalité pure, sans aucun élément personnel, comme dans la philosophie de Çankara, lorsqu’elle se place du « point de vue » de l’absolu. La personnalité fait défaut à l’impersonnalité ; seul le brahman est réel. Mais pour le Tawhīd comme pour Çankara, l’impersonnalité divine exclut bien, en effet, toute réductibilité à une quelconque personnalité.
· L’impersonnalité peut être accompagnée d’un ou de plusieurs éléments personnels, mais qui ne possèdent pas de réalité. Ainsi, la personnalité est seulement une illusion pour ceux qui n’ont pas encore fait l’expérience du brahman. Tel est le cas de la doctrine de Çankara lorsqu’elle se place d’un point de vue relatif.
· L’impersonnalité peut coexister avec un ou plusieurs éléments personnels qui possèdent de la réalité. Tel est le cas de la doctrine du Tawhīd.
Les doctrines de Çankara et du Tawhīd se démarquent à la fois du panthéisme pour lequel Dieu n’est qu’immanent au monde et d’un monothéisme pour lequel Il ne serait que transcendance par rapport à lui. En effet, pour Çankara, d’un point de vue relatif, le monde est un effet du brahman qui est Sa cause. Du « point de vue » de l’absolu, l’effet n’est qu’une manifestation apparente de sa cause et la « création » n’est donc qu’un changement apparent, une illusion.
La conception du Tawhīd est très subtile quant à la question de la « création ». Contrairement à Çankara, Dieu n’est pas la Cause du monde dans le sens d’une relation de causalité. Mais aussi, la « création » n’est pas réduite à une apparence. Elle n’est cependant pas une création au sens commun du terme, mais le Tawhīd établit une distinction entre l’ibdā’ (instauration), le khalq (création) et l’izhār (manifestation).
Ensuite, pour les deux doctrines, il existe un principe cosmique d’illusion, la māyā ou le didd, qui est un facteur réel et positif nécessaire pour expliquer l’existence du monde. Toutefois, pour Çankara, l’univers, la diversité et l’individualité sont irréels, tandis que pour le Tawhīd, le processus de manifestation (at-tajallī), ainsi que les différences sont réelles.
Pour Çankara et le Tawhīd, la voie de la connaissance est la voie suprême et convient le mieux à la conception de l’impersonnalité de l’Absolu, car elle implique une plus grande capacité d’affranchissement des apparences qu’une autre voie comme celle de l’action. Celle-ci ne passe pas par la méthode discursive ou les facultés sensorielles. Elle est, pour Çankara, identification de l’ātman au brahman, alors que selon le Tawhīd, elle est identique à l’amour, étant union au ‘aql.
De plus, alors que pour Çankara, la connaissance supérieure suppose une identification totale de l’individualité avec le brahman (même si elle ne s’y « perd » pas) et se produit sans aucun intermédiaire, pour le Tawhīd, l’homme n’est pas identique à Dieu, puisque l’individualité n’est pas illusoire et l’homme reste distinct de Lui.
Quant à la transmigration, elle revêt une valeur différente pour les deux doctrines. Pour Çankara, le samsāra ne peut être une valeur positive. Au contraire, selon le Tawhīd, la transmigration est nécessaire pour accéder à la connaissance. Mais aussi, dans l’hindouisme, l’homme peut sortir de la roue de la transmigration, à condition de se délivrer de son individualité, alors que pour le Tawhīd, l’homme est appelé par essence à renaître, car la transmigration est inhérente à sa nature même.
Les trois chapitres de cette étude ont gravité autour de trois grands axes principaux.
Les doctrines de Çankara et du Tawhīd tournent toujours autour d’une distinction entre le « point de vue » absolu et le point de vue relatif, et cela est essentiellement dû à leur aspect initiatique et gnostique. Leur interprétation passe nécessairement par cette distinction et n’a de sens qu’en fonction d’elle. Ces doctrines portent donc deux messages, ce qui explique parfois certaines contradictions apparentes et certaines ambiguïtés. Les commentaires de Çankara, mais aussi des ES s’adressent de deux manières différentes à deux catégories d’hommes : les hommes éclairés et les hommes non-éclairés. Chaque questionnement philosophique abordé dans cette étude a pris en compte cette double orientation.
Il existe donc deux manières de concevoir la divinité : pour celui qui se place du « point de vue » de l’absolu, le saguna brahman est identique au nirguna brahman tout comme le lāhūt (le voilé) est identique au nāsūt (le voile), la différence entre eux n’étant qu’une illusion. Au contraire, pour celui qui se place du point de vue relatif, il existe une différence entre le saguna brahman et le nirguna brahman et entre le lāhūt et le nāsūt.
De même, le monde phénoménal est doué de réalité aux yeux de l’homme non-éclairé, pense Çankara, mais il est irréel du « point de vue » absolu, car la création n’existe pas du « point de vue » du brahman. Cette distinction entre deux points de vue vaut également pour le Tawhīd, puisque d’après le point de vue relatif, le monde a été créé par Dieu, tandis que du « point de vue » absolu, on peut dire que Dieu n’est pas en soi Créateur, au sens où Il ne lui est pas inhérent de créer. Mais c’est ici qu’il faut distinguer l’opposition du relatif et de l’Absolu selon Çankara et selon le Tawhīd : dans le premier cas, elle recouvre celle de l’illusoire et du réel, dans le second, le point de vue du relatif n’est pas nécessairement illusoire, il est aussi celui de la relativité qui peut être la relativité même du réel dès lors qu’il n’est pas identifiable au lāhūt. C’est en ce sens que le monde n’est pas illusoire et que l’on peut légitimement parler de création, même si elle n’a de sens que relatif, mais en tant qu’elle est réellement et intégralement relative à l’Absolu (sans qu’il en soit lui-même relativisé, puisque cette relativité du monde à l’Absolu est, par définition, unilatérale).
D’autre part, pour Çankara, la connaissance inférieure (apara vidyā) est inutile du point de vue de la connaissance supérieure (para vidyā), pour ceux qui ont réalisé l’identité avec le brahman, mais elle est valable pour ceux qui n’ont pas encore atteint la sagesse. Ainsi, le karma yoga est enseigné à celui qui voit une distinction entre Īçvara et le brahman, mais il n’est pas enseigné au sannyāsin qui ne voit pas de distinction entre eux. Or ce n’est que d’un point de vue relatif, c’est-à-dire, ici, du point de vue illusoire du monde, que le samsāra, la servitude et la délivrance sont réels, tandis que du « point de vue » de l’absolu, ils ressortissent au domaine de l’illusion. Quant au Tawhīd, d’un « point de vue » absolu, ou encore en soi, il n’y a pas à supposer de but à la transmigration, tandis que du point de vue relatif, qui est celui de la relativité inhérente à la réalité de l’homme, la transmigration a bien pour fonction d’aider à la purification qui permet de progresser dans la connaissance. Voilà pourquoi aussi, attaché à la corporéité nécessaire de l’homme, le Tawhīd contient, d’un côté, le mythe et l’analogie (ce que Çankara essaye d’éviter) concernant la création du monde, l’apparition des hudūd, l’enfer et le paradis, les châtiments et les récompenses, etc., et, de l’autre, les passages philosophiques et le contenu spirituel du message du Tawhīd.
Ainsi, la question de savoir si Dieu est personnel ou s’Il est une divinité impersonnelle dépend du point de vue où on se place.
C’était donc à la lumière du premier chapitre sur la personnalité de Dieu et l’impersonnalité divine, qu’il semblait nécessaire de traiter les deux chapitres suivants, c’est-à-dire celui qui concerne l’Origine du monde et celui qui aborde la question de la délivrance. En effet, la question de savoir en quoi consiste l’univers et la délivrance dépend de la manière dont il faut considérer le brahman ou Dieu.
Ainsi, la création se détermine à partir de la personnalité, car l’impersonnalité et la création sont incompatibles. De plus, la notion d’impersonnalité divine suppose une voie de délivrance distincte des voies préconisées pour un Dieu qui se présente comme personnel.
Enfin, plus généralement, les deux doctrines de Çankara et du Tawhīd ressortissent toutes deux au non-dualisme. Selon elles, le brahman et/ou Dieu est l’Un-sans-second. Que ce soit pour Çankara ou pour le Tawhīd, il n’existe pas deux réalités opposables et indépendantes, le brahman et/ou Dieu, d’un côté, et le monde, de l’autre, mais il n’existe qu’une seule Réalité. En ceci, le brahman ou Dieu est l’Un-sans-second, car il n’y a rien en « dehors » de Lui.
Toutefois, ces deux doctrines se distinguent sur un aspect important, puisque Çankara affirme un non-dualisme pur qu’il sauvegarde à l’aide de la notion de māyā associée à celle de surimposition, et qui postule l’Un-sans-second dépourvu de toute dualité, tandis que le non-dualisme dans le Tawhīd, sauvegardé par l’immanence, n’exclut pas la dualité qui est réelle au sein de l’Un. En cela, le Tawhīd rejoint le non-dualisme du divers proclamé par Râmânuja, puisqu’il maintient comme lui une place intermédiaire entre le non-dualisme pur (Advaita Vedānta) et le dualisme (Dvaita Vedānta).
Pour conclure, face à la question de savoir si le brahman et/ou Dieu est personnel ou impersonnel, on peut affrimer que le brahman et/ou Dieu n’est ni personnel ni impersonnel, puisque la personnalité et l’impersonnalité sont des termes qui sont en relation d’alternative l’un par rapport à l’autre. Le brahman et/ou Dieu n’est ni qualifié ni non-qualifié, mais Il est au-delà des deux caractéristiques ; Il est l’Indicible vers lequel ne fait que tendre la voie apophatique.
Différence et individualité dans les récits de voyage en Orient à l’époque romantique
Samedi 14 mai 2005
9 heures
Salle G 366
Gal. Richelieu
Esc. F, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. KOICHIRO HATA soutient sa thèse de doctorat :
Différence et individualité dans les récits de voyage en Orient à l’époque romantique
En présence du Jury :
M. GUYAUX (Paris 4)
M. COMPAGNON (Paris 4)
M. MOUSSA (CNRS)
Mme PELTRE (Strasbourg 2)
Diodore de Sicile, Bibliothèque Historique, Livre XIII, Etablissement du texte, traduction et commentaire
Samedi 31 janvier 2004
9 h
Bibliothèque de l’UFR de grec, 2e étage
16, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Christine MAISONNEUVE SNYD soutient sa thèse de doctorat :
Diodore de Sicile, Bibliothèque Historique, Livre XIII, Etablissement du texte, traduction et commentaire
en présence du Jury :
M. BILLAULT (PARIS IV)
M. CARLIER (PARIS X)
M. FOULON (CLERMONT)
M. JOUANNA (PARIS IV)
Dire le vrai dans la Bible au Moyen Age
Samedi 28 février
14 h
Rectorat, salle Louis Liard
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Xavier-Laurent SALVADOR soutient sa thèse de doctorat :
Dire le vrai dans la Bible au Moyen Age. Les particules du discours dans les traductions en prose vernaculaire du Livre de la Genèse (Bible du XIIIe et Bible historiale)
en présence du Jury :
Mme CONNOCHIE (AIX-MARSEILLE I)
M. FORMISANO (BOLOGNE)
M. SOUTET (PARIS IV)
M. THOMASSET (PARIS IV)
M. ZINK (COLLEGE DE FRANCE)
Discours de récitants et paroles de personnages. Le monologue de théâtre en Europe. Angleterre, Espagne, France, 1580-1640
Mardi 13 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Clothilde THOURET soutient sa thèse de doctorat :
Discours de récitants et paroles de personnages. Le monologue de théâtre en Europe. Angleterre, Espagne, France, 1580-1640
En présence du Jury :
M. LECERCLE (Paris 4)
M. FORESTIER (Paris 4)
Mme GELY (Reims)
Mme LAVOCAT (Paris 7)
M. VITSE (Toulouse 2)
Discours et langue de la médecine aux XIVe et XVe siècles d’après les premiers textes médicaux en français
Samedi 11 décembre
14 h
Salle Louis Liard
Rectorat, 17 rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme Sylvie TACCEHELLA BAZIN soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Discours et langue de la médecine aux XIVe et XVe siècles d’après les premiers textes médicaux en français
En présence du Jury :
M. COMBETTES (NANCY II)
M. GUIDOT (NANCY II)
M. MARTIN (PARIS IV)
M. SOUTET (PARIS IV)
M. THOMASSET (PARIS IV)
Don Miguel Manara à l’épreuve de Don Juan...
Samedi 6 décembre
15 heures
Amphi Descartes
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. OLivier PIVETEAU soutient sa thèse de doctorat :
Don Miguel Manara à l’épreuve de Don Juan. Un gentilhomme sévillan du XVIIe sièce entre histoire,
légende et littérature
en présence du Jury :
M. BENNASSAR (TOULOUSE II)
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. FAGEAUX (PARIS III)
M. ROGELIO (SEVILLE)
Doubles et dédoublements en art contemporain
Vendredi 25 mars 2005
14 heures
Salle D 323, Maison de la Recherche
28, rue Serpente
Paris 75006
Mme Maud ASSILA soutient sa thèse de doctorat :
Doubles et dédoublements en art contemporain
En présence du Jury :
Mme COQUIO (Poitiers)
M. MOLINIE (Paris 4)
M. RINN (Brest)
M. TROUBETZKOY (Versailles)
Dramaturgie et politique dans la tragédie française (1634-1651)
Vendredi 29 septembre 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Guizot,
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme LISE MICHEL soutient sa thèse de doctorat :
Dramaturgie et politique dans la tragédie française (1634-1651)
En présence du jury :
M. BURY ( Versailles)
M. FORESTIER (Paris 4)
M. LECERCLE (Paris 4)
M. MONCOND’HUY (POITIERS)
Mme NEDELEC (ARRAS)
Résumés
La dramaturgie de la tragédie française des années 1630-1640 se nourrit de la forme, de la valeur et du sens des discours politiques de son temps, que ceux-ci procèdent d’une pensée proprement politique, d’un fonds rhétorique, ou de commentaires philosophico-historiques. Intégré à la structure tragique, le discours politique la sert et l’informe. Le politique, dans la tragédie, est un politique de tragédie, médiatisé par les codes d’un genre. Dans la manière dont la tragédie accueille - et parfois recrée - le discours politique, se dessinent les principes de sa propre forme, qui joue des zones de débat et de confrontation de la pensée contemporaine. Éléments essentiels de la rhétorique intra scénique, les idéologies y sont volontiers mobilisées dans leur valeur argumentative, mais la conciliation entre les exigences politiques et poétiques s’apparente parfois à un véritable coup de force.
French tragic drama during the 1630-1640 is sustained by the form, the value and the meaning of political discourse, i.e. philosophical, rhetorical or proper political treatises, or historical commentaries. Political discourse, when integrated into the tragic structure, supports and modifies this structure. The way tragedy takes in - and sometimes distorts - the political discourse of its time reveals the principle of its own form. Tragic drama takes full advantage of the content of the contemporary debate. Political principles are used as a reason for justifying the character’s acts. Ideologies are therefore often mobilized as a way of arguing, but reconciling political and dramatic requirements is sometimes a very difficult task.
Position de thèse
La politique imprègne à ce point la tragédie du XVIIe siècle que l’appréhension même de l’articulation entre tragédie et politique est un exercice intellectuellement, logiquement, voire idéologiquement périlleux. La première tâche critique consiste à savoir ce qui, dans la tragédie, est politique. Or les réponses divergent considérablement. Dire que la tragédie est politique, ou qu’ « il y a » du politique dans la tragédie, c’est, selon les cas, dire que la pièce est traversée par des thèmes politiques, que la structure de la pièce est politique, que son sujet l’est, ou que l’écriture même de la tragédie s’inscrit chez l’auteur dans une stratégie politique. Le plus souvent, c’est dire aussi que la tragédie véhicule un message, ou au minimum une idéologie. Outre l’évidence écrasante de la présence du politique dans la tragédie - qui entraîne une imprécision quant à ses limites, à ses formes, et à son sens - l’hétérogénéité des éléments concernés explique la difficulté à définir l’objet. Il faut donc découper, sur l’immense territoire où théâtre et politique se croisent, se heurtent et interagissent, les contours d’un champ d’investigation. Le présent travail se donne pour objet la dramaturgie de la tragédie, en tant qu’organisation de l’action tragique faisant intervenir le politique. Mais le politique n’est pas un objet dramatique comme un autre : son imitation ne renvoie pas à un modèle simple ; il engage un système de pensée déjà construit sur le plan idéologique. Imiter le politique, c’est imiter un sens politique. Le statut de la mimesis est donc ici particulièrement ambigu, parce qu’il pose la question du sens au sein même de la question poétique. De là un certain nombre de questions préjudicielles : pourquoi le politique apparaît-il si fréquemment au sein de la dramaturgie tragique ? Si le politique est un élément du fonctionnement dramatique de la tragédie, cet élément est-il nécessaire ? Quelle est la raison d’être, et quelle est la nature de ce politique de tragédie ? Dans quelle mesure ce politique lui-même procède-t-il directement d’une conception politique hors du drame ou est-il informé par la dramaturgie ? Comment la tragédie imite-t-elle le/la politique ?
L’emploi du terme « politique », aux XVIe et XVIIe siècles, porte en lui toute l’idée de polis : il englobe à la fois ce qui est relatif au gouvernement des États et ce qui est relatif à la vie sociale. Au XVIIe siècle, la politique fait partie de la morale, conçue comme science de la société et des mœurs. Dans le sens moderne, les présupposés philosophiques qui sous-tendent l’usage du terme sont différents, puisque le domaine du politique, comme dimension de l’activité humaine, est conceptuellement distingué du domaine du social, même si le politique est consubstantiel à la société. Dans la mesure où ce travail ne porte pas sur une question terminologique, mais sur un certain objet, nous avons délimité le domaine d’application du terme selon la conception moderne, qui n’est pas exclusive de l’emploi du XVIIe siècle, et avons considéré comme politique ce qui touche aux questions de l’État et du pouvoir, questions envisagées dans leur dimension publique, par opposition à la dimension individuelle ou privée. Au sein de ce domaine, nous avons distingué ce qui relève du politique et ce qui relève de la politique, aussi bien dans leur aspect spéculatif que dans leur aspect pratique, en nous conformant aux emplois des termes pendant le premier dix-septième siècle.
Notre recherche se fonde sur le postulat simple qu’une tragédie procède d’une démarche poétique, mais que les exigences d’une forme, construites par un héritage théorique et par les usages d’une pratique, font de la tragédie le lieu d’un discours politique : la dramaturgie tragique porte donc de fait la marque d’un état du discours politique de son époque - ce qui ne veut pas dire qu’elle fasse forcément référence à un discours contemporain. En partant de ce constat, au moins deux démarches critiques sont possibles. On peut s’intéresser à la pensée politique en tant qu’elle est vue au travers du prisme de la tragédie, ou l’on peut - c’est l’objet que nous nous proposons - interroger le fonctionnement de la dramaturgie tragique dans la manière dont elle mobilise la pensée et les discours politiques qui lui sont contemporains. Ces discours peuvent procéder d’une pensée politique, mais ils sont aussi puisés dans un héritage littéraire ou dans un fonds rhétorico-politique. Nous souhaitons montrer que la tragédie joue pleinement, sur des plans différents, de la forme mais aussi de la valeur idéologique de ces discours politiques au regard de la pensée contemporaine. Nous cherchons de quelle manière la tragédie, en tant que forme littéraire, réfléchit un discours politique. Intégré à la structure tragique, le discours politique la sert et la modifie. Dans la manière dont la tragédie accueille, et parfois déforme, les discours politiques de son temps se dessinent les principes de sa propre forme.
Cette question se pose sous une forme spécifique dans le deuxième quart du dix-septième siècle. Les règles dramatiques sont à cette période clairement définies sur le plan théorique, mais elles ne correspondent pas encore nécessairement à la pratique des auteurs tragiques, et elles ne constituent pas encore forcément pour eux une véritable contrainte. La notion d’orthodoxie politique, à la notable exception près des lois fondamentales de la monarchie française, ne recouvre pas non plus un sens fixe ni stable dans tous les domaines. Etudier l’inscription de la pensée du politique dans la tragédie à une période où le politique se pense encore comme coexistence de discours potentiellement contradictoires permet de faire la part de ce qui relève de telle ou telle pensée politique, et de ce qui relève de la mobilisation d’une pensée du politique. Dans la seconde moitié du siècle, le poids réel des règles aristotéliciennes d’une part, la prégnance de l’orthodoxie politique d’autre part, donneraient un autre contenu à une telle étude. En prenant en compte de façon systématique toutes les pièces publiées comme tragédies entre 1634 et 1651, le corpus étudié comprend 116 pièces.
Une première partie de ce travail (Politique et genre tragique) pose la question de la nécessité, de fait et de droit, du politique dans le genre tragique. Dans la tragédie française des années 1630-1640, les princes ont pris la place des héros, et l’action politique incarne par excellence le grand renversement propre à l’action tragique. Ni les princes ni l’action politique ne font pourtant partie, en eux-mêmes, des exigences premières du genre, et la tragédie n’étant plus conçue comme le miroir des princes, les actions des personnages de condition ne sont plus directement appelées par une fonction spéculaire. Il semble que la présence des personnages de condition et de l’action politique s’explique d’abord par la dignité qu’ils apportent au genre. Cette dignité conditionne l’efficacité de la dramaturgie sur le plan de sa réception. C’est donc en premier lieu pour sa valeur que le politique est engagé dans la dramaturgie tragique. La présence des princes dans la tragédie est rationalisée sur le plan théorique depuis la fin du XVIe siècle. Dans la transmission italienne de la Poétique, la « qualité » du personnage tragique, telle que la décrit - ou, pour l’époque classique, l’exige - Aristote, a en effet été assimilée à sa qualité sociale. La « bonté » du personnage de tragédie, même comprise en termes moraux ou interprétée comme convenance poétique, implique, dans une échelle de valeurs aristocratique, une qualité sociale. La plupart des théoriciens français héritent de cette conception. Seul Corneille distingue expressément la qualité du personnage - pensée en termes poétiques - de sa condition sociale, et légitime, sur le plan théorique, une tragédie sans princes. Tous les théoriciens français s’accordent surtout à reconnaître la grande efficacité des princes dans la production de l’effet tragique. L’exemple royal est conçu comme efficace par lui-même dans le processus cathartique, selon des modalités diverses (chapitre 1 : Les princes sont-ils nécessaires à la tragédie ?). Il existe pourtant aussi des princes dans la tragi-comédie, et même dans la comédie. Une présence si extensive du politique dans la tragédie engageait une interrogation plus radicale sur la nature essentiellement politique ou non de l’action tragique. Nous avons été amenée à préciser ce que l’on entendait par action politique, et à délimiter comme objet d’investigation l’action représentée sur la scène, et non l’intérêt ou le sujet de la pièce. On a pu constater que la motivation des personnages est un critère insuffisant de différenciation générique, mais que la plupart des tragédies, dans les années 1630-1640, représentent bien de grands bouleversements politiques : plus que leur caractère politique, c’est cependant le caractère extraordinaire de ces bouleversements qui constitue une exigence du genre. Le renversement politique est (seulement) une forme privilégiée de l’action extraordinaire (chapitre 2 : L’action politique dans la définition de la tragédie).
Une deuxième partie (Inscription du politique dans la dramaturgie), interroge plus précisément ce qui, du politique, intéresse la dramaturgie de la tragédie. Celle-ci joue de la structure du fait politique, mais son efficacité repose également sur l’intégration, dans ses principes mêmes, de la teneur politique et du sens des discours contemporains. Le principe même de la vraisemblance est affecté, dans les années 1630 et surtout 1640, par un type de discours bien précis : tout se passe comme si le respect du pouvoir en place était implicitement érigé comme norme pour fonder la vraisemblance des destins individuels des personnages. Par ailleurs, dans les années 1630-1640, le rétablissement de l’ordre, en termes dramatiques, est étroitement lié à la logique du pouvoir, devenue norme de l’ordre et du désordre de l’action. La dramaturgie tragique intègre également au cœur de son fonctionnement la dialectique entre un enjeu individuel et un enjeu collectif. La spécificité de la tragédie réside dans la collaboration de cette dialectique sur des niveaux très différents. Si l’enjeu proprement tragique est toujours d’ordre individuel, particulier et privé, son efficacité dramatique, donc la production des émotions tragiques, est subordonnée à la perspective que lui confèrent, au sein même de l’action, les enjeux collectifs, généraux et publics du politique (Chapitre 3 : Enjeu individuel et dimension politique). La dramaturgie tragique mobilise également les zones de débat de la pensée contemporaine du politique, en particulier autour des notions de légitimité et de souveraineté. Ces débats servent le tragique parce qu’en eux s’affrontent des systèmes de valeur incompatibles. Le caractère équivoque de la notion même de souveraineté au XVIIe siècle autorise également des usages plus complexes. Les dramaturges jouent des tensions internes à la notion même de souveraineté, en particulier dans le cas des « lieu-tenants » du pouvoir, qui empruntent la souveraineté. Les limites de leur souveraineté font surgir des mécanismes de piège, qui créent la violence au sein des alliances, et l’ambiguïté de leur statut construit l’hamartia tragique. Utiliser la pensée contemporaine dans une perspective dramaturgique n’exclut pas de prendre en charge la valeur de cette pensée elle-même. C’est ce dont témoigne une évolution dans l’usage du concept de légitimité : de plus en plus, la prégnance d’une conception de la légitimité comme consécration du fait du pouvoir en place modifie les configurations dramatiques des tragédies, puisqu’il devient presque impossible d’équilibrer, sur le plan moral ou politique, la faute suprême que constitue l’atteinte au pouvoir en place (chapitre 4 : La mobilisation du débat politique).
Parce que le politique, dans la tragédie, est avant tout un ensemble de discours politiques, le troisième moment de la réflexion (Statut du discours politique) cherche à évaluer comment, en tant que discours sur le politique, les idéologies politiques intéressent la dramaturgie tragique. Le contenu des principes politiques, dans la tragédie, se révèle souvent neutre : la teneur du principe n’est pas en elle-même suffisante pour caractériser le bon ou le mauvais monarque, ni le bon ou le mauvais conseiller. La véritable distinction réside dans l’usage de ces principes. Ce qui définit le « bon » usage des principes politiques se résume dans la notion de justice, alliance de la vertu et de la considération de l’intérêt de l’État. Il est significatif que ces notions ne soient pas elles-mêmes investies d’un contenu définissable, et qu’elles semblent plutôt à chaque fois construites dans et par le drame, souvent par leur propre énonciation (chapitre 5 : Principes politiques et caractérisation éthique). Cela nous amène à nous demander si les principes et préceptes de prudence politique ne sont pas avant tout employés pour expliquer, justifier ou motiver les actes des personnages politiques, et par conséquent pour rendre le déroulement de l’action vraisemblable. Ceci expliquerait la forme et le contenu que prennent ces discours dans la tragédie. Parce qu’ils fondent la vraisemblance des actions, il importe en effet que les arguments politiques aient l’air efficaces dans la rhétorique intra scénique. Ainsi les arguments employés dans la tragédie semblent en réalité puisés dans un fonds politico-rhétorique constitué à la fois par les enseignements politiques des manuels de rhétorique, par des ouvrages mixtes de commentaires historiques ou philosophiques, et par des discours proprement politiques, envisagés dans leur valeur argumentative. Cet usage et cette origine en grande partie rhétorique des principes politiques ne sont en aucun cas une indifférence à leur sens. Au contraire, c’est bien la valeur prédéfinie de leur sens qui donne aux arguments tirés des commentaires philosophiques et historiques leur puissance argumentative : parce qu’elle est pré-jugée, cette sagesse politique est « prête à l’emploi » (chapitre 6 : L’efficacité des principes politiques). L’étude du machiavélisme dans la tragédie a pu montrer le fonctionnement de cette mobilisation, par la dramaturgie, des discours politiques contemporains. On a pu établir une cohérence, dans la tragédie, entre un certain type de situation rhétorique et un certain type d’idéologie. Le fonds machiavélien possède une valeur argumentative intrinsèque pour servir la finalité du genre délibératif, qui est la détermination de ce qui est utile et de ce qui est nuisible. En effet, le machiavélisme est, sur le plan politique, la théorie qui subordonne toutes les raisons à l’argument ultime de l’utilité. À l’inverse, parce que la finalité du genre judiciaire est la détermination du juste et de l’injuste, les situations judiciaires, dans la tragédie, appellent des discours non machiavéliens, qui subordonnent l’action politique à sa justice. Le machiavélisme n’est certes pas inventé par la rhétorique du drame, mais il y est en quelque sorte engagé par les idées même qu’il véhicule. Ce fonctionnement est autorisé, de façon ultime, par la prégnance des discours du machiavélisme - parfois très éloignés d’ailleurs de la pensée de Machiavel - qui circulent en France depuis le siècle précédent (chapitre 7 : le statut du machiavélisme).
Une dernière partie (Politique et politique de tragédie) interroge le statut du politique de tragédie par rapport au politique hors du drame. Les années 1630-1650 voient le passage d’un régime d’inscription directe du politique dans la tragédie à un régime d’intégration indirecte. Le politique, dans la tragédie, est un politique de tragédie, médiatisé par les codes d’un genre. Ce fonctionnement est théorisé, en grande partie a posteriori, à la fois par l’abbé d’Aubignac et par Corneille, dans des perspectives contraires. La théorisation, par d’Aubignac, de la vraisemblance laisse paradoxalement plus de place à l’idéologie politique que la théorie cornélienne fondée sur la fidélité à la vérité ; mais dans tous les cas, cette présence du politique est médiate (chapitre 8 : L’articulation théorique). Cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas soumise à l’histoire. Un genre qui fonctionne en assimilant les discours de son temps pour jouer de leur valeur est nécessairement affecté par l’évolution réelle de ces discours. Mais les changements sur le plan historico-philosophique ne se traduisent pas toujours directement par une modification des discours politiques dans la tragédie. Il est plus juste de dire qu’ils changent le sens et les modalités de l’utilisation des discours - parfois des mêmes discours. Ils affectent donc en réalité la démarche dramaturgique. Enfin, les exigences dramaturgiques de la tragédie, qui sont elles mêmes très souples dans les années 1630-1650, se heurtent très concrètement à des exigences matérielles et à des exigences d’ordre politique, soumises aux variations historiques. La forme que prend le politique dans la tragédie révèle au regard critique un fonctionnement dramatique complexe. On a ainsi pu lire dans certaines « étrangetés » dramatiques la trace d’une tentative de conciliation de contraintes parfois contradictoires. Dans certains cas, concilier les exigences dramatiques et les exigences politiques s’apparente à un coup de force, et les auteurs font, dans le deuxième quart du siècle, des choix très différents dans ce domaine (chapitre 9 : Formes de l’inscription politique dans la tragédie).
On peut penser que la question même de l’articulation entre politique et dramaturgie tragique se posera différemment à partir des années 1660. La saturation de l’espace littéraire par le discours amoureux, en grande partie sous l’influence de la production romanesque, aura pour effet de réinvestir le concept de dignité. Un héros peut désormais contrevenir à l’ordre du politique sans être sanctionné sur le plan dramatique. Surtout, dans un contexte où la doctrine d’un pouvoir fort constitue une véritable parole d’autorité en matière politique, et où, de façon conjointe, les règles dramatiques sont elles aussi érigées en véritables contraintes, le jeu des idéologies et des valeurs, appelé par la souplesse de la tragédie rénovée des années 1630-1640, et informant lui-même sa structure dramatique, n’est plus pensable selon les mêmes termes. Le discours politique nourrira d’autres configurations de la dramaturgie tragique.
Dramaturgie, critique et mythologie romantiques.
Jeudi 27 novembre 2003
14 heures
Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Bernard FRANCO soutient sa thèse d’Habilitation à diriger des Recherches (HDR)
Dramaturgie, critique et mythologie romantiques. Transferts culturels et esthétique comparée.
en présence du Jury :
M. BIRUS (MUNICH)
M. CHEVREL (PARIS IV)
M. FRANTZ (PARIS IV)
M. GENGEMBRE (CAEN)
M. MONTANDON (CLERMONT II)
M. VALENTIN (PARIS IV)
Du bien commun au mal nécessaire : Tyrannies, assassinats politiques et souveraineté en Italie, vers 1470 - vers 1600.
Jeudi 21 octobre
14 h
Salle des Actes, centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Renaud VILLARD soutient sa thèse de doctorat :
Du bien commun au mal nécessaire : Tyrannies, assassinats politiques et souveraineté en Italie, vers 1470 - vers 1600.
en présence du Jury :
M. BERCÉ (PARIS IV)
M. CROUZET (PARIS IV)
Mme CROUZET-PAVAN (PARIS IV)
M. KAISER (AIX-MARSEILLE)
Mme NICCOLI (TRENTO)
M. REVEL (EHESS)
Du discours moral au discours musical - le thème de la vanité dans la musique italienne post-tridentine
Vendredi 13 octobre 2006
14 heures
Maison de la Recherche,
28, rue Serpente 75006 Paris
Salle D116
Mme MAYA SUEMI LEMOS soutient sa thèse de doctorat :
Du discours moral au discours musical - le thème de la vanité dans la musique italienne post-tridentine
En présence du Jury :
M. DECLERCQ (Paris 3)
Mme DUROSOIR (Paris 4)
M. PRIVITERA
Mme SPICA (METZ)
Résumés
Le thème de la vanité est sous-jacent à toute l’épistémè des XVIe et XVIIe siècles : véritable discours sur
la fugacité de la vie, sur le caractère éphémère et vain de toute chose terrestre, il affecte alors tous les
domaines représentatifs - les arts plastiques, la littérature, mais aussi la musique. En effet, les
représentations musicales du thème de la vanité foisonnent dans l’Italie post-tridentine, où elles nous
apparaissent comme une catégorie à part entière à l’intérieur de l’ensemble de la musique dévotionnelle.
S’appropriant à peu près tous les genres musicaux en usage - des genres sacrés aux genres profanes, des
genres sérieux et savants aux formes légères -, elles se déclinent en des modalités discursives et
opératoires diverses. Cette variété témoigne de la nécessité d’étendre le discours moral qu’elles portent à
tous les secteurs sociaux : les Vanités, fussent-elles picturales, littéraires ou musicales, semblent
matérialiser, dans leur condensé de significations, le code moral de l’époque. Donnant forme à celui-là
elles l’affirment et le diffusent, sans doute, ne contribuant pas moins, pourtant, à l’abolir.
From Moral Discourse to Musical Discourse - The Theme of Vanity in Italian Post-Tridentine Music.
Abstract
The theme of vanity underlies the entire episteme of the sixteenth and seventeenth centuries : veritable
discourse on the transience of life, on the ephemeral and vain character of all earthly things, it affects all
the domains of artistic expression -literature, the visual arts, but also music. The musical representations
on the theme of vanity abound in Post-Tridentine Italy, where they constitute an autonomous category
within the ensemble of devotional music. Through the appropriation of almost every musical genre of the
time -the sacred and the secular, the serious and learned but also the lighter forms -they take various
discursive and operational paths. This variety testifies of the necessity to extend the moral discourse to all
parts of society : the Vanities -be they pictorial, literal or musical -seem to materialize, in their
condensation of meaning, the moral code of the time. Giving form to it, they affirm it and spread it, but
can’t, nevertheless, avoid to exhaust it.
Position de thèse
Vanitas vanitatum et omnia vanitas, infère l’Ecclésiaste. Depuis son apparition dans
l’Antiquité, la sévère sentence de ce livre vétérotestamentaire semble n’avoir jamais cessé
d’interpeller les esprits, partout où furent disséminées les Ecritures. Elle se révèle comme un
écho et en même temps une réponse au doute existentiel essentiel de l’homme, hanté par
l’évidence de sa propre finitude et de tout ce qui l’environne. Comment se positionner face à
l’inéluctabilité de la mort ? Résonance d’une problématique qui mobilisa de façon intense la
philosophie et la morale antiques - ce dont témoigne notamment la littérature stoïcienne -, la
sentence célèbre résume le choix d’une attitude consistant à dévaloriser le temporel au profit
du spirituel et du transcendant, dans une attente eschatologique censée être capable de
résorber et donner sens à un tel embarras. Elle porte en elle, implicitement, le principe moral
d’un nécessaire et souhaitable « mépris du monde », un discours du détachement basé sur
l’argument de la fugacité et de l’instabilité de tout ce qui appartient à la sphère humaine et
temporelle.
Ce discours émerge avec une force remarquable en Occident à partir de la moitié du
XVIe siècle, conservant sa vigueur tout le XVIIe siècle durant. Manifestation de l’idéal
éthique caractéristique de cette époque de réformes religieuses, il est sous-jacent à toute
l’épistémè de la période et finit par apparaître dans tous les champs de l’expression artistique.
Il est le ferment de l’essor d’un ensemble très important d’oeuvres picturales prenant comme
sujet premier la « vanité » de toute chose mondaine, que la tradition et ensuite
l’historiographie de l’art ont pris l’habitude de désigner, par réduction métonymique, Vanités.
Vanitas, donc, comme le terme proverbial de l’Ecclésiaste, dans la traduction latine du texte
hébreu. Ces peintures véhiculent le principe moral du détachement, exposant à travers un tissu
composite d’éléments symboliques tous les loci de la méditation sur l’impermanence humaine
et terrestre. Elles furent étudiées et décryptées par les historiens de l’art à partir notamment de
la deuxième moitié du XXe siècle de notre siècle. On a trouvé dans la représentation des
tables richement dressées, dans l’entassement confus d’objets - fleurs fanées, bijoux,
couronnes, crânes, livres, instruments de musique et autres - des témoins d’un sentiment de
perte, de néant, de mélancolie. Sous l’image de l’abondance, c’est le vide qui est représenté ;
sous les symboles du pouvoir, de la richesse ou de la beauté c’est la déchéance de ces biens
que nous voyons dénoncée. Car si les Vanités dénombrent tout ce que peut produire et
rassembler la nature humaine, c’est pour mieux la montrer fragile, vouée à la corruption : les
biens de ce monde sont, dans l’inventaire sombre des Vanités, frappés de précarité, rongés par
le voisinage toujours pressant de la mort, de l’anéantissement. Et c’est bien cette menace
constante et inéluctable qui les met en suspicion : trop instables, trop fugaces, ils ne sont rien
donc sinon de la tromperie, de l’illusion. Dévalués, ils ne sauraient être qu’objet de
renoncement en faveur des biens véritables et stables, ceux-là placés dans un au-delà
prometteur.
Les Vanités picturales ne seront pas les seules oeuvres artistiques de leur époque à
s’élever contre les attachements mondains, moralement condamnables. Elles partagent avec
une vaste littérature et aussi avec un vaste répertoire musical vocal le même regard
désenchanté sur l’existence, le même discours de mise en garde contre un monde temporel
défaillant, ontologiquement affaibli. Si les manifestations picturales et littéraires de ce
discours furent objet d’études critiques1, le cas musical demeure inexploré. La seule référence
que nous ne connaissons est l’article qu’y a consacré Silke Leopold, présenté en 1994 à
Darmstadt, à l’occasion du colloque Aspekte der Gegenreformation 2. Certaines pièces
musicales composées sur le thème de la vanité sont, il est vrai, bien connues du public et des
chercheurs. Pourtant, elles n’ont jamais été considérées comme constituantes d’un corpus
cohérent.
Une telle production musicale, qui s’avère pourtant abondante et riche, mérite sans
doute une investigation. Celle-ci présente un intérêt, à la fois pour la sociologie de l’art et
pour l’histoire des idées et des mentalités, en ce qu’elle peut contribuer à rendre à l’ensemble
transdisciplinaire des oeuvres artistiques au sujet de la vanité toute sa dimension : celle d’un
phénomène esthétique plus large qui, dans la multiplicité de ses registres, reflète la pensée
morale, éthique et existentielle de son époque. Les représentations de la vanité nous
apparaissent en effet comme un miroir privilégié du contexte de transformation des mentalités
qui s’opère dans ce seuil de la modernité : nous verrons que le discours qu’elles soutiennent
1
Il serait vain de tenter de lister ici la volumineuse bibliographie concernant le cas pictural. Pour cela, nous
renverrons à celle répertoriée dans : Alain TAPIE (dir.) Le thème de la vanité dans la peinture au XVIIe siècle,
catalogue de l’exposition, Caen, Albin Michel, 1990 ; Sybille EBERT-SCHIFFERER, Natures mortes, Paris,
Citadelles et Mazenod, 1999. Quant au cas littéraire, citons la thèse d’état de Marcel Israël , soutenue en 1976 à
l’Université d’Aix-Marseille 1, sous la dir. de Roger Duchêne et intitulée Quelques aspects du thème de la vanité
à l’époque baroque ; la thèse de Karine Lanini, Dire la Vanité à l’âge classique. Paradoxes d’un discours,
soutenue en 2003 à Paris III-Sorbonne Nouvelle, sous la direction de Alain Viala ; l’ouvrage de Agnès Verlet,
Les Vanités de Chateaubriand, Genève, Droz, 2001.
2
Silke LEOPOLD, « Die Vanitas-Idee in der Musik des frühen 17. Jahrhunderts », in : Zeitsprünge -
Forschungen zur Frühen Neuzeit, Band I (1997), Heft 3/4, Sonderheft « Aspekte der Gegenreformation »,
Frankfurt am Main, Vittorio Klostermann, p. 645-669.
peut être lu comme une attitude de réaction à un processus de mutation sociale qui se traduit
pas un changement radical de valeurs. Produits d’une tentative ultime - peut-être instinctive -
de préservation de principes éthiques en voie de disparition, elles s’impliquent en tant que
médiatrices d’un moment particulièrement trouble de la transition du monde occidental vers
une civilisation moderne.
Dans un degré plus particulier, ce répertoire musical présente un intérêt historique et
sociologique dans la mesure où il résulte, pour sa plupart, d’une démarche institutionnelle
dont le contexte est celui des réformes religieuses du XVIe siècle : véritable matériel de
propagande doctrinaire, il est la transposition en musique d’une modalité spécifique de
prédication morale/religieuse qu’on va devoir étendre à tous les espaces sociaux, publics
comme privés, dans une époque de troubles confessionnels sans doute, mais où se fait jour
également une véritable crise de foi. Il est ainsi sans doute profitable d’en étudier les
mécanismes de production et de réception, ainsi que son insertion sociale : qui étaient ses
commanditaires ? quelles étaient les conditions de sa production et de son exécution ? quelle
était la pénétration de cette musique moralisante dans les divers secteurs sociaux de
l’époque ? comment s’inscrivait-elle dans l’univers musical qui l’environne ?
Finalement, dans un degré de lecture qui concerne plus spécifiquement l’histoire de la
musique et la musicologie, ce répertoire a une caractéristique exceptionnelle qui lui confère
un intérêt particulier. Le caractère moralisant des textes littéraires dont il se sert, les
motivations et les enjeux qui le génèrent impliquent qu’il s’étende sur à peu près tous les
genres musicaux de son époque : en tant que véhicule des principes moraux et éthiques qui
donnent cohésion à la société, le discours sur la vanité des choses du monde doit pénétrer dans
toutes les sphères, secteurs et couches sociales, et investir, par conséquent, la musique
populaire comme celle de cour, les genres musicaux profanes comme les sacrés. Un tel
répertoire, à la fois uni dans sa thématique, et hétéroclite dans ses registres d’expression,
s’offre ainsi comme un terrain privilégié d’étude sur les différentes modalités rhétoriques et
opératoires que peut revêtir un discours dans sa transposition en musique.
Nous trouvons des représentations musicales du thème de la vanité parmi les laudi
spirituali et les motets, mais aussi parmi les madrigaux, les canzoni et canzonette, les
villanelle, les napolitane, les airs ou les cantates. Cette variété de supports implique des
stratégies discursives diverses qui sollicitent la matière musicale de manière inégale. En effet,
nous pouvons constater que, dans le cas du répertoire des laudi spirituali, l’efficace du
discours est garantie, non pas par la capacité de la musique de convaincre à travers une
réussite dans l’expression des contenus textuels, mais par sa capacité de distraire et amuser, et
aussi de s’adapter à toute sorte de public. C’est dans une certaine passivité qui aurait lieu
l’adhésion de celui-ci aux idées morales véhiculées ; par l’intonation quotidienne et plaisante
de ces chants, qui finit par inscrire le message dans les esprits et les mémoires. Dans le cas
des motets, contrairement, c’est bien dans les possibilités qu’offre la musique de renforcer le
discours verbal par les moyens expressifs qui lui sont propres que réside le succès persuasif.
Car dans ce cas, c’est bien l’intelligence des textes le garant de l’acte rhétorique. Il s’agit de
les rendre aussi clairs et éloquents que possible. Dans une autre catégorie se situent les pièces
profanes destinées aux milieux aristocratiques, académiques et princiers : il s’agit-là de
madrigaux, canzoni, airs, cantates, etc. qui, visant un public cultivé et raffiné, obéissent au
goût et aux exigences de celui-ci, ce dont témoigne le caractère recherché et savant de leur
écriture musicale, mais aussi des textes employés. L’on y trouve parfois des lectures
actualisées de la poésie de certains grands auteurs du passé - l’importance, notamment, de la
figure du Pétrarque dans la culture du temps ne saurait faire défaut dans ce répertoire -, dont
l’autorité pourvoit ces pièces musicales d’une valeur supplémentaire ; ou bien parfois sont
employées des poésies composées par des personnages éminents du temps, ce qui conférerait
à la pièce un certaine garantie éthique. Finalement, nous pouvons identifier, au-delà des
genres musicaux, une modalité de « Vanité musicale » que nous appelons ici méditative, où
l’auditeur est impliqué activement dans la stratégie persuasive : la condition de la réussite de
celle-ci paraît être la capacité de la musique de le plonger dans l’incertitude, dans la grisaille,
le contraignant à une méditation volontaire et auto-persuasive. Cette catégorie s’assimilerait
ainsi aux Vanités picturales, jouant, tout comme celles-ci le rôle d’un support de méditation,
médiatisant un acte réflexif individuel et intériorisé qui, identifiable à un « exercice
spirituel », se présente comme un trait culturel qui caractérise l’époque.
Si la représentation du thème de la vanité en musique apparaît selon des modalités
distinctes, qui correspondent à des stratégies opératoires diverses, elle ne possède pas moins,
en outre, une historicité propre. L’étude de son évolution, c’est-à-dire, des particularités que
peuvent présenter les « Vanités musicales » dans leur diachronie, nous permet de constater, en
effet, que le thème de la vanité, expression d’abord d’une mélancolie diffuse - et d’autant plus
puissante -, se matérialise peu à peu dans un discours de structure à peu près constante,
donnant corps et représentation au code moral qu’il véhicule, pour très vite se figer dans des
formules stéréotypées. Celles-ci, dans une rhétorique affaiblie, annoncent l’épuisement des
valeurs qui soutiennent le discours. En effet, l’interrogation plus authentique et philosophique
sur la finitude humaine qu’on devine sous les expressions primitives de la thématique de la
vanité, du milieu du XVIe siècle, semble être vite récupérée au profit d’une véritable doctrine
d’inscription morale et religieuse. Le sentiment d’angoisse et vacuité existentielle se résorbe
en une attente eschatologique aussi réductrice que rassurante - glissement de sens qui
s’accompagne de la dissémination massive du discours sur la vanité et, par là même, de sa
banalisation. C’est là peut-être le paradoxe majeur de ce discours. Il nous apparaît comme une
réaction aux profondes transformations sociales qui ont lieu alors dans le monde occidental,
auxquelles il semble tenter de s’opposer, par l’affirmation d’un code moral menacé et affaibli
par les pratiques sociales modernes. Pourtant, en niant et en problématisant les nouvelles
données sociales et mentales, il finit par contribuer à leur intégration : de plus en plus
banalisé, de plus en plus extérieur et artificiel, son pouvoir persuasif s’épuise, à la fois
témoignant du et participant au processus d’évacuation des valeurs morales qu’il véhicule. Le
temps des Vanités arrive à son terme et, avec lui, s’effacent les traces des valeurs anciennes.
Elles laisseront la place à une nouvelle disposition morale, à une nouvelle vision du monde, à
une confiance renouvelée en l’homme et en ses possibilités. Les Vanités auront contribué à
créer les conditions mentales de la transition vers la modernité, dont elles auront constitué,
dans leur propre historicité, une étape nécessaire. Notre corpus de vanités musicales dessine
cette trajectoire, et c’est là un des aspects de l’intérêt de son étude.
Du langage au silence : l’évolution de la critique littéraire au XXème siècle
Mardi 24 mai 2005
14 heures 30
À la Maison de la Recherche
D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Connie KWONG soutient sa thèse de doctorat :
Du langage au silence : l’évolution de la critique littéraire au XXème siècle
En présence du Jury :
M. BRUNEL (Paris 4)
M. MADELENAT (Clermont 2)
M. MOLINIE (Paris 4)
M. ZHANG (Paris 3)
Du livre de cuisine à l’art culinaire
Vendredi 28 novembre
14 heures
Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Gilly HENSHAW LEHMANN soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Du livre de cuisine à l’art culinaire
en présence du Jury :
M. CARRE (PARIS IV)
Mme FINCK (PRINCETON)
Mme HALIMI (PARIS III)
M. HOPES (LE MANS)
Mme ROUYER-DANEY (BORDEAUX III)
M. RUGGIU (BORDEAUX III)
Du livre illustré au texte imagé : image, texte et production du sens au XVIe siècle
Samedi 4 décembre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Trung TRAN QUOC soutient sa thèse de doctorat :
Du livre illustré au texte imagé : image, texte et production du sens au XVIe siècle
En présence du Jury :
M. CHATELAIN (BN)
Mme DAUVOIS (TOULOUSE I)
Mme HUCHON (PARIS IV)
M. LECERCLE (PARIS IV)
M. LECOINTE (POITIERS)
Du personnage au masque : le jongleur dans la littérature narrative des XIIe et XIIIe siècles
Samedi 13 décembre
13 h 30
Centre Malesherbes, amphi 111
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Silvere MENEGALDO soutient sa thèse de doctorat :
Du personnage au masque : le jongleur dans la littérature narrative des XIIe et XIIIe siècles
en présence du Jury :
M. BOUTET (PARIS IV)
Mme CERQUIGLINI-TOULET (PARIOS IV)
M. DUFOURNET (PARIS III)
M. FRITZ (DIJON)
M. MARTIN (ARRAS)
Mme MORA (VERSAILLES)
Du pittoresque au pictural. Valeurs et usages des arts dans la poésie française de 1830 à 1872 : Aloysius Bertrand (Gaspard de la Nuit), Théophile Gauthier (Poésies complètes), Paul Verlaine (Poèmes saturniens et Fêtes galantes)
Mardi 7 novembre 2006
14h30
Salle D116
Maison de la Recherche
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Nicolas WANLIN soutient sa thèse de doctorat :
Du pittoresque au pictural. Valeurs et usages des arts dans la poésie française de 1830 à 1872 : Aloysius Bertrand (Gaspard de la Nuit), Théophile Gauthier (Poésies complètes), Paul Verlaine (Poèmes saturniens et Fêtes galantes)
En présence du Jury :
Mme LE MEN (PARIS 10)
M. MARCHAL (PARIS 4)
M. MOLINIÉ (PARIS 4)
M. MURPHY (RENNES 2)
M. VOUILLOUX (BORDEAUX 3)
_ Résumés
Les poètes français du XIXe siècle ont fait des arts plastiques une référence importante de leur poésie. Cette thèse porte sur les œuvres d’Aloysius Bertrand (Gaspard de la Nuit), Théophile Gautier (Poésies complètes) et Paul Verlaine (Poèmes saturniens et Fêtes galantes) et s’attache à montrer quelles valeurs artistiques y sont manipulées et quel usage y est fait des références artistiques. L’approche transsémiotique ne rendant pas compte de l’inscription historique et sociale des pratiques poétiques, la démarche mise en œuvre ici est pragmatique, sociologique et historique. Ainsi, la notion de transposition d’art est remise en cause et l’accent est mis sur les différences entre les œuvres d’art et les poèmes. Les références poétiques aux arts sont interprétées comme des décontextualisations, des transformations et des réinterprétations imposées aux œuvres d’art. Les œuvres, les artistes, les techniques, les genres et les mouvements artistiques sont invoqués en raison des valeurs qu’ils permettent de promouvoir.
Bertrand met en évidence dans l’art la valeur de l’humble et fonde sur elle une poétique de l’Histoire tournée vers le peuple. Gautier passe tout d’abord d’une poétique du pittoresque à une spiritualité laïque, puis trouve dans l’art un moyen d’exprimer la dialectique du désir et de la frustration et dépasse le clivage du néoplatonisme et du matérialisme. Sa relation au monde des arts est une stratégie de positionnement social autant que le reflet d’un credo esthétique. Verlaine représente la fin d’un parcours : il prend acte du mode de définition de la poésie par l’analogie artistique et en tire la définition de son originalité poétique. Il découvre ensuite dans la peinture les valeurs de superficialité et d’artificialité. Le paradigme plastique est enfin dépassé au profit d’autres relations aux arts, moins systématiques.
Nineteenth-century French poets have used the arts as a major reference in their poetry. This work deals with Aloysius Bertrand’s Gaspard de la Nuit, Théophile Gautier’s poetry, and Paul Verlaine’s Poèmes saturniens and Fêtes galantes. It brings to light which artistic values are handled by the poems and for what purpose. As it is not possible to give account of the historical and social grounding of poetic practices by transsemiotic approaches, our method will be pragmatic, sociological and historical. We will reassess the notion of transposition d’art, and highlight the differences between works of art and poems. Referring to the arts in a poem means drawing the works out of a context into another, twisting and reinterpreting them by force. Works, artists, techniques, genres and trends are referred to by poetry because of the values they are likely to promote.
To Bertrand, art reveals the value of humbleness, and he grounds a poetics of popular History on it. Gautier first passes from a poetics of the picturesque to a secular spirituality. To him, art is a means to express the dialectic of desire and frustration, beyond the split of neo-Platonism and materialism. His references to the world of arts imply a social strategy of positioning, while they also reflect an aesthetic creed. Verlaine concludes a course : he takes for granted that poetry defines itself through artistic analogy and thus defines its own originality. Further, he finds in painting the values of superficiality and fake. The plastic paradigm comes to an end and is replaced by other, less systematic, relationships to the arts.
Position de thèse
Nous consacrons cette partie de notre introduction à une revue des notions théoriques généralement mises en œuvre dans les études sur les relations entre la littérature et les autres arts. La notion d’ekphrasis est examinée et nous donne l’occasion d’insister sur l’historicité des concepts théoriques et les limites qu’il faut assigner à leur domaine de pertinence. La conception rhétorique de la description d’œuvre d’art amène notamment à remarquer que la notion d’art est elle-même historique et que nous devrons tenir compte de cette historicité pour caractériser spécifiquement les pratiques du XIXe siècle. Un autre apport intéressant et discutable de la rhétorique consiste en la théorie de l’enargeia : nous considérons à la fois sa prégnance dans les discours et les pratiques et son insuffisance conceptuelle dans le cadre d’une étude moderne.
L’approche sémiotique est ensuite envisagée et critiquée. Nous tentons de circonscrire l’objet limité d’une étude trans-sémiotique des relations entre texte et image et nous en déduisons quelques principes pour notre travail, notamment la prise en compte des spécificités des media envisagés, de leurs conditions de mise en œuvre et de leurs traditions propres. Ce faisant, c’est essentiellement la notion de transposition que nous critiquons et nous mettons l’accent sur les différences entre la littérature et les autres arts plutôt que sur leur parenté. Nous considérons alors les références poétiques aux autres arts comme des décontextualisations, des transformations et des réinterprétations imposées aux œuvres.
Cette option nous amène à privilégier une approche pragmatique, c’est-à-dire une prise en compte maximale des conditions de production des œuvres plastiques et des poèmes, donc une compréhension de la poésie non seulement comme produit textuel mais aussi et surtout comme pratique sociale. D’où l’emploi des outils notionnels de la sociologie : nous définissons la référence artistique comme un usage et une manipulation de valeurs. Le texte poétique attribue à l’œuvre d’art des valeurs et retire tout à la fois certaines valeurs de celui-ci. Cette pratique produit des représentations de l’activité artistique en général et de la poésie en particulier ainsi qu’une conception particulière de la culture.
La réflexion sur les références artistiques comme représentations sociologiques amène à s’interroger sur la réalité des propriétés « plastiques » des poèmes : ne sont-elles que des illusions ou des faits de style objectivement observables ? Il s’agit en fait de concevoir quelles sont les conditions requises pour qu’un lectorat reçoive les textes comme doués des propriétés « plastiques » visées et revendiquées par les auteurs.
Les problématiques évoquées et les outils notionnels retenus nous permettent alors de procéder à une critique de la notion de description. Nous exposons donc la diversité formelle rencontrée dans les références artistiques. Surtout, nous faisons valoir la nécessité d’une théorie de la description qui, contrairement à l’approche structurale généralement utilisée, accorde toute son importance à la nature de l’objet décrit. D’une part, ceci permet de comprendre que chaque description est porteuse de valeurs spécifiques en fonction de son objet, d’autre part cela met en évidence la distance culturelle entre l’objet décrit et sa description. Autre distinction de notre approche par rapport à l’approche structurale de la description et à la linguistique textuelle, notre corpus nous amène à considérer des descriptions autonomes ou s’autonomisant, c’est-à-dire indépendantes de cadres narratifs ou argumentatifs ; nous remettons donc en cause le fondement même de l’approche narratologique de la description qui en fait l’auxiliaire d’autres formes discursives.
2. Aspects du corpus
La description de notre corpus suppose tout d’abord d’expliquer la spécificité des textes poétiques. Nous les distinguons d’une part des textes non littéraires par leurs fonctions, d’autre part des autres genres littéraires par les caractères énonciatifs et stylistiques ainsi que les enjeux idéologiques spécifiques à la poésie.
Il importe ensuite de dégager la spécificité du moment historique envisagé, entre 1830 et la fin du Second Empire. Nous présentons donc un très rapide historique des poèmes sur les arts depuis le XVIIe siècle au cours duquel nous relevons ce qui éclaire le traitement de notre objet au XIXe siècle : les prérogatives du poète quant au discours sur l’art, le type de valeurs manipulées par les discours, le statut de l’analogie entre peinture et poésie et la différence entre discours didactique et discours poétique.
Ce rappel historique nous amène à présenter l’évolution de quelques notions théoriques, telles que la description, le tableau et le pittoresque. Nous nous donnons ainsi les moyens de comprendre quels rapports les théories de la littérature et de la peinture établissent entre leurs objets et quels en sont les enjeux ; autrement dit, pourquoi et à quelle époque la littérature est un modèle pour la conception de la peinture et vice-versa. C’est tout particulièrement la constitution de la notion de pittoresque, au confluent de deux pratiques artistiques, qui permet d’aborder la poétique romantique autour de 1830.
Nous justifions enfin la constitution de notre corpus. Nous expliquons sur quels critères nous avons fixé ses bornes chronologiques et les raisons pour lesquelles nous avons considéré Aloysius Bertrand, Théophile Gautier et Paul Verlaine comme représentatifs. Corollairement, d’autres auteurs sont tenus pour accessoires dans l’histoire littéraire ou du moins non nécessaires à notre exposé. Nous pensons que la définition de ce corpus offre un ensemble de documents, qui sont aussi des œuvres à part entière, révélateurs mais non univoques quant à l’avènement de la modernité esthétique.
I Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit (1842)
1. Quel type d’homologie chercher entre l’œuvre de Bertrand et les arts ?
Nous commençons par réfuter l’idée d’homologie structurelle entre les arts plastiques et la littérature telle qu’elle peut être développée dans le cadre d’une sémiotique structurale.
Nous exposons ensuite les faiblesses épistémologiques de l’associationnisme illustrateur, avatar de la critique de sources, en même temps que les causes de son succès. Les raisons de sa faible pertinence dans le cas de Bertrand sont d’une part la préférence du poète pour une logique plus nettement textuelle que trans-sémiotique, une visée de l’ethos d’artiste plutôt que d’une identité précise et un recours massif aux arts populaires anonymes et sériels. Enfin, le modèle de la transposition d’art est remis en cause au profit d’une explication sociologique par les relations entre personnes plutôt qu’entre œuvres.
Nous contestons ensuite l’analogie des poèmes avec la photographie, le daguerréotype et les fantaisies d’optique, y préférant une description en termes de rhétorique. Nous argumentons enfin contre l’interprétation phénoménologique des poèmes selon le modèle du paysage.
En conclusion, nous proposons d’interpréter la référence aux arts comme un moyen pour le poète de promouvoir une image de lui-même.
2. Une approche générique de la relation entre les arts
Nous développons l’hypothèse que l’évolution historique de la hiérarchie des genres picturaux fournit une explication à la picturalité de Bertrand. Sur le plan sociologique, les prises de position des peintres romantiques servent de modèle au poète. Sur le plan stylistique, les options génériques dans la théorie de la peinture trouvent des équivalents dans la pratique poétique.
La poétique « flamande » et notamment le genre de la « bambochade » sont déclinés en nombre de motifs stylistiques opérant la clôture du poème. Les formes poétiques développées par Bertrand sont alors interprétées comme des prises de position dans le champ littéraire s’accompagnant d’une stratégie de légitimation de sa pratique.
Cette légitimation est paradoxale puisqu’elle passe par une marginalisation générique et sociologique. À partir de là, la référence artistique apparaît comme un apport de légitimité : elle passe par une forme d’écriture artiste mais aussi par la référence à la chanson populaire et l’influence du « tableau » dramatique.
Nous déplaçons finalement la problématique du genre vers celle du livre : en examinant le rapport de Bertrand à l’illustration et à l’imprimerie romantique, nous mettons en évidence la visée d’une esthétique du « kitsch » plutôt que du grand art.
3. Le portrait du poète en maçon
Nous exposons pourquoi Bertrand choisit comme figure tutélaire, comme son analogue et son modèle, le maçon du Moyen-Âge plutôt que le peintre. Ceci s’explique par le mythe que les romantiques forgent autour des bâtisseurs de cathédrale. Cette figure fait émerger particulièrement le problème de l’anonymat de l’artiste et de l’idée de génie populaire.
_ Appliqué à la lecture de l’œuvre de Bertrand, le mythe du maçon permet notamment d’interpréter le poème matriciel « Le Maçon » : il propose à la fois un mode de représentation du monde et une position du sujet observateur qui déterminent fortement l’esthétique de Bertrand. Nous proposons d’y voir une « forme symbolique ».
4. Le pittoresque comme poétique de l’histoire
Nous expliquons tout d’abord comment les pratiques d’écriture de Bertrand peuvent associer étroitement poésie et Histoire. D’un point de vue génétique, sa poésie dérive d’une écriture historique et du point de vue idéologique, Bertrand confie aux artistes et aux poètes une mission d’historiens.
_ L’« école flamande » apparaît alors comme une manière particulière d’écrire l’Histoire. Elle s’apparente à la méthode de Michelet dans son utilisation des œuvres d’art, à l’esprit de Nodier dans son recours aux sources populaires. Elle rappelle également Hugo dans son exaltation du grotesque mais s’en démarque en développant une tonalité originale et participe de l’Histoire « ressuscitante », donnant à la poésie l’ambition de faire revivre le passé.
_ Cette analyse du rôle du pittoresque dans le traitement de l’Histoire mène au constat d’une attention très particulière portée au peuple. Elle permet finalement d’établir que l’usage des arts dans Gaspard de la Nuit a une portée politique puisqu’elle trahit, sinon une conviction républicaine, du moins une solidarité foncière avec la cause du peuple.
Nous concluons en justifiant l’orientation globale de notre lecture de Bertrand, plus tournée vers le premier romantisme que vers la modernité de la théorie spéculative de l’art. Nous soulignons en particulier que la caractérisation esthétique, idéologique et politique que nous avons donnée de Bertrand ne peut s’accommoder d’un rattachement de Bertrand aux poétiques de l’Art pour l’Art. Son usage des valeurs artistiques est fondamentalement social, historique et populaire.
II. Théophile Gautier, Œuvres poétiques complètes dont Poésies (1830), Albertus (1832), La Comédie de la mort (1838), España (1845), Émaux et camées (1852-1872).
1. Peintre ou poète : faut-il choisir ? Comment choisir ?
Les premières années de Gautier sont marquées par une pratique encore scolaire de l’éloge ekphrastique au travers duquel apparaît un discours sur la position sociale de l’artiste contemporain.
Sur la base d’une relation de solidarité et d’émulation avec le milieu artiste, le poète peut développer une poétique pittoresque qui revendique les traits du paysage romantique tout en se fondant sur des procédures stylistiques proprement poétiques. Cette pratique du pittoresque est également le laboratoire d’une modernité poétique qui dépasse les cadres romantiques.
_ Ce sont encore les genres mineurs de l’« intérieur » et du portrait qui sont mis à contribution pour les valeurs potentiellement originales et novatrices qu’ils peuvent apporter à la poésie. Ils sont l’aiguillon d’une poétique descriptive qui ne se contente ni de la caution légitimante des artistes de référence ni du déploiement systématique des clichés descriptifs : les traits de la vogue gothique y acquièrent une profondeur psychologique et symbolique qui atteindra sa pleine expression trente ans plus tard, dans un retour sur les thèmes gothiques de jeunesse.
_ Le premier grand tournant dans la théorie et la pratique de Gautier est caractérisé par une réflexion sur la spiritualité dans l’art : au-delà des manifestations spirituelles de l’art religieux, largement désacralisé dans un contexte de désenchantement général, Gautier cherche la voie d’une spiritualité originale et émancipée. Surtout, la sacralité perdue de la religion semble compensée par une sacralisation de l’art. En fait, le poète s’emploie à réinterpréter à sa manière, esthétique, l’élan idéaliste représenté par l’art religieux.
_ C’est cet idéalisme esthétique qui explique le discours poétique de Gautier sur l’art à cette époque. Malgré l’extrême proximité et les constants échanges entre la poésie et les autres arts, il ne s’agit pas d’une relation de transposition. L’esthétique romantique se fondait trop sur la spécificité des moyens de chaque art pour se satisfaire d’une analogie sommaire. C’est plutôt une conception idéaliste de l’esthétique (de type hégélien) qui permet de comprendre la complémentarité des arts plastiques et de la poésie dans un système des arts.
2. Poète au mépris des peintres ou à leurs dépens ?
_ La référence à d’autres arts est subordonnée, chez Gautier, au primat de la logique poétique : la description d’art exige de l’œuvre plastique un contenu susceptible de réappropriation par le poète. Gautier recherche même des occasions de briller par sa technique descriptive plutôt que de rendre compte de l’œuvre à la manière d’un critique. Il ne répète pas la vision d’un artiste mais développe la sienne propre en fonction de ses conceptions esthétiques et de sa vision singulière du monde.
_ L’hommage aux peintres contemporains est certes dans la continuité de la critique d’art, même quand il s’exprime en vers, mais Gautier y développe une stratégie de différenciation de son activité poétique par rapport à son activité journalistique : il dévalue d’autant plus la prose journalistique qu’il singularise la pratique poétique. Et cette distinction n’est pas seulement d’ordre générique et sociologique mais recouvre des traitements différents des valeurs artistiques.
3. La description d’art comme allégorie et détournement de l’usage des œuvres
La description d’art se constitue, sous la plume de Gautier, en système de réinterprétation des œuvres, voire de métamorphose, au profit des usages particuliers du poète. C’est en cela qu’elle est fondamentalement allégorique : elle dissocie la signification ultime de l’œuvre de son sens immédiat. De ce fait, Gautier peut opérer des reconfigurations spectaculaires des œuvres et même de l’histoire de l’art, réinventant au besoin l’auteur ou le sujet d’une œuvre.
_ Cette pratique herméneutique est pleinement exploitée dans le traitement de l’art religieux : Gautier réintègre celui-ci à divers contextes d’interprétation qui en subvertissent la substance originelle. Cette pratique permet le développement d’une pensée personnelle portant essentiellement sur le statut du corps dans l’art et sa compatibilité avec une exigence spirituelle. Gautier manifeste alors une émancipation nette et définitive de l’esthétique et de la morale chrétienne : il renonce au modèle gothique et chrétien au profit de la référence antique et païenne afin de concilier érotisme et idéalisation du corps.
4. Du pittoresque au sculptural : idéalisme et matérialité de l’art
C’est à l’époque de la Seconde République que Gautier stabilise son esthétique et amorce la production de sa maturité poétique. La référence artistique devenant un élément essentiel de sa pratique poétique dans Émaux et camées, il convient de distinguer différents types de plasticité, notamment pour ne pas confondre la vivacité descriptive avec les références artistiques à proprement parler.
Une tendance remarquable de cette période est le passage de la référence picturale à un paradigme sculptural : la statuaire et l’orfèvrerie représentent les valeurs de durabilité de l’œuvre, d’effort du créateur, d’un objet précieux et décoratif. Surtout, en tant que référence à la statuaire antique, le paradigme sculptural est ce qui fait de l’art une médiation dans le rapport au corps désiré. Sa figure par excellence est la chimère, tentante mais fatalement inaccessible, à l’image de l’Idéal. C’est ce qui permet de reconsidérer l’idée d’un platonisme de Gautier en restituant sa contrepartie foncièrement matérialiste et érotique.
5. Le poète, l’art et le monde
Ce parcours poétique aboutit à la représentation de l’activité poétique comme une manière de gérer une relation au monde et non seulement une relation personnelle, mais tout le jeu des rapports sociaux. Il faut en effet reconsidérer les poésies de circonstance de Gautier, et non les compter pour rien dans sa pratique de poète, pour comprendre à quel point il pouvait considérer la poésie comme son mode privilégié d’auto-représentation et de positionnement social. Cela apparaît d’une part dans sa poésie galante, où la référence artistique est un moyen d’exprimer le désir tout en gérant son ethos, d’autre part dans ses relations avec les artistes. Gautier écrivait non seulement sur mais aussi pour les peintres, les sculpteurs, les architectes et pour les compositeurs. La musique lyrique est en effet un puissant moyen d’intégrer la poésie au monde de l’art, donc à un fonctionnement social valorisant.
_ C’est cette considération de la poésie comme pratique de sociabilité qui permet de comprendre l’idéologie sociale et politique de Gautier. Cela explique en particulier qu’il n’a pas tant fait des infidélités à la doctrine de l’Art pour l’Art, en donnant son crédit à divers régimes politiques, qu’il n’a cherché sans cesse l’intérêt des arts dans toute forme de régime. En cohérence avec son matérialisme esthétique, Gautier cultive une conception bourgeoise de l’art comme le luxe de toute société civilisée. De là à un positionnement social de l’artiste comme bourgeois, il n’y a qu’un pas que Gautier franchit, mettant définitivement à distance la représentation romantique de l’artiste bohème.
III. Paul Verlaine, Poèmes saturniens (1866), Fêtes galantes (1869)
1. Poèmes saturniens : du Parnasse à Baudelaire
À ses débuts, Verlaine se trouve au confluent de plusieurs influences et non seulement ses références aux arts manifestent la tension entre l’adhésion parnassienne et le baudelairisme esthétique mais elles lui permettent d’articuler ces deux tendances. Les thèses esthétiques de Baudelaire nourrissent sa pratique du paysage et y font primer l’investissement pathétique sur l’exigence d’impassibilité. C’est aussi par le biais de l’eau-forte que Verlaine peut développer l’image d’un art de la spontanéité géniale sans reconduire la doctrine romantique de l’inspiration. On peut même trouver dans les Poèmes saturniens l’origine d’un paradigme aquafortiste, sans pour autant que soit possible une stylistique de l’eau-forte textuelle. C’est enfin en traitant le genre du tableau historique que Verlaine règle sa relation avec la poétique parnassienne, en réfléchissant en particulier sur la possibilité et l’opportunité de l’expression politique.
2. De l’allégorie baudelairienne au paysage intérieur verlainien
Au delà des différentes valeurs empruntées à Baudelaire dans son approche des techniques et des genres artistiques, Verlaine se rallie à sa conception de l’imagination et au rôle qu’il lui donne dans l’activité artistique en général et dans la poésie en particulier. Une des conséquences de ce principe est l’émergence d’un nouveau type de paysage moderne, le paysage urbain. Il s’agit alors de s’émanciper du mythe de la nature comme fondement de l’art.
Ce geste s’accompagne d’une ressaisie de l’allégorie telle que Baudelaire l’avait élaborée dans Les Fleurs du mal : Verlaine y trouve le moyen de dépasser l’antinomie du lyrisme et de l’impersonnalité. La picturalité devient alors synonyme de décomposition du sujet lyrique en ses images.
Mais cette démarche allégorique manifeste une crise de la représentation du sujet. Dans « Nuit du Walpurgis classique », c’est la possibilité même d’une allégorie du sujet qui est mise en cause : l’art des jardins a remplacé la nature, ce qui signifie que le moi ne peut trouver dans l’extériorité qu’une image de lui-même artificielle, artistement construite. Verlaine commence à poser le problème de l’expression du moi en termes d’artificialité autant que d’art.
3. Fêtes galantes et la psychologie du lyrisme
Notre hypothèse est que non seulement les Fêtes galantes doivent beaucoup à Watteau, mais que c’est même grâce à une réflexion sur ce peintre et sur sa critique que Verlaine a fait un pas décisif dans la maturation de sa poétique. Il constate en effet que la critique romantique de Watteau se confronte à la difficulté de tableaux censés être mélancoliques mais qui ne donnent pas de signe positif de mélancolie. Il en déduit que l’expression de l’intériorité est fondamentalement ambiguë car elle ne peut démontrer l’adéquation d’un état mental avec des manifestations extérieures. C’est alors en cohérence avec la théorie psychologique qui lui est contemporaine que Verlaine élabore une déconstruction de l’expression lyrique fondée sur les valeurs d’artificialité et de superficialité de l’art.
_ Nous explicitons quels sont les fondements théoriques - c’est à dire la psychologie du lyrisme - qui mènent Verlaine à remettre en cause la poétique lyrique. La philosophie de la psychologie de Wittgenstein nous aide à conceptualiser l’approche verlainienne de l’intériorité.
4. Perspectives : l’impressionnisme de Verlaine et la fin du paradigme plastique
Le fonctionnement paradigmatique des références artistiques, exploité intensivement par Verlaine dans ses premiers recueils donne lieu à une réception qui surinterprète toute son œuvre en termes d’impressionnisme poétique. Nous opérons une critique de cette notion en montrant quels en sont les ressorts et les insuffisances. Nous étudions ensuite comment le paradigme musical prend la suite du paradigme plastique puis nous examinons le fonctionnement des références artistiques dans les dernières œuvres de Verlaine. Nous proposons alors une interprétation du positionnement de Verlaine dans le champ poétique et nous concluons sur sa conception du rôle de la poésie dans la culture et du poète dans la société.
Notre parcours du corpus de trois poètes nous permet de conclure que les références artistiques ne sont pas essentiellement métapoétiques : elles consistent bien plutôt en un travail de manipulation de valeurs et en une série d’usages qui modèlent la relation de la poésie avec le monde. Dans sa relation aux autres arts, la poésie cherche certes pour une part à sa définir elle-même, mais elle procure également une définition de la culture et de ses valeurs fondamentales. Dans cette perspective, il faut donc concevoir le mouvement d’autonomisation de la littérature comme nuancé et contradictoire.
La constitution du champ artistique attire les poètes du fait d’une certaine communauté de valeurs. Elle confère à l’analogie avec les autres arts une vertu instrumentale de positionnement social et de déclaration esthétique. Les poètes s’en servent pour structurer leur pratique et programmer leur réception en fonction de paradigmes (modèles exemplaires d’usages et de valeurs). Mais cette même autonomisation des pratiques artistiques exige rapidement une autonomisation des moyens de chaque art, y compris de la poésie ; d’où la succession rapide des paradigmes et la dissolution à terme des références artistiques.
Nous questionnons enfin la représentativité de notre corpus et ses limites par rapport à l’histoire littéraire. Si l’usage paradigmatique des arts s’accompagne d’un mouvement de repli de la poésie sur elle-même, trois facteurs nuancent ce constat : le genre poétique n’est pas représentatif de toute la littérature, les trois auteurs traités ne représentent qu’une vision canonique de la modernité poétique et on ne saurait voir le parcours décrit comme manifestant une nécessité historique ni comme préfigurant le destin de toute poésie moderne.
Du pouvoir de l’image : la photographie de propagande et de contre-propagande national-socialiste en Allemagne et en France (1933-1945)
Jeudi 1 juin 2006
14 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Gaëlle LIEDTS soutient sa thèse de doctorat en cotutelle avec LUDWIG MAXIMILIANS UNIVERSITÄT MÜNCHEN :
Du pouvoir de l’image : la photographie de propagande et de contre-propagande national-socialiste en Allemagne et en France (1933-1945)
En présence du Jury :
Directeurs de thèse :
M. Prof. Dr. Jean-Paul BLED
M. Prof. Dr. Hubertus KOHLE
M. Prof. Dr. François-Georges DREYFUS
M. Prof. Dr. Pierre DU BOIS
M. Prof. Dr. Serge LEMOINE
M. Prof. Dr. Rolf SACHSSE
Résumés
On power of image : national-socialist propaganda and contra-propaganda photography in Germany and France (1933-1945)
Whereas the cinema of the Thirties and Forties has been the center of attention, photography remains one of the most effective weapons of the propaganda for this period. Studies on the subject remain scarce. Photography has been very much used by National-Socialist Germany between 1933 and 1945, and in France during the occupation. But the Nazi Germany is not the only one to have used the photography, which is especially conveyed by the illustrated press and the booklets of propaganda. The French government also used photography for its own propaganda and was strongly inspired by the techniques implemented in Germany.
If local circumstances often influence the topics chosen for photography propaganda ; main characteristics remain the same, whatever the country is, the cult of the chief is omnipresent.
Photography served totalitarian propaganda of the Nazi Germany and Vichy’s France, but it was also the weapon of the antifascists. They oppose other uses of this medium to Nazi propaganda, such as the political photomontage.
Du pouvoir de l’image : la photographie de propagande et de contre-propagande national-socialiste en Allemagne et en France (1933-1945)
Alors que c’est surtout le cinéma qui a retenu l’attention pour la période des années trente et quarante, la photographie reste l’une des armes les plus efficaces de la propagande de l’époque. Encore trop peu étudiée, elle a notamment été très utilisée par le gouvernement national-socialiste entre 1933 et 1945, que ce soit en Allemagne ou en France lors de la période d’occupation. Mais l’Allemagne nazie n’est pas la seule à avoir utilisé la photographie, surtout véhiculée par la presse illustrée et les brochures de propagande, à ses fins. Le gouvernement français a, lui aussi, utilisé la photographie pour sa propagande en s’inspirant fortement des techniques mises en œuvre en Allemagne.
Si les thèmes abordés par la photographie de propagande relèvent de particularismes locaux spécifiques à chaque pays, le « culte du chef » est l’un des points communs les plus importants.
La photographie a donc servi les propagandes totalitaires de l’Allemagne nazie et de la France vichyssoise, mais elle a aussi été l’arme de combat des anti-fascistes. Ces derniers opposent à la propagande nazie d’autres utilisations de ce médium tels que le photomontage politique.
Position de thèse
Depuis une vingtaine d’années, les historiens - et non plus seulement les historiens de l’art - se penchent un peu plus sur la photographie et le rôle qu’elle a pu jouer dans les différentes périodes de l’histoire récente. La propagande national-socialiste pendant la période 1933-1945 a, quant à elle, été traitée dans de nombreux ouvrages dès la fin de la Deuxième guerre mondiale. Même dans les années trente et quarante, certains contemporains s’étaient déjà interrogés sur le rôle de la propagande dans le développement de la politique national-socialiste en Europe. Dans ces différentes études, on constate pourtant rapidement une lacune importante : si les pratiques artistiques ont été envisagées du point de vue de la propagande national-socialiste, depuis l’architecture jusqu’au cinéma en passant par la peinture, la sculpture ou même le théâtre, la photographie est la grande oubliée de l’historiographie. Même les « classiques » français concernant l’art nazi ne font aucune allusion au rôle de l’image photographique dans la propagande national-socialiste. Alors que la propagande photographique allemande a aussi été diffusée en France, très rares sont les études qui abordent le sujet en profondeur en France. Des études ont été réalisées sur l’influence de la photographie en France lors de la même période, mais il semble que les recherches s’arrêtent toujours à la frontière du Rhin. Il n’est pourtant pas possible de comprendre comment la propagande nazie a eu tant de répercussions sur les événements des années trente et quarante en Europe - et plus particulièrement en France - sans comprendre comment elle s’est répandue en Allemagne auparavant.
C’est en partant de ces observations et afin de combler cette lacune que cette thèse réalisée en cotutelle entre les universités de Paris IV-Sorbonne et Ludwig-Maximilians-Universität de Munich tente de montrer l’importance de la photographie dans la propagande national-socialiste des années 1933 à 1945, grâce notamment à des parallèles avec la propagande photographique de la France à la même période. Si la photographie a été une arme importante pour la propagande nazie et vichyssoise, elle a aussi été utilisée par les artistes qui ont combattu le nazisme. La différence entre le succès de la propagande photographique national-socialiste et le relatif retentissement de l’anti-nazisme en photographie est l’objet principal de cette thèse.
Cette thèse est divisée en trois parties. Afin de se mettre d’accord sur les termes et sur l’enjeu de la démonstration, la première partie précise ce qui fait de la photographie une source essentielle de l’histoire, elle tente ensuite d’expliquer pourquoi cette source a été négligée et donne un aperçu de la diversité des types de photographies. Elle montre aussi quel était l’état de la pratique photographique en 1933 et quelles ont été les causes qui ont opéré le glissement d’une photographie comme moyen d’expression artistique à une arme de propagande.
La deuxième partie de la thèse est d’abord consacrée à l’organisation administrative de la propagande photographique en Allemagne. Un parallèle est fait avec l’administration française de la photographie, qui n’est en place qu’à partir de 1942. Cette deuxième partie présente ensuite une analyse des spécificités de la propagande national-socialiste en photographie : comment est-elle véhiculée ? Qu’est-ce qui est autorisé et qu’est ce qui est censuré ? Quels sont les thèmes de prédilection de la photographie de tradition national-socialiste ? L’observation de la situation amène à une autre interrogation : la photographie est-elle simplement, au final, juste un moyen de propagande, une image d’une société à un instant donné, ou ne peut-elle pas aussi et ensuite, servir de « pièce à conviction » ? A ce sujet, l’utilisation de la photographie dans les camps de concentration pose problème : est-elle simplement une documentation comme les autres - qui a aussi servi en propagande nazie - ou acquiert-elle une dimension supplémentaire du fait même se son sujet ?
La dernière partie de la thèse traite de la contre-propagande national-socialiste au moyen de la photographie. Quelle a été l’action des photographes contre le nazisme ? Comment s’est elle manifestée ? Et quelle forme a-t-elle a pris ? On verra aussi le rôle de la presse illustrée et des partis communistes allemand et français dans la diffusion des images photographiques anti-nazies. Puis on s’attachera plus particulièrement à la seule émanation de l’image photographique qui a pu avoir une certaine influence en contre-propagande, c’est-à-dire le photomontage.
Au terme de cette étude franco-allemande, plusieurs observations sont à faire au vu des résultats obtenus. Il s’agissait en la menant de combler une lacune sur les connaissances historiques du pouvoir de l’image photographique et de son rôle dans la propagande national-socialiste d’une part, et dans la contre-propagande national-socialiste d’autre part durant la période où Hitler et le NSDAP régissent la vie politique, sociale et culturelle de l’Allemagne. Il était aussi question d’étudier le rôle qu’avait pu avoir la photographie en propagande national-socialiste et de voir si elle avait eu un rôle comparable dans les camps adverses.
Force est de constater, à l’issue de cette recherche, que la photographie a eu un rôle déterminant dans la propagande national-socialiste, mais qu’elle n’a pas réussi à avoir un rôle aussi important en propagande anti-nazie qu’en propagande national-socialiste. Quelles sont donc les raisons de cette différence tangible ?
Tout d’abord, l’appareil d’Etat national-socialiste a réussi à mettre la main sur tout le processus de création photographique. Depuis les fabricants de matériel photographique - industrie chimique et savoir-faire optique en tête - jusqu’à la photographie qui se trouve dans l’album familial, tout est contrôlé par le ministère de la propagande. Il n’est pratiquement plus possible de photographier sans adhérer à l’une ou l’autre des associations d’amateurs ou groupements de professionnels. Même l’armée est dotée d’importants effectifs de photographes (et aussi d’opérateurs de cinéma) grâce aux Propaganda Kompanien. De leur côté, les artistes qui ne sont pas d’accord avec les directives ministérielles soit quittent le pays, soit portent leur attention sur d’autres sujets. Le ministre de la propagande Joseph Goebbels l’avait déjà déclaré en 1933 lors de l’inauguration de l’exposition Die Kamera : chaque Allemand possédant un appareil photo a le devoir de s’en servir pour son pays !
Les images ainsi produites sont utilisées pour la propagande nazie : on exalte les corps parfaits des forts paysans aryens, on documente la modernisation de l’Allemagne en photographiant les autoroutes, les ponts ou l’architecture monumentale, et on voue une admiration sans bornes au chef qui a permis tout cela. Le culte de la personnalité voué à Hitler est certainement en grande partie le résultat de la diffusion de son image par la photographie. Pas un seul village où n’arrive en Allemagne et parfois au-delà même du Reich, les portraits photographiques du Führer. Heinrich Hoffmann, son photographe personnel, en a fait un démiurge : à la fois inaccessible quand il préside les rassemblements du NSDAP et proche des gens quand il se promène, rêveur, dans les montagnes bavaroises. Tout concourt à faire de lui le sauveur de l’Allemagne, depuis les cartes postales à son effigie jusqu’aux immenses portraits de presque 20 mètres de haut affichés lors d’expositions monumentales.
C’est aussi en grande partie la presse qui véhicule cette image de l’Allemagne. A la fois à l’intérieur du pays et hors des frontières, toutes les images qui sont publiées sont contrôlées et doivent recevoir un visa d’exploitation. Elles sont rares, ces images qui montrent le vrai visage de l’Allemagne d’avant la Deuxième guerre mondiale. Et lorsque la guerre éclate, la censure est encore plus forte.
En France, à la même époque, la situation est très différente. Très hostiles à l’idée de faire confiance à la photographie, les autorités françaises n’ont pas su profiter des possibilités qu’elle offrait. A l’époque où en Italie ou en URSS, la photographie a aussi été le support d’une propagande politique d’Etat très efficace, la France joue les timides. Des querelles entre les différents syndicats et plus tard des rationnements en matériel (produits chimiques, encre, papier) ne permettent pas à la photographie d’égaler le niveau d’utilisation de l’image photographique en Allemagne. Certes, la presse illustrée connaît aussi un essor considérable, mais les reportages qui sont publiés ne concernent pas autant l’action anti-nazie. La résistance à la propagande nazie est plutôt le fait des artistes de la plume ou alors des peintres, des sculpteurs, dont bon nombre sont des émigrés de l’Allemagne et de l’Autriche. Les photographes, eux, n’ont pas reçu l’accueil qu’ils auraient pu espérer. S’ils n’ont pas été rejetés, loin s’en faut, ils n’ont néanmoins pas bénéficié du soutien qu’ils auraient pu attendre de Paris, qui avait pourtant la réputation d’être la ville de la liberté.
L’action anti-nazie en photographie a surtout été véhiculée par les journaux ouvriers. C’est John Heartfield en particulier qui a initié le mouvement dans le journal créé par Willi Münzenberg et intitulé Arbeiter-Illustrierte Zeitung, bientôt continué par des illustrés comme Regards ou Marianne et dans une moindre mesure Vu. Mais après une période prometteuse, la lutte anti-fasciste de ces journaux illustrés en partie dirigés, ou du moins influencés, par le parti communiste, se confond avec la lutte des classes, notamment à partir du Front populaire. Lorsque la guerre éclate et que la France est occupée, il n’y a presque plus personne pour s’opposer en photographie à la déferlante des images national-socialistes. Les derniers journaux dénonçant le régime nazi sont interdits ou « mis au pas », la France occupée devient une antenne de l’Allemagne en matière d’information et toutes les photographies publiées doivent recevoir l’accord des services allemands. La résistance à la propagande nazie ne passe pas tellement par la photographie. D’abord, parce qu’elle était très chère à imprimer clandestinement et que les matériaux sont rationnés, ensuite, parce qu’il est difficile de faire face à l’organisation parfaite de la propagande nazie. Et pourtant, la photographie recommence à être utilisée à des fins de propagande en France à partir de 1940. Mais c’est la propagande personnelle du Maréchal Pétain qui en profite. Après quelques accords avec l’occupant, la France de Vichy parvient à publier et diffuser des photographies pour sa propre propagande. Mais elle n’est pas une propagande de résistance au national-socialisme, elle est une propagande pro-vichyssoise.
Au final, on peut dire que la photographie, même si elle servi à combattre le nazisme avant 1940, a surtout été utilisée pour la propagande communiste et ensuite pour la propagande pétainiste. Face à la grosse machine de la propagande national-socialiste, cette propagande anti-nazie n’a pas tellement eu d’influence. Peut-être pourrait-on considérer que la seule contre-propagande national-socialiste qui ait été efficace en photographie, ne l’a été qu’après la guerre, lorsque les photographies prises clandestinement ont enfin raconté l’horreur du régime nazi.
A la fin de la thèse, après le texte français, se trouve un résumé en allemand, tel que cela est prévu dans le cadre d’une cotutelle.
Du romantisme à la modernité :
Samedi 29 novembre
9 heures 30
Centre Malesherbes, amphi 117
108 bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Annie URBANIK RIZK soutient sa thèse de doctorat
Du romantisme à la modernité : écriture mythologique et transfiguration du quotidien dans l’oeuvre de
Michel Tournier
en présence du Jury :
Mme BOULOUMIE (ANGERS)
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. CHEVREL (PARIS IV)
Mme FOUCRIER (ROUEN)
Du singulier à l’universel. Religion et éthique peuple juif et humanité, individu et communauté
Mardi 15 juin
14 h
Centre Malesherbes
Salle 322
108, bd Malesherbes
75017 PARIS
Mme Sophie NORDMANN soutient sa thèse de doctorat
Du singulier à l’universel. Religion et éthique, peuple juif et humanité, individu et communauté : Lecture de "Religion der Vernunft aus den quellen des judentums" de Hermann Cohen à la lumière du concept de "spécificité" (Eigenart)
en présence du Jury :
M. BENSUSSAN (STRASBOURG II)
M. DE LAUNAY (CNRS)
M. MOREAU (PARIS IV)
M. RENAUT (PARIS IV)
Du soi et de l’anonyme. Etude de la subjectivité concrète selon Lévinas
Vendredi 12 décembre
14 heures 30
En Sorbonne, salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Rodolphe CALIN soutient sa thèse de Doctorat :
Du soi et de l’anonyme. Etude de la subjectivité concrète selon Lévinas.
en présence du Jury :
M. COLETTE (PARIS I)
M. FICHANT (PARIS IV)
M. FRANCK (PARIS X)
M. MARION (PARIS IV)
Du spirituel dans l’art théâtral. Pensées et écritures du jeu en France au siècle des lumières (1753-1801)
Jeudi 8 septembre 2005
14 heures 30
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Sabine CHAOUCHE soutient sa thèse d’habilitation à diriger les recherches :
Du spirituel dans l’art théâtral. Pensées et écritures du jeu en France au siècle des lumières (1753-1801)
En présence du Jury :
M. MOUREAU (Paris 4)
M. COUPRIE (Paris 12)
M. MENANT (Paris 4)
M. COUVREUR (Bruxelles)
MME RUBELLIN (Nantes)
Du texte à l’oeuvre : la question de l’expression dans les méthodes de piano publiées en France entre 1800 et 1840
Samedi 9 avril 2005
14 heures
Amphithéâtre Cauchy, Esc. E, 3e ét.
1, rue Victor Cousin
75005 Paris
Mme Jeanne ROUDET soutient sa thèse de doctorat :
Du texte à l’oeuvre : la question de l’expression dans les méthodes de piano publiées en France entre 1800 et 1840
En présence du Jury :
M. BARTOLI (Paris 4)
M. CHARRAK (Paris 1)
M. EIGELDINGER (Genève)
M. MEEUS (Paris 4)
M. SABY (Lyon 2)
Du texte littéraire au texte cinématographique : l’adaptation des classiques littéraires russes dans le cinéma russe et soviétique (1908-2005)
Samedi 9 décembre 2006
9 heures
A la Maison de la Recherche, Salle D223, 2ème étage
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Jasmine JACQ soutient sa thèse de Doctorat :
Du texte littéraire au texte cinématographique : l’adaptation des classiques littéraires russes dans le cinéma russe et soviétique (1908-2005)
En présence du Jury :
M. BOUTEILLE (BESANCON)
Mme BUHKS (PARIS 4)
M. HELLER
Mme KSIAZEK (PARIS 4)
M. ROLET (LILLE 3)
Mme TROUBETZKOY (PARIS 4)
Résumés :
L’adaptation cinématographique d’un texte littéraire n’est pas une reproduction. Elle n’est pas non plus une illustration de l’œuvre littéraire. Il s’agit d’une réinterprétation productive, participant de la migration du texte dans la culture. Le transfert filmique engage un processus de réécriture, un recodage sémiotique du texte porteur d’un dialogue entre deux œuvres, deux langages, deux époques. Ce transfert déploie en outre un double faisceau d’enjeux : enjeux formels (en quoi consiste le passage du texte à l’image ?) et sémantiques (quel est le sens de la récurrence du texte dans la culture ?). En Russie, l’adaptation cinématographique des classiques littéraires a représenté, dès la naissance du cinéma russe en 1908, une pratique unique par son ampleur et sa diversité. Sur un plan formel, elle a joué un rôle crucial dans l’évolution du langage cinématographique, contribuant à la découverte des potentialités intertextuelles du film, ainsi qu’à ancrer l’importance du texte dans la culture cinématographique russe. Sur le plan sémantique, l’adaptation manifeste un lien référentiel et identitaire des Russes avec leur patrimoine littéraire. Dans le contexte soviétique d’un art cinématographique institutionnalisé, elle représentera alternativement une forme d’instrumentalisation (1929-1954), puis une forme de contournement, via la littérature, du dogme idéologique. L’analyse de deux adaptations d’A.P. Tchékhov (1860-1904) pendant la période du Dégel, proposée en clôture de cette thèse, permet la mise en lumière des fonctions essentielles de l’adaptation des classiques en Russie.
Cinematic adaptation of a literary text is neither a reproduction nor an illustration for a work of literature ; it is a creative reinterpretation that contributes to the migration of a text within a broader culture. Cinematic transference undertakes a process of rewriting, a semiotic “recoding” of the text that carries on a dialogue between two works, two languages, and two epochs. This transference moreover gives rise to two kinds of issues : issues of form (what does the transfer from text to image consist of ?) and issues of semantics (what meaning does the recurrence of a text carry in the wider culture ?). In Russia, cinematic adaptation of literary classics has represented, since the very beginnings of Russian cinema in 1908, a practice unparalleled in its prodigiousness and diversity. In terms of form, it has played a crucial role in the evolution of cinematic language, contributing to the discovery of the intertextual possibilities of film as well as anchoring the importance of “text” as a concept in the culture of Russian cinema. In a semantic sense, cinematic adaptation signals a link of reference and identity between the Russians and their literary heritage. In the Soviet context of institutionalized cinematic art, it represents in turn a form of instrumentalization for ideological purposes (1929-1954), and, later, a means to bypass through literature the official dogma. At the end of the dissertation, an analysis of two Chekov adaptations during the cultural “thaw” of the mid-1950s permits a demonstration of the principle functions of cinematic adaptation in Russia.
Position de thèse :
Depuis la naissance du cinéma russe en 1908, l’adaptation des classiques littéraires a constitué une pratique constante de la production filmique en Russie.
Envisagée a posteriori, elle représente une tradition unique par son ampleur - plus de trois cents films - et sa diversité. Une telle présence de la littérature canonique au cinéma constitue un phénomène sans équivalent dans d’autres cinématographies, et par conséquent spécifiquement russe.
Par littérature classique, nous entendrons au sein de cette thèse l’ensemble des œuvres de la littérature russe en prose née, à partir de 1840, du mouvement de formation de la conscience nationale en Russie et de l’émancipation des modèles étrangers. Relèvent de notre champ d’analyse les adaptations cinématographiques russes des œuvres d’Aleksandr Pouchkine (1799-1837), Nikolaï Gogol (1808-1852), Ivan Tourgueniev (1818-1883), Mikhaïl Lermontov (1814-1841), Fiodor Dostoïevski (1821-1881), Lev Tolstoï (1928-1910) et Anton Tchékhov (1960-1904).
Si l’adaptation en Russie suscite légitimement depuis plusieurs années de nombreuses études, aucune ne s’est à ce jour penchée sur le lien reliant la création cinématographique au rapport que les Russes entretiennent avec leur patrimoine littéraire canonique. L’aspect identitaire qui caractérise la littérature russe du XIXe siècle, la fécondité de ses thématiques dans le cinéma russe du XXe siècle et la diversité des formes de transfert du texte à l’image au cours du siècle ont motivé le choix de notre problématique.
Transposition d’ordre intertextuel du texte littéraire, reliant deux œuvres mais aussi deux systèmes sémiotiques, deux univers diégétiques et deux époques, l’adaptation des classiques littéraires représente un objet épistémologique particulièrement dense. Réécriture du classique dans un autre langage, elle engage un dialogue, formel certes, mais également sémantique, voire ontologique entre les cinéastes et les œuvres.
Notre thèse propose d’envisager l’adaptation en tant que résurgence (reprise, récurrence). Le classique littéraire se révèlera dans cette optique le lieu d’une identité culturelle en quête de sa perpétuelle réinterprétation.
Dans une approche mêlant histoire littéraire, histoire cinématographique, et analyse intertextuelle, notre analyse ouvre les champs d’investigation suivants : quelle fut la pratique de l’adaptation cinématographique des classiques en Russie ?, de quoi est-elle le signe ? Quelle est la nature du transfert formel qu’elle opère ? D’autre part, quel fut le rôle de l’adaptation dans le développement de l’expression cinématographique en Russie ? Comment analyser, enfin, cette référence culturelle permanente du cinéma russe à la littérature canonique ?
Notre travail se compose de trois parties, suivies d’une filmographie regroupant l’ensemble des adaptations réalisées d’après les œuvres des auteurs de notre corpus (305 entrées), de 1908 à 2005.
Notre première partie détermine les enjeux théoriques et culturels de l’adaptation cinématographique des classiques littéraires en Russie.
A ces fins, nous consacrons notre premier chapitre à une réhabilitation de l’adaptation en tant que forme. La reconnaissance critique et théorique de l’adaptation des œuvres littéraires au cinéma - reconnaissance de ses potentialités artistiques - n’est en effet pas allée de soi. En dépit des avancées théoriques menées par le groupe Formaliste en Russie de 1915 à 1930, et jusqu’à l’arrivée du structuralisme dans les années 1960, l’ensemble des études sur le sujet s’accordait à reléguer l’adaptation au rang d’une pratique mineure de reproduction, d’illustration des œuvres, manifestant une conception péjorative persistante du cinéma lui-même. L’adaptation fut longtemps considérée comme une menace du récit littéraire. L’ensemble de ces vues s’inscrivait dans une série ancienne d’oppositions binaires tendant à opposer la littérature au cinéma, comme l’on avait opposé dès le XIXe siècle la « grande culture » à une culture de masse, ou encore l’original à la copie, le vrai au faux.
Au XXe siècle, dans la lignée des conservatismes esthétiques et idéologiques décrits par Walter Benjamin dans L’œuvre d’art à l’époque de la reproductibilité technique (1936), le grief récurrent d’« infidélité » à l’œuvre, et, a contrario l’exigence de « fidélité » au texte conçu comme archétype, ont pesé sur la théorie de l’adaptation avec une force rappelant celle du diktat classique de réalisme et de ressemblance au modèle.
Aussi, tout l’enjeu d’une théorie de l’adaptation cinématographique a-t-il consisté à progressivement éloigner cette dernière d’un statut de reproduction mécanique du texte (mimêsis), à la libérer d’un rapport de comparaison à l’œuvre initiale, pour lui octroyer une valeur d’œuvre d’art à part entière, de recréation, produit non pas d’un jeu d’équivalences narratives supposées, mais d’une nouvelle subjectivité. Ces évolutions théoriques comportent des nuances spécifiques en Russie et en Europe de l’Ouest que nous analysons.
Notre premier chapitre tend à définir l’adaptation en tant que pratique de transposition et de recodage sémiotiques du texte littéraire. A l’appui des théories intertextuelles (R. Barthes, I. Lotman, P. Torop) et de la réception (J-R Jauss et W. Iser), il s’agira de réhabiliter l’adaptation en tant qu’incarnation filmique d’une lecture du texte (une réception), et réécriture dans un autre système sémiotique.
Les griefs théoriques de l’adaptation déboutés, et en préambule de l’analyse spécifique de l’adaptation des classiques littéraires dans le cinéma russe, le deuxième chapitre de notre première partie s’intéresse à la sémantique du classique littéraire en Russie au XXe siècle, à ses fonctions symboliques dans la culture russe et soviétique. Cette analyse nous permettra d’appréhender les enjeux d’ordre idéologique de l’adaptation au cours du siècle en Russie.
La notion de classique, a trouvé sa définition autonome en Russie dans la deuxième moitié du XIXe siècle, dans le mouvement général de mise en place en Europe des gouvernements et idéologies dits de conscience nationale. La littérature russe du XIXe siècle s’est formée parallèlement à la naissance de l’idée nationale, elle a participé de la conceptualisation des idées philosophiques en Russie. D’où la notion d’« écrivain-idéologue » (N. Gogol, F. Dostoïevski), d’ « écrivain-guide spirituel » (L. Tolstoï))... Les grandes œuvres littéraires incarnent en Russie l’essence d’un peuple, dans une dimension paradoxalement aussi personnelle, intime, que collective.
Récemment - au cours des quinze dernières années -, des études russes menées par les chercheurs A. Reïtblat et B. Doubine, ont mis en cause la notion de classique littéraire en Russie, notion que ces auteurs présentent non pas comme un fait, mais comme une construction sociale, déterminée dans la deuxième moitié du XIXe siècle par les institutions (au sens sociologique du terme) de la culture dominante - les revues notamment. A en croire ces études, les classiques littéraires tels que l’histoire de la littérature les a canonisés en Russie ne correspondent pas à la réalité des pratiques de lecture du XIXe siècle. Ces recherches aboutissent à mettre à caution l’ensemble du système d’évaluation de la culture littéraire en Russie, ainsi, même, que la légitimité du classique littéraire. Elles ont été l’objet de vives discussions en Russie.
Cette idée de classique en tant que « construction sociale » réapparaît néanmoins en période soviétique, au cours de laquelle la sémantique et la symbolique du classique littéraire procèdent d’une déformation volontariste et dirigée des œuvres canoniques par la culture dominante, désormais socialiste. A partir des années 1930 en effet, s’amorce en Russie un processus dit de « classicalisation » (Nikolaï Kirsanov), qui, relayé notamment par l’institution scolaire, va contribuer à ancrer le classique littéraire en tant que valeur objective, héritage d’un passé glorieux dont l’URSS aurait constitué le prolongement symbolique. Les classiques soutenaient, dans les développements d’une intelligentsia elle-même instrumentalisée, une légende historique du pouvoir, descendant légitime des meilleurs aspects du passé national, voire de l’histoire mondiale.
L’auteur de cette thèse cherchera à démontrer que ces mécanismes de « classicalisation », et l’idée du classique en tant que construction sociale, semblent également valides à l’analyse de la période post-soviétique. En effet, en dépit du déclin symbolique des classiques en tant que textes référentiels, ceux-ci ont continué d’être valorisés par les pouvoirs politiques successifs, (instauration d’un « Jour Pouchkine » par le Président Poutine en 1997, subventions ministérielles à l’édition des classiques...), non sans faire penser à une nouvelle tentative de légitimisation du pouvoir, par la valorisation des valeurs passées que le classique littéraire inclut dans une continuité historique positive.
L’ensemble de ces analyses a pour objectif de définir le classique littéraire russe en tant que porteur d’une sémantique double. La réception personnelle, individuelle des œuvres s’augmente en effet au XXe siècle en Russie d’une sémantique officielle instrumentalisante. Ces développements, relevant d’une sociologie de la littérature, d’une sociologie de la réception littéraire, ont pour but d’éclairer l’analyse qui suit, des rapports du cinéma avec le patrimoine littéraire classique en Russie puis en URSS, et jusqu’à nos jours.
La seconde partie de notre thèse consiste, dans une démarche chronologique, à retracer l’évolution de l’adaptation au cours du siècle. Ce tant d’un point de vue formel (quelles furent les différentes pratiques de transfert filmique de l’œuvre classique ?), que d’un point de vue sémantique (quel est le « sens » de la reprise du texte classique dans la culture contemporaine ? comment se manifeste-t-il dans le corps du texte filmique ?).
Notre premier chapitre aborde la période 1908-1929.
En 1908-1909, le cinéma russe naît avec l’adaptation. « De » l’adaptation pourrait-on dire, puisque la production russe s’amorce en cette veille des années 1910 (suite au succès de l’importation du « Film d’art » français en Russie) par les premières adaptations inspirées des classiques littéraires russes (Gogol, Pouchkine, Tchékhov...) de Piotr Tchardynine, Vassili Gontcharov ou Iakov Protazanov. Ce rapprochement initial du cinéma et de la littérature est traditionnellement imputé au « littérarocentrisme » de la culture russe. Toutefois, il importe de rappeler que dès l’origine, le recours à la littérature répond également à la recherche de sujets « nationaux », et se situe dans le flot de productions inspirées de l’histoire et du folklore national.
L’adaptation des classiques littéraires au cinéma est précisément toujours à envisager de deux points de vue. D’une part en tant que forme - expérimentale au départ - cherchant à réunir les narrativités littéraire et cinématographique ; d’autre part, en tant que résurgence culturelle d’un texte de nature identitaire.
Jusqu’en 1915, l’adaptation des classiques au cinéma représentera un phénomène inédit par son ampleur (environ 90 films). D’un point de vue formel la primitivité des moyens d’expression cinématographiques, limités à une esthétique statique et théâtrale, limitent l’adaptation à une illustration en images des passages les plus saillants de l’œuvre. Œuvre par ailleurs connue des spectateurs, ce qui offre une solution heureuse au problème de la pauvreté des moyens narratifs du cinématographe. Cette esthétique illustrative des premières adaptations portera largement préjudice à la reconnaissance de l’adaptation en tant que forme, et au cinéma en général en Russie. Rappelons que le cinéma fut dénigré jusqu’au milieu des années 1910 par les milieux intellectuels et les avant-gardes en Russie, lesquels ne reconnaissent en lui qu’un procédé technique et objectif de reproduction naturaliste du réel, sans rapport avec l’expression artistique. Dans ce contexte, l’adaptation joua un rôle positif. Malgré sa primitivité formelle, elle créa au début des années dix un pont symbolique entre le jeune cinématographe et le grand art littéraire, le succès des adaptations offrant progressivement au cinéma une sorte de caution intellectuelle indispensable à sa reconnaissance artistique. La réussite de plusieurs adaptations inspirées d’œuvres classiques fit naître l’idée du « scénario d’écrivain », qui devient à partir de 1912 pour le public un préalable prestigieux pour un film. L. Andreïev, A.Kouprine écriront à l’époque plusieurs scénarios, et le scénario littéraire, en tant que forme, allait se développer de telle manière en Russie qu’il y devint un genre. En partie grâce à l’adaptation, qui offre donc au cinéma ses premières lettres de noblesse, l’intérêt naissant à l’égard du cinéma incitera les milieux littéraires et théâtraux à s’interroger sur ses potentialités narratives, et à formaliser ses rapports avec les autres arts, le théâtre notamment qui traverse une crise grave en Russie (polémique soulevée dans la célèbre revue Maski).
Vers 1915, c’est par l’adaptation que les futuristes et les milieux théâtraux d’avant-garde viendront au cinéma, s’impliqueront dans la recherche expressive cinématographique, V. Meyerhold adapte Le Portrait de Dorian Gray (1915), V. Maïakovski se lance à son tour dans l’écriture de scénarios. Des cinéastes comme I. Protazanov et V. Gardine continuent d’expérimenter, à l’appui d’une imitation du théâtre réaliste, les capacités narratives du film (Le Père Serge (1918) ; Polikouchka (1919)). Plus important encore sera l’implication pratique et théorique, de 1915 à 1930 du groupe formaliste (B. Eikhenbaum, I. Tynianov, V. Chklovski) à l’élucidation des rapports de la littérature et du cinéma. L’adaptation des classiques consistera dans les années 1920 en une sorte de forme expérimentale, un laboratoire des découvertes du langage cinématographique. La réalisation d’adaptations par des réalisateurs eux-mêmes théoriciens permet des avancées cardinales dans la compréhension de ces rapports et dans la découverte, soixante ans avant la lettre, des potentialités intertextuelles du cinéma . Notons qu’Evgueni Bauer, en 1914, avec L’enfant de la grande ville présentait un film radicalement surcodé de références à la littérature réaliste du XIXe siècle.
Notre second chapitre décrit l’évolution de l’adaptation de 1929 - année marquant l’entrée de l’art soviétique sur la voie du Réalisme socialiste - à l’éclatement de l’Union soviétique, en1991.
Comme pour l’ensemble des arts, l’année 1929 représentera un tournant et une rupture pour la création cinématographique. La concomitance de l’arrivée du son au cinéma (1931) et des nouveaux objectifs imposés par l’institution culturelle, correspondra à l’avènement d’une esthétique verbale au cinéma. La parole, le verbe, dans le cinéma réaliste socialiste et notamment pendant la période dite du Jdanovisme (1946-1953), ne constitue pas une composante narrative « parmi d’autres » du film, mais se situe hiérarchiquement au premier plan de ses modes d’expressions. Il s’agit alors de renforcer le rôle pédagogique et didactique assigné au cinéma, proclamé art de masse par Lénine. La parole au cinéma devient le vecteur privilégié du texte officiel. Son rôle (à l’inverse, en quelque sorte du cinéma muet) consiste à illustrer l’image, à la saturer sémantiquement. L’URSS était également depuis les années trente sous l’influence du canon de « popularisation par les masses » et du processus de « classicalisation » évoqué précédemment.
Dans ce contexte, l’adaptation des classiques littéraires, bien que supplantée quantitativement par celle des best-sellers soviétiques et malgré le contexte d’ « anémie cinématographique » [malokartin’e] qui caractérisera la fin des années 1940, occupera une place importante en tant qu’instrument d’une interprétation actualisée des œuvres canoniques.
En 1954 en revanche, l’adaptation représentera au cinéma une forme annonciatrice du Dégel. Le dialogue avec la littérature classique donne le départ d’un renouveau formel. Le Dégel en Russie correspondra en effet à un retour étonnant des œuvres littéraires classiques dans le cinéma soviétique avec A. Kouprine, I. Lermontov (mentionnons également la première adaptation de Shakespeare, l’Othello de S. Ioutkevitch), mais surtout F. Dostoïevski et A. Tchékhov. Ces adaptations marquent le retour au cinéma d’une nouvelle suggestivité, et le renouement avec des procédés intertextuels d’adaptation, sensibles à travers l’utilisation à nouveau optimale de l’ensemble des moyens filmiques : son, montage, composition. Cependant, si souffle le vent de la détente, la prudence et encore de mise. Et il s’agit précisément d’analyser les adaptations de cette période en tant que « forme refuge ». L’utilisation de l’œuvre classique dans les années 1950-1960 constitue un paravent à la censure permettant le retour de thématiques proscrites et d’une esthétique allusive d’ailleurs rapprochable des recherches menées en Europe de l’Ouest par P. Antonioni ou J-L Godard. Au début des années 1920 déjà, l’adaptation avait joué ce rôle de paravent pour les studios cinématographiques privés, récalcitrants aux thèmes socialistes. Dans les années 1950-1960, l’adaptation devient le signe discret du renouement d’un dialogue identitaire au cinéma, qui se poursuivra au cours des décennies suivantes.
Le troisième et dernier chapitre de notre seconde partie se consacre à la période postsoviétique (1991-2005).
Marquée par la déstructuration des structures de production, ainsi que par d’importantes modifications sociologiques en Russie (et notamment le rejet des valeurs du passé), la période postsoviétique voit paradoxalement se maintenir la présence du classique au cinéma. La période est marquée par un changement dans le choix des œuvres et dans la manière de les traiter, démontrant la volonté non plus de se « cacher » derrière les classiques, mais d’explorer les liens profonds qui les relient à la période contemporaine. L’après-1991 correspond l’apparition d’adaptations d’un genre nouveau, situant l’univers des œuvres à l’époque actuelle. C’est le cas de Katia Izmaïlova (V.Todorovski, 1994, adaptation libre de Lady Mac Beth de N. Leskov) ou de Down House (R. Katchanov, 2001, adaptation libre de L’Idiot). « Décontextualisées », ces adaptations manifestent ouvertement le transfert filmique en tant que réception subjective de l’œuvre littéraire, le classique se fait alors métaphore. L’adaptation use des thématiques classique et identitaire pour éclairer les questions existentielles et sociologiques actuelles.
Beaucoup d’adaptations s’adressent par ailleurs au classique dans une démarche d’exultation du passé soviétique, telle La fille du Capitaine, d’A. Prochkine en 1999, qui accentue la question des rapports de l’homme au pouvoir, comme mise en abîme de la violence du pouvoir soviétique.
Enfin, ce dernier chapitre consacre d’importants développements à l’intérêt croissant, depuis une dizaine d’années, des institutions et groupes télévisuels à l’égard de l’adaptation des classiques littéraires. Les adaptations, aujourd’hui en Russie sont en effet davantage produites par la télévision que par le cinéma (Le Maître et Marguerite (M. Bortko, 2006), L’Idiot (M. Bortko, 2003), Le Docteur Jivago (A. Prochkine, 2006)... Ce glissement a deux conséquences essentielles. Premièrement, d’un point de vue formel, il est à l‘origine d’un nouveau genre de lecture audio-visuelle du texte, lequel se rapproche de la réception littéraire. Par ailleurs, ces adaptations destinées à un public extrêmement nombreux et que le cinéma n’aurait jamais rêvé atteindre, participe d’un processus de nouvelle canonisation du classique.
Notre troisième partie, analytique, se consacre à l’adaptation d’A. Tchékhov dans le cinéma russe et soviétique, avec pour objectif d’expliciter par l’analyse l’ensemble des évolutions théoriques et formelles décrites au sein de nos deux premières parties. L’analyse de la transposition des récits de Tchékhov au cinéma nous paraît en effet la mieux à même d’exposer les défis formels du transfert filmique, ainsi que la subtilité du dialogue intertextuel se nouant entre les deux œuvres. Tchékhov fut le plus adapté des auteurs classiques au cinéma (80 films sont recensés, mais il s’agit d’évaluations très certainement inférieures à la réalité). Fait important, les adaptations de ses récits représenteront près de la moitié des adaptations réalisées pendant le dégel (1956-1964).
D’une manière générale, et à l’image de l’adaptation dans son ensemble, le transfert filmique des récits de Tchékhov engage un double faisceau d’enjeux. Enjeux formels d’une part : en quoi consiste le transfert de la prose dans le langage filmique ?, enjeux sémantiques de l’autre : quel est le « sens » de la présence comme de l’absence de l’auteur de la production ?, quelle est la nature du « troisième texte » né de l’adaptation, en tant que relecture subjective de l’œuvre littéraire. Démontrant une fois de plus le caractère illusoire consistant à vouloir dissocier le « fond » de la « forme » d’une œuvre, nous montrerons que c’est précisément la forme de l’adaptation, qui s’avère créatrice de sens.
Au sein de notre premier chapitre, nous observerons dans quelle mesure, par sa structure même, le récit tchékhovien consiste, à l’inverse du roman réaliste, en une sorte de synopsis idéal. Des procédés d’écriture tels que le point de vue unique ou la focalisation interne, caractéristiques de l’objectivité de Tchekhov, invitent à une expression cinématographique symbolique et abstraite. Les formes narratives telles que la comparaison, procédé omniprésent des récits, permettent au cinéaste l’expression libre et éclatée de sa propre réception du texte. Les nouvelles de Tchékhov, construites sur un réseau d’allusions et d’échos, présentent une structure et des caractéristiques narratives très proches du langage et de l’écriture cinématographiques. Concises et suggestives, leur adaptation incite à un étirement, à une extrapolation, une recomposition filmique sur la base des propositions du texte. L’adaptation du récit de Tchékhov permet également la mise au second plan de l’action dramatique traditionnelle, autorisant dans le passage filmique un abord différent du temps de l’œuvre.
Notre second chapitre propose l’analyse de trois adaptations de Tchékhov dans le cinéma du dégel. Les trois films retenus pour notre corpus sont La Croix de Sainte-Anne [Anna na šee] (Izidor Annenski, 1954), La Cigale [Poprygunja] (Samson Samsonov, 1955), et La Dame au petit chien [Dama s sobačkoj] (Iossif Kheïfitz, 1960).
Sur le plan formel, l’adaptation de Tchékhov permettra dans les années 1950 la redécouverte de connivences nombreuses liant la prose et la narration filmique. Au même titre que les récits de Tchékhov s’inscrivaient à la fin du XIXe siècle en rupture radicale avec la littérature qui les avait précédés, ces trois adaptations, déploient une narrativité cinématographique implicite et allusive nouvelle dans le cinéma soviétique. Privilégiant, très schématiquement, “l’esprit à la lettre”, elles rompent avec un cinéma réaliste uniquement fondé sur la parole et mettent à profit l’ensemble des potentialités narratives du support filmique. Le recours des cinéastes à d’autres arts (musique, peinture) les situe dans une démarche intertextuelle qui les rapproche des recherches formelles menées par le cinéma occidental à la même époque, de même qu’elle réintègre les découvertes cinématographiques russes des années 1920.
Dans les années cinquante ces propositions formelles s’inscrivent en URSS en contradiction avec l’esthétique réaliste socialiste qui les précédait. Sur les plans thématique et sémantique, les nouvelles de Tchékhov réintroduisent une vision de l’humain, de ses sentiments, de ses travers, non plus sur un mode emphatique et manichéen, mais d’après un point de vue individuel et objectif, sans complaisance ou jugement social. Elles recèlent en cela, dans les quelques années suivant la mort de Staline, une importante charge subversive.
Conclusions :
L’adaptation cinématographique des œuvres littéraires matérialise le lien le plus évident des relations de la littérature et du cinéma. Toutefois, elle s’inscrit au cœur de leur dialectique complexe. En Russie, les relations de la littérature et du cinéma ont évolué d’une perception négative des milieux littéraires à l’encontre du cinéma vers un phénomène d’influences respectives d’une étonnante fécondité. L’adaptation des classiques littéraires en Russie a représenté depuis les années 1910, une forme extrêmement importante du point de vue de l’évolution de l’expression cinématographique, qui ne s’est formalisée en Russie que par imitation puis émancipation de la narration littéraire.
La pratique de l’adaptation des classiques littéraires, depuis sa naissance à l’époque tsariste jusqu’à ses formes actuelles, nous mène à une double conclusion. D’un point de vue formel d’une part, l’adaptation a évolué d’une fonction primitive d’illustration du texte littéraire à une forme dialogique de réinterprétation subjective des œuvres, incarnant la réception des cinéastes. Elle s’inscrit à ce titre dans le prolongement d’une tradition russe de réinterprétation des classiques, existant en musique et au théâtre depuis le XIXe siècle. Aussi, et d’un point de vue sémantique, l’adaptation matérialise au cinéma la pérennité du rapport identitaire des artistes russes avec leur patrimoine littéraire national.
Du vécu au concept : histoire de vie et trajet intellectuel des sociologues
Mercredi 1er décembre
14 h 15
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Jean-Philippe BOUILLOUD soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Du vécu au concept : histoire de vie et trajet intellectuel des sociologues
en présence de
M. BERTAUX (CNRS)
M. BERTHELOT (PARIS IV)
Mme CARROY (EHESS)
M. CASTEL (EHESS)
M. CHAZEL (PARIS IV)
M. DE GAULEJAC (PARIS VII)
M. ENRIQUEZ (PARIS VII)
Ecole et protestantisme dans le pays de Montbéliard de 1769-1833
Samedi 17 janvier
14 h
En Sorbonne, bibliothèque d’Histoire des Religions,
Esc. I, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Elisabeth BERLIOZ-FARINA-BE soutient sa thèse de doctorat :
Ecole et protestantisme dans le pays de Montbéliard de 1769-1833
en présence du Jury :
M. CASPARD (PARIS)
M. ENCREVE ((PARIS XII)
Mme MAYEUR (PARIS IV)
M. VION-DELPHIN (BESANCON)
Ecoles des Roches, une "école nouvelle" pour les élites (1899-2006)
Mardi 28 novembre 2006
9 heures
Rectorat, Salle Louis Liard
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme Nathalie DUVAL soutient sa thèse de Doctorat :
Ecoles des Roches, une "école nouvelle" pour les élites (1899-2006)
En présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS 4)
M. CASPARD (PARIS)
M. CHALINE (PARIS 4)
Mme CHALINE (AMIENS)
M. LUC (PARIS 4)
Mme SAVOYE (PARIS 8)
Résumés :
Notre thèse est une monographie sur l’Ecole des Roches. Elle s’intéresse à l’éducation des élites à travers l’étude de ce lieu emblématique de l’ « éducation nouvelle ». Il s’agit d’un internat situé à la campagne, dans l’Eure. Nous avons suivi son histoire, de 1899 à nos jours, selon les trois axes de recherche suivants : pédagogique, économique et sociologique. Le plan adopté est chronologique. L’Ecole des Roches est singulière par son inspiration britannique, son fondateur, Edmond Demolins, ayant créé le prototype de l’ « école nouvelle » en France (première partie). Elle s’est imposée comme un creuset d’ « éducation nouvelle » (deuxième partie). Comparativement au Collège de Normandie, son voisin, qu’elle finira par absorber, elle est une entreprise commerciale mieux gérée. Dans l’entre-deux-guerres, elle apparaît comme un modèle d’ « école nouvelle » ; son audience touche les sphères de l’enseignement public mais aussi privé à l’échelle nationale et internationale (troisième partie). Après 1945, elle ne répond plus vraiment au vocable d’ « école nouvelle » mais elle reste originale dans le paysage scolaire français. « Ecole des riches », « couvoir des élites » ? Telle est la question à laquelle s’efforce de répondre une étude sociologique des « Rocheux ». Ceux-ci forment un réseau que l’on tente de définir (quatrième partie). Enfin, la thèse s’attache à décrypter la mémoire de l’école et son évolution compte tenu des mutations du recrutement des élèves, depuis les traditionnelles familles de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie jusqu’aux actuelles élites dorées de la mondialisation.
Our thesis deals with the education of the elites through a study of an institution emblematic of the « new education », the Ecole des Roches, a boarding school in rural Normandy. We have followed its history from 1899 to the present, and done so from three different viewpoints : educational, economic and sociological. Deliberately British-inspired, the Ecole des Roches was established by Edmond Demolins as the prototype of the « new school » in France (first part of our thesis). It became the recognized crucible of the new educational approach (second part). Compared with the neighbouring Collège de Normandie, the Ecole des Roches is a better-managed business venture which enjoyed its heyday between the two world wars as the model « new school ». Its reputation and influence extended, both within France and internationally, to public and private educational circles (third part). After 1945, the term « new school » was no longer appropriate, but the Ecole des Roches still remains original in the landscape of French education. A school for the wealthy or an incubator for the elites ? A sociological study of the « Rocheux » (as the school’s alumni are known) seeks to address this question. We shall attempt to set the outline and operating methods of their network (fourth part). Finally, our thesis looks at the school memory and the way it has evolved through the shifts in student recruitment, ranging from traditional families of the upper bourgeoisie and aristocracy to the current gilded elites of globalization.
Position de thèse :
L’Ecole des Roches : ce nom évoque un établissement huppé, fondé sur le modèle britannique, dont la réputation reposait sur la notoriété des familles qui y inscrivaient leurs fils. Son prestige s’est toutefois amoindri au fil du temps. Aujourd’hui internat mixte et international, elle a parfois la réputation moins flatteuse d’être à la fois une école d’héritiers de vieilles familles françaises souvent fâchés avec les études et une école de nouveaux riches issus de la mondialisation. Bref, l’Ecole des Roches ne serait plus ce qu’elle était. Encore faut-il, pour en juger, la connaître en ce qu’elle est réellement.
En effet, l’Ecole des Roches est restée longtemps ignorée tant des sciences de l’éducation que de l’histoire de l’enseignement en France alors qu’elle s’avère être un établissement très original, né du projet ambitieux d’un intellectuel en sciences sociales, Edmond Demolins. Celui-ci a voulu créer une école dite « nouvelle » capable de former de nouvelles élites pour le pays dans un contexte d’anglomanie mais aussi de rivalité coloniale avec la Grande-Bretagne au tournant des XIXème et XXème siècles. En effet, en 1897, à la suite de la publication de son ouvrage qui fit sensation, A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons ?, il passe à l’acte en ouvrant, en 1899, un internat situé en pleine campagne normande, près de la petite ville de Verneuil-sur-Avre, dans l’Eure. Il baptisa cette école du nom de l’ancien domaine où elle était installée. L’Ecole des Roches, longtemps réservée aux garçons, s’est ouverte à la mixité en 1968-1969 et son recrutement s’est fortement internationalisé à partir des années 1970. Elle a non seulement fêté avec faste son centenaire, mais elle affiche, de nos jours, une bonne santé, financière autant que scolaire. Après avoir frôlé la faillite en 1989-1990, elle connaît un remarquable redressement : elle compte environ 360 élèves allant de la 6ème à la Terminale et présente désormais des résultats au baccalauréat, supérieurs à 90% .
Notre thèse est une monographie qui, s’il existe des publications sur d’autres établissements, comble une carence en ce qui concerne des exemples précis d’ « écoles nouvelles » suivies tout au long de leur existence. Nous avons quadrillé l’histoire de l’Ecole des Roches selon les trois axes de recherche suivants : pédagogique, économique et sociologique. Pour ce faire, il nous a fallu avoir recours à des méthodes relevant de la sociologie, telle que l’observation participante. Nous avons constitué des archives orales grâce aux interviews d’élèves, d’enseignants et d’administrateurs. Il a fallu également se livrer au dépouillement systématique des archives écrites que l’on a pu trouver dans des fonds publics et, le plus souvent, privés. Ainsi notre principal fonds a été celui constitué par l’association des anciens élèves de l’Ecole des Roches et de Normandie (AERN). Le traitement de ces informations, qu’elles aient été lues, écoutées ou observées, a demandé de notre part une polyvalence constante puisqu’il nous a fallu utiliser des outils de recherche et d’analyse relevant tout à la fois de l’histoire et de la sociologie. Il a fallu faire preuve d’objectivité tout en manifestant une réelle empathie, sans complaisance ni hostilité, pour connaître le milieu des « Rocheux » et justifier ainsi la confiance avec laquelle les acteurs concernés par notre étude nous ont fourni archives et témoignages.
Indissociable d’une Histoire du XXème siècle dont l’Ecole des Roches a subi les aléas, le plan adopté est chronologique. Il s’articule en quatre grandes parties.
Dans une première partie, nous cherchons en quoi l’Ecole des Roches est singulière par son inspiration britannique : nous avons passé en revue tout ce qui concerne son fondateur Edmond Demolins, les modalités de sa genèse et sa finalité d’« école nouvelle » pour former de nouvelles élites, enfin son écho dans le paysage scolaire français au tournant des XIXème et XXème siècles.
Dans une deuxième partie, nous nous attardons sur l’Ecole des Roches en tant que creuset d’éducation nouvelle, de 1899 à 1944. Nous nous interrogeons sur les pratiques du milieu éducatif rocheux et sur le fait que la communauté familiale maîtres-élèves constitue le fondement de « l’esprit des Roches ».
Etablissement éducatif, l’Ecole des Roches est aussi une entreprise commerciale. C’est pourquoi, dans une démarche comparative avec un établissement voisin, le Collège de Normandie, nous nous livrons à une étude financière de ces deux écoles privées ; nous terminons cette troisième partie, où les Roches connaissent d’abord une période faste au point d’apparaître comme un modèle d’école nouvelle avant d’affronter les difficiles années 40, en nous efforçant de mesurer son audience dans les sphères de l’enseignement public mais aussi privé à l’échelle nationale et internationale.
Nous consacrons la quatrième partie à l’histoire de l’Ecole des Roches depuis 1944 en nous demandant en quoi elle reste une école différente, certes par rapport à ce qu’elle était dans l’entre-deux-guerres mais aussi en fonction de son image et de sa réputation. Il s’agit de confronter le mythe des Roches avec la réalité de l’école vécue par ses élèves et les directions successives qui ont dû faire face aux changements inévitables liés à l’évolution de la société française et aux événements historiques, des lendemains de la Seconde Guerre mondiale aux débuts des années 2000. « Ecole des riches », « couvoir des élites » ? Telle est la question à laquelle nous essayons de répondre. Les Roches, jusqu’au début des années 1970, restent une école expérimentale, puis, au cours des années 1970 et 1980, deviennent une école-refuge avant de connaître une véritable réinvention à partir des années 1990. Dans un dernier point, nous entreprenons une étude sociologique des Rocheux en recherchant à quelles élites ils correspondent au sein de la société française mais aussi sur le plan mondial, d’autant qu’ils forment un réseau dont on tente de définir les contours et les modalités de fonctionnement. Il est, enfin, intéressant de décrypter comment les anciens élèves, en tant que mémoire de leur école, témoignent de l’évolution de la population « rocheuse » depuis les familles de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie jusqu’aux élites dorées de la mondialisation.
Notre réflexion porte ainsi sur la difficulté de transposition d’un modèle culturel d’un pays à un autre, en l’occurrence de la Grande-Bretagne vers la France et ce dans le domaine particulier de l’éducation et des valeurs qui y sont liées. Nous nous intéressons à la mise en pratique des principes de l’ « éducation nouvelle » et à leur évolution au gré des générations d’élèves qui se succèdent au sein d’une même école. Ce qui définit l’éducation nouvelle, c’est le fait qu’elle se veut « active », c’est-à-dire centrée sur l’enfant, ses besoins, ses intérêts, en opposition à un enseignement abstrait, uniforme et distribué sous forme de cours magistraux par un maître lui-même représentant objectif du savoir. Son objectif : préparer l’enfant à la vie concrète en le rendant acteur de sa propre éducation. L’accent est mis sur la formation du caractère de l’enfant, de sa personnalité et de l’homme social. L’éducation nouvelle vise moins à former un bachelier qu’un homme dans sa globalité. Elle dépasse les questions liées à l’instruction d’un enfant pour s’intéresser pleinement à son humanité : à l’ambition de construire un homme complet, perçu dans ses trois dimensions que sont l’intelligence, le corps et l’âme, se surimpose la volonté de former un être sociable, sur les plans social et moral, en phase avec la société et les évolutions de son époque. C’est pourquoi, en plus de la formation scolaire et de la pratique sportive, les activités culturelles et spirituelles sont prises en compte dans ce mode d’éducation que l’on appelle le plus souvent « complète », mais aussi « globale » ou « intégrale ». Dans tous les cas, sa raison d’être se détermine d’après sa finalité profondément humaniste et repose sur une réflexion philosophique fondamentale : Qu’est-ce qu’être un Homme ? Et partant de là, quelle est la meilleure éducation à offrir pour permettre de s’adapter à un monde en perpétuelle évolution ? Comment rendre l’élève capable de construire le monde de demain ? Tous ces questionnements relèvent de la philosophie de l’éducation.
Qu’en est-il pour l’Ecole des Roches ? D’autant plus que c’est un établissement réservé à une clientèle qui, si elle a sensiblement évolué d’un point de vue sociologique, de 1899 à nos jours, a pour caractéristique principale d’être privilégiée financièrement. Nous nous intéressons ainsi à ce mode particulier d’éducation des élites dans le cadre précis d’un internat situé à la campagne.
A l’issue de nos recherches, nous arrivons à la conclusion que l’Ecole des Roches, de prototype de l’ « école nouvelle » en France, en 1899, est devenu un lieu de mémoire de l’éducation nouvelle. Nous résumons ci-après les grandes étapes de son histoire.
Son fondateur s’inspirait de la théorie leplaysienne du particularisme selon laquelle les sociétés de type anglo-saxon qui favorisent l’initiative privée des individus sont supérieures aux sociétés de type communautaire, caractérisées par la tendance des individus à s’appuyer sur l’aide du groupe qui les entoure, de la famille à l’Etat. Elle se présentait comme un laboratoire pédagogique d’avant-garde, indépendante de l’Eglise et de l’Etat, puisqu’à la fois laïque et libre. Certes, la transposition du modèle d’éducation britannique, inspirée des deux « new schools » Abbotsholme et Bedales, ne se fit pas sans difficultés auprès des familles de la bourgeoisie française. Elle nécessita quelques adaptations, mais l’essentiel fut conservé à savoir la culture chez les élèves d’un esprit d’entreprise alors qu’à cette époque l’enseignement secondaire français est vivement critiqué : on lui reproche de préparer essentiellement aux diplômes et aux concours de la fonction publique.
Dans l’entre-deux-guerres, l’Ecole des Roches s’impose, grâce à l’action militante de son directeur Georges Bertier, comme un phare de l’éducation nouvelle. Elle répond à la majorité des trente points définis par Adolphe Ferrière, tout en ayant réussi à trouver l’équilibre entre les avancées novatrices de l’éducation active et les exigences de la culture scolaire française attachée aux humanités classiques. L’obtention du baccalauréat reste la condition posée par les parents pour inscrire leur rejeton dans cette école dont la réputation est d’être celle des « 200 familles ». Mais, bien qu’elle soit un lieu de rendez-vous des fils de dynasties bourgeoises et de l’aristocratie, notamment de la H.S.P., l’école apparaît comme un laboratoire pédagogique dont les méthodes d’éducation, en particulier celles portées par le scoutisme, peuvent contribuer à la modernisation de l’Instruction publique. Grâce à son prosélytisme au sein de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle (L.I.E.N.) et en direction de l’Université française, Georges Bertier passe outre les clivages politiques et idéologiques afin de diffuser le modèle éducatif « rocheux » vers les milieux populaires. Son but : former des élites dans toutes les classes et, dans une optique leplaysienne hostile au marxisme, assurer la paix sociale. L’éducation rocheuse consiste alors moins à former des entrepreneurs prêts à en découdre sur les champs de bataille économiques que des patrons sociaux qui se placent au service de la cité et sont soucieux, en particulier, du sort de leurs ouvriers. D’inspiration particulariste, l’esprit rocheux se teinte de sillonnisme ; il propose une réponse éducative aux questions posées par le christianisme social.
Les liens que des acteurs éducatifs de l’Ecole des Roches ont parfois pu tisser avec le gouvernement de Vichy s’expliquent par leur volonté de participer à la création d’un Homme nouveau. Ils croient à la Révolution nationale comme instauration d’une civilisation de l’homme total, esprit, corps et âme étroitement mêlés, dépassant à la fois le marxisme et le fascisme, avec la recherche d’une autre voie ni réactionnaire ni conservatrice, mettant en œuvre une nouvelle politique éducative et la création de mouvements de jeunesse. La confrontation entre utopie et réalité fut particulièrement douloureuse pour Louis Garrone qui, de tous, s’est sans doute le plus investi, uniquement durant l’année 1941-1942, dans cette vaste entreprise de changement des mœurs par la jeunesse. Lorsqu’il succède à Georges Bertier aux commandes de l’Ecole des Roches, à la fin de la guerre, en 1944, il ne reprend pas la pratique du scoutisme et il abandonne le vocable d’ « école nouvelle ». Les Roches se replient sur elles-mêmes.
Dans les années 1960, c’est une école en crise qui refuse de passer sous contrat avec l’Etat et, en 1970, menace de sombrer dans de graves difficultés financières. Elle évite la faillite en 1990 mais au prix de profonds changements. L’Ecole des Roches est désormais un internat international doté d’une importante section Français-langue étrangère et passé sous contrat avec l’Etat.
Ainsi l’Ecole des Roches n’est-elle plus une école nouvelle. Néanmoins, elle a conservé les caractéristiques principales de l’éducation nouvelle à savoir : la vie familiale en internat, le capitanat, la confiance dans la relation entre adultes et enfants, l’adhésion des éducateurs et des élèves à un projet commun et à des valeurs communes, l’apprentissage de la liberté (qui associe sens de l’initiative et sens des responsabilités), le respect des règles, le développement de la personnalité grâce à des activités périscolaires. Tous ces éléments perdurent, certes, mais force est de constater que la priorité est désormais accordée aux progrès scolaires et à la réussite aux examens. Le statut actuel de l’école en est la cause principale. Désormais sous contrat, l’Ecole des Roches a sacrifié sa liberté pédagogique à l’alignement sur les programmes de l’Education nationale en échange d’une prise en charge financière de ses enseignants.
Les valeurs à l’origine de la formation de « l’esprit rocheux » auquel sont censés s’identifier de façon commune les élèves actuels et les élèves anciens ont bien sûr évolué au gré des générations passées de 1899 à nos jours. Si les valeurs fondamentales demeurent la liberté, l’initiative et la responsabilité, leur interprétation a varié pendant plus d’un siècle, selon les périodes et les directorats. A la Belle Epoque, au moment de la fondation par Edmond Demolins, elles sont associées à l’entreprise et à la compétition. Dans l’entre-deux-guerres, sous l’influence de Georges Bertier, prévaut la notion de service incarné par un meneur d’hommes au sein de son entreprise et de sa cité. Durant les « Trente Glorieuses », le directeur Louis Garrone insiste sur le respect de l’autorité, des lois morales et de la discipline intérieure ; il met en garde ses élèves appelés, par leurs origines sociales et familiales, à occuper des postes de direction, contre les dangers du matérialisme. Dans les années 1970 et 1980, l’accent est mis sur l’épanouissement personnel. Depuis le début des années 1990, il est question, pour les élèves, de connaître le bonheur d’apprendre et d’être des citoyens du monde. Cependant, le fait que les promotions successives de Rocheux puissent s’identifier au lieu même de leur école avec ses maisons, à l’institution du capitanat associée aux responsabilités de ceux qui l’ont exercée, enfin à l’internat où ils ont appris à vivre en communauté et où ils ont tissé des liens de confiance avec leurs éducateurs et des liens d’amitié avec leurs camarades de dortoir ou de maison, permet d’expliquer l’expression d’une véritable identité « rocheuse ».
Tous ces éléments contribuent à ce que l’Ecole des Roches demeure un creuset d’élites, même si elle n’est plus un creuset d’éducation nouvelle.
Ecrire après. Les récits "Lazaréens" de Jean de Cayrol
Mardi 10 mai 2005
15 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Marie-Laure BASUYAUX soutient sa thèse de doctorat :
Ecrire après. Les récits "Lazaréens" de Jean de Cayrol
En présence du Jury :
M. MURAT (Paris 4)
M. Alexandre (Paris 4)
Mme COQUIO (Poitiers)
M. RABATE (Bordeaux 3)
Ecriture et diplomatie en Espagne au XVIIème siècle.
Vendredi 28 novembre 2003
14 heures
Institut hispanique, salle Delpy,
31, rue Gay Lussac
Paris 5e
M. Pierre BIOTEAU soutient sa thèse de doctorat
Ecriture et diplomatie en Espagne au XVIIe siècle. Juan Antonio de Vera i Figueroa, comte de la Roca : examen d’une ambition littéraire et édition d’une correspondance
(1630-1633)
en présence du Jury :
Mme BLANCO (LILLE )
M. CHEVALLIER (PARIS IV)
M. CONSTANT (LE MANS)
M. ETIENVRE (PARIS IV)
Ecriture et lecture du romanesque à la fin du Moyen-Age. Le petit artus de Bretagne. Meliador. Ysaïe le triste
Samedi 5 novembre 2005
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Anne-Cécile LE RIBEUZ soutient sa thèse de doctorat :
Ecriture et lecture du romanesque à la fin du Moyen-Age. Le petit artus de Bretagne. Meliador. Ysaïe le triste
En présence du Jury :
Mme CERQUIGLINI-TOULET (Paris 4)
M. BOUTET (Paris 4)
Mme FERLAMPIN-ACHER (Rennes 2)
Mme LEFEVRE (Tours)
Mme SZKILNIK (Paris 3)
Ecriture et perception des grandes formes en musique contemporaine et, en particulier, chez Roger Reynolds
Lundi 15 décembre
15 h
Bibliothèque de l’UFR de musicologie
3, rue Michelet
Paris 6e
M. Philippe LALITTE soutient sa thèse de Doctorat :
Ecriture et perception des grandes formes en musique contemporaine et, en particulier, chez Roger Reynolds
en présence du Jury :
M. BATTIER (PARIS IV)
M. BIGAND (DIJON)
M. CASTANET (ROUEN)
M. MCADAMS (CNRS)
M. SOLOMOS (MONTPELLIER III)
Ecriture, art et architexture. Analyse de la pensée olmèque. Mexique
Mercredi 23 juin
15 h
En Sorbonne
Amphi Cauchy, esc. F, 3e étage
1 rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Catherine MAGNI soutient sa thèse d’habilitation à diriger des recherches (HDR) :
Ecriture, art et architexture. Analyse de la pensée olmèque. Mexique
en présence du Jury :
M. BARATTE (PARIS IV)
M. DUVERGER (EHESS)
M. LAMBOLEY (GRENOBLE II)
M. LAVALLE (PARIS III)
M. LEVINE (PARIS IV)
M. PERRIN (CNRS)
Ecritures de clergie. De la Charte à la littérature (Castille. XIIe-XIIIe siècles)
Samedi 2 décembre 2006
13 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Amaia ARIZALETA soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Ecritures de clergie. De la Charte à la littérature (Castille. XIIe-XIIIe siècles)
En présence du Jury :
Mme DE LOPE-RIVIERE (AIX-MARSEILLE 1)
Mme DELPORT (PARIS 4)
M. GOMEZ REDONDO (ALCALA)
M. HENRIET (BORDEAUX 3)
M. MARTIN (PARIS 4)
M. MONER (TOULOUSE 2)
M. ZIMMERMANN (VERSAILLES)
Ecritures de l’Ambassade : les lettres turques d’Ogier Ghiselin de Busbecq (1521-1591). Traduction annotée suivie d’une étude littéraire.
Samedi 2 décembre 2006
14 heures
Centre Adminsitratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Dominique ARRIGHI soutient sa thèse de Doctorat :
Ecritures de l’Ambassade : les lettres turques d’Ogier Ghiselin de Busbecq (1521-1591). Traduction annotée suivie d’une étude littéraire.
En présence du Jury :
M. CHARLET (AIX-MARSEILLE 1)
Mme GALAND-HALLYN (PARIS 4)
M. LEVY (PARIS 4)
M. PAPY (LOUVAIN)
M. VEINSTEIN (Coll. de FR)
Résumés :
Ecritures de l’ambassade : Les Lettres turques d’Ogier Ghiselin de
Busbecq (1521-1591). Traduction annotée suivie d’une étude littéraire
Les Lettres turques, qui n’avaient pas été traduites en français depuis 1748, sont le récit
de la mission diplomatique que l’ambassadeur O.G. de Busbecq effectua dans l’empire
ottoman au nom de l’empereur Ferdinand Ier. Cette relation appartient à l’immense
littérature que la fascination pour l’empire ottoman a suscitée en Europe. Grâce à la
plasticité de la lettre et du récit de voyage qu’il combine dans son oeuvre, Busbecq
reprend et adapte librement tous les lieux communs véhiculés au sujet des Turcs. La
description des lieux et des hommes, le récit et l’analyse des événements politiques sont
présentés sous la forme d’une bigarrure subtile ; la variété des motifs et leur
entrelacement créent l’illusion de la représentation de la réalité et dissimulent de
fréquentes falsifications des faits. La fictionnalisation de l’histoire répond à des intérêts
idélogiques spécifiques, mais aussi à l’élaboration d’un autoportrait flatteur.
Writings of the Embassy : The Turkish Letters of Ogier Ghiselin de
Busbecq (1521-1591). Annotated translation followed by a litterary study.
The Turkish Letters, which had not been translated in French since 1748, are the story
of the diplomatic mission that Ambassador O.G. de Busbecq performed into the
Ottoman Empire on behalf of Emperor Ferdinand the First. This relation belongs to the
immense litterature that the fascination for the Ottoman Empire has raised up in Europe.
Thanks to the plasticity of the letter and that of the travel narrative which he combines
in his work, Busbecq re-uses and freely adapts all the commonplaces about the Turks.
The description of the places and the men, the narrative and the analysis of the political
events are presented under the form of a subtile medley ; the variety of the patterns and
their interlacing create the illusion of the representation of the reality and dissimulate
frequent falsifications of the facts. The fictionnalisation of History falls in with specific
ideological interests, but also with the elaboration of a flattering self-portrait.
Position de thèse :
L’oeuvre d’Ogier Ghiselin de Busbecq, les Augerii Gislenii Busbequii D. Legationis
Turcicae Epistolae quatuor, plus connue sous le titre de Lettres turques n’a été traduite que
deux fois en français en 1646 et en 17481. Le premier objectif de cette thèse a donc été de
réparer l’oubli dont a souffert Busbecq en France pendant si longtemps ; en effet, cet auteur
est bien connu, notamment, dans le monde anglo-saxon et les éditions et les rééditions de ses
oeuvres ont été nombreuses à l’étranger, la dernière datant de 20052. Par ailleurs, la spécificité
du texte de Busbecq est d’être considéré comme une source historique et documentaire fiable
sur l’empire ottoman au XVIe siècle. Il est cité en référence dans des travaux historiques sur la
dynastie ottomane, dans des recherches sur des aspects très divers de la société turque tels que
l’organisation de la société, l’armée, les querelles de succession au sein de la famille régnante,
la nourriture, l’homosexualité féminine, la culture de la tulipe, ou encore sur la langue
gothique dont il fait un relevé. Il était donc important de fournir une traduction française
récente qui puisse servir de support à des recherches dans des champs disciplinaires très
différents les uns des autres, alors que jusqu’à présent seuls des travaux en langue anglaise
étaient facilement accessibles.
Les Lettres turques sont au nombre de quatre et ont été publiées du vivant de
Busbecq ; leur publication s’est étalée entre 1581 et 1589. De multiples éditions et rééditions
en latin ont été réalisées jusqu’à ce que l’édition de Leyde de 1633 devienne l’édition de
référence pour les éditions et traductions ultérieures en latin ou en vernaculaire. En 1994,
Zweder von Martels et Michel Goldsteen ont fait paraître une édition scientifique du texte des
Lettres qui a servi de support à ma traduction3.
Les travaux critiques sur l’oeuvre de Busbecq sont peu nombreux. Les Lettres turques
ont seulement fait l’objet de trois thèses, d’un colloque et de quelques articles dans le monde
entier. R. A. Dalle, dans sa thèse parue en 1975, a fait la recension des thèmes des Lettres,
mais ce travail s’appuie sur la traduction de Gaudon qui, malgré ses qualités, demeure une
infidèle4. Zweder von Martels a analysé les Lettres sous l’angle historique5. Il a dépouillé
environ 470 lettres de la correspondance que Busbecq a échangée avec les empereurs
germaniques. Il a pu ainsi retracer toutes les étapes de la vie de Busbecq et établir une
chronologie précise des événements décrits dans les Lettres turques. Jean Lebel, enfin, a
1646 : Ambassades et voyages en Turquie et Amasie de M. Busbecquius, nouvellement traduites en françois par
S. G. Et divisées en quatre livres, Paris, P. David, traduction : S. Gaudon ; 1748 : Lettres du baron de Busbec,
Ambassadeur de Ferdinand Ier Roy des romains, de Hongrie etc auprès de Soliman II empereur des Turcs.
Traduits en François par M. l’Abbé de Foy, chanoine de l’Eglise de Meaux, Paris, Bauche d’Houry.
Turkish Letters, 2005, Louisiana State University Press, (introduction de K. A. Roider).
Vier brieven over het gezantschap naar Turkije, Hilversum, Verloren, 1994.
R. A. Dalle, Auger Ghislain de Busbecq, humaniste et homme de la Renaissance, miroir de son siècle, Thèse de
l’université de l’Arizona, 1975.
5 Z. von Martels, Augerius Gislenius Busbecquius, Leven en werk van de keizerlijke gezant aan het hof van
Süleyman de Grote, groningen, Rijksuniversiteit, 1989.
consacré sa thèse à une étude littéraire des Lettres 6 . Il s’est appuyé sur une étude
narratologique et a mis en évidence l’importance de la réflexion esthétique chez Busbecq ; il
a, notamment, montré ce que l’agencement des Lettres devait au maniérisme. Le colloque
organisé par A. Rousseau en 1991, Sur les traces de Busbecq et du gotique, représente selon
son organisateur « la première manifestation scientifique française sur Busbecq ». Les actes
sont divisés en deux parties : la première éclaire la vie, la personnalité de Busbecq et certaines
facettes de son oeuvre ; la seconde étudie l’apport de Busbecq à la compréhension de la langue
gothique, dont il a établi un petit lexique7. Les travaux modernes sont donc très peu nombreux
et quantité d’aspects des Lettres ont jusqu’à présent été ignorés.
Il m’a paru important de mettre en lumière ce que l’écriture des Lettres devait à
l’idéologie de leur auteur, à la personnalité qu’il entendait y représenter et à la littérature de
voyage dans l’empire ottoman qui, dès la moitié du XVIe siècle, s’est constituée autour d’un
nombre restreint d’isotopies. Le genre de la littérature de voyage a commencé de devenir un
genre autonome au XVIe siècle en s’affranchissant des modèles que constituaient les récits de
pèlerinage. L’empire ottoman, parce qu’il était la première puissance mondiale et qu’il était,
aux yeux des Européens, l’incarnation de la barbarie, a suscité une curiosité inextinguible ;
elle s’est traduite tout au long du siècle par la multiplication de récits dont la caractéristique la
plus saillante est la réitération de motifs identiques. Très rapidement, des topiques propres à la
réalité turque ont été constituées par les Européens au point que dans le dernier tiers du XVIe
siècle, il n’était plus possible de décrire les Turcs sans se référer de façon plus ou moins
explicite aux textes rédigés auparavant. Lire Busbecq et le comprendre implique donc de tenir
compte de la littérature de voyage préalable afin d’apprécier chez lui les parts respectives de
l’imitatio et de la variatio, et il m’a paru indispensable de faire apparaître dans la traduction et
dans l’analyse littéraire les sources nombreuses auxquelles Busbecq a pu puiser. En effet,
Busbecq reprend nombre de motifs développés par les voyageurs avant lui, et ce n’est ni dans
la nouveauté, ni dans l’exhaustivité des informations qu’il faut juger de son apport. Comme
d’autres avant lui, il égrène les motifs de la topique constantinopolitaine : sainte Sophie,
l’hippodrome et ses monuments antiques, la ménagerie du sultan, le cortège qui accompagne
ce dernier dans ses déplacements, les diverses curiosités du Bosphore, les bains turcs ; mais
l’analyse comparée des textes antérieurs et du sien montre que l’imitatio est toujours partielle
et que la variatio, considérable, répond à des visées très différentes. Dire la réalité turque pour
Busbecq, c’est très rarement faire oeuvre scientifique ou documentaire. Il s’agit le plus
souvent pour lui de mettre en avant ses talents de conteur, un èthos rhétorique de bonus vir, et
de défendre des positions idéologiques particulières. La narration dans les Lettres turques
progresse suivant les méandres d’un subtil agencement de motifs différents, ce qui donne tout
J. Lebel, Augerius Gislenius Busbecquius : une conscience littéraire en action, thèse dactylographiée, Lille 3,
1998.
A. Rousseau, Sur les traces de Busbecq et du gotique, Lille, Presses universitaires de Lille, 1991.
le loisir à leur auteur de présenter à son gré les réalités turques. L’enchâssement des
anecdotes, des realia, des différents épisodes de l’histoire turque, combiné à une tonalité le
plus souvent humoristique, lui permet de modifier discrètement les faits ou de les présenter de
façon à faire valoir un autoportrait discret et une propagande active.
Busbecq relate la mission diplomatique dangereuse et difficile qu’il effectua à
Constantinople à l’époque de l’apogée de l’empire ottoman. Les faits historiques, les
différents aspects des négociations qu’il rapporte sont rarement complets ou exacts.
L’empereur que Busbecq servait, Ferdinand Ier, était en position de faiblesse devant Soliman
le Magnifique ; ses armées étaient régulièrement battues par celles du Turc et Vienne ne
devait d’être préservée qu’à son éloignement géographique. La mission que mena Busbecq
auprès des Turcs ne fut pas un succès ; il rapporta à Vienne le texte d’un traité qui consacrait
l’infériorité de Ferdinand Ier et faisait de lui le tributaire de la Porte. Cependant, le texte des
Lettres ne fait jamais apparaître cette faiblesse ; Busbecq laisse dans l’ombre tout ce qui
pourrait nuire aux Habsbourg et procède à une réécriture de l’histoire. La vision des faits qu’il
rapporte est le plus souvent flatteuse pour sa cause et lorsqu’il est dans l’impossibilité de
déformer les faits, il les ignore. Il est impossible de lire les Lettres turques pour se forger une
idée exacte des événements politiques et militaires de cette époque ; ils sont systématiquement
déformés. Cette particularité de son écriture a rarement été mise en évidence, car, à l’inverse
de beaucoup de ses contemporains, Busbecq ne procède pas à des attaques violentes ni
sectaires des réalités turques ou musulmanes. S’il critique certains aspects de la société
turque, il le fait toujours de façon mesurée. Cette modération lui a valu de passer pour un
chroniqueur fidèle des événements. De même, il lui arrive fréquemment de décerner des
éloges aux coutumes turques et il en fait le contre-exemple idéal des usages européens. La
description de l’altérité renvoie souvent aux déficiences remarquées de l’Europe et permet à
Busbecq d’adopter des points de vue relativement indépendants pour le serviteur de l’État
autrichien qu’il était. Cela étant, l’analyse de la puissance turque a pour visée de pousser les
Européens au réarmement et à l’union contre les Turcs. Busbecq s’emploie de façon
systématique, quoique discrète, à montrer à ses lecteurs européens le danger qu’ils encourent
à négliger la menace ottomane au profit de leurs discordes intestines et de leur tropisme
américain.
La défense des intérêts européens passe également par une description très partiale des
membres de la famille régnante ottomane et des divers événements qui ont émaillé la
succession du souverain en titre, Soliman le Magnifique. Les querelles entre les héritiers
présomptifs de Soliman, les guerres et les assassinats qu’elles occasionnèrent ont été pour
Busbecq le prétexte de reconstituer l’histoire, et le plus souvent sous forme romanesque. A la
fin du XVIe siècle, alors que le roman en est encore à ses prémisses, Busbecq déploie les
artifices de la fiction pour rendre compte d’une réalité historique parfaitement établie. Ce
choix narratif s’explique par le désir de rendre compte de la perception nouvelle qu’ont les
Européens de l’univers turc. La cruauté turque est un topos du XVe siècle qui apparaît dès la
prise de Constantinople. Mais cette représentation des moeurs turques ne s’est pas
accompagnée d’une vision négative des institutions ottomanes. La définition du despotisme
ottoman ne se fera que bien plus tard, au XVIIIe siècle, sous la plume de Montesquieu dans
l’Esprit des lois. Cependant, un imaginaire du despotisme apparaît bien avant la
conceptualisation qu’en donnera Montesquieu ; et Busbecq fait partie de ceux qui contribuent
à dessiner les contours de ce fantasme du despote. La représentation dans les Lettres turques
des aspects les plus sanguinaires du règne répond à des objectifs idéologiques évidents de la
part d’un grand commis de l’Etat autrichien, mais dans la mesure où les institutions turques
n’étaient entachées d’aucune réprobation, Busbecq a choisi la fiction afin d’exprimer sa
condamnation du régime. L’émergence du roman et de la fiction coïncident donc avec la
polémique idéologique.
Enfin, la description, dans les Lettres turques, des realia et des événements politiques
est toujours mêlée à une représentation précise des actes du diplomate que fut Busbecq. La
relation de son voyage et de sa mission lui permet, vingt ans après les événements, de se
représenter sous les traits d’un parfait ambassadeur, d’un érudit distingué et d’un aristocrate
raffiné. Les Lettres sont donc également le vecteur d’un discours autobiographique. Busbecq
choisit de se dépeindre de façon élogieuse et affiche les différents stéréotypes de la réussite
sociale à la fin du siècle. L’humaniste soucieux de préserver l’héritage antique, le lettré doté
d’une infatigable curiosité pour les choses de l’esprit, l’aristocrate fier de ses possessions et de
son art de vivre, l’ambassadeur fidèle à son empereur et dévoué pour ses nationaux sont tous
représentés au travers des différents épisodes des Lettres. De plus, le récit des négociations
offre à Busbecq la possibilité de se présenter sous les traits d’un diplomate habile et ferme
quelles que soient les difficultés qu’il a rencontrées.
Dans les Lettres turques, Busbecq a relaté un voyage entrepris pour le bien de l’empire
et derrière le paravent de la véracité se cache le désir d’obtenir gloire et dignité. Le récit de
voyage, pour Busbecq, est moins l’occasion de rendre compte de découvertes et
d’explorations que d’affirmer une identité spécifique : celle d’un serviteur de l’État de culture
humaniste, et de défendre les idéaux de la dynastie dont il était le serviteur. La déformation
des événements historiques et la fictionnalisation des faits réels contribuent à créer une image
de l’univers ottoman qui perdurera longtemps après la publication des Lettres turques.
Ecritures médiévales du sacré
Samedi 9 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme ELISABETH PINTO MATHIEU soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Ecritures médiévales du sacré
En présence du Jury :
M. BOUTET (PARIS 4)
M. DALARUN (CNRS)
M. GALDERISI (POITIERS)
M. GROS (AMIENS)
M. STANESCO (STRASBOURG 2)
M. TILLIETTE (GENEVE)
M. ZINK (Coll. de FR)
Edition et compilation à partir de l’oeuvre de Jorge Luis Borges
Samedi 5 mars 2005
9 h
Sorbonne
Salle des Actes, Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Raphaël MOBILLION soutient sa thèse de doctorat :
Edition et compilation à partir de l’oeuvre de Jorge Luis Borges
En présence du Jury :
M. MATTEI (NICE)
M. PODGORNY (PARIS IV)
M. TZITZIS (PARIS II)
Edition et compilation à partir de l’oeuvre de Jorge Luis Borges
Samedi 5 mars 2005
9 heures
Salles des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75230 Paris Cedex 05
M. Raphael MOBILLION soutient sa thèse de doctorat
Edition et compilation à partir de l’oeuvre de Jorge Luis Borges
en présence du Jury :
M. MATTEI (Nice)
M. PODGORNY (Paris IV)
M. TZITZIS (Paris 2)
Edition, texte et traduction d’Oedipe à "Colone" de Sophocle
Samedi 12 mars 2005
14 heures
En Sorbonne, amphithéâtre Chasles
Esc. E, 3e étage, 17 rue de la Sorbonne
75005 Paris
Mme Françoise LE PEZRON soutient sa thèse de doctorat :
Edition, texte et traduction d’Oedipe à "Colone" de Sophocle
En présence du jury :
M. JOUANNA (Paris 4)
M. FARTZOFF (Besançon)
Mme MAUDUIT (Lyon 3)
Edition, traduction et commentaire du Livre VII des Antiquités romaines de Denys d’Halicarnasse
Samedi 4 décembre 2004
14 h
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
Mme Stavroula KEFALLONITIS soutient sa thèse de doctorat :
Edition, traduction et commentaire du Livre VII des Antiquités romaines de Denys d’Halicarnasse
En présence du Jury :
M. BRIQUEL (PARIS IV)
M. FOULON (CLERMONT II)
Mme FROMENTIN (BORDEAUX III)
M. JOUANNA (PARIS IV)
Edition,traduction et commentaire du livre X des Antiquités romaines de Denys d’Halicarnasse
Mardi 6 décembre
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Melina LEVY soutient sa thèse de doctorat :
Édition,traduction et commentaire du livre X des Antiquités romaines de Denys d’Halicarnasse
En présence du Jury :
M. JOUANNA (Paris 4)
M. BRIQUEL (Paris 4)
Mme FROMENTIN (Bordeaux 3)
Mme MARIE-ROSE (Besançon)
Egée et Italie méridionale dans la deuxième moitié du second millénaire av. J.-Chr. : l’archéologie d’un mythe à travers la mémoire d’anciennes écritures
Mardi 4 avril
IULM Milan
Mme Isabelle MARTELLI soutient sa thèse de doctorat :
Egée et Italie méridionale dans la deuxième moitié du second millénaire av. J.-Chr. : l’archéologie d’un mythe à travers la mémoire d’anciennes écritures
En présence du Jury :
M. FARNOUX (Paris 4)
M. NEGRI (IULM Milan)
M. CARLIER (Paris 10)
M. CONSANI
Position de thèse et Résumés
Dresser un bilan archéologique des recherches de ces vingt dernières années nous a semblé nécessaire tant les données de terrain sont en constante évolution en Italie méridionale. Le point de départ a été la Sicile du Bronze Moyen avec le site de Monte Grande (riche en minerai de soufre) qui se trouve à une quinzaine de km d’Agrigente ; les trouvailles de céramique égéenne sur ce site, nous pensons par exemple aux rondelles et aux tessons gravés, ne seraient-elles pas un témoignage de navigations commerciales ? Et si oui, l’épisode de Minos en Sicanie pourrait se placer à la période finale de la culture de Castelluccio comme le suggérait L. Bernabò Brea. Ne faudrait-il pas entrevoir dans le protagoniste du mythe raconté par Hérodote, des Égéens entreprenants, arrivés sur l’île dés le Bronze Moyen ? La documentation céramique agrigentine nous semble constituer un appui à la ‘légendaire’ thalassocratie crétoise ; une cause commerciale en serait, selon nous, la meilleure explication.
La céramique égéenne de Monte Grande a comblé la lacune que nous avions pour la période de Castelluccio, mettant ainsi la côte méridionale sicilienne en concurrence avec le pôle des îles Éoliennes : les routes maritimes égéennes prévoyaient sans doute des escales successives dans leur périple occidental.
Nous avons analysé les tessons épigraphiques agrigentins et éoliens dans un contexte d’échange méditerranéen (archives de Mari), contexte qui nous semble justifier au mieux ce semblant d’écriture, ces « ignorant copies » retrouvées loin des côtes égéennes.
Complémentaires à ce cadre d’échanges nous disposons des trouvailles du village préhistorique de Portella. Les nouvelles marques de potier (« contrassegni ») viennent confirmer les connaissances du corpus céramique de l’archipel. Les deux tessons de pithoi égéo-chypriotes retrouvés dans le village de Portella permettent d’insérer ces contenants « égéo-chypriotes » dans un circuit occidental : ils sont présents notamment en Sardaigne (Antigori), en Sicile (Cannatello) mais aussi en Crète (Kommos).
Les tessons égéens et levantins de Monte Grande, les tessons égéo-chypriotes et les « contrassegni » de Portella que l’on a vu dériver non seulement du monde égéen, mais aussi de la Méditerranée orientale, vraisemblablement de Chypre, nous amèneraient donc à situer ce cadre d’échange « occidental » du Bronze Moyen dans une « koiné méditerranéenne ». L’expression « koiné mediterranea » que nous avons empruntée à L. Bernabò Brea est celle qui nous semble le mieux adhérer à ce nouveau cadre culturel mis en surface par les données des fouilles de ces vingt dernières années.
La découverte d’un sceau en cornaline de « type minoen » à Briatico attesterait pour la Calabre également des échanges avec le monde égéen. La possession de biens de luxe serait donc déjà documentée à partir du BM1-2, non seulement dans les communautés insulaires habituées aux échanges tels que l’archipel éolien, les côtes orientales et méridionales de la Sicile et l’archipel phlégréen avec Vivara, mais aussi dans les communautés pastorales de Calabre situées le long de la côte tyrrhénienne.
Cette récente découverte viendrait donc se placer en corollaire des trouvailles de Monte Grande et de Portella, témoignant de contacts bien établis en Italie méridionale. Les relations entre partenaires égéens et indigènes ont dépassé de toute évidence le seul cadre des échanges : nous avons eu l’occasion d’en illustrer des exemples pour l’âge du Bronze ; il semble que l’on puisse affirmer la même chose pour les périodes successives. En effet, une attestation d’écriture datée du premier quart du VIIIe siècle av. J.-Chr. « forse la più antica in assoluto » témoignerait de la célérité de transmission des modèles culturels. L’inscription provient de la nécropole de l’Osa, à proximité de l’ancienne Gabii non loin de Rome. Ce sont cinq lettres eulin graffites sur un vase indigène ; la proposition d’intégrer l’expression eulin[os] ‘qui file bien’ est à interpréter comme un anthroponyme « parlante » en référence à un rôle féminin.
A ce propos, la présence de certaines figurines dites à cloche avec fusaïoles de la période Protogéométrique et Géométrique (Attique et Eubée) nous porte à croire à l’existence d’une divinité dédiée au tissage. Cette divinité tutélaire qui serait documentée dans le monde grec (figurine « à cloche » provenant de Béotie) nous conduit à retenir l’hypothèse proposée par M. Maaskant Kleibrink d’une « House of Weaving » et d’une divinité du tissage à Francavilla Marittima (Calabre) à la fin du VIIIe siècle av. J.-Chr. Nous avons par ailleurs retrouvé des traces écrites et peut-être matérielles de ce culte aux époques mycénienne et minoenne.
Concernant l’aspect mythique, peut-on dire que les rivages italiens ont été fréquentés par des héros homériques durant le nostos de la guerre de Troie ?
Ulysse navigue à Scylla, Philoctète dans la région de Crimisa, entre Sybaris et Crotone, Epéios aborde à Lagaria et Diomède aurait eu un culte en plusieurs cités de l’Apulie. Les sources nous disent qu’une première Métaponte, antérieure à la cité historique, aurait été une création de Nestor et de ses Pyliens et Siris aurait connu une colonisation mythique pour ce qui est des Troyens, et historique pour ce qui est des Grecs venus de Colophon (Timée et Aristote apud Athénée, XII 523c ; Strabon VI I, 14 ; BÉRARD 1957 : 187-198).
Nous nous rangerons parmi ceux qui pensent que l’élément historique crée le mythe et non l’inverse. Doit-on ignorer une tradition littéraire, la soumettre à une analyse hypercritique ou bien penser qu’« elle est susceptible, cette tradition, de comporter des souvenirs historiquement fondés dont il faut seulement admettre d’avoir à décrypter les représentations » (SCHNAPP-GOURBEILLON 2002 : 133).
L’observation de J. Bérard selon laquelle les principaux centres légendaires, la plupart des localités assez obscures qui n’ont pas été directement colonisées, et il citait le cas de Lagaria, n’a-t-elle pas, aujourd’hui un fondement historique, si nous considérons le sanctuaire d’Athéna à Francavilla Marittima, non loin de la grecque Sybaris ? C’est donc en périphérie des cités que le souvenir de héros homériques comme Epéios et Philoctète, a été localisé. Il est significatif qu’une grande partie de ces légendes de nostoi concerne précisément l’arrière pays ou les périphéries des cités achéennes. Le nom d’Epéios, compagnon de Nestor et constructeur du cheval de Troie, est associé au site italique de Lagaria, entre Siris et Métaponte. La légende de Philoctète, héros gardien de l’arc d’Héraclès, s’est fixée entre Crotone et Sybaris, dans l’arrière pays du Cap Crimisa et de son sanctuaire d’Apollon Alaios.
En conclusion de son ouvrage La colonisation Grecque de l’Italie méridionale et de la Sicile dans l’antiquité (1957), Bérard écrivait : (...) ces légendes ne peuvent être regardées comme une préfiguration poétique de la colonisation historique, non plus que comme l’effet d’une imaginaire précolonisation, de peu antérieure à la fondation des premières cités italiotes et sicéliotes au VIIIe siècle av. J.-Chr. Par cette analyse même, nous avions été conduit à supposer que de lointains échanges entre le monde égéen et les pays de la Méditerranée centrale et occidentale pouvaient avoir été à l’origine de ces légendes. De fait, les données de l’archéologie préhistorique confirment que ces traditions reposent sur un substrat historique. Les découvertes d’objets mycéniens en Sicile, en Italie méridionale et surtout à Lipara prouvent que le monde mycénien, c’est à dire le monde grec de l’âge héroïque, eut avec les pays italiens des rapports directs, et il apparaît que ces rapports sont à l’origine des traditions relatives à la colonisation légendaire. Ce point, croyons-nous, peut être considéré comme acquis » (BÉRARD 1957 : 507-508). La documentation agrigentine et éolienne nous conduit à considérer comme acquis le point de Bérard.
Mémoire de Mycéniens navigateurs, traders ou potiers comme le suggère la céramique mycénienne de fabrication locale (datée de l’HR IIIC : 1200-1050 av. J.-Chr.) retrouvée à Termitito (Basilicate) et à Punta Meliso (Pouilles) ? Il n’y a pas dans les données de terrain de « menteur » : les fouilles de Monte Grande et de l’archipel éolien illustreraient à travers les « signes » de la culture égéenne, le substrat historique de ces légendes. Ces légendes sont-elles une première forme de l’histoire, comme le dit Bérard ?
La lecture intégrée des données archéologiques et littéraires d’un site comme celui de Francavilla Marittima serait, en fait, dépendante de l’adhésion ou pas, de chacun, à l’historicité du mythe. L’interprétation de l’archéologue hollandaise est bien sûr contrastée : Francavilla Marittima ne serait pas Lagaria. Mais pourrait-il en être autrement ? Je ne pense pas. La sensibilité, l’école à laquelle a été formé chacun d’entre nous et l’accroissement des instruments de recherches portent naturellement à la formulation de diverses interprétations. Néanmoins, il me semble que les données des fouilles italiennes de ces vingt dernières années accréditent ces relations avec le monde égéen, dès le Bronze Moyen ; ces rapports dont parlait Bérard, seraient à notre avis, à l’origine des traditions relatives à la colonisation légendaire de ces légendes de nostoi. Les réflexions de G. Maddoli, lors d’un récent Convegno di Studi sulla Magna Grecia, seraient celles d’une critique, qui nous paraît aujourd’hui, moins réticente aux suppositions de Bérard.
Un bilan des trouvailles italiennes ? Je citerais pour en illustrer les résultats féconds l’exemple des poids de tisserands de Francavilla Marittima avec leurs labyrinthes ; labyrinthes qui témoigneraient de la richesse et de la complexité de ces échanges culturels entre Égéens et indigènes de la péninsule.
Nous avons abordé au cours de cette étude (Les marques de carriers de Rhégion) le problème tant débattu : continuité ou rupture ? Un autre terrain propice à ce débat est celui de Francavilla Marittima : nous sommes confrontés à une divinité du tissage laquelle nous a dérouté sur le monde égéen et grec, nous amenant ainsi à trancher pour la continuité d’un culte.
Les données illustrées pour la divinité du tissage ne sembleraient pas démentir la mémoire des pratiques religieuses. « La mémoire passe par le chant épique au moins autant que par les pratiques religieuses » (SCHNAPP-GOURBEILLON 2002). Une divinité vénérée tout au long de l’âge du Bronze survivrait donc aux Dark Ages.
I. Lemos dans son étude The Protogeometric Aegean écrit : « It has become clear in the present study that these early Greek communities were not isolated and it has been suggested that some of them had closer links than others, especially those forming the so-called Euboean koine. Recognizing that exchange and interaction in a variety of aspects were in full operation during this period completely dismisses the idea of a ‘Dark Age’ and makes clear that this is the period of the beginning of Early Greece » (LEMOS 2002 : 225).
Il y aurait donc « à la fois continuité et renouveau ; en aucun cas on ne constate une véritable rupture. Les dieux du panthéon classique étaient déjà ceux des palais et des populations du second millénaire. Le système religieux a seulement été repensé, réorganisé, et cela essentiellement à partir des XIIe et XIe siècles » (SCHNAPP-GOURBEILLON 2002). A Érythrées, nous dit Pausanias (VII 5, 9) se trouvait un temple d’Athéna Polias et une statue en bois, de grande taille, représentant la déesse avec une quenouille et un fuseau.
Les longues périodes silencieuses en Histoire sembleraient révolues : de l’âge du Bronze à notre époque, la scène méditerranéenne a été constamment occupée : l’expédition militaire (et économique) du roi Yahun-Lim de Mari s’est vraisemblablement terminée sur les rives de la Méditerranée : on pense aujourd’hui à la possibilité que nous avons là, attestées, des offrandes rituelles à la mer Méditerranée.
SUMMARY
Summing the archaeological achievement of these last twenty years seemed necessary to us as field-work data are in constant evolution in Southern Italy.
The initial vantage point was Sicily of the Middle Bronze Age period with the site of Monte Grande that has been revealed as the arrival point of the Aegeans in the West.
These recent findings, for example roundels and engraved potsherds could be the "realia" of Aegean maritime trade. If so, the adventure of Minos in Sicany would seem to have taken place in the final period of the Castelluccio Culture as furthermore suggested by L. Bernabò Brea.
Should not we see by this famous protagonist of myth (Minos) that the Aegeans arrived in the island as early as during Middle Bronze era ?
The agrigentine ceramic documentation seems to support this “legendary” Cretan talassocracy ; trade would be for us the best explanation : a development of a commercial activity, import of raw goods, essential in Crete and exchange controls in the Aegean basin up to the East could be the most credible reason of this “pluriform thalassocracy” of the HR I.
The Aegean ceramic found in Monte Grande has filled up the gap that was missing for the Castellucciano Period, putting the Western Sicilian coast in competition with the Eolian islands.
We have analysed the epigraphic Agrigentine and Eolian potsherds in a context of Mediterranean international trade that seem to justify at best these "ignorant copies" which were found far from the Aegean coasts.
Complementarily to this framework of exchanges, we dispose of the findings of the prehistoric village of Portella’s excavation campaign.
The new marks of pottery (“contrassegni”) come to confirm the knowledge of the archipelago ceramic corpus ; the meander mark that seemed at first sight misleading has finally found a Cretan parallel. Both Egeo-Cypriot potsherds pithoi found in Portella’s village allow inserting them inside the traffic towards the West of these containers already attested as well in Sardegna (Antigori) in Sicilia (Cannatello) and in Crete (Kommos).
The Portella’s potsherds testify for a diffuse circulation of pithoi probably used as containers.
The Aegean and Levantine potsherds of Monte Grande, the Aegeo-Cypriot ones and the “contrassegni” of Portella that have been seen, deriving not only from the Aegean world but also from the Eastern Mediterranean certainly from Cyprus, would lead us to situate this work frame of exchanges of the Middle Bronze era, in a “Mediterranean Koine”. The “Mediterranean Koine” expression, borrowed from Bernabò Brea, is the one that seems to watch at best this new cultural framework which surfaced, thanks to the excavation findings of these last twenty years.
The important discovery of funerary furniture in Briatico with its Minoan type seal would attest for Calabria as well the precocity of these links from such emergent group with the Aegean world.
Possession of luxury goods would then be already documented from the BM 1-2, not only in the island communities used to exchange such as in the Eolian archipelago, the eastern and southern coasts of Sicily, and Phlegrean archipelago with Vivara, but also in the pastoral communities of Calabria situated along the Tyrrhenian coast. This recent discovery would then take place corollary to the discoveries of Monte Grande and Portella testifying of well established contacts in Southern Italy.
Relationships between Aegean and indigenous inhabitants have evidently gone beyond trade : we had the occasion of illustrating examples for the Bronze Age period ; it seems that we can assert the same for the successive periods of time.
Effectively, the attestation of writing, dated in the first quarter of the VIIIth century B.C., probably the most ancient in absolute, would testify the speed in the transmission of cultural models. The inscription comes from the necropolis of Osteria dell’Osa near to ancient Gabii, not far from Rome : these are five letters engraved on an indigenous vase ; the expression eulin (os) "who weaves well" is to be interpreted as a "talking" anthroponymous in reference to a feminine role.
In this respect, the presence of Protogeometric and Geometric bell-shaped figurines with spindle whorls in funerary context (Attica and Eubea) leads us to believe in the existence of a divinity dedicated to weaving (Beotian bell-shaped figurine). Therefore we maintain the M. Maaskant Kleibrink hypothesis of a House of Weaving and a weaving divinity in Francavilla Marittima in the late VIIIth century B.C. Furthermore we found possible traces of this worship in Mycenaean and Minoan periods.
Weaver weights of Francavilla Marittima with their labyrinths testify the complexity of these cultural exchanges. The Bérard observation following which principal legendary centres (Lagaria), most of them obscure localities that were not directly colonized may have today a historical base if we consider the sanctuary of Athena in Francavilla Marittima (not far from the Greek Sybaris).
Concerning the mythic aspect, can one say that the Italian shore were frequented by Homeric heroes during the nostos of the Trojan war ?
Ulysses sails to Scylla, Philoctete in the Crimisa region, between Sybaris and Crotone, Epeios lands at Lagaria and Diomede would have had a cult in several cities of Apulia.
Sources tell us that a first Metaponte, before the historic city was built, would have been a creation of Nestor and Pylians, and Siris would have been a mythic colonization concerning Trojans, and a historic concerning the Greeks coming from Colophon (Strabo VII, 14 ; BÉRARD 1957 : 187-198).
We shall side with those who think that the historical element creates the myth and not the opposite. Must we ignore a literary tradition, submit it to a hypercritic analysis or perhaps thinks that it is susceptible, this tradition to allow for historically founded recordings that one really has to admit to have to decrypt their representations (SCHNAPP-COURBEILLON 2002 : 133).
This is therefore at the periphery of the cities that the memory of heroic heroes such as Epeios and Philoctete were localized. It is significant that a great part of these legends of nostoi precisely concern the hinterland or the periphery of the Achaean cities ; the name of Epeios, companion of Nestor and builder of the Trojan horse, is associated to the italic site of Lagaria, between Siris and Metaponte. The legend of Philoctete has been located between Crotone and Sybaris in the hinterland of cape Crimisa and its Apollon Alaios Sanctuary.
In conclusion of its work Greek colonization of Southern Italy and Sicily in the antiquity times (1957), J. Bérard wrote : “ These legends can neither be considered as a poetic prefiguration of the historic colonisation, nor as an effect of imaginory pre-colonization just before the fondation of the first italiot and siceliot cities in the VIII th Century BC. But this same analysis we have been led to suppose that ancient exchanges between Aegean and Mediterranean central and westerns countries could have give birth to these legends. Effectively, the data of prehistoric archaeology confirm that these traditions rest on a historical basement. The discovery of Mycenaeans objects in Sicily, in Southern Italy and most of all in Lipara, prove that the Mycenaean world, that is to say the Greek world of the Heroic Age, had directly relations with Italian lands, and it appears that these relation gave birth to traditions relatively to this legendary colonization. This point we do believe, can be considered as acquired”. Agrigentine and Eolian documents lead us to share Bérard’s opinion : this point seem to us today as acquired.
The memory of Mycenaean sailors, traders or potters as suggested by the Termitito and Punta Meliso ceramic ? There is no liar in the findings excavations : Monte Grande and eolian archipelago excavations would illustrate through Aegean cultural “signs” the historical substratum of these legends. Are these legends a first form of history ad Bérard says ?
The comprehensive reading of the archaeological data of a site like Francavilla Marittima would be in fact, dependant of the agreement or not by each one, to the historicity of the myth.
The interpretation of the Dutch archaeologist is of course contrasted : Francavilla Marittima would not be Lagaria. But could it be otherwise ? I don’t think so. The sensibility, the teaching that has formed each one naturally leads us to the formulation of diverse interpretations. Nevertheless, it seems to us that results of Italian excavations of these last twenty years, accredit these relations with the Aegean world, since the Middle Bronze Age.
Reflexions from G. Maddoli at the time of a recent Convegno di Studi sulla Magna Grecia, would be those of a critic that appears to us today less reticent to the Bérard supposition.
A sum of the Italian findings ? I would cite to illustrate its prolific result, the example of weaver weights of Francavilla Marittima with their labyrinths ; labyrinths that would testify of the richness and complexity of these cultural exchanges between Aegeans and indigenous populations of the peninsula.
We have approached during the Rhegion mason’s marks, the discussed problem : continuity or rupture ? Another field to this debate is the one of Francavilla Marittima with its weaving divinity. This divinity attested in the Aegean and Greek world has lead us to favour for continuity of a worship : “La mémoire passe par le chant épique au moins autant que par les pratiques religieuses” (SCHNAPP-GOURBEILLON 2002 : 322).
The illustrated facts for the weaving divinity would not seem to demy the memory of religious practice. A venerated divinity of weaving during the Bronze Age would then survive beyond the Dark Ages. Memory is before all, a memory of worship, a religious memory, as well as so well said by A. Schnapp-courbeillon.
I. Lemos in his study The Protogeometric Aegean writes : « It has become clear in the present study that these early Greek communities were not isolated and it has been suggested that some of them had closer links than others, especially those forming the so-called Euboean koine. Recognizing that exchange and interaction in a variety of aspects were in full operation during this period completely dismisses the idea of a ‘dark age’ and makes clear that this is the period of the beginning of Early Greece » (LEMOS 2002 : 225).
Thus there would be « à la fois continuité et renouveau ; en aucun cas on ne constate une véritable rupture. Les dieux du panthéon classique étaient déjà ceux des palais et des populations du second millénaire. Le système religieux a seulement été repensé, réorganisé, et cela essentiellement à partir des XIIe et XIe siècles » (SCHNAPP-GOURBEILLON 2002 : 319). In Érythrée (Pausanias VII 5, 9) there was a temple dedicated to Athena and a wooden statue of big size figured the goddess with a distaff and a spindle. Would it be risky to see a continuity of popular belief in a practice that one could still observe in Athens, in the church ‘Ayios Joannis tis Kolonnas’ at the Euripide street crossroads ?
The long silent periods in History seemed by now over : from the Bronze Age period to today the Mediterranean scene was constantly occupied. The military and economic expedition of king Yahun-Lim of Mari probably ended on the Mediterranean shores : one thinks today the possibility that we have ritual offerings to the Mediterranean Sea.
Eléments pour une théorie du paradigme musical dans l’Angleterre des Lumières
Jeudi 9 décembre
14 h 30
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
M. Pierre DUBOIS soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Eléments pour une théorie du paradigme musical dans l’Angleterre des Lumières
En présence du Jury :
M. CARRE (PARIS IV)
Mme DECONNINCK-BROSSARD (PARIS X)
M. GUINLE (LYON II)
Mme HALIMI (PARIS III)
Mlle MARTINET (PARIS IV)
M. NOIRAY (CNRS)
Ellipses, blancs, silences : le langage de l’implicite dans l’oeuvre de Crébillon fils
Mercredi 7 juin 2006
14 heures 30
Bibliothèque Ascoli
Esc. C, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
75005 Paris
Mme Émeline MOSSÉ soutient sa thèse de doctorat en cotutelle avec l’Université de Berlin :
Ellipses, blancs, silences : le langage de l’implicite dans l’oeuvre de Crébillon fils
En présence du Jury :
M. DAGEN (Paris 4)
M. ENGLER (Berlin)
M. HERMAN (Louvain)
Mme KRUSE (Hambourg)
M. MENANT (Paris 4)
Résumés
Alors que le langage constitue l’action unique des romans de Crébillon fils (1707-1777), son étude a été longtemps injustement écartée du discours des Lumières, et ce en raison de l’importance accordée à la thématique du libertinage et de l’érotisme. Le caractère prolifique de cette écriture a été très largement étudié par les critiques, tandis que le langage de l’implicite n’a donné lieu qu’à quelques allusions. Le présent travail montre que cette figure de style structure aussi bien l’écriture que la pensée de Crébillon. Il a fallu observer l’implicite en action, le révéler et analyser ce qu’il produit dans le texte, cela sous toutes ses formes. Cette lecture de Crébillon sous un angle neuf replace son œuvre dans la littérature des Lumières, souligne la richesse de la réflexion sur l’homme mondain au XVIIIe siècle en même temps qu’elle soulève des questions sur l’esthétique du roman.
Ellipsises, blanks, silences, the implicit language in the works of Crébillon fils
The study of language, which in the works of Crébillon fils (1701-1777) is the sole action, has superseded the eighteenth century themes of libertinage and erotism, that unjustly kept him a long while away from the literary circles of the Enlightenment. The extent of the prolific characteristics of his writing has been largely studied by critics, whereas the language of the implicit was merely hinted. The present study shows that this figure of speech structures both the writing and the thinking of Crébillon. It has been necessary to observe the implicit at work, to reveal it and analyse its effects in the text in all its different forms. The reading of Crébillon under a new angle repositions his works in the literature of the Enlightenment, underlines the richness of his thoughts on the eighteenth century society man, as well as bringing forward a new questioning on the aesthetics of his novel.
Position de thèse
La démarche qui a été la nôtre tout au long de cette étude a eu pour point de départ une réflexion sur le statut de l’œuvre de Crébillon. Nous avons pris le parti de présenter un travail sur l’ensemble de l’œuvre de Crébillon fils et montré qu’en plus d’instruire et de divertir notre auteur se livre à un long plaidoyer en faveur du roman. En effet chacun des romans de Crébillon répond à cette discussion et entretient ainsi une polémique qui touche au moindre des aspects de son oeuvre pour en devenir une thématique consubstantielle et fondatrice de ses romans. Au cours de ce travail, nous avons montré l’importance de ce débat dans la compréhension de l’œuvre de notre auteur. L’analyse du langage de l’implicite s’est imposée à la suite de cette idée comme le meilleur moyen de rendre compte de la complexité d’une œuvre aussi hétéroclite et controversée.
Ce travail propose une analyse de l’ensemble de l’œuvre à la lumière du langage de l’implicite. Ce procédé de langage se laisse apercevoir si souvent chez Crébillon, que nous avons tenté de démontrer qu’il fonctionne comme un véritable système dans cette œuvre. De nombreux travaux consacrés à cet auteur font place à une analyse des procédés d’indirection et des tours elliptiques. Pourtant, l’implicite crébillonien n’a jamais été étudié pour lui-même. Aussi l’enjeu de notre étude a été de le considérer comme un des grands principes de l’esthétique et de l’écriture crébilloniennes. Pour illustrer notre propos nous avons jugé nécessaire d’embrasser l’ensemble de son œuvre et ce choix fait partie aussi du caractère novateur de cette analyse.
Nous nous sommes décidés pour une définition de l’implicite fondamentalement littéraire. Toutefois, cette figure se trouve être à la fois une dynamique et un outil d’analyse de nombreuses disciplines qui composent et définissent la langue. C’est la figure de style qui a retenu notre attention bien plus que l’élément linguistique et grammatical. Si les choix méthodologiques au fondement de notre étude nous ont mené naturellement à nous attacher uniquement à l’essence littéraire de cet outil, nous avons eu recours aux précisions des travaux de linguistique, de grammaire et de stylistique chaque fois que leur pertinence tendait à éclairer notre point de vue littéraire. En même temps que cet implicite s’inscrit dans le déroulement syntaxique, le long mouvement des phrases, l’interminable cascade des subjonctives, il se niche au coeur des détours et des indirections textuels dans lesquels se perd le Lecteur. C’est ce nivellement de l’implicite, la place qu’il occupe dans toutes les strates du texte crébillonien que nous avons voulu analyser. L’œuvre présente un cadre littéraire bouleversé par rapport au schème classique, les lois du discours et les codes conversationnels sont transgressés : le roman moderne prend forme.
Notre premier chapitre s’interroge sur la représentation des personnages et du milieu dans lequel ils évoluent pour tenter de définir une typologie du « personnage crébillonien » et délimiter un « univers crébillonien ». Crébillon construit un « monde » fictionnel dans lequel il propose une métaphore de l’aristocratie du temps de la Régence et du règne de Louis XV. Cette « mondanité » n’est pas sans lien avec sa représentation réelle mais l’usage de l’implicite permet à Crébillon d’opérer une transformation romanesque. À un premier niveau le héros crébillonien semble posséder tous les traits de l’« honnête homme » du Grand Siècle et en particulier son langage. Le héros crébillonien se révèle dans le texte par un langage indirect aux tours sinueux. Il masque son opinion personnelle, le « je » est interdit dans ce monde entièrement codé. Ne pas respecter les règles de ce « jeu » conduit à s’exclure du « monde ». Cette « société » fictive crébillonienne n’existe que par le langage, les mots et la conversation. L’implicite dont on surveille les manifestations permet à Crébillon de donner naissance à un nouveau type de personnage et de proposer une critique sociale. De cette manière Crébillon se distingue de ses pairs, Marivaux, Diderot, l’abbé Prévost qui eux mettent en scène, en véritable « Modernes », pour la première fois la roture et transforment le paysan en héros. Crébillon, lui, poursuit un travail d’Auteur attaché à l’univers du roman dit classique : il s’approprie les codes et les notions littéraires du siècle passé afin de les dévier de leur sens premier, de les transgresser. Comme il propose une réflexion critique qui s’inscrit dans la lignée des « Modernes », Crébillon participe à sa manière à la révolution du roman au XVIIIe siècle.
Dans un deuxième temps notre étude propose une analyse détaillée de la conversation. La société du XVIIIe siècle érige cette pratique mondaine en art et fait d’elle un moteur social, les écrits de Crébillon, eux, font vivre la conversation. On y retrouve partout son mouvement particulier, son rythme, sa musique, sa spontanéité et son « esprit ». Elle s’associe à ce pourquoi la critique a longtemps parlé de l’« écriture prolifique » et « luxuriante » de Crébillon fils. Dans ce deuxième mouvement notre travail porte sur l’envers de cette position qui est l’abondance de la « parlure » crébillonienne. Nous avons choisi l’implicite comme angle de vue à partir duquel nous avons observé la conversation mondaine. La conversation et son art obéissent aux lois du tacite. Le discours mondain s’organise autour de silences et se construit à l’aide de détours. Il est un art du maniement du langage de l’implicite. Il a fallu revenir sur les origines de la conversation depuis l’Antiquité, afin de montrer combien l’héritage des codes et des principes qui régissent cet art subsiste dans l’emploi que fait de cette pratique la fiction crébillonienne. Nous avons analysé les Égarements du cœur et de l’esprit comme le grand roman de la conversation mondaine. Cette œuvre témoigne de l’importance de la conversation pour les mondains et met en perspective la théorie et la pratique de cet art. L’écriture crébillonienne réussit la gageure de transmettre la puissance évocatrice de l’oralité et son caractère instantané. En effet, la temporalité crébillonienne oscille entre l’instantanéité du temps de l’écriture et de la lecture. Le langage de l’implicite permet la « mimesis » de cette spontanéité de l’oralité puisqu’il véhicule des silences, des ellipses, des pauses à travers le discours des personnages et des dialogues à tous les niveaux. Le texte crébillonien devient le lieu où la littérature se fait conversation et la conversation devient littérature.
Le deuxième chapitre témoigne de la volonté de Crébillon de poursuivre la critique des mœurs décadentes qui se laisse deviner et condamner grâce à l’humour et au rire. Cette exploitation nouvelle de la conversation, son fondu dans le texte littéraire et sa capture par l’écriture contribuent à la progression et l’avancée du genre romanesque. La littérature est portée par le courant d’un écrivain expérimental, que l’on voit comme un véritable moderne au sens de précurseur en littérature.
Le problème que pose le statut du roman au XVIIIe siècle se devait d’être analysé afin que ressorte l’importance que requiert le choix du roman que fait Crébillon pour bâtir son œuvre. Crébillon s’est consacré au roman quand le monde littéraire dans sa grande majorité lui était hostile. Le recours à l’implicite permet d’imposer le roman comme un genre à part entière au sein du monde de la littérature. Pour rendre intelligible la démarche crébillonienne une définition du roman dans le contexte du XVIIIe siècle nous a semblé incontournable. Au vu de son statut controversé, nous avons étendu nos recherches au « récit » pour tenter de définir ce qui n’est pas même un genre au XVIIIe siècle : contes, nouvelles, mémoires, histoires, anecdotes. En effet à cette époque les Auteurs ne se risquent pas à parler de roman pour ne pas nuire à leur ouvrage. Ainsi le troisième chapitre révèle que le recours à l’implicite contribue à la construction d’une œuvre polyphonique et montre bien que le roman crébillonien fait une large part à la réflexion théorique sur la fiction.
Au-delà des théories romanesques, Crébillon poursuit son exploration littéraire puisque chaque genre romanesque est en même temps l’objet d’une parodie. Le fruit du roman et de sa version parodique engendre un roman nouveau. Cette parodie du roman s’appuie sur l’implicite dans la mesure où cette figure devient l’outil qui permet de détourner le roman de sa forme initiale. Une étude de la description des différents genres rend compte de façon concrète du travail de recherche sur le roman qu’effectue Crébillon. La parodie du roman constitue un matériau implicite qui participe également de la portée de l’œuvre : un plaidoyer en faveur du roman.
La quatrième partie de cette étude a pour problématique la relation de l’implicite et de ce que nous appelons l’édifice textuel. Nous présentons l’univers crébillonien comme le lieu de l’épure et du dépouillement. Le monde crébillonien se reconnaît par une absence de décor ou encore par l’abstraction de celui-ci. Le monde que dessine Crébillon est une esquisse qui renvoie à un univers intemporel et universel. Ainsi il revient au Lecteur de répertorier les signes référentiels implicitement présents dans le récit et de reconstituer un environnement qui lui est familier et dans lequel l’identification nécessaire à la lecture de la fiction est possible. Le Lecteur est mis en présence de quelques éléments référents au monde sensible. Le détail flamboyant auquel le roman baroque habitue son Lecteur se situe à l’opposé de cet espace minimaliste, de ces lieux épurés que renferment les romans crébilloniens. Tout est succinct, ébauché, effleuré. L’absence de décor devient le caractère propre à cet espace fictionnel : l’implicite règne en maître des lieux.
De même le portrait des personnages est dominé par la figure de style qui conduit toute cette étude de l’œuvre crébillonienne. Notre travail révèle la transgression des principes et des codes de la littérature classique qu’opère Crébillon. Une typologie des portraits des personnages crébilloniens révèle un héros fantôme et fantoche dont la vacuité offre une prise encore plus grande à l’identification du Lecteur. L’implicite constitue également dans ce détour, un travail indirect des détails psychologiques au profit de la représentation physique. Il est alors question de « physionomie » des personnages. Celle-ci permet de rendre compte des « canons » de beauté à l’œuvre chez Crébillon. La beauté des personnages crébilloniens et cela vaut en particulier pour les personnages féminins passe par le critère de la sociologie et de la moralité.
Cette quatrième partie de notre travail a pour visée d’attester l’importance d’une morale crébillonienne qui affleure à travers les portraits. Il appartient au Lecteur crébillonien d’aller extraire la morale au cœur de ce qui paradoxalement se présente comme des successions de débauches ou d’ébats frénétiques. Le détournement du vice en faveur de la vertu fait partie des procédés de cet Auteur pour guider le Lecteur vers une interprétation personnelle. Ce travail de connivence avec le Lecteur, les interventions ludiques du narrateur sous forme de digressions, permettent au lecteur de prolonger la réflexion dans un « au-delà » du texte. La modernité de Crébillon repose également dans cette interaction entre le narrateur, l’œuvre et le Lecteur. Si le Lecteur dans l’œuvre de Crébillon connaît les mêmes fonctions qu’un personnage, son importance au sein de la fiction ne s’arrête pas uniquement à ce rôle. Il offre une dimension particulière au roman crébillonien puisqu’il orchestre de l’intérieur, inscrit dans la lettre du texte son fonctionnement. Il apparaît comme ce Lecteur modèle, il est l’instance vers laquelle tend toute l’écriture fictionnelle crébillonienne. Ainsi une qualité fondatrice de l’écriture crébillonienne provient-elle du rapport qu’il entretient avec son Lecteur. La quatrième partie de notre analyse aboutit sur la complicité entre le narrateur et le Lecteur pour établir une morale.
Dans un cinquième et dernier chapitre nous portons notre attention sur le rôle du Lecteur pour traiter de l’importance du phénomène de métafiction propre à l’univers crébillonien. Le couple que forment le narrateur et le Lecteur modèle, ainsi que celui qui unit les personnages entre eux, se prolonge dans le rapport implicite et à jamais inconnu qui s’instaure entre l’Auteur et le « Public » ou son lectorat. Ces trois niveaux de communication font l’objet de cette dernière partie dans l’intention de révéler la propriété autoréflexive du roman crébillonien. La question de la structure du conte conduit naturellement à répondre à celle de l’autoréflexivité du romanesque crébillonien tant le schéma narratif du conte fonctionne comme la mise en abyme de l’art poétique crébillonien. Comme on observe le procédé vertigineux de l’art de conter, l’entreprise littéraire se laisse démonter en même temps qu’elle se déroule sous les yeux du lecteur. Le débat sur l’art de conter qui s’inscrit au cœur du texte donne à voir les rouages de la machine romanesque en marche. Le roman épistolaire entièrement construit sur l’implicite répond également de la manière la plus exhaustive à la question de la métafiction à l’œuvre dans les ouvrages de Crébillon.
Nous montrons ainsi que le texte se dénonce comme fiction et invite le Lecteur à trouver la vérité dans un « au-delà » du texte. Si l’art poétique crébillonien fait de l’implicite sa figure de prédilection c’est bien parce qu’il s’applique à révéler l’impossibilité du langage à dire le monde et sa vérité. L’inachèvement crébillonien invite à une réflexion dans un « au-delà » du texte. La fiction a pour fonction de mettre le monde en question et de tendre vers la vérité. C’est dans ce mouvement du roman, dans cette mécanique de la recherche que l’œuvre de Crébillon prend tout son sens.
La réponse que Crébillon apporte au roman se trouve dans l’importance de la mixité des genres. C’est la raison pour laquelle, il était essentiel pour cette étude de considérer l’œuvre de Crébillon dans sa totalité. Le roman crébillonien choisit de se nourrir à la fois du réel et de la fiction, le merveilleux côtoie le sérieux d’une réalité prosaïque, celle de la description quotidienne et instantanée d’une vie. De même la structure générique de ses livres a fait le choix de « l’hybride », de la « bigarrure ». Le roman crébillonien parle tant, que son écriture prolifique semble se déverser sans discontinuer. Pourtant, le silence s’inscrit par endroit, le texte laisse place à des ellipses, des détours sinueux et obscurs. L’écriture crébillonienne a des absences. On le voit bien l’implicite régente cette œuvre qui abrite les contraste les plus extrêmes. Vérité et simulacre sont les mots d’ordre qui président au fonctionnement de cette œuvre. En effet, le roman imite le réel mais dans un même mouvement il livre le secret du processus de cette copie du réel. Le texte dénonce le mensonge qui lui permet d’emprunter les formes de la réalité. Cela dans une perspective théorique et édifiante. En ce sens, si Crébillon met en pratique ce que l’on peut nommer « la culture du trompe-l’œil », l’esthétique de ses romans répond à celle du rococo.
Phénomène circonscrit à une époque particulière, esthétique, qui ne fait pas l’unanimité en France et plus encore en littérature que dans les beaux-arts, le rococo est un concept difficile à manier. Pourtant, il nous est apparu nécessaire d’analyser l’œuvre de Crébillon à la lumière du rococo. Sa manifestation est par trop visible. L’alliance de la régularité linéaire et de l’insolite des courbes dans l’architecture textuelle nous permet de justifier son esthétique comme appartenant au style rococo. Tous les siècles ont lu l’œuvre de Crébillon comme l’exaltation de la légèreté et des plaisirs. Le caractère composite de son œuvre, les contrastes extrêmes qu’elle renferme à tous les niveaux, les caprices et les mignardises de sa langue jusque dans le grand miroir dans lequel se réfléchit la machine littéraire en action participent de ce que nous appelons ici une esthétique rococo. Elle est l’aboutissement qui donne un sens au roman crébillonien comme recherche. Nous avons prouvé à l’aide de la figure de l’implicite que l’on pouvait interpréter l’œuvre de Crébillon comme une mise en question de l’univers fictionnel, au sens où se détachent très clairement une poésie et une poétique au sein du romanesque crébillonien. La métafiction, à savoir le caractère autoréflexif de l’œuvre de Crébillon fils, ouvre la voie au roman comme un genre littéraire noble dans la mesure où il émane de lui un art poétique à la fois complexe et précis qui annonce l’avènement du roman moderne.
Emergence d’une pensée environnementale en angleterre au XIXème siècle
Samedi 21 octobre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Charles-François MATHIS soutient sa thèse de Doctorat :
Emergence d’une pensée environnementale en angleterre au XIXème siècle
En présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS 4)
M. CHASSAIGNE (TOURS)
Mme GARNETT (OXFORD)
Mme GUILLAUME (BORDEAUX 4)
M. PITTE (PARIS 4)
M. POUSSOU (PARIS 4)
Résumés
Dans les années 1830-1840, sous les effets conjoints de l’industrialisation et de l’urbanisation massive de l’Angleterre, et de la naissance d’une vision de la nature comme paysage, une conception particulière de l’environnement, que nous avons appelée "sentimentale", voit le jour. Théorisée par Wordsworth, elle est d’abord marginalisée dans le deuxième tiers du XIXe siècle, qui est pourtant une période importante de gestation du mouvement environnemental. C’est à partir des années 1870 que cette conception s’impose, à travers d’éclatantes victoires et la multiplication d’associations de défense de l’environnement, comme le National Trust. Mais ce succès amène le mouvement à s’interroger sur certaines de ses contradictions, et à se scinder en deux ensembles, celui des utopistes, refusant la civilisation industrielle et urbaine, et celui des réformateurs, qui cherchent seulement à en encadrer les effets sur l’environnement.
Following the industrialisation and urbanisation of England which started in the mid-18th century, and following the new vision of nature as a landscape, a "sentimental" conception of environment emerged in the 1830s-1840s. It was marginalised until 1870, but this period was nonetheless one of gestation of the environmental movement. From the 1870s onwards, the sentimental conception became pre-eminent in the country, due to the success of the environmental movement and the creation of new environmental organisations, such as the National Trust. But this success led the movement to question its own contradictions, and to be divided into two groups : the utopians, who refused the industrial and urban civilisation, and the reformists, who only wanted to check its impact on environment.
Position de thèse
A partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l’industrialisation et l’urbanisation massive de l’Angleterre bouleversent le pays : en quelques décennies, de nouvelles structures économiques et de nouveaux rapports sociaux apparaissent, les modes de vie se modifient, les paysages sont parfois radicalement transformés. Une nouvelle Angleterre est en train de naître, suscitant, de la part des contemporains, enthousiasmes, doutes et questionnements. Parmi ceux-ci, un aspect nous a semblé particulièrement intéressant : celui qui concerne les rapports de l’homme à la nature, profondément modifiés eux-aussi et qui ont fini par donner naissance, en Angleterre, à une conception particulière de l’environnement, que nous avons appelée "sentimentale".
Ses conditions de surgissement sont doubles. D’une part, un mouvement débute dans le deuxième XVIIIe siècle, qui mène à une meilleure découverte de la nature anglaise et de ses paysages. Le tourisme connaît un essor remarquable, qu’illustre la veine littéraire nouvelle des guides, lesquels se multiplient au point de devenir plus standardisés, moins personnels, afin de toucher le plus grand nombre. Un intérêt croissant pour l’histoire naturelle, notamment au niveau des classes ouvrières - du moins jusqu’au milieu du XIXe siècle - contribue à cette évolution du regard sur le monde de la nature. Ce nouveau regard naissant se caractérise par son extériorité, laquelle favorise désormais une attention scientifique et esthétique aux espaces naturels. Ceux-ci deviennent ainsi objets d’étude, et, ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, objets d’admiration, c’est-à-dire paysages. La connaissance des paysages anglais ne se fait pas toujours in situ : elle est encouragée aussi tant par la littérature que par les représentations picturales. Récits de voyages, poésie de la nature, essais d’histoire naturelle, évocation romanesques de lieux magnifiques : il n’est guère de pan de la littérature anglaise qui échappe à cette fascination pour la nature et qui ne contribue à façonner une façon nouvelle de la voir et de l’apprécier. Quant à la peinture de paysage, préparée par le développement d’un art du jardin propre à l’Angleterre, elle œuvre aussi pleinement à cette esthétisation du regard sur la nature. Elle est, dès ses débuts, fortement influencée par la catégorie esthétique du pittoresque, telle qu’elle a été définie par William Gilpin. Si, au cours de la vaste période que nous avons couverte, cette peinture évolue bien entendu largement, s’attachant de manière croissante, par exemple, à un certain réalisme, son histoire est avant tout celle d’une double affirmation, artistique et nationale. Artistique, car il s’agissait, au départ surtout, de donner à la peinture de paysage ses lettres de noblesse. Nationale, car on souhaitait faire de ce domaine un art suprême, et propre à l’Angleterre, ce qui passait notamment par la représentation des lieux les "plus anglais" qui soient. C’est ce mouvement qui a contribué à faire passer le terme pittoresque de son acception initiale - "ce qui est agréable en peinture" - à la signification plus généralement admise dès le premier tiers du XIXe siècle : ce qui est typiquement anglais.
Cette découverte et esthétisation de la nature anglaise en paysage s’accompagne ainsi d’une forme de patriotisme, attaché justement à des paysages particuliers dont on pense qu’ils incarnent les valeurs de la nation. S’élabore de cette manière une image particulière du paysage anglais par excellence : prés vallonnés, bosquets et haies, moutons et vaches paissant, rivières méandreuses et calmes, ruines éparses. Le paysage anglais type est un lieu de paix et d’harmonie, d’ordre et de variété, dont l’homme est le gardien, et qui s’inscrit dans une continuité, une tradition. Des peintres comme Constable ou, plus tard, Birket Foster contribuent à ancrer cette image particulière dans les esprits. Quant à la Région des Lacs, qu’on ne peut pourtant réduire à un simple paysage pittoresque, elle finit par prendre valeur de symbole national pour le pays tout entier. Cet élément de fond, qui couvre toute la période, n’empêche pas le développement d’une tendance lourde, qui mène à une plus grande diversité du goût paysager des Anglais. De nouveaux types de paysages, comme ceux de landes, par exemple, finissent par être appréciés à leur tour, sans pour autant remplacer, dans l’imaginaire national, les spectacles naturels pittoresques. Cette diversification s’accompagne d’une régionalisation des goûts et descriptions, à l’œuvre notamment dans la vogue des romans régionalistes dans le dernier tiers du XIXe siècle, ou dans l’engouement pour l’Ecosse, favorisé par Victoria et Albert, et par Landseer, leur peintre attitré.
La prégnance de la vision pittoresque d’un paysage anglais idéalisé ne peut s’expliquer sans référence à l’urbanisation et à l’industrialisation, qui ont mis en place les structures sociales, physiques et culturelles indispensables à son installation. Pourtant, il a fallu du temps aux contemporains pour percevoir la mesure des changements apportés par ces deux phénomènes. Si, dès la première phase de la révolution industrielle, entre 1780 et 1830, on réagit vivement aux modifications qu’elle apporte, ces résistances restent ponctuelles, et ne conçoivent l’industrialisation que comme un phénomène de même nature que les précédentes innovations techniques. Sa radicale nouveauté, sa pérennité, et surtout la globalité des bouleversements qu’elle porte en son sein, n’ont pas été perçus tout de suite : longtemps, on l’a cru réversible au profit de l’ordre ancien. Ce n’est qu’au tournant des années 1830-1840, alors que la visibilité du phénomène industriel s’accroît, qu’une compréhension plus juste commence à se faire jour, au travers des écrits de Carlyle, Southey ou des réflexions sur le "système industriel" ("factory system"). Les réactions tant du Parlement que des ouvriers chartistes dans les années 1840 témoignent de cette prise de conscience nouvelle. Une crainte s’impose alors, pour qui considère le paysage pittoresque comme l’essence même des valeurs de la vieille Angleterre : celle de l’uniformité. Car l’Angleterre de la modernité s’incarne elle aussi dans des paysages spécifiques, elle impose également sa propre géographie.
Un conflit parfois latent, souvent furieux, entre ces deux visages d’une même nation - face rurale contre masque de l’industrie, dont les traits se définissent l’un par rapport à l’autre - se déroule donc tout au long du XIXe siècle. Les modalités de ce combat, et les solutions que les contemporains ont tenté d’y apporter, varient selon les lieux, les moments ou les types de pollution. Différentes stratégies d’acceptation de la modernité ou de conciliation des deux mondes sont proposées : quête de respectabilité pour Coalbrookdale et Manchester, à travers la constitution de mythes fondateurs de la puissance anglaise ; abandon à leur sort des terres perdues que sont le Black Country ou le Merseyside, ces "cœurs des ténèbres" voués à la désolation au nom des intérêts vitaux du pays ; tentatives de conciliation pour Middlesbrough ou Swansea, dont les ambiguïtés - miracle de la croissance et banalité du site original pour la première, beauté des environs et innocuité de sa pollution pour Swansea - servent à amoindrir les critiques portées sur les destructions naturelles dont ces villes sont la cause.
L’essentiel reste pourtant dans ce déplacement du regard que ces mouvements ont opéré. L’homme n’est plus dans la nature : il porte désormais sur elle un regard extérieur, qui permet la représentation en art, ou l’analyse scientifique. Cette séparation, souvent douloureuse, s’accompagne d’une puissance de destruction sans précédent : l’ombre de l’uniformité industrielle plane désormais sur les paysages riants de la vieille Angleterre idéalisée. Il peut dès lors être question de la protéger, de sauver ce qui reste d’un monde à la dérive. Cette vigilance nouvelle, qui s’impose à certains en ce tournant essentiel des années 1830-1840, est porteuse d’une conception inédite de l’environnement.
C’est à Wordsworth que revient le soin de l’expliciter le plus clairement. Poète des Lacs, il donne à cette région sa place symbolique dans l’imaginaire national anglais. Il est aussi le penseur de cette séparation douloureuse de l’homme et de son environnement, qu’il sait irréparable. La tâche qu’il se donne pourtant est de réduire autant que possible le fossé nouveau qui s’est établi entre l’humanité et le monde naturel. Pour cela, il veut apprendre à ses contemporains à voir et à ressentir l’infinie beauté des paysages qui les entourent, en particulier dans le Domaine des Lacs. C’est l’objectif premier de son célèbre guide, dans lequel il développe une pensée environnementale déjà relativement élaborée, insistant sur l’harmonie de la cohabitation entre les hommes de cette région et la nature qui les entoure. Son engagement contre la ligne de chemin de fer de Kendal à Windermere s’inscrit donc dans la logique de ses réflexion et écrits antérieurs. Il finit ainsi par poser les bases de ce que nous avons appelé une conception sentimentale de l’environnement. Fondée sur la triple alliance de valeurs spirituelles, nationales et esthétiques, elle considère en effet qu’il convient de préserver certains espaces naturels car, en tant que paysages, ils sont porteurs d’une certaine définition de l’identité nationale anglaise et donnent accès à une forme de transcendance.
Parallèlement à cette élaboration intellectuelle, promise à un brillant avenir, les premiers mouvements de protection des espaces verts débutent, autour de la défense des droits de passage sur les sentiers ruraux aux abords des grandes villes. Ce combat s’élargit avec la publication en 1833 du rapport du Select Committee on Public Walks qui fait le constat du manque d’espaces verts pour les populations citadines, et en particulier les plus pauvres. Jusqu’aux années 1860, les tentatives pour pallier ce problème se multiplient, dans un certain amateurisme : créations de squares et de jardins, et surtout ouvertures de parcs dans les grands centres urbains, protection des espaces verts autour des villes, entreprises utopiques soit de réconciliation de la ville et de la campagne, soit de retour à la terre. Avec la création de la Commons Preservation Society (CPS) en 1865 et l’institutionnalisation progressive de la création de parcs par une législation appropriée, ce mouvement entre dans une phase de professionnalisation. La CPS surtout, même si elle ne s’appuie pas ouvertement sur la conception environnementale sentimentale et préfère mettre en avant les raisons sanitaires de son action, joue ainsi un rôle clé dans la sensibilisation de l’opinion publique victorienne aux questions d’environnement, et dans l’organisation du mouvement de protection de la nature.
Cette évolution vers une plus grande professionnalisation et efficacité des combats environnementaux se retrouve au niveau des luttes contre la pollution, qui, jusqu’aux années 1870, sont séparées des actions en faveur de l’environnement naturel proprement dit. Les tentatives pour enrayer les pollutions tant atmosphériques qu’aquatiques se heurtent à de multiples résistances : il est parfois difficile de mesurer précisément la pollution, on met en doute la nocivité de certains gaz ou des fumées de charbon, les techniques pour réduire ces nuisances ne sont pas encore au point, les pouvoir publics refusent parfois de s’investir dans ce combat, notamment par crainte d’entraver le développement des industries du pays, et donc la prospérité de la nation dans son ensemble. Certes, le désastre environnemental est souvent tel que des mesures s’avèrent nécessaires : dès les années 1840, quelques règlements locaux sont votés dans certaines municipalités industrielles pour tenter d’enrayer les émissions de fumée, et, en 1853, Palmerston parvient à obtenir le vote d’une loi allant en ce sens pour Londres. En ce qui concerne la pollution aquatique, elle est encore aggravée par les mesures sanitaires visant à l’installation d’égouts dans les villes : les eaux usées se mêlent aux eaux polluées des industries pour transformer les rivières du pays en véritables cloaques. Là encore, les résistances aux mesures d’amélioration sont nombreuses. Il faut attendre le retour du choléra à la fin des années 1840 pour qu’au moins l’on commence à se soucier de la qualité de l’approvisionnement en eau de la capitale. Mais les problèmes majeurs restent irrésolus.
Ce n’est donc pas avant la fin des années 1850, voire au cours de la décennie suivante, que les évolutions les plus décisives se produisent. Les grands travaux de Bazalgette à Londres en sont un premier exemple. Plus globalement, l’incroyable multiplication de rapports du Parlement sur la question des pollutions atmosphériques et aquatiques permet de mieux mesurer l’ampleur des ravages et de lever ou de fragiliser certaines des résistances techniques, sociales et culturelles que nous avons notées. Là encore, c’est à une professionnalisation de l’approche du problème que l’on assiste. Il est trop tôt pour que les pouvoirs publics, encore trop attachés aux destinées industrielles du pays, agissent véritablement. Mais au moins les consciences commencent-elles à s’éveiller, et les propositions de solution à gagner en crédibilité.
Ainsi, cette période qui s’étend des années 1830 à la fin des années 1860, peut-elle être considérée comme une phase de gestation du mouvement environnemental. Certes, il y est peu question de la conception sentimentale telle que Wordsworth l’a développée. Celle-ci reste pourtant partagée par la majorité des défenseurs de la nature, même s’ils ne la mettent pas forcément en avant, lui préférant l’argument sanitaire, plus porteur. Leurs menées, et celles des réformateurs luttant contre les pollutions, sensibilisent l’opinion publique aux problèmes environnementaux du moment, et préparent le terrain au grand réveil des années 1870.
Cette décennie est en effet celle de l’essor du mouvement environnemental. Avec le succès rencontré par la CPS dans la protection de la forêt d’Epping en 1874, le vote d’un Public Health Act en 1875, le ralliement d’Octavia Hill à la protection des espaces verts et la création de la Kyrle Society qui s’ensuit, les controverses de Windermere et de Thirlmere dans la Région des Lacs en 1876-1878, ou la fondation de la Society for the Protection of Ancient Buildings en 1877, les signes de cet éveil se multiplient. Le mouvement environnemental semble soudain s’affirmer comme jamais auparavant : il gagne des batailles importantes, s’impose aux pouvoirs publics et à ses adversaires "pragmatiques" comme un interlocuteur indispensable, se fait mieux connaître et apprécier de l’opinion publique anglaise, et surtout précise sa position idéologique : c’est alors que la conception sentimentale de l’environnement est remise en avant, les affaires de Thirlmere et de Windermere jouant un rôle absolument capital sur ce point. Elle est partagée par tous les acteurs du mouvement, lequel s’étoffe par la suite. De nouvelles associations apparaissent en effet : la Metropolitan Public Gardens Association est créée en 1882, la Selborne Society en 1886, la Society for Checking the Abuses of Public Advertising en 1893. Ce succès, qui porte aussi en lui un risque de dispersion, mène à la mise en place, en 1895, du National Trust, qui essaye de fédérer ce mouvement et installe plus que jamais la conception sentimentale au cœur de son action. Il n’y a pas jusqu’à l’écologie naissante qui ne soit influencée, beaucoup plus qu’on a voulu le dire, par cette idéologie et par la mouvance environnementale.
Cet essor remarquable est soutenu, jusqu’à la Première Guerre mondiale, et même au-delà, par un rejet de l’idéologie du "tout-industriel", de plus en plus répandu dans la population anglaise. La persistance de problèmes sociaux et environnementaux graves, l’horizon économique qui semble s’assombrir, amènent en effet les Victoriens de la fin du siècle à rechercher à nouveau dans la nature une solution à leurs angoisses du moment. Cette vague de fond s’exprime tout aussi bien dans la littérature que dans des expérimentations politiques de retour à la terre, et elle contribue évidemment aux succès du mouvement environnemental.
Ceux-ci contrastent fortement, du moins dans les années 1870, avec la relative stagnation du combat contre la pollution, qui se heurte toujours à la timidité des pouvoirs publics, et à des résistances culturelles qui ne faiblissent presque pas. Cette constatation, et le décalage croissant entre les deux mouvements, explique sans doute qu’ils aient entrepris, jusqu’en 1914, un début de rapprochement. Celui-ci s’opère également en raison d’une certaine réorientation stratégique de la part des défenseurs de la nature. Jusqu’à présent, l’essentiel du combat reposait sur l’idée d’une possible discrimination spatiale, entre paysages à préserver et lieux à abandonner à l’industrie. Cette idée était elle-même fondée sur un double présupposé : la pollution pouvait être contenue, circonscrite dans des espaces restreints ; certains paysages avaient plus de valeur que d’autres. Or, tant l’évolution du goût paysager anglais que la meilleure connaissance des pollutions et de leur ampleur ont peu à peu miné la validité de ces postulats. La stratégie de sanctuarisation n’est pas abandonnée pour autant, car elle conserve malgré tout une certaine pertinence, comme l’action du National Trust le prouve. Mais elle ne peut plus être considérée comme suffisante, et surtout, il devient impossible pour les défenseurs de la nature de continuer à travailler dans l’ignorance complète de leurs collègues œuvrant pour limiter la pollution. C’est pourquoi ces différents acteurs entament un rapprochement, encore timide, mais qui porte tout de même ses fruits, ne serait-ce qu’à travers l’action du Fog and Smoke Committee, dirigé conjointement par Octavia Hill et Ernest Hart. Tous les obstacles ne se lèvent pas pour autant, et ce n’est qu’au début du XXe siècle que prennent place de timides améliorations dans la qualité de l’air de certaines grandes villes comme Londres, par exemple.
Le succès du mouvement environnemental apporte inévitablement avec lui un certain nombre de remises en question, ou plutôt, il impose des éclaircissements sur des points que la relative marginalité de ce mouvement permettait auparavant de laisser dans l’ombre. De nombreux débats le traversent ainsi. L’un des principaux points de division concerne le type de préservation à adopter, et sépare les plus sentimentaux des plus réalistes : préserver un espace, est-ce y interdire toute interférence de l’homme, ou le maintenir en l’état, ce qui implique nécessairement une intervention anthropique ? Plus généralement, c’est la contradiction entre les différents usages d’un même espace - sportifs, agricoles, récréatifs - qui pose problème. Un autre domaine d’interrogation porte sur la capacité des êtres humains à apprécier l’environnement naturel. Est-elle innée ? Peut-elle être apprise ? Si l’on se partage parfois fondamentalement sur ces questions, tout le monde convient de la nécessité d’une éducation, particulièrement en direction des enfants et des ouvriers, pour raffiner les mœurs anglaises et répandre dans la population le goût et le respect des espaces verts. Vacances, cours du soir, manuels d’histoire naturelle, randonnées organisées, musées, tout est mis à profit pour mener à bien cette tâche. Celle-ci semble d’autant plus nécessaire qu’une dernière aporie semble à même de paralyser le mouvement environnemental : faut-il préserver certains lieux pour le peuple, ou du peuple ? Car on se rend compte bien vite que la fréquentation massive de certains espaces par une population devenue avide de ce type de délassement peut menacer à terme ces mêmes endroits. Ce problème s’avère d’autant plus ardu que certains habitants locaux - dans le Domaine des Lacs, par exemple - sont prêts à courir ce risque au nom du développement économique de leur région, et n’hésitent pas à s’opposer aux défenseurs de l’environnement, considérés en l’occurrence comme des outsiders.
Néanmoins, le débat le plus lourd de conséquences concerne le type d’avenir que l’on souhaite offrir à l’Angleterre. Une ligne de fracture traverse ainsi bien vite l’ensemble du mouvement, autour de l’acceptation ou non de la civilisation industrielle née à la fin du XVIIIe siècle. Les plus modérés et réalistes l’acceptent pleinement, et cherchent seulement à l’amender par leur action, laquelle rencontre dès lors un succès réel ; les plus utopistes, au contraire, refusent absolument une telle compromission avec un âge qu’ils jugent, en son fondement même, destructeur pour l’humanité de l’homme, et appellent au retour à un âge d’or rural largement idéalisé. Cette distinction nous semble tout à fait centrale pour bien situer le combat environnemental dans son temps. Certains historiens, parmi lesquels Peter Mandler par exemple, ont voulu minimiser le rôle des défenseurs de l’environnement, en ne voyant en eux qu’un groupe de marginaux réfractaires à toute modernité et isolés dans une société largement acquise au progrès. Or, si cela est vrai du groupe des utopistes, on ne peut l’affirmer lorsqu’on considère les modérés, parfaitement intégrés à un système social et politique qu’ils dominent largement, et qu’ils parviennent à influencer pour arriver à leurs fins environnementales.
En outre, ces deux groupes font preuve en leur sein d’une relative diversité. Les modérés, qui réunissent toutes les associations de protection de la nature dont nous avons parlé, sont unis par des liens géographiques, amicaux, familiaux parfois, par une idéologie partagée, et par une appartenance commune aux classes moyennes et supérieures. Pourtant, des clivages sont sensibles, ouvrant tout un éventail d’attitudes, allant du libéralisme radical de la CPS, qui intervient essentiellement dans le domaine légal, au sentimentalisme de la Selborne Society, plus soucieuse d’éducation et d’information. Des tensions ne manquent pas de surgir entre ces diverses associations, même si elles sont généralement tues ou cachées. La Kyrle Society et la MPGA ont ainsi entretenu des rapports tendus, tandis que la CPS a plutôt retardé que favorisé la création du National Trust. Toutefois, malgré ces divisions, c’est l’union qui prévaut, ne serait-ce que pour s’assurer de faire front commun dans les combats toujours nombreux qu’il faut mener.
Quant aux utopistes, ils sont en un sens plus dispersés, puisqu’ils ne s’organisent qu’autour de quelques figures charismatiques : John Ruskin, fondateur de la Guilde de St George, William Morris, auteur des News from Nowhere, Edward Carpenter, maître à penser de toute une mouvance anarchiste et incarnation du rejet des valeurs victoriennes, ou Robert Blatchford, créateur du journal The Clarion, et théoricien d’un socialisme sentimental qui lui vaut, un temps, les faveurs de la classe ouvrière anglaise.
Entre ces deux groupes, séparés par un fossé idéologique clair et nettement défini, des passerelles existent. Certains parcours individuels, comme ceux de William Morris, de Thomas Hughes ou même d’Edward Carpenter brouillent quelque peu les repères et semblent osciller d’un monde à l’autre. Plus fondamentalement, l’expérience des cités-jardins paraît réunir, dans son inspiration, des héritages à la fois utopistes et réformistes. L’idéal proposé par Ebenezer Howard est aussi remarquable en ce qu’il souhaite offrir une réponse viable au déchirement entre l’homme et la nature qui a tant traumatisé l’Angleterre du XIXe siècle.
Emergence et rôle de la photographie dans la littérature espagnole de 1839 au début des années 1870
Samedi 13 novembre
14 h
Institut d’études ibériques, salle Delpy
31, rue Gay Lussac
75005 Paris
Mme Corinne CRISTINI soutient sa thèse de doctorat :
Emergence et rôle de la photographie dans la littérature espagnole de 1839 au début des années 1870
en présence du Jury :
M. LAKHDARI (PARIS IV)
M. RALLE (PARIS IV)
M. TENA (MONTPELLIER III)
M. TERRASA (AIX-MARSEILLE I)
Enseignement de la musique traditionnelle à l’école aujourd’hui - Approche historique et application de terrain à travers l’exemple de l’enseignement du Galoubet
Lundi 3 octobre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Kyoko YOSHIZAWA soutient sa thèse de doctorat :
Enseignement de la musique traditionnelle à l’école aujourd’hui - Approche historique et application de terrain à travers l’exemple de l’enseignement du Galoubet
En présence du Jury :
M. MIALARET (Paris 4)
Mme ALTEN (Paris 4)
M. GOSSELIN (Tours)
M. BOUDINET (Paris 8)
Enseignement musicologique et cognition musicale
Jeudi 1er décembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. François MADURELL son Habilitation à diriger les recherches :
Enseignement musicologique et cognition musicale
En présence du Jury :
Mme PISTONE (Paris 4)
M. BILLIET (Paris 4)
M. CASTANET (Rouen)
M. GOSSELIN (Tours)
M. MIALARET (Paris 4)
M. VECCHIONE (Aix-Marseille 1)
Entre élégie et épopée, l’oeuvre ovidienne
Samedi 6 décembre
13 heures 30
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Anne VIDEAU soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Entre élégie et épopée, l’oeuvre ovidienne
en présence du Jury :
M. BARATIN (LILLE III)
Mme DANGEL (PARIS IV)
M. DEREMETZ (LILLE III)
Mme GALAND-HALLYN (PARIS IV)
M. LAURENS (PARIS IV)
M. LEVY (PARIS IV)
M. WOLFF (PARIS X)
Entre ciel et terre.Exègèse, symbolique et représentations de la pendaison de Judas Iscariote au Moyen-Age (XIIe-XIVe siècles)
Mardi 12 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Centre Roland Mousnier, Esc. G, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Anne LAFRAN soutient sa thèse de Doctorat :
Entre ciel et terre.Exègèse, symbolique et représentations de la pendaison de Judas Iscariote au Moyen-Age (XIIe-XIVe siècles)
En présence du Jury :
M. BOUREAU (EHESS)
Mme CROUZET-PAVAN (PARIS 4)
Mme LECLERQ (PARIS 4)
M. LONGERE (CNRS)
M. SOT (PARIS 4)
Résumés :
Épisode anecdotique du Nouveau Testament, la pendaison de Judas s’est imposée dans la tradition
patristique comme un thème récurent. Au Moyen Âge, le suicide est condamné comme péché par l’Église et
comme crime par les pouvoirs civils ; il est un tabou, qui n’a pas encore de nom. Le suicide de Judas, au
contraire, parce qu’il est symbolique et exemplaire, est commenté, interprété et représenté. Il témoigne de
l’hostilité généralisée des mentalités médiévales face à la mort volontaire, la « male mort », mais aussi de la
stigmatisation de ceux qui se sont désolidarisés du corps social et des valeurs chrétiennes et qui sont voués à la
même mort que Judas, perçue non plus comme suicide mais comme châtiment.
Cette étude se propose d’explorer les représentations, les interprétations du suicide de Judas et leur
déclinaison et de montrer comment ce thème sert, au-delà de la condamnation du suicide, l’effort de
normalisation de la société, la construction des pouvoirs civils, la montée de l’antisémitisme, tout en témoignant
aussi d’une meilleure connaissance de l’intériorité, caractéristique de l’Humanisme médiéval.
Judas’ hanging, anecdotal episode from the New Testament, asserted itself as a recurrent topic in
patristic tradition. During the Middle Age, suicide is reproved as a sin by the Church and as a crime by civil
authorities ; it is a yet nameless taboo. On the contrary, Judas’ suicide, because it is symbolic and exemplary, is
annotated, interpreted and pictured. It shows general hostility from medieval mentalities towards self-willed
death, the “male mort”, as well as stigmatization of those who have dissociated from social entity and Christian
moral values and who are doomed to the same death as Judas, not anymore considered a suicide but a
punishment.
The present study has in view to explore Judas’ suicide pictures, interpretations and their declensions
and to point out how this topic serves, beyond suicide’s condemnation, the society normalisation effort, the civil
authorities’ construction, the anti-Semitism rising, while showing a better knowledge of interiority, characteristic
of medieval Humanism.
Position de thèse :
Jamais Judas n’a autant été d’actualité. La « découverte » de l’ Évangile de Judas et sa
publication dans le National Geographic en est sans doute le fleuron. Cet événement est à la
fois fondateur et révélateur, car les publications qui se multiplient ces derniers mois ne suivent
pas seulement l’actualité éditoriale et scientifique, mais aussi un « air du temps ». En effet,
l’intérêt actuel que l’on porte à Judas est né avant tout de la nécessaire réévaluation de cette
figure aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Les publications se sont alors
multipliées, plus littéraires, philosophiques, ou théologiques, qu’historiques. Depuis 1945,
l’historiographie s’est néanmoins intéressée à Judas comme figure du Juif ou du Bouc
émissaire, mais dans une perspective trans-historique. Pour la période médiévale, les angles
d’approche et les problématiques ont aussi changé, comme en témoignent la majorité des
contributions, éditées ces dernières années dans les revues spécialisées.
La mort de Judas a, quant à elle, peu été étudiée de manière systématique et
approfondie, victime sans doute du tabou, qui toucha aussi pendant longtemps l’histoire du
suicide. Ce sont les iconographes qui les premiers levèrent l’interdit en se penchant sur ses
représentations, non plus dans une perspective exégétique, comme le faisait l’historiographie
ancienne, mais comme témoin des mentalités. C’est dans cette approche que nous voulons
nous situer en étudiant les représentation, les déclinaisons et les interprétations de la mort de
Judas et ce qu’elles révèlent sur les sociétés occidentales des XIIe-XIVe siècles.
Curieusement, la mort de Judas n’est évoquée que deux fois dans le Nouveau
Testament. Le remords du traître et son suicide n’apparaissent ni dans l’Évangile de Marc, ni
dans celui de Luc, ni dans celui de Jean, qui n’a pourtant de cesse de présenter l’apôtre félon
sous un mauvais jour. Quant aux deux sources néo-testamentaires, elles ont longuement prêté
à discussion, car elles ne sont pas concordantes et semblent même représenter deux traditions
indépendantes : en effet, tandis que Matthieu décrit indéniablement un suicide par pendaison
(Mt 27, 3-8), les Actes rapportent une mystérieuse éviscération (et suspensus crepuit medius,
Actes 1, 18) dont les causes ne sont guères explicites et qui n’implique pas forcément le
suicide. De fait, cet épisode anecdotique de la mort de Judas, relaté de façon marginale et sous
des versions différentes chez Luc et Matthieu, s’est pourtant imposé dans la genèse du
christianisme et par la suite dans la tradition patristique. Par delà la nécessité sotériologique
d’un traître, il existe donc une nécessité du suicide et du châtiment de ce traître. Cette mort
infâme appartient à la logique de la rétribution : repentir avorté, elle atteste la vérité et la
divinité du Christ ; châtiment, elle illustre de manière éclatante l’immanence de la justice
divine ; mort sans fin, car elle mène à la damnation, elle apparaît aussi comme l’envers de la
victoire du Christ sur la mort. Dès les origines, la mort de Judas apparaît donc comme un
épisode nécessaire et fondateur du christianisme.
À partir du XIIe siècle, le personnage de Judas connaît une popularité sans précédent,
sans doute parce qu’il entre massivement dans la culture profane par le biais de la légende,
mais aussi parce que la figure est réinvestie par les préoccupations du moment : normalisation
de la société, construction des pouvoirs temporels, lutte contre les déviances, montée de
l’antisémitisme. Il s’inscrit aussi dans le renouveau d’une dévotion tournée vers l’Humanité
du Christ et sa Passion, dans l’exaltation de la pauvreté ranimée par les ordres mendiants à
partir du XIIIe siècle et la pédagogie de la confession et de la bonne mort dispensée par
l’Église aux XIIIe et XIVe siècles. Le suicide du traître, symbolique de la double atteinte qu’il
porte au divin et au pouvoir, prend une importance particulière à une époque où le lien social
est cimenté par la fides. Son prénom devient au XIIIe siècle un substantif et son baiser une
expression proverbiale. Judas, parangon du traître, symbolise les ennemis les plus dangereux
du corps social : les félons, les ennemis de l’intérieur, que l’on voue à la même mort que
Judas, archétype de la mort ignoble et inquiétante. Inquiétante, car au-delà de l’argument
augustinien du « non occides », elle est un péché contre la charité que chacun se doit à soimême,
péché d’injustice contre la société à laquelle l’homme appartient et péché sacrilège
vis-à-vis de Dieu qui donne la vie. La condamnation de Thomas d’Aquin est partagée par
toute la société : le suicide est un crime, le désespoir un péché et le suicidé un damné.
L’évocation de la mort de Judas sert donc une double cause : la stigmatisation de ceux qui
choisissant la mort, se sont désolidarisés du corps social, mais aussi la pastorale de la bonne
mort, invitant les croyants à se repentir, et à se confesser , pour éviter la damnation éternelle.
Le suicide de Judas, c’est la rencontre de deux tabous et elle n’est pas fortuite : le pire des
pécheurs meurt de la mort la plus détestable qui soit. Une des questions majeures et
problématiques de notre travail est de mesurer l’importance des deux thèmes : le suicide est-il
condamné, parce qu’il est la mort de Judas ou bien Judas est-il d’autant plus condamné qu’il
s’est suicidé ? Quelle est la place de Judas dans la condamnation du suicide ? Et vice-versa,
comment s’inscrit le suicide dans le réquisitoire contre Judas ?
Par ailleurs, les représentations de la mort de Judas changent au tournant du XIIIe
siècle, intégrant de plus en plus souvent l’éviscération rapportée dans les Actes : ces
changements révèlent sans doute un changement profond dans la perception du suicide, mais
aussi de Judas, dont l’image se dégrade au cours de notre période. À quoi correspondent ces
représentations dans l’inconscient collectif ? Que nous révèlent -elles des mentalités et des
pratiques ? Pourquoi et comment les interprétations et les formes de la pendaison se
modifient-elles pendant notre période ? Au service de quoi ou de qui ?
Au détriment de l’exhaustivité, j’ai pris le parti d’une étude transversale des
représentations de la pendaison de Judas, au carrefour de sources ecclésiastiques aussi
diverses que les commentaires exégétiques, les traités doctrinaux, les sommes et opuscules,
les sermons, les homélies, les exempla, sans négliger l’iconographie et la littérature, où je me
suis limitée au domaine religieux, privilégiant les légendiers, les miracles, les premières
Passions. Une étude complémentaire de certaines sources juridiques, concernant le suicide,
l’exécution des traîtres, mais aussi les actes de donation ou héritages, souvent protégés par des
formules comminatoires rappelant la mort de Judas, l’étude systématique des mentions
cursives se rapportant à sa mort dans la littérature épique, les chroniques et même la littérature
courtoise, où les héros sont toujours cernés par des traîtres et où la mort est toujours élevée en
modèle, aurait apporté un éclairage intéressant à l’étude. J’ai cependant privilégié les sources
religieuses, où le motif est plus récurrent, aussi parce qu’au Moyen Âge, la religion est plus
que jamais la « manière de penser propre à l’être collectif. »
Judas s’est-il bien suicidé ? Dans le Nouveau Testament, la mort de Judas est déjà
présentée comme l’accomplissement des Écritures ; au Moyen Âge, cette prédestination est
renforcée par l’exégèse et la légende. Le suicide de Judas s’inscrit donc dans une réflexion
théologique et philosophique sur le libre arbitre. Est-on libre de se tuer ? Peut-on penser
même cette liberté ? Cette question s’inscrit dans le conflit entre la pensée déterministe et
l’émergence d’une nouvelle conscience de l’autonomie humaine à partir du XIIe siècle. C’est
tout le problème de la responsabilité de Judas qui se joue ici et qui fait l’objet de notre
première partie.
Nous présenterons dans un premier temps un aperçu des mécanismes de cette pensée
déterministe, teintée d’augustinisme et de néoplatonisme et nous verrons comment elle
s’applique à Judas. Ce dernier est la victime d’un Fatum, une parole fatale, qui n’est autre que
l’accomplissement des Écritures. Son « destin » y est inscrit : dans le Nouveau Testament,
avec la malédiction christique, mais aussi dans les prophéties de l’Ancien Testament (Jérémie,
Zacharie ou le psaume 108) et les correspondances typologiques (Caïn ; Ahitophel) et enfin
avec son nom même dont l’étymologie annonce la trahison et la mort. Cette prédestination
« savante » est renforcée par le fonds légendaire, en particulier la légende oedipienne apparue
au XIIe siècle et popularisée au XIIIe par Jacques de Voragine. Sa naissance sous le signe de
la prophétie et le récit incestueux, recours fréquent de l’hagiographie médiévale, ancre son
destin et sa malédiction dans la corporéité, faisant de lui un pécheur naturel. Ce destin ne peut
alors s’achever que dans une mort exemplaire et par la destruction du corps. La prédestination
pose pourtant problème aux docteurs de l’Église : Dieu peut-il prédestiner au Mal ? La
Providence dont le but final est le Salut universel peut-elle vouloir le péché ? Les Pères de
l’Église, jusqu’à Augustin, répondent par la négative. Avec la redécouverte de l’Éthique
d’Aristote au XIIIe siècle, la liberté devient plus que jamais le fondement absolu de toute
morale. Ainsi, même si tout concourt à prédestiner Judas à la trahison et au suicide, à le
déposséder donc de sa propre mort, les clercs défendent le principe de libre arbitre et donc la
responsabilité de Judas.
Mais leur effort est concurrencé par la croyance en un Diable tout puissant. Dans le
cas du traître, l’emprise démoniaque est d’autant plus forte que Judas a été possédé (Lc 22, 3 ;
Jn 13, 12 ; Jn 13, 26), ce qui pose bien des problèmes d’interprétation. Si l’intervention de
Satan ne concerne à l’origine que la trahison, dès l’époque patristique et plus encore au
Moyen Âge, le Diable intervient activement dans l’épisode du suicide. Celui-ci n’apparaît
donc pas comme une mort volontaire, mais comme un piège diabolique, comme le racontent
de nombreux exempla et légendes médiévales. Le rôle du Malin est particulièrement
manifeste dans l’iconographie, où des démons apparaissent, tirant la corde à partir du XIIIe
siècle ou extirpant l’âme de Judas à partir du XIVe. L’apôtre déchu apparaît donc sous une
triple emprise (Dieu, le Destin et le Diable), victime de forces obscures qui le dépassent et le
manoeuvrent et qui font l’objet de notre première partie.
La mort est un miroir : on meurt comme on a vécu. Aussi la mort de Judas apparaîtelle
dans la littérature ecclésiastique comme la « male mort ». Deux tendances (qui parfois
cohabitent) se dessinent alors : l’une inspirée de la tradition johannique, présente Judas comme
un personnage foncièrement mauvais et son suicide comme l’aboutissement d’un processus
peccamineux et mortel, l’acmé du péché ; l’autre fait du suicide le fruit du désespoir et le pire
des péchés. Dans les deux cas, il apparaît comme une mort archétypale, un châtiment auquel
on voue tous les pécheurs. Le réquisitoire contre Judas se décline alors en quatre arguments
principaux :
-L’argument moral : la cupidité, véritable racine du mal, entraîne derrière elle une
kyrielle de péchés qui aboutissent au suicide. La figure de Judas est associée à celle du
simoniaque ou de l’usurier et sa mort est présentée comme le châtiment de l’Avarice, qui
détrône l’Orgueil à la tête des sept péchés capitaux à partir du XIIIe siècle.
L’argument politique : comme prototype du traître, faux ami et faux disciple, Judas a
une signification politique évidente. Il est le félon que redoutent les sociétés féodales et les
royautés en voie d’élaboration (d’autant plus sacrilège au XIIIe siècle que se construit la
notion de Royauté sacrée sur le modèle du Christ). Judas apparaît comme le contrepoint
absolu des valeurs chevaleresques et courtoises et sa mort, comme un châtiment mérité et une
mort honteuse, antithèse de la mort du héros.
L’argument psychologique : le remords de Judas apparaît chez Matthieu (27, 3-4)
sous la forme d’une confession : « Judas qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, fut pris
de remords (poenitentia ductus) et rapporta les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux
anciens : « J’ai péché, dit-il, en livrant un sang innocent. » Or, il y a une ambiguïté
fondamentale sur le terme même de pa(o)enitentia : le mot qualifie souvent au Moyen Âge
le repentir proprement dit, qui implique la possibilité d’un rachat, mais aussi le remords,
forme exacerbée du désespoir. La logique du remords mène au désespoir et la logique du
désespoir, c’est le suicide ! De nombreux auteurs expliquent, de façon parfois très subtile, ce
qui distingue le remords du repentir et affirment très souvent à cette occasion que Judas
aurait pu être pardonné s’il n’avait pas désespéré de la miséricorde de Dieu. Le suicide
apparaît donc ici, non plus comme l’aboutissement logique d’une vie de péchés, mais comme
le pire des péchés, le péché irrémédiable, irrévocable.
L’argument théologique : en renonçant à la vie et en rejetant le don de Dieu fait à
l’homme, Judas commet le pire crime de la hiérarchie peccamineuse : le péché contre l’Esprit,
un péché qui associe Judas, ainsi qu’une majeure partie des suicidés, à l’« insipiens » du
psaume 52, le fou, l’incroyant, qui « a dit en son coeur : Plus de Dieu ! » (Ps 52, 1). La figure
de Judas flirte donc aussi avec l’athéisme et pose la question de l’incroyance médiévale,
écornant les conclusions de Lucien Febvre.
Cette seconde partie nous permettra d’étudier l’argumentaire contre le suicide,
l’analyse de ses causes, que l’Occident médiéval place autant dans la catégorie morale que
psychologique, et le système de valeurs que sous-tend cette réprobation et dont Judas incarne
l’opposé.
La pendaison de Judas apparaît donc le plus souvent comme une mort « méritée », un
juste châtiment. La forme même de son suicide (une pendaison), les circonstances qui
l’accompagnent (l’éventration), la damnation éternelle qui s’en suit, en font davantage une
exécution qu’une mort volontaire. Bien plus qu’un châtiment, la mort de Judas apparaît
comme la mort au sens chrétien du terme, la mort spirituelle, la mort sans fin, la damnation.
C’est à cette mort que l’on voue au Moyen Âge tous les déviants, les ennemis de l’Église et de
la société, en particulier les Juifs dont le sort ne cesse de s’aggraver au cours du XIIIe siècle.
Judas, figure du bouc émissaire, joue à ce titre un rôle essentiel comme archétype.
Sur le plan iconographique, la représentation du suicide est un tabou hier comme
aujourd’hui. Néanmoins le suicide de Judas acquiert de plus en plus de visibilité au cours du
XIIIe siècle et surtout du XIVe siècle et connaît une évolution très nette dans ses formes. En
effet, ce dernier est de plus en plus souvent représenté éviscéré selon la tradition des Actes. Ce
n’est donc pas la mort volontaire qu’on a voulu figurer mais la déchéance, l’obscénité,
l’infamie d’un corps déchu. Le châtiment divin vient ainsi couronner le suicide, comme si
Dieu voulait marquer du sceau de sa justice celui qui, sacrilège, s’est rendu justice lui-même.
Le châtiment se poursuit éternellement en enfer, où Judas apparaît au Moyen Âge
comme figure du damné. Les sources évangéliques ainsi que les premiers Pères explicitent
peu ce châtiment post mortem et son séjour dans la Géhenne est un long processus de
maturation nourri des apocryphes et des croyances populaires. Nous suivrons alors les pas de
saint Brendan sous la conduite du poète Benedeit, de Dante, d’autres protagonistes de
« migratio animae » et d’artistes, qui dans leur Jugement dernier, représentent fréquemment
Judas. Son cas nous invite aussi à nous interroger sur les notions de Justice et de Miséricorde
divines. Cette dernière étant infinie, Judas ne pourrait-il être pardonné à la fin des temps ?
Après tout, Judas s’est repenti et pourrait être, dans une certaine mesure, digne de pitié. Dès
l’époque patristique, certains, comme Origène, suggèrent que la bonté infinie de Dieu peut
tout laisser espérer. Cette doctrine optimiste de la justice divine sera condamnée par les
grands conciles du VIe siècle, mais l’idée d’une réconciliation universelle survivra. Au Moyen
Âge, on retrouve très souvent l’idée de la mitigation des peines de l’enfer, dont même Judas
bénéficie, signe d’une certaine pitié envers le plus grand des pécheurs. Mais Judas a cristallisé
sur lui trop de peurs, de frustrations et de haines : archétype du pécheur, portant lui aussi,
d’une certaine manière, tous les péchés du monde, il incarne paradoxalement une autre figure
de bouc émissaire. Il cumule tous les signes victimaires établis par René Girard et touche au
mythe, parce qu’il est unanimement tenu pour coupable. La mise en scène de sa mort participe
d’un rituel de purification, d’expiation ; en rappelant que la justice immanente existe, elle
appartient à la logique de rétribution chère aux mentalités judéo-chrétiennes : les méchants
seront punis et l’ordre sera rétabli. Judas, c’est celui qu’on expulse de la communauté, comme
le corps du suicidé loin du cimetière. À partir du XIIIe siècle, l’évolution des représentations
du suicide de Judas n’est donc pas sans rapport avec la persécution des minorités et
particulièrement la montée de l’antisémitisme. Le psaume 108, considéré comme la
« prophétie de Judas », lui donne comme descendance le peuple juif : il en est le père déicide,
mais parfois aussi la personnification. L’errance et la persécution des Juifs sont comprises
comme un juste châtiment, mais également comme la conséquence du péché de Judas. Quel
rôle a joué la mise en scène de sa mort aux tympans des églises et dans les premières
Passions ? Son physique qui le distingue des autres apôtres à partir de la fin du XIIIe siècle ?
Sa légende incestueuse qui ancre le peuple juif dans une faute originelle monstrueuse ? La
violence symbolique dont il fait l’objet et qui s’accroît au cours de notre période a-t-elle
annoncé les persécutions futures ? À l’occasion de cette troisième partie, nous rentrerons
dans le domaine de la mise à mort de Judas proprement dite, de ce qu’elle éveille de
fascination et de dégoût, de ce qu’elle révèle des peurs et des interdits des mentalités
médiévales. En transformant son suicide en châtiment, l’Occident a éradiqué le mal incarné
par l’inquiétante figure de Judas, en le mettant paradoxalement au service de l’ordre qu’il a
transgressé.
Entre culture du silence et culture de l’oubli. Fulvio Tomizza (1935-1999) l’homme du doute
Lundi 11 décembre 2006
9 heures
A Malesherbes, Salle S322
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
M. Maurice ACTIS-GROSSO soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Entre culture du silence et culture de l’oubli. Fulvio Tomizza (1935-1999) l’homme du doute
En présence du Jury :
M. CASSAC (NICE)
M. FABIANO (PARIS 4)
M. GHIDETTI (FLORENCE)
M. LIVI (PARIS 4)
M. MUSARRA (UNIVERSITE)
Entre l’État et le marché, Desmarais Frères et la politique pétrolière de la France : de 1861 à 1974 : de l’entreprise familliale à l’entrée dans la CFP
Vendredi 18 novembre 2005
13 heures
À la Maison de la Recherche
D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mohamed SASSI soutient sa thèse de doctorat :
Entre l’État et le marché, Desmarais Frères et la politique pétrolière de la France : de 1861 à 1974 : de l’entreprise familliale à l’entrée dans la CFP
En présence du Jury :
M. BARJOT (Paris 4)
M. BELTRAN (CNRS)
M. CASSIS (Grenoble 2)
M. DARD (Metz)
M. SEURETO (Florence)
M. L’HUILLIER
Résumés
A travers l’exemple de la compagnie familiale Desmarais Frères (1861-1965), l’on assiste dès 1924 à la coexistence de l’entreprise familiale et de la grande entreprise pétrolière moderne (la CFP-Total). C’est à partir de ce paradoxe que la présente thèse tente de retracer le développement de l’industrie pétrolière française en insistant sur diversité de l’histoire, des objectifs fixés et des moyens mis en œuvre. L’approche environnementale adoptée dans cette recherche vise à analyser les différents facteurs internes (personnel, patronat, structure organisationnelle, etc.) et externes, liés au développement d’une industrie (intervention étatique, développement de la technique, concurrence, etc.). Devant les contraintes propres à l’industrie pétrolière et la nécessité de l’intégration verticale, l’on peut apercevoir comment une complémentarité s’impose entre la grande entreprise semi-publique et l’entreprise privée.
Through the example of the family company Desmarais Frères (1861-1965), one attends since 1924 the coexistence of the family company and the large modern oil company (the CFP-Total). Starting from this paradox, this study tries to recall the development of French oil industry while insisting on diversity of the history, the laid down objectives and the means set up. The environmental approach adopted in this research aims at analyzing the various internal factors (employees, employers, organisational structure, etc.) and external ones, related to the development of an industry (State intervention, development of technique, competition, etc). Facing constraints linked to oil industry and the need for vertical integration, we have the example of how a complementarity between the large semi-public company and the private company is essential.
Position de thèse
L’industrie pétrolière est peut-être la première industrie mondiale. Le pétrole reste le produit stratégique numéro un, où l’intervention étatique est une quasi-nécessité. Elle l’est pour les Etats, en l’absence de grandes compagnies mondiales établies sur leur sol. Cela signifie que très tôt dans l’économie pétrolière le modèle de l’entreprise familiale est condamné. Or, l’histoire française offre l’exemple de Desmarais Frères, une entreprise pétrolière atypique née avec le début du pétrole et restée familiale jusqu’en 1965.
C’est à partir de ce paradoxe que la présente thèse tente de retracer le développement de l’industrie pétrolière française. La problématique centrale concerne les rapports entre la compagnie privée et l’Etat notamment depuis la création de la Compagnie Française des Pétroles (CFP) en 1924. L’étude couvre la période allant de 1861 à 1974. L’approche environnementale adoptée dans cette recherche vise à analyser les différents facteurs internes (personnel, patronat, structure organisationnelle, etc.) et externes, liés au développement d’une industrie (intervention étatique, développement de la technique, concurrence, etc.).
Trois périodes chronologiques serviront de cadre aux trois grandes parties de cette étude, de façon à bien mettre en valeur les stratégies des différentes compagnies françaises étudiées, Desmarais Frères d’une part et la CFP de l’autre. La période de 1861 à 1918 concerne la stratégie de Desmarais Frères avant l’intervention massive de l’Etat et devant l’incapacité de faire face à l’offensive d’une compagnie géante, la Standard Oil américaine. La période de 1919 à 1945 correspond à un cycle complet dans le développement de l’industrie pétrolière française : d’une reconstruction pétrolière accélérée et réussie à une guerre totale, que reste-t-il des efforts publics et privés ? Une dernière période, enfin, va de la restructuration à l’intégration totale de l’industrie pétrolière, avec la fusion CFP/Desmarais Frères et ses résultats. Elle englobe la période allant de 1945 à 1974, date de la première crise pétrolière.
Première Partie (1861-1918)
DESMARAIS FRÈRES : L’ENTREPRISE PÉTROLIÈRE PRIVÉE FACE À UN ENVIRIONNEMENT HOSTILE
Cette première période est marquée par la défaillance française en matière pétrolière ; pourtant, l’on ne peut nier la présence des efforts des entreprises nationales privées dans ce secteur. La situation semble paradoxale et nécessite une lecture environnementale qui va au-delà de la simple analyse structurelle. La stratégie d’une compagnie privée telle que Desmarais Frères ne peut être étudiée en dehors d’une lecture de la stratégie pétrolière internationale. L’intérêt de cette approche est qu’elle permet d’étudier, dans une perspective historique et théorique, les axes stratégiques de la politique concurrentielle de la compagnie française. Son rôle peut ainsi se définir au sein de l’industrie pétrolière. La rupture de la guerre de 1914-1918 représente une « métamorphose stratégique » pour l’entreprise dans la mesure où son action dépend plus de la politique de l’Etat que de l’action de la concurrence.
Deuxième Partie (1919-1945)
L’ÉMERGENCE D’UNE INDUSTRIE PÉTROLIÈRE FRANÇAISE
Au sortir de la Première Guerre mondiale, sont présents tous les ingrédients d’une politique pétrolière réussie. Récupérant la part allemande dans la TPC (23,75%), le gouvernement met en place les différents mécanismes pour la mise en place d’une industrie pétrolière. A partir de 1920, s’engage un programme visant à diminuer la dépendance de la France vis-à-vis de l’étranger. Puis, dès 1924, la Compagnie Française des Pétroles est créée autour d’un noyau dur formé par quelques groupes privés, dont Desmarais Frères. Cet événement sera suivi par le vote d’une loi favorisant le raffinage français (1928) et la création de la Compagnie Française du Raffinage (1929).
La période 1923 à 1931 est celle pendant laquelle se décident les différentes stratégies des compagnies françaises. Les années 1930 constituent, en revanche, celles de l’expansion et des investissements intensifs notamment avec l’arrivée en grandes quantités des pétroles du Mossoul (en Irak), pour ce qui concerne la CFP. C’est l’époque de la mise en place d’une stratégie de marché pour Desmarais Frères avec le développement de la marque Azur. L’interruption provoquée par la Seconde Guerre mondiale (1939-1944) sera, dans une large mesure, à l’origine de ce qu’on appelle aujourd’hui « la stratégie mondiale du pétrole ».
Troisième Partie (1945-1974)
APRÈS LA SECONDE GUERRE MONDIALE : LES DÉFIS DE LA MODERNISATION
A l’issue de la guerre, commence alors une période d’expansion pour l’industrie pétrolière française. Grâce à un développement en amont (ouverture des gisements au Moyen-Orient) et l’arrangement institutionnel entre la CFP et Desmarais Frères se crée une complémentarité sur le marché français pour faire face à la concurrence. Toutes les conditions d’expansion se trouvent alors réunies. Tous les moyens de transport quotidiens utilisent plus ou moins le pétrole (automobiles, avions, navires, locomotives, etc.). Puis, bientôt arrive l’âge de la pétrochimie. Avec les dérivés du pétrole, on fabrique des milliers d’objets usuels (plastiques, produits pharmaceutiques, cosmétiques, disques, explosifs, etc.). La CFP diversifie son activité en amont et en aval. D’où la nécessité pour elle de contrôler un réseau de distribution mondial. C’est le moment puissant, inéluctable, irrésistible qui se trouve à l’origine de la grande fusion entre les deux plus grandes compagnies pétrolières françaises la CFP et Desmarais Frères.
Si pour la CFP la sauvegarde d’une capacité d’autofinancement était possible, il n’en allait pas de même pour les compagnies ayant la grande partie de leurs capitaux investis en France, telle que Desmarais Frères. D’où une divergence stratégique majeure, mais qui cache une certaine complémentarité. Très touchée par les destructions (la reconstruction prendra sans doute plus de temps), Desmarais Frères accorde désormais plus d’importance à la reconstruction et au développement de son réseau de distribution. La CFP, en revanche, attache encore plus d’importance à la progression des ressources en brut. Une stratégie d’investissement et de diversification des sources de production, durant toute la période des Trente glorieuses se trouve à l’origine de son épanouissement. La géostratégie et la diplomatie sont l’un des éléments clés dans cette analyse. S’ouvre en effet une course au pétrole, qui met face à face les grandes compagnies américaines et les traditionnelles compagnies européennes opérantes dans la région.
La stratégie de Desmarais Frères repose à la fois sur la dimension sociale et l’efficacité commerciale. La dimension sociale peut révéler des traditions françaises dans la gestion des ressources humaines. La permanence d’un management familial peut aussi se trouver à l’origine d’un management « paternaliste » permettant la stabilité d’une main-d’œuvre hautement productive. Dans un secteur de pointe comme celui du pétrole, les aspects commerciaux reflètent la capacité d’adaptation de la compagnie. Ils reflètent également ses capacités organisationnelles.
La fusion entre Desmarais Frères et la CFP en 1965 peut se donc se justifier. Un processus de rapprochement est entamé dès 1955. D’où la nécessité d’une forme ultime d’intégration permettant d’économiser des coûts de transaction (par rapport à la traditionnelle coordination par le marché entamée dès le milieu des années 1930). Elle offre une meilleure utilisation de l’effet « d’économies d’échelle » et de la mise en œuvre de relations contractuelles plus efficaces et moins coûteuses en information. Cette fusion repose tout à la fois sur une stratégie commerciale innovante et sur un haut degré de motivation du personnel lui-même entretenu par une culture forte d’institution.
Le succès de l’entreprise semi-publique demeure le produit de la rencontre de la stratégie d’une grande entreprise moderne, mais aussi d’une politique vigoureuse et cohérente de l’Etat français ainsi que son alliance avec les intérêts privés nationaux comme l’attente de la collaboration étroite de trois parties prenantes (l’Etat, la CFP et Desmarais Frères) depuis la prise de conscience du retard pétrolier de la France après la première guerre mondiale.
Episcopat et églises en Anjou au haut Moyen Age
Vendredi 18 février
14 h 30
Maison de la Recherche
Salle D040, RDC
28 rue Serpente
75006 PARIS
M. Guy JAROUSSEAU soutient sa thèse de doctorat :
Episcopat et églises en Anjou au haut Moyen Age
En présence du Jury :
M. BRUNTERCH (PARIS)
M. DUBREUQ (LYON III)
M. GUILLOT (PARIS IV)
M. LAURENSON-ROSAZ (LYON III)
M. OUDART (PARIS IV)
M. SASSIER (PARIS IV)
Erudition historique et philologique, orthodoxies religieuses
Mardi 25 novembre 2003
9 heures
Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Jean-Louis QUANTIN soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Erudition historique et philologique, orthodoxies religieuses et dissidences (XVIe-XVIIIe siècles).
en présence du Jury
Mme BACKUS (GENEVE)
M. BERCE (PARIS IV)
M. BRIGGS (OXFORD)
M. DOLBEAU (EPHE)
M. NEVEU (EPHE)
M. POUSSOU (PARIS IV)
Espaces fermés et mondes infinis : Savinio (1891-1952) surréaliste
Jeudi 7 juillet 2005
15 heures
Université de Padoue (Italie)
Mme Irène MAGON soutient sa thèse de doctorat en cotutelle :
Espaces fermés et mondes infinis : Savinio (1891-1952) surréaliste
En présence du Jury :
M. LIVI (Paris 4)
M. BORSETTO (Padoue)
M. GENOT (Paris 10)
M. RAMAT (Padoue)
Esthétique de la création verbale dans l’oeuvre poétique de Jules Supervielle
Jeudi 26 janvier 2006
A Tunis
Mme Neila KHOUJET EL KHIL GHARBI soutient sa thèse de doctorat en cotutelle :
Esthétique de la création verbale dans l’oeuvre poétique de Jules Supervielle
En présence du Jury :
M. MOLINIÉ (Paris 4)
M. ALI
M. DRISSA
M. GAHA
M. MARZOUKI
Résumés
Nous nous sommes donné comme objectif d’étudier dans cette thèse le procès de création superviellienne qui se définit d’abord comme une appropriation ludique du passé faisant du texte l’espace d’un travail sur les représentations collectives. La récriture distancée du discours collectif est de fait nécessaire à l’émergence de la parole du sujet, située au point de croisement entre le lieu commun et le désir singulier qui se cristallise dans l’image poétique. Le faire poétique superviellien met par ailleurs en scène l’expérience radicale d’une énonciation dont le caractère dialogique entame les frontières conventionnelles entre le sujet et l’objet, entre le je et le tu. Le poème théâtralise en effet la parole du sujet qui ne peut s’appréhender qu’en inscrivant l’Autre dans la configuration énonciative. Cette instance fondamentale peut s’incarner dans la figure du sujet-lecteur, double antinomique du sujet-scripteur, mettant en débat, par le mouvement réflexif de sa parole, le discours du créateur. Les manuscrits de Jules Supervielle nous font ainsi assister à l’inconnu du mécanisme de la production littéraire. L’énonciation poétique superviellienne ouvre à cet égard la voie secrète qui permet d’accéder aux « sentiers de la création », voie que devra alors emprunter le lecteur, qui apparaît comme un élément déterminant du texte superviellien, lui donnant existence et sens, étant en effet impliqué dans la configuration énonciative. Ce travail nous conduit ainsi au cœur de la scène poïétique superviellienne qui se définit à cet égard comme une dynamique traversée par une énonciation en acte.
The central statement of the dissertation is that Jules Supervilien’s poetic vein is essentially a playful re-appropriation of the past that transforms the text into a poetic space and parole destined to re-inscribe the collective representations and foci of universal culture. This distancing is a necessary stance for the subject to emerge at the criss-cross of both the collective substratum and the specific desire crystallized into poetic images. The poetic act displays the radical experience of a dialogy that explodes the conventional boundaries of subject and object, of the subjectvum, I, and alterity, You. Thus poems enact the parole of the subject that would only comprehend itself if it inscribes the Alter in its enunciative configuration. This fundamental enunciative moment may also be incarnated in the subject-reader, a yet another antinomic double of the subject- inscriber, who, by way of the reflexive character of his parole , disrupts the discourse of its author ; for Supervielle’s manuscripts draw us closer to the unknown of the secret ways and alleys of « poetic creation », which in turn are taken by the reader, an essential part of the Supervillian text, who gives it its existence before granting it a meaning ; as he too is a part of the enunciative configuration. Our investigation takes us to the heart of the Supervillian poetics, that metamorphoses the text into a living stage, transversed by the stronghold of the poetic line.
Position de thèse
L’œuvre poétique superviellienne porte en elle de fait l’unicité d’une voix singulière qui cristallise l’expérience du sujet créateur disant l’éclat et la fulguration d’un événement unique, celui de l’émergence de la parole poétique vécue comme une expérience originelle. La poésie superviellienne, véritable « fable du monde », s’inscrit à l’aurore d’une genèse, voyant la naissance au monde du scripteur, créateur de lui-même en ce qu’il crée, autre qu’il n’était grâce à l’épreuve de l’écriture, et créateur d’un univers ouvrant un horizon plus vaste dans le réel, une possibilité nouvelle, nullement fermée, toujours élargie. Accomplissant jusqu’aux plus lointaines limites, le parcours qui le mène à la rencontre de l’origine, le sujet superviellien profère à son tour le discours des commencements, non pas dans une répétition aliénante, mais dans une parole nouvelle, initiale, rejoignant par là-même le geste inaugural de la genèse. Aussi, le verbe superviellien dit-il conjointement l’implication ontologique du sujet créateur, l’énergie de l’énonciation accompagnant l’acte créateur et l’intensité de l’émotion suscitée par cette fécondité créatrice.
Le procès de création poétique apparaît ainsi chez Supervielle comme un acte total essentialisant de ce fait l’expérience de la temporalité en faisant dialoguer le passé, le présent et l’avenir. En effet, le faire superviellien se définit d’abord comme une appropriation ludique de l’origine faisant du texte l’espace d’un travail sur les représentations collectives et sur les lieux de la culture universelle. Le dialogue distancié que le poète établit avec les textes du passé détermine ainsi la démarche réflexive de l’écriture superviellienne : jouant avec les lieux de la culture collective et de la tradition, le poète rompt à ce titre avec le discours monologique et établit, à l’instar des écrivains de la modernité, le texte comme espace polysémique et ouvert, infini, non-fini, échappant à la maîtrise de l’accomplissement. Cette prise de distance est par ailleurs nécessaire à l’émergence de la parole du sujet, située au point de croisement entre le lieu commun et le désir singulier qui s’incarne dans un discours investi par une énergie au travail. Chez Supervielle, c’est l’image poétique qui condense en elle l’énergie de l’énonciation. Dramatisant la pensée du scripteur, l’image superviellienne construit des fictions poétiques qui sont de véritables potentiels sémantiques, rejoignant par leur irréalité et leur polysémie, l’essence du mythe et de la fable.
L’énergie de cette création en acte, témoignant du désir ontologique du sujet créateur, se manifeste en outre dans l’expérience radicale d’une énonciation qui entame les frontières conventionnelles du sujet s’affirmant non pas comme une entité close, éprise de son essence, mais comme un surgissement individuel de l’être qui ne s’éprouve et ne se reconnaît que par le regard qu’il porte et le geste qu’il dirige vers le dehors, vers cette extériorité qui loin de l’annuler, le confirme à travers l’autre que lui-même. Si forte est cette nécessité de se retrouver dans et par l’autre que le sujet superviellien crée l’instance réceptrice de son discours dans l’intimité d’un échange vivant qui met en place une fiction énonciative dont les deux protagonistes sont Moi et Autrui, cette autre figure du Moi, à la fois intime et étrangère, renvoyant au scripteur lui-même et aux « amis inconnus » parmi lesquels le lecteur semble incarner la figure emblématique. Intériorisée par le texte lui-même qui insère le destinataire dans le tissu poétique, cette instance fictive fonde l’écriture superviellienne comme échange, comme interpellation et don de soi. Le procès de l’énonciation superviellienne met ainsi en scène le sujet à l’épreuve du processus scriptural considéré de ce fait comme une dynamique. L’étude de l’invention verbale superviellienne et l’analyse génétique des avant-textes portant en eux les traces d’une énonciation en marche, nous permettront de mettre en évidence la validité des notions fondamentales de mouvement et d’activité, dans la définition du geste créateur superviellien. Loin d’être un système statique et figé, le poème superviellien apparaît alors comme l’actualisation d’un gestus complexe, traversé de formes et de forces conduisant le lecteur au cœur de l’état poétique et du désir créateur.
Allocutaire virtuel appelé à l’intérieur de la configuration énonciative, le lecteur participe ainsi à la dynamique du sens qui cesse d’être de ce fait stable et fermé, réductible à une seule interprétation, pour s’affirmer comme un champ de forces antagonistes, suscitant par le trajet qu’il ouvre sur le possible, la quête herméneutique du destinataire et sa jouissance esthétique. Le poème superviellien aménage en effet un lieu interférentiel, un espace liminaire, situant le discours entre le communicable et l’incommunicable, invitant le lecteur à pénétrer dans la zone sensible de la contradiction et du non-dit. Mis à l’épreuve par une dialectique de la parole et du silence, de la présence et de l’absence, de la figuration et de la défiguration, le lecteur se heurte alors au problème du sens et de l’interprétation. Le désir herméneutique du lecteur rencontre ainsi l’intensité liminaire du poème, l’oxymoron fondateur de l’énergie verbale superviellienne, et c’est de cette rencontre que naît le plaisir de la lecture et du texte.
Ainsi, le faire poétique superviellien apparaît comme un « faire être », il est en effet affirmation de présence, à la fois pour le scripteur qui se réalise en tant que sujet grâce à une parole inaugurale, engageant à nouveau un pari avec l’inconnu, et pour le lecteur dont la quête herméneutique est aussi aventure ontologique, expérience et lecture de soi.
L’interrogation de l’œuvre superviellienne du point de vue du faire créateur, de la production verbale et de l’invention, est justifiée par notre conception de la littérature comme un procès, comme une dynamique et un mouvement, orchestrés par la présence d’un énonciateur ayant une histoire et une culture qu’il inscrit dans son discours, faisant de l’œuvre une hétérologie, un carrefour où se croisent plusieurs voix, celle du passé et celle du présent, celle de la répétition et celle de la création, celle du sujet lui-même et celle de ses multiples avatars. Loin d’être prise en charge par un sujet transcendant, la poésie superviellienne révèle la présence d’un sujet labile, d’une instance instable, s’énonçant dans un discours qui dramatise toutes les scissions intérieures du Moi. Cette mobilité du sujet qui se présente comme une puissance d’interrogation fonde le texte poétique comme une productivité, comme une pratique signifiante, ouverte à la pluralité sémantique et à diverses possibilités d’interprétation. La poésie de Jules Supervielle porte en elle ainsi une altérité intrinsèque qui se manifeste à la fois par les différents discours qui la traversent, mais aussi par les diverses postures énonciatives qui l’organisent et enfin par la présence tacite et ultime du lecteur dont l’acte de lecture assure le devenir-œuvre du texte.
Esthétique et poétique dans l’espace germanophone (1750-1914)
Mardi 30 novembre
14 h
Auditorium de l’Institut Finlandais
60, rue des Ecoles
75005 PARIS
Mme Florence BANCAUD GUILBERT soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Esthétique et poétique dans l’espace germanophone (1750-1914)
en présence du Jury :
M. BANOUN (TOURS)
M. COLOMBAT (PARIS IV)
M. HEITZ (METZ)
M. VALENTIN (PARIS IV)
M. ZSCHACHLITZ (AIX-MARSEILLE I)
Etat de la Jéliya Malinké au Mali et en France et ses conditions modernes d’exercice
Vendredi 20 janvier 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Caroline HOULBERT soutient sa thèse de doctorat :
Etat de la Jéliya Malinké au Mali et en France et ses conditions modernes d’exercice
En présence du Jury :
M. CHEVRIER (Paris 4)
M. BLACHERE (Montpellier 2)
MME CHIKHI (Paris 4)
Résumés
Depuis le choc de la colonisation, le "triomphe" des valeurs occidentales oblige les griots malinké d’Afrique de l’ouest à se repositionner vis-à-vis d’une société fragmentée qui tend à contester l’utilité des repères traditionnels. Dès lors, se pose la question de leur statut et de leur légitimité. Structurée en deux grands points, cette thèse se propose de déterminer ce qu’il reste aujourd’hui du rôle des griots, non seulement au sein de leur contexte socio-culturel mais également en situation de migration, dans un contexte urbain, changeant et multiculturel. Le premier volet, attentif à saisir les griots dans leur "quotidien" ou "réseau" social traditionnel, est exclusivement réservé à l’étude des griots malinké vivant et "exerçant" au Mali. Le deuxième volet traite quant à lui, de ces griots déracinés, qui, désireux de "tenter leur chance", sont partis à la conquête du monde en général et parisien en particulier.
Mots clefs : griot/griotisme, jeli/jeliya, Mali, Malinké, traditions orales, musiciens d’Afrique de l’Ouest, migration, ethnopsychiatrie, déracinement, tradition et modernité, négociation culturelle.
The triumph of occidental values since the shock of colonisation has obliged the Malinke griots of West Africa to reposition themselves in front of a fragmented society that tends to contest the usefulness of traditional values. Thus, the question of their status and legitimacy needs to be raised. This thesis is organised in two main parts and aims to determine the present role of griots today, not only among their original socio-cultural environment but also as migrants, in a changing and multicultural urban environment. The first part intends to analyse Malinke griots who live and "practice" in Mali, in order to understand them in their everyday traditional environment. The second part discusses the "uprooted" griots of Paris in particular who have decided to conquest the world.
Ethique et esthétique dans le langage - Approche de l’adjectif gradable par sa polarité et son énonciation en français et en anglais
Jeudi 24 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Bibliothèque de Langue française
Esc. G, RDC
1, rue Victor Cousin
75005 Paris
Mme Sylvie ROUSSELET-FERRANDO soutient sa thèse de doctorat :
Ethique et esthétique dans le langage - Approche de l’adjectif gradable par sa polarité et son énonciation en français et en anglais
En présence du Jury :
M. CORBLIN (Paris 4)
M. ANSCOMBRE (CNRS)
M. LE PESANT (Lille 3)
Mme NOAILLY (Brest)
Résumés
L’adjectif gradable, qui se combine sélectivement avec certains modificateurs, qui s’inscrit sur une échelle sémantique scalaire et qui a un pouvoir évaluatif par le biais de la prédication, est ici présenté sous deux aspects : un aspect bipolaire, ou d’antonymie, et un aspect subjectif. En effet, si le comparatif implicite ou explicite qu’est l’adjectif gradable en contexte peut faire l’objet d’une formalisation objective généralisante à l’aide de formules logiques ou mathématiques, en revanche l’adjectif nu (ou micro-prédicatif) y résiste, en raison de sa composante phénoménologique et de son difficile ancrage dans le contexte extra-linguistique, qui inscrivent les propriétés adjectivales (faisceau de propriétés dans le cas du portrait littéraire) dans le cadre d’un ‘nominalisme’ adjectival, d’un mentalisme proche d’une théorie de l’esprit. Une approche compositionnelle ascendante, d’ordre morpho-syntactico-sémantique, se double ainsi d’une analyse descendante, d’inspiration cognitive ou neuronale. L’analyse bipolaire et énonciative des micro-prédications adjectivales des portraits littéraires permet ainsi de dresser les bases d’une théorie de la simulation fictionnelle par le biais du degré d’empathie de l’auteur envers son personnage.
Mots-clés : Adjectif gradable, Polarité, Enonciation, Simulation, Empathie, Narrateur, Micro-prédication, Intentionnalité
Gradable adjectives, which selectively combine with certain modifiers, which map onto a semantic scale and which have an evaluative power through the predication, are presented here from two aspects : a bipolar, antonymic aspect and a subjective aspect. Whereas gradable adjectives in context, as an implicit or explicit comparative, can be formalized by general formulas, either logical or mathematical, nude (or micro-predicative) gradable adjectives resist this generalization, because of their phenomenal component and their problematic indexicality into the extra-linguistic context. This is why the adjectival properties (bundle of properties in the case of the literary portrait) are interpreted within an adjectival ‘nominalism’, a mentalism leading to a theory of mind. The compositional bottom-up approach, made in a morpho-syntactico-semantic line, is enriched by a top-down analysis, inspired by the cognitive sciences and the neurosciences. Thus the bipolar and enunciative analysis of adjectival micro-predications in the literary portraits allow us to lay the foundations of a theory of the fictional simulation by means of the degree of empathy of the author towards his character.
Key-words : Gradable Adjective, Polarity, Enunciation, Simulation, Empathy, Narrator, Micro-predication, Intentionality
Position de thèse
La philosophie analytique a pour objectif d’analyser les phrases du langage de manière compositionnelle à l’aide d’outils logiques, permettant l’émergence de concepts linguistiques. Or, si le comparatif explicite ou implicite qu’est l’adjectif gradable en contexte peut répondre à ce type d’analyse, en revanche l’adjectif gradable nu (ou micro-prédicatif) y résiste, en raison : 1/ de sa composante phénoménologique, qui l’oriente vers l’aspect subjectif du langage, et moins vers celui de la formalisation objective généralisante ; 2/ de son difficile ancrage dans le contexte extra-linguistique, qui l’oriente vers une analyse nominaliste, mentaliste ou cognitiviste, et vers l’expression d’une théorie de l’esprit. Le nominalisme permet d’inscrire l’adjectif dans l’ordre de la description linguistique (faisceau de descriptions dans le cas du portrait) et non celui de la référence dans le monde réel. Le mentalisme dont il est question ici est issu de l’intentionnalité, qui fait des énoncés du langage un objet mental énoncé par et depuis la perspective d’un auteur.
Une approche compositionnelle ascendante (bottom-up), d’ordre morpho-syntactico-sémantique (parties 2 à 4), va se doubler ainsi d’une analyse descendante (top-down), d’inspiration cognitive ou neuronale (partie 5), qui prend en compte dans le corpus littéraire les facteurs étudiés par la première, à savoir les différentes marques de l’expression de la polarité et de l’énonciation.
La partie 1 de la thèse s’attache à définir l’adjectif gradable, d’abord de façon positive, puis par contraste avec les emplois et formations approchants. Ainsi, si les combinaisons avec les modificateurs très et peu ont été bien étudiées en français par les travaux antérieurs (Noailly (1999), Goes (1999), Martin (1969), Ducrot (1991)), quelques-uns des autres modificateurs de l’adjectif, surtout en français, ont été ici passés en revue : très très, qualifié d’hyperlatif (Lambert, 2005) ; assez, marqueur de l’intensité moyenne, avec ses deux emplois, l’un relatif, l’autre absolu ; (et) même, opérateur d’intensité qui donne le plus haut degré d’un prédicat adjectival, et qui est un test (even) pour distinguer les adjectifs universels des adjectifs existentiels dans les paires d’antonymes (Yoon, 1996) ; en tout cas, qui introduit un prédicat adjectival argumentativement moins fort que celui qui précède ; à peine/hardly, qui oriente négativement l’adjectif (contrairement à presque/almost qui l’oriente positivement) et qui ne se prête qu’à l’indication d’une qualité extrinsèque objective ; tout, qui dénote, par rapport à très, un sens aspectuel et une propriété extrinsèque subjective ; modérément, passablement, moyennement, marqueurs de degré modéré ou intermédiaire (passablement entraînant parfois un dépassement de la limite interne de l’adjectif, proche de l’oxymore) ; plutôt, qui introduit une préférence entre deux adjectifs, parfois antonymes, dont l’un peut être élidé ; absolument, qui tire l’adjectif vers le bout de l’échelle et en fait un superlatif absolu (absolutely en anglais permet de distinguer quatre classes de gradables inscrits sur des échelles ouverte ou fermées (Kennedy, à paraître)). Pour l’anglais, very, marqueur relatif, sera préféré à quite, marqueur absolu, peu + Adj n’ayant pas de contrepartie.
Le gradable se distingue également des autres formations ou emplois adjectivaux : relationnel, adjectif du bout de l’échelle et participe passé ou présent. Trois tests sont valides pour éliminer le caractère relationnel de l’adjectif : 1/ la prédication (la fonction attribut) ; 2/ la combinaison avec la locution comparé à/par rapport à/compared to ; 3/ la complémentation. Toutefois, le français (et l’anglais) évoluant vers une gradabilisation de l’adjectif, de nombreux relationnels autorisent la double lecture, gradable et non gradable. Le test servant à isoler le participe passé statif-résultatif est sa combinaison avec bel et bien (en anglais sa combinaison impossible avec *is being). Trois hypothèses sont en jeu pour autoriser l’emploi gradable d’une formation issue du participe passé : le sémantisme du verbe qui fait état d’un procès continu, son caractère imperfectif et le sens métaphorique de l’adjectif.
La définition de l’adjectif gradable repose donc sur les trois caractéristiques suivantes : 1/ la combinaison avec très/very, qui permet de différencier le gradable des formations proprement verbales et des adjectifs du bout de l’échelle ; 2/ la combinaison avec les locutions comparatives explicites comparé à/par rapport à/compared to, qui permet de distinguer le gradable du relationnel ; 3/ la prédication, condition minimale implicite de l’adjectif gradable.
Enfin, la subjectivité qui caractérise le gradable incite à une définition large de la polarité : celle-ci ne repose pas seulement sur l’aspect qualitatif, évaluatif ou axiologique (liés aux états mentaux et/ou émotionnels du locuteur et à ses choix langagiers, parfois déterminés par une norme sociale, professionnelle, culturelle ou esthétique), mais également l’aspect dimensionnel et l’apect morphologique, plus objectifs. D’autres critères plus proprement syntactico-sémantiques, comme le critère intersectif, l’antéposition, possible ou non, de l’adjectif français, ou la prédication, première, seconde, ou impersonnelle, peuvent interférer dans l’établissement de cette polarité.
Dans le but de cerner ces critères au plus près, et de déterminer les conditions d’énonciation de la prédication adjectivale, j’opterai pour quatre niveaux d’analyse, correspondant à la longueur du segment de phrase/texte étudié : 1/ le mot (partie 2) ; 2/ le groupe nominal (partie 3) ; 3/ la phrase (partie 4) ; 4/ le texte/discours (partie 5).
La partie 2 s’attache à mettre en évidence les marques morphologiques de l’adjectif négatif (marqué) en français et en anglais. Après avoir décrit les modèles dérivationnels possibles des adjectifs français (Adj. à N (adjectifs primaires), N à Adj. ou radical commun) et anglais (adjectifs primaires, dénominaux/noun-based ou déverbaux/verb-based, overt ou inherent negative markers), la différence entre antonymes contradictoires et antonymes contraires (Zimmer, 1964) et la définition du principe d’antonymie (Ljung, 1974), sont listés les préfixes (6) et suffixes négatifs (1) en anglais et les préfixes négatifs en français (6). Si le préfixe in- est quantitativement le plus important en français, c’est le préfixe un- qui domine en anglais, ces deux préfixes ayant un sens intensif qui annule le caractère de gradabilité de l’adjectif (surtout ceux qui sont combinés avec les suffixes -able/-ible). Le passage du privatif à l’intensif s’explique par la transformation de Ø N de propriété hyperonyme de l’adjectif à très + Adj. (sans limite , ou illimité, étant proche de très grand, par exemple). Le cas du suffixe -esque (Melis-Puchulu, 1993) introduit la première marque énonciative, puisque les adjectifs construits ainsi -tous ne sont pas gradables- ne peuvent former de sous-appellation par rapport au N d’origine (éléphantesque, par exemple) et marquent donc le jugement de l’énonciateur en emblématisant certaines des propriétés du N. Pour l’anglais, cinq suffixes adjectivaux supplémentaires issus du corpus ont été recensés par rapport à la liste de la grammaire de Quirk et al. (1985) : -ing, -ar, -ent, -ant, -ate.
Les listes comparatives des adjectifs préfixés négativement en français et en anglais montrent : 1/ la plus grande productivité du préfixe dis- en anglais, et l’inégale avancée du processus de grammaticalisation dans les deux langues (dispensable/indispensable, par exemple) et parmi les gradables (distingué-dismal vs dissymétrique-discontinuous) ; 2/ le test permettant de déterminer si la contrepartie positive d’un gradable préfixé négativement existe ou pas/plus : P, car si Ø P, Q (ainsi, inquiet est lexicalisé en français [*quiet], alors que unquiet ne l’est pas [quiet]) ; 3/ les 17 types de construction morphologique des adjectifs gradables anglais préfixés en -un ; 4/ la confirmation de la différence entre négation morphologique contraire (préfixe in-/un- servant à qualifier un jugement, ex. inhumain/unhuman) et négation contradictoire (préfixe non-, très objectif, ex. non-humain).
La distinction dimensionnel/évaluatif oriente ensuite la réflexion vers la distinction jugement de fait/jugement de valeur ou énoncés descriptifs/énoncés subjectifs. Putnam (1984) soutent que le jugement (prédication adjectivale) est internaliste, dépendant de l’état interne du sujet, et les émotivistes (Price, 1988) adoptent une position non-factualiste, où les croyances du sujet prennent le pas sur les fonctions de vérité des énoncés. Toutefois, la rationalité est ce qui prime pour Searle (1972) et Putnam (1984), par le biais du raisonnement et de la justificaion.
Sur le plan linguistique, la théorie argumentative des topoï (Ducrot et Anscombre) permet de rationaliser la plupart des inversions de polarité, ainsi que le montrent les corpus scolaires étudiés : petit (-) s’inverse avec effort, belles (+) s’inverse avec catastrophes. Le classement de Searle (1972) entre les verbes qui permettent de classer/juger et ceux qui permettent d’évaluer/apprécier, lorsqu’elle est appliquée aux adjectifs, met en évidence une composante ironique marquée lorsqu’il y a inversion de polarité avec un gradable permettant d’apprécier ou de déprécier (et dont la polarité est établie sans nom relié).
La partie 3 s’attache à mettre en évidence les propriétés linguistiques tendant à départager les gradables en positifs et négatifs, dans le syntagme nominal, et à leur conférer une plus ou moins grande objectivité. Toutefois, s’il s’agit là d’adjectifs dits ‘épithètes’ en français et ‘attributive’ en anglais, leur interprétation sémantique est parfois proche de celle des adjectifs en prédication, en raison de la forme suivante : Sue est une bonne danseuse/Sue is a good dancer, où le GN porte la fonction attribut, sans présupposé existentiel.
Le contexte, linguistique ou extra-linguistique, en restaurant les complémentations possibles, les ellipses, en spécifiant l’étendue de la classe de comparaison, a également une part dans l’établissement de la polarité et de la subjectivité dans le langage (Gendler Szabó, 2001), tout comme le partitif et l’indéfini (Kleiber, 2003) dans le syntagme déterminant (le et du sont contrastés). Le critère intersectif, qui permet de distinguer le sémantisme de l’adjectif de celui du nom, n’est possible en français que pour les adjectifs postposés. Dans certains cas, l’antéposition ou la postposition du même adjectif en modifie la polarité (rare, cher). L’adjectif antéposé a une valeur intensive, les adjectifs primaires antéposés portant un sens d’inverseur ou d’atténuateur de l’argumentation (Lenepveu, 2004). Eléments d’objectivation de la phrase, le complément de mesure d’un dimensionnel (pouvant se combiner seulement avec certains gradables de polarité positive) et le parangon d’une comparaison fournissent un constituant spécifié ou quantifié. Si la coordination ou la juxtaposition de gradables est possible avec des adjectifs des deux polarités, en revanche un ordre des types d’adjectifs a été proposé par Cinque (1994), et la mise en évidence d’une tête adjectivale en HPSG ou d’un constituant extraposé dans les juxtapositions d’adjectifs orientent l’analyse vers l’expression d’une micro-prédication adjectivale. La prosodie (longueur des constituants) entre en jeu dans les acceptabilités et influe sur la place et le choix de l’adjectif, ainsi que les extraits de poèmes le montrent, ce qui permet de prendre en compte la notion de point de vue auctorial, de perspective.
Enfin, l’étude des adjectifs de couleur permet de poser le problème du caractère plus ou moins objectif et conceptuel de la perception visuelle. Sur un plan physiologique, si l’encodage de la couleur est d’ordre conceptuel et verbalisé, sa reconnaissance est perceptuelle (Pylyshyn, 2004). Sur un plan anthropologique transculturel, on remarque une grande différence entre les peuples et les catégories d’individus à propos de la nomination des couleurs (de trois minimum -blanc, noir, rouge- à plusieurs dizaines, voire centaines). Sur un plan philosophique, la position fonctionnaliste est celle qui domine (Paul Churchland, 1984) : il y a adéquation entre la sensation phénoménale de rouge de chacun et la croyance de tous en une sensation-de-rouge, quel que soit le caractère qualitatif intrinsèque des états mentaux des individus. Sur le plan linguistique, la couleur fait partie du rôle formel de l’objet (dans les quale-structures de Pustojevsky, 1995), au même titre que la grandeur, la forme, la dimension, et la distinction entre les adjectifs de couleur catégorisateurs (bleu, rouge, vert, orange...) et les adjectifs de caractérisation générale de la couleur (clair, foncé, vif, pâle...) permet d’appréhender le fonctionnement syntaxique de ces termes (Molinier, 2005). Enfin, les corpus font apparaître la composante métaphorique ou symbolique, à valeur de parangon, des noms conjoints aux adjectifs de couleur.
La partie 4 prépare le terrain à la mise en évidence du 2e aspect subjectif du gradable, l’énonciation, et à sa correspondance neuronale (conscience en acte ou conscience réfléchie). Après avoir déterminé ce qu’est la relation attributive ou prédicative pour le gradable (lectures référentielle ou attributive, attributs essentiel ou accessoire, sens intersectif privilégié), une distinction est effectuée, à partir de Carlson (1977) et Kratzer (1989), entre les individual-level predicates (dénotant soit une propriété permanente soit une propriété transitoire) et les stage-level predicates, dénotant une propriété ou un événement transitoire, distinction plus fine que la distinction aristotélicienne entre propriétés accidentelles ou nécessaires et s’inspirant plutôt de celle de la psychologie cognitive entre traits, indicateurs stables de la personnalité (Question : Comment est-il ?) et états, propriétés liées à des événements instables et non liées à la personnalité (Question : Dans quel état est-il ?). La prédication adjectivale impersonnelle, lorsqu’elle autorise ses deux transformations possibles, la montée du sujet et l’extraposition, est, paradoxalement, un indicateur de subjectivité : Marie est heureuse d’êre la prochaine présidente/Que Marie soit la prochaine présidente est heureux/Il est heureux que Marie soit la prochaine présidente (avec sous-spécification ou ellipse du complément donnant le point de vue de l’énoncé dans les deux derniers cas). Il est remarquable que certains opérateurs épistémiques entrent dans ce cas de figure (likely, certain/certain), introduisant une dimension de probabilité subjective dans le langage. Les relations entre comparatif implicite et comparatif explicite sont ensuite étudiées, en particulier l’asymétrie de leur équivalence inférentielle (s’il y a inférence du comparatif implicite vers le comparatif explicite, le contraire n’est pas vrai) et le concept de norme (il apparaît que lorsqu’on parle de norme sous forme de moyenne, il s’agit plutôt de médiane, qui reproduit plus fidèlement les inégalités de distribution dans les données). Les emplois figurés ou métaphoriques des gradables ne relèvent, eux, jamais de la norme. A propos de la polarité croisée (Kennedy, 2001), phénomène linguistique paradoxal, le caractère elliptique du 2e segment est mis en évidence. Une façon de comprendre et d’interpréter de tels énoncés, où deux échelles de comparaison et deux classes de comparaison sont parfois en jeu (La table est plus longue que le fauteuil (n’)est court, Carmen est plus lente que Pierre (n’)est beau), consiste à proposer une formalisation mathématique relative et objectiviste de ces énoncés, sans valeur de référence fixe et sans tenir compte du caractère plus objectif ou subjectif des adjectifs (Ferrando, 2005). La négation de la comparaison en prédication pose, elle aussi, quelques problèmes : la négation explétive du 2e segment des comparatives est expliquée de façon logique depuis Seuren (1973), de façon plus subjective par Damourette et Pichon (1911-40), et la négation descriptive des antonymes contraires conduit à dépasser la logique pour introduire des interprétations rhétoriques (litote, antiphrase, ironie : Lilti, 2004). Dans les mêmes conditions d’énonciation, la négation métalinguistique fait passer l’énoncé antonymique en présupposition et entraîne des enchainements concessifs (Garcia Negroni, 2002). La prédication adjectivale porte le nom de prédication seconde lorsqu’il existe une relation circonstancielle entre la prédication adjectivale et la prédication essentielle de la phrase (test : si l’extraction de la prédication adjectivale est possible, il ne s’agit pas d’une prédication seconde, mais d’une simple construction détachée). Enfin, Ducrot (2004) propose un modèle descriptif de l’opposition entre adjectifs contraires et contradictoires à partir de la théorie des blocs sémantiques (Carel, 1993).
La partie 5 s’attache à déterminer comment se dessine une isotopie de polarité plutôt positive ou plutôt négative dans le discours de fiction (portraits de personnages) en analysant le point de vue de l’auteur (texte en production) et le point de vue du lecteur (texte en réception). C’est ici l’occasion de faire une mise au point sur un certain nombre de concepts propres à l’analyse narratologique (focalisations, points de vue, voix narrative, narrateur, monologue intérieur...) en les enrichissant des récents apports des sciences cognitives (concepts de conscience, d’empathie, de neurones miroir), de la sémantique (rôles thématiques, polyphonie, énonciation) et de la philosophie de l’esprit (croyances, états mentaux, simulation).
Une brève histoire de la description littéraire permet de rappeler les principales caractéristiques de ce type de texte et les jugements portés à son propos. Les différentes marques de distinction du discours oral et du discours intériorisé sont ensuite décrites : focalisations de Genette, consonance et dissonance discursives de Cohn, indexicaux chez Banfield (qui peuvent se rapporter soit aux temps et lieu du discours enchâssant, soit aux temps et lieu du discours enchâssé dans le discours indirect, et qui dans le discours direct permettent le mensonge du narrateur-personnage), point de vue narrateur et point de vue personnage chez Rabatel. De leur côté, certains linguistes (Nolke et Olsen, 2000, Banfield, 1995 - c’est aussi la position théorique de Kamp (1993) et Corblin (2002)) affirment que dire et pensée sont indistincts dans le langage puisqu’en tant que représentée la pensée est verbalisée et que le verbe think/penser, se dire est le seul verbe qui appartienne sémantiquement aux verbes de conscience tout en ayant le comportement syntaxique d’un verbe de communication. Toutefois, à partir des rôles thématiques (Dowty, 1991), issus des actions volontaires ou non dont la première classification a été établie par Aristote, il semble que certains adjectifs, dont les adjectifs de l’émotion, sont classés parmi les non agentifs, le procès, s’il semble dépendre du sujet grammatical, n’étant pas sous le contrôle du sujet thématique (sauf si feintise). Ceci recoupe de récents travaux sur la conscience et le libre-arbitre, qui, à la suite de ceux de Vygotski ou Libet, dissocient pensée et langage ou intention et action : la conscience neuronale est sous-classifiée en conscience phénoménale (ou conscience en acte, pré-réfléchie, celle des sentiments et des émotions) et en conscience d’accès (liée à l’expérience et au langage, à la pensée verbalisée, sorte de conscience de second ordre), qui peut précéder la première ; selon Haggard (2003), la liberté de mouvement (libre arbitre) du sujet ne tient que par le refus d’exécution d’une action simple, et les théories motrices du langage, tout comme la mise en évidence des neurones-miroir (Rizzolatti et al., 1996) reposent sur l’hypothèse que l’action (qui relèverait de la conscience en acte) précède la conscience réfléchie. La production de texte, contenu intentionnel, fait appel à la responsabilité de l’auteur, conscient des enjeux linguistiques qu’il domine, et cherchant à se projeter dans ou autour de la conscience de son personnage à qui il donne, souvent, la parole. Le narrateur, instance intermédiaire, devient, dans ce processus de création auctoriale, une représentation mentale du lecteur critique, qui interprète le texte.
Du côté de la réception du texte/discours, les travaux sur la réception proprement dite (Jauss, Iser) se doublent de ceux sur la posture de lecteur (Picard, Jouve, Eco, Ryan), alors que d’autres auteurs comme Dennett ou les cybernéticiens assimilent les activités de production/réception. Damasio (2003) montre que les régions cérébrales activées lors d’un affect positif (joie) et d’un affect négatif (tristesse) sont différentes (elles sont plus nombreuses lors de sentiments positifs), et relèvent d’une conception spinoziste de l’éthique, tandis que Schneider (1999) propose un modèle mental de construction du personnage à partir de la catégorisation (modèle mental holistique) ou de la personnalisation (engageant l’empathie du lecteur). Sur le plan émotionnel, si le lecteur ressent les mêmes émotions que celles du personnage, sa croyance en l’univers de la fiction, feint, est plus grande encore et bloque les réactions de fuite, l’action, ce qui apparente la réception de la fiction (tout comme sa production) à une simulation.
Les gradables sont également en jeu dans le jugement de goût porté à propos d’une œuvre esthétique, que ce jugement puisse être positif ou négatif, comme le pense Danto (1989), ou seulement positif, selon Schaeffer (1992), qui stipule une théorie spéculative de l’Art différente de l’expression des propriétés descriptives de l’œuvre, d’ordre symbolique au sens de la théorie des symboles de Goodman (1990).
La catégorisation des portraits littéraires (64 œuvres représentatives, du XVIIe siècle au XXe siècle) à l’aide des polarités positives ou négatives des micro-prédications adjectivales et des trois sortes d’énonciateurs (sujet transcendant, sujet phénoménal X et sujet phénoménal Y) établis à l’aide des ellipses restaurées des micro-prédications adjectivales et/ou du degré de fusion ou d’empathie de l’auteur avec le personnage, fait apparaître les résultats suivants : préférence des écrivains pour un portrait positif-intérieur et réticence à écrire un portrait négatif-extérieur, donc préférence pour les portraits positifs (éloges) et pour l’intériorité du personnage, qui engage l’empathie de l’auteur. L’empathie de l’auteur et du lecteur à l’égard du personnage, théorie de l’esprit implicite, n’est cependant pas de même nature dans l’un et l’autre cas : m’inspirant de Gordon (1995), il apparaît que si l’auteur devient lui-même en quelque sorte son personnage lors du processus de création verbalisée (projection ou simulation active), le lecteur demeure lui-même lors de la réception de texte (il se contente d’être l’autre dans la situation fictionnelle), le pas inférentiel étant possible uniquement dans le premier cas.
Etienne Dolet ou la couronne d’Hercule : Edition, traduction et étude littéraire des Carmina (1538)
Samedi 18 novembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Escalier A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
Mme Catherine LANGLOIS PEZERET soutient sa thèse de Doctorat :
Etienne Dolet ou la couronne d’Hercule : Edition, traduction et étude littéraire des Carmina (1538)
En présence du Jury :
M. CHARLET (AIX-MARSEILLE 1)
M. FORD (CLARE)
Mme GALAND-HALLYN (PARIS 4)
M. LEVY (PARIS 4)
M. MAGNIEN (PARIS 3)
Résumés
Etienne Dolet (1508-1546), bien connu pour sa mort tragique sur le bûcher, est aussi un
intellectuel et un poète néo-latin. Après ses célèbres Commentaires de la langue latine, il
publia un recueil d’épigrammes intitulé Carmina en 1538, pièces de circonstance aux sujets
les plus divers. Adepte d’un genre mineur et partisan d’une métrique souple, Dolet n’oublie
pas, en humaniste civique, de doter sa plume d’une mission politique, vengeresse ou
moralisatrice. Cicéronianiste patenté, il se révèle assez libre dans le domaine de l’imitation,
tout comme dans son traitement de l’épigramme, qui oscille entre tradition et innovation. Ses
poèmes, ainsi que deux recueils ultérieurs, le Genethliacum Claudii Doleti (1539) et les
Francisci Valesii Gallorum Regis Fata (1539), reflètent l’attirance de leur auteur pour
différentes mouvances philosophiques mais semblent surtout témoigner de l’influence du
libre-penseur Pomponazzi.
Etienne Dolet (1508-1546), renowned for his tragic death on the stake, is also an intellectual
and a Neo-Latin poet. After his famous Commentarii linguae latinae, he published a
collection of epigrams entitled Carmina in 1538, which are event poems about various
subjects. Follower of a minor genre and of a flexible metric, Dolet does not forget, as a civic
humanist, to give to his pen a political, avenging or moralizing mission. Ciceronianist, he
reveals free in the field of the imitation and in his treatment of the epigram, which oscillates
between tradition and innovation. His poems, as well as two later collections, Genethliacum
Claudii Doleti (1539) and Francisci Valesii Gallorum Regis Fata (1539), reflect the attraction
of their author for various philosophic spheres of influence but especially seem to testify of
the influence of the free thinker Pomponazzi.
Position de thèse
Etienne Dolet (1508-1546) est surtout connu aujourd’hui pour son trépas tragique sur
le bûcher. Après le traditionnel voyage en Italie (1526-1530), où il suivit des cours de
rhétorique à l’Université de Padoue, puis une expérience de secrétaire d’ambassade auprès de
Jean de Langeac (1530-1532), il fut poussé par ce dernier à entreprendre des études de droit à
l’Université de Toulouse (1532-1534). L’Orléanais ne termina pas ces études car, après avoir
prononcé deux discours aux accents cicéroniens contre le Parlement de Toulouse et son
intolérance (Orationes duae in Tholosam), il fut emprisonné et dut ensuite quitter la ville.
C’est à cette date qu’il élut domicile à Lyon ; en même temps qu’il corrigeait des épreuves
chez le célèbre imprimeur Sébastien Gryphe, il édita une somme érudite sur le lexique
cicéronien, les Commentaires de la Langue latine (1536-1538). Après avoir obtenu du roi
François 1er un privilège général pour dix ans, il acquit ses propres presses en même temps
qu’il composait ses premières poésies : les Carmina en 1538, le Genethliacum Claudii Doleti
à l’occasion de la naissance de son fils Claude en 1539, les Francisci Valesii Gallorum Regis
Fata la même année, deux oeuvres dont il donna la paraphrase en français. A partir de 1542,
l’imprimeur se tourna vers des éditions, en français, d’ouvrages le plus souvent d’obédience
évangélique. La même année, il commença à connaître quelques déboires, puisque
l’Inquisition condamna certaines de ses publications évangéliques, ses Carmina et ses Fata,
parce qu’il y aurait évoqué le destin, le fatum, dans un sens païen ; Dolet fut encore poursuivi
l’année suivante (1543) pour avoir envoyé à Paris des livres prohibés. Emprisonné en 1544, il
fut brûlé sur la place Maubert le 3 août 1546.
Le présent travail porte sur le recueil des Carmina (1538). Dolet y réunit, dans quatre
livres comportant cent quatre-vingt-seize épigrammes, des pièces poétiques écrites en 1534
contre Toulouse et les Toulousains, et les complète par de nouveaux poèmes, pièces de
circonstance à vocation épidictique, parfois même politique et polémique. Dans le tome I, je
propose l’édition du texte, suivie d’une traduction accompagnée de notes qui concernent la
prosopographie, la métrique et les sources. Dans le tome II, je m’efforce de dégager les
conceptions littéraires et métaphysiques de ce poète méconnu.
On constate ainsi que Dolet offre une conception de la poétique assez analogue à celle
de ses contemporains, notamment de Nicolas Bérauld : plus que le résultat d’un ingenium
particulier, la poésie dépend, à ses yeux, de l’ars ; l’humaniste suit la veine de la poésie
alexandrine : ses créations sont le fruit d’un travail minutieux et la métrique sophistiquée qu’il
pratique assez souvent en constitue une preuve incontestable ; comme ses contemporains
(Macrin, Bourbon, Visagier), il affirme aussi sans cesse son choix d’un genre mineur tout en
simplicité, même s’il dément parfois ces recusationes par des affirmations orgueilleuses ou
se laisse tenter, un moment, par des accents épiques. L’Orléanais ne se contente pas de voir en
son oeuvre un bel objet ciselé ; fidèle au rôle d’humaniste civique qu’il a endossé dès l’époque
toulousaine, il nourrit pour ses travaux poétiques une ambition idéologique puisqu’il y traite
de la condition du poète, de sa supériorité sur les autres hommes, de la polémique franco-
italienne ; il évoque aussi les guerres d’Italie, stigmatise la politique de Charles Quint ou du
Pape Paul III ; il n’hésite pas à emprunter la voie de l’invective dans sa satire des Toulousains
qui l’ont forcé à quitter la cité palladienne en 1534.
Etienne Dolet est aussi très réputé pour sa prise de position véhémente contre Erasme
en matière de style. Dans son Ciceronianus (1528), le savant hollandais caricaturait, à travers
la figure de « Nosopon », les partisans de l’imitation cicéronienne, dépeints comme des
maniaques occupés à singer la manière d’écrire de l’Arpinate ; en 1535, Dolet lui répliqua
dans son Erasmianus en l’insultant copieusement. En théorie, Dolet considère que Cicéron est
bien le modèle stylistique à choisir et à suivre ; mais il faut aussi adopter son èthos d’écrivain
au service de la cité, se faire ainsi totalement cicéronien. L’humaniste applique ces principes
en de nombreux endroits des Carmina, dans le choix du vocabulaire et des thèmes, dans la
démarche intellectuelle, souvent engagée, qu’il adopte. Mais l’Orléanais n’est pas pour autant
Nosopon : moins extrémiste qu’on l’a souvent dit, il pratique une imitation éclairée, n’hésitant
pas à butiner parmi les Elégiaques latins et chez ses contemporains quand la circonstance ou
le sujet du poème le requièrent. Aussi Dolet s’avère-t-il plutôt un « cicéronien souple » (C.
Mouchel), dont la pratique stylistique semble parfois se rapprocher des frontières bien
mouvantes de l’éclectisme.
Dans le domaine de l’épigramme, Dolet oscille entre tradition et innovation. Le poète
revient à la fonction épigraphique de l’épigramme dans les pièces funéraires qui composent
tout le livre IV des Carmina. Il se nourrit ailleurs des deux modèles majeurs de la
Renaissance, Catulle et Martial ; la première Renaissance s’était délectée de la suavitas du
Véronais tandis que les théoriciens et écrivains de la seconde, dont Jules-César Scaliger
constitue l’illustration, commençaient à lui préférer Martial pour son mordant ; Dolet se situe
au confluent de ces deux modes : il reprend les thèmes catulliens les plus en vogue tout en
montrant sa maîtrise de l’epigramma duplex, cher au poète de Bilbilis, dans un échantillon de
poèmes. Dolet développe aussi des formes poétiques et des thématiques propres à la
Renaissance, telles que l’hydropyrique, la poétique du bel objet, la coloration
autobiographique du recueil tout entier. En revanche, certains choix atypiques semblent
traduire une tentation pour l’innovation, ou même la licence poétique ; ainsi, Dolet omet
certains aspects typiques de l’écriture épigrammatique, telle qu’on la connaissait par
l’Anthologie de Planude : son recueil ne possède pas de cycle érotique ; ses épigrammes sont
le plus souvent longues ; aussi certaines de ses pièces ressemblent-elles plutôt, par leur thème
et par leur forme, à des odes à la manière d’Horace, poète lui aussi très en vogue et dont la
métrique éolienne était bien connue en France depuis l’édition des Carmina chez Simon de
Colines en 1528.
Dolet est mort sur le bûcher, accusé d’hérésie par l’Inquisiteur Mathieu Orry. Ses
Carmina permettent aussi de discerner certains aspects de sa métaphysique. Le poète, à la
différence de ses contemporains, n’hésite pas à endosser la posture, pourtant suspecte aux
yeux des chrétiens, du satiriste, quand il s’en prend aux Toulousains, aux moines, aux
médecins, aux débauchés. Par ailleurs on note que seules deux pièces de l’ensemble
constituent un corpus chrétien, les prières à la Vierge (III, 34 et 35) : c’est bien peu par
rapport à ses contemporains Bourbon ou Macrin. Ces deux pièces contaminent d’ailleurs
monde chrétien et monde païen en un subtil jeu d’intertextualité. Du reste, le poète orléanais
mêle dans son oeuvre de nombreux courants de pensée : l’épicurisme, quand il doute de
l’existence de sensations après la mort -il avait eu un aperçu de cette doctrine en suivant les
cours d’Egnazio sur le De Rerum Natura à Venise vers 1530- ; le stoïcisme, puisqu’à ses yeux
le Destin régit l’univers et les hommes, et que seuls le travail et la vertu peuvent conférer la
liberté en s’opposant à cette puissance supérieure ; le rationalisme, qui transparaît dans son
doute affirmé de l’immortalité de l’âme, visible entre autres dans sa quête intense de la gloire
ici-bas. Or, à Padoue, Dolet avait certainement eu des échos de l’enseignement du philosophe
Pietro Pomponazzi, mort quelques années plus tôt ; ce Padouan, commentateur d’Aristote,
avait abordé dans son De immortalitate animae (1516), son De Fato (paru de façon
posthume) et son De incantationibus (posthume aussi) des sujets brûlants : il y démontrait par
exemple que l’âme est mortelle selon la raison, mais immortelle selon la foi ; que l’efficacité
des prières tient surtout à la psychologie des orants et ne tend pas à prouver le charisme des
saints ou l’existence de Dieu ; il mêlait aussi dans ses oeuvres différents courants de pensée,
P. O. Kristeller a pu parler à son propos de « syncrétisme ». Peut-être est-ce chez lui que
Dolet a puisé son propre éclectisme. En outre, certains chercheurs comme M. Pine ou A.
Maurer se sont demandé si le Padouan ne pratiquait pas une rhétorique de la dissimulation,
en s’appuyant sur le commentaire d’Aristote pour saper les fondements de la foi ; de même,
Dolet, sous couvert de cicéronianisme et de pureté stylistique, adopte souvent le vocabulaire
et les modes de pensée d’une époque païenne. Plus qu’une imitation des idées, c’est une
manière d’être que l’Orléanais semble copier en Pomponazzi.
Ces différentes analyses permettent de montrer que Dolet se laisse guider par un
principe majeur, la liberté : liberté du prosateur qui se confronte à la poésie pour y obtenir sa
couronne ; liberté du cicéronianiste qui pratique l’éclectisme quand la réalité de la langue et sa
variété s’imposent à lui ; liberté de l’épigrammatiste qui préfère traiter d’amitié plutôt que
d’amour, en des mètres éoliens plutôt qu’en distiques élégiaques ; liberté du penseur face aux
usages et aux dogmes, soucieux de ne pas se laisser contraindre par les habitudes de la
majorité et habile créateur d’une littérature affranchie du carcan de la religion. Aussi V.-L.
Saulnier avait-il raison d’écrire : « un jour, il faudra faire de cet éveilleur d’esprits l’une des
quatre ou cinq figures de proue de toute notre Renaissance ».
Etienne Dupérac, graveur, peintre et architecte (vers 1535 ?-1604). Un artiste-antiquaire entre l’Italie et la France
Lundi 11 décembre 2006
9 heures
A l’INHA, Salle Perrot, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
M. Emmanuel LURIN soutient sa thèse de Doctorat :
Etienne Dupérac, graveur, peintre et architecte (vers 1535 ?-1604). Un artiste-antiquaire entre l’Italie et la France
En présence du Jury :
M. GUILLAUME (PARIS 4)
M. HOCHMANN (EPHE)
M. MIGNOT (PARIS 4)
M. MÉROT (PARIS 4)
M. SCHNAPP (PARIS 1)
M. ZERNER (HARVARD)
Résumés :
Etienne Dupérac est un artiste français de la seconde moitié du XVIe siècle qui fut à la fois peintre, aquafortiste, architecte et spécialiste des jardins. Il a commencé sa carrière à Venise et à Rome où il séjourna pendant environ vingt ans (vers 1560-1578), avant de rentrer en France où il devint vers 1596 l’un des architectes d’Henri IV. Nous avons cherché à reconstituer l’ensemble de l’œuvre de Dupérac, qui était mal connu, mais aussi la complexité de son parcours, caractérisé par une forte ascension sociale. Notre thèse met l’accent sur la polyvalence de l’artiste, sa connaissance de l’antique et l’originalité de ses estampes - en particulier les vues de ruines, les planches d’architecture et les restitutions antiques. Elle montre que l’historien Onofrio Panvinio a joué un rôle déterminant dans son initiation aux sciences antiquaires. Elle suggère enfin l’existence d’un lien étroit entre ses restitutions archéologiques et son œuvre architectural, profondément influencés par les travaux de Pirro Ligorio.
Etienne Dupérac is a French artist of the second half of the sixteenth-century, who was active as a painter, an etcher, an architect and a specialist of garden design. He began his career in Venice and Rome, where he passed nearly twenty years (ca. 1560-1578), then he turned back to France where he became, about 1596, one of Henri IV’s court architects. In our study, we tried to describe the whole work of Dupérac, which was quite unknown, but also the different stages of his life and of his social ascent. We have emphasized Dupérac’s versatility, his knowledge of roman antiquities and the interest of his prints, especially his views of roman ruins and modern buildings. and his reconstruction drawings of roman scenes and monuments. We proved that the historian Onofrio Panvinio played a major role in Dupérac’s initiation to antiquarian studies. We have also compared his architectural projects with his reconstruction drawings, which are very influenced by the work of Pirro Ligorio.
Position de thèse :
Combien de maîtres de la Renaissance française sont venus se former ou travailler à Rome, sans que nous puissions décrire aujourd’hui les circonstances de leur séjour, ni évaluer l’importance de l’Italie dans leur carrière artistique ? Parmi les « romanistes » français du XVIe siècle, Dupérac est désormais l’un des mieux documentés, grâce à l’importance de son œuvre graphique et aux différents documents que nous avons pu réunir. La diversité de son travail et la longueur de son séjour à Rome, où il résida pendant plus de dix-huit ans (1560-1578), permettent de suivre l’évolution de sa personnalité artistique, qui est particulièrement riche. Graveur à l’eau-forte, Dupérac fut aussi peintre et décorateur ; architecte, il se fit ingénieur, dessinateur de jardins et quelque peu archéologue. En effet, Dupérac est l’auteur de nombreux dessins d’après l’antique et de plusieurs restitutions archéologiques qui lui ont valu une réputation d’artiste-antiquaire, à la manière de Pirro Ligorio ou de Jacopo Strada. Si les débuts de Dupérac à Venise furent plutôt modestes, il a connu par la suite une lente ascension professionnelle : d’abord à Rome où il s’est fait connaître par ses estampes, mais aussi par ses travaux de peinture et d’architecture, puis en France où il fut l’un des principaux architectes de la fin du XVIe siècle.
Notre enquête a porté à la fois sur l’œuvre de Dupérac, que nous avons tenté de reconstituer et d’analyser dans son ensemble, mais aussi sur son parcours individuel, dont nous avons cherché à comprendre l’articulation, l’unité et la représentativité. Sachant que la plupart des travaux de peinture et d’architecture de Dupérac ont disparu, nous avons étudié principalement ses estampes gravées à l’eau-forte, ses dessins d’après l’antique, ainsi que de nombreux documents d’archives qui concernent l’artiste, ses collaborateurs et les chantiers où il est attesté. Trois grandes questions ont soutenu notre réflexion : la formation et les compétences réelles de l’artiste-antiquaire ; la polyvalence du peintre-graveur et sa conversion à l’architecture ; la construction et la réussite de sa carrière, menée entre l’Italie et la France.
PREMIÈRE PARTIE
LA COLLABORATION D’ETIENNE DUPÉRAC AVEC L’ANTIQUAIRE ONOFRIO PANVINIO
(VERS 1565-1566)
L’historien Onofrio Panvinio a joué un rôle déterminant dans l’initiation de Dupérac aux études antiquaires. Entre 1565 et 1566, l’artiste a réalisé d’importants travaux de documentation et d’illustration destinés aux traités de Panvinio sur les antiquités romaines. La première partie du mémoire est fondée sur une analyse détaillé du Codex Orsini et des estampes de Dupérac publiées dans le De triumpho (1571) et le De ludis circensibus (1600).
CHAPITRE PREMIER
ONOFRIO PANVINIO, UN ÉRUDIT À LA COUR DU CARDINAL _ ALEXANDRE FARNÈSE
Du séminaire de Vérone à la publication des Fastes (1558) - Nous retraçons la formation intellectuelle et les premiers travaux du grand historien Onofrio Panvinio (1530-1568). Sa conversion à l’Histoire ecclésiastique, sous l’influence de Marcello Cervini, ne l’a pas empêché de poursuivre des recherches très érudites sur les antiquités romaines.
La place de Panvinio dans l’entourage du cardinal Farnèse - Panvinio fut à la fois le bibliothécaire, le théologien et l’historien du cardinal Alexandre Farnèse. En tant que conseiller artistique, il a participé à la conception des programmes iconographiques du palais Farnèse de Caprarola. Nous revenons également sur le décès de Panvinio (1568) et sur l’hommage tardif que lui ont rendu les historiens du XVIIe siècle.
CHAPITRE II
LES ANTIQUITÉS ROMAINES D’ONOFRIO PANVINIO
L’Epitome Antiquitatum (1567-1568) et son élaboration - Tous les travaux de dessin et de gravure réalisés par Dupérac pour Panvinio sont liés à un grand projet en cent livres sur les antiquités et l’histoire de Rome. Avant sa mort, l’historien a eu le temps d’en rédiger une description détaillée, l’Epitome Antiquitatum, que nous présentons en nous appuyant sur les recherches de J.-L. Ferrary.
La question des illustrations scientifiques dans les travaux de Panvinio - L’historien a développé une réflexion assez originale sur l’importance et l’usage des illustrations scientifiques. Nous montrons que Panvinio considérait l’image comme un véritable moyen de connaissance, complémentaire de l’écrit.
Les illustrations du De antiqua Romanorum religione - Dans son grand traité en cent livres, Panvinio avait inclus un projet plus ancien sur la religion romaine, qui devait être entièrement illustré. La plupart des estampes de Dupérac furent gravées en prévision de cet ouvrage, que l’historien a cherché à publier en 1567-1568. Nous analysons la conversion de Panvinio à la topographie et à l’étude des vestiges antiques, en faisant l’état de ses connaissances iconographiques.
La publication du De triumpho (1571) et du De ludis circensibus (1600) - Après le décès de Panvinio en 1568 furent publiées deux sections de son traité sur la religion romaine, qui étaient consacrées respectivement aux jeux du cirque et aux cérémonies de triomphe. Toutes les illustrations avaient été gravées par Dupérac. Nous présentons les démarches infructueuses de l’historien auprès de plusieurs éditeurs, le devenir des planches et leur parution posthume.
CHAPITRE III
COPIER ET RESTITUER L’ANTIQUE : LA COLLABORATION DE _ PANVINIO ET DE TROIS DESSINATEURS
Les dossiers iconographiques de Panvinio - Le Codex Orsini est un grand album de dessins d’après l’antique qui fut légué à la fin du XVIe siècle à la Bibliothèque Vaticane par l’antiquaire Fulvio Orsini. L’analyse codicologique et paléographique nous a permis d’établir que la quasi totalité des dessins provenaient des dossiers d’Onofrio Panvinio, qui étaient passés après sa mort dans la bibliothèque d’Orsini.
Trois artistes en campagne vers 1565-1566 - Le contenu du Codex Orsini est analysé d’un point de vue documentaire et stylistique. La majorité des dessins a été réalisée vers 1565-1566 par trois artistes engagés par Panvinio : Etienne Dupérac, Ercole Setti et un dessinateur anonyme que nous appelons L’Anonyme de l’Ara Pacis. Leur travail est extrêmement varié : relevés d’après l’antique, copies de manuscrits illustrés, restitutions de scènes antiques, dessins préparatoires à des estampes. Dupérac et Setti furent notamment responsables de la copie d’une partie du Libro dell’antichità de Pirro Ligorio. Nous étudions les méthodes de travail de chaque artiste, en déduisant des liens de collaboration au sein de l’équipe. Les autres dossiers du Codex Orsini sont décrits plus rapidement.
CHAPITRE IV
LA REPRÉSENTATION DE L’ANTIQUE DANS LES DESSINS
PRÉPARATOIRES DU CODEX ORSINI ET DANS LES PLANCHES DE DUPÉRAC
Onofrio Panvinio, inventeur d’images scientifiques - Nous présentons une cinquantaine d’illustrations, conçues par Panvinio, qui sont des dessins du Codex Orsini ou bien des planches gravées par Dupérac. Une première analyse de ces images met en évidence les limites de la distinction entre les œuvres de reproduction et les œuvres d’invention.
L’illustration du De ludis circensibus et du De triumpho - Les planches gravées par Dupérac sont analysées du point de vue de leur contenu et de leur fonction par rapport aux traités de Panvinio. Les illustrations du De triumpho appartiennent à un projet entièrement abouti, à la différence du De ludis circensibus. Nous montrons que toutes les images ont été conçues de manière autonome par rapport au texte : les commentaires iconographiques sont rares, tandis que les légendes sont extrêmement développées. L’historien a choisi avec le plus grand soin les images, dont nous analysons la valeur épistémologique en distinguant les planches strictement documentaires, les vues topographiques et les restitutions.
La construction des planches d’illustration - Les estampes résultent d’un travail d’invention très complexe, effectué par Panvinio en collaboration avec Dupérac. Nous étudions d’abord la composition des planches de médailles, en détaillant leurs sources iconographiques ainsi que la composition des légendes et titulatures. Puis nous décrivons la construction des images de restitution (vues de monuments et scènes figurées), qui contiennent de nombreuses citations de fragments archéologiques. Nous soulignons aussi le travail de synthèse documentaire et d’imagination qui a été accompli par l’historien et le dessinateur.
Conclusion - Elle porte sur l’importance des restitutions de Panvinio et Dupérac pour l’histoire des études antiquaires.
DEUXIÈME PARTIE
LES PLANCHES D’ARCHITECTURE ET LES VUES GRAVÉES DE RUINES (VERS 1565-1578)
Notre travail sur l’œuvre gravé de Dupérac s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’évolution de l’estampe romaine dans la seconde moitié du XVIe siècle. Selon D. Landau et P. Parshall, l’estampe aurait été réduite, après 1540, à un simple moyen de diffusion des images ; la gravure serait devenue à Rome un métier de spécialiste, pratiqué en entreprise à des fins essentiellement commerciales. Nous critiquons cette analyse en étudiant les relations de Dupérac avec ses différents éditeurs et en montrant la diversité et la qualité de son œuvre gravé, qui est étroitement lié à sa personnalité de peintre et d’architecte.
CHAPITRE PREMIER
LA CARRIÈRE DE GRAVEUR D’ETIENNE DUPÉRAC
Stefano Duperac, graveur français à Rome - Le métier de graveur de Dupérac est d’abord envisagé à partir de documents contemporains : quelques sources d’archives concernant l’artiste et le témoignage de Karel Van Mander, qui a rédigé une notice biographique sur Dupérac.
La “spécialisation” de Dupérac au cours des années 1560 - Nous dégageons les principales orientations de l’œuvre gravé de Dupérac, qui couvre l’ensemble du champ de l’estampe romaine. Nous montrons néanmoins que l’artiste s’est peu à peu spécialisé dans les vues de cérémonies, les planches d’architecture et les vues de ruines.
La collaboration de Dupérac avec ses éditeurs - Antoine Lafréry n’est pas le seul collaborateur d’Etienne Dupérac, qui a aussi travaillé avec Lorenzo Vaccaro et d’autres éditeurs de moindre envergure. Nous proposons quelques éléments de réflexion sur les relations entre le graveur et ses éditeurs, notamment pour le choix et la conception des sujets.
Le milieu de l’édition de l’estampe dans les années 1550-1580 à Rome - La diversité de l’édition de l’estampe à Rome est évoquée à travers la vie et l’œuvre d’une dizaine d’éditeurs, actifs dans les années 1550-1580. Toutes les personnes présentées ont publié des estampes de Dupérac. Nous insistons sur l’importance des frères Tramezzino pour les images de restitution, sur le dynamisme de Lorenzo Vaccaro, et enfin sur l’activité d’Antoine Lafréry et de Claude Duchet, que nous étudions à partir de nombreux documents, partiellement ou entièrement inédits.
CHAPITRE II
UNE SPECIALITÉ DE DUPÉRAC À ROME : LES VUES DE CÉRÉMONIES ET LES PLANCHES D’ARCHITECTURE
Les vues de fêtes et de cérémonies - Dupérac est l’auteur de six représentation de fêtes et de cérémonies, dont le contenu documentaire est particulièrement riche. Ces estampes reflètent l’intérêt des contemporains pour les vues d’architecture et pour la représentation des grands événements de la vie publique. Nous avons étudié la construction, le contenu et la lettre de ces estampes, en montrant qu’elles appartiennent souvent à plusieurs catégories d’images (vues de Rome, documents d’architecture, souvenirs religieux, etc).
Les planches d’architecture - Les estampes d’architecture de Dupérac ne sont pas des illustrations de livres, mais des planches publiées séparément. Elles sont d’une très grande importance pour l’histoire de l’architecture et la connaissance du goût. Ces estampes sont analysées à différents niveaux : choix du sujet, commande des planches, construction des dessins, fonction des images et profil du public, du dédicataire aux utilisateurs. Nous avons accordé une importance particulière aux estampes d’après les projets de Michel-Ange, dont nous analysons le contexte de production et les sources. Les vues de fontaines et de villas romaines sont étudiées selon la même approche.
Les restitutions de monuments antiques - Les restitutions archéologiques de Dupérac forment la partie la plus originale de son œuvre gravé. Le grand plan de la Rome antique et sa dédicace sont étudiés en détail. Nous montrons que Dupérac a beaucoup utilisé les recherches de deux antiquaires, Onofrio Panvinio et Pirro Ligorio : ses restitutions sont tantôt des copies de leur travail, tantôt des œuvres de compilation, qui contiennent une part plus ou moins grande d’invention.
CHAPITRE III
LES VUES DE RUINES GRAVÉES PAR DUPÉRAC
Les dix éditions d’un best-seller - Dupérac a publié en 1575 une série de trente-neuf vues de ruines, intitulée I Vestigi dell’antichità di Roma, qui a connu une immense fortune. Nous étudions d’abord l’histoire du recueil et ses éditions successives, jusqu’aux dernières impressions datant de la fin du XVIIIe siècle. Le recueil de Dupérac était destiné en premier lieu aux touristes étrangers visitant Rome. Les différentes copies des planches, parues à Prague et à Rome, sont un autre signe de leur succès.
La conception des vues - Les planches des Vestigi sont des vues de paysages, dessinées avec une sensibilité de peintre, qui sont d’une grand précision architecturale. Elles s’inspirent de deux modèles très différents : les vues de ruines de Jérôme Cock et le recueil de vues mixtes de Giovanni Antonio Dosio. Dupérac a composé ses propres planches à partir d’études très détaillées des sites antiques et de quelques estampes. Les Vestigi donnent une représentation déjà distanciée et très variée des antiquités et de la ville.
Les fonctions touristiques des Vestigi - Le recueil de Dupérac n’est pas un traité d’architecture, mais un livre touristique, qui pouvait être utilisé à la fois comme un guide illustré et un album-souvenir. Les vues, qui sont légendées, offrent un panorama commenté des antiquités romaines, qui sont décrites selon un ordre cohérent, correspondant approximativement aux parcours des visiteurs. Nous donnons un exemple d’utilisation du recueil, vers 1582, par un dessinateur flamand séjournant à Rome.
TROISIÈME PARTIE
LES ŒUVRES DE DESSIN, DE PEINTURE ET D’ARCHITECTURE EN ITALIE ET EN FRANCE (VERS 1560-1604)
Jusqu’à une époque récente, l’œuvre peint et l’œuvre architectural d’Etienne Dupérac n’étaient pratiquement pas documentés. Nous présentons nos propres découvertes ainsi que celles de Cr. Bragaglia Venuti, C. Grodecki et S. Deswarte-Rosa, en les approfondissant sur certains points. Cette partie du mémoire contient aussi l’étude de l’album de dessins d’après l’antique d’Etienne Dupérac, qui est un manuscrit de luxe, destiné à des amateurs, mais aussi l’une des œuvres les plus personnelles de l’artiste-antiquaire.
CHAPITRE PREMIER
DUPÉRAC PEINTRE ET ARCHITECTE À ROME (1560-1578)
Les amis et collaborateurs de Dupérac à Rome - A partir de sources très fragmentaires (actes notariés, lettres et témoignages contemporains), nous tentons de reconstituer une partie de l’entourage d’Etienne Dupérac à Rome. Sont évoqués successivement le menuisier Nicolas Mirandal, le marbrier Jean Ménard, les sculpteurs Claude Loisonnier et Claude Grantin, et le pâtissier Pierre Franconneau. Nous analysons également une commande de mobilier passée à Dupérac par le secrétaire de la famille Caetani, Giovanni Francesco Peranda.
Les paysages de la Loggia de Pie IV - Dans une récente publication, Cr. Bragaglia Venuti a attribué à Etienne Dupérac une frise de treize paysages peints à fresque entre 1561 et 1563 au Vatican. Nous rendons compte de ses recherches, tout en effectuant de nouveaux rapprochements entre les estampes de paysages de Dupérac et les peintures de la loggia.
Les travaux du conclave de 1572 - Dupérac a dirigé avec Bartolomeo Gritti la fabrique du conclave de 1572. Les circonstances de leur nomination et la nature de leur travail n’avaient encore jamais été analysées. Nous les étudions en nous appuyant principalement sur les archives de la Chambre Apostolique, qui donnent une idée assez précise de la gestion du chantier et du recrutement des différents artistes et artisans.
Les travaux de peinture et d’architecture au palais Caetani de Cisterna - Au début des années 1570, Dupérac a été employé par la famille Caetani pour des travaux de peinture et sans doute aussi d’architecture. Nous attribuons à l’artiste français le décor de la grande salle du palais Caetani de Cisterna, en nous appuyant sur des photographies encore inédites. L’histoire et l’architecture du palais, qui fut reconstruit dans les années 1570-1580, sont encore très mal connus. Nous montrons que l’intervention vers 1578 de l’architecte Francesco Cipriani da Volterra suit une première phase de travaux. Dupérac semble avoir participé aux projets d’agrandissement de l’aile méridionale, décidés au début des années 1570 par le duc Bonifacio Caetani.
Les travaux de décoration de San Salvatore in thermis - A partir de documents d’archives inédits, nous décrivons une commande passée en 1574 à Dupérac par la confrérie de Saint-Louis-des-Français. L’artiste a réalisé des travaux de stucs et de peinture dans l’ancienne église de San Salvatore in thermis à Rome.
CHAPITRE II
L’ALBUM DE DESSINS D’APRÈS L’ANTIQUE DE DUPÉRAC (VERS 1575)
Les deux versions de l’Illustration des fragments antiques - Dupérac est l’auteur d’un album de dessins d’après l’antique, conservé en deux exemplaires, l’un au Louvre et l’autre à la Bibliothèque nationale de France. Nous montrons que les deux albums sont autographes : le premier a sans doute été réalisé vers 1575 à Rome, tandis que le second est une copie plus tardive et moins soignée. Nous étudions en détail le classement original des manuscrits et leur enrichissement par des collectionneurs, entre la fin du XVIe et le début du XVIIIe siècles.
Un « livre-corpus » de dessins d’après l’antique - Le contenu documentaire de l’album de Dupérac, ses sources iconographiques, et le programme intellectuel auquel il répond sont analysés de manière approfondie. Nous montrons que l’artiste a eu accès, vers 1575, aux dossiers iconographiques de Panvinio, alors possédés par Fulvio Orsini. Il a aussi utilisé les manuscrits de Ligorio achetés par le cardinal Farnèse.
Le traité de Dupérac sur les religions antiques - L’exemplaire de la Bibliothèque nationale de France contient un petit traité, portant sur les religions égyptienne et romaine, qui a été composé par Dupérac. Nous analysons sa composition et une partie des sources imprimées utilisées par l’artiste (écrits de Du Choul et estampes de Dupérac).
CHAPITRE III
LE SUCCÈS DE L’ARCHITECTE EN FRANCE (1578-1604)
Le retour de Dupérac en France - Le retour de l’artiste en 1578 est étudié selon trois angles d’approche : le décès de l’éditeur Antoine Lafréry (1577), les relations de Dupérac avec la cour de France, et un projet non abouti d’installation à Malte en compagnie de Karel Van Mander (vers 1576-1577).
Dupérac, architecte des princes de Guise et de Lorraine (1578-1588) - En nous appuyant essentiellement sur des documents d’archives, nous décrivons les travaux d’architecture effectués par Dupérac pour le duc d’Aumale (vers 1582), le duc de Mercoeur (1588) et le duc d’Elbeuf (vers 1595). L’ouvrage le mieux connu est le tombeau du cardinal de Vaudémont à Nancy. Nous évoquons les liens d’amitié et de collaboration entre Dupérac et une grande famille de marbriers, les Ménard.
Le projet de villa pour Catherine de Médicis à Chaillot - Nous revenons sur l’attribution à Dupérac d’un projet de villa pour Catherine de Médicis, tout en proposant une nouvelle datation aux alentours de 1588. Notre analyse met en évidence les sources antiquaires et l’inspiration italienne du projet, en effectuant de nombreux rapprochements avec l’œuvre gravé de Dupérac et l’architecture des villas et des jardins maniéristes du Latium.
Les travaux d’architecture au palais et au jardin des Tuileries - La tradition qui présente Dupérac comme un spécialiste des jardins mérite d’être reconsidérée. A partir de 1596, l’artiste semble avoir été le principal architecte du roi Henri IV aux Tuileries, où il participa à la décoration du palais et à l’aménagement des jardins. Dupérac fut un ami proche du jardinier Claude Mollet, avec qui il a travaillé à Anet et peut-être aux Tuileries. Le témoignage de Mollet, concernant son apprentissage auprès de Dupérac, est analysé et replacé dans l’évolution générale du jardin, en France et en Italie, dans la seconde moitié du XVIe siècle.
Les jardins en terrasses du Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye - Dupérac est présenté traditionnellement comme l’auteur des grands jardins en terrasses de Saint-Germain-en-Laye. L’architecture des galeries et des escaliers, l’histoire du chantier et l’attribution du projet final à Dupérac sont reconsidérés à partir de pièces d’archives, de dessins et de témoignages qui sont en grande partie inédits. Nous montrons que le projet des terrasses dépend peut-être d’une restitution par Pirro Ligorio du site antique de Préneste, que Dupérac avait copiée vers 1565 pour Panvinio.
CONCLUSION
Etienne Dupérac fut un artiste très polyvalent de la Renaissance, dont l’œuvre intéresse de nombreux domaines de recherche, tant en histoire qu’en histoire de l’art : l’estampe vénitienne et romaine, le livre illustré, les sciences antiquaires, l’architecture française et italienne, ou encore le goût pour l’antique et pour l’architecture dans la seconde moitié du XVIe siècle. Notre monographie apporte un grand nombre d’œuvres et de documents, qui ne comblent certainement pas toutes les lacunes, mais qui complètent et corrigent sur bien des points l’image très floue que l’on avait gardée de Dupérac. Elle permet aussi d’évaluer l’importance du voyage à Rome dans les carrières d’artistes à la Renaissance, en déplaçant certaines idées reçues sur la durée des séjours en Italie, la place des peintres étrangers sur les chantiers romains, les relations entre les graveurs et les éditeurs, ou encore le classement des artistes par « Ecoles » nationales. L’œuvre de Dupérac nous offre également des exemples, parfois étonnants, de transferts intellectuels et artistiques entre l’Italie et la France. La copie et la restitution de l’antique semblent avoir constitué un terreau d’invention extrêmement fécond pour ses projets d’architecture, qui présentent un caractère très antiquisant. Au-delà de sa diversité, qui est réelle, c’est dans la soif des contemporains pour l’antiquité que l’on perçoit le mieux la signification de l’œuvre de Dupérac, ainsi que les raisons de son succès.
FONDS D’ESTAMPES ET DE DESSINS ; ARCHIVES ET MANUSCRITS
Liste détaillée des fonds d’arts graphiques (estampes et dessins), des manuscrits et des archives que nous avons consultés à Paris, Rome, Naples, Florence, Londres, Berlin et Munich.
ANNEXES
Les annexes sont divisées en quatre sections. Les trois premières contiennent essentiellement des documents d’archives, qui sont en partie inédits : documents concernant Etienne Dupérac (Annexe 1 ; doc. 1-56) ; documents concernant les éditeurs Antoine Lafréry, Claude Duchet et Giacomo Gerardi (Annexe 2 ; doc. 57-89) ; documents concernant la construction des terrasses du Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye (Annexe 3 ; doc. 90-105). Dans la dernière section est édité le traité manuscrit de Dupérac sur les religions égyptienne et romaine (Paris, BnF, Ms, fr. 382, f° 1 r°-3 r° et f° 32 r°-35 v°).
INDEX
Index des noms propres cités dans le premier tome de la thèse.
TOME SECOND : CATALOGUE DES ESTAMPES
Estampes gravées par Etienne Dupérac à Venise et à Rome
Le catalogue de l’œuvre gravé décrit cent quarante-quatre estampes attribuées à Etienne Dupérac. Il mentionne en outre les cent illustrations du livre de fables de Gabriele Faerno qui, faute de temps, n’ont été traitées que dans une seule notice. Notre travail confirme, sauf dans deux cas, la totalité des attributions et des rejets proposés en 1963 par Henri Zerner. Nous avons ajouté onze nouvelles pièces, qui n’avaient encore jamais été répertoriées dans l’œuvre de Dupérac. Les estampes ont été classées dans un ordre chronologique qui reste parfois approximatif. Chaque œuvre est accompagnée d’une notice analytique complète, qui décrit les états successifs et les modifications apportées à la lettre des estampes. Les regravures sont indiquées lorsqu’elles sont importantes. Pour chaque état sont indiquées les références des épreuves consultées dans différents fonds d’estampes conservés à Paris, Rome, Florence, Londres, Berlin et Munich. Les copies des estampes de Dupérac font l’objet d’une rubrique, qui n’est pas exhaustive. En outre, nous citons les extraits des traités d’Onofrio Panvinio qui correspondent aux illustrations gravées par Dupérac. Enfin, chaque notice comprend un commentaire détaillé, qui analyse le contexte de création de l’image, sa composition, son contenu, et dans quelques cas ses usages.
Estampes d’attribution incertaine
A la suite de l’œuvre gravé de Dupérac sont présentées quatre eaux-fortes anonymes, que nous proposons d’attribuer à l’artiste à titre d’hyptothèse.
Estampes rejetées
Huit eaux-fortes, qui ont été attribuées précédemment à Etienne Dupérac, ont été classées parmi les œuvres rejetées. Cet ensemble comprend des œuvres de Titien, Cornelis Cort, G. B. Angolo del’Moro et plusieurs planches anonymes. Les notices suivent la même grille d’analyse que le reste du catalogue.
La quasi totalité des œuvres étudiées dans le catalogue sont reproduites en vis-à-vis des notices.
TOME TROISIÈME : CATALOGUE DES DESSINS
Le catalogue des dessins contient cinq sections : les quatre premières sont consacrées à l’œuvre de Dupérac et la dernière aux dessins rejetés. Les notices documentent non seulement les dessins, mais aussi les objets antiques qu’ils reproduisent, les textes épigraphiques, ainsi que les annotations écrites sur les feuillets. Dans le cas des copies d’après les manuscrits de Pirro Ligorio, nous avons parfois cité des extraits des textes relatifs aux illustrations. Les copies des dessins de Dupérac ont été signalées aussi souvent que possible.
I Dessins préparatoires réalisés pour Onofrio Panvinio
Cette section porte sur les dessins préparatoires réalisés par Dupérac pour Onofrio Panvinio : relevés d’après l’antique ; restitutions de scènes antiques ; dessins préparatoires aux planches du De ludis circensibus. Tous ces dessins proviennent du Codex Orsini (Vatican, Bibliothèque Apostolique Vaticane, Ms., Vat. Lat. 3439).
II Dessins de copie d’après les manuscrits de Pirro Ligorio
La seconde section décrit les dessins de copie, réalisés par Dupérac pour Panvinio, qui sont conservés dans le Codex Orsini (Vatican, Vat. Lat. 3439). Il s’agit de deux cent quarante et un feuillets, dont les dessins dérivent principalement des illustrations du Libro dell’antichità de Pirro Ligorio (Paris, Bibliothèque nationale de France, Ms., Ital. 1129 ; Naples, Bibliothèque Nationale, Ms., Cod. XIII. B. 4, 6-8 et 10). Notre catalogue suit le classement des manuscrits de Ligorio, dont l’ordre est essentiellement thématique (statues et reliefs inscrits, monnaies, vases, restitutions architecturales, etc).
III L’Illustration des fragmens anticques appartenant à la religion et cérémonie des antiens romains
Cette partie du catalogue documente soixante-quatorze dessins d’après l’antique provenant des deux exemplaires de l’album de Dupérac (Musée du Louvre, Département des arts graphiques, Inv 26385-26477 et Bibliothèque nationale de France, Ms., Fr. 382). Nous avons privilégié dans notre description l’album du Louvre, qui est le plus ancien et le plus beau. L’album contient trois livres consacrés respectivement aux antiquités égyptiennes (ou égyptisantes), aux antiquités et à l’architecture romaines. Les dessins sont tantôt des copies élaborées des dessins du Codex Orsini, tantôt des copies d’estampes, tantôt des dessins construits à partir d’études réalisées sur le motif.
IV Dessins de ruines et projets d’architecture
Nous avons réuni dans cette section cinq dessins isolés que nous attribuons à Dupérac (D 1-5) : un projet d’agrandissement du palais Caetani de Cisterna (vers 1570) ; deux dessins préparatoires aux planches 32 et 36 des Vestigi dell’antichità di Roma (vers 1575) ; un plan et une vue à vol d’oiseau appartenant à un projet de villa sur la colline de Chaillot (vers 1588).
V Dessins rejetés
La dernière section du catalogue réunit soixante-cinq dessins dont nous rejetons l’attribution à Dupérac. Les œuvres, qui sont classées dans un ordre chronologique approximatif, ont été analysées selon les mêmes critères que les autres dessins. Elles comprennent une vingtaine de vues de Rome, quelques dessins de figures, et un grand nombre de dessins d’après l’antique ajoutés à l’album du Louvre par différents collectionneurs.
La quasi totalité des dessins analysés sont reproduits dans le catalogue.
Etienne GRESILLON - Une géographie de l’au-delà ? Les jardins de religieux catholiques, des interfaces entre profane et sacré.
samedi 5 décembre 2009
14h30
A l’institut de Géographie, petit amphithéâtre,
191 rue Saint Jacques 75005 Paris
Etienne GRESILLON soutient sa thèse de doctorat :
Une géographie de l’au-delà ? Les jardins de religieux catholiques, des interfaces entre profane et sacré.
En présence du jury :
M. AMAT (Paris 4)
M. ARNOULD (ENS Lyon)
M. BERTRAND (Le Mans)
MME HOTYAT (Paris 4)
M. SAJALOLI (Orléans )
Etre anglophone en Caraïbe. Les stratégies identitaires dans les petits Etats : l’exemple de la Dominique
Samedi 22 octobre 2005
9 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences, D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Bruce JNO-BAPTISTE soutient sa thèse de doctorat :
Etre anglophone en Caraïbe. Les stratégies identitaires dans les petits Etats : l’exemple de la Dominique
En présence du Jury :
M. REDONNET (Paris 4)
M. BARBICHE (Le Havre)
Mme BODY-GENDROT (Paris 4)
M. DAVIDAS (Antilles)
Etre capable de Dieu, le concept de l’imitation chez Bonaventure et Thomas D’Aquin
Vendredi 10 juin 2005
15 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Akos CSEKE soutient sa thèse de doctorat :
Etre capable de Dieu, le concept de l’imitation chez Bonaventure et Thomas D’Aquin
En présence du Jury :
M. IMBACH (Paris 4)
M. BASCO
M. CHRETIEN (Paris 4)
M. SOMLYO
Etude architecturale de l’abbatiale de la Trinité de Vendôme : le chantier gothique
Jeudi 11 décembre
14 heures
Institut océanographique, petit amphithéâtre
195, rue Saint Jacques
Paris 5e
Mme Isabelle ISNARD soutient sa thèse de doctorat :
Etude architecturale de l’abbatiale de la Trinité de Vendôme : le chantier gothique
en présence du Jury :
M. KURMANN (FREIBURG)
M. RECHT (Coll de Fr)
M. SALAMAGNE (TOURS)
M. SANDRON (PARIS IV)
Etude comparative et interculturelle de la littérature africaine de la langue française au sud du Sahara : unité littéraire et identités régionales
Lundi 6 novembre 2006
14 heures 30
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Gilbert LOMBALE-BARE soutient sa thèse de Doctorat :
Etude comparative et interculturelle de la littérature africaine de la langue française au sud du Sahara : unité littéraire et identités régionales
En présence du Jury :
Mme CHEMAIN (NICE)
Mme CHIKHI (PARIS 4)
M. HALEN (METZ)
M. JOUANNY (PARIS 4)
M. KADIMA NZUJI (BRAZAVILLE)
Résumés
Cette étude se propose d’expérimenter la classification de la littérature africaine sudsaharienne à partir des « aires culturelles », perspective qui voit le jour au Colloque International « Aires Culturelles et Création Littéraire en Afrique » organisé par l’UNESCO. De ce point de vue, l’Afrique équatoriale, zone de culture bantoue, et l’Afrique occidentale, zone de culture soudanaise et sahélienne, consacrées par la critique comme un ensemble littéraire homogène, constituent deux cadres de référence. Dans une première partie sont abordées des questions de méthodes. Les tendances principales actuelles de la critique africaine se fondent sur l’approche historique liée au contexte colonial et des indépendances africaines. Elles présentent toutes un caractère commun : la vision monolithique des faits littéraires. Dans la vision globale, l’unité est postulée comme une évidence. La problématique des littératures nationales supposée refléter la diversité et la pluralité, se conforme au partage colonial de l’Afrique qui a engendré la balkanisation du continent. La classification par zones linguistiques procède elle du cloisonnement de l’Afrique en zones d’influences européennes. La comparaison interculturelle est une perspective nouvelle qui présente l’avantage d’aborder la littérature africaine dans son double aspect de l’unité et de la diversité. En quoi consiste l’unité littéraire africaine est une question à laquelle tente de répondre la deuxième partie. L’étude transversale de deux thématiques : l’impact de la mémoire spirituelle négro-africaine sur l’écriture, et la représentation du pouvoir politique moderne, s’appuie sur des faits qui donnent une perception objective de l’unité. La spiritualité ancestrale de laquelle se justifie la vision africaine du monde est une source prodigieuse d’un imaginaire spirituel qui féconde abondamment la littérature à travers des formes variées et différentes modalités et techniques de l’écriture. Elle coexiste dans un rapport d’interférence avec le discours rationnel. Dans une troisième partie, l’analyse porte sur la « conscience littéraire » des œuvres, notion à partir de laquelle se dégagent la conscience d’une identité commune africaine, mais également la conscience d’appartenance bantoue en ce qui concerne les œuvres des écrivains originaires d’Afrique équatoriale, et la conscience d’appartenance soudanaise et sahélienne pour les œuvres des écrivains originaires d’Afrique occidentale. Des différences entre une écriture d’inspiration "équato-bantoue″ et une écriture d’inspiration "sahélienne″, aux caractéristiques propres, se dévoilent à travers multiples centres d’intérêt dans une cohérence interne justifiant des spécificités littéraires régionales.
This study is an attempt to experiment with the classification of Sub-Saharan African literature in the light of “cultural areas”, a perspective which was first applied at the international conference “Aires Culturelles et Création Littéraire en Afrique” organised by the UNESCO. From this point of view, Equatorial Africa, which is an area of Bantu culture, and West Africa, which is an area of Sudano-Sahelian culture, make up two distinct frames of reference, even though they are considered as a homogeneous literary group by literary criticism. In the first part several methodological questions are tackled-the main current trends of African literary criticism are based on the historic approach related to the colonial context and the period of independence. They all bear a common trait : the monolithic vision of literary facts. To the global eye, unity appears as something obvious. Problems arising from national literatures, which are supposed to reflect diversity and plurality, conform to the colonial partition of Africa, which has given birth to the balkanisation of this continent. A classification by linguistic areas has emerged from the partitioning of Africa in regions of European influence. An intercultural comparison stands out as a new perspective, which has the advantage of considering African literature as a two-fold entity of unity and diversity. The question that the second part tries to answer is : what does the African literary unity consist of ? The cross-section study of two themes : the impact of Black-African spiritual memory on writing and the representation of modern political power are supported by facts which make unity to be perceived as objective. The primitive spirituality that has traditionally justified the African look on the world is an amazing source of spiritual imagery which pervades literature by means of a variety of forms, genres and techniques. This spirituality coexists with the rational discourse in a relation of interference. In the third part, the analysis focuses on the “literary conscience” of literary works-this notion implies both the conscience of a common African identity and, at the same time, the Bantu tribal conscience, for the works of writers coming from Equatorial Africa, and the Sudano-Sahelian tribal conscience, for the works of writers coming from West Africa. Some differences between an “equato-Bantu”-inspired literature and a Sahelian-inspired literature, both with their own characteristics, are then unveiled through a myriad of centres of interest in an internal coherence which justifies literary regional specificities.
Position de thèse
La littérature africaine moderne est abordée quasi exclusivement en fonction de l’histoire coloniale et des Etats-Nattions que cette histoire a engendrés. J’ai adopté une approche différente qui consiste à étudier la littérature africaine en fonction des peuples et des cultures à partir des aires et des foyers culturels. J’estime que l’histoire coloniale, et notamment les Etats-Nations ne reflètent pas la réalité profonde de l’Afrique noire. Les frontières artificielles des Etats-Nations, les structures et les idées de ces Etats n’ont pas encore atteint un niveau suffisant d’intégration pour être représentatifs des peuples et de la réalité africaine tout entière.
Cette étude se propose donc d’expérimenter la classification de la littérature africaine sud-saharienne à partir des « aires culturelles », perspective qui voit le jour au Colloque International « Aires Culturelles ET Création Littéraire en Afrique » organisé par l’UNESCO, mais qui n’est pas encore suffisamment explorée. Derrière la notion d’« aires culturelles » on trouve les concepts d’« intraculturalité » et d’« interculturalité ». De ce point de vue, l’Afrique équatoriale, zone de culture bantoue, et l’Afrique occidentale, zone de culture soudanaise et sahélienne, ayant le français comme langue d’écriture, consacrées par la critique comme un ensemble littéraire homogène, sont prises pour deux espaces distincts afin de soutenir la comparaison interculturelle.
Dans une première partie sont abordées des questions de méthodes. L’approche globale donne, à travers des théories et des méthodes d’analyse qui concourent à une homogénéisation systématique de l’écriture, une vision uniformisante de l’Afrique. L’unité est postulée comme une évidence. A cette vision s’ajoutent la classification par zones linguistiques et la problématique des littératures nationales. Ces tendances principales de la critique présentent un caractère commun : la vision monolithique des faits littéraires ; une approche propice à nourrir et à entretenir des clichés sur l’Afrique. Dans le cadre des aires culturelles et des foyers culturels, la littérature africaine n’est plus abordée du point de vue idéologique c’est-à-dire de l’histoire coloniale. L’étude du contenu des œuvres devient la méthode principale utilisée afin de découvrir les œuvres de l’intérieur en fonction de leur langage propre et des thèmes qui y surgissent. Cette démarche permet de confronter et d’établir les relations entre les œuvres et entre les auteurs : relations intraculturelles entre auteurs d’une même zone, relations interculturelles entre écrivains de zones différentes. L’interculturalité est une perspective nouvelle d’analyse dans le champ littéraire africain et dont l’avantage est d’appréhender les faits dans le double aspect de l’unité et de la diversité.
Lorsqu’on aborde la littérature africaine du point de vue de l’analyse littéraire, il se dégage un décalage entre le discours des œuvres et le discours de la critique historique et idéologique. Les problématiques principales de la critique historique, notamment la spécificité africaine et l’homogénéité, la langue d’écriture qui a pour corollaire les aires linguistiques, et la problématique des littératures nationales, ne constituent pas les thématiques et les enjeux dans la production littéraire à proprement parler. Ces questions ne constituent pas les préoccupations des écrivains et des personnages des œuvres. Elles ne structurent pas les œuvres littéraires. L’analyse littéraire donne un éclairage différent de la littérature.
En quoi consiste l’unité littéraire africaine est la question à laquelle tente de répondre la deuxième partie à partir de l’étude de deux axes transversaux de l’écriture : l’importance de la tradition spirituelle négro-africaine, et le thème du pouvoir politique. A la base de la littérature africaine on trouve les questions que pose la rencontre de deux visions différentes du monde. La spiritualité ancestrale de laquelle se justifie la vision africaine du monde coexiste dans une "relation″ de télescopage permanent et un rapport d’interférence et de transgression réciproque avec le discours rationnel et la pensée occidentale. La spiritualité négro-africaine se manifeste à travers des formes variées et différentes modalités et techniques de l’écriture : la relation à la nature et aux choses, le culte des morts, les croyances, les rêves, les mythes, le merveilleux spirituel, etc. Le thème du pouvoir politique quant à lui, marqué par le règne de la dictature et l’extrême violence, est un sujet majeur caractéristique de la littérature continentale qui témoigne des monstruosités et de la tragédie de l’Afrique "moderne″.
Dans une troisième partie, la plus longue, l’analyse porte sur la « conscience littéraire » des œuvres, notion à partir de laquelle se dégagent la conscience d’une identité commune africaine, mais également la conscience d’appartenance bantoue en ce qui concerne les oeuvres des écrivains originaires d’Afrique équatoriale, et la conscience d’appartenance sahélienne pour les œuvres des écrivains d’origine d’Afrique occidentale. Le discours littéraire met en relief des groupes de référence des œuvres à partir desquels on parvient à identifier les appartenances régionales, les habitudes, les mentalités et les comportements collectifs respectifs de même que les thèmes et les styles qui déterminent une écriture de sensibilité sahélienne et une écriture de sensibilité bantoue et équatoriale aux caractéristiques propres. L’étude de différents thèmes et expressions littéraires trace avec pertinence les contours palpables des espaces narratifs régionaux d’affinités et de sensibilités littéraires qui particularisent l’Afrique équatoriale d’une part et l’Afrique occidentale d’autre part.
Dans la représentation de la nature, la géographie est un fait majeur. Le Sahel d’une part et la forêt équatoriale de l’autre constituent deux géographies qui influencent différemment l’écriture des écrivains des deux régions. On ne peut pas comprendre la représentation de la nature dans l’écriture africaine en l’abordant du point de vue global et homogène sans dénaturer la réalité littéraire. Car les géographies respectives du Sahel et de la forêt équatoriale exercent des influences qui distinguent fondamentalement l’écriture des écrivains des deux zones, à la fois sur le plan des énoncés narratifs que sur le rapport que les personnages entretiennent avec leur milieu naturel. Le paysage sahélien conditionne un rapport de l’individu à la nature qui ne peut que se distendre du rapport de l’homme à la forêt équatoriale. Ces deux causes principales apparaissent comme des éléments décisifs dans la vision plus localisée et immédiate du monde des auteurs respectifs.
La littérature africaine d’expression française au sud du Sahara n’est pas seulement la résultante de la rencontre de l’Europe avec la civilisation négro-africaine. La pénétration de la civilisation arabo-musulmane dans l’espace soudano-sahélien est essentielle. Elle a engendré une vie spirituelle et matérielle qui, en s’associant aux valeurs autochtones, a modifié le rapport du monde sahélien de celui du monde équato-bantou. En Afrique occidentale la littérature reflète la culture arabo-berbère à travers l’islam et diverses pratiques sociales et économiques. Le corpus littéraire sahélien tire son originalité de la confluence de trois sources qui le distinguent du corpus d’Afrique équatoriale : la source négro-africaine, la source arabo-berbère, la source européenne. Les religions chrétienne et musulmane ont des influences et des interactions sur l’écriture des deux zones et révèlent des comportements religieux et des rapports aux religions qui ne sont pas identiques. L’islam et le christianisme ont des influences sur l’écriture qui révèlent que l’islam, associé aux traditions africaines, est une religion communautaire et de la vie quotidienne en Afrique occidentale, alors que le christianisme est vécu à titre individuel par des fidèles qui ne renient les croyances ancestrales qu’en apparence.
Le phénomène de l’occidentalisation et ses implications soulève en permanence la problématique de l’adéquation/inadéquation civilisation occidentale prise comme référence universelle et civilisation négro-africaine, et suscite des interrogations constantes sur le sens du progrès, du développement et de la modernité. L’écriture africaine reflète les enjeux de la rencontre et du rapport entre l’Occident et l’Afrique et montre, au-delà des espaces linguistiques et des Etats-Nations comment la civilisation négro-africaine et les cultures autochtones se comportent dans le jeu des influences et/ou de la réception des influences étrangères et comment celles-ci agissent sur les mentalités collectives au niveau d’ensemble et au niveau régional ou local. L’occidentalisation n’a pas uniformisé de façon systématique les habitudes, les comportements et les mentalités des peuples d’Afrique occidentale et d’Afrique équatoriale, en dépit de l’implantation d’un même système scolaire. La littérature montre en effet comment certaines traditions et certains héritages coloniaux issus de l’Occident ne sont pas vécus de façon uniforme et dans les mêmes rapports entre l’Afrique équatoriale et l’Afrique occidentale. La culture du corps, les expressions traditionnelles de la danse, les habitudes vestimentaires et alimentaires et les habitudes de consommation ne sont pas les mêmes en Afrique équatoriale et en Afrique occidentale. La stylisation du corps voilé dans l’écriture d’Afrique occidentale diffère de la stylisation du corps charnel dans les œuvres d’Afrique équatoriale. La symbolique du "corps-identité″ marque profondément l’écriture sahélienne. La représentation de la culture vestimentaire, de la culture alimentaire, de la culture économique, n’est pas la même dans les textes des écrivains respectifs des deux régions. L’habillement et l’alimentation constituent des attributs identitaires qui font la fierté des personnages sahéliens. En Afrique équatoriale, s’habiller à l’européenne et "manger comme un blanc″ constituent des manières de valorisation qui ne sont que des expressions inconscientes d’une profonde acculturation et du complexe d’infériorité de l’indigène.
Le procès et l’autocritique des intellectuels donnent une perception négative de l’occidentalisation. Les intellectuels représentent un groupe au statut ambigu. Leur "savoir″ s’oppose à leur incapacité d’apporter des réponses et des solutions concrètes aux problèmes dont souffre l’Afrique. Avec l’élite politique, ils entretiennent, à leur profit personnel au détriment de l’intérêt général, un espoir auquel le peuple n’accorde plus de crédit.
La présence/absence de thèmes spécifiques et types de personnages dans le corpus de l’une ou l’autre zone, corrobore la thèse de l’existence de deux espaces littéraires distincts qui par ailleurs sont liés par une unité fondamentale indéniable. La présence des personnages typiques de l’univers socioprofessionnel sahélien comme l’imam, le forgeron, le marchand (ou commerçant), le mendiant, le griot, etc., et la sensibilité de l’écriture à l’économie par exemple, distingue l’écriture du Sahel de celle d’Afrique équatoriale. Celle-ci a aussi ses thèmes et personnages spécifiques. La représentation du personnage Ouest-Africain en tant qu’image de l’Autre, et du personnage du Pygmée, nourrit l’écriture d’Afrique équatoriale de la comparaison interculturelle comme un thème littéraire régional. La permanence de l’humour caractérise fondamentalement l’écriture d’Afrique équatoriale. L’image stéréotypée et figée de la femme africaine que véhicule la vision unitaire monolithique cache des images diversifiées des femmes en tant qu’elles sont femme africaine, femme sahélienne, femme bantoue de l’Equateur. D’une part, dans l’écriture de sensibilité sahélienne se dégage une mise en valeur des qualités socioculturelles et des vertus : la dignité et le sens de l’honneur, la fierté des traditions et des origines, la fierté de soi, l’effort sur soi, la patience et l’abnégation, le savoir-faire artisanal, l’amour du travail, la passion de la terre et la valorisation du travail de la terre, l’esprit des affaires. La littérature sahélienne suscite le goût d’entreprendre et du travail indépendant. Elle exprime des alternatives de progrès et le besoin de la société de se transformer. Elle est remarquable par sa vocation didactique et novatrice de la société. C’est une écriture de l’exemplarité avec des héros, des personnages et des représentations modèles qui consacrent l’art littéraire régional sahélien d’un caractère pédagogique dynamique et performatif. D’autre part, l’écriture de sensibilité équatoriale est marquée par la dénonciation et une constante et profonde critique sociale des fausses valeurs et vices : le mimétisme de l’Occident, la honte et le reniement des traditions et des origines, le mépris et la dévalorisation sociale du travail de la terre, le manque de culture économique et d’esprit des affaires, l’esprit bureaucratique, la propension collective à être fonctionnaire, agent salarié de l’Etat ou agent au service du secteur économique privé étranger, la mentalité d’assisté, l’oisiveté, la paresse, la cupidité, le goût des jouissances L’écriture d’Afrique équatoriale révèle une société élitiste dans laquelle les élites sont préoccupées par les besoins de leur promotion et de leur propre consommation mais à qui il manque la conscience des questions de création des richesses et de production des biens, paradoxalement aux ressources dont regorge leur environnement naturel. C’est une littérature caractéristique de l’absence de modèles représentatifs de l’effort et du progrès socio-économique.
Une approche comparative et interculturelle des aires culturelles et des foyers culturels donne un éclairage différent et une perception différente de la littérature africaine. A travers l’analyse interculturelle, l’Afrique occidentale et l’Afrique équatoriale apparaissent comme des espaces dont les contextes respectifs permettent de légitimer l’existence des littératures régionales africaines aux caractéristiques propres. Entre l’Afrique équatoriale et l’Afrique occidentale, les contextes sont différents et influencent l’écriture des écrivains selon l’origine de chacun. Les mentalités collectives régionales divergent entre les personnages d’Afrique occidentale et les personnages d’Afrique équatoriale. Des œuvres littéraires se dégagent, de façon palpable, en plus de la conscience d’appartenance africaine commune, une conscience d’appartenance sahélienne et une conscience d’appartenance bantoue d’Afrique équatoriale. Par contre les personnages des œuvres, qu’ils soient Africains ou Européens, ne s’identifient pas aux aires linguistiques ou aux appartenances anglophone, francophone ou lusophone, comme le laissent entendre les désignations de la littérature africaine de la critique historique et idéologique.
La diversité littéraire régionale permet d’appréhender plus concrètement la problématique de l’unité à travers des thèmes transversaux qui situent les faits au plan général. La comparaison interculturelle présente l’avantage d’aborder la littérature africaine à travers son double aspect de l’unité et de la diversité. Elle donne une image plus objective de l’Afrique dans la mesure où la configuration de la géographie littéraire s’harmonise avec les structures des espaces géoculturels à la fois au niveau général, au niveau régional et au niveau local. A cet égard l’utilisation d’une même langue d’écriture ne suffit pas à justifier l’homogénéité littéraire entre l’Afrique équatoriale et l’Afrique Occidentale. Le texte africain est un produit composite, complexe et ambigu qui ne peut se réduire à l’homogénéité.
La littérature africaine est telle un miroir à travers lequel se reflète la vie en Afrique dans sa globalité, ses différentes composantes et sa diversité. Elle révèle comment on est "Africain″, comment on est "Sahélien″, comment on est "Bantu″ d’Afrique équatoriale, etc. Les questions simples mais cruciales comme « "Où allons- nous ?″ et "Que sommes-nous, nous autres ?...″ », posées à la conscience africaine, condensent le sens profond du phénomène littéraire en Afrique noire et déterminent la problématique de la littérature africaine subsaharienne. Elles symbolisent des hypothèses de travail pertinentes pour comprendre la littérature et l’Afrique.
Etude des valeurs aspecto-temporelles du coréen dans un modèle cognitif -coss- et -teo-
Samedi 12 février 2005
14 h
Salle G366, Sorbonne
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme JUNG-YEON SUH soutient sa thèse de doctorat :
Etude des valeurs aspecto-temporelles du coréen dans un modèle cognitif -coss- et -teo-
En présence du Jury :
M. CHEONG
M. DESCLES (PARIS IV)
Mme GUENTCHEVA (PARIS III)
Mme TAMBA (EHESS)
M. TOURATIER (AIX-MARSEILLE)
Etude sémantique du lat. Signum
Vendredi 17 décembre
14 h
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Stéphane Dorothée THEODOS soutient sa thèse de doctorat :
Etude sémantique du lat. Signum
En présence du Jury :
Mme FRUYT (PARIS IV)
M. MOUSSY (PARIS IV)
M. NICKEES (PARIS VII)
M. NICOLAS (LYON III)
Etudes Allemandes/Etudes Yiddish (XVIe-XXe siècles)
Lundi 21 novembre 2005
14 heures
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme ASTRID STARCK-ADLER soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Etudes Allemandes/Etudes Yiddish (XVIe-XXe siècles)
En présence du Jury :
M. VALENTIN (Paris 4)
M. AZUELOS (Paris 4)
M. COLOMBAT (Paris 4)
M. NEUBERG (Trèves)
M. NIBORSKI (INALCO)
M. RAPHAEL (Strasbourg 2)
Etudes de génétique musicale. Une approche de ses applications pour l’analyse...
Mercredi 17 décembre
9 h 30
Bibliothèque de Musicologie
3, rue Michelet
Paris 6e
M. Yvan NOMMICK soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger Des Recherches (HDR) :
Etudes de génétique musicale. Une approche de ses applications pour l’analyse et l’édition d’oeuvres du XXe siècle
en présence du Jury :
M. AGUILA (TOULOUSE II)
M. BONASTRE (BARCELONE)
M. GONNARD (TOURS)
M. JAMBOU (PARIS IV)
M. MEEUS (PARIS IV)
Etudes des littératures du domaine canadien français centré sur des marques d’affirmation identitaire
Lundi 11 octobre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
M. Bernard EMONT soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Etudes des littératures du domaine canadien français centré sur des marques d’affirmation identitaire
en présence du Jury :
M. BAREAU (VALENCIENNES)
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. DOTOLI (BARI)
M. JOUBERT (PARIS XIII)
M. MENANT (PARIS IV)
Etudes slaves et lecture musico-littéraire en poésie
Vendredi 19 décembre
8 h 30
En Sorbonne, bibliothèque Paul Hazard, Esc. C, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Anne FAIVRE DUPAIGRE soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Etudes slaves et lecture musico-littéraire en poésie
en présence du Jury :
M. AUCOUTURIER (PARIS IV°
M. BACKES (PARIS IV)
Mme FINCK (STRASBOURG II)
M. LEROY (PARIS X)
M. MASSON (PARIS X)
Mme PISTONE (PARIS IV)
Etudier la ville à travers le prisme de la végétation : nouvelles pratiques, nouveaux apports de la télédétection - Montréal et Paris, terrains d’expérimentation
Jeudi 12 mai 2005
Petit amphithéâtre
Institut de Géographie
191, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Isabelle BIRAUD BUROT soutient sa thèse de doctorat :
Etudier la ville à travers le prisme de la végétation : nouvelles pratiques, nouveaux apports de la télédétection - Montréal et Paris, terrains d’expérimentation
En présence du Jury :
Mme HOTYAT (Paris 4)
M. CARMONA (Paris 4)
M. CARRIERE (Québec)
M. CHEMLA (Paris 4)
M. GILG (EHESS)
M. HUBSCHMAN (Toulouse 2)
Eugène Grasset (1845-1917), enseignant et théoricien. Edition critique et notes de cours et du traité inédit "Composition végétale"
samedi 13 novembre
14 h 30
Carré Colbert, INHA
Salle Ingres, 2e étage
2, rue Vivienne
Paris 2e
Mme Marie-Eve SCHEURER CELIO soutient sa thèse de doctorat :
Eugène Grasset (1845-1917), enseignant et théoricien. Edition critique et notes de cours et du traité inédit "Composition végétale".
En présence du Jury :
M. FOSSIER (LYON II)
M. GAEHTGENS (BERLIN)
M. GRIENER (NEUCHATEL)
M. JOBERT (PARIS IV)
M. RINUY (PARIS X)
M. THIÉBAUT
Eugène Ionesco et la peinture
Mardi 21 juin 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Sonia de LEUSSE soutient sa thèse de doctorat :
Eugène Ionesco et la peinture
En présence du Jury :
M. GUENOUN (Paris 4)
M. ABIRACHED (Paris 10)
MME HUBERT
MME IONESCO
M. TADIE (Paris 4)
Evolution de la position de l’individu chez Marx
Lundi 21 juin
14 h
Amphithéâtre Michelet
Sorbonne
46, rue Saint Jacques
75005 Paris
M. Patrice CAILLEBA soutient sa thèse de doctorat :
Evolution de la position de l’individu chez Marx
en présence du Jury :
M. BENSUSSAN (STRASBOURG II)
M. BESNIER (PARIS IV)
M. RAYNAUD (PARIS II)
M. RENAUT (PARIS IV)
Exgèse et politique dans l’oeuvre d’Haymon d’Auxerre
Lundi 20 novembre 2006
14 heures
En Sorbonne,Salon de la Présidence, 1er étage
54, rue Saint-Jacques 75005 Paris
Mme Sumi SHIMAHARA soutient sa thèse de Doctorat :
Exgèse et politique dans l’oeuvre d’Haymon d’Auxerre
En présence du Jury :
Mme DE JONG (UTRECHT)
M. DOLBEAU (EPHE)
M. IOGNA-PRAT (CNRS)
M. LAUWERS (NICE)
M. SOT (PARIS 4)
M. VERGER (PARIS 4)
Résumés :
Haymon vit et enseigne à l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre au milieu du IXe siècle. Nous établissons l’authenticité et l’édition critique de l’Annotation brève sur Daniel, jusqu’à présent inédite, en donnons une traduction, puis montrons que l’exégèse d’Haymon témoigne de la réussite du renouveau carolingien. La pensée patristique est assimilée, ce qui permet à Haymon d’élaborer des commentaires personnels. Attentif à la correction du texte biblique, il utilise la révision réputée peu diffusée de Théodulfe d’Orléans. Pillé par la Glose ordinaire, il est lu durant tout le Moyen Age jusqu’à l’époque humaniste. Commentateur des prophètes, il actualise leur admonition en exaltant une sainteté monastique. Il minore la responsabilité du pouvoir séculier au profit de celui des religieux. Le mouvement réformateur carolingien, encouragé par les rois, se retourne contre eux dans l’œuvre d’Haymon : le point de vue ecclésiologique qu’il défend prépare celui de ses confrères des Xe-XIe siècles.
In this dissertation, we first state the authenticity and establish the - previously unpublished - text of the Adnotatio breuis in Danielem. We then provide a French translation and at last show how the fruitful achievements of the Carolingian revival are enlightened by Haimo’s practice of exegesis. Indeed, since the thought of the Fathers eventually became part of the common background by that time, Haymo was able to build and shape personal commentaries on biblical texts. As his consistent use of the theodulfian recension shows - a text that was hardly available at all -, he was deeply concerned with accuracy in the Bible. Later, he was plundered by the Glossa ordinaria and constantly read from the Middle Ages to the early modern period. The main lines of thought we stress here are the following. As a commentator upon the Prophets, he adapts their admonitio to his own time by exalting monastic holiness. When it comes to the relationships between secular and spiritual power, Haymo understates the responsibility of the secular power while emphasizing the religious one. The Carolingian reforming movement that was encouraged by the kings thus finally turns against these in the works of Haymo. Therefore, the ecclesiological point of view already defended by Haymo can be seen as a forerunner of his Xth- XIth century colleagues’ thought.
Position de thèse :
L’exégèse biblique explicite la Loi par excellence, le message adressé par Dieu aux hommes. Le Livre est ambigü, à toutes les époques. Son interprétation est une prise de position en vue de fournir prescriptions et modèles à une société donnée. L’exégèse est donc une source riche pour l’histoire des représentations, en particulier politiques. Nous choisissons un point de vue particulier, celui d’Haymon d’Auxerre, moine qui vécut au milieu du IXe siècle et enseigna à l’abbaye Saint-Germain et montrons en quoi sa culture et ses représentations témoignent d’une certaine originalité parmi les lettrés carolingiens. L’exégèse du haut Moyen Age est marquée par le poids très important de la tradition patristique. Pour cerner les inflexions d’Haymon, ce qui fait sa personnalité, nous adoptons une démarche comparatiste à la fois synchronique et diachronique, faisant nôtre la maxime employée par différents spécialistes de l’exégèse et formulée comme suit par Philippe Buc : « Tout écart, même minime, dans la reproduction des textes reçus, est potentiellement significatif ».
Cette minutie dans la comparaison exigeait que notre étude reposât sur un texte fiable. Nous établissons donc l’édition critique de l’Annotation brève sur Daniel, jusqu’à présent inédite, ainsi que sa traduction. Pour fonder une analyse plus générale de la pensée d’Haymon, nous élargissons ce corpus selon deux cercles concentriques. Le premier englobe trois textes proches du commentaire sur Daniel : les expositions d’Haymon sur Joël, Amos et Abdias. Nous avons systématiquement comparé ces traités à leur source majeure, les expositions de Jérôme. Notre corpus principal est ainsi suffisamment cohérent pour autoriser de fréquentes comparaisons et comprend quatre textes, ce qui permet de déterminer des constantes dans l’exégèse haymonienne, par-delà les particularités inhérentes à un texte biblique donné. Le deuxième cercle englobe le reste de l’œuvre d’Haymon, que nous avons interrogé sans en faire une étude exhaustive ni en rechercher systématiquement les sources. Nous y avons puisé des confirmations d’idées qui avaient émergé à partir de notre corpus principal et dont nous voulions vérifier l’importance dans l’œuvre d’Haymon mais aussi des compléments d’informations.
Nous définissons le terme politique au sens large comme tout ce qui a trait au mode de gouvernement d’une société donnée, plutôt que dans le sens restreint de construction d’un État. A l’époque carolingienne, la société est l’Église visible, tendue vers son achèvement eschatologique. Le politique se situe essentiellement dans une relation verticale, celle de la médiation humaine entre la royauté absolue, celle du Christ, et de son corps, l’Église. Nourri des premiers fruits de la renaissance et de la réforme carolingienne, Haymon déploie une pensée relativement novatrice au milieu du IXe siècle. Comme les autres lettrés carolingiens, il considère que le savoir doit réformer le monde ; la science, alliée à la sagesse, est un outil politique. Nous déclinons successivement trois traits de sa personnalité au cours de quatre parties.
Les deux premières parties de cette étude sont en effet consacrées à l’écrivain, moine de Saint-Germain d’Auxerre. Dans un premier chapitre, nous rappelons le contexte dans lequel il écrit : Auxerre est un des pôles décentré du pouvoir royal. Nous procédons dans le deuxième chapitre à une mise au point de ce qu’on sait de sa biographie, récemment discutée, et de ses ouvrages. Le troisième chapitre apporte de nouveaux éléments sur son œuvre : nous établissons l’authenticité de l’Annotation brève sur Daniel, montrons quelles sont les recensions haymoniennes des commentaires sur Joël, Amos et Abdias et fournissons quelques éléments neufs pour affermir l’attribution du traité sur Jérémie. La deuxième partie de notre travail est consacrée à l’élaboration de notre source principale, c’est-à-dire à l’édition critique de l’Annotation brève sur Daniel dont nous donnons également une traduction annotée.
Dans la troisième partie, nous nous attachons au maître influent dans l’histoire culturelle de l’époque carolingienne et, plus généralement, du Moyen Age. Un premier chapitre rappelle à la fois le rôle moteur de l’exégèse dans la réforme carolingienne et sa place dans la société : c’est à la fois une science monastique et un savoir d’élite. Nous montrons également que l’évolution de l’exégèse carolingienne témoigne de la réussite du renouveau culturel carolingien, en particulier à partir de l’exemple de l’interprétation de Daniel. Le deuxième chapitre est consacré à Haymon en tant que maître en exégèse. Nous nous interrogeons sur le degré d’assimilation des auteurs redécouverts à l’aube du IXe s. et des méthodes élaborées alors, afin d’évaluer, à partir du moine d’Auxerre, la réalité du mouvement de renouveau. Un cas particulier fait l’objet de tout le troisième chapitre : nous y étudions le texte biblique utilisé par Haymon ainsi que ses principes philologiques afin de montrer comment l’entreprise de correction du Livre, encouragée par les souverains carolingiens, a été reçue dans l’exégèse. Cela permet de compléter les travaux sur ce sujet, fondés davantage sur les manuscrits bibliques conservés que sur leur usage. Enfin, nous montrons dans le quatrième chapitre les grands traits de la postérité médiévale d’Haymon en suivant sa trace non seulement dans les témoins subsistants mais aussi dans les catalogues de bibliothèques médiévales et, surtout, dans les écrits de toute la période.
Dans la dernière partie, nous traitons d’Haymon en tant que penseur et nous abordons son exégèse sous l’angle de l’histoire des représentations. Nous montrons dans le premier chapitre le rôle structurant de l’histoire du salut dans sa pensée, toute orientée vers l’attente et la préparation du jugement. Dans la lignée augustinienne, Haymon développe une conception de l’histoire qui lui permet de lire la Bible comme un guide pour ses contemporains. Le Livre est aussi miroir du monde. Cela nous permet, dans un deuxième chapitre, de préciser les responsabilités que le moine d’Auxerre attribue aux dirigeants de l’Église à travers les jugements qu’il porte sur la description des actions de leurs types bibliques. Nous pouvons ainsi cerner les valeurs qu’il exalte, les prescriptions qu’il donne. Dans le dernier chapitre enfin, nous étudions les moyens de gouvernement, de réforme de la société, tels qu’ils sont préconisés et mis en pratique par Haymon dans son exégèse. Il s’agit ainsi de mieux cerner la pensée d’un savant en retrait du monde mais qui s’adresse malgré tout à l’Église universelle.
Nos résultats peuvent se regrouper selon trois thèmes : Haymon est avant tout un moine, ce que l’historiographie avait minoré. C’est un savant ; l’étude précise de son œuvre renouvelle ce qu’on savait du renouveau carolingien. C’est aussi un réformateur qui élabore une idéologie alternative à celles des rois et des évêques. Dans ces trois aspects, Haymon est annonciateur de mouvements ultérieurs qui ont puisé à son exégèse. Si l’emprise réelle de sa prédication sur la société carolingienne elle-même est difficile à évaluer, son influence est incontestable dans la culture et dans les représentations médiévales.
1. Un moine
Un moine en retrait du siècle
Haymon, avant tout, est un moine. On le sait depuis les travaux d’Eduard Riggenbach mais on a eu tendance à minorer ce fait, à voir en lui essentiellement un maître. Tout son œuvre renvoie pourtant à cette réalité sociale et spirituelle. L’homme est en retrait du monde, de la cour et des honneurs. Il n’intervient pas dans les affaires de son temps, il n’est pas le conseiller proche ou lointain des rois contrairement à d’autres moines exégètes, Angélome de Luxeuil ou Raban Maur par exemple. Il ne compose aucune dédicace, pas même pour des frères. Ses commentaires nous sont transmis sans cette gangue de paratexte où l’écrivain, habituellement, parle de ses desseins et de lui-même. Ils sont nus comme l’est l’homme détaché des biens terrestres. Cet anonymat est d’autant plus remarquable qu’Haymon est un exégète prolifique. Après Raban Maur, c’est le carolingien qui a commenté le plus de livres bibliques et l’un de ceux dont l’œuvre a été le mieux diffusée tout au long du Moyen Age.
En outre, Haymon enseigne et écrit dans un milieu situé dans l’orbite royale au IXe siècle. Sous Charles le Chauve, les honores auxerrois sont attribués à des proches du souverain, l’abbaye Saint-Germain est richement dotée, le roi s’y rend régulièrement. Il s’y recueille à l’occasion d’événements décisifs pour lui, par exemple après la bataille de Fontenoy en 841 ou avant d’affronter son frère Louis le Germanique, envahisseur de son royaume en 859. Charles le Chauve est suffisamment présent et attaché à Saint-Germain pour qu’Heiric, élève d’Haymon, lui dédie le récit des miracles du patron de l’abbaye. Cependant l’activité culturelle, polarisée sur la cour de Charlemagne, se déconcentre dès le règne de Louis le Pieux puis se trouve éclatée en multiples pôles sous celui de Charles le Chauve. L’impulsion centrale est peu à peu relayée à la périphérie, signe de la réussite du renouveau carolingien. L’œuvre d’Haymon, comme celui de ses contemporains Paschase Radbert ou Christian de Stavelot, témoigne de ce déploiement dans tout l’espace carolingien du savoir d’élite qu’est l’exégèse biblique. Il révèle le fonctionnement autonome de centres de culture dispersés. Paschase, Christian et Haymon écrivent librement et non sur commande royale ; tous trois, davantage que leur prédécesseurs, impriment leur marque personnelle sur la tradition herméneutique de la Bible. Mais seul Haymon livre des textes nus, sans dédicace, justifiés par leur seul contenu.
Exégèse et lectio diuina
Moine, Haymon l’est aussi en ce qu’il commente la Bible avant tout pour ses frères, professionnels de la prière, ruminants de l’Écriture voués à la lectio diuina. Il leur offre le fruit de sa réflexion pour enrichir la leur, pour les aider à faire croître en eux la parole divine, pour leur révéler l’infinité du texte saturé de sens. Son exégèse est à l’image de cette méditation individuelle et linéaire du Livre : elle épouse les contours du texte, s’arrêtant plus longuement sur les passages qui frappent l’auteur, en évoquant d’autres de manière allusive, choisissant souvent la lecture historique, l’augmentant parfois d’une explication spirituelle. Il n’y a rien de systématique dans l’interprétation haymonienne mais toute la souplesse d’une pensée personnelle. En cela, le moine d’Auxerre se différencie de son inspirateur majeur, Jérôme, et plus encore de son contemporain Raban Maur qui s’applique à présenter avec régularité la lettre puis l’esprit. Il se distingue surtout des commentateurs du XIIe siècle : l’exégèse scolaire s’insérera alors dans un cadre assez strict, par exemple celui de séquences organisées par des quaestiones chez André de Saint-Victor ou celui du sens historique chez Pierre le Mangeur. L’explication monastique adoptera elle aussi un fil directeur plus visible que chez Haymon, souvent tropologique. La liberté du moine d’Auxerre reflète au contraire les aléas d’une réflexion spontanée, quoique pétrie de science patristique.
La pensée d’Haymon est pourtant structurée par l’idéal de perfection sur lequel il a les yeux rivés : c’est la Jérusalem céleste, la cité de Dieu que le moine cherche à rejoindre en s’arrachant à sa condition d’homme terrestre. L’Église ici-bas est mixte, les deux cités y sont inextricablement mêlées, mais Haymon rappelle avec force leur existence réelle, leur distinction définitive et visible, promise pour le jugement dernier. L’histoire des hommes est celle de leur salut, celle de la lutte entre corps du Christ et corps du diable. Tout fait sens dans le monde car tout est voulu par Dieu. Mais les raisons de ce dernier sont impénétrables, sauf par la Bible. C’est là que se concentre le message que Dieu a confié à l’humanité par la voix d’élus inspirés. C’est dans le Livre que se trouve la clé de lecture permettant de comprendre l’univers et les modalités de la lutte récurrente entre les deux cités. En soulignant ce qui, dans l’histoire biblique, montre l’appartenance à l’une ou l’autre, motive les actions de l’une et de l’autre, signifie les attentes et le jugement de Dieu, le moine d’Auxerre fait de la Bible un miroir reflétant la dichotomie du monde et un guide de conduite pour ses contemporains. Ses commentaires constituent donc une exhortation permanente à la quête de perfection, à l’imitation des élus réunis au ciel.
Un idéal monastique
De l’exégèse d’Haymon émerge un idéal que les moines sont supposés incarner au mieux. La vertu qu’il exalte avant toutes les autres est l’humilité, prégnante dans les représentations carolingiennes. Il lui associe la sagesse, la chasteté et la piété, toutes alliées dans un même dessein, celui de se détacher des choses terrestres. C’est au nom de l’humilité qu’Haymon appelle à une conversion permanente. La pénitence sauve en lavant des péchés, elle est le moyen par excellence du salut dans la mesure où le libre-arbitre, la décision d’accepter la grâce miséricordieuse du pardon divin, est la seule marge de liberté dont les hommes disposent sur terre. La pratique pénitentielle exaltée par Haymon est une conversion quotidienne, intense, absolue : il s’agit de se tourner vers Dieu, de s’offrir en sacrifice à lui en se purifiant par une ascèse faite de jeûne, de componction, de larmes et de prière. Tout le culte, l’alliance renouvelée jour après jour avec Dieu consiste en cette offrande de soi ; sa qualité réside dans l’intention du fidèle et non dans les seuls gestes. La spiritualité qu’Haymon propose à ses contemporains est donc profondément monastique.
La valorisation très appuyée de l’homme intérieur au détriment de l’homme extérieur, façonnée par l’esprit bénédictin tout autant que par les écrits d’Augustin et de Grégoire, conduit Haymon à fustiger avec vigueur le comportement des hommes du siècle. Il critique particulièrement les puissants et leur exercice du pouvoir, visant surtout les rois mais aussi les évêques et, parfois, les abbés. Sa méfiance et sa réprobation vont plus loin que celles de ses contemporains religieux et lettrés dans la mesure où elles ont des conséquences sur son ecclésiologie. Haymon minore la responsabilité du pôle temporel de gouvernement dans l’Ecclesia, le cantonnant à un rôle de coercition et de défense des fidèles. Il rend plus étanche la frontière entre les deux sphères de pouvoir. Seules les autorités religieuses régissent la société, l’admonestent. Parmi elles, les moines ont un rôle capital : ce sont les prédicateurs par l’exemple, ils incarnent un modèle que tous les fidèles sont invités à imiter. Haymon offre ainsi une idéologie politique alternative à celles que défendent les rois, les évêques et le pape au milieu du IXe siècle et prépare l’élaboration d’une conception monastique de l’Église.
Un inspirateur de la pensée et de l’exégèse monastique médiévales
Les idéaux d’Haymon ont en effet influencé Heiric, son disciple : ce sont eux, probablement, qui l’ont poussé à remodeler le schéma des trois ordres afin de formaliser la prépondérance des moines dans la société. De même, les mouvements clunisiens et grégoriens ont sans doute puisé chez Haymon une part de leurs valeurs : la lecture du moine d’Auxerre est attestée dans ces milieux. On avait jusqu’alors considéré qu’Haymon était un précurseur de l’exégèse scolaire. En réalité, il est également influent parmi les moines, comme l’atteste la présence de ses traités dans les catalogues de leurs bibliothèques au Moyen Age. Nombreuses sont les œuvres émanant du cloître qui s’inspirent des commentaires d’Haymon, surtout ceux sur le Cantique des cantiques, Isaïe ou l’Apocalypse, mais aussi sur les Epîtres pauliniennes. Williram d’Ebersberg et Robert de Tombelaine se réapproprient sa pensée : ils utilisent ses expositions comme trame des leurs. Rupert de Deutz et Hildegarde de Bingen lui empruntent plus ponctuellement. Moine, Haymon est en effet aussi un homme de science qui instruit l’Église universelle et écrit pour toucher, au-delà de l’époque carolingienne, toute l’humanité.
2. Un savant
Le savoir, distinctif de l’élite
Alors que pour Haymon, l’idéal monastique de sainteté est théoriquement accessible à tous, la sainteté savante, la plus prestigieuse, distingue une élite d’élus inspirés par Dieu. La connaissance de toutes choses est réservée à Dieu, répète inlassablement Haymon. Mais à chaque époque Dieu inspire quelques élus, leur octroie une compréhension exceptionnelle du monde, un charisme prophétique qui leur confère une position de médiateur entre le roi unique, Dieu, et ses fidèles. Seuls ceux qui bénéficient de cette intelligence supérieure des desseins divins peuvent guider les autres vers le salut. Pour avoir la fermeté nécessaire à cette tâche, ils doivent en outre être mûris par une certaine expérience de la vie et des hommes. Haymon valorise la composante intellectuelle de la sagesse et de la sainteté, se démarquant en cela d’un de ses inspirateurs majeurs, Grégoire le Grand. Il affirme la supériorité de l’admonition doctorale, écrite, donc destinée à un auditoire plus vaste, dans l’espace comme dans le temps, que la prédication orale. Nul doute que cette inflexion vient d’un esprit façonné dans une atmosphère de renouveau des études. Nous pensons qu’Haymon a probablement été oblat ; il aurait été élevé au monastère, à une époque où les lettres refleurissent à l’ombre du cloître.
Un maître en sciences scripturaires
Haymon est lui-même devenu maître en sciences scripturaires, les plus prestigieuses dans la pyramide du savoir. Volontiers didactiques, ses commentaires sont relativement brefs et manifestent une recherche de clarté. Le prédicateur et l’enseignant ne font qu’un : Haymon délimite avec précision les contours de l’orthodoxie, s’attardant sur les passages difficiles, pointant les interprétations erronées qu’il faut éviter. C’est une sentinelle, un veilleur qui anticipe les dangers et corrige les fautes. Par touches légères mais régulières, il rappelle les principaux éléments du dogme, évoque surtout les fins dernières et la toute-puissance de Dieu, sa prescience et la prédestination au bien, la permission qu’il accorde à tout ce qui se fait. Haymon insiste aussi sur la théologie trinitaire et l’unicité de la divinité dans le sillage des controverses carolingiennes. La présentation alternée et parfois hiérarchisée de plusieurs autorités sur une même question exégétique ou dogmatique a fait la célébrité du moine auxerrois. Cela se produit surtout dans son Commentaire sur les Épîtres pauliniennes. Sur les prophètes, Haymon est plus bref mais son exégèse a indéniablement une dimension catéchétique.
Ses expositions démontrent la réussite de la renouatio culturelle mise en œuvre par les carolingiens. D’une part, Haymon dispose manifestement d’une bibliothèque assez riche : il a accès à des œuvres patristiques mais aussi à des glossaires et à des ouvrages de l’antiquité classique, telle l’Histoire naturelle de Pline. D’autre part, le moine d’Auxerre a profondément assimilé un enseignement patristique qu’on s’est efforcé de redécouvrir et de comprendre depuis un demi-siècle. En cet espace de temps, le genre exégétique évolue notablement. Au début, la redécouverte des Pères conduit à la constitution de florilèges comprenant des extraits plus ou moins longs de leurs œuvres. L’étape suivante voit la juxtaposition de plusieurs interprétations d’un même verset dans des compilations anthologiques à but encyclopédique, par exemple celles de Claude de Turin ou de Raban Maur. Cela débouche sur l’élaboration de synthèses personnelles, où l’auteur reformule ses sources, synthétise la pensée de plusieurs Pères. Les commentaires d’Haymon sur Daniel, Joël et Amos témoignent de cette assimilation profonde de l’esprit d’Augustin et de Grégoire le Grand ; c’est elle qui conduit le moine d’Auxerre à modifier la trame hiéronymienne, sans qu’il ait besoin de s’appuyer sur une compilation exhaustive. Haymon a sans doute eu accès dès sa jeunesse à la pensée patristique ; il a réellement pu se l’approprier au fil des ans.
Haymon est également philologue : il s’intéresse à la correction du texte biblique, indique des leçons variantes et la valeur qu’il faut leur accorder. L’établissement de l’édition critique de l’Annotation brève sur Daniel nous permet de mieux approcher le texte qu’il privilégie. La plupart des indices montrent qu’il s’agit de la révision théodulfienne, sans doute dans une recension tardive, donc assez aboutie. Ce fait est remarquable pour deux raisons. D’une part, l’édition de Théodulfe s’apparente à un travail critique hiérarchisant un grand nombre de variantes. C’est une entreprise scientifique à la pointe de la recherche carolingienne. D’autre part, et peut-être en raison de ce caractère, l’œuvre philologique de l’évêque d’Orléans a la réputation d’avoir été peu influente, contrairement à celle d’Alcuin. Seul Jean Scot aurait recouru à la révision théodulfienne. L’étude du texte de Daniel utilisé par Haymon remet en cause à la fois le monopole de la correction alcuinienne et l’échec de celle de Théodulfe. Il faudrait bien entendu étendre l’enquête à d’autres expositions du moine d’Auxerre et à d’autres traités exégétiques carolingiens pour mesurer la réception réelle de ces versions dans les expositions carolingiennes. D’autres indices, chez Raban ou chez Paschase, montrent que le texte d’Alcuin ne semble pas avoir été aussi répandu qu’on l’a dit.
Le comportement philologique d’Haymon révèle en outre les rapports entre exégèse, liturgie et philologie : le moine d’Auxerre privilégie la leçon qui donne le meilleur sens à ses yeux mais il lui arrive de la gloser en la « traduisant » dans le texte liturgique vieux-latin. Il choisit donc de commenter le texte le plus savant mais recourt parfois pour cela à celui que les moines utilisent quotidiennement, ou encore aux leçons transmises par la tradition patristique. La correction biblique, dans son esprit, n’exclut donc pas la plupart des variantes : ces dernières, quand elles ne sont pas des erreurs qu’il condamne sans appel, reflètent l’infinité de la parole divine, imparfaitement traduite dans le langage des hommes. Elles constituent autant de tentatives pour approcher la plénitude du sens du Livre. Cela peut en partie expliquer la résistance que semble rencontrer la diffusion du psautier gallican, souhaitée notamment par Alcuin. Notre enquête sur le psautier utilisé par Haymon repose sur des indices trop peu nombreux pour autoriser des conclusions définitives mais elle corrobore ce qu’Andrea Macaluso observe à la même époque à Fulda : la version romaine semble résister, probablement en raison de la place des psaumes dans la vie quotidienne des moines. Il était naturellement difficile d’imposer des modifications à un texte aussi incorporé à la liturgie monastique que le psautier. Dans l’ensemble cependant, l’œuvre d’Haymon témoigne d’une incontestable réussite du renouveau scolaire carolingien.
Une autorité médiévale reconnue
Transmis sans dédicace et souvent de manière anonyme, les textes d’Haymon posent des problèmes d’attribution. Dès le Xe siècle, il leur arrive de circuler sous le nom de Remi d’Auxerre. Ce fait, joint aux recensions variées du texte d’Haymon, a conduit à voir dans ces états différents des remaniements rémigiens. L’étude de notre corpus principal, composé de cinq commentaires sur les prophètes, ne corrobore pas cette interprétation. Il est possible qu’Haymon ait lui-même régulièrement amendé ses textes, tout en autorisant leur diffusion à des états intermédiaires, au gré des voyages d’études de ses élèves par exemple. La comparaison entre les vestiges de son enseignement et ses commentaires authentiques montre que ces derniers ont bénéficié d’un degré d’élaboration supérieur : il ne s’agit pas de la simple mise en forme de ses leçons, mais bien d’œuvres réfléchies, méditées, mûries. Si le nom de Remi a remplacé celui d’Haymon dans certains manuscrits, c’est probablement parce que le premier a largement contribué à la diffusion des traités anonymes du second. Il fallait un nom ; on a donné celui de Remi qu’on connaissait et qu’on rattachait au texte, même s’il ne l’avait pas modifié.
Pourtant Haymon est reconnu en tant qu’autorité au Moyen Age. Heiric célèbre la science de son maître en constituant deux recueils inspirés de son enseignement. L’un est sans doute un uademecum ; il s’agit de gloses bibliques. L’autre en revanche est une véritable publication qui assemble les scolies des leçons d’Haymon et de Loup de Ferrières et fait leur éloge. C’est cependant l’exégèse scolaire du XIIe siècle qui élève définitivement Haymon au rang d’autorité. Abélard recourt explicitement et abondamment au commentaire d’Haymon sur les Romains. La Glose ordinaire puise largement dans l’œuvre du moine d’Auxerre, sans toujours le citer. Directement ou non, d’autres savants lisent Haymon, tels Pierre Lombard et Pierre le Mangeur. Il est ensuite mentionné en tant qu’autorité par de prestigieux universitaires, tels Albert le Grand, Thomas d’Aquin, Alexandre de Halès. Les correctoires bibliques du XIIIe siècle, par exemple celui d’Hugues de Saint-Cher, utilisent ses remarques philologiques. A l’aube des temps modernes, les humanistes Laurent Valla et Érasme font également référence à Haymon, de même que Jean Hus. Selon les cas, on lui emprunte des notices savantes ou une argumentation théologique. La brièveté, le ton didactique, l’esprit synthétique de ses commentaires séduisent les maîtres dès la fin du XIe siècle et jusqu’au XVe siècle. Chaque époque de renouveau de l’exégèse, le XIIe puis le XVe siècle, vivifie la lecture et la réception de l’œuvre d’Haymon. Quelle meilleure preuve de succès, pour celui qui se voulait docteur de l’Église universelle, que cette reconnaissance de son autorité ?
Un des transmetteurs les plus efficaces de l’exégèse haymonienne est la Glose ordinaire. C’est elle en effet qui accompagne généralement la lecture du texte biblique dans les milieux scolaires puis universitaires : le Livre est désormais corseté dans son interprétation. Or Haymon occupe une place prépondérante dans cet apparat herméneutique, même s’il n’y est pas toujours cité. Le noyau dur de la Glose ordinaire sur les prophètes est façonné par Gilbert l’Universel. Un temps clerc à Auxerre, il y trouve l’œuvre d’Haymon et la pille. Il est possible que son entreprise ait phagocyté la diffusion directe de l’Annotation brève sur Daniel. Quoi qu’il en soit, la faible transmission manuscrite du traité haymonien éclaire la genèse de la Glose ordinaire sur Daniel. Il est en effet improbable que le commentaire d’Haymon ait été directement connu par les responsables du modelage définitif de la Glose : il n’est pas attesté à Paris et sa région. Les variantes qu’on observe dans les manuscrits précédant « la standardisation » de la Glose montrent que plusieurs abréviations du noyau gilbertien ont alors été confectionnées : certaines gloses d’origine haymonienne sont absentes des manuscrits anciens et présentes dans des témoins plus tardifs. Il nous paraît donc impossible de soutenir la thèse d’une genèse de la Glose par accumulation linéaire de matériel interprétatif. C’est à partir d’un noyau dur, diversement remodelé au cours du XIIe siècle, que se constitue ensuite le texte « standardisé » de la Glose sur Daniel. La réception de l’œuvre du moine d’Auxerre contribue donc à clarifier un élément important de l’histoire culturelle du XIIe siècle. La science d’Haymon, qui lui octroie à ses yeux une fonction de recteur dans l’Église universelle, a été appréciée tout au long du Moyen Age. Mais la force du message réformateur qu’il adresse aux chrétiens a également contribué au succès de l’œuvre d’Haymon.
3. Un réformateur
Au XIe s., à l’ouest de l’Europe, Robert de Tombelaine, l’ermite grégorien intransigeant réfugié sur un îlot normand en signe de protestation contre la simonie de son abbé, s’inspire du commentaire d’Haymon sur le cantique des cantiques pour composer le sien. Au XVe s., à l’est de la chrétienté, l’universitaire tchèque Jean Hus puise abondamment à l’exégèse haymonienne. Comme eux, le moine d’Auxerre est en effet un réformateur. Nous avons montré qu’il est bien l’auteur de l’Annotation brève sur Daniel et très probablement celui du Commentaire sur Jérémie. Ce n’est pas un hasard si, à la différence de ses contemporains, il choisit de commenter tous les prophètes de l’Ancien Testament et l’Apocalypse. Il se considère comme leur successeur, c’est-à-dire comme un prédicateur inspiré par Dieu, chargé d’admonester son peuple. L’histoire est récurrente, l’actualité du récit biblique est permanente. En clamant la parole révélée à Daniel, Joël, Amos et Abdias, Haymon en actualise avec vigueur les lamentations, les injonctions, les menaces, les accusations à l’encontre de ses contemporains. L’interprétation essentiellement littérale qu’il donne d’Amos équivaut à une reprise absolue de son discours, celui de la critique sociale. Au cœur d’une époque troublée, marquée par les conflits voyant les frères s’affronter, les honneurs changer de mains au gré de la faveur des souverains, les trahisons et complots se multiplier, le moine d’Auxerre renouvelle les visions de Daniel et la parole d’Abdias. Dénonçant les luttes fratricides, soulignant l’impermanence de la gloire terrestre et des alliances pour le second, il enjoint de se préparer au vrai royaume, immuable et parfait, celui du ciel. Il transpose dans le présent de l’Église carolingienne les exhortations de Joël et ainsi appelle à la conversion de tous, à l’expiation collective du peuple pécheur, à la réforme de l’homme par la pénitence. C’est un message d’avertissement, de condamnation parfois, mais aussi de réconfort et d’espoir qu’il délivre.
Membre de l’élite savante, Haymon s’adresse prioritairement à ses frères, aux lettrés, aux grands. De même que les livres prophétiques mettent en scène l’admonition de l’homme de Dieu et les résistances qu’elle rencontre, l’exégèse d’Haymon est motivée par la distorsion entre son idéal monastique et la réalité de l’exercice du pouvoir. Il dénonce la superficialité des valeurs aristocratiques, l’importance accordée à l’apparat et à l’apparence, le système du don qui favorise les puissants et viole la justice, l’appât du gain qui conduit à opprimer les plus faibles. À propos de la vision de l’arbre coupé en Dn 4, Haymon rappelle que la sanction qui frappe le pécheur détenteur d’une charge publique est sa destitution, fut-il roi. Il fait peut-être allusion, alors, à la déposition de Louis le Pieux en 833 . La peine est assimilée à un ensauvagement ; seule une pénitence sincère, profonde, rend forme humaine au souverain. L’instrument par excellence de la réforme, de la purification qui restaure l’homme dans l’état de son baptême et le débarrasse de la bestialité du pécheur est en effet la pénitence, entendue comme une conversion perpétuelle.
De même qu’Haymon a bénéficié du renouveau carolingien des études puis l’a fait fructifier, de même sa pensée témoigne de la réussite du mouvement de réforme religieuse de l’Empire. Son enfance, probablement dans un monastère où les préceptes conciliaires sont à peu près respectés, pourrait lui avoir inculqué les valeurs dont sont si fortement empreints ses commentaires. On ne sait dans quelle mesure il incarne l’idéal qu’il exalte. Sa science est certaine ; son retrait des affaires, son anonymat relatif suggèrent un détachement des choses terrestres. Il exprime surtout une idéologie qui, finalement, se retourne contre ceux qui en sont les initiateurs : les rois. C’est grâce à ces derniers et à l’impulsion centrale du palais que la discipline est améliorée dans les monastères, que les lettres y sont cultivées. Mais Haymon, pétri des valeurs du cloître, dénie aux souverains la responsabilité pastorale, l’admonestation qui en avaient fait des réformateurs. La recherche de la perfection monastique et du savoir ont pris chez lui un tour suffisamment puissant pour qu’il rejette toute association avec les hommes du siècle, qu’il leur refuse toute participation à la vraie fonction de gouvernance, celle des âmes. À la différence de Raban qui défend un idéal de coopération entre les pôles spirituel et temporel de la société, Haymon adopte et exalte le modèle du prophète, ce prédicateur « extérieur » à la société, cet homme de Dieu sans cesse affronté à la société terrestre.
Le moine, le savant et le réformateur sont ainsi unis dans la figure du pasteur idéal de l’Église universelle qu’Haymon s’efforce d’incarner, rejoignant ceux qui « auront eu une sagesse complète et qui auront instruit les autres non seulement en personne, mais aussi par leurs écrits, chaque jour, dans l’Église, comme les apôtres et leurs successeurs, Augustin, Jérôme, et beaucoup d’autres docteurs » : ceux qui « BRILLERONT, comme le soleil et la lune ou bien comme le firmament entier avec toutes les étoiles ».
Félicité de Lamennais : Parole prophétique et écriture poétique
Samedi 25 novembre 2006
9 heures 15
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Esaclier A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Guilhem LABOURET soutient sa thèse de Doctorat :
Félicité de Lamennais : Parole prophétique et écriture poétique
En présence du Jury :
M. BOUTRY (PARIS 1)
M. MARCHAL (PARSI 4)
Mme MÉLONIO (PARIS 4)
M. REGNIER (LYON 2)
Résumés
Prêtre, Lamennais est aussi homme de presse et, condamné par Rome, il a recours au pamphlet puis à la poésie en versets. Le parcours de Lamennais représente un modèle d’évolution poétique, glissant de la parole du prêtre vers une parole prophétique, puis une parole poétique. Signifiant tout d’abord l’échec du sermon après la Révolution, il tente de renouveler la parole ecclésiale sans y parvenir réellement. La parole prophétique lui convient mieux. Puisant aux sources de l’Ancien Testament, il construit la figure du prophète romantique aux caractéristiques bibliques précises : isolé, incompris, cherchant avant tout à établir une nouvelle communication sur terre, il ouvre un « temps des prophètes » original. Pour donner une voix à cette figure prophétique, c’est vers la poésie que Lamennais va finalement se tourner. Bâtis sur une esthétique du fragment et sur l’utilisation du verset, les recueils publiés après 1832 répondent à une vision nouvelle de l’écriture qui fait éclater les cadres anciens pour inventer une parole libérée de ses carcans formels. Révolutionnaire, l’expérience mennaisienne connaît une fécondité mitigée : les proches de Lamennais sombrent dans une poésie mystique. La véritable innovation de son parcours demeure toutefois sa conception d’un art total aux codes sans cesse revisités.
As well as being a priest, Lamennais is a man of the press. After being condemned by Rome, he uses pamphlets and versed poetry. Lamennais’ progression, from a preacher’s role to a prophet’s, and on to a poet’s, represents a model of poetic evolution. Initially highlighting the failure of preaching after the revolution, he tries to renew ecclesiastical discourse without succeeding fully ; he turns to prophesying, which suits him better. Drawing on the Old Testament, he creates the image of a romantic prophet along precise biblical characteristics : isolated, misunderstood and looking to establish a new communication on earth, he initiates a new and unusual “time of the prophets”. He eventually turns to poetry to give this prophetic figure a voice. The collections published after 1832 portray a new vision of writing : the fragmented aesthetics, combined with his use of verses, break out of the older framework and display a voice liberated from the stranglehold of form. While revolutionary, Lamennais’ ideas do not fall on such fertile ground : those close to him slump into mystical poetry. However, the true innovation of his legacy resides nonetheless in his invention of an absolute artform where the rules are eternally revised.
Position de thèse
Félicité de Lamennais (1782-1854) est surtout connu pour être l’auteur des Paroles d’un croyant, considéré comme le plus gros succès de librairie du siècle. Les incohérences de son parcours n’ont pas fini d’étonner : passant de la contre-révolution au catholicisme social, héritier de Joseph de Maistre devenu proche de Pierre Leroux, il mène une longue carrière de journaliste, de polémiste et d’écrivain, qui commence avec les Réflexions sur l’état de l’Église en France pendant le XVIIIe siècle et sur sa situation actuelle (1808) et s’achève avec l’Esquisse d’une philosophie en passant par le célèbre Essai sur l’indifférence en matière de religion (1817-1823). Ce qui frappe au premier abord, c’est la variété des écrits de Lamennais : pamphlets pour défendre la liberté de croyance, articles de journaux brefs et violents, ouvrages de piété publiés dans des collections pour les « dames chrétiennes », traductions de Dante et des Évangiles, somme philosophique, et enfin recueils poétiques dont Paroles d’un croyant (1834), Le Livre du peuple (1837) et Une voix de prison (1846) sont les exemples les plus aboutis. Or ce que la critique a retenu, c’est souvent le « prophétisme » de l’auteur des Paroles, autour des années 1830, sans vraiment savoir d’où venait ce prophétisme, ni ce qui le motivait. Qu’y a-t-il au fond de « prophétique » chez Lamennais ? Et surtout, pourquoi Lamennais, si prophétisme il y a, choisit-il une telle parole au terme d’un parcours d’écrivain pendant lequel il a déjà expérimenté l’article de presse, le pamphlet, l’écrit théorique et le livre de prière ? Quelles sont enfin les conséquences de ce prophétisme sur la suite de son œuvre, articulée autour de l’Esquisse d’une philosophie (1840-1846) ? On pourra également s’interroger en dernier lieu sur la perception de ce parcours littéraire original - des écrits théoriques aux recueils poétiques en passant par des textes prophétiques - par l’entourage de Lamennais. À partir des années 1830, en effet, Lamennais s’entoure, dans sa propriété bretonne de La Chênaie, près de Saint-Malo, d’écrivains, de poètes et d’artistes qui suivent son enseignement ou viennent tout simplement rendre visite à un homme respecté pour ses prises de position en faveur d’une Église régénérée et d’une union des peuples à l’échelle européenne. En dehors des écrivains bretons réunis dans la propriété voisine du Val de l’Arguenon chez Hippolyte de La Morvonnais, ont séjourné ou se sont rendus à La Chênaie des poètes comme Maurice de Guérin et des compositeurs comme Franz Liszt. Comment le prêtre qui donnait dans l’apologétique dans les premières années de son ministère a-t-il pu engendrer un tel bouillonnement social, spirituel et artistique ?
Répondre à la question en termes d’analyse littéraire méritait d’être tenté, car si le parcours historique de Lamennais déjà bien étudié rejoint en partie celui d’autres grandes figures du siècle, c’est sur le plan du discours que Lamennais se singularise, en raison de son ministère de prêtre : « D’autres que lui, sans doute, ont passé aussi de la cause de l’autorité à celle de la révolution : Lamartine, Victor Hugo, Chateaubriand lui-même, malgré sa fidélité d’office à la légitimité ; mais aucun d’entre eux n’était prêtre, apôtre, prophète ; [...] c’est pourquoi la vie de Lamennais est un drame dans lequel se concentre tout un siècle », a écrit Paul Janet en 1890 dans sa Philosophie de Lamennais. Contrairement à ses contemporains, en effet, Lamennais occupe une place originale, qui le situe à l’intérieur de l’Église au début de sa carrière. Même s’il prend ses distances avec Rome, au point de ne plus dire la messe à la suite de sa condamnation par les deux encycliques Mirari vos et Singulari nos en 1830 et 1832, Lamennais demeure sinon un homme d’Église du moins un homme de Dieu, marqué par une ordination intervenue tardivement en 1816. Du point de vue de l’énonciation, ses textes sont donc nécessairement éloignés des articles de Lamartine ou des études historiques de Chateaubriand. C’est cette particularité qui nous servira alors de point de départ et qui doit nous offrir une entrée dans son prophétisme. Il semble qu’en faisant l’expérience de la prêtrise et en usant des différents types de discours que le prêtre a à sa disposition, Lamennais fasse aussi l’expérience des limites de la prêtrise, au point d’inventer un prophétisme aux fondements vétéro-testamentaires solides. Point d’arrivée, le prophétisme mennaisien répond donc aux limites des discours religieux, de l’homélie et du sermon en particulier. Mais s’il est un point d’arrivée, le prophétisme mennaisien est aussi un point de départ : c’est après les encycliques romaines que Lamennais se lance dans l’écriture de recueils en versets, renouvelant une forme poétique jusqu’ici peu travaillée. À la fin de sa carrière, enfin, il publie un ouvrage aussi volumineux qu’étrange, Amschaspands et Darvands, dans lequel génies du bien et génies du mal correspondent, sur font de luttes pour le contrôle de la société humaine. Est-ce à dire que le prophétisme lui aurait ouvert un horizon imaginaire insoupçonné ? Sans doute, si l’on sait combien la littérature prophétique biblique a recours aux images, à la variété des tons et au mélange des genres, alliant récits, dialogues, descriptions, et argumentation. Aussi l’analyse du parcours littéraire de Lamennais peut-elle être menée en trois temps.
I. « Prêtre ».
Lamennais prend la plume et la parole avant son ordination : ses Réflexions sur l’état de l’Église sont publiées en 1808. Pourtant, il ressent la nécessité d’accéder à la prêtrise. Ce choix semble moins guidé par un souci personnel de spiritualité que par une volonté d’ancrer sa parole dans l’institution, et de lui donner ainsi du poids. Homme d’Église, Lamennais devenu prêtre possède une parole qui fait autorité. Sa parole repose sur une rhétorique bien rodée : héritier de Bossuet et de Fénelon, Lamennais connaît ses classiques et fait fonctionner ses textes selon les mêmes principes : références bibliques et citations d’auteurs qualifiés, inspiration affichée qui place le prêtre dans la continuité du passage de Jésus sur terre, mais aussi vivacité et énergie des formulations puisées chez les orateurs politiques latins. C’est une définition de l’art oratoire que propose ici Lamennais, introduite par des rappels historiques choisis. Il expose une éloquence originale, ambitieuse et ouverte qui sera reprise pour partie plus tard par Lacordaire. Cependant un point pose ici problème : s’il a semble-t-il théorisé l’éloquence, Lamennais l’a beaucoup moins pratiquée. D’abord parce qu’il était, aux dires de ses proches, piètre orateur. Ensuite parce que l’art oratoire tel qu’il le voit pratiqué autour de lui relève plus, à ses yeux, d’effets de manche et d’audace rhétorique, que de réels effets : peu nombreux sont ceux qui se convertissent à l’issue des conférences de Lacordaire à Notre-Dame. Enfin parce que l’éloquence religieuse est selon lui discréditée par les mensonges débités par les orateurs. L’oral est sujet à bien des défauts : Lamennais se réfugie alors dans l’écrit.
Les genres religieux de l’écrit auxquels s’essaie Lamennais sont des genres chargés d’histoire : le sermon, l’homélie et les commentaires des écritures, dès lors qu’ils relèvent de l’écrit, acquièrent une dimension supérieure aux discours faits exclusivement pour être proférés, dans la mesure où ils échappent à l’artifice du geste et du regard échangé avec l’auditoire. C’est ici que Lamennais donne toute sa place à son art de la citation. Écriture de « seconde main », la citation joue de multiples rôles tant dans ses ouvrages théoriques que dans des recueils comme Paroles d’un croyant où elles abondent. Mais là encore, cette technique trouve ses limites dans le retour à la Bible qu’elle opère parfois de manière très répétitive. En citant abondamment le matériau biblique pour donner de l’autorité à son témoignage, Lamennais prend le risque de retourner à la Bible ou de poétiser ses textes sans pour autant bien utiliser sa citation. Souhaitant renouveler les genres religieux, en touchant au sermon, à l’homélie et aux commentaires, et s’inscrivant de la sorte dans une tradition du discours théologal, Lamennais aboutit à la lecture de l’Écriture, au commentaire de texte. La citation biblique, au fil des œuvres, montre le passage d’une rhétorique religieuse à la poésie (Paroles d’un croyant) ou à la Bible elle-même. C’est dire, une fois de plus, l’échec d’un discours religieux dans ce début troublé du XIXe siècle : Lamennais ne trouve pas de genre littéraire religieux idéal, capable de répondre à la fonction enseignante du prêtre et à sa mission d’évangélisation dans un monde où tout est fait pour réduire les prêtres au silence. Devant ce sombre constat, c’est naturellement qu’il va avoir recours à l’écriture polémique et au pamphlet.
« Écrire, prêcher, administrer, c’est combattre », explique Félicité à son frère Jean en mai 1818. Cette affirmation, dès 1818, du lien étroit entre les paroles du prêtre et une écriture agonique, répond aux difficultés rencontrées par Lamennais à trouver un modèle de discours à proposer aux prêtres de France sous la Restauration. Ce sont avant tout les résistances au discours du prêtre qui empêchent la prédication, le sermon, l’homélie ou les commentaires d’être parfaitement opérants. Prenant conscience de ces résistances depuis ses premiers écrits, Lamennais s’engage contre elles en les combattant frontalement. Ainsi rédigera-t-il des écrits à valeur pamphlétaire répondant à la typologie dressée par Marc Angenot dans La Parole pamphlétaire. Certes, Lamennais fait entendre alors le scandale qu’est à ses yeux l’Évangile, et en particulier sa dimension sociale, négligée par Rome et par les évêques de France. Mais il reconnaît aussi un risque à cette posture : le message d’amour et de paix du Christ risque de s’effacer derrière une parole décidément trop violente.
Tout en élargissant le domaine des discours religieux auxquels il s’essaie, Lamennais tente, dans la même perspective, d’élargir le domaine de connaissance des prêtres. Il en va selon lui de la perception du monde que peut en retirer le prêtre. Son ministère se trouve ainsi occupé par de vastes écrits scientifiques et philosophiques qui tendent à accroître les compétences du prêtre. Son discours en ressort enrichi : avec Lamennais, ce sont les débuts d’une encyclopédie catholique qui sont mis en place. Se pressent alors l’élargissement du champ poétique auquel va contribuer Lamennais : comme les discours du prêtre deviennent multiples, de la même manière le discours du poète tendra à s’élargir, au point de donner naissance à une poésie sociale ou scientifique.
C’est enfin une certaine écriture de l’histoire que le prêtre établit. Parce qu’il est prêtre, Lamennais pose un regard sur le monde, sa création et son histoire, que ne peuvent pas poser Chateaubriand, Lamartine et encore moins Hugo. Ce regard est un regard religieux au sens étymologique du terme, qui re-lie les temps entre eux, passé, présent et futur, dans une même direction. Progressive, l’histoire vue par Lamennais s’accompagne d’une histoire de la langue qui suit le même chemin : en se faisant philosophe de l’histoire, Lamennais propose une histoire de la langue qui part des origines pour viser l’avenir. Quelle sera la langue de demain ? s’interroge en substance Lamennais prêtre, conscient qu’il peut apporter sa pierre à ce progrès de la langue qu’il devine.
II. « Prophète ».
L’échec de la parole du prêtre étant constaté, tant au niveau des genres religieux retravaillés qu’au niveau du rapport à l’auditoire institué, Lamennais inaugure une forme nouvelle de parole qui connaît un large succès à l’époque romantique. Paul Bénichou a largement contribué à la constitution de cette famille littéraire des prophètes en établissant les lignes de force qui lui permettaient de grouper autour de plusieurs points communs les « prophètes » romantiques, mais il entretient lui-même le flou : l’avant-propos du Temps des prophètes ne contient pas une seule fois le nom « prophète ». Il semble que l’appellation « prophète » vaille à ses yeux pour tous ceux qui, de Lamartine à Quinet en passant par Sainte-Beuve ou George Sand, ont en commun « une espérance de progrès ou de régénération », le souhait de « l’instauration d’un ordre nouveau », plus généralement ceux qui ont à la bouche les mots d’ordre « liberté, progrès, sainteté de l’idéal, dignité de la science, foi dans la Providence et religion de l’avenir humain. » L’assemblage légitime de Ballanche, Chateaubriand, Comte, Leroux, Michelet, vaut pour la question du progrès. Mais là encore, Lamennais s’illustre par sa position particulière d’homme d’Église. Si prophétisme il y a chez lui, c’est dans un rapport précis à ce que cela représente pour un lecteur de la Bible et un exégète comme lui.
En étant prononcée comme une parole prophétique, la parole mennaisienne devient tout d’abord une parole venue de Dieu et communiquée aux hommes à la demande de Dieu : poser la question du lieu de la parole prophétique, c’est la définir comme une parole de l’entre-deux. En usant des citations bibliques et prophétiques en grand nombre, ou en concluant ses chapitres et ses ouvrages par des élans prophétiques, Lamennais met ensuite en place une parole d’autorité : poser la question des moyens de la parole prophétique, c’est en montrer la puissance et la forte résonance chez les lecteurs. Enfin, la parole prophétique s’inscrit dans l’histoire et à ce titre pose problème : apparaissant comme une parole du présent, en vue de l’avenir, elle se distingue des autres discours littéraires mais trouve pourtant place dans une histoire littéraire : poser la question du moment de la parole prophétique, c’est chercher à comprendre une parole qui embrasse l’histoire en ayant une vision de haut sur l’humanité et son histoire, tout en s’inscrivant dans une époque donnée.
En rupture avec la profusion de l’éloquence de la chaire, et en lien avec la simplicité qu’il cherchait à opposer à la rhétorique pompeuse de Lacordaire, c’est un combat entre la parole et le silence qu’ouvre précisément Lamennais en adoptant dans les années 1830 une posture prophétique proche des sources bibliques. Loin de poser l’unique question de l’avenir, qui n’est pas la question principale posée par les prophètes, le prophète est celui qui interroge les possibilités du langage, confronté directement aux risques du silence et du balbutiement. Étudier la difficulté à dire inhérente à la fonction prophétique, c’est d’abord évoquer le problème de la réception de la parole prophétique : parole souvent rejetée, la parole prophétique fait appel à la confiance de l’auditeur et du lecteur, elle en appelle à l’autorité du témoignage sur laquelle Lamennais fait reposer une grande partie de ses écrits. C’est ensuite préciser la définition de la parole dans ce contexte de réception difficile : réduit à ne pas être entendu, le prophète mennaisien risque de glisser de la parole vers la voix, de la voix vers le son, puis vers le son inarticulé. Une hiérarchie des phénomènes sonores et langagiers est établie par Lamennais qui voit dans le prophétisme un moyen de sauvegarder la parole quand le contexte social et religieux tend à l’étouffer. C’est enfin s’opposer à toutes les paroles qui viennent brouiller la parole prophétique : le vrai prophète est à distinguer des faux prophètes, bien plus nombreux, qui trompent l’opinion en la guidant à travers de fausses voies et en lui délivrant des paroles mensongères.
Reste alors pour Lamennais prophète à résoudre la difficulté que représentent les signes. Déchiffrer et interpréter apparaissent comme les activités principales du prophète, si l’on en juge par la lecture des livres bibliques. La recherche des signes est en effet une occupation permanente pour Lamennais, qui observe autour de lui les mouvements de la société française, depuis La Chênaie où il séjourne régulièrement, ou depuis Paris. Mais cette recherche des signes est une quête originale, qui n’a que peu de rapport avec les mouvements illuministes qui appuient eux aussi leurs raisonnements sur l’interprétation de signes du ciel qui tournent parfois à l’absurde. Lamennais apparaît en fin de compte bien isolé face à la vague illuministe qui déferle sur la France dans tout ce demi-siècle de révolutions, et son isolement peut se retourner contre lui : comment croire en son interprétation des signes s’il est le seul à les voir et, pire encore, s’il reconnaît qu’ils demeurent le plus souvent opaques et difficiles à déchiffrer ? Là réside sans doute l’une des limites majeures de son prophétisme qui, s’il est avant tout construction d’une relation de communication entre les hommes et Dieu d’une part, et entre les hommes eux-mêmes d’autre part, renforce l’isolement de son locuteur. De cette situation de solitude et d’isolement, Lamennais peut tirer bénéfice : il est l’égal de Jonas ou d’Isaïe. Mais il peut aussi en souffrir : comment faire entendre ce qu’il a à dire s’il demeure ce personnage solitaire et étranger à tous les courants et à toutes les écoles artistiques et intellectuelles qui existent alors ?
III. « Poète ».
C’est dans la poésie que Lamennais trouve sa dernière posture. Après Paroles d’un croyant, les recueils en versets et les ouvrages de fiction se succèdent, comme si, après l’expérience du prophétisme, Lamennais avait compris comment toucher le plus de lecteurs et surtout comment atteindre le peuple. C’est bien comme véhicule démocratique que la poésie est tout d’abord envisagée. Cependant cet aboutissement ne va pas de soi. Certes, Paroles d’un croyant a reçu le succès que l’on sait, et Le Livre du peuple a largement inspiré socialistes et utopistes ; toutefois la fécondité poétique de Lamennais pose problème. Rares sont en effet les poètes qui se sont inspirés des recueils mennaisiens pour produire les leurs, et la première réaction est de conclure sur un échec de la poésie mennaisienne, incapable d’avoir su féconder le mouvement néo-catholique. Hippolyte de La Morvonnais et Édouard Turquety, pour ne citer les plus connus, plongent par exemple dans des vers mystiques convenus, délaissant l’audace formelle du verset mennaisien.
Si le verset n’a guère été retenu par l’entourage artistique de Lamennais, en revanche son écriture de l’utopie propose des ouvertures sur l’avenir qui, comme celles des saint-simoniens dont beaucoup sont des amis de Lamennais, envisagent un espace et un temps meilleurs. Teintée d’élans prophétiques et utopiques, l’œuvre de Lamennais est en effet bâtie sur une unité de temps et de lieu : tous ses textes décrivent le même espace rêvé - auquel la Bretagne natale sert de support magnifique - dans un temps mal défini mais qui reste le même. Surtout, Lamennais développe, tant dans ses premières publications que dans ses derniers écrits - les Amschaspands et Darvands, bien sûr, mais aussi l’introduction à La Divine Comédie de Dante publiée de manière posthume en 1855 -, un sens de l’imagination qui fait passer ses textes par la voyance, la rêverie, le merveilleux. Les accumulations d’images sont nombreuses, et Lamennais dynamise ses descriptions de paysages pour leur donner une dimension spirituelle mais aussi utopique. Comprenant, comme l’a bien analysé Gaston Bachelard qui nous sert ici de soutien, que « les images littéraires correctement dynamisées dynamisent le lecteur », Lamennais s’emploie à éveiller son lecteur sans doute moins par un discours théorique abrupt que par un travail sur l’imaginaire dans lequel il sera rejoint par Maurice de Guérin. Éloigné du catholicisme et du mennaisianisme lorsqu’il rédige ses plus célèbres poèmes en prose, Le Centaure et La Bacchante, Guérin trouve en effet une source d’inspiration dans le travail que Lamennais a effectué depuis longtemps sur la description et dont les Affaires de Rome sont sans doute le meilleur exemple. Grand lecteur de littérature classique, Lamennais, convoquant aussi bien Eschyle qu’Aristophane, Molière que Racine, sans oublier Rousseau, exigeait de ses élèves une lecture assidue des grandes œuvres littéraires tout en leur laissant une grande liberté de lecture et de travail. De cette liberté naît un « nouvel esprit humaniste » qui règne alors à La Chênaie, un élan vers plus de liberté d’esprit, de ton, et de représentation. C’est donc vers le renouveau du genre de l’utopie qu’il faut nous tourner.
Convaincus alors de la fécondité de l’esthétique mennaisienne, c’est sur sa théorie des correspondances que nous pouvons finalement achever notre propos. Car Lamennais ne s’en tient pas à un renouvellement de la poésie. Il ne s’est certes pas mis à la peinture, et n’était que médiocre musicien, s’adonnant plutôt à l’accordéon des campagnes qu’au piano sur lequel Liszt joua lors de sa visite à La Chênaie. Néanmoins, sa volonté de libérer les formes, qui transparaît dans son utilisation du verset dans ses trois recueils poétiques prophétiques - Paroles d’un croyant, Le Livre du peuple et Une voix de prison - trouve un écho encore plus grand dans le domaine des autres arts. Théoricien de l’art au tome III de son Esquisse d’une philosophie, Lamennais fait exploser les cadres formels et bouscule les barrières qui cloisonnent à l’époque les différentes pratiques artistiques. Certes, il se fait ici le lecteur et l’héritier des esthéticiens allemands dans la mesure où son séjour à Munich lors de son retour de Rome l’a conduit à en côtoyer un certain nombre, mais il bâtit surtout une théorie originale des correspondances qu’il tâche de mettre en pratique avec son entourage : Liszt n’a-t-il pas mis en musique certains de ses poèmes ? Parce qu’il a su faire résonner les arts entre eux, sans pourtant avoir su apprécier l’opéra mais en réhabilitant les danses populaires, Lamennais, loin de ne rester pour la postérité qu’un prophète isolé, sorte de comète dans l’histoire troublée du romantisme, trouve sa pleine mesure dans une théorie moderne qui entraînera Baudelaire et Rimbaud - qui faisait des Paroles d’un croyant son livre de chevet - vers des prolongements esthétiques des plus aboutis, pour ne pas parler de la théorie de l’art chrétien menée par Alexis-François Rio. C’est en ce sens qu’il nous faut alors dévoiler la troisième fonction de ce David moderne : prêtre condamné par Rome, prophète isolé sur la scène politique et sociale, n’est-ce pas en poète, père du poème en prose ou de la prose prophétique, qu’il connaît la plus grande fécondité ?
FENG ZIKAI (1898-1975), peinture et litterature, image et texte
Vendredi 10 février 2006
14 heures 30
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Marie LAUREILLARD soutient sa thèse de doctorat :
FENG ZIKAI (1898-1975), peinture et litterature, image et texte
En présence du Jury :
Mme BLANCHON (Paris 4)
Mme CHEN ANDRO (IHECB)
M. KNEIB (INALCO)
M. SIMONET (Bruxelles)
M. ZHANG (Paris 3)
M. ZHU (Pekin)
Résumés (Pdf)
Position de thèse (Pdf)
Fiction et hétérodoxie (XVIIeme - XVIIIe)
Vendredi 17 décembre
9 h 30
Centre Malesherbes
Salle 322
108 Bd Malesherbes
75017 PARIS
M. Mladen KOZUL soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Fiction et hétérodoxie (XVIIeme - XVIIIe)
En présence du Jury :
M. DELON (PARIS IV)
M. FRANTZ (PARIS IV)
M. HERMAN (LOUVAIN)
M. MASSEAU (TOURS)
Mme POULOUIN (ROUEN)
M. WAGNER (CLERMONT I)
Figures de califes entre histoire et fiction. Al Walid b. Yazid et al-Amin dans la représentation et l’historiographie arabe à l’époque abasside.
Samedi 10 juillet 2004
14 heures
En Sorbonne, salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Matthias VOGT soutient sa thèse de doctorat :
Figures de califes entre histoire et fiction. Al Walid b. Yazid et al-Amin dans la représentation et l’historiographie arabe à l’époque abasside.
en présence du Jury :
M. CHEIKH MOUSSA (PARIS IV)
M. GILLIOT (AIX-MARSEILLE
M. LEDER (Halle)
M. PAUL (Halle)
Filtrage automatique et appariement des segments textuels associés aux images à partir de documents électroniques
Mardi 9 décembre 2003
15 h 30
ISHA, salle des conférences, 2e étage
96, bd Raspail
Paris 6e
Mme Shahnaz BEHNAMI soutient sa thèse de doctorat :
Filtrage automatique et appariement des segments textuels associés aux images à partir de documents électroniques : réalisation du système Filimage
en présence du Jury :
M. ABBOU (PARIS XIII)
Mme ABRAHAM
M. DESCLES (PARIS IV)
M. HASSOUN (ENSSIB)
Flaveurs et féerie ou cinq sens gourmands pour des contes de fées classiques (1691-1756)
Jeudi 26 janvier 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Oscar FARKOA soutient sa thèse de doctorat :
Flaveurs et féerie ou cinq sens gourmands pour des contes de fées classiques (1691-1756)
En présence du Jury :
M. MOUREAU (Paris 4)
M. ALVAREZ MOLINA (Oviedo)
M. COUVREUR (Bruxelles)
M. MENANT (Paris 4)
Résumés
Perspective gourmande et importance des cinq sens dans les contes de fées entre 1691 et 1756. Dimension littéraire du genre, né de la transmission orale, réfractaire à toute forme d’enfermement, rapport à la nourriture, à l’érotisme. Les chemins du merveilleux, le décor, l’influence de Louis XIV, le rapport au péché, étude contextuelle, temporelle et géographique de la gastronomie et rapprochement avec les contes de fées. Si la recherche des raffinements et des améliorations culinaires semble avoir toujours fait partie des préoccupations de l’homme dès lors qu’il commençait à manger à sa faim et n’avait plus à s’inquiéter de sa simple survie, le XVIIe siècle a clairement marqué un tournant dans l’esthétique gourmande et fait le premier pas vers la modernité. Double objectif : d’une part, tâcher de réhabiliter les contes de fées et donner envie d’aller plus loin dans leur connaissance du patrimoine légué par des auteurs injustement méconnus ; d’autre part, faire prendre conscience de l’importance de l’éclosion de la sensibilité gastronomique à cette époque-là, particulièrement présente dans ce genre littéraire et témoin de son importance à l’âge d’or des contes de fées.
Culinary and “gourmand” perspective of the five senses in the fairy tales between 1691 and 1756. Literature dimension of the genre, born and transmitted by spoken language, refractory to any confinement, connection to food and eroticism. The path to the wonderful, the décor, the influence of Louis XIV, the relation to the sin, the study of the context, time and geography of gastronomy and the links with fairy tales. If the search for refinements and culinary improvements seems to always have been part the human being preoccupations since he could eat all his soul without feeling concerned for his survival, the 16th century clearly stood out as turning point in the food aestheticism and made the first step towards modernity. Double purpose : firstly, intend to restore the interest in fairy tales and create the desire to go deeper in the knowledge of the legacy of unfairly underestimated authors ; secondly, emphasize on the importance of the blossoming of gastronomic sensibility at that time, particularly meaningful in this literary genre and witness of its importance at the golden age of fairy tales.
Position de thèse
Il était une fois... le conte de fées
Le conte est probablement la première histoire « fausse » qu’un homme a racontée à un autre homme, le premier ayant une intelligence suffisante pour la construire et le second, pour la comprendre.
Cette histoire, qui transgressait pour la première fois de l’humanité la réalité, était produite par le truchement de l’imaginaire.
Au cours des siècles, les différentes civilisations ont progressivement élaboré un genre nomade sur lequel s’est greffée la notion de merveilleux pour arriver en France à la fin du XVIIe siècle. Toutes les conditions étaient alors réunies pour donner naissance à une variante qui prendra le nom de conte de fées et dont la particularité repose sur sa dimension littéraire.
Par la suite, le genre continue son évolution mais avec toujours ces sources comme références fondatrices, élevant les récits publiés entre la toute fin du XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe au rang de classiques.
On sait l’effervescence de la France au XVIIe siècle, son rayonnement dans toute l’Europe, son influence et le modèle qu’elle représente dans bien des domaines aussi divers que la science, la diplomatie, les arts... Sous le règne de Charles II d’Angleterre, Dominique Michel souligne dans sa biographie de Vatel que :
dans la noblesse, avoir un cuisinier, un maître-écuyer français est du dernier chic.
Or, le Siècle de Louis XIV voit aussi naître à la fois une nouvelle conception de la cuisine et un nouveau genre littéraire dont la notoriété se pérennisera aux siècles suivants et qui s’interpénètrent mutuellement. C’est précisément la rencontre entre ces deux nouveautés que je me propose de présenter ici. Si rien ne semble de prime abord plus éloigné de la réalité de la cuisine que l’imaginaire du conte, monde du concret, de l’ordre et de la rigueur, contre monde du merveilleux, de l’irrationnel, de tous les possibles, le niveau technique auquel se hisse l’art culinaire défie l’imagination. Quant aux contes de fées, que seraient-ils sans l’inspiration que leur offre la simple évocation de mets et de plats savoureux ?
Que serait la cuisine sans le pouvoir de suggestion que lui apporte la littérature ? et quelle meilleure littérature que celle des contes de fées dont le système métrique est précisément la démesure ?
Même si le propos de cette thèse n’est pas tant la réalité historique que le regard littéraire porté sur les textes et comment l’imaginaire féerique s’est emparé de la vision du réel que lui offraient les arts culinaires, l’intérêt des historiens et les découvertes récentes dans le milieu de la recherche en gastronomie historique m’ont apporté de précieux renseignements dont je me ferai l’écho.
Car c’est bien à la naissance de la gastronomie moderne que l’on assiste au XVIIe siècle, tout comme à celle du premier conte de fées qui porte ce nom, écrit par Mme d’Aulnoy en 1690 : L’Île de la Félicité.
Le conte de fées prend aussi souvent l’allure de revendications sociales, féministes, les conteuses distillant leur frustration de vivre dans un monde misogyne où la réalité n’est pas à la hauteur de leurs idéaux. Les auteurs de ces bagatelles ont tellement insisté eux-mêmes sur le peu de cas qu’ils faisaient à leurs écrits, qu’il semble déplacé de leur reprocher leur légèreté, compte tenu qu’ils étaient les premiers à ne considérer l’écriture de ces contes que comme un simple divertissement. Ils étaient aussi le moyen de lancer des discussions et des débats dans les salons comme le montre la mise en scène qui sert de réceptacle à plusieurs d’entre eux, notamment chez Mme d’Aulnoy et Mlle Bernard qui incèrent certains de leurs contes dans des romans cadre.
les contes que j’ai retenus, chronologiquement limités à la fin du XVIIe et à la première moitié du XVIIIe siècle, vague « classique », marquée par la première génération de conteurs qui servent de modèle aux contes de fées parus à leur suite, répondent aux critères suivants : ils sont de qualité par leur richesse et leur pertinence, nourrissent le lecteur et se démarquent de l’extraordinaire quantité de contes plus ou moins féeriques écrits et publiés entre 1691 et la veille de la Révolution.
Historiquement, c’est sous la plume de Mme d’Aulnoy que le premier « conte de fées » voit le jour, en 1690, avec L’Île de la Félicité. Ce récit merveilleux qu’elle insère dans son roman L’Histoire d’Hypolite, comte de Duglas, indique déjà son goût pour les contes. Mais il faut attendre 1697 pour que des volumes de contes paraissent sous l’appellation de « contes de fées ».
Dans l’épaisse forêt des contes parus tout au long du XVIIIe siècle, c’est une extrême minorité qui retient l’attention et mérite qu’on s’y arrête. C’est peut-être la surproduction d’œuvres mineures qui a occulté les quelques joyaux qui méritent tous les égards. On a cru que les contes de fées n’étaient qu’une mode, tout le travail consiste aujourd’hui à rendre à ces petits chefs-d’œuvre la place qu’ils méritent dans l’histoire de la littérature française, et de faire la part entre ceux qui n’eurent que le mérite d’assouvir cet appétit sans précédent pour la féerie et ceux qui, indépendamment de cette mode, sont le témoignage d’une qualité et d’une valeur pérenne, qu’il est juste de léguer à la postérité.
Plaire et faire rêver, voilà les clefs qui préludent à l’écriture des contes de fées. Ce jeu de salon devient vite un jeu de séduction entre le conteur et son public, où la magie des mots acquiert un pouvoir aussi grand que celui des fées.
En opposition à la définition du dictionnaire qui veut que l’adjectif merveilleux qualifie ce qui « étonne au plus haut point » , le merveilleux, c’est ce qui enchante, c’est un monde ou rien n’étonne dans la mesure où tout y est possible. C’est un univers dans lequel le lecteur est prêt à tout accepter, où les chariots des fées sont tirés par des dragons ailés, où les citrouilles se font carrosses et où les belles, que seul un fils de Roi peut réveiller, dorment cent ans... La magie et le surnaturel s’y côtoient sans que l’unité narrative en soit affectée ; au contraire, ces éléments participent pleinement à la définition du genre. L’étrange, le bizarre, en tant que genres, n’ont pas leur place au sein du conte de fées, alors que le merveilleux y est parfaitement adapté.
Mais, Perrault l’a déjà démontré, ce n’est pas la quantité de merveilleux qui fait la qualité d’un conte ; la débauche de féerie, la facilité à laquelle certains auteurs céderont, ne rendra pas leurs contes meilleurs, à l’exception de Mme d’Aulnoy, peut-être parce qu’elle inaugure le genre, mais aussi parce que le talent avec lequel elle dispense les éléments surnaturels qui parsèment ses contes, le caractère tellement ludique qui imprègne ses écrits, font d’elle un auteur à part qui sera beaucoup imité par ses contemporaines sans qu’elles atteignent jamais sa dextérité en la matière.
Si la recherche des raffinements et des améliorations culinaires semble avoir toujours fait partie des préoccupations de l’homme dès lors qu’il commençait à manger à sa faim et n’avait plus à s’inquiéter de sa simple survie, le XVIIe siècle a clairement marqué un tournant dans l’esthétique gourmande et fait le premier pas vers la modernité. Seulement, comment expliquer une telle curiosité pour une plus grande connaissance de ces plaisirs que l’Église et la pensée janséniste s’évertuaient tant à combattre ?
Les cinq sens s’avèrent les meilleurs instruments pour témoigner de l’harmonie implicite qu’entretient la gastronomie avec les contes de fées.
La gastronomie fait elle-même l’objet d’une étude contextuelle temporelle et géographique, point de rencontre avec l’effervescence des contes de fées.
L’instrumentalisation sensuelle de la gastronomie à des fins plus charnelles relayée par les contes de fées et soutenue par le recours aux aphrodisiaques et leur symbole.
Mais l’expérience des autres ne suffit pas, et il faut goûter personnellement aux plaisirs des sens pour pouvoir se faire sa propre opinion. Comment jouir du simple plaisir de cultiver son jardin et y discerner un paradis terrestre si l’on n’a rien vu d’autre ? Fénelon est d’ailleurs le premier à reconnaître qu’avant de retourner à ses austères activités, il a bien profité de son petit séjour dans les îles.
Cette thèse a deux objectifs : d’une part, tâcher de réhabiliter les contes de fées et donner envie à mes lecteurs d’aller plus loin dans leur connaissance du patrimoine légué par des auteurs injustement méconnus ; d’autre part, faire prendre conscience de l’importance de l’éclosion de la sensibilité gastronomique à cette époque-là, particulièrement présente dans ce genre littéraire et témoin de son importance à l’âge d’or des contes de fées.
Il apparaît, en parcourant les sentiers que tracent pour nous les conteurs insatiables, qu’il n’y a pas une mais des féeries, et que trop chercher à uniformiser le conte de fées revient à le réduire comme une peau de chagrin. Né de la transmission orale, réfractaire à toute forme d’enfermement, ce genre a encore de beaux jours devant lui.
Foi, éthique et piété chez Abraham Maïmonide (1187-1235) : une étude suivie par une traduction de son Compendium du dévôt.
Lundi 29 novembre 2004
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
_1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Hervé MIMOUN soutient sa thèse de doctorat :
Foi, éthique et piété chez Abraham Maïmonide (1187-1235) : une étude suivie par une traduction de son Compendium du dévôt.
En présence du Jury :
M. BALLANFAT (LYON III)
M. BLUMENTHAL (EMORY)
M. FENTON (PARIS IV)
M. ROTHSCHILD (EPHE)
Fondements cognitifs du choix en rationalité limitée
Lundi 12 décembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Mikaël COZIC soutient sa thèse de doctorat :
Fondements cognitifs du choix en rationalité limitée
En présence du Jury :
M. ANDLER (Paris 4)
M. BRADLEY (LSE)
M. ENGEL (Paris 4)
M. GILBOA
M. MONGIN (CNRS)
M. WALLISER (EN PONTS CHAUSSÉES)
Résumés
Elaborée par des économistes, des mathématiciens et des philosophes, la théorie du choix rationnel est un modèle puissant, fécond et élégant de la prise de décision. Ces vertus en font l’un des piliers de la modélisation en économie contemporaine. Pourtant, la théorie du choix rationnel n’est pas épargnée par les critiques. L’une des critiques les plus fortes a été formulée par H. Simon dans les années 1950 : elle affirme que les hypothèses de la théorie sont incompatibles avec les limitations cognitives qui pèsent sur les individus, individus qui exhibent tout au plus une rationalité limitée. De cette critique émerge un projet, celui de modéliser la rationalité limitée. Aujourd’hui, le projet est plus vivant que jamais, mais de nombreux désaccords persistent : des divergences sur la façon de le mener à bien, mais aussi sur le bien-fondé du projet lui-même. Il est donc besoin de procéder à une clarification fondationnelle de la rationalité limitée, qui articule les justifications méthodologiques et les possibilités de modélisation. C’est à cette clarification que la présente thèse est consacrée. Après avoir présenté les modèles classiques de choix (chapitres 1 et 2), nous proposons une reconstruction méthodologique de la rationalité limitée comme un projet de désidéalisation cognitive des modèles classiques (chapitre 3). A partir de ce fondement méthodologique, nous analysons les principaux modèles de rationalité limitée et défendons l’idée d’un modèle de sélection procédurale (chapitre 4). La dernière partie est constituée de deux essais sur l’utilisation d’outils logiques : logique épistémique d’une part (chapitre 5), et théories de la calculabilité et de la complexité d’autre part (chapitre 6).
Devised by economists, mathematicians and philosophers, the theory of rational choice is a powerful, elegant and fruitful model of decision making. Such virtues make it the core of formalization in contemporary economics. Yet, rational choice theory is widely criticized. One of the most recurrent criticism has been formulated by H. Simon in the fifties. According to him, the theory’s hypotheses are incompatible with agents’ cognitive limitations. People exhibit at best bounded rationality. From this critic, a project came out : the project of modelling bounded rationality. Today, the project is more lively than ever, but lots of disagreements remain : there are divergences on how to lead the project, and, more importantly on whether the project is well-founded. Consequently, there exists a true need of foundational clarification, which should integrate methodological justification and modelling’s possibilities. The aim of our dissertation is to lead such a clarification. First, we expound classical models of choice and set up an epistemological framework (chapters 1 and 2). We propose a methodological reconstruction of bounded rationality as a project of cognitive unidealization of classical models (chapter 3). Starting from this foundation, we analyse the main models of bounded rationality and defend the idea of a procedural selection model (chapter 4). The last part is made of two essays on the use of logical tools : the first on epistemic logic (chapter 5), the second on computability and complexity theories (chapter 6).
Position de thèse
Formes et normes de l’habitat dans l’occident musulman médiéval
Mercredi 6 décembre 2006
15 heures
A l’INHA, Salle Ingres, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
M. Jean-Pierre VAN STAËVEL soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Formes et normes de l’habitat dans l’occident musulman médiéval
En présence du Jury :
Mme BARRUCAND (PARIS 4)
M. CRESSIER (CNRS)
Mme DENOIX (CNRS)
M. FARNOUX (PARIS 4)
M. MUELLER (CNRS)
M. PICARD (PARIS 1)
François Gérard peintre d’histoire
Jeudi 30 juin 2005
10 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Elodie LERNER soutient sa thèse de doctorat :
François Gérard peintre d’histoire
En présence du Jury :
M. FOUCART (Paris 4)
M. BOUDON (Paris 4)
M. CUZIN
M. JOBERT (Paris 4)
Mme LE MEN (Paris 10)
M. ROBICHON (Lille 3)
Frédéric Lachèvre et le renouveau des études dix-septièmistes
Samedi 7 janvier 2006
14 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Aurélie JULIA soutient sa thèse de doctorat :
Frédéric Lachèvre et le renouveau des études dix-septièmistes
En présence du Jury :
M. MOUREAU (Paris 4)
M. DARMON (Versailles)
M. FRAISSE (Strasbourg 2)
M. JARRETY (Paris 4)
Frédéric Lachèvre et le renouveau des études dix-septièmistes
Samedi 7 janvier 2006
14 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Aurélie JULIA soutient sa thèse de doctorat :
Frédéric Lachèvre et le renouveau des études dix-septièmistes
En présence du Jury :
M. MOUREAU (Paris 4)
M. FRAISSE (Strasbourg 2)
M. DARMON (Versailles)
M. JARRETY (Paris 4)
Quatrième de couverture, au format Pdf
Position de thèse
Homme aujourd’hui relégué dans la foule des inconnus du XXe siècle, Frédéric Lachèvre n’est plus cité que par un petit nombre d’érudits. Et encore ! Les références à ses travaux appellent souvent des commentaires négatifs : Blot, Saint-Pavin, Claude Le Petit « attendent toujours leur réhabilitation littéraire et critique depuis Lachèvre, qui les étudiait sous l’angle peu gratifiant de l’exécration morale et idéologique », écrit Jean-Pierre Cavaillé en février 2003 ; « Or, on constate le rôle néfaste des historiographes du libertinage tel Frédéric Lachèvre », accuse Antony McKenna dans un ouvrage à paraître . À ces reproches s’ajoute une rumeur qui ternit un peu plus le personnage : elle refuse à Frédéric Lachèvre la paternité de ses recherches. Inquisiteur des temps modernes, sorte de « Garassus redivius » , voleur de mots, voilà un aïeul bien malmené !
Petite-fille de la quatrième génération, nous éprouvions depuis quelques années une vive curiosité à l’égard de cet être mystérieux. Les beaux ouvrages classés dans la bibliothèque familiale avaient d’ailleurs éveillé cet intérêt : les grands formats, les imposantes reliures, les titres aux noms obscurs, tout nourrissait ce désir de savoir. Le souvenir oral véhiculait une histoire bien différente de la réalité : comment cet homme aux actes bien pensants, fervent catholique, lecteur de l’Action française, avait-il pu consacrer une partie de son existence à l’étude du libertinage ? Comment cet individu au jugement sévère avait-il pu mener une enquête sérieuse et publier, à ses frais, une quinzaine de monographies sur un sujet d’avance condamné ? L’entreprise revêtait un caractère assez paradoxal : éditer les manuscrits de ces poètes oubliés n’était-ce pas leur redonner vie, leur rendre hommage ? Autant de questions qui nécessitaient une lecture approfondie de l’œuvre. Une documentation privée, non négligeable, facilita les premières démarches : des archives avaient été conservées, des coupures de journaux, gardées et des lettres, soigneusement rangées dans des chemises.
Appréhender la carrière de Frédéric Lachèvre exigeait un bref regard sur sa biographie : des éléments devaient nous aider à comprendre la teneur de certains propos. Des commentaires glissés au hasard des pages permettaient de mieux saisir l’idéologie du cet ancien financier. Lorsque la guerre de 1870 éclate, le futur bibliographe a quinze ans, un âge où l’on commence à saisir le sens de l’actualité. L’affaire Dreyfus, la Première Guerre mondiale, la Belle Époque, les scandales judiciaires et politiques, rien n’échappe à cet œil autoritaire qui parle, en 1930, « de l’état de décomposition intellectuelle » de son époque. Ses phrases sont sans appel et ses condamnations, de la dernière violence : « L’Allemand, quel qu’il soit, devra être l’objet d’une haine qui restera toujours en-dessous de la vengeance de ses victimes » ; la France « a sacrifié sa propre indépendance à une chimère : la sécurité collective, autrement dit au corps mort dénommé Société des Nations » . Diplomatie, Économie, Religieux, Social : Frédéric Lachèvre aborde à différents degrés les thèmes de l’histoire contemporaine. Quant est-il de l’art ? Né en 1855, mort en 1943, ce Parisien de vieille souche normande voit défiler des mouvements artistiques aussi divers que l’impressionnisme, le cubisme, le surréalisme... Son silence est éloquent : rien sur la modernité d’un Manet, ni sur le génie d’un Picasso, ni sur les multiples expérimentations d’un Marx Ernst. L’avant-garde le laisse de marbre. Amateur d’art, il l’est, mais il ne côtoie que des peintres académiques. Aux visions révolutionnaires, il préfère la permanence des valeurs traditionnelles assurées par des artistes qui confirment les modes des siècles passés. La « poésie pure » l’interpelle cependant : le verbe mallarméen et valéryen lui inspire la publication d’une petite plaquette . Cette « infidélité » à son cher XVIIe siècle n’est que de courte durée : bien vite, il retrouve les règnes de Louis XIII et Louis XIV.
Ce n’est pas avant les années 1898-1899 que Frédéric Lachèvre se tourne vers la République des lettres. Cette entrée tardive se compense par une imposante production : l’œuvre comprend une vaste étude sur le libertinage du XVIIe siècle, des recueils de poésies des XVIe et XVIIe siècles, des bibliographies, des Keepsakes et de nombreuses publications relatives à l’histoire littéraire. Deux prix de l’Académie française, deux décorations et une mention très honorable de l’Académie des inscriptions et belles-lettres récompensent son labeur. Quelle est la genèse de cette vocation ? C’est en travaillant sur l’identification de pièces anonymes que Frédéric Lachèvre découvre des vers de Jacques Vallée des Barreaux. La reconstitution de sa vie le mène rapidement à Théophile de Viau, son ami intime, et au procès intenté contre le poète des Broussères par le jésuite François Garasse et le procureur général Mathieu Molé. Tout s’enchaîne : Saint-Pavin, Blot, Dehénault, Le Petit, Blessebois, Chaulieu, La Fare, Foigny, Veiras ressurgissent d’un univers depuis longtemps éclipsé. Des longues heures passées à éplucher les manuscrits de la Bibliothèque nationale résultent beaucoup d’inédits, d’interrogatoires, de legs, de dépositions, de pièces sur la libre-pensée. Frédéric Lachèvre accumule les connaissances et les preuves irréfutables. Mais il ne suffit pas de trouver ces informations, il faut les organiser, les ordonner de façon à exposer des éléments aussi clairs que possibles. Certaines monographies réclament une présentation rigoureuse. Le biographe soigne donc les notes de bas de pages et la typographie ; il n’hésite pas à revenir sur ses textes afin de leur apporter les corrections et les suppléments nécessaires ; il jongle également avec la censure.
Qui dit collections, amour des livres, poursuite de la perle rare, dit bibliophilie. En même temps qu’il devient le « chercheur bénédictin » et s’applique à remettre en lumière des noms sombrés dans l’oubli, Frédéric Lachèvre rejoint la communauté des fameux amateurs du XXe siècle. Il prolonge par là une vieille tradition : la passion de la chose imprimée ne date pas en effet d’hier ; les nobles figures des Jean Groslier, Jacques-Auguste de Thou, François Grudé, sieur de la Croix du Maine ont ouvert la voie ; les siècles qui suivent proposent, tous, des visages habités par le même engouement. Les goûts singuliers des uns et des autres comme les caprices du temps et la folie de certains hommes jouent sur l’évolution de ce monde curieux. La Révolution française, la Commune, l’incendie de la Bibliothèque du Louvre portent un coup fatal aux richesses nationales. Il était important de revenir sur ces faits marquants pour comprendre la progression de l’histoire et pour repérer cette lente prise de conscience d’un patrimoine fragile. Pénétrer la communauté bibliophilique nous emmènera aussi loin que vers les divagations des bibliomanes. Comment se manifeste cette prédilection du livre chez notre auteur ? Par une incroyable bibliothèque et par le désir d’embellir les ouvrages qu’on lui dédicace. Cet ancien banquier ne boude ni les belles matières ni les fioritures. Ses propres publications connaissent le luxe des maroquins repoussés et des tranches dorées. Les reliures sont confiées aux mains habiles de Lucie Weil, Blanchetière, Bretaut ; sa femme, Madeleine Lachèvre, incise et colore les cuirs. Les choix des compositions, très personnelles, surprennent par l’agencement du matériau. Un super-libris apposé sur le plat supérieur et un ex-libris collé sur le contre-plat marquent définitivement les ouvrages : il devient dès lors difficile d’ignorer le distingué possesseur du serpent enserrant une plume et de la tête de mort !
L’essor du mouvement bibliophilique des années 1830 s’accompagne d’un autre phénomène tout aussi important : l’avènement de la bibliologie. Là encore, la discipline n’est pas nouvelle : Guillaume de Bure, l’abbé Duclos, plus tard, Gabriel Peignot, Charles-Jacques Brunet, Antoine-Alexandre Barbier, Joseph-Marie Quérard comptent parmi les grands bibliographes. Chacun apporte sa touche personnelle et la bibliographie adopte des statuts différents selon les objectifs fixés. Frédéric Lachèvre tient en haute estime cette science, source indispensable, selon lui, à l’appréciation de la production intellectuelle. C’est d’ailleurs par ses Bibliographies de recueils collectifs de poésies qu’il s’est taillé une honorable réputation chez les lettrés.
Le dépouillement des florilèges du XVIIe siècle mène notre chercheur à Pierre Louÿs. L’auteur d’Aphrodite détient l’un des plus beaux cabinets de spicilèges satyriques édités sous Louis XIII. Celui-ci projette d’en établir une nomenclature détaillée. Seulement mille autres occupations le détournent de sa tâche initiale. Lorsque Frédéric Lachèvre lui annonce son désir de réaliser un répertoire analogue, l’esthète lui ouvre sans difficulté sa bibliothèque et lui offre l’intégralité de ses notes. Une fidèle amitié intellectuelle s’instaure entre les deux érudits : ces hommes partagent leurs remarques, soumettent des hypothèses, font part de leurs interrogations. L’un écrit, l’autre relit, et de cette collaboration naissent les Recueils collectifs de poésies libres et satiriques publiés depuis 1600 jusqu’à la mort de Théophile (1626). Fréquenter Pierre Louÿs permet à Frédéric Lachèvre de saisir plusieurs facettes du personnage. Loin de critiquer son « envoûtement » pour Pierre Corneille, celui-ci écoute les arguments de son confrère et tient à publier, après sa mort, des notices retrouvées dans ses tiroirs. L’admiration qu’il porte à l’écrivain se traduit par une fervente ardeur à servir la vérité. Une autre affaire, celle-là tenue cachée, lie l’existence des deux bibliophiles. Il s’agit des manuscrits Legrand. La découverte de passages entièrement recopiés par Frédéric Lachèvre et la mention « Ce Ms ne doit être ni ouvert ni feuilleté par une honnête femme ou une jeune fille » méritait de s’y arrêter !
« Nous avons choisi de préférence le XVIIe parce qu’il n’existait pour ce “Grand Siècle”, celui de notre littérature classique, aucune bibliographie des ouvrages de ses écrivains. » En une phrase, Frédéric Lachèvre synthétise les principaux clichés transmis depuis des décennies : le XVIIe ou siècle des majuscules, des superlatifs, du sublime ; le XVIIe ou siècle des écrivains parfaits, des chefs-d’œuvre, du Roi Soleil. Équilibre, ordre, harmonie, tout y est. Pourquoi chercher ailleurs ? De Désiré Nisard à Gustave Lanson, la vision se trouble, cependant. Une communauté de jeunes chercheurs commence à redistribuer les rôles ; elle sort le XVIIe de son état figé et se penche sur une société bigarrée qui ternit l’image dorée, presque ennuyeuse, du « Grand Siècle ». Ce sont alors les minores qui surgissent, les mœurs baroques qui se découvrent, une verve gaie et colorée qui s’apprécie. Des amateurs s’emparent du sujet au grand dam des universitaires. Les attaques sont brutales. Si Frédéric Lachèvre participe à cette nouvelle perspective de l’histoire, il ne vise nullement à détrôner les idoles. Son idée du libertinage se résume à une vision manichéenne du mouvement : il réduit la libre-pensée à l’indiscipline, à la licence des mœurs et refuse d’y percevoir une quelconque philosophie. L’écoute attentive qu’il prête aux critiques amères du père François Garasse dessert les malheureux poètes, et une thèse assez singulière se dégage de toutes ses investigations : Frédéric Lachèvre voit des athées partout, même là où ils ne sont pas ! Il ne manque jamais de fustiger les « yvrognets », les « moucherons de tavernes » , tous ces capitans à la Callot qui, à l’entendre, gaspillent leur talent en des jeux futiles. Ses reproches vont jusqu’à faire du libertin un être malade, presque fou : la dépravation morale et physique conduit le pauvre hère à un état d’abrutissement avancé ! On le voit, notre auteur n’a pas peur des mots...
Ce discours intransigeant pourrait aujourd’hui surprendre et pourtant, rien de plus logique dans la bouche du personnage : Frédéric Lachèvre construit sa vision du XVIIe autour d’un seul point de fuite, la perfection classique ; il se réclame du Trône et de l’Autel, ses deux valeurs sûres ! Sauf le cercle très restreint des « grands noms », la communauté littéraire ne compte pour lui que des ratés, des attardés, des avortons. Certains félibres trouvent grâce à ses yeux mais leur nombre reste limité.
Les libertins ne sont pas les seules victimes de cette rhétorique cinglante. Beaucoup de critiques contemporains essuient la mauvaise humeur du bibliographe. Chacune des attaques assénées est néanmoins une riposte : à la moindre agression verbale flairée, Frédéric Lachèvre prend sa plume et se défend. La lecture de sa truculente correspondance permet de saisir sur le vif un caractère bien trempé. Chatouilleux sur la forme, Frédéric Lachèvre n’en demeure pas moins un être intègre, d’une grande honnêteté intellectuelle, toujours prêt à protéger son honneur comme celui de ses relations qu’il juge bafoué. Son commerce semble avoir été apprécié à différents degrés. Ami ou ennemi, l’imposante stature de « maître » Lachèvre ne laisse personne indifférent.
Frontières de la littérature
Lundi 27 juin 2005
14 heures 30
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Carla FERNANDES soutient son Habilitation à Diriger les Recherches :
Frontières de la littérature
En présence du Jury :
Mme EZQUERRO (Paris 4)
M. CLEMENT
Mme FEEL (Tours)
M. FISBACH (Angers)
M. GILARD (Toulouse 2)
M. MORENO (Poitiers)
Gabriel Ibn Al-Qiba’i (+1516) : approche biographique et étude du corpus
Mercredi 16 mars 2005
9h30
Maison de la Recherche
Salle D 223, 2e étage
28, rue Serpente
75006 Paris
M. Joseph MOUKARZEL soutient sa thèse de dotorat :
Gabriel Ibn Al-Qiba’i (+1516) : approche biographique et étude du corpus
En présence du Jury :
M. BERCE (Paris 4)
M. DESRUMEAUX (Coll de France)
M. HEYBERGER (Tours)
M. TALLON (Paris 4)
M. TROUPEAU (EPHE)
Gautier d’Epinal. Edition critique et commentaire
Vendredi 10 septembre
16 heures
Université de Bologne
Département de langues et cultures étrangères
Via Cartoleria 5
40100 BOLOGNE
Mme Germana SCHIASSI soutient sa thèse de doctorat
Gautier d’Epinal. Edition critique et commentaire
en présence du Jury :
M. ASPERTI (LASAPIENZA)
Mme CERQUIGLINI-TOULET (PARIS IV)
M. FORMISANO (BOLOGNE)
Mme LEFEVRE (TOURS)
Génétique textuelle : recherches sur la production du discours poétique chez Jorge Guillen (études des brouillons de "Cantico")
Vendredi 10 décembre
14 h 30
Institut Hispanique, salle Serrano
31, rue Gay Lussac
75005 PARIS
M. Jean-Luc PUYAU soutient sa thèse de Doctorat :
Génétique textuelle : recherches sur la production du discours poétique chez Jorge Guillen (études des brouillons de "Cantico")
En présence du Jury :
M. CHEVALLIER (PARIS IV)
Mme DELPORT (PARIS IV)
Mme LY (BORDEAUX III)
M. SALAÜN (PARIS III)
Géomorphologie, aménagement et gestion des littoraux coralliens des petites îles de l’ouest de l’Océan Indien
Samedi 26 novembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Milne Edwards
Esc. E ou F, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Virginie CAZES-DUVAT MAGNAN soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Géomorphologie, aménagement et gestion des littoraux coralliens des petites îles de l’ouest de l’Océan Indien
En présence du Jury :
M. HUETZ DE LEMPS (Paris 4)
M. BART (Bordeaux 3)
Mme BATTIAU-QUENEY (Lille 1)
M. CARRE (Paris 4)
M. GAY (Montpellier 3)
M. SEVIN (Paris 4)
Gérard de Bologne, O.Carm.(+1317) : sa conception de la théologie et de la puissance de Dieu
Lundi 19 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Hubert BORDE soutient sa thèse de doctorat :
Gérard de Bologne, O.Carm.(+1317) : sa conception de la théologie et de la puissance de Dieu
En présence du Jury :
M. IMBACH (Paris 4)
M. BATAILLON (CL)
M. BONINO (Catho Toulouse)
M. KALUZA (CNRS)
M. OLIVA (CL)
M. PORRO (Università)
M. SCHABEL
Résumés
Gérard de Bologne - Prieur général de l’Ordre du Carmel durant vingt-et-un ans au tournant du XIVe siècle - est le premier théologien parisien de son Ordre (1295). Sa personnalité intellectuelle demeure encore peu connue. Le but de cette étude est de présenter la figure de Gérard de Bologne, sa conception de la doctrina sacra et de la puissance de Dieu, et de proposer une édition critique de quelques textes majeurs de l’auteur concernant la potentia Dei. L’angle de vue ou la clef de lecture consiste à relire, dans leur contexte, quelques questions soulevées par Gérard de Bologne, à la lumière de l’articulation entre philosophie et théologie. Cette articulation est, en effet, représentative des transformations de la pensée médiévale dans les deux premières décennies du XIVe siècle, époque à laquelle Gérard enseigne et écrit. La conception de la sacra doctrina et la doctrine de la potentia Dei sont deux lieux d’observation excellents pour repérer les tensions entre théologie et rationalité philosophique au début du XIVe siècle latin. Après un siècle d’historiographie, de recherches et d’éditions, cette étude propose aussi un bilan et une monographie renouvelée et actualisée sur ce théologien carme, auteur de Questions quodlibétales soutenues à Paris et en Avignon entre 1309 et 1312, ainsi que d’une Somme de théologie rédigée entre 1313 et 1317. Replacée dans le cadre d’une « histoire des états de la raison » (Paul Vignaux), la pensée de Gérard de Bologne représente une forme originale de rationalité qui ne relève pas de la simple raison naturelle, une rationalité théologique qui souligne volontiers la relation à la lumière de la foi et à la Révélation.
Mots-clefs : Gérard de Bologne - Carmel médiéval - Philosophie du XIVe siècle- théologie - puissance de Dieu - infinité - preuves et raisons - rationalité.
Gerard of Bologna, O. Carm. († 1317) :
His conception of theology and of the power of God
Gerard of Bologna-Prior General of the Carmelite order during twenty-one years at the beginning of the 14th century-is the first Parisian theologian of his order (1295). His intellectual personality still remains relatively unknown. The goal of this study is to present the figure of Gerard of Bologna, as well as his conception of the doctrina sacra and of the power of God, and to propose a critical edition of some of his major texts treating the potentia Dei. The proposed methodology is that of rereading within context some of the questions raised by Gerard of Bologna, especially in light of the connection between philosophy and theology. This connection is, in fact, representative of the transformations of medieval thought in the first two decades of the 14th century, the epoch in which Gerard taught and wrote. The conception of the sacra doctrina and the doctrine of the potentia Dei are two excellent view points from which to identify the tensions between theology and philosophical rationality at the beginning of the 14th century. Following a century of historiography, of research and of editions, this study also proposes an evaluation and a renewed and updated monograph of the Carmelite theologian, author of Quodlibeta defended in Paris and in Avignon between 1309 and 1312, as well as a Summa theologiae, written between 1313 and 1317. Relegated to the status of a “history of the states of reason” (Paul Vignaux), the thought of Gerard of Bologna represents an original form of rationality, which does not depend simply upon natural reason, a theological rationality which insists upon the relation to the light of faith and to Revelation.
Position de thèse
1. Le propositum studii
Le but de cette étude est de présenter la figure de Gérard de Bologne, sa conception de la théologie et de la puissance de Dieu, et de proposer une édition critique de quelques textes majeurs de Gérard concernant la potentia Dei.
Notre angle de vue ou notre clef de lecture consiste à relire, dans leur contexte, quelques questions soulevées par Gérard de Bologne, à la lumière de l’articulation entre philosophie et théologie. Cette articulation nous semble en effet représentative et emblématique des transformations de la pensée médiévale au tournant du XIVe siècle, époque à laquelle Gérard enseigne et écrit. Nous avons cherché à déceler les accents géraldiens des rapports de la théologie à la rationalité philosophique à travers deux aspects doctrinaux : la sacra theologia et la potentia Dei. Ces deux grandes questions - comme les foyers d’une ellipse - sont deux lieux d’observation excellents pour repérer les tensions entre théologie et rationalité philosophique au début du XIVe siècle, entre théologie et rationalité aristotélicienne, en particulier.
a. Monographie
Pour diverses raisons historiques, biographiques, historiographiques et bibliographiques, il nous a paru utile de proposer une monographie renouvelée et actualisée de Gérard de Bologne dans le cadre de notre introduction générale à cet auteur peu connu.
b. Sacra doctrina
Le premier foyer doctrinal de notre étude est la conception géraldienne de la scientia sacra. La Summa theologiae de Gérard de Bologne s’ouvre, en effet, par un ample préambule de douze questions sur la nature et la méthode du savoir théologique. Les principes directeurs de la théologie géraldienne sont donc perceptibles dès l’ouverture de sa Somme. Ces questions introductives sont un très bon laboratoire pour repérer la compréhension géraldienne du procès tardo-médiéval entre savoir philosophique aristotélicien et originalité chrétienne.
La conception aristotélicienne de la science est-elle transposable en théologie ? La théorie de la démonstration proposée par le Stagirite dans les Seconds analytiques est-elle valable en théologie, dans la mesure ou cette dernière s’appuie sur des principes de foi ? La théologie est-elle sagesse au sens aristotélicien du terme ? Peut-on adapter la théorie aristotélicienne de la subalternation des sciences à la relation théologie/sciences ? Ce sont toutes ces questions, et d’autres encore, dont nous tentons de mesurer l’impact dans les écrits de Gérard de Bologne.
c. Potentia Dei
La doctrine géraldienne de la puissance de Dieu constitue l’autre foyer spéculatif de notre étude. La potentia Dei est, en effet, elle aussi, un lieu théologique révélateur des transformations de la pensée médiévale latine au tournant du XIVe siècle, un excellent terrain qui permet d’étudier l’évolution de la rationalité théologique. Il y a une tension entre la toute-puissance divine en théologie - premier article du Credo - et la conception aristotélicienne et philosophique de la puissance. En outre, c’est un nœud théologico-philosophique auquel l’historiographie la plus récente a accordé une grande importance pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de la pensée du XIVe siècle.
Peut-on confronter les schémas du Stagirite aux principes fondamentaux de la science sacrée ? Dans quelle mesure les analogies entre les lois physiques ou métaphysiques et la nature divine sont-elles valables ? Par exemple, peut-on transposer ou du moins adapter la notion centrale aristotélicienne de potentia -réservée aux agents naturels-, en théologie, en l’appliquant au mystère divin ? Peut-on, doit-on mêler physique et théologie (miscere physicam theologiae) comme les théologiens ont pu le faire au XIIIe siècle ?
Certes, Gérard de Bologne et la plupart des théologiens de cette époque ne sont pas anti-aristotéliciens. Gérard pense d’ailleurs plutôt dans le cadre philosophique proposé par le Stagirite, notamment en métaphysique et en philosophie de la nature (loquens ut naturalis). Il est dès lors fort intéressant de se demander ce que devient ce cadre aristotélicien dans les questions plus spécialement théologiques. Est-il possible d’adapter les classifications aristotéliciennes aux exigences de la théologie ? Peut-on transformer les preuves aristotéliciennes du Premier moteur en preuves du Dieu tout-puissant ou du Dieu immense et infini ?
Peut-on attribuer la puissance à Dieu dans la mesure où celle-ci est relative à l’acte, et où Dieu est acte pur et parfait ? La puissance active aristotélicienne conçue comme principium transmutandi aliud inquantum aliud est-elle applicable à la nature divine ? L’attribuer à Dieu, ne serait-ce pas nier sa puissance créatrice à partir de rien ? Peut-on étayer par des raisons scientifiques la puissance active de Dieu, l’absence de puissance passive en Dieu, l’unité de la puissance divine, etc. ?
En outre, une théologie aristotélicienne ou philosophique de la puissance infinie de Dieu ou de la toute-puissance de Dieu est-elle encore possible pour Gérard de Bologne ? Peut-on produire des arguments démonstratifs (ou alors seulement probants ou encore probables) soutenant la foi en l’immensité de l’essence divine, l’infinité de la puissance de Dieu, ou la toute puissance divine en se servant des résultats des sciences, en ce fondant sur le transfert du modèle de la rationalité philosophique dans celui de la rationalité théologique ? Peut-on fonder le concept de toute-puissance divine ou celui de puissance infinie de Dieu autrement que sur la foi ?
L’étude de la puissance divine permet ainsi à Gérard de Bologne et aux théologiens de son temps d’opérer une clarification terminologique, une articulation entre terminologie scripturaire et terminologie philosophique ou scientifique dont nous tenterons de rendre compte.
d. Editio critica
Pour faire progresser les études médiévales en général et les études géraldiennes en particulier, il nous a semblé opportun de proposer une édition scientifique de quelques textes importants de Gérard de Bologne concernant la puissance de Dieu. Les textes sur la nature de la théologie, à savoir les douze premières questions de la Summa, ont déjà fait l’objet d’une édition réalisée par De Vooght en 1954. Nous avons porté, dans la mesure du possible, une grande attention à l’apparat des sources, extrêmement important chez Gérard de Bologne. Comme tous les Médiévaux, mais peut-être plus que d’autres, sa pensée est une pensée interactive, avec des références à des interlocuteurs qui structurent ses doctrines ou ses discussions médiévales.
e. Le plan de l’étude
Ce travail comporte ainsi deux grandes parties : la première est une introduction à Gérard de Bologne ; la seconde, une édition critique des textes géraldiens fondamentaux concernant la puissance divine, son essence et son infinité.
La première partie comporte trois sections : une monographie sur Gérard de Bologne, la conception géraldienne de la sacra doctrina, sa conception de la potentia Dei.
La première section à caractère monographique, historique et contextuel, présente la politique des études dans l’Ordre du Carmel au début du XIVe siècle, le point sur l’historiographie géraldienne, des éléments biographiques sur le protodocteur du Carmel, une étude critique sur l’authenticité des écrits géraldiens avec la liste complète des questions et des références manuscrites, la réception médiévale de l’auteur.
La seconde section, à caractère doctrinal, présente quelques aspects significatifs de la conception géraldienne de la science sacrée dans les questions introductives de sa Somme de théologie, spécialement les deux premières questions.
La troisième et dernière section, à caractère spéculatif également, présente les points centraux de la doctrine géraldienne de la puissance divine ainsi que ses discussions médiévales dans les textes édités par nos soins.
La seconde partie de notre étude propose une editio critica ad fidem codicum du Quodlibet I, q. 10 et de la Summa theologiae, q. 35, a. 1-6, dont les principes sont donnés dans une introduction au préalable.
PREMIÈRE PARTIE : INTRODUCTION GÉNÉRALE À GÉRARD DE BOLOGNE
Section 1 : Gérard de Bologne dans son contexte historique et institutionnel
Section 2 : la conception géraldienne de la théologie
Section 3 : la conception géraldienne de la puissance de Dieu
SECONDE PARTIE : EDITIO CRITICA TEXTUUM DE POTENTIA DEI
Section 1 : Introduction à l’édition critique
Section 2 : Édition critique du Quodlibet I, q. 10
Section 3 : Édition critique de la Summa theologiae, q. 35, a. 1-6
Les sources manuscrites utilisées pour l’édition critique sont les suivantes :
BARCELONA, Archives de la Couronne d’Aragon, Ripoll 95, ff. 49r-130r.
FIRENZE, Bibl. Naz. Centr., II. II. 280.
OXFORD, Merton College Library, 149.
PARIS, BNF, lat. 17485, ff.85r-188v.
PARIS, BNF, lat. 14572, ff. 7-22 ; 47-49.
VATICANO, BAV, Borghese 27.
VATICANO, BAV, Vat. lat. 829, ff. 58r-61r.
VATICANO, BAV, Vat. lat. 932, ff. 88r-101r.
2. Synthèse des résultats
a. Gérard de Bologne
Bien que Gérard de Bologne - Prieur général de l’Ordre du Carmel durant vingt-et-un ans au tournant du XIVe siècle - soit le premier théologien parisien de son Ordre, sa personnalité intellectuelle demeure encore peu connue. Après plus d’un siècle d’historiographie depuis l’exhumation par Hauréau en 1880, de découvertes de manuscrits, d’études et d’éditions parcellaires, il convenait de faire un bilan à caractère monographique pour mieux faire connaître à la communauté scientifique cette figure carmélitaine.
Docteur en théologie à l’université de Paris en 1295, Gérard présente l’originalité de maintenir une activité théologique d’enseignement et d’écriture alors qu’il a en charge le gouvernement général de son Ordre, en pleine expansion dans les villes de l’Europe médiévale. Son gouvernement est marqué par l’obtention de confirmations pontificales qui permettent une assimilation de plus en plus forte de l’Ordre du Carmel à un Ordre Mendiant (avec toutes les prérogatives qui y sont rattachées), par l’installation des Carmes plus à l’intérieur des villes et par la promotion de la vie intellectuelle avec notamment l’essor et le développement des studia generalia dans l’Ordre.
Il faut situer son activité d’enseignement à la faculté de théologie au moins dans les années 1308-1311. C’est l’époque où Gérard est consulté comme théologien dans diverses affaires et procès (l’affaire des Templiers en 1308, le procès et la condamnation de Marguerite Porète en 1309-1310, la réconciliation des Frères Mineurs conventuels et spirituels). En 1311-1312, Gérard participe au concile de Vienne ; c’est aussi l’époque où il est invité à examiner les écrits du franciscain Pierre de Jean Olieu. À son retour du concile de Vienne, Gérard se retire au couvent des Carmes d’Avignon, où il meurt en pleine charge de gouvernement, le 17 avril 1317.
La production écrite qui subsiste aujourd’hui est exclusivement spéculative et théologique, contrairement aux écrits qui nous restent d’autres penseurs du Carmel médiéval comme Guido Terreni ou Jean Baconthorp. Il s’agit des Quodlibeta I-IV et d’une Summa theologiae inachevée. Les Quodlibeta I-III ont vraisemblablement été soutenus à Paris en 1309-1311 ; le Quodlibet IV a, semble-t-il, été soutenu en Avignon à l’Avent 1312, après son retour du Concile de Vienne ; la Summa theologiae a été rédigée entre 1313 et 1317, interrompue par la mort de l’auteur.
La réception médiévale d’un penseur du Moyen Âge est assez liée à la diffusion manuscrite de son œuvre. Il subsiste aujourd’hui deux manuscrits de la Summa Gerardi (O et V), trois manuscrits pratiquement complets (B, F et P) et six manuscrits très lacunaires (A, N, R, U, W et X) des Quodlibeta. La Summa semble avoir eu une très faible diffusion manuscrite. Elle est citée par le bachelier carme Paul de Pérouse dans les années 1340. Les Quodlibeta ont eu une meilleure diffusion manuscrite (surtout les Quodlibeta I-II). Ils sont bien sûr cités par plusieurs théologiens Carmes du XIVe siècle (Guido Terreni, Jean Baconthorp, Paul de Pérouse), mais aussi par les Augustins et les Franciscains. Pierre Auriol, en particuier, qui discute les Quodlibeta I-II de Gérard dans sa monumentale Ordinatio, livre 1 de 1316 paraît être un relais important de diffusion des doctrines géraldiennes dans la tradition franciscaine et chez tous ceux qui le discuteront, comme, par exemple, le thomiste dominicain Jean Cabrol dans la première moitié du XVe siècle qui cite donc Gérard de Bologne indirectement.
Les Quodlibeta I-III de Gérard, soutenus à Paris en 1309-1311, mériteraient une plus grande attention de la part des médiévistes. À l’image des Quodlibeta de Jean de Pouilly, ils sont le reflet et le témoin des riches débats à la faculté de théologie de Paris, après la mort de Duns Scot (1308), dans la période 1309-1320. Ceci nous amène au point suivant.
b. Le milieu théologique parisien
L’introduction générale mais surtout l’édition critique réalisée nous permettent de mieux connaître les interlocuteurs de Gérard de Bologne et le milieu théologique qui l’entoure. Les interlocuteurs habituels de Gérard sont Thomas d’Aquin, Gilles de Rome, Henri de Gand, Jean Duns Scot, Durand de Saint-Pourçain ; mais celui avec lequel il débat le plus régulièrement est son contemporain, le maître dominicain Hervé de Nédellec, provincial de France à l’époque de ses échanges doctrinaux avec Gérard avant de devenir un peu plus tard Maître général de l’Ordre, et qui représente le promoteur le plus zélé de la cause du thomisme institutionnel au début du XIVe siècle.
Nous avons souligné un certain nombre de relations entre le maître séculier Henri de Gand ( † 1293) et Gérard de Bologne. L’usage que fait Gérard de la Summa Henrici atteste la réception médiévale de ce penseur au début du XIVe siècle parisien. Certaines problématiques étudiées par Gérard viennent de questions posées de manière originale par Henri de Gand. Mais, en règle générale, Gérard s’oppose à Henri. Il faut par ailleurs ajouter que Gérard semble être un des derniers théologiens à discuter directement les positions du Gantois.
La confrontation régulière de Gérard de Bologne avec les doctrines scotistes, tant dans les Quodlibeta que dans la Summa theologiae est particulièrement évidente. Elle montre clairement que Duns Scot est très présent dans les débats théologiques à Paris dans les deux premières décennies du XIVe siècle. Gérard s’oppose pratiquement tout le temps aux thèses scotistes les plus originales (comme l’univocité de l’être, la distinction formelle ex natura rei ou la connaissance abstractive de Dieu), mais nous avons essayé de dire qu’il emporte avec lui (1) quelque chose du concept scotiste de science avec ses notes caractéristiques d’évidence et de certitude subjective, et (2) cette attention portée à la rigueur des démonstrations et à la force probante des arguments théologiques.
De manière générale, concernant la relation de Gérard à ses interlocuteurs, nous avons pu remarquer (les textes sur la puissance de Dieu sont manifestes sur ce point) sa grande capacité de discussion (révélatrice de son humilité théologique) et son attitude critique (révélatrice de son exigence d’intelligibilité et de rationalité dans le sens explicité un peu plus loin). Il faut bien voir qu’une très grande partie de son œuvre théologique est consacrée à discuter les positions théologiques de ses prédécesseurs ou de ses contemporains. Il n’est pas rare que Gérard omette d’indiquer sa détermination personnelle. Cette attitude de discussion et de critique, très prononcée chez lui, est assez caractéristique de sa manière de procéder en théologie.
c. Philosophie & théologie
Concernant les relations entre théologie et rationalité philosophique, nous avons pu repérer une double attitude chez Gérard de Bologne.
Pour une part, Gérard semble refuser de faire intervenir la logique aristotélicienne et plus largement la rationalité scientifique ou philosophique dans sa détermination théologique. Nous avons observé ce mouvement à la fois dans sa conception de la doctrina sacra et dans sa doctrine de la puissance de Dieu : le refus du statut scientifique stricto sensu de la sacra theologia, la notion de théologie-sagesse comprise dans un sens augustinien plutôt qu’aristotélicien, la distinction entre la sécurité d’adhésion dans la connaissance de foi ou la connaissance théologique et la notion de certitude dans la connaissance scientifique, le rejet de la transposition en théologie de la théorie aristotélicienne de la subalternation des sciences, le repli du sujet de la théologie sur le thème christologique, enfin, dans le cadre de sa théologie du Dieu vivant, le soutien de la vérité doctrinale de la puissance infinie de Dieu par les données de la foi plus que par la raison naturelle. Magis fide tenetur.
Mais pour une autre part, Gérard intègre en théologie des concepts, des notions structurantes, des distinctions qui appartiennent à la rationalité péripatéticienne. Cette intégration se fait dans la ligne de la transposition des notions aristotéliciennes opérée par les théologiens du XIIIe siècle. Nous avons observé cette assimilation dans la doctrine géraldienne de l’essence de la puissance divine (le rapport entre puissance active et actualité divine, le refus d’une puissance passive en Dieu, l’unité et l’unicité de la puissance divine).
En outre, Gérard ne cesse de citer, au long de ses Quodlibeta et de sa Summa theologiae, des autorités philosophiques telles qu’Aristote, Avicenne, Averroès dans ses élaborations doctrinales et de discuter rationnellement les doctrines des théologiens de son temps (le cas de la puissance infinie est ici éloquent et révélateur). Le théologien a recours à la philosophie même, fût-ce pour la limiter dans ses prétentions.
Le contraste entre ces deux manières d’envisager les rapports entre théologie et rationalité philosophique s’explique sans doute par le contexte historique et la période de mutation doctrinale durant laquelle Gérard écrit. Gérard de Bologne est, en effet, un théologien de transition. Il se situe à la charnière entre une theologia philosophica encore présente à son époque, et une theologia logica déjà naissante, à Oxford tout d’abord, à Paris ensuite. Gérard a suivi l’ensemble de sa formation philosophique et théologique dans les années 1270-1280 avec des maîtres tels qu’Henri de Gand, et peut-être Gilles de Rome et Godefroid de Fontaines ; mais ses écrits théologiques datent de la fin de sa vie (sans doute rédigés dans sa soixantaine), après le « tournant » scotiste, à une époque où se mettent en place de nouvelles épistémologies, de nouvelles théories de la connaissance et une conscience de plus en plus claire du caractère sui generis de la doctrina sacra. Le premier docteur du Carmel garde encore quelque chose de l’enseignement de ses maîtres du XIIIe siècle et, dans le même temps, emboîte le pas à la nouvelle théologie.
C’est ainsi qu’à propos du débat sur la puissance divine durant les années 1300-1320, il faut rappeler la coexistence de deux manières d’articuler théologie et philosophie (aristotélicienne), la première s’effaçant de plus en plus devant la seconde au fur et à mesure du XIVe siècle :
D’une côté, les théologiens du XIIIe siècle et les « conservateurs » ou « traditionalistes » du début du XIVe siècle cherchent encore à élaborer une théologie philosophique de la puissance de Dieu en assurant une base scientifique et aristotélicienne, dans le sens d’un idéal de concordisme entre la théologie chrétienne d’une part, et la physique et la métaphysique d’inspiration péripatéticienne d’autre part. Henri de Gand, Godefroid de Fontaines, Gilles de Rome, Richard de Mediavilla, Guido Terreni illustrent assez bien cette tendance.
D’un autre côté, après Jean Duns Scot, on tente de construire une logica fidei, puisque la logique aristotélicienne est, aux yeux de ces nouveaux théologiens, incapable de soutenir l’intelligibilité des vérités de foi. Les franciscains Jean de Bassoles, Pierre d’Attarabia et Guillaume d’Ockham, les augustiniens Thomas de Strasbourg et Hugolin d’Orvietto, par exemple, attestent ce versant doctrinal, un peu plus tard dans le XIVe siècle.
Les écrits théologiques de Gérard de Bologne participent de l’une et l’autre tendances, en proposant une relation diversifiée avec la rationalité aristotélicienne. Ces écrits géraldiens attestent que les « sciences » théologique et philosophique aspirent à se constituer comme autonomes l’une par rapport à l’autre. Mais dans le même temps, Gérard ne cesse de se confronter à la philosophie dans son élaboration théologique, même s’il emprunte sa détermination ultime et son explication dernière aux maximes de la foi et aux sentences des sancti.
Pour toutes ces raisons, et d’un point de vue historiographique, nous préférons ne pas utiliser les termes de « scepticisme » et surtout de « fidéisme », qui ne nous semblent pas justes afin de qualifier la personnalité théologique et la pensée de Gérard de Bologne.
Il y a en effet chez le premier théologien du Carmel une forme originale de rationalité qui ne relève pas de la simple raison naturelle. Il s’agit d’une rationalité théologique qui insiste avec complaisance sur sa relation à la lumière de la foi et à la Révélation, mais qui ne peut cependant éviter totalement la confrontation avec la rationalité philosophique.
La conception suggérée par Vignaux d’une histoire des états de la raison éclaire d’une lumière pénétrante et respectueuse la diversité des pensées et des rationalités du XIVe siècle, cette « diversité rebelle » qui lui était si chère. La raison médiévale est à comprendre dans un double lien avec la notion théologique d’état (pro statu isto) et avec le dynamisme de l’histoire. L’historien des doctrines ne doit pas seulement ni d’abord considérer la raison au singulier, sous l’angle de sa nature, de sa pure essence de lumière naturelle, mais il doit être sensible aux « états » de la raison (thème d’origine bonaventurienne et scotiste), à la diversité même de ces états liés à des événements théologiques singuliers (comme le péché originel et la rédemption), à la raison déclinée au pluriel, à l’inscription historique des rationalités.
C’est ainsi qu’une spéculation théologique configure toujours une forme de rationalité. Mais il se peut très bien que cette rationalité théologique ne se donne pas, ne se livre pas, ne brille pas par la voie de la simple raison, comme le souligne la compréhension et la modulation géraldienne de la théologie.
Genèse et formes d’une écriture paradoxale dans l’oeuvre complète de La Rochefoucauld
Lundi 15 décembre
13 h 30
ENS, salle des Actes
45, rue d’Ulm
Paris 5e
Mme Catherine COSTENTIN soutient sa thèse de doctorat :
Genèse et formes d’une écriture paradoxale dans l’oeuvre complète de La Rochefoucauld
en présence du Jury :
M. BURY (VERSAILLES)
M. CAHNE (PARIS IV)
M. DARMON (VERSAILLES)
Mme JAUBERT (NICE)
M. SOUTET (PARIS IV)
Granville et le monde de la mer : 1919-1945
Vendredi 19 décembre
14 h
Bibliothèque Pierre Léon, esc. F, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Dominique CONFOLENT soutient sa thèse de doctorat :
Granville et le monde de la mer : 1919-1945
en présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS IV)
M. CORLAY (NANTES)
M. FARON (PARIS IV)
Mme GEISTDOERFER (CNRS)
M. QUELLIEN (CAEN)
M. ZYSBERG (CAEN)
Groupes sociaux et pratiques institutionnelles dans les cités grecques des époques classiques et hellénistique
Vendredi1er décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D035
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Christophe FEYEL soutient son habilitation à diriger des Recherches
Groupes sociaux et pratiques institutionnelles dans les cités grecques des époques classiques et hellénistique
En présence du Jury :
M. BRUN (TOURS)
M. GAUTHIER (EPHE)
M. KNOEPFLER (Coll. de FR)
M. LARONDE (PARIS 4)
M. LEFEVRE (PARIS 4)
M. VILLARD (CLERMONT 1)
Gu Cheng - Un poète chinois contemporain : un Rimbaud chinois
Mercredi 26 janvier
16 h
En Sorbonne, salle G 647, escalier G
1er étage
17, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme JIANYING LI XU soutient sa thèse de doctorat :
Gu Cheng - Un poète chinois contemporain : un Rimbaud chinois
en présence du Jury :
M. CLAUDON (PARIS XII)
M. ZHANG (PARIS III)
Hans Georg Gadamer et la tradition allemande des sciences de l’esprit
Lundi 29 novembre
14 h 30
Maison de la Recherche, salle D 224
28 rue Serpente
75006 PARIS
M. Franck DELANNOY soutient sa thèse de doctorat :
Hans Georg Gadamer et la tradition allemande des sciences de l’esprit
en présence du Jury :
M. MERLIO (PARIS IV)
M. MONDOT (BORDEAUX III)
M. POULAIN (LILLE III)
M. RAULET (PARIS IV)
Heinrich MANN et la France
Mercredi 16 juin
14 h
Centre Malesherbes, salle 322
108 bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Chantal SIMONIN soutient sa thèse de doctorat :
Heinrich MANN et la France
en présence du Jury :
M. AZUELOS (PARIS IV)
M. GRUNEWALD (METZ)
M. MERLIO (PARIS IV)
M. RICHARD (AMIENS)
Heinrich Mann et la nouvelle. "Zwischenfalle, die manchmal das Beste waren". Pratiques d’un genre entre roman et théâtre
Samedi 2 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Salle F363, esc. F, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Frédéric TEINTURIER soutient sa thèse de Doctorat :
Heinrich Mann et la nouvelle. "Zwischenfalle, die manchmal das Beste waren". Pratiques d’un genre entre roman et théâtre
En présence du Jury :
Mme LARTILLOT (METZ)
Mme LEPELLETIER (BORDEAUX 3)
M. POLLET (ROUEN)
M. VALENTIN (PARIS 4)
Résumés :
LES NOUVELLES D’HEINRICH MANN SONT UN ENSEMBLE HETEROGENE, QUI RESISTE A L’ANALYSE. LA CATEGORIE GENERIQUE EST LA CLE QUI EN OUVRE L’ACCES : UNE FOIS QUE LA FILIATION DE CES TEXTES AU SEIN DU GENRE DE LA NOUVELLE ALLEMANDE EST DETERMINEE, LA COHERENCE DE CE CORPUS EST EVIDENTE ; L’OPPOSITION ENTRE LES DEUX FORMES DE LA NOVELLE ET DE LA KURZGESCHICHTE PERMET DE DISTINGUER DES PHASES SUCCESSIVES PRECISES DANS L’ENSEMBLE DES NOUVELLES, ALORS MEME QUE LES ANALYSES THEMATIQUES ET STYLISTIQUES SEMBLAIENT CONCLURE AU PLUS GRAND ARBITRAIRE. HEINRICH MANN CONNAIT PARFAITEMENT LA FORME NARRATIVE BREVE ET PORTE UN GRAND INTERET AUX ASPECTS STRUCTURELS DE SES NOUVELLES. SON ATTITUDE VIS-A-VIS DU GENRE NARRATIF BREF DEVOILE EN FAIT TOUTE L’ORIGINALITE DE SA CONCEPTION DE LA LITTERATURE EN GENERAL. L’ETUDE DE LA PLACE DES RECITS DANS L’ENSEMBLE DE SON ŒUVRE MET EN EVIDENCE QUE, CONTRAIREMENT AUX APPARENCES, LA NOUVELLE EN EST LE CENTRE. LA MANIERE DONT HEINRICH MANN UTILISE LA NOUVELLE MONTRE QU’IL REFUSE TOUTE SORTE DE CLOISONNEMENT GENERIQUE. NON SEULEMENT LES NOUVELLES SONT L’EXPRESSION LA PLUS ABOUTIE DE SON ESTHETIQUE NARRATIVE, MAIS LA NOUVELLE SE SITUE EGALEMENT AU CROISEMENT DE TOUTES LES FORMES TEXTUELLES, TANT NARRATIVES, QUE DRAMATIQUES ET NON FICTIONNELLES.
HEINRICH MANN’S SHORT STORIES ARE A BODY OF MISCELLANEOUS WORKS WHICH RESISTS INTERPRETATION. THE KEY TO ANALYSIS IS THE CATEGORY OF GENRE : ONCE THESE WORKS ARE CLASSED ACCORDING TO THEIR RELATION TO THE GENRE OF GERMAN SHORT STORIES, THEIR OVERALL COHERENCE BECOMES CLEAR ; BY DISTINGUISHING BETWEEN THE TWO OPPOSED FORMS OF THE NOVELLE AND THE KURZGESCHICHTE, IT IS POSSIBLE TO DEFINE DISTINCT, SUCCESSIVE PHASES IN THAT BODY OF WORKS, ALTHOUGH IN THEMATIC OR STYLISTIC ANALYSES, A FEELING OF COMPLETE ARBITRARY PREDOMINATES. HEINRICH MANN DISPLAYS A THOROUGH KNOWLEDGE OF THE BRIEF NARRATIVE, AND PAYS CLOSE ATTENTION TO THE STRUCTURAL ASPECTS OF HIS SHORT STORIES. HIS ATTITUDE TOWARDS THE GENRE OF BRIEF NARRATIVE REVEALS THE PROFOUND ORIGINALITY OF HIS CONCEPTION OF LITERATURE. A STUDY OF THE IMPORTANCE OF THESE STORIES WITHIN HIS WORK HIGHLIGHTS THE FACT THAT, APPEARANCES NOTWITHSTANDING, THE SHORT STORY OCCUPIES A CENTRAL POSITION. HEINRICH MANN’S WORK ON THIS FORM CLEARLY SHOWS THAT HE REFUSES ALL KINDS OF GENERIC PIGEONHOLING. NOT ONLY DOES IT EMBODY HIS NARRATIVE ESTHETICS IN THE MOST CONSUMATE WAY, IT IS ALSO A CROSS-ROADS FOR EVERY TEXTUAL FORM, WHETHER NARRATIVE, DRAMATIC, OR NON FICTIONAL.
Position de thèse :
Cette étude a pour objet les nouvelles de l’écrivain allemand Heinrich Mann (1871-1950), frère aîné de Thomas Mann, et auteur de romans bien connus comme, par exemple, Der Untertan (1914) ou Professor Unrat (1905). Ce rappel permet de souligner d’emblée la difficulté et la position du présent travail : il peut paraître surprenant, même pour un lecteur averti, de s’intéresser aux nouvelles d’un écrivain plus connu aujourd’hui pour ses romans et ses prises des position anti-nazies pendant son long exil à partir de 1933. Les nouvelles d’H. Mann ont toujours été considérées comme des textes mineurs, une partie secondaire de son œuvre et, la plupart du temps, on se penche sur ces récits pour en souligner le caractère d’œuvres intermédiaires et préparatoires.
Notre propos n’est pas d’attribuer aux nouvelles un rôle qui n’est pas, et ne peut pas, être le leur au sein de l’œuvre aussi riche d’un romancier reconnu et célébré de son vivant - jusqu’en 1933, du moins. En d’autres termes, les nouvelles ne sont que rarement des œuvres majeures, déterminantes d’H. Mann. Considérées individuellement, seules quelques unes d’entre elles peuvent prétendre occuper un rang comparable à celui des romans cités précédemment. En revanche, en tant que genre, la nouvelle occupe une place de premier plan, et l’ambition de la présente étude consiste à réévaluer le rôle joué par le genre narratif bref dans l’œuvre d’H. Mann.
La première difficulté réside dans le fait que l’ensemble des nouvelles écrites par l’auteur ne semble pas pouvoir être constitué en véritable objet d’étude : son caractère hétérogène est patent, tant au niveau formel que thématique. Les rares études critiques partiellement ou entièrement consacrées aux nouvelles d’H. Mann se sont heurtées à ce manque de cohérence évident. Au niveau thématique, les nouvelles sont extrêmement variées : elles abordent tous les thèmes déjà présents - ou qui seront présents - dans les romans, et il n’est pas possible de distinguer, de ce point de vue, une quelconque unité. Il est cependant manifeste que certaines nouvelles peuvent être regroupées en fonction de leur sujet. Cette démarche est celle qui a longtemps prévalu, en particulier pour les premières éditions complètes . Mais son intérêt est très limité. Dans la présente perspective, il est plus déterminant de remarquer qu’H. Mann choisit parfois de se concentrer sur un seul et unique sujet, si bien que certaines phases peuvent ainsi être définies dans sa production nouvellistique. C’est en particulier le cas pour les récits écrits entre 1905 et 1907, 1908-1912 et 1914-1945. Toutefois, cette pratique n’est pas systématique, et certaines nouvelles ne peuvent pas être regroupées selon ce critère thématique. La démarche qui consisterait à tenter de regrouper et de classer les nouvelles d’H. Mann en fonction de critères purement formels est également vouée à l’échec : les nouvelles sont très différentes les unes des autres et ne peuvent être classées de cette manière.
La seule façon de reconnaître et de définir la cohérence de cet objet d’étude consiste à déterminer la filiation générique de chaque nouvelle au sein du genre complexe qu’est la nouvelle de langue allemande. Une telle analyse des nouvelles d’H. Mann fait l’objet de la première des deux parties de notre travail. Elle combine plusieurs critères : thématiques, formels et structurels.
Le chapitre premier revient sur l’histoire de la nouvelle allemande et sur les différentes définitions successives qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, ont été données de cette forme textuelle. Les analyses faites dans ce cadre permettent de définir des critères qui guideront l’étude générique des nouvelles d’H. Mann dans l’ensemble de la première partie. La Novelle, terme ici utilisé pour désigner le type traditionnel de la nouvelle, se caractérise par une structure ternaire qui repose sur la notion d’ordre, qui est détruit ou menacé par l’irruption d’un élément perturbateur, avant d’être restauré. La Novelle se distingue ainsi en premier lieu par la mise en œuvre d’intentions narratives précises, qui font de l’histoire narrée un exemple, et l’illustration d’une thèse ou d’une idée abstraite, plus ou moins nettement exprimée par le narrateur. En outre, la Novelle est structurée par la présence d’un événement central. Par opposition à cette première catégorie générique de nouvelles, on définit la Kurzgeschichte, terme utilisé pour désigner les autres nouvelles : celles qui ne correspondent pas au modèle générique traditionnel qu’est la Novelle, mais se caractérisent au contraire par la modernité de leur structure narrative.
La première partie de notre travail présente l’étude des nouvelles d’H. Mann selon les critères génériques ainsi définis. On s’aperçoit alors que la cohérence de l’objet d’étude repose sur le principe discret mais bien réel d’une alternance régulière des modèles génériques mis en œuvre par le nouvelliste. En d’autres termes, H. Mann écrit ses nouvelles par phases précises, au cours desquelles son attitude vis-à-vis du genre nouvellistique évolue régulièrement : entre 1885 et 1894 (chapitre II), il écrit quasi exclusivement des Novellen ; entre 1896 et 1904, il remet en question ce modèle générique traditionnel et compose des récits dont la structure narrative est bien plus moderne ; entre 1905 et 1907, on assiste à un nouveau retournement : le nouvelliste se tourne de nouveau vers la Novelle, alors même que, d’un point de vue formel, ses textes demeurent modernes. Entre 1908 et 1912, il est plus difficile de distinguer un modèle générique dominant, mais la dernière période de production des nouvelles, entre 1914 et 1945, se distingue par le fait qu’H. Mann opère un choix générique clair et définitif : ses nouvelles reprennent la structure et les intentions narratives de la Novelle.
Le résultat de cette analyse systématique et chronologique des nouvelles en fonction de l’opposition entre Novelle et Kurzgeschichte est probant : la catégorie générique est la clé qui permet d’accéder aux nouvelles d’H. Mann et de les définir comme un ensemble cohérent. En tant que nouvelliste, cet auteur semble ne pas prêter attention aux dénominations génériques, mais se distingue en réalité par une grande connaissance des différences entre les différentes formes de nouvelles. Malgré les apparences, il montre donc qu’il a une conscience aiguë des genres et, plus largement, des questions structurelles.
Toutefois, le résultat le plus important, obtenu au terme des analyses génériques des nouvelles, réside dans la prise de conscience que cette partie de l’œuvre d’H. Mann, qui témoigne du grand soin apporté par l’auteur à l’élaboration de ces textes, ne peut plus être considérée comme secondaire ou mineure : la nouvelle occupe, en tant que forme narrative, une place importante dans son œuvre.
Cette première conclusion est confirmée et précisée par la seconde partie du présent travail ; elle a pour objet l’étude de l’art du récit dans les nouvelles.
Le chapitre VII - le premier de la seconde partie - est consacré à l’analyse détaillée de l’esthétique narrative qu’H. Mann a mise en place progressivement depuis les premières années de sa carrière de romancier, mais qu’il n’a exprimée sous une forme théorique que pendant les dernières années de la République de Weimar. Cette esthétique du récit est explicitement romanesque et repose sur le principe du « sur-réalisme ». Cette notion signifie dans l’univers narratif d’H. Mann que le romancier doit exagérer, constamment « forcer le trait », dans le but de rendre la réalité décrite dans son œuvre plus visible, plus compréhensible. Le but de tout écrivain étant, selon l’auteur de Der Untertan d’éduquer le peuple, il doit lui faire comprendre le réel et, par conséquent, en faire ressortir les traits saillants en les surexposant. Or ces principes narratifs épousent parfaitement les exigences « naturelles » du genre narratif bref : tous deux présentent en effet le point commun de poser la question de la mimesis dans un texte narratif. Le nouvelliste est contraint, étant donné le peu d’espace narratif à sa disposition, de déformer la réalité qu’il représente, afin de mettre en place une illusion mimétique en développant un art du « raccourci ». Il est donc particulièrement important de confronter l’esthétique narrative d’H. Mann et le genre de la nouvelle dans son ensemble.
Trois aspects complémentaires les uns des autres permettent de mettre en évidence la richesse de cette confrontation entre l’esthétique romanesque d’H. Mann et ses nouvelles.
Le premier (chapitre VIII) concerne la déformation du réel représenté dans les textes. Grâce à l’exemple des personnages, il est possible de montrer que l’écriture narrative du nouvelliste repose sur une contradiction : l’esthétique romanesque d’H. Mann et l’art de la nouvelle reposent sur les mêmes principes de déformation du réel, mais loin de se compléter, ces deux sphères s’opposent : avant de détruire l’effet de réel, comme le préconise H. Mann, il faut, dans un premier temps, l’avoir créé ; qui plus est, dans un espace narratif volontairement restreint. Or, les moyens narratifs utilisés par l’écrivain pour, d’une part, créer l’illusion d’un monde complet dans la nouvelle - art du raccourci - appartiennent certes à la même palette technique que ceux qui visent à remettre en question cette illusion mimétique - esthétique du « sur-réalisme », mais leurs effets sont opposés. En d’autres termes, le nouvelliste cherche nécessairement à en « dire moins » tout en en laissant entendre davantage, tandis qu’H. Mann demande d’ « en dire plus », d’exagérer. L’analyse révèle que les nouvelles de notre auteur mettent en œuvre en même temps les exigences contradictoires du genre et de l’esthétique narrative « sur-réaliste ».
Le deuxième élément à étudier dans le cadre d’une confrontation entre le genre nouvellistique et l’esthétique narrative d’H. Mann est la discontinuité narrative, élément central dans l’univers romanesque de ce dernier (chapitre IX). Ce phénomène est visible également dans les nouvelles, mais à un degré supérieur. La fragmentation anti-mimétique du monde représenté y est très importante, ce qui est particulièrement manifeste dans le cas exemplaire du temps. L’étude du rapport entre temps du récit et temps de l’histoire est riche en enseignements sur ce point. Il est ici particulièrement intéressant de se concentrer sur la variation incessante de la vitesse narrative dans les nouvelles : il s’agit d’un élément essentiel de l’art de la nouvelle chez H. Mann.
Le dernier aspect qui contribue à accréditer la thèse que l’esthétique « sur-réaliste » d’H. Mann se retrouve à un degré inédit dans ses nouvelles est l’écriture dramatique que l’auteur y met en œuvre et, plus généralement, la théâtralité du monde représenté dans ces récits. Le théâtre y est souvent le point de référence du monde décrit dans les nouvelles, remplaçant alors le réel, ce qui remet en cause de manière décisive l’effet de réel. Cela est particulièrement patent dans le cas des descriptions et de la représentation de l’espace. Mais là ne s’arrête pas l’imitation du théâtre dans les nouvelles d’H. Mann : le nouvelliste déforme la réalité au moyen d’une écriture dramatique : la structure des récits est théâtrale, ce qui apparaît surtout lorsqu’on étudie les discours rapportés et la place du narrateur. Celui-ci s’efface au point que, parfois, le récit donne l’impression d’être un drame.
L’étude de l’art du récit dans les nouvelles met en évidence que ces textes sont l’expression de l’esthétique narrative « sur-réaliste » d’H. Mann, à un degré supérieur par rapport aux romans. Tout est plus net, plus tranché dans les nouvelles. C’est pour cette raison que l’ensemble constitué par les nouvelles ne peut plus être considéré comme une partie secondaire dans l’œuvre de cet auteur : les nouvelles occupent une place centrale. Cela est d’autant plus évident que toutes les nouvelles, depuis les premiers récits écrits dans les dernières années du XIXe siècle, jusqu’aux dernières nouvelles, dans les années 1920, mettent en œuvre cette esthétique narrative non-mimétique : les nouvelles sont par conséquent un ensemble cohérent.
Les analyses successives des nouvelles d’H. Mann, sous un angle générique et dans un contexte d’esthétique narrative, ont révélé que ces textes narratifs brefs posent le problème des genres dans l’œuvre d’H. Mann. La catégorie générique est présente et joue un rôle déterminant à tous les stades. Cela est encore plus net, dès lors que l’on cherche à réévaluer la place des nouvelles dans l’œuvre de l’auteur (chapitre XI) : il existe des liens constants entre les nouvelles et les autres catégorie génériques auxquelles H. Mann s’est essayé. Il est même possible de poser le principe d’une certaine « perméabilité générique » chez cet auteur. Et la nouvelle est le point central de ce phénomène, dans la mesure où les nouvelles sont aux croisements de l’ensemble de l’œuvre. On peut en effet observer des phénomènes de glissements entre les genres : entre nouvelles et pièces de théâtre, entre nouvelles et romans et même entre nouvelles et essais. A chaque fois, le centre de ces transferts génériques est constitué par le texte narratif bref, qui se révèle être l’unité de base dans l’œuvre d’H. Mann. La conséquence ultime de ce phénomène consiste en un dépassement de la notion de genre littéraire. H. Mann exprime ainsi une conception très originale de la littérature.
Henri Collet (1885 - 1951), compositeur : un itinéraire singulier dans l’hispanisme musical français
Mardi 3 février 2004
14 h
Salle des Actes, Centre administratif de Paris 4
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Stephan ETCHARRY soutient sa thèse de doctorat :
Henri Collet (1885 - 1951), compositeur : un itinéraire singulier dans l’hispanisme musical français
en présence du Jury :
M. BARTOLI (PARIS IV)
M. GUILLOT (PARIS IV)
M. JAMBOU (PARIS IV)
M. LACOMBE (RENNES I)
M. NOMMICK
Histoire de Belisaire dans la littérature française
Samedi 28 mai 2005
14 heures 30
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Anne-Sophie BARROVECCHIO soutient sa thèse de doctorat :
Histoire de Belisaire dans la littérature française
En présence du Jury :
M. DAGEN (Paris 4)
MME AHRWEILER (Paris 1)
M. CRONCK (Oxford)
M. MENANT (Paris 4)
M. POLET (Louvain)
Histoire de la psychanalyse en Espagne (1893-2000)
Samedi 25 novembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Anne-Cécile DRUET soutient sa thèse de Doctorat :
Histoire de la psychanalyse en Espagne (1893-2000)
En présence du Jury :
Mme BOYER (PARIS 4)
M. GRACIA GARCIA (BARCELONE)
M. LAKHDARI (PARIS 4)
M. LAZARO (Université)
Mme ROUDINESCO (PARIS 7)
Résumés :
Ce travail étudie la situation de la psychanalyse dans l’Espagne post-franquiste, durant la période qui va de 1975 à 1985. Dans une première partie, nous présentons l’histoire de l’introduction du freudisme en Espagne et celle de la situation de la psychanalyse au sein des domaines psychiatrique et psychologique pendant le franquisme. Ensuite, nous abordons la question des mouvements psychanalytiques à partir de 1975 ; nous étudions l’évolution des groupes liés à l’International Psychoanalytical Association (IPA) et les différentes étapes de la naissance, du développement et de l’institutionnalisation du mouvement lacanien durant la même période. Le rôle des analystes argentins exilés en Espagne, en particulier celui d’Oscar Masotta, est longuement abordé, ainsi que l’histoire de la première institution lacanienne d’Espagne, la Bibliothèque freudienne de Barcelone. Dans une troisième partie, nous analysons les liens entre psychanalyse, culture et société dans l’Espagne de la transition démocratique ; l’introduction du lacanisme dans le domaine culturel et son retentissement social en sont les fils conducteurs.
This work studies the situation of psychoanalysis in the post-Franco Spain in the 1975 -1985 period. In the first part, we present the history of the introduction of Freudism in Spain and the history of the condition of psychoanalysis inside the domains of psychiatry and psychology during Franco Spain. After that, we address the question of the psychoanalytical groups from 1975 on, we study the evolution of the group linked to the International Psychoanalytical Association (IPA) and the various stages of the origin, the development and the institutionalization of the lacanian movement during the same period. The role played by the Argentinean analysts exiled in Spain, particularly Oscar Masotta, as well as the history of the first lacanian institution in Spain, the Biblioteca Freudiana de Barcelona, are dealt with in extension. In the third part, we analyse the bonds between psychoanalysis, culture and society in Spain’s democratic transition ; the main guidelines are the introduction of Lacanism in the cultural field and its social outcome.
Position de thèse :
Tout au long de ce travail, nous tentons de présenter et d’analyser les éléments pertinents pour une étude de la situation de la psychanalyse en Espagne durant la décennie qui va de 1975 à 1985.
La question de l’implantation du lacanisme constitue la part la plus importante de cette thèse, qui cependant ne perd jamais de vue l’ensemble de l’Espagne freudienne. Il va de soi que l’histoire du lacanisme ne peut être étudiée à partir d’une méthodologie établie pour raconter les origines du mouvement freudien. De même, l’historisation du mouvement lacanien ne peut passer, en Espagne, par les mêmes voies que celles qui s’imposent pour la France, où son impact culturel est plus profond et où il concerne un nombre infiniment plus important d’individus. Le caractère récent des événements, d’une part, et les spécificités de la situation espagnole, de l’autre, obligeaient à réfléchir à une méthodologie adaptée au travail entrepris ici. D’une façon globale, nous avons pris le parti de centrer notre étude sur le mouvement psychanalytique lui-même ; elle traite, schématiquement, de « la psychanalyse en Espagne » plus que de « l’Espagne et la psychanalyse ». Ceci implique que les éléments retenus soient avant tout ceux qui rendent compte de la présence du freudisme et non ceux qui décrivent une absence. Celle-ci, comprise comme un espace au sein des divers domaines qui ont connu l’introduction du freudisme, mais sans que celui-ci y connaisse un essor comparable à celui d’autres pays, prend pourtant une importance particulière en Espagne ; la plupart des historiens qui ont abordé le sujet se sont posé la question d’une résistance spécifiquement espagnole aux théories freudiennes. À notre sens, qui dit résistance spécifique dit histoire comparée, et le travail à entreprendre dans ce domaine dépassait les prétentions de notre étude. Par ailleurs, pour parler de résistance, il fallait d’abord mesurer celle-ci, ce qui ne pouvait se faire qu’à partir de la collecte des données positives concernant la présence de la psychanalyse. Pour la période qui nous concerne, ce travail n’avait pas été effectué, malgré des apports partiels importants ; il nous semblait donc indispensable de commencer par le commencement et de présenter une étude qui s’intéresse avant tout à la présence, bien réelle, de la psychanalyse dans le domaine hispanique. Nous espérons ainsi que ce travail permettra d’engager, par la suite, le débat sur une question qui semble passionnante pour la période qui nous concerne, à savoir le rôle de la mémoire et de l’oubli durant la transition démocratique.
Si, dans l’expression « Psychanalyse en France », il est peu probable que le terme « France » donne lieu à une glose bien longue, le remplacer par « Espagne » oblige aussitôt à faire une série de remarques. En dehors de toute considération extérieure à l’histoire de la psychanalyse elle-même, la situation du freudisme en Espagne ne peut être présentée comme unique ou unifiée au fil du vingtième siècle. Durant certaines périodes, l’on peut établir une périodisation commune pour Barcelone et Madrid ; c’est le cas, notamment, des années immédiatement postérieures à la guerre civile parce qu’il ne se passe rien ni dans une ville, ni dans l’autre. Il existe d’autres moments de l’histoire où l’on peut envisager cette périodisation commune : il en va ainsi pour la période postérieure à 1985, au cours de laquelle il se produit une sorte d’unification progressive de l’histoire du mouvement lacanien espagnol via Paris. Entre ces deux dates, à l’exception de la réunion de Madrilènes et de Catalans, pour un temps, au sein de la première société espagnole de l’IPA, il n’existe pas de situation espagnole de la psychanalyse, mais une situation catalane d’un côté, et une situation madrilène de l’autre. L’idée de rassembler ces deux situations dans une même étude n’a, certes, rien d’aberrant ; les points communs, notamment pour ce qui est du contexte social, culturel et politique, sont nombreux et fondamentaux. Les renvois d’une situation à l’autre sont même, dans ce sens, très intéressants. Il n’en reste pas moins que, pour la décennie qui fait l’objet de ce travail, il n’y a pas, à notre sens, de périodisation commune possible. Les bornes chronologiques de notre étude se fondent sur la seule histoire catalane : il ne se produit rien de remarquable dans le domaine psychanalytique madrilène en 1975, pas plus qu’en 1985. La conséquence immédiate de ceci est la séparation des récits de ces deux histoires dans la plus grande partie de notre travail.
En outre, l’implantation du lacanisme dans les deux villes, bien qu’elle prenne souvent les mêmes voies, n’a ni la même ampleur, ni les mêmes effets. L’institutionnalisation précoce du mouvement barcelonais qui naît autour d’Oscar Masotta, l’enseignement et les activités organisées par celui-ci posent les jalons d’une histoire animée, colorée, dont les protagonistes se créent parfois une place au sein de la sphère culturelle, et qui rassemble rapidement un petit monde lacanien qui fait parler de lui. Ceci donne lieu à un récit fourni, qui est à l’image de cette histoire. Par ailleurs, le retentissement social et culturel du lacanisme barcelonais, allié aux multiples traces écrites laissées par l’institution elle-même, permet de fonder la recherche sur des archives dont le nombre est sans commune mesure avec la quantité de celles qui sont produites à Madrid à la même époque. Dans la capitale espagnole, l’absence de personnalité de l’envergure de Masotta, le plus grand morcellement du domaine lacanien et l’institutionnalisation plus tardive des groupes offrent un panorama fort différent, qu’il n’est pas possible de reconstruire sur le même mode, ni sur la base des mêmes traces. La place inégale occupée par Barcelone et par Madrid dans ce travail reflète cette situation.
Le caractère capital, à plusieurs égards, de Barcelone dans l’histoire qui nous occupe justifie, nous y avons fait allusion, les bornes chronologiques de cette thèse. Hasard du calendrier : Oscar Masotta commence son enseignement à Barcelone le 20 octobre 1975, un mois, jour pour jour, avant la mort de Franco. Le premier événement, et non le second, détermine le choix de l’année 1975 comme date du début de notre étude. Il ne s’agit donc pas de la projection, sur le domaine analytique, d’un critère de périodisation extérieur à ce domaine lui-même. Le bouleversement que supposent à la fois l’apparition du personnage de Masotta, son enseignement et les conséquences de celui-ci dans le panorama psychanalytique espagnol semblaient imposer tout naturellement ce choix. Celui de l’autre limite chronologique de ce travail prêtait davantage à réflexion. Nous avons finalement retenu l’année 1985, qui est celle du premier séminaire du Champ freudien en Espagne, cette fois encore à Barcelone. L’organisation de ce séminaire représente l’aboutissement d’un processus d’expansion du Champ freudien en Espagne, la fin d’une époque et le début d’une autre, tant du point de vue de la formation des analystes espagnols que de celui du panorama institutionnel qui existait alors. À partir de 1985, le séminaire, organisé par la suite chaque année dans d’autres villes d’Espagne, met fin à la période de la formation majoritairement argentine pour inaugurer celle de l’enseignement français ; en outre, il marque le début du travail commun de groupes jusque-là divisés, première étape du chemin vers la réunion qui se produira au moment de la création de l’École européenne de psychanalyse. La fourchette chronologique finalement adoptée, 1975-1985, semblait donc réunir les éléments pertinents à la fois dans une perspective synchronique et pour une compréhension des fondements de la situation postérieure.
Au vu de ce qui a été dit jusqu’ici, le plan de ce travail a été défini de la façon suivante : une division en trois parties, la première sur l’histoire de la psychanalyse en Espagne avant 1975, la deuxième sur les mouvements psychanalytiques entre 1975 et 1985, et la troisième sur les liens, dans la même période, entre psychanalyse, culture et société. Au sein de la première, des divisions de type chronologique et thématique sont établies. La scansion de la guerre civile s’impose pour une répartition initiale entre l’avant et l’après 1936. La période d’avant 1936 débute en 1893, au moment de la parution à Barcelone de la traduction de la « Communication préliminaire » de Breuer et Freud, pour se clore à la veille de la guerre civile. La seconde commence au lendemain de celle-ci et étudie, jusqu’en 1975, les données qui nous ont semblé pertinentes pour une compréhension du contexte dans lequel se produit l’institutionnalisation du mouvement psychanalytique espagnol.
Cette institutionnalisation ouvre la deuxième partie, qui retrace l’histoire des mouvements psychanalytiques de l’Espagne post-franquiste. Plus qu’un répertoire de dates, de membres et d’événements de type administratif - orientation de travaux qui miment, en quelque sorte, la bureaucratie ipéiste -, nous avons tenté d’écrire une histoire des sociétés espagnoles de l’IPA dans la perspective de l’analyse de leur rôle durant la période des dernières années du franquisme et dans l’Espagne démocratique. L’essor du lacanisme en Espagne s’inscrit, en effet, dans un processus historique évolutif au sein duquel les caractéristiques du mouvement lié à l’IPA jouent un rôle fondamental.
Outre ceci, l’autre donnée clé de l’histoire de la psychanalyse durant cette période est le « détour argentin » des théories lacaniennes. L’importance d’Oscar Masotta dans ce processus nous a conduite à consacrer à celui-ci un long chapitre, en présentant tout d’abord son œuvre en Argentine, puis en Espagne. Pour cette dernière, après avoir exposé les éléments biographiques et les différentes activités menées par Masotta dans le domaine de la diffusion des théories lacaniennes, nous mettons l’accent sur le bouleversement que suppose l’apparition d’un personnage comme Masotta dans le panorama psychanalytique espagnol, et sur les conséquences de son enseignement, en particulier auprès de ses jeunes élèves espagnols, devenus aujourd’hui les analystes dits historiques du mouvement lacanien.
Toujours dans le sillage d’Oscar Masotta, nous consacrons un long chapitre à l’histoire de la première institution lacanienne d’Espagne, la Bibliothèque freudienne de Barcelone, fondée en 1977 à l’initiative de l’Argentin. La mort de celui-ci, deux ans plus tard, marque une nouvelle scansion dans cette histoire ; elle signifie l’entrée de la Bibliothèque dans une période de crise et la modification du panorama lacanien catalan, qui devient plus morcelé qu’auparavant.
La situation de la psychanalyse à Madrid, durant la même période, est fort différente. Elle fait l’objet d’un chapitre séparé, qui se fonde sur une chronologie distincte, comme nous l’avons dit, de celle de Barcelone. Le rôle des Argentins, dirigeants de la majorité des groupes, y est présenté. L’arrivée, dans la capitale espagnole, en 1983, de la première représentante du Champ freudien marque la principale scansion de l’histoire du lacanisme à Madrid pendant ces années. L’évolution de la situation madrilène qui en résulte est étudiée.
Dernier point abordé dans cette partie : le Champ freudien en Espagne. La Fondation y acquiert une existence à partir de 1983, lorsqu’elle y organise ses premières Journées et qu’est décidée la création d’un bulletin destiné à faire le lien entre les différents groupes lacaniens du pays. Le processus qui se met en place à partir de ce moment est déterminant pour l’évolution des groupes existant à cette date dans toute l’Espagne, dont une grande majorité finira, quelque sept années plus tard, par se dissoudre pour entrer dans l’École européenne de psychanalyse fondée par Jacques-Alain Miller. Les premières activités du Champ freudien en Espagne, la politique de la Fondation et la position des différents groupes vis-à-vis de celle-ci sont étudiées. Le chapitre se termine sur l’événement que nous avons retenu pour déterminer la date de la fin de ce travail, à savoir l’organisation, à Barcelone, du premier séminaire du Champ freudien.
La troisième partie de cette thèse, intitulée « Psychanalyse, culture et société », posait davantage de problèmes quant à la sélection des différents points abordés. Les chapitres dont cette partie aurait pu se composer étaient nombreux, et chacun présentait un intérêt particulier. Le principal critère sur lequel se sont fondés nos choix était celui d’un impact mutuel entre les questions culturelles et sociales étudiées et le mouvement psychanalytique. Plus l’interaction entre les domaines était grande, plus l’inclusion de l’une ou l’autre de ces questions nous apparaissait comme importante.
L’étude des revues de psychanalyse s’imposait d’emblée, en ce que l’apparition de celles-ci constitue l’une des innovations les plus remarquables du domaine psychanalytique durant la période de la transition, et qu’elle est également l’une des voies d’insertion de ce domaine dans la sphère culturelle. Un exposé du retentissement culturel et social des changements intervenus dans le panorama psychanalytique de cette période nous semblait également incontournable. Pour ce qui est du domaine social, nous avons choisi de fonder notre analyse sur la presse quotidienne, après avoir constitué un corpus que l’on pouvait considérer comme représentatif. S’agissant d’étudier la présence de la psychanalyse dans la sphère culturelle, nous avons privilégié le point qui nous semblait le plus intéressant, à la fois par sa nouveauté et par le fait qu’à notre connaissance aucun travail ne lui avait jamais été consacré, qui est l’introduction de la pensée lacanienne dans ce domaine. En d’autres termes : quand et comment le nom de Lacan apparaît-il dans le panorama culturel espagnol ? La lecture des principaux ouvrages sur l’histoire culturelle de la transition nous a appris qu’aucun des noms d’auteurs et d’intellectuels mentionnés dans ces études n’était associé par les spécialistes à celui de Lacan. Bien qu’il s’agisse, dans certains cas - en particulier dans le domaine philosophique -, d’une omission, la constatation de celle-ci et de ses causes nous ont amenée à abandonner l’idée d’une étude de type monographique sur l’un ou l’autre auteur. La seconde raison de ce choix tient à la ligne directrice exposée au paragraphe précédent : s’il y a bien une production philosophique et artistique dans laquelle on peut déceler l’influence directe des théories psychanalytiques, celle-ci ne garde pas de lien profond avec le domaine psychanalytique espagnol lui-même, qui ne la fait pas naître et ne lui doit pas grand-chose. À ces études monographiques, nous avons préféré la constitution d’un nouveau corpus, de publications périodiques cette fois, au sein desquelles la pensée lacanienne a une présence suffisamment remarquable pour pouvoir parler de l’apparition d’une thématique et analyser celle-ci. Les résultats de la recherche ainsi menée ont prouvé que ce choix était sans doute le plus pertinent. Le dernier chapitre, qui porte sur l’historiographie de la psychanalyse en Espagne, n’avait pas été prévu dans le plan initial ; nous pensions insérer, de façon classique, un état de la question au début de notre travail. Toutefois, à mesure qu’avançaient nos recherches, il nous est apparu de plus en plus intéressant de présenter une étude sur ce point en conclusion de ce qui avait été développé jusque-là. Ceci, bien entendu, n’exclut pas la présentation des principales sources secondaires avant chaque chapitre, mais les rassembler pour les analyser et identifier les différentes lectures qui sont effectuées semblait présenter un plus grand intérêt à partir du moment où l’on pouvait les mettre en relation avec nos propres conclusions.
L’archive écrite était la condition principale de l’existence de ce travail. Quiconque s’est lancé dans le recueil de témoignages sait qu’il suffit souvent de trouver une personne absolument certaine d’un fait pour, aussitôt, en voir apparaître une autre tout aussi convaincue du contraire. Nous avons tenté d’apporter le plus grand nombre d’éléments pertinents pour l’histoire ici retracée à partir des traces écrites qu’il nous a été possible de retrouver. Dans tous les cas, nous avons évité la spéculation concernant les faits sur la seule base des témoignages ; lorsque seuls ceux-ci rendaient compte d’un événement important, nous avons fait état des divergences sans donner à notre récit le fil conducteur du vécu des uns ou des autres. Notre objectif était de rendre compte de ce qui pouvait contribuer à expliquer les particularités de la situation de la psychanalyse en Espagne, en nous fondant sur l’archive écrite, en éclairant celle-ci grâce au témoignage, puis en proposant une analyse à la lumière de l’une et de l’autre. Cette méthodologie était celle qui, à notre sens, s’imposait dans le cas d’une histoire qui n’avait été racontée, de façon partielle, que par ses acteurs.
Il était, cela va de soi, illusoire de croire que l’on pourrait retracer une histoire exhaustive, si tant est que l’expression ait un sens. Le caractère récent des faits, le halo de mystère qui entoure parfois l’un ou l’autre de ceux-ci, le respect naturel et indispensable pour des protagonistes vivants dans la plupart des cas déterminaient des limites de tous ordres. En tenant compte de celles-ci, la question initiale qui se posait à nous était celle d’une collecte de traces écrites d’un nombre et d’un intérêt suffisants pour envisager la reconstruction. Une première recherche a montré que, pour la plupart des points abordés, la réponse à cette première question était positive. Dans un deuxième temps, il fallait envisager la part réservée au témoignage. Celui-ci était considéré en lui-même comme un commentaire rendant compte de la façon donc chacun voyait aujourd’hui les événements d’hier. Dans une grande majorité des cas, les entretiens se sont révélés très féconds et ont permis de remplir les objectifs recherchés. L’un de ceux-ci était de déterminer quels étaient les événements et les situations que les protagonistes eux-mêmes mettaient spontanément en avant. Les premiers entretiens n’avaient donc pas de schéma préétabli, en dehors de quelques questions concernant le rôle particulier de chacun d’un point de vue institutionnel. Par la suite, ce qui était recherché était davantage un témoignage sur un moment précis de l’histoire dont les traces écrites faisaient état. À partir de ces données, il était possible, la plupart du temps, d’éclairer les événements par l’expérience que chacun en avait faite.
Pour ce qui est de l’analyse globale des événements ou des situations, nous avons pris le parti de proposer une interprétation chaque fois que les éléments nous apparaissaient comme suffisamment nombreux et solides pour pouvoir le faire. Autant les conjectures semblaient à bannir dans l’établissement des faits, autant l’interprétation paraissait préférable, dans l’analyse, à un résumé ou à une glose insipide « justifiée » par le souci d’objectivité. Ce souci est fondamental, nous l’avons dit, pour le recueil de données, mais il perd son sens dans une étude telle que celle-ci s’il ne mène pas à une interprétation postérieure. Le nombre de points abordés dans ce travail pour lesquels nous ne disposions d’aucune bibliographie secondaire est important. À défaut de pouvoir nous situer par rapport à une ligne critique existante, nous avons préféré risquer la contradiction plutôt que de nous limiter à offrir un répertoire d’événements.
Au moment de conclure, les perspectives ouvertes par ce travail, du moins l’espérons-nous, sont multiples. L’inclusion du mouvement lacanien dans l’histoire de la psychanalyse en Espagne ne semblait pas s’imposer comme une évidence : la plupart des recherches effectuées sur cette histoire, à moins qu’elles ne proviennent de ce mouvement lui-même, s’arrêtaient au seuil du « retour à Freud » ou le contournaient. Nous avons montré combien le lacanisme s’inscrivait dans cette histoire de la psychanalyse en Espagne qui ne veut pas toujours de lui, et dont il ne veut pas toujours. L’analyse historiographique, en particulier, a mis ce dernier point en évidence. Or l’essor du mouvement lacanien ne peut être étudié en dehors d’une prise en considération des spécificités de la situation espagnole de la psychanalyse durant la période franquiste. S’il s’inscrit, par rapport à cette situation, dans une dynamique de rupture, celle-ci n’en est pas moins ancrée dans un processus historique évolutif. De la même façon, on ne peut étudier l’histoire d’un siècle de freudisme en Espagne sans consacrer un chapitre à la naissance du mouvement lacanien. En plaçant celui-ci au centre de notre étude, nous espérons en avoir fait la démonstration.
Pour ce qui est des institutions lacaniennes d’Espagne, nous avons, à partir du travail de dépouillement des archives, retracé une histoire qui n’avait jamais fait, jusqu’ici, l’objet d’une étude de cette ampleur. Personne, en Espagne, ne s’est encore lancé dans cette aventure. Il peut sembler étonnant que, étant donné la propension des acteurs du mouvement à publier des travaux sur son histoire immédiate, l’initiative d’une étude plus large et plus profonde n’ait pas été prise. Lorsque cette histoire immédiate est abordée, elle l’est soit pour la situation du lacanisme dans une seule ville, principalement Barcelone, soit de façon globale, dans une perspective de réflexion qui rassemble peu d’informations précises et n’a nullement recours aux archives. De même, l’Argentine a produit de nombreuses études partielles sur la question espagnole, en particulier sur le rôle joué par Masotta, mais en travaillant à partir de documents publiés ou de souvenirs et de témoignages. Dans tous les cas, le principal obstacle réside dans la difficulté de rassembler les archives existantes, principalement privées et dont personne ne s’est jusqu’ici préoccupé d’établir la liste. La structure du monde analytique étant ce qu’elle est, l’historiographie produite au sein des groupes se fait sur la base de l’information recueillie parmi les membres de chacun d’entre eux, en toute ignorance de ce que possède l’autre. Personne, par exemple, n’avait rassemblé les dizaines de numéros des Hojas de la Biblioteca Freudiana, bulletin interne qui témoigne mois par mois de la vie de l’institution. Ceci explique l’absence de données précises qui ne peuvent être fournies que par le dépouillement de l’ensemble de ces documents. Réunies en vue de l’élaboration de ce travail, ces archives permettaient pour la première fois de retracer l’histoire des institutions à partir d’une grande quantité de traces écrites, de façon précise et documentée, et sans ellipse historique.
Un autre dépouillement indispensable pour l’histoire du mouvement lacanien à cette période est celui du Correo del Campo freudiano en España, bulletin du Champ freudien lancé en 1983, qui regorge d’informations concernant les groupes liés à la Fondation. Ce bulletin joue, pour l’historien, un rôle semblable à celui des Hojas de la Bibliothèque quelques années auparavant.
Enfin, de façon plus ponctuelle, nous avons mis au jour des archives qui semblent de premier intérêt pour l’étude de la situation de la psychanalyse sous la dictature, celles de la censure. Aucun historien ne faisait mention d’une recherche sur ce point et l’information diffusée, même partiellement correcte, ne se fondait pas sur les documents de l’administration franquiste.
Pour ce qui est de notre troisième partie, le principe même d’une étude de la présence de la psychanalyse dans les sphères culturelle et sociale, durant la période de la transition démocratique, n’avait, à notre connaissance, jamais été envisagé. Certaines informations avaient été diffusées, une fois encore, principalement depuis l’Argentine, concernant les revues qui avaient fait une place au lacanisme dans ces années. D’une grande aide pour engager notre propre recherche, elles n’avaient toutefois pas donné lieu à un commentaire systématique. Le choix d’un corpus défini sur lequel fonder l’étude s’est avéré fécond. On a ainsi pu retracer le parcours des théories lacaniennes au sein de deux types de publications : les revues culturelles, d’une part, et la presse quotidienne, de l’autre. Pour ce qui est des premières, outre les « dossiers psychanalyse » qui ont été présentés, nous avons analysé les caractéristiques des deux revues qui sont au centre de la diffusion du lacanisme, la Revista de Literatura et Diwan.
Dans le domaine des quotidiens, nous avons pu déterminer quels événements du monde psychanalytique avaient attiré l’attention non anecdotique de ce type de presse, et quelle était la façon dont ces événements étaient traités. En outre, nous avons proposé un tour d’horizon qui permettait de prendre en considération, de façon plus large, l’apparition de la thématique psychanalytique, et en particulier les répercussions sociales de la vie du mouvement lacanien, moins effacé sur ce plan que les cercles ipéistes. Malgré l’archivage par certaines personnes ou institutions d’une quantité parfois importante d’articles portant sur cette question, nous n’avons pas connaissance d’une tentative d’analyse globale de cette production journalistique. Effectuer cette analyse permettait de mettre en lumière une facette de la relation entre psychanalyse et société, domaine de recherche qui semble particulièrement difficile à aborder.
Ni le dépouillement, ni le recensement des publications périodiques de psychanalyse, telles qu’elles sont définies dans le chapitre que nous leur consacrons, n’avaient été effectués pour l’Espagne entière. Nous avons décrit et défini chacune des publications retrouvées à partir de l’examen direct de celles-ci. Lorsqu’un numéro contenait un article qui, pour diverses raisons, avait fait date dans le panorama psychanalytique, nous l’avons relevé. Le dépouillement de ces revues permettait, en outre, de trouver des informations pour d’autres chapitres de ce travail dont les archives ne gardaient pas trace. De nombreuses dates ont ainsi pu être établies pour des événements ponctuels.
Concernant, enfin, l’historiographie de la psychanalyse en Espagne, plusieurs travaux avaient partiellement abordé ce thème, soit dans la perspective de l’historiographie de la psychiatrie, sans pousser la recherche du côté de la psychanalyse, soit pour rédiger un état de la question avant de proposer un apport personnel. Dans ce dernier cas, nous n’avons trouvé aucune recherche effectuée dans le but de proposer une bibliographie historique de la psychanalyse en Espagne. Nous avons, dans un premier temps, établi celle-ci avec un apport principal au regard des travaux précédents ; nous y avons inclus la production historiographique provenant des revues lacaniennes, dont seuls les principaux articles étaient connus. Au-delà du domaine lacanien, une vue d’ensemble de la production historiographique sur la psychanalyse, malgré les limites chronologiques que nous lui avons fixées, permettait également d’établir des données de type statistique que nous pouvions ensuite analyser. L’étude qualitative venait ajouter à cela l’identification de différentes lectures de l’histoire en fonction des domaines de provenance des textes. La projection idéologique sur l’histoire de la psychanalyse nous semblait être l’un des éléments les plus intéressants à prendre en compte.
Il reste à souhaiter que les perspectives ouvertes par ce travail puissent donner lieu à d’autres études sur le sujet. Les voies dans lesquelles cette recherche pourrait être poursuivie sont nombreuses. On en citera deux principales, que nous avons déjà signalées ; l’inclusion de l’Espagne dans une histoire comparée du freudisme, au début du vingtième siècle et sous les régimes dictatoriaux en particulier, et la réflexion sur le rôle de la mémoire, en relation avec la question psychanalytique, durant la transition démocratique.
Histoire du jazz, théorie du jazz
Mercredi 15 décembre
15 h 30
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
M. Laurent CUGNY soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Histoire du jazz, théorie du jazz
En présence du Jury :
M. BATTIER (PARIS IV)
M. BAUDOIN (PARIS IV)
M. CASTANET (ROUEN)
M. MALSON
Mme PISTONE (PARIS IV)
M. SOLOMOS (MONTPELLIER III)
Histoire et théorie des genres. Poétiques et usages de l’utopie
Samedi 29 novembre
14 heures 30
En Sorbonne, UFR de Littérature
Bibliothèque Georges Ascoli, esc. C, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Françoise SYLVOS soutient sa thèse d’Habilitation à diriger des Recherches (HDR)
Histoire et théorie des genres. Poétiques et usages de l’utopie
en présence du Jury :
Mme CHAMARAT (PARIS X)
M. DIAZ (PARIS VII)
M. MARCHAL (PARIS IV)
Mme MELONIO (PARIS IV)
M. REGNIER (LYON II)
M. VAILLANT (MONTPELLIER III)
Histoire religieuse, maladie et embryologie dans le monde byzantin
Samedi 12 février 2005
14 heures
INHA, salle Ingres
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
Mme Marie-Hélène CARON CONGOU soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Histoire religieuse, maladie et embryologie dans le monde byzantin
En présence du Jury :
M. BRISSON (CNRS)
Mme DASEN (FREIBURG)
M. FLUSIN (PARIS IV)
Mme GOUREVITCH (EPHE)
M. MUNNICH (PARIS IV)
Hommes, dieux et espaces sacrés en Etrurie
Vendredi 8 décembre 2006
14 heures
Centre Malesherbes, Grand Amphithéâtre
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
Mme Marie-Laurence HAACK soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Hommes, dieux et espaces sacrés en Etrurie
En présence du Jury :
M. BRIQUEL (PARIS 4)
M. CAMPOREALE (Firenze)
M. GUITTARD (PARIS 10)
M. NASO
M. RODDAZ (BORDEAUX 3)
M. SCHEID (Coll. de FR)
M. THUILLER (ENS)
Iconographie orientalisante de la péninsule ibérique. Questions de styles et d’échanges
Mardi 29 juin
15 heures 30
En Sorbonne, amphithéâtre Cauchy
Esc. F, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Hélène MENARD LE MEAUX soutient sa thèse de doctorat :
Iconographie orientalisante de la péninsule ibérique. Questions de styles et d’échanges
en présence du Jury :
Mme COULIÉ (LA ROCHELLE)
M. FARNOUX (PARIS IV)
M. MORET (UNIVERSITE)
M. POURSAT (UNIVERSITE)
M. ROUILLARD (CNRS)
Idéalisme médiéval : l’idéalisme épistémologique des XIIIème et XIVème siècles
Mardi 20 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Luis Manuel DA SILVA AUGUSTO soutient sa thèse de doctorat :
Idéalisme médiéval : l’idéalisme épistémologique des XIIIème et XIVème siècles
En présence du Jury :
M. BIARD (Tours)
M. FLASCH
M. IMBACH (Paris 4)
M. KERVEGAN (Paris 1)
Résumés
Contre l’histoire canonique de la philosophie occidentale, cette thèse démontre que non seulement il y eut de l’idéalisme aux XIIIe et XIVe siècles (en l’occurrence un idéalisme épistémologique), mais aussi que cet idéalisme fut spécifiquement médiéval. A partir des concepts les plus chers à la pensée médiévale, et à la scolastique notamment, Thierry de Freiberg et Eckhart of Hochheim ont bâti des épistémologies idéalistes de bout en bout : l’acte cognitif donne et l’essence et l’existence aux choses et c’est dans cet acte constitutif de son objet de connaissance que la conscience se constitue elle-même. Ainsi, ils font reposer la réalité tout entière sur l’intellect, le sujet, et la raison et, ce faisant, trouvent leur place près de tous ceux qui, eux, sont communément acceptés comme des idéalistes.
Against a long established opinion in the history of Western philosophy, I show both that there indeed was idealism in the 13th and 14th centuries (an epistemological idealism, in this case) and that it was a specifically medieval form of the stance. Dietrich of Freiberg and Eckhart of Hochheim used the most fundamental concepts of scholastic thought to elaborate epistemological doctrines that are idealist through and through : the act of knowing “gives” both the essence and the existence to things and this act of constitution of the object of knowledge is the very act of self-constitution of consciousness. They thus grounded the whole of reality on the intellect, the subject, and reason, and consequently reclaim a place among those philosophers uncontroversially seen as idealists.
Position de thèse
Identité et nation. Essai sur le nationalisme libanais et le système de démocratie consociationnelle
Jeudi 29 janvier
9 h
En Sorbonne, salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Elie ASSAF soutient sa thèse de doctorat :
Identité et nation. Essai sur le nationalisme libanais et le système de démocratie consociationnelle
en présence du Jury :
Mme DELSOL (MARNE-LA-VALLEE)
M. MAGNARD (PARIS IV)
M. MATTEI (NICE)
M. POLIN (PARIS IV)
Illustration et représentation des machineries intellectuelles à partir de Marcel Duchamp
Mardi 25 novembre 2003
14 heures 30
En Sorbonne, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme SU-HUI LIN LIN soutient sa thèse de doctorat
Illustration et représentation des machineries intellectuelles à partir de Marcel Duchamp
en présence du jury :
M. DARRAGON (PARIS I)
M. DUFRENE (PARIS X)
M. FOUCART (PARIS IV)
M. LEMOINE (PARIS IV)
Image du roi, image du père dans le théâtre français du XVIIIe siècle (1715-1789)
Samedi 23 Octobre
14 h
En Sorbonne, Amphithéâtre Descartes
M. Alexis HILLERIN (DE) soutient sa thèse de doctorat :
Image du roi, image du père dans le théâtre français du XVIIIe siècle (1715-1789)
en présence du Jury :
M. DELON (PARIS IV)
M. FRANTZ (PARIS IV)
M. PASCAL (TOULOUSE I)
Mme RUBELLIN (NANTES)
Image. Imaginaire. Imagination
Vendredi 8 décembre 2006
14 heures
Centre Malesherbes, Salle 344
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
Mme Frédérique SURLAPIERRE soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Image. Imaginaire. Imagination
En présence du Jury :
M. BRUNEL (PARIS 4)
M. CHEVREL (PARIS 4)
M. FRANCO (PARIS 4)
Mme RALLO-DITCHE (AIX-MARSEILLE 2)
Mme VION-DURY (LIMOGES)
M. ZARAGOZA (DIJON)
Images de la femme à l’enfant. Offrandes et cultes des divinités courotrophes
Samedi 29 novembre 2003
14 heures
Institut d’Art et d’Archéologie
Salle Doucet
3, rue Michelet
Paris 6e
Mme Sandrine DUCATE PAARMANN soutient sa thèse de doctorat :
Images de la femme à l’enfant. Offrandes et cultes des divinités courotrophes dans les sanctuaires d’Italie centrale et méridionale (Sicile, Grande Grèce, Campanie, Etrurie, Latium). Fin du VIIe - fin du IIe siècles av. J.-C.
en présence du Jury :
M. BALTY (PARIS IV)
M. BRIQUEL (PARIS IV)
Mme DASEN (FREIBURG)
Mme GOUREVITCH (EPHE)
Mme PIRENNE-DELFORGE (LIEGE)
Imagination, simulation et esthétique du film
Samedi 30 octobre 2004
14 h
Salle des Actes, Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Emmanuelle GLON soutient sa thèse de doctorat :
Imagination, simulation et esthétique du film
en présence du Jury :
M. CURRIE (NOTTINGHAM)
M. DOKIC (PARIS IV)
M. ENGEL (PARIS IV)
M. MORIZOT (PARIS VIII)
M. POUIVET (NANCY II)
M. SCHAEFFER (CNRS)
Imitation et Revanche sociale dans trois oeuvres romantiques : " Le Juif Errant " d’Eugène Sue, "Le Comte de Monte Cristo" d’Alexandre Dumas, "Les Misérables" de Victor Hugo
Vendredi 9 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Bibliothèque Ascoli
Esc. C, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Hagar ADAM DESANTI soutient sa thèse de doctorat :
Imitation et Revanche sociale dans trois oeuvres romantiques : " Le Juif Errant " d’Eugène Sue, "Le Comte de Monte Cristo" d’Alexandre Dumas, "Les Misérables" de Victor Hugo
En présence du Jury :
M. NOIRAY (Paris 4)
Mme DUMASY (Grenoble 3)
M. SCHOPP (Versailles)
M. TORTONESE (Chambery)
Imitation, traduction et adaptation des tragédies de SENEQUE aux XVIe et XVIIe siècles en France
Mardi 9 novembre 2004
14 h 30
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Florence CAIGNY (DE) soutient sa thèse de doctorat :
Imitation, traduction et adaptation des tragédies de SENEQUE aux XVIe et XVIIe siècles en France
en présence du Jury :
M. BURY (VERSAILLES)
M. FORESTIER (PARIS IV)
M. MONCOND’HUY (POITIERS)
M. PASQUIER (TOURS)
Individu et communauté dans la Nouvelle Angleterre de John Winthrop
Vendredi 28 novembre 2003
14 heures
Centre Malesherbes, salle 322
108 bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Agnès DELAHAYE soutient sa thèse de doctorat :
Individu et communauté dans la Nouvelle Angleterre de John Winthrop
en présence du Jury :
Mme BODY-GENDROT (PARIS IV)
M. COTTRET (VERSAILLES)
Mme MARIENSTRAS (PARIS VII)
Mlle MARTINET (PARIS IV)
Invention politique et nouveaux modes de gouvernance
Vendredi 5 décembre
8 heures 30
Institut océanographique, petit amphithéâtre
195 rue Saint Jacques
Paris 5ème
Mme Christine-Marie DELFOUR soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Invention politique et nouveaux modes de gouvernance.
De la Bolivie à l’Espagne et à son environnement européen
en présence du Jury :
Mme BUSSY-GENEVOIS (PARIS VIII)
Mme DEMICHEL (PARIS VIII)
M. RALLE (PARIS IV)
M. RODRIGUEZ (OVIEDO)
M. RODRIGUEZ (PARIS IV)
M. VILLENEUVE
Invocation et compréhension. Pour une herméneutique culturelle en histoire des idées
Samedi 26 juin
14 h
Centre administratif de Paris IV
Salle des Actes
1 rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Andrea ALLERKAMP soutient sa thèse d’habilitation à diriger des recherches (HDR)
Invocation et compréhension. Pour une herméneutique culturelle en histoire des idées
en présence du Jury :
M. COMBES (TOULOUSE II)
M. DESPOIX (Montréal)
M. KREBS (PARIS IV)
M. POULAIN (PARIS VIII)
M. RAULET (PARIS IV)
M. WOULFARTH (REIMS)
Ipséïté et réalité dans la pensée de Thomas Hobbes
Mardi 7 décembre
9 h
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
M. Arnaud MILANESE soutient sa thèse de doctorat :
Ipséïté et réalité dans la pensée de Thomas Hobbes
En présence du Jury :
M. DE BUZON (STRASBOURG II)
M. FICHANT (PARIS IV)
M. MOREAU (ENS)
M. TERREL (BORDEAUX III)
Isis, dame des flots
Samedi 2 décembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Laurent BRICAULT soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Isis, dame des flots
En présence du Jury :
M. AMANDRY (BN)
Mme AULLIARD (POITIERS)
M.LARONDE (PARIS 4)
M. LE BOHEC (PARIS 4)
M. MALAISE (LIEGE)
ITALO CALVINO, les années parisiennes (1964-1980). Aperçus d’un itinéraire sous le signe de Raymond Queneau
Vendredi 2 décembre 2005
14 heures 30
Centre Malesherbes
Salle 345
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Sergio CAPPELLO soutient sa thèse de doctorat :
ITALO CALVINO, les années parisiennes (1964-1980). Aperçus d’un itinéraire sous le signe de Raymond Queneau
En présence du Jury :
M. LIVI (Paris 4)
M. CASSAC (Nice)
M. GENOT (Paris 10)
M. SACCONE (Université de Naples)
Résumés
Etude de quelques œuvres d’Italo Calvino (1923-1985) parues entre 1964 et 1980, où se fait jour un lien étroit et explicite entre son expérimentation de techniques d’écriture inédites et les voies de recherche ouvertes par Raymond Queneau (1903-1976). Trois moments essentiels : 1) la mise en place du laboratoire d’écriture des Cosmicomiche, examinée sous l’éclairage du poème de Queneau Petite cosmogonie portative, auquel l’écrivain italien s’inspire dans sa propre tentative d’intégrer à la littérature le discours de la science ; 2) la traduction par Calvino, en 1967, du roman Les fleurs bleues, lieu d’une confrontation serrée avec une écriture romanesque complexe qui illustre remarquablement le concept de « multiplicité », destiné à devenir l’un des piliers de la réflexion théorique calvinienne ; 3) la poétique minimaliste du roman Palomar, indissociable d’une recherche personnelle dont les trois recueils de Queneau Courir les rues, Battre la campagne et Fendre les flots nous fournissent quelques clés essentielles.
Au fil de ces lectures croisées, Queneau se confirme aux yeux de Calvino comme un véritable maître à penser, et comme le principal médiateur d’un débat sur le rapport entre l’art et l’utopie qui est au cœur de l’histoire des avant-gardes littéraires parisiennes, du Surréalisme (et ses précurseurs) jusqu’aux courants issus de sa diaspora, nous permettant ainsi d’encadrer l’œuvre de l’écrivain italien dans un contexte culturel plus approprié et élargi.
ITALO CALVINO, THE PARISIEN YEARS (1964-1980). Insights on the poetical itinerary in the view of Raymond Queneau.
Summary
A survey of some literary works by Italo Calvino (1923-1985) released between 1964 and 1980 in which appears an unequivocal link between his research of new literary forms and the experimental approach originated by Raymond Queneau. Three main parts :
1) The setting up of Cosmicomiche work in progress seen in the light of Queneau’s poem Petite cosmogonie portative, which was the source of inspiration of the Italian writer in his personal attempt to integrate the scientific thought to literature.
2) The translation of the novel Les fleurs bleues by Calvino in 1967, setting of a tight confrontation with a multifaceted narrative construction which illustrates in a remarkable manner the concept of "multiplicity”, destined to become one of the key elements of the Calvinian critical thought.
3) The minimalist poetic of the novel Palomar inseparable from a personal research of which the three poetry collections by Queneau Courir les rues, Battre la campagne and Fendre les flots provide us with some of the essential clues.
All along these crossed readings, Queneau becomes in Calvino opinion a genuine intellectual guide and the principal mediator in a debate on the connection between Art and Utopia which is part of the history of the Parisian literary avant-gardes, from Surrealism (and its precursors) to the movements born of its Diaspora, enabling us to locate the work of the Italian writer in a widened and more appropriate cultural context.
Mots clés : critique et interprétation / Raymond Queneau (1903-1976) / science et littérature / intertextualité / traduction / utopie / hégélisme et gnose / minimalisme.
Position de thèse
Les recherches que nous présentons ici sous le titre de Italo Calvino, les années parisiennes répondent à l’exigence d’approfondir l’étude des rapports qui relient l’œuvre de l’écrivain italien à l’avant-garde littéraire française, à travers la médiation d’un auteur aussi éclectique et inclassable que Raymond Queneau, dont l’œuvre fait figure de modèle pour l’ensemble de la production expérimentale de Calvino.
Dans cette optique, nous suivrons l’évolution du projet poétique de Calvino à partir de l’époque où il conçut et mit en œuvre le laboratoire expérimental des Cosmicomiche, publiant au fil du temps un corpus romanesque vaste et varié, dont la configuration textuelle nous semble tout à fait représentative d’une nouvelle orientation, fortement expérimentale, de sa recherche. Ces textes représentent en effet un véritable tournant dans la carrière du romancier, dans la mesure où ils inaugurent une novelle forme d’écriture fondée non seulement sur l’exploitation narrative d’une image « matricielle », comme c’était le cas dans le cycle fantastique de I nostri antenati, mais également sur une analyse rigoureuse des mécanismes de l’imagination visuelle.
Première partie : Le Cosmicomiche (p. 19-212)
La première partie, qui porte le titre de « Le Cosmicomiche » aborde la mise en place de ce laboratoire d’écriture. Dans un premier temps nous passons en revue les principaux textes théoriques qui en annoncent l’avènement. Ensuite nous procédons à une étude narratologique des textes, afin de démontrer jusqu’à quel point ils réalisent l’ambition de Calvino d’utiliser la création littéraire pour relier les champs du savoir et inciter une approche critique et responsable des différents codes et langages qui organisent notre culture.
Dans le cadre de l’intertextualité foisonnante des Cosmicomiche, l’éclairage apporté par la lecture de la Petite cosmogonie portative de Queneau nous permet non seulement de placer ces textes dans le cadre épistémologique qui leur est propre, mais également d’en dévoiler l’éthos authentique, consistant à faire appel, avec une ironie et un désenchantement modernes, à une sagesse ancienne : cette « sagesse du Jardin », pour reprendre une expression de Michel Serres, qui s’exprime dans le De rerum natura de Lucrèce, l’intertexte fondateur du poème de Queneau
De toute évidence, au-delà des convergences sur le plan des techniques d’écriture qui sont indéniables et méritent d’être prises en considération avec le plus grand sérieux, le rapport entre Calvino et Queneau se noue également sur le terrain d’une approche de l’activité littéraire qui présuppose un questionnement commun d’ordre philosophique. L’un et l’autre en effet portent un intérêt vif non seulement à la gnoséologie et à l’épistémologie, largement mises à contribution dans l’élaboration des projets respectifs, mais également à l’anthropologie philosophique, car leurs œuvres expriment une conception de l’homme dans ses finalités d’ordre éthique. D’autre part, c’est bien sur ce terrain que leur goût commun pour les sciences ainsi que leur soif inassouvie de connaissances recouvrent leur motivation première.
Bien entendu, il ne s’agit ni pour l’un ni pour l’autre d’élaborer une pensée systématique, mais de convoquer dans leurs œuvres les aspirations intellectuelles de l’époque avec ce souci constant de comprendre l’être humain, dans ses aspects les plus contradictoires et incongrus. Il est d’ailleurs significatif à cet égard que le texte qui sert de préface à l’anthologie italienne des écrits théoriques de Queneau, Segni cifre et lettere, écrit par Calvino en 1979, ait pour titre La philosophie de Queneau . C’est en effet sur ce plan que Calvino parvient à unifier les multiples aspects de l’oeuvre de Queneau, et indirectement à expliquer le sens véritable de sa dette envers celui qu’il n’hésite pas à définir, dans ce même texte, son maître.
Deuxième partie : I Fiori Blu (p. 213-348)
La deuxième partie de notre travail, intitulée « I fiori blu » s’organise autour de l’étude de la traduction faite par Calvino en 1967 du roman de Queneau Les fleurs bleues, lieu d’une confrontation resserrée avec un modèle romanesque destiné à influencer profondément l’écrivain italien dans les années à venir. L’analyse comparative des deux textes nous a ainsi donné l’occasion d’aborder une série de questions d’ordre linguistique, mais touchant également à la composition, qui sont en amont du travail d’écriture. En particulier, nous avons pu apprécier la restitution fidèle par Calvino des jeux langagiers et des effets de style qui caractérisent le texte de Queneau, réinventés parfois de toutes pièces pour rendre au lecteur italien la « saveur originale », en dépit des différences des contextes sociolinguistiques et des traditions littéraires respectives. De ce fait, nous avons pu apprécier ce que l’effort d’adaptation du traducteur pouvait apporter à la lisibilité du texte.
Finalement, de cette étude, qui prend appui sur la note du traducteur publié par Calvino en 1980, ressort une perspective critique qui nous semble rendre justice à la cohérence de tout le parcours artistique de l’écrivain italien. Grâce aux enseignements tirés de cette expérience, Calvino développe une nouvelle ligne de recherche, où l’expérimentation de nouvelles formes d’écriture demeure indissociable d’une réflexion sur la vocation et le rôle de la littérature dans la culture contemporaine. En effet, dans les mois suivant la traduction du roman de Queneau, Calvino établit et présente pour l’éditeur Einaudi une anthologie d’écrits de l’utopiste français Charles Fourier, qu’il place dans le cadre d’un vaste débat sur la fonction sociale et pédagogique de la littérature et des arts, dont André Breton et Raymond Queneau lui-même, toujours en référence à l’œuvre de Fourier, avaient été les précurseurs . Ainsi, comme Calvino l’explique dans la préface de Teoria dei quattro movimenti. Il nuovo mondo amoroso, publié en 1971, parcourir l’œuvre de Fourier correspondait pour lui, en quelque sorte, à parcourir l’histoire même des avant-gardes afin d’élucider « l’expérience que le discours littéraire a conduite sur lui-même, pour son propre usage, pour son utilité publique » .
L’étude des Fleurs bleues nous permet également de remonter à la source d’un tel questionnement, qui se situe dans le climat culturel du Paris des années trente, au moment où toute une génération de jeunes intellectuels, parmi lesquels Raymond Queneau, Georges Bataille, Michel Leiris, Roger Caillois, Raymond Aron, Jacques Lacan, et d’autres encore recevaient l’enseignement du philosophe russe Alexandre Kojève, qui leur faisait découvrir, à travers son commentaire de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel, une vision de la modernité centrée sur un nouveau sujet anthropologique : l’homme d’après l’histoire, se sortant de ses douloureuses contradictions par la conquête de la sagesse.
Le premier aspect de la traduction des Fleurs bleues qu’il nous tient à cœur de souligner concerne le soin avec lequel Calvino cherche à restituer au lecteur italien les engrainages subtils d’un texte qui produit sa signification à partir d’une interaction parfaite entre le langage, le récit et l’organisation formelle du roman.
Selon un principe d’écriture énoncé par Queneau dans Technique du roman (1937) la structure des Fleurs bleues nous apparaît à la fois comme « fille et mère du récit » , car l’ensemble des relations textuelles témoigne d’un rapport d’inclusion réciproque : la structure du roman semble en effet modelée à partir des « contenus » qui nourrissent le récit, au plan philosophique, idéologique, poétique ; d’autre part ces mêmes contenus ne se manifestent au lecteur qu’à travers un travail d’interprétation, qui se fait à partir du langage, suivant des axes que cette même structure contribue à déterminer.
Le deuxième aspect qu’il nous semble tout à fait marquant demeure indissociable du premier et touche à la dimension fantastique du roman de Queneau. L’idée de dédoubler le héros du roman en deux personnages distincts, l’un d’allure réaliste et l’autre beaucoup moins vraisemblable, pour brouiller ensuite les termes de leur identité, et les révéler dans un ordre supérieur, se traduit sur le plan de la composition par la mise en place d’une mythologie très personnelle, parfaitement imbriquée dans la structure du récit. On retrouve donc, mais à un niveau plus complexe et articulé, l’investissement littéraire du mythe comme recomposition de l’inconscient et des archéologies du monde qui avait caractérisé une partie importante de la production narrative de Calvino.
La démarche de Queneau impliquait aussi un corollaire indispensable : terrain propice à une réactualisation incessante des archétypes mythiques, la littérature est faite d’œuvres susceptible d’instaurer entre elles, dans le temps réversible qui lui est propre, un dialogue infini. Un dialogue dans lequel l’auteur s’insère brillamment par son utilisation savante de la réécriture. Il est évident que l’ensemble de la production romanesque de Calvino des années soixante et soixante-dix, à partir des Cosmicomiche jusqu’à à Se una notte d’inverno un viaggiatore, en passant par les autres « hyper-romans » de cette période, démontre une parfaite assimilation de ce même principe.
Ce rapprochement se confirme également sur le plan idéologique. Au cours de notre analyse nous avons pu constater à quel point l’interprétation « hégélo-kojèvienne » du roman, ainsi que sa possible lecture « mystico-allégorique », convergent en faisant des Fleurs bleues le roman de la fin de l’histoire. Sans renoncer aux armes de l’ironie et dans un esprit de saine provocation, Queneau aborde en effet, à sa façon, le thème de l’utopie, littéraire et politique. La floraison nouvelle qui scelle le roman annonce ainsi l’avènement d’une ère nouvelle et d’une nouvelle sagesse. En termes kojéviens, elle représente le « Sabbah de l’homme », l’espoir de vivre dans une satisfaction pleinement "consciente, désoeuvrée et pacifique", après « l’achèvement des luttes et des durs travaux » qu’aura exigée la création d’un monde nouveau .
Le roman fournit ainsi une représentation du monde et de l’histoire de l’homme qui s’offre exclusivement au lecteur capable de s’impliquer dans l’interprétation symbolique des structures du roman et en particulier des schémas arithmétiques qui règlent et rythment le récit.
Dans la période qui suit immédiatement le travail de traduction des Fleurs Bleues, l’intérêt manifesté par Calvino pour l’oeuvre de Charles Fourier n’est pas sans rapport avec cette réflexion sur l’utopie que le roman de Queneau traduit en une forme artistique parfaitement achevée. Queneau reste d’autre part l’intermédiaire privilégié entre Calvino et les avant-gardes littéraires parisiennes qui s’étaient engagées, dans le sillage de Breton, dans une relecture de l’œuvre Fourier visant à réhabiliter les aspects les plus visionnaires et irréalistes de son projet utopique .
La confrontation serrée de Calvino avec l’œuvre de l’utopiste français se solde quant à elle par un constat d’échec. Cette œuvre composite et inachevée, ouverte à de multiples interprétations, dont l’impact sur les orientations des avant-gardes littéraires qui l’intéressaient n’était pas négligeable, lui avait offert une occasion exceptionnelle pour tenter de définir « l’expérience que le discours littéraire a conduite sur lui-même, pour son propre usage, pour sa propre utilité publique » . Or, les trois écrits qu’il consacre à Fourier, « La sociétà amorosa » (1971), « L’ordinatore dei desideri » (1971) et « Quale utopia ? »(1973) , montrent clairement que sa fascination initiale pour la machine logico-fantastique de Fourier s’estompe progressivement. A travers la lecture de Fourier, Calvino découvre plutôt l’insuffisance de tout discours utopique, et affirme son exigence d’instaurer un rapport avec la réalité en marge des doctrines et des écoles, en cherchant dans les plis, dans les zones d’ombre, dans les effets involontaires que le système le plus sophistiqué finit toujours par entraîner. Or, son constat ne met nullement en cause l’intérêt qu’il porte au parcours de Queneau : bien au contraire, il le confirme.
En effet, l’utopie représente la projection dans l’espace d’une quête de vérité et de bonheur qui sublime l’histoire, conférant un sens et une direction à ses chemins. Dans le roman de Queneau, elle n’appartient qu’à la dimension du rêve et cohabite avec une vision plus pragmatique et désenchantée de notre présence dans le monde. Elle demeure inaccessible, hors de portée : à travers l’allégorie de la nouvelle floraison qui scelle le roman, Queneau en fait un objet de contemplation et la propulse ainsi dans un espace-temps autre où le futur coïncide avec le temps mythique des origines, et qui, en tout état de cause, se situe au delà des limites chronologiques du récit.
Les fleurs bleues constitue sans aucun doute le point culminant de la production romanesque de Queneau : son roman suivant, Le vol d’Icare (1968), le dernier qu’il écrira, atteste la rupture d’un tel équilibre.
C’est l’histoire d’un personnage qui s’échappe du récit qui l’enferme pour aller vivre dans le grand monde. Le roman raconte son aventure, qui le mène à découvrir sa véritable vocation d’aviateur, et relate en même temps l’histoire de la poursuite engagée par son auteur pour le rattraper. Les deux plans du récit se rejoignent à la fin du roman au moment où les deux héros sont sur le point d’atteindre leur but. Icare apprend à voler, mais son avion s’écrase, sous le regard impuissant de l’auteur qui n’a plus qu’à refermer son livre. L’histoire rejoint le mythe, mais seulement pour que l’on assiste à la mort du personnage et à la clôture définitive du roman.
Si le récit des Fleurs bleues laissait encore entrevoir une continuité subtile entre le livre et le monde, entre le dispositif logico-fantastique de l’utopie et la réalité, ne serait-ce que sous la forme de la poursuite d’un rêve, l’histoire d’Icare est le symptôme d’une insatisfaction et d’une défiance : pour Queneau l’utopie, soit elle littéraire ou politique, n’appartient qu’au discours et à la page écrite, et ne peut avoir de suite dans le monde réel. L’utopie s’apparente au dénouement d’un roman, en raison de sa téléologie, mais la réalité lui résiste, ne se plie pas à son rêve totalisant. C’était en somme le même constat qui menait Calvino à prononcer, en 1973, son congé définitif de l’utopie.
Troisième partie : Palomar (p. 349-458)
Au moment même où il scelle son cycle romanesque, Queneau renoue avec la poésie, et avec le recueil Courir les rues (1967) entame sous le signe de la flânerie, dans l’espace-temps d’un Paris inconnu, en marge des monuments qui rythment la marche de l’histoire, une nouvelle poétique, minimaliste, à partir de la description d’objets humbles et ordinaires ou de scènes banales de la vie de tous les jours observés le long d’un itinéraire dont il brouille scrupuleusement les pistes. C’est le premier volet d’une Trilogie qui comprend aussi les recueils Battre la campagne (1968) et Fendre les flots (1969), où le poète poursuit son parcours à travers de nouveaux espaces , restant toujours à l’écoute des objets et des êtres qu’il croise en chemin.
Dans un écrit de 1972 « Lo sguardo dell’archéologo » , repris en 1981 dans le volume Una pietra sopra, Calvino pose les bases d’une nouvelle poétique en suivant de près la voie tracée par Queneau dans la Trilogie. Il propose une nouvelle démarche qui consiste à se placer du côté des objets, des lieux, des langages, dans le seul but de les décrire pièce par pièce, sans les finaliser nécessairement en une histoire ou en un usage, car c’est seulement en renonçant à nous placer au centre de l’explication des choses, affirme-t-il, que nous pouvons découvrir ce que le choses ont à nous apprendre sur nous-mêmes.
La suite de nos recherches, toujours conduites sous l’éclairage de l’œuvre de Queneau, prouve que chez Calvino ce rapport ne trouvera son expression accomplie que dix ans plus tard, dans le roman Palomar. Il ne se traduit donc en une nouvelle écriture qu’au fil du temps et en marge de la production narrative des années soixante-dix, laquelle s’inscrit encore dans son ensemble sous l’égide de Fourier et de sa machine logico-fantastique, dont Calvino semble vouloir mettre à l’épreuve le pouvoir heuristique.
Ainsi, au lieu de porter notre attention sur les œuvres majeures publiées par Calvino à cette époque, pour lesquelles existait déjà, dans une optique proche de la nôtre, une littérature critique abondante et dans certains cas remarquable, nous avons privilégié l’étude de la nouvelle La poubelle agrée, qui se situe d’ailleurs dans un cadre typiquement parisien. C’est dans ce texte en effet que non seulement se manifestent les indices de l’assimilation par Calvino de thèmes et instances de la Trilogie poétique de Queneau, mais apparaissent également les premiers aperçus d’une nouvelle forme d’écriture qui s’épanouira dans le roman Palomar
Palomar est un roman écrit à partir de textes préexistants de l’auteur, relevant pour la plupart du reportage ou du carnet de notes. Nombre de ces écrits parurent entre 1975 et 1983 (avec une périodicité variable) dans deux grands quotidiens d’informations italiens : Il corriere della sera et, ensuite, La Repubblica. Il s’agit plus précisément de textes écrits par Calvino lors de ses voyages au Mexique (1976) et au Japon (1977), ou à Paris où, entre un déplacement et l’autre, il vécut en "ermite" jusqu’à la fin de la décennie ou bien à Rome où il habita à partir de 1980. Ce sont pour la plupart des tentatives de descriptions d’objets, de lieux, de phénomènes, de situations, d’attitudes, vus avec le regard de celui qui les observe curieusement, comme pour la première fois. L’ordinaire et l’insolite se mêlent ainsi inextricablement.
En reprenant ces textes dans Palomar, Calvino les remanie en supprimant toutes les références à l’actualité culturelle de l’époque, ainsi que tous les éléments autobiographiques. De ce fait, leur contexte d’origine disparaît et le lecteur n’est plus en mesure de les situer dans une perspective diachronique par rapport à l’information de l’époque ni à la biographie de l’auteur. Cette œuvre d’effacement se traduit en une sorte de morcellement et de fragmentation des expériences décrites, qui désormais ne s’individualisent et ne se différencient qu’à partir des données brutes de l’objet qui les a déclenchées : une vague, une baigneuse sur la plage, l’herbe d’un jardin, une fromagerie, etc.
En même temps l’univers des medias, qui constituait le contexte d’origine des différents textes, est réduit à un présent indifférencié, que l’on observe désormais sans aucune finalité idéologique, comme une "coupe stratigraphique parsemée des productions humaines fragmentaires et mal classées" pour reprendre les termes de Calvino lui-même.
Chaque récit du roman présente le même schéma narratif. Palomar est attiré par un objet qui l’intrigue et qu’il voudrait mieux connaître. Pour ce faire, il sélectionne et classe rigoureusement les résultats de son observation, en tenant compte à la fois des phénomènes qui se présentent à son esprit et des structures de sa conscience dans l’acte de les connaître. Mais une telle phénoménologie n’aboutit jamais au-delà du constat de la compacité des objets, de la dissemblance de leurs multiples facettes, de la pluralité des points d’observation possibles. Même dans les rares cas où il découvre, comme par un sortilège, quelques éclats de vérité, ceux-ci restent éphémères et fuyants comme l’aleph.
Malgré ses multiples déceptions, Palomar ne renonce jamais à connaître le monde et à se connaître lui-même, et il réitère ses tentatives avec une obstination qui n’a d’égale que sa redoutable maladresse. Il donne ainsi à tous ceux qui le croisent en chemin, l’image de lui-même la moins flatteuse qu’il pouvait espérer. Il est donc un personnage ironique, dans la mesure où, aux yeux des autres, sa soif de savoir et de vérité se traduit toujours en l’image d’un fou, d’un pervers, d’un vieux gaga, d’un marginal. Or, cette marginalité n’est que le pendant subjectif de l’altérité des choses qu’il ne cesse d’interroger. Le monde de Palomar est donc un monde qui se situe en marge des grands systèmes. Sa science est la science de ce qui est destiné à rester en dehors de nos mémoires, la science de ce qui n’aura pas de place dans nos manuels.
La convergence avec la Trilogie de Queneau est éclatante. Ces œuvres abordent une problématique commune, à partir de la même attitude gnoséologique et éthique, et l’affrontent moyennant des modèles littéraires comparables.
Écrite sous l’égide d’Héraclite et de sa parole fragmentaire, la Trilogie de Queneau n’est pas dépourvue d’une structure d’ensemble rigoureusement déterminée. Fidèle à ses principes, l’auteur établit l’index des trois recueils sur la base d’une organisation arithmétique commune, au cœur de laquelle il place toutefois un écart infime, mais substantiel. Conjointement, il définit, recueil par recueil, des règles d’unité d’espace et de temps qu’il s’amuse à transgresser par un ordonnancement des poèmes où les effets de rupture sont savamment calculés.
Cette opposition d’ordre et de désordre placée au cœur même de la composition, a orienté notre lecture, et c’est en découvrant ses tenants et ses aboutissants, que nous avons pu dégager de ce livre le récit - car il s’agit bel et bien d’un roman en vers - de l’itinéraire d’un homme qui a acquis une sensibilité profonde de la douleur cosmique, et qui tend vers une sorte de renoncement au royaume des formes.
D’autre part, elle n’est pas sans rapport avec le principe de réversibilité qui à travers l’ironie opère dans les textes de Palomar, et elle s’accorde parfaitement avec cette unité des principes opposés évoquée par Calvino dans un article de « L’osservatorio del signor Palomar » intitulé « Un maremoto nel pacifico » , où l’auteur cite ces vers du Tao Tê Ching :
« Trenta raggi convergono sul mozzo
ma è il vuoto al centro della ruota
che fa muovere il carro.
Per fare i vasi si lavora l’argilla,
ma è dal vuoto interno
che dipende il loro uso.
In una casa s’aprono porte e finestre :
è sempre il vuoto
che la rende abitabile.
Le possibilità che l’essere dà
è il non essere che le rende utili » ..
Le travail minutieux de Calvino sur l’index de Palomar, ses critères d’incorporation et d’exclusion des textes, aboutissant à l’ordre exponentiel d’un triangle des triangles distillant la quintessence même de l’art d’écrire, obéissent à une métaphysique du même signe. Le style, gnoséologique et éthique de Palomar est celui d’un pragmatisme bâti sur la conscience du vide.
Nos analyses démontrent que l’architecture de Palomar oriente la lecture vers un point de fuite, qui correspond au passage à l’informel décrit dans la dernière section du livre. Celle-ci s’ouvre par une méditation extrême sur les modèles (« Il modello dei modelli »), qui résume le bilan de tout un parcours intellectuel et se solde par un renoncement définitif. Les trois méditations qui s’ensuivent et qui couronnent le roman entraînent Palomar dans les espaces d’une intériorité dépouillée, où il poursuit sa recherche par delà l’écran de son ego (« Il mondo guarda il mondo »), suivant les traces de ses refoulements (« L’universo come specchio ») jusqu’aux sources de silence d’où jaillit le langage (« Come imparare a essere morto »).
Point culminant d’un parcours poétique contrasté mais cohérent, Palomar trace l’histoire d’un regard que l’on porte d’abord sur le monde extérieur et qui s’infléchit progressivement vers les espaces les plus secrets de l’âme. A l’instar de la forme même du roman, tout l’univers de Palomar se transforme : chaque expérience décrite, et chaque conjecture de l’esprit finit par se désintégrer et se pulvériser en des fragments subtils comme des grains de sable, reflets d’une totalité insaisissable.
Complètent la thèse une « Conclusion » et un « Index des noms cités ».
Itinéraires européens des Lettres Grecques (XIXème-XXème siècles)
Samedi 24 juin 2006
13 heures 30
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Maria TSOUTSOURA soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Itinéraires européens des Lettres Grecques (XIXème-XXème siècles)
En présence du Jury :
Mme BOUYSSY (Paris 1)
M. ESPAGNE (ENS)
M. MAFFRE (Paris 4)
M. MASSON (Montpellier 3)
M. PÉCOUT (ENS)
M. TONNET (Paris 4)
Jacques Bainville et les relations internationales (1908-1936)
Vendredi 16 janvier
9 h 30
Salle Louis Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Christophe DICKES soutient sa thèse de doctorat :
Jacques Bainville et les relations internationales (1908-1936)
en présence du Jury :
M. ALLAIN (PARIS III)
M. DREYFUS (PARIS IV)
M. PREVOTAT (LILLE II)
M. SOUTOU (PARIS IV)
Jean Chrysotome : homélies sur la Genèse (I à XVIII), introduction, traduction et notes
Vendredi 17 décembre
10 heures
A l’Institut Finlandais
60, rue des écoles
75005 PARIS
M. Cyrille CREPEY soutient sa thèse de doctorat :
Jean Chrysotome : homélies sur la Genèse (I à XVIII), introduction, traduction et notes
En présence du Jury :
Mme ALEXANDRE (PARIS IV)
M. GUINOT (CNRS)
M. MUNNICH (PARIS IV)
M. POUDERON (TOURS)
Jean Malaquais : un nouveau réalisme au XXème siècle
Jeudi 30 juin 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Milne Edwards
Esc. E ou F, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Geneviève NAKACH soutient sa thèse de doctorat :
Jean Malaquais : un nouveau réalisme au XXème siècle
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (Paris 4)
M. BURGELIN (Lyon 2)
M. GODARD (Paris 4)
M. MASSON (Nantes)
John Foster Dulles, secrétaire d’Etat, et la France (1953-1959)
Samedi 14 octobre 2006
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Champollion
16, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. François DAVID soutient sa thèse de Doctorat :
John Foster Dulles, secrétaire d’Etat, et la France (1953-1959)
En présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS 4)
M. GUELTON (VINCENNES)
M. KASPI (PARIS 1)
M. KEYLOR (BOSTON)
M. MELANDRI (SCIENCE PO)
M. SOUTOU (PARIS 4)
Résumés
John Foster Dulles laisse l’image d’un "Cold Warrior", alors que l’unité européenne est son vrai combat. Secrétaire d’Etat en 1953, il se donne pour priorité, avec son ami Jean Monnet, d’interrompre le cycle des guerres européennes, en substituant le fédéralisme aux souverainetés nationales. Ce projet personnel s’insère dans le "New Look" stratégique du président Eisenhower. Pour faire pièce à l’Armée rouge, sans se ruiner, les Etats-Unis explorent deux voies : d’abord, constituer une Europe continentale puissante grâce à la Communauté Européenne de Défense ; ensuite, nucléariser systématiquement les forces occidentales. Dans les deux cas, la France se situe au cœur de la politique de Dulles. Mais Diên Biên Phu, puis le rejet parlementaire de la CED, sonnent le glas de ses espoirs européens. Dulles considère désormais la France comme une alliée de moins en moins fiable, dont il doit limiter la capacité de nuisance, comme en témoigne son attitude durant la crise de Suez : la France doit renoncer à une politique mondiale, sous peine de provoquer des catastrophes en chaîne et de nuire à l’Occident face aux nations en développement. Quant à la nucléarisation des forces atlantiques, Eisenhower et Dulles contrent les tentatives françaises d’instaurer un partenariat stratégique franco-anglo-américain et de devenir une puissance nucléaire. Au total, Dulles doit surtout composer avec les problèmes de défense, alors qu’il nourrissait un projet de paix et de prospérité pour l’Europe. Dans les années cinquante, les relations franco-américaines illustrent cette difficulté d’appliquer une diplomatie idéaliste sans toujours donner leur dimension exacte aux réalités militaires.
Often depicted as a "Cold Warrior", John Foster Dulles has always made European unity his priority. Secretary of Sate in 1953, He focuses, along with his friend Jean Monnet, on putting an end to the European wars, by substituting federalism to the rivalry of sovereign nations. This personal goal fits with the strategic "New Look" of president Eisenhower. To hold the Red Army in check, without going into bankruptcy, the United States chooses two ways : first, the creation of a powerful Europe, thanks to the European Community of Defence ; secondly, the systematic nuclearization of Western forces. In both cases, France is at the very heart of Dulles’ policy. Yet, Dien Bien Phu and the parliamentary reject of the EDC have put an end to Dulles’ European hopes. For him, France, as an ally, is less and less reliable ; its harmful capacity has thus to be limited. It explains his frontal opposition to the Suez raid : if France does not want to harm the Western relations with the developing countries, France must give up its worldwide policy, or chain-reaction catastrophes will occur. As for the nuclearization of Atlantic forces, Eisenhower and Dulles counter French attempts to institute a triangular strategic partnership, and to become a nuclear power. In total, whereas he simply wants peace and European prosperity, Dulles must handle pure defence problems. In the 1950’s, French-American relations lay into this dialectic tension between strategy and tactics, and illustrate the difficulty of applying an idealistic diplomacy without always taking into account military realities.
Position de thèse
John Foster Dulles incarne, dans sa personne, ses goûts et sa carrière, les relations franco-américaines, de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide. Peu de secrétaires d’État ont tissé autant de contacts avec la France et les Français. Tout le prédisposait à comprendre ce pays riche de son histoire, mais compliqué et complexé par ses drames.
Ainsi, en 1908, ayant terminé major des graduates de Princeton, et avant d’entamer l’école de Droit, le jeune Dulles annonce son intention de passer un an à Paris. Sa famille le suit à nouveau. A Paris, John Foster Dulles fréquente la société de la Belle Epoque et suit les cours de Bergson, dont il a lu Les deux sources morales de la religion. Il en retient l’opposition entre le dynamisme vital et l’esprit de système ; la conciliation du pragmatisme et de la morale ; l’incompatibilité entre les sociétés fermées sur les loyautés claniques, et les civilisations ouvertes à l’universel. Cela ne l’empêche pas d’assister aux manifestations autour de la canonisation de Jeanne d’Arc. Certes, de joyeux souvenirs de jeunesse et des relations triées sur le volet ne suffisent pas à élaborer une politique pro-française. Celle du secrétaire d’Etat Dulles montre qu’on peut être francophile et entrer en collision frontale avec le pays qu’on aime. Ainsi, Dulles ne se nourrit pas longtemps d’illusions sur la grandeur française. Peut-être même, perd-il sa foi en la France dès la conférence de la paix à Paris, en 1919, durant laquelle il négocie les clauses sur les réparations allemandes. Une fois au pouvoir, ses relations avec la France sont complexes, pleines de contradictions et d’impasses, de carrefours cruciaux, de perspectives relancées, d’erreurs arrivées à maturité, de bonnes idées avortées. On recense tout de même quelques francs succès, en particulier sa contribution à un ordre international propice à la croissance économique des Trente glorieuses et à la sécurité militaire du continent européen. La rigueur et la fermeté de Dulles repoussent plus loin le spectre d’une Troisième Guerre mondiale.
Sur la manière dont l’opinion française interprète l’action de John Foster Dulles, une évidence s’impose. En affaires comme en diplomatie, un Américain ne défend rien d’autre que ses intérêts ou ceux de son pays, et le plus durement possible. On peut faire ses études en France, épouser une femme également francophile, "se sentir chez soi à Paris" (Cf. son fils, le cardinal Avery Dulles) et devenir l’ami de nombreux Français, chaque fois que des intérêts entrent en jeu, s’installe un arc réflexe : on n’a plus en face de soi que des partenaires qui doivent mériter l’assistance qu’on leur fournira. Un Américain, un New-yorkais ou un avocat d’affaires agissent selon cette règle. John Foster Dulles était les trois à la fois.
Problématique générale
Au pouvoir, la personne de Foster Dulles rassemble, dans une même problématique, des questions monumentales et aussi distinctes que les relations franco-allemandes depuis le traité de Versailles, la guerre d’Indochine, la CED, l’UEO, l’intégration européenne, la crise de Suez, la nucléarisation de l’OTAN, ou encore la crise de régime de la IV° République. Cela nous a contraint à plonger dans une série de bibliographies et de sources très différentes, mais auxquelles Dulles donne leur dimension commune.
Nos sources sont : A) Aux Etats-Unis, le fonds Dulles à Princeton, les archives nationales dans le Maryland, les National Security Archives à Washington, le centre d’archives fédérales de Yale, la bibliothèque Eisenhower au Kansas. B) En France, les archives du Quai d’Orsay, en particulier le service des pactes, et celles du Service historique de la Défense, c’est-à-dire, le fonds Indochine, les archives de l’Etat-major de l’armée de terre et celles du Cabinet du ministre.
Notre réflexion part d’une approche biographique pour traiter, à un niveau plus vaste, les relations franco-américaines du point de vue de l’idéalisme politique américain confronté aux réalités militaires de la Guerre froide. En effet, à partir de 1953, l’action du nouveau secrétaire d’Etat, Foster Dulles, dérive de cette problématique principale : comment accélérer la fédération de l’Europe, quitte à passer en force ?
A l’inverse, la diplomatie de la IV° République se résume à cette question aussi fondamentale : comment maintenir la France dans son rang de grande puissance mondiale ?
Ces deux démarches se heurtent vite. Après l’échec de la CED, en 1954, elles convergent vers cette autre problématique centrale : jusqu’où l’intérêt national américain peut-il tolérer les revendications de plus en plus en exorbitantes d’un allié de moins en moins efficace et de plus en plus difficile (selon Dulles) ? Jusqu’à quel point les accommodements diplomatiques peuvent-ils faire oublier que le différentiel stratégico-militaire s’aggrave entre la France et les Etats-Unis ?
Comme clé d’explication fondamentale, nous retenons l’approche politico-militaire : dans les années cinquante, on ne peut pas détacher l’histoire diplomatique de l’histoire militaire - en particulier l’histoire des opérations militaires et l’évaluation concrète des rapports de forces sur le terrain. Faut-il le rappeler ? La Guerre froide est avant tout une guerre où la diplomatie joue encore son rôle classique d’enregistrement du rapport des forces. Or, l’une des erreurs de Foster Dulles, mais aussi de la IV° République, est d’avoir tenté d’imposer le primat du politique sur le militaire, souvent indépendamment du contexte.
En conséquence, notre thèse se subdivise en trois grandes parties :
I° partie : "La guerre d’Indochine, une guerre sous-traitée".
II° partie : "L’Europe supranationale au forceps : de l’échec moral, politique et militaire de la CED aux traités de Rome".
III° partie : "Survie et coalitions à l’ère nucléaire". Nous y étudions le délicat positionnement international de la France une fois qu’elle a définitivement perdu la confiance de Foster Dulles. Il s’agit de la crise de Suez, de l’application du New Look stratégique américain par la France, des directives nucléaires atlantiques MC 48 et MC 70, et enfin du retour du général de Gaulle.
Dans les pages suivantes, nous livrons les principales conclusions de notre travail, du point de vue de la France et de celui de Dulles, dans leurs relations mutuelles.
I°) INDOCHINE ET RANG MONDIAL DE LA FRANCE : L’OCCASION ULTIME ET MANQUEE DE 1953-1954
Au départ bien disposé envers la France, Foster Dulles arrive vite à la conclusion personnelle que les normes gouvernementales françaises n’égalent pas celles des Etats-Unis, et de très loin. Le secrétaire d’Etat agirait sans doute très différemment s’il traitait avec des cabinets français plus cohérents. Doit-on rappeler les graves conséquences de l’instabilité ministérielle ? Dulles recense six ministres des Affaires étrangères en six ans et onze ministres de la Défense. Ne parlons pas des interrègnes ni des vacances du pouvoir (de Mayer à Laniel, 35 jours - de Faure à Mollet, 68 jours...).
Les défauts structurels des méthodes de gouvernement françaises provoquent de graves turbulences dans les relations franco-américaines. De son point de vue, Dulles conclut qu’il traite avec des interlocuteurs superficiels, se contentant de l’à peu près. Il en tire l’intime conviction qu’on se moque de lui, tantôt par amateurisme, tantôt délibérément. En particulier, le gouvernement Laniel-Bidault laisse passer la dernière chance de placer la puissance américaine au service de la renaissance française. En 1953, l’administration Eisenhower est encore vierge de certaines idées préconçues. Elle ne sort pas des déceptions subies par Truman, Marshall et Acheson. A sa nomination, Dulles croit encore, à tort ou à raison, que la France a un avenir, pourvu qu’on l’aide. Au lieu de cela, Laniel et Bidault masquent leurs objectifs véritables. Non seulement, ils ne combattent pas en Indochine pour sauver un territoire du communisme, mais ils laissent croire à Dulles qu’ils se donnent vraiment les moyens d’emporter la victoire. Par exemple, et contrairement aux explications données aux Américains, le Comité de Défense nationale n’a jamais approuvé le plan Navarre de reconquête sur le Vietminh. Le gouvernement refuse même de nombreux bataillons au général en chef. Ainsi, le Cabinet Laniel trompe délibérément Eisenhower et Dulles en leur affirmant que leur aide d’un milliard de dollars financera la reconquête, alors qu’il servira seulement à combler le déficit de l’année précédente et à atténuer le "Dollar Gap". Bien sûr, Dulles et ses conseillers finissent par s’en rendre compte.
En somme, l’état de grâce entre Dulles et la France a duré moins d’un an. Le sentiment d’avoir été berné fut à l’origine directe du refus d’intervenir à Diên Biên Phu, au printemps suivant. Le secrétaire d’Etat, furieux, ne veut pas aider un pays qui ne s’aide pas lui-même. Tout indique que les Français abandonneraient le combat de toute façon, victoire ou pas. Alors, à quoi bon perpétuer un système à bout de souffle, voué à l’échec ? Autant rebâtir l’Asie sur de nouvelles bases, sans arrière-pensées coloniales, avec des partenaires plus fiables et impliqués dans leur propre survie.
II°) POUR DULLES, LA CED A POUR BUT DE NEUTRALISER L’INDEPENDANCE POLITIQUE ET MILITAIRE DE LA FRANCE ET DE L’ALLEMAGNE
D’un côté, la France n’est pas fiable aux yeux de Dulles. De l’autre, le secrétaire d’Etat n’a pas toujours suivi non plus une politique des réalités. Cela lui vaut beaucoup de déboires en matière européenne, avec la CED. Authentique "père de l’Europe", doctrinaire et acteur prosélyte du fédéralisme, Foster Dulles a grandement incité l’Amérique à servir de précurseur, d’initiateur et de révélateur de l’identité européenne. Toutefois, son amitié pour Jean Monnet l’affranchit d’une certaine prudence au regard des problèmes français et européens concrets.
Qu’on ne s’y trompe pas : en 1953-1954, avec la CED et malgré ses dénégations, Dulles veut priver la France, et même l’Europe, d’une défense souveraine. Un, les Forces européennes de Défense (FED) seraient commandées par le SACEUR en temps de guerre. Deux, la Maison-Blanche projette alors que les GIs quittent vite la RFA et ne reviennent jamais, même en cas de conflit, puisque les voies maritimes seraient coupées. Cela fait dépendre l’Europe de la dissuasion atomique américaine. Trois, le monopole nucléaire des Etats-Unis signifie alors que les Européens se retrouveraient dans la situation de combattre seuls contre le rouleau compresseur russe, si l’Amérique refusait d’intervenir au tout début d’une nouvelle guerre mondiale. Une fois de plus.
Insistons. L’armée européenne est la priorité absolue de Foster Dulles, prélude à un Etat fédéral européen. Dans son esprit, la Communauté Européenne de Défense offre une solution aux guerres cycliques qui ont déchiré l’Europe. Il ne craint pas de placer les responsabilités allemandes et françaises sur le même plan depuis 1870. Plus qu’une idée fixe, la CED est un article de foi, à laquelle Dulles dédie une ardeur missionnaire. Il écarte toutes les édulcorations qu’on lui en propose, comme autant d’hérésies. Le secrétaire d’Etat achève la longue réflexion inaugurée avec le traité de Versailles et son injustice supposée. Il en naît l’obsession de ne pas répéter les erreurs du passé. C’est pourquoi il compare souvent Adenauer à Brüning, le dernier chancelier libéral avant Hitler. Un seul remède pour l’après-1945 : établir une égalité absolue des droits entre la France et l’Allemagne - la fameuse "Gleichberechtigung". Forts de ce principe théorique, Dulles et Monnet commettent alors leur plus grave erreur à propos de la CED. Ils s’imaginent que les Français des années cinquante admettraient cette égalité avec leur bourreau de naguère.
Au moins, il n’existe pas de malentendu sur le casus divortii entre les Etats-Unis et la France. Dulles ne cache jamais aux intéressés que la CED est un projet "politique", et pas une entreprise "militaire". Il veut instaurer le fédéralisme européen, sans souci du cadre opérationnel. Peu à peu, les députés et l’opinion publique française comprennent cette sombre réalité. Il acquièrent la certitude que l’armée européenne serait inférieure en qualité de combat à l’addition des forces nationales. Entre-temps, la France aurait perdu sa souveraineté sur ses forces armées, tandis que l’Allemagne en aurait profité pour reconstituer son armée. Nous montrons dans notre thèse comment les "Forces de Défense Intérieure" de la RFA auraient échappé aux quotas européens. Rien n’aurait empêché la reconstitution d’un corps de bataille ouest-allemand, ni d’un grand état-major camouflé. Au terme du processus, la France serait donc moins bien défendue contre l’URSS, tout en s’exposant à l’inconnue allemande. Que Foster Dulles, en menaçant la France d’une révision déchirante des relations américano-européennes, ait cru emporter la ratification française défie l’entendement. Sans doute a-t-il jugé le régime suffisamment médiocre pour n’opposer qu’une faible résistance à son grand dessein. Sur la forme, il s’est senti autorisé à devenir un acteur de la vie politique française en s’insérant personnellement dans la prise de décision de la IV° République, au point de forcer le destin. Sur le fond, en défendant le fédéralisme à travers la CED, Dulles a malgré lui persuadé de nombreux Français que les dilutions de souveraineté conduiraient à une diminution de puissance de la France, d’abord, et de l’Europe, ensuite. Cet échec reporte de plusieurs décennies le passage de la coopération intergouvernementale au stade des institutions supranationales.
III°) LA THEORIE INITIALE DE DULLES PREND UN TOUR PARADOXAL : L’UNITE EUROPEENNE ET LA RECONCILIATION FRANCO-ALLEMANDE NAISSENT DE LA CRAINTE ET DE LA DEFIANCE ENVERS LES ETATS-UNIS
Dulles ne pardonnera jamais à la France d’avoir tué la CED. Aussi décide-t-il désormais de ne plus lui accorder aucun surcroît de prestige artificiel. Par effet de balancier, à partir de 1954, Dulles accélère la rentrée de l’Allemagne d’Adenauer dans le concert des nations. Il saisit l’occasion exceptionnelle que représente la longévité du chancelier (78 ans en 1954), dernière chance selon lui contre le retour éventuel d’un gouvernement nationaliste. Après 1954, la France n’a plus aucun espoir que Dulles lui attribue une place de choix, dans son système mondial. A fortiori, le secrétaire d’Etat l’exclut de la planification nucléaire de l’OTAN, c’est-à-dire en fait de celle des Etats-Unis. Du reste, en matière de coalition tripartite, la France n’a rien à offrir à ses deux alliées anglo-saxonnes. La coopération franco-anglo-américaine tant vantée est toujours synonyme pour elle d’assistanat déguisé (Empire, aide aux pays pauvres, nucléaire...). Ses dirigeants se comportent comme si la structure engendrait la puissance, et comme si un directoire tripartite des trois Grands occidentaux pouvait relancer sa carrière de grande puissance.
Après l’échec de la CED, le "plan Radford" de projet de retrait des troupes américaines (1956-1957), d’abord ; la crise de Suez et les invectives de Boulganine, ensuite ; le psychodrame du Spoutnik et du Missile Gap (1957), enfin, ont abouti à un résultat doublement paradoxal, au regard de la philosophie de Dulles.
Premier paradoxe : les critiques les plus virulentes contre le New Look nucléaire proviennent de RFA, pourtant choyée par Eisenhower et Dulles, et non de la France, qui nourrit pourtant de sérieux griefs contre la diplomatie américaine. Par exemple, en novembre 1956, en pleine crise de Suez, Adenauer tente, en vain, de convaincre Guy Mollet et Christian Pineau qu’il existerait un double jeu stratégique entre la Maison Blanche et le Kremlin - ce qui est faux.
Second paradoxe : si le gouvernement Guy Mollet ne croit pas à une connivence stratégique entre la Maison Blanche et le Kremlin, lui et ses successeurs refusent néanmoins de se soumettre à Washington et se rapprochent de l’Allemagne. Les négociations des traités de Rome en 1956, puis leur signature en 1957, font fructifier ces prémices. Bizarrement - et là se trouve le paradoxe - Dulles est enfin exaucé. En 1948-1949, au moment du plan Marshall et de la ratification du traité atlantique par le Sénat, il posait le principe qu’une assistance américaine excessive étoufferait l’unification européenne. Selon lui, la régénération du vieux continent ne saurait naître que de la crise, de la crainte ou de l’adversité. Si les Européens comptaient sur eux et eux-seuls, ils conjugueraient mieux leurs forces et leurs atouts, par esprit de survie.
Cependant, la dialectique de l’histoire a ses raisons que la raison ignore : les débuts de la réconciliation franco-allemande résultent de l’échec de la CED (Cf. les conversations Mendès France - Adenauer d’octobre 1954, à la Celle-Saint-Cloud). Dulles s’en serait bien passé. La seconde phase de rapprochement entre Bonn et Paris part de la crise de Suez, dont il aurait tout aussi bien fait l’économie : en 1956, la France et l’Allemagne constatent que l’alliance américaine n’est pas acquise d’avance, et que les deux pays doivent mettre leurs forces en commun. Les suites involontaires du "plan Radford" et la "trahison" de Dulles à Suez débouchent donc sur la journée historique du 6 novembre 1956 à Matignon : le jour de l’échec politique de l’opération franco-britannique, Guy Mollet et Konrad Adenauer relancent la gestation du couple franco-allemand. L’année suivante 1957 ne sera pas seulement celle des traités de Rome, mais aussi une période de concertation stratégique étroite entre les deux pays, y compris dans le domaine nucléaire, avec l’inattendu accord franco-allemand de Colomb-Béchar du 17 janvier 1957 . Parfois malgré lui, Dulles catalyse donc les tentatives de synthèse franco-allemande et d’entente européenne - le projet de toute une vie.
IV°) INTERDEPENDANCE, "PACTOMANIE" ET SECURITE COLLECTIVE : DULLES INVERSE SOUVENT LA FIN ET LES MOYENS
John Foster laisse aussi sa place dans l’histoire pour sa "pactomanie", synonyme d’"indépendance dans l’interdépendance". Il cède souvent à cette idée séduisante en apparence, selon laquelle le "monde libre" ne l’emportera que grâce à sa cohésion contre l’URSS et la Chine communiste. A la subversion marxiste, à la menace orientale de régimes militaires toujours plus puissants, répondrait la solidarité d’un réseau d’alliances qui encercleraient le bloc socialiste et le renverraient à ses contradictions internes. En réalité, Dulles inverse souvent la fin et les moyens. La sécurité collective devient pour lui un objectif en soi, et non un plus un instrument au service d’une stratégie. Dans l’esprit de Dulles, tout se passerait comme si l’organe créait nécessairement la fonction ; comme si la structure officielle devait dicter son contenu à la politique internationale ; comme si la sécurité collective procédait nécessairement de l’encre des traités, et non de la force des armes.
Le réflexe de la sécurité collective se double souvent chez Dulles d’une tactique dilatoire. Il prépare le coup suivant sans avoir encore gagné la première partie. Cela se vérifie à Diên Biên Phu (condition de l’internationalisation du conflit, si la France veut vraiment un raid aérien américain), mais aussi à Suez et au sujet des relations entre l’Occident et le Tiers Monde. La diplomatie de Dulles s’étire trop souvent sur le long terme pour être pertinente. Cela devient une posture mentale qui se perd dans le concept de supranationalité, dans la théorie de l’interdépendance, dans l’idéologie de la sécurité collective. Bref, sa politique étrangère s’engloutit dans un champ d’abstractions.
De façon générale, Dulles s’ingénie à inventer des organisations internationales dont les buts réels s’éloignent des objectifs officiels. La France est souvent la première concernée. Enumérons les principales institutions :
1°) En 1919, au traité de Versailles, Dulles inventa la Commission des réparations. Cet organisme autonome, sinon souverain et supranational sur le papier, devait fixer le montant définitif et l’échéancier des indemnités allemandes. En réalité, Dulles créa la Commission pour faire échapper les réparations à la vindicte française contre l’Allemagne. Il voulait gagner du temps (deux ans) dans l’espoir que les alliés se rendent compte du caractère exorbitant des revendications financières de Paris, et reviennent à des chiffres plus réalistes.
2°) En 1954, Dulles, une fois secrétaire d’Etat, conditionne un raid éventuel sur Diên Biên Phu à la constitution d’une alliance internationale, en bonne et due forme : l’"action unie". Sans la participation de la Grande-Bretagne, prévient-il, les bombardiers américains resteront sur le tarmac. Au final, non seulement Diên Biên Phu n’est pas sauvé, mais l’internationalisation prend corps tout de même, sous la forme de l’OTASE. Dulles en profite-t-il pour doter la nouvelle organisation de sécurité collective d’un outil militaire puissant ? Non. Il refuse opiniâtrement d’implanter des bases américaines en Asie du Sud-Est et promet d’aider seulement les armées locales à monter en puissance, en leur envoyant des "conseillers" américains. Ainsi, Dulles feint de croire en la force dissuasive d’une esquisse diplomatique sans contenu militaire concret. Expressément, il confère à l’OTASE le caractère formel d’une déclaration d’intention, en espérant n’avoir jamais à faire jouer cette nouvelle alliance. Mais alors, que vaut la sécurité collective dans ces conditions ?
3°) La CED et l’UEO (Union de l’Europe Occidentale) : nous avons montré comment Dulles a transformé un moyen militaire (la coalition des armées européennes) en une fin politique absolue (la fédération de l’Europe). On retrouve le même schéma à propos de l’UEO, autre coquille vide d’ailleurs exactement contemporaine de l’OTASE (II° semestre 1954). Suivant les conseils des chefs d’état-major américains, Dulles confère le minimum d’autonomie opérationnelle à l’UEO car aucune institution ne doit dupliquer l’OTAN.
4°) La CECA : la modernisation de l’industrie européenne n’est pas non plus la première priorité de Dulles. Lorsqu’il découvre le dossier, il met pourtant son pouvoir au service de Jean Monnet, mais uniquement pour faire avancer le principe fédéral en Europe, en espérant que ce nouveau cartel du charbon et de l’acier en démontrerait la valeur et l’efficacité.
5°) La SCUA : l’Association des Utilisateurs du canal de Suez doit initialement priver Nasser des droits de passage. Dulles la présente aux Français et aux Britanniques comme une arme économique, voire un éventuel casus belli qui autoriserait une intervention armée en bonne et due forme, en cas de refus égyptien. Très vite pourtant, dans son esprit et dans ses actes, la SCUA devient une construction juridico-gestionnaire, dans le but de reporter sine die l’emploi de la force. A terme de son raisonnement, la SCUA percevrait même les revenus du canal ... au profit de Nasser !
V°) PEUT-ON DIRE QUE JOHN FOSTER DULLES AIT TENU BON FACE A L’URSS ?
Globalement oui, mais on relève des exceptions notables. Certes, du point de vue d’Eisenhower et de Dulles, la France n’est pas devenue l’alliée puissante et respectée qui aurait épaulé l’Amérique dans la Guerre froide, à égalité avec le Royaume-Uni et devant la RFA (tout de même). C’est une vraie déception et une source de graves complications. Ceci dit, Eisenhower et Dulles eux-mêmes laissent passer, avec une relative inertie, les dernières années où l’Amérique l’emporte encore sur l’URSS, spécialement dans la question nucléaire. Ils n’exploitent guère la circonstance exceptionnelle de la mort de Staline, au début du premier mandat. Comme le préconisent pourtant les chefs d’état-major, les Etats-Unis pourraient en profiter pour pousser le système soviétique jusqu’à ses limites. On devra attendre trente ans, l’initiative de défense stratégique de l’administration Reagan et l’accident de Tchernobyl, pour que les Etats-Unis fassent admettre à nouveau leur supériorité technologique incontestable face à une économie soviétique dépassée. On connaît la suite. Mais, en attendant, dans les années cinquante, l’Union soviétique emporte des points considérables : l’étouffement de la révolte de Berlin Est (1953), la victoire communiste au Tonkin, Suez, Budapest, la mise au pas définitive des satellites, la pénétration du Moyen-Orient, le Spoutnik et son Missile Gap médiatique (certes injustifié). Ce dernier épisode conduit d’ailleurs l’Occident à un nouveau plan de réarmement ruineux, connu sous le nom de MC 70, qui s’éloigne de la rationalisation économique de la Guerre froide, prônée par Eisenhower depuis 1953. Ces replis successifs puisent en fait leur origine commune dans le renoncement hâtif de Dulles à appliquer le "Roll Back", en 1954, dans l’obscure cuvette de Diên Biên Phu.
En effet, le refus d’une opération aérienne pour sauver le camp retranché a envoyé aux Soviétiques le signal très encourageant que l’Amérique d’Eisenhower prendrait le minimum de risques contre eux. Quant à la gestion de la crise de Suez par Dulles, il s’agit d’un authentique "appeasement" au bénéfice d’un dictateur qui menace inlassablement Israël de destruction, et déclare littéralement la guerre à la France dans son discours de nationalisation du canal. Une dictature pouvant en cacher une autre, cet apaisement profite surtout à l’Union soviétique qui investit durablement le Moyen-Orient, jusqu’aux années quatre-vingt. L’apaisement de Dulles se définit en l’occurrence comme le refus de voir que la paix est subordonnée au principe de sécurité, en particulier la sécurité de ses alliés. En maltraitant leurs intérêts particuliers, on met en péril la paix universelle.
* * *
Au total, que retenir de John Foster Dulles ? Il reste l’homme qui a définitivement sorti les Etats-Unis de l’isolationnisme, au profit d’une Europe menacée par les périls extérieurs et les divisions internes, d’où sa stature historique. Après un cheminement personnel complexe, entre isolationnisme et internationalisme, il ancre l’Amérique au cœur de l’évolution mondiale et la soude au destin de l’Europe. On sous-estime encore souvent à quel point les Etats-Unis des années cinquante répugnent à s’impliquer dans les complications du vieux continent. A rebours, parce que Dulles pense l’Occident comme un tout, l’URSS échoue à disjoindre l’Europe des Etats-Unis. Pendant ses six années de pouvoir, passées à résoudre des problèmes gravissimes pour la paix mondiale et au prix de cas de conscience, l’obsession de Dulles est de sauver la cohésion atlantique.
Il serait donc exagéré de résumer son action comme une tentative incessante d’imposer des freins, des limites, des bornes, des contrôles à l’action de la France. La Guerre froide et la menace soviétique faussent le sens qu’il souhaite donner à son action en Occident. Aussi, l’essentiel de son attitude envers la France s’explique par la conviction, partagée avec Eisenhower, que le temps joue en faveur de l’Occident, sur le long terme. Le système soviétique finira bien par imploser, tôt ou tard, sous la masse de ses incohérences. Ses crimes ne paieront pas. En attendant - toujours selon Dulles - aucune erreur de manœuvre ne doit provoquer une déflagration mondiale qui exterminerait la civilisation. Or, parfois, les malheurs français paraissent susceptibles de provoquer une réaction en chaîne, aux conséquences incalculables.
Le christianisme - un calvinisme scrupuleux mais ouvert, très éloigné de la caricature du puritain sectaire - est aussi un fondement de la diplomatie de Dulles. Son refus d’intervenir à Diên Biên Phu comme à Suez, et sa répudiation secrète de la doctrine des représailles massives, se justifient par l’horreur de devenir l’auteur potentiel de la Troisième Guerre mondiale. Ce presbytérien sait qu’il rendra des comptes là-dessus, non pas au Congrès, mais au Père éternel. Parfois néanmoins, Dulles donne l’impression qu’en gardant les mains pures, il n’a pas de mains (pour paraphraser Péguy à propos de Kant).
Dulles ne s’est pas contenté de transmettre ce qu’il a reçu, il a aussi amplifié le legs de l’histoire. Malgré sa réputation paradoxale de Cold Warrior intransigeant, et le bilan mitigé de ses relations avec la France, il laisse un projet européen en construction, une œuvre de paix qui puise ses ressorts dans le long terme et aboutit, à l’issue d’une nombreuse suite d’acteurs et d’événements, à la réunion de l’Europe, le 9 novembre 1989, et, un jour, peut-être, à sa fédération.
JOHN FOSTER DULLES, SECRETAIRE D’ETAT, ET LA FRANCE (1953-1959)
LES RELATIONS FRANCO-AMERICAINES
ENTRE IDEALISME POLITIQUE ET REALITES MILITAIRES
¤_ RESUME : John Foster Dulles laisse l’image d’un "Cold Warrior", alors que l’unité européenne est son vrai combat. Cet avocat d’affaires new-yorkais, francophone et francophile, commence sa carrière diplomatique en négociant le traité de Versailles et les réparations allemandes. Malgré les revendications françaises, il comprend qu’une paix juste et durable doit garantir un minimum de droits au vaincu. Secrétaire d’Etat en 1953, Dulles se donne la priorité logique, avec son ami Jean Monnet, d’interrompre le cycle des guerres européennes, en substituant le fédéralisme au principe des souverainetés nationales. Ce projet personnel s’insère dans le "New Look" stratégique du président Eisenhower : la Guerre froide devient alors une compétition économique, sur le long terme. Pour faire pièce à l’Armée rouge, sans se ruiner, les Etats-Unis explorent deux voies : d’abord, constituer une Europe continentale puissante grâce à la Communauté Européenne de Défense ; ensuite, nucléariser systématiquement les forces occidentales. Dans les deux cas, la France se situe au cœur de la politique de Dulles. En 1953-1954, le secrétaire d’Etat apporte une aide matérielle considérable à la guerre française en Indochine. Il s’agit autant de contrer le communisme en Asie, que de redonner confiance à la France, en Europe. Une victoire l’aiderait à ratifier l’armée européenne et à minimiser les effets du réarmement allemand. Mais Diên Biên Phu, puis le rejet parlementaire de la CED, sonnent le glas des espoirs européens de Dulles. Il considère désormais la France comme une alliée de moins en moins fiable, dont il doit limiter la capacité de nuisance.
Ainsi s’explique l’opposition frontale de Dulles à l’intervention sur Suez : la France doit renoncer à une politique mondiale, sous peine de provoquer des catastrophes en chaîne et de nuire à l’Occident face aux nations en développement. Quant à la nucléarisation des forces atlantiques, Eisenhower et Dulles renouent, après 1954, avec la politique de la "Special Relationship" avec la Grande-Bretagne, en lui accordant par exemple une aide atomique. A l’inverse, ils contrent les tentatives de la France d’instaurer un partenariat stratégique à trois et de devenir une puissance nucléaire. Au total, Dulles doit surtout composer avec les problèmes de défense, alors qu’il nourrissait un projet de paix et de prospérité pour l’Europe. Dans les années 1950, les relations franco-américaines s’inscrivent dans une tension dialectique entre stratégie et tactique. Elles illustrent la difficulté d’appliquer une diplomatie idéaliste sans donner leur dimension exacte aux réalités militaires.
Joseph AUBERT (1849-1924). La vie et l’oeuvre d’un peintre chrétien.
Lundi 14 février
9 h 15
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
M. Romain DAUPHIN-MEUNIER soutient sa thèse de doctorat :
Joseph AUBERT (1849-1924). La vie et l’oeuvre d’un peintre chrétien.
En présence du Jury :
M. FOUCART (PARIS IV)
M. JOBERT (PARIS IV)
M. RINUY (PARIS X)
M. ROBICHON (LILLE III)
Joseph Parrocel (1646-1704) et son temps
Samedi 11 décembre
14 h
Carré Colbert (INHA), salle Perrot, 2e étage
2, rue Vivienne
Paris 2e
M. Jérôme DELAPLANCHE soutient sa thèse de doctorat :
Joseph Parrocel (1646-1704) et son temps
en présence du Jury :
M. CORNETTE (PARIS VIII)
M. HOCHMANN (EPHE)
M. JOBERT (PARIS IV)
M. MÉROT (PARIS IV)
Mme PEREZ (LYON II)
Julio Cortazar et Manuel Antin : Littérature et cinéma en Argentine des années 60, la problématique et l’adaptation
Samedi 22 octobre 2005
14 heures 2005
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Laurence HERICAULT MULLALY soutient sa thèse de doctorat :
Julio Cortazar et Manuel Antin : Littérature et cinéma en Argentine des années 60, la problématique et l’adaptation
En présence du Jury :
Mme EZQUERRO (Paris 4)
Mme BERTHET (Montpellier 3)
Mme BERTHIER (Paris 4)
M. PENA ARDID (Saragosse)
M. PREMAT (Paris 8)
M. SEGUIN (Lyon 2)
Kleist Epistolier. Le geste, l’objet, l’écriture.
Vendredi 8 octobre
14 h
Centre Malesherbes, salle 322
108 Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Cécile CLOT soutient sa thèse de doctorat :
Kleist Epistolier. Le geste, l’objet, l’écriture.
en présence du Jury :
M. COZIC (TOULOUSE II)
M. LAUDIN (PARIS X)
M. MUZELLE (NANCY II)
M. VALENTIN (PARIS IV)
L’abbatiale de la Trinité de Fécamp, étude architecturale
Mardi 18 janvier
9 h
Institut INHA, salle Ingres, 2e étage
Galerie Colbert
4-6 rue des Petits-Champs
75002 PARIS
Mme Katrin BROCKHAUS POTHIER soutient sa thèse de doctorat :
L’abbatiale de la Trinité de Fécamp, étude architecturale
En présence du Jury :
Mme BAYLE (CNRS)
M. FREIGANG (FRANCFORT)
M. SANDRON (PARIS IV)
M. SCHLINK (FRIBOURG)
L’administration byzantine de Cherson et sa région d’après les sceaux (VIIIème-XIème siècle)
Samedi 26 novembre 2005
14 heures
Collège de Frrance
Salle Mendès France
52, rue du Cardinal Lemoine
Paris 5e
M. Mykola ALEKSEENKO soutient sa thèse de doctorat :
L’administration byzantine de Cherson et sa région d’après les sceaux (VIIIème-XIème siècle)
En présence du Jury :
M. CHEYNET (Paris 4)
M. AIBABINE (Simferopol)
Mme AUZEPY (Paris 8)
Mme SODE
M. ZUCKERMAN (EPHE)
Résumés
Cherson, l’une des plus grandes villes au nord de la mer Noire au Moyen Âge, fut presque constamment sous domination byzantine jusqu’au XIIe siècle/ Il se trouve qu’une découverte exceptionnelle de sceaux permet d’éclairer l’administration interne de cet établissement périphérique. Des institutions qu’on croyait révolues depuis la fin de l’Antiquité, tel le père de la ville, l’ekdikos, le prôteuôn, se sont maintenues. Grâce aux sceaux, il est possible de comprendre la politique impériale de nomination des fonctionnaires locaux. Les autorités de Constantinople cherchent à maintenir leur emprise tout en devant accepter de laisser une certaine autonomie à la population et à ses notables. Ces derniers entrent souvent au service de l’Empire et furent parfois envoyés loin de leur pays d’origine. Est ainsi offert - outre un catalogue des plombs, lus avec une meilleure sécurité et une datation améliorée - un tableau assez complet des structures administratives de Cherson durant le Moyen Âge byzantin.
One of the largest cities in the northern Black Sea region during the Middle Ages, Cherson was almost continually under Byzantin control until the twelfth century. An extraordinary discovery of seals has made it possible to explain the internal workings of the local administration of this peripherical city. Such institutions as the Father of the city, the Ekdikos, the Proteuon, which were thought to have ceased to exist of the end of Antiquity, have been shown to have survived. With the help of the seals, it is possible to understand imperial policy in the nomination of local officials. The authorities in Constantinople sought to maintain their hold whilst allowing a certain autonomy to the population and its elite. These latter often entered imperial service and were sometimes sent far away from their native lands. We thus obtain - in addition to a catalogue of seals, read and dated with greater precision then before - a remarkably complete overview of the administration structures of Byzantine Cherson.
Position de thèse
Les historiens de Byzance ont depuis longtemps marqué leur intérêt pour le développement des villes, en particulier celles des provinces périphériques, où les villes ont pu garder des traits spécifiques sans suivre la même évolution que les cités dans les provinces centrales. Cherson, l’une des plus grandes villes au nord de la mer Noire au Moyen Âge, fut presque constamment sous domination byzantine jusqu’au XIIe siècle. elle comptait plusieurs milliers h’abitants et constituait un centre administratif, commercial et artisanal majeur, .
Cherson, on le sait, a toutjours été étroitement liée économiquement et politiquement dès le début aux principaux centres de la culture grecque antique, puis romaine et enfin byzantine. Cette spécificité permet plus qu’ailleurs de tenter une histoire, sous tous ces aspects, de cet établissement de la mer Noire.
En raison du caractère fragmentaire des informations textuelles toujours rares en ce qui concerne les centres périphériques de l’Empire byzantin, l’utilisation approfondie des données archéologiques offre un complément indispensable. Les vestiges de Cherson, sur lesquels on a peu construit postérieurement, sont accessibles pour une étude archéologique de la cité dans son ensemble, et non pas seulement pour des quartiers séparés, comme dans d’autres villes byzantines. L’archéologie a apporté une documentation sigillographique qui fait aussi de Cherson l’une des rares villes (avec Sougdea ou Preslav) où ce type de source est abondamment représenté. Les sceaux sont assez nombreux pour être confrontés aux informations données par les autres sources.
Depuis la fin du XIXe siècle, les historiens, notamment russes, ont utilisé le matériel sigillographique pour décrire l’histoire de Cherson, mais leurs conclusions reposaient sur un tout petit nombre d’exemplaires connus. Le travail de I.V. Sokolova sur Les monnaies et les sceaux de Cherson byzantine, paru il y a vingt ans, marque une étape dans les recherches sur Cherson et a fait le point sur ce qui était connu au début des années 80, en rassemblant tous les sceaux disponibles alors dans les collections publiques et privées.
Depuis la situation a profondément changé. D’une part, le développement des études sigillographiques s’est accentué ces dernières années avec la multiplication des chercheurs et le nouveau matériel abondamment rassemblé dans de grandes collections, ou découvert sur site, comme à Cherson ou en Bulgarie. Les critères de datation, entre autres se sont affinés. Les techniques modernes d’imagerie permettent une lecture de sceaux qui sont souvent de conservation médiocre et une comparaison approfondie pour l’étude des pièces parallèles. Nous avons pu ainsi diminuer le nombre de sceaux restés anonymes.
D’autre part, la découverte de ce que nous appelons les archives de Cherson a considérablement modifié la donne en multipliant le nombre des pièces connues. En effet, hors la muraille de la ville, du côté maritime, à une faible profondeur, on a repréré ce qu’on pourrait appeler un gisement de sceaux enfermés dans une gangue sédimentaire - avec quelques monnaies - qu’il suffit de casser. La recherche n’est pas achevée et l’on peut encore espérer voir le nombre de sceaux récupérés augmenter, mais selon nos estimations, le plus gros des pièces a été récupéré. Ces centaines de sceaux ne se trouvent pas là par hasard et il semble qu’on ait affaire soit à un rejet de plombs devenus inutiles provenant des archives, soit plus vraisemblablement aux archives mêmes dont le bâtiment se sera effondré dans la mer - un cas similaire se présentant à Sougdaia à une échelle plus modeste. Ce qui fait l’intérêt de la découverte, c’est que les plombs sont répartis sur toute la durée de l’administration byzantine de Cherson.
Cela permet de reprendre à nouveau frais toutes les questions posées par nos illustres prédécesseurs : G. Schlumberger, I. I. Tolstoy, N.P. Lichacev, I.V. Sokolova, entre autres, et de proposer de nouvelles hypothèses grâce à ce matériel, pour reconstituer avec plus de précision l’évolution politique, administrative et commerciale de Cherson et de ses environs.
Étant donné l’abondance du matériel, nous ne proposons pas encore d’établir un corpus des sceaux de Cherson, mais de prendre en compte seulement l’ensemble des sceaux concernant l’administration de la ville. Cet aspect, certes plus restreint, devrait attirer l’attention des savants, notamment de ceux qui s’intéressent à la Taurique byzantine. Le choix d’une étude de l’administration de Cherson est donc délibéré, car, ces dernières années, l’augmentation considérable du nombre des sceaux de fonctionnaires locaux a complété l’information connue auparavant pour pratiquement toutes les catégories de fonctionnaires de Cherson.
Le grand nombre des sceaux découverts permet de fixer une chronologie relative assez fiable des principaux fonctionnaires en poste dans la ville. Les sceaux sont assez nombreux pour permettre d’observer chaque étape des réformes administratives et de déterminer la position à l’intérieur de la hiérarchie impériale de certaines familles locales. Nous savons ainsi que Cherson était la résidence d’un archonte qui tenait tous les pouvoirs dans la ville durant le VIIIe siècle et la première moitié du IXe siècle. et les sceaux confirment cette information. Ils permettent aussi d’apprécier l’importance du thème de Cherson, créé dans les années 840, par rapport aux autres thèmes, notamment périphériques.
Ce travail présente envison 350 sceaux, en prenant en compte les sceaux fort nombreux trouvés à Cherson aussi bien que les pièces dispersées dans les grandes collections du monde. Il faut y ajouter ceux de quelques collections privées qui se constituent encore aujourd’hui. Notons que dans les ventes aux enchères sur Internet, on trouve parfois des sceaux venant clairement de Cherson. Des exemplaires ont donc pu nous échapper.
Les sceaux se répartissent en grandes masses : 114 sceaux d’archontes, 120 de stratèges, 66 plombs de commerciaires. Les autres fonctions sont bien représentées : 11 prôteuontés, un évêque, dix archevêques, et d’autres fonctionnaires locaux, un à cinq sceaux de pater poléôs, trois ekdikoi, un exkousiastès, un ek prosôpou, cinq notaires et deux kyroi. On ne peut confirmer la présence du sceau d’un chartulaire, ni celle d’un catépan, mentionnés dans le catalogue de I.V. Sokolova , car le toponyme n’est pas inscrit sur ces plombs.
Établir une chronologie précise reste un exercice hasardeux - que nous avons tout de même entrepris (cf Annexe VIII), mais dont nous reconnaissons que les propositions ne sont pas définitives et pourront être corrigées selon de nouvelles découvertes. Nous avons choisi de présenter notre matériel selon les fonctions exercées avec, à chaque fois, des conclusions sur la fonction en question, sa durée, sa nature, les personnes qui l’ont exercée.
Nous finissons le premier volume par un bref essai destiné à décrire l’évolution administrative de Cherson byzantine, depuis l’époque de Justinien Ier, jusqu’au milieu du XIe siècle, en partant des données des sources écrites et des monuments de la sigillographie.
Dans un second volume, nous avons fourni le catalogue de toutes les pièces concernées selon la méthode utilisée dans le grand corpus édité à Washington, la série des DOSeals (édités par N. Oikonomidès et J. Nesbitt). Il ne s’agit pas de publier l’empreinte du sceau, mais l’inscription d’origine du boullôtèrion. Aussi lorsqu’il y a des pièces parallèles, on a donné la transcription de la légende de chaque pièce, mais une seule restitution de la légende.
Les sceaux sont présentés selon la fonction exercée par le propriétaire, système qui correspond aux chapitres de commentaires du premier volume. Leur description suit les usages en vigueur chez les sigillographes byzantinistes. Nous avons essayé d’être le plus précis possible dans les datations. Nous savons qu’il y a en gros deux écoles, celle de N. Oikonomidès - que suit également le directeur français de la thèse - qui propose une fourchette de datations assez large, de l’ordre du demi-siècle, voire dans le doute du siècle entier, mais plutôt sûr, et celle de W. Seibt, plus précise, de l’ordre du quart de siècle, mais qui est plus risquée. Nous avons choisi cette dernière méthode en s’appuyant sur une vaste comparaison des sceaux déjà édités, notament lors du séjour que nous avons pu faire au Centre d’Histoire et de civilsation de Byzance du Collège de France, à Paris.
Nous avons pu établir une chronologie que nous croyons fiable et qui a servi au commentaire des chapitres du volume I puisque nous avons pu proposer un classement chronologique des fonctionnaires de Cherson. Nous avons également donné 51 tableaux dans lesquels nous avons tenté d’introduire tous les sceaux, aujourd’hui connus, des collections publiques et des collections privées qui sont très peu accessibles, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, de Roumanie, de France, de Grèce, de Grande-Bretagne et des États-Unis. Enfin nous avons doté ce catalogue de tous les indices habituels.
En conclusion, les sceaux ont permis de décrire une ville provinciale byzantine, avec ses particularismes, dus à la fois à la géographie, l’isolement sur la côte nord de la mer Noire, et à son histoire, la nécessité de composer avec les différents maîtres de la Crimée dont, principalement, les Khazars puis les Russes.
Cherson partageait une bonne partie de ses structures administratives avec le reste de l’Empire, mais sa position aux frontières et le maintien de ses fonctionnaires municipaux à une date fort tardive, et plus longtemps que partout ailleurs dans l’Empire, sont une curiosité, sans doute due au besoin de se concilier les habitants soucieux de leur autonomie.
Cherson, qui avait été le siège d’une archontie, voit sa structure administrative profondément modifiée vers 840 par l’empereur Théophile qui, comme ses successeurs, sera soucieux de conserver une forte influence byzantine à Cherson au moment où les pressions étrangères se font plus fortes aux frontières de ce petit établissement isolé.
Dans la seconde moitié du VIIIe siècle déjà, l’apparition de la fonction de kyros, qui constitue un hapax dans la terminologie et sans doute dans la hiérarchie byzantine, traduisait la forte pression khazare. Ce poste, qui était bien celui d’un fonctionnaire impérial, avait déjà disparu au moment de la rédaction du Taktikon Uspenskij (843), ce que confirme la documentation sigillographique. C’est sans doute au début du IXe siècle que l’autorité à Cherson fut à nouveau exercée par les archontes et l’élite locale.
La création - très temporaire - du thème des Klimata n’a pas entraîné la suppression de la fonction d’archonte. Celle-ci disparut seulement lorsque le thème de Cherson fut créé, avec les mêmes institutions que les autres thèmes, à peu d’exception près.
La position de stratège de ce thème s’est renforcée au fil du temps, comme en témoigne l’importance croissante des dignités accordées aux stratèges de Cherson, et la nomination à ce poste de représentants de l’aristocratie - qu’on peut distinguer avec l’apparition des noms transmissibles sur les sceaux. Ces membres de l’élite étaient issus aussi bien de Cherson et de sa région, notamment au Xe siècle, au moment où les relations avec les nouveaux voisins russes sont particulièrement complexes et parfois tendues, que de l’aristocratie des autres provinces, plus spécifiquement au XIe siècle, signe peut-être d’une certaine normalisation, Cherson ne se distinguant plus guère des autres provinces, et ne constituant qu’une étape parmi d’autres d’un cursus honorum.
Les sceaux sont seuls à nous informer de l’existence d’un ek prosôpou de Cherson. Comme nous l’avons dit en commentant les sceaux de ce fonctionnaire, sa présence traduit l’importance de Cherson, au Xe siècle, aux yeux des autorités de Constantinople. Il secondait le stratège sur le plan fiscal et les nombreux sceaux de Serge, successivement commerciaire, ek prosôpou et enfin stratège, suggèrent que Constantinople a choisi un homme de confiance sur place, auquel il a confié des responsabilités croissantes.
La création d’un poste douanier, attesté par les nombreux sceaux de commerciaires, a complété l’emprise impériale sur la ville. Ces commerciaires étaient en rapport avec l’administration centrale, comme l’attestent les plombs du logothète du génikon , découverts dans les archives de Cherson. Les sceaux de commerciaires disparaissent au XIe siècle, ce qui traduit davantage une réorganisation administrative - ses prérogatives seront passées à un autre fonctionnaire, peut-être même au stratège - plutôt qu’un affaissement économique de l’Empire, peu vraisemblable à une époque où l’économie de l’Empire est dynamique et où les relations avec la principauté de Kiev se développent.
Les sceaux apportent un éclairage remarquable sur les fonctions municipales de Cherson, elle-même étant une exception à cette date. Sans doute Constantin VII évoquait-il les “pères de la ville” de Cherson, mais on pensait qu’il s’agissait d’une institution de l’Antiquité qui avait disparu. Il n’en est rien puisque des sceaux de pater poléôs ont été découverts, ainsi que des sceaux d’ekdikos. L’administration impériale, quel qu’ait été son désir de contrôle strict, a dû accepter le maintien d’un pouvoir local bien organisé, même si la création d’une fonction de curateur, au Xe siècle, a sans doute diminué les responsabilités financières des gens de Cherson au profit de Constantinople.
Compte tenu des menaces qui ont pesé à maintes reprises sur la ville, on voit que les habitants et leurs cadres en ont assumé la défense, avec succès dsans la durée. Il ne semble pas qu’ils aient dû compter sur des secours provenant de Constantinople, car jusqu’ici, aucun sceau d’officier - autres, bien sûr que les stratèges n’a été découvert. Il est toujours imprudent de s’appuyer sur des arguments a silentio, mais vu l’abondance du matériel, cette absence pourrait être significative.
Tel est le bilan actuel. On peut mesurer les progrès accomplis depuis les premières publications, mais les résultats offerts n’ont rien de définitif, mais nous en sommes conscients. Dans un autre travail, nous comptons exploiter les nombreux sceaux des fonctionnaires de l’administration centrale découverts à Cherson, pour analyser plus en détail les liens qui unissaient le poste de Cherson à la métropole, mais nous pensons avoir déjà offert - outre un catalogue des plombs, lus avec une assez bonne sécurité et une datation améliorée - un tableau assez complet des structures administratives de Cherson durant le Moyen Âge byzantin.
L’administration des provinces romaines d’après "l’histoire d’Auguste"
Samedi 20 novembre
14 h
En Sorbonne, Amphithéêtre Chasles,
Escalier E, 3e étage
1 rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Alexis MENGUE M’OYE soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
L’administration des provinces romaines d’après "l’histoire d’Auguste"
en présence du Jury :
M. BADEL (RENNES II)
M. BERTRANDY (CHAMBERY)
M. LE BOHEC (PARIS IV)
M. MARTIN (PARIS IV)
M. MOLIN (ANGERS)
L’administration thébaine. la société et le pouvoir, du début de la 22ème à la conquête éthiopienne.
Mercredi 15 décembre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Frédéric PAYRAUDEAU soutient sa thèse de doctorat :
L’administration thébaine. la société et le pouvoir, du début de la 22ème à la conquête éthiopienne.
En présence du Jury :
M.CHAUVEAU (EPHE)
Mme FORGEAU (PARIS IV)
M. GRAEFE (MUNSTER)
M. GRIMAL (Collège de France)
M. PERDU (Collège de France)
Mme VALBELLE (PARIS IV)
L’altérité dans le théâtre Américain de la république au postmodernisme : le théâtre
Samedi 2 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. John BAK soutient son habilitation à diriger des Recherches :
L’altérité dans le théâtre Américain de la république au postmodernisme : le théâtre
En présence du Jury :
Mme DANGEL-PÉREZ (PARIS 4)
M. DUBOST (CAEN)
M. KAENEL (NANCY 2)
M. LAGAYETTE (PARIS 4)
Mme PAQUET-DEYRIS (ROUEN)
L’ambivalence de la notion d’action. Un exemple de diffusion de la dynamique de Leibniz
Samedi 6 décembre
9 heures 30
Centre Malesherbes, salle 322,
108 bd Malesherbes
Paris 17ème
Mme Anne-Lise REY soutient sa thèse de doctorat
L’ambivalence de la notion d’action. Un exemple de diffusion de la dynamique de Leibniz : la correspondance entre Leibniz et De Volder
en présence du Jury :
M. BLAY (CNRS)
M. DE BUZON (STRASBOURG II)
M. FICHANT (PARIS IV)
M. MOREAU (ENS)
L’animal sur les planches au XVIIIe siècle
Samedi 4 décembre
14 h 30
En Sorbonne, Salle Jean Fabre
Centre d’études de la littérature française
Escalier G, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Isabelle MARTIN soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
L’animal sur les planches au XVIIIe siècle
En présence du Jury :
M. COUPRIE (PARIS XII)
M. COUVREUR (BRUXELLES)
M. FRANTZ (PARIS IV)
Mme KRIEF (AIX-MARSEILLE)
M. MOUREAU (PARIS IV)
L’apologétique chrétienne à l’époque de Constantin : la "Démonstration évangélique" d’Eusèbe de Césarée
Samedi 9 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre GUIZOT
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Sébastien MORLET soutient sa thèse de Doctorat :
L’apologétique chrétienne à l’époque de Constantin : la "Démonstration évangélique" d’Eusèbe de Césarée
En présence du Jury :
M. FLUSIN (PARIS 4)
M. LE BOULLUEC (EPHE)
M. MUNNICH (PARIS 4)
M. PERRONE (BOLOGNE)
M. POUDERON (TOURS)
Résumés :
La Démonstration évangélique est la seconde partie d’un grand diptyque apologétique composé par Eusèbe de Césarée (v. 265 - 339/340). Bien que ce diptyque constitue l’apologie chrétienne la plus longue de l’Antiquité, il n’a jamais fait l’objet d’une étude détaillée. La Démonstration évangélique est à la fois un écrit de polémique contre le judaïsme, un prolongement de la polémique antipaïenne ouverte dans la première partie de l’apologie (la Préparation évangélique) et surtout le point culminant d’une œuvre organique qu’Eusèbe conçoit comme un enseignement. Cette étude précise la place de la Démonstration évangélique dans les traditions antijuive et antipaïenne de l’Antiquité à travers une analyse approfondie de son contexte polémique et de son argumentation. Eusèbe innove par son projet de composer une apologie savante. À cette fin, il adapte à la polémique les méthodes et les commentaires de son maître spirituel Origène. La Démonstration évangélique est donc une œuvre originale située à mi-chemin entre la polémique et la recherche, dont l’influence est perceptible chez plusieurs polémistes postérieurs.
Christian Apologetic in the Age of Constantine : Eusebius of Caesarea’s Demonstratio evangelica
The Demonstratio evangelica is the second part of a large twofold apologia written by Eusebius of Caesarea (c. 265 - 339/340). Though this apologia is the longest one in all Antiquity, it has never been investigated in detail. The Demonstratio evangelica is at the same time an antijewish tract, a continuation of the antipagan controversy dealt with in the first part of the apologia (the Praeparatio evangelica), and above all the climax of an organic work which Eusebius conceived as a teaching process. This study emphasizes the place of the Demonstratio evangelica within the antijewish and antipagan traditions, by a throrough analysis of its polemical background and argumentation. Eusebius’ scholarly project is new within the apologetic tradition. The bishop of Caesarea applies to the controversy methods and commentaries he owes to his spiritual master Origen. In that respect, the Demonstratio evangelica is an original work, situated half-way between controversy and research, which influenced several later polemists.
Position de thèse :
Eusèbe de Césarée (v. 265 - v. 339/340) n’est pas seulement « le Père de l’Histoire ecclésiastique ». Depuis quelques années, on redécouvre l’importance de son œuvre exégétique et apologétique dans l’histoire littéraire de l’Antiquité tardive.
La Démonstration évangélique comptait primitivement vingt livres, dont seuls les dix premiers sont préservés (avec quelques fragments du quinzième). L’œuvre est le second volet d’un grand diptyque apologétique dont la première partie est la Préparation évangélique en quinze livres. Le premier volet de l’apologie apporte une réponse aux griefs des païens contre le christianisme, tandis que le second volet examine plus spécifiquement les objections des juifs. La Préparation évangélique a toujours eu beaucoup plus de succès auprès des chercheurs, car elle contient un très grand nombre de citations païennes d’une valeur inestimable pour l’histoire des textes et la reconstitution de la littérature perdue. La Démonstration évangélique n’a pas connu la même faveur, car elle cite moins de textes païens et témoigne d’une érudition biblique et exégétique qui a, jusqu’à aujourd’hui, rebuté les chercheurs, qui n’en soupçonnaient pas la richesse. Dans ces conditions, la plus grande apologie de l’Antiquité ― trente-cinq livres au total ― est longtemps restée, et c’est un paradoxe, très mal connue. Il était donc nécessaire de consacrer à la Démonstration évangélique une étude plus approfondie afin de préciser la place de l’œuvre dans l’histoire de la controverse avec le judaïsme et le paganisme, et dans l’histoire littéraire en général.
Après un état de la recherche sur la Démonstration évangélique, une introduction explicite les caractéristiques générales du projet apologétique d’Eusèbe. Avec cette grande apologie de dimension encyclopédique, Eusèbe est l’auteur d’une véritable « somme apologétique ». Il ne prétend plus seulement répondre à des accusations, mais délivrer un enseignement positif et complet de la doctrine chrétienne. Comparable en ce sens aux Institutions divines du contemporain d’Eusèbe, Lactance, l’apologie inaugure une nouvelle tendance apologétique illustrée plus tard par Athanase d’Alexandrie, Théodoret de Cyr, Cyrille d’Alexandrie ou encore Augustin.
L’auteur de la thèse s’interroge notamment sur le statut de la Démonstration évangélique dans l’économie de la grande apologie. Celle-ci n’est pas seulement le volet antijuif de la démonstration ou le prolongement de la polémique antipaïenne ouverte dans la Préparation évangélique. Elle est surtout le point culminant d’une construction organique à la fois pédagogique et rhétorique. Une étude approfondie du titre de la Préparation et de la Démonstration révèle en effet une double ascendance littéraire : la tradition pédagogique païenne, notamment philosophique, qui oppose le temps de la préparation spirituelle à celui de l’accession aux vérités les plus hautes ; la tradition rhétorique, qui enjoint de préparer un auditoire avant de faire la démonstration d’une thèse.
L’auteur prend ainsi position contre l’hypothèse très répandue qui voudrait que le plan en diptyque soit une réponse à une double accusation du philosophe Porphyre reprochant aux chrétiens d’avoir déserté à la fois le paganisme et le judaïsme. Cette interprétation participe d’une hypothèse plus générale consistant à reconnaître dans la grande apologie une réponse directe au traité du philosophe contre les chrétiens. L’auteur de la thèse examine les différents arguments allégués pour défendre cette hypothèse et arrive à la conclusion que la polémique contre Porphyre joue dans l’œuvre un rôle beaucoup plus marginal. L’examen de l’argumentation, mené dans les parties suivantes de la thèse, démontre qu’Eusèbe répond en premier lieu aux accusations plus anciennes du païen Celse.
Dans cette introduction se pose également le problème du plan de l’œuvre et du contenu des livres perdus. L’auteur recense et examine les différents indices permettant de reconstituer la matière de la partie perdue. Cette enquête permet d’avoir une idée assez précise des thèmes et des textes scripturaires qui étaient présents dans les dix derniers livres. La reconstitution proposée permet d’ores et déjà de rendre à la Démonstration évangélique certains fragments d’Eusèbe connus par le biais des chaînes exégétiques, florilèges de commentaires patristiques composés à partir du VIe s.
Après ces considérations introductives, le cœur de la thèse est consacré à l’étude de l’argumentation d’Eusèbe, à travers trois parties : 1) les grands axes de la polémique, tels qu’ils sont illustrés dans les quatre premiers livres, 2) l’argumentation scripturaire, 3) l’argumentation exégétique.
Les caractéristiques formelles de l’œuvre obligeaient à réserver un traitement particulier aux quatre premiers livres, car ils se distinguent, par leur statut et les questions qu’ils traitent, des livres suivants. Le cœur de l’œuvre commence au livre V : celle-ci prend alors la forme d’une collection de passages scripturaires sur le Christ assortis de commentaires. Les quatre livres précédents jouent un rôle introductif : Eusèbe y expose les grands axes de la polémique (la Loi et l’Évangile, les promesses de l’Écriture, le Christ), mais en accordant à l’Écriture un rôle encore secondaire. L’examen de ces quatre livres permet donc de préciser la contribution d’Eusèbe aux grands thèmes de la polémique religieuse. L’apologiste reprend plusieurs arguments déjà développés par ses prédécesseurs, mais il innove sur plusieurs points. Les arguments traditionnels prennent désormais sens dans une vaste théologie de l’histoire, dont plusieurs traits sont originaux, comme la distinction posée par Eusèbe entre les « Hébreux » et les « juifs », ou encore sa conception du christianisme comme le simple retour d’une piété antérieure à Moïse. L’apologiste annonce Athanase par l’importance qu’il accorde à la dimension rédemptrice de l’Incarnation (livre IV). L’auteur de la thèse s’interroge notamment sur les sources d’Eusèbe. Cette enquête permet de mettre en évidence le poids considérable de l’œuvre d’Origène dans l’argumentation de l’apologiste. Les sources traditionnellement évoquées (Justin, Irénée) sont marginales par rapport à cette source importante. L’étude s’attache également à identifier les reprises d’auteurs païens : en définissant le christianisme à la fois comme un milieu et un point culminant situé entre deux formes dévoyées de la piété (le paganisme et le judaïsme), Eusèbe adapte au christianisme la définition aristotélicienne de la vertu. En considérant l’histoire sainte comme la succession de trois époques (une révélation primitive antérieure à Moïse, son occultation à l’époque juive, puis son retour avec le Christ), il ne réinterprète pas seulement le mythe de l’Âge d’or, mais utilise un schéma doxographique païen attesté dans la tradition philosophique et médicale.
La seconde partie de la thèse se concentre sur l’argumentation scripturaire de la Démonstration évangélique. Celle-ci joue un rôle important dans le propos d’Eusèbe, car à partir du livre V, l’œuvre prend la forme d’un recueil de passages de l’Ancien Testament considérés par l’apologiste comme des annonces du Christ (les testimonia). Bien que l’œuvre constitue l’une des collections de preuves scripturaires les plus longues de l’Antiquité, son importance dans la tradition des testimonia n’a jamais été mise en évidence. Cette étude présente deux enjeux : il s’agit de comprendre si Eusèbe a travaillé à partir de sources (sources littéraires ou florilèges prêts à l’emploi) et de préciser, plus largement, les spécificités de son utilisation des testimonia par rapport à une tradition de lecture du texte biblique particulièrement stéréotypée, dont les caractéristiques sont rappelées dans un chapitre spécial. L’auteur de la thèse s’est livré à une enquête exhaustive, en dépouillant les index de citations bibliques chez les Pères antérieurs à Eusèbe, ainsi que les différents représentants de la tradition des testimonia jusqu’à la fin de l’Antiquité. L’enquête est précédée d’un état critique de la question, visant à évaluer les critères traditionnels permettant de déceler l’emploi d’une source chez les différents utilisateurs des testimonia. L’auteur considère que ces critères sont le plus souvent subjectifs et ne permettent pas d’isoler avec certitude des sources communes, car la plupart des parallèles contenus chez les auteurs patristiques s’expliquent simplement par leur appartenance à une tradition de lecture du texte biblique qui excède largement le cadre de l’écrit. L’analyse démontre que les dossiers de la Démonstration évangélique ne présentent qu’en de très rares cas des parallèles pertinents avec d’autres œuvres. Dans ces conditions, l’hypothèse de sources utilisées par Eusèbe perd de sa validité. La comparaison de l’argumentation scripturaire de l’œuvre avec celle des autres représentants de la tradition des testimonia révèle d’ailleurs une profonde originalité. Dans le choix de ses textes, de leur découpage ou du sens qu’il leur donne, l’apologiste témoigne le plus souvent d’une démarche indépendante qui ne doit rien à ses devanciers. Le traitement des testimonia chez Eusèbe est une conséquence directe de sa formation exégétique : comme son maître Origène, et à rebours de la pratique courante des polémistes, il accorde une importance spéciale à la cohérence du discours biblique (ajkolouqiva). Pour cette raison, il cite des testimonia plus longs que ses devanciers et manifeste un intérêt particulier pour les articulations du texte biblique, rompant sur ce point avec la lecture « atomisée » généralement pratiquée par les utilisateurs des testimonia. L’apologiste se distingue également en ce qu’il fournit toujours ― à une exception près ― les références correctes des textes qu’il cite et augmente considérablement le noyau traditionnel des preuves scripturaires. Cette augmentation des testimonia procède d’une lecture globale de la Bible : par conséquent, l’indépendance d’Eusèbe en regard de la tradition est importante et résulte d’une pratique exégétique particulière.
Il convenait donc de consacrer la dernière partie de la thèse à l’argumentation exégétique. Eusèbe accorde au commentaire exégétique une place qu’il n’a pas chez ses prédécesseurs. Cette importance nouvelle de l’exégèse reflète la formation intellectuelle d’Eusèbe, mûrie dans l’admiration de l’œuvre d’Origène. L’apologiste adapte à la polémique les méthodes savantes pratiquées par le maître et recopie même parfois ses commentaires. En ce sens, l’auteur de la thèse montre qu’il serait caricatural d’opposer un Eusèbe « polémiste » à un Origène « scientifique ». L’œuvre reste malgré tout un écrit apologétique et Eusèbe infléchit souvent l’exégèse d’Origène dans un sens plus polémique. Ce double héritage d’Eusèbe, à la fois savant et apologétique, donne à la Démonstration évangélique une allure originale, à mi-chemin entre la recherche et la polémique.
Cette dernière partie aborde trois questions : 1) la dimension polémique de l’exégèse d’Eusèbe, 2) sa dimension savante, 3) le rapport d’Eusèbe à Origène dans son exégèse.
Celle-ci est d’abord déterminée par les impératifs de la polémique : prouver le caractère messianique des preuves scripturaires, démontrer l’accomplissement des prophéties, réfuter les lectures concurrentes. Eusèbe reprend les méthodes pratiquées par ses devanciers, mais y ajoute une érudition biblique et historique qui lui est propre.
Dans ce cadre imposé, il pratique une exégèse plus savante que ses prédécesseurs. La place qu’y occupent la recherche, la dialectique, les questions sur l’Écriture, l’analyse philologique ou encore l’érudition, confère à l’œuvre une allure « scolaire » inhabituelle dans la polémique. L’exposé se concentre notamment sur l’une des méthodes les plus originales d’Eusèbe, son utilisation des révisions juives de la Septante. L’évêque de Césarée est en effet le premier polémiste à utiliser ces versions du texte biblique éditées dans les Hexaples d’Origène. L’analyse montre en quoi Eusèbe poursuit la démarche du maître et en quoi il s’en écarte. La façon dont l’apologiste utilise les révisions juives pour compléter le texte de la Septante, contourner une difficulté ou éclairer une obscurité, prolonge la méthode d’Origène. L’orientation polémique du propos d’Eusèbe infléchit cependant considérablement le sens de la démarche du maître. Eusèbe n’utilise les révisions juives que lorsqu’il y trouve un intérêt apologétique et met donc au service de la polémique un arsenal dont la finalité était avant tout d’ordre scientifique pour Origène. Dans cette étude sur le cadre savant de l’exégèse d’Eusèbe, l’auteur de la thèse consacre un chapitre spécial à l’herméneutique de l’apologiste, dont la complexité témoigne d’une réflexion originale sur la pratique exégétique. La place importante du sens littéral dans l’œuvre ne signale pas nécessairement une évolution intellectuelle d’Eusèbe, comme le pensent certains, mais peut aussi renvoyer aux enjeux propres à une œuvre polémique.
Dans cette partie consacrée à l’argumentation exégétique, la thèse tente, pour finir, de préciser la position d’Eusèbe par rapport à l’exégèse d’Origène. Cette étude fournit l’occasion d’une réflexion méthodologique sur les enjeux et les modalités d’une comparaison entre les deux exégètes. Celle-ci n’est pas toujours facile, car l’œuvre de l’Alexandrin n’est souvent connue qu’à l’état de fragments. L’auteur de la thèse montre cependant l’intérêt que présentent les Commentarioli in Psalmos de Jérôme pour la connaissance de l’exégèse origénienne du Psautier, ou encore les commentaires sur Isaïe du Ps.-Basile et de Jérôme dans les tentatives de reconstitution de l’exégèse d’Origène sur le prophète. En mettant à profit les différents indices dont on dispose, l’auteur montre que la dette d’Eusèbe à l’égard des commentaires d’Origène est importante. L’apologiste a cependant laissé de côté certains aspects de l’exégèse du maître qui convenaient mal à sa démonstration, comme l’exégèse morale ou certains traits d’érudition. Enfin, il paraît rompre sur deux points essentiels avec l’exégèse d’Origène : il donne un sens littéral à des textes auxquels l’Alexandrin le refusait ; il applique au Christ des textes qu’Origène semble avoir commentés d’une façon différente.
Au terme de ce travail, l’auteur est en mesure de préciser la place de la Démonstration évangélique dans l’histoire de la polémique : l’œuvre est beaucoup plus originale et importante qu’on ne le croit généralement. Elle est porteuse de nombreuses innovations, dont la plus notable tient au projet scientifique de l’apologiste. En adaptant à la polémique les méthodes savantes héritées d’Origène, Eusèbe est l’auteur d’une apologie d’un genre nouveau, dont la postérité fut importante. On en détecte en effet la trace chez plusieurs polémistes postérieurs. Elle est mentionnée au IXe s. dans la Bibliothèque de Photius. La tradition manuscrite, enfin, atteste que du XIIe s. au XVIe s., elle ne cessa d’être lue. Il fallait donc retrouver cette œuvre délaissée par les modernes, longtemps occultée par les travaux historiques d’Eusèbe, afin d’en saisir toute l’originalité et toute l’importance dans l’histoire de la culture.
L’apprentissage de la composition musicale : regard sur la situation française durant la première moitié du XIXe siècle
Lundi 15 janvier 2007
14 heures
centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Sylvie NICEPHOR soutient sa thèse de Doctorat :
L’apprentissage de la composition musicale : regard sur la situation française durant la première moitié du XIXe siècle
En présence du Jury :
M. DURNEY (DIJON)
M. HOLSTEIN (CNSMP)
M. OTTO (RENNES 2)
Mme PISTONE (PARIS 4)
Résumés :
L’apprentissage de la composition musicale en France durant la première moitié du
XIXe siècle est dominé par deux grandes institutions parisiennes directement issues de la
Révolution et de l’Empire : le Conservatoire et le Prix de Rome. Pluridisciplinaire,
élitiste et hiérarchisé, il s’appuie sur deux styles à la fois opposés et complémentaires : le
sévère (fondé sur un héritage contrapuntique), et l’idéal (qui tend vers la composition
dramatique, et où les normes esthétiques restent marquées par le siècle précédent).
Confronté à l’éclosion du mouvement romantique, dans une société en mutation où l’on
doit concéder au goût du public, quelle peut-être sa finalité ?
The training in music composition in France during the first half of the XIXth century
was dominated by two major Parisian institutions born out of the Revolution and the
Empire : the Conservatoire and the Prix de Rome. Multidisciplinary, elitist and
hierarchical, it rests on two styles that are opposing and complementary at the same
time : the strict (founded on a contrapuntal heritage), and the ideal (tending towards
dramatic composition, and where aesthetic norms remain affected by those of the
previous century). Confronted by the burgeoning Romantic movement, in a changing
society where one must submit to the taste of the public, what could be its final goal ?
Position de thèse :
La consultation de biographies de grands musiciens, nous éclaire sur les moyens
qu’ils employèrent pour se former. Un certain nombre de nos compositeurs
contemporains offre un témoignage de leur parcours formatif, très personnalisé.
La composition musicale elle-même nécessite-t-elle un apprentissage spécifique ?
Si oui, qu’en était-il en France durant la première moitié du XIXe siècle, époque que
l’on s’accorde souvent à juger de moindre importance pour la création musicale ?
Nous avons donc orienté notre investigation vers les cadres et les structures ayant
dispensé un enseignement de la composition, puis vers le contenu de traités parus à
cette époque (esthétique, pédagogie, théorie), avant de poser la question suivante :
quelle était la finalité de cet apprentissage ?
INTRODUCTION
Notre introduction sera consacrée à l’approfondissement des termes du sujet.
Pourquoi avoir opté pour cette période historique : parce qu’il s’agit pour la société
française comme pour sa vie musicale d’une période charnière où, après la
Révolution, une reconstruction s’imposait. Chaotique, elle oscille entre la conquête
progressive d’une nouvelle société et les tentatives restauratrices. La musique va se
démocratiser, et sa pratique, d’abord répandue dans la bourgeoisie, s’étendra peu à
peu vers les couches populaires. Un paysage musical nouveau va prendre forme
dans la capitale, principalement autour des théâtres, des salons, des sociétés
symphoniques, de la presse et des nouvelles institutions d’enseignement. Cela ne
sera pas sans conséquence pour l’apprentissage et pour l’exercice de la
composition.
Quant aux définitions du terme « composition », recueillies dans des dictionnaires et
encyclopédies généraux, puis musicaux, elles nous montrent que du Moyen-Age à
nos jours se succédèrent plusieurs conceptions à ce sujet. Jusqu’au XVIIIe siècle, il
est surtout question d’invention mélodique, tandis que le XXe siècle met nettement
en évidence la scientificité de cette pratique, les connaissances qu’elle nécessite,
tout en détaillant les modalités de son apprentissage, résolument pluridisciplinaire.
La composition s’est donc accompagnée d’une formation, de plus en plus exigeante.
La période que nous étudierons sera donc transitoire.
LES CADRES DE L’APPRENTISSAGE (chapitres 1, 2, 3)
Après les bouleversements révolutionnaires, les structures officielles d’enseignement
musical existantes en France, qui formaient à la composition musicale, seront
remises en question avec la création du Conservatoire. Quelles étaient leurs
principales caractéristiques ?
Du Moyen-Age au XVIIIe siècle, les maîtrises enseignaient la composition dite
« savante », en relation avec l’enseignement général et l’enseignement
confessionnel. Le contrepoint côtoyait la pratique vocale et la lecture des ouvrages
didactiques. Au XVIIIe siècle, des concessions y sont faites aux genres profanes et à
la pratique instrumentale. La tradition contrapuntique, qui semble s’essouffler en
France, reste forte en Italie et en Allemagne, pays comptant aussi de nombreux
théoriciens.
Après la fermeture des maîtrises, la Révolution propose un nouveau modèle
pédagogique : le Conservatoire. Etablissement laïc, il est axé sur la pratique
musicale individuelle, en priorité instrumentale, la recherche de nouvelles méthodes
formatives, et le développement de la lutherie. Ce cadre se détache de
l’enseignement général, se caractérise par une volonté de sélection et une
spécialisation des différentes disciplines, où l’on requiert de plus en plus de
technicité. Il en sera de même pour la composition musicale.
Le Conservatoire apparaît également comme une grande école, peu à peu assortie
de succursales en province, où l’on forme une nouvelle élite musicale sur la base
d’une entreprise de rénovation des méthodes d’enseignement.
Celui de la composition se configure en classes différenciées.
A l’origine, le schéma d’études est encore imprégné de l’esprit du XVIIIe siècle :
l’harmonie, d’abord liée à la pratique de la basse chiffrée et de l’accompagnement,
se distingue simplement de la composition, où l’art d’écrire des mélodies sur des
textes justifie le critère d’admission des élèves (connaître, entre autres, la langue
française). Par la suite, l’harmonie se scindera en deux aspects : l’accompagnement
pratique, et l’harmonie écrite. Quant à la composition, elle distinguera le
« contrepoint » de « l’idéal ». Harmoniser n’est pas composer : cependant, le
passage par l’harmonie sera requis pour accéder à la composition.
Les deux classes d’origine se subdivisent en disciplines distinctes, prises en charge
par des enseignants différents, autant d’étapes d’un parcours sélectif menant de
l’harmonie à la composition « idéale » en passant par le contrepoint et la fugue.
Au principe de spécialisation des classes s’ajoute un principe sélectif fort. Ainsi, la
trajectoire formative du futur compositeur s’effectue, de l’admission au concours final,
sous contrôle des autorités enseignantes, par le moyen d’évaluations internes,
d’examens et de concours. Si l’harmonie se démocratise, la sélection s’opère par le
contrepoint, qui n’admet d’abord que les élèves masculins. A l’issue d’un parcours
durant en moyenne une huitaine d’années, un petit nombre d’élus peut alors briguer
le Grand Prix de Rome. La valeur des récompenses octroyées aux élèves lauréats
des concours finaux témoigne d’une vision hiérarchique des disciplines.
Celle-ci est également décelable à travers les modalités de recrutement de leurs
enseignants, des salaires qui leur sont attribués. Ceux-ci exercent aussi sous
contrôle et dans un but précis : préparer l’élève aux examens.
Le Grand Prix de Rome, organisé par les membres de l’Institut qui sont pour la
plupart d’entre eux également membres du Conservatoire, permet de perfectionner
les études par un séjour à Rome assorti de travaux (composition et recherche)
obligatoires. Encore une fois, l’exercice du contrepoint est requis dans les processus
sélectifs. Le but reste la composition savante de musique vocale : musique sacrée,
musique dramatique, avec symphonie, et la familiarisation avec la culture italienne
qui compte, dans le monde musical français, de nombreux admirateurs.
Conservatoire et Grand Prix de Rome occupent alors, dans l’enseignement de la
composition, une situation de monopole qui va s’installer durablement. Ces
institutions proposent des schémas qui, bien que discutés dans leur forme, ne seront
jamais vraiment remis en question.
Ni l’école de Choron, qui se développe sous la Restauration et reste attachée aux
modèles pédagogiques anciens, ni les maîtrises renaissant çà et là de leurs cendres,
ni les cours privés, ne proposent des alternatives suffisamment novatrices et fortes
au Conservatoire, qui attire en son sein théoriciens et pédagogues, français et
étrangers, et dont le modèle va peu à peu s’exporter.
LES CONTENUS DE L’APPRENTISSAGE (chapitres 4, 5, 6)
Les travaux didactiques, témoignant d’un renouveau de l’intérêt des Français dans
ce domaine, nous renseignent sur les contenus de l’enseignement de la composition.
On s’appuie à l’origine sur le traité d’harmonie de Catel, « nouvelle méthode du
Conservatoire adoptée par la commission », qui simplifie l’approche de cette
discipline. Concernant le contrepoint, on se réfère aux ouvrages des Allemands Fux
et Marpurg, dont on va reproduire l’agencement, et conseiller l’étude.
Nous avons sélectionné un corpus de traités. Que renferment-ils ? Un espace dévolu
à l’harmonie sous forme de « théories des accords », plus ou moins important selon
les différents auteurs. Ensuite, des catalogues de contrepoints possibles, classés du
simple au complexe, assortis de règles, suivis d’expositions de fugues, dont
l‘élaboration reste détaillée et accompagnée de plans. La théorie, l’exposé des
modes anciens d’église, l’acoustique, l’historique chronologique des langages et des
genres musicaux, l’instrumentation, la mélodie, le rythme, les formes musicales sont
abordés. Le but de ces ouvrages ? Instruire, communiquer, clarifier, mais aussi
amener l’élève vers la maîtrise du genre musical considéré comme le plus élevé : la
composition dramatique, consécration pour un musicien.
Ces traités nous livrent les opinions particulières de leurs auteurs sur l’esthétique et
le goût musical, tout en dévoilant leurs profils pédagogiques ; car il s’agit pour eux
également de s’affirmer, de promouvoir leurs travaux, d’exposer leurs idées.
Deux courants de pensée sont décelables : un courant résolument conservateur,
attaché au contrepoint, au « style sévère », soucieux de préserver un héritage
didactique, et un courant progressiste, utilisant ce même héritage pour mieux
l’adapter aux exigences de la modernité.
Ils mettent en évidence l’existence d’un débat sur l’utilité, la place et le rôle des
exercices d’école dans la formation. Nous constatons qu’un consensus existe : la
maîtrise du « sévère » est indispensable pour aborder l’« idéal » tout en préservant
de l’amateurisme.
Tandis que le traité de l’Allemand Albrechtsberger ne semble guère innover par
rapport à ses deux prédécesseurs, Fux et Marpurg, les ouvrages français
s’accompagnent de discours sur la musique et ouvrent de nouvelles voies : analyse
des formes, analyse mélodique, acoustique, rythme, instrumentation. Cette dernière
branche se spécialise et fait objet d’études distinctes. Indiscutablement, les auteurs
français (ou assimilés) restent persuadés de l’existence d’un « progrès musical »,
d’une trajectoire évolutive de la création musicale.
Autre consensus : les critères de la bonne composition dramatique, qui doit tout
d’abord reposer sur une parfaite correspondance entre le verbe et le son. La
musique (tous genres confondus), reste donc un discours, doit avoir un sens, que le
compositeur doit souligner. La « peinture des sentiments », chère au XVIIIe siècle, y
demeure essentielle. Dans la composition idéale (qui inclut les genres dramatiques
et instrumentaux), les formes classiques, garantes d’équilibre, permettant
construction et développement du discours, sont unanimement préconisées.
En France, et à cette période, les contenus de l’apprentissage de la composition
musicale témoignent d’une vision hiérarchisée des genres musicaux. La « haute
composition », où un haut niveau de technique et de connaissance est requis,
exigeante et élitiste, se distingue nettement de la composition de pièces dites
« fugitives ».
Contenus et contenants de l’apprentissage sont en adéquation.
Pourtant, peu de compositeurs de génie émergent à cette époque. Si les contenus
de la formation reçue peuvent être remis en question, un contexte social et musical
n’est pas vraiment favorable à leur éclosion et leur réalisation.
LA FINALITE DE L’APPRENTISSAGE DE LA COMPOSITION MUSICALE
(Chapitres 7, 8, 9)
Sur quel terrain les compositeurs peuvent-ils s’exprimer ?
La musique sacrée est en crise, elle ne constitue pas la priorité des paroisses, à
l’exception de la Chapelle Impériale. Seule une poignée de compositeurs va
s’affirmer dans le genre religieux, où le contrepoint subsiste, mais en faisant des
concessions aux effets vocaux et instrumentaux. Les tentatives restauratrices en ce
domaine s’expriment à travers l’action de Choron et de Fétis, attachés aux écoles
contrapuntiques italiennes et au style palestrinien, qui réhabilitent la musique
ancienne d’église.
Peu de théâtres parisiens s’ouvrent au grand opéra. Les portes d’accès à ce genre
ne sont ouvertes qu’à un nombre très restreint de compositeurs. Le maintien d’un
ouvrage dramatique à l’affiche dépend en partie de son succès public. Les Italiens,
les musiciens du siècle passé, occupent sur les grandes scènes une place
importante. Malgré certaines obligations statutaires, les théâtres n’osent programmer
de jeunes compositeurs. Les scènes « secondaires » restent un terrain d’action
cependant éloigné de la « haute composition musicale » pour laquelle on se forme.
Le divertissement musical et l’arrangement y prédominent.
La musique instrumentale, présente dans les sociétés de concert et les salons, fait
des concessions à la virtuosité des interprètes d’une part, à la demande des
amateurs d’autre part. L’improvisation, l’arrangement y règnent. Les grands concerts
symphoniques, les Concerts du Conservatoire imposent des chefs d’oeuvres
germaniques de Mozart, Haydn, Beethoven, mais ne programment pas d’oeuvres de
jeunes Français. Les « concerts historiques » se développent, et mettent en valeur la
musique ancienne.
A quoi sert donc l’enseignement officiel, financé et soutenu par les pouvoirs publics ?
L’observation des récompensés des grandes institutions officielles nous donne
quelques éléments de réponse.
Les lauréats du Conservatoire sont à quelques exceptions près des musiciens actifs.
Instrumentistes, chefs d’orchestre, professeurs, éditeurs de musique, critiques,
didacticiens, ils occupent le terrain musical parisien. La majorité d’entre eux
compose. Leur production s’adapte à la demande des consommateurs de musique,
et dans la majorité des cas reste liée à leur activité professionnelle et instrumentale.
Ainsi, l’association de l’étude de l’harmonie seule et de l’instrument pratiqué, peut
faire naître une vocation de compositeur.
Ces lauréats demeurent présents sur les scènes secondaires.
Les Prix de Rome peuvent parfois occuper dans le paysage musical des places
souvent importantes, et parviennent parfois à se réaliser dans la composition
dramatique, et être joués sur de grandes scènes. En enseignant au Conservatoire, ils
perpétuent une tradition. L’obtention de ce titre prestigieux, si elle ne fait pas le
génie, a malgré tout donc un degré d’influence sur un parcours musical, une carrière.
Les compositeurs formés dans les écoles religieuses composent majoritairement
pour l’Eglise, et produisent plutôt de la musique vocale. Formés dans des cours
privés, autodidactes, les compositeurs actifs se spécialisent dans des domaines
précis (musique légère, chanson, adaptation, arrangement, méthodes
instrumentales...).
CONCLUSION
A partir de cette étude novatrice, des recherches complémentaires peuvent être
envisagées.
Nos conclusions ouvrent un espace de réflexion :
L’apprentissage de la composition musicale en France durant la première
partie du XIXe siècle fait cohabiter dans ses cadres et ses contenus
l’héritage des siècles précédents et une réflexion sur le futur musical. Il est
progressiste, évolutionniste.
Il n’est pas sans susciter de tensions et d’interrogations sur la fonction du
contrepoint et de la fugue (préparatoires à l’« idéal » ou moyens de
sélection ?), sur leur finalité (hors contexte religieux, servent-ils une
pédagogie de la raison pure ?).
Les nouvelles institutions officielles issues de la Révolution monopolisent
cet apprentissage et proposent un contenant et des contenus qui
demeurent fixes durant un demi-siècle et au-delà, en dépit des
changements survenant dans la vie musicale et de l’évolution des goûts du
public.
Le principe méritocratique les caractérisant sert-il la création musicale ou
tend-t-il à permettre l’émergence d’une nouvelle élite musicale ?
Bien qu’à première vue les pouvoirs publics aient été peu préoccupés de
musique durant cette période, ils ont installé durablement un projet de
formation des musiciens.
En quoi notre travail peut-il nous éclairer sur la situation contemporaine de
l’apprentissage de la composition musicale ?
L’approvisionnement en eau de la Cyrénaïque à l’époque Romaine
Jeudi 16 mars 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle S 001, rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Moftah SAAD soutient sa thèse de doctorat :
L’approvisionnement en eau de la Cyrénaïque à l’époque Romaine
En présence du Jury :
M. LARONDE (Paris 4)
M. DEANGES (EPHE)
M. JOUVE (Paris 5)
M. MAFFRE (Paris 4)
Résumés
Les aqueducs sont l’une des principales techniques utilisées par les Romains pour alimenter les villes et les localités côtières en eau, car ils permettent l’acheminement des eaux de la source la plus proche dans un oued ou sur le premier plateau, ces aqueducs se versaient dans d’énormes citernes qui ont été établies au centre des villes et des localités, en plus les Romains ont développé les puits et les anciennes citernes.
L’alimentation en eau du premier et du second plateau se basait essentiellement sur les citernes en plus du creusement des puits dans les sites où les eaux souterraines sont proches. À l’est de Wadi El Cuf se trouvent un grand nombre de sources sur lesquelles a été bâties d’anciens établissements développés par les Romains, qui ont construit à ces côtés des forteresses et des bains. Les eaux de ces sources ont été transportées vers le nord à travers les oueds à l’aide d’aqueduc afin d’alimenter les établissements agricoles et les terres fertiles appelées El Wasita. On a trouvé environ 30 modèles de ces aqueducs.
Au centre et sud de la Cyrénaïque, l’alimentation principale en eau s’appuie sur les citernes et les grands bassins taillés dans le sol rocheux dans les zones basses ou à l’intérieur des petits oueds. Les Romains ou les Libyens ont peut être utilisé les eaux de ces dolines situés au sud de la Cyrénaïque et dans lesquelles se rassemblent les eaux continuellement durant l’année.
The most important means which the Romans had invented was the aqueducts which was bringing water from the near spring to the coast cities where they store it in huge reservoirs at the centre of theses cities..
For the first and second plateau , the water supply for it depended on collecting the rain water in cisterns beside drilling some water wells in the place where there are under-ground water. After Wadi El Cuf are big number of water springs ,where a number of ancient colonies were constructed and were developed by the Romans who built the baths and stores and castles near those springs -also then made aqueducts in rocky ground to transfer the water to the north to the fertility area which called El Wasita where we discovered about 30 patterns of then.
Regarding the middle and south regions of Cyrenaica the depended for water supply on some of the scattered water-spring in these parts beside building some closed reservoirs and big opened ponds in the low depressed places and valleys beside the interesting of the big closed low land .
Position de thèse
Ce qui a été rassemblé dans cette étude et ce qui a été documenté était le résultat d’un travail de terrain, il a confirmé que le problème des eaux et la manière de sa résolution en Cyrénaïque étaient très anciens, en effet on a trouvé des grottes qui remontent à l’époque préhistorique prés de toutes les fontaines, ces fontaines sont devenues une source d’eau très importante pour les anciennes tribus libyennes qui attaquaient la vallée du Nil de temps à autre. Il est certain que ces tribus avaient leurs sources d’eaux particulières, peut être avec le creusement de bassin et de puits, en effet Hérodote affirmait que certaines tribus creusaient quelques types de bassins et de puits ouverts qui étaient influencé par les vents du Ghibli. Ces tribus avaient peut être une expérience dans le domaine de l’agriculture, en effet les anciens documents égyptiens ont évoqué des sortes d’anciennes cultures libyennes tels que le blé et l’olivier et les vignes etc. en plus du miel cyrénéen à très haute qualité. Les gravures des troupeaux d’animaux libyens sont visibles avec certains pharaons dans un certain nombre d’anciens temples égyptiens.
Lorsque les colons grecs sont arrivés en Cyrénaïque, leur principal objectif était de trouver une source d’eau permanente, ainsi ils se sont installé après sept ans à Cyrène et ils ont fondé une colonie sur une ancienne source qui s’appellera plus tard source d’Apollon, cette colonie s’est développée avec le temps pour devenir la capitale de la Cyrénaïque. Les Grecs se sont intéressés aux sources d’eau, ils se sont appuyés au début sur les sources d’eaux existantes puis ils ont creusé les puits et établi les citernes que se soit sur la côte ou à l’extrémité des oueds et en contrebas des montagnes ; ils ont découvert également l’existence de cours d’eau en sous-sol et ont creusé des puits aux extrémités de quelques oueds qui se dirigeaient vers la mer afin de profiter des eaux souterraines, l’agriculture s’est beaucoup développée. En plus de l’intérêt qu’ils ont montré aux plantes de silphium , les Grecs ont insisté sur des types d’arbres qui ne demandaient pas des quantités énormes d’eau tels que les oliviers, les vignes et les figuiers etc. en plus de la culture sans irrigations des céréales et des arbres fruitiers.
Lorsque la Cyrénaïque est devenue une province romaine, une attention particulière a été donnée à l’accumulation des eaux afin d’en profiter dans tous les domaines ; ainsi des financements ont été prévus dés les premières années du début de l’administration romaine de la région, des fermes se sont propagées dans tous les coins de la région, ainsi aucune plaine ni oued, ni plateau n’a été délaissé. Dans chaque ferme, des puits et des citernes ont été construits ainsi que des aqueducs et des canaux de plusieurs kilomètres de long. Parfois des établissements ont été créés sans le besoin d’une source d’eau à proximité en effet il était devenu possible de les alimenter à l’aide des aqueducs et des canaux de la source d’eau la plus proche. La construction des canaux et des aqueducs n’existait pas en vérité auparavant en Cyrénaïque. C’était une révolution qui a touché au 1er et au IIème siècle la plupart des régions de l’empire romain de la Jordanie à l’Espagne. Ce sont les ingénieurs de l’armée romaine, spécialisés dans ce domaine qui dirigeaient la construction et la maintenance de ces aqueducs. Plusieurs écrits et théories ont été développés concernant la construction des aqueducs à cette époque. Le plus important écrit sur les aqueducs romains est celui de Vitruve . Des aqueducs ont été construits au pied des montagnes afin de rassembler la plus grande quantité d’eau qui descend en hiver.
A travers le travail de terrain, il est apparu que le recueil des eaux en Cyrénaïque était effectué suivant deux critères : la situation et la géomorphologie.
La région côtière s’est basée dans le recueil des eaux sur trois éléments principaux :
Le creusement des puits à proximité des côtes afin de bénéficier des eaux souterraines tout en creusant superficiellement pour éviter le mélange des eaux douces avec les eaux salées provenant de la mer
La construction de citernes dans la plupart des bâtiments afin de recueillir les eaux de pluie qui tombent sur leurs toits.
Le creusement de bassins en bas des montagnes et à la fin des oueds pour rassembler les eaux qui tombent sur les collines ou les eaux qui coulent dans les cours d’eaux et les oueds par l’utilisation d’aqueducs et de petits aqueducs qui ont été construit ou sculpté pour cette raison. Parfois des barrages sur les oueds ont été construits afin de recueillir et rassembler les eaux puis les transporter vers la citerne ou le bassin le plus proche comme c’est le cas à Tolmeta et el Hanya. Quant aux aqueducs , la plupart des villes côtières de la Cyrénaïque ont été alimentée par des aqueducs qui partent de la source la plus proche qui se trouve sur les montagnes afin d’assurer un approvisionnement continu ; ainsi d’énormes citernes ont été construites à l’intérieur de ces villes et des établissements agricoles pour stocker les eaux et permettre leur utilisation et répondre aux différents besoins telle que la fourniture des eaux aux bains et aux fontaines ainsi que pour les différentes utilisations domestiques. Quelques aqueducs et canaux ont été crées pour des utilisations agricoles en plus des travaux publics tels que les aqueducs d’Aslab, Carsa, d’Erythron et Derna etc.
La méthode utilisée pour résoudre le problème des eaux dans le premier plateau de la Cyrénaïque diffère totalement de celle utilisée dans la bande côtière ; en effet les citernes étaient la principale source d’eau dans la région Ouest du plateau. Elle s’est basée parfois sur des puits dont la profondeur peut atteindre dans certains cas 40 mètres environ. La plupart de ces puits remontent à l’époque grecque comme c’est le cas des puits se trouvant dans la ville d’el Marj. Elle a bénéficié également des eaux qui se versaient dans les bassins comme c’est le cas du bassin d’el Ghariq, En plus des citernes répandues dans la plupart des fermes romaines au nord de la ville d’el Marj.
La résolution du problème des eaux dans la partie Est du plateau est totalement différente de celle de la partie Ouest en effet au-delà du Wadi el Cuf, une série de points d’eaux se répandent à la bordure du deuxième plateau. Les Anciens ont profité de cette situation pour créer des établissements agricoles dans les oueds et dans le premier plateau. Ce dernier est caractérisé par un sol très fertile, on l’appelle actuellement el Wasita vu sa situation entre deux plateaux, ainsi on a remarqué la présence de deux types de colonies à proximité des ces sources depuis Gfonta et jusqu’aux environs d’el Aslab.
Le premier type de localité est situé sur le deuxième plateau, dans lequel se trouvent généralement des bains romains et quelques tombes ainsi que d’autres monuments dont l’identité est inconnue en plus d’un fort au milieu du site.
Le deuxième type de localité est situé généralement à l’extrémité de la vallée ( au bout du premier plateau ), on y trouve des habitations et un grand nombre de tombes, ce type de localité est souvent approvisionné en eau de la source qui se trouve habituellement sur le bord du deuxième plateau, des jardins sont répandus dans ces vallées ; les dimensions de la plupart ne dépassent pas 2 à 3 Km carrés. Il existe plus de trente localités de ce type tels que Cyrène qui est classé parmi ces modèles, son extension vers le sud a nécessité la recherche d’une source d’eau dans la périphérie sud, ainsi d’énormes bassins et d’énormes citernes ont été construits. Les eaux ont été ramenées des oueds de Saf Saf ou d’ el Geghab par un ancien aqueduc romain creusé parfois sous forme de tunnel ou visible dans d’autres cas, des milliers de petits barrages ont été crées pour protéger le sol contre l’érosion dans la plupart des oueds et des gradins.
Quant au cœur et au centre de la Cyrénaïque, les anciennes localités ont été créées sur quelques anciennes sources ou bien les eaux ont été recueillies grâce au creusement d’un grand nombre de bassins ouverts dans les terrains rocheux au niveau des petits oueds et des dolines comme c’était le cas à el Saf Saf, Lamluda, Beit Tamer, Bu Nathara etc. ..... Ces bassins étaient utilisés habituellement pour la boisson et l’abreuvage des animaux et peut être aussi pour la culture de quelques types d’arbres en plus de la construction de quelques citernes dans les ancienne stations de passages de voyageurs, au sud de la région. Quant à l’extrême sud de la province, les bassins désertiques appelés el Baltets, ont fourni une eau importante pour les tribus libyennes car ils conservent les eaux de pluies amenées par les oueds durant l’année.
On s’est assuré à la fin de l’étude que la révolution agricole durant la période classique ainsi que lors des grandes civilisations dont les traces restent apparentes jusqu’à nos jours dans chaque partie de la Cyrénaïque, dans ces plateaux, ces vallées, ces plaines, n’étaient pas le résultat de changements climatiques mais résultent du génie et l’expérience des Romains dans leur gestion des sources d’eaux disponibles, en effet ils n’ont laissé aucune goutte d’eau qui tombe sur le plateau ou dans les vallées sans en profiter . Que ce soit en les recueillant ou en les stockant ou bien en les distribuant. Il est certain qu’il existe une direction qui gère les sources d’eau dans la région. ce qui confirme cette hypothèse c’est la ressemblance quasi totale dans la taille des aqueducs et des canaux . En effet 90% des aqueducs de la Cyrénaïque ont 20 cm de large sur 30 cm de longueur, de la même manière la majorité des blocs de pierre avec lesquelles étaient construites les bassins et les citernes avaient des dimensions très proches, même la marque qui indique l’origine de la carrière est presque la même dans plusieurs sites tels que ceux de Ralis , el Geghab et Ain Mara. Des forteresses entourées par des tranchées ont été créées pour protéger la plupart des sources et les énormes bassins des attaques des ennemis. Des calendriers de distribution des eaux entre les fermiers ont été établis, ce sont peut-être les mêmes calendriers utilisés jusqu’à nos jours pour certains aqueducs.
On a besoin d’étudier les méthodes de recueil des eaux utilisées à l’époque romaine afin d’en bénéficier actuellement. En effet, malgré l’intérêt pour l’agriculture dans la région par la création d’un grand nombre de fermes modernes ; les facteurs humains et naturels influent sur la vie végétale et animale ; les facteurs humains ont influencé l’élevage intensif, en effet la baisse des prix du foin a poussé les habitants à se procurer des nombres très élevés d’ovins qui ont influé la vie végétale, ainsi une grande partie de la région s’est désertifiée. L’utilisation des machines de terrassement moderne pour réhabiliter les terres et arracher un grand nombre d’arbres et de végétation, ainsi que les incendies qui se déclenchent de temps à autre et anéantissent des espaces boisés importants, ont provoqué un désastre écologique. D’un autre côté la culture continue de la terre a affaibli le sol dont la fertilité baisse de plus en plus surtout après l’utilisation des insecticides et des engrais modernes.
Quant aux facteurs naturels, les changements climatiques en Afrique du Nord ont eu un grand impact sur la baisse du taux annuel de pluviométrie surtout ces dernières années .Quant aux problèmes des eaux on a besoin de décisions courageuses dans ce domaine, afin d’en profiter de chaque goutte d’eau, car les eaux souterraines qui constituent actuellement la source principale d’alimentation en eau dans la région connaissent une baisse continue vu la mauvaise utilisation en plus de l’augmentation du nombre d’habitants et le développement des utilisations. Ces eaux souterraines constituent un stock de milliers d’années qui risque de finir un jour si on ne trouve pas des sources de remplacement de ces bassins souterrains. C’est pourquoi il s’avère urgent de construire beaucoup de barrages pour rassembler les eaux qui coulent dans des milliers d’oueds et profiter des eaux en surface, ou du moins filtrer ces eaux sous terre afin d’enrichir la nappe aquifère et augmenter les stocks en eaux, car 90% des eaux pluviales se dirigent vers le nord pour verser dans la mer vu la grande inclinaison du plateau du Djebel Akhdar. Il faut également adopter des politiques sévères dans la gestion des eaux et combattre l’irresponsabilité et la mauvaise utilisation des eaux, en informant les habitants de la gravité de la situation dont il ne faut pas ignorer les répercussions et les conséquences qui seront encore plus graves sur les prochaines générations.
On remarque également que les fermiers négligent la plantation d’arbres comme les oliviers, les amandiers, les figuiers qui ne nécessitent pas de grosses quantités d’eau et se dirigent vers la culture des légumes tels que les tomates, et les pastèques qui demandent une quantité énorme d’eau tout simplement dans le but de rechercher le gain rapide ce qui entraîne la perte du stock d’eau souterraine dans la région.
L’arabesque dans l’oeuvre de Friedrich à l’époque de l’Athenaüm
Mardi 16 décembre
14 h
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Alain MUZELLE soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
L’arabesque dans l’oeuvre de Friedrich à l’époque de l’Athenaüm
en présence du Jury :
M. COLOMBAT (PARIS IV)
M. COZIC (TOULOUSE II)
M. KREBS (PARIS IV)
M. LAUDUN (PARIS X)
M. MARGOTTON (LYON II)
M. VALENTIN (PARIS IV)
L’architecture de l’ordre de la Visitation en France aux XVIIe et XVIIIe siècles
Lundi 29 novembre
14 h
Carré Colbert, salle Ingres
4-6 rue des Petits Champs,
Paris 2e
M. Laurent LECOMTE soutient sa thèse de doctorat :
L’architecture de l’ordre de la Visitation en France aux XVIIe et XVIIIe siècles
en présence du Jury :
M. DOMPNIER (CLERMONT II)
M. MIGNOT (PARIS IV)
M. PAUWELS
M. PEROUSE DE MONCLO (CNRS)
M. TOLLON (TOULOUSE II)
L’architecture religieuse au Liban (19è-20è s.)
Vendredi 2 juin 2006
14 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Félibien
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
M. Rabih MACHAALANY soutient sa thèse de doctorat :
L’architecture religieuse au Liban (19è-20è s.)
En présence du Jury :
M. FOUCART (Paris 4)
M. ANDRIEUX (Rennes 2)
M. JOBERT (Paris 4)
M. MASSU (Aix-Marseille 1)
Résumés
L’architecture religieuse au Liban du XIXe et du XXe siècles, traite des monuments religieux au Liban durant cette période. D’autres monuments chrétiens datant du XVIIe et du XVIIIe siècles font aussi partie de cette étude grâce aux restaurations et rénovations qu’ils ont subis durant les XIXe et XXe siècles. L’étude présente Le Liban historiquement avec son système communautaire, elle expose aussi le Patriarche Elias Hoayek et trois saints libanais du XIXe siècle. Les ermitages rupestres, les chapelles de village à nef unique ou à double nef, et les cathédrales croisées forment les sources des églises du XIXe et du XXe siècles. Les édifices religieux étudiés sont divisés entre Beyrouth La capitale, le Mont Liban, le Liban Nord, le Liban Sud et la Békaa. Une grande ressemblance est remarquée entre l’architecture civile traditionnelle et l’architecture religieuse, surtout par l’utilisation des tuiles rouges et de la pierre taillée qu’elle soit blanche, brune, grise ou jaunâtre. Le plan général des monastères s’agissait toujours d’un plan classique en forme rectangulaire autour d’une cour intérieure avec des jardins et un bassin. La plupart des couvents au Liban sont construits sur le même modèle, inspiré du style des grands sérails. Ils peuvent varier en surface et dans le nombre des étages, de même qu’entre les régions et leurs besoins et nécessités. Les églises se composent d’une seule nef large ou entourée de 2 bas-côtés se terminant par une abside semi-circulaire où se trouve l’autel et voûtée en berceau, en arêtes ou en arc brisé. L’entrée principale peut être précédée par un narthex ou un grand escalier. L’influence varie entre Byzantine, Croisée, Italienne, Française et Américaine.
The religious architecture in Lebanon from the XIX th. & XX th. centuries presents religious monuments dating from this period. Other Christian monuments dating from the XVII th. & XVIII th. centuries are also included because of the restorations & renovations done during the XIX th. & XX th. centuries. This study presents the history of Lebanon, his religious community system, the Patriarch Elias Hoayek & 3 saints of the XIX th. century. The rocky hermitages, the village chapels (single or double naves) & the large cathedrals of the crusaders period are the roots of the XIX th. & XX th. century’s churches. The religious monuments studied are divided between the capital Beirut, Mount Lebanon, North Lebanon, South Lebanon & the Bekaa. A huge resemblance is observed between traditional civil architecture & religious one, especially when using red roofing tiles & rock-cut stones (white, brown, grey, or yellow). The general plan of a monastery is always a classic rectangular one around an interior courtyard including gardens & a basin. Most of the Lebanese convents are nearly built the same way, but it varies in the surface, between 2 & 5 stories, & according to their regions & requirements. Churches are composed of one large nave & sometimes surrounded by 2 side aisles. It ends with a semicircular apse where the altar is placed. The nave is covered with different kinds of vaults. The principal entrance may be preceded with a narthex or stairs or even without both of them. The influence of religious architecture varies between Byzantine, Crusader, Italian, French & American styles.
Position de thèse
Le Liban, pays aux cèdres millénaires, cœur du Moyen-Orient, fut depuis le temps du Christ, l’oasis permanente du Christianisme en Orient. Plus tard, il devint un pays multiconfessionnel, englobant 17 communautés classées en 3 catégories distinctes : les communautés chrétiennes, musulmanes et israélites.
L’histoire du Liban commence vers le IVe millénaire avec l’arrivée des Cananéens, ancêtres des Phéniciens, ce peuple marin, inventeur de l’alphabet, et fondateur de plusieurs Cités Etats et ports dans le bassin méditerranéen, comme Byblos et Carthage.
Depuis cette époque, le Liban devint une terre ravagée par l’histoire, par des vagues successives des envahisseurs qui s’y bousculent : Assyriens, Hittites, Egyptiens, Grecs, Romains, Croisés, Mamelouks et Ottomans.
Des monuments et beaucoup de vestiges archéologiques délaissés par ces peuples, se trouvent partout au Liban, et bien sûr ils ont été et le sont encore d’une grande importance et influence sur l’architecture locale civile et surtout religieuse.
L’architecture religieuse au Liban du XIXe et du XXe siècles, traite en particulier les édifices religieux chrétiens. Monastères, églises, couvents et sanctuaires datant de ces deux siècles formèrent le corps du sujet. Les monuments qui datent avant le XIXe siècle, vers le XVIIIe ou le XVIIe siècle, ont subi des chantiers de restauration et de rénovation durant le XIXe ou le XXe siècles, ce qui m’a amené à les inclure dans cette étude.
Leurs sources d’influence furent aussi présentées, comme les ermitages rupestres dans les montagnes libanaises, les chapelles de village à nef unique ou à double nef, et bien sûr les cathédrales croisées dont l’une d’elles, Saint Jean à Beyrouth fut convertie en mosquée par les Mamelouks.
Elias Hoayek, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient entre 1899 et 1931, fut une personnalité d’une grande importance historique, politique autant que religieuse. Il est le fondateur du Collège Maronite à Rome, d’un centre et d’une église maronite dans la Rue d’Ulm à Paris, d’un Vicariat Patriarcal en Egypte et bien sûr de plusieurs grands monastères et églises au Liban comme Notre Dame de Liban Harissa. Il était un grand négociateur politique durant la Première Guerre Mondiale, et au Congrès de la Paix à Versailles en 1919. Il a joué un grand rôle concernant l’indépendance du Liban en 1920.
Le XIXe siècle au Liban était une ère de sainteté, puisqu’il nous a révélé trois saints libanais : Saint Charbel, Sainte Rafqa et Saint Nimatullah.
Une Terre Sainte comme le Liban, mérite une étude profonde de la diversification de son patrimoine religieux.
Beyrouth la capitale de la République Libanaise, a été longtemps considérée, du fait de son emplacement stratégique, comme un carrefour entre les trois continents l’Asie, l’Afrique et l’Europe, et un accès vers l’Orient. C’est une métropole de 1,5 millions d’habitants où se concentrent les activités politiques, administratives et financières. Sa population tout comme son architecture forment un mélange unique des cultures orientale et occidentale.
La cathédrale Saint Georges est un modèle représentatif des autres cathédrales de cette région. De plan basilical avec ses trois nefs et ses deux colonnades aux deux côtés, elle présente une façade de style néoclassique et son intérieur ressemble considérablement à celui de Sainte Marie Majeure à Rome surtout par le faux-plafond, les colonnes, et les arcades du deuxième étage. Quant au maître-autel en marbre massif, il sera surmonté d’un baldaquin style d’époque aux colonnes torsadées qui ressemble lui-même à l’œuvre du Bernin (1598-1680) dans la basilique de Saint Pierre à Rome.².
Le monastère Saint Joseph à Achrafieh est fondé par les Pères Jésuites en 1871, il est connu aujourd’hui plus par l’Université Saint Joseph. C’était le Père Ambroise Monot qui a ouvert l’école de ce monastère en 1939 avec le Père Maximilien Ryllo. Aujourd’hui l’Université Saint Joseph compte parmi les meilleures universités du Moyen Orient, toutes facultés comprises. L’église du monastère est du style néo-classique. Elle se forme d’une large nef centrale couverte d’une voûte en berceau et de deux bas-côtés voûtés en demi berceau. L’originalité de cette église est reflétée par un déambulatoire qui relie les deux nefs latérales de part et d’autre derrière l’autel. Ce dernier est aussi à triple hauteur dont la couverture est en forme de demi- coupole de l’intérieure et en forme de cône de l’extérieur. Deux autres églises sont étudiées dans le chapitre de Beyrouth, elles sont Saint Louis des Capucins, et Saint Elie.
Le Mont-Liban a pour longtemps été le refuge des minorités religieuses qui se sont abrités dans ses hautes montagnes et dans ses grottes. La Vallée Qadisha ou la Vallée Sainte forme le berceau de l’érémitisme au Liban. Elle comprend des dizaines d’ermitages et de monastères rupestres qui se distinguent par leurs accès difficiles et par leur architecture qui s’unie avec le roc et la nature, comme le couvent Saint Elisée, le couvent Saint Antoine Qozhaya, et le monastère Notre Dame de Hamatour.
Depuis le XVIe siècle et sous le règne de l’Emir Fakhr Ed-Dine II, les échanges étaient fréquents entre le Liban et les villes italiennes comme Venise et Toscane. Les architectes italiens qui sont venus travailler au pays, ont interprété le plan de la maison à hall central avec toute l’exubérance italienne. Cette innovation influença l’architecture religieuse. Le plan général des monastères s’agissait toujours d’un plan classique en forme rectangulaire autour d’une cour intérieure avec des jardins et un bassin. La plupart des couvents au Liban sont construits sur le même modèle, inspiré du style des grands sérails. Ils peuvent varier en surface et dans le nombre des étages entre deux et cinq étages, de même qu’entre les régions et leurs besoins et nécessités.
Autre que l’architecture générale, ces monastères comportent tous une église, ou deux dans certains cas, comme à Notre Dame de Belmont au Liban-Nord où se trouve une église dédiée à la Sainte Vierge et l’autre à Saint Georges. Lorsqu’un monastère est restauré, rénové et agrandit, il pourra avoir de nouveaux bâtiments annexes, tels un laboratoire et une école comme à Notre Dame de Mayfouq au Mont-Liban.
Parfois il ressemblerait à un complexe religieux comme au Saint Sauveur du Liban-Sud, comprenant deux églises, une école, un musée, un pressoir d’huile, une fabrique de raisiné, une boulangerie, une bibliothèque, des boutiques de souvenirs, des salons, des bureaux, une cuisine, une salle à manger et des toilettes.
De nombreuses églises et sanctuaires dédiés à la Vierge Marie comprennent une grande statue de la Vierge qu’on a placé sur un piédestal ou une tour avec des escaliers tout autour ou à l’intérieur comme à Notre Dame de Liban à Harissa, à Notre Dame de la garde à Maghdouché et à Notre Dame de la délivrance à Zahlé.
En dehors de la capitale, et surtout au Mont-Liban et au Liban-Nord, les églises se composent d’une seule nef large ou entourée de deux bas-côtés se terminant par une abside semi-circulaire où se trouve l’autel et voûtée en berceau, en arêtes ou en arc brisé. L’entrée principale peut être précédée par un narthex ou un grand escalier ou même sans les deux ensemble.
Quelques exemples comme la basilique Saint Charbel à Annaya et l’église Notre Dame de la délivrance à Zahlé présentent un plan circulaire avec l’autel au milieu. Les bancs sont placés en rayons autour de l’autel.
Les églises orthodoxes possèdent des iconostases bâtis en bois en général et parfois en pierre rose comme à l’église Saint Elie à Deir el Qamar. Toute iconostase est percée d’une porte centrale et de deux portes latérales.
Les icônes de l’iconostase concernent en général les douze apôtres, la Vierge Marie et le Christ. Elles peuvent être aussi des icônes narratives concernant la vie de Jésus-Christ.
Partout au Liban, on remarque une grande ressemblance entre l’architecture religieuse et l’architecture civile traditionnelle. Cela se voit surtout par l’utilisation des tuiles rouges et de la pierre taillée, traits caractéristiques de la maison libanaise. La couleur de la pierre peut varier entre blanche, grise, jaunâtre ou rose.
A partir du XXe siècle, le ciment et le béton sont venus remplacer la pierre habituelle dans les églises et les cathédrales modernes, comme la basilique Notre Dame de Liban, le monastère du Christ Roi, et la cathédrale Saint Paul.
La cathédrale Saint Paul est une construction sobre de trois étages, avec un cloître fleuri entouré de fenêtres en forme d’ogive. Son style moderne, fait perdre au monastère un certain intérêt au profit de sa basilique, une des plus belles de tout l’Orient.
Depuis 1980, les sœurs de Notre Dame du Carmel à Harissa révisèrent les travaux d’iconographie et de mosaïque rendant les fresques de plus en plus belles. Quant à l’architecture de la basilique, c’est un joyau de l’art byzantin, avec la cascade de ses dômes inégaux, de son parvis, de ses arcades et de ses colonnes, enfin de son clocher double.
Ces monuments religieux ont été classés et divisés selon 16 types différents : Les ermitages rupestres, les chapelles et les églises de village, les églises franques, les églises à influence européenne, les églises influencées par l’architecture traditionnelle libanaise, les églises à influence arménienne, les églises à plan circulaire, les églises à coupoles, les innovations du XXe siècle, les églises surmontées de statues (la Vierge Marie, Jésus-Christ, Saint Joseph), les façades flanquées par 2 tours, les façades à une tour, les façades à influence romaine, les églises appartenant à une école, les monastères à une église, les monastères à 2 églises.
L’influence de l’architecture religieuse chrétienne varie entre byzantine, croisée, italienne. Les missionnaires jouèrent un grand rôle dans la construction de plusieurs églises, monastères, écoles et universités au Liban, surtout les Jésuites, les Carmes, les Capucins et les Protestants. Au XIXe siècle, le Liban était devenu un champ de prédilection où tous étalaient leur savoir, leur éloquence et leurs raisonnements persuasifs. Les enfants du pays, sollicités de part et d’autre encouragés par les missions catholique, protestant, orthodoxe et juive, se trouvaient dans une situation enviable, et chacun pouvaient facilement s’instruire gratuitement.
Le Liban comporte un trésor unique en son genre, un mélange entre l’Est et l’Ouest, un pays multiconfessionnel, où chrétiens et musulmans se partagent la vie.
L’armée du royaume de Macédoine à l’époque hellénistique (323-148 av. J-C.). Les troupes "nationales". Organisation et analyse de l’iconographie militaire, avec déductions quant à la nature de l’armement
Jeudi 11 janvier 2007
9 heures 30
Maison de la Recherche, salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Pierre JUHEL soutient sa thèse de Doctorat :
L’armée du royaume de Macédoine à l’époque hellénistique (323-148 av. J-C.). Les troupes "nationales". Organisation et analyse de l’iconographie militaire, avec déductions quant à la nature de l’armement
En présence du Jury :
Mme HATZOPOULOS (KERA)
M. LARONDE (PARIS 4)
Mme LE BOHEC-BOUHET (ROUEN)
M. PICARD (PARIS 4)
M. RIZAKIS (NANCY 2)
Résumés :
L’organisation et l’armement de l’armée du royaume de Macédoine à l’époque hellénistique, de 323 à 148 av. J.-C., peuvent être éclairés d’un jour nouveau par l’analyse croisée des sources littéraires et des données archéologiques au sens large (non seulement celles issues des trouvailles du travail archéologique proprement dit, mais aussi celles explicitées par les sciences et domaines auxiliaires de l’archéologie, c’est-à-dire l’épigraphie, la numismatique, la sculpture, la céramologie, la toreutique, les peintures et mosaïques). C’est spécialement un nouveau genre d’analyse du matériel iconographique qui a été proposé à l’origine de cette recherche : par cette méthode, on a cherché à établir l’historicité des leçons de l’iconographie.
Les résultats historiques atteints montrent que l’armée macédonienne hellénistique épousait, au-delà de ses caractéristiques géopolitiques et sociales propres, et contrairement aux idées reçues sur le sujet, le modèle tripartite d’une armée hellénistique caractéristique : elle était constituée de troupes « nationales » (civiques), auxiliaires (alliés et vassaux) et mercenaires. En ce qui concerne les troupes « nationales », les seules prises en compte en détail dans cette étude, on pourra les répartir en deux ensembles : d’une part les troupes dites « royales », formées d’unités spécialement attachées au roi, et d’autre part celles que l’on pourrait dire de « ligne ». Les unes comme les autres paraissent avoir eu une relation étroite avec les structures sociales et politiques.
New light can be shed on the organisation and the weaponry of the army of the kingdom of Macedon in the Hellenistic period, 323-148 BC, by an interlinking analysis of the literary sources and the archaeological data in a broad sense (not only the data coming from archaeology itself, but those arising from the auxiliary sciences of archaeology : epigraphy, numismatics, sculpture, ceramology, toreutics, painting and mosaics). As a basis for this research, a new type of analysis of the iconographical data has been undertaken. By this method the goal is to establish the historical implications of the iconography. The results show that the Macedonian army, apart from its geo-political and social specific characteristics and contrary of the generally accepted ideas on the topic, followed the three-part model characteristic of a Hellenistic army, being formed of « national » (civic), auxiliary (allies and vassals) and mercenary troops. Of these, the « national » troops only are considered in detail in this thesis and it is found that they can be divided in two groups : on the one hand the so-called « Royal » troops, on the other hand the troops that can be said to be « of the Line ». It is apparent that both groups stood in close relation to the social and politic structure of Hellenistic Macedon.
Position de thèse :
Volume I. Corps du Texte.
L’histoire de l’armée macédonienne après Alexandre le Grand de 323 à 148 av. J.-C. a été envisagée (celles des troupes « nationales » seules ) principalement sous l’angle des questions d’organisation et d’équipement (armement ; tenue). Pour le premier point, j’ai fait fond sur les données écrites, littéraires et épigraphiques. Pour le second, outre ces données-ci, sur l’archéologie dans tous ses aspects et à travers toutes ses spécialités. Je me suis donc attaché à faire un relevé exhaustif des données éclairant le sujet, qu’il s’agisse de peintures ou de mosaïques, de sculptures ou de bronzes, de terres cuites ou de vases, ou encore des gemmes. Je n’ai pas négligé non plus toutes les informations que l’on pouvait tirer de la numismatique macédonienne, tant du point de vue strictement numismatique que de celui de l’iconographie monétaire.
C’est dans le domaine iconographique que l’usage des ressources archéologiques a voulu être, du moins au début de ces recherches, le plus original. Ainsi une théorie de l’analyse iconographique à des fins historicisantes a été développée dans l’Introduction.
L’armée macédonienne hellénistique paraît avoir été organisée en deux grands ensembles : premièrement celui des corps spécialement attachés au roi, ensemble que j’ai nommé « la Maison militaire du roi », soit les Amis (fi/loi) du roi, les Hypaspistes, les Peltastes (dont l’élite formait semble-t-il une agéma), les Compagnons (cavalerie noble, portant le même nom que sous Alexandre le Grand), et enfin le corps des éléphants (qui disparut du temps du règne d’Antigonos Gonatas, dernier des rois de Macédoine à avoir aligné des éléphants de guerre) ; deuxièmement, celui des troupes « de Ligne » dont les hoplites de la phalange (phalangites) formaient le noyau, et parmi lesquelles on peut ranger quelques troupes légères (notamment les Kestrophendones du temps de la Troisième Guerre de Macédoine) ainsi que l’administration militaire. J’ai effectué le relevé des données iconographiques qui étaient susceptibles d’offrir une image, ou au moins des renseignements, pour chacun des types considérés. Je me suis spécialement attardé sur la question de l’armement et de l’équipement du soldat macédonien par excellence, autrement dit le phalangite.
On peut sérier les nouveautés particulières établies au terme de cette recherche sur les troupes stricto sensu « macédoniennes » du royaume de Macédoine à l’époque hellénistique :
1°) Établissement de la nature de l’équipement et de l’armement réglementaire macédonien.
2°) Retrait des Pages royaux et des kynegoi (« chasseurs ») du domaine des institutions militaires.
3°) Présence très vraisemblable, en Grèce, du thyréos (bouclier rond ou ovale à umbo central) de cavalerie avant le retour d’Occident de Pyrrhus en 274 av. J.-C., contrairement à une hypothèse de P. COUISSIN pour qui c’est le roi d’Épire qui aurait pu ramener cette innovation de ses guerres en Italie.
4°) Possibilité que la tour équipant les éléphants ait été une invention à attribuer à Démétrios Poliorcète et non à Pyrrhos comme on le répète depuis une hypothèse de P. COUISSIN.
5°) Existence très vraisemblable d’un agéma des Peltastes, avec quelques indices portant à croire à une tenue au moins en partie uniforme et où dominait la couleur rouge.
6°) Par une analyse philologique croisée des sources tant grecques que latines et quelques ressources iconographiques, identification d’un sens nouveau du mot foini/khj (à comprendre, en l’occurrence, comme désignant un corselet militaire teint en pourpre).
Volume II. Appendices.
La reconstruction des détails de l’organisation et de l’équipement de l’armée macédonienne m’aura conduit à me pencher sur des aspects connexes de l’histoire macédonienne. Car il n’est guère possible de se faire une idée de la composition humaine d’une armée quelle qu’elle soit sans envisager l’état de la société dont elle est issue. Ainsi ai-je dû par exemple considérer des questions relevant de la démographie ou de l’histoire politique de la Macédoine, et spécialement sous les derniers Antigonides où la documentation est plus importante.
Ce nécessaire examen des contreforts consolidant le cœur de mon sujet m’aura conduit à rédiger une dizaine de développements connexes. Je les ai réunis en autant d’appendices dans un second volume. En voici la liste complète :
I. Tableau chronologique : les maîtres de la Macédoine.
II. Appendice épigraphique.
III. Interprétation historicisante de la scène qui ornait la tombe dite « de Kinch » (tombe de Lefkadia, près de Naoussa en Macédoine).
IV. Organisation tactique de la phalange selon les tacticiens.
V. Armes et contexte funéraire dans la Macédoine hellénistique.
VI. Un exemple d’analyse iconographique : le droit d’un tétradrachme d’Antigone Gonatas passé au crible de la méthode exposée dans la partie théorique de l’Introduction.
VII. Monnayage et financement militaire dans le royaume de Macédoine à l’époque hellénistique, et spécialement à partir du règne de Philippe V.
VIII. L’armée « séleucide » du roi de Macédoine Ptolémée Kéraunos.
IX. Un parallèle au paragraphe sur la revue des chevaux du diagramma royal révélé par l’inscriptions de Cassandrée : le décret relatif à la fourniture des chevaux, voitures & chariots pour le service des Armées promulguée par l’Assemblée Nationale le 2 (= 9 septembre) 1792.
De nouveaux points de vue sur les documents de chacun des domaines considérés ont été développés dans les Appendices II, III, V, VI, VII, VIII. Dans l’Appendice épigraphique (Appendice II), j’ai surtout proposé de nouvelles restitutions dans ledit règlement militaire d’Amphipolis et plus encore dans un diagramma de conscription fraîchement publié, connu à ce jour par une double copie (deux inscriptions, l’une conservée à Thessalonique, l’autre à Drama). Les Appendices III et V proposent de nouvelles lectures archéologico-historiques, ce dernier offrant tout d’abord un relevé, qui s’est voulu exhaustif, du matériel archéologique militaire stricto sensu à considérer, autrement dit les armes exhumées sur le territoire de l’antique Macédoine. Ainsi, fidèle à une méthode qui se veut globale, j’ai pris en compte non seulement les ressources archéologiques de la Grèce, mais aussi, dans la mesure du possible, celles de la République de Macédoine (F.Y.R.O.M.) voire de la Bulgarie. L’Appendice VII consiste en un essai numismatique où j’ai tenté d’explorer les raisons de monnayages macédoniens de bronze à iconographie martiale (datés de la première moitié du IIe siècle av. J.-C.). Ils paraissent témoigner tant du financement de la guerre du roi antigonide que de l’autonomie manifestement concédée aux communautés civiques macédoniennes. Dans un second temps, celles-ci durent peut-être, une fois la royauté revigorée (vers 185 av. J.-C., autrement dit une dizaine d’année après la bataille de Cynoscéphales), être soumises à des contributions financières dont ces types à leurs noms et aux caractères martiaux semblent être le témoignage. Ces frappes, dont la finalité était l’entretien des troupes, ne cessèrent sans doute pas avec la fin de la royauté car les Macédoniens se devaient encore d’assurer une partie au moins de leur défense, laquelle ne fut pas entièrement prise en charge par Rome. Du point de vue archéologique, il est frappant de constater que des trésors de ces monnaies que je crois « militaires » semblent avoir été tout particulièrement découverts sur les confins de la Macédoine antique, dans les régions frontalières, autrement dit là où opéraient par principe les troupes. Enfin, l’Appendice VIII développe l’idée qu’une partie importante des forces du roi Ptolémée Kéraunos, quand celui-ci prit possession de la Macédoine, était composée des troupes du vieux diadoque Séleucos qui avait pris sous sa protection Kéraunos avant que ce dernier ne l’assassinât de sa main et ne le renversât à cette occasion.
Volume III. Planches.
Les données archéologiques et iconographiques analysées tant dans le corps du texte que dans les appendices, ou venant à l’appui des démonstrations entreprises, ont été réunies en un troisième volume de planches.
L’art de l’intrique dans les récits de "L’Etranger" d’Albert Camus et "The Old Man and the sea" d’Ernest Hemingway : Création et abîme
Samedi 22 janvier
9 heures 30
En Sorbonne, amphithéâtre Michelet, escalier A
46 rue Saint Jacques
75005 PARIS
M. Andrew FELDMAN soutient sa thèse de docyorat :
L’art de l’intrique dans les récits de "L’Etranger" d’Albert Camus et "The Old Man and the sea" d’Ernest Hemingway : Création et abîme
En présence du Jury :
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. ERGAL (STRASBOURG II)
M. FOREST (NANTES)
L’art de la fugue
Samedi 5 avril 2003
14 heures 30
Salle Louis Liard, rectorat
17, rue de la Sorbonne
75005 Paris
M. Pascal ZINCK soutient sa thèse de doctorat
L’art de la fugue. L’aliénation dans l’oeuvre de Kazuo Ishiguro
en présence du Jury :
M. GALLIX (Paris IV)
Mme LOUVEL (Poitiers)
M. NAUGRETTE (Paris III)
M. VEYRET (IUFM de Paris)
M. VINET (Bordeaux I)
L’art du montage. Études des matériaux et des techniques employées dans le montage traditionnen des rouleaux verticaux japonais
Samedi 18 décembre
14 h
En Sorbonne, Amphi Descartes
17, rue de la Sorbonne
Mme Coralie LEGROUX soutient sa thèse de doctorat :
L’art du montage. Études des matériaux et des techniques employées dans le montage traditionnen des rouleaux verticaux japonais
En présence du Jury :
Mme BAYOU (PARIS)
Mme BLANCHON (PARIS IV)
M. ENSHAÏAN
Mme ILLOUZ (PARIS)
M. LUCKEN (INALCO)
M. SIMONET (BRUXELLES)
L’art du possible. Examen de grands thèmes d’histoire de la philosophie envisagé à la lumière du possible
Samedi 20 décembre
10 h
En Sorbonne, salle F 042, esc. F, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Julien METAIS soutient sa thèse de doctorat :
L’art du possible. Examen de grands thèmes d’histoire de la philosophie envisagé à la lumière du possible
en présence du Jury :
M. MAGNARD (PARIS IV)
M. MATTEI (NICE)
M. PINCHARD (LYON III)
M. PODGORNY (PARIS IV)
L’Art du vitrail en France depuis 1980
Samedi 20 mai 2006
9 heures 30
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Perrot
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Christelle LANGRENE soutient sa thèse de doctorat :
L’Art du vitrail en France depuis 1980
En présence du Jury :
M. le Professeur Bruno Foucart (Paris 4)
M. le Professeur Serge Lemoine (Paris 4)
M. le Professeur Claude Massu (Aix-Marseille 1)
M. le Professeur Paul-Louis Rinuy (Paris 10)
Résumés
Le vitrail se présente comme un support plastique livré au lieu et au temps de la célébration liturgique. A partir des années quatre-vingt, les réponses artistiques, fort diversifiées, vont de pair avec une expérimentation technique de la matière. L’expérience pionnière de Nevers interpelle par l’hétérogénéité des sensibilités. Ces artistes se confrontent souvent pour la première fois, avec sincérité et respect, aux contraintes d’un programme théologique.
Le R.P. Régamey s’interrogeait quant à l’introduction de signes manifestes au sein d’édifices religieux. Ce questionnement reste d’actualité. Les rapports entre l’Église et l’État posent les bases d’une conciliation entre les enjeux de mémoire et de modernité. Les artistes contemporains relèvent ce défi dont la difficulté réside dans l’intégration à une architecture religieuse et historique. Une nouvelle lecture s’ouvre alors et un changement d’esprit s’opère.
Stained glass can be seen, nowadays, as a support for visual art that is particularly dedicated to liturgical celebration. Artistic responses to this incentive, highly diverse in nature, include a certain degree of technical experimentation with glass since 1980. Meanwhile, many were intrigued by the heterogeneity of artistic sensibilities represented in the pioneering experiment of Nevers. All these artists came up against the constraints of a theological programme, often for the first time, and met them with sincerity and respect.
Father Régamey questioned the introduction, through different artistic means of expression, of manifest signs within the religious edifice. These interrogations are still topical today. The relations between Church and State are such that the foundations of a conciliation between issues of memory and modernity may be laid. Each contemporary artist brings a different answer, taking up a challenge whose principal difficulty lies in the integration of work adapted to a religious and historical architecture. A new interpretation is opening up, bringing with it a change of outlook.
Position de thèse
L’impulsion de la commande publique favorise, depuis 1980, la création contemporaine de vitraux dans les édifices cultuels. La Seconde Guerre mondiale cause des dommages irréversibles en France à l’architecture religieuse ; de simples verres blancs posés provisoirement après-guerre parent encore aujourd’hui un grand nombre d’églises. La France offre ainsi un vaste champ d’action.
La question fondamentale de l’intégration de l’art contemporain à une architecture religieuse s’inscrit au cœur de cette réflexion. Le gage de réussite réside néanmoins dans l’affirmation d’une pleine autonomie artistique. Les réponses artistiques, fort diversifiées, vont de pair avec une expérimentation technique de la matière. Les maîtres-verriers transposent l’œuvre sur verre. Les duos artistes/maîtres-verriers conditionnent ainsi la réussite du vitrail. Toutefois, cette œuvre ne peut se soustraire du lieu. Le vitrail se présente, dès lors, comme un support plastique livré au lieu et au temps de la célébration liturgique.
Malgré la complexité des modes d’intégration, la volonté de ne pas rompre le lien entre l’histoire et les œuvres est constante. Le plan suit une analyse thématique et respecte, à l’intérieur de chaque chapitre, l’évolution chronologique de la production nationale du vitrail et le développement de la commande en fonction des incidences historiques, politiques, administratives, religieuses et culturelles. Cette initiative bénéficie d’antécédents. Afin d’appréhender la spécificité du vitrail en France, de la maquette à l’exécution du projet, une première partie retrace les fondements d’un renouveau dans les années cinquante. Les mentalités évoluent considérablement pendant cette période charnière. Un second chapitre analyse les orientations post-Concile, confortées par une impulsion politique, et propose une typologie des nouveaux enjeux artistique, historique, religieux et social apparus dans les années quatre-vingt. Enfin, une troisième partie dresse un bilan après un siècle de réflexions et met l’accent sur l’émergence de nouveaux critères dans les années quatre-vingt-dix.
Après la Seconde Guerre mondiale, certains acteurs de l’art contemporain, croyants, agnostiques ou athées, contribuent, grâce aux efforts associés des Pères dominicains Régamey et Couturier, à la mise en valeur des lieux de culte. Ces artistes parmi les plus confirmés, - Georges Rouault, Pierre Bonnard, Jean Lurçat, Germaine Richier, Jean Bazaine, Fernand Léger (...) sur le plateau d’Assy (Haute-Savoie), ces deux derniers également à Audincourt (Doubs) ; Alfred Manessier aux Bréseux (Doubs) et à Hem (Nord) ; Henri Matisse à Vence (Alpes-Maritimes) - se confrontent souvent pour la première fois, fébrilement et avec respect, aux contraintes d’un programme théologique. La revue L’Art Sacré et le diocèse pilote de Besançon jouent une influence mutuelle et encouragent les créations de vitraux en réparation des dommages de guerre. Dans ce contexte d’après-guerre, les enjeux de mémoire et de modernité se dessinent. Néanmoins, la prédominance de l’architecture sur les arts plastiques demeure toujours de mise aux Bréseux, à Audincourt ou à Ronchamp. Seul le cas de Matisse à Vence fait office de contre-exemple.
Les années soixante et soixante-dix ne se présentent pas comme un terrain contextuel propice à l’introduction d’expressions artistiques contemporaines dans des édifices religieux. Les paramètres politique et religieux ont une influence considérable. Après quelques années d’enthousiasme, l’Église redevient frileuse voire hostile aux réalisations contemporaines exécutées par des artistes athées ou agnostiques. Les commandes se raréfient et la centaine d’ateliers de verriers survit uniquement grâce aux restaurations. Une crise identitaire se profile. Ne jouant plus un rôle de structuration de l’espace social, l’Église doit savoir se renouveler. Le Concile Vatican II (1962-1965) bouleverse la manière de célébrer le culte. En décembre 1965, le concile s’achève sur une ouverture prospective et non conservatrice et émet le vœu « Que l’art de notre époque ait lui aussi, dans l’Église, la liberté de s’exercer. ». Le pape Paul VI réhabilite la création contemporaine en s’adressant aux artistes par une lettre datée du 7 mai 1964. Des initiatives ponctuelles et marquantes naissent dans les diocèses de Dijon et de Quimper confortées par les actions des abbés Louis Ladey en Côte-d’Or et Maurice Dilasser dans le Finistère. Créée en 1958, la CDAS de Dijon s’inscrit dans la continuité de celle de Besançon. Le dynamisme, la véhémence et la fervente volonté d’encourager de nouvelles réalisations caractérisent ce diocèse. Le diocèse de Quimper agit également en faveur de l’introduction de l’art contemporain dans les églises et chapelles de sa circonscription. A l’exception de ces deux cas d’école, il faut attendre les années quatre-vingt pour observer une recrudescence de commandes de vitraux.
A partir de ces années quatre-vingt, une « nouvelle synthèse » émerge où les données fondamentales et les apports du Concile de Vatican II sont mis en application dans un climat devenu serein. Une structure administrative se dessine progressivement et dicte les conditions de l’intégration d’une œuvre à un monument classé. Les propositions artistiques attestent d’une innovante démarche. Cependant, l’expérience pionnière de la cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte à Nevers interpelle par l’hétérogénéité des sensibilités artistiques aussi différentes que celles de Claude Viallat, François Rouan, Gottfried Honegger et Jean-Michel Alberola. En corollaire à cette expérimentation, la commande s’oriente, par souci de cohérence interne, de la notion de projet de groupe vers la volonté de solliciter un seul artiste.
La commande publique favorise l’essor du vitrail et respecte un processus dont il convient d’exposer les enjeux. Si les églises paroissiales demeurent la propriété des communes, en revanche, les cathédrales appartiennent à l’État et les lieux de culte, construits après 1905, au domaine privé. Les artistes se soumettent aux règles d’un concours. Une nouvelle procédure s’engage.
L’Église et l’État renouent les fils d’un dialogue avec les artistes. La loi de séparation de l’Église et l’État, votée en 1905, s’inscrit alors au cœur des débats. Un rappel historique et une étude de ses ambivalences s’imposent. Cet élan dynamique est marqué par une vague d’appels aux artistes des années cinquante, notamment Geneviève Asse, Jean Bazaine, Jean Le Moal ou Alfred Manessier à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges) et par la participation d’une nouvelle génération non coutumière de telles commandes comme Marc Couturier à Oisilly (Côte-d’Or). Les réponses s’orientent vers une redéfinition de « l’espace habité ». La notion patrimoniale se décline en différents enjeux. L’exemple de Christophe Cuzin à Lognes (Seine-et-Marne) explore l’enjeu identitaire par la diffusion de la couleur sur les murs qui remémore l’art de la fresque. Alfred Manessier à Abbeville (Somme), David Rabinowitch à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) ou Robert Morris à Maguelonne (Hérault) s’attachent à inscrire leur œuvre au site en réponse à un enjeu mémoriel. Jean-Pierre Bertrand à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) quant à lui met en scène la lumière et ses qualités afin de construire et moduler le vitrail. Aurélie Nemours à Salagon (Alpes-de-Haute-Provence) élabore une grammaire de la couleur et de la ligne. Ils explorent tous deux l’enjeu spirituel. Le vitrail contemporain se concentre ainsi sur trois champs d’interventions parfois distincts ou associés.
À l’éclatement et à la diversité des réponses plastiques correspond une recherche toujours plus innovante du verre. Ces nouvelles réponses croisent un débat datant du XIIe siècle selon lequel deux conceptions se développent et s’opposent : celle, cistercienne, fondée sur un art minimaliste et conceptuel - Aurélie Nemours à Salagon (Alpes-de-Haute-Provence), Pierre Soulages à Conques (Aveyron), Jean-Pierre Bertrand à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) - et celle, dans la lignée de l’abbé Suger, cherchant à figurer le récit biblique - Jean-Michel Alberola à Nevers (Nièvre), Gérard Garouste à Talant (Côte-d’Or) ou Georg Ettl à Romans-sur-Isère (Drôme).
Pendant les années quatre-vingt-dix, l’Église pose question et devient manifeste. Un élan constructeur se concentre sur la capitale et sa proche banlieue. L’œuvre de Martial Raysse dans le quinzième arrondissement de Paris intervient à la suite de la création d’une paroisse. Une réflexion autour de l’espace signifié et signifiant s’instaure.
Le R.P. Régamey s’interrogeait, en son temps, quant à l’introduction, via diverses expressions artistiques, de signes manifestes au sein d’édifices religieux. Ce questionnement reste d’actualité. Jean Ricardon à Acey (Jura), François Rouan à Castelnau-le-Lez (Hérault), Jan Dibbets à Blois (Loir-et-Cher) mettent en place une dynamique du signe. De nouveaux critères s’observent. Claude Viallat à Aigues-Mortes (Gard) initie un vitrail signature. Malgré l’affaiblissement considérable du rôle de la prédication par l’image, la figuration, soumise aux conventions de l’histoire de la peinture, se manifeste à nouveau dans l’Église. Gérard Garouste à Talant, Georg Ettl à Romans-sur-Isère, Carmelo Zagari à Faymoreau (Vendée) et Carole Benzaken à Varennes-Jarcy (Essonne) abordent la figuration sous un mode singulier et créent une synergie. Une ouverture œcuménique s’invite par les voix de Pierre Buraglio à Paris, Sarkis à Silvacane (Bouches-du-Rhône) ou Ladislas Kijno à Lille (Nord) par un mode métaphorique. Une nouvelle lecture s’ouvre alors et un changement d’esprit s’opère.
Le renouvellement du vitrail s’intensifie en France depuis 1980. Le cadre administratif évolue sensiblement en vingt ans. De la mise en place de la procédure de la commande aux impératifs dictés par la technique, les artistes sont invités à faire preuve d’une grande humilité. Les rapports entre l’Église et l’État posent aujourd’hui les bases d’une conciliation entre les enjeux de mémoire et de modernité. Les artistes contemporains apportent des réponses plurielles afin de relever ce défi dont la difficulté majeure réside dans l’intégration à une architecture historique d’œuvres adaptées aux propriétés du verre. Leurs démarches diffèrent selon le lieu. Chaque œuvre représente un événement unique et contribue à la construction d’un panorama national inédit.
Une sensibilité artistique nouvelle se dessine. Aussi, le vitrail contemporain semble-t-il habité par le souci de servir le lieu, d’en dévoiler ses propriétés et ses qualités intrinsèques.
L’art et le décor à travers le style de deux écrivains du XIXe siècle, Chateaubriand et les Goncourt
Vendredi 8 avril 2005
14 heures
Salles des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 75005
Mme Caroline BONNET soutient sa thèse de doctorat
L’art et le décor à travers le style de deux écrivains du XIXe siècle, Chateaubriand et les Goncourt
M. GAUDARD (Toulouse 2)
M. MOLINIE (Paris 4)
M. MEROT (Paris 4)
L’art franciscain de raconter la sainteté d’après les Fioretti de San François
Jeudi 18 décembre
14 h
Institut catholique de Paris
Salle des Actes
Paris 6e
M. Jose-Maria SICILIANI soutient sa thèse de doctorat :
’art franciscain de raconter la sainteté d’après les Fioretti de San François
en présence du Jury :
M. BOUSQUET (ICP Paris)
M. DALARUN (CNRS)
Mme LECLERCQ (PARIS IV)
M. MENARD
M. VERGER (PARIS IV)
L’Ascension de Charles Le Brun. Liens sociaux et production artistique
Samedi 9 décembre 2006
9 heures
Au Centre Allemand d’Histoire de l’Art, Salle de réunion
10, place des Victoires 75002 Paris
Mme Bénédicte MAS GADY soutient sa thèse de Doctorat :
L’Ascension de Charles Le Brun. Liens sociaux et production artistique
En présence du Jury :
Mme BEAUVALET (AMIENS)
M. BONFAIT (PARIS 4)
M. GAEHTGENS (BERLIN)
M. MICHEL (LAUSANNE)
Mme MONTAGU
M. MÉROT (PARIS 4)
Résumés :
L’Ascension de Charles Le Brun. Liens sociaux et production artistique.
Comment Charles Le Brun devint-il premier peintre de Louis XIV ? A partir de documents d’archives
inédits et d’une lecture critique des sources, cette thèse reconsidère l’ascension du peintre en articulant
réseau social et oeuvres. Sont d’abord étudiés le milieu familial modeste, la protection déterminante du
chancelier Séguier, les liens entre relations sociales, structure et styles de ses dessins et peintures et, enfin,
le voyage d’Italie (I). Viennent ensuite les grands défis (1646-1661) : entrer au service du roi, assurer
l’existence de l’Académie royale et l’élévation de la peinture et de la sculpture, mener des stratégies de
distinction, familiales, sociales, intellectuelles ou financières (II). Parallèlement, Le Brun, chargé de
commandes décoratives, sollicite de nombreux collaborateurs. L’analyse des liens juridiques et du grand
chantier de Vaux éclaire les modes de production au XVIIe siècle et remet en cause la conception actuelle
de l’« atelier » (III).
The Rise of Charles Le Brun. Social connections and artistic production.
How did Charles Le Brun become First painter to the court of Louis XIV ? Using unpublished archive
documents and a critical reading of the sources, this thesis reflects on the artist’s rise to fame through an
exploration of his works and social network.
Firstly a study is presented of the painter’s humble family background, the determining role of the
protection of Chancellor Séguier, the links between social relations and the structure and style of both his
drawings and paintings and finally his travel in Italy (I).
This is followed by the period of great challenges (1646-1661) : entering into the service of the King,
ensuring the existence of the Royal Academy and the elevation in status of painting and sculpture, the
undertaking of strategies in terms of distinction, family, social position, intellect or finance (II). In parallel,
Le Brun requested the collaboration of numerous contributors as part of his duties as commissioner of
decorative pieces. The analysis of legal connections and the extensive work project undertaken at Vaux
sheds light on 17th century production methods and re-evaluates the current conception of the “atelier”
(III).
Position de thèse :
Comment Le Brun est-il devenu Le Brun ? En d’autres termes, comment Charles Le Brun, fils
d’un modeste sculpteur, est-il devenu le Premier peintre de Louis XIV, anobli, chargé de diriger
les chantiers royaux du Louvre, des Tuileries, de Saint-Germain-en-Laye et de Versailles,
d’organiser la manufacture royale des meubles de la Couronne aux Gobelins, de veiller sur le
Cabinet des peintures de Sa Majesté ? Cette thèse a été entreprise pour tenter de répondre à ces
questions. Il s’agissait de comprendre les mécanismes d’une ascension rapide et la construction
d’une carrière, en faisant la part de l’héritage, des réseaux, du talent, de l’habileté, de l’audace voire
de la chance, et ce, en menant ensemble, en regard et en confrontation, l’étude les liens sociaux et
de la production artistique de Le Brun. Le pari était le suivant : que les liens établis par Le Brun avec
ses contemporains, son patron (au sens du XVIIe siècle, de celui qui fait la fortune de sa
« créature »), ses protecteurs, ses commanditaires, ses collaborateurs et ses familiers puissent
éclairer d’un jour nouveau une carrière et une production souvent décortiquées et leur donner
une unité. En somme, si ce travail utilise abondamment l’histoire sociale, l’histoire politique et
institutionnelle et l’histoire des mentalités, il se veut avant tout une étude d’histoire de l’art : à
travers ces différentes méthodes et ces différents apports, mon but était de mieux percevoir
l’objet créé en faisant l’histoire de son producteur et celles des conditions de sa production.
Le Brun n’a rien d’un héritier. L’étude détaillée du milieu familial, qui avait permis à Jean-
Louis Bourgeon en 1973 de renverser la statue d’un Colbert self-made-man, aboutit pour Le Brun à
des conclusions inverses : il n’est pas l’homme que toute une stratégie familiale, habilement
dissimulée, appelait à tenir un nouveau rang. Son père, Nicolas Le Brun, sculpteur de second ou
de troisième rang, lui donnait un héritage somme toute assez maigre : une enfance dans le monde
du « métier », lui offrant vraisemblablement les bases du dessin, une connaissance des structures
de la Maîtrise, dont Nicolas fut juré et que Charles allait contribuer à reléguer dans un statut
secondaire, quelques relations enfin dans ce milieu des peintres, sculpteurs et architectes. Son
principal apport est sans doute indirect et tient au hasard des règlements corporatifs : Charles
étant né après l’entrée de son père dans la Maîtrise, il était dispensé d’apprentissage. La possibilité
d’aller « d’école en école », selon la formule de Guillet, que Le Brun mit à profit, favorisa
probablement cette liberté et cette inventivité du peintre qu’une formation de cinq ans auprès
d’un même maître aurait peut-être étouffées. Rapides ou non, les passages chez Perrier et Vouet
et chez d’autres maîtres parisiens dont le nom ne nous est pas parvenu donnaient à Le Brun la
possibilité de faire son miel de l’enseignement de ces peintres, et de ne retenir que ce qui pouvait
lui être utile : un savoir technique bien sûr, dans le domaine du dessin, de la peinture et
probablement de la gravure, mais aussi un modèle d’organisation d’un groupe familial et d’une
production à plusieurs mains.
Plus décisif fut le rôle de la famille maternelle, tout particulièrement de la dynastie de maîtres
écrivains, Pierre, Etienne et Jean Le Bé, dont les deux derniers apprirent l’écriture à Louis XIV.
Ce petit monde fréquentait graveurs et éditeurs, notamment les Le Blond, qui contribuèrent à
l’envol de Le Brun : les dessins et tableaux pour l’estampe constituent un pan essentiel de sa
première production. Ils lui permirent par exemple, dès le milieu des années 1630, en pleine
adolescence, de se placer en pendant d’un peintre déjà renommé, Laurent de La Hyre. Mais c’est
à Mathurin Renaud de Beauvallon que revient la responsabilité d’avoir présenté Charles au
chancelier Séguier. Dans un cas comme dans l’autre, on ne dénote aucune stratégie pré-établie,
mais plutôt des tâtonnements, ou pour le dire autrement, l’existence de moyens que Charles sut
solliciter et mériter, à la différence de ses frères. L’analyse de l’évolution de sa signature et de sa
graphie suggère ainsi que le peintre s’astreignit à une seconde formation à l’écriture, entre 1640 et
1642, c’est-à-dire une fois sa carrière bien engagée.
Ce qui frappe, lorsque l’on examine en détail les premières années de cette carrière, c’est
précisément l’absence de plan concerté. Sans doute Séguier, le « patron » de Le Brun, fit-il preuve
de davantage de stratégie. Car si Le Brun ne fut pas un héritier, il fut assurément et
principalement une « créature ». A Séguier, il dut une seconde formation auprès de Vouet, la
fréquentation d’un milieu intellectuel qui allait marquer sa perception de la peinture, l’accès au
cardinal de Richelieu et à des commandes prestigieuses, ainsi que la possibilité d’entamer à vingt
et un ans à peine une carrière personnelle. La protection du chancelier le distinguait aux yeux des
clients de Séguier, mais aussi parmi ses pairs, et pouvait lui conférer un rôle d’intermédiaire entre
deux mondes. Ce mécanisme n’allait jamais se rompre et devait même prendre une nouvelle
ampleur au retour d’Italie, à l’Académie royale de peinture et de sculpture notamment.
De la famille à Séguier, de Séguier à Richelieu ou à leurs clients, l’étude des liens sociaux se
révèle décisive pour comprendre la production du premier Le Brun. Elle permet de proposer de
nouvelles datations, notamment pour la Sainte Geneviève du musée de Rouen, considérée jusqu’ici
comme l’une des premières oeuvres du peintre et dont il faut repousser l’exécution à 1637-1639.
Elle permet surtout de mieux saisir l’articulation entre relations sociales, types de commandes et
styles d’exécution. Les premiers travaux semblent en effet se répartir en trois catégories : de rares
tableaux de chevalet et des dessins pour des frontispices de thèse ou de livre, exécutés pour
Séguier et son entourage ; de très nombreux modèles pour l’estampe exécutés pour un petit
nombre de graveurs et d’éditeurs pour lesquels travaillait aussi Perrier, le premier maître de
Le Brun, et dont certains fréquentaient les Le Bé ; et enfin, un unicum, le tableau d’autel pour la
chapelle de la confrérie des peintres et des sculpteurs au Saint-Sépulcre, Le Martyre de saint Jean
l’Evangéliste à la porte Latine. La coexistence de manières à la Vouet, à la Bosse, à la Callot, voire à
la Rubens semble justifiée par la destination des oeuvres bien plus que par la chronologie et par
l’apprentissage progressif du peintre.
A chaque moment, Le Brun démontra une capacité stupéfiante à saisir les opportunités qui
s’offraient à lui et à les relever avec panache. En témoignent son rapport à l’écriture, on l’a dit,
mais aussi la hardiesse avec laquelle il exécuta des oeuvres telles que l’Hercule et Diomède pour le
cardinal de Richelieu et Le Martyre de saint Jean à la porte Latine pour la confrérie des peintres et des
sculpteurs, comme encore l’abandon, peut-être à la demande de Séguier, d’une carrière entamée
pour suivre Poussin en Italie, et surtout le retour en France, cette fois contre l’avis de Séguier, au
motif qu’il n’avait plus rien à apprendre de l’Italie. Le talent de courtisan, la parfaite maîtrise des
convenances et un pouvoir manifeste de séduction des grands n’allaient pas de pair, chez
Le Brun, avec un respect docile des usages, ni avec une obéissance servile des obligations sociales.
En apparence mieux connue, la deuxième carrière parisienne du peintre appelait des
réinterprétations pour faire pièce à une vision par trop linéaire. La période se caractérise par trois
grands défis : entrer au service du roi, ce qui exigeait de faire ses preuves comme décorateur et
d’élaborer un art pour le prince ; jouer un rôle central dans la nouvelle Académie royale de
peinture et de sculpture, institution susceptible de séparer les « vertueux » d’avec les « broyeurs de
couleurs » et d’anoblir l’art en distinguant les mérites ; enfin, s’assurer une ascension sociale
personnelle. Autant de schémas bien établis derrière lesquels se cachaient quelques mythes.
Ainsi, Le Brun aurait progressé d’un commanditaire à l’autre, de Séguier à Fouquet, puis à
Colbert et au roi, tirant son épingle du jeu lors de l’arrestation de Fouquet, en 1661, avec une
habileté saisissante. C’était, me semble-t-il, surestimer la position sociale des peintres autour de
1660, négliger les travaux précédemment conduits par Le Brun au Louvre et, a contrario, sous-
estimer la relation de fidélité inaltérée entre le peintre et le chancelier. Dès 1653, Séguier tentait
d’imposer Le Brun sur le chantier du Louvre, pour peindre la grande chambre du Conseil, sans
succès. A une date imprécise, Le Brun intervenait dans l’oratoire de la reine. Dès 1654-1655, il
travaillait au Petit cabinet du roi et en 1658-1659, il dessinait un projet non exécuté pour le Salon
ovale. Dans chaque pièce, il proposait une ordonnance lisible, cohérente et hiérarchisée, capable
de traduire plastiquement une idée politique.
Les autres légendes concernent l’Académie. Sans s’arrêter sur celle qui, aujourd’hui encore,
veut voir en Le Brun son principal fondateur, il convenait de s’interroger sur sa prétendue
opposition systématique à la jonction avec la Maîtrise, jonction dont l’une des finalités paraît
avoir été sous-estimée : obtenir l’enregistrement au Parlement des statuts de l’Académie pour
assurer son existence juridique. D’un mythe à l’autre, Le Brun, de bienfaiteur de l’institution se
transformait en tyran : on pouvait l’accuser de refuser de jouer les seconds rôles derrière Errard
au Louvre, pour la décoration du Salon ovale ; de quitter de dépit et de rage une Académie dirigée
en pratique par le même Errard, à laquelle il rendait les sceaux ; et simultanément de s’acharner
contre Bosse au sein de cette même institution. Ces récits, contés parallèlement, ne pouvaient être
articulés entre eux sans soulever d’évidentes contradictions relatives à la chronologie et au poids
réel de Le Brun. L’attitude de ce dernier dans l’affaire du Salon ovale doit sans doute être
reconsidérée à l’aune de la concurrence avec Errard pour le titre de premier peintre du Roi.
Le Brun prend cette qualité à partir de 1658, en se fondant peut-être sur une promesse verbale,
mais sans exercer la principale prérogative, à savoir la direction des chantiers royaux ; si Errard ne
la prend jamais, il la reçoit en 1659 dans deux lettres vraisemblablement écrites par son
protecteur, le surintendant des Bâtiments, Antoine Ratabon, l’une en son nom, l’autre au nom du
roi, et dirige de fait les travaux de décoration du Louvre et de Fontainebleau. Le conflit dut naître
de cette ambiguïté. Il ne fut pas si violent qu’on l’a dit : un examen minutieux montre que si
Le Brun fréquentait irrégulièrement l’Académie à partir de 1658, la garde des sceaux lui était
systématiquement renouvelée ; il ne s’en défit qu’après le mois de février 1661, sans rompre avec
l’institution qui n’hésitait pas à le solliciter pour entrer en contact avec Séguier. Plutôt qu’en
rupture, Le Brun se maintint donc en retrait, sa relation personnelle avec Séguier lui assurant une
position indispensable pour ses pairs.
Parallèlement, Le Brun veillait à son ascension sociale et à sa visibilité. Pour ce faire, il
empruntait simultanément de nombreuses voies, intellectuelles, sociales, artistiques voire
financières, dont l’histoire méritait d’être écrite. Les Lettres de noblesse et les armoiries ornées
d’un soleil et d’une fleur de lys que le roi lui accorda en 1662 vinrent couronner ces efforts
conjugués.
Mais Le Brun est un artiste et pas un homme politique, et sa carrière ne se fit pas uniquement
sur des discours et des stratégies sociales ou humaines. Elle se fondait aussi - surtout ? - sur la
preuve qu’il fit de sa capacité à conduire de grands chantiers et à les conduire simultanément en
produisant des oeuvres convaincantes. Cela impliquait une organisation du travail dont le détail
est trop rarement évoqué. Je l’ai commencée ici en analysant les actes notariés relatifs aux
commandes et aux liens de subordination établis entre Le Brun et ses aides, en complétant
quelques parcours individuels de peintres ayant collaboré avec Le Brun. Certains de ces peintres
paraissaient bien connus, comme Charles de La Fosse, Claude Lefebvre ou les frères Gilbert et
Pierre de Sève, mais chaque trajectoire a réservé des surprises. D’autres demandaient à être tirés
de l’ombre, comme Jean Courant, Philippe Lallemant, François Bellin ou Nicolas Lance.
Là gît la principale surprise de cette recherche : partie pour étudier la structure de l’atelier, j’ai
perdu les structures et l’atelier pour découvrir des relations individuelles superposées. Loin de
venir s’inscrire dans une organisation hiérarchique rigide, les différents assistants de Le Brun
établirent avec lui des relations très diverses. Les collaborations étaient parfois encadrées par les
règlements corporatifs, comme pour les apprentis ou les compagnons, sans que les situations
personnelles et artistiques ne se ressemblent, parfois fixées par un accord ponctuel, comme pour
les « sous-traitants » et d’éventuels associés, voire menées de manière informelle, pour les aides
occasionnelles, fréquentes ou non. Les dépendances juridiques, financières, artistiques et les liens
personnels ne se cumulent pas nécessairement, mais se combinent selon divers schémas. Et la
situation se complique encore si l’on ajoute les collaborateurs des « sous-traitants », apprentis,
associés, ou autres. Les délégations se multiplient, se succèdent, sans que l’on parvienne à les
saisir entièrement. A telle enseigne que la notion même d’atelier, au sens prosopographique du
terme, se révèle totalement anachronique, non seulement dans son emploi, mais aussi dans la
réalité qu’elle veut désigner.
Les travaux conduits par Le Brun sur le chantier de Vaux-le-Vicomte, dès 1657 (et non 1658
comme on le lit toujours) jusqu’en 1661, offrent un excellent exemple de ces superpositions de
statuts différents. Ils montrent qu’une meilleure compréhension des liens individuels entre le
maître et ses collaborateurs peut conduire à une meilleure interprétation des oeuvres et aboutir
parfois à des réattributions. L’étude des liens sociaux et juridiques autorise ainsi un nouveau
regard sur le cabinet des stucs au rez-de-chaussée du château, dont la conception incombe selon
moi à Le Brun, ou sur les paysages du Buffet, peints selon toute vraisemblance par Bellin, avec ou
sans collaborateurs, qui me semble montrer la pertinence de cette méthode. Reste aujourd’hui à
élargir le champ d’investigation aux chantiers ultérieurs de Le Brun et au fonctionnement des
équipes des peintres contemporains pour avoir une vue plus complète des modes de
collaboration au XVIIe siècle.
L’atelier monétaire d’Alexandrie sous les Lagides : problèmes techniques et stylistiques
Samedi 9 décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Thomas FAUCHER soutient sa thèse de Doctorat :
L’atelier monétaire d’Alexandrie sous les Lagides : problèmes techniques et stylistiques
En présence du Jury :
M. AMANDRY (BN)
M. BARRANDON (CNRS)
M. CALLATAY (EPHE)
M. EMPEREUR
M. PICARD (PARIS 4)
Résumés :
Les monnaies lagides en bronze de l’atelier d’Alexandrie nous ont fourni un exemple de choix pour traiter l’ensemble de la chaîne opératoire de la production monétaire, de l’approvisionnement en métal à la frappe des monnaies. En premier lieu, après avoir présenté la provenance des différents éléments nécessaires à la fabrication des bronzes, des analyses de composition métallique nous ont permis de commenter l’évolution de l’alliage monétaire ainsi que d’aider au classement de plusieurs séries. En deuxième lieu, nous nous sommes intéressés à l’atelier monétaire et à ses composantes. Les sources antiques étant presque inexistantes, il a fallu se reporter à la monnaie elle-même pour obtenir des informations sur le graveur et sa production : le coin. La gravure des types monétaires a conduit à s’interroger sur l’identité de l’iconographie employée par les autorités. En dernier lieu, notre intérêt s’est porté sur le travail au sein de l’officine : fabrication des flans, travaux de finition et frappe de la monnaie. Cette étude montre à quel point le monnayage de bronze lagide a évolué. Issu d’une forte tradition macédonienne, il s’est adapté et modernisé pour devenir un numéraire original. Pour autant, l’atelier d’Alexandrie ne fait pas figure d’exception, il est simplement le reflet de l’évolution du monde hellénistique.
The study of the Ptolemaic coins in Alexandria was undertaken to observe the ancient monetary production from the metal supply through to the minting of coins. Firstly, following a short presentation on the origin of the elements required for the preparation of bronzes, the metallic composition analyses convey the deduction and documentation on the evolution of the monetary alloy. Furthermore, the inspection of the metallic compositions enabled the classification of several coin issues. Secondly, the insufficient availability of ancient sources necessitated the scrutiny of the coins to collect information on the engraver and the die production method. The engravings of the obverse and reverse types were used to provide detailed examinations of the iconography selected by the authorities. Finally, the various functions of the workshop from the initial melting of coin blanks, the adding of finishing touches to the final striking of coins were considered. These functions helped to ascertain the development of the Ptolemaic bronze coinage from its early roots in the old Macedonian traditions and further served to highlight its ability and originality to adapt and modernize itself. However, its originality cannot be viewed as indicating it to be an exception but rather as an attribution to the Hellenistic world’s evolution.
Position de thèse :
En Avril 2002, Alexandrie fut le cadre d’un colloque ayant pour sujet la production et les échanges monétaires en Egypte hellénistique et romaine, son titre : l’exception égyptienne ? C’est dans la continuité de ces textes que s’inscrit cette étude sur le monnayage de bronze : l’atelier monétaire d’Alexandrie sous les Lagides : problèmes techniques et stylistiques.
Les sources antiques sur la production monétaire sont particulièrement rares, cela est étonnant eu égard au rôle que la monnaie a joué dans les cités et les royaumes hellénistiques. Les textes sont pratiquement muets, les trouvailles archéologiques exceptionnelles, le seul objet qui nous soit parvenu en nombre est la monnaie. Ce silence est probablement la raison qui a amené les numismates à se désintéresser des questions liées à la production monétaire ou, dans les ouvrages généraux, à les traiter dans une partie liminaire.
L’atelier d’Alexandrie fournit à plus d’un titre un exemple exceptionnel pour l’étude de la fabrication monétaire. Tout d’abord, la ville fondée par Alexandre le Grand est restée entre les mains de la même dynastie, les Ptolémées, pendant presque trois siècles, ce qui offre une unité de temps incomparable à l’époque hellénistique. Ensuite, toutes les monnaies frappées sur le territoire égyptien l’étaient dans l’atelier de la capitale, Alexandrie, contrairement à ce qui a pu se produire pour l’Empire séleucide par exemple. Enfin, le système monétaire fermé instauré très tôt par Ptolémée I a eu pour conséquence une production monétaire d’une originalité remarquable. Les Ptolémées ont fait de la monnaie de bronze, un instrument de paiement privilégié, surtout pour assurer la récolte des impôts, ce qui a favorisé son développement plus que nulle part ailleurs dans le monde hellénistique.
Il s’est agi dans cette étude d’offrir au lecteur une vue d’ensemble de la chaîne opératoire de la production monétaire, de l’approvisionnement des différents métaux à la frappe des monnaies. La première partie se concentre sur les métaux contenus dans l’alliage monétaire. La deuxième s’oriente vers l’étude de l’organisation de l’atelier et le travail des graveurs des coins, d’un point de vue à la fois technique et stylistique. La dernière partie se focalise sur la production de la monnaie dans l’officine : coulée des flans, opération de formage et frappe de la monnaie.
L’approvisionnement en métal de l’Egypte ptolémaïque pose différents problèmes. Si l’on sait que Chypre a pourvu en grande partie les besoins des souverains lagides en minerai de cuivre, l’approvisionnement de l’étain reste énigmatique, et ce malgré la densité des recherches dans ce domaine. Les Ptolémées prennent très tôt le contrôle de l’île de Chypre. Ils rationnalisent l’exploitation du minerai, délaissant probablement les gisements les moins productifs pour s’appliquer à améliorer le rendement des mines. L’organisation est changée puisque les acheminements vont se faire principalement des ports du sud. L’Egypte a également dû pourvoir au besoin de la capitale. Le Sinaï, le désert de l’est ou peut-être le Fayoum, ont produit des petites quantités de cuivre, certainement insuffisantes à alimenter la capitale des Lagides, mais assez pour peser dans les échanges locaux et régionaux. Si beaucoup s’accordaient à croire en l’existence d’une seule et unique source d’étain pour la Méditerranée antique, les découvertes récentes montrent que la question est beaucoup plus complexe. Elle nécessitera encore de longues recherches pour apporter des éléments de réponse à ce problème.
Ce minerai se retrouve sous forme de métal dans les monnaies. Les analyses de composition métallique montrent de quelle manière les ouvriers bronziers ont utilisé ces métaux pour la fabrication des monnaies (le cuivre, l’élément principal, l’étain et régulièrement le plomb). On opposera volontiers la période fin quatrième-troisième siècle au deuxième-premier siècle. La première période voit la frappe de monnaies composées essentiellement de bronze de bonne qualité, dans lequel le plomb est souvent absent. Le taux d’étain, malgré un léger affaiblissement, participe à la cohésion de l’alliage, souvent à hauteur de 6 à 10 %. La présence du plomb, soit à l’état de traces, soit quelques %, est principalement due pour le premier cas à la mauvaise purification du minerai et pour le deuxième à l’utilisation régulière de métal de recyclage. Les analyses mettent en évidence certaines compositions anormales, le plus souvent liées à des monnaies dont l’attribution à l’atelier d’Alexandrie était incertaine et qu’il faut la plupart du temps réattribuer à d’autres ateliers.
La seconde période est largement différente : apparition au deuxième siècle de certaines monnaies composées d’un bronze contenant quelquefois plus de 30 % de plomb, alors que d’autres n’en comprennent que quelques %. La composition des monnaies du deuxième siècle, même si elles aident au classement relatif de certains groupes, ne permet pas d’établir une chronologie absolue. La production de nombreuses monnaies moulées avec de fortes teneurs en plomb explique sans doute en partie le flou dans lequel nous plongent ces résultats. Pour autant, tout n’est pas négatif, l’étude des nouveaux trésors permettra peut-être de mettre en rapport les teneurs en plomb avec certains groupes de monnaies, afin de constituer des séries cohérentes. Après 113 av. J.-C. et l’instauration du type unique des monnaies « aux deux aigles », la composition semble se stabiliser autour d’un bronze à forte teneur en plomb (20-30 %). Mais à la fin de la dynastie lagide, la réforme monétaire de Cléopâtre change la donne. D’une part les monnaies sont composées d’un minerai de cuivre qui n’est probablement plus celui extrait des mines de Chypre, les éléments traces le montrent. D’autre part, les autorités ajoutent à l’alliage des anciennes monnaies une quantité non négligeable d’étain (environ 10 %). S’il est hasardeux de mettre ces changements de composition métallique en rapport avec la santé financière du royaume, ils sont néanmoins un indicateur précis de la politique monétaire conduite par les autorités et de l’intérêt que celles-ci portaient à la monnaie de bronze. L’introduction massive de plomb dans l’alliage des monnaies et le laxisme des autorités quant à la lutte contre la fabrication de monnaies moulées, à la fin du deuxième et jusqu’au milieu du premier siècle, sont très instructifs sur ce point précis.
L’organisation de l’atelier a été l’objet de la deuxième partie. Il faut tout d’abord comprendre l’organisation pratique de l’atelier monétaire, cette entité administrative qui regroupait probablement plusieurs officines et même peut-être des ateliers de gravures différents. Les minuscules lettres gravées au droit des monnaies d’argent et d’or - en particulier un delta - nous offrent peut-être la preuve de l’existence de ces groupes de graveurs. Signalons que, pour l’Egypte lagide, la documentation concernant le sujet est extrêmement mince. Elle se réduit à une lettre de Démétrios à son diocète dans les archives de Zénon - le seule témoignage que l’on peut évoquer de la fermeture du système monétaire lagide -, et aux fouilles d’une officine monétaire à Paphos, sur l’île de Chypre. Ces dernières ont permis de découvrir que les officines ne devaient pas connaître une activité monétaire continue et que d’autres productions occupaient les bronziers.
Il s’est agi ensuite de réunir toutes les informations concernant les coins monétaires. L’étude s’est d’abord portée sur la forme des coins monétaires. Les coins antiques étant très rares, il a fallu reconstituer leurs caractéristiques à partir des seuls objets qui nous sont parvenus en nombre, à savoir les monnaies. L’étude de ces dernières prouve que, si le coin de revers était bien mobile et tenu par une main d’ouvrier lors de la frappe, le coin de droit n’était pas fixé comme l’ont écrit de nombreux numismates. Nous avons supposé que la gravure en creux, très souvent réalisée avec talent, était directement réalisée sur l’enclume, permettant ainsi d’y aligner plusieurs types monétaires. L’étude des coins amène naturellement à s’intéresser au volume de monnaies émises. On doit tout d’abord revenir sur l’idée du déclin monétaire lagide au second siècle. Que ce soit pour l’argent, ou pour les monnaies en bronze d’un trésor alexandrin, les volumes des frappes ont été considérables, entre 20 et 40 coins de droit par an pour les tétradrachmes en argent et plus de 70 coins de droit pour la frappe de deux modules en bronze lors d’une seule et même année. Pour soutenir les volumes de production des monnaies de bronze, les autorités ont dû faire appel alors à un grand nombre de graveurs. Mais, si un certain relâchement apparaît au cours du deuxième siècle et s’instaure durablement au premier siècle, il faut souligner l’extraordinaire qualité des graveurs ayant exercé leurs talents dans la capitale lagide. Ils formaient certainement une équipe, les maîtres graveurs sculptaient les types alors que des apprentis s’occupaient dans un deuxième temps de finir l’inscription de la légende, des lettres et des symboles. L’uniformisation du style dans un plusieurs possessions lagides incitent à penser que les autorités d’Alexandrie envoyaient des coins, gravés dans la capitale, en direction des villes de Syrie-Phénicie et de Chypre.
L’étude de l’iconographie et du style des émissions lagides amène à plusieurs constats. Le premier est que les images représentées sur les droits des monnaies lagides, si elles sont bien différentes des monnaies d’argent et d’or, ne s’adressent pas à la population autochtone de l’Egypte. Les images de Zeus-Ammon, d’Isis-Déméter et d’Alexandreia font partie intégrante d’un panthéon d’origine grecque et macédonienne. L’aigle lagide, ainsi que la légende presque immuable PTOLEMAIOU BASILEWS, rappellent sans cesse la dynastie royale, garante de la souveraineté, d’origine divine. Il est à souligner que même si la composition des monnaies de bronze se dégrade au deuxième siècle, le style demeure d’une qualité satisfaisante. En revanche, les monnaies du premier siècle, mis à part la dernière émission au type de Cléopâtre, révèlent un désintérêt complet des autorités, à la fois pour la composition métallique et pour le style.
L’archéologie a mis à jour plusieurs types d’objets en liés à la fabrication monétaire. Même si les fouilles effectuées jusqu’à présent sur des sites antiques ne nous renseignent pas beaucoup sur le mode opératoire en lui-même, les flans, les barres de bronze et les moules monétaires sont autant d’objets en relation directe avec la production de la monnaie. L’étude minutieuse des défauts sur la monnaie, liée aux informations apportées par ces trouvailles, nous apprennent qu’à Alexandrie, plusieurs techniques de fabrication se sont succédé, bien qu’elles aient quelquefois coexisté. L’essentiel des changements techniques s’est toutefois opéré lors des règnes des deux premiers Ptolémées. Les bronziers ont utilisé en premier lieu des barres de bronze dans lesquelles ils découpaient des rondelles monétaires qui étaient martelées pour obtenir la forme et le diamètre de la future monnaie. Dans ce cas-ci, comme dans d’autres, les études métallographiques apportent confirmation de la technique : les inclusions allongées et les macles mécaniques visibles au sein de la monnaie valident ce que les numismates avaient pressenti. En deuxième lieu, les ouvriers en charge de la production des monnaies de bronze se sont inspirés de la préparation des flans des monnaies en argent et en or puisque les mêmes défauts sont visibles sur les monnaies des trois métaux. En dernier lieu, l’utilisation des moules monétaires va se perfectionner jusqu’à la réforme de Philadelphe en 261 av. J.-C., date à laquelle les techniques de production monétaire sont harmonisées dans tout le royaume, de la Syrie Phénicie à la Cyrénaïque. Ici encore, les données archéologiques associées à l’étude des monnaies permettent de préciser les méthodes de fabrication. Les objets dont nous disposons suite à la découverte de moules monétaires sur le site de Paphos à Chypre, puis à d’autres trouvailles provenant essentiellement de Judée, nous offrent la possibilité de connaître les étapes de l’élaboration des flans monétaires. Aucun moule à cavités individuelles ne nous étant encore parvenu, c’est ici l’étude des pièces elles-mêmes qui a permis de reconstruire la méthode de fabrication, l’apparition des monnaies aux tranches biseautées ne laissant aucun doute sur l’utilisation de ce type de moule. En ce qui concerne les moules à cupules en chapelet - les seuls moules monétaires retrouvés -, la multiplication des découvertes et la similitude des exemplaires permettent de décrire très précisément les différentes stades de la constitution des monnaies, du creusement des cupules dans les plaques calcaires à la coulée du métal fondu.
En marge de la production officielle, il a toujours existé une production de monnaies moulées dans la capitale lagide. Si, dans les premières décennies, cette production était sporadique et insignifiante, le deuxième et surtout le premier siècle ont vu le développement de ces productions à tel point que pour certaines époques, ces monnaies de "nécessité" représentaient une partie non négligeable de la masse monétaire en circulation. Contrairement aux monnaies officielles, leur technique de fabrication est mal connue. Si plusieurs milliers de moules monétaires en argile ayant servi à la production de monnaies romaines ont été retrouvés en Egypte, il n’existe aucune trace de ce genre pour les monnaies lagides (il n’en existe pas plus pour l’époque byzantine). Il est tout de même envisageable que les mêmes techniques aient été utilisées pendant les deux périodes, à savoir l’utilisation de moules en argile dans lesquels les types des monnaies étaient imprimées.
La monnaie de bronze est largement différente de la monnaie en métal précieux, que ce soit l’or ou l’argent. L’une des différences majeures réside dans le fait que sa valeur intrinsèque n’est pas en relation avec sa valeur faciale : le poids des monnaies n’avait d’importance que dans la différenciation des modules d’une même série. En conséquence, les écarts de poids pour le même module d’une même variété sont souvent très importants. L’étude des poids montre également que l’importance des écarts n’est pas liée à la méthode de fabrication. Bien sûr, les écarts sont fonction de la taille de la monnaie : plus le module est lourd, plus les écarts sont importants. Mais les autorités laissaient circuler des monnaies ayant la même valeur faciale et des poids largement différents. Ces écarts sont largement dus à la méthode de production des flans, surtout à partir de l’emploi de moules monétaires. En effet, la vrille utilisée pour creuser les cupules dans la plaque de calcaire produisait des flans bien calibrés en terme de diamètre, il en résultait des flans d’épaisseurs différentes et donc de poids différents. Pour l’utilisateur, l’iconographie et le diamètre étaient alors les deux seuls éléments fiables pour l’identification de la monnaie. L’iconographie a toujours été prépondérante dans le monde grec antique ; si l’on y ajoute l’aloi et l’étalon, ces trois éléments étaient les caractéristiques principales des monnaies. Les monnaies de bronze lagides diffèrent sur ce point. L’étalon ne devait pas exister, l’aloi n’était d’aucune réelle importance, il semble bien que le diamètre des monnaies de bronze ait pris une importance jusque là inconnue dans le reste du monde grec. Par exemple, les monnaies moulées du premier siècle sont rarement lisibles, c’est pourquoi le diamètre devient primordial pour l’identification de la monnaie. L’étude métrologique de plusieurs des séries lagides montre toutefois que nous ne pouvons pas uniquement nous appuyer sur les diamètres des monnaies pour leur classification. Par exemple, en ce qui concerne les trois plus petits modules du groupe de monnaies marquées du monogramme , seul le changement du type du droit et du revers permet de les différencier. Si les monnaies avaient toutes porté les mêmes types, l’utilisation des monnaies de cette variété aurait été impossible. En somme, un système monétaire est un système qui doit fonctionner.
L’utilisation des moules monétaires avait sans aucun doute plusieurs avantages, sans lesquels elle n’aurait pas été adoptée, mais une contrepartie existait. Le temps gagné à la coulée des flans était sans doute perdu lors des opérations de limage et de polissage. Après la coulée, la première opération consistait à séparer les flans des chapelets, un coup de masse sur un ciseau positionné sur l’arête du tenon de coulée devait suffire. Mais les autorités voulaient une monnaie belle et neuve, et pour cela, d’autres opérations se succédaient. Après la séparation du chapelet, il s’agissait d’abord de limer soigneusement les tenons de coulées. En effet, même si la séparation du chapelet avait été effectuée soigneusement, la trace du tenon subsistait, il fallait donc faire disparaître toute trace de cet appendice. Les ouvriers s’occupaient aussi patiemment de la tranche de la monnaie. Sur les grands modules comme les octoboles, plusieurs séries de coups de lime (jusqu’à 5) étaient effectuées pour donner l’impression que le bord de la monnaie était arrondi. De cette opération découle l’impression de certains numismates que la monnaie était issue d’un moule bivalve, mais il n’en est rien, ce sont bien les coups de lime des ouvriers qui ont formé ces monnaies aux tranches en double biseau. La dernière opération de préparation à la frappe, le polissage des pièces, avait plusieurs avantages. Il permettait d’une part d’aplanir les flans issus de moules dont la régularité, juste après la coulée, ne devait pas être parfaite. Le polissage concourait d’autre part à améliorer l’apparence de la monnaie qui retrouvait un aspect brillant et doré. C’est cette opération de polissage qui a entraîné les cavités centrales.
La frappe de la monnaie, c’est-à-dire la déformation mécanique, reste un des domaines les plus obscurs de la numismatique antique. Les études métallographiques d’une part, et l’étude des anomalies dans les études de coins d’autre part, ont permis de mettre en lumière un certain nombre de phénomènes qu’il n’a pas toujours été possible d’expliquer. Soulignons que les représentations antiques, même si elles sont peu nombreuses (et toutes issues de la période romaine) apportent toutefois des données précieuses. Par exemple, on observe que l’ouvrier en charge de la frappe tenait sa masse à deux mains, au contraire des représentations médiévales où la frappe se faisait en tenant d’une main un marteau et de l’autre le coin de revers. La déformation issue de la frappe n’imprimait que légèrement les monnaies de bronze, mais comme les monnaies d’argent et les monnaies d’or, les premières monnaies de bronze se caractérisent par un droit convexe et un revers concave. Avec l’utilisation des moules monétaires, les données changent : le biseau de la tranche permet désormais de reconnaître sans hésitation le droit du revers. Pour des raisons techniques, les autorités ont décidé de faire frapper le droit sur la face la plus étroite et le revers sur la face la plus large.
Les études métallographiques n’ont été que très peu pratiquées en numismatique puisqu’il s’agit souvent de sacrifier des monnaies pour les étudier. Mais ces études, destructives, permettent de résoudre certains problèmes que seule la métallurgie pouvait appréhender. C’est le cas de la question de la température des flans lors de la frappe. Comme il a été prouvé pour les monnaies gauloises retrouvées près de Poitiers, la trace de macles mécaniques indique que la frappe des monnaies lagides en bronze s’est faite sur des flans à température ambiante. D’autres facteurs, comme le nécessaire polissage avant la frappe, renforcent cette idée d’une frappe à froid.
Une des constantes de la frappe à Alexandrie consistait à aligner le coin de revers par rapport au coin de droit, de sorte que les monnaies présentent un ajustement des axes quasiment toujours égal à 12 h. Si cette règle de production a été très largement respectée, il faut signaler que quelques monnaies présentent un axe à 6 h. Cet élément permet de s’interroger sur l’origine de ces monnaies de provenance incertaine, mais ordinairement classées à Alexandrie. Il existe également un énigmatique déséquilibre entre les monnaies désaxées à 11 h et celles désaxées à 1 h.
La frappe, à Alexandrie, de monnaies de bronze avoisinant les cent grammes a toujours étonné les spécialistes. Outre l’intérêt purement commercial et financier, les numismates se sont interrogés sur la capacité d’un atelier monétaire antique à frapper de telles pièces. Etant donnée la dureté incomparable de l’alliage de bronze par rapport à l’argent ou à l’or, il est évident que l’énergie déployée pour une même déformation devait être beaucoup plus importante pour le bronze que pour les autres métaux. Mais l’hypothèse d’un marteau pilon pour la frappe des monnaies imaginée par certains ne tient pas. La faible déformation de surface des grands bronzes, les nombreux trèflages et les difficultés liées à la mise en place d’un même système amènent à renoncer à cette idée moderniste et productiviste. De la dureté de l’alliage de bronze découlait peut-être un autre phénomène, l’usure plus rapide des coins servant à la frappe du bronze par rapport à la frappe de l’argent ou de l’or. Malheureusement, les données réunies au sujet de la productivité des coins de droit ne permettent pas (encore) de distinguer une différence de productivité (mécaniquement probable) entre les coins utilisés pour la frappe des différents métaux.
Les données nouvelles apportées par cette étude permettront, nous l’espérons, de faire avancer les réflexions sur les processus et les modes opératoires de la fabrication de la monnaie dans l’antiquité. Il ne faut tout de même pas se leurrer, les inconnues restent trop importantes pour prétendre accéder à une connaissance fine des technologies et des procédés techniques. La pauvreté des découvertes archéologiques en matière monétaire, si l’on exclut les trouvailles de moules monétaires à plusieurs endroits du monde antique, laisse encore planer le doute sur l’organisation des ateliers ainsi que sur la spécificité des savoir-faire selon les périodes et les aires géographiques. La rareté des sources, épigraphiques et archéologiques, a obligé de nombreux auteurs à rassembler un matériel disparate pour en tirer des conclusions générales. Or le seul objet dont nous ayons gardé la trace en abondance, la monnaie, montre à quel point des différences existaient : dans la composition métallique, dans la forme des tranches, dans l’épaisseur, la largeur et le diamètre, mais aussi dans la forme des coins qui l’a frappée.
Le constat global se doit d’être positif. L’ouverture de la numismatique vers d’autres technologies et d’autres disciplines peut être fructueuse. L’utilisation depuis plus de vingt ans de la statistique, à travers notamment le calcul du nombre de coins de droit, a permis sans nul doute des avancées considérables. Les études de composition métallique présentent elles aussi des avantages considérables ; elles permettent au numismate de mettre en corrélation des réformes monétaires avec des changements d’aloi. Il est une dernière spécialité à laquelle les numismates intéressés par les questions de fabrication monétaire devront se référer : la métallurgie. Outre la compréhension historique des mouvements de minerais dans l’antiquité, l’étude spécifique de la formation du métal dans les monnaies (par le biais d’études métallographiques) apportera peut-être des résultats plus complets à des questions datant de plusieurs décennies.
L’atelier d’Alexandrie fait-il figure d’exception dans le monde antique ? La réponse du colloque d’Alexandrie se voulait nuancée, elle n’est pas différente dans cette étude. La composition métallique des monnaies lagides en bronze suit une évolution générale dans le bassin méditerranéen qui voit les autorités, après l’utilisation d’un bronze « pur » à la fin du quatrième et au troisième siècle, ajouter du plomb dans l’alliage monétaire à partir du deuxième siècle, mais les classements actuels des monnaies de bronze lagides ne permettent pas de définir si cette rupture a été beaucoup plus forte qu’ailleurs. Les volumes de monnaies émises dépassent évidemment toutes les autres cités de l’orient hellénistique, même s’il ne faudrait pas négliger la production des cités séleucides. La grande originalité de l’Egypte se situe dans l’utilisation (contrainte et forcée) de monnaies moulées. Ce phénomène, qui se reproduira plus tard sous l’Empire romain, représente une réelle exception, si ce n’est dans son existence tout du moins dans son ampleur. L’iconographie n’est quant à elle pas exceptionnelle. Les premiers types sont fortement inspirés des monnayages royaux macédoniens, et les suivants, si on a cru un temps à la volonté des rois lagides de « faire plaisir » à la population autochtone, sont réellement grecs : Zeus Ammon, Isis Déméter, Héraclès font indubitablement partie d’un panthéon panhellénique. Les méthodes de fabrication n’offrent pas un visage différent. L’utilisation de barres de bronze ainsi que de moules monétaires est attestée ailleurs dans le monde grec, ce qui n’en fait pas une exception égyptienne. Tout comme la frappe des grands bronzes, certainement au marteau, n’est que l’utilisation extrême des possibilités du monnayage de bronze. Reste la cavité centrale, symbole de la monnaie de bronze lagide. Là encore, cette technique a été utilisée par différents ateliers appartenant à d’autres aires géographiques et à d’autres périodes. Sans faire figure d’exception, on peut sans nul doute conclure que l’atelier monétaire d’Alexandrie sous les Lagides s’est placé sous le signe de l’innovation.
L’avancement de la métaphysique réelle selon Leibniz. Nomenclature et réalité de la métaphysique leibnizienne après l’iter italicum
Jeudi 16 décembre
14 h
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
M. Michael DEVAUX soutient sa thèse de doctorat :
L’avancement de la métaphysique réelle selon Leibniz. Nomenclature et réalité de la métaphysique leibnizienne après l’iter italicum
En présence du Jury :
M. CARRAUD (CAEN)
M. DE BUZON (STRASBOURG II)
M. FICHANT (PARIS IV)
M. MOREAU (ENS)
L’avénement d’une poétique romanesque au XVIIe siècle. Discours théorique et constitution d’un genre littéraire (1641-1683).
Samedi 18 décembre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Camille ESMEIN soutient sa thèse de doctorat :
L’avénement d’une poétique romanesque au XVIIe siècle. Discours théorique et constitution d’un genre littéraire (1641-1683).
En présence du Jury :
M. BURY (VERSAILLES)
Mme DENIS (PARIS IV)
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
Mme GEVREY (REIMS)
M. GIORGI (PAVIA)
M. PAVEL (CHICAGO)
L’État démocratique et ses dilemmes : le cas des universités
Samedi 19novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Cauchy
Esc. E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Ludivine THIAW-PO-UNE soutient sa thèse de doctorat :
L’État démocratique et ses dilemmes : le cas des universités
En présence du Jury :
M. BESNIER (Paris 4)
M. AZOUVI (EHESS)
M. BOYER (Paris 4)
M. SADOUN (IEP Paris)
M. TANGUAY (Ottawa)
Résumés
La théorie et la pratique de l’Etat démocratique se sont profondément transformées. Ces transformations sont particulièrement claires dans la relation de l’Etat à l’institution universitaire. Entre la problématique de l’Etat moderne et celle de l’Université, deux formes de relations sont à considérer :
1. Les débats suscités par l’Université apparaissent comme des contrecoups de la construction et des transformations de l’Etat démocratique.
2. Prendre en charge les mutations de l’institution universitaire conduit l’Etat à se réformer lui-même. Cette réforme de l’Etat concerne notamment, en France, la modernisation du service public.
Assumer, dans la conception même de l’Etat, les exigences issues de la problématique de l’Université suppose ainsi un certain nombre de conditions relevant de la philosophie politique : parmi ces conditions, on rencontre avant tout le renouvellement du libéralisme politique, la transformation du républicanisme, ou encore la réflexion sur de nouvelles formes de gouvernance démocratique.
The theory and the practice of the democratic State have deeply changed. These transformations are particularly clear in the relation of the State at the university institution. Between the problems of the modern State and that of the University, two forms of relations are to be considered :
1. The debates caused by the University are consequences of the construction and the transformations of the democratic State.
2. To take charge of changes of the university institution leads the State to reform itself. This reform of the State concerns in particular, in France, the modernization of the public utility services.
To assume, in the design even of the State, the requirements resulting from the problems of the University thus supposes a certain number of conditions which concern the political philosophy : among these conditions, there are mainly the modifications of the political liberalism, the transformation of the republicanism, or the reflexion on new forms of democratic governance.
Position de thèse
Les plus profonds dilemmes auxquels n’ont cessé de s’affronter la théorie et la pratique modernes de l’Etat ont trouvé à s’exprimer avec une netteté particulière à propos de l’institution universitaire. De ce constat, qui a dicté le projet même de la thèse, s’est déduite une perspective de recherche consistant à ménager, entre la problématique de l’Etat moderne et celle de l’Université, un double éclairage réciproque :
1. Un premier éclairage consiste à montrer comment les débats suscités par l’Université et les virages que celle-ci a dû et doit négocier correspondent à des contrecoups des mutations qui ont présidé à la construction et au devenir de l’Etat moderne.
2. En retour, un second éclairage fait apparaître que les mutations de l’institution universitaire conduisent les Etats démocratiques, pour les prendre en charge, à se réformer eux-mêmes. Selon ce second axe surgissent notamment des questions relevant de la modernisation du service public, dont les universités constituent, spécifiquement en France, l’un des secteurs les plus caractéristiques. La réélaboration contemporaine d’un libéralisme politique intégrant dans ses principes le souci de l’équité, l’émergence d’un républicanisme lui-même transformé, ou encore les recherches entreprises par les théories de la gouvernance, constituaient, sur ce deuxième versant de l’interrogation, autant d’horizons de questionnement pour une démarche soucieuse de cerner ce que pourraient être les conditions de possibilité d’une prise en compte, dans la conception même de l’Etat, des exigences issues de la problématique de l’Université.
Le premier versant de l’interrogation s’est nourri du fait que, à partir d’une même représentation de ses fonctions, l’Etat moderne pouvait choisir de se rapporter de deux manières bien distinctes à la société.
Soit l’Etat mettait en avant que, dans le but d’assurer la cohésion de la société, il lui fallait disposer d’appareils de pouvoirs suffisamment forts, non seulement pour inscrire sa volonté dans la particularité des situations concrètes où se déroule la vie des acteurs sociaux. Modèle que l’absolutisme politique thématisa philosophiquement et que la trajectoire française de l’Etat, monarchique, puis républicain incarna. Cette première logique impliquait, pour les universités léguées par la fin du Moyen Âge, un destin spécifique : celui d’un assujettissement à l’instance étatique, plus ou moins fort, plus ou moins durable, mais compris dans la façon dont, selon ce scénario, on pouvait se représenter la réalisation des missions de l’Etat.
Soit, selon un autre scénario, l’Etat moderne, une fois né de sa scission d’avec la société, pouvait choisir d’ériger cette scission en une valeur et d’en faire pour ainsi dire la condition indispensable d’un bon gouvernement des sociétés. Cette autre naissance de l’Etat moderne, qu’a thématisée la tradition philosophique du libéralisme politique, impliquait clairement pour les universités un autre destin : est-il possible d’expliquer par le choix de ce second scénario la façon dont l’institution universitaire, en d’autres contextes que le nôtre, s’est trouvée structurée selon d’autres principes et organisée par référence à d’autres finalités que dans notre propre tradition ? Telle a été l’une des questions qui, selon des modalités diverses, n’a cessé de servir de fil conducteur à notre investigation.
Au-delà de la façon dont les problématiques soulevées par l’institution universitaire s’éclairent fortement si nous les abordons en considérant comment viennent s’y répercuter les conséquences de la construction de l’Etat moderne, notre enquête, sur son second versant, a consisté, en travaillant directement sur les politiques universitaires, à faire apparaître de quelle manière ce qui s’y tente appelle, de la part de l’Etat lui-même, un certain nombre de réaménagements, dans son style d’intervention comme dans les objectifs poursuivis, qui débordent de loin la sphère des universités. Des politiques universitaires à la politique elle-même : il s’est agi cette fois d’identifier dans tout ce à quoi nos sociétés s’essayent concernant l’Université une sorte de laboratoire où s’élabore une réponse renouvelée ou réélaborée sur certains points à la question classique de la philosophie politique - celle de savoir ce qu’il doit en être du « meilleur régime » susceptible d’être appliqué au gouvernement des cités humaines. Cette démarche s’est spécifiée à son tour selon deux axes.
Il nous est apparu possible, tout d’abord, de considérer que la discussion d’apparence limitée qui porte de nos jours sur la gouvernance des universités, non seulement continue de prendre place dans le débat classique sur la question de savoir comment gouverner au mieux une société humaine, mais présente en outre l’intérêt de fournir une précieuse occasion, par sa logique propre, de faire avancer ce débat. Parce que l’Université appelle par elle-même, dans les pays où elle constitue, comme en France, une Université d’Etat, un réexamen de son statut, elle invite à ouvrir, pour l’Etat lui-même, le dossier de son mode et de son volume d’intervention dans toute une série de sphères d’activité dont il n’est plus certain que la soumission à la puissance publique doive demeurer ce qu’elle a été depuis des siècles. Bref, de la gouvernance des universités à la réforme de l’Etat, il y avait là une voie à emprunter pour apercevoir qu’un examen et une évaluation des politiques universitaires conduit très au-delà de ce que la Troisième République avait circonscrit comme constituant la « question des universités ».
Nous ne pouvions omettre de considérer, ensuite, que de fortes divisions dans la représentation et dans la pratique contemporaines de l’Etat engagent la conception même de ce « bien commun » dont il serait constitutif du meilleur régime, depuis Aristote, que les gouvernants aient le souci. Qu’est-il juste de faire, pour l’Etat ou pour ses représentants dans tel ou tel secteur des institutions publiques, au compte de ce souci du « bien commun » ? Cet autre dilemme a trouvé son expression la plus durable, depuis le milieu du XIXe siècle, dans le clivage longtemps tranché entre une tradition libérale, situant la juste action de l’Etat dans la protection de droits individuels conçus comme des libertés, et une tradition socialiste, concevant que le souci de la justice impose tout autant, voire, pour certaines composantes de cette tradition, davantage encore la lutte contre les inégalités matérielles. Justice politique et justice sociale, voire justice sociale contre justice simplement politique : ce dilemme que la philosophie politique explore dans toute sa généralité trouve un terrain d’application particulièrement révélateur à propos des universités, tant il est vrai que de l’égalité à l’équité, de l’équité à l’égalité des chances, l’exigence de justice suscite, dans l’espace universitaire, des dilemmes nouveaux, selon que l’on considère, par exemple, que l’égalité des chances concerne exclusivement les individus ou qu’elle possède aussi une pertinence pour les groupes ( génériques ou culturels ) entre lesquels se répartissent les individus. De l’équité requise dans le déroulé des trajectoires universitaires à une prise en compte, par l’Etat démocratique, de la question de l’égalité des chances ou de celle du traitement des plus défavorisés, là se dessine une voie possible - que nous avons tenté de suivre - pour, à partir de la confrontation des choix possibles en matière de politique universitaire, construire les contours de ce qu’il pourrait en être plus globalement d’une nouvelle politique sociale.
Problématique de la gouvernance, problématique de la justice : tels ont été les deux axes selon lesquels nous avons tenté de définir et de pratiquer, en matière universitaire, une méthode d’évaluation des politiques publiques. Cette séquence de notre recherche a conduit à analyser les formes précises prises aujourd’hui, sur chacun de ces axes, par les dilemmes en présence desquels se trouvent les acteurs quand il leur faut choisir entre des possibles diversifiés par les contextes aussi bien géographiques que temporels. Les expériences françaises, japonaises, américaines, en matière de politiques universitaires, se sont ainsi trouvées convoquées, chacune pour des raisons spécifiques et pour la façon dont elles offraient à la philosophie politique le moyen de tester ses choix principiels en les appliquant à un donné qu’elle ne produit pas.
De la philosophie politique générale à la philosophie politique appliquée, notre démarche aura donc consisté à particulariser la problématique générale des rapports entre Etat et société à celle des rapports entre Etat, université et société - l’université intervenant par définition en position d’interface entre les deux principaux partenaires du jeu politique moderne. Ce déchiffrage des politiques universitaires à partir de leur double enracinement, certes dans un contexte historico-culturel, mais aussi dans un type de conception des rapports entre Etat et société, nous a permis de voir se dégager progressivement une des plus certaines conditions de réussite ou d’échec d’une politique universitaire.
Parce que l’université, en raison directe du type d’activité qui la distingue de tout autre lieu d’enseignement ( faire progresser, en lui-même et dans une population, le savoir envisagé en tant que tel ), a besoin de se développer de façon libre ou autonome, sans qu’interfèrent drastiquement dans la production et dans la transmission du savoir des exigences prévalant sur ce souci du savoir, une politique universitaire doit d’abord être « universitaire » avant que d’acquérir une détermination « politique ». Poser ce principe ne vise aucunement à retirer aux responsables politiques la charge de déterminer et de conduire, y compris dans ce secteur, la « politique de la nation », ni à confier intégralement aux universités elles-mêmes le soin de décider des choix ultimes et globaux qui orientent leur devenir institutionnel : du moins est-il concevable en revanche d’estimer que, prises entre l’Etat et la société ( dont elles font partie ), les universités, si elles doivent encore conserver quelque chose de leur tradition et de leur vocation les plus anciennes, ne doivent voir leurs objectifs propres ( proprement universitaires ) ni entièrement sacrifiés aux choix purement politiques de l’un, ni intégralement résorbés dans ce qu’induisent les mécanismes immanents à l’autre. Principe qui appelle un équilibre subtil, complexe, et qui témoigne sans doute que, si gouverner et enseigner constituent, on le sait depuis Kant, deux entreprises aussi difficiles à mener à bien l’une que l’autre, gouverner le plus haut enseignement, celui où son maintien au service du savoir définit un impératif catégorique non négociable, correspond a fortiori à la tâche la plus ardue.
L’économie des “Pensées” de PASCAL, un itinéraire spirituel
Mardi 26 octobre 2004
14 h
Salle des Actes, Paris IV - Sorbonne
Mme Corinne CRETTAZ CRETTAZ soutient sa thèse de doctorat :
L’économie des “Pensées” de PASCAL, un itinéraire spirituel
en présence du Jury :
M. CLERO (ROUEN)
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
M. MAGNARD (PARIS IV)
M. TROTTMANN (CNRS)
L’écoute musicale : de l’émotion à la construction de savoirs dans l’activité d’écoute d’oeuvre au collège
Samedi 27 mars 2004
14 h
Amphithéâtre Cauchy, en Sorbonne
Esc. E, 3e étage
17 rue de la Sorbonne
Paris ve
M. Pascal TERRIEN soutient sa thèse de doctorat :
L’écoute musicale : de l’émotion à la construction de savoirs dans l’activité d’écoute d’oeuvre au collège
en présence du Jury :
M. BARBIER (UCO)
M. BARBIER (PARIS VIII)
M. BILLIET (PARIS IV)
M. BOUDINIET (PARIS VIII)
M. MIALARET (PARIS IV)
L’écriture de la morale dans le Guzman de Alfarache. Du galérien-écrivain au Lecteur-Atalaya
Lundi 2 octobre 2006
14 heures 30
En Sorbonne,
1, rue Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
Salle des Actes
M. PHILIPPE RABATE soutient sa thèse de doctorat :
L’écriture de la morale dans le Guzman de Alfarache. Du galérien-écrivain au Lecteur-Atalaya
En présence du Jury :
Mme BLANCO (LILLE 3)
M. CAVILLAC (BORDEAUX 3)
M. CLOSE (CAMBRIDGE)
M. MICO (BARCELONE)
M. ÉTIENVRE (PARIS 4)
Résumés
Cette étude portant sur l’écriture de la morale dans le Guzmán de Alfarache de Mateo
Alemán (1599, 1604) se compose de trois parties. Dans la première, nous étudions la poétique
du texte alémanien en le confrontant successivement à Agudeza y arte de ingenio de Gracián
(chapitre 1), à l’Odyssée (chapitre 2) et à l’épisode des galériens dans le Quichotte (chapitre 3).
Cette méthode contrastive nous permet de mieux identifier la cohérence de la parole de Guzmán
et de considérer l’unité de son propre parcours. Nous avons ensuite choisi, dans les chapitres 4,
5 et 6 de notre deuxième partie, de nous pencher sur trois thèmes qui constituent les principaux
éléments de l’expérience singulière de Guzmán : la traza comme jeu de l’esprit, les altérations
subies par le corps et enfin, la quête d’un remède individuel. Le texte ne rejette pas pour autant
l’autre : l’écriture alémanienne vise plutôt à donner au livre une mission amicale de
transmission de savoirs vitaux (chapitre 7) et à conférer par conséquent au lecteur des pouvoirs
non négligeables (chapitre 8). La création d’un lecteur-atalaya, capable d’interpréter le sens du
texte, apparaît alors comme un trait déterminant de l’oeuvre alémanienne : le dénouement reste
en effet en suspens et laisse le lecteur seul face à la compréhension de la portée politique du
récit. (chapitre 9).
This work, dealing with the writing of morals in Mateo Alemán’s Guzmán de Alfarache,
is composed of three parts. The first part focuses on the poetics of Mateo Alemán’s text by
confronting it successively with Gracián’s Agudeza y arte de ingenio (chapter 1), with the
Odyssey (chapter 2) and with the episode of the galley slaves in the Quijote (chapter 3). This
comparative method allows us to better identify the coherence of Guzmán’s discourse and to
consider the unity of his own itinerary. Afterwards, we have chosen, in the chapters 4, 5 and 6
of our second part, to concentrate on three themes which represent the major elements of
Guzmán’s singular experience : the traza, considered as a witticism, the distortions undergone
by the body, and, at last, the quest for an individual remedy. However, the text does not discard
the others : on the contrary, Alemán’s writing aims at assigning his book the friendly mission of
transmitting vital knowledge to the reader (chapter 7) and endowing him with important powers
(chapter 8). The creation of a reader-atalaya, able to interpret the meaning of the text, then
appears as a determining feature of Alemán’s masterpiece : in fact, the ending of the story
remains suspended and lets the reader alone to face the comprehension of the political
dimension of the narrative (chapter 9).
Position de thèse
La thèse que nous présentons porte sur l’écriture de la morale dans le Guzmán
de Alfarache de Mateo Alemán, texte publié en deux parties, la première en 1599, la
deuxième en 1604. Si ce grand récit picaresque, peu lu de nos jours, paraît désuet, il
n’en a pas été ainsi à l’époque de sa publication ; ce qui peut nous rebuter est
précisément ce qui attirait les lecteurs contemporains de Mateo Alemán : l’extrême
complexité de sa trame, la variété de ses formes discursives - sermon, apologue,
narration, nouvelle intercalée, pour ne citer que les plus fréquentes -, la diversité des
thèmes abordés étaient aussi familiers au public de l’époque qu’ils nous sont à
présent étrangers. Notre démarche s’est donc attachée à ressaisir l’unité de l’écriture
de la morale dans le texte ; par « écriture de la morale », nous désignons un ensemble
de pratiques discursives que Mateo Alemán a su, plus encore qu’inventer, nouer et
entremêler dans la conception de son oeuvre. Aussi - et ce n’est pas l’une des
moindres réussites du Guzmán - la réflexion morale est-elle impliquée dans la
poétique du texte et ne peut-elle être pensée sans celle-ci. Mais quel est au juste le
sens de cette interrogation morale ? Quel tracé opère-t-elle dans le monde des
conduites et des usages ?
Afin de réduire notre champ d’interrogation, nous avons limité l’idée de
morale aux trois dimensions qu’expose Michel Foucault dans L’Usage des plaisirs.
S’il montre bien la présence et la prégnance d’un code moral commun aux divers
individus et institutions d’une société donnée, M. Foucault s’empresse de souligner
la diversité des formes de conformité ou de rejet face au code moral déjà en vigueur.
Cette attitude de respect ou de déviance face à la norme constitue la seconde
acception de l’idée de morale. Toutefois, ces deux dimensions lui semblent
insuffisantes : il existe tout un ensemble de procès par lesquels un homme peut se
constituer en « sujet moral », autrement dit opérer un apprentissage de la vie qui lui
permette de départager ce qui lui convient de ce qui lui est contraire. Guzmán nous semble se confronter aussi bien à l’idée de code moral - il est à cet égard en partie
« hors codes », marginal - que tenter de trouver, en lui-même, les racines de sa
propre conversion, de son propre salut. À cet égard, il se pourrait que le Guzmán de
Alfarache comprenne l’énoncé, par l’entremise d’une pseudo-autobiographie fort
subtile et vraisemblable, d’une nouvelle conscience individuelle face au monde.
Aussi, au cours de la première partie de la thèse intitulée « Une poétique
novatrice », notre travail tend-il à saisir comme préalable l’originalité de la « poética
historia » que nous présente le Guzmán de Alfarache. Il nous faut repenser la trame
même du texte, sa « fabrique », autrement dit la façon dont il est écrit et dont il pose
un rapport renouvelé au fait même d’écrire et de concevoir fictivement la morale.
Pour cela, au lieu de forcer certains traits de l’oeuvre afin de l’inscrire dans le cadre
d’un genre picaresque, nous avons privilégié des comparants extérieurs à ce genre
qui offrent, chacun à leur manière, un contrepoint éclairant sur la nature du récit
inventé par Mateo Alemán.
En premier lieu, dans notre premier chapitre, « Le Guzmán de Alfarache de
Baltasar Gracián », nous avons abordé le sort singulier qui est réservé au récit
alémanien dans Agudeza y arte de ingenio : si ce dernier est considéré par Baltasar
Gracián comme la plus grande épopée écrite par les modernos, autrement dit par ses
contemporains, c’est au prix d’une allégorisation du récit picaresque qui n’est
recevable que comme atalaya de la vida humana, c’est-à-dire comme un parcours
moral exemplaire que le regard expérimenté du narrateur est parvenu à extraire de la
diversité de sa propre expérience. Gracián ne s’en tient pas à une vision désincarnée
et allégorisée de l’oeuvre alémanienne ; il lui restitue toute sa saveur et sa beauté
stylistiques à travers l’éloge de plusieurs de ses pages. Cette double lecture, dont on
pressent bien le caractère décisif dans le processus d’écriture du Criticón, fut connue,
respectée et suivie en partie par Mayans y Siscar dans sa Retórica publiée en 1757.
Après cette première approche du Guzmán, nous avons voulu étudier dans
notre deuxième chapitre, « Le regard d’Ulysse ou la parole du personnage-écrivain »,
les traits homériques du récit bâti par Alemán. Si les citations d’Homère ne
manquent pas dans ses différentes oeuvres, nous avons toutefois souhaité restreindre
notre champ à l’étude de trois points plus précis qui nous apparaissent comme décisifs dans la genèse de la « poética historia ». De façon immédiate, le Guzmán,
tout comme l’Odyssée, livre à son lecteur un personnage-conteur astucieux qui
prolonge, par l’acte de narration, les ruses que son parcours et ses rencontres l’ont
contraint à tisser. Cette instance narrative permet d’introduire dans l’oeuvre une
réflexion subtile sur les notions de vérité et mensonge sous le signe de ce que l’on
pourrait appeler « une éthique pragmatique », autrement dit une morale qui favorise
le résultat plus que la conformité des moyens à un ensemble de fins éthiques. Enfin -
troisième et dernière similitude que nous avons pu dégager entre les deux oeuvres -,
l’Odyssée et le Guzmán offrent à leurs lecteurs une fausse circularité du récit : en
effet, le retour sur la terre natale, qu’il s’agisse d’Ithaque ou de Séville, apparaît
comme un faux achèvement de l’oeuvre, comme si le cheminement du personnageconteur
ne pouvait se terminer que de manière prospective et incertaine. En
retrouvant certaines caractéristiques de l’art du récit homérique de l’Odyssée, Mateo
Alemán nous semble inscrire son texte dans une tradition de réflexion sur la
littérature et sur les pratiques de l’art de conter. Ce trait parmi d’autres - il suffit de
songer à la réponse à l’apocryphe - le rapproche du Quichotte.
La confrontation avec ce grand texte cervantin a été l’objet de notre chapitre
3, « Pseudo-autobiographie, réversibilité et achèvement poétique », dans lequel nous
avons opéré ce que nous pourrions appeler un « détour cervantin » afin de
comprendre la singularité du projet alémanien. Nous avons concentré notre analyse
sur l’épisode des galériens (I, 22) et, plus particulièrement, sur le dialogue entre
Ginés et don Quichotte. Ces quelques répliques nous offrent, sur le mode ingénieux,
une brève formulation de la poétique du Guzmán : elle s’affirme comme un récit
véritable de l’expérience vécue, dominé par la conscience de celui qui l’écrit - un
galérien qui met à profit son séjour sur les navires de sa majesté ; celui-ci peut en
outre choisir les différentes composantes de son récit et le moment de son
achèvement. On ne peut éviter de ressentir une certaine méfiance de la part de
Cervantès face à ces vastes pouvoirs accordés à la première personne. Ces différents
éléments de la poétique de la « vie de gueux » (vida de pícaro) ne semblent pas
rendre pleinement compte de la radicale nouveauté du Guzmán. Aussi avons-nous
étudié, dans le prolongement des catégories énoncées par Ginés, les différents
aspects du renforcement de la poétique alémanienne de la première à la seconde partie. Il nous est alors apparu qu’Alemán n’avait cessé de renforcer les fondements
de la vraisemblance de son récit afin de limiter les possibilités d’apparition d’une
nouvelle suite apocryphe.
Avec ce troisième pan, nous avons ainsi pu mettre un terme à nos études sur
la poétique du Guzmán et, armé des quelques caractéristiques que nous avons pu
délimiter - puissance stylistique et allégorique du texte, figure brillante du
personnage-écrivain ou encore singularité de la création alémanienne du galérien-écrivain
, nous nous sommes penché sur le tissu verbal et textuel qui forme la
pratique de la morale guzmanienne.
La seconde partie de notre travail, « Les mots de la morale », expose les
résultats de notre étude de trois grands ensembles de l’imaginaire humain et moral de
Mateo Alemán.
En premier lieu, nous nous sommes intéressé à une notion-clef dans notre chapitre 4 intitulé « Le royaume de la traza ». Ce terme, que l’on peine à
traduire en français - expédient, moyen, recours ? - constitue à bien des égards le
seuil du monde picaresque tel que nous le présente le protagoniste. La notion de
traza connaît en effet un véritable triomphe lexical dans le texte alémanien :
abondamment utilisée par l’auteur, elle s’inscrit résolument dans la sphère pratique
de la résolution quotidienne de difficultés, et le pauvre se voit condamné à être
tracista, selon le proverbe « hombre pobre todo es trazas » qu’Alemán se
réapproprie. Dans la Segunda parte du Guzmán de Alfarache, une fois la subsistance
du héros assurée, ce mot, de plus en plus présent, en vient à qualifier la conception
intellectuelle d’une grande variété d’actes ingénieux (gestes, paroles) aux dépens
d’un ennemi. Si la traza est circonscrite à des sens négatifs dans le texte alémanien, il
semble cependant que l’on ne puisse renoncer à toutes les valeurs positives et
réformistes du terme. À la lumière d’une confrontation avec le traité Amparo de
pobres de Cristóbal Pérez de Herrera (publié en 1598), on comprend mieux que le
texte nous dépeint, dans les trazas relatées, un ensemble de mauvais usages de
l’entendement, de l’imagination et de la liberté qui pourraient être renversés en
trazas bénéfiques. Une lecture attentive des trazas du texte nous conduit par ailleurs
à une interrogation sur le rôle du corps dans le Guzmán de Alfarache, et Alemán
nous semble concentrer tout son savoir médical sous la forme d’une anatomie et d’une pathologie morales que nous étudions dans le chapitre 5, et d’une
thérapeutique très cohérente qui forme la trame de notre chapitre 6.
Dans le chapitre 5, « Fragments d’une anatomie morale », nous avons
considéré attentivement les éléments anatomo-pathologiques que nous livre le texte
avec une très grande régularité à partir de mots comme alterar, cortar, descoyuntar.
On découvre ainsi que le mal relève avant tout de l’altération corporelle. Lors de la
phase d’apprentissage de Guzmán, le texte nous livre des précisions dignes d’un
diagnostic médical sur les douleurs qui frappent principalement le ventre ou
l’estomac, en un mot, l’ensemble du système digestif ainsi que toutes les excrétions
qui y sont associées. Le texte va progressivement dépasser ces caractérisations
d’ordre physiologique pour nous présenter - aussi bien dans la trame générale du
récit que dans les nouvelles intercalées - le corps altéré d’autres personnages, tantôt
amputés, tantôt suppliciés. Cet ensemble de descriptions pathologiques inscrit dans la
chair même du personnage les différents moments de son éducation.
Le Guzmán ne nous laisse cependant pas dépourvus de remèdes.
Le chapitre 6 de notre étude, « La recherche du remède parfait », s’attache à l’étude de trois termes
qui nous conduisent vers une sorte de résolution du désarroi moral du protagoniste.
En premier lieu, il nous a fallu étudier un terme aux allures « économiques » et qui
prépare l’avènement du remède final, celui de cuenta. Ce terme entre en composition
dans de nombreuses lexies, comme celle, désignant l’oralité, de dar cuenta ou celle,
réellement délibérative, de hacer la/su cuenta. La grande fréquence de cette
expression traduit la ferveur d’une quête qui est, précisément, celle d’un remède
(remedio). Ce dernier, qui a initialement pour référent des solutions d’ordre pratique
inventées par le protagoniste au fil de son parcours, se transfigure en une thériaque
(atriaca). Il s’agit, selon les mots de Furetière, d’ « un remède composé de quantités
de médicaments chauds pour la guérison des maladies froides [...] et [employé]
généralement contre les poisons et venins ». En le reliant à la notion d’atalaya,
Alemán fait de ce terme médical, qui apparaît dès les écrits hippocratiques, le
symbole métaphorique de son texte et du cheminement moral de son héros. Au
remedio, terme polysémique qui a relativement perdu de sa spécificité sémantique,
succède donc, comme solution vitale et comme formule textuelle, la atriaca, lexie
qui englobe significations techniques médicales et valeurs vitales métaphoriques. La très forte cohérence de ce système lexical a peut-être pu inspirer un lecteur probable
du Guzmán de Alfarache, Pedro Calderón de la Barca, lors de l’écriture de son auto
sacramental El veneno y la Triaca.
Une fois que ces différents mots de la morale ont pris leur place dans notre
raisonnement, il nous a fallu revenir sur une sorte de lacune de notre propre
discours ; on ne pouvait en effet esquiver l’horizon fondamental de toute écriture de
la morale qui est de proposer un équilibre possible dans les rapports avec autrui. La
forme pseudo-autobiographique limitait-elle ainsi la possibilité d’inscrire des figures
secondaires ? Dans quelle mesure le parcours de Guzmán pouvait-il être, comme
nous l’annonçait Luis de Valdés dans son éloge de la Segunda parte, « una escuela
de fina política, ética y euconómica » ?
La troisième partie de notre travail, « Figures de l’altérité », expose ainsi
quelques hypothèses sur la « philosophie morale » du Guzmán. Le premier chapitre
de cet ensemble, « Des amitiés humaines aux savoirs amicaux », porte sur la
représentation de l’altérité dans le Guzmán de Alfarache. Nous sommes parti d’un
passage de la Segunda parte (II, 1) qui énonce l’abandon de la sphère humaine,
privée de toute amitié authentique, au profit de la relation au livre. Un tel mouvement
nous est apparu comme une invitation à concevoir le Guzmán comme une somme
amicale de savoirs. Si l’on applique cette substitution à l’ensemble du livre, on
s’aperçoit que les amitiés humaines sont fort décevantes et ne nous offrent le plus
souvent que des « doubles dégradés » de Guzmán, selon la formule de Michel
Cavillac. Les trois savoirs de la filosofía moral - l’éthique, la politique et l’économie s’imposent ainsi comme le message que le Guzmán semble vouloir nous
transmettre. Par quel artifice assure t-il la force et le succès de sa pédagogie ? Quelle
est alors la fonction du livre ? En quoi prétend-il être le relais de ce que le texte n’a
pas pu, pas voulu faire figurer dans les relations entre les personnages ? En guise de
réponse, l’on pourrait avancer que le livre fonctionne comme un miroir, un double du
lecteur exposé à des vicissitudes dont ce dernier se sait épargné. Une lecture plus
attentive du texte nous conduit vers une définition plus précise de cette relation entre
livre et lecteur.
Dans le chapitre 8, « Présences du lecteur : le souci de l’autre », nous
étudions le dispositif discursif conçu par Alemán visant à intégrer le lecteur dans le
texte, à lui livrer nombre d’éléments qui lui permettent de se forger une opinion sur
ce qu’il lit. L’absence de figures consistantes de l’altérité coexiste avec cette très
brillante construction d’un lecteur inscrit dans le texte. On ne peut nier la variété
d’adresses et d’interpellations que recouvre l’emploi omniprésent d’un tú ; ce qui a
retenu notre attention est la permanence d’un phénomène interlocutif que l’on ne
retrouve guère que dans les textes spirituels ou religieux. Il est certain que la
constitution de ce lecteur consubstantiel au texte confère au Guzmán de Alfarache sa
dimension éthique et atalayiste ; il s’agit d’opérer, grâce à ce procédé, une
transfiguration de tout homme en atalaya afin qu’il découvre, par la lecture, le sens
de l’expérience morale de Guzmán. Selon cette perspective humaniste, chaque
lecteur doit donc se réapproprier l’usage de ses sens et de la clarté de
son entendement (claro entendimiento). Cette connaissance de soi débouche sur une
possible universalisation du discours et des conduites du galérien.
Dans le chapitre 9, « D’une atalaya l’autre », nous abordons, à partir d’une
étude de plusieurs formes de communautés, le rapport entre individu et groupe. Nous
avons eu recours à quelques figures communautaires que nous avons sciemment
traitées de manière identique pour les mettre en correspondance : la société des
gueux à Rome, les communautés domestiques que forment la maison du cardinal et
la demeure de l’ambassadeur français, les communautés familiales, la galère, théâtre
du dénouement de l’oeuvre et, enfin, la représentation élogieuse de la ville de
Florence. Si l’on étudie chacun de ces exemples pour les mettre en relation, il
apparaît que le texte alémanien interroge avec une grande subtilité l’origine et la
nature de la liberté, de l’obéissance, de la subordination et de tout un ensemble
d’affects sociaux qui placent les individus dans des relations de hiérarchie, de
pouvoir, de dépendance. En ce sens, le Guzmán ne participe-t-il pas de ce vaste
mouvement de pensées et de pratiques qui entendent conquérir un nouveau territoire
pour la notion de política ? Aussi, face à un texte dans lequel, selon son auteur
même, certaines idées ont été à moitié exprimées, nous reste-t-il d’autres possibilités
que de créer, par l’interprétation, un vaste réseau de similitudes ? La diversité des
situations de pouvoir évoquées ne vise-t-elle pas à nous conduire vers le dénouement de l’oeuvre ? Nombre d’éléments du texte nous incitent ainsi à penser que Guzmán
demeurera sur la galère en homme libre - « como libre » - mais que le pouvoir royal
ne lui accordera pas la liberté escomptée ; une telle interprétation ferait in fine de la
fiction pseudo-autobiographique créée par Mateo Alemán à la fois une parabole sur
le devenir de la classe bourgeoise et marchande dans l’Espagne de Philippe II, et une
critique des insuffisances de la « Monarchie Catholique ».
Au terme de notre enquête, nous ne pouvons qu’affirmer la singularité
remarquable du Guzmán de Alfarache ; la cohérence de l’expression à la première
personne, la variété des situations romanesques, l’équilibre entre burlas et veras,
l’intégration subtile de nombreux lieux communs qui atteignent par là même une
nouvelle vie, donnent au récit de Guzmán une portée exceptionnelle. Fruit d’un
savoir humaniste global, le récit alémanien a toutefois longtemps été considéré
comme un des premiers textes des lettres espagnoles dans lequel s’exprime un fort
désenchantement (desengaño). Il nous apparaît que, plus qu’une vision pessimiste, le
Guzmán de Alfarache multiplie les ambiguïtés et équivocités afin de favoriser une
lecture active : ne serait-ce pas le propre d’une écriture de la morale que de favoriser
l’autonomie du jugement de celui qui la lit ? Par les multiples réflexions qu’il suscite
chez son lecteur, par l’état d’incertitude dans lequel il le plonge, le récit alémanien
offre un nouveau terrain aussi bien à l’écriture qu’à la morale.
L’écriture du spectacle. Formes et fonctions des didascalies dans le théâtre européen des XVIe et XVIIe siècles
Lundi 6 décembre
13 h 30
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
Mme Véronique LOCHERT soutient sa thèse de doctorat :
L’écriture du spectacle. Formes et fonctions des didascalies dans le théâtre européen des XVIe et XVIIe siècles
En présence du Jury :
M. FORESTIER (PARIS IV)
Mme LAVOCAT (PARIS VII)
M. LECERCLE (PARIS IV)
Mme MARTINEZ (TOULOUSE II)
M. SOUILLER (DIJON)
L’écriture du temps dans les églogues et les élégies de Garcilaso de la Vega
Samedi 27 mai 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Florence MADELPUECH soutient sa thèse de doctorat :
L’écriture du temps dans les églogues et les élégies de Garcilaso de la Vega
En présence du Jury :
Marie-France Delport (Paris 4)
Milagros Torres (Rouen)
Marie-Claire Zimmermann (Paris 4)
Jean-Pierre Étienvre (Paris 4)
Pedro Ruiz Pérez
Résumés
La problématique du temps, dans les Églogues et Élégies de Garcilaso de la Vega, apparaît comme le fondement de l’édifice poétique garcilasien : parce qu’elle ne cesse d’interroger la relation entre le sujet et son objet, l’écriture se présente comme une écriture du temps. C’est cette préoccupation temporelle, reflétée par le choix de formes poétiques significatives, qui révèle le projet esthétique du poète : arriver à représenter l’instant présent, réunion du sujet avec son objet. La première partie de ce travail relève les manifestations d’une expérience temporelle marquée par la douleur : bergers et voix poétique déplorent la perte d’un être cher et dénoncent le caractère arbitraire d’un tel événement. La seconde partie analyse comment cette rupture signe la naissance d’une conscience du temps. L’événement permet aux personnages de sortir de l’ordre de la Nature, sorte de doxa à laquelle tout être se conforme, et de se soustraire à la temporalité qu’elle impose. La notion de tragique exprime la singularité de l’histoire de ceux qui souffrent et définit, pour eux, un temps propre, qu’ils pourront mesurer. La dernière partie explique comment l’image d’un temps vorace pousse les personnages à se tourner vers le passé, à la recherche d’explications, mesurant la distance qui les sépare de leur objet. Par l’image du souvenir, la voix poétique essaye de rendre une certaine présence à l’être disparu. Mais seule l’écriture du pouvoir politique permet d’envisager la jouissance d’une présence véritable, lorsque l’écriture se fait représentation de l’autorité souveraine. Seul l’art de la représentation offre donc les conditions de possibilité pour que se manifeste une existence véritablement présente. Il réunit l’objet avec son sujet dans le présent de la contemplation. Le poème garcilasien se fait alors représentation d’un événement déroulé sous nos yeux, en devenir, et réussit à faire de la durée du temps présent l’objet même dont nous sommes les spectateurs, les sujets.
Writing Time in Garcilaso de la Vega’s Eclogues and Elegies.
The problematic of time, in Garcilaso de la Vega’s Eclogues and Elegies, appears to be the basis of the poetical garcilasian edifice : because it constantly raises question for the relation between the subject and its object, writing is writing time. It is this temporal questioning, reflected by the choice of significative poetic forms, which reveals the poet’s aesthetic project : to succeed in representing the present instant, reconciliation of the subject with his object. The first part of this work deals with the manifestations of a temporal experience marked by pain : shepherds and poetic voice lament the loss of a beloved person and point out arbitrariness of such an event. The second part analyzes how this break maks the birth of a conscience of time. The event allows the characters to get out from the Natural order, a kind of doxa to which every creature must conform, and to free themselves from the temporality Nature imposes. The notion of tragic expresses the singularity of the story of who is in pain and defines, then, a personal, measurable time. The last part explains how the image of a voracious time impells the characters to look backwards, to the past, looking for explanations, measuring the distance from their object. Through the image of remembrance, the poetic voice tries to give a kind of presence to the missing person. But only political writing allows to enjoy a true presence, when writing represents political Autority. Only the art of representation then offers the conditions of possibility for the manifestation of a truly present existence. It reconciles the object with its subject in the presence of contemplation. Then the garcilasian poem becomes a representation of an event unfolding before our eyes and succeeds in making the duration of the present the very object whose subjects we are.
Position de thèse
Les trois Églogues et les deux Élégies composent un corpus solidaire dans la poésie de Garcilaso. Formellement, ce sont les deux nouveaux genres, hérités de la tradition classique, auxquels le poète donne toutes ses lettres, offrant le spectacle esthétique d’un monde raffiné. Les églogues sont certes déjà connues en Espagne, mais les traductions infidèles de Juan del Encina n’ont pas su transmettre ou lire en Virgile ce qui s’épanouit sous la plume garcilasienne.
Au-delà de l’attrait pour des formes inédites, ce choix révèle une sensibilité singulière au temps. En effet, le genre élégiaque, qu’il nourrisse le regret de ce qui n’est plus ou qu’il s’abandonne à de sévères récriminations, fait du temps qui passe l’élément structurant de son écriture. La bucolique, quant à elle, si elle se caractérise par son désir de fuir hors du temps et de se soustraire à son emprise, réfugiée dans l’espace du locus amoenus, n’est pas épargnée par la blessure temporelle ; le chant de la peine retentit également au sein de la Nature pastorale. Les Églogues et les Élégies sont l’expression d’une temporalité marquée par la souffrance. Comment se manifeste cette souffrance ? Y-a-t-il un sens à cette temporalité ? En quoi l’écriture poétique s’offre-t-elle comme une écriture du temps ?
La première partie de notre thèse rassemble les traits caractéristiques de la temporalité garcilasienne, fondée sur l’événement unique des Églogues et Élégies : la séparation définitive d’avec l’être aimé, que celui-ci soit enlevé par la mort ou qu’il soit devenu un cœur infidèle. Cet événement est un drame pour les bergers et la voix poétique, car il se produit brutalement et soudainement : en un éclair, tout ce qui faisait leur bonheur est perdu pour toujours. Un tel événement est d’autant plus douloureux qu’il est irréversible et se présente comme le résultat d’une volonté arbitraire. Sans autre justification que sa pure manifestation, l’événement s’impose à l’être souffrant qui ne peut rien contre la rigueur de ce que la Fortune, le destin, le sort ou la femme infidèle lui inflige. Le berger est impuissant et connaît une souffrance solitaire, sans remède, qui le rend étranger à lui-même. En effet, surgi de façon parfaitement immédiate et décidé par une pure extériorité, l’événement aliène celui qu’il frappe. Non seulement la mort, mais aussi le sentiment amoureux sont vécus comme une aliénation : il s’impose au berger sans qu’il puisse s’y refuser. Le fatalisme de l’ « amor por destino », topique de la lírica cancioneril, mêlé d’accents pétrarquistes et marquiens, vient amplifier cette importance de l’arbitraire pour composer la singularité du monde garcilasien, livré au pouvoir de l’altérité la plus radicale. C’est remis entre les mains d’une volonté étrangère à la leur qu’Albanio, Salicio et Nemoroso semblent évoluer.
De plus, l’arbitraire ôte toute forme de procès à cet événement, il le prive de durée, si bien que cette succession de contraires est si rapide qu’elle semble être une juxtaposition, contenue dans un même instant : l’événement prend alors la forme du paradoxe. Le berger impuissant voit le monde aimé perdre ses contours rassurants et devenir un im-monde, qui érige le principe de réversibilité en règle : le locus amoenus devient locus horridus. Là, règnent en maîtres paradoxes et adynata. Ce bouleversement de la doxa est tel que, désormais, tout semble possible, sans explication. De fait, la compréhension du malheur échappe aux bergers parce que les causes de l’événement leur restent cachées et inaccessibles, décidées par une nécessité aveugle. L’élément de médiation qui permettrait une explication fait irrémédiablement défaut. Aucun confident ni aucun arbitre ne permet à l’être blessé de dérouler son drame dans le temps pour le comprendre ; aucun enfant ne naît de l’union entre Nemoroso et Elisa : tout lien, qu’il soit d’ordre affectif ou cognitif, est brisé. Les bergers sont seuls. Par une sorte d’effet mimétique, l’accident fulgurant, sans durée, condamne ses victimes à la même instantanéité, pétrifiées hic et nunc par le spectacle d’un ordre effondré, comme le montre le relevé des occurrences des adverbes « aquí » et « agora ». Arrêtés dans l’espace et le temps, les bergers sont enfermés dans l’instant fatidique : ils ne peuvent en sortir. C’est donc un temps sans durée que décrit la forme de l’événement et que ce dernier inflige aux personnages.
La fin de notre première partie s’achève sur le tableau d’un espace poétique ravagé et détruit par la souffrance. Quel est le sens de cet abandon, de cette désolation profonde des bergers ? Ce dénuement terrible est-il le même que celui qui conduit Ausiàs March à la certitude de l’anéantissement de son moi ? Malgré les récriminations et les critiques amères, cet événement ne se révèle -t-il pas nécessaire ?
Tel est l’enjeu de la deuxième partie de notre thèse. Éclairée par la lecture de la seconde Élégie, nous avons essayé de voir en quoi la rupture causée par l’accident est indispensable à la naissance de la conscience du temps. En effet, l’analyse de ce poème montre les risques auxquels s’expose celui qui vit dans un temps infini. Épargnée par la violence de l’événement, la voix poétique connaît alors un autre mal : l’ennui d’un temps sans mesure, étiré et impensable. Là est donc le bienfait de l’événement : il rend possible la perception du temps. Forte de cette conclusion, nous avons relu les Églogues et distingué en quoi la blessure du monde pastoral pouvait porter le sens d’une temporalité singulière et signer l’acte de naissance des bergers au temps. Livrés à la souffrance injuste, les bergers découvrent le sens tragique de leur infortune ; l’événement, perçu au début comme une manifestation de l’arbitraire, souligne en fait l’absence de causalité du mal. C’est également ce que suggère la présence insistante de la « culpa », référence explicite à la Faute originelle. Les personnages poétiques ont beau chercher un coupable à leur malheur, il n’y en a pas de véritable. Un sentiment diffus de culpabilité trouble les esprits, mais il n’est pas assumé pleinement et ne permet, en ce cas, aucune libération. Bref, le mal existe sans que sa cause profonde puisse être démontrée par les personnages.
Cette conscience tragique du monde brise la notion d’harmonie entre l’homme et la Nature. La doxa, qui consacrait l’étroite intimité entre les bergers et la Nature par un lien orphique, n’est plus admise. Caractérisé par son drame singulier, le berger est alors un nouvel Adam qui n’appartient plus au locus amoenus et qui affirme son altérité au sein de la Nature. Il devient l’élément paradoxal du monde pastoral. Une telle rupture fonde alors le temps humain : comme le berger se sépare de la Nature, son temps n’est plus confondu avec la mesure cyclique du temps naturel. Le temps unique se diffracte en temps de la Nature et temps de l’homme. Cette séparation pose en réalité la relation du sujet avec l’objet, qui révèle le sens du temps humain. En effet, la distance qui sépare les deux amants inscrit leur relation dans le temps : la séparation va permettre de mesurer la distance qu’il y a entre le sujet et son objet en termes temporels. La notion d’écart est fondamentale. C’est la rupture amoureuse qui permet donc à la conscience de s’ouvrir à la temporalité. A partir du moment où le berger se sépare de la femme aimée, il quitte le monde de la Nature, cette durée bienheureuse dans laquelle il vivait, pour connaître désormais la hâte, la fuite et l’instabilité des choses.
Cependant, certains signes suggèrent que la perte de la durée n’est pas la fin du monde garcilasien. D’une part, au plus profond de sa détresse, Nemoroso nourrit l’espoir de retrouver, un jour, cette plénitude temporelle. D’autre part, la seconde Élégie a montré que l’écriture peut dérouler l’instant fugace. C’est également ce que révèle notre étude sur l’eau. L’élément liquide, chargé de connotations temporelles, semble refléter une évolution dans la temporalité garcilasienne, dont le Tormes et le Tage sont les exemples les plus achevés. L’un retrace l’histoire de la famille d’Albe ; l’autre souligne l’importance de la technique et balaye l’image du poète contemplatif pour en faire un artiste capable de fabriquer. Une lecture simultanée de ces deux fleuves et de la seconde Élégie laisse penser que l’art seul peut expliquer, au sens étymologique de « dérouler », ce qui est sans durée et offrir aux personnages le sens de leur passé.
La dernière partie de notre thèse montre comment l’image d’un temps vorace pousse les personnages à se tourner vers le passé, à la recherche d’explications, mesurant la distance qui les sépare de leur objet. L’examen du passé révèle le rôle fondamental de la mémoire, non pour mieux comprendre la genèse du malheur - le mal garde son étrangeté -, mais pour révéler le sens de la diachronie. Comme champ d’investigation, la lecture du passé met en évidence la notion d’histoire, déroulée jusqu’au présent du berger ; celui-ci est désormais inscrit dans le temps. Le personnage de Nemoroso, figure du juste souffrant, a mis alors en évidence une pragmatique du souvenir : il ne s’agit plus seulement de se pencher sur le passé, mais de sauver le visage aimé de l’oubli et d’exprimer sa fidélité à l’être disparu. Les traces laissées par Elisa permettent ainsi d’entretenir son souvenir et ouvrent la problématique des lieux de mémoire, offerts à la contemplation de tous. L’art apparaît comme le seul témoin capable de transmettre le souvenir vivant de l’absente. Alors que les autres fonctionnent comme de simples marques qui rappellent, l’écriture seule fait du drame personnel du berger l’objet de la mémoire universelle, parce qu’elle crée une image qui touche : elle met devant les yeux l’image de l’être disparu. Elle le représente. L’absent acquiert ainsi une certaine présence et semble proche à celui qui regarde cette image.
C’est ce que développe et précise l’étude de la première Élégie, poème de consolation adressé au duc d’Albe, don Fernando, pour la mort de son frère, don Bernaldino, où le lieu de mémoire a pris la forme du lieu rhétorique. La voix poétique s’appuie sur la composition de l’épicède pour construire peu à peu l’image du défunt. Telle est l’originalité de l’élégie, dans ce croisement dynamique de la consolation avec l’édification du souvenir, où arracher le duc à sa tristesse revient à constituer don Bernaldino en souvenir. Par-là, le souvenir reçoit un sens nouveau : il est l’image du passé, mais surtout s’inscrit dans le mouvemement de la guérison. Dans cette élégie, le sens de l’image est d’aider à surmonter la rupture produite par l’événement funeste. Il ne s’agit plus de représenter le défunt dans le présent pour se complaire dans la contemplation de ce qui n’est plus, mais de renouer avec le cours du temps. L’image du passé rétablit le lien avec le temps, arrêté par la douleur. Ici, sous la forme de l’exemplum : don Bernaldino est offert comme un modèle à imiter pour les vivants. C’est bien le signe d’une nouvelle définition du souvenir : à travers lui, le regard se tourne vers l’avenir et épouse le mouvement du devenir temporel.
On remarque alors que l’image liée au souvenir s’affranchit progressivement de sa relation mimétique avec le réel pour devenir une représentation qui fait appel à la pure création artistique, c’est-à-dire à l’imagination. De l’image de la mémoire fondée sur l’écriture du souvenir, on passe à l’image de la représentation, inventée par la fantaisie de l’artiste. Le présent véritable peut alors être montré. C’est ce que suggère l’écriture du panégyrique, image du Pouvoir politique qui exprime sa pleine présence, hic et nunc et pour toujours. Le sujet de la représentation n’est plus l’absent réel (le défunt), mais l’absent irréel (le souverain) dont il faut peindre la présence rayonnante grâce à l’ecphrasis.
L’analyse de la représentation, telle que l’a découverte le discours du pouvoir, met en évidence quelques éléments que l’écriture doit détourner à son profit pour se représenter et connaître ce présent. L’ironie poétique est que c’est précisément le pouvoir politique qui va servir au poème pour sa propre représentation. Le cadre, nécessaire pour faire advenir la présence, est composé par la dédicace dans la première et la dernière Églogues : l’inscription du pouvoir est utilisée pour montrer le poème. De même, l’ecphrasis à laquelle le panégyrique a recouru est également reprise par l’écriture poétique pour créer une épaisseur supplémentaire au cadre de la dernière Églogue. Dans sa conquête du présent, l’écriture s’affronte donc au pouvoir pour créer les signes de sa présence.
Mais, une fois posées les conditions de possibilité de la représentation, l’écriture poétique doit proposer une image, avoir un objet à représenter. Il faut donc qu’elle invente un événement dont elle nous rende spectateurs et auquel nous assistions, tout comme la mémoire mettait devant les yeux l’image de l’être défunt. Elle n’a alors à sa disposition que la liste des dramatis personae, placée au-dessus des Églogues, thème unique que va représenter le poème. En effet, l’églogue ne raconte pas autre chose que la présence de Salicio et de Nemoroso, puis de Tirreno et d’Alcino. Nous n’entendons que les lamentos successifs des bergers et leur chant amébé. Pour que la simple annonce de ces personnages devienne l’événement présent, c’est-à-dire pour que nous en suivions le déroulement, il faut lui donner un sens temporel en l’inscrivant dans le mouvement du devenir, puisque tel est le sens du temps qu’a découvert l’analyse de la première Élégie. Le cadre joue alors un rôle fondamental : c’est lui qui transforme la liste thématique, le titre, en programme à réaliser dans le corps du poème. Grâce à lui, l’églogue acquiert un mouvement et imite la dynamique du temps qui passe ; capable de créer des effets de retard, elle arrive à rendre désirable l’idée même du devenir. En tant que bordure, le cadre permet donc de faire ressortir le contour du poème et surtout de dessiner l’espace que les personnages vont traverser, d’un bout à l’autre, en se déplaçant. Leur mouvement spatial traduit la durée que met l’événement pour s’accomplir totalement, contenu entre le début et la fin de l’observation. L’écriture saisit alors un présent en train de se réaliser, expression suprême du lien, du bel enchaînement des choses dans le temps, et nous en offre le spectacle, en nous plongeant dans son actualité immédiate et dilatée : surgis du lointain, animés par le seul plaisir de leur chant, Alcino et Tirreno passent sous nos yeux et s’en vont, appelés vers d’autres horizons.
Ainsi, la problématique du temps, dans les Églogues et Élégies de Garcilaso de la Vega, apparaît comme le fondement de l’édifice poétique garcilasien : parce qu’elle ne cesse d’interroger la relation entre le sujet et son objet, l’écriture se présente comme une écriture du temps. C’est d’abord sous la forme de la séparation irrémédiable que se manifeste le temps, pour les personnages, puis cette expérience de la souffrance met en avant la notion d’écart et c’est ce qui ouvre leur conscience à la temporalité. La durée n’est plus appréhendée comme une union heureuse, mais comme distance, ainsi que le souligne la mémoire. L’image que construit cette dernière nous a conduite à examiner le rôle de la représentation. Alors que l’image du souvenir essaye de rendre une certaine présence à l’être disparu, seule l’écriture du pouvoir politique permet d’envisager la jouissance d’une présence véritable, c’est-à-dire lorsque l’écriture se fait représentation de l’autorité souveraine. L’art de la représentation offre les conditions de possibilité pour que se manifeste une existence véritablement présente. Le poème garcilasien se fait alors représentation d’un événement déroulé sous nos yeux, en devenir : l’instant fugitif se transforme en tableau vivant et reçoit une durée qui n’est autre que celle de son propre mouvement, mesurable car compris entre les bornes du cadre posé par la représentation.
Sans renoncer à la définition du temps, sans se détourner de sa dynamique, l’écriture garcilasienne fonde au contraire sa poétique sur le devenir, qu’elle saisit au plus vrai de sa manifestation. Surpassant l’écriture du pouvoir politique, le discours poétique réussit à peindre un présent véritable et plein, mais qui, paradoxalement, ne passera jamais, promis à une éternelle représentation. En effet, devenant représentation, l’écriture parvient à saisir la coïncidence parfaite de l’événement avec notre présent, célébrant la réunion, enfin, du sujet avec son objet. Par la représentation, la durée du temps présent est alors l’objet même dont nous sommes les spectateurs, les sujets.
L’écriture et ses miroirs dans les poèmes et les sermons de John Donne (1572-1631)
Jeudi 29 septembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Guillaume FOURCADE soutient sa thèse de doctorat :
L’écriture et ses miroirs dans les poèmes et les sermons de John Donne (1572-1631)
En présence du Jury :
M. ISELIN (Paris 4)
Mme GARNIER-GIAMARCHI (Paris 8)
Mme LLASERA (Nice)
Mme MARTINET (Paris 4)
L’écrivain, le sommeil et les rêves, des romantiques à l’après seconde guerre mondiale
Mardi 29 novembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Fanny DECHANET soutient sa thèse de doctorat :
L’écrivain, le sommeil et les rêves, des romantiques à l’après seconde guerre mondiale
En présence du Jury :
M. TADIÉ (Paris 4)
M. MABIN (Brest)
M. SCHAFFNER (Amiens)
M. MARCHAL (Paris 4)
Résumés
Le rêve accède à une place privilégiée dans la littérature française à l’avènement de l’ère romantique, mais le sommeil ne reste pas à l’écart de cette élection : les sommeils dits « artificiels » (sommeils dus à la prise de drogues ou hypnose) abondent puis, à l’aube du XXe siècle, le sommeil commun à tous les dormeurs. Si la littérature révèle l’importance du sommeil et des rêves, c’est que l’écrivain, par un témoignage direct ou par l’intermédiaire d’un personnage, met l’accent sur la variété de leurs ressources physiques, psychiques et intellectuelles et le don de leur poésie. La seconde guerre mondiale vient bouleverser ces représentations car elle détruit le rêve pour nombre de dormeurs et remplace le sommeil par l’insomnie. La nuit de sommeil se présente comme un voyage marqué par trois étapes successives (préparatifs de l’endormissement, sommeil et rêves, et impressions de réveil) au cours desquelles un dormeur (ici l’écrivain ou son personnage) découvre progressivement que son initiation au sommeil l’a finalement conduit à l’élaboration d’une œuvre. La confrontation des représentations littéraires du sommeil et des rêves et des découvertes en neurophysiologie et en psychanalyse permet de mettre en lumière l’extraordinaire justesse de l’intuition littéraire.
Dreams attain a privileged rank in French literature at the dawn of the Romantic era, but sleep is not kept out of this choice : so-called “artificial” sleeps (sleeps which result from drug taking or from hypnosis) abound, and then, at the outset of the 20th century, the sleep which is common to all sleepers. If literature reveals the importance of sleep and of dreams, it is because the writer, by means of a direct testimony or through the agency of a character, focuses on the variety of their physical, psychic and intellectual resources, and on the gift of their poetry. The second world war upsets these representations, since it destroys dreams for a good many sleepers and replaces sleep with insomnia.
The night of sleep appears like a journey which is marked by three successive stages (getting ready to fall asleep, sleep and dreams, and waking impressions) in the course of which a sleeper (here the writer or his character) gradually discovers that his initiation to sleep has finally led him to the elaboration of a work.
The confrontation of the literary representations of sleep and dreams and of the discoveries in neuropsychology and psychoanalysis brings to light the extraordinary soundness of the literary intuition.
Position de thèse
Le thème du rêve occupe une place importante dans les œuvres littéraires depuis le début du XIXe siècle et la critique lui a consacré d’innombrables études. Mais le sommeil - qui ne saurait se réduire aux seules productions oniriques - s’il est présent dans la littérature, a peu été examiné, à l’exception notable des articles et ouvrages de Pierre Pachet, sans doute en raison des représentations communes qui le réduisent à un non-événement, une non-expérience, moyen de trouver seulement l’oubli des préoccupations diurnes et l’énergie du lendemain dans un anéantissement récurrent.
Cependant le sommeil littéraire va bien au-delà de cette image de la petite mort : il devient un voyage où le dormeur s’initie aux règles d’un autre monde, revêt un autre moi et touche aux arcanes de la connaissance universelle et de la création artistique. Au réveil, il pourra puiser dans son expérience nocturne une matière poétique inconnue de l’état vigile.
Les bornes temporelles du sujet ont été imposées par le thème du sommeil lui-même qui connaît un véritable essort au début de la période romantique par l’intermédiaire des récits de rêves, mais aussi des sommeils artificiels dus à la consommation d’opium ou de haschisch. Le magnétisme animal et le somnambulisme artificiel ont fourni, à la fin du XVIIIe siècle, le point de départ de l’intérêt grandissant pour ce que l’on nomme aujourd’hui l’hypnose. Si le XIXe siècle se passionne pour les rêves et les sommeils artificiellement provoqués, susceptibles d’offrir au dormeur un véritable « voyage », le XXe siècle commençant semble découvrir la poésie du sommeil habituel avec notamment la contemplation du sommeil d’autrui. Dans les années vingt, le mouvement surréaliste place le rêve au premier plan des productions littéraires et la question du statut poétique du récit de rêve ne fait aucun doute pour les membres du groupe. La parole du rêve ou du sommeil (par exemple les phrases de demi-sommeil ou de réveil) est devenue parole poétique. Par ailleurs, l’interprétation des rêves reprend un souffle nouveau après les fantaisistes clefs des songes du XIXe siècle, avec les travaux de Freud (L’Interprétation des rêves, 1900) et de Jung, travaux dont on trouve une trace de la lecture chez de nombreux auteurs. Deux guerres ont déjà traversé ce panorama du sommeil : celle de 1870 et celle de 14-18. Mais elles n’ont pas eu l’impact de la seconde guerre mondiale sur les récits ou témoignages de sommeils et de rêves. La rupture opérée par cette guerre et l’épreuve des camps pour ceux qui l’ont connue a durablement ou totalement modifié l’expérience du sommeil, remplaçant le rêve par des souvenirs traumatisants (le rêve traumatique) et le sommeil par l’insomnie.
On choisira d’observer la réalité clinique du sommeil et des rêves au travers du prisme littéraire et c’est dans un souci d’exactitude scientifique que le titre précise « le sommeil et les rêves » car il souligne que l’on ne s’intéresse qu’aux rêves survenus après l’inflexion de l’endormissement et non à la rêverie de l’état vigile et que le sommeil profond, dénué de rêves dans les représentations communes, sera largement représenté. Par ailleurs, cette formulation correspond plus exactement à la réalité clinique puisque Michel Jouvet a montré dans de nombreux ouvrages que le sommeil lent et le sommeil paradoxal (dans lequel se déroule la plupart de nos rêves) sont deux états du cerveau très différents, aussi différents de l’état vigile. La neurophysiologie et la psychanalyse, en cherchant à expliquer le déroulement du sommeil et la survenue des rêves, donnent des hypothèses qui serviront de point d’appui - entre autres avec les travaux de Jouvet, Dement, Hobson en neurophysiologie et Freud et Jung en psychanalyse - à notre regard sur la réalité littéraire du sommeil. A ce titre, on ne cherchera nullement à « interpréter » un rêve dans un sens psychanalytique, mais on prendra en compte l’éventuelle interprétation donnée par l’auteur. On pourrait opposer à ces références l’ignorance évidente des auteurs de certains phénomènes récemment découverts, mais ce serait sans compter sur la remarque de Freud qui souligne avec force l’incroyable intuition de l’écrivain : « Nous estimons que l’écrivain n’a nul besoin de rien savoir de telles règles et de telles intentions (...). L’écrivain, (...) c’est dans sa propre âme qu’il dirige son attention sur l’inconscient, qu’il guette ses possibilités de développement et leur accorde une expression artistique, au lieu de les réprimer par une critique consciente. »
Toutes les manifestations propres au sommeil habituel feront l’objet de l’étude, mais aussi certains troubles du sommeil comme l’insomnie, le somnambulisme, les hallucinations de l’endormissement ou du réveil. Le terme « sommeil » peut être employé pour désigner une réalité qui échappe à la stricte définition clinique de ce phénomène : l’hypnose, ce « lumineux sommeil » et les paradis artificiels atteints par la consommation de drogues ou une automédication abusive permettent parfois à l’auteur de faire d’un sommeil une aventure qui n’a plus rien de commun avec la nuit de sommeil proprement dite ; on assiste ainsi, quel que soit le type de sommeil évoqué, et parce que le sommeil est une expérience subjective et intime par excellence, à la création d’un véritable sommeil littéraire, dans lequel nous devons être guidé.
Pour étudier le sommeil, il faut un dormeur car ce n’est qu’au travers de « récits de rêves », de « témoignages » que l’on peut connaître le sommeil d’autrui, et même, son propre sommeil : la nature rétrospective des réflexions que l’éveillé se fait sur sa nuit pose l’incontournable question de la mémoire au réveil et des divergences notables entre temps de sommeil et impression de repos. Le dormeur que nous choisirons sera l’écrivain ou le personnage endormi qu’il fait naître de sa plume, car c’est l’un des privilèges de la littérature que de permettre au lecteur de vivre un rêve au fur et à mesure qu’il se déroule sous les paupières baissées, comme si l’on pénétrait les terres du sommeil.
La construction de l’étude suivra donc pas à pas le cheminement du dormeur, d’abord dans sa confrontation à la nécessité et l’inéluctabilité de l’endormissement, dans l’expérience immuable du sommeil et les aventures et rencontres de ses rêves, enfin, à son réveil, dans son regard sur la nuit passée et le réinvestissement des richesses de la nuit pour l’œuvre à venir ou la compréhension du monde. C’est au travers du déroulement d’une nuit de sommeil que l’on se propose de saisir l’ensemble des représentations qui fondent l’existence d’un sommeil littéraire à proprement parler, tour à tour d’une justesse clinique extraordinaire ou en décalage significatif avec la réalité scientifique.
Se préparer au sommeil, c’est d’abord élire un temps - il est pour beaucoup de dormeurs imposé par le rythme de la vie mais peut aussi nécessiter un aménagement - pour se soustraire aux autres et la nuit peut offrir ce retranchement ou le refuser par les angoisses qu’elle soulève (Bertrand, Supervielle, Bosco) . C’est également faire le choix d’un lieu, d’un « confort », qu’il soit luxueux ou simple, composer avec ce qui touche directement le corps - les draps, l’oreiller. La sieste est très souvent appréciée parce qu’elle bouleverse les habitudes dans l’un et l’autre cadres, donne la sensation de goûter le sommeil en décalage avec les autres, d’être le seul à dormir, quand tout le monde s’agite : elle est en ce sens, un privilège. (Proust, Gracq)
A ces conditions matérielles s’ajoute le regard porté sur le sommeil lui-même : opposant à la vie mondaine un relâchement corporel sans appel, il est souvent moqué en société, particulièrement dans l’œuvre de Proust. Mais l’heure de la veille n’est pas seulement vouée à une résistance volontaire au sommeil : elle peut s’accorder à la veille d’un autre sommeil, à un temps de contemplation impossible à trouver en pleine journée ou exprimer une anxiété répandue à l’approche de la nuit. L’image du sommeil comme petite mort n’est pas seulement un topos littéraire, nombreux sont ceux qui redoutent dans l’expérience de l’endormissement l’abandon de leur vie d’éveillé et l’avant-goût de la mort (Proust, Eluard).
Cette veille choisie peut mener à l’insomnie, vécue douloureusement car elle renvoie à la solitude de l’homme et à son exclusion du sommeil universel. Les causes diverses conduisent toutes à une grande souffrance et au choix d’une hygiène propre à ramener le sommeil dans la nuit (Proust, Corbière). Le nouveau rythme adopté, s’il faillit à sa tâche, peut être remplacé par le recours à un somnifère. La médication du sommeil, loin de procurer le repos attendu, est souvent l’occasion pour l’auteur d’évoquer la dépendance à un produit, l’attitude des médecins, maladroits ou ignares, et celle du malade, enclin à abuser de ces substances prometteuses (Nodier, Balzac, Proust).
Le moment de l’insomnie coïncide parfois avec l’impérieuse injonction de l’inspiration. Née dans le crépuscule du sommeil ou d’un rêve, l’idée féroce force à l’éveil et à l’écriture qui devient arrachement (Hugo, Cocteau). Quand elle ne poursuit pas son chemin dans la rêve, la Muse rive le dormeur réveillé à sa table et à sa plume, pour extraire de lui la poésie volée au rêve. Ce moment douloureux mais privilégié donne enfin à sentir combien l’atmosphère de la nuit, déjà teintée d’onirisme, modifie le monde contemplé et rend évidente la perméabilité de la veille et du sommeil (Bertrand, Fargue).
Comme l’écriture ou la méditation, la contemplation du sommeil d’autrui s’avère une des activités favorites de la veille ou de l’insomnie : le corps abandonné révèle des visages inconnus et la rêverie qu’il suscite projette en lui des images ancestrales, celle du sommeil des éléments (l’eau) ou des végétaux (la fleur) (Valéry, Proust).
Mais la rêverie née de cette contemplation n’a pas toujours cette douceur car le mystère de ce sommeil ne sera jamais révélé : au sourire provoqué par l’abandon des membres succèdent les tortures de la jalousie, les rêves de l’être aimé recélant le danger des visages inconnus et cachés (Cocteau). Loin d’apaiser cette inquiétude, l’agitation du dormeur vient parfois corroborer les doutes, laissant s’échapper d’énigmatiques paroles ou des gestes imprécis. Seul le sommeil à deux peut alors amener la réconciliation et permettre parfois un endormissement retardé (Bosco, Giraudoux, Cocteau).
Le monde du sommeil et des rêves, s’il est donné à tous, toutes les nuits, n’en est pas moins fort bien gardé. Et ce n’est qu’après un passage, un rite - celui de l’endormissement - que l’on y accède. Il est repérable aux indices d’une lutte du nouveau dormeur, lutte marquée par de brusques mouvements, les hallucinations qui dansent sans relâche davant les yeux et qui font parfois croire à un rêve et à la légèreté de ce premier sommeil, fait de réveils rapides qui maintiennent pour un temps la perméabilité veille-sommeil. (Proust et Bosco) Passée cette première étape, le dormeur est happé par le sommeil, projeté dans un abîme qui semble sans fond. (Nerval) C’est alors que commence son initiation, le plaçant face à de nouvelles règles, celles de ce nouveau monde, mais aussi de nouveaux pouvoirs. (Bosco)
Les rythmes du sommeil sont très justement pressentis par les auteurs (notamment par Proust) qui distinguent précisément sommeil sans rêve et expérience onirique. Mais leurs intuitions ne s’arrêtent pas là, car les différentes profondeurs du sommeil sont parfois décrites avec une pénétration étonnante, faisant admirablement correspondre la courbe du char du sommeil (Proust) avec les courbes de profondeurs du sommeil. Le rêve et ses manifestations ont intrigué de longue date l’écrivain qui souligne abondamment leurs caractéristiques majeures, relevées également par la neurophysiologie et la psychanalyse : les mouvements empêchés, l’intégration des stimuli, l’acceptation a-critique et enfin, le cas particulier et encore mal connu du rêve lucide (Leiris). Le somnambulisme, qui ne saurait s’expliquer par une « vie du rêve » trouve aussi sa place dans les œuvres, mais permet souvent une péripétie, un rebondissement, ou sert d’appui à une métaphore : on trouve peu de descriptions de somnambule conformes à la clinique de ce trouble du sommeil ; on apparente encore beaucoup le somnambulisme - surtout au XIXe siècle - à un sommeil artificiel.
Les sommeils artificiels représentés dans la littérature appartiennent à deux grands domaines : les effets de la médication et des drogues et l’hypnose. Le XIXe siècle se passionne pour ces substances qui doivent faire basculer la vie réelle dans le rêve, particulièrement chez Gautier et Baudelaire : les narcotiques surtout et dans une moindre mesure l’alcool, mais on constate que ces sommeils provoqués ne résistent pas à la comparaison avec les bienfaits et la poésie d’une nuit de sommeil naturel. Au contraire, les risques encourrus par le dormeur finissent par le détourner de cette recherche exagérée de la fantaisie, du rêve à tout prix, qui met en péril le vrai rêve : Proust et Cocteau en témoignent. L’hypnose est encore appelée « somnambulisme artificiel » au XIXe siècle (Dumas, Balzac). Elle représente un cas particulier de par la présence de l’hypnotiseur (sauf dans les cas d’auto-hypnose) qui place le dormeur dans une situation de dépendance, de soumission. Elle peut être considérée comme un sommeil - elle correspond en réalité à de la somnolence et connaît elle aussi différents degrés (à la manière des différentes profondeurs de sommeil). L’hypnose littéraire n’en conserve que deux, dotés de caractéristiques très diverses : un état voisin du coma ou une voyance mentale extraordinaire.
La constitution de l’autre monde du sommeil est avant tout un phénomène de mémoire, qu’il s’agisse du souvenir des sensations, rédupliquant le réel, le transformant, le rappelant avec une acuité décuplée ou du souvenirs de visages anciens, ramenant le plus souvent à la vie ceux qui l’ont perdue.
Si les personnages du rêve subissent des transformations, le dormeur n’est pas épargné par le travail du rêve. Lui aussi est hanté par les images de son passé, un passé qui remonte à l’enfance, comme le soutenait Freud, mais aussi à un héritage ancestral. Certains dormeurs, confrontés à l’épreuve des camps (Delbo, Semprun, Cayrol, Antelme), montrent combien la mémoire du rêve peut se fixer à la date d’un traumatisme, anéantissant toute créativité, tout renouvellement onirique. Le rêveur n’est plus que l’homme ou la femme confronté un jour et pour toujours à la mort. Si le passé revient avec force dans les rêves, il n’explique pas à lui seul les modifications qui touchent l’être et le comportement du dormeur rêvé, particulièrement dans les œuvres de Michaux. Un autre moi se fait jour, correspondant à cette autre vie du rêve.
Au travail de la mémoire s’ajoute celui d’une recomposition symbolique. La rêverie littéraire sur le sommeil propose la création d’une véritable archéologie du sommeil qui permet à l’homme de descendre dans l’obscurité de son corps, par un escalier intérieur, le guidant progressivement jusqu’aux espaces du sommeil (Proust, Leiris, Paulhan, Mérimée). Le monde ainsi découvert connaît de nouvelles propriétés : l’élasticité tout d’abord (Jouve, Breton) et le détournement ou la métaphore (Huysmans, Baudelaire).
Il est aussi un espace où tout fait signe, où l’on pourrait croire qu’à tout mystère correspond une clef. Ainsi, les personnalités se déguisent et se superposent (Breton, Jouve) toute idée devient situation (ce que Freud appelle la « figurabilité ») (Balzac, Huysmans, Eluard). Et le signe se met en scène, dans une filiation mythologique, (Nodier, Gautier, Huysmans), dans les terreurs du cauchemar (Hugo, Jouve), ou les systèmes de rêves (rêves répétés ou liés : Nodier, Yourcenar, Bosco).
Le sommeil paradoxal, période pendant laquelle se déroule la plupart de nos rêves, correspond à un troisième état du cerveau, aussi différent du sommeil lent que de l’éveil. Mais est-il aussi un nouvel « état d’esprit » ? La littérature semble répondre par l’affirmative car elle confère au rêveur des dons de voyance, par le biais de la prémonition notamment et de connaissance universelle (Valéry) mais aussi et surtout ceux de la création artistique : grâce à la force d’évocation propre au rêve, la « Muse nocturne » (Proust et Cocteau) déploie ses talents dans le sommeil et le rêve apparaît alors comme l’œuvre d’art inégalée (les Surréalistes) ou comme la matière première de l’œuvre d’art (Huysmans).
Au réveil, c’est-à-dire à la fin de ce périple dans un monde nocturne à la fois familier et inconnu, il faut redécouvrir le monde et se redécouvrir, soi. Le réveil est avant tout fait de « retombements dans le sommeil » (Paulhan) et donne une image très contrastée de la vie éveillée : selon les dormeurs, la vie retrouvée provoque un écœurement, une lassitude, un dégoût ou au contraire, la sensation merveilleuse d’une restauration physique et psychique grâce à l’impression de repos. (Proust) La nécessité de préserver la magie des derniers instants de sommeil s’impose (Supervielle), jusqu’à ce que la conscience de soi revienne, en même temps que les gestes matinaux et machinaux.
La perte de repères n’est pas seulement personnelle : elle concerne également les cadres dans lesquels s’ancrent notre vie diurne : l’espace et le temps. Car le voyage effectué a provoqué un réel « décalage horaire » que l’horloge interne ne parvient pas forcément à pallier : ainsi projeté dans le temps ou hors du temps, le dormeur à peine réveillé voit se succéder dans son esprit une cascade de souvenirs, qui le font aussi voyager dans l’espace. La traditionnelle question des évanouies « où suis-je ? » s’accorde bien à l’état d’esprit de certains réveils. Car si la mémoire propose d’abord le souvenir d’un lieu pour correspondre au réel, au fur et à mesure de son réveil, le dormeur doit déconstruire et reconstruire sa connaissance de l’espace, avant d’atterrir dans sa chambre, dans son lit. (Proust)
La mémoire au réveil n’a plus rien de commun avec celle du sommeil, dont on a vanté les qualités décuplées. Elle se caractérise au contraire par ses lacunes et la première caractéristique du souvenir de rêve est bien sa fugacité, sa fragilité. Par ailleurs, le rêve, pour l’éveillé, n’est qu’un souvenir passé par le prisme de l’éveil (Valéry). Il n’a plus rien de commun avec le scénario foisonnant de péripéties et de détails qu’offrait une plongée directe et littéraire au sein de l’imaginaire d’un dormeur. A cette défaillance de la mémoire s’ajoute celle de la parole, incapable de transcrire, de traduire le rêve, autrement qu’avec des commentaires (Char, Yourcenar) et un constat récurrent de l’impossibilité à dire. (Loti)
Raconter le rêve, c’est avant tout partir à la quête d’un sens, prendre l’autre à témoin d’une bizarrerie dont on voudrait intellectuellement se rendre maître. Les premiers commentaires font état de l’extravagance, de la légèreté du rêve et rappellent combien le XIXe siècle lie rêve et folie. Au-delà de ces jugements le plus souvent lapidaires, le déchiffrement du rêve révèle que les dormeurs attendent en réalité une réponse à des préoccupations diurnes (Jouve), peut-être même une direction à suivre dans l’existence (Paulhan).
Le réveil est passé, mais la nuit, les rêves, dominent encore l’imaginaire. La Muse nocturne continue son chemin dans l’esprit de l’homme réveillé jusqu’au moment de l’écriture. Car le sommeil et le rêve sont bel et bien présents dans la littérature : d’abord par le cadre onirique de certains textes, donnant à s’interroger sur toute la trame parcourue et qui semble issue d’un rêve (Barbey d’Aurevilly), l’atmosphère hypnique ou onirique de certains textes comme par exemple Les Chants de Maldoror, largement dominés par les puissances de la nuit, puis ce que l’on appellera la « composition sur rêves », un texte entièrement construit à partir de rêves réels ou fictifs (Leiris, Jouve, Nodier, Neveux), enfin, le sommeil ou le rêve calqué, donnant un corps d’encre et de papier à cette expérience impalpable : Agathe de Valéry, Mélusine de Hellens, Léone de Cocteau, Calixto de Desnos. Mais le poète ne se contente pas transposer les dons de la Muse nocturne. Il les élit « poèmes ». La « fétichisation du produit onirique » par le groupe surréaliste illustre à elle seule le statut acquis par le rêve en littérature et l’on ne sera pas étonné de voir fleurir après les années 1920 des florilèges nocturnes (Paulhan, Yourcenar) ou des journaux de rêves (Leiris).
Au sein de l’œuvre, le sommeil occupe une place particulière, le plus souvent en rapport avec le genre littéraire dans lequel il apparaît. Dans le roman, il doit être une péripétie et à ce titre, l’hypnose ou le somnambulisme apparaissent de manière privilégiée (Dumas, Balzac, Villiers de l’Isle Adam). Au théâtre, il est un signe. Le corps abandonné sur le plateau vaut par l’abandon qu’il révèle ou le rêve répresenté plus loin, par des personnages chargés de donner corps au scénario onirique (Giraudoux, Neveux, Valéry). En poésie enfin, le sommeil - ou d’ailleurs l’insomnie (Corbière) - devient un dieu (Gautier, Lautréamont). Lorsqu’il n’entre pas dans ces catégories, il témoigne de la fascination d’un auteur pour les mystères du sommeil et du rêve à travers l’érudition présente dans le texte (Michaux, Lautréamont, Leiris) ou encore la minutie d’une observation personnelle (Proust).
Tous les dormeurs n’ont pas ce regard : la sensibilité qui caractérise l’écrivain, l’artiste, le rend capable de réaliser l’importance du sommeil non seulement pour sa vie de créateur, d’homme, mais encore pour mieux comprendre sa place dans l’univers. Se pencher sur le sommeil donne à sentir l’intuition d’un tout, faisant du sommeil et de la veille les deux faces indissociables de la vie de l’homme, l’alternance à laquelle elles le soumettent donnant parfois à la vie l’apparence d’un songe. L’altérité du dormeur, évoquée plus haut, se résout ici, dans le choix du rêve et de la folie pour certains (Nodier, Neveux), celui de « vivre avec » son double (Michaux) ou dans le désir de ne faire qu’un (Jouve).
Le cycle du sommeil, entre anéantissement et redécouverte de la vie s’apparente étrangement à l’image que l’on se fait de la mort et de la résurrection : microcosme de la vie, le sommeil aurait donc beaucoup à nous apprendre. Michel Jouvet fait l’hypothèse que le sommeil paradoxal permet la programmation itérative du cerveau, donnant à l’individu une possibilité de conserver son originalité contre la pression homogénéisante de la société : l’imaginaire éveillé ne serait-il pas alors le fils du rêve nocturne ? On peut rêver ...
Ce n’est qu’au terme de ce parcours que l’on pourra envisager en conclusion un panorama chronologique de l’évolution des représentations au cours du siècle et demi écoulé. La sombre borne finale, imposée par le sujet, ne doit pas faire oublier les merveilleuses équations des poètes, pour lesquels le sommeil permet de franchir les portes de la souffrance et de la mort : « Nul ne put briser les ponts qui nous menaient au sommeil et du sommeil à nos rêves et de nos rêves à l’éternité. »
L’éducation musicale dans l’enseignement général en Côte d’Ivoire.
Lundi 16 février 2004
9 heures
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. GBAKLIA KOFFI soutient sa thèse de doctorat :
L’éducation musicale dans l’enseignement général en Côte d’Ivoire. Pratiques et démocratisation
en présence du Jury :
M. DE LANNOY (TOURS)
M. DURNEY (DIJON)
Mme GUTH (STRASBOURG II)
M. MIALARET (PARIS IV)
Mme PISTONE (PARIS IV)
L’égalité par l’identité : les enjeux de la classification "ethno-raciale" aux Etats-Unis
Samedi 25 novembre 2006
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Olivier RICHOMME soutient sa thèse de Doctorat :
L’égalité par l’identité : les enjeux de la classification "ethno-raciale" aux Etats-Unis
En présence du Jury :
Mme AZUELOS (PARIS 3)
M. FRAYSSÉ (Paris 4)
M. LAGAYETTE (PARIS 4)
M. MICHELOT (IEP)
Résumés :
Notre étude se présente comme une analyse du rapport entre la création de statistiques « ethno-raciales » et les notions d’identité et d’égalité. L’utilisation massive de ces statistiques, d’abord à des fins discriminatoires puis à des fins anti-racistes ou réparatrices, a des conséquences non négligeables sur la conception que l’Amérique se fait d’elle-même, de son identité, de ce que représente la notion d’égalité et de la façon de la mettre en oeuvre. Cette classification représente donc un enjeu identitaire considérable pour une nation qui se définit et s’organise politiquement, juridiquement et administrativement autour de ces statistiques, comme l’illustrent les exemples de l’immigration, de la naturalisation, du mariage, l’étude des disparités de santé publique, l’évolution de la recherche médicale, du fonctionnement du recensement, des Statistiques vitales, la question de l’adoption ou bien des politiques d’affirmative action et de découpe des circonscriptions électorales.
Our study is an analysis of the relationships between the creation of “ethno-racial” statistics and the notions of identity and equality. The massive use of those statistics, first for discriminatory purposes then for anti-racist or remedial purposes, has major consequences for America’s conception of itself, of its identity, of what the notion of equality represents and the means to achieve it. Thus this classification raises formidable identity issues for a nation whose definition along with its political, administrative and legal organisation revolve around theses statistics. This point can be observed through several examples such as policies of immigration, naturalisation and marriage, the study of health disparities, the evolution of medical research, the functioning of the census, of Vital statistics, the adoption issue or policies of affirmative action and redistricting.
Position de thèse :
Un des points essentiels et trop souvent écarté du discours identitaire américain est le rôle joué par la classification « ethno-raciale » au sein de ce système politique, qui rend la construction et la dynamique des rapports de force identitaires d’une nature bien différente de ce que l’on rencontre dans d’autres pays où de telles statistiques n’existent pas. Cette différence est primordiale pour qui veut saisir chaque société et chaque culture dans sa spécificité. En d’autres termes, on n’est pas « Noir » ou « Blanc » aux Etats-Unis comme on peut l’être dans d’autres pays et une des raisons à cela est la prégnance des statistiques. Cependant, on ne peut pas répondre à la question « qu’est-ce qu’un Blanc » aux Etats-Unis sans répondre en partie à la question « qu’est-ce qu’un Américain ». C’est donc à travers l’expérience empirique de la création et de l’utilisation des statistiques que nous avons tenté de donner un entr’aperçu d’une des spécificités de ce fait collectif qu’est la nation américaine.
L’organisation de la société états-unienne autour du concept de minorité, et en particulier de minorité « ethno-raciale », ce « multiculturalisme à l’américaine » parfois tant décrié, repose sur un système politique qui s’appuie, en même temps qu’il participe à le créer, sur un édifice de statistiques « ethno-raciales » extrêmement complexe, qui remonte aux fondements de la République et qui est omniprésent à tous les niveaux administratifs, juridiques ou politiques du système démocratique américain. Parler du droit des communautés, des politiques d’affirmative action et autres singularités de la société états-unienne, sans faire le lien avec la classification « ethno-raciale » qui sous-tend et rend possible une telle organisation, ne permet pas d’appréhender dans son ensemble la dynamique de cette société, ses affrontements, ses transformations, ses contradictions, ses stratégies, qui se matérialisent dans les appareils étatiques et dans la loi. Car cette classification, qui amène la statistique au cœur du système identitaire, fait partie intégrante de l’image que la nation américaine se fait d’elle-même, de la façon dont elle s’envisage, dont elle conçoit l’égalité, ainsi que les techniques qu’elle met en œuvre pour l’atteindre. Notre étude se présente donc comme une tentative d’analyse du rapport entre la création de statistiques « ethno-raciales » et les notions d’identité et d’égalité. Il nous semble que la dynamique de la société américaine peut être appréhendée à travers les relations et les tensions entre ces trois pôles, cette autre trinité, dont les échanges et les rapports de force incessants orientent l’évolution de la nation états-unienne.
Dans une première partie, nous avons tenté, dans une perspective historique, de mettre en lumière le lien très fort qui unit aux Etats-Unis les concepts de « race », d’identité et de citoyenneté américaine. A travers les trois étapes de la révolution américaine qui s’étala en fait sur presque deux siècles, on voit que l’idée de « race » joua un rôle primordial, si ce n’est le rôle le plus important, dans la construction de la nation américaine. Cette omniprésence de l’identité « raciale » se retrouve dans les politiques d’immigration ainsi que la législation relative à la naturalisation. C’est que le fait de pouvoir immigrer aux Etats-Unis et devenir citoyen américain était directement lié à l’identité « raciale ». Ces étapes primordiales dans la construction de la nation américaine établirent des normes juridiques à travers la mise en place de catégories « raciales » créatrices de droit. Celle-ci influencera aussi les relations sociales puisque les unions entre différents groupes « raciaux » seront châtiées, poussant le pays vers une définition inexorablement plus précise quant à la mixophobie de la pureté du sang. Cette hantise du mélange, du « métissage », aura pour conséquence de mener au phénomène du passing qui fait que l’identité « raciale » n’est plus affaire d’apparence - souvent trompeuse - mais d’hérédité, de contamination invisible.
Cette conception juridico-sociale de l’identité « raciale » va tout de même s’appuyer principalement sur les travaux scientifiques et les théories biologisantes des XVIIIème et XIXème siècle. La genèse de cette identité « raciale » fondée en droit est donc inséparable du discours scientifique de l’époque. Les théories darwiniennes vont être reprises pour être appliquées aux sociétés humaines et mener petit à petit à l’avènement de l’eugénisme. Cette approche héréditariste aura un impact déterminant sur le concept de culture qui sera dès lors très empreint de déterminisme. Et, ironie de l’Histoire, c’est la révolution pour les droits civiques qui va concourir à faire revenir sur le devant de la scène scientifique des considérations que le choc de la Seconde Guerre mondiale était venu ébranler. Ainsi, la recherche médicale contemporaine, au nom de l’étude épidémiologique et de la lutte contre les disparités médicales entre les différents groupes « ethno-raciaux » favorisera, le rapprochement entre la génétique et la question identitaire dont la commercialisation de médicaments destinés à un seul groupe « ethno-racial » représente la manifestation la plus saillante de ce glissement épistémologique. L’identité américaine s’est donc construite autour d’une classification « raciale » basée sur une conception scientifique des « races » humaines qui influence la manière dont sont abordées les politiques de lutte contre les disparités de santé publique.
Dans une deuxième partie, nous nous sommes efforcés de décrire l’évolution historique et le fonctionnement de la classification « ethno-raciale » au sein de l’instance gouvernementale la plus importante en matière de création de statistiques : le recensement. Nous avons notamment mis en lumière comment l’apparition de nouvelles identités officielles était liée au contexte politique et au dialogue social de l’époque. Ainsi, le fonctionnement moderne du recensement, soit depuis les années 1970, permet d’observer les tensions occasionnées par les revendications identitaires et l’impératif de lutte contre les discriminations. Ces tensions ont d’ailleurs pour conséquence de faire surgir des politiques d’hétéro-identification, c’est-à-dire effectuées par un tiers, qui font de l’identité « ethno-raciale » un phénomène innée, existant avant la naissance et après la mort de l’individu. La multiplication et la complexité toujours croissante des Statistiques vitales, qui sont devenues un des outils privilégiés de lutte contre l’inégalité entre les différents groupes face à la maladie et aux conditions de vie, devient, en fait, un enjeu de reconnaissance culturelle, comme le confirme l’exemple de l’adoption transcatégorielle. Effectivement, les groupes minoritaires aspirent à voir les enfants être adoptés par des parents de la même catégorie « ethno-raciale » sous prétexte de protéger leurs spécificités culturelles. Tout enfant possède intrinsèquement une identité « ethno-raciale » qui ne doit pas déterminer la qualité de son existence et de sa santé bien qu’il soit dans son intérêt d’être élevé par les adultes de son groupe, seuls à même d’entretenir et de développer cette identité originelle. Cette représentation catégorielle de la nation, suivant la classification mise en oeuvre par le gouvernement, participe à faire de la classification « ethno-raciale » un enjeu culturel où l’intérêt identitaire de l’enfant rejoint celui de l’existence de la communauté. Ainsi, l’auto-identification et l’hétéro-identification entretiennent un dialogue dans lequel identités et corps s’entrecroisent au sein d’un système que l’on pourrait qualifier de « bio-politique ».
La création de ses statistiques, si elle facilite une certaine symbiose entre identité « ethno-raciale » et culture, permet aussi une organisation politique spécifique que l’on appelle outre-Atlantique la racial politics. Dans notre troisième partie nous avons donc étudié les contours de l’espace politique créé au sein du système démocratique américain par la rhétorique de l’égalité « ethno-raciale » et le rôle que jouent les statistiques dans son élaboration et sa légitimation. Pour ce faire, nous avons analysé les difficultés soulevées par la mise en œuvre des politiques de traitement préférentiel des minorités « ethno-raciales » qui s’organisent autour des statistiques tout en venant les renforcer. En effet, que ce soit dans le domaine de l’emploi, de la passation des marchés publics ou de l’accès à l’université, la notion d’égalité ne s’envisage qu’à travers le prisme de la classification « etho-raciale ». Tant et si bien que l’on assiste à la mise en place d’un système de représentation proportionnelle des minorités, seule preuve de la disparition des discriminations, alors même que le discours juridique et méritocratique tend vers l’établissement d’un norme de non-prise en compte de l’identité « ethno-raciale ». Ce paradoxe du pacte républicain états-unien n’est cependant pas le seul. Ainsi, une autre politique apparaît aussi comme une entorse nécessaire à l’ethos américain et aux principes démocratiques. L’absence de minorités « ethno-raciales » aux postes de pouvoir est perçue comme une marque de l’héritage ségrégationniste. Afin de faciliter leur élection on fait appel au charcutage électoral dans le but de créer des circonscriptions électorales permettant l’accession de minorités à des postes de responsabilité politique. Encore une fois la justification de cette pratique est qu’elle est dans l’intérêt du groupe minoritaire. Or, cette volonté de redorer la légitimité d’un système électoral entaché de discrimination institutionnalisée a pour conséquence de renforcer le rôle du législateur dans l’issue des élections. Celles-ci sont bien souvent jouées d’avance afin de permettre l’élection de candidats issus de groupes minoritaires. La représentation politique des minorités entendue en tant que présence d’élus minoritaires s’effectue au prix d’élections non concurrentielles. Et la légitimité perdue du processus électoral par l’absence de minorités visibles est compensée par une augmentation de leur nombre qui passe, paradoxalement, par une réduction de la compétition électorale source, elle aussi, de délégitimation du processus démocratique. Cette volonté égalitariste par l’intermédiaire de la classification « ethno-raciale » fait jouer, en quelque sorte, la démocratie contre la démocratie.
Ainsi, à travers la convergence mais aussi les rapports de force entre les revendications identitaires et les l’impératifs de lutte contre la discrimination « ethno-raciale », les paradoxes de l’« ethno-racisation » égalitariste et du multiculturalisme antiraciste, nous espérons exposer les modalités d’existence des statistiques « ethno-raciales » au cœur du système politique et identitaire américain et en isoler par-là même une des spécificités incontournables. Toutes ces pratiques ont en effet en commun de ne jamais remettent en cause la classification « ethno-raciale » mises en place à l’origine à des fins discriminatoires pour désormais l’utiliser à des fins anti-racistes ou réparatrices. Par conséquent, la présence et l’utilisation massive de ces statistiques a des conséquences non négligeables sur la conception que l’Amérique se fait d’elle-même, de son identité, de ce que représente la notion d’égalité et de la façon de l’atteindre. En fait, la classification « ethno-raciale » représente un enjeu identitaire considérable pour le pays qui se définit et s’organise politiquement, juridiquement et administrativement autour de ces statistiques. Sans elles l’Amérique n’aurait pas le même visage. Sans elle être américain ne signifierait pas la même chose.
L’élaboration d’une conviction en contexte d’incertitude cognitive. Le choix français de la réduction du temps de travail pour lutter contre le chômage
Mardi 7 décembre
14 h 30
INHA
Salle Vasari, 1er étage
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
M. Frédéric GERARD soutient sa thèse de doctorat :
L’élaboration d’une conviction en contexte d’incertitude cognitive. Le choix français de la réduction du temps de travail pour lutter contre le chômage
En présence du Jury :
M. BOUDON (PARIS IV)
M. CHAZEL (PARIS IV)
M. DURAN (ENS CACHAN)
M. JOBERT (CNRS)
M. TADDEI (PARIS XIII)
L’énergie électrique du Nord de la France (1907-1946) : l’histoire d’une grande entreprise de production, transport, distribution de l’électricité
Vendredi 21 janvier
14 heures
En Sorbonne, salle F040, esc. F, RDC
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme HYANG-LAN CHOI soutient sa thèse de doctorat :
L’énergie électrique du Nord de la France (1907-1946) : l’histoire d’une grande entreprise de production, transport, distribution de l’électricité
En présence du Jury :
M.BARJOT (PARIS IV)
M. BOUNEAU (BORDEAUX III)
M. DARD (METZ)
M. HAU (STRASBOURG II)
M. VUILLERMOT (BESANCON)
L’épithète et la connivence : écriture concertée dans un corpus de textes évangéliques français (1523-1534)
Samedi 20 décembre
14 h 30
En Sorbonne, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Isabelle GARNIER MATHEZ soutient sa thèse de doctorat :
L’épithète et la connivence : écriture concertée dans un corpus de textes évangéliques français (1523-1534)
en présence du Jury :
M. BEDOUELLE (Fribourg)
Mme BERTRAND (CLERMONT II)
Mme HUCHON (PARIS IV)
M. MILLET (BÂLE)
M. ROUSSEL (EPHE)
L’épopée de Duala de Jeki la Njambe’ a inono : Textes et contexte
Samedi 9 octobre 2004
9 h 30
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Auguste Leopold MBONDE soutient sa thèse de doctorat :
L’épopée de Duala de Jeki la Njambe’ a inono : Textes et contexte
En présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS IV)
M. DE ROSNY (UNIVERSITE)
M. KESTELOOT (IFAN)
M. SUARD (PARIS X)
L’époque de la finitude après l’achèvement de la métaphysique selon Nietzsche et Heidegger
Samedi 25 mars 2006
14 heures
CHANGEMENT DE SALLE ET DE DATE
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Jérôme AUDRAN soutient sa thèse de doctorat :
L’époque de la finitude après l’achèvement de la métaphysique selon Nietzsche et Heidegger
En présence du Jury :
M. MARION (Paris 4)
M. COLETTE (Paris 1)
M. FRANCK (Paris 10)
M. MARQUET (Paris 4)
Résumés
La métaphysique demeure incapable de penser la finitude parce qu’elle envisage l’homme d’emblée comme une négativité par rapport à Celui qui le dépasse infiniment - Premier Moteur, Substance, causa sui, etc.
Avec Nietzsche et Heidegger, ce rapport s’inverse et la finitude est éclairée positivement parce qu’elle devient première dans l’ordre des « choses », à la fois ontologiquement et chronologiquement. Finitude et solitude définissent désormais les lois ontologiquement législatrices de la nature humaine.
C’est l’abandon du logos au profit d’une langue « poé(ma)tique » qui permet d’abord d’articuler ce « renversement », ce « saut », ce « tournant » dans et de la pensée.
Avec la finitude cependant, sont dévoilées des « expériences de partage », qui introduisent paradoxalement une rupture de finitude. Cette transcendance renouvelée impose une réflexion qui se situe en deçà du principe d’individuation, et que Nietzsche et Heidegger récapitulent respectivement sous les notions de « Sacré » et de « Dionysiaque ».
The "epoch" of finitude after the completion of metaphysics according to Nietzsche and Heidegger
Metaphysics remains incapable of incorporating finitude because it primarily considers human existence in the negative in relation to the One who exceeds him infinitely - First Mover, Substance, causa sui, and so on.
With Nietzsche and Heidegger, the reverse is true : finitude is brought into a positive light because it becomes the first in order of "things", both ontologically and chronologically. Henceforth finitude and solitude define the ontologically legislative laws of human nature.
It is the surrender of the lόgoV on behalf of a "poe(ma)tical" language which first authorizes the articulation of this "inversion", this "jump", and this "turn" in and of thought in general.
With finitude, however, some "sharing experiences" are disclosed, which paradoxically introduces a breaking from finitude. This renewed transcendence imposes a reflection that is situated under the individuation principle, and this Nietzsche and Heidegger respectively recapitulate under the notions of "Sacred" and "Dionysiac".
Position de thèse
L’étude géographique des disparités territoriales dans le banat roumain
Jeudi 30 novembre 2006
14 heures
Université de Bucarest (ROUMANIE)
Mme Catalina-Armanca SIRBOVAN soutient sa thèse de Doctorat :
L’étude géographique des disparités territoriales dans le banat roumain
En présence du Jury :
M. INAOS (BUCAREST)
Mme PATRU (Bucarest)
M. SANGUIN (PARIS 4)
M. SURD (BABES)
Résumés :
Le Banat est aujourd’hui une région tranfrontalière qui s’étend sur le territoire des trois pays : la Roumanie (qui détient 18 966 km), la Serbie (avec 9 276 km) et enfin l’Hongrie avec 284 km).
Quoi que son niveau de développemnt lui assure la deuxième place après la capitale, la région réunit des sousystèmes différenciés sinon même contrastés. Tout en partant de la théorie et de la méthodologie qui puisse jaloner une telle démarche, l’étude se propose de mesurer au niveau de micro-échelle l’importance de ces disparités à fin d’établir une typologie spatiale. Les aires identifiés de cette manière seront analysées d’après une démarche prospective dans le cadre de laquelle les procesus actuels d’élargissement de l’Union Européenne, mais aussi de la transition socio-économique trouvent leur place en tant que solutions.
Banat is a cross-border region, covering territories belonging to three countries : Romania Serbia and Hungary. Although the development level of the region places Banat on the second level after Bucharest, the capital city, the region displays some discrepancies, event contrast. The study aims to show methodologically and theoretically the geographic research of the contrasts, on grounds o which it should establish the differences on micro-scale level, the intra-regional typology and analyze the subspaces revealed by dies research in prospective manner that should take into account the present processes of social-economic transition and of the EU enlargement.
Banat still remains a place of living, a region much loved by its inhabitants. Thus it may represent a valid space for the study of the necessary intra-regional development strategies.
Position de thèse :
Dans la conscience collective du peuple roumain, le Banat est la région culturelle -historique qui s’étend entre la rivière Mures au nord, la rivière Tisa au nord ouest, le Danube, à l’ouest et au sud et - en fin - les Carpates à l’est.
Aujourd’hui c’est une région transfrontalière qui se déploie sur le territoire de trois pays : la Roumanie (18 966 km2 ), la Serbie (9376 km2) et l’Hongrie (284 km2).
Espace de l’ethno - genèse du peuple roumain, disputée dans le Moyen Age par les hongrois, les turques et les Habsbourgs, elle revint à ces derniers au début du XVIII - ème siècle.
En tant que province personnelle de la Maison de Habsbourg, le Banat a été un espace expérimental pour les théories mercantilistes de l’époque. Ce statut lui a occasionné un transfert de technologies, une infusion de savoir-faire et de flux des allogènes. Tous ces éléments ont créé un milieu effervescent, multi - ethnique et multi - confessionnel et ont généré une économie moderne, à l’écoute des demandes extérieures.
Le modèle interculturel propre au Banat, dérivé du transfert inter- ethnique des valeurs, sur le fon de cohabitation paisible s’est constitué dans une coordonné majeure de la région.
Le Banat devient part de la Roumanie dans une période où se manifestait déjà la transition démographique. L’involution démographique instaurée ainsi est accentuée par des flux migratoires vers les Etats Unis, phénomène qui lui assure par conséquence une importante infusion de capital financier et le surnom de « la Californie » roumaine.
L’instauration du régime communiste après la deuxième guerre mondiale a constitué un coup fort pour le mode de vie des banatéens. La nationalisation et les rigueurs du régime ont indu l’émigration des ethniques allemands et pas seulement, tout en appauvrissant la région sous l’aspect des traditions et de la cultures en général.
La politique du régime centralisé était concentrée sur l’exploitation des ressources et l’industrie lourde, ce qui a donné naissance, dans le Banat montagneux, à des grandes capacités de production et des flux de main d’œuvre des autres régions du pays.
Les pôles pré - existants ayant une fonctionnalité complexe, nés tout au long du temps ont pu perpétuer leur dynamisme tout en bénéficiant des flux venant de l’espace rural dont on a confisqué la substance : la propriété privée sur la terre et l’utilisation responsable des ressources. L’espace urbain est réduit à sa fonction industrielle, l’espace rural est vidé de son contenu.
Le changement de cette situation, après 50 ans de communisme, trouve le village dépeuplé et âgé, incapable, pour la plus grande partie, de gérer son développement. Dans les conditions d’un retirement du politique de leur fonctionnement, les villes du Banat ont connu des évolutions différenciées dans lesquelles la complexité fonctionnelle était un atout. Les centres de l’industrie extractive et lourde, dont le déclin caché s’était instauré d’ailleurs bien avant 1989, entrent en collapse une fois éliminé - tardivement et d’autant plus gravement - le soutien de l’état.
Toutes ces accumulations et évolutions, nuancées comme nature et rythme ont structuré le système territorial du Banat dans des sous - systèmes différenciés, même contrastés.
L’étude des différences des systèmes territoriaux est relativement nouveau dans la géographie roumaine qui, dépourvue de ses valences sociales et pratiques pendant une longue période de temps, a pratiqué la description exhaustive des entités spatiales.
Ainsi, il s’est imposé comme opportun et obligatoire une synthèse théorique et méthodologique des démarches pratiquées dans la géographie française et anglo - saxonne.
L’approche de la bibliographie dans ce domaine a été structurée par les questions suivantes :
Que couvre le syntagme des « disparités territoriales » ?
Partant de la prémisse que l’analyse des disparités est faite dans la perspective du développement, quelle en est le paradigme actuel généralement accepté et comment peut-il se retrouver dans des variables à mesurer la complexité du concept ?
Comment décide-t-on ce qu’il faut mesurer ? Est-ce que la théorie des systèmes est-elle édificatrice sur ce point ?
Quel le niveau scalaire mène à la meilleure valeur révélatrice ?
Dans quelle mesure une analyse séquentielle est-elle suffisante ?
Dans quelle profondeur du temps doit l’analyse descendre ?
Quelles sont les théories qui visent à expliquer l’apparition des disparités territoriales ainsi que leur amélioration.
Dans quel contexte de prise de conscience se pose les problèmes des disparités territoriales à l’échelle du continent et de la Roumanie.
Par rapport à cette synthèse, nous avons établi les jalons suivants de notre démarche :
Une analyse globale des composantes du système donne l’occasion de concevoir leur rôle dans sa différenciation et de souligner leur vertus ou restriction en relation avec le développement.
L’identification des éléments qui définissent la personnalité du Banat donne suite à l’étude de la mesure dans laquelle la région est encore un espace - vécu, un vrai territoire, qui suscite le sentiment de solidarité de ses habitants
La complexité du concept de développement corroborée avec la propriété des informations dans le système territorial d’être relationnelles et aussi avec l’offre des statistiques, a indiqué comme utiles des variables des trois catégories : sociale (le niveau d’instruction de la population active, la tendance démographique) économique (le chiffre d’affaires, le taux de chômage, le taux des actifs dans l’agriculture), qualité de vie (la superficie habitable, degré de connexion au réseau téléphonique ) qui aideront à construire une indice de développement composé.
Si le niveau régional cache des clivages, alors l’analyse devrait se faire au niveau de micro - échelle, qui, en plus, enregistre le plus rapidement les processus déséquilibrantes dans le système territorial.
L’intervalle choisi est 1992 - 2002, un intervalle transformationnel, l’analyse permettant ainsi les invariantes de la structure du système, respectivement les éléments conjoncturels.
Pour éviter les effets de compensation qui apparaissent et aussi pour nous aider à individualiser les domaines - prioritaires (cible), a paru nécessaire l’analyse des disparités élémentaires dues à chacune des variables choisies.
L’indice de développement composé met en évidence des disparités globales . La valeur moyenne de l’indice de développement constitue la norme par rapport à laquelle les unités statistiques situées au dessus de la moyenne forment des aires favorisées, celles situées en dessous - des aires défavorisées.
Une analyse très utile de ces aires - tout en étant euristique et prospective - est celle qui indique les points forts, les points faibles, les opportunités ainsi que les menaces. Les éléments relevés par ce type d’analyse, tout comme les tendances relevées par l’analyse comparative des deux moments - 1992 et 2002 - doivent permettre la mise en place du modèle territorial du Banat par rapport auquel il faut concevoir les stratégies en vue du ré- équilibrage régional.
A part des processus ré- équilibrants à identifier par rapport à l’analyse et aux théories du développement inégal, le contexte entraînant qui joue dans la région - l’élargissement à l’est de l’Union Européenne - est aussi à prendre en considération.
Dans ses limites, le Banat présent une grande variété du cadre physique due à une évolution spécifique à l’interférence des trois régions centrale -, est- et sud - européennes.
La structure géologique, celle orographique et l’âge du relief étant concordants, les unités morpho - structurelles se succèdent en marches de l’ouest et sud - ouest vers l’est et nord - est entre moins de 100 m et plus de 2000 m. La plaine occupe la moitié de nord - ouest de la région ; conformément à sa tectonique, elle a des parties bases - et des parties hautes. Les collines forment une bordure continue vers les montagnes, dont la diversité géologique se concrétise dans une grande variété des potentialités. De cet étagement dérivent les nuances locales du climat continental - tempéré régional, les conditions de formation des ressources d’ eau (nappes souterraines, rivières), les ressources biogéographiques, le potentiels des sols.
Le risque dans la région est de nature séismique - tremblements de terre - , hydrologique - inondations - et aussi climatique - sécheresse dans la plaine, pluies fortes qui entraînent la dégradation des sols dans les collines et les montagnes.
Le paysage démographique est discontinu et hétérogène. Une différence évidente se place au niveau des marches de relief : la plaine détient 62% de la ressource humaine, les montagnes presque 30%, les collines 8%. Le potentiel économique ou des restrictions locales viennent nuancer cette situation. La densité varie entre plus de 2400 hab./km² jusqu’au moins de 30 hab./km². Par rapport à la moyenne nationale, la région est faiblement peuplée ; au niveau intra - régional on remarque une tendance de concentration de la population dans la plaine où les variations locales apparaissent en relation avec les pôles urbains et les axes de communication.
Les types principaux d’interaction et de gestion de territoire s’inscrivent dans la dichotomie urbain - rural, les formes intermédiaires s’apercevant à peine.
Les villes se différencient par leur taille, qui traduit d’une manière fidèle leur rôle dans la hiérarchie urbaine régionale. L’analyse de la taille des villes met en évidence une sur représentation des petites villes, tandis que le secteur supérieur est sous représenté. Des 21 villes, 16 sont ont moins de 20 000 habitants ; 2 ont 50 000, 1 - environ 100 000, 1 - environ 200 000 et 1 a plus de 300 000. Ainsi, on peut facilement concevoir la faible polarisation urbaine dans beaucoup d’aires de la région et par conséquence, le rôle inhibiteur de la ville la plus grande sur les autres villes.
Au niveau du visible, l’espace rural représente plus de 80% du Banat. La taille des villages diffère en fonction de l’offre du milieu naturel, la physionomie est surtout régulière, due aux exigences d’aménagement imposées par le régime autrichien en 18ème siècle, quand s’est imposé même un type de maison, omniprésent aujourd’hui dans la région.
Une première approche de l’intensité de la pression des habitants par l’intermédiaire de la densité physiologique, montre une situation peu différenciée au niveau intra - régional, avec des valeurs plus grandes dans les villes grandes, tandis que tout le rural se place au dessous de 1 hab./hectare.
Le rapport entre les deux types d’occupation du sol étant favorables aux villages, la pression sur l’espace a été étudiée sous l’angle de l’intensité des activités agricoles. Cet indice met en évidence en taux élevé de mise en valeur - 70% - surtout dans la plaine. La structure des cultures s’est appauvrie dans la dernière décennie ; la plaine et surtout céréalière, puisque les demandes en plantes industrielles ont beaucoup baissé, à cause de l’involution de l’agro - alimentaire. L’élevage met en évidence : des aires plus orientés vers les bovins - les communes des dépressions, qui ont des pâturages étendues dans les montagnes -, d’autres, vers l’élevage des ovins - les collines du centre et du sud, mais aussi les plaines, tandis que les bassins traditionnels des montagnes ont connu une recul de cette activité spécifique auparavant.
L’essai de mettre en évidence des interactions de la composante sociale avec celle physique exige de prendre en compte l’industrie. Ainsi, la carte de la répartition de cette activité, fait ressortir la concentration d’un éventail varié d’activités au nord-ouest de la région, pour qui comptent la présence du pôle régional, l’accessibilité, y compris depuis la frontière. En dehors cette aires se placent peu d’ activité et qui ont une valeur ajoutée minime.
Le Banat est une région produite dans le temps long de l’histoire. Son nom est un abréviation de celui de « Banat de Timisoara » noté dans le Traité de Passarowitz qui accorde la région à la Maison des Habsbourg. C’est les décennies d’occupation autrichienne qui ont jalonné la éléments clé de la personnalité de la région : un bon niveau de développement, par rapport aux autres région du pays, le caractère multi ethnique et multi confessionnel - qui se maintiennent toujours, même si d’une manière moins forte, une certaine mentalité « banatéenne ».
Pour apprendre si cette mentalité régionale existe encore, nous avons appliqué un questionnaire à un échantillon représentatif de 200 personnes. Les réponses reçues nous ont mené aux conclusions suivantes :
Banat est un nom partagé ;
les discours sur la région sont complexes, comprenant : des valeurs culturelles spécifiques pour la régions, des représentations du social, l’évocation des paysages, l’attachement au passé, mais aussi au présent ;
les lieux les plus valorisés collectivement sont - en proportions égales - : les sites culturels et historiques, respectivement les stations touristiques ; suivent les villes et la nature de la région ;
la représentation de l’espace est meilleure chez les citadins adultes, dont les cartes mentales montrent une meilleure pratique de la région ; les représentations inexactes réalisées par les habitants des villages montrent que pour eux le Banat est maintenant plus un espace imaginé qu’un espace vécu , très peu pratiqué ;
le sentiment d’appartenance est fort, puisque tous se sont déclaré être « banatéen » et ont un discours très valorisant sur les « banatéens » ;
le sentiment de solidarité existe, prouvé par l’intérêt accorde aux problèmes de la région et aux moyens qui les présentent, mais nous apparaît évident le manque de prise de conscience du rôle que puissent jouer les habitants : seulement la moitié se déclarent prêts à faire quelque chose pour améliorer ce qu’il faudrait.
En conclusion, les sentiments d’appartenance et de solidarité tout en justifiant la pertinence du Banat en tant qu’espace laboratoire, restent à être valorisés.
L’étude des disparités territoriales élémentaires ressort comme participant le plus à la différenciation du territoire les variables suivantes :
le niveau d’éducation de la population adulte - plus élevée dans les villes, autour d’elles et tout au long des axes,
la tendance démographique - qui est devenue positive au nord ouest,
le chiffre d’affaires - beaucoup plus grand dans les pôles urbains,
le chômage - plus important dans le sud - est,
le taux de connexion au réseau téléphonique - meilleure au nord - ouest respectivement au sud - est.
L’analyse du « développement global » du système, sur la base de l’indice composé permet de surprendre la réaction du système au contexte de la transition politique et économique du communisme vers la démocratie et l’économie de marché, puisque on voit se dé - structurer des aires bien placées en 1992 (le sud et le sud - ouest de la région) et se structurer d’autres nouvelles (des petites villes situées au nord - ouest, à coté de villes les plus grandes, multifonctionnelles).
Nous avons établi 3 aires au dessus de la moyenne - aires favorisées, qui concentrent environ 70% de la population sur seulement 32% de la superficie de la région - et 8 aires en dessous de la moyenne régionale - aires défavorisées, analysées par la suite à l’aide de l’algorithme décrit plus haut.
Le modèle territorial du Banat, par rapport aux éléments relevés ainsi comprend :
une aire effervescente, au nord - ouest, vrai moteur économique de la région, par lequel la région s’inscrit dans des circuits économiques complexes, ayant ainsi un rôle important pour la compétitivité de la région à l’échelle méso ;
une autre en déclin - qui inclue les villes industrielles du sud du Banat, mieux équipées que l’espace d’autour, mais sans signes de redressement économique ou modestes ; s’ajoutent deux communes à fonction touristique ;
une aire favorisée, au sud - est, en affirmation sur la base du tourisme, traditionnel, en station, mais aussi, agro - tourisme ;
Parmi les aires défavorisées nous avons identifié :
aires rurales profondes, relativement ou fortement isolées, faiblement polarisées par des villes, à risque de déstructuration dés services sociaux, avec une agriculture destinée à l’auto consommation et déconnectées des évolutions du reste du système territorial ;
aires rurales intégrées, bien placées à l’intérieur du système territorial, dont le potentiel - pour le moment sou - valorisé - s’affirme dans un contexte de complémentarité avec l’aire effervescente ; des évolutions récentes positives mettent en évidence l’existence de l’ouverture et de la flexibilité nécessaires pour un lancement ;
aires agricoles, situées à l’écart des axes majeurs ou à distance de l’aire effervescente, fonctionnent seulement sur la base du potentiel de leur sol, sans valoriser d’autre opportunités.
Le modèle territorial comprend aussi les axes majeures - voies nationales et internationales - qui ont influencé sans doute le placement des aires dans une ou autre des catégories et aussi une hiérarchie des pôles - pôle régional aux fonctions complexes, pôle zonal aux fonctions complexes, en essor, pôle zonal aux fonctions complexes, en déclin, pôle zonal aux fonctions mixtes, pôle local en essor, pôle local en déclin.
Partant de ces prémisses, l’analyse de l’ensemble du système territorial a indiqué comme des éléments à prendre en considération :
le rapport centre - périphérie : sans aucun doute, le clivage le plus important est celui entre le pôle régional et l’aire qui l’entoure d’une part et le reste de la région de l’autre ; si la structuration de cette manière s’accentue, la cohérence du système peut être menacée ;
la polarisation urbaine, puisque la création d’un réseau de pôles est souvent vue comme une solution pour la dispersion de la croissance ; quelques études de cas des pôles émergents montrent qu’il s’agit des petites villes pour qui ont joué la localisation - prés de la frontière, sur des axes majeurs - et des avantages comparatifs ;
la sous - valorisation des atouts de la frontière : le nombre réduit de points de passage et le régime de visa avec la Serbie, créent un contexte peu favorable aux échanges. Récemment, quelques initiatives des municipalités de l’aire essayent de relancer la ou les échanges dans les deux sens.
Le processus d’élargissment à l’Est de l’Union Européenne offre des éléments qui puissent aider le développement : est - ce que les communes savent - elles en tirer profit ? L’analyse des financements des programmes PHARE dans la période 2000 - 2006 met en évidence la concentration des projets financés dans la partie supérieure de la hiérarchie urbaine, à quelques exceptions - tout de même - des 3 centres industriels, en crise. Les fonds SAPARD se diffusent mieux, les projets financés se concentrent dans la plaine, au nord - ouest, exactement dans l’aire effervescente de la région.
Le Banat n’est pas une région administrative ; elle comprend deux « judets » - Timis et Caras - Severin . Une structure plus grande qui se superpose est la Région de développement Ouest , qui associe à ces deux judets deux autres plus au nord et plus du sud. Les départements ont des Agences de Développement, la région 5, une Agence qui conçoit des plans qui visent toute la région. Le manque de consensus entre les représentants des judets ainsi que le manque des prérogatives administratives de l’Agence de Développement expliquent l’absence d’amélioration structurelle ou fonctionnelle du système territorial sur la superficie du Banat.
L’Eurorégion Danube - Cris - Mures - Tisa est beaucoup plus grande que le Banat ; dans le contexte concurrentiel créé ainsi, le Banat détient le pôle le plus grand , tout en étant la partie la plus rurale. Ainsi, le lancement de Timisoara - devenue pôle eurorégional - dans une compétition plus large peut accentuer ces différences.
L’eau dans l’ensemble insulaire cristallin méditerranéen : Mykonos-Délos-Rhénée (Cyclades, Grèce) et sa gestion dans la ville antique de Délos
Vendredi 26 novembre 2004
14 h
Centre Malesherbes, salle 322
108 bd Malesherbes
75017 Paris
M. Stéphane DESRUELLES soutient sa thèse de doctorat :
L’eau dans l’ensemble insulaire cristallin méditerranéen : Mykonos-Délos-Rhénée (Cyclades, Grèce) et sa gestion dans la ville antique de Délos
En présence du Jury :
Mme BRUNET (ATHENES)
Mme COSANDEY (CNRS)
M. DALONGEVILLE (CNRS)
M. FOUACHE (PARIS IV)
mme HOTYAT (PARIS IV)
M. PEULVAST (PARIS IV)
L’ecriture de l’Histoire dans les Chroniques de Pierre Ier et de Pierre III
Mercredi 10 décembre
14 heures
En Sorbonne, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Frédéric ALCHALABI soutient sa thèse de doctorat
L’ecriture de l’Histoire dans les Chroniques de Pierre Ier et de Pierre III
en présence du Jury :
Mme de COURCELLES (CNRS)
M. JARDIN (PARIS III)
M. MARTIN (ENS LT LYO)
Mme ROUBAUD (PARIS IV)
M. ZIMMERMANN (VERSAILLES)
L’enchevêtrement des techniques, des discours et des pratiques, en milieu industriel. Contribution à une approche des usages des TIC.
Vendredi 26 novembre 2004
14 h 30
CELSA
77, rue de Villiers
92200 NEUILLY-SUR-SEINE
Mme Yanita ANDONOVA MONOLOV soutient sa thèse de doctorat :
L’enchevêtrement des techniques, des discours et des pratiques, en milieu industriel. Contribution à une approche des usages des TIC.
en présence du Jury :
M. ATLAND
Mme BERNARD (AIX-MARSEILLE)
Mme D’ALMEIDA (PARIS IV)
Mme JOUET (PARIS II)
Mme RICHARD (PARIS IV)
Mme ZARIFIAN (MARNE-LA-VALLÉE)
L’Enfance au piano en France de 1850 à 1950
Samedi 26 juin
14 h
Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne
75230 Paris cedex 05
Mme Sophie ROUBICHOU COMET soutient sa thèse de doctorat :
L’Enfance au piano en France de 1850 à 1950
en présence du Jury :
M. BRUNEL (PARIS IV)
Mme CAULLIER (LILLE III)
M. GOUBAULT (IUFM ROUEN)
M. GUILLOT (PARIS IV)
M. LACOMBE (RENNES II)
L’esclave dans l’Occident romain à l’époque impériale. Etude épigraphique
Samedi 25 juin 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Quinet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Eliane BELLA EMANE BOUENDJ soutient sa thèse de doctorat :
L’esclave dans l’Occident romain à l’époque impériale. Etude épigraphique
En présence du Jury :
M. MARTIN (Paris 4)
M. BADEL (Rennes 2)
M. LE BOHEC (Paris 4)
M. MOLIN (Angers)
L’espace non-agi dans l’oeuvre de Lee Ufan
Samedi 3 juin 2006
9 heures 30
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Ok Yang CHAE DUPORGE soutient sa thèse de doctorat :
L’espace non-agi dans l’oeuvre de Lee Ufan
En présence du Jury :
M. LEMOINE (Paris 4)
M. DUFRENE (Paris 10)
M. HEGYI
M. PIERRE (Grenoble 2)
Résumés
Cette thèse constitue une monographie sur Lee Ufan (artiste coréen né en 1936) dans laquelle nous mettons l’accent sur la présence de la partie non-peinte et non-faite dans son travail, que nous appelons « l’espace non-agi ». Cette expression insiste sur l’intervention minimum de l’artiste et englobe autant l’espace pictural que l’espace sculptural. Sous cet angle, nous proposons un aperçu de l’évolution de l’œuvre de Lee Ufan, consacrant une partie importante à sa période Mono-ha -mouvement japonais (1968-1973 ?) dont il a été à la fois le théoricien et l’artiste majeur- pendant laquelle l’idée de non-agir apparaît dans son travail. A travers l’examen de l’espace non-agi dans la peinture du XXe siècle, nous cherchons également à situer dans un contexte historique plus général la démarche de Lee Ufan qui finit par dialoguer avec l’extérieur.
Title : Untouched space in the work of Lee Ufan
This thesis is a monograph on Lee Ufan (a Korean artist born in 1936) in which we focus on the presence of the unpainted, undone part in his work, which we term ‘untouched space’. This expression emphasises the artist’s minimal intervention and encompasses pictorial space as well as sculptural space. From this standpoint, we propose an overview of the development of Lee Ufan’s work, devoting a substantial section to his Mono-ha period - Mono-ha being a Japanese movement (1968-1973 ?) of which he was both the theorist and a leading artist - during which the idea of non-action first appeared in his work. In a review of untouched space in 20th century painting, we also attempt to place Lee Ufan’s approach within a broader historical context, as it eventually enters into a dialogue with the outside world.
Position de thèse
Cette thèse constitue une monographie sur Lee Ufan (artiste coréen né en 1936) dans laquelle nous mettons l’accent sur la présence de la partie non-peinte et non-faite dans son travail.
Lee Ufan produit depuis quelques années des tableaux dans lesquels juste une ou deux (moins fréquemment trois) touches gris-bleu sont appliquées sur une grande surface blanche. Un coup de pinceau plat de 20 ou 30 cm de largeur, après un bref mais lent trajet, laisse une touche sur la toile, la plupart du temps d’un format 2×3 m ou 3×2 m. Il s’agit des œuvres récentes de la série Correspondance, sur laquelle l’artiste travaille depuis une quinzaine d’années. Ces tableaux peuvent donner une impression de géométrie rationnelle par la forme presque rectangulaire de la touche et sa disposition horizontale et verticale. Mais l’épaisseur et la densité de la matière de la touche (composée d’un mélange d’huile et de pigments de pierres noire et blanche) peut également suggérer une corporéité organique et opaque ; cette touche nous laisse clairement voir la tête légèrement dodue, son trajet et sa queue, d’une forme que l’on pourrait comparer à un toast.
Cette dualité entre géométrie et opacité s’applique également à sa sculpture Relatum. Elle est généralement composée d’une pierre de quelques tonnes plutôt ronde et claire et d’une plaque de fer rectangulaire et sombre. Dans ses œuvres récentes, ces éléments sont généralement disposés l’un à côté de l’autre à une certaine distance. La plaque de fer n’est pas ou peu travaillée, ce qui permet de préserver sa forme géométrique, alors que la forme de la pierre, sans jamais être complètement ronde, est accidentée. Leurs physionomies ne les éloignent pas de leurs natures même. La plaque de fer est définie dans la mesure où elle est fabriquée et sa forme géométrique lui vient de l’homme, alors que la pierre est indéfinie car elle n’est pas fabriquée par l’homme mais seulement empruntée à la nature, et donc échappe à l’ordre logique. Le travail de Lee Ufan est ainsi essentiellement construit sur la dialectique entre ces deux aspects.
Ce qui est le plus frappant dans l’œuvre de Lee Ufan, c’est le fait que ces aspects se manifestent avec des moyens extrêmement réduits. D’abord, le vocabulaire pictural est limité au point ou à la ligne, les éléments les plus élémentaires en peinture. Que ce soit dans ses séries From Point & From Line (1973-1982) dont les titres viennent de ces composant mêmes, soit dans les autres séries gestuelles From Winds et With Winds (1982-1991), son moyen d’expression se ramène finalement à des variations de ces deux éléments, point et ligne sur un fond blanc où même la couleur est réduite au monochrome. Quant à la composition, elle n’est pas moins primaire. Si dans la série From Line les lignes sont verticales et dessinées de façon répétitive parallèlement au bord vertical du support, dans sa série From Point les points s’alignent parallèlement au bord horizontal du support. La méthode de la répétition, qui ne laisse pas de place à la subjectivité, est ainsi posée comme règle.
Mais, plus que tout, le composant le plus simplificateur est sûrement l’emploi de l’espace vide dans son œuvre. Bien que ces séries ne donnent pas dans leur concept la priorité à l’espace non-peint, nous allons voir que l’espace vide apparaît à l’apogée de chaque série de la peinture. Ainsi l’aspect non-peint est déjà visible dans ses séries précédentes, mais c’est dans la série Correspondance (depuis 1991) que l’appel du fond blanc devient le centre d’intérêt principal de l’artiste. Cette série a suivi une évolution progressive consistant en la réduction du nombre de traits et l’augmentation de la clarté de la touche, qui a pour résultat une extension extrême de l’espace vide et un moindre contraste entre le fond et la figure.
Si, dans sa peinture récente, la grande toile juste occupée d’une ou deux touches laisse la plupart de la toile vide, sa sculpture qui consiste en une combinaison éphémère d’éléments empruntés et non travaillés est tout aussi dépouillée. Apparemment, la préoccupation de l’artiste n’est pas de fabriquer ni de remplir. La pierre et la plaque de fer sont dispersées au sol avec autant de parcimonie que sont tracées les touches sur les grandes toiles blanches qui se dissolvent dans la blancheur du mur. L’espace est fragmenté et semble se trouver « aux confins » du faire et du non-faire.
Cet espace non-peint (à l’exception de la couche préparatoire) et non-fait est réellement le propos central chez Lee Ufan, et nous voudrions le nommer « espace non-agi ». Nous limitons l’objet de notre recherche aux œuvres dans lesquelles la partie vide est non-peinte, à l’exception de la couche préparatoire. Quand la partie non-peinte est ainsi réellement introduite, voire activement introduite - c’est la raison pour laquelle tous les espaces laissés non-peints ne nous concernent pas non plus-, nous appellerions celle-ci « espace non-agi », notion à laquelle nous tenons pour sa justesse sémantique.
Il met l’accent sur une facette de « l’espace vide » en insistant sur l’introduction active et volontaire du non-agir de la part de l’artiste, c’est à dire sur l’intervention minimum de l’artiste. Une autre raison pour laquelle nous tenons à employer ce terme plus globalisant d’« espace non-agi » vient du fait que cet espace non-agi couvre également l’espace sculptural.
En effet, cette idée de « non-agir » vient de l’époque où l’artiste a commencé à travailler sur des œuvres en trois dimensions. Cela remonte à la fin des années soixante, au début de la période du mouvement japonais Mono-ha (école des choses 1968-1973(?)), dont il a été le théoricien et un artiste majeur. Grâce à des expositions présentées en occident, notamment en France celle du Musée d’art Moderne de Saint-Etienne en 1996, le nom du Mono-ha n’est généralement pas inconnu. Pourtant, son fond et son histoire sont loin d’être appréhendés dans leur intégralité. Lee Ufan a commencé une carrière à la fois d’artiste et de critique, et sa pratique incessante des œuvres et l’écriture d’une abondante littérature contribuent de manière décisive à la naissance et au développement du mouvement Mono-ha.
Tout en sachant que notre propos principal n’est pas de définir le mouvement Mono-ha mais de suivre la propre démarche de Lee Ufan, nous sommes néanmoins soucieux de fournir un aperçu historique des faits réels qui ont constitué ce mouvement, ne serait-ce que pour fournir un fondement utile à des recherches futures. C’est ainsi que la première partie, entièrement consacrée au Mono-ha, est présentée dans son déroulement chronologique en nous concentrant sur ses manifestations principales. Ce faisant, nous ne nous écartons pas de notre propos central sur « l’espace non-agi », car, ainsi que nous l’avons dit plus haut, c’est bien dans ce mouvement que ce concept voit sa naissance.
La deuxième partie est principalement consacrée à l’évolution de l’aspect de l’espace agi/non-agi dans ses séries de peinture From Point et From Line, et From Winds et With Winds, en nous focalisant sur les divers aspects de l’espace non-agi omniprésent. Dans la mesure où les espaces de ces séries sont généralement plus occupés, ces séries semblent ne pas se situer au cœur de notre sujet. Néanmoins, le caractère des éléments de la partie agie -qui elle-même décide du caractère de l’espace non-agi- se développe au fur à mesure au cours de ces périodes. Nous avons également suivi l’évolution de la sculpture uniformément intitulée Relatum, et nous avons pu constater un certain parallélisme, pour chaque période, entre peinture et sculpture. C’est ce qui nous a permis de qualifier de « Relatum de style médiation réciproque » les sculptures de la période correspondant à From Point et From Line, et de « Relatum de style cohésion plurielle » ceux de la période correspondant à From Winds et With Winds.
Dans la troisième partie où nous traitons de l’évolution de la série Correspondance, ce parallélisme entre peinture et sculpture devient de plus en plus évident dans sa démarche artistique et nous a finalement conduits à les examiner ensemble. Dans les expositions qui les ont présentées en interaction, nous assistons à une correspondance heureuse entre Correspondance et Relatum, que nous qualifions cette fois-ci « de style espacé ». A travers des comparaisons avec d’autres artistes ayant également employé la pierre (Ulrich Rückriem, Richard Long, Giuseppe Penone) ou la plaque de fer (Richard Serra), nous tentons ici de dégager le caractère propre de la sculpture de Lee Ufan.
La série Correspondance dans laquelle l’espace non-agi est mis en avant étant au cœur de notre sujet, nous cherchons dans les deux derniers chapitres de la troisième partie à retracer l’évolution de « l’espace non-agi » dans la peinture du XXème siècle. Lee Ufan n’est sûrement pas le premier qui a cherché à intégrer la partie non-peinte dans la peinture. Pratiquée dans la peinture orientale depuis de nombreux siècles, l’intégration de la partie non-peinte dans l’art apparaît dans l’art moderne occidental avec Cézanne, notamment dans ses aquarelles et dans sa peinture à l’huile tardive. Ce fond laissé non-peint n’adviendra dans l’art qu’à la suite de la présence de plus en plus forte de l’espace vide peint en blanc se confondant souvent avec le fond blanc. C’est ainsi que « l’espace non-agi » va devenir dans la seconde moitié du XXème siècle une composante majeure de l’œuvre d’artistes comme Morris Louis, Sam Francis, Martin Barré et Niele Toroni. Chez ces artistes, la présence de l’espace non-agi les conduit à sortir du cadre de la toile et les incite à dialoguer avec l’extérieur autant physique que métaphysique, ce qui nous nous pousse à examiner la question du support. Cet examen nous permet de situer la démarche de Lee Ufan dans un contexte historique plus général.
Finalement, la préoccupation de l’artiste dans ses œuvres récentes est de susciter le maximum de correspondances avec le minimum de moyens. Pour Lee Ufan, il est important que sa touche crée une vibration dans la partie non-peinte de la toile, car c’est ce phénomène qui permet à la partie laissé non-peinte d’être l’espace en réserve. Cette position de l’artiste nous ramène, au-delà de sa position conceptuelle ou moderniste, à la piste de la picturalité, qui peut paraître orientale. Lee Ufan semble emprunter le paradigme de sa peinture ou de sa sculpture au contexte de la peinture moderne, mais nous pouvons aussi voir qu’il conserve dans son vocabulaire (la touche organique et l’espace vide) la valeur organique de la tradition orientale. C’est ainsi que nous nous retrouvons devant un tableau qui s’inscrit parfaitement dans la logique moderniste, mais d’où se dégage en même temps quelque chose d’oriental. Le « minimalisme critique occidental » croise ici le « minimalisme vitaliste oriental ». Lee Ufan a ainsi établi à sa manière un dialogue non seulement entre tradition et modernité mais aussi entre Orient et Occident.
La vraie potentialité de l’espace non-agi se trouve dans le fait qu’il peut être connecté, grâce à sa neutralité, à l’espace en dehors de la toile, par exemple, au mur blanc. Si nous avons parlé d’espace non-agi à propos de Relatum, ce n’est pas simplement parce qu’il y a une volonté de non-agir dans sa réalisation, mais c’est surtout parce que sa nature régissant directement l’espace tridimensionnel favorise cette résonance que l’artiste veut appeler dans l’air alentour. Pour un artiste comme Lee Ufan qui travaille parallèlement la sculpture et la peinture, la correspondance entre ces deux disciplines peut être considéré comme une des illustrations concrètes de sa volonté de dialoguer avec l’extérieur, cette notion qui pourtant paraît chez lui fort idéelle.
Mais si l’artiste réduit autant sa part d’expression dans la réalisation de l’œuvre, cet espace non-agi ne serait-il pas le signe d’une négation de l’expression ? La difficulté semble plutôt résider dans le fait que l’artiste cherche à exprimer quelque chose qui dépasse l’ordre visuel, quelque chose d’intangible, d’invisible. Quand l’artiste trace juste une ou deux touches dans de grandes toiles, ce n’est même pas pour donner à voir la touche elle-même, mais pour éveiller ce fond blanc, pour susciter une résonance dans l’air alentour. Nous pourrons le comparer, par exemple, à l’effet d’une traînée blanche laissée par un avion dans le ciel. Cette traînée éphémère, au lieu de se faire voir elle-même, éveille d’un seul coup à notre regard l’immensité même du ciel bleu autour d’elle, immensité jusqu’alors restée ensevelie dans la vie quotidienne. Pour Lee Ufan, l’œuvre n’est qu’un dispositif qui rend possible ce moment de l’éveil. Pour amener les spectateurs dans cette possibilité sans les distraire, il est préférable que l’œuvre ne soit pas esthétiquement surchargée, ce qui peut expliquer le caractère fort ascétique et rigoureux de son travail. Il faut ramener toute l’intention à l’intérieur des spectateurs. Voilà pourquoi une telle nudité de l’œuvre et pourquoi nous sentons une dimension méditative devant elle. L’artiste a réduit sa propre part et nous demande une participation plus active. Finalement, le plus grand et véritable extérieur chez Lee Ufan n’est paradoxalement rien d’autre que l’esprit humain des spectateurs, qui est censé être pour chacun, l’intérieur.
En effet, l’art pouvant être appréhendé comme quintessence de l’esprit du temps, l’apparition de l’espace non-agi dans l’art paraît une question qui dépasse le simple phénomène artistique. Si Lee Ufan se tourne vers l’espace non-agi, c’est parce qu’il remet en cause le modernisme qui a poussé à privilégier dans l’œuvre d’art la production de l’objet saturé d’intériorité. Ce à quoi nous aspirons à notre époque dans une œuvre d’art, c’est à une structure ouverte qui nous apporte une bouffée d’extériorité et d’altérité où circulent l’intérieur et l’extérieur. C’est pour cette raison que les artistes de l’espace non-agi ont eu tendance à sortir de la toile finie pour dialoguer avec l’extérieur infini. Cet espace vide pourrait être perçu comme une sorte de cul-de-sac dans l’histoire de la peinture ; ceci est peut-être vrai si nous parlons de la peinture en tant que structure fermée autosuffisante. L’espace non-agi de Lee Ufan, à travers sa tentative de dialogue avec l’extérieur, au lieu d’être source de scepticisme envers la peinture, n’est-il pas au contraire autant de proposition positive de ce que peut être la peinture à notre époque ?
L’esthétique des tropes dans la création romanesque de Jean Giono. Lecture stylistique de "Le chant du monde, deux cavaliers de l’orage et les âmes fortes"
Vendredi 2 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Bibliothèque de Langue française
Esc. G, Rdc
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Sophie MILCENT LAWSON soutient sa thèse de doctorat :
L’esthétique des tropes dans la création romanesque de Jean Giono. Lecture stylistique de "Le chant du monde, deux cavaliers de l’orage et les âmes fortes"
En présence du Jury :
M. MOLINIÉ (Paris 4)
M. ADAM (Lausanne)
Mme JAUBERT (Nice)
Mme PERRIN-NAFFAKH (Bordeaux 1)
Résumés
Giono, est un artisan de métaphores : omniprésentes dans l’œuvre, elles concernent tous les aspects de l’écriture. La diversité sémantique (tropes interclassémiques, synesthésies, contre-tendances avec abstractivations et comparés issus du monde des technologies, métaphore hégémonique) s’allie à la variété morphosyntaxique (l’accent est mis sur les tropes adverbiaux et prépositionnels). Les mécanismes formels de la création métaphorique gionienne (variation, dérivation à partir de métaphores-mères, défigement, facteurs phonologiques, création néologique ) sont ensuite étudiés. La Poétique des tropes se consacre au rôle essentiel joué par ces figures dans l’art du récit : contribution décisive à la production du texte et à sa structuration, vertus narratives, fonctions dans l’art du portrait et dans l’élaboration d’une psychologie romanesque, narrativisation des descriptions. La métaphore confine souvent à la métamorphose, le merveilleux résultant de cette pratique d’une rhétorique visionnée. Miroirs de l’œuvre, les tropes proposent enfin un autoportrait de l’écriture, se constituant ainsi en un véritable art poétique intégré.
THE AESTHETICS OF TROPES IN THE NARRATIVE CREATION OF JEAN GIONO
A Stylistic Reading of Le Chant du monde, Deux Cavaliers de l’orage and Les Âmes fortes.
Summary
Giono is a craftsman in metaphors. Everywhere present in his work, metaphors affect all aspects of his writing. The first section of this thesis highlights semantic diversity (intercategorical tropes, synaesthesias, countertendencies involving abstractions and topics drawn from the world of technology) and morpho-syntactic variety (adverb and preposition metaphors, in particular, are stressed). The formal mechanisms of Giono’s metaphoric creativeness are examined - variation, derivation from mother-metaphors, phonological features, neological creation. The second section entitled The Poetics of Tropes looks at the crucial role of these figures in Giono’s narrative art - their decisive contribution to textual production and structuring, their narrative purposes, their functions in character portrayal and in the development of narrative psychology as well as in the narrativisation of descriptions. Metaphor often entails metamorphosis, so that Giono’s visionary rhetoric tends toward the merveilleux. In the final section,tropes are shown to be mirrors of the work of art, offering a self-portrait of writing and a truely integrated poetics.
Position de thèse
Le point de départ de ce travail est un constat factuel - la présence massive des métaphores dans l’écriture de Giono. Comme l’affirme Henri Godard, "Giono lui-même, dans ces romans, en use d’une manière si abondante et si personnelle qu’elle y devient une marque de son style et l’un des points sur lesquels se jouent l’adhésion ou le refus du lecteur." Il s’est donc agi, dans un premier temps, de procéder à l’analyse rhétorique et stylistique de cette norme textuelle en cherchant à montrer le caractère original et singulier d’une pratique. C’est l’objet de la première partie : Giono, artisan de métaphores. Le premier chapitre (Une écriture métaphorique) montre que la métaphore est à la fois omniprésente et généralisée : figures vives, bien sûr, mais aussi locutions figées, tropes lexicalisés et catachrèses, étymologies resémantisées, onomastique et substituts figurés aux mots-outils grammaticaux. Par ailleurs, figure reine et hégémonique, la métaphore recouvre tout l’éventail des tropes, avec lesquels elle se combine, se superpose ou qu’elle attire dans sa sphère. Ce phénomène est ici étudié sous le nom d’attraction métaphorique. Les énoncés péri- et para-métaphoriques, et autres tropes en formation sont dès lors inclus dans l’étude, eu égards à leur participation à l’esthétique de l’œuvre.
Au deuxième chapitre, l’examen porte sur la variété et l’inventivité qui se manifestent dans le corpus particulièrement riche de l’œuvre romanesque gionienne. Variété sémantique d’abord, avec une prédominance des tropes interclassémiques, une richesse inédite des tropes synesthésiques mais aussi la présence de contre-tendances trop souvent occultées chez cet auteur : figures abstractivantes ou comparés issus du monde des technologies modernes. Variété morphosyntaxique ensuite. Une place importante est accordée à des tropes généralement peu étudiés comme les tropes adverbiaux et prépositionnels. Il convient de souligner leur contribution à la poétique des textes, qui, loin d’être marginale ou anecdotique, révèle au contraire de vrais enjeux poético-esthétiques.
L’analyse menée dans le chapitre 3 vise ensuite à mettre au jour les mécanismes formels (sémantiques et morphologiques) de la création métaphorique gionienne : variations lexicales, sémantiques et morphosyntaxiques à partir d’un même comparé ou d’un même comparant, dérivation à partir de schèmes matriciels fondateurs comme les métaphores-mères (par exemple celle du monde-corps) et les métaphores réciproques caractérisées par la réversibilité du lien comparant-comparé, défigement (processus d’invention tout à fait essentiel chez Giono), sans oublier les facteurs phonostylistiques et rythmiques, ni la création néologique.
La seconde partie intitulée Poétique des tropes se consacre au rôle essentiel joué par ces figures dans l’art du récit. Ferments narratifs (véritables drames en raccourcis qu’il ne reste plus qu’à démesurer) et ferments textuels (métaphores en cascade, métaphores dérivées, métaphores filées), les tropes apportent une contribution décisive à la production du texte et à sa structuration. Leurs vertus narratives sont passées en revue : suspense par micro-fissures sémantiques qui retardent l’apparition de l’information principale, jeux sur la chronologie avec les métalepses, dramatisation théâtrale du récit grâce à la réduction de champ qui résulte de la focalisation des synecdoques, efficacité performative. On aborde ensuite leur fonction dans l’art du portrait et dans l’élaboration d’une psychologie romanesque largement allégorique. Le pouvoir des tropes de convertir la description en récit, sous l’influence des animisations et des tropes temporels, conduit à un type formel caractéristique de la manière gionienne : la description narrativisée. Enfin, nous avons appelé rhétorique visionnée cette pratique singulière où la métaphore confine sans cesse à la métamorphose. L’univers de Giono est tout entier placé sous le signe du métaphorique, instaurant un régime narratif mixte qui bascule volontiers d’une perspective réaliste assez classique dans le merveilleux. L’énonciation fait en particulier du monde naturel un focalisateur du récit et un allocuteur. La focalisation interne et la polyphonie énonciative apparaissent dès lors comme des tropes énonciatifs.
Dans la troisième partie, les tropes sont envisagés comme des miroirs de l’œuvre. Mises en abyme des processus créateurs, dont ils exhibent comme au ralenti les modalités de déformation-réinvention du réel par l’imaginaire, ils proposent en effet un autoportrait de l’écriture. Non seulement ils introduisent au sein même de la diégèse, à la faveur de comparants appartenant à l’univers de l’écrivain (encre, plume, page, livres...) le cadre de l’énonciation, mais encore ils figurent au cœur du texte un véritable art poétique intégré : scènes de naissance de la métaphore (qui livrent leurs secrets de production et leurs modes de réception), méta-images, et, grâce à des feintes énonciatives, présence d’un métadiscours qui commente le texte en transformant les paroles de personnages en remarques métadiscursives. Enfin, nombre de passages peuvent être lus comme des mises en abyme de l’acte créateur. C’est le cas des scènes d’hallucinations et de méprises des sens qui allégorisent la vision poétique et sa "vocation déformante". Le trope apparaît donc comme un lieu où affleure la fabrique de l’œuvre, un espace textuel qui permet d’assister, comme au ralenti, à la transformation du monde en univers de fiction, du réel en imaginaire, offrant au lecteur ce privilège rare d’assister à la littérature en train de naître.
Notre recherche poursuit donc simultanément deux finalités : d’une part une étude de l’esthétique gionienne fondée sur une lecture stylistique des textes et illustrant la thèse que le trope constitue, chez Giono, une véritable forme-sens ; d’autre part une contribution au domaine de recherche encore insuffisamment exploré : l’étude des tropes "non classiques" et autres "métamorphismes" dans la prose romanesque.
L’esthétique du quotidien chez Mallarmé
Mardi 12 décembre 2006
14 heures
Centre des Correspondances, Salle des sémainaires, Esc. I, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Barbara BOHAC soutient sa thèse de Doctorat :
L’esthétique du quotidien chez Mallarmé
En présence du Jury :
M. BENOIT (BORDEAUX 3)
M. MARCHAL (PARIS 4)
M. MAULPOIX (PARIS 10)
M. MURAT (PARIS 4)
M. PEARSON
Résumés :
Cette thèse vise à définir les principes d’une esthétique du quotidien dans l’œuvre de Mallarmé, pour dépasser l’opposition généralement admise entre œuvres futiles et œuvres profondes. L’enjeu est d’évaluer l’unité de cet œuvre en s’attachant autant à des écrits « mineurs », textes sur les arts décoratifs ou Vers de circonstance, qu’à des écrits « majeurs », comme certains poèmes des Poésies. Il y apparaît que le poète prend ses distances avec la hiérarchie traditionnelle des arts et des genres, qui marginalise l’esthétique du quotidien. L’objet décoratif cristallise à ses yeux une beauté faite de rapports nécessaires susceptibles de le spiritualiser et de le rendre suggestif. Par ses couleurs et son éclat, il rappelle le drame solaire, symbole de la condition humaine, et sert d’instrument à un culte domestique de l’esprit humain. L’image du drame solaire, les correspondances suggestives, se retrouvent dans de nombreux textes poétiques, où le quotidien devient rêve et chant et fonde souvent une dimension métapoétique. Elles permettent de penser l’unité d’une esthétique du quotidien.
The goal of this thesis is to define the principles of an aesthetics of the everyday in Stéphane Mallarmé’s work so as to go beyond the opposition often put forward between frivolous and deep literary works. More specifically, the aim is to evaluate the unity of the poet’s work by examining the writings usually considered minor, such as his texts on decorative art or his so-called Vers de circumstance, no less than the writings considered major, such as the poems of the Poésies. It becomes evident that the poet distances himself from the traditional hierarchy of arts and genres that tends to assign a low value to an aesthetics of the everyday.
Position de thèse :
Mallarmé présente plusieurs visages, dont certains contrastés, sinon contradictoires. D’un côté, le littérateur hanté par l’Absolu et le Néant, l’auteur d’Igitur, du sonnet en -yx, du Coup de dés, et des notes en vue du « Livre » ; de l’autre, l’homme d’une politesse exquise, souriant et spirituel, l’expéditeur de délicieux quatrains-adresses et de maints petits vers de circonstance, l’humoriste des « Chansons bas », le « magister elegantiae », comme l’appelait son ami Albert Mockel, qui fut le rédacteur de La Dernière Mode et d’articles sur les Expositions internationales de Londres. La critique récente s’est intéressée à ce Mallarmé au visage plus humain, ancré dans la vie quotidienne, sans expliquer cependant comment un poète au regard tourné vers l’absolu et à l’exigence intérieure très haute avait pu se préoccuper de choses aussi futiles en apparence que la mode, la décoration ou les vers de circonstance. Plusieurs commentateurs, dont Jean-Pierre Richard, Yves Bonnefoy et Daniel Oster, ont prêté à Mallarmé une stratégie désespérée, consistant à fuir dans le futile et l’éphémère, dans les jeux sans conséquence, la hantise de l’Absolu et du Grand Œuvre - vision certes séduisante mais non entièrement convaincante.
Le reproche de futilité semblait lié à la temporalité éphémère dans laquelle s’inscrivaient des textes comme les vers de circonstance ou les écrits sur la mode, ainsi qu’à leur lien étroit avec le quotidien. Il s’agissait donc de reprendre les données du problème en se demandant, à partir d’un corpus réunissant toutes les œuvres du poète ayant le quotidien pour sujet et pour thématique principale, s’il existe chez Mallarmé quelque chose comme une esthétique du quotidien, au sens de pratique du beau et de discours sur le beau, qui permettrait de dépasser l’opposition entre œuvres futiles et œuvres profondes, et de penser l’unité de l’œuvre mallarméen. Le problème, tel qu’il était ordinairement posé, impliquait certains présupposés liés à la hiérarchie traditionnelle des arts et des genres ainsi qu’à une définition du beau qui tendait à exclure de la sphère esthétique les réalités éphémères. Il importait de savoir si Mallarmé partageait ces présupposés pour juger si le problème n’était pas en partie dû à ces derniers.
L’idée centrale défendue dans cette thèse est que l’unité des œuvres dédiées au quotidien tient au fait que les objets y sont porteurs d’une beauté qui comporte une profondeur spirituelle et symbolique. Cette profondeur a partie liée avec une réflexion sur la condition de l’homme et sa place sur la terre, dont le drame solaire est le symbole privilégié, et, dans le cas des poèmes au moins, avec une réflexion métapoétique et la mise en œuvre de la parole dans son état essentiel.
Revalorisation de l’esthétique du quotidien au plan théorique
La première partie de la thèse est consacrée au débat de l’époque autour la hiérarchie traditionnelle des arts et des genres, qui marginalisait l’esthétique du quotidien. Elle montre que Mallarmé avait pris très tôt ses distances à l’égard de cette hiérarchie. Jusque vers 1830, les arts et les genres qui avaient affaire au quotidien étaient considérés avec un certain mépris. Les arts décoratifs passaient pour être l’œuvre de la main seule et ils étaient entachés par leur rapport étroit avec l’utilité et avec la machine, moyen d’une reproduction quasi illimitée des objets. Des genres ou des arts inscrits dans l’éphémère, comme la caricature, l’affiche, la poésie fugitive ou la mode, étaient rejetés aux marges de l’art. Quant à la peinture dite de genre, la peinture impressionniste ou la comédie, elles puisaient leurs sujets dans la vie quotidienne, représentaient des choses tenues pour triviales, les réalités du corps, les besoins élémentaires, et des figures de basse condition, si bien qu’elles passaient pour les parents pauvres de la peinture d’histoire, de la poésie tragique ou lyrique. À partir de 1830 environ, et plus encore dans le dernier quart du siècle, on commence à voir dans ces arts et genres mineurs une richesse artistique et un potentiel créateur aussi grand que celui des arts et genres majeurs. En redéfinissant le beau et en mettant en avant la notion de modernité, Baudelaire donne droit de cité à la caricature ou à la mode dans le champ esthétique. Les arts décoratifs sont considérés non plus comme l’œuvre de la main seule, mais comme une production spirituelle qui invente des formes nouvelles et inscrit le reflet d’un univers mental dans la matière.
La position de Mallarmé à l’égard de la hiérarchie traditionnelle des arts et des genres n’est pas étrangère à cette tendance. À la faveur de la crise des années 1860, le poète découvre que l’absolu esthétique peut se trouver dans un simple bibelot poétique ou matériel, pour peu que celui-ci comporte un ensemble nécessaire de relations entre des mots ou entre des matières, des formes et des couleurs. Chaque genre a, à ses yeux, sa propre perfection et peut produire un plaisir esthétique aussi intense qu’un autre. Ce n’est plus le sujet qui compte, dans les arts et genres mimétiques, mais l’ensemble des rapports nécessaires qui font voir l’objet sous un jour neuf et harmonieux. La peinture impressionniste en est, selon Mallarmé, une preuve éclatante. Pourtant, si le poète prend ses distances avec la hiérarchie traditionnelle des arts et des genres, et s’il ne considère pas, au moins en principe, l’esthétique du quotidien comme marginale voire digne de mépris, reste qu’il ne se débarrasse pas complètement des schémas anciens. La crainte que l’esprit ne se pétrifie et ne se perde dans la matérialité des objets le conduit à réaffirmer la primauté de la poésie sur les autres arts au nom de la conscience claire, dont elle est l’instrument privilégié. En ce sens, l’unité de l’esthétique du quotidien ne peut être totale.
L’objet quotidien comme cristallisation du beau
Ces positions théoriques vont de pair chez Mallarmé avec une pratique qui lui confirme que l’objet quotidien, particulièrement l’objet décoratif, peut cristalliser le beau. La seconde section de la thèse est dédiée plus spécialement à l’objet décoratif tel qu’il est créé ou choisi ou simplement décrit par Mallarmé. Elle examine plus en détail les rapports nécessaires qui font sa beauté et le dotent d’une dimension spirituelle, ainsi que le fonctionnement symbolique dont il peut être investi. La pratique de la décoration par Mallarmé est replacée dans le contexte de l’époque, marqué par le désir d’introduire le beau dans la vie quotidienne. La volonté de réconcilier le beau et l’utile au sein des arts décoratifs donne lieu, à partir de 1860, à un mouvement rassemblant artistes, praticiens de ces arts, personnalités politiques, qui tous tentent de promouvoir une telle réconciliation au plan institutionnel. Des artistes œuvrent pour introduire le beau, au sens le plus élevé, dans le quotidien, parmi lesquels William Morris et Whistler en Angleterre, et le comte Montesquiou en France. Le premier crée une firme pour sauver les arts décoratifs de la décadence où les a plongés la marche de la société industrielle, et, tout poète qu’il est, il met la main à la tâche. Le second réalise des ensembles décoratifs qui font dialoguer les arts mineurs et majeurs et qui incarnent un idéal de beauté raffinée. Le troisième va plus loin encore en concevant la décoration et l’écriture comme une même chose, et en opérant leur fusion au sein de créations mobilières ou décoratives. Comme eux, quoique de manière plus modeste, Mallarmé s’adonne à la décoration en meublant ses propres intérieurs ou ceux de ses amis selon son instinct de beauté. Par ses articles sur les Expositions de Londres, et plus encore par sa revue de mode, il cherche d’une part à exposer les lois de la beauté décorative, esquissant « la grande Esthétique encore à faire du Décor et du Costume modernes » qu’il appellera de ses vœux dans un bref écho littéraire, et, d’autre part, à encourager la propagation des beaux objets. Il se consacre à l’art du livre, travaillant à faire de celui-ci un objet de beauté et réalisant, sous forme du livre de peintre, l’unité de la gravure moderne, impressionniste ou pré-impressionniste, avec la littérature. Enfin, à partir des années 1880, il fait entrer la poésie dans la sphère du quotidien, en inscrivant des vers sur des objets décoratifs, voire ordinaires. Cette pratique des arts décoratifs enseigne au poète non seulement que les objets décoratifs peuvent cristalliser une beauté raffinée et moderne, mais qu’ils peuvent comporter une dimension spirituelle et symbolique.
C’est dans sa revue La Dernière Mode que le poète prend surtout conscience du fonctionnement symbolique des objets décoratifs. Celui-ci dépasse le recours aux symboles traditionnels et aux figures allégoriques. Par leurs aspects concrets, qui rappellent des réalités tout autres selon un jeu de correspondances stimulant l’imagination, les objets décoratifs sont parfois dotés d’un pouvoir suggestif qui s’apparente, aux yeux du poète, à celui d’un poème. Au-delà, Mallarmé découvre dans ces objets un symbolisme caché que l’inconscient des hommes y a déposé et qu’il cherche à y retrouver. Ce symbolisme se fonde sur la ressemblance entre leur éclat et celui du soleil ou des astres, entre leurs couleurs et celles du ciel à différents moments du jour, que d’autres que Mallarmé avaient notée. Couleurs et éclat font d’un certain nombre d’objets décoratifs, toilettes, bijoux, arrangements décoratifs ou bibelots, des substituts du soleil ou des rappels de sa révolution quotidienne et annuelle, en laquelle Mallarmé voit un drame. Ces objets deviennent donc des symboles extralinguistiques de ce qui n’est lui-même que le symbole originel de la condition humaine, le drame solaire. Remplaçant la lumière naturelle, ils figurent l’éclat de l’esprit humain opposé à l’invasion du néant et dissipent l’angoisse ontologique. À cet égard, ce sont tout sauf des objets frivoles. Ils servent à fonder un culte domestique de l’esprit humain, que la femme célèbre en se parant ou en décorant sa maison. Ce culte intime a un pendant public, les Expositions universelles, où brillent les arts décoratifs et qui participent plus largement de cette religion moderne de l’Art destinée, selon le poète, à remplacer la religion ancienne. Le symbolisme de l’objet décoratif peut, de plus, être complété, voire remplacé, par le symbole poétique, sous la forme d’inscriptions de vers sur les objets domestiques, pratique que Mallarmé affectionne et qu’il encourage. L’inscription, en se fondant avec la décoration de l’objet, dont elle transpose volontiers les propriétés au plan littéraire, réalise l’unité de l’art poétique et de l’art décoratif, apportant les bénéfices de la conscience claire.
Poétique du quotidien
Si, chez Mallarmé, la poésie prend possession des choses quotidiennes, le quotidien tend réciproquement à envahir l’espace poétique. Cela est vrai pour les Vers de circonstance, dont le genre fugitif est ancré dans les menues circonstances de la vie de tous les jours, mais aussi pour le poème en prose, genre que Baudelaire a ouvert aux réalités prosaïques du quotidien, et pour maints poèmes en vers, dont un certain nombre sont tenus pour des poèmes majeurs, dotés d’un contenu essentiel. La dernière partie de la thèse examine comment, dans tous ces textes, Mallarmé allège et spiritualise le quotidien, comment il lui ôte sa banalité, son prosaïsme, comment il en dévoile la beauté, ensevelie sous les habitudes et les réflexes pratiques. Dans les poèmes versifiés, le poète fait appel à l’éventement idéal du vers, créé par un ensemble de rapports imaginaires et linguistiques qui relèvent de l’état essentiel de la parole, où celle-ci devient rêve et chant. Dans les Vers de circonstance et les poèmes qui peuvent leur être apparentés, tels ceux écrits pour les Types de Paris ou « Petit air (guerrier) », le rêve et le chant ne sont pas absents, loin de là. Ils ne font qu’un avec le rire ou encore avec le « comique rimé » hérité de Banville, qui change choses et êtres du quotidien en un rythme vital allègre. La magie de la rime et la poétique du nom contribuent, à côté des analogies et des traits d’esprit, à transfigurer ces choses et ces êtres, en rendant perméable la frontière entre réalités matérielles et réalités spirituelles. Le va-et-vient entre ces deux types de réalités est une constante du corpus poétique, où motifs domestiques ou quotidiens et motifs psychologiques voire métaphysiques sont entrelacés comme pour mieux indiquer que le quotidien n’est pas coupé du spirituel.
Ce qui assure véritablement l’unité de la poétique du quotidien, c’est une dimension symbolique essentielle, absente seulement de quelques poèmes de jeunesse. Cette dimension consiste souvent en une réflexion métapoétique sur la nature de la poésie et sa relation avec le monde, dont l’objet quotidien, meubles, bibelots, accessoires domestiques, aliments, ou l’être familier, type de la rue ou relation intime, sont les vecteurs privilégiés. Par ces images tirées du quotidien, Mallarmé exprime sa conviction que l’ici-bas est le lieu de l’homme, le quotidien son lot et les objets qui peuplent son décor des emblèmes de son appartenance terrestre. Cela explique qu’il affirme la valeur du mineur, de la poésie d’album, de la chanson discordante du poème en prose ou d’une poésie pouilleuse, ouverte au trivial. L’objet le plus humble, le plus vulgaire même, peut rappeler le drame humain fondamental. Un spectacle quotidien, celui d’une bande d’ouvriers par exemple, qui fait irruption dans le quotidien solitaire et rêveur du poète, peut donner lieu à une méditation sur l’instinct religieux de l’homme dans un monde sans dieu. Plus généralement, l’image du drame solaire, symbole de la condition humaine et du drame ontologique, se trouve aussi bien dans certains Vers de circonstance et autres vers « légers », sous forme de fruits, de sucreries, d’une vitre ou d’un cigare, dans tel poème en prose, sous forme d’une robe, que dans des sonnets des Poésies tenus pour majeurs ou des feuillets d’Igitur, où l’intérieur domestique avec ses meubles et ses bibelots devient un relais de la lumière solaire et un reflet du macrocosme. Que l’atmosphère soit sombre et angoissée ou plus lumineuse et riante ne change rien à la profondeur des textes, car l’ombre et la lumière sont les deux faces d’une même réalité, le drame fondamental.
Si la dimension métapoétique et l’état essentiel de la parole permettent de penser l’unité d’une poétique du quotidien, la référence au drame solaire ainsi que les analogies entre des choses distantes, sources de rêve dans un poème ou un objet décoratif, permettent de concevoir l’unité d’une esthétique du quotidien, où la poésie et l’objet matériel sont tous deux investis d’une beauté qui recouvre une profondeur spirituelle et symbolique. Certaines notes en vue du « Livre » contenant des allusions à des objets, des lieux, des activités de tous les jours, ou à des genres ouverts au quotidien, articles ou chansons, voire des allusions au drame solaire, suggèrent l’importance que Mallarmé attribuait à l’esthétique du quotidien et prouvent que l’absolu pouvait être logé, à ses yeux, au cœur de l’existence la plus quotidienne.
L’Estrémadure centre-orientale (VIIIe-XIIIe siècles) : peuplement et formes d’habitat aux marges d’Al-Andalus
Vendredi 10 septembre 2004
14 heures
Centre administratif de Paris IV, salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Sophie GILOTTE soutient sa thèse de doctorat
L’Estrémadure centre-orientale (VIIIe-XIIIe siècles) : peuplement et formes d’habitat aux marges d’Al-Andalus
en présence du Jury :
Mme BARRUCAND (PARIS IV)
M. CRESSIER (CNRS)
M. GUICHARD (LYON II)
Mme GUTIERREZ (ALICANTE)
M. PICARD (TOULOUSE II)
M. SENAC
L’Etre et le paraître dans les romans de Charles Dickens
Samedi 19 novembre 2005
13 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Marie-Amélie COSTE BROWN soutient sa thèse de doctorat :
L’Etre et le paraître dans les romans de Charles Dickens
En présence du Jury :
M. JUMEAU (Paris 4)
MME D’AUZAC (Paris 11)
M. HOLLINGTON (Toulouse 2)
M. MONOD (Paris 3)
M. ESCURET (Montpellier 3)
Résumés
Cette étude se fonde sur un trait de l’écriture dickensienne, à savoir, un usage particulièrement fréquent du sens littéral. L’objectif de ce travail est de démontrer que la distinction entre sens littéral et sens figuré n’est pas seulement une question de jeu de mots, mais une opposition fondamentale qui sous-tend les trois niveaux du mot, de la fiction et de l’être et indique une quête problématique de la nature propre de ce qui est. Or la notion de littéral revêt une importance d’autant plus grande qu’elle n’est pas une préoccupation du seul Dickens, mais s’inscrit au cœur de débats propres à l’époque victorienne. Prenant en compte le contexte victorien, cette recherche débute par les phénomènes de « défiguration » observables dans la fiction dickensienne, c’est-à-dire l’effort de distinction radicale entre sens littéral et sens figuré. Cette distinction radicale, toutefois, se trouve fondamentalement remise en cause par les moments de l’œuvre dickensienne où sens littéral et sens figuré se confondent. Mais la suggestion fantastique et absurde, née d’une telle confusion, n’envahit jamais le texte de manière irréversible. Elle demeure de l’ordre du possible, du problème à résoudre dans un troisième type de rapport entre le littéral et le figuré, fusionnel celui-ci. Cela est rendu possible par la sympathie qui permet de dépasser les dichotomies stériles, forme une issue au désespoir et à l’angoisse du doute critique, donnant à l’être l’espoir d’une nouvelle croyance plus lucide.
This study is based on a typical trait of Dickens’s writing - the frequent use of literal meanings. This work aims to show that the distinction between literal and figurative meanings is not simply a matter of puns, but an essential opposition underlying the three levels of word, fiction and being, and revealing a problematic quest for the nature of what is. The notion of the literal appears as all the more important as it does not concern Dickens only, but is at the core of debates particular to the Victorian period. Taking into account the Victorian context, this research starts with the theme of “disfiguring” present in Dickens’s novels, in other words with the attempted radical distinction between literal and figurative meanings. The latter, however, is challenged at those places, in Dickens’s work, where literal and figurative meanings are confused. But the summoning of the fantastic and the absurd, which arises out of this confusion, never invades the text irrevocably. It remains a potentiality, an issue to be resolved in a third, harmonious way to envisage the relation between the literal and the figurative. This harmony is made possible by the notion of sympathy, which overcomes sterile dichotomies, allows an escape out of the despair and anxiety caused by critical doubt, giving human beings the hope of a more lucid form of belief.
MOTS CLÉS : Dickens, Charles (1812-1870) - littérature à l’époque victorienne - le littéral et le figuré - l’ironie, l’absurde et le fantastique - la sympathie.
Position de thèse
I- La quête d’un sens propre, dans les romans de Dickens, est traversée de doutes.
Dickens s’inscrit dans la tradition occidentale en cherchant à remonter à un stade préfiguré du langage, à un moment où les mots seraient en rapport de transparence avec les choses décrites.
Cela se manifeste tout d’abord par un processus de « défiguration », c’est-à-dire l’interprétation littérale de figures de style habituelles. Il s’agit de dépolir les formules usées, de faire resurgir un sens premier, une parole plus sincère, au contact de ce qui est. La formule dévie du sens d’origine et il faut y retourner pour retrouver une adéquation au monde réel. Qui plus est, elle repose sur la répétition ; elle est donc à la fois usée et fondée sur l’usure, sur l’accroissement exponentiel du mot aux dépens du réel. Au contraire de la formule, le mot juste correspond à une réalité physique. Toutefois, Dickens lui-même est conscient des difficultés que rencontre cette quête, comme l’indique son usage de l’ironie, qui glisse du sens figuré au sens littéral et exploite l’artificialité du langage. La distance critique que ces jeux signalent s’associe au véritable plaisir que procurent les mots, que Dickens aime à manipuler pour eux-mêmes. On observe donc déjà comment l’alternance entre mise à l’écart et réduction de la distance, entre déconstruction et créativité est une constante du style dickensien. La notion de sens propre, cependant, est particulièrement remise en cause par la manière dont le mot « proper » intervient de manière répétée pour souligner l’artificialité de la société.
L’euphonie entre les trois termes - « proper », « property », et « propriety » est un signe de leur association. Le sens propre, au lieu de revenir à un état original fait référence à un ensemble de conventions superficielles. Ce qui est convenable, approprié, décent (« proper ») est en réalité artificiel. Par ailleurs, sous le respect rigide des convenances se cache souvent un esprit cupide, qui pervertit l’idéal de la « gentility ». Dickens dénonce le « gentleman of property », dont le statut social dépend entièrement de la fortune. Toutefois, le vrai gentleman a un lien tout à fait légitime à l’argent. Son bien lui appartient en propre, est bien placé, comme le prouve la discrétion avec laquelle il en dispose. Dickens se moque du parvenu, mais approuve les distinctions sociales qu’il juge nécessaires. Pourtant la position de Dickens reste incertaine, puisqu’il considère le déguisement du mal sous une façade polie comme une forme particulièrement redoutable de perversion. Cette relation problématique au sens propre se poursuit par la mise en rapport du nom propre et du nom commun.
Il est important d’avoir un nom pour sortir du commun. Pourtant, ce sont les familles au nom le plus illustre qui apparaissent les plus vulgaires. Elles manquent de distinction, n’énoncent que des lieux communs, à l’inverse des gens du commun dont le bon sens leur confère une certaine originalité. Pourtant, la croyance en un nom propre, dont les propriétés reflètent l’être est tenace. Mais elle n’est affirmée que pour être mieux remise en question, puisque les personnages sont sans cesse mal nommés, ou dotés d’un nom qui n’est pas le leur. Le nom affecte donc l’être qu’il est censé simplement désigner. Ce pouvoir du nom efface la distinction entre le linguistique et l’extralinguistique : nommer fait apparaître, si bien que l’on évite de mentionner la chose que l’on redoute. Cet innommable fait pressentir une réalité effrayante, en marge du monde réel et rassurant que l’on peut expliquer. L’impossibilité à nommer peut toutefois également provenir du caractère inadéquat des mots à rendre compte d’une réalité supérieure, à l’écart de l’habituel. L’indicible ne peut être que perçu intuitivement, mais il reste de ce fait vague, confus, à distance. Les mots ont donc à la fois un pouvoir trop fort sur le réel et un pouvoir trop limité sur la saisie du spirituel. Celui-ci reste de l’ordre d’une émotion humaine imprécise qui ne touche pas à la présence réelle de Dieu.
Chez Dickens, le mysticisme est une forme sublimée du sens commun. Autrement dit, le transcendant ne participe plus au monde et c’est à l’homme de diviniser les attributs qui lui sont propres. Le mouvement n’est plus ascendant, mais descendant. Toutefois le « descendentalisme » dickensien, le rapport au monde concret, est ambigü : puisque l’on ne quitte jamais les limites de l’humain, les préjugés sociaux ne sont pas transcendés et manifestent leur horreur du grossier. Le divorce du concret et du sacré est manifeste dans la relation que Dickens entretient avec la religion. La religion dickensienne est un humanisme : elle affirme la cohésion des êtres entre eux, mais ne dépasse pas un contexte humain et social. C’est ainsi que son rejet des rituels exprime aussi une peur du catholicisme, religion étrangère qui se distingue de l’anglicanisme anglo-saxon. Le rituel n’exprime plus la rencontre du sacré et du temporel, mais se présente comme une figure ratée, dont seule la dimension littérale est envisagée par le fidèle devenu sceptique. La désacralisation du rite, toutefois, est aussi une forme d’irrévérence profane, l’occasion d’une fête populaire qui met en valeur la communauté humaine et la dimension pragmatique de la vie. La vision sacrilège des enterrements, où la curiosité populaire pour le cadavre s’apparente à un cannibalisme, est un affranchissement des tabous permettant l’intégration de la mort à la vie. Mais c’est aussi une inversion morbide du modèle sacré de la transfiguration, qui signale la répugnance du narrateur à se joindre à ce carnaval populaire. Puisque l’on reste dans une perspective mondaine, les préjugés du monde demeurent et les êtres populaires sont envisagés avec un degré de mépris. Le sens commun est certes loué parce qu’il s’oppose au charlatanisme mystique. Mais le sens pratique est aussi synonyme d’étroitesse d’esprit. Les esprits littéraux ne sont pas seulement des êtres pourvus de bon sens. Ils sont aussi des esprits obtus, incapables de comprendre les subtilités de l’impalpable. Or le manque d’élévation d’esprit des gens ordinaires coïncide souvent avec la simplicité de leur condition. Les pauvres d’esprit sont aussi des pauvres, ce qui montre le snobisme dont fait preuve le narrateur. À la présence encombrante des personnages trop prosaïques s’oppose la forme effacée d’héroïnes éthérées. Dickens rend littérale l’image de l’ange du foyer, en représentant la figure du divin dans la forme idéalisée de la maîtresse de maison. Mais il critique également cette parodie de la notion de transcendance, qui est en réalité une absence de définition de ces personnages, un retrait insatisfaisant dans l’irréalité du rêve. L’imaginaire remplace le sacré et acquiert donc une fonction morale. Il s’agit pour elle de dépasser le matériel et de mettre au jour la vérité alors qu’on l’associe traditionnellement au mensonge.
La distinction entre le littéral et le figuré s’efface dans la discussion sur la lettre et l’esprit qui préoccupe particulièrement Dickens : il parle en effet de l’esprit de la fiction, comme il écrit inlassablement au sujet de la nécessité de considérer l’esprit de la religion. De même il rejette les interprétations littérales, quelle que soit la nature du texte, qu’il s’agisse d’écrits bibliques ou profanes. La disparition du sacré investit l’imagination d’une dimension spirituelle, mais elle met également en valeur la sincérité, qui se rapproche le plus de la pensée religieuse. Or l’invention est le moteur de la fiction, mais aussi du mensonge. L’imagination est donc essentielle au développement de l’humain. Pourtant, l’imagination rend confuses les catégories morales : un mensonge peut être vu comme une histoire mal interprétée et se retourner contre l’étroitesse d’esprit des victimes. La valeur de l’imagination est donc problématique comme le montre sa perversion récurrente auprès de personnages à l’esprit à la fois littéral et ingénieux, qui intriguent et complotent, mais sont aussi bassement matériels. Dickens s’appuie sur leurs cas pour montrer que la fiction, bannie de la réalité, revient de manière déformée. Il s’agit donc de la maintenir dans le contexte approprié du divertissement, de la circonscrire dans l’enceinte du théâtre ou du cirque. Cependant, Little Dorrit indique comment cette mise à l’écart de la fiction ne peut être maintenue. Le roman, en effet, est fondé sur la dualité, le contraste et la partition. Pourtant l’uniformité efface les divisions. La défiguration n’apparaît pas comme le retour à un sens neuf, mais la dégradation de la matière en décomposition. De même l’interprétation littérale de formules semble incarner l’usure. La figuration d’un cliché présente une copie dégradée d’un original inexistant, le négatif d’un monde plus vrai qui a disparu. Ainsi est introduit un univers parodique, à l’écart d’une norme imaginaire.
II- L’impossibilité de remonter à un sens propre s’associe à la crainte d’une confusion entre sens littéral et sens figuré.
Le sens littéral et le sens figuré tendent à se confondre : la figure a l’épaisseur de la réalité, tandis que le littéral ne renvoie pas à la pureté sensible de l’origine, mais à la capacité de l’écrit de répéter les mots jusqu’à déformation du sens premier. Les mots introduisent donc un monde qui donne l’illusion de la réalité, mais qui est aussi artificiel que la fiction. Il fait référence à un modèle plus authentique qui, toutefois, a disparu ; il semble à l’écart du monde connu, mais il constitue également la seule réalité. Plongé dans cet univers, l’individu ressent un sentiment d’aliénation qui menace l’unité de son être et son humanité. Il a le choix entre deux positions diamétralement opposées, mais qui reviennent finalement au même. Le fantastique est un monde de nature incertaine, qui existe dans l’espace liminaire de l’étrange et suppose, de la part des êtres qui le peuplent, la réduction de toute distance critique. L’ironie, qui se maintient à l’écart, peut disposer d’une perspective à partir de laquelle l’événement fantastique se teinte d’une dimension comique. Mais elle laisse l’individu désillusionné, en retrait de la communauté, elle l’isole et ne redonne pas sens à l’insensé. Se déploie alors un monde absurde, copie dénaturée de la Création divine. La question de la position à adopter vis-à-vis du spectacle auquel on assiste apparaît néanmoins comme primordiale lorsque la distinction entre réalité et fiction se brouille et elle préoccupe Dickens tout particulièrement.
Les auditoires du théâtre victorien se caractérisent par leur souplesse : ils alternent facilement entre implication et distance. Au contraire, chez Dickens, les positions se durcissent. Cela se manifeste tout d’abord dans les lectures publiques qu’il donne : il s’identifie en effet de manière extrêmement intense à ses personnages, mais il se libère de ce lien trop fort en se réjouissant du pouvoir qu’il a sur l’auditoire. L’illusion parfaite fascine l’auditoire qui se trouve alors sous la domination de l’acteur. Il s’agit de dominer les spectateurs et ce rapport antagoniste entre observateurs et observés est perceptible à plusieurs reprises dans les romans : un contraste est établi entre la foule des spectateurs et un personnage isolé, coupé de la foule. Ce personnage esseulé est soit l’objet de l’animosité de la foule, soit l’instigateur de complots destinés à piéger le groupe dont il s’est détaché. Le rapport à la fiction n’est donc jamais satisfaisant, soit sans recul suffisant, soit trop distant. Or ce durcissement des positions tient à la fragile distinction opérée entre réalité et fiction : les scènes de théâtre peuvent facilement s’inverser, les méta-récits rejoindre la narration principale et l’être se trouve alors menacé par l’invasion du fictif dans le réel.
La question de la distance à adopter à l’égard de la fiction est donc d’autant plus importante qu’elle concerne également la vision du monde. La naïveté des lecteurs à l’égard de la fiction est ainsi l’image de l’incertitude que l’on ressent quant à la nature du monde dans lequel on se trouve plongé. Certains phénomènes se présentent « comme si » ils appartenaient à un autre ordre de réalité, mais cette impression de surnaturel reste de l’ordre de l’apparence. L’analogie hypothétique constitue cependant une très fragile barrière entre le normal et le paranormal et semble toujours prête à confirmer son hypothèse et à faire entrer les deux parties de l’analogie dans un rapport d’identité. Cette hésitation entre deux ordres de réalité est caractéristique du fantastique : elle naît d’un sentiment d’aliénation au sein du familier. Sans que l’on quitte le monde connu, on se trouve face à des phénomènes étranges dont les explications ne satisfont pas l’esprit. Cependant, l’ironie qui glisse entre le sens littéral et le sens figuré et se joue des apparences, peut montrer comme inoffensif l’être effrayant que l’on croyait appartenir au fantastique. Mais elle peut aussi simplement le tourner en dérision, sans que sa nature fondamentale ne change. L’ironiste reste à l’écart, mais ne résout rien, ne redonne pas un sens à l’insensé. Il apparaît comme inhumain et le monde dans lequel il vit absurde. Au contraire de la trop grande implication, on trouve la distance ironique, qui, paradoxalement, exerce une très puissante fascination non seulement auprès des personnages mais aussi auprès de Dickens. Celui-ci, en effet, représente, dans tous ses romans à partir de David Copperfield, une version de plus en plus positive de l’insoutenable légèreté de l’être, ce qui montre le pouvoir d’attraction qu’elle exerce. Toutefois leur détachement les met également en marge de la communauté humaine et finalement à distance d’eux-mêmes.
Pour les ironistes des romans, le monde n’est qu’une vaste plaisanterie, un tissu de mots détaché de la dimension concrète des choses. Or le triomphe du sémiotique sur l’extralinguistique, du code sur le réel, crée l’absurde, car les signes n’ont plus d’obligation de référence : ils peuvent s’échanger librement, se substituer les uns aux autres sans justification. L’avènement du code aux dépens du réel a tout d’abord une origine juridique dans les romans : en effet le précédent, caractéristique du droit anglais, forme un cas à partir d’une situation particulière, qui pourra s’appliquer dans des situations semblables, indépendamment de leur nature propre. Cela accorde une grande importance à la tradition et à la répétition du même, met fin à la révolution comme rupture et l’envisage plutôt comme un cycle, le retour à la situation de départ. Bleak House, en particulier, montre comment un modèle peut s’ériger en lieu et place du réel : la formalité de la procédure est telle que l’on n’échappe à son cadre rigide que par le biais de nouvelles procédures. Mais, dans le formalisme du droit, Dickens voit l’envahissement du monde par l’expression figée. La multiplication des documents, qui font perdre de vue la plainte de départ, est ainsi à l’image de la lettre qui se répète jusqu’à devenir une catachrèse. Bleak House est un monde d’encre et de papier, où la figure est usée et la lettre morte. Mais les mots ont aussi un effet délétère, un pouvoir de mise à mort (« a sentencing power »). La multiplication des mots au détriment du vivant contraste donc avec la transfiguration du réel par le Verbe fait chair. Le simulacre du rituel religieux qui définit la procédure de Chancery décrit un univers apocalyptique sans Jugement ou Révélation. Toutefois, le simulacre n’est pas une copie dégradée ; elle est investie d’une puissance positive et crée un troisième ordre, entre le modèle et la reproduction. On retrouve cette énergie dans la façon dont les décors cauchemardesques sont réinvestis par une signification inverse au sacré. La confrontation d’une telle réalité semble condamner l’être à la folie : vivre dans la désillusion pure du cauchemar est insupportable ; mais rester dans l’illusion et vivre en fonction de celle-ci est également contraire à la raison. L’excessive distance vis-à-vis de l’illusion et l’excessif aveuglement aboutissent à une même folie, à un même sentiment d’aliénation de soi.
L’isolement des individus est mis en évidence par le rapport spéculaire qu’ils entretiennent les uns avec les autres. La relation de sympathie, qui permet une identification de soi à l’autre, devient une relation spéculaire qui dévoile l’être sans toutefois toucher son intimité. L’être est mis à nu sans toutefois former de lien intime avec l’observateur. Les personnages se surveillent mutuellement, tout en s’évitant du regard. Les scènes où domine le regard transforment une situation réelle en spectacle. Or cela semble antinomique avec la transmission d’émotions : le sujet souffrant devient une curiosité, dont on observe froidement les réactions, avec la conscience aiguë que l’on ne partage pas sa situation. Dans de telles circonstances, la connaissance intime de l’autre est exclue et les personnages restent au seuil de l’intuition qui leur permettrait une communion de cœurs. La solitude, l’excentrisme des personnages est donc un thème dominant : les marges sont surpeuplées et les centres se vident ; des unités séparées se détachent du centre pour former leur propre milieu. La société n’est qu’une collection hétéroclite de personnages qui n’appartiennent pas vraiment au milieu dans lequel ils évoluent. Or l’état de la société est à l’image de l’être lui-même : la notion d’unité ontologique est en effet menacée. L’être se présente de manière fissile et cette aliénation de soi devient même, dans certains cas, pathologiques, chez des personnages qui associent des pulsions de nature opposée. Jasper et Headstone sont ainsi doublement à l’écart de l’humanité : ils manifestent un détachement impersonnel de ce qui les entoure, qui les condamne à une solitude essentielle et les prive de toute compagnie humaine. Mais cette façade insensible cache un caractère passionné dont la violence est telle qu’elle les rattache au monde animal. Cette confusion des extrêmes dégage cependant une énergie négative, qui exprime le désir d’une dissolution de soi, des limites personnelles et, de ce fait, le retour par la « consumation » à la transparence, au sens propre de l’origine. Cependant la dissipation de l’excédent d’énergie permet le retour à une situation d’équilibre, où l’être concilie en lui des forces plus modérées. L’être se profile donc comme une unité complexe, un équilibre précaire entre tendances opposées.
III- L’imagination joue un rôle essentiel dans le développement de l’être. Toutefois, l’art reste toujours lié à l’artifice.
La quête identitaire, dans les romans de Dickens, reste un processus difficile. Se pose tout d’abord la question de l’identification de l’être. Il s’agit de déterminer les traits qui le caractérisent comme personne unique, d’établir la correspondance entre son enveloppe extérieure et son intériorité. Or elle est extrêmement malaisée comme le montrent les limites de la science physionomiques selon laquelle les caractéristiques physiques d’un individu sont le signe de ses traits de caractère. La précarité de la connaissance d’autrui est mise en évidence dans le problème que pose la ré-identification d’un personnage, lorsque certains éléments superficiels sont modifiés. L’analyse que fait Dickens du personnage, la manière dont il cherche à isoler ses éléments constituants se poursuit par une étude du concept de personne, où est éprouvé le lien entre le corps et l’esprit. Celui-ci est manifeste dans le traumatisme qu’éprouvent de nombreux personnages dickensiens : un choc psychique a des répercussions physiques et inversement. Toutefois, le traumatisme exerce également une forte tension sur le lien entre le corps et l’esprit et menace de le rompre ce qui se produit dans la mort. La mort est un espace dont l’exploration fascine Dickens, car elle pose pour lui une énigme insoluble sur le devenir de l’être. La mort est défiguration, à la fois du corps mais aussi de l’entendement qui ne peut se la représenter. Le cadavre est à la fois semblable à l’être qu’il était et entièrement distinct de lui, prêt à entrer dans le processus de décomposition. C’est pourquoi Dickens s’intéresse aux demi-morts, qui lui permettent de suivre le flux et le reflux de la vie. La difficulté extrême à en rendre compte explique que les personnages craignent d’être oubliés ou méconnus après la mort. La mort défigure littéralement, non seulement au sens d’un effacement de l’être, mais aussi au sens d’une déformation de l’être dans le souvenir. L’identité du personnage est donc mouvante dans le temps ; l’individu est inscrit dans la temporalité.
L’être, envisagé dans le temps, semble davantage se déformer que se former. L’individu peut en effet être soumis à une défiguration brutale, qui le force à s’habituer à une nouvelle forme, ou au lent processus d’érosion que constitue la mauvaise habitude qui pervertit l’être, le détourne de lui-même et en même temps s’y substitue. L’apprentissage du personnage, sa quête d’une forme, fonctionne donc à l’envers comme une déformation. Pourtant il semble impossible de bien le guider : les parents sont de mauvais tuteurs, l’éducation impose une forme artificielle aux êtres malléables, l’individu devient un mauvais sujet, tandis que son être naturel s’étiole. On ne peut contribuer à la formation du personnage qu’en lui donnant le mauvais exemple, en lui présentant une forme monstrueusement exagérée de lui-même. Cette réflexion sur l’être qu’il est toujours possible de devenir propose des modèles très différents d’un individu pourtant considéré comme le même et menace la notion d’unité. L’être, même lorsqu’il se raidit contre le changement, est menacé de fragmentation et le souvenir parfait que les narrateurs autobiographes ont de leur vie peut être interprété comme l’effort de reconstituer une image unie de soi. Mais l’individu est en réalité une unité complexe, comme le montre l’attraction du bien pour le mal dans les romans et la lutte entre pulsions contraires au sein d’un même personnage.
C’est sur cette notion d’union improbable des contraires que Dickens insiste dans sa façon d’envisager le caricatural et le grotesque. Un personnage caricatural est à la fois atypique, à l’écart de la norme et étonnamment régulier dans sa répétition des traits qui lui sont propres. Il risque donc d’apparaître comme un être hybride, à la fois trop idiosyncrasique et sans personnalité. Ses automatismes le déshumanisent tandis que le grossissement de ses traits particuliers le rapproche du monstrueux. C’est également sur cette notion qu’insiste le grotesque : il fait coexister des notions considérées comme distinctes comme le réel et le surnaturel et fait apparaître des êtres qui semblent une version dégénérée de l’humanité. Mais il accorde également une certaine originalité par le biais de la laideur et du handicap, élargit la notion de beauté en la liant à la bonté plutôt qu’à l’apparence et montre ainsi comment la mise à l’écart de la société peut être récupérée de manière positive.
Les personnages héroïques utilisent à bon escient leur mise à l’écart de la société. Au lieu de s’inclure dans un spectacle artificiel où la relation spéculaire est superficielle, ils s’absorbent en eux-mêmes, démontrent leur indépendance de la vanité sociale et ont pour autrui un regard profond et symbiotique. Les personnages qui parviennent à un tel degré d’intimité sont ceux qui se caractérisent par leur abnégation, peuvent s’effacer par sympathie pour autrui. Leur altruisme peut aller jusqu’au sacrifice d’eux-mêmes, ce qui permet de transformer en part sacrée le part maudite du gaspillage inutile de soi. Sydney Carton constitue l’illustration parfaite de ce renversement : son existence dissipée était une « consumation » inutile de son énergie vitale. En se sacrifiant pour Charles, il évite la disparition arbitraire d’un aristocrate et acquiert un statut rédempteur qui rappelle celui du Christ. Ses paroles, en effet, ont un caractère prophétique et sont l’écho de la révélation divine. Elles ne sont pas des figures qui cherchent à s’effacer, mais une parole vive qui actualise l’objet de sa vision. Le symbole a donc un rôle fécond ; tout comme l’imagination sur lequel il se fonde, il est essentiel au développement de l’être.
L’éloignement de Dieu rend d’autant plus pressante l’union des hommes entre eux : la sympathie, par laquelle l’être se projette hors de lui-même afin de partager les sentiments d’autrui sert de contrepoint à l’aliénation et au solipsisme de l’individu. Or l’imagination a une fonction primordiale dans l’épanouissement de la sympathie : comme elle, en effet, la sympathie procède par identification avec autrui. Inversement, la sympathie oriente l’imagination, l’accorde à la promotion du bien et transforme le « faire croire » en « croire ». Bien utilisée, l’imagination sert non seulement à la découverte de la vérité, mais peut réparer l’éternel clivage entre la lettre et l’esprit : les êtres les plus naïfs, les plus littéraux au sens intellectuel du terme, développent aussi une sensibilité qui leur vient du cœur et leur permet de comprendre intuitivement autrui. Elle fait des artistes des hommes de cœur et montre le lien qui existe entre la bonté et la beauté.
La bonté des hommes simples les transfigure et transforme la maladresse de leur effort créatif en véritable créativité. Leur modification soudaine aux yeux d’autrui, alors qu’eux-mêmes n’ont pas changé, souligne la conversion possible du cœur, sa réformation à l’inverse des forces qui œuvrent vers sa déformation. Remords et rachat supposent un juste rapport au souvenir, entre mémoire et oubli, semblable à la « deuxième naïveté » qui caractérise les êtres sympathiques : Dickens montre en effet comment leur lucidité d’esprit s’accompagne aussi d’un aveuglement volontaire qui leur permet de pardonner les fautes d’autrui et de ne voir que la meilleure part des êtres. Tour à tour envisagés comme des sages et comme des simples d’esprit, ils mettent en évidence l’hésitation que Dickens ressent à l’égard de cette naïveté, mais également des pouvoirs de la fiction à découvrir la vérité. Or cette oscillation entre visions paradoxales est le fait de l’ironie romantique qui cherche simultanément la réduction entre le sujet et l’objet et déconstruit toute exaltation par une mise à distance moqueuse.
La sympathie, toutefois, permet d’espérer le dépassement des balancements dichotomiques. Héritée du XVIIIe siècle, elle répond toutefois au désir moderne de trouver une issue au désespoir et à l’angoisse du doute critique, donnant à l’être l’espoir d’une nouvelle croyance plus lucide.
L’Etre-Sincère. De l’émergence d’une métaphysique de la sincérité à sa réhabilitation
Mardi 14 juin 2005
14 heures
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Elsa GODART soutient sa thèse de doctorat :
L’Etre-Sincère. De l’émergence d’une métaphysique de la sincérité à sa réhabilitation
En présence du Jury :
M. CHENET (Paris 4)
M. MAGNARD (Paris 4)
M. MILLION-DELSOL (Marne La Vallée)
M. PINCHARD (Lyon 3)
L’exil et la nostalgie à travers l’oeuvre poétique de Tahar Bekri
Mardi 11 mai
14 h 30
Centre Malesherbes, salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme LAILA PANI BENACHIR soutient sa thèse de doctorat :
L’exil et la nostalgie à travers l’oeuvre poétique de Tahar Bekri
en présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS IV)
Mme CHIKHI (PARIS IV)
Mme RENARD (GRENOBLE III)
Mme TOSO RODINIS (PADOUE)
L’exorcisme produit par des oeuvres poétiques et musicales de la guerre mondiale et du direct après-guerre
Jeudi 4 décembre 2003
13 heures 30
En Sorbonne
Salle Paul Hazard
Escalier C, 2ème étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5ème
Mme Mathilde VALLESPIR soutient sa thèse de doctorat :
L’exorcisme produit par des oeuvres poétiques et musicales de la guerre mondiale et du direct après-guerre.
En présence du Jury :
MME CAULLIER (LILLE III)
M. FONTANILLE (IUFM LIMOGES)
MME GARDES (AIX-MARSEILLE)
M. MOLINIÉ (PARIS IV)
L’expérience et la vie. La philosophie normative de Georges Canguilhem
Samedi 29 octobre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Fulvio DELLA VALLE soutient sa thèse de doctorat :
L’expérience et la vie. La philosophie normative de Georges Canguilhem
En présence du Jury :
M. FICHANT (Paris 4)
M. DEBRU (ENS)
M. DUCHESNEAU (Montréal)
M. GAYON (Paris 1)
L’expertise de la Commission des Comptes des entreprises publiques 1948-1976
Vendredi 1 avril 2005
14 heures
Salles des Actes, Centre administratif
de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75230 Paris
Daniel BERTHERAU soutient sa thèse de doctorat :
L’expertise de la Commission des Comptes des entreprises publiques 1948-1976
M. BARJOT (Paris 4)
M. CARON (Paris 4)
Mme CARRE DE MALBERG (Paris 10)
M. DARD (Metz)
M. DAUMAS (Besançon)
M. LEMOYNE DE FURGIS (Paris 2)
M. MARMELON (Paris 5)
L’Exposition universelle de 1867 : analyse d’un phénomène français au XIXème siècle
Samedi 3 décembre 2005
14 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
M. Edouard VASSEUR soutient sa thèse de doctorat :
L’Exposition universelle de 1867 : analyse d’un phénomène français au XIXème siècle
En présence du Jury :
M. BARJOT (Paris 4)
M. DE FERRIERE (Tours)
M. HAU (Strasbourg 2)
M. JOBERT (Paris 4)
M. PLESSIS (Paris 10)
L’expression de la violence dans l’oeuvre de Cormac Mc Carthy
Vendredi 26 janvier 2007
14 heures
A la Maison de la Recherche, Salle D323, 3ème étage
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Neila AMMAR KESKES souteient sa thèse de Doctorat :
L’expression de la violence dans l’oeuvre de Cormac Mc Carthy
En présence du Jury :
Mme AGEL-PÉREZ (PARIS 4)
M. GRANDJEAT (BORDEAUX 3)
M. PETILLON (PARIS 4)
Mme STICKER (PARIS 9)
Résumés :
L’œuvre de McCarthy est imprégnée de violence. Fil conducteur de l’œuvre dans sa totalité. L’œuvre est une re-présentation en miniature de l’Histoire américaine. Une transcription artistique d’un quotidien écrasant, pesant lourd sur les personnages emblématiques. Oeuvre en délire. Nature tourmentée. Texte mobile, mouvant, d’où l’aspect baroque sur le plan stylistique. Style qui épouse les formes d’un paysage convulsionné, torturé ; style apocalyptique, style qui ranime et qui insuffle la vie à une nature décrépite et dilapidée. Style visuel métaphorique. Style qui dépeint la violence pour mieux la dénoncer. Personnages qui semblent sortir du règne humain et tendre vers le minéral, le végétal ou l’animal. Personnages inscrits dans une dynamique d’échanges avec le cosmos propre au corps grotesque. C’est au lecteur d’établir la logique du sens. Violence de l’univers décrit mais aussi violence faite au langage et génératrice de langage. Esthétique de la violence et par la violence.
McCarthy’s fiction is embedded with violence. McCarthy’s fiction is a re-presentation of American History. An artistic transcription of a daily life weighing heavily on emblematic characters. Tormented nature. Frantic fiction. Moving text, hence, stylistically, the baroque aspect. Style that takes on the form of a tortured, convulsed landscape ; apocalyptic style. Style that gives life to a decrepit and dilapidated nature. Visual and metaphoric style. Style that depicts violence to denounce it even more. Characters that seem to get out of the human kingdom to tend towards the mineral, the vegetal or the animal. Characters that are inscribed in a dynamics proper to the grotesque. The reader is compelled to build up meaning, to set up the logic of meaning. Violence of the universe being described but also violence made out of language and productive of language. Aesthetics of and by means of violence.
Position de thèse :
Cormac McCarthy, né en 1933, est un romancier américain du Sud des Etats-Unis et plus particulièrement de ces collines des Appalaches où il a grandi. Il publie depuis 1965, date de son premier roman : The Orchard Keeper (1965). Son œuvre comporte deux grandes périodes : l’une sudiste qui se clôt avec Suttree (1979) et une deuxième, plus orientée vers l’Ouest et en particulier le Sud-Ouest (Texas, Nouveau Mexique) et la « Frontière » avec l’Amérique espagnole, à partir de Blood Meridian or the Evening Redness in the West (1985).
Même si les aspects de la littérature sudiste -y compris ceux d’une poétique faulknérienne- sont présents dans ses premiers romans (The Orchard Keeper, Outer Dark, Child of God, Suttree), même si les éléments du western classique ne manquent pas dans Blood Meridian et The Bordr Trilogy, l’œuvre de McCarthy s’inscrit dans la tradition d’une anti-tradition : les signes habituels y sont inversés, les paramètres canoniques transposés.
L’œuvre de McCarthy est d’une grande violence. Une violence qui s’exprime de manière très formelle, très ritualisée, en référence à des modes artistiques autres que la littérature. En effet, le lexique employé est souvent imitation de ce qui est déjà représentation : la peinture, la sculpture, le moulage, la photographie, le théâtre, le cinéma.
Dans l’œuvre de McCarthy, le passé est un terrain d’exploration privilégié : tous les romans semblent s’inscrire dans des périodes précises de l’Histoire américaine (la guerre mexico-américaine dans Blood Meridian, les années 1930 pour The Orchard Keeper et The Crossing, 1949 pour All the Pretty Horses et 1965 pour Child of God). McCarthy s’appuie sur la généalogie des ancêtres pour expliquer l’origine de la violence latente et incontrôlable de la société américaine. Les Américains de McCarthy sont les descendants de pionniers barbares ; la réalité héritée est abjecte et incompréhensible. Cette réalité est à construire, presque à bricoler, à partir de bribes, de fragments, ou de vestiges, avec les moyens du bord, d’où la thématisation de la poussière, de la boue, des excréments, du tohu-bohu originel. C’est à partir de ce magma qu’évoluera l’œuvre. Le chaos sera voué à une construction imaginaire et par là même esthétisé. L’écriture de McCarthy est une illustration de la mémoire, du rêve, du délire, de l’hallucination. La réminiscence d’un monde originel, primitif ne fait que revivifier un univers périlleux, menaçant. Régression et dérèglement favorisent la résurgence de formes primitives ou de comportements primitifs. Le chaos renvoie le cosmos à un état d’indifférenciation généralisée.
Le retour au primitif vaut pour la langue également. Le recours à la comparaison, les approximations successives, la transposition des émotions en images, sont les moyens qu’utilise McCarthy pour partager sa vision avec le lecteur. La vision des personnages ainsi que celle du narrateur se transforment en images, peintures, sculptures, frises, bas-reliefs. Les romans de McCarthy ne cessent de peindre, graver ou sculpter des silhouettes sur l’espace américain représenté en toile de fond. L’esthétisation des scènes de violence transforme l’œuvre en un produit à la fois littéraire et visionnaire. La mise en tableau, en frise ou en bas-reliefs de la violence sert à l’esthétiser en même temps qu’elle la véhicule.
La littérature de McCarthy est une littérature de l’errance, mais où l’errance prend un sens particulier. Le parcours physique -la traversée matérielle de l’espace- est chaque fois doublé d’un parcours initiatique de recherche de soi. Ce double parcours, ce double mouvement, ponctue la prose de McCarthy et en définit le tempo. L’errance c’est l’andante musical de l’œuvre, c’est le rythme au cœur de l’œuvre. Une œuvre orchestrale. Un concerto avec tous les mouvements requis.
Le parcours que fait suivre McCarthy à son lecteur est aussi un rite initiatique de recherche de sens au terme d’une lecture littéraire. Le lecteur se trouve contraint à un perpétuel va-et-vient, simultané à sa lecture linéaire, qui apparente son parcours à une quête sémiologique. Le surgissement d’objet vu n’est jamais définitif, stable, ni unique. Le récit n’est subordonné à aucune loi de cohérence interne, de signification rationnelle : morcellement, éparpillement, usure, déchéance, autant d’états qui pointent dans le sens d’une dégradation générale, d’un inéluctable chaos. Jouer le jeu du chaos, jouer sur la discontinuité ou l’instabilité pour libérer l’imaginaire.
Le bouleversement et le renversement des hiérarchies se généralisent. La lecture, est comme l’écriture, délinéarisée. Le lecteur doit apprendre à lire / à lier. Le sens est à trouver, à inventer. Le lecteur ne trouve plus son système habituel de repères. Pour avoir accès au sens, il lui faut à la limite le construire. Les différences s’effacent entre le règne humain et les règnes animal, végétal et minéral. Une confusion totale entre les hommes, les objets et la nature est instaurée. Un magma innommable. La neutralisation des différences l’emporte : la saturation s’étale dans un monde où il devient impossible de repérer les limites, les lois et les normes. Objets, cosmos, êtres humains subissent un dysfonctionnement. La possibilité même de se référer à un système d’interprétation stable et univoque est entravée. Dans l’univers de McCarthy, la violence ne trouve d’autre justification qu’elle-même. Elle débouche sur l’insignifiance. La disparition des liens logiques figure cet emballement absurde.
La violence est chez McCarthy affaire de style, d’écriture, de lutte avec le langage et ses diverses formes. La débâcle du lexique, la surabondance des comparaisons, le métissage linguistique, le foisonnement de mots rares archaïques ou techniques, constituent un fond de références qui renvoie le lecteur à un monde étrange et troublant. Le lexique de McCarthy est d’autant plus déroutant qu’il renvoie le lecteur à des champs aussi spécifiques que variés comme la géologie, l’anatomie, les sciences et techniques, l’armement et la religion.
Par le biais du bilinguisme, McCarthy, s’acharne une fois de plus à déjouer les stratégies de l’écriture. La présence de l’espagnol n’a pas pour unique rôle de rappeler l’exotisme du lieu ou de la thématique : cette co-présence des deux langues correspond à une hétéroglossie dont les fictions, les opacités, les relais ont un effet poétique. L’espagnol est, par moments, la trace d’un changement de régime poétique que le texte doit sans cesse accommoder. L’espagnol est la manifestation de l’étrangeté de la langue. Le bilinguisme correspond plutôt à l’invention d’une troisième langue, née de la conjonction et de l’interprétation des deux premières. A la violence exercée par l’Histoire vient alors se combiner la violence faite à la langue pour donner à l’œuvre sa force picturale, théâtrale, à la fois majestueuse et subversive.
L’habitat traditionnel au Caire et l’impact des influences occidentales (1863-1914)
Samedi 14 janvier 2006
14 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
M. Tarek AHMED soutient sa thèse de doctorat :
L’habitat traditionnel au Caire et l’impact des influences occidentales (1863-1914)
En présence du Jury :
Mme BARRUCAND (Paris 4)
M. ABDALLAH (Al Menya)
M. DAVID (CNRS)
M. PINON (Paris 8)
L’habitat traditionnel du Proche Orient au XIXe siècle
Mercredi 17 novembre 2004
14 h
Carré Colbert, INHA, salle Ingres
4-6 rue des Petits Champs+
Paris 2e
Mme Lina ISSA soutient sa thèse de doctorat :
L’habitat traditionnel du Proche Orient au XIXe siècle
en présence du Jury :
Mme BARRUCAND (PARIS IV)
M. DAVID (CNRS)
M. PINON (PARIS VIII)
L’harmonie selon Lamartine, dans sa poésie épique et lyrique (1820-1869)
Jeudi 27 novembre 2003
14 heures 30
Ecole Nationale Supérieure
Salle Cavaillès
45, rue d’Ulm
Paris 5e
Mme Aurélie FOGLIA LOISELEUR soutient sa thèse de doctorat
L’harmonie selon Lamartine, dans sa poésie épique et lyrique (1820-1869) : utopie d’un lieu commun
en présence du Jury :
M. DIAZ (PARIS VII)
Mme DIDIER (ENS)
M. MARCHAL (PARIS IV)
Mme MELONIO (PARIS IV)
M. MURAT (PARIS IV)
M. THELOT (PARIS XII)
L’héritage colonial de la ville de Tunis entre 1900 et 1930 : Etude architecturale et décorative des édifices de style néo-mauresque
Samedi 7 janvier 2006
14 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Chiraz MOSBAH soutient sa thèse de doctorat :
L’héritage colonial de la ville de Tunis entre 1900 et 1930 : Etude architecturale et décorative des édifices de style néo-mauresque
En présence du Jury :
Mme BARRUCAND (Paris 4)
Mme CHAPOUTOT (Tunis)
M. DEPAULE (CNRS)
M. PINON (Paris 8)
L’hôtel-Dieu de Beaune : étude architecturale et approche iconologiqued’un monument emblématique
Samedi 11 décembre
14 h
Carré Colbert, Galerie Colbert, salle Ingres
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
M. Didier SECULA soutient sa thèse de doctorat :
L’hôtel-Dieu de Beaune : étude architecturale et approche iconologiqued’un monument emblématique
En présence du Jury :
Mme JOUBERT-CAILLET (PARIS IV)
M. MESQUI
M. RUSSO (DIJON)
M. SANDRON (PARIS IV)
M. SCHNERB (LILLE III)
L’histoire de la communication d’entreprise de la période post-révolutionnaire à 1914
Vendredi 13 octobre 2006
17 heures
En Sorbonne, salle des Actes
Centre Administratif, 54 rue Saint-Jacques 75005 Paris
Mme Christine PIDANCET soutient sa thèse de Doctorat :
L’histoire de la communication d’entreprise de la période post-révolutionnaire à 1914
En présence du Jury :
M. BLONDY (PARIS 4)
Mme D’ALMEIDA
M. GRAMMACIA (BORDEAUX 3)
M. SCHORR (NICE)
Résumés
La présente thèse poursuit l’objectif d’évaluer l’évolution de la communication d’entreprise, tant externe qu’interne, au travers des divers vecteurs qui la composent, de la période qui suit la Révolution de 1789 jusqu’à la veille du premier conflit mondial. Une partie liminaire permet de poser les bases de ce double processus des origines jusqu’à la Révolution. Tous les aspects pertinents déterminant le mouvement de communication exploré sont examinés dans cette recherche, qui se veut une investigation laissant un vaste champ d’ouverture vers de nouvelles pistes, des moyens de transport aux nouveaux vecteurs qui accéléreront le processus de rayonnement des entreprises vers l’extérieur ; ces derniers sont placés en parallèle avec l’infléchissement progressif d’une communication interne toujours davantage marquée par la prise de conscience politique d’une classe ouvrière qui tend à éloigner graduellement les détenteurs d’un savoir-faire professionnel d’industriels dont l’attention se focalise sur la croissance des résultats : tel est le paradoxe auquel aboutit la conclusion.
The présent thesis has the precise goal of valuating the evolution of business communication, from its exernal and internal aspects, through the study of the various components which take part into its dévelopment, from the period which follows the French 1789 Revolution until the first world war. A preliminary section allows to present the basis of this movement from its origins until the Revolution. All and each one of the prertinents aspects which determines the evolution of business communication is explored inside this research which represents an investigation leaving large perspectives to new horizons, from means of transport to new technical ways allowing societies to enlarge their expansion, whereas the internal communication is inceasingly marked by a political influence which tends to separate the labour class, highly conscious of its professional skills, of industrial leaders whose attention focuses on result increases : such is the paradox to which leads the conclusion.
Position de thèse
Afin d’évaluer l’évolution du processus de communication propre aux entreprises françaises, de la période post-révolutionnaire à 1814, une subdivision en quatre parties a été pratiquée ; précédée d’une partie liminaire s’attachant à présenter le processus considéré des origines à 1914, elle prend en compte successivement les années qui suivent la Révolution pour s’achever à la révolution de 1848, la période 1848-1870, celle qui sépare le conflit franco-prussien du premier conflit mondial, pour s’achever sur une illustration du sujet de recherche engagé, au travers du cas de l’étude du processus historique de communication de la société textile comtoise Méquillet-Noblot.
Les pistes de réflexion initiales, de nature historique, englobent, à l’intérieur de cette subdivision, les aspects juridiques, économiques et sociaux qui, encadrés par un contexte politique mouvant, participent et déterminent l’évolution du double processus considéré.
C’est dans ce cadre que la complexité du sujet acquiert son identité, qui conduit à une divergence croissante entre une communication externe au développement constant et une communication interne qui se restreint graduellement : si l’accélération du progrès technique procure des perspectives croissantes au rayon d’action des entreprises, dès la période post-révolutionnaire, la dimension toujours plus vaste des sociétés, unie à des impératifs de production qui finissent pas monopoliser l’attention d’industriels inscrits dans une époque qui glorifie le « progrès », entraîne, surtout à partir de 1848, une crise majeure dans la relation employeur-ouvrier, que ni le catholicisme social, ni les initiatives caritatives promues par les employeurs de toutes confessions, ne réussissent à enrayer.
Dans ce contexte, les philosophes et les penseurs jouent un rôle déterminant : ils accélèrent la prise de conscience de travailleurs broyés par le rouleau compresseur d’une industrie qui annule toujours davantage leur savoir-faire ; l’insurrection des canuts lyonnais, en 1831, constitue ainsi le premier épisode significatif d’un mouvement ouvrier qui ira s’affirmant au fur et à mesure des années, finissant par former une force autonome, structurée et politisée.
En effet, si SAINT-SIMON glorifie le progrès industriel, PROUDHON puis Karl MARX mettent graduellement l’accent sur une condition ouvrière qui se révèle de plus en plus difficile, à mesure que les établissements industriels cessent d’être les lieux de vie qu’ils constituaient initialement pour devenir des centres de conflit, réprimés par un système de sanctions de plus en plus codifié. Les interrogations qui se présentent dès lors sont alimentées par les informations émanant d’archives d’entreprises : Japy, les Houillères de Romchamp, les établissements alsaciens textiles Koechlin et Dollfus-Mieg, la société troyenne Fromageot, la banque Camondo, de même que les grands magasins La Samaritaine et Les Trois Quartiers, permettent de d’ouvrir de nouvelles perspectives.
Les évènements historiques qui se succèdent, notamment l’insurrection ouvrière de 1848, tendent à confirmer une évolution qui, bientôt, s’inscrira dans un contexte politique particulier : celui du Second Empire, qui favorisera l’essor industriel en donnant, notamment, le coup d’envoi aux grandes Expositions Universelles, inventant parallèlement le « bonapartisme ouvrier » ; ils posent néanmoins la question du sens du progrès et des orientations à lui conférer, dans un monde où l’ascension sociale d’une minorité se voit assombrie par le sort d’une classe ouvrière nombreuse, vivant en marge Du mouvement à l’œuvre. L’amélioration parallèle du bien-être résultant de l’essor des exportations, alimenté par des méthode publicitaires de plus en plus perfectionnées, met en exergue l’absence d’intérêt dont le personnel des fabriques fait alors l’objet.
L’analyse de cette divergence croissante tend à s’affirmer au sein de l’évolution historique observée : de nouvelles techniques de communication externe renforcent les capacités de l’entreprise à diffuser son image vers l’extérieur : l’expansion des chemins de fer, à partir des années 1840, désenclavant des régions situées en marge des centres névralgiques de l’industrie, figure au premier plan de ce processus, procurant des opportunités considérables au monde de la production ; l’examen du rôle des représentants, qui sillonnent alors le territoire, est, à cet égard, significatif.
Les pistes d’étude qui se déploient sont, dès lors, multiples : comment le monde de l’entreprise exploite-t-il les nouvelles opportunités offertes par le rail ? Quelles incidences exerce ce dernier sur la communication externe ? En amont, se pose la question de l’influence de certains industriels - surtout des maîtres de forges, mais également de grandes figures du textile - qui, au moyen d’un lobbying politique actif, attirent vers leurs usines les lignes qui les placeront en relation avec l’extérieur et leur permettront d’accroître leurs parts de marché.
Les méthodes publcicitaires mises en œuvre, de manière croissante, par les grandes sociétés - des chemins de fer aux banques, des exportateurs du luxe parisien aux industries du meuble, examinées dans la présente thèse - traduisent et augmentent les chances de succès d’une communication externe prospère ; dans les années 1880, les affiches lithographiques donneront leurs lettres de noblesse à la publicité, après avoir œuvré comme porte-drapeaux de l’esthétique architecturale industrielle.
Certaines entreprises originales, telle la maison Pellerin, évoquée dans cette thèse, illustrent la mutation en cours, conférant à l’image un nouveau rôle et réalisant des bandes dessinées à caractère humoristique, que nous proposons.
Parallèlement, cette étude examine le rôle de la presse dans ce processus ; les titres, qui se multiplient grâce à la publicité, diffusés par les chemins de fer, sont consultés par une population qui se voit proposer, aux côtés des journaux parisiens, de multiples publications régionales de grande qualité ; toujours plus alphabétisée au gré des lois qui se sucèdent - loi de 1881 notamment sur l’obligation scolaire - ce lectorat accède, en même temps qu’à des produits nouveaux, aux idées véhiculées par la presse, notamment ouvrière, qui s’affirme au sein d’un mouvement qui prendra, à la fin du siècle, une ampleur internationale.
Tandis que le déploiement de l’industrie française est illustré par la succession des brillantes expositions universelles qui jalonnent la seconde partie du siècle, mettant en évidence les réalisations d’industriels favorisées par des techniques de communication externe toujours plus performantes, le fossé se creuse entre les chefs d’entreprises et leurs ouvriers, en dépit des nombreuses réalisations mises en place afin de maintenir la paix sociale : logements ouvriers, systèmes médicaux, loisirs et retraites.
L’examen de la politique menée - en termes de communication tant externe qu’interne - par la société textile comtoise Méquillet-Noblot - permet d’appréhender concrètement les divers aspects relatifs à ce concept d’un point de vue historique, de 1802 - date de fondation de la société - à 1914. L’originalité d’un contexte français, mais néanmoins inscrit dans une tradition luthérienne germanique, dans le cadre d’un contexte historique particulier, procure l’opportunité de rendre compte de la diversité des contextes entrepreneuriaux français ; l’examen du fonds d’archives de cette société, permettant l’étude de l ‘évolution de la communication d’une industrie de moyennes dimensions opérant durant cette période historique, permet de découvrir les mutations qui s’opèrent, ouvrant de nouveaux champs de recherche au fur et à mesure de la progression de l’étude.
L’historicité de l’être et la politique du signe. Recherches sur les implications ontologiques, épistémologiques et politiques du concept d’historia chez Spinoza
Vendredi 17 février 2006
14 heures
Centre Malesherbes
Amphithéâtre 122
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Ki-Soon PARK soutient sa thèse de doctorat :
L’historicité de l’être et la politique du signe. Recherches sur les implications ontologiques, épistémologiques et politiques du concept d’historia chez Spinoza
En présence du Jury :
M. MOREAU (Paris 4, ENS)
M. BOVE (Amiens)
M. MME LAGRÉE (Rennes 1)
M. LAUX (Centre Sèvres)
Résumés
L’objectif de ce travail est d’éclairer un aspect important du spinozisme, pourtant peu exploré jusqu’à présent par les interprètes de Spinoza : la pensée spinoziste de l’historicité. Dans le chapitre 7 du Traité théologico-politique, Spinoza se propose comme méthode d’enquête de la Nature l’historia consistant dans le recueil de faits en vue d’en tirer la définition des choses. La question que nous nous posons pour cette historia est : si la démarche déductive et génétique de la méthode géométrique de Spinoza s’appuie sur la puissance de l’entendement, sur quelle puissance repose la démarche historique et génétique de l’historia ? Il s’agit, selon notre recherche, de la puissance des images qui durent en vertu de la multitude de leurs causes. C’est cette puissance de la durée qui constitue le fondement de la stabilité ou de l’équilibre de l’individu qui marquent eux-mêmes la pensée spinoziste de l’être. Et c’est elle aussi qui est susceptible de montrer le mécanisme de la formation des universels. Mais la métaphysique spinoziste de la stabilité, non de la solidité, suppose que l’équilibre se maintienne par les variations singulières. Par conséquent, l’histoire en tant que déroulement des choses apparaît comme un procès où se jouent les universels et les singuliers, le solide et le fluide, le stable et la variation, la continuité et la rupture. Le langage en tant que puissance infinie donne, chez Spinoza, un exemple par excellence de ce jeu.
Research on ontological, epistemological and political implications
of the concept of historia in Spinoza
The aim of this work is to shed a new light on an important, jet unexplored aspect of spinozism : the spinozist concept of historicity. In the 7th chapter of the Tractatus theologico-politicus, Spinoza proposes historia as a method of inquiry into nature, which consists in collecting facts in order to find the appropriate definition of things. The question we ask about historia is : if the deductive and genetical approach of Spinoza’s geometrical method relies on the power of understanding, on which power is based the historical and genetical approach of historia ? Our research shows that it is on the power of images that last by virtue of the multitude of their causes. It is this power of duration that constitutes the principle of stability or equilibrium of the individual which characterize Spinoza’s conception of being. And this power of duration is also able to show the mechanism of the formation of universals. But Spinoza’s metaphysics of stability ― not of solidity ― supposes that equilibrium sustains itself through singular variations. Consequently, history as the flow of things appears as a process where universals and singulars, solidity and fluidity, stability and variation, continuity and rupture act together. Language as an infinite power is a perfect instance of this way they are acting together.
Position de thèse
Dans l’histoire de la philosophie, Spinoza est le seul qui a appliqué à la philosophie la manière de procéder des mathématiciens. En cela, l’Ethique de Spinoza, demonstrata ordine geometrica, est bien singulière. Bien des commentateurs de Spinoza sont conduits par là à constater que cette méthode géométrique marque l’esprit du spinozisme, et ils s’accordent plus ou moins avec la thèse de Martial Gueroult selon laquelle l’essentiel de cette méthode réside dans sa démarche génétique. Mais on a négligé souvent que Spinoza présentait également l’historia comme méthode d’enquête de la Nature. En établissant l’identité des méthodes d’interprétation de l’Ecriture et de la Nature, Spinoza écrira : « la méthode d’interprétation de la nature consiste principalement à mener une enquête systématique sur la nature (historia naturae), puis à en conclure, comme de données certaines, les définitions des choses naturelles » (Traité théologico-politique, chap. VII). Si la méthode géométrique de Spinoza a pour source historique Descartes (principalement via les mathématiciens cartésiens hollandais) et Hobbes, le concept spinoziste d’historia a son origine dans son usage baconien. De là s’imposent ces questions : comment Spinoza incorpore-t-il dans son système ces deux méthodes qui ont des sources et des natures différentes ? Ou en particulier quel statut nouveau reçoit ce concept d’historia dans le système rationaliste de Spinoza ? Quelles sont ses implications ontologiques, épistémologiques et politiques ? Ce sont les questions que nous nous posons dans notre étude.
On remarquera que la véritable méthode consiste chez Spinoza à comprendre la nature et puissance de l’entendement, et que cette puissance de penser s’exprime dans la connaissance de l’essence singulière, c’est-à-dire dans la définition génétique chez Spinoza. Or, celle-ci se heurte à une difficulté consistant dans ce qu’elle est irréalisable dans la définition des choses naturelles ; on n’arrivera jamais par une méthode génétique et déductive à la connaissance adéquate des choses singulières. C’est là que l’historia s’impose comme méthode d’enquête. Chez Spinoza, elle se pose surtout comme une manière de distinguer les idées vraies des idées fausses sans connaître la nature de l’esprit, ce que l’on peut voir manifestement dans trois textes, c’est-à-dire dans le Traité de la réforme de l’entendement disant que la première partie de la méthode a pour fin de distinguer l’idée vraie des idées fausses, douteuses ou fictives, dans la Lettre 37 où Spinoza parle de la mentis historiola en faisant allusion à la première partie de la méthode du Traité de la réforme de l’entendement, et dans le chapitre 7 du Traité théologico-politique où Spinoza explique l’historia comme comprenant une enquête consistant à distinguer les récits vrais et les récits faux. La question qui se pose maintenant est de savoir comment cette distinction est possible et comment les data certa ainsi acquises peuvent donner la définition des choses. Il ne suffira pas, dans un système rationaliste qui est spinoziste, d’y répondre, comme chez Bacon, en distinguant simplement l’expérience vague et l’expérience qualifiée de lumineuse qui sert de base à la science. C’est au principe de la causalité qu’il faut recourir, car il est l’unique principe de l’explication des choses chez Spinoza.
Une étude systématique du chapitre 7 du TTP et de l’Ethique nous conduit à conclure que c’est la multitude des causes qui neutralise l’inadéquation de l’imagination et qui nous livre des data certa de nature expérientielle. Or, cette certitude se donne en réalité par la puissance de durer des images. Spinoza est amené par là à affirmer non seulement la puissance de l’entendement, mais aussi celle de l’expérience qui apparaît comme celle de durer. C’est sur cette puissance de la durée que devra reposer la définition génétique des choses singulières. La question de la singularité reçoit ici à travers ce concept d’historia un nouvel éclairage, car c’est elle qui permet de penser la stratification de la chose en parties solides, molles et fluides, qui donne la métaphysique de la stabilité, non de la solidité.
La philosophie de Spinoza se démarque de ses contemporains, surtout de Hobbes et Descartes, ses interlocuteurs privilégiés, par son souci particulier de penser le singulier. C’est ce que l’on peut constater dans le Traité de la réforme de l’entendement, un des écrits du jeune Spinoza. A cet égard, on notera, tout d’abord, que la présentation des quatre modes de perception est marquée, à la différence de ce que l’on verra dans l’Ethique, par le statut ambigu du troisième mode qui correspond, dans l’Ethique, aux notions communes. La déduction d’une propriété particulière à partir des lois universelles nous donne une connaissance adéquate, mais elle ne nous donne pas une norme du vrai qui nous fera avancer dans la connaissance des choses. Il faut pour cela s’appuyer sur la connaissance de l’essence singulière. Pourquoi cet appel à la singularité ? Cet appel à la singularité conduit à une nouvelle conception de la norme, et de la méthode. A la différence de la norme cartésienne qui est de nature juridique, la norme spinoziste est une compréhension de la puissance, immanente à une chose singulière ou à une idée singulière, et par conséquent elle conduit par définition à une autre compréhension. Elle est, en cela, immanente et productive. La méthode est cette voie ou ce procès automatique.
Or, le souci spinozien du singulier commence à prendre une signification métaphysique lorsqu’il commande les réflexions spinoziennes sur la définition génétique qui en appelle nécessairement à la pensée métaphysique. Chez Hobbes et Descartes, la définition génétique renvoie à une sorte de clôture. Pour comprendre une chose, ou ce qui revient au même, pour penser la construction d’une chose, ils préconisent une clôture comme condition d’intelligibilité. Par exemple, la notion cartésienne de dimensio, ainsi que celle d’aequatio, révèlent bien ce trait essentiel de l’esprit cartésien. Si comprendre une chose, c’est la construire selon certaine proportion ou certain ordre, cet ordre est celui des choses de même dimension, c’est-à-dire des choses calculables par la commune mesure. Descartes et Hobbes appuient ainsi la science sur cette possibilité de calcul, sur la forme universelle des choses, elle-même imposée par l’entendement. Or, ce rationalisme du calcul est étroitement lié à une certaine théorie de la causalité. On remarquera que la cause formelle comme substance témoigne, chez Descartes, de l’inachèvement de la réduction des quatre causes aristotéliciennes à la cause efficiente, et de l’impensée de l’infini.
Déjà dans le Traité de la réforme de l’entendement, en insérant la cause génétique des choses dans la série des choses fixes et éternelles, Spinoza entreprend de penser l’infini positivement et de construire la métaphysique de la singularité. Or, cette entreprise initiale restait inachevée, car elle est commandée par l’opposition nette entre le singulier et l’universel, entre l’intériorité et l’extériorité, entre l’essence et l’existence, entre l’entendement et l’imagination. Dans l’Ethique, Spinoza a pu achever ce projet métaphysique en établissant la causa efficiens sui ipsius par la nécessité de la nature divine et la causalité immanente. Cette réforme de la conception de la causalité implique que Dieu et l’essence entre dans le régime de la causalité efficiente.
Le nécessitarisme de Spinoza ainsi complété par la généralisation de la causalité efficiente fait toute la différence avec celle de ses contemporains. Mais la compréhension de ce principe ne fait pas l’unanimité au sein des interprètes spinoziste. Certains le comprennent principalement à partir de la causalité transitive (la « nécessité aléatoire » ou la « nécessité de la contingence » pour Vittorio Morfino), d’autres le pensent dans la relation purement immanente, ce qui donne comme conséquence l’interprétation de tendance vitaliste du spinozisme (Gilles Deleuze, Antonio Negri etc.). Et corrélativement à cela, on a deux conceptions différentes de la singularité, de la relation entre l’infini et le fini. Tout en écartant ces deux options, qui ne sont pas fidèles toutes deux au texte lui-même de Spinoza, nous soulignons que la nécessité spinoziste n’est rien d’autre que celle des lois, de l’ordre, mais cet ordre n’est pas celui de l’harmonie ; il est tel qu’il fait une chose singulière, autrement dit, il est ordre des variables, ce en quoi il est comme Fonction. Dans ce rapport des choses, contrairement à ce qui se passe chez Descartes, les choses se refusent à être comparées ou calculées. En ce sens, la conception spinoziste de l’infini, ainsi que celle de la singularité, se définissent comme la négation de la clôture, de l’homogénéité, et de l’idée grecque d’achèvement, d’harmonie du fini.
La singularité comme négation du calcul signifie sur le plan de l’imagination la variabilité infinie. Avec l’introduction de la notion d’individu qui privilège comme principe explicatif le rapport du tout à la partie, les réflexions spinoziennes sur la singularité passent à une nouvelle étape. La chose singulière n’est comprise que dans un processus d’individuation ; elle se définit comme un ensemble constitué par une multiplicité d’individuations. Elle est à la fois une et multiple. Cette contradiction interne est bien exprimée chez Spinoza par la notion d’équilibre, très peu présente mais de grande portée dans le corpus spinozien. La question qui se pose est de savoir comment une chose trouve son équilibre dans sa multiplicité fondamentale. C’est ici que la puissance de la durée se donne comme principe d’explication. Dans chaque chose, il y a ce qui dure de par la multitude de ses causes, et ce qui est variable. C’est ainsi qu’elle est stratifiée et équilibrée. L’équilibre se maintient donc par la stratification, par l’épaisseur.
La métaphysique de la stabilité suppose que l’équilibre se maintienne par les variations singulières. De ce point de vue, l’histoire comme déroulement des choses apparaît comme un procès où se jouent les universels et les singuliers, le solide et le fluide, le stable et la variation, la continuité et la rupture.
Le langage en tant que puissance infinie donne, chez Spinoza, un exemple par excellence de ce jeu. En effet, Spinoza le met au centre de ses réflexions sur l’historicité et sur ses significations pratiques, c’est-à-dire politiques. La théorie spinoziste du langage renvoie à celle du signe. Pour comprendre ce qu’est le signe, il convient chez Spinoza de commencer par la physique. Le fondement physique du signe est la trace ou l’image. Cette affection du corps indique l’aspect matériel du signe. Or, penser une image, c’est nécessairement l’enchaîner avec les autres. Par conséquent, à strictement parler, l’idée de l’image est l’idée des images. C’est dans cet enchaînement que réside le signe ; celui-ci désigne l’ensemble enchaîné des images. En ce sens, il peut être considéré comme un corps. Or, le langage est un corps très particulier, il est constitué par la multitude, par sa participation au mouvement de signification. Il s’affirme donc comme un corps très composé. Tout comme les autres corps, il est stratifié en parties solides, molles et fluides. Il y a dans le corps-signe un noyau de sens, et certaines variations autour de lui. Le noyau s’affirme comme le bilan d’une histoire, c’est-à-dire comme ce qui neutralisé par l’épaisseur de la durée. Etant ainsi le corps équilibré, il est à la fois clos et ouvert. Son usage commun fonctionne comme une clôture, mais le langage évolue en même temps. C’est là que l’on voit la liberté ou souplesse des mots. D’où un double sens de la puissance du langage. La puissance qu’on reconnaît souvent au langage est de dominer notre pensée elle-même. S’il est dit que nous sommes soumis à l’imagination, c’est le langage qui représente ce pouvoir dominant de l’imagination. Mais le langage est puissant aussi au sens où il est infiniment variable ; il a une puissance infinie d’exprimer.
Le travail spinoziste du langage repose sur ce double aspect de la puissance du langage. D’abord, Spinoza constate, par la formule bien connue de « connaissance ex signis » le pouvoir d’universaliser du langage. Il montre par là comment les mots sont la cause, non l’effet, de la confusion des choses. Selon Spinoza, ils régularisent, ils ordonnent. C’est Hobbes qui trouve dans ce pouvoir langagier de régulariser et d’ordonner le fondement méthodologique et politique. La géométrie est pour Hobbes à la fois une science rigoureuse et un art de créer. Or, c’est dans le langage que ce géométrisme de Hobbes trouve son moyen effectif de réalisation. La vérité doit reposer, selon lui, sur la vertu du langage qui est témoin de la rupture avec le naturel ou l’imagination. Par là, il nous propose une conception transcendantale de la vérité. On y constatera aussi le souci particulier hobbesien de l’universel. Pour lui, le jeu des singularités signifie toujours la fluctuation pathologique ou imaginative, et jamais le procès méthodique qui peut ouvrir un nouvel horizon d’universels. Par contre, chez Spinoza, la vérité ne se conçoit pas dans la rupture totale avec l’imagination. Elle relève plutôt de sa transformation, de son glissement ; elle exprime à la fois la rupture et la continuité par rapport à l’imagination. Ce rapport ambivalent ne peut s’expliquer que par la puissance du langage. Il s’agit cette fois de sa liberté, de sa souplesse, de sa puissance infinie. La réforme philosophique du langage commence, chez Spinoza, par l’analyse historique des termes. On en trouvera l’exemple dans l’histoire des termes de vrai et de faux que Spinoza décrit dans les Pensées métaphysiques. C’est ce genre d’enquête historico-critique qui est susceptible d’ouvrir un nouvel horizon. En ce sens, la méthode historique constitue la condition préalable de la méthode géométrique. La réforme spinoziste ne signifie pas la séparation avec la tradition. Il s’agit de donner des précisions à l’usage commun du langage. Spinoza n’est pas un philosophe qui invente de nouveaux termes. Ce qui est en jeu est de signifier une autre chose en faisant usage des mêmes mots. Cela suppose qu’une variation de signification, quelle qu’elle soit, ne doit pas être trop proche de la signification essentielle pour qu’elle ne soit pas confondue avec celle-ci, ni trop éloignée d’elle pour qu’elle ne soit pas incomprise. C’est ainsi que le langage, en tant que lieu de toute la réforme, impose même la nature et le mode de la réforme : ni la rupture, ni la continuité, mais le glissement.
L’Etat et le langage ont ceci de commun qu’ils ont pour fondement la multitude. En cela, il y a lieu de penser la théorie politique de Spinoza à travers celle du langage. Ce qui caractérise la multitude, c’est qu’elle est une en tant que fondement de l’Etat, mais en même temps qu’elle est diversifiée, ce en quoi elle est une menace pour l’Etat. La politique spinoziste consiste à penser cette ambivalence de la multitude. L’Etat est un individu au sens spinoziste du terme (potentia multitudinis quae una veluti mente ducitur), mais il est un corps peu intégré. D’où l’intérêt particulier à la politique du langage (du signe), qui compte parmi quatre politiques ayant pour fin de maintenir la stabilité de l’Etat : la politique de la crainte, celle du nombre, celle de la communication, celle du signe. Spinoza était très sensible à la question de la liberté individuelle dans l’Etat. Non seulement la liberté ne nuit pas à la sécurité de l’Etat, mais elle est nécessaire pour un Etat libre. Or, elle est thématisée chez Spinoza dans son rapport avec le langage. La liberté de penser va avec la liberté de parole. Et la lisibilité du texte social, condition nécessaire pour la liberté des lecteurs, se donne par la lumière naturelle constituée par le fonds commun. Parce que le terme de commun s’entend au sens où tout le monde le sait, on n’a pas besoin de recourir à une autorité extérieure quelconque. D’où la possibilité du jeu libre des singularités qui se voit concrétisé dans le développement des sciences et des arts. Le langage prend encore une place importante, car le langage en tant que système du savoir, du discernement et du classement, est à la fois l’objet du travail et son résultat. Le langage apparaît ici comme un champ autonome, comme un mouvement automatique, bref, comme un procès, et non un lieu figé de la vérité, procès où se jouent l’imagination et la raison, les universels et les singuliers. Etant donné que ce procès n’est pas autre chose que la politique elle-même, celle-ci s’affirme comme la politique du langage.
L’homme et l’environnement dans le Marais poitevin, seconde moitié du XVIe siècle - début du XXe siècle
Lundi 15 novembre
14 h 30
Carré Colbert, INHA
Salle Ingres, 2e étage
2, rue Vivienne
75002 Paris
M. Yannis SUIRE soutient sa thèse de doctorat :
L’homme et l’environnement dans le Marais poitevin, seconde moitié du XVIe siècle - début du XXe siècle
en présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS IV)
M. BERCÉ (PARIS IV)
M. DELMAS (CHARTES)
M. GÉRARD (PARIS IV)
M. POTTON (LA ROCHELLE)
M. SARRAZIN (NANTES)
M. WICHEREK (CNRS)
L’homme, image de Dieu, seigneur de l’univers. L’interprétation de Genèse1, 26 dans la tradition syriaque orientale
Vendredi 16 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 223
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Colette PASQUET soutient sa thèse de doctorat :
L’homme, image de Dieu, seigneur de l’univers. L’interprétation de Genèse1, 26 dans la tradition syriaque orientale
En présence du Jury :
Mme ALEXANDRE (Paris 4)
M. BROCK (Oxford)
M. MUNNICH (Paris 4)
M. WOLINSKI (ICP Paris)
M. YOUSIF (ICP Paris)
L’horloge "georgien" du Sinaiticus Ibericus 34
Mercredi 10 décembre 2003
14 heures 30
Centre Malesherbes, salle 322
108 Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Stig FRÖYSHOV soutient sa thèse de doctorat :
L’horloge "georgien" du Sinaiticus Ibericus 34.
Tome I : Edition et traduction. Tome II : Commentaire
en présence du Jury :
M. FLUSIN (PARIS IV)
M. LOSSKY (St-Serge)
M. LOSSKY (INSTITUT)
M. MAHE (EPHE)
M. MUNNICH (PARIS IV)
M. OUTTIER (CNRS)
M. RENOUX (ICP Paris)
L’iconographie de Bhairava dans la sculpture de l’Inde (jusqu’au XIIIe siècle)
Samedi 11 décembre
9 h 30
Carré Colbert, Galerie Colebert, salle Ingres
2e étage
4-6 rue des Petits Champs
75002 Paris
Mme Karine LADRECH soutient sa thèse de doctorat :
L’iconographie de Bhairava dans la sculpture de l’Inde (jusqu’au XIIIe siècle)
en présence du Jury :
Mme BALBIR (PARIS III)
Mme BLANCHON (PARIS IV)
M. DAGENS (PARIS III)
Mme PARLIER-RENAULT (PARIS IV)
L’iconographie de Bhairava dans la sculpture du sud de l’Inde (jusqu’au XIIIe siècle)
Samedi 11 décembre
9 h 30
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
Mme Karine LADRECH soutient sa thèse de doctorat :
L’iconographie de Bhairava dans la sculpture du sud de l’Inde (jusqu’au XIIIe siècle)
En présence du Jury :
Mme BALBIR (PARIS III)
Mme BLANCHON (PARIS IV)
M. DAGENS (PARIS III)
Mme PARLIER-RENAULT (PARIS IV)
L’identité slovaque : Essai sur l’affirmation politique de la Slovaquie (1848-1939)
Samedi 27 novembre 2004
9 h
En Sorbonne, Centre Roland Mousnier
salle G 647, esc. G, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Jean-Luc CAZENAVE soutient sa thèse de doctorat :
L’identité slovaque : Essai sur l’affirmation politique de la Slovaquie (1848-1939)
en présence du Jury :
M. BERENGER (PARIS IV)
M. CHALINE (PARIS IV)
M. KECSKEMETI (PARIS)
Mme PIETRI (STRASBOURG III)
L’illusion de continuité. Contribution à l’étude du fonctionnement formel de la narration
Mardi 20 juin 2006
9 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Pétronille GAY DANCHIN soutient sa thèse de doctorat :
L’illusion de continuité. Contribution à l’étude du fonctionnement formel de la narration
En présence du Jury :
M. BACKES (Paris 4)
M. BOUJU (Rennes 2)
Mme GARDES-TAMINE (Aix-Marseille 1)
M. JOURDHEUIL (Paris 10)
M. LÉVY-LEBLOND (Nice)
M. MOLINIÉ (Paris 4)
M. RAUSEO (Valenciennes)
L’image de l’Espagne en France au XVIIe siècle : les sources musicales éclairées par les témoignages historiques, diplomatiques, littéraires et picturaux (1610-1674)
Jeudi 8 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Clara RICO-OSES soutient sa thèse de doctorat :
L’image de l’Espagne en France au XVIIe siècle : les sources musicales éclairées par les témoignages historiques, diplomatiques, littéraires et picturaux (1610-1674)
En présence du Jury :
Mme DUROSOIR (Paris 4)
Mme BECKER (Paris 4)
Mme PEDRERO ENCABO
M. ROTH
Résumés
Cette étude analyse la présence et l’image de l’Espagne dans la vie culturelle française au XVIIe siècle, particulièrement dans les sources musicales. Des complexes relations entre la France et l’Espagne au cours de ce siècle se dégage une image négative des Espagnols qui est étudiée ici non seulement du point de vue musicologique mais encore dans des analyses interdisciplinaires d’ordre historique, littéraire et artistique.
L’étude de l’image anti-espagnole, telle que la dessinent les livrets des ballets de cour de la première moitié du siècle, est étayée par une image semblable dans un corpus de gravures, comme dans la littérature de propagande contemporaine. Les clichés qui la constituent disparaîtront des sources du règne de Louis XIV, notamment à partir de la Paix des Pyrénées (1659).
Or, l’Espagne a laissé également son empreinte dans une « mode à l’espagnole » qui est représentée ici par un corpus d’airs de cour en langue espagnole, ainsi que par une présence constante de danses d’origine espagnole, quoique complètement francisées, dans les ballets de cour de Jean-Baptiste Lully.
Enfin, on étudiera la présence physique des Espagnols dans les spectacles courtisans français du XVIIe siècle, présence représentée par deux troupes de théâtre espagnoles qui se sont déplacées en France à l’occasion du mariage entre Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche en 1660.
The image of Spain in France in the 17th century : musical sources enlightened from historical, diplomatic, literary and pictorial testimonies (1610-1674)
This current study analyses the presence and image of Spain in the French cultural life of the 17th century, and in particular, in the musical sources. The complex relationships between France and Spain throughout this century provide a negative perception of the Spanish people, which is studied here not only from a musicological perspective, but also from a multidisciplinary analysis, taking into account historical, literary and artistic sources.
The engravings and the propagandistic literature of the first-half of this century support the anti-Spanish image perceived in the librettos of ballets de cour during the same epoch. Such clichés will not be present in the sources of Louis XIV’s reign, mainly from 1659 on (Paix des Pyrénées).
Nonetheless, Spain left its particular stamp as a « mode à l’espagnole » (Spanish fashion). The phenomenon is here mostly represented by a corpus of Spanish-language airs de cour, as well as by a regular presence of Spanish-origin dances in the ballets de cour of Jean-Baptiste Lully, although fully frenchified.
Lastly, the physical presence of Spanish people in the French courtier performances of the 17th century, represented by the Spanish theatre companies that travelled to France on the occasion of the wedding between Louis XIV and Marie-Thérèse d’Autriche in 1660, will be analysed.
Position de thèse
L’objet de cette thèse est l’étude de la présence et de l’image de l’Espagne dans la vie culturelle française au XVIIe siècle, particulièrement dans les sources musicales. Cette présence espagnole dans ce vaste répertoire français n’ayant encore fait l’objet d’aucune étude musicologique d’envergure, il faut tenter de combler un vide dans le domaine de la musicologie française et espagnole.
Les relations entre la France et l’Espagne au XVIIe siècle ont été amplement analysées dans les domaines historique et littéraire : d’un côté, les divers conflits franco-espagnols et, d’un autre, la considérable influence exercée par la littérature du Siècle d’or espagnol sur la littérature française du XVIIe siècle. Face au grand nombre de travaux d’ordre historique et littéraire, les travaux musicologiques consacrés aux relations franco-espagnoles durant cette période se limitent à quelques articles qui annoncent un vaste sujet, mais ne peuvent, étant donné leurs dimensions, approfondir ledit sujet .
La période choisie pour la réalisation de cette étude s’étend entre 1610 et 1674. 1610 marque la mort d’Henri IV et la fin d’une politique ouvertement anti-espagnole. Avec la régence de Marie de Médicis et la Paix de Fontainebleau, signée en 1611, les relations franco-espagnoles se présentent, à priori, améliorées. Le mariage entre Anne d’Autriche, fille de Philippe III, et Louis XIII, roi de France, stipulé dans cet accord, aurait pu être à l’origine d’un important échange artistique entre les deux cours. Cet « échange » qui ne répondit pas aux attentes, est analysé du côté de la France, notamment, du point de vue musicologique.
L’année 1674 est le terme de cette étude. Cette date a été choisie pour deux raisons : d’une part, le départ des comédiens espagnols qui séjournaient à la cour de France depuis 1660 (date du mariage entre Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Philippe IV) eut lieu en 1674 ; d’autre part, l’âge d’or du ballet de cour arriva à sa fin en 1673. L’affaiblissement de ce genre s’accompagna de l’émergence d’autres manifestations musicales typiquement françaises, mais leur étude dépasserait les limites de cette thèse.
L’étude de la présence et de l’image espagnoles dans les sources musicales françaises du XVIIe siècle requiert un éclairage venu d’autres sources. La richesse des relations entre ces deux nations oblige à traiter le sujet de cette thèse de façon interdisciplinaire : il ne serait pas correct d’analyser l’image de l’Espagne dégagée des livrets des ballets de cour sans avoir, préalablement, établi quelle était l’image de l’Espagne qui régnait dans les mentalités des Français de l’époque. Ces livrets, en effet, ne peuvent être considérés comme des témoignages entièrement fiables ; ils prennent tout leur sens seulement lorsqu’ils sont confrontés aux messages issus des autres sources disponibles, historiques, diplomatiques, ou littéraires.
Ainsi, on analyse, tout d’abord, les sources de nature historique, littéraire et artistique, qui préparent le chemin aux investigations dans les autres domaines. Les journaux de voyages des mémorialistes, des voyageurs et des ambassadeurs français en Espagne transmettent l’image négative que les Français de l’époque se faisaient de l’Espagne et des Espagnols. Les sources littéraires montrent cette image très répandue de l’Espagnol associé aux rodomontades et aux capitans fanfarons. En même temps, la publication d’une importante série de gravures satyriques durant la première moitié du XVIIe siècle témoigne aussi de l’image anti-espagnole en France.
Une fois ces données établies, il devient possible d’aborder l’image de l’Espagne dans les livrets des ballets de cour et des comédies-ballets. L’enquête s’intéresse tout d’abord aux ballets de cour du règne de Louis XIII, dans lesquels l’image anti-espagnole se répète constamment. L’insuffisance de sources musicales dans cette période fait que les livrets des ballets de cour se présentent comme les sources primordiales dans l’étude de ces spectacles. En outre, la liberté d’écriture et de ton des auteurs de livrets de cette période, confère à ces sources un caractère de franchise essentiel et d’une grande valeur dans l’étude de l’imagerie.
Il est intéressant de constater la différence entre ce corpus de textes de ballets de la première moitié du siècle et celui du règne de Louis XIV. L’Espagne est beaucoup moins présente dans cette seconde période et son image négative se réduit considérablement. Elle ne représente plus le même danger que sous le règne de Louis XIII et ne constitue plus « un sujet à la mode ». Par ailleurs, les auteurs des livrets ont perdu cette liberté caractéristique des auteurs de la première moitié du siècle, marqués par l’académisme et invités à ne plus se mêler des affaires de l’état.
À la lumière de ces données, il n’est pas étonnant de constater la différence d’envergure entre les résultats de la recherche dans les sources de la première moitié du siècle et ceux de la deuxième moitié. En effet, l’analyse consacrée aux livrets des ballets de cour de Louis XIII se présente beaucoup plus vaste que celle consacrée aux spectacles courtisans de Louis XIV.
Si les ballets de cour de Louis XIII présentaient des sources musicales très incomplètes, ceux des premières années du règne de Louis XIV réparent cette lacune avec des sources assez bien conservées. Ceci permet d’observer la présence de l’Espagne dans les danses des ballets de cour, ce qui est réalisé à travers trois danses : la sarabande, la chaconne et la canarie. On étudie leur parcours depuis leur apparition en Espagne jusqu’à leur implantation dans les spectacles courtisans français en donnant des exemples, notamment des ballets et des comédies-ballets de Jean-Baptiste Lully. Pour étudier ce parcours, trois types de sources sont pris en compte : des sources historiques, des sources littéraires et finalement, des sources musicales.
Sarabandes, chaconnes et canaries ont suivi des chemins semblables pour arriver toutes les trois à faire partie du répertoire de la belle danse française. Elles se sont transformées pour acquérir des caractéristiques plus propres à ce style : elles ont défini leur rythme et adouci leur caractère, renonçant ainsi à leurs spécificités espagnoles. Or, malgré ces transformations, l’image espagnole sera souvent associée à elles, notamment à la sarabande, dont l’interprétation sera liée aux castagnettes même vers la fin du XVIIe siècle .
La présence et l’image de l’Espagne en France sont aussi étudiées à travers le répertoire vocal non scénique, qui fait référence aux airs de cour. Tout d’abord, on analyse l’image de l’Espagne qui se dégage de ce répertoire en langue française, qui ne diffère guère de l’image négative présentée auparavant dans les ballets de cour.
L’étude porte ensuite sur un corpus d’airs de cour en espagnol, répertoire qui appartient aux divers compositeurs courtisans des premières années du XVIIe siècle (Gabriel Bataille, Antoine de Boesset, Étienne Moulinié). Afin de pouvoir traiter dans sa totalité l’œuvre en espagnol de ces auteurs, on a fait une petite incursion dans les deux années antérieures à 1610, terminus ante quem de la thèse : l’œuvre pour voix et luth de Gabriel Bataille présente un air de cour en espagnol daté de 1608 et dix autres datés de 1609. L’analyse de ces pièces en espagnol s’exerce autour de deux axes principaux : sources littéraires et sources musicales. Un recensement de toutes les sources littéraires et musicales en relation avec ce corpus a été réalisé afin de faciliter l’étude analytique annoncée. Finalement, le but de cette analyse est de déceler les possibles relations entre deux répertoires littéraires et musicaux, espagnols et français.
Des vingt-six airs de cour publiés en France entre 1608 et 1629, vingt présentent des concordances avec des sources musicales ou littéraires espagnoles ou en espagnol. On présente toutes les correspondances trouvées, avec les commentaires des sources vues et de la bibliographie consultée. Ces chansons en espagnol proposent un autre modèle stylistique, qui s’éloigne complètement de l’art courtisan français du moment. La plus grande partie de ce répertoire en espagnol révèle l’empreinte d’une musique populaire dont le caractère est souvent dansant. En outre, les formes les plus utilisées dans ce corpus sont celles typiques de la littérature espagnole du début du XVIIe siècle, comme les seguidillas et les formes avec refrain. En même temps, le traitement prosodique est correct dans l’ensemble du corpus : l’accentuation espagnole est bien traitée et l’ornementation met en valeur le sens du texte.
La découverte d’une importante quantité de sources littéraires qui correspondent à ces airs de cour en espagnol, incite à penser que la musique de ces airs existait déjà avant leur publication en France et que, même si les voies empruntées ne sont pas très claires, ils auraient traversé la frontière et seraient arrivés à la connaissance des auteurs français. Par ailleurs, la bonne relation entre la musique et le texte de tout le corpus mène à croire à une bonne connaissance de la langue espagnole de la part du musicien, fait qui pourrait s’appliquer à Étienne Moulinié, mais pas aux autres. Aujourd’hui, il faut regretter la perte d’un répertoire musical espagnol qui aurait corroboré cette hypothèse.
L’activité en France des deux troupes espagnoles qui séjournèrent à Paris entre 1660 et 1674 constitue le dernier axe de la thèse. La troupe de Sebastián de Prado fut choisie parmi toutes les compagnies théâtrales alors en activité à Madrid, pour accompagner Marie-Thérèse d’Autriche en France lors de son mariage à Saint-Jean-de-Luz avec le roi de France, Louis XIV . En 1662, elle fut remplacée par celle de Pedro de la Rosa, qui resta à la cour de France jusqu’en 1674.
Aucune des deux troupes ne connut le succès à la cour de France, mais les sources témoignent de l’habitude d’aller voir la « comédie espagnole » (représentée par ces troupes) chez la reine Marie-Thérèse ; le livret du Ballet des Muses conserve les noms des acteurs de la troupe de Pedro de la Rosa, qui prirent part à la Mascarade espagnole de ce ballet en chantant en espagnol. Ces faits sont analysés à partir des sources historiques (la Gazette de France), littéraires (les lettres en vers de Robinet et Loret, les livrets des ballets de cour), et musicales (sources conservées dans la Collection Philidor).
Le corpus présenté dans cette thèse est non seulement d’une nature très variée mais encore d’une ampleur importante. En même temps qu’il est étudié ici du point de vue de la musicologie, il comporte des analyses interdisciplinaires, des mises en relation de différents sujets dans plusieurs domaines d’ordre musicologique, historique, littéraire, linguistique et artistique, indispensables à la compréhension des riches relations entre la France et l’Espagne.
Les sources musicales exposées et analysées sont d’une grande importance pour la musicologie espagnole et française. La plupart d’entre elles ne sont connues que de très rares spécialistes, alors qu’elles jouissaient, sans doute, de leur temps, d’une large diffusion dans la société française. Leur mise en relation avec les sources provenant d’autres domaines et la création de liens entre des mondes qui s’ignoraient jusque là se veulent génératrice d’une nouvelle optique dans les travaux existants sur les relations entre la France et l’Espagne du XVIIe siècle.
L’image de l’Hispanie et des Hispaniques chez Tite-Live
Samedi 11 décembre
9 h
En Sorbonne, amphithéâtre Champollion
16, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme Estelle BEDON soutient sa thèse de doctorat :
L’image de l’Hispanie et des Hispaniques chez Tite-Live
En présence du Jury :
M. ANDRÉ (PARIS IV)
M. BRIQUEL (PARIS IV)
Mme CHASSIGNET (STRASBOURG II)
M. GUITTARD (PARIS X)
M. MORET (UNIVERSITE)
M. ZEHNACKER (PARIS IV)
L’image de l’hystérie dans la littérature de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, notamment dans "Germaine Lacerteux" d’Edmond et Jules de Goncourt, "L’ Evangéliste" d’Alphonse Daudet, "L’Hystérique" de Camille Lemonnier, "L’ Abbé Jules" d’ Octave Mirbeau, "Là-Bas" de Joris-Karl Huysmans et "Lourdes" d’Emile Zola.
Samedi 4 décembre
9 h
En Sorbonne, Bibliothèque Ascoli
UFR de Littérature française, Escalier C, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme Céline GRENAUD soutient sa thèse de doctorat :
L’image de l’hystérie dans la littérature de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, notamment dans "Germaine Lacerteux" d’Edmond et Jules de Goncourt, "L’ Evangéliste" d’Alphonse Daudet, "L’Hystérique" de Camille Lemonnier, "L’ Abbé Jules" d’ Octave Mirbeau, "Là-Bas" de Joris-Karl Huysmans et "Lourdes" d’Emile Zola.
En présence du Jury :
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. CABANES (PARIS X)
M. MICHEL (ANGERS)
M. NOIRAY (CNRS)
M. PAGES (REIMS)
L’image de la Bohême et des Tchèques dans les Lettres françaises, XVème-XIXème siècles
CHANGEMENT DE SALLE
Samedi 1er avril
14 heures
Maison de la recherche
Salle D 40
28 rue Serpente
Paris 6e
Mme Renata BUDOVICOVA LISTIKOVA soutient sa thèse de doctorat :
L’image de la Bohême et des Tchèques dans les Lettres françaises, XVème-XIXème siècles
En présence du Jury :
M. CHEVREL (Paris 4)
M. CLAUDON (Paris 12)
M. MOURA (Lille 3)
M. VOISINE-JECHOVA (Paris 4)
Résumés
Trois axes permettent de suivre la formation d’une image de la Bohême dans les lettres françaises entre le Moyen-âge et la fin du XIXe siècle : celui de la langue française et de la constitution des champs sémantiques renvoyant au nom du pays et de ses habitants ; celui du royaume de Bohême, de sa géographie et de son histoire, et de leurs échos en France ; celui des lettres françaises enfin, dont se dégage une certaine image littéraire de la Bohême, que ce soit à travers les récits de voyage, les comptes rendus de publicistes, les œuvres romanesques ou encore les ouvrages d’histoire. Lesquels textes ont été abordés afin de déterminer l’intérêt que leurs auteurs, puis le public français, ont accordé - ou non - à la Bohême, et de définir l’impact que cette réception littéraire a pu exercer sur l’imaginaire des Français, contribuant ainsi à la connaissance de cet espace culturel et géographique longtemps assimilé à l’Allemagne. Cette thèse vise à présenter une synthèse des traces laissées par la Bohême et son histoire dans les lettres françaises, et de contribuer ainsi aux recherches en littérature comparée, et aux échanges entre l’Occident (la France) et l’Europe centrale (la Bohême).
Three lines of research present themselves in order to trace the formation of a picture of Bohemia in French literature between the Middle Ages and the XIXth Century : the first focuses on the French language, and the emergence of a field of semantic denotations referring to the name of the country and its inhabitants ; the second looks at French accounts of the actual Kingdom of Bohemia, its history and its geography ; the third involves the creation of a picture of Bohemia in French literature, notably through travelogues, articles, novels and historical writings. These texts have been studied with a double purpose in mind : to determine the interest which their authors, and subsequently the French public at large, may or may not have accorded to Bohemia, and to define the impact which such readings may have had on the popular imagination of France ; thus introducing new elements for a better understanding of an entity, both cultural and geographic, which had long been confused with Germany. This thesis aims to present a summary of the testimonies of Bohemia and its history in French literature, and thereby to contribute both to comparative literature and to exchanges between Western and Central Europe (in this case, France and Bohemia).
Position de thèse
L’image de la femme dans l’oeuvre d’Anton Pavlovitch Tchekhov
Mercredi 21 septembre
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Françoise DARNAL LESNE soutient sa thèse de doctorat :
L’image de la femme dans l’oeuvre d’Anton Pavlovitch Tchekhov
En présence du Jury :
MME LOSSKY (Paris 4)
M. LANNE (Lyon 3)
MME MELAT (Paris 4)
M. ROLET (Lille 3)
MME TROUBETZKOY (Paris 4)
L’image de la Grèce "moderne " dans les récits des voyageurs français à l’aube des Lumières
Vendredi 11 mars 2005
14 heures
Maison de la Recherche
D 040, rez de chaussée
28, rue Serpente
75006 Paris
Mme Vassiliki MICHOU soutient sa thèse de doctorat :
L’image de la Grèce "moderne " dans les récits des voyageurs français à l’aube des Lumières
En présence du Jury :
M. BOUCHET (Nice)
M. COUVREUR (Bruxelles)
M. MENANT (Paris 4)
M. MOUREAU (Paris 4)
L’imaginaire de l’écriture - Esthétique et stylistique romanesque d’André Malraux
L’Imaginaire de l’écriture - Esthétique et stylistique romanesque d’André Malraux
Lundi 16 octobre 2006
Université de Pékin (Chine)
Mme HAIQING LIU soutient sa thèse de Doctorant :
L’Imaginaire de l’écriture - Esthétique et stylistique romanesque d’André Malraux
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (PARIS 4)
M. MOLINIÉ (PARIS 4)
M. QIN (PÉKIN)
Mme WANG (PÉKIN)
L’imaginaire huysmansien : intertexte et iconographie bibliques dans l’oeuvre
Samedi 11 décembre 2004
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Gaël PRIGENT soutient sa thèse de doctorat :
L’imaginaire huysmansien : intertexte et iconographie bibliques dans l’oeuvre
En présence du Jury :
M. BEDOUELLE (FRIBOURG)
M. GLAUDES (TOULOUSE II)
M. GRIFFITHS (LONDRES)
M. GUYAUX (PARIS IV)
Mme MILLET-GERARD (PARIS IV)
L’impact des restructurations de l’industrie aéronautique militaire sur l’évolution de la Politique étrangère et de défense européenne
Vendredi 30 juin 2006
9 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
M. Fulbert BILLAUDOT soutient sa thèse de doctorat :
L’impact des restructurations de l’industrie aéronautique militaire sur l’évolution de la Politique étrangère et de défense européenne
de 1992 à 2000
En présence du Jury :
M. SOUTOU (Paris 4)
M. FACON
M. GRISET (Paris 4)
M. VARASCHIN (Arras)
Position de thèse
La construction européenne est sans conteste l’un des faits marquants de la seconde moitié du vingtième siècle. Avec la fin de la guerre froide, la construction de l’Union européenne est devenue un sujet majeur pour les pays d’Europe occidentale, mais également pour les pays d’Europe centrale et orientale. Le traité de Maastricht en 1992 impulse un réel essor à la mise en place d’une Europe politique.
En effet, si le développement de l’Union européenne apparaît de manière incontestable au niveau économique, et notamment autour de l’UEM , celui de l’Union politique est plus contrasté.
Le processus qui va conduire à la création de la PESC en 1992, et à celle plus ambitieuse de la PECSD en 1999, est l’aboutissement d’un long et difficile parcours.
Ces atermoiements semblent concevables de par la pluralité des enjeux qu’une Europe politique implique et les différences existantes entres les différents pays de l’UE.
En effet, on ne peut concevoir d’Europe politique sans envisager un consensus autour de valeurs et d’intérêts communs, c’est à dire au-delà du plus petit dénominateur commun. Et la volonté de conférer à l’Europe une dimension politique est loin d’être évidente. Elle est essentiellement l’apanage de la France mais aucunement de la majorité des autres pays de l’Union dont les traditions culturelles, historiques et donc politiques ne participent pas nécessairement de cet élan.
Car, si l’Europe représente une cohésion en terme géographique, économique, on voit bien qu’il est bien plus difficile de s’entendre sur un projet politique de par sa pluralité. En ce sens, la construction européenne est une expérience unique.
La politique étrangère et de défense commune est par essence le sujet qui cristallise toutes les difficultés liées au projet européen. Car pour qu’une telle politique puisse voir le jour, il faut une vision commune, des intérêts clairement définis et des moyens communs. En effet, on ne peut concevoir une Politique Extérieure et de Sécurité Commune (PESC) sans concevoir de moyens pour la mettre en œuvre. La « toge » ne suffit pas. Par ailleurs, on ne peut guère concevoir de moyens, sans posséder une industrie capable de développer ces derniers en fonction des critères requis par les différents états-majors et bien entendu des structures adéquates pour assurer la gestion et la coordination de ces programmes.
Enfin, on ne peut concevoir de Politique Extérieure Commune et de Défense sans pouvoir politique. En filigrane, cette question nous amène à nous interroger sur le projet politique qui se situe logiquement en amont de ce processus.
En ce qui concerne l’Europe « puissance », c’est à dire dotée d’une politique étrangère propre ainsi que de moyens militaires intégrés couvrant toute la palette de l’armement moderne, il s’agit d’un processus ardu qui a connu des hauts et des bas. Le projet de la CED de 1952 est assurément l’un des points d’acmé de son histoire si l’on considère alors ce qu’un tel projet signifiait au plan politique. Le paradoxe voudra que ce soit le pays que l’on a coutume de présenter comme le champion d’une puissance européenne indépendante (notamment avec le général de Gaulle) qui aura mis fin à ce projet. Cette opportunité n’allait plus se représenter avant longtemps. En fait il faudra attendre la fin des années 1980’ et surtout le traité de Maastricht pour que l’Europe politique recouvre une vigueur certaine. Cependant, l’après Maastricht est plutôt décevant et le traité d’Amsterdam semble mettre en bémol les ambitions affichées quelques années plus tôt. L’échec de la construction d’une politique européenne et de défense commune par la voie institutionnelle (c’est à dire de construire avant tout l’Europe au fil des traités) semble patent.
Et pourtant, à la fin des années 1990’, en l’espace d’à peine trois années, l’Europe de la Défense va connaître des progrès incomparables. Le paysage industriel européen de l’aéronautique militaire mais aussi civil va connaître une évolution sans précédent en l’espace de moins de trois années, de la fin 1997 au début de l’année 2000 qui au final va conférer à l’Europe une véritable dimension de politique de Défense commune avec l’émergence d’une industrie d’armements transnationale dans l’aéronautique militaire.
Le sujet que nous abordons là est un véritable sujet de relations internationales dans le sens ou il met en lumière des processus concernant des relations d’Etats à Etats suivant des contraintes culturelles, géographiques, économiques, juridiques, militaires, technologiques, stratégiques, financières, d’opinions publiques, ... En ce sens, il s’agit là d’un des sujets clés des relations internationales puisqu’il est question de politique étrangère et de défense. Cependant, d’autres acteurs interviennent dont les rôles et les logiques ont un poids qui s’avère loin d’être négligeable et qui de fait constituent la singularité de cette étude.
C’est aussi ce qui fait la difficulté d’un tel sujet. Il y a pluralité d’acteurs et de sujets d’étude.
Afin de refléter les différentes facettes de notre sujet, il est important de bien faire ressortir la multiplicité des aspects qui le concerne et la manière dont ces derniers s’articulent entre eux. Il ne s’agit donc pas d’entrer dans un le détail pour les parties historiques, dont chacune d’entre elles pourrait faire l’objet d’une thèse, mais de fournir un cadre pour cette étude.
En effet, ce sujet s’apparente à une sorte de puzzle dans la mesure ou les différents éléments vont évoluer et interagir suivant des logiques qui leur sont propres et suivant une chronologie qui n’est pas forcément la même. C’est un véritable sujet à géométrie variable.
Comme le sujet est très jeune, il n’existe pas encore de monographie abordant ce sujet de manière transversale, c’est à dire en croisant les différents sujets liés à la PESD, à savoir les questions de politique étrangère, les questions de défense et enfin les questions liées à la mise sur pied d’une industrie européenne de défense. Et pourtant ces différents thèmes sont présents dans le Traité de Maastricht, et sont indissociables quant à la constitution d’une PESD efficiente.
L’intérêt de cette étude est de bien montrer qu’il y a différentes logiques qui coexistent autour de ce sujet et de voir comment les évolutions des unes ont des répercussions sur les autres et de bien voir la manière dont elles ont induit des avancées politiques et non l’inverse.
Le contexte économique et politique de la seconde moitié des années 1990’ a été décisif au niveau du processus des restructurations de l’industrie aéronautique militaire européenne. L’industrie aéronautique américaine qui venait de se restructurer représentait une menace très réelle vis-à-vis des industries européennes dont les structures restaient avant tout nationales.
Le risque était que des pans industriels entiers ne soient absorbés par les industriels américains qui de fait contribueraient à la perte d’un savoir-faire européen utile pour le développement de programmes européens.
Cependant il convient de noter que ce processus s’était déjà amorcé de manière sectorielle en Europe notamment au début des années 1990’ dans le domaine des hélicoptères ainsi que des missiles.
Ces restructurations à l’échelle européenne s’avéraient donc vitales pour les différentes entreprises européennes afin d’atteindre la taille critique nécessaire pour concurrencer les géants américains et de fait être compétitives et pouvoir lancer des programmes de grande envergure.
En plus de la question liée à l’appareil industriel à proprement parler, l’écart de plus en plus important en terme de moyens consacrés à la recherche et développement dans ce secteur, risquait d’avoir des conséquences désastreuses du fait de la dispersion des crédits de recherche pour une pluralité de programmes pourtant similaires.
L’urgence pour que les industries aéronautiques en Europe se restructurent de manière à rationaliser la production d’armement en Europe et à conserver sa compétitivité mais aussi son savoir-faire a été partagée par les politiques en Europe de manière unanime.
Par ailleurs, la position du gouvernement britannique a été décisive sur cette question. Le gouvernement britannique qui s’était montré jusque-là hostile à l’émergence d’une politique de défense purement européenne allait évoluer de manière décisive. Aussi les britanniques lanceront-ils aux côtés des français et des allemands l’appel à une restructuration des industries d’armements en Europe, et ils confirmeront cette position à Saint-Malo un an plus tard, en 1998.
Ainsi, les questions liées aux industries aéronautiques civiles et militaires ont-elles été très importantes dans l’évolution de la position britannique vis à vis du dossier de la défense européenne. Les risques de rachat de pans industriels européens militaires, pléthoriques et dispersés et donc trop coûteux, par des industries américaines surpuissantes ont amené le gouvernement britannique à évoluer sur ces questions. Raisonnement pragmatique ! Ce faisant, on se rend compte que la Grande-Bretagne est de fait bel et bien européenne.
Cette volonté politique britannique allait permettre à l’Europe de se doter d’un cadre juridique adéquat très rapidement avec la LoI et la même année, en 1998, la mise en place d’une agence d’armement européenne : l’OCCAR.
De facto, l’Europe acceptait de collaborer de manière coordonnée et rationnelle sur les questions d’armements au sein de structures de plus en plus intégrées.
Du côté français, l’évolution de la politique de l’Etat dans le domaine de l’industrie de l’armement a été très importante. La puissance publique, qui jusque-là dirigeait l’industrie d’armements, allait se désengager de manière significative et se rapprocher du modèle anglo-saxon. C’était la condition essentielle pour que les autres partenaires européens, notamment allemands et anglais puissent accepter de marier leurs industries nationales. Or traditionnellement l’industrie d’armements était du ressort régalien. C’est dire la signification politique d’une telle décision pour un pays comme la France, même si elle envisageait d’être le leader de cette industrie européenne ! Cette évolution a été également comparable en Italie et en Espagne dont l’Etat s’avérait être comme en France l’actionnaire majoritaire des entreprises d’armements.
Toutefois, l’histoire de la politique étrangère et de défense commune a fourni un cadre dans lequel ce processus a pu s’inscrire et sans lequel il n’aurait probablement pas pu se réaliser de manière aussi rapide. La coopération politique européenne a été le socle de la future défense européenne, son corollaire. Les questions de défense en Europe du traité de Dunkerque, en 1947, jusqu’à Helsinki en 1999 qui lui sont intimement liées ont également une longue histoire dans le contexte de la guerre froide mais également une fois cette dernière achevée. De fait de depuis la fin de la guerre froide il y a trois instances multinationales concernées par les questions de défense en Europe : l’UEO, l’OTAN et l’OSCE. Par ailleurs, ce sont différentes conceptions de l’Europe qui se sont affrontées pendant ces années autour de l’architecture de défense en Europe. Aussi est-il primordial d’étudier la dialectique existante entre les trois pays moteurs de l’Europe dans le domaine de la PESC - la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne - dont les convergences et divergences ont un impact important sur ces questions.
Enfin, les politiques de défense bilatérale menées en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale ont joué également un rôle non négligeable. En effet, la France et l’Allemagne sont allés très loin vers l’intégration ; mais la France et la Grande-Bretagne ont également collaboré sur des aspects très importants de la PESD. Ces relations ont contribué à donner du corps à la politique étrangère et de défense en Europe. Et il ne faut surtout pas oublier que cette réalité a joué un rôle très important tant dans le domaine de la politique de défense qu’au niveau de la mise en place à terme d’une agence européenne d’armements. Ces alliances, de par leur caractère plus ad hoc, ont permis aux principaux pays européens de créer par le biais de structures souples les conditions nécessaires pour aller de l’avant au niveau institutionnel en lui donnant du corps.
Enfin, si le cadre institutionnel a fourni un cadre important pour que ce processus puisse avoir lieu il faut également ajouter que les coopérations menées entre les différents industriels depuis les années 1960’ ont également largement contribué au succès ainsi qu’à la célérité des restructurations des industries aéronautiques européennes. En effet, de manière bilatérale et dans certains cas multilatérale, les industriels européens collaboraient déjà de facto sur des programmes majeurs pour l’Union européenne.
On a pu voir qu’il existait déjà avant cette phase de restructurations des regroupements sectoriels assez poussés et surtout une grande interdépendance de facto entre tous les industriels européens. Ces restructurations allaient « institutionnaliser » un fait déjà existant.
En outre, au travers de la présence de la Grande-Bretagne dans les grands programmes d’armements européen, on a pu constater qu’elle constituait un partenaire de premier plan pour permettre à l’Europe de disposer de la palette de moyens modernes à même de lui permettre de mener une politique de défense autonome.
Ces multiples collaborations furent un facteur important pour le succès des restructurations mais elles ont également permis de fédérer les industriels autour d’une vision commune : l’Europe de la Défense. Les industriels en Europe ne pouvaient plus concevoir leur action que dans le cadre européen et ce faisant au sein d’une politique étrangère et de défense commune qu’ils allaient encourager.
En ce sens, il est intéressant de constater que les industriels communiquent sur les questions liées à la PESD et s’inscrivent désormais au sein de cette dernière alors que dans le même temps les politiques se désengageaient de la gestion de la production de l’armement. C’est un phénomène très intéressant et tout à fait novateur. De fait il existe maintenant une démarche autonome des industriels qui conçoivent et proposent des programmes visant à combler les lacunes capacitaires de l’Europe et, par ce biais, interviennent sur la scène politique.
C’est la raison pour laquelle les industriels ont contribué directement à l’évolution institutionnelle de l’Europe et en premier chef de son aspect le plus symbolique, la défense.
L’évolution de l’opinion publique sur les questions de la politique étrangère et de défense joue un rôle non négligeable qu’il convenait de prendre en compte même si ce facteur peut sembler marginal. Il est en effet crucial de gagner l’opinion publique sur des questions aussi essentielles que la défense qui touche directement à la souveraineté et par-là même engage la nation. Les peuples européens ont compris que le cadre de l’Etat nation ne suffisait plus à leur pays pour se faire entendre sur la scène internationale face à une superpuissance américaine et que seule l’Europe pouvait être en mesure de suppléer à la perte d’influence de leur pays respectif.
Par ailleurs, les programmes européens sont perçus de manière positive par les opinions publiques. Des programmes militaires, tels que l’A400M ou Galileo, ont eu des répercussions positives. Ils mettaient en avant le savoir-faire technologique que l’Europe y gagnait et par-là même les retombées dans le domaine de l’emploi et de la recherche dans le domaine civil. Cette donne aura un effet très fédérateur au niveau de la vie politique locale et indirectement au niveau national. Ces programmes, par leur envergure et leur côté high tech, sont très bien perçus en Europe et, de fait, offrent une certaine publicité pour l’Europe de la Défense. De même, l’idée d’avoir nommé un « Monsieur PESC » contribue également à donner une meilleure visibilité des actions européennes aux yeux de l’opinion publique.
Au niveau méthodologique, l’histoire contemporaine devient assurément de plus en plus complexe tant il est difficile de parvenir à avoir une vision globale des changements que nous vivons. En effet, depuis la fin de la guerre froide, nous sommes bien loin de la fin de l’histoire.
Cette difficulté s’avère d’autant plus grande que le monde dans lequel nous évoluons change à une vitesse exponentielle. En outre, tous les secteurs d’activités deviennent de plus en plus interdépendants. Cette interdépendance conditionne également les rapports entre les sphères économique et politique qui deviennent de plus en plus étroitement intriquées.
On ne peut en effet appréhender un sujet en particulier sans le situer par rapport à son contexte immédiat et global, technique, humain, à la manière dont il est structuré, aux différents publics qui lui sont liés de près ou de loin
Par ailleurs, il existe une véritable dialectique des échelles, qui est valable pour tous les publics concernés : cela va des généralistes d’un ministère à un service spécifique, de l’organisme de tutelle à la division spécialisée, du consortium à la joint venture, de l’échelon politique européen à l’échelon politique local, de la presse généraliste à la presse spécialisée sans omettre les relais d’opinion nationaux et européens.
Dès lors l’historien du temps présent se doit d’avoir une approche transversale et emprunter à d’autres disciplines des prismes de lecture afin de mieux cerner les problématiques concernant son objet d’étude : économie ; finances ; sciences (les innovations technologiques aujourd’hui ont un impact majeur sur nos sociétés) ; sociologie des organisations ; communication institutionnelle ; le droit international ; le management interculturel ; culture d’entreprise ; etc.
On s’aperçoit très vite qu’il existe de nombreux publics concernés - à des degrés divers - par le sujet que l’on souhaite étudier, et dont l’impact, l’intérêt, la lecture sur ce dernier s’avèrent singuliers et donc que ces derniers sont loin d’avoir une appréhension commune et globale de ce dernier.
Cependant, un contexte particulier peut pousser ces différents acteurs, dont les intérêts et les logiques ne sont pas forcément les mêmes, à aller vers une dynamique d’ensemble à un moment donné.
C’est la raison pour laquelle il convient de dresser une cartographie des différents publics et de leur poids par rapport à tel ou tel sujet (qui ? quoi ? où ? comment ?). C’est une base essentielle avant de se lancer plus en avant dans nos recherches. Une fois cette « carte » établie, on peut aller plus loin dans sa recherche en allant toujours du global au particulier, de la structure à l’humain, du niveau international au niveau local tout en nous appuyant sur des clés de lecture empruntées à d’autres disciplines.
Par ailleurs, une des grandes nouveautés pour ce type de sujet s’avère l’étude des travaux de communication touchant à notre sujet. Il existe aujourd’hui un trop plein de communication : on peut trouver pour tous ces différents publics de nombreuses publications sur différents types de supports : communiqués de presse ; newsletters ; site internet ; etc. Cela constitue un objet d’étude essentiel. Les identifier s’avère une tâche importante même s’il faut rester critique et toujours garder en tête : qui parle ? pour quoi/qui ? dans quel contexte ? et que ces messages ne sont pas dépourvus d’arrières pensées ou de parti pris.
Le projet d’avion de transport lourd européen (ATF) qui allait en l’espace d’une dizaine d’années, après bien des rebondissements, déboucher sur l’A400M met bien en évidence les difficultés que l’on peut rencontrer lorsque l’on étudie ce type de projet dans le cadre de la PESD. Mais bien plus qu’une simple étude de cas, il cristallise les nouvelles donnes dans le domaine des relations entre les industriels et les institutions publiques dans le domaine de l’aéronautique à l’aune d’une concurrence mondiale de plus en plus agressive dans ce domaine, et tout spécialement américaine.
Enfin pour conclure, en nous élevant dans notre réflexion, nous nous apercevons que la PESD soulève la notion de globalisation.
Cette période de globalisation, autour de l’économie est très intéressante. Et la fin du communisme allait mettre en lumière ce processus de manière flagrante, au point que certains pronostiquèrent la fin de l’histoire .
Et cette dimension s’insère dans une dialectique des échelles, du niveau local, au niveau mondial. Dès lors, accoucher d’un projet politique commun en Europe sur des bases maximalistes paraît fort improbable et derrière cette question le succès d’une Politique Extérieure et de Sécurité Commune et de Défense pourrait s’en trouver inaccessible. Cependant, nous avons vécu indiscutablement une phase de rapprochement majeure dont témoigne la mise en commun de la sécurité et de Défense en Europe. La mise en commun de l’industrie de défense en Europe est une étape sans doute très importante et qui aura des conséquences sur le long terme.
L’influence des programmes du Commonwealth sur l’éducation pour les femmes au Zimbabwe et en République d’Afrique du Sud
Samedi 12 novembre 2005
9 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Ignatiana SHONGEDZA CHIUMIA soutient sa thèse de doctorat :
L’influence des programmes du Commonwealth sur l’éducation pour les femmes au Zimbabwe et en République d’Afrique du Sud
En présence du Jury :
M. REDONNET (Paris 4)
M. CARRE (Paris 4)
M. T. SHAW (Londres)
M. CROWLEY (Paris 10)
Résumés
Notre recherche est une tentative de donner une vision d’ensemble des programmes du Commonwealth pour l’éducation des femmes dans une zone anglophone, l’Afrique australe, peu connue en France et dont nous étudierons deux pays : la République Sud-africaine et le Zimbabwe. Le choix de ces deux pays, République Sud-africaine et Zimbabwe vient du fait que chacun d’eux a vu se développer, sur son territoire, la ségrégation raciale pendant une période similaire. En République Sud-africaine, le racisme, sous la forme de l’apartheid, était inscrit dans la constitution. Au Zimbabwe, le racisme était un système qui n’était pas inscrit dans la constitution. Dans ces deux pays, les programmes du Commonwealth n’ont eu pas le même impact.
Dans le cadre du développement durable, nous avons abordé notre sujet sous trois angles : l’angle social et environnemental, l’angle politique et, enfin, l’angle économique. Et ce, de 1965 à nos jours. Après avoir étudié attentivement les programmes de l’éducation au Secrétariat du Commonwealth en Angleterre, nous avons examiné la documentation des programmes récents du Commonwealth pour l’éducation dans l’ensemble des pays adhérents. Puis nous avons essayé de connaître la situation présente au Zimbabwe et en République Sud-africaine. En utilisant les analyses démographiques et en montrant l’importance de l’utilisation des langues vernaculaires dans la formation, l’alphabétisation et la scolarisation dans le primaire, nous proposerons des politiques éducatives et finalement, nous procèderons à une critique des bilans et formulerons des propositions personnelles et des perspectives dans les deux pays étudiés.
La première partie se compose d’une présentation générale des éléments historiques relatifs aux programmes du Commonwealth pour les femmes au Zimbabwe et en République Sud-africaine, du rôle des langues dans le cadre du développement durable, et du « gender isues » dans la politique du Commonwealth.
La deuxième partie porte sur la politique éducative du Commonwealth appliquée à la République Sud-africaine et au Zimbabwe comprenant les relations entre l’éducation des femmes et des filles et les autres variables socioculturelles des pays étudiés. Nous mettons bien l’accent sur les propositions sociopolitiques relatives au « Commonwealth of Learning » (COL) ou Commonwealth du savoir.
Mots Clés : Commonwealth, - éducation - femmes - filles - programmes éducatifs - alphabétisation des adultes - scolarisation des enfants - langues vernaculaires - cohortes scolaires - pyramides des âges - santé - développement durable - culture - histoire - Afrique australe - République Sud-africaine et Zimbabwe.
Position de thèse
Notre travail de thèse s’inscrit dans le cadre des recherches menées sur les Programmes du Commonwealth pour l’éducation des femmes dans une zone anglophone qui est relativement peu connue en France, l’Afrique australe, comprenant deux pays étudiés : la République Sud-africaine et le Zimbabwe. Notre étude présente des analyses tirées des politiques éducatives, des programmes du Commonwealth en coopération avec le Zimbabwe et la République Sud-africaine et les pratiques de divers acteurs visant à promouvoir la scolarisation, la formation et l’alphabétisation des femmes. Faisant nôtre l’acronyme de Sir John Daniel « GET EQUAL » [G : Girls and Gender ( les filles et les problèmes liés au sexe ), E : Elementary or primary education (l’éducation en primaire ou éducation de base), T : Training (formation), E : Early childhood (petite enfance), Q : Quality (qualité), AL : Adult Literacy (« alphabétisation » des adultes)], nos objectifs sont de replacer la question de l’éducation par rapport à ces six domaines.
Afin d’affiner notre analyse, nous avons privilégié l’étude des programmes du « Commonwealth of Learning » (COL) qui regroupe ces six domaines, et de façon encore plus spécifique la formation des maîtres à distance. C’est à partir de ces programmes que nous dresserons les bilans et les perspectives du Commonwealth dans l’éducation des femmes au Zimbabwe et en République Sud-Africaine, dans le cadre du développement durable.
Pour ce faire, nous avons dû resituer l’éducation des femmes dans leur environnement social, économique, environnemental, tout en menant une étude comparative longitudinale avec les autres pays de l’Afrique australe. Ces études nous ont permis d’identifier différents facteurs susceptibles d’expliquer pourquoi un programme est efficace ou non, afin de déboucher, dans une démarche ultérieure aux préconisations.
Cette analyse détaillée de certains programmes s’est surtout attachée à comprendre les procédures de leur mise en place. Cette démarche nous a permis de comprendre pourquoi les programmes étaient plus efficaces en direction des femmes dans un pays par rapport à l’autre, même si le Zimbabwe a désormais quitté le Commonwealth et s’est éloigné des programmes multilatéraux .
Les programmes du Commonwealth concernant l’éducation des femmes sont extrêmement nombreux. Nous avons recensé les informations disponibles sur le maximum de ces programmes, puis nous avons décrit dans le détail ceux qui touchaient plus spécifiquement l’éducation des femmes dans les deux pays étudiés, et plus particulièrement encore COL. Ces différentes analyses ont été menées au sein de la Commonwealth Library, à Londres et la John Rylands Manchester University Library.
De plus, nous avons parfois mené des études comparatives avec d’autres pays de la région, pour mieux montrer l’impact des programmes du Commonwealth, surtout en République Sud-africaine et au Zimbabwe. En utilisant les analyses démographiques et en montrant l’importance de l’utilisation des langues vernaculaires dans la formation, l’alphabétisation et la scolarisation à l’école primaire, nous apporterons des bilans, assortis de propositions personnelles et de perspectives plus générales découlant de nos conclusions.
Le choix des deux pays retenus découle du fait que tout deux ont subi la ségrégation raciale pendant une période similaire, ségrégation inscrite dans la constitution pour la République d’Afrique du Sud, sous le concept d’apartheid ou de « développement séparé ». Au Zimbabwe le racisme, n’avait pas le même aspect constitutionnel.
L’un des problèmes qui nous est apparu le plus important, consiste à mieux connaître les rouages politiques et sociaux de ces deux pays. En effet, la politique du Commonwealth dans le cadre de l’éducation des femmes se prend à un niveau très global, au niveau des chefs d’Etat et des ministères, alors que de multiples autres niveaux hiérarchiques existent, qui peuvent entraver ou faciliter l’accès des femmes à ces plans : pères, maris, frères, tantes, oncles, chefs de village, etc.
Il s’agit donc pour le Commonwealth de connaître les publics auxquels ces programmes s’adressent, qui tiennent compte à la fois de l’histoire sociale et culturelle des pays et, d’autre part, du rôle de la langue d’alphabétisation et d’instruction, de la culture, et de l’éducation traditionnelle des autochtones ainsi que l’impact de cette dernière sur l’éducation moderne qui est conduite par le Commonwealth en collaboration avec les gouvernements respectifs, les ONG et d’autres associations.
Le rôle qu’ont joué les différentes autorités coloniales, britanniques, hollandaises, françaises et allemandes, dans la diversité culturelle de chaque région et dans les pays en général, peut être qualifié d’acculturation , d’enculturation et d’interculturation . Cette dernière donnant naissance à une éducation spécifique au Zimbabwe et en République Sud-africaine, particulièrement pour les femmes.
Il s’agissait pour nous de vérifier tout d’abord si les institutions socioculturelles constituées par le clan, la famille, et les institutions politiques (royauté) ont une incidence significative sur l’évolution de l’éducation des femmes. L’impact de la « colonisation » sur l’éducation traditionnelle a été très important, puisque le système d’éducation pré-colonial s’est modifié au contact de celui hérité des colonisateurs.
Ensuite, la question des interactions entre les langues vernaculaires et l’anglais dans le système scolaire et l’alphabétisation des femmes nous a paru jouer un rôle essentiel dans des sociétés plurilingues et pluriculturelles avec un triple enjeu : celui de favoriser le développement des capacités d’apprentissage, de la formation dans l’éducation de base, et de l’accès à l’anglais pour communiquer.
Pour mieux cerner la situation de l’éducation des femmes au Zimbabwe et en République Sud-africaine, nous avons choisi de présenter les politiques éducatives de chaque pays : scolarisation, formation, alphabétisation, hygiène dans le cadre du développement durable, à travers l’histoire. C’est-à-dire avant, pendant et après la « colonisation ». Notre analyse a porté sur les modèles et les facteurs qui ont influencé l’éducation des filles et des femmes dans les pays du Commonwealth en général. Nous avons ensuite centré notre attention sur les deux pays de notre sujet. Notre thèse a pour but de susciter une réflexion sur les bilans et les perspectives, propres à influencer les décideurs, les chercheurs et les bailleurs de fonds autres que ceux du Commonwealth, les ONG officielles hors Commonwealth par exemple. Dans ce cadre, nous avons fait appel à des méthodes pluridisciplinaires comme celles de la démographie (pyramides simplifiées des âges et suivi des cohortes), pour tenter d’étayer notre hypothèse de départ : comprendre pourquoi, malgré tous les efforts et les bonnes volontés, l’éducation des femmes stagne dans ces deux pays.
Dans le cadre de politiques se réclamant du développement durable, nous avons abordé notre sujet sous trois angles : le point de vue social, environnemental et économique. Après avoir analysé les programmes de l’éducation au Secrétariat du Commonwealth, ainsi qu’à l’Institute of Commonwealth Studies à Londres, nous avons réalisé des interviews de personnalités, d’ambassadeurs et de hauts fonctionnaires en charge de l’éducation au Zimbabwe et en République Sud-africaine. Dans cette optique toujours, nous avons étudié les publications d’associations travaillant dans ce domaine, comme celles de Lalage Bown , et sollicité certains dirigeants et hauts fonctionnaires du Commonwealth, tel Peter Williams . Nous avons examiné la documentation des programmes récents du Commonwealth pour l’éducation dans les pays adhérents de façon générale.
Notre thèse se divise en deux parties, qui comportent chacune quatre chapitres.
La première partie se compose d’une présentation générale du contexte historique et sociologique, ainsi que de l’éducation de la femme en Afrique australe de manière globale, puis en République Sud-africaine et au Zimbabwe plus particulièrement (éducation formelle, non formelle, informelle et éducation de base).
Le premier chapitre présente le Commonwealth et ses programmes. Nous décrivons ce qu’est le Commonwealth, en quoi consistent ses programmes, sans toutefois les analyser en détail. Les analyses seront faites dans les chapitres suivants.
Le chapitre deux porte sur la présentation de la population de la République d’Afrique du Sud et du Zimbabwe. Le but de cette présentation est de nous amener à faire des prévisions dans la perspective des programmes du Commonwealth concernant la population féminine à alphabétiser, former ou scolariser. C’est grâce à l’analyse des pyramides des âges simplifiées, données démographiques, que nous avons réalisé nos calculs. Un point essentiel est celui de la prise en compte de l’HIV/Sida dans ces statistiques. Aujourd’hui, en effet, tous les sujets de recherche prennent en compte l’HIV/Sida comme étant un point de discussion, car ce fléau met en échec les programmes qui ont été mis en place avec une perspective de survivants supérieure. Il doit être tenu compte, dans les budgets, des orphelins et des veuves, lorsqu’il s’agit de d’évaluer des prévisions budgétaires tangibles. Puis nous présenterons la méthodologie de nos entretiens « entretien de recherche ». Il s’agissait d’une « enquête de recherche à usage complémentaire », c’est-à-dire d’entretiens nous permettant d’aborder des thèmes que nous connaissions déjà de façon théorique, mais que nous voulions analyser de façon plus concrète, avec des gens travaillant sur le terrain.
Le chapitre trois traite de la scolarisation des filles, ainsi que de l’alphabétisation et de la formation des femmes pendant la « colonisation », grâce aux programmes du Commonwealth pour les femmes. Sachant que nous ne pouvions pas traiter de l’ensemble des programmes du Commonwealth, nous avons décidé de traiter en profondeur le Commonwealth of Learning (COL) ou Commonwealth du savoir qui est le plus directement lié à l’éducation des femmes. Nous analysons, dans ce chapitre, la formation des femmes, en Afrique du Sud et au Zimbabwe.
Le chapitre quatre est essentiellement « technique », car c’est ici que nous avons utilisé des méthodes et des outils de type démographique, pour déterminer le nombre de filles scolarisées, de femmes alphabétisées et formées, dans le but de parvenir à des bilans et perspectives. Les méthodes utilisées sont principalement : le modèle de flux par année d’étude, le modèle de la dispersion de Sprague, et les indicateurs de participation.
Notre seconde partie s’intéresse plus particulièrement au problème des langues dans le développement durable et la politique éducative du Commonwealth.
Le chapitre cinq traite des langues vernaculaires, des langages et de l’identité culturelle. Apparaît alors le noyau des programmes touchant aux perspectives éducatives en République Sud-africaine et au Zimbabwe. La scolarisation et la formation sont faites parfois dans une langue étrangère, mal maîtrisée par les femmes et les filles autochtones désirant se former ou s’alphabétiser. Il s’agira de montrer la valeur d’une langue maternelle ainsi que l’impact sur la façon dont une personne pense et réussit si elle utilise une langue vernaculaire dans l’alphabétisation. Elle est, de fait, mieux armée pour apprendre. En ce qui concerne la scolarisation des filles, elles doivent, avant le CM2, apprendre dans leur langue maternelle pour la plupart des cours, puis progressivement dans une autre langue, l’anglais par exemple. S’agissant de l’alphabétisation des adultes, il est important qu’ils soient alphabétisés dans leur langue maternelle pour qu’ils sachent lire et compter dans cette langue. Il est également important d’ajouter à leurs programmes quelques mots d’anglais pour qu’ils puissent communiquer dans les administrations et les hôpitaux de ces deux pays où la langue officielle est l’anglais.
Notre chapitre six est centré sur la politique éducative du Commonwealth appliquée à la République d’Afrique du Sud et au Zimbabwe. La plupart des politiques éducatives du Commonwealth ne sont pas très spécifiques à ces deux pays, mais fonctionnent en collaboration avec celles de chacun des deux pays et par l’entremise des ONG. Nous avons essayé de comparer les politiques mises en place par le Commonwealth depuis 1965 jusqu’à ce jour et de dresser un bilan de ce qui a été fait dans le cadre du développement durable. C’est aussi dans ce chapitre que l’on traite de l’éducation formelle, informelle et non formelle, en tenant compte des programmes nationaux et des programmes du Commonwealth, surtout dans ses programmes fonctionnels.
Dans le chapitre sept nous traitons de la relation entre l’éducation des femmes et les variables socioculturelles (valeurs socio-culturelles, départ des hommes, femmes sous tutelle des frères et sœurs du mari ainsi que du chef du village et les tabous qui entravent l’éducation des femmes). Nous introduirons également des données démographiques pour rendre compte d’un certain nombre de phénomènes socioculturels. Dans ce chapitre, nous revenons sur l’impact de l’HIV/Sida sur l’alphabétisation des femmes et la scolarisation des filles dans le cadre du développement durable. Le Sida est vu ici sur l’angle socioculturel. Notre centre d’intérêt est basé sur le fléau de l’HIV/Sida en relation avec les programmes qui ont été mis en place, sur la façon dont les femmes ont été alphabétisées, sur le nombre de celles qui ont été formées et sur l’effet produit sur la population totale.
Le chapitre huit traite des bilans, des perspectives générales et des prospectives budgétaires. Nous établissons les perspectives à partir des pyramides des âges et des analyses faites sur les données démographiques. Nous dégageons les bilans et prospectives, à partir des mêmes données. Quant aux propositions, elles se fondent à la fois sur une compilation de nos suggestions personnelles et sur une synthèse des bilans dressés dans les sept chapitres précédents.
Malgré son caractère approfondi, notre thèse ne prétend pas être exhaustive, puisque bien des éléments mériteraient encore d’être mis en exergue, au sein de chaque pays, mais aussi comparés l’un avec l’autre, au point de pouvoir parler de disparités, voire d’exceptions nationales.
Ces données socioculturelles s’avèrent inestimables pour réduire le degré d’inadéquation entre les réalités du terrain et les objectifs que se fixent les programmes. Ce travail devrait interroger toute personne désirant mettre en œuvre ou analyser un programme d’éducation des femmes dans le cadre du Commonwealth. Par exemple, un planificateur d’éducation du Commonwealth désireux de connaître les problèmes socioculturels qui entravent la scolarisation, la formation, l’alphabétisation, et la santé des femmes, ainsi que les éléments sur lesquels s’appuyer afin d’introduire des changements dans leur mentalité. De même, les chercheurs qui veulent présenter les différentes politiques éducatives, les systèmes éducatifs du Zimbabwe et République Sud-africaines peuvent recourir aux résultats des tables de bilans que nous présentons ici. Finalement, toute autre personne désirant analyser les programmes novateurs concernant l’utilisation des langues vernaculaires et leur impact sur l’éducation et formation et mesurer le niveau de l’enracinement culturel chez les femmes, pourra avoir recours à nos analyses. Cette thèse formule des préconisations qui recommandent une approche plurilinguistique, notamment l’usage des langues vernaculaires en primaire et dans l’alphabétisation des femmes, ainsi qu’au sein des programmes de la SADC (Southern African Development Community).
Au terme de notre étude, nous avons constaté que la scolarisation des garçons ou l’alphabétisation des hommes semble poser moins de problèmes aux autorités politiques que celle des filles et des femmes en général. L’accent mis par les programmes du Commonwealth sur les femmes est très concret car il répond à ses objectifs en ce qui concerne l’égalité.
Ainsi, cette thèse entend apporter une réponse aux questionnements visant à comprendre les programmes du Commonwealth pour les femmes en Afrique australe et surtout au Zimbabwe et en République Sud-africaine. Nos positions vont dans le sens de l’égalité des sexes dans l’alphabétisation, qui se pose en termes politiques et sociaux, mais aussi psychiques et identitaires. Elles suggèrent également une révision radicale des politiques éducatives du Commonwealth pour les femmes qui visent à inclure les langues vernaculaires dans les programmes.
A la fin de chaque chapitre, nous avons proposé, sous forme de récapitulatif, un index des propositions et les modalités de leur conception, un tableau de synthèse des propositions et bilans, provenant des statistiques que nous avons recueillies. Le manque de statistiques sur certains points, nous a empêché d’effectuer des comparaisons ; sans néanmoins nous faire renoncer à l’analyse de ces éléments que nous n’avons menée que sur un seul pays.
Au total, nous avons essayé de présenter les résultats relatifs aux facteurs socioculturels qui entravent la scolarisation des filles ainsi que leur formation et leur l’alphabétisation au Zimbabwe et en République Sud-africaine. Nous avons effectué une analyse des programmes du Commonwealth en mettant l’accent sur des systèmes de transmission des autochtones comme l’utilisation des langues vernaculaires, du point de vue de leurs contenus (dans l’alphabétisation et la formation ) notamment. Nous pensons que c’est au sein des modes de transmission et de planification des cours que résident les problèmes auxquels se heurtent les acteurs. Par ailleurs, nous avons essayé d’éclairer certains points et de résumer l’ensemble des données sur l’éducation, y compris l’éducation sanitaire (HIV/Sida) des filles et femmes dans la « Southern African Development Community » SADC. Nous avons, enfin, porté notre attention sur les processus permettant d’introduire dans toute l’Afrique australe, une perspective ‘sexo-spécifique’ qui soit véritablement opérationnelle, grâce aux programmes du Commonwealth pour les femmes et plus particulièrement grâce à la programmation, la gestion, l’exécution, le suivi et l’évaluation de l’éducation des femmes dans ces deux pays.
L’influence du rythme africain sur le christianisme : le cas de l’Eglise catholique de Côte d’Ivoire
Mardi 23 novembre 2004
14 h 30
INHA, salle de travail
2, rue Vivienne
75002 PARIS
M. Clokou ANOHA soutient sa thèse de doctorat
L’influence du rythme africain sur le christianisme : le cas de l’Eglise catholique de Côte d’Ivoire
En présence du Jury :
M. DEFRANCE (RENNES II)
M. JAMBOU (PARIS IV)
M. PICARD (PARIS IV)
Mme SALINI (CORSE)
L’institutionnalisation de l’archéologie préhistorique en France métropolitaine (1852-1941) et l’Institut de paléontologie humaine Fondation Albert 1er de Monaco
Vendredi 17 décembre
9 h 30
Museum d’histoire naturelle
Amphi de l’Institut de paléontologie humaine
1, rue René Panhard
75006 PARIS
M. Arnaud HUREL soutient sa thèse de doctorat :
L’institutionnalisation de l’archéologie préhistorique en France métropolitaine (1852-1941) et l’Institut de paléontologie humaine Fondation Albert 1er de Monaco
En présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS IV)
M. BLANCKAERT (EHESS)
M. BLED (PARIS IV)
M. DE LUMLEY (MUSEUM)
M. MOHEN
L’insularité théâtrale au XVIIIe siècle
Vendredi 13 février
14 h 30
En Sorbonne, Centre des correspondances
Esc. I, 2e étage
Mme MYUNG-EUN LEE LEE soutient sa thèse de doctorat :
L’insularité théâtrale au XVIIIe siècle
en présence du Jury :
M. COUPRIE (PARIS XII)
M. COUVREUR (BRUXELLES)
M. LESTRINGANT (PARIS IV)
M. MOUREAU (PARIS IV)
L’intégration de l’esthétique dans la poétique musicale post-structuraliste. Le cas de Salvatore Sciarrino, une "composition de l’écoute"
Samedi 25 novembre 2006
15 heures
Trente (Italie)
M. Carlo CARRATELLI soutient sa thèse de Doctorat :
L’intégration de l’esthétique dans la poétique musicale post-structuraliste. Le cas de Salvatore Sciarrino, une "composition de l’écoute"
En présence du Jury :
M. CASTANET (ROUEN)
M. CHOUVEL (PARIS 4)
Mme DALMONTE (TRENTO)
Résumés :
Ce travail met en relation l’expérience musicale du compositeur italien Salvatore Sciarrino avec un
bouleversement esthétique qui a secoué l’histoire des idées à partir des années 70, et qui a déplacé
l’attention de l’objet vers le sujet, au sein du rapport entre homme et monde. On essaye d’examiner
un phénomène particulier de ce tournant - l’intégration de l’esthésique dans le poïétique - dont
l’oeuvre de Sciarrino présente, selon notre hypothèse, des symptômes significatifs : la prise en
charge, par le compositeur, de la phénoménologie de la réception de l’oeuvre. Cette prise en charge
se concrétise à différents niveaux, qu’on a essayé de réduire en trois composantes : une sensibilité
aux aspects communicationnels de l’oeuvre ; une recherche sur l’écoute en tant qu’activité cognitive ;
une prise de conscience que l’écoute est une activité qui dépasse les limites de la pure perception et
qui implique des problématiques de nature phénoménologique et herméneutique. Ce travail montre
comment ces aspects s’intègrent dans l’oeuvre de Sciarrino, à travers une analyse transversale de ses
écrits (analyse du poïétique), et d’une sélection de ses pièces, dont on met en évidence les possibles
stratégies perceptives et cognitives engendrés par leur réception (analyse esthésique inductive). Les
cas de Lohengrin et de Vanitas, en particulier, montrent que la tactique de gestion de la temporalité
de ces oeuvres correspond à leur contenu poétique et que, par conséquent, l’oeuvre sciarrinienne vise
à transmettre non pas seulement un message musical mais aussi le mécanisme cognitif apte à le
percevoir. C’est pourquoi on parle, à propos de l’oeuvre sciarrinienne, de composition de l’écoute.
This work tries to relate the musical experience of the Italian composer Salvatore Sciarrino with an
aesthetic turn that has characterized the history of ideas at the beginning of the 70’s : the shift of
attention from the object to the subject, about the relationship between man and world. We try to
examine a particular aspect of this turn - the integration of estesic level in the poietic one - of which
characteristics appear, according to us, in Sciarrino’s work. This integration consists in the
“assumption” of the reception of a work by its composer. This assumption may show itself in
different ways : an attention to the communicative aspects of music, a research focused on listening
as a cognitive activity, the consciousness about the hermeneutical and phenomenological dimensions
that make listening something more than a mere perception. We try to show how these aspects mix
in Sciarrino’s works, by means of an analysis of poietic level (Sciarrino’s writings and notes) and by
means of an estesical and inductive analysis of a selection of Sciarrino’s scores. The examples of
Lohengrin and Vanitas, in particular, show that the temporal conduction of these works correspond
to their poetic meaning, and that Sciarrino’s music intend to communicate not only a “musical
message”, but also the cognitive structure for receiving it. That is why we define Sciarrino’s working
as a “listening’s composition”.
Position de thèse :
Le but de ce travail est de mettre en relation l’expérience musicale du compositeur italien Salvatore Sciarrino (1947) avec un phénomène esthétique plus vaste, que l’on peut considérer comme une sorte de tournant épistémologique, de « crise » (au sens que Kuhn a donné à ce terme), qui a secoué l’histoire des idées à partir des années 70, et dont l’œuvre de Sciarrino présente, selon notre hypothèse, des symptômes significatifs.
On a défini ce bouleversement avec une formule - le « tournant esthésique » - qui essaye de conceptualiser et de décrire un déplacement de l’attention de l’objet vers le sujet, au sein du rapport entre homme et monde à partir de la fin des années 60.
Le sujet dont il est ici question est premièrement celui qui entre en relation avec un objet très particulier : l’œuvre d’art, notamment l’œuvre d’art musicale. Il y a, d’ailleurs, au moins deux sortes de sujets qui répondent à cet attribut : l’artiste (le compositeur) et le récepteur (l’auditeur).
Le XXe siècle a connu des changements profonds au sein du rapport entre compositeur et auditeur, à différents niveaux : sémiotique, esthétique, social. En particulier, le « rôle » de l’auditeur a évolué d’une fonction de réception passive du « message musical » à celle d’une « coopération interprétative » active de la structure multidimensionnelle et polysémique de l’œuvre. En fait, le concept de niveau esthésique, emprunté à la théorie sémiotique de Molino et Nattiez, fait justement référence aux stratégies et aux conduites (perceptives, cognitives, herméneutiques, pragmatiques) que le destinataire d’une œuvre d’art met en jeu au sein du processus de réception.
Même le statut du compositeur a beaucoup changé au cours du siècle ; ses prérogatives au sein du processus communicationnel, en fait, ont subi le reflet des changements esthétiques généraux, de la révision (réduction) du poids de l’artiste dans la société, de l’évolution sociale de l’auditeur et, surtout, de l’évolution pour ne pas dire la révolution du concept même d’audition, que le développement des sciences cognitives et des disciplines herméneutiques ont produit.
Par conséquent, on peut voir l’œuvre musicale comme un objet au milieu de forces subjectives égales et contraires : celle du compositeur et celle de l’auditeur.
La nature des relations entre ces trois figures (compositeur, œuvre, auditeur) représente un problème très complexe, sur lequel la théorie de la communication, l’esthétique et la sémiologie s’interrogent depuis longtemps. Dans la première partie de notre travail on essaie toutefois de reparcourir les conceptions implicites que sur ce point les œuvres musicales tacitement sous-entendent, afin de mettre en évidence comment le XXe siècle a connu au moins deux grands changements de perspective : celle qui a détourné l’attention du pôle du compositeur au pôle de l’œuvre - en tant qu’objet ou en tant que méta-objet (méthode) - et celle qui a focalisé l’attention sur le pôle de l’auditeur :
Romanticisme Modernisme Structuralisme Post-structuralisme
Sujet(auteur) Objet(œuvre) Méta-Objet (méthode) Sujet(auditeur)
Le « tournant esthésique » est la formule qu’on a choisie pour décrire cette dernière « révolution copernicienne », qui a concentré l’intérêt sur l’auditeur et, plus en générale, sur l’audition.
L’attention vers l’écoute, et notamment vers le sujet qui écoute, représente une sensibilité qui rapproche une génération de compositeurs, au lendemain de l’expérience structuraliste, et, d’une certaine manière, en réaction à cette expérience. En fait, le sérialisme intégral avait posé l’accent sur l’œuvre en tant qu’objet, et, notamment, sur son articulation structurelle : l’automatisme de la méthode sérielle, justement, avait pour but d’éclipser la subjectivité et la mémoire du compositeur, en se désintéressant en même temps de la subjectivité de l’auditeur. Après l’apocalypse de la deuxième guerre mondiale, et parallèlement au développement de la société industrielle, la musique sérielle incarne, d’une façon paradigmatique, l’échec du sujet (creusé particulièrement par la philosophie allemande).
Dans la musique sérielle, entre écriture et perception, on peut relever un fossé, une dissociation, dans la mesure où les méthodes compositionnelles sont trop abstraites et complexes pour que l’auditeur puisse les identifier à l’écoute (elles ne sont pas conçues, d’ailleurs, pour « être identifiées ») : la démonstration expérimentale de l’opacité perceptive de la série montre que la série est une catégorie de l’écriture, non pas de la perception. L’« écoute structurelle » adornienne, c’est-à-dire une écoute analytique apte à déchiffrer l’articulation structurelle de l’œuvre, est donc vouée à l’échec, mais, par suite, l’écoute même regagne son autonomie et sa liberté, parce qu’elle n’est plus chargée de reconnaître la structure de l’œuvre.
La situation change radicalement autour des années 70, lorsque plusieurs compositeurs s’intéressent à réintroduire l’auditeur et la notion de perception dans leurs schémas théoriques. Le « tournant esthésique » se place dans ce contexte, caractérisé aussi par l’essor et l’influence de la psycho-acoustique et des sciences cognitives sur la recherche musicale.
À partir de l’évaluation de ce contexte historique et esthétique, notre travail s’occupe d’examiner un phénomène particulier de ce tournant, qu’on a défini comme « intégration de l’esthésique dans le poïétique » : il s’agit de la prise en charge, par le compositeur, de la complexe phénoménologie de la réception d’une œuvre. Cette « prise en charge » peut se concrétiser de différentes manières et à différents niveaux, qu’on a essayé de réduire en trois composantes fondamentales :
1) Une sensibilité aux aspects communicationnels de l’œuvre, pour que la complexité du « langage » de cette dernière soit proportionnée aux possibilités perceptives et cognitives de l’auditeur.
2) Une recherche sur l’écoute en tant qu’activité cognitive (mécanismes perceptifs, stratégies cognitives, etc.), afin de poursuivre des stratégies poïétiques particulières.
3) Une prise de conscience que l’écoute est une activité qui dépasse les limites de la pure perception, et qui implique des problématiques de nature phénoménologique, herméneutique et sociologique : en ce sens, il s’agit d’une tension vers un autre horizon - le sujet qui écoute et qui projette sur l’œuvre ses catégories interprétatives et culturelles - qui conduit le compositeur à assumer le rôle actif de l’auditeur au sein du processus d’actualisation de l’œuvre. Cette tension engendre et stimule dans le compositeur une sorte d’« écoute de l’autre » et de dédoublement, qui lui fait assumer l’horizon perceptif et interprétatif de l’auditeur comme référence pour sa démarche créative.
Dans le deuxième chapitre de la thèse, on essaie de montrer comment ces trois composantes s’intègrent dans la pensée compositionnelle de Salvatore Sciarrino, à travers une lecture transversale de ses nombreux écrits, esquisses et diagrammes préparatoires.
Il s’agit, par conséquent, d’une sorte d’analyse du poïétique, visant à mettre en évidence que celui du compositeur italien représente un cas tout à fait original d’intégration, où la relation circulaire entre producteur et récepteur assume la forme d’une espèce de « poïétisation de l’esthésique » (ou, en d’autres termes, de « composition de l’écoute »).
Composer l’écoute, pour Sciarrino, signifie donner une forme sonore aux percepts subjectifs de l’auditeur. Sa musique, qu’il considère comme un langage représentatif, essaie, justement, de représenter la façon dont le sujet perçoive la réalité, avec ses distorsions, élaborations, tromperies. Pour atteindre cette tache, Sciarrino pratique « l’art du dédoublement », c’est-à-dire il tente de sortir de lui-même et de prendre position dans l’autre, dans « les oreilles de l’auditeur ». La musique de Sciarrino, en fait, se présente souvent comme le produit d’une addition de « regards » (ou « d’écoutes ») différents sur le (du) même objet ; Sciarrino se charge d’intégrer les points de vue/écoutes subjectifs des auditeurs pour les agencer dans une forme temporelle intermittente. Le déroulement temporel, de ce point de vue, correspond à une sorte de mouvement dans l’espace dont la musique vise à créer l’illusion anamorphique. Par rapport à l’anamorphose visuelle, caractérisée par la possibilité que les mêmes traits ont de se résoudre en images différentes selon le « point de vue » assumé par le spectateur, l’anamorphose sonore sciarrinienne donne l’illusion du mouvement dans l’espace à travers une transformation subtile de l’objet musical. L’effet, dans les deux cas, constitue une représentation d’un percept subjectif, une image sonore focalisée sur le point de vue de l’auditeur. C’est pourquoi on a dénommé cette technique « focalisation du point d’écoute », selon une formule empruntée par la narratologie.
Comme on peut déduire de ces brèves notes, la pensée compositionnelle de Sciarrino se concentre sur des catégories de nature non pas « logique », mais « topologique ». Par conséquent, ce qui gouverne les successions des objets sonores dans ses pièces est souvent le principe de l’alternance intermittente - selon la technique du montage - que Sciarrino appelle « forme à fenêtre ». La discontinuité, selon lui, correspond d’ailleurs à la structure perceptive fondamentale de la pensée et de la cognition moderne.
En d’autre termes, la stratégie formelle que Sciarrino utilise le plus dans ses pièces représente, d’une certaine manière, le mécanisme cognitif qui, selon lui, caractérise l’écoute d’aujourd’hui : l’association, basée sur la discontinuité spatio-temporelle.
L’intégration de l’esthésique dans le poïétique, chez Sciarrino, se manifeste aussi dans un autre aspect, très important : la gestion calculée de l’attente des auditeurs. Sciarrino joue, en quelque sorte, avec eux, il les stimule et il les pilote, afin d’anticiper, de prolonger, de satisfaire ou, plus souvent, de frustrer leur attente. La tactique de frustration de l’attente, en fait, répond à la conviction, enracinée en Sciarrino, que la tension, pendant l’écoute, dépend de la déviation et de l’inhibition des tendances perceptives suggérées et instaurées par la structure musicale :
La tension vient de l’irrégularité des processus, c’est-à-dire d’une déception de nos attentes, des attentes instaurées par le compositeur chez celui qui écoute. [...] Ce sont les surprises qui rendent intéressante l’expérience d’écoute. Il faut que les compositeurs ne tiennent pas ce qu’ils promettent .
Cette théorie, d’ailleurs, est très proche de celle d’un des musicologues qui, parmi d’autres, s’est occupé le plus d’analyser les phénomènes de l’attente et de la tension en musique, même si c’est en premier lieu par rapport à la musique tonale : Leonard B. Meyer.
On peut donc conclure en disant que, de l’analyse du poïétique conduite sur un large corpus de témoignages de l’auteur, on a tiré l’hypothèse que la musique de Sciarrino vise à transmettre non pas seulement un message musical - qui, traduit verbalement, coïncide souvent avec la mort et la caducité - mais aussi le mécanisme cognitif apte à le percevoir.
Tous les concepts issus de cette analyse du poïétique font l’objet, dans le quatrième chapitre, d’une enquête esthésique, qui, à partir de l’analyse du niveau neutre de quelques œuvres sciarriniennes, vise à montrer quelles sont les stratégies réceptives engendrées, ou bien suggérées, par les configurations structurelles et les techniques compositionnelles mises en place. Il s’agit donc d’une analyse esthésique inductive, qui, pour être épistémologiquement solide, a bien besoin d’une théorie de l’esthésique qui la corrobore.
C’est ce que se propose de réaliser le troisième chapitre, où sont confrontés différents modèles et approches théoriques qui ont creusé le problème de l’audition et de l’écoute, pour en sélectionner les aspects les plus cohérents avec notre démarche analytique. Le but est aussi celui de déterminer les outils et les méthodes, parmi ceux qui ont une orientation « esthésique », les plus indiqués à interroger les pièces de Sciarrino selon la perspective qu’on a assumée dans notre travail.
La théorie de la tension de Meyer, révisée et mise à jour avec les acquisitions de la psychologie cognitive (notamment les ouvrages d’Irène Deliège et Michel Imberty) et les résultats de l’analyse esthésique sur base cognitive (Stéphane Roy et, surtout, Jean-Marc Chouvel) constituent nos références théoriques et opérationnelles de base.
Selon nous, les analyses ont bien mis en évidence la composante esthésique des stratégies compositionnelles sciarriniennes (en particulier : la forme « psychologique », ou « à fenêtre », l’anamorphose, la « focalisation du point d’écoute », la gestion de l’attente), à travers la mise en relation de ces stratégies avec la forme temporelle des pièces analysées. Qui plus est, la forme a été mise en évidence grâce à une méthode d’analyse et de représentation - empruntée au travail de Jean-Marc Chouvel - basée sur des catégories purement perceptives, et sur des mécanismes - reconnaissance paradigmatique et structuration hiérarchique - qui définissent le processus cognitif d’audition musicale.
En particulier, on a focalisé l’attention sur la dialectique fonctionnelle entre répétition et variation, afin mettre en relation ces phénomènes avec les concepts esthésiques d’implication, dilation, allusion, prévisibilité, suspens.
Les analyses de Lohengrin et de Vanitas, en particulier, ont montré que la « forme temporelle » (c’est-à-dire la tactique de gestion de la temporalité) de ces œuvres correspond à leur contenu dramaturgique, à leur « message » poétique.
Les résultats, par conséquent, ont confirmé les hypothèses initiales, telles qu’on peut les trouver condensées dans ces mots du compositeur :
Ma musique a cette caractéristique d’impliquer l’auditeur psycho-physiologiquement [...]. Je pense que l’œuvre doit le plus possible être donnée à l’auditeur. [...] Elle doit être claire et se communiquer clairement. [...] Toutes mes pièces tentent de comprendre ce qui se passe quand quelqu’un les écoute .
L’interrogation sur le vivant chez Leibniz et quelques savants de son temps
Vendredi 22 avril 2005
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Jean-Pierre COUTARD soutient sa thèse de doctorat :
L’interrogation sur le vivant chez Leibniz et quelques savants de son temps
M. FICHANT (Paris 4)
M. DE BUZON (Strasbourg 2)
M. DUCHESNEAU (Montréal)
M. GAYON (Paris 1)
M. MOREAU (ENS)
L’invention de la rêverie dans la littérature française du XVIIème siècle
Samedi 6 décembre
9 heures
Amphi Descartes
17 rue de la Sorbonne
Paris 5ème
Mme Florence ORWAT soutient sa thèse de doctorat
L’invention de la rêverie dans la littérature française du XVIIème siècle
en présence du Jury :
M. BURY (VERSAILLES)
M. CHAUVEAU (NANTES)
Mme DENIS (VALENCIENNES)
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
M. SELLIER (PARIS IV)
L’invention du coeur dans les Cahiers de Rodez d’Antonin Artaud
Vendredi 6 janvier 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Sylvain TANQUEREL soutient sa thèse de doctorat :
L’invention du coeur dans les Cahiers de Rodez d’Antonin Artaud
En présence du Jury :
M. Pierre BRUNEL (Paris 4)
Mme Françoise BONARDEL (Paris 1)
M. Thierry GALIBERT (Aix-Marseille 3)
M. Jean-François MARQUET (Paris 4)
Résumés
Cette approche s’attache à décrire les Cahiers de Rodez d’Antonin Artaud comme une suite d’ « expériences basées sur l’amour et la poésie » et à y mettre en évidence un certain « travail » du féminin. Préfigurées dans les écrits de 1937, puis progressivement reprises sur la maternité virginale de Marie dans le christianisme de la première période asilaire, les « filles de cœur » deviennent, à l’été 1945, le motif principal de l’écriture des Cahiers. Nous assistons, à travers ces métamorphoses successives, à l’émergence d’un « cœur », inséparable d’une pratique visionnaire s’appuyant sur le sens d’une imagination qui fait corps. Suspendant les catégories cliniques, notre lecture tente de comprendre ces figures féminines telles qu’elles se présentent dans les Cahiers, selon le rythme phénoménal de leur apparition, et comment s’y engage une singulière production de réel. En dernier lieu, l’énigmatique amour des « filles de cœur », ces créatures créatrices de leur créateur, nous permet d’approcher au plus près le mystère du « corps » qui s’énonce dans les derniers écrits d’Artaud.
This approach seeks to describe Artaud’s Cahiers de Rodez as a series of « experiences based on love and poetry » and to clarify a certain « labor » of the feminine. Prefigured in the writings of 1937, then progressively replayed with the virginal maternity of Mary in the Christianity of the first phase of Artaud’s asylum years, the « filles de cœur » become, by the summer of 1945, the main motif of the Cahiers. Through these successive metamorphoses, we witness the emergence of a « heart » inextricably linked to a visionary practice, itself based on an imagination that embodies. Rather than engaging in clinical categorization, our reading instead attempts to understand these feminine figures as they present themselves in the Cahiers, in the same phenomenal rhythm as their appearance, and to explore thereby a peculiar production of reality. The enigmatic love of the « filles de cœur », these creatures who create their creator, allows us, finally, to come up against the mystery of the « body » announced in Artaud’s late writings.
Position de thèse
Jour après jour, de février 1945 à mai 1946, les Cahiers de Rodez donnent au lecteur d’accompagner une création dans le temps et de prendre la mesure du « retour » d’Antonin Artaud après neuf ans d’internement asilaire. Il ne s’agit pas tant de se prononcer sur un délire que, prenant le temps de lire, d’en suivre ici le sillon, de cheminer dans sa durée, restant au plus près du texte pour comprendre le sens de ce qui s’y découvre. Nous proposons, pour décrire ce trajet, d’y mettre en évidence un certain « travail » du féminin et de montrer comment les Cahiers de Rodez se présentent, pour reprendre une formule de décembre 1945, comme une suite d’ « expériences basées sur l’amour et la poésie ». Notre approche, progression dans la lecture qui ne saurait en épuiser le sens, se présente comme une phénoménologie des « filles de cœur », c’est-à-dire une tentative pour comprendre le trajet par lequel ces figures singulières apparaissent dans les Cahiers et comment, nous guidant à travers les péripéties d’une naissance, ces actrices décisives œuvrent directement à la genèse du « corps » qui s’énonce dans les derniers écrits d’Artaud.
On pourrait certes lire l’ensemble des Œuvres complètes dans cette perspective, et mettre en évidence, depuis les tous premiers écrits, cette quête vers ce qu’il nomme, dans l’une de ses lettres d’Irlande, « une force d’amour ». C’est pourtant en 1937, au moment de l’entrée dans la « folie », que cette nécessité va s’inscrire directement dans le sens d’une transvaluation radicale, transformation effective et totale de l’être. Notre lecture commence ici, s’attachant à ce qui nous semble, en ce moment tragique, préfigurer l’apparition des « filles de cœur » de Rodez : la recherche désespérée d’une « femme », qui n’est déjà plus tout à fait elle-même, et dont Artaud attend quelque chose comme un Autre Monde (I. Préfigurations).
Ce qu’il est convenu d’appeler sa « période chrétienne » perpétue cette urgence dans la nécessité d’une (re)génération corporelle. Dans une seconde partie, nous nous attachons à décrire le rêve théophanique dont témoignent les premiers écrits de Rodez (1943-1944), où nous insisterons sur l’importance particulière qu’Artaud attribue à la Vierge Marie. La maternité virginale de l’Immaculée Conception, modèle d’une génération angélique et christique, joue encore un rôle essentiel dans le « mystère de l’Incarnation » que sondent, à partir du mois de février 1945, les premiers cahiers. Nous y assistons à une tentative de génération par le « cœur », selon le « Principe de l’Amour Vierge » représentée par la Sainte Vierge Marie (II. L’Immaculée Conception).
La posture d’Artaud recouvre pourtant un déséquilibre majeur et réintroduit une dimension dualiste là où il tente d’en résoudre les contradictions par l’acquisition d’un corps de sublimité : la conception mariale se heurte à un pôle démoniaque et dissolvant où se profile l’obstacle d’une matrice ombreuse (féminin ténébreux des Mères). C’est un moment décisif, le seuil d’une entrée en matière où Artaud se confronte à l’ombre, part occulte de l’être, et s’affronte au despotisme de l’inconscient. Il est alors conduit à modifier la façon dont il envisageait jusqu’ici l’Incarnation. Nous portons, dans cette troisième partie, une attention particulière à la pratique onirique des cahiers : une lucidité visionnaire s’y éveille, par laquelle Artaud accueille une figure amoureuse de l’âme. Dans les cahiers de mars 1945, l’émergence de cet autre féminin est relayée par l’angélicité terrestre de « Saintes » qui, donnant corps à l’idéal marial, témoignent d’une pratique de la conversion du céleste au terrestre (III. Réversion, conversions).
A partir du mois d’avril 1945, la Vierge Marie fait l’objet d’un désaveu d’autant plus virulent qu’est dénoncé le caractère illusoire et captieux de sa « blancheur », à laquelle Artaud oppose dans un premier temps la maternité terrestre de la « Vierge Noire ». Celle-ci, supplantant la figure mariale, va la rendre à son statut de fiction fallacieuse, et mener Artaud à reconnaître le porte-à-faux de sa posture christique. C’est dans cette perspective, celle d’une révision radicale de sa façon d’aborder la question des origines, que s’inscrit l’événement de son reniement du christianisme, événement que les Cahiers de Rodez nous permettent de comprendre dans sa durée, dans les formes de son mouvement advenant, assurément différentes de celles qu’adoptent communément les professions d’athéisme. Elucidant les ressorts de l’économie religieuse de l’être, Artaud met au jour sous le mythe de l’Immaculée Conception un dispositif occulte dont le jeu de fausses oppositions le fourvoyait jusqu’ici dans une quête de pureté. Dans un geste d’arrachement à cette êtreté mensongère dont l’idéal de sainteté cautionne sourdement un désastre corporel, il entreprend un travail nocturne de mise en terre, véritable catabase en dehors de laquelle nous échouerions à comprendre le « matérialisme » de Rodez et le singulier savoir-faire dont il procède. Ce labeur, étranger à une critique raisonnée du fait religieux, est lui-même inséparable d’une mutation du « cœur » et d’une ultime métamorphose du féminin : sur la scène visionnaire de Rodez s’avance alors la figure naissante de la « fille », reprise sur la maternité mariale (IV. Transbordement de la Vierge).
C’est à ce point de surgissement des figures que la cinquième partie de notre étude commence. L’activité créatrice dont témoignent les Cahiers s’appuie sur le sens d’une imagination qui fait corps. Nous tentons d’en décrire les modalités, c’est-à-dire le travail de parturition des « filles de cœur » et les différents registres de leur déploiement dans une dramaturgie visionnaire. Il faut certes endurer la lecture des Cahiers pour en goûter la poésie amoureuse, et les âcres merveilles érotiques. L’amour de Rodez, tel que le rêve des « filles de cœur » le réalise, se déploie dans une plasticité visionnaire qui peut tout aussi bien se présenter comme un faisceau de symptômes. Sans préjuger du caractère hallucinatoire de ces figures, notre lecture tente de comprendre comment s’engage pour Artaud, dans le rythme phénoménal de leur apparition, une création corporelle. Le lien incestueux qui s’y noue s’inscrit dans la perspective d’un auto-engendrement où ces créatures deviennent les créatrices de leur créateur. (V. La dramaturgie des filles de cœur).
La phénoménologie visionnaire des « filles de cœur » ne trouve pas sa fin dans ce qui serait un imaginaire, ne se fixe pas, telles « les images d’une floraison imaginative foudroyée », dans la stase de figures mythiques, mais s’inscrit dans la durée génésique d’une réalité « à naître ». Cette jonction poétique du visionnaire et du réel, sens d’un transit corporisant de la figure, nous l’abordons succinctement selon trois aspects renvoyant en miroir les principales catégories de la symptomatologie psychiatrique. Il ne s’agit pas de relayer ici les déconstructions du diagnostic de « schizophrénie » mais plutôt de montrer comment les Cahiers de Rodez, par une sorte d’anamorphose, en déforment les représentations les plus courantes. Ce qu’Artaud nomme « fillacité », poétique de la « fille de cœur », se présente comme l’être animé d’une corporéité trans-figurée par sa « puissance d’aimer » et qui ne cesse d’avoir lieu à travers son langage, sa vision du réel et sa relation au prochain (VI. Transfigurations).
En dernier lieu, ce « travail » du féminin - vécu par Artaud comme une invention du « cœur » - éclaire à sa manière le singulier savoir corporel dont témoigne l’œuvre flamboyante de ses dernières années.
L’invention du concret dans l’oeuvre romanesque de Marivaux
Vendredi 25 juin
14 h
Amphithéâtre Michelet, esc. A
46 rue Saint Jacques
Paris 5e
M. Jacques GUILHEMBET soutient sa thèse de doctorat
L’invention du concret dans l’oeuvre romanesque de Marivaux
en présence du Jury :
M. DAGEN (PARIS IV)
Mme GEVREY (REIMS)
M. MENANT (PARIS IV)
Mme RUBELLIN (NANTES)
M. SERMAIN (PARIS III)
L’ipséité du pluriel. Interprétation du Nous husserlien et du On heideggerien
Vendredi 26 mars 2004
14 h 30
Salle d’exposition, Institut Océanographique
195 rue Saint Jacques
75005
M. Eric ROHDE soutient sa thèse de doctorat
L’ipséité du pluriel. Interprétation du Nous husserlien et du On heideggerien
en présence du Jury :
M. BERNET (LOUVAIN)
M. CAPELLE (ICP PARIS)
M. FICHANT (PARIS IV)
M. MARION (PARIS IV)
M. NANCY (STRASBOURG II)
L’oeuvre poétique de Manuel Vazquez Montalban (1939-2003)
Samedi 16 décembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme Florence ESTRADE soutient sa thèse de Doctorat :
L’oeuvre poétique de Manuel Vazquez Montalban (1939-2003)
En présence du Jury :
Mme ALLAIGRE DUNY (PAU)
Mme BOYER (PARIS 4)
Mme MIGLOS (LILLE 3)
M. TYRAS (GRENOBLE 3)
Mme ZIMMERMANN (PARIS 4)
Résumés :
Manuel Vázquez Montalbán a écrit neuf recueils de poèmes, entre 1962 et 2003. Souvent méconnue du grand public et ignorée des anthologies poétiques récentes, cette facette est, pourtant, essentielle pour comprendre l’univers symbolique de l’auteur barcelonais ainsi que sa conception éthique et esthétique du monde qui l’entoure.
Le senior des « novísimos », selon José María Castellet, se distingue du reste des poètes de sa génération en assumant un héritage culturel, à la fois, populaire et littéraire. Jamais en rupture, mais toujours en marge des courants artistiques dominants, le poète crée un monde propre où mémoire intime et mémoire collective s’entremêlent et où le désir est synonyme d’utopie. La mise en forme des mots dans l’espace de la page et entre eux, à l’intérieur du vers et, à une échelle plus globale, du poème, conduit le poète à définir une forme, c’est-à-dire un système d’écriture propre et autonome, traduisant sa quête d’un nouveau langage. L’auteur barcelonais « dessine » ainsi son autoportrait poétique en répondant aux trois questions, formulées par Paul Gauguin, sur la destinée de l’homme : « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? ».
Manuel Vazquez Montalban wrote nine collections of poems between 1962 and 2003. Often ignored by the public and recent anthologies, this aspect is however essential to understand the symbolical universe of the author from Barcelona as well as his ethical and aesthetical conception of the world around him.
The “senior” of the “novisimos”, as José Maria Castellet put it, sets himself apart from the other poets of his generation by accepting a cultural heritage, popular as well as literary. Never at odds with the world, but always on the fringe of predominant artistic movements, the poet creates his own world where intimate and collective memory mingle and where desire rhymes with utopia. The lay out of the words on the page, within the actual verse and on a larger scale throughout the poem, leads the poet to define a form, that is to say his own independent system of writing, expressing his search for a new language. The author from Barcelona thus “draws” his poetical self-portrait, answering the three questions once asked by Paul Gauguin about man’s destiny : “Where do we come from ? What are we ? Where are we going ?”
Position de thèse :
« D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » correspond au titre du tableau de Paul Gauguin, représentant son testament d’artiste. Le choix de ce tableau pour introduire le thème de notre recherche, ne relève pas du hasard. Manuel Vázquez Montalbán a écrit plusieurs textes au sujet de l’œuvre et de la vie du peintre voyageur : un poème, intitulé « Gauguin », inclus dans le deuxième recueil de poèmes de Vázquez Montalbán, Liquidación de restos de serie (1971), et un essai, intitulé La longue fuite (1991), dont un long extrait sera repris, plus de dix ans après, dans le premier chapitre d’une étude consacrée à la peinture contemporaine, intitulée Geometría y compasión (2003). De plus, outre la fascination qu’exerce le peintre sur le poète, il est possible d’établir un parallélisme entre ce tableau et l’ensemble de l’œuvre du poète barcelonais, permettant d’avoir une vision globale de celle-ci ainsi que de notre étude. En effet, il semblerait que, tout au long de son œuvre, Manuel Vázquez Montalbán apporte des réponses aux trois questions, plus philosophiques que picturales, posées par Gauguin sur la destinée de l’Homme.
« D’où venons-nous ? » est une question à laquelle il est bien difficile de répondre, mais que tout le monde se pose inévitablement à un moment donné. Le poète barcelonais se propose d’y répondre en révélant, par le biais d’une voix poématique, qui s’exprime à la première personne du singulier ou du pluriel, à la fois, ses racines et ses signes d’identité, dans les sept premiers recueils de poèmes qui ont été réunis dans l’anthologie au titre évocateur : Memoria y Deseo. Dans Una educación sentimental (1967), Vázquez Montalbán remonte à l’origine de la vie à travers l’image de la mère, incarnée, dans un premier temps, par sa grand-mère dans la première partie du recueil, « El libro de los antepasados », puis, dans un deuxième temps, par sa propre mère qui est, selon Georges Tyras, "un personnage réel et littéraire fondamental" dans l’œuvre montalbanienne. Le locuteur glisse de nombreux souvenirs d’enfance, dans lesquels la mère est toujours présente, constituant ainsi les premiers "échos autobiographiques", constatés et constatables dans l’œuvre de Manuel Vázquez Montalbán et relevés dans la troisième partie de ce travail, intitulée « La frontière autobiographique ». Très liée à la ville de Barcelone, l’image de la mère devient souvent un prétexte pour évoquer la capitale catalane, le « pays de l’enfance » du poète, ce qui permet à ce dernier de définir son origine sociale et son identité géographique. Même si la ville de Barcelone n’est jamais nommée ou s’appelle Praga (1982), elle est reconnaissable dans la description de l’espace urbain et constitue le lieu de départ et celui de tout retour, comme le montrera l’étude du dernier recueil de l’anthologie Memoria y Deseo, intitulé Pero el viajero que huye (1990).
Pour le poète, « ser judío vivir en Praga escribir en alemán » signifie « être galicien, vivre à Barcelone, écrire en castillan ». C’est ainsi qu’il exprime "[son] double fond d’extranéité, de fausse extranéité", qui se traduit, tout au long de son œuvre, par « un métissage linguistique et esthétique ». L’extranéité du poète est double car il écrit en castillan, sa langue maternelle, et non pas en catalan, alors qu’il vit en Catalogne. Or, le castillan est considéré par les Catalans comme la langue des vainqueurs de la guerre civile et, par extension, celle des envahisseurs. Mais le poète refuse cette vision binaire de l’Histoire et adopte une position alternative. Comme sa « fausse extranéité » rend plus floue la frontière entre les deux camps, il décrit, en particulier dans Praga, un nouvel espace, que nous avons décidé d’appeler la « zone grise », en référence à la théorie développée par Primo Levi, dans Si c’est un homme (1947), où se rencontrent les victimes et les bourreaux.
« Que sommes-nous ? ». Des êtres humains. Vázquez Montalbán s’efforce, tout au long de son œuvre, de montrer sa dimension humaine et insiste sur l’importance d’être homme et de se comporter comme tel. Pour cela, selon le poète, il n’y a qu’une solution qui consiste à utiliser l’unique instrument qui distingue les êtres humains des autres êtres vivants : le langage, c’est-à-dire la possibilité de communiquer les uns avec les autres et, parfois, les uns contre les autres. Le langage lui permet, en effet, de transmettre sa vision du monde, une vision du monde qui l’entoure, définie, selon l’auteur, en fonction de sa "mémoire, [sa] culture, [son] désir, [son] langage.", les quatre éléments constitutifs de l’écriture montalbanienne.
Le désir, déjà évoqué dans le titre, Memoria y Deseo, renvoie, d’une part, au désir sexuel, motif récurrent dans les poèmes montalbaniens, en particulier dans « Ars amandi », la troisième partie de Una educación sentimental, dans A la sombra de las muchachas sin flor (1973), le cinquième recueil du poète et dans Historia de amor de la Dama de Ámbar, et évoqué à travers des images fragmentées du corps de l’homme et de la femme ; et, d’autre part, le désir, dans un sens plus large, représente tout ce que le poète rêve de faire, de posséder ou d’être. L’(in)assouvissement des désirs, tant sexuels que politiques, devient alors une question centrale, à laquelle le poète répond sans ambages.
La culture est très variée et englobe différents aspects chez Manuel Vázquez Montalbán. Tout d’abord, elle correspond au savoir des livres, que le langage permet de transmettre, selon le poète, "aux mouvements sociaux qui n’ont pas la capacité d’accumuler savoir et technologie [...], qu’[il] considère être déterminants pour le changement.". Ensuite, la culture se manifeste sous d’autres formes plus « sentimentales », pour reprendre l’adjectif utilisé dans le titre de Una educación sentimental, comme dans la chanson populaire, le cinéma, la télévision, la bande dessinée, la gastronomie, le football, etc. C’est pour cette raison que toute la deuxième partie de ce travail est consacrée à l’analyse du monde référentiel du poète, non seulement pour faciliter des clés de lecture et d’interprétation de l’œuvre montalbanienne, mais aussi pour faire prendre conscience aux futurs lecteurs du métissage culturel du poète. La richesse et la diversité de ce patchwork culturel n’est pas un étalage de connaissances, mais le reflet de la vision fragmentée, tel un puzzle, que possède le poète du savoir et du monde, reprenant ainsi à son compte le vers de T.S. Eliot, "un montón de imágenes rotas", leitmotiv montalbanien, comme le montrera l’étude des références explicites et implicites qui se glissent dans les vers du poète barcelonais.
Pour Manuel Vázquez Montalbán et les écrivains de sa génération, le langage est obligatoirement lié au silence imposé par la censure franquiste. Le choix de la structure du langage jouera dès lors un rôle déterminant dans la création de nouvelles images poétiques et lyriques grâce au pouvoir créateur des mots. Chez l’auteur barcelonais, cette quête d’un nouveau langage, capable de refléter l’absurdité de la situation dans laquelle se trouve l’intellectuel, d’une part, pendant et après la dictature franquiste et, d’autre part, dans la société de consommation, aboutit au concept de « subnormalidad ». Dans la partie « Une ironie subnormale », nous verrons dans quelle mesure l’ironie devient un élément constitutif du style montalbanien pour exprimer l’échec de la raison, établissant ainsi une relation de complicité avec le lecteur qui est censé la déchiffrer.
Enfin, la mémoire, également évoquée dans le titre Memoria y Deseo, constitue la matière première du poète et l’outil essentiel pour survivre à la censure franquiste, dont nous venons de parler. Alors que le nouveau pouvoir en place tente d’imposer sa vision de l’Histoire, la mémoire individuelle républicaine du poète barcelonais devient le creuset de mémoires anonymes et ses vers, leur voix. C’est pour cette raison que le poète se désigne comme « peatón de la Historia » puisque, pour lui, l’Histoire devrait être une somme d’histoires.
« Où allons-nous ? ». On retrouve, une fois de plus, le peintre français dans la réponse du poète barcelonais qui se dit lui-même atteint du « syndrome de Gauguin », c’est-à-dire ce désir incessant de partir, de fuir. Le motif de la fuite vers le Sud, ou plutôt vers les Mers du sud dans le cas de Vázquez Montalbán, devient une « réalité » dans le dernier recueil du cycle du désir et de la mémoire, malgré la réserve émise dès le titre de ce dernier : Pero el viajero que huye. Le locuteur-voyageur entreprend un long périple qui le mène jusqu’à l’île thaïlandaise de Kho Samui. Tout au long de ce voyage, plus philosophique que touristique, le locuteur se rend compte qu’il ne voyage finalement pas seul. Le souvenir mais aussi le vide laissé par la mort d’êtres proches, en particulier, celle de sa mère, ainsi que les morts de l’Histoire, oubliés dans des fosses communes, l’accompagnent jusqu’au moment où il se demande si le suicide n’est pas la seule alternative possible pour déjouer les plans de la Faucheuse.
Mais (Pero...) le locuteur errant entreprend le voyage du retour quand il réalise que sa propre mort entraînerait une deuxième mort des êtres chers qu’il pleure en les faisant tomber irrémédiablement dans l’oubli. Il se propose alors d’utiliser sa mémoire pour que le souvenir de « ses » morts reste vivant et il revendique pour les personnes qui l’entourent qu’ils utilisent la leur afin d’éviter sa deuxième mort. En d’autres termes, l’écriture en tant que transposition de la mémoire intime, historique et littéraire de l’auteur, devient le remède ultime contre l’oubli. Cette utilisation de la matière-mémoire conditionnera également une certaine conception du temps, dans l’œuvre poétique de Vázquez Montalbán. Ainsi, la fuite du temps n’est pas linéaire mais plutôt circulaire : les souvenirs nourrissent le présent en une lutte contre le temps corrosif.
Les deux derniers recueils de Manuel Vázquez Montalbán, intitulés Ciudad (1997) et Rosebud, dont nous ne possédons qu’un fragment, publié en 2001, dans Ars amandi, reprennent le motif du retour dès leur titre. Dans Ciudad, le locuteur entreprend un nouveau voyage dans les sept Villes de l’imaginaire et, dans Rosebud, le locuteur utilise son premier souvenir d’enfance comme prétexte pour évoquer sa mère. Dans les deux cas, il s’agit bien d’un retour aux sources qui apporte deux nouvelles réponses aux questions de Gauguin. Après avoir exploré les mystères du Désir et de la Mémoire, le poète barcelonais est tiraillé entre la Géométrie et la Compassion, entre la Raison et le Cœur.
L’oeuvre symphonique de Frédérick Delius (1907-1914). Étude du langage musical et des procédés formels
Lundi 14 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Jérôme ROSSI soutient sa thèse de doctorat :
L’oeuvre symphonique de Frédérick Delius (1907-1914). Étude du langage musical et des procédés formels
En présence du Jury :
Mme PISTONE (Paris 4)
M. DURNEY (Dijon)
M. GOUBAULT (IUFM Rouen)
M. BARTOLI (Paris 4)
Résumés (français et anglais)
Frederick Delius, musicien anglais (1867-1934), acquit une importante notoriété au début du XXe siècle, au point d’être souvent comparé à Gustav Mahler ou Richard Strauss à son époque. Pourtant son œuvre reste encore largement méconnue, notamment en France où persiste une certaine indifférence à son égard. Ce phénomène est d’autant plus inexplicable que Delius passa près de la moitié de sa vie en France et que sa musique partage nombre de caractéristiques avec celle de Debussy ou de Ravel.
En analysant les œuvres de la maturité de Delius, certaines pour la première fois (The Song of the High Hills, North Country Sketches), nous avons tenté de montrer la richesse de son langage musical et la modernité de ses procédés formels. Profondément marqué par l’influence de Wagner et de Grieg, l’art de Delius constitue une réponse personnelle à la question du renouvellement des langages et des styles musicaux au début du XXe siècle. Avec ce travail, nous espérons avoir contribué à évaluer avec plus de justesse la place de Delius dans l’histoire de la musique occidentale et à faire apprécier davantage la singularité de son art.
Frederick Delius’s symphonic works (1907-1914)
A study of his musical language and his formal processes
Frederick Delius, an English musician (1867-1934), became very famous at the beginning of the XXth century to such an extent that he was often compared to Gustav Malher or Richard Strauss at his time. However, his works still remain virtually unknown, particularly in France where some indifference to them still persists in a way. This phenomenon is all the more inexplicable as Delius spent nearly half of his life in France and as his works share a good many characteristics with Debussy’s or Ravel’s.
Analysing Delius’s works in his mature years, the first time for some of them (The Song of the High Hills, North Country Sketches), we have tried to show the richness of his musical language as well as his technical modernity. Deeply marked by Wagner’s and Grieg’s influences, Delius’s art constitutes a personal answer to the question of revitalization of musical styles and languages at the beginning of the XXth century. With this work we have hopes of contributing to value Delius’s place in the history of occidental music more accurately and to get the singularity of his art more appreciated.
Mots-clés : Delius, Debussy, Wagner, Grieg, XXe siècle, impressionnisme, modalité, poème symphonique, processus, timbre.
Position de thèse
Notre thèse se propose d’étudier le langage musical et les procédés formels du compositeur Frederick Delius, musicien anglais (1867-1934), à travers un corpus constitué de sept œuvres s’inscrivant dans la période dite « de maturité » du compositeur : Brigg Fair (1907), First Dance Rhapsody (1908), On Hearing the First Cuckoo in Spring (1911), Summer Night on the River (1911), In a Summer Garden (1911), The Song of the High Hills (1911) et North Country Sketches (1914). Comme en témoignent leurs titres qui, pour la plupart, font référence à des scènes de la Nature, ces pièces s’inscrivent dans le renouveau du genre du poème symphonique.
Si les quatre premières œuvres citées s’appuient sur le traditionnel modèle du « thème et variations », ce n’est en revanche plus du tout le cas des dernières œuvres qui, elles, s’émancipent totalement des modèles préétablis. Tout au long de notre travail, nous avons essayé d’analyser les différentes étapes qui ont mené Delius à élaborer de nouvelles formes. L’étude de ces « nouvelles formes » nous a conduit à introduire la notion de processus, terme plus couramment associé à des œuvres de musique contemporaines (pièces de Ligeti, musiques « spectrales ») mais dont l’application trouve ici un terrain particulièrement favorable.
Processus
Les processus mis en œuvre par Delius à partir de In a Summer Garden sont fondés sur le principe de la phrase classique « arsis/accent/thesis » (schéma qui décrit un parcours général de type tension/détente) au sein de laquelle - et c’est en cela que réside l’aspect novateur de la démarche du compositeur - les aspects rythmiques, dynamiques et orchestraux vont être amenés à jouer un rôle structurel déterminant.
L’arsis peut être décrite comme une période d’élaboration et d’intensification du discours ; l’accent est le lieu de l’aboutissement des éléments développés pendant l’arsis et correspond au moment où la dynamique et l’ambitus sont maximaux ; enfin, la thesis consacre un retour à la stabilité en effectuant une dislocation des éléments présents en arsis : il s’agit de la nécessaire phase de détente et d’apaisement après l’apogée du processus que représente l’accent.
Dans In a Summer Garden, nous avons pu distinguer quatre types de processus : « élaboration mélodique », « prolifération », « confrontation » et « amplification ». La succession temporelle (juxtaposition dans la durée) de ces processus va décrire des alternances de tensions et de détentes sur le parcours total de la forme. Le repérage des différents processus sur un spectre dynamique permet d’associer aux données purement dynamiques l’ensemble des paramètres musicaux, c’est-à-dire de réunir les indices « subjectifs » et les indices « objectifs » d’une composition musicale :
Spectre dynamique n° 1 : In a Summer Garden
réalisé d’après l’enregistrement de Sir Charles Mackerras
Argo, n° 430202-2, 1990
L’analyse « par processus » décrit ainsi l’œuvre comme une succession de vagues dont la plus forte atteint le point culminant ou « climax principal ». L’observation attentive du schéma ci-dessus révèle qu’à partir du sixième processus, « processus principal » de l’œuvre, les thesis ont tendance à être plus importantes (en termes de durée) que les arsis.
Cette logique formelle de tension et de détente à l’échelle macrostructurelle sera à l’œuvre également dans The Song of the High Hills et les North Country Sketches.
Langage musical
Profondément marquée par l’influence de Wagner et de Grieg, la musique de Delius constitue une réponse personnelle à la crise du langage musical à l’aube du XXe siècle. L’examen des œuvres de notre corpus nous a permis de dégager un certain nombre de constantes stylistiques.
Deux types de thématiques peuvent être distingués, les deux pouvant exister dans une seule et même œuvre (In a Summer Garden) :
thème construit par répétition de fragments, transposés ou non ;
courts motifs ou « thématique ouverte »
La répétition (ou, plus souvent, la seule duplication), constitue certainement l’un des traits les plus caractéristiques de la thématique deliusienne. A ces matériaux thématiques principaux s’ajoutent deux catégories de matériaux thématiques secondaires :
les motifs secondaires d’accompagnement ;
les motifs secondaires unitaires.
D’un point de vue rythmique, nous avons pu apprécier l’importance que Delius accorde aux tempos, soit dans le cadre des variations, soit dans la gestion des processus.
Les structures rythmiques de Delius restent cependant assez simples, et les formules rythmiques sont, dans l’ensemble, plutôt sommaires (iambe, trochée) ; même dans le cadre de textures en strates, le compositeur conserve le même mètre à toutes les voix. Cette rigidité rythmique est sans doute ce qui explique l’impression de monotonie parfois ressentie à l’audition de sa musique, à côté de l’extraordinaire liberté debussyste.
Du langage harmonique nous pouvons retenir les traits suivants :
utilisation variée d’échelles de hauteurs (en particulier : mode de la, ré et fa, pentatonisme, blue notes) ;
raffinement harmonique (notes ajoutées) ;
réflexes tonals (cadences, utilisation fréquente de la sixte et quarte comme point d’aboutissement de la phrase) ;
pensée contrapuntique (élaboration de vastes lignes conjointes aux voix intermédiaires et à la basse) ;
confrontation entre une mélodie diatonique et une harmonie plutôt chromatique.
Les procédés de polarité harmonique et d’ « harmonisation par le chant » sont ponctuellement utilisés à partir de Summer Night on the River.
La sonorité est au cœur des préoccupations de Delius. Dans les formes « thèmes et variations », le timbre apparaît comme l’un des éléments essentiels de variation (avec l’harmonie), tandis que le thème subit très peu de changements. Dans Summer Night on the River, Delius introduit le procédé d’harmonie-timbre dans le postlude avec un passage athématique. Le compositeur va plus loin encore dans The Song of the High Hills en concevant de vastes moments dont la sonorité constitue la donnée fondamentale (ce sont les « moments statiques » sur lesquels nous reviendrons plus loin). Enfin, dans « Winter Landscape » des North Country Sketches, le timbre apparaît comme la raison d’être de cette pièce, la construction formelle de celle-ci reposant essentiellement sur l’évolution de textures en strates.
Evolution des procédés formels
Les deux premières œuvres présentent des séries de variations pendant lesquelles le thème, presque inchangé, subit des variations (rythmiques, harmoniques, orchestrales) qui le mènent progressivement à son apothéose ; de fait, c’est bien le thème qui se trouve être l’élément dominant du discours, les autres paramètres servant le propos variationnel. Toutefois, on remarquera, dans Brigg Fair, la construction de la partie B qui s’appuie, certes sur un nouveau thème, mais également sur l’évolution d’une texture en strates. Ce phénomène préfigure l’utilisation ultérieure de ce que nous avons appelé « processus ».
On Hearing the First Cuckoo in Spring et Summer Night on the River trahissent une érosion du modèle « thème et variations ». Dans la première pièce, les structures mélodiques du thème de variation et les structures harmoniques ne coïncident plus exactement : c’est le début d’une « émancipation » de l’harmonie. Dans la seconde, le thème perd son intégrité et change d’aspect au fur et à mesure de ses énoncés ; cette souplesse ouvre la voie à un nouveau type de thématique.
La rupture avec la forme « thème et variations » est consommée avec In a Summer Garden, œuvre dans laquelle Delius s’appuie sur une « thématique ouverte ». A la notion traditionnelle de thème se substitue ainsi une conception « organique » : la thématique est constituée de plusieurs motifs, doté chacun d’une vie propre (nombreuses variantes), et s’assemblant en des complexes thématiques toujours renouvelés. Cette conception fragmentaire du thème conduit à s’intéresser aux autres paramètres du discours musical, le thème ne représentant plus un élément de permanence. Si la pièce peut, à première vue, s’assimiler à une forme rondo, la prise en considération de l’ensemble des paramètres musicaux fait plutôt apparaître une forme plus personnelle, composée d’une succession de « processus ».
The Song of the High Hills, vaste pièce en un seul mouvement, met en œuvre trois types de fonctionnement du discours : des processus, un « thème et variations » et des « moments statiques ». Ces derniers constituent une innovation importante : l’aspect thématique est complètement évacué et chaque instant est envisagé pour sa sonorité propre, en dehors de toute connotation tonale ; les notions de tension et de détente disparaissent alors au profit de la libre succession d’ « harmonies-timbres » déterminées par les seules lois du plaisir sonore.
Les North Country Sketches proposent un autre type d’architecture que The Song of the High Hills avec une construction en plusieurs mouvements, reliés entre eux par un motif cyclique. A l’exception de « Dance » (troisième mouvement des North Country Sketches), structuré dans une large mesure par un « thème et variations » (quoique les variations évoluent considérablement tout au long de l’œuvre par un jeu de permutations mélodiques ; cette conception thématique de type « organique » distingue cette pièce de First Dance Rhapsody et Brigg Fair), les trois autres mouvements sont exclusivement bâtis sur des processus. La thématique n’apparaît plus que sous la forme de courts motifs, simples prétextes à l’élaboration d’univers sonoristiques. L’aspect le plus révélateur de cette dévalorisation du thème en tant que paramètre dominant du discours, réside dans l’insignifiance même de sa prégnance mélodique dans « Winter Landscape » : le thème se trouve réduit à une ligne conjointe de six notes.
D’une grande richesse, la musique de Delius apparaît au cœur des principales problématiques musicales de la fin du XIXe siècle et du début du XXe : l’héritage wagnérien, l’harmonisation de chants populaires, le recours aux échelles (modalité, gamme par tons), l’impressionnisme musical, l’émancipation du timbre et la référence à la Nature constituent autant d’éléments fondateurs de son langage musical.
Le parcours général tracé par l’évolution de la conception formelle de Delius, de la première Dance Rhapspody aux North Country Sketches, peut se lire comme l’éclatement progressif de la notion de thème menant à l’instauration de nouvelles hiérarchies entre les différents paramètres du discours musical. Sa fascination pour le son a conduit Delius à élaborer des formes fondées non plus sur le devenir d’éléments thématiques, mais sur la succession de processus, au sein desquels le timbre joue un rôle fondamental.
Loin de l’image d’un « impressionniste dilettante » perdu dans sa nostalgie, Delius nous semble se situer résolument dans le camp de la modernité. Ses œuvres témoignent d’un sens aigu de la cohérence formelle, en même temps que la fragmentation de l’écriture et l’émancipation de la sonorité annoncent les développements futurs de la musique européenne occidentale.
L’ontologie de Claude Bruaire : de l’ontologie comme logique de la liberté
Jeudi 19 janvier 2006
14 heures
Institut Finlandais
60, rue des Ecoles
Paris 5e
M. Thierry CHIFFLOT soutient sa thèse de doctorat :
L’ontologie de Claude Bruaire : de l’ontologie comme logique de la liberté
En présence du Jury :
M. MARQUET (Paris 4)
M. FOLSCHEID (Paris 12)
M. KAPLAN (Tours)
M. VIEILLARD-BARON (Poitiers)
Résumés
Claude Bruaire (1932-1986), dans le cadre d’une métaphysique positive, élabore une philosophie de l’existence qui puisse donner un fondement rationnel et un sens au désir d’être et de savoir de l’homme. En dépassant les apories dialectiques renouvelées par les combinaisons entre les trois puissances existentielles : Liberté-Désir-Langage, et en les conciliant dans les trois syllogismes successifs correspondants, il permet à la logique de se dépasser en ontologie. L’homme, liberté relative, désir infini, découvre espérance pour celle-là et satisfaction pour celui-ci, par le Langage universel lui permettant d’accéder aux réponses d’une Liberté absolue, originelle, intelligence de son langage. L’homme, indissociablement esprit et corps, est alors en dette de son être et trouve moyen de rédimer celle-ci dans une éthique du don, authentique ontologie du don, l’« ontodologie ».
Claude Bruaire (1932-1986), within the framework of positive metaphysics, develops a philosophy of existence which can give a rational foundation and a sense to Man’s desire to be and to know. Going beyond dialectic aporias renewed by combinations of the three existential powers : Freedom-Desire-Language, and reconciling them in the three corresponding successive syllogisms , he allows logic to go beyond itself in ontology. Man, relative freedom, infinite desire, discovers expectation for the former and satisfaction for the latter, by the universal Language allowing him to gain access to the answers of an absolute, original Freedom, the intelligence of his language. Man, inextricably spirit and body, is then in debt to his being and finds a means to redeem this with an ethic of gift, authentic ontology of gift, « ontodology ».
Position de thèse
Claude Bruaire (1932-1986) effectue, au sein de la philosophie continentale contemporaine, une reprise des problèmes de la métaphysique. Dans le cadre d’une philosophie du système, il reprend les concepts traditionnels d’Absolu, d’Esprit et d’Etre, pour élaborer une ontothéologie qui puisse rendre compte de la spécificité de l’Existence.
Critique à l’égard des courants dominants de son temps (marxisme, phénoménologie, existentialisme, structuralisme), auxquels il reproche principalement l’absence d’Absolu, critique à l’égard des matérialismes (naturalisme, biologisme, scientisme), auxquels il reproche l’oubli de l’Esprit, et critique de l’ère de la technique (technocratie, économisme, idéologie), qui est celle de la dévaluation de l’Etre, Bruaire met en garde contre une décadence qui risque de remettre en cause l’existence même de l’homme.
Reprenant certains de ses devanciers en métaphysique, Bruaire montre qu’un retour à ceux-ci, qui sont désormais oubliés ou mésinterprétés, est nécessaire pour essayer de résoudre les problèmes des temps présents. Commençant par reprendre Hegel, et par dénoncer l’interprétation athée (Kojève) qui en a été faite, il montre les dangers des positions dialectiques (La Dialectique) et la nécessité de la méthode du syllogisme. Mais, considérant que les puissances utilisées par celui-ci (Logique-Nature-Esprit) ne peuvent reconduire qu’à une « autologie » absolue qu’il refuse, il les transformera en : Langage-Désir-Liberté, afin de redonner une place centrale à la Liberté (Logique et religion chrétienne dans la philosophie de Hegel). Voyant dans le dernier Schelling de la philosophie positive un dépassement du négatif hégélien, il reprendra à celui-ci les concepts de Liberté et d’Existence, pour développer une ontologie existentielle qui soit aussi logique de la Liberté (Schelling). Avec les concepts d’habitude de Ravaisson, d’action de Blondel et avec la méthode concrète de Gabriel Marcel, il montre qu’il est nécessaire, en toute rigueur, de partir du concret et de la vie pour pouvoir comprendre l’Esprit et l’Existence, réunissant ainsi idéalisme allemand et vitalisme français.
Conscient que la philosophie ne peut conclure, Bruaire préconise l’ouverture à d’autres savoirs, et notamment la religion dont le propos est de dire l’Absolu, pour les mettre à l’épreuve de la rationalité et éventuellement reprendre certaines de leurs affirmations. Critique à l’égard des pensées négatives (théologie apophatique, fidéisme, mysticisme), qui ne prennent pas la mesure de ce à partir de quoi elles parlent, c’est-à-dire la Révélation, il voit dans le christianisme, religion absolue subsumant toutes les autres et apportant la preuve de son message dans l’Incarnation, la seule espérance offerte à l’homme, sans quoi il doit se résoudre au scepticisme absolu, à la mort de Dieu, et donc à sa propre mort. Influencé par les travaux de Fessard, toute sa recherche, en philosophie de la religion, sera une recherche d’un Dieu qui soit à la fois Sujet et Système, pour l’homme.
Bruaire commence, dès son premier texte (L’Affirmation de Dieu), par interroger l’Absolu sans lequel aucun système ne peut s’élaborer. Remarquant que toute pensée, même la plus relative, est porteuse d’une préconception de l’Absolu, il critique les conceptions antérieures de l’Absolu qui refusent toute détermination de celui-ci (métaphysique négative, théologie négative) ou en interdisent la connaissance à l’homme (criticisme, mysticisme). Si transcendance il y a, elle doit effectivement être en acte, et la philosophie spéculative doit pouvoir l’exprimer comme l’a fait la théologie positive trinitaire. Bruaire, allant à rebours des sciences humaines, construit alors une anthropologie négative interrogeant les trois puissances existentielles (Langage-Désir-Liberté), se rapportant aux trois secteurs de son ontothéologie (Absolu-Esprit-Etre), devant déboucher sur une théologie positive de la Trinité (Dieu-Christ-Esprit) qui la confirmera (L’Affirmation de Dieu, Philosophie du Corps, La Raison politique).
Le Désir de savoir, avec lequel commence la recherche philosophique, ne peut trouver de satisfaction que dans une réponse de l’Absolu. Bruaire critique ceux qui ont refusé au Désir la qualité ou la possibilité d’accéder à un Absolu qui, lui-même, était Désir de se faire reconnaître, en le dévoyant. Le Désir d’Absolu ne peut être réalisé dans l’humanisme (Feuerbach), promis à la fin de l’Histoire (Marx), oublié dans l’esthétisme (premier stade de Kierkegaard), dominé par le Surhomme (Nietzsche) ou éteint dans le renoncement (stoïciens, bouddhistes), car il est constitutif de la Particularité d’un homme qui recherche l’Universalité.
Ce Désir, qui est celui d’une liberté relative en quête d’une Liberté absolue, qui en est l’Origine et qui seule peut le renouveler et y répondre, est aussi la marque d’un acte initial du Divin qui se fait Dieu pour que l’homme puisse l’appréhender. C’est pourquoi, en reprenant les avancées de Schelling sur la Liberté absolue et la liberté relative, la preuve ontologique tant décriée peut être renouvelée.
Bruaire estime que les critiques de la preuve ontologique n’ont pas compris sa signification. A l’instar de ceux qui ont essayé de la réaliser (Anselme, Descartes, Leibniz, Hegel) chacun à sa façon, mais toujours en voulant faire coïncider une qualité et une essence, il pense que la preuve n’est qu’une clef permettant de verrouiller un système avec son Absolu. Il propose une solution originale axée autour de la Liberté et confirmant le système des libertés : partant de la liberté relative, qui ne pourra jamais être infirmée, et constatant qu’elle ne peut être sa propre origine, il en déduit une Liberté absolue qui elle peut l’être.
Le Désir de savoir de la liberté relative ne suffit pas pour accéder au Savoir de l’Absolu. Il faut, en premier, que ce Désir se développe dans le temps de l’Histoire ; puis qu’un Langage universel médiatise le Désir particulier et la Liberté singulière, pour donner sens au premier et raison à la deuxième ; et enfin que l’Absolu lui-même advienne dans l’Histoire et se révèle, faisant le chemin jusqu’à la finitude de l’homme que celui-ci ne peut accomplir jusqu’à son infinitude.
C’est pourquoi, pour Bruaire, le christianisme, avec sa Révélation, son Incarnation et son Verbe, apparaît comme la seule religion à même de proposer une solution rationnelle à l’homme en quête d’espérance quant à sa destinée.
Bruaire s’interroge ensuite sur l’Esprit, sans lequel aucune réflexion philosophique n’est possible. Il commence par montrer que, sans la Particularité du corps, aucun esprit singulier ne peut advenir (Philosophie du corps). Si le corps est bien ce qui détermine l’individu, celui-ci ne peut pourtant fonder la personne comme Singularité particulière, et il est nécessaire que le corps soit transi de l’expressivité de l’esprit pour que la vie devienne existence.
Sa conception du corps nécessaire va à l’encontre du dualisme (cartésianisme), et renouvelle la signification d’un corps qui trouve son sens dans sa précarité même. Le corps, qui est non-sens périssable, mais qui, dans sa Particularité, est indispensable à la Singularité donnée, par le fait même qu’il doit disparaître est l’indice de son renouvellement au-delà de la mort. C’est parce que le corps est mortel qu’il donne un sens ontologique à la mort, et est porteur de son dépassement dans une espérance qui renvoie à la Résurrection chrétienne.
Bruaire met alors en garde contre l’oubli de l’esprit propre aux temps présents, qui voudrait réduire l’homme à son corps et le faire œuvrer dans le sens de la préservation exclusive de celui-ci (Une Ethique pour la médecine). L’esprit, constitutif de l’être d’esprit qu’est l’homme, est le lieu de rencontre avec l’Esprit de l’Absolu qui l’a originé, qui dialogue avec lui dans l’Histoire, qui renouvelle ses interrogations et y répond, et est porteur de la réconciliation éternelle.
S’inscrivant dans la démarche de la phénoménologie de l’esprit hégélienne, mais refusant l’« autologie » divine de sa conclusion, Bruaire développe une ontologie de l’esprit (L’Etre et l’esprit), qui mette l’Esprit de la Liberté absolue en souci de l’esprit de la liberté relative, conformément à la Liberté donnée. Le rapport d’inclusion : infini / fini, est transformé en un rapport d’Esprit infini à esprit fini qui, par la médiation de la Parole, est acte de disposition pour la Liberté finie.
Bruaire se pose enfin la question de l’Etre qui n’est qu’Esprit. L’homme, comme être d’esprit, est tout autant être de désir qu’être de liberté. En tant qu’être de désir, il a le Désir de savoir (par la réflexion spirituelle), le Désir d’avoir (un corps indispensable) et le Désir d’être éternellement, auxquels peuvent seulement répondre le Verbe, l’Incarnation et la Promesse du christianisme.
En tant qu’être de liberté, l’être d’esprit a le devoir éthique de préserver (Une Ethique pour la médecine) et d’organiser (La Raison politique) les libertés. Pour cela, les trois puissance existentielles : Langage-Désir-Liberté, doivent se transformer en trois puissances politiques : Etat-Nation-Pouvoir, et s’organiser selon une double médiatisation : celle de chacun des termes, selon la méthode du syllogisme, et celle de l’Histoire, afin que la Liberté politique soit toujours préservée dans le temps, et non pas niée dans la réalité d’une société figée.
Bruaire va plus loin, et en homme qui a choisi de prendre part à l’action politique, dégage trois Ordres de Justice nécessaires aux relations entre libertés : le Principe d’Identité (entre les libertés insubstituables), le Principe d’Equivalence (dans l’appréhension des libertés) et le Principe d’inégale distribution (en fonction de la condition de chaque Liberté).
Mais, ayant conscience, face aux utopies (humanisme, marxisme) et aux idéologies (populisme, démagogie), que la cité parfaite n’est pas de ce monde, il invite à une justice d’un autre ordre, celle de la miséricorde, non pas comme justice instituée, mais comme justice venant par-delà la justice, à l’exemple du message chrétien.
Bruaire n’a pu achever son ontologie, qui prenait une nouvelle direction éthique avec le Don comme Concept absolu, et se trouvait transformée en « ontodologie ». Avec les nouvelles catégories du Don : Don-Reddition-Confirmation, applicables à la fois aux trois puissances existentielles (Langage-Désir-Liberté) et aux trois Personnes de la Trinité (Père-Fils-Esprit), une nouvelle logique de la Liberté était reformulée, la logique du Don de l’Absolu pour l’homme. Le Don originel est à la fois Don en acte et Don de l’être, Don de l’être à un être qui ne peut ni le refuser (le Don est donné éternellement), ni le remettre (le Don est constitutif de l’être), ni le rendre (le Don est Origine). Mais l’être-de-don, en dette, peut rédimer celle-ci en transmettant le Don qui lui est donné, dans une logique de disposition à l’autre, d’obligation morale vis-à-vis des autres êtres-de-don, l’« obligeance » ontologique. Pour cela, il lui faut préalablement prendre pleinement possession de son être, selon une triple conversion : de l’inséité (en soi) à l’aséité (à soi), puis adséité (autonomie), et enfin ipséité (pour soi). Cette triple conversion étant effectuée, l’être-de-don, ayant pleinement pris conscience de sa dimension, peut légitimement envisager l’autre qui lui est identique, l’être-de-don dont il partage la condition, et l’Autre qui lui est différent, le Donateur qu’il ne peut toutefois concevoir par-delà la « tache aveugle ».
La mort prématurée de Bruaire nous laisse une philosophie inachevée, mais déjà porteuse des concepts essentiels à sa compréhension. Philosophie du système, ayant trouvé son Absolu dans le christianisme (Dieu), ayant repris les puissances qui la composent (Langage-Désir-Liberté) d’un idéalisme allemand mis désormais au service de la Liberté, refusant la différence ontologique de l’être et de l’étant (Heidegger) qui domine la pensée de la fin du siècle, elle semble un retour à un passé métaphysique de l’ontothéologie, alors qu’elle est avant tout recherche de fondations irréfutables. Celles-ci assurées, cette philosophie opère naturellement le tournant éthique qu’elle annonçait dès le début avec l’affirmation de la Liberté absolue, mais demeure inachevée quant à la question de l’incarnation et de son corollaire la destinée, même si elle a su renouer le lien oublié entre le physique et le métaphysique. Son originalité provient de sa reformulation des questions et des problèmes fondamentaux à l’homme et à son avenir.
L’opinion publique en Belgique entre 1812 et 1814. Les belges face à l’écroulement de l’Empire.
Vendredi 4 juin
14 h 30
En Sorbonne, bibliothèque Pierre Léon
Esc. F, 2e étage
Paris 5e
M. José OLCINA soutient sa thèse de doctorat :
L’opinion publique en Belgique entre 1812 et 1814. Les belges face à l’écroulement de l’Empire.
en présence du Jury :
M. BOUDON (PARIS IV)
M. HEIRWEGH (BRUXELLES)
M. MONNIER (EPHE)
M. TULARD (PARIS IV)
L’orchestration des sens. Approches culturelles de la vision au XXème siècle
Samedi 12 février
9 h 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet, esc. A
46 rue Saint Jacques
75005 PARIS
M. Pascal-Louis ROUSSEAU soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
L’orchestration des sens. Approches culturelles de la vision au XXème siècle
En présence du Jury :
M. ARNALDO (MADRID)
M. DARRAGON (PARIS I)
M. DE CHASSEY (TOURS)
M. FOUCART (PARIS IV)
M. LEMOINE (PARIS IV)
M. MICHAUD (EHESS)
L’ordre des constituants en latin (aspects pragmatiques, sémantiques et syntaxes)
Lundi 4 décembre 2006
14 heures
Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Olga SPEVAK soutient son habilitation à diriger des Recherches :
L’ordre des constituants en latin (aspects pragmatiques, sémantiques et syntaxes)
En présence du Jury :
Mme BODELOT (CLERMONT 2)
Mme BÉGUELIN (Neuchâtel)
Mme FRUYT (PARIS 4)
Mme ORLANDINI (TOULOUSE 2)
M. PINKSTER (Amsterdam)
M. TOURATIER (AIX-MARSEILLE 2)
L’orfèvrerie française à l’époque moderne
Samedi 18 septembre
9 h 30
Salle des Actes, centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Michèle PRIVAT soutient sa thèse d’habilitation à diriger des recherches (HDR)
L’orfèvrerie française à l’époque moderne
en présence du Jury :
Mme CARDINAL (CLERMONT)
M. JESTAZ (EPHE)
M. MEROT
M. MIGNOT (PARIS IV)
Mme MONTAGU
M. MUEL
L’ornementation sculptée et peinte des vaisseaux du roi (1660-1792)
Samedi 13 décembre
14 h
Centre Malesherbes, salle 322
108 bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Magali THERON soutient sa thèse de doctorat :
L’ornementation sculptée et peinte des vaisseaux du roi (1660-1792)
en présence du Jury :
Mme ACERRA (CAEN)
Mme BRESC (PARIS)
M. MIGNOT (PARIS IV)
M. SCHNAPPER (PARIS IV)
M. ZYSBERG (CAEN)
L’ost de France. La guerre, les armées, la société politique au royaume de France (fin du règne de Saint-Louis - fin du règne de Philippe le Bel)
Lundi 13 décembre
9 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Xavier HELARY soutient sa thèse de doctorat :
L’ost de France. La guerre, les armées, la société politique au royaume de France (fin du règne de Saint-Louis - fin du règne de Philippe le Bel)
En présence du Jury :
M. CONTAMINE (PARIS IV)
Mme LALOU (ROUEN)
M. MOEGLIN (PARIS XII)
M. VALE (OXFORD)
M. VERGER (PARIS IV)
L’univers carcéral dans l’oeuvre de José Revueltas (1969-1975)
Samedi 2 octobre
14 h
Amphi Guizot
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. RODRIGO GARCIA DE LA SIENRA soutient sa thèse de doctorat :
L’univers carcéral dans l’oeuvre de José Revueltas (1969-1975)
en présence du Jury :
Mme EZQUERRO (PARIS IV)
Mme OLIVIER (PARIS XII)
M. RAMOS-IZQUIERDO (LIMOGES)
Mme SORIANO (TOULOUSE II)
L’univers langagier de San-Antonio
Lundi 4 juillet
14 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Oana Nicoleta PASCANUIC CAULLATAILLE soutient sa thèse de doctorat :
L’univers langagier de San-Antonio
En présence du Jury :
M. MOLINIE (Paris 4)
Mme AGRIGOROAIEI (Iasi)
M. GOUDAILLIER (Paris 5)
M. POPESCU (Iasi)
La "Fête" chez Stéphane Mallarmé
Vendredi 30 juin 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
M. Kensuke KUMAGAI soutient sa thèse de doctorat :
La "Fête" chez Stéphane Mallarmé
En présence du Jury :
M. MARCHAL (Paris 4)
M. COMPAGNON (Paris 4)
M. DURAND (Liège)
M. SCEPI (Poitiers)
Résumés
La visée de ce travail est d’analyser la réflexion de Mallarmé dans de multiples domaines (art, société, religion) à la lumière de la fête. La fête mallarméenne ne se réduit pas à une rêverie du théâtre idéal qui se dévoilera dans l’esthétique théâtrale du XXe siècle, mais elle s’inscrit bien dans l’ambition festive de l’époque post-révolutionnaire, depuis l’attaque rousseauiste contre l’institution théâtrale jusqu’au Festspiel de Wagner, en passant par la fête révolutionnaire, l’Exposition universelle et la fête commémorative. Sous l’angle du rapport de l’art avec le public, de la conscience historique, et du mode de représentation, nous traçons le parcours de la méditation mallarméenne sur la cérémonie, depuis l’échec des projets théâtraux de Hérodiade et du Faune jusqu’au « Tombeau » commémoratif de Verlaine, depuis la quête de la demeure idéale jusqu’à la vision du palais en verre au cœur de la cité. S’y révèle une série des conflits de sa vision du faste futur avec la société contemporaine. Entre la représentation théâtrale depuis la tragédie grecque et la dramaturgie de la Présence réelle de la messe catholique, entre un lien abstrait du peuple établi par le suffrage universel de la Troisième République et l’attraction de la figure charismatique comme Boulanger, Mallarmé propose une poétique du « simulacre » qui convoque le public dans la place publique par le pouvoir de la fiction, de la suggestion du langage. En se fondant sur l’analyse chronologique des articles des Divagations et sur une réinsertion dans le contexte, cette étude espère également apporter sa contribution à une histoire de la symbolique sociale qu’on pourrait nommer le « spectacle ».
The « Festival » of Stéphane Mallarmé
The purpose of the present study is to analyze the Mallarmé’s reflection in the various fields (art, society, religion) in the light of the festival. We don’t reduce Mallarmé’s festival to a mere dream of the ideal drama which appears in the theater aesthetic of the 20th century, but place this in the attempts of festival in the after-Revolution epoch, from Rousseau’s attack against the theatrical institution to the Wagner’s Festspiel, via the Revolutionary festival, the universal Exposition, and the commemoration. From point of view of the relation of art with public, of the historic conscienceness, and of the mode of representation, we mark out the path of the Mallarmé’s meditation about ceremony, from his failure of the theatrical projects of Hérodiade et of the Faun to « Tombeau » commemorative of Verlaine, from the pursuit of the ideal room to the vision of crystal palace at the heart of city. It shows that a series of conflicts of his vision of future festival against the society. Between the theatrical representation from the Greek tragedy and the dramaturgy of the real Presence of the catholic ritual, between a abstract relationship of people formed by the universal suffrage of The Third Republic and the attraction of the charismatic figure as Boulanger, Mallarmé propose a poetic of « simulacra » which call the public on the public square by means of the power of fiction of suggestion of language. On the chronological analyze of articles of Divagations, and on the reintroduction in the context, we hope that this study makes a contribution to a history of the social symbolic called « spectacle ».
Position de thèse
La visée de ce travail est d’analyser la réflexion de Mallarmé dans de multiples domaines (art, société, religion...) à la lumière de la fête. Ce poète, considéré souvent comme un écrivain solitaire vivant dans une tour d’ivoire et exilé de son époque, consacrait en fait sa passion à plusieurs activités qu’il nomme la « fête », tels qu’ils sont théâtre, drame musical wagnérien, concert dominical, messe catholique, média comme le journal et le livre, institution sociale comme l’Académie française, nature automnale, cercle de hommes de lettres, funérailles, etc. Si nous traçon le parcours de la fête mallarméenne depuis la campagne théâtrale du jeune poète à Sens jusqu’au projet inachevé du « Livre », en passant par l’activité journalistique du poète des années 1870 comme La Dernière mode, nous nous concentrons particulièrement sur son dernier recueil des œuvres en prose intitulé Divagations (1897), depuis l’« oraison funèbre » dédiée aux artistes comme Villiers de l’Isle-Adam et Verlaine jusqu’à la réflexion sur les « Offices » catholiques, depuis les bloc-notes « Crayonné au théâtre » jusqu’aux critiques sociales que le poète a plaisamment appelées « Grands faits divers ».
Alors que la fête mallarméenne apparaît avant tout dans son projet des deux poésies dramatiques (Hérodiade et le Faune) et dans sa critique théâtrale, elle ne se réduit pas à une rêverie sur le théâtre idéal, contrairement à la thèse de plusieurs analyses du théâtre mallarméen (Haskel Block, Evlyn Gould, Mary Lewis Shaw, Thierry Alcoloumbre). S’il est vrai qu’il y a chez Mallarmé une sorte de théâtralité sans théâtre, notion qui s’impose dans l’esthétique théâtrale au XXe siècle, la théâtralité mallarméenne n’est pas une activité purement poétique et virtuelle comme le « spectacle dans un fauteuil » de Musset, mais la représentation qui dépasse à plus d’un titre la dimension du théâtre normal ; en tant que « fête », elle englobe aussi les dimensions religieuse et politique. Avant de confier au poète le titre du précurseur de la modernité théâtrale, il est indispensable de lire son texte dans l’ordre chronologique, pour situer sa pensée dans le contexte de la fin du XIXe siècle, marqué par la perte du prestige des autorités politique, religieuse et esthétique depuis la Révolution.
Sous cet éclairage, la fête mallarméenne s’inscrit bien dans la lignée des ambitions festives de l’époque post-révolutionnaire, depuis l’attaque rousseauiste contre l’institution théâtrale dans La Lettre à M. d’Alembert jusqu’au Festspiel de Wagner, en passant par la fête révolutionnaire, l’Exposition universelle et la fête commémorative organisée par la Troisième République. À travers l’analyse de tous ces multiples essais de festivité, se révèlent trois perspectives qui les déterminent en commun. Le premier point de vue est le rapport de l’art avec le public. Des « spectacles exclusifs qui renferment tristement un petit nombre de gens dans un antre obscur » (Rousseau) à la Fête de la Fédération rassemblant quatre cent milles spectateurs au Champ-de-Mars, de la célébration de l’acte de Dieu à la célébration du progrès humain dans l’Exposition universelle, on abandonne de plus en plus le rituel ésotérique destiné au petit nombre de privilégiés au nom de la démocratisation du sacré, par le moyen des instruments marquant l’avènement de l’ère de masse : hymne, grand opéra, œuvre d’art totale, journalisme, etc.
La deuxième question est celle de la conscience historique. La fête civique après la Révolution a pour visée d’annoncer l’arrivée d’une nouvelle époque à travers l’iconoclasme des images monarchiques et catholiques, et de fonder sur ces ruines l’utopie, soit républicaine, soit industrielle comme le saint-simonisme. Or, dans plusieurs cas, elle est obligée pour cela d’emprunter ses idées à la symbolique traditionnelle. Au lieu d’inventer des formes neuves, les organisateurs des fêtes révolutionnaires comme David se contentent d’imiter le style antique, tandis que, malgré son ambition de l’art révolutionnaire, Wagner puise son motif du drame musical dans le répertoire des légendes germaniques.
Enfin, on peut voir la fête post-révolutionnaire comme les tentatives d’abolition de la représentation. Dans la fête rousseauiste, à la différence du théâtre dans lequel l’acteur figure le personnage, « Qu’y montrera-t-on ? Rien si on veut. » Le principe de l’anti-mimèsis revendiqué depuis La République de Platon s’impose désormais dans la fête civique constituée par le chant et la danse des participants, au sein de laquelle le peuple lui-même devient la réalité vivante du spectacle, « la vraie image de Dieu » (Michelet). À la place de la figure individuelle comme le roi, la Troisième République tente de suggérer l’idée abstraite comme la Patrie et la République. Mais, en réalité, loin de susciter la vraie présence, l’iconoclasme ne servit qu’à l’apparition d’une nouvelle allégorie : la Raison célébrée par les Hébertistes comme antipode du Dieu chrétien n’est qu’une actrice de l’Opéra, la Marianne une divinité vulgaire et dépourvue d’aura, le drapeau tricolore un signe trop abstrait de la patrie.
Tout en prenant ses distances avec une idéologie humanitaire déterminant l’entreprise festive dans l’époque post-révolutionnaire, soit romantique (Hugo, Michelet), soit saint-simonienne (Émile Barrault), sous l’influence de l’idée des poètes du désenchantement comme Baudelaire, Mallarmé reprend de sa façon le rêve de la fête civique, en déplaçant les trois perspectives que nous avons évoquées. La première question prend la forme, chez le poète, de la tentation contradictoire entre la fête publique et la fête intérieure, entre la « fête du théâtre » dans laquelle la foule se présente réellement dans un lieu de la cité, et la « fête du livre » qui transmet une rêverie à chacun par l’intermédiaire de la diffusion du livre. Le parcours de la réflexion mallarméenne sur la fête idéale rencontre plusieurs oscillations entre ces deux types de fête : pompes de la poésie célébrant la communauté et liturgie de la lecture muette d’un livre, Exposition universelle et domicile idéal marqué par le raffinement des meubles, grand concert d’orgue et petit cercle d’hommes de lettres... Ce paradoxe de la fête mallarméenne nous évoque un échec de son entreprise du faste public organisé par le poète lui-même, car il semble s’intéresser plutôt à la fête du livre depuis l’avortement du projet de Lectures et de la mort de Villiers en 1889, centenaire de la Révolution. Désormais, le poète va jusqu’à se réclamer du pouvoir du journal, afin de réaliser une sorte de combinaison du rituel aristocratique, dans lequel le poète communique avec un petit nombre d’élites en vue de fabriquer le Livre suprême, et de la circulation de ce livre pour le grand public, comme le suggèrent les notes en vue du « Livre ». En outre, pour le poète, cette cérémonie du livre établit une forme idéale de la communion, parce que la participation de la foule à l’expérience sacrée n’est pas entravée par les conditions matérielles du théâtre.
Force est de constater que son déplacement de l’intérêt du théâtre au livre, de la cérémonie publique au rituel intime, ne signifie pas la réduction de la portée de la fête mallarméenne par rapport à la foule. Tout au long de ses quêtes du faste idéal, le poète ne manque pas de tenir compte de l’existence de la foule, qu’elle soit réelle ou virtuelle. Si le moyen de la transmission du sacré passe de la voix du poète-prêtre au livre muet, ce n’est pas pour exclure les vulgaires du rituel ésotérique, mais au contraire pour réaliser une communion ouverte à ceux qui veulent lire ce livre, communion trans-historique et universelle à cause de l’immortalité et l’impersonnalté du livre. En somme, la fête intérieure de Mallarmé n’est pas une compensation du poète qui s’isole de la société contemporaine ; se situant à l’époque de l’établissement de l’autonomie de l’art, le poète aspire à construire, à l’intérieur du champ littéraire lui-même, l’utopie qui comporte des dimensions politique et religieuse, ce qu’on pourrait dire la République des lettres et la cérémonie des lettres, comme le « Tombeau » de Verlaine contre la divinisation du grand homme par la Troisième République, comme une académie littéraire contre le courant capitaliste et démocratique de la société.
La deuxième perspective - conscience historique - s’exhibe dans les notions mallarméennes d’« interrègne », de la « crise », de la « modernité » et de la « source ». Sous le patronage de Baudelaire, Mallarmé prend la défense de Manet pour sa part de la « modernité », reproche à Wagner son anachronisme du drame musical, et définit la tâche de l’art comme une « invention » de la « Fable », mythe détaché des dimensions temporelle et géographique. Or, en dépit de ce refus du retour au passé, le poète relève sans relâche, par les mots « interrègne » et « crise », qu’il n’y a aucun fondement à cette époque dans tous les domaines : politique (république), religieux (laïcité), poétique (vers libre). Et son projet de festival est fortement déterminé par la situation de la société contemporaine. Si Mallarmé revendique le ministère du poète à la veille du centenaire de la Révolution, la mort tragique de Villiers hors de la réjouissance de l’Exposition semble faire reculer infiniment cette échéance possible d’un interrègne. Tout au long des années 1890, le poète se garde principalement d’avouer sa grande rêverie sur la fête populaire comme il osait le faire à la veille des deux Expositions universelles 1878 et 1889, faste de la civilisation moderne par excellence. La sortie du tunnel d’un interrègne, si elle est évoquée par l’image du palace-gare lumineux, semble très lointaine dans les dernières années du poète.
Or, cette perception de l’absence de Présent a une portée plus grande et plus théorique que l’idée de décadence entendue comme une simple nostalgie pour le passé perdu. Pour le poète, l’origine de cette époque en transition ne se borne ni à la mort de Hugo (1885), ni à la Révolution française que la République a envisagé d’achever par sa politique de commémoration. Le temps d’interrègne mallarméen correspond à l’époque « moderne » inaugurée par la Renaissance qui limita tout le jaillissement religieux du Moyen Âge dans le domaine technique, et par la Réforme religieuse qui réduisit la collectivité du culte à l’individualisme de la foi. Pour conclure cette époque irréligieuse et atteindre la nouvelle « époque organique », Mallarmé aborde, dès le début des années 1890, l’analyse des procédés des cérémonies anciennes, entre autres, la messe catholique. Contre la politique républicaine qui cherche à abandonner le lieu du culte catholique selon le principe de la laïcité et de l’individualisme, pour institutionnaliser la nouvelle mémoire civique, le poète revendique la reprise du sentiment religieux comme un mystère immanent à l’humanité qu’il appelle le « Soi ». Il faudrait toutefois reconnaître que, contrairement à la conversion des écrivains de son époque, cet intérêt pour la religion médiévale est avant tout dans la dimension esthétique, comme il transforme le dieu catholique en « héros du Drame divin ».
La recherche mallarméenne des vestiges religieux nous conduit plutôt à sa rêverie sur la fondation future des utopies. Le poète est conscient qu’il est impossible d’inventer l’utopie ex nihilo, et que la tâche du poète-urbaniste consiste moins à détruire entièrement les simulacres de la société contemporaine comme l’anarchiste, qu’à fouiller le sol comme l’archéologue, pour dégager l’esquisse de l’utopie des dispositifs du passé. Le temps d’interrègne n’exclut donc pas la rêverie sur le faste futur dans lequel le poète reprend l’entreprise des aèdes ou des troubadours, en prenant conscience de la distance entre l’époque organique du passé et l’époque moderne, entre la vérité religieuse et la fiction.
Enfin, la dernière question - celle des modes de représentation - concerne chez Mallarmé le principe du « simulacre ». Le poète établit cette idée dans son expérience de la crise poétique et spirituelle de la seconde moitié des années 1860, en réfléchissant au sens de l’acte poétique par rapport à la nature pérenne : même s’il est un « mensonge », le simulacre humain n’en reste pas moins « glorieux ». Mallarmé parvient ainsi à considérer les cérémonies de la cité comme un « simulacre » de la fête de la nature. En se fondant sur cette opposition entre la nature et le simulacre, il effectue d’une part le travail critique ou le dévoilement de la fiction ; le traducteur des Dieux antiques démystifie la totalité des dieux modernes de la société contemporaine dans les Divagations.
Cette procédure de démystification prend la forme du refus du régime représentatif dans le domaine théâtral. Le projet des deux poèmes dramatiques, Hérodiade et le Faune, révèle une double tendance à éliminer l’élément narratif pour garder la poésie pure, et du même coup, à réaliser la théâtralité comme l’oralité et le geste de l’acteur, à l’intérieur du vers lui-même. En s’appuyant sur une sorte d’esthétique naturaliste ou rousseauiste, le chroniqueur du spectacle dans La Dernière mode dénonce les artifices conventionnels qui s’imposent dans le théâtre contemporain. La campagne théâtrale de 1885-1887 est aussi déterminée par l’éloge de la dramaturgie de l’abstrait selon laquelle la représentation du personnage par l’acteur cède la place à l’évocation de la figure impersonnelle par la danseuse. Dans les années 1890, l’auteur des « Offices » semble déplacer son intérêt, de la représentation théâtrale établie par la tradition grecque vers la liturgie catholique, parce que la messe est exempte du mode mimétique : le prêtre n’imite pas la divinité comme l’acteur, mais seulement désigne sa présence.
Or, ce côté critique et démystificateur de l’idée mallarméenne est complété par le côté poétique ou la reconstitution de l’univers comme un simulacre sur le principe de la fiction, comme Manet et les impressionnistes s’efforcent de recréer la nature par les touches, au lieu de la reproduire en vain. Dans le domaine théâtral, s’il reconnaît une subtilité de la mise en scène de la divinité par le prêtre, le poète s’en prend à la doctrine de la Présence réelle ou l’incarnation du Dieu dans le pain. Ni « imitation » dans le théâtre grec, ni « incarnation » dans le mystère chrétien, Mallarmé adopte la dramaturgie de ce qu’on pourrait dire la « désincarnation », selon laquelle le mystère de l’univers et de l’homme n’est pas brutalement figuré, mais seulement suggéré comme une présence virtuelle par les mots ou l’allégorie comme la chape du prêtre évoquant le lever du soleil, en somme, le simulacre. Même si le poète évoque sa vision de la cérémonie future qui s’appuie sur l’« Honneur » ou la « Patrie », il ne s’agit pas pour lui de telles idéologies imprégnées du patriotisme républicain, mais des mots qui allégorisent ces idées pour en dégager le « mirage interne des mots mêmes ». Voilà la synthèse mallarméenne du théâtre grec et de la messe catholique, en vue de réaliser la poétique du simulacre pour le spectacle inédit dans l’époque organique à venir.
En fin de compte, cette idée de la réintroduction du simulacre dans la fête, idée proprement mallarméenne qui se démarque visiblement de la mise en scène de la fête civique depuis Rousseau, implique que Mallarmé, après avoir dissipé les idéaux humains pour découvrir le néant, selon son idée exprimée plus tard par les formules « La Nature a lieu, on n’y ajoutera pas » et « N’est que ce qui est », n’en accorde pas moins le droit de rêver, le droit d’ajouter le simulacre éphémère à la nature éternelle. En se fondant sur cette affirmation du désir humain, il vise à projeter « par une supercherie » le feu d’artifice sur la place publique, simulacre qui se révèle lui-même la nudité ou la fictionnalité ; il préfère à la Marianne qui tente de cacher le vide, la dame qui monte sur la scène sans costume théâtral dans « La déclaration foraine », à la cathédrale médiévale en pierre sombre le palace lumineux en verre.
Or, pour consacrer la communauté gouvernée par ce principe du simulacre, Mallarmé n’hésite pas de lui donner une valeur éthique comme « authenticité », « vérité » et « justice ». À l’opposée de la République platonicienne qui exclut hors de la cité le poète ou celui qui offre le mensonge aux citoyens, le poète critique, en tant que juge de la Justice, la dissimulation par le politicien du caractère fictionnel du système social au nom de la vérité prétendue. Entre une forme vague de la nation établie par le suffrage universel de la Troisième République et l’attraction de la figure charismatique comme le général Boulanger, Mallarmé vise à convoquer le public dans la place publique par le pouvoir de la suggestion du langage, pour réaliser une forme sensible et positive de la communauté. Si cette République des Lettres ne paraît qu’une reprise de la communauté à l’époque organique du passé comme la cité grecque ou l’Église médiévale, elle n’en reste pas moins toujours une utopie qui dépasse l’état actuel du gouvernement, en s’appuyant sur le principe proprement moderne de la démystification et du simulacre.
En se fondant sur l’analyse textuelle des textes mallarméens et sur une réinsertion dans le contexte historique, cette étude espère également apporter sa contribution à une histoire de la symbolique sociale qu’on pourrait nommer le « spectacle », depuis le théâtre grec jusqu’à la société du spectacle, en passant par la fête royale à l’Ancien Régime et les cérémonials gigantesques des États totalitaires au XXe siècle.
La "Gaieté française" : Théories et représentations du caractère national dans la littérature des Lumières (1715-1789)
Vendredi 9 décembre 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Jocelyn HUCHETTE soutient sa thèse de doctorat :
La "Gaieté française" : Théories et représentations du caractère national dans la littérature des Lumières (1715-1789)
En présence du Jury :
M. DELON (Paris 4)
M. CHARTIER (Paris 7)
M. FRANTZ (Paris 4)
La "Lettre du Nouvel An" de Marina Tsvétaeva. Génèse d’un poème
Mercredi 13 décembre 2006
14 heures 30
A la Maison de la Recherche, Salle D035, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Caroline BERENGER soutient sa thèse de Doctorat :
La "Lettre du Nouvel An" de Marina Tsvétaeva. Génèse d’un poème
En présence du Jury :
M. AUCOUTURIER (PARIS 4)
Mme DEPRETTO
M. FERRER (CNRS)
Mme GRESILLON (CNRS)
M. LANNE (LYON3)
Mme LOSSKY (PARIS 4)
Résumés :
En 1927, Marina Tsvétaeva (1892-1941) compose la Lettre du Nouvel An à la mémoire du poète Rainer Maria
Rilke. Ce poème funèbre est à beaucoup d’égards une somme dans son parcours poétique, à la jonction des
principales lignes de force de sa pensée créatrice. L’étude poétique de cette oeuvre dévoile les interactions
multiples qui s’exercent entre les différents niveaux de la structure du vers. L’étude génétique retrace la
« géologie » du poème. Elle met en évidence les strates successives de sa constitution : le surgissement des
premières images et la dynamique du mètre, l’intelligence de la forme globale, le modelage du vers, les
variations infinies du mot. L’art extrême et instinctif de Tsvétaeva est le fruit d’un long processus linguistique
qui consiste à explorer toutes les contradictions de la langue pour en extraire l’énergie première. Le mot est le
vecteur de ce minutieux rééquilibrage des composants langagiers et constitue la mesure d’une harmonique
subtile entre le sens et le son. Ce qui paraît être non-sens et délire verbal est une réorganisation méthodique du
noyau lexical et aboutit à une nouvelle construction rythmique de l’univers.
In 1927, Marina Tsvetayeva (1892-1941) wrote New Year Letter in memory of the poet Rainer Maria Rilke. This
gloomy poem is in many respects the epitome of her poetic career, at the junction of the main themes in her
creative thinking. A poetic study of the work reveals multiple interactions between the various levels in the
structure of her verse. A genetic study explores the "geology" of the poem. It brings out the successive strata of
its construction : the emergence of the first images and the dynamics of the meter, the intelligence of the overall
shape, the modelling of the verse, and the infinite variations of the words. The extreme, instinctive art of
Tsvetayeva is the fruit of a long linguistic process which consists in exploring all the contradictions of language
in order to extract its primary energy. Lexical unity is the vector of this delicate readjustment of the components
of language and is the measure of a subtle harmonic between sound and sense. What appears to be nonsense and
verbal delirium is a methodical reorganisation of the linguistic core and leads to a new rhythmical construction
of the world.
Position de thèse :
Notre recherche est consacrée à la Lettre du Nouvel An de Marina Tsvétaeva, composée en
1927, en mémoire de Rainer Maria Rilke. Ce poème recèle la tension essentielle qui
caractérise l’oeuvre de Tsvétaeva : l’élan puissant et impétueux de sa parole poétique et les
exigences d’une structure métrique complexe. Notre objectif est de guetter le surgissement et
le développement de cette énergie créatrice, à partir d’une étude de la genèse de la Lettre du
Nouvel An. En effet, le brouillon offre un accès direct au laboratoire poétique de l’écrivain. Il
devient alors possible de suivre pas à pas les différentes opérations d’écriture qui conduisent
au poème. Invités à la table de travail de Tsvétaeva, dans son « atelier de création », nous
pouvons observer cette force agissante en mouvement. Nous tentons de saisir quelques
manifestations du geste créatif, de décrire les figures de création et les mécanismes de
l’invention, depuis le surgissement des premières images, jusqu’à leur déploiement progressif
et leur organisation en thèmes.
Orientée sur la genèse du texte, cette recherche s’appuie sur le postulat que c’est l’oeuvre
achevée qui donne sens au processus scriptural. Elle propose de mettre en place les moyens
d’exercice d’une poétique génétique. Dans cette perspective, l’étude poétique et l’étude
génétique sont complémentaires et indissociables. Tandis que la première décrit les multiples
facettes de l’objet artistique et les interactions qui s’exercent à différents plans de la structure,
la seconde est un moyen d’accéder à une autre profondeur de l’oeuvre, de suivre sa
constitution progressive qui s’inscrit dans le temps de l’écriture. Le poème est considéré
comme « texte-intention » (Iouri Lotman), c’est-à-dire comme l’objet le plus proche du
modèle idéal qui guide l’artiste dans son activité de création. A partir de ce dernier état, la
démarche consiste à remonter dans la mémoire de la constitution de l’oeuvre, ce qu’illustre la
métaphore géologique des différentes « strates » du poème. La description chronologique de
la construction du texte permet d’identifier les couches successives qui se superposent les
unes aux autres pour constituer le poème achevé et révèle quels sont les éléments les plus
anciens qui sont à l’origine de ses premières fondations, puis comment l’objet se complexifie
d’une strate à l’autre. Elle observe le jeu des normes poétiques de différents niveaux entre
elles. Elle indique quelles sont les transgressions éventuelles qui aboutissent à la suppression
ou au détournement de l’une ou l’autre de ces normes. Cet équilibre particulier trace les
contours de la vision artistique du poète.
Le premier chapitre aborde les circonstances de rédaction de la Lettre du Nouvel An. La
correspondance entre Rilke et Tsvétaeva, tardive et éphémère, atteint une plénitude presque
immédiate grâce à la profonde familiarité de cette dernière avec la culture allemande, héritage
maternel qui prend racine dans son enfance. L’Allemagne est la patrie spirituelle de
Tsvétaeva, ce dont témoignent sa maîtrise de la langue et sa remarquable connaissance de la
poésie. La rencontre épistolaire entre les deux poètes est possible grâce à l’intervention de
Pasternak. Tsvétaeva reçoit Rilke comme une présence directe et contemporaine, un
phénomène naturel, la « poésie incarnée », amorçant une réflexion sur l’identité du poète et de
la poésie. Le projet d’une rencontre à venir illustre le désir d’incarnation de la reconnaissance
poétique. Il exprime une aspiration à la fusion et aboutit à l’idée de faire oeuvre commune.
Ainsi la relation au poète allemand n’est pas autre chose qu’une appropriation symbolique de
sa personne et de son activité, ce que vient confirmer la Lettre du Nouvel An, conçue comme
un prolongement de l’oeuvre de Rilke, revisitée et réanimée par Tsvétaeva, mais aussi comme
le moyen d’affirmer une union possible au delà de la mort.
Le deuxième chapitre aborde les lois de la création poétique telles que Tsvétaeva les expose
dans ses écrits sur l’art. Il esquisse le portrait de l’artiste à sa table de travail. L’activité de
création de Tsvétaeva donne à voir la tension qui s’exerce entre le caractère inspiré de sa
poésie et la rigueur de sa méthode. La perception première du poème à venir est auditive.
C’est une mélodie silencieuse qui manifeste le vers essentiel, celui dont dépend toute la suite.
Si les premiers vers sont en général « donnés », les suivants témoignent d’une conquête
laborieuse, obtenue au terme d’une restitution rigoureuse de la musique première, à travers
une recherche lexicale méticuleuse. Les nombreuses listes de mots qui parsèment le brouillon
révèlent l’ampleur de son « dictionnaire intérieur ». Elles montrent que la sélection des
variantes est raisonnée et réfutent l’hypothèse d’une conception soumise au hasard et à
l’impulsion. Les cahiers de création de Tsvétaeva mettent en évidence la maîtrise du flux
scriptural, en même temps que son développement intarissable. L’absence de rature et la
réécriture incessante indiquent que les innombrables détours de la création sont englobés en
un seul geste. Le premier mouvement « spontané » d’écriture est déterminé par une
programmation générique. Il s’inscrit dans la conscience poétique du XIXe siècle. Le plan
métrique est préexistant à toute invention. Cependant, par la suite, le travail de l’artiste
consiste à moduler et à libérer cette première structure innée.
Le troisième chapitre est consacré à l’étude poétique de la Lettre du Nouvel An. L’usage du
pentamètre trochaïque relie ce poème à la tradition lyrique russe à travers Lermontov, et à la
poésie allemande avec Goethe, tout en soulignant les échanges étroits entre les deux cultures.
Tsvétaeva infléchit le rythme de ce mètre d’une façon inédite. En effet, les phénomènes de
désaccentuation assurent au vers une certaine souplesse, tandis que la présence d’accents
extra-métriques met en valeur ses facultés expressives. La tonalité du vers s’en trouve
profondément transformée, mais sans aucune déviation métrique réelle. La rime « moderne »
apparaît comme un lieu de concentration de l’énergie sonore du poème, tout en assurant le
rayonnement des allitérations sur l’ensemble du vers. Les nombreux enjambements qui
caractérisent le vers « parlé » mettent en valeur certains mots qui s’imposent comme les
principales articulations du discours poétique et assurent son développement. Au plan
syntaxique, la juxtaposition harmonise les antithèses et les contradictions. Le discours
émotionnel transparaît dans l’accumulation de phrases exclamatives et interrogatives.
L’ellipse réduit l’ampleur de la proposition tout en développant ses significations implicites.
La saturation des signes de ponctuation aboutit à une phrase explosive. Enfin, à la croisée des
lignes de force du vers, le mot apparaît comme un élément essentiel dans la poétique de
Tsvétaeva. La paronomase met en évidence ses modifications extérieures, tandis que le noyau
lexical révèle sa faculté de concentration intérieure. Le mot est un élément dynamique et se
caractérise par sa grande mobilité.
La seconde partie de cette recherche est consacrée à l’étude de genèse. L’observation du
brouillon permet d’identifier les différentes étapes de la construction du texte. On distingue
ainsi sept mouvements chronologiques d’écriture.
Le premier mouvement d’écriture est consacré à la « naissance du poème ». Le premier vers -
un pentamètre trochaïque - révèle son rôle décisif. Il agit comme une sorte de catalyseur et
provoque une condensation langagière, rassemblant une suite de mots et d’expressions
apparus par bribes, et entraînant dans son sillage le surgissement de mots-idées ou de motsthèmes
qui préfigurent déjà le futur développement du poème. Ces mots-clés qui s’inscrivent
dans le schéma métrique donnent naissance aux premières images fondatrices, encore
dispersées à ce stade. La mort est d’abord évoquée comme un voyage dans l’autre monde. Ce
chapitre met en évidence la dynamique d’engendrement de la structure métrique et ses
interactions fécondes avec les mots dans le surgissement des images. Il montre comment la
norme métrique, loin de se réduire à un système figé de contraintes, est à l’origine d’une
réorganisation profonde de la langue et de ses représentations.
Le deuxième mouvement d’écriture est déjà une préfiguration de la fin du poème. Cette
nouvelle cristallisation langagière se caractérise par une absence d’images qui contraste avec
la profusion observée dans l’étape précédente. Elle est le point de départ de ce que nous
pourrions appeler la « théologie négative » de Marina Tsvétaeva. L’amplification syntaxique
de la négation provoque le surgissement d’une nouvelle image, vision abstraite d’un troisième
monde, situé entre la vie et la mort. Cette étape correspond à une première métamorphose du
thème de la mort, dont la reconstruction agit directement sur la structure métrique : la
fragmentation du langage et la multiplication des monosyllabes conduisent à la mise en place
de la rime composée et à un changement de mesure. Les trimètres introduisent une rupture
brusque et annoncent la fin du poème. Très tôt, Tsvétaeva a une conscience claire des
contours de l’oeuvre. La naissance du poème conduit directement à l’élaboration de sa fin.
Le troisième mouvement d’écriture correspond à une phase de structuration du poème. Le
plan organise et articule entre eux les motifs principaux annoncés par les premières images. Il
permet de faire émerger le sujet principal et ses variations : la mort de Rilke ici-bas, sa mort
là-bas, l’espoir d’une rencontre dans l’au-delà. La quatrième partie, consacrée à l’évocation de
la nouvelle terre poétique, se met en place à partir du mot-thème « paysage ». Puis le motif de
la vision prépare la deuxième partie, relative à la contemplation de l’autre monde. Cette
expansion du poème est suivie d’un mouvement d’introversion, qui se traduit par le retour à la
première partie dont l’achèvement est assuré par l’insertion du motif de l’annonce de la mort
de Rilke. Le sujet principal se manifeste par défaut, il est éclipsé par l’émergence des motifs
afférents. Il est traité à rebours et progressivement déréalisé. La disparition de Rilke est
évoquée de façon prosaïque, réduite à l’état de simple anecdote. L’idée de la mort est en
quelque sorte envahie par ses thèmes secondaires. Les interactions classiques entre le mètre et
le genre sont désautomatisées.
Le quatrième mouvement d’écriture assure la rédaction de la deuxième partie du poème,
consacrée à l’évocation du paysage de l’autre monde. Cette étape permet d’observer les
différents modes de fabrication du vers et de comprendre quels sont les éléments déterminants
qui participent à sa conception. Le vers est travaillé, déformé, parfois brisé pour permettre
l’insertion de l’image. Certaines parties sont fixes tandis que d’autres se soumettent aisément
à la variation. La rime est un point de concentration sonore et le lieu de génération sémantique
du vers. Les limites du vers, après avoir été intégrées, sont bouleversées de l’intérieur. Les
interactions principales s’exercent entre le mot et le segment métrique. Nous observons la
mobilité et le pouvoir de transformation de la forme lexicale dans le vers, c’est-à-dire le
principe de synonymie poétique. Les sonorités introduisent le critère de sélection le plus subtil
et le plus subjectif, en relation avec la vision du monde de l’auteur. Les interactions entre le
mètre et la vision du monde du poète sont à l’oeuvre.
Le cinquième mouvement d’écriture permet de mettre en place la troisième partie autour d’un
ensemble de vers déjà constitués et correspondant à une première résolution du poème. C’est
pourquoi cette troisième partie peut être considérée comme une deuxième fin. Elle correspond
également à une nouvelle phase de structuration. Le travail ne porte plus sur la mise en place
des thèmes, mais sur les transitions de l’un à l’autre. L’insertion du nouveau sujet évoquant
l’autre monde est possible grâce à un retour au motif initial du choc de la mort de Rilke. Elle
aboutit à l’émergence puis à la condensation sonore et sémantique des principaux thèmes du
poème à l’échelle du vers. Cette étape passe par un resserrement des différents motifs. Le
retour au sujet de la mort se traduit par sa disparition. L’image sonore du monde modifie les
interactions attendues entre le mètre et le sujet.
Le sixième mouvement d’écriture, consacré à la quatrième partie et la fin du poème, souligne
l’ampleur du déploiement paradigmatique et l’importance du cheminement lexical dans la
constitution des vers. Les mots-clés s’imposent au terme d’une condensation sonore et
sémantique des vers dans lesquels il s’inscrivent, comme si l’espace manquant était comblé
par l’addition de toutes les caractéristiques sonores et formelles de l’entourage. Les inventions
lexicales et les néologismes sont fabriqués par le contexte. En définitive, le mot détermine
l’équilibre de l’ensemble du poème. Il en constitue la quintessence. Il en est aussi la pierre de
voûte. On peut parler d’un « mot-poème ». L’achèvement simultané de la fin et du début du
poème met en évidence le déploiement ultime du premier schéma métrique et la nécessité
d’une réalisation intégrale de la forme en gestation.
Le septième mouvement d’écriture est consacré aux dernières corrections intervenant après la
mise au net définitive, et à l’insertion d’un ajout, situé dans la première partie. Le contexte ne
varie quasiment plus. C’est le mot qui doit s’adapter parfaitement au vers. Les nombreuses
listes de mots indiquent une recherche minutieuse qui ne doit rien au hasard, orientée par les
vers déjà constitués. Le mot donne la formule mathématique du vers. Cette dernière étape met
en évidence l’importance de la finition, de l’achèvement, dans l’activité créatrice de
Tsvétaeva. Elle révèle une recherche d’exhaustivité. Le mot apparaît comme la pièce
maîtresse de l’écriture poétique de Tsvétaeva.
Telles sont les strates étroitement imbriquées qui se dégagent progressivement dans l’avancée
de l’écriture du poème : l’interaction dynamique entre le mot et le mètre ; la construction des
premières images rythmiques et sonores ; la mise en place de la structure et du sujet ; le
modelage du vers ; la condensation sonore des motifs ; le mot comme somme du vers ; le mot
comme formule mathématique du vers. L’évolution observée de la première à la deuxième
partie de cette recherche conduit à un approfondissement de notre perception de la poésie de
Tsvétaeva. Derrière un foisonnement d’idées illustrant le thème du passage entre vie et mort
et de la rencontre dans un ailleurs, le mot, « élément des éléments », issu de l’inspiration et de
l’inconscient ou élaboration du métier et du raisonnement, intervient à toutes les étapes du
processus créatif et constitue véritablement la « cheville ouvrière » du poème. Ainsi, la vision
artistique de Tsvétaeva, expression spontanée, directe et incandescente est le résultat d’une
reconsidération et d’un rééquilibrage minutieux de toutes les relations sonores et sémantiques
entre les mots. Ce qui paraît être un non-sens est une réorganisation profonde et méthodique
de leur noyau lexical.
La "nouvelle prose française". Etude sur la prose narrative au début des années 1920
Vendredi 24 novembre 2006
14 heures
Centre Malesherbes, Amphithéâtre 111
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
Mme Stéphanie SMAJDA soutient sa thèse de Doctorat :
La "nouvelle prose française". Etude sur la prose narrative au début des années 1920
En présence du Jury :
M. ADAM (Lausanne)
M. COMBE (PARIS 3)
M. MOLINIÉ (PARIS 4)
M. MURAT (PARIS 4)
M. PHILIPPE (GRENOBLE 3)
Résumés
Cette étude vise à mettre en valeur le renouvellement de la prose littéraire dans les romans et les nouvelles des années 1920, à partir d’un double questionnement : comment définir la prose ? Qu’est-ce qu’un style « moderne », en prose dans les années 1920 ? Le cheminement proposé part de l’imaginaire de la prose pour aboutir aux pratiques d’écriture. Mes recherches contribuent ainsi à l’élaboration d’une histoire de la prose littéraire intégrant les apports récents de la linguistique.
La première partie analyse l’invention de la catégorie esthétique de la prose littéraire à partir de 1850, le rôle des revues et des maisons d’édition dans la structuration du champ, enfin la dimension institutionnelle de l’histoire de la prose. La seconde partie évoque les débats sur la notion de style en prose narrative, les deux principales tendances stylistiques et la définition d’un style moderne, fondée sur des critères syntaxiques. Enfin, la troisième partie étudie certains phénomènes caractéristiques (la tendance vers un style substantif, la discontinuité) et leur cristallisation à travers le renouvellement des techniques de restitution du discours intérieur.
The aim oh this study is to put forward the renewal of literary prose in novels and short stories in the nineteen-twenties. The starting point is a double question : how to define prose ? What is a “modern” style in prose during the nineteen-twenties ? The proposed work starts from prose’s imaginary axis and then explores writing practices. Integrating recent linguistic findings, my research thus contributes hereby to the elaboration of a history of literary prose.
The first part analyses the invention of the aesthetic category literary prose from eighteen-fifty, the role of periodicals and publishing houses in the structuring of the field, as well as the institutional aspect of the history of prose. The second part deals with the notion of style in literary prose as well as with the two principal stylistic tendencies and the definition of a modern style founded on syntactic criterions. Last but not least, the third part studies some typical phenomenas (tendency toward a nominal style, discontinuity) and their fixation throughout the renewal of restitution techniques of the internal discourse.
Position de thèse
« De tout cela, un peu de prose française. Honorez le très précieux prosateur ! » , écrira Marcel Arland pour évoquer les œuvres de Valery Larbaud, en 1958. Qu’est-ce que la « prose française » ? Comment s’écrit son histoire ? Quand entre-t-elle en littérature, à partir de quand peut-on parler de « prose littéraire » ? Quels sont les genres où elle se renouvelle ? Autant de questions pour relativement peu de réponses, comme le montre un état présent des recherches sur la prose (présenté plus loin dans ses grandes lignes). Une histoire de la prose littéraire reste à écrire. J’ai choisi pour ma part d’étudier la « nouvelle prose française » des années 1920, en privilégiant les genres narratifs.
S’il convient de distinguer « prose littéraire » et « prose narrative », leurs histoires sont intimement liées dans les années 1920. En cette période où paraissent l’essentiel de la Recherche, Moravagine, les nouvelles de Morand et de Larbaud, les romans de Giraudoux, la plupart des récits surréalistes, c’est bien dans les genres narratifs que l’évolution de la prose est la plus sensible, et la plus visible. Il ne s’agit pas pour autant de nier la tradition de la prose française, qui, comme Gide le souligne en 1913, s’est tendanciellement distinguée, jusque-là du moins, en dehors du genre romanesque. Ainsi, lorsqu’on lui demande de citer les dix romans français qu’il préfère, il s’interrompt au bout du deuxième :
Après ces deux romans, si l’on ne restreint pas mon choix à la France, je ne cite plus que des étrangers.
Quoi ! Vous ne faites pas plus grand cas de la France ?
Simplement : où la France excelle à mes yeux, ce n’est pas dans le roman.
La France est un pays de moralistes, d’incomparables artistes, de compositeurs et d’architectes, d’orateurs. [...]
La France possède bel et bien une grande tradition de prosateurs : orateurs, moralistes, philosophes. Bien plus, l’histoire de la prose au XXe siècle continue à s’écrire ailleurs que dans les genres narratifs, notamment dans l’essai en tant que genre littéraire . Toutefois, dans les années 1920, c’est bien le roman qui domine le champ, absorbant progressivement tous les types de discours. Ce n’est pas uniquement mais c’est principalement dans les genres narratifs que la prose littéraire se renouvelle. L’invention de la catégorie esthétique de la prose littéraire au XIXe siècle à travers la pratique et l’imaginaire de grands romanciers et de poètes modifie durablement la structuration du champ de la prose française. Désormais, elle est pensée à partir du genre romanesque. Ce phénomène s’explique moins par le succès commercial du genre, qui domine la production littéraire, que par la curiosité passionnée ou le violent rejet qu’il suscite : le roman cristallise de multiples interrogations esthétiques et devient ainsi le pôle autour duquel se reconfigure un imaginaire de la prose française - que ce pôle soit négatif ou positif, objet de mépris ou d’adhésion. C’est précisément en 1913 que commence le renouveau de la prose narrative en France, avec la réflexion sur le roman menée à la Nouvelle Revue Française et la parution d’œuvres majeures : Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, A. O. Barnabooth. Ses œuvres complètes, c’est-à-dire un conte, ses poésies et son journal intime de Valery Larbaud, Du côté de chez Swann de Marcel Proust, L’Hérésiarque et Cie d’Apollinaire et Les Caves du Vatican de Gide (bien que cet ouvrage ne corresponde pas au roman auquel Gide rêvait). Autant d’œuvres qui pourront représenter des modèles après-guerre ou alimenter la réflexion critique.
La prose narrative constitue ainsi un champ d’études particulièrement significatif pour analyser le renouvellement de la prose littéraire dans les années 1920. Il est révélateur que l’Anthologie de la nouvelle prose française parue chez Kra en 1926 comporte presque exclusivement des romanciers. Cette anthologie constitue un indice important, non pas un point d’appui mais un point de repère qui manifeste l’évolution de la représentation de la prose. Dans un imaginaire de la création véhiculé par les paratextes, les correspondances et les articles critiques, le roman est nettement désigné comme le lieu où la prose littéraire (voire la langue française, l’articulation entre les deux n’étant pas toujours clairement définie) évolue, ainsi que le souligne la préface de l’anthologie :
Il est incontestable que nous assistons depuis une dizaine d’années à une évolution de la langue française. Certains critiques jugent que cette évolution est regrettable, d’autres estiment qu’elle annonce les débuts d’une renaissance. Dès lors, il nous a paru opportun de grouper et de présenter les écrivains que le public considère dès à présent comme des novateurs, comme les principaux artisans de cette renaissance. Il ne s’agissait évidemment pas de publier des morceaux choisis des prosateurs du XXe siècle ni de réunir des proses de tous les novateurs sans exception. L’on peut dire en effet sans ironie que, grâce à la faveur dont jouit le roman, ils sont aujourd’hui légion.
La fin de ce premier paragraphe témoigne de l’assimilation implicite entre « prose littéraire » et « prose narrative », comme si la prose littéraire évoluait essentiellement dans le roman - hypothèse que développe Pierre Cahné : le roman, « s’emparant de tout le champ de la création littéraire, conquiert en même temps tous les publics : la langue qu’il va privilégier doit se plier à cette universalité des lecteurs possibles et s’approprier toutes les ressources a priori de la langue, en faisant souvent éclater les règles implicites de l’écriture romanesque. [Il est] devenu [le] laboratoire essentiel de l’écriture. »
Un état présent des recherches sur la prose littéraire souligne les difficultés de définition et les lacunes de l’histoire de la prose en France. Pour en esquisser les grandes lignes, les études sur le sujet restent disséminées et ponctuelles (il arrive même que la prose soit complètement occultée ; aucun article ne lui est consacré, par exemple, dans le Dictionnaire des genres et notions littéraires paru en 1997 ). Il est possible de distinguer quatre types d’ouvrages, des études de la langue littéraire, des monographies sur tel ou tel auteur, des réflexions sur la prose (en tant que catégorie ou que genre) mais aussi des ouvrages où l’on discerne des emplois plus lâches du terme « prose ». Il n’existe, à ma connaissance, qu’un seul ouvrage à visée à la fois diachronique et synthétique sur la prose littéraire : L’Art de la prose de Gustave Lanson, paru de 1905 à 1908. Cependant, outre le fait qu’il ne couvre pas du tout le XXe siècle, ce livre ne comble guère les espoirs suscités par le titre. Gustave Lanson le précise lui-même dans un avertissement liminaire :
Le volume qui [...] présente [ces réflexions] au public n’a rien d’une étude scientifique et rigoureuse du riche sujet qu’annonce le titre. Il vaudrait la peine qu’un professeur d’Université s’y attaquât et y mît ses étudiants, pour nous faire sur l’art de la prose chez les écrivains français le livre savant, approfondi, méthodique, dont nous avons besoin, un livre où toutes les impressions se contrôleraient et se préciseraient par tous les dépouillements, toutes les comparaisons et toutes les vérifications nécessaires.
L’enquête que Gustave Lanson appelait de ses vœux en 1908 n’a jamais été menée à bien. « Tous les dépouillements, toutes les comparaisons et toutes les vérifications nécessaires » ne sauraient constituer le projet d’une seule personne, comme l’estimait Gustave Lanson. Pour ma part, j’ai choisi d’étudier la « nouvelle prose française » (titre d’une anthologie parue en 1926) dans les genres narratifs au début des années 1920.
Peu étudiée, la prose littéraire oppose ainsi une résistance à toute tentative de définition. Considérée comme une sorte d’état non marqué de la langue littéraire - par opposition au vers -, elle se dégage difficilement du moule de la rhétorique au XIXe siècle et reste toujours menacée d’une assimilation avec le langage usuel et d’une exclusion hors du champ littéraire. Tiraillée entre ces trois termes - la conversation usuelle, la prose oratoire et le vers -, la prose littéraire fait l’objet de définitions majoritairement négatives, qui la circonscrivent en montrant ce qu’elle n’est pas. Cette difficulté à produire une définition thétique procède d’une erreur de perspective méthodologique, elle-même issue de notre perception de cette catégorie esthétique. En effet, pour la prose littéraire comme pour toute catégorie esthétique, le mécanisme de l’abstraction devant conduire à un contenu atemporel et universellement recevable apparaît comme une source d’erreurs, dans la mesure où il juxtapose des sèmes qui, à l’origine, fonctionnent sur des plans tout à fait différents. Le recours à une méthode historique permet, à l’inverse, de mieux comprendre les questions liées à la prose littéraire, c’est-à-dire de mieux les poser, ce qui fournit déjà des éléments de réponse.
L’analyse de la prose littéraire dans les genres narratifs au début des années 1920 soulève deux problèmes majeurs. En effet, d’une part, malgré le choix d’une limite fixée en 1926 (date de la publication de L’Anthologie de la nouvelle prose française) plutôt qu’en 1932 , il reste impossible d’analyser l’ensemble de la production narrative : 150 à 200 romans ou recueils de nouvelles paraissent chaque année. Cependant, le dépouillement des comptes rendus des revues les plus influentes permet de choisir un échantillon représentatif , d’organiser ces œuvres en un réseau de filiations et de déterminer les critères à appliquer pour l’analyse stylistique, en répondant à la question suivante : quelles tendances stylistiques sont-elles les plus pertinentes pour caractériser, aux yeux des contemporains, cette « nouvelle prose » ? D’autre part, la plupart des notions ayant trait à ce que nous nommons « prose littéraire » ont changé de sens au fil des siècles et deviennent problématiques lorsqu’il s’agit du XXe siècle. Les questions qui se cristallisent dans les années 1920 sont apparues successivement au cours du XIXe siècle. Il s’agit donc de se fonder sur l’avis des contemporains. Mais une esthétique de la réception ne suffit pas, dans la mesure où les termes peuvent changer de sens d’un écrivain à l’autre. Si les lettrés du XIXe siècle possèdent une culture unifiée - mêmes formations, mêmes lectures, fréquentations des mêmes salons -, en revanche, après la disparition de la rhétorique dans l’enseignement et suite à la politique éditoriale des années 1920, qui facilite la publication des jeunes, le champ littéraire se distingue par son caractère hétéroclite. Par conséquent, il est nécessaire de confronter les jugements des contemporains aux réalités linguistiques et textuelles qu’ils désignent.
En ce qui concerne le corpus critique, mes analyses s’appuient essentiellement sur des articles de la Nouvelle Revue Française - que j’ai intégralement dépouillée de 1909 à 1932, afin d’en choisir les extraits les plus significatifs. En effet, la N.R.F. constitue dans l’entre-deux-guerres une véritable académie du roman, mais cette académie reste ouverte à toutes les positions critiques et à toutes les expérimentations stylistiques de l’époque. Les auteurs les plus influents comme les plus novateurs acceptent d’y participer. Son prestige - qui implique une diffusion plus grande que d’autres revues et un impact plus important dans l’imaginaire collectif des lettrés - et son ouverture la rendent éminemment représentative de l’imaginaire de la création littéraire en prose. Des sondages dans d’autres revues confirment la représentativité de la N.R.F., où la question du style revient de surcroît plus fréquemment. Un certain nombre de critiques de la N.R.F. (notamment Benjamin Crémieux, dont les recensements et les perspectives d’ensemble représentent souvent une sorte d’opinion critique moyenne et Thibaudet, qui produit de multiples classifications et catégorisations, au fil des années) s’intéressent à l’esthétique et au style en prose narrative et proposent des terminologies et des analyses particulièrement utiles pour structurer la réflexion sur cet objet difficile à saisir, la prose.
Pour reprendre les termes de Lanson, « y a-t-il un art de la prose ? » Comment se définit-il ? Quels sont les traits stylistiques spécifiques aux années 1920 ? Comment caractériser cette « nouvelle prose française » mise en valeur dans l’anthologie parue en 1926 ? Je réponds en trois étapes à ces différentes questions.
Dans un premier temps, il convient de définir la prose littéraire et de la situer dans l’histoire des formes : cette catégorie naît au XIXe siècle de la synthèse de composantes qui n’apparaissent pas ex nihilo mais sont réunies pour la première fois dans une esthétique unifiée et cohérente, sous la plume de Flaubert : comment cette catégorie se définit-elle ? Par ailleurs, Les Goncourt, Zola, Huysmans et Maupassant, constituent des relais importants, qui permettent d’expliquer la vogue du roman poétique, le souci de la vérité, le goût de la vie (comme nouvelle valeur littéraire), en ce qui concerne les deux premiers, et l’engouement pour le récit néo-classique imprégné des conceptions flaubertiennes du beau et du vrai, pour le dernier : la définition de la prose littéraire est achevée par Maupassant. Toutefois, parallèlement à cette élaboration qui s’étend sur un peu plus d’une trentaine d’années, un processus de déconstruction interne s’amorce dès l’écriture artiste des Goncourt - qui sont exactement contemporains de Flaubert : la prose littéraire contient sa propre négation en germe. Plus précisément, elle apparaît comme le lieu d’une résolution esthétique entre des aspirations et des exigences contradictoires, dont l’équilibre reste instable et risque toujours de se rompre. Le premier chapitre de cette première partie est consacré à l’invention de la catégorie esthétique de la prose littéraire, au XIXe siècle. Le second chapitre met en valeur l’importance des revues et des maisons d’édition dans l’histoire et l’imaginaire de la prose, au début du XXe siècle. En effet, les revues influent sur la structuration de l’imaginaire de la prose et les rapports de force qui caractérisent le champ littéraire. Les maisons d’édition, quant à elles, n’hésitent pas à miser sur de jeunes auteurs, promus parfois de façon très efficace, ce qui leur confère une visibilité dont ils n’auraient pas bénéficié à une autre époque. Le troisième chapitre aborde la prose du point de vue institutionnel (école, prix, académies). Il est difficile de comprendre le fonctionnement de la littérature en France sans prendre en compte sa dimension officielle, qui en explique les particularités. Ces trois premiers chapitres ne sont pas seulement centrés sur la prose mais aussi sur le roman, genre où la prose se renouvelle dans les années 1920. Ils permettent ainsi de poser les jalons nécessaires à l’étude du renouvellement stylistique de la prose narrative dans les parties suivantes.
Dans un deuxième temps, après ce parcours à travers l’imaginaire dessiné par les correspondances et les paratextes des grands écrivains du XIXe et du début du XXe siècle, j’aborderai la question du style dans le roman. La fin de la préface de l’Anthologie de la nouvelle prose française suggère que « l’état de la prose française, si l’on en juge par les quelques exemples caractéristiques que nous en donnons, présente une singulière anomalie : une indéniable richesse, mais pas de ligne nette, pas de style au sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot. » Le préfacier anonyme nuance immédiatement son hypothèse en supposant être « le jouet [d’une] illusion d’optique par manque de recul. » Je pars de l’hypothèse inverse, que plusieurs traits caractéristiques peuvent être mis en valeur pour définir un idéal de « style moderne » dans les années 1920. Le débat autour de la notion de style qui commence dès 1919 montre à quel point l’esthétique est placée au centre des préoccupations dans les années 1920. Deux tendances principales se dégagent dans l’entre-deux-guerres, une tendance au style simple et une tendance au style profus. Fondé sur une phrase courte et la recherche du mot juste, le style simple se réfère aux grandes traditions de la prose française, en particulier celle des moralistes. Il évoque à la fois des souvenirs de l’ancienne rhétorique - en tant que tel, il est souvent critiqué par les partisans du style profus - et un dépouillement sublime qui permettrait de n’exprimer que l’émotion dans toute sa pureté : le rêve d’une transparence du style hante la prose des années 1920 et fait figure tantôt d’idéal tantôt de repoussoir. Le style profus procède quant à lui de traditions moins connues et plus hétérogènes, de Montaigne aux Goncourt. Dévalorisé à la fin du XIXe siècle par les romanciers réalistes, il s’appuie sur la notion d’écart : écart par rapport au style simple, écart par rapport à la langue courante, parlée par tous. Il participe ainsi de la revendication du nouveau statut de la prose, comme œuvre d’art susceptible d’être ciselée et travaillée au même titre que les vers.
Cette bipolarité ne correspond pas à l’opposition entre prose transparente et prose d’art chez Lanson, même si elles ne sont pas sans rapport. Selon Michel Sandras, dans sa préface, « de toute évidence, la dichotomie prose transparente/prose d’art échoue à rendre compte de la prose de la modernité, inventée par Balzac et Baudelaire. » C’est précisément cette modernité stylistique que cette étude vise à définir pour les années 1920. La caractérisation de Gustave Lanson est esthétique, la mienne stylistique : le style profus et le style simple se définissent par l’emploi plus important de tels types de structures syntaxiques, la présence plus massive de telles configurations (comme je le verrai plus en détail dans la deuxième partie). Le style profus et le style simple sont des « proses d’art », même si le premier semble se revendiquer plus nettement en tant que tel. Il faut prendre garde cependant à ne pas réduire l’histoire de la prose à cette opposition, trop générale pour rendre compte de tous les phénomènes stylistiques saillants dans les textes même. Il s’agit plutôt d’un point de départ conceptuel, qui permet de mieux analyser et de mieux structurer notre perception des styles en prose. Ainsi, l’opposition entre style simple et style profus fournit-elle l’arrière-fond sans lequel il serait difficile de dégager les courants les plus novateurs de l’entre-deux-guerres. Le chapitre quatre (dans la deuxième partie) souligne les enjeux des débats sur le style, qui aboutissent à une redéfinition du style en prose littéraire. Dans le chapitre cinq, j’étudie les deux tendances stylistiques principales en prose littéraire. Le chapitre six est consacré à la définition d’un style moderne, à l’intersection des deux tendances citées précédemment. Plusieurs phénomènes interviennent et bouleversent la structuration bipolaire des paysages stylistiques de la prose française. La plupart des styles novateurs empruntent au style simple comme au style profus, si bien que la modernité stylistique des années 1920 se situe plutôt dans un entre-deux, dans une tension dynamique entre ces deux pôles. En outre, l’ouverture à la langue parlée, parallèlement au rejet de plus en plus net de la rhétorique, caractérise les deux tendances stylistiques, en prose littéraire. Ce phénomène explique la présence de critères de définition communs, tels que la discontinuité syntaxique. Enfin, il faut également souligner l’absorption par la prose narrative (principalement le roman) de toutes les formes de discours, notamment les formes poétiques. De nombreux poètes choisissent d’écrire en prose - parfois malgré le credo des groupes auxquels ils appartiennent, c’est le cas par exemple d’Aragon à l’époque surréaliste. Dans le prolongement de la fin du XIXe siècle, des innovations formelles qui auraient pu avoir lieu en poésie se déroulent ainsi sur ce terrain encore peu exploré et propice à toutes les expérimentations. Il s’agit moins d’une influence de la poésie sur la prose que d’une répartition différente des sources et des domaines de créativité. Sur fond d’un paysage stylistique très structuré par la polarité entre style simple et style orné, l’ouverture à la langue orale se conjugue avec le déplacement des pôles d’innovation de la poésie vers la prose, pour bouleverser les données et aboutir à de nouveaux styles en prose, héritiers d’une rhétorique dont ils visent toujours à se dégager mais aussi de toute la grande tradition de la prose française, depuis les moralistes jusqu’à Flaubert et aux Goncourt.
Enfin, la « nouvelle prose française » est interrogée du point de vue de l’histoire de la langue. Des changements se produisent, qui introduisent dans la littérature des sujets nouveaux et qui appellent des formes nouvelles. Les innovations ne se fondent généralement pas sur le lexique mais plutôt sur la syntaxe, élue comme source de cette « beauté grammaticale » évoquée par Proust à propos de Flaubert, et que recherche, selon des voies différentes, une grande partie de la « nouvelle prose française » des années 1920. Pour reprendre les termes de Cendrars, « ce style nouveau travaille toutes les formes du langage et toutes les parties du discours. » J’ai choisi d’aborder deux phénomènes qui me semblent particulièrement significatifs : la tendance à un style substantif et la discontinuité, auxquels sont consacrés respectivement les chapitres sept et huit. Le chapitre neuf reprend les mêmes questions sous un point de vue différent. En effet, les procédés étudiés dans les précédents chapitres s’organisent en une configuration particulière dans les années 1920 : le monologue intérieur, qui émerge véritablement à cette période. Outre le monologue intérieur, les différentes techniques de représentation de la vie intérieure évoluent et se caractérisent par cette déformation de la syntaxe, emblématique de la beauté dans la prose littéraire des années 1920. L’étude se situe donc pour finir à un niveau interphrastique.
Une telle entreprise constitue une sorte de défi méthodologique : comment analyser l’histoire de la langue littéraire sans s’égarer dans une suite de monographies mais sans non plus faire l’impasse sur celles-ci ? L’une des grandes difficultés des histoires de la langue littéraire réside dans la place faite au style d’auteur. Ainsi, il a souvent été reproché à Charles Bruneau de juxtaposer différentes monographies dans son « histoire de la langue française » du XIXe siècle, au lieu de proposer des analyses d’ensemble . La même critique a pu être adressée à Lanson, pour son Art de la prose . Analyser des styles d’auteur plutôt que d’essayer de dégager des éléments communs, des principes structurants, m’éloignerait de ma perspective. Toutefois, ces styles relèvent aussi de l’histoire de la prose, de ces paysages caractéristiques des années 1920 : l’évolution de la prose se fonde à la fois sur des tendances générales et la façon dont chaque auteur s’approprie les catégories esthétiques et stylistiques de son époque dans une création individuelle. Mon but n’est évidemment pas de proposer une analyse stylistique détaillée de tous les auteurs novateurs des années 1920, mais chaque principe général sera envisagé également à partir d’une ou plusieurs pratiques d’écriture singulières, afin d’allier au mieux les points de vue d’ensemble et la saisie à la loupe, nécessaires pour une étude de ce type. Par conséquent, j’ai choisi des exemples représentatifs soit d’un vaste ensemble stylistique, soit d’un cas particulier, pour aborder cette question des styles novateurs dans la prose narrative des années 1920, à partir des points de vue les plus variés possible.
Il ne s’agit pas non plus d’analyser le rapport entre langue littéraire et évolution de la langue, même si cette question se situera à l’horizon de ma réflexion, mais plutôt de poser des jalons pour une histoire de la prose littéraire. De ce point de vue, ma perspective n’est pas celle de Pierre Cahné dans le volume de l’Histoire de la langue française consacré à l’entre-deux-guerres (1914-1945) et paru pour la première fois en 1995. Ce dernier rappelle ainsi :
Afin de bien fixer les cadres de cette étude, qui ne se veut en aucune manière une enquête stylistique, mais qui, dans l’esprit général d’une histoire de la langue, veut utiliser le document constitué par le corpus romanesque, dans une certaine période, pour contribuer à dresser le paysage du français comme système linguistique [...]
Mon mouvement est inverse : enquête stylistique, étude non d’une histoire de la langue mais d’une histoire de la prose littéraire, qui peut cependant aboutir à la mise en valeur de convergences entre évolution de la langue et évolution de la prose littéraire. De plus, il n’est pas envisageable, dans le cadre de la présente étude, d’analyser en détail toutes les évolutions stylistiques de la nouvelle prose française ou de recenser l’ensemble des phénomènes dans la totalité des romans parus : tel serait le travail d’une équipe de chercheurs. Même si elle constitue un essai de synthèse, cette étude doit être considérée comme le début de recherches de plus vaste ampleur, à mener collectivement.
La “dernière mode” de Mallarmé : sa dimension historique et la réflexion sur son écriture
Samedi 2 octobre
14 h
En Sorbonne, Salle des Actes
Mme TOMOKO SASAHARA soutient sa thèse de doctorat :
La “dernière mode” de Mallarmé : sa dimension historique et la réflexion sur son écriture
en présence du Jury :
M. BESNIER (LE MANS)
M. MARCHAL (PARIS IV)
Mme MELONIO (PARIS IV)
M. STEINMETZ (NANTES)
La bible de Zola : mythocritique des "Rougon-Macquart"
Jeudi 11 décembre
14 heures
Salle des Actes, Sorbonne
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Clélia PLANTUREUX ANFRAY soutient sa thèse de doctorat :
La bible de Zola : mythocritique des "Rougon-Macquart"
en présence du Jury :
M. GENGEMBRE (CAEN)
M. MITTERAND (CAEN)
M. NOIRAY (PARIS IV)
M. TADIE (PARIS IV)
La biographie d’écrivains aux Pays-Bas. Le cas d’Eddy du Perron (1899-1940)
Mercredi 3 décembre 2003
8 heures 30
Centre Malesherbes
Salle 401
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Cornélis SNOEK soutient son habilitaion à diriger des recherches :
La biographie d’écrivains aux Pays-Bas. Le cas d’Eddy du Perron (1899-1940)
en présence du Jury :
M. BRANDT CORSTIUS (Amsterdam)
M. CHAMBERT-LOIR
M. GOEDEGEBUURE (Tilburg)
MME STOUTEN (PARIS IV)
M. VALENTIN (PARIS IV)
La bohème littéraire espagnole de la fin du 19ème siècle au début du 20ème siècle : d’un art de vivre à un art d’écrire
Samedi 18 novembre 2006
14 heures
A l’institut des Etudes Ibériques, Salle Delpy
31, rue gay-Lussac 75005 Paris
M. Xavier ESCUDERO soutient sa thèse de Doctorat :
La bohème littéraire espagnole de la fin du 19ème siècle au début du 20ème siècle : d’un art de vivre à un art d’écrire
En présence du Jury :
M. LAKHDARI (PARIS 4)
M. MANSON (PAU)
Mme RIVALAN-GUÉDO (RENNES 2)
M. URRUTA (MADRID)
Résumés
Parmi les mouvements littéraires qui foisonnent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, un seul semble être resté dans la marge de l’histoire littéraire : la bohème. Rite ou passage, la bohème cumule plusieurs fonctions pour finir par devenir un véritable art de vivre, qui pousse de jeunes littérateurs, gonflés d’illusions, vers les grandes capitales en quête de gloire et de reconnaissance. La littérature espagnole fin-de-siècle entre 1864 et 1920 s’est intéressée à ces combattants de l’idéal en rendant manifeste la difficulté ou l’absurdité de leur parcours. Conjuguant compassion, éloge, dérision, ironie, tragédie ou comédie, les romans, pièces de théâtre ou contes s’attachent à traiter ce type de bohème littéraire, de sa naissance à sa mort ou transfiguration. Cependant, loin de ne constituer qu’un phénomène de société ou qu’un fascinant sujet de fiction, les bohèmes espagnols développent leur propre art d’écrire, sans forcément parvenir à créer une littérature autonome des autres courants. Leurs écrits, la plupart inédits, témoignent d’une existence tourmentée, marquée par la misère et l’échec, finissant par imposer aux lecteurs une vision extravagante et désenchantée du statut de l’artiste dans une société espagnole de plus en plus industrialisée, déshumanisée. Leurs écrits peuvent se lire comme une longue définition de la bohème littéraire, un concept observé, nié, dénigré ou, au contraire, défendu, mais resté flou et insignifiant dans l’histoire littéraire. Cette définition à travers de grandes œuvres de la littérature hispanique ou d’écrits bohèmes ignorés ouvre la voie à la découverte de toute une lignée d’écrivains oubliés car rangés parmi « los vencidos ».
Among all the literary movements the late 19th and early 20th centuries are teeming with, only one of them seems to have remained in the margin of literary history : bohemia. As a ritual or a phase, bohemia with its many functions has eventually become a real art of living driving young writers-to-be full of illusions, towards the great capital cities looking for fame and recognition. The late 19th century Spanish litterature (from 1864 to 1920) took an interest int hose idealistic combatants by revealing the dofficulty or nonsense of their course. Going through sympathy, praise, derision and irony, these novels, plays or tales deal with this genre of literary bohemia from its birth to its death (or transfiguration). Yet, far from being a phenomenon of society or a fascinating topic of fiction, Spanish bohemians develop their own art of writing without always being able to create a literature of its own. Their writings, most of which had been unknown hitherto, show a life of turmoil marked with misery and failure, eventually giving the readers a flamboyant and disenchanted view of the status of an artist in a Spanish society that is being more and more industrialized and deshumanised. Their writings can be read as an unfolding definition of literary bohemia, a concept that can be observed, denied, denigrated or, on the contrary, defended though still vague and unsignificant in the whole literary history. This study of literary bohemia through masterpieces of Hispanic literature or bohemian writings gives way to the discovery of a whole line of writers that have been forgotten because labelled as « los vencidos ».
Position de thèse
Notre travail s’intéresse à un phénomène fin-de-siècle en plein âge de la crise moderniste espagnole, la bohème littéraire, concept peu abordé dans le domaine de l’histoire de la littérature hispanique. Nous portons notre attention sur les raisons pour lesquelles l’épithète littéraire est venu se greffer à la bohème : sujet ou objet de la littérature ? Mouvement ou écriture ? En quoi la bohème, originellement perçue en tant qu’art de vivre dans l’errance et l’insouciance, devient-elle littéraire et s’accomplit-elle dans les tâches d’écriture ou se rattache-t-elle plus simplement au monde de la littérature ? Nous n’avons pas la prétention d’offrir ici une histoire de la vie de bohème espagnole, mais notre travail de recherche s’oriente vers le souhait de définir ce concept de la bohème littéraire par la littérature. Nous croyons nécessaire, pour cela, de proposer une étude littéraire de la figure du bohème, son traitement romanesque, puis une analyse de ce qui pourrait constituer les œuvres de la littérature bohème hispanique, produites par les adeptes mêmes de cet art de vivre expliquant cette imbrication art et vie, unissant en une même temporalité parcours existentiel et parcours littéraire, art de vivre et art d’écrire. Outre les considérations de la bohème comme art de vivre fantasque, libre et sans règles, outre le caractère volontairement marginal et révolutionnaire de ses membres, la bohème crée des œuvres centrées sur la révélation d’une existence marquée par le doute, la souffrance, sait donner un sens littéraire à ses aspirations de gloire, de beauté et d’art (l’un des credo modernistes bohèmes fin-de-siècle est justement « art, beauté et action » ou « beauté, art et vérité »).
Après un détour par l’histoire du concept littéraire de la bohème, essentiellement français, nous tentons de dégager les particularités de la bohème littéraire hispanique, depuis son émergence dans l’histoire de la littérature et en tant que fait culturel jusqu’à sa valeur de groupe ou de génération de la fin du XIXe au début du XXe siècle, période trouble et révolutionnaire à plus d’un titre. De nombreux écrivains parmi lesquels on peut citer Pío Baroja, Azorín, Ramón del Valle-Inclán ou encore Rubén Darío témoignent de cet art de vivre qu’ils ont connu et vécu. Se contentant de traverser la bohème comme une simple étape sur le chemin de la renommée littéraire, ils finissent généralement par la mépriser, la renier voire par nier son existence en Espagne. Art de vivre rebelle, indépendant, se déclarant dans la marge et contre le canon, la bohème finit par regrouper tout artiste se cherchant une identité esthétique, littéraire propre. Elle devient le refuge de l’esprit de contestation, antibourgeois, témoigne de la difficulté de se poser en tant qu’artiste dans une société de plus en plus encline à la consommation de produits industrialisés, une société déshumanisée forcément tournée vers des plaisirs plus immédiats, plus banals, plus éloignés de l’art lequel doit se faire à l’idée de sa propre commercialisation. Le bohème incarne cet artiste désorienté dans ses idéaux, désireux de maintenir le privilège de l’ « artiste-roi », se sentant, parfois, vaincu d’avance : la bohème devient le creuset des artistes désabusés, trompés par l’art lui-même voire la culture, empêchés de développer leur talent par le manque cynique d’argent, la faim et donc, la nécessité de survivre. Au-delà de la nécessité de s’adapter aux lois du marché éditorial, d’obéir tant bien que mal à la mode littéraire alors en vogue s’ébauche une envie de penser et d’écrire propre, attachée au combat d’un art de vivre.
A la fois quête de reconnaissance publique du statut de l’artiste et quête d’un idéal artistique, la bohème madrilène devient une façon de vivre basée sur le nomadisme de corps et d’esprit, sur l’exil (vers Paris), sur un échange perpétuel (entre écrivains et artistes français et espagnols). En effet, un homme de lettres espagnol accompli est celui qui, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, part de sa région, de sa capitale de province, de son pays pour errer et réaliser sa formation si possible à Paris. Si Paris est une étape essentielle sur le parcours bohème, Madrid, sa Puerta del Sol et ses cafés deviennent également les lieux de rendez-vous, d’errances de tous les « hampones de la literatura » pour reprendre l’expression de Rafael Cansinos-Asséns dans La novela de un literato, lesquels constituent une véritable horde d’écrivains ratés ou ignorés, « vencidos », et forcément oubliés par la littérature et l’histoire. Condamnés à n’être que des bohèmes à qui on colle l’étiquette alors péjorative de modernistes, ils élaborent un art de vivre recréant à plus petite échelle leur goût des pérégrinations. Se réunissant dans les cafés et bordels de la capitale espagnole, tous ces prolétaires de la littérature vivotent au jour le jour du produit précaire de leur intelligence, produisent des œuvres dites mineures à destination des journaux et revues de l’époque, amusant à bas prix le public. Couvant des idéaux de gloire artistique, de beauté, de vérité, de justice, ces bohèmes essaient de se fédérer, de militer pour leur propre cause, tentent de fonder un programme par l’intermédiaire de La santa bohemia d’Ernesto Bark, c’est-à-dire que nous avons réfléchi à ce qu’elle a produit, à ses apports esthétiques voire à sa tentative -avortée- d’organiser sa philosophie ou sa pensée.
Les bohèmes finissent par vivre de projets en projets qui ne feront qu’attendre : « La plus belle page est celle qui n’a pas été écrite... Et puis..., à quoi bon écrire pour ces messieurs vulgaires et ces demoiselles maniérées qui ni nous comprennent ni nous lisent ? C’est là perdre son temps..., [...]. Moi, je préfère me promener, bavarder avec un ami, écrire mes livres en l’air..., les lâcher comme des bulles de savon ou de fumée... » avoue en 1906 Camilo Bargiela, auteur bohème, à Cansinos-Asséns (La novela de un literato, 1, 1882-1913). Et nous comprenons d’autant mieux à travers ce témoignage, où nous trouvons d’ailleurs résumer l’esprit de la bohème littéraire, que les bohèmes possèdent avec conscience un certain type d’aristocratisme intellectuel, forcément inutile car improductif et il est vrai que la bohème a fini par rimer avec « golfemia ». Mais la bohème, au-delà d’un art de vivre fantasque, marginal et nomade, devient un véritable sujet de fiction, fascinant.
C’est pourquoi, il nous paraît essentiel de retracer, en une deuxième partie, l’histoire du thème de la bohème littéraire, en nous basant sur des œuvres diverses de la littérature fin-de-siècle espagnole, allant du premier roman bohème El frac azul (1864) à Luces de bohemia (1920), c’est-à-dire de la naissance à la mort ou transfiguration littéraire du type bohème, car, sans créer une nouvelle lapalissade, l’écriture bohème est un parcours et s’inscrit dans le mouvement. « A proprement parler, le mythe se ramène à la description d’un itinéraire » (Claude Lévi-Strauss, La pensée sauvage). Pour cela, nous avons recours à une analyse thématique et stylistique des œuvres, tout en faisant appel à un matériel interprétatif classique qui nous permette d’utiliser les différents textes sur la bohème afin de parvenir à rendre évident l’unité et l’évolution du type bohème en littérature, finissant par nous convaincre de l’existence d’une définition de la bohème littéraire par l’intermédiaire des œuvres qui ont traité le sujet dans une visée formative ou ludique. Les œuvres retenues permettent de balayer près de 60 ans de création littéraire où le bohème évolue depuis une approche romantique annonçant déjà le futur statut du bohème errant entre échec et mépris (El frac azul d’Enrique Pérez Escrich), en passant par un regard réaliste et misérable chez Vicente Blasco Ibáñez, à une approche plus ironique chez José Martínez Ruiz (« Azorín »), Benito Pérez Galdós et Ramón Pérez de Ayala, pour nous acheminer vers deux traitements de la mort du bohème, inspirée de celle d’Alejandro Sawa (1862-1909), dans deux textes de nature différente : un roman de Pío Baroja et le premier « esperpento » de Ramón del Valle-Inclán.
Cependant, si la bohème se prête à une approche romanesque, il n’en reste pas moins important de souligner que loin de ne constituer qu’un sujet littéraire fascinant, le bohème ou cet homme de lettres marqué par un type de vie se donne les moyens de produire des œuvres qui prolongent la définition commencée avec des œuvres dites d’auteurs non bohèmes. Même s’il nous paraît essentiel de mettre en garde contre toute classification fallacieuse et artificielle, il n’empêche que les œuvres retenues démontrent que la bohème obéit à un art d’écrire propre, allant du journal intime, en passant par les romans autobiographiques, aux contes et poèmes. A travers cette littérature d’auteurs bohèmes mal connus ou ignorés, oubliés, nous tenons non seulement à en dégager des caractéristiques communes que ce soit sur le plan thématique ou stylistique en nous raccrochant à une lecture comparatiste des œuvres, mais aussi à expliquer l’histoire du texte tout en admettant son autonomie. Cette sélection d’œuvres permet de montrer l’étendue de la production bohème tout en nous offrant une continuité dans l’approche et la définition à appliquer au concept de bohème littéraire.
C’est pourquoi, il nous importe, en une troisième partie (« La "dedicatoria" à La mujer de todo el mundo (1885) d’Alejandro Sawa et La santa bohemia (1913) d’Ernesto Bark : deux tensions manifestes de la pensée bohème »), de souligner comment les bohèmes ont tenté de placer leur art de vivre au cœur d’un programme idéologique et littéraire (création de l’école bohème, d’un courant de pensée bohème ?) avec la parution de ce que nous considérons être le manifeste de la bohème littéraire fin-de-siècle : La santa bohemia d’Ernesto Bark. Ce projet -avorté- a été écrit pour fédérer les bohèmes : parmi ceux-ci, nous citerons l’une des figures les plus emblématiques, à savoir Alejandro Sawa lequel, dès 1885, dans sa « dedicatoria » à son premier roman de jeunesse, La mujer de todo el mundo, alors qu’il venait à peine d’arriver à Madrid, fait le bilan de l’état de pensée de toute une génération, regroupée sous l’appellation « gente nueva », annonçant certains thèmes de la génération de 1898. Cette « dedicatoria » constitue aussi pour nous les prémices du courant de pensée bohème. La réalité de la bohème littéraire ne se réduit pas à une accumulation d’anecdotes plus ou moins fantasques sur ses us et coutumes ; la réalité bohème est la prise de conscience d’une identité, d’une pensée et d’une écriture.
Le concept littéraire de bohème est rendu palpable par les écrits d’Ernesto Bark dont La santa bohemia qui organise avec le texte d’Alejandro Sawa, la longue dédicace à son roman de jeunesse La mujer de todo el mundo, une pensée que nous nommons bohème, à cheval entre le XIXe et le XXe siècle, l’un pressentant le naufrage de l’Espagne dans le « désastre » et témoignant déjà de son essoufflement intellectuel, l’autre augurant un renouveau esthétique par la bohème, porteuse d’un message proche de celui des « régénérationnistes ».
Enfin, même si le bohème n’a pas su « professionnaliser » son art, du moins, le canoniser en faisant école, il crée et produit des œuvres qui pourraient se rapprocher, pour nous, d’une esthétique bohème, d’un art d’écrire novateur voire original, du moins, d’ une « aventure de l’écriture » pour reprendre l’expression de Jean Ricardou.
Afin d’offrir un éventail assez large de la production bohème, nous avons sélectionné, pour notre quatrième et dernière partie (« La Bohème littéraire espagnole : un art d’écrire »), des œuvres de genre différent (roman, mémoires, conte ou « novela corta » et poésie). Le bohème, être égocentrique, se plaît à se regarder dans ses œuvres et, avant le miroir déformant de Valle-Inclán, jette la lumière sur sa vie de bohème : le bohème développe une écriture résolument centrée sur le moi. L’histoire de la bohème traverse les crises, qu’elles soient sur le plan national ou plus strictement personnel. Définir la bohème en tant que crise d’identité personnelle est valable lorsqu’on lit les œuvres de Sawa tournant autour d’un moi bohème réel ou fictif en butte à des questions perpétuelles concernant le devenir de l’artiste dans la société espagnole, cruelle, impitoyable et condamnable (dans son roman autobiographique au titre significatif, Declaración de un vencido). La littérature bohème dépasse cette écriture de l’échec et de l’amertume en permettant aux lecteurs de l’accompagner dans son errance physique ainsi qu’en témoignent les mémoires d’Isidoro López Lapuya sur la bohème espagnole à Paris, La bohemia española en París a fines del siglo pasado. Cette écriture centrée sur la définition d’un moi appartenant à l’histoire d’un mouvement, se sentant d’ailleurs étranger à son époque, « extemporáneo », parvient à s’évader vers des créations de pure fiction où l’art de vivre bohème sert de matière délirante, est observé avec amusement par les adeptes eux-mêmes tel qu’Emilio Carrere le pratique dans ses « novelas cortas » où le bohème se dilue et se projette dans des histoires truculentes, fantastiques ou extravagantes en accord aussi avec son art de vivre. Le bohème, s’il sait se mobiliser avec sérieux autour d’un projet de reconnaissance de son statut ou autour d’une écriture de témoignage et de revendication, sait aussi créer un art d’écrire où le plaisir, l’originalité et la distance ironique sont au rendez-vous. La dernière voie, l’une des plus épurées, adoptée par l’écrivain bohème -et non plus seulement de la bohème-, est la poésie où nous retrouvons tous les thèmes et particularités stylistiques soulignés dans notre travail et qui achèvent pour nous une longue définition de la bohème littéraire par la littérature d’auteurs considérés comme de simples observateurs du phénomène ou au contraire par les adeptes mêmes de ce style de vie et de pensée.
Même si nombre d’écrivains bohèmes exorcisaient la dureté de leur existence par des créations tout à fait délirantes, leurs œuvres peuvent être lues autant comme l’écriture de l’échec que comme l’écriture d’un combat ; elles errent entre une vision romantique, sentimentale et une autre, plus pessimiste, plus noire, entre recréation idéale d’une bohème dorée et écriture d’un moi vaincu, répondant, de surcroît, à leur propre angoisse d’artiste déchu, ignoré ou méprisé, par la société.
Notre travail couvrant près de 60 ans de création et d’histoire littéraire est parti d’une définition du phénomène culturel de la bohème fin-de-siècle, de son rôle à son apport et à sa légitimité en tant que concept, ainsi que la mode des écoles l’imposait alors, puis s’est acheminé vers une observation de la place de la bohème en tant que sujet de fiction dans la littérature hispanique fin-de-siècle. Enfin, notre sujet nous a menés à faire le jour sur un nombre important d’écrits encore inédits, sur toute une lignée d’écrivains oubliés par l’histoire littéraire, prolongeant aussi notre souhait de comprendre le fonctionnement de la bohème littéraire par ses textes. Nous avons découvert qu’au-delà d’une classification artificielle entre auteurs bohèmes ou non-bohèmes, émergeait toute une littérature, encore en friche, regroupant adeptes ou pas de cet art de vivre. La bohème, concept manipulé par nombre d’hommes de lettres espagnols de l’époque charnière entre le XIXe et le XXe siècle, continue à fasciner la littérature de notre époque avec Juan Manuel de Prada ou Luis Antonio de Villena, entre autres, désireux de sortir de l’ombre tous ces écrivains excentriques et déchirés, marqués par l’échec.
La cappadoce de 303 à 558 : Naissance d’une sociéténchrétienne. Approches prosopographiques
Samedi 25 juin 2005
14 heures
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
MMe Dominique SACARRERE MATTEI soutient sa thèse de doctorat :
La cappadoce de 303 à 558 : Naissance d’une société chrétienne. Approches prosopographiques
En présence du Jury :
MME PIETRI (Paris 4)
M. MARAVAL (Paris 4)
M. PERRIN (Paris 10)
M. SARTRE (Tours)
La chanson traditionnelle de l’est vénézuélien et ses rapports avec la musique des Iles Canaries.
Lundi 12 janvier 2004
14 heures
En Sorbonne, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Sofia BARRETO soutient sa thèse de doctorat :
La chanson traditionnelle de l’est vénézuélien et ses rapports avec la musique des Iles Canaries. Approche d’une étude comparative de la malaguena.
en présence du Jury :
M. DESPRINGRE (PARIS IV)
M. JAMBOU (PARIS IV)
M. LAVALLEE (BORDEAUX III)
Mme MARTINEZ (PARIS VIII)
M. SIEMENS HERNANDEZ
La chienne du détroit : Scylla dans l’imaginaire grec et romain
Vendredi 2 décembre 2005
9 heures
École Normale Supérieure
Salle F 45
45, rue d’Ulm
75005 Paris
Mme Marianne Isabelle GOVERS HOPMAN soutient sa thèse de doctorat :
La chienne du détroit : Scylla dans l’imaginaire grec et romain
En présence du Jury :
M. DE LAMBERTERIE (Paris 4)
M. CALAME (EHESS)
M. NAGY (Harvard)
Mme ROUVERET (Paris 10)
Mme TRÉDÉ (ENS)
Résumés
Dans l’imaginaire des Grecs et des Romains, Scylla est un monstre qui combine des éléments canin, féminin, et marin. Ce travail analyse les différentes peurs qu’elle vint à incarner dans la littérature et l’iconographie antiques ainsi que les métaphores qui les unissent symboliquement et donnent au développement de la figure sa cohérence à travers époques et genres. On montre en particulier que trois modèles - le monstre dévorant, la femme fatale et la jeune fille nubile - sous-tendent nombre des représentations de Scylla et que tous trois impliquent un passage difficile, qu’il s’agisse de la gueule d’un prédateur, du sexe féminin ou de la transition vers l’âge adulte. À partir de l’exemple de Scylla sont abordées des questions théoriques plus larges comme celles de la relation entre textes et images, de la pertinence des concepts de « mythe » et de « figure mythique », et du rôle de la sexualité dans les représentations de la monstruosité.
In ancient Greek and Roman cultures, Scylla is a sea-monster that usually combines - albeit in manifold ways - features of a dog, a woman, and a fish. Through a close study of her representations in texts and images, this thesis analyses the fears that Scylla comes to embody in various sources as well as the metaphors that connect those fears and secure the coherence of her development across time and genres. In particular, it is argued that three models underlie many of Scylla’s representations - the rapacious sea-monster, the sexually aggressive woman, and the bride-to-be - and that they all involve a narrow and potentially dangerous passage, be it the throat of a predator, the female genitals, or the transition into womanhood. By focusing on a specific figure of Greek and Roman mythology, the thesis sheds light on current theoretical debates including the relation between texts and images, the relevance of the notions of “myth” and “mythical figure,” and the role of gender in representations of monstrosity.
Position de thèse
Dans l’Odyssée, Ulysse décrit la vue de ses six compagnons happés et dévorés par la monstrueuse Scylla comme le plus affligeant des spectacles auxquels ses longues pérégrinations maritimes lui aient donné d’assister. Bien des siècles plus tard, dans la Rome impériale, la « chienne de la mer » continue de fasciner les esprits. Dans une villa située près de Sperlonga, une statue de Scylla et ses victimes occupe le centre d’une grotte aménagée en salle à manger au premier siècle après J.-C., peut-être pour l’empereur Tibère.
Cette étude s’attache à comprendre les raisons de la fascination exercée par Scylla et à reconstruire l’imaginaire dans lequel elle s’inscrit à différents moments de son histoire. Comme beaucoup des monstres de la mythologie classique, Scylla est un composite, un être hybride qui combine des éléments d’origine diverse - ici de créature marine, de chien et, le plus souvent, de femme. Les six chapitres de la thèse explorent les diverses résonances prises par cette combinaison à travers les époques et les genres. À partir de l’exemple de Scylla sont abordées des questions théoriques plus larges comme celles de la relation entre textes et images, de la pertinence des concepts de « mythe » et de « figure mythique », et du rôle de la sexualité dans les représentations de la monstruosité.
Malgré des variations parfois très grandes, toutes nos sources s’accordent à faire de Scylla une créature marine possédant des attributs canins, qu’il s’agisse de l’aboiement qui la caractérise dans l’Odyssée ou des têtes de chien attachées à sa taille sur les représentations figurées. Étonnante pour nous, cette combinaison d’éléments terrestres et marins l’est aussi pour les anciens, dont elle brouille les classifications habituelles, caractérisant ainsi Scylla comme monstre à double titre. D’une part, elle en fait un être inclassable, qui échappe aux catégories traditionnelles. Ce bouleversement est sensible dans la façon dont Circé la décrit dans l’Odyssée - une description fragmentée qui se concentre sur diverses parties du corps de Scylla sans véritablement les relier les unes aux autres - et dans la comparaison qui assimile Scylla happant les compagnons d’Ulysse à un pêcheur attrapant des poissons ; Scylla appartient à un monde où l’homme devient proie et l’animal prédateur. Ce brouillage prolonge l’ambiguïté attachée au chien dans les épopées homériques et le caractère toujours imparfait de sa domestication. La combinaison d’éléments canins et marins qui caractérise Scylla n’est cependant pas purement artificielle. Elle s’inscrit dans un faisceau d’analogies qui unissent les mondes terrestre et marin dans l’imaginaire grec et que l’on trouve souvent à l’œuvre dans les représentations littéraires et iconographiques du ketos, ce monstre anonyme qui exige le sacrifice de jeunes filles. Comme le ketos, Scylla est liée au caractère dévorant de la mer qui engloutit ses victimes. Son caractère de chien - donc de chasseur et de charognard - reprend et souligne son identité de prédateur marin.
Malgré l’omniprésence de cette combinaison d’éléments marins et canins, nos sources décrivent ou dépeignent Scylla de façons parfois très différentes. En particulier, on a souvent souligné la distance qui sépare la créature homérique de la sirène aux têtes de chiens des représentations figurées, généralement pour conclure à une absence de liens entre les deux. Ces variations s’expliquent par des différences de contexte et de genre mais n’impliquent pas qu’il faille séparer la Scylla de l’Odyssée et celle des images. Dans l’Odyssée, la description de Scylla répond à un triple contexte. D’une part, elle est façonnée par les formules et les scènes par lesquelles l’épopée décrit les monstres anthropophages, comme en attestent les ressemblances verbales et formulaires qui la lient au Cyclope et aux Lestrygones. D’autre part, placée en avant-dernière position dans la série des récits d’Ulysse, elle intensifie les descriptions précédentes. Enfin, l’analyse du vocabulaire et des formules du chant douze montre que l’épisode de Scylla s’inscrit dans un moment où l’Odyssée dialogue avec d’autres répertoires épiques concurrents. En particulier, la mention de Jason et du passage réussi des Symplégades juste avant la description de Scylla place Ulysse en concurrence avec le chef des Argonautes. L’Odyssée ne relève pas ce défi au niveau héroïque : la tentative d’Ulysse tente d’affronter Scylla sur le mode iliadique se solde par un échec. En revanche, l’Odyssée répond à la tradition argonautique au niveau poétique, en produisant une description de Scylla qui emprunte à la tradition cosmologique connue par la Théogonie d’Hésiode et qui, par sa longueur et ses détails, contraste avec la réserve que les poèmes homériques gardent généralement à l’égard du fantastique.
De même que les spécificités de la Scylla homérique se comprennent par rapport au contexte de l’Odyssée, de même les caractéristiques du type iconographique s’inscrivent dans la tradition de représentation des monstres dans les arts figurés. Les tentatives d’analyse du type iconographique comme une réponse à la tradition littéraire sont peu convaincantes. On a parfois voulu en lier l’émergence à la Scylla de Stésichore, une hypothèse d’autant plus difficile à prouver que ce poème ne nous est connu que par son titre. En outre, les limites de cette approche apparaissent par comparaison avec la figure de Géryon, dont la description dans la Geryoneis du poète sicilien ne correspond pas aux représentations figurées. L’autre tentative d’analyser le type iconographique en réponse à une tradition littéraire, en l’occurrence l’histoire qui relate la métamorphose de Scylla de jeune fille en monstre, se heurte à des obstacles chronologiques, puisque cette histoire n’est pas attestée avant l’époque hellénistique. De fait, les différences qui séparent les représentations de Scylla dans l’Odyssée et dans l’iconographie sont loin de représenter un cas isolé. Une semblable dichotomie s’observe dans le cas de Typhon, dont la représentation en hybride ailé à queue de serpent, attestée d’abord dans la céramique corinthienne, ne correspond pas à la description de la Thégonie d’Hésiode. Dans le cas bien documenté de Typhon, le type iconographique peut être analysé comme une variation sur les figures plus anciennes du Boréade et de la maîtresse des animaux. De même, des similitudes d’iconographie et de distribution géographique invitent à analyser le type de Scylla comme une variation sur celui du triton. Cependant, si le type doit se comprendre par rapport à la tradition de représentation iconographique des monstres, il n’est pas sans rapport avec la tradition littéraire. Les mêmes unités sémantiques du chien, du monstre marin et de la femme se retrouvent dans les deux cas, même s’ils y trouvent des manifestations différentes.
Latente dans l’Odyssée et évidente dans les représentations figurées, la composante humaine de Scylla est particulièrement sensible dans certains textes des cinquième et quatrième siècle avant J.-C. dans lesquels elle connote une sexualité féminine agressive. Ces connotations sont en particulier sensibles dans l’Agamemnon d’Eschyle et la Médée d’Euripide, où Scylla apparaît dans des comparaisons qui présentent Clytemnestre et Médée comme des femmes fatales à la sensualité débridée. Cette interprétation de Scylla représente une élaboration métaphorique des thèmes du chien et de la chasse qui la caractérisaient déjà dans l’Odyssée. La chasse est souvent utilisée comme métaphore de la poursuite érotique dans l’imaginaire de la Grèce classique, et c’est dans un tel contexte, liant étroitement chasse animale et érotique, que Scylla apparaît dans un fragment d’Anaxilas. La chienne est associée au dévergondage féminin dès les épopées homériques, et le passage de l’Agamemnon qui mentionne Scylla joue précisément sur ces connotations. Plus généralement, la comparaison avec d’autres traditions mythologiques montre que Scylla peut être comprise comme une incarnation de l’archétype du vagin denté, un fantasme qui associe étroitement angoisse de castration et peur d’être dévoré. Cette hypothèse permet d’expliquer nombre de détails de ses représentations, comme le fait que les têtes de chiens soient attachées à son bas-ventre, malgré quelques tentatives éphémères de les accrocher aux épaules, ou comme l’insistance des poètes latins à décrire les chiens de la monstrueuse Scylla comme le résultat de la transformation du sexe de la jeune fille. S’y rattache peut-être aussi son habitat rocheux dans l’étroit détroit de Messine qui, comme les Symplégades auquel il est parfois associé, transpose sur le plan géographique la menace sexuelle que représente le vagin denté.
Ce caractère de femme fatale n’est cependant pas la seule association véhiculée par l’élément féminin de Scylla. Sur ses premières représentations figurées, des reliefs « Méliens » de terre cuite datés de la première moitié du cinquième siècle avant J.-C., elle apparaît comme une figure sereine et posée, bien éloignée de la créature enragée de la tragédie. De façon comparable, l’histoire de métamorphose racontée en détail par les poètes augustéens et déjà en circulation à l’époque hellénistique fait de Scylla une jeune fille timide qui fuit ses prétendants. Ces interprétations de la figure peuvent se comprendre de plusieurs façons. Dans la poésie latine, la juxtaposition de la beauté de la jeune fille et des têtes monstrueuses des chiens est souvent présentée comme un paradoxe et intervient dans des listes de phénomènes prodigieux, ou adynata, à fonction surtout rhétorique. L’adjonction d’un élément érotique à la description d’un monstre homérique s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans l’esthétique hellénistique et néotérique, comme le montre le traitement du Cyclope amoureux de Galatée chez Théocrite, Virgile ou Ovide. De ce point de vue, la Scylla mi-jeune fille, mi-monstre est un hybride à la fois organique et littéraire. À un second niveau, cependant, la juxtaposition de la jeune fille et des chiens sauvages ne relève pas seulement du paradoxe et possède une pertinence anthropologique. Dans la poésie grecque, les jeunes filles nubiles sont souvent décrites comme des animaux farouches qui doivent être dressés par le mariage. Au niveau du mythe, le danger potentiel qu’elles représentent est mis en scène dans des histoires comme celles de Callisto, de Thetis ou des filles de Proitos. La transformation de Scylla de jeune fille en monstre est structurellement très proche de l’histoire des Proitides, où l’on retrouve les mêmes thèmes de la jeune fille qui refuse le mariage, offense une divinité et se retrouve transformée en animal sauvage. Dans cette perspective, la métamorphose de Scylla n’est pas seulement un paradoxe mais manifeste la sauvagerie latente de la jeune fille. De plus, l’échec de cette transition vers le mariage et la sexualité semble entretenir une relation d’analogie avec le danger que Scylla représente pour les marins. Dans l’imaginaire grec, la métaphore du dressage animal s’applique à la fois au mariage et à la navigation. Cette homologie est par exemple à l’œuvre avec la figure de Thétis, une divinité marine qui indique aux navigateurs le droit chemin (poros) et dont l’union avec Pélée est représentée comme la subjugation de son élément sauvage. Les trois sphères de la navigation, du dressage et du mariage qui sont favorisées par Thétis sont inversement menacées par Scylla. Cette opposition structurelle entre les deux figures est confirmée par les modalités de leur juxtaposition sur des vases des cinquième et quatrième siècles avant J.-C. et par un passage des Argonautiques d’Apollonios de Rhodes où le passage entre Charybde et Scylla requiert que Thétis tienne pour un temps le gouvernail du navire Argo.
Malgré des différences parfois frappantes selon les périodes et les genres, les représentations de Scylla présentent donc une certaine cohérence thématique liée à la récurrence, avec des orchestrations différentes, des mêmes éléments du chien, de la femme et de la mer. La variation la plus extrême sur ces thèmes est peut-être à trouver dans la tradition mégarienne, où le nom de Scylla est donné à la fille du roi Nisos qui, alors que Minos assiège sa cité, coupe la boucle de cheveux paternelle garante de l’immunité de la ville. Dans nos dictionnaires, qui poursuivent en cela la tradition mythographique antique, la Scylla mégarienne est soigneusement dissociée de la figure sicilienne. Cette distinction, cependant, n’a pas lieu d’être si l’on regroupe sous une même entrée des figures aussi différentes que la Scylla de l’Odyssée et celle de l’iconographie. Dès sa description la plus ancienne, dans les Choéphores d’Eschyle, la Scylla mégarienne entretient d’étroits liens thématiques et intertextuels avec la figure sicilienne. De plus, les trois éléments de la mer, de la femme et du chien qui assurent l’unité des représentations de la Scylla sicilienne sont également à l’œuvre avec la figure de Mégare, dont l’esprit est « celui d’une chienne » chez Eschyle et qui finit attachée au navire de Minos chez les mythographes. Si l’état de nos sources ne nous permet pas de savoir si les deux traditions étaient à l’origine indépendantes ou dérivaient l’une de l’autre, il semble clair qu’à partir du cinquième siècle avant J.-C., elles évoluent en symbiose.
Par l’étendue de ses variations, l’exemple de Scylla offre donc une opportunité privilégiée de revenir sur les notions récemment critiquées de « mythe » et de « figure mythique ». L’unité des représentations auxquelles est attaché le nom de Scylla se manifeste dans la conscience qu’en avaient les anciens et repose avant-tout sur la récurrence des trois éléments du chien, de la femme et de la mer. Ceux-ci, cependant, peuvent être développés selon des modalités multiples. En particulier, la diversité des connotations associées au chien - à la fois gardien du foyer, animal sauvage, charognard ou symbole de dévergondage - assurent à la « chienne de la mer » une pertinence toujours renouvelée dans l’imaginaire grec et romain.
La Chine théâtrale en France au XVIIIe siècle
Vendredi 9 avril
14 h 30
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme TIAN LUO soutient sa thèse de doctorat :
La Chine théâtrale en France au XVIIIe siècle
en présence du Jury :
M. COUVREUR (BRUXELLES)
M. FRANTZ (PARIS IV)
M. MOUREAU (PARIS IV)
La circulation des biens-fonds dans la région de Vernon (1750-1830). Le patrimoine des familles entre logiques du marché et contraintes du cycle de vie
Samedi 5 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Cauchy
Esc. E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Fabrice BOUDJAABA soutient sa thèse de doctorat :
Etude du patrimoine et de son évolution analysée selon une méthode prosopographique fine d’après la base de données de Vernon
En présence du Jury :
M. BARDET (Paris 4)
M. BEAUR (Ehess)
Mme ANTOINE (Rennes 2)
M. GOY (Ehess)
M. POUSSOU (Paris 4)
Résumés (français et anglais)
Les mécanismes de circulation des biens-fonds dans cette vallée agricole et viticole obéissent à des règles assez complexes qui sont le résultat à la fois de l’activité marchande, de processus successoraux et des alliances matrimoniales ; ils sont aussi étroitement liés aux structures de la petite propriété, aux fluctuations économiques et à l’état des autres marchés, c’est-à-dire des autres circuits de l’échange. Le marché connaît un net développement durant la période et joue un rôle non négligeable en comparaison de l’héritage dans les mouvements fonciers. Bien que le système égalitaire de succession semble vouer les patrimoines à l’émiettement à chaque génération, les Normands ne font rien pour contourner une égalité renforcée par le Code civil et ne mettent pas en place de stratégies familiales pour tenter de maintenir leurs patrimoines intacts. La logique de leurs actions doit s’analyser au niveau du ménage et non de la parenté : l’adaptation du patrimoine aux capacités de la famille nucléaire - mode d’organisation familiale déterminant en terme de comportements patrimoniaux - et l’anticipation des faiblesses de la vieillesse sont les ressorts principaux des transformations patrimoniales. L’attachement à la terre est donc très relatif dans cette société rurale.
Mots clés : Marché foncier, patrimoine, cycle de vie, stratégies familiales, parenté, système de partage égalitaire, modèle d’organisation familiale.
The land market in the area of Vernon (1750-1830). Families’ patrimony, from the market’s logic to the constraint of life cycles.
Mechanisms of the land market, in this rural valley where main activities are agriculture and wine growing, obey rather complex rules which result, in the same time, from trade, some inheritance processes, and wedding alliances ; these mechanisms are also strongly linked to small estate structures, economic fluctuation, and the level of other markets, i.e. other trade circuits. The market strongly develops between 1750 and 1830, and plays a significant part, if compared to inheritance, in land trade. Although the equal inheritance system seems to leave patrimonies, one generation after another, in a fated crumbling state, Normans don’t try to bypass equality, as it is reinforced by the Code civil, and don’t create family strategies in order to keep patrimonies untouched. That behaviour’s logic must be analysed at the married couple’s level, not in terms of kinship : patrimony adapts to the basic family cell’s needs (which appear to be an extremely important organisation scheme in terms of land trading), and people anticipate the various weaknesses of the old age : these are the main processes which explain land market changes. It seems the attachment to land is quite a relative phenomenon in this rural society.
Position de thèse
La famille et d’une façon plus générale la parenté sont devenues depuis quelques années des thèmes majeurs de l’histoire sociale des sociétés traditionnelles. La famille a pu ainsi apparaître comme l’un des éléments fondamentaux pour comprendre les transformations économiques des sociétés préindustrielles. Reléguant à l’arrière-plan les modèles explicatifs strictement socio-économiques, nombre d’auteurs se sont attachés à démontrer le rôle de la famille et de la parenté dans les évolutions des sociétés et dans les mécanismes de reproduction sociale, mettant par exemple au jour l’existence de stratégies familiales permettant de comprendre l’évolution des pratiques sociales . Dans le cadre d’économies essentiellement agricoles, il nous est alors apparu indispensable de mettre en relation le rôle de la famille avec la question de la propriété foncière et immobilière. Dans la mesure où la terre représente à la fois la part essentielle des patrimoines des familles et la source principale des revenus du travail, il était logique de considérer que, si la famille constitue une clé du fonctionnement des sociétés rurales, ses effets devaient se faire également sentir sur les structures de la propriété et le rapport des individus au patrimoine.
Le système égalitaire de dévolution, caractéristique de la plupart des régions du nord de la France, et notamment de l’Ile-de-France et de la Normandie, n’a pas été étudié pour lui-même jusqu’à une époque très récente. Les processus marchands de circulation des biens ont davantage retenu l’attention dans un premier temps. En d’autres termes, le marché l’a tout d’abord emporté sur l’héritage, du moins dans l’historiographie . L’émiettement des propriétés à chaque génération justifiait cet intérêt pour le marché : les héritiers, se retrouvant en possession de morceaux d’exploitation, sont conduits soit à vendre cet héritage soit à essayer de développer leur exploitation par des acquisitions de nouveaux biens-fonds. Néanmoins, bien que la démonstration de l’existence d’un marché - même limité dans son activité - ait constitué un acquis important par rapport à la vision presque immobile des structures de la propriété qui prévalait jusqu’alors dans les grandes études d’histoire rurale , les premières enquêtes menées sur les marchés fonciers mettaient plutôt en avant les conditions socio-économiques de l’échange, le rôle de la famille n’étant pas au cœur de ces analyses . La famille et la parenté ont fait depuis une entrée en force dans l’histoire des mouvements fonciers et immobiliers : face à l’émiettement inéluctable des propriétés en raison du système de dévolution des biens, les réseaux de parenté sont ainsi apparus comme des moyens efficaces de permettre la conservation d’un patrimoine.
Notre ambition, à travers l’étude des patrimoines dans la région de Vernon entre 1750 et 1830, s’inscrit dans cette démarche et vise à embrasser l’ensemble des processus qui font passer les biens-fonds de main en main afin de comprendre le rapport des individus à la propriété dans sa totalité. Notre objectif est donc double et consiste, en quelque sorte, à tenir les deux bouts d’une même chaîne : faire à la fois l’histoire de la circulation des biens-fonds dans une société rurale traditionnelle soumise à d’importants changements politiques, économiques et juridiques et comprendre le rapport des hommes - principalement le monde paysan mais pas seulement - à la propriété et au patrimoine.
Pourquoi Vernon et sa région entre 1750 et 1830 ? Première motivation, l’échantillon se trouve dans une zone de partage égalitaire plus rarement étudiée jusqu’alors. Deuxième motivation, nous disposons, avec l’échantillon de Vernon, d’une région et de deux systèmes juridiques. Jusqu’à la Révolution, la coutume de Normandie régit le droit de la succession et le droit de la propriété ; puis le Code civil prend le relais avec deux évolutions majeures : du point de vue du droit successoral, d’une part, les filles sont invitées au partage égalitaire des héritages dont elles étaient jusqu’alors exclues ; du point de vue du droit de la propriété, nous assistons à une simplification des formes de propriété avec la suppression des distinctions d’Ancien Régime entre des formes de propriété éminente - strictement seigneuriale ou non - et des formes de propriété utile. Le changement du cadre juridique permet par contraste de mieux comprendre les mécanismes de la circulation des biens et le poids de la parenté dans la gestion des patrimoines. Troisième motivation, nous avons pu disposer pour Vernon d’une documentation fournie et, par certains aspects, assez exceptionnelle. Les registres du Centième Denier et les tables de vendeurs et d’acheteurs de biens-fonds qui constituent le socle documentaire de cette recherche ont été intégralement conservés. Surtout, la région de Vernon a fait l’objet d’un vaste programme de reconstitution des familles entre 1690 et 1830 grâce à l’enquête de démographie historique menée au sein du Centre Roland-Mousnier depuis une dizaine d’années . Cette base de données permet d’intégrer, dans l’analyse des comportements en matière de gestion patrimoniale, des éléments biographiques ou familiaux indispensables dans la mesure où les sources concernant les processus successoraux proprement dits sont à peu près inexistantes sous l’Ancien Régime : les successions ne sont pas enregistrées, les testaments sont rares. Dans ces conditions, nous ne pouvons connaître le poids et les modalités des transmissions successorales dans le mouvement des biens-fonds et dans le patrimoine des individus que de manière indirecte, par l’information biographique et familiale. En outre, la possibilité d’identifier les individus rencontrés dans les sources économiques de la mutation marchande permet de prolonger un certain nombre d’analyses quantitatives parfois difficiles à mener quand, à l’agrégation des informations économiques, il faut ajouter la recherche des informations biographiques ou familiales.
La méthode mise en œuvre dans cette enquête est simple, elle consiste principalement à croiser deux grands types de sources sérielles : d’une part, les sources économiques qui rendent compte des mutations foncières et immobilières, qu’elles soient de nature marchande ou non (registres de mutations, tables de successions, de mariage, des baux, etc.) et, d’autre part, l’information familiale et biographique contenue dans le fichier informatisé de reconstitution des familles du bassin de Vernon. Cette enquête s’inscrit donc pour une large partie dans une démarche quantitative. Néanmoins, nous nous avons tenté d’aller au-delà des analyses statistiques descriptives en ayant recours à l’économétrie . Les outils de cette discipline permettent notamment de proposer des modèles explicatifs des comportements. Contrairement aux statistiques descriptives traditionnellement utilisées par les historiens - qui permettent de mettre en relation deux ou trois caractéristiques d’un individu -, cette démarche offre surtout la possibilité de tenir compte, dans une même analyse, d’une multiplicité de variables pour expliquer un comportement, la seule limite à l’accumulation des facteurs explicatifs étant l’état des sources et non la possibilité d’en rendre compte simultanément.
L’approche qualitative reste néanmoins indispensable. C’est pourquoi les analyses statistiques sont complétées par des études de cas ou de situations individuelles fondées pour l’essentiel sur les sources notariales ; ces histoires patrimoniales individuelles n’ont cependant de sens que par rapport à des comportements dont la « banalité » a été statistiquement mesurée
L’étude comporte quatre grandes parties : la première est consacrée à la circulation marchande des biens-fonds, la seconde aux mutations des patrimoines liées au processus de transmission qu’il s’agisse de la succession ou encore de la donation et du testament. Dans un troisième temps nous avons cherché à comprendre dans quelle mesure la parenté pouvait jouer un rôle dans les processus marchands de mutation foncière. Existe-il des stratégies familiales visant à écarter les étrangers du marché foncier local au profit de membres de la parenté et des politiques familiales visant à limiter les effets d’émiettement des propriétés engendré par un système successoral égalitaire ? Enfin, conscient que les mécanismes de circulation des biens -fonds et le rapport au patrimoine ne peuvent s’analyser que dans leur globalité, nous avons procédé dans une quatrième partie à une étude dans la durée de parcours patrimoniaux en prenant en compte le maximum de paramètres possibles (le recours au crédit, à la location, la situation familiale) et en nous concentrant sur des études de cas.
Au final, la question de la « modernité » du marché foncier et immobilier ou, au contraire, de son « archaïsme » ne peut être résolue en fonction du seul taux d’activité annuel des mutations. Il est certain que la transaction marchande se développe considérablement entre 1750 et 1830, en particulier à partir des années 1770 : l’activité fait plus que doubler en 80 années. Mais, malgré cette forte croissance du marché, 0,6 % des terres seulement changent de mains chaque année dans les dernières décennies de l’Ancien Régime. Ce chiffre est cependant trompeur : si le marché semble jouer un rôle mineur dans la circulation des biens-fonds, son poids doit aussi être apprécié en comparaison du rôle des autres mécanismes de la circulation des biens-fonds et, particulièrement, en fonction du rôle de l’héritage. Cette mise en perspective aboutit à réévaluer l’importance du marché. Marché et héritage font presque jeu égal dans les années 1810-1820 en termes de volume financier annuel mais le marché représente déjà près des deux tiers de la valeur des patrimoines hérités dans la composition de la valeur totale des propriétés en 1774. Si nous devons réévaluer le rôle des circuits marchands de l’échange dans la circulation des biens-fonds, c’est tout d’abord parce qu’il faut tenir compte des incidences du cycle de vie sur la composition des patrimoines. Le fait que les patrimoines fonciers aient un rapport très direct avec la production d’un revenu du travail pour la plupart des propriétaires de cette région - où domine la petite propriété en faire-valoir direct - se traduit par d’étroits liens entre la composition des patrimoines et le cycle de vie des individus et de leur ménage. L’existence d’un cycle de désaccumulation patrimoniale au-delà de 55 ou 60 ans a pour conséquence que les patrimoines fonciers et immobiliers qui échoient par la voie successorale sont d’une taille et d’une valeur moins importantes qu’on pouvait le supposer. Tous les biens-fonds ne se transmettent pas : certains, en particulier les parcelles de labours, empruntent plus souvent les voies du marché que celles de l’héritage.
Les structures de la propriété contribuent elles aussi à la réappréciation du rôle du marché dans la circulation des biens-fonds. La région de Vernon a pour caractéristique principale la petite propriété : celle-ci, déjà importante au milieu du XVIIIe siècle, se développe très largement au cours de notre période puisque le nombre de propriétaires double entre 1774 et 1826. Cet essor s’explique par de multiples raisons et, notamment, par les transformations du droit successoral. En invitant les filles au partage, le Code civil multiplie les propriétaires. Néanmoins, il serait inexact de penser que le développement de la transaction foncière résulte uniquement des ces évolutions juridiques. Le marché n’attend pas la Révolution pour voir croître son activité : la croissance démographique, une conjoncture agricole globalement favorable au monde paysan (associée à la possibilité donnée aux paysans de la vallée de pratiquer une activité agricole plus commerciale - la viticulture, même si celle-ci est rarement une activité exclusive) contribuent à son développement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Enfin, les formes multiples de la propriété sous l’Ancien Régime et les interactions entre les différents circuits de l’échange économique sont autant d’éléments qui donnent sa fluidité à l’activité du marché foncier et immobilier, fluidité qui va au-delà de sa traduction en terme de taux annuel de mutation. L’analyse du mode de paiement des transactions foncières et immobilières a montré que près des trois quarts des biens étaient payés comptant. Ce résultat nous conduit à considérer que l’insuffisante circulation monétaire présumée des sociétés traditionnelles n’est pas forcément un obstacle à l’activité du marché immobilier et foncier. La fieffe normande, par exemple, permet ainsi jusqu’à la Révolution de faciliter une acquisition, à terme définitive, sans disposer des moyens de la financer intégralement au moment de l’acte. Le marché du travail, grand absent des sources, semble quant à lui fournir les moyens nécessaires pour réaliser, avec une certaine facilité, nombre d’achats de biens-fonds. Il ne faut toutefois pas exagérer le dynamisme du marché immobilier et foncier de la région de Vernon. L’achat ou la vente d’un bien-fonds reste pour la plupart des individus un acte solennel dans la mesure où sa fréquence est plutôt décennale qu’annuelle.
Dans la représentation classique des campagnes traditionnelles, l’image du paysan est fortement associée à celle de l’attachement à la terre. Cette image s’appuie sur le postulat selon lequel l’essentiel des mouvements fonciers sont liés aux processus successoraux. Or, la démonstration de l’importance des mouvements marchands nous conduit à reconsidérer la nature même du rapport des individus à la propriété et leurs comportements en matière de gestion du patrimoine.
D’une part, le nombre et la nature des interventions sur le marché varient sensiblement en fonction du cycle de vie des individus et de leur ménage. Le rapport au patrimoine ne peut donc être envisagé sous le seul angle de l’accumulation : cette phase est temporaire et généralement suivie d’une phase de désaccumulation lorsque les capacités physiques du ménage se réduisent. Cette situation est étroitement liée à l’usage des biens-fonds. Le patrimoine foncier, pour la grande majorité de la population de Vernon et des villages environnants, est avant toute chose un patrimoine productif destiné à fournir un revenu du travail par sa mise en valeur. Il n’est pas surprenant dans ces conditions que les veuves qui interviennent sur le marché soient beaucoup plus souvent vendeuses qu’acheteuses : leur ménage a une capacité productive réduite. Ce sont donc principalement les contraintes liées à l’exploitation des propriétés qui déterminent le comportement des propriétaires. La proximité des parcelles, leur accessibilité, la coïncidence de la taille des propriétés avec la force productive du ménage sont à l’origine d’un nombre important de transformations des patrimoines.
D’autre part, les politiques patrimoniales dépendent aussi très largement des conditions socio-économiques dans lesquelles évoluent les propriétaires. Mais la participation des petits propriétaires aux transactions marchandes prend des formes très diverses : ils ne sont pas nécessairement des acteurs passifs du marché contraints à la vente par un irrémédiable endettement. Au contraire, la petite paysannerie propriétaire est dans une position plutôt favorable, notamment à la fin de l’Ancien Régime. Elle fait aussi preuve d’une audace certaine lors de la vente des biens nationaux : loin d’être l’apanage exclusif d’un monde marchand entreprenant, le marché extraordinaire des biens nationaux révèle aussi la capacité du monde agricole à saisir les occasions offertes par l’Histoire. Toutefois, il est certain que la « démocratisation » du statut de propriétaire a aussi son revers : les petits propriétaires apparaissent beaucoup plus sensibles encore aux fluctuations des prix agricoles à mesure que la micropropriété se développe, en particulier au début du XIXe siècle.
Au total, la composition des patrimoines foncier et immobilier est beaucoup plus changeante qu’il ne peut le sembler a priori dans la mesure où le marché offre des possibilités nombreuses de transformer sa propriété. Cette mobilité des patrimoines a pourtant un certain nombre de limites : la principale est sans doute la durée des cycles d’épargne. En effet, dans un marché où les acquisitions sont principalement financées par les revenus du travail et de l’épargne, et beaucoup moins par le crédit, le temps de l’épargne constitue un frein important à la multiplication des transactions. Néanmoins, le caractère mobile des patrimoines immobiliers et fonciers apparaît nettement dans la composition des propriétés. Les plus riches propriétaires soumis au Vingtième de 1774 sont aussi ceux qui ont dans leur patrimoine le plus grand nombre de lots acquis sur le marché. Cela ne signifie pas que l’héritage ne joue aucun rôle dans la reproduction sociale et familiale mais que l’héritage immobilier et foncier reste rarement intact : les processus successoraux sont l’occasion de nombreuses recompositions des patrimoines. Dans une large mesure les biens-fonds ont avant tout, aux yeux de la masse des petits propriétaires, une valeur mobilière en ce sens qu’ils permettent de fournir un revenu du travail. Leur valeur symbolique en tant qu’élément, par exemple, d’une identité familiale - sauf peut-être pour la vigne qui participe à l’identité d’un groupe professionnel particulier - est très secondaire.
La réévaluation du rôle du marché dans la circulation des biens-fonds et du rôle de la transaction marchande dans l’histoire patrimoniale des individus nous conduit non seulement à relativiser le poids a priori écrasant de l’héritage foncier et immobilier dans la composition des patrimoines mais aussi à considérer que l’échelle la plus pertinente pour comprendre le rapport à la propriété et au patrimoine est l’échelle des individus et de leur ménage
L’hypothèse de « stratégies familiales » à l’œuvre dans les sociétés préindustrielles appliquée au problème de la conservation du patrimoine devait ainsi permettre de comprendre comment assurer la reproduction sociale et familiale sans conservation de l’assise patrimoniale des familles par la voie successorale. L’hypothèse est séduisante : une logique lignagère ou parentélaire remplacerait en quelque sorte la logique de la « maison » pour permettre la reproduction sociale d’une partie au moins des fratries. Le cas de Vernon et de sa région est de ce point de vue idéal dans la mesure où le droit semble indiquer une logique lignagère très claire fondée sur l’exclusion des filles de la succession des parents. En outre le système dotal constitue une garantie supplémentaire au système lignager en évitant la confusion des patrimoines des époux. Le cas vernonnais est également un observatoire privilégié des logiques égalitaires puisque, contrairement au système d’égalité intégrale qui prévaut dans la coutume de Paris, la coutume de Normandie, tout en imposant l’égalité entre les garçons, permet de limiter les effets néfastes de ce système de partage sur les patrimoines en s’appuyant sur une conception patrilignagère de la propriété. En d’autres termes, le droit normand favorable au patrilignage permettrait de reprendre d’une main une partie de ce que le système successoral égalitaire a enlevé de l’autre.
Pourtant, les analyses menées dans ce travail - et notamment des analyses de réseaux sociaux, technique empruntée à la sociologie - n’ont pas permis de démontrer l’existence d’un tel mode de fonctionnement. A Vernon, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et dans les années qui suivent la Révolution, le marché et la transmission successorale simple des parents aux enfants sont les deux éléments qui structurent la circulation des biens-fonds. Les stratégies familiales, c’est-à-dire ici les politiques patrimoniales menées à l’échelle de la parenté même proche, sont à peu près inexistantes. Elles ne structurent pas le marché comme le montre l’analyse de réseau. Les transactions intrafamiliales, qui représentent un dixième des transactions, sont principalement la conséquence de la proximité géographique des parents et de leurs propriétés résultant de la sédentarité encore importante de la population. Les analyses économétriques ont ainsi permis de montrer que même les individus qui n’ont pas de descendance directe, et donc une possibilité évidente de favoriser leur lignage en vendant à un frère ou un cousin plutôt qu’à un étranger, ne le font pas de manière significative sur le plan statistique.
La période d’analyse choisie, 1750-1830, pouvait pourtant permettre de mettre aisément en évidence l’attachement d’une population à un système supposé favoriser une conception patrilignagère des patrimoines : le Code civil aurait dû heurter les convictions ou les habitudes des Vernonnais. Or, ils ne font rien pour s’opposer à l’émiettement des patrimoines ou au risque de confusion des patrimoines entre familles alliées.
Ce constat nous conduit à réfuter l’hypothèse selon laquelle les Normands trouveraient dans une conception lignagère du patrimoine la solution à l’apparent illogisme de l’émiettement des propriétés à chaque génération. En réalité, si l’on admet que le niveau d’analyse pertinent des comportements en matière de gestion des patrimoines est l’individu et son ménage et non son lignage ou sa parenté, l’incohérence apparente du système s’estompe.
Deux éléments fondamentaux permettent de comprendre pourquoi la transmission et la préservation du patrimoine foncier sont des motifs d’actions secondaires aux yeux des propriétaires d’une région dont l’économie est encore très largement agricole. Le premier est le financement de la vieillesse, le second est le modèle d’organisation familiale. Dans une économie qui ignore les systèmes de prise en charge collective, sinon de la vieillesse - à l’exception de l’hôpital général - du moins de la retraite, la possession de biens-fonds est non seulement un moyen de s’assurer un revenu du travail mais aussi de financer ses vieux jours. Cette préoccupation tient presque de l’obsession tant elle est présente dans les actes notariés. L’évolution de la pratique du contrat de mariage atteste de cette même angoisse des vieux jours. Si le contrat de mariage se développe au début du XIXe siècle, ce n’est pas pour éviter une confusion des patrimoines en maintenant le régime dotal mais bien pour protéger le conjoint survivant qui perd avec le Code civil son douaire ou son gain de survie. C’est pourquoi le rapport au patrimoine doit être analysé à Vernon au niveau du ménage et non pas à une échelle plus large.
Les régions de partage inégalitaire ont pour solution au problème central de la vieillesse - problème vital dans la région de Vernon où la très grande majorité des propriétaires ne peut vivre de la seule rente foncière - la cohabitation des vieux parents avec l’héritier et son conjoint. Or, ce mode d’organisation familiale, sans être inconnu dans la vallée de Vernon, est contraire à la norme de la famille nucléaire. C’est l’attachement à ce mode d’existence qui explique le respect absolu de l’égalité entre héritiers constaté dans les actes notariés. Le ménage de type nucléaire, en ce sens, est la clé de voûte du système de transmission successorale et, plus largement, du rapport des individus à la propriété et au patrimoine bien davantage qu’une conception lignagère des patrimoines
Au total, cette étude de la circulation des biens-fonds dans la région de Vernon donne à voir une gestion « individualiste » des patrimoines : les propriétaires se comportent en agents économiques rationnels au sens où ils privilégient avant toute autre considération, notamment lignagère, les intérêts de leur ménage. Cette rationalité ne doit pas être comprise comme strictement économique : le prix payé pour une parcelle peut différer largement de sa valeur économique intrinsèque - son prix au mètre carré en fonction de l’état du marché. Le profit et, par conséquent, l’accumulation ne sont pas forcément les clés de lecture pertinentes de cette forme de rationalité individualiste à l’œuvre dans une économie rurale traditionnelle. Cette rationalité n’exclut pas non plus des formes de solidarités faisant intervenir le cercle de parenté.
La cithare chinoise qin : Texte - Image - Musique
Vendredi 12 décembre
14 h 30
Bibliothèque de musicologie
3, rue Michelet
Paris 5e
Mme Véronique JOURNEAU ALEXANDRE soutient sa thèse de Doctorat :
La cithare chinoise qin : Texte - Image - Musique
en présence du Jury :
Mme DESPEUX (INALCO)
M. GOORMAGHTIGH (GENEVE)
M. MEEUS (PARIS IV)
M. PICARD (PARIS IV)
La colonisation de deuxième degré en Italie du sud et en Sicile
Jeudi 14 décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Michela COSTANZI soutient sa thèse de Doctorat :
La colonisation de deuxième degré en Italie du sud et en Sicile
En présence du Jury :
M. AVRAM (LE MANS)
M. BRUN (TOURS)
M. LARONDE (PARIS 4)
M. LEFEVRE (PARIS 4)
M. PACI (Uv MACERAT)
Résumés :
Le phénomène de la fondation des colonies par des colonies grecques est aujourd’hui communément appelé
avec le nom de "sous-colonisation". Après une analyse de la terminologie utilisée par les sources littéraires
anciennes, je retiens plus correct de parler de "colonisation de deuxième degré" ou de "colonisation de
deuxième génération". Les auteurs anciens, en fait, n’utilisent pas pour ce phénomène de mots différents par
rapport à ceux de la colonisation de premier degré. Pourtant ils avaient claire la perception que la
colonisation de deuxième degré était un phénomène différent et spécifique. Après une analyse historique, elle
semble être la manière pour les colonies de se constituer des véritables réseaux économiques et politiques,
mais surtout la manière à travers laquelle les colonies grecques continuent la diffusion de leur civilisation.
Surtout, elle remplace la colonisation directe par les colonies grecques, qui laissent à leurs colonies de
diffuser la civilisation grecque.
The foundation of colonies by ancient Greek colonies is presently known as "sub-colonisation". The analysis
of the terminology used by ancient authors led me to the conclusion that "secondary colonisation" or "second
generation colonisation" is more appropriate. These authors apparently don not differentiate the two
phenomena, even though they clearly perceive that second generation colonisation had its own specific
characteristics. Historical analysis indicates that, for the Greek colonies, it constituted the best means of
creating a network of economic and political out-post which would spread Greek civilisation.
Position de thèse :
En attente...
La colonisation de deuxième degré en Italie du sud et en Sicile
Jeudi 14 décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Michela COSTANZI soutient sa thèse de Doctorat :
La colonisation de deuxième degré en Italie du sud et en Sicile
En présence du Jury :
M. AVRAM (LE MANS)
M. BRUN (TOURS)
M. LARONDE (PARIS 4)
M. LEFEVRE (PARIS 4)
M. PACI (Uv. MACERAT)
Résumés :
Le phénomène de la fondation des colonies par des colonies grecques est aujourd’hui communément appelé
avec le nom de "sous-colonisation". Après une analyse de la terminologie utilisée par les sources littéraires
anciennes, je retiens plus correct de parler de "colonisation de deuxième degré" ou de "colonisation de
deuxième génération". Les auteurs anciens, en fait, n’utilisent pas pour ce phénomène de mots différents par
rapport à ceux de la colonisation de premier degré. Pourtant ils avaient claire la perception que la
colonisation de deuxième degré était un phénomène différent et spécifique. Après une analyse historique, elle
semble être la manière pour les colonies de se constituer des véritables réseaux économiques et politiques,
mais surtout la manière à travers laquelle les colonies grecques continuent la diffusion de leur civilisation.
Surtout, elle remplace la colonisation directe par les colonies grecques, qui laissent à leurs colonies de
diffuser la civilisation grecque.
The foundation of colonies by ancient Greek colonies is presently known as "sub-colonisation". The analysis
of the terminology used by ancient authors led me to the conclusion that "secondary colonisation" or "second
generation colonisation" is more appropriate. These authors apparently don not differentiate the two
phenomena, even though they clearly perceive that second generation colonisation had its own specific
characteristics. Historical analysis indicates that, for the Greek colonies, it constituted the best means of
creating a network of economic and political out-post which would spread Greek civilisation.
Position de thèse :
Toutes les colonies grecques de la Sicile et de l’Italie méridionale, sans aucune exception, fondent à leur tour des colonies. Ce phénomène de colonisation de la part des colonies n’intéresse pas seulement la Sicile et la Grande Grèce. Il est assez courant dans le monde grec entier, en Occident, mais aussi en Libye et en Mer Noire. Il n’intéresse pas seulement l’époque archaïque, mais il recoupe différentes époques, dès le VIIIe-VIIe siècle jusqu’au Ve-IVe siècle av. J.-C.
Les experts modernes d’histoire et d’archéologie grecques définissent de "sous-colonisation" cette colonisation de deuxième degré ou de deuxième génération. Ils définissent de "sous-colonie" une colonie fondée au deuxième degré par une colonie grecque, mais aussi une colonie fondée au troisième degré ou plus par des "sous-colonies".
Ce phénomène est assez complexe pour plusieurs raisons. D’abord il est complexe en tant que fait historique, qui trouve son origine dans des motivations différentes et qui donne plusieurs résultats, avec la création d’un système, souvent un véritable réseau de fondations secondaires. Pourquoi les colonies grecques ont-elles ressenti la nécessité d’aller fonder des colonies à leur tour, quand et à quel moment de leur vie ? Ont-elles suivi un projet bien précis et établi dès le début ? Ou bien ont-elles été guidées par des raisons liées aux nécessités du moment ? Et quels types de colonies ont été créés ?
Ensuite, il est problématique quant à la manière de l’aborder et à la terminologie utilisée dans la littérature moderne, étant donné qu’une œuvre de caractère général sur ce sujet n’existe pas et qu’une méthodologie correcte et univoque d’approche et de discussion n’a jamais été élaborée. Le problème principal est de caractère philologique. Est-ce que les définitions de "sous-colonisation" et de "sous-colonie" utilisées habituellement sont vraiment appropriées à désigner le phénomène ? Est-ce qu’elles ont une vraie valeur historique ? Ou sont-elles des créations modernes, des termes conventionnels utilisés pour faciliter la communication, qui toutefois ne trouvent de justifications ni dans la situation réelle ni dans les sources littéraires ?
Pour ces raisons, il m’a semblé absolument nécessaire d’aborder ce sujet, en procédant à deux types d’analyse : une analyse historique, du phénomène historique, de ses causes et de ses manifestations, et une analyse philologique, de la terminologie utilisée par les auteurs anciens et par les modernes pour l’exprimer et le définir.
L’analyse philologique a été réalisée en prenant en considération tous les mots utilisés par les auteurs anciens pour décrire le phénomène. Elle a donné comme résultat que la terminologie utilisée par les sources littéraires anciennes pour décrire la colonisation de deuxième degré est la même que celle employée pour la colonisation de première génération. Cependant, les auteurs anciens ont conscience de l’existence d’un phénomène différent et ils l’expriment à travers l’indication d’autres éléments importants : ils précisent toujours la provenance des fondateurs, ils indiquent souvent la présence d’œcistes, représentants de groupes différents, en spécifiant leur origine, ils attestent l’existence de coutumes et règles typiques de ce phénomène.
Les mots "sous-colonisation" et "sous-colonie" font leur apparition pour la première fois seulement au XXe siècle. Par la suite cette terminologie s’est généralisée, en devenant courante parmi les historiens de la colonisation, les archéologues et tous ceux qui s’intéressent au monde grec de l’Antiquité. Cependant, elle n’est pas toujours très claire ni cohérente chez les auteurs modernes. De plus, la présence du préfixe "sous" cause des problèmes. Ce préfixe, en fait, risque de donner dès le départ une vision faussée du phénomène, car il semble impliquer nécessairement et toujours un rapport de soumission, subordination et dépendance d’une fondation vis-à-vis de sa mère patrie. Or, les établissements fondés par des colonies ne sont pas toujours dépendants et, s’ils le sont, leur dépendance revêt des formes et des degrés différents, lesquels ne sont pas bien exprimés par ces termes.
Pour ces raisons, mon choix a été de ne pas utiliser les termes "sous-colonisation" et "sous-colonie", car je retiens utile et même nécessaire d’éviter l’enracinement de cet usage pour le futur. J’ai choisi d’utiliser les expressions "colonisation de deuxième degré" ou de "deuxième génération" pour indiquer le phénomène, et "colonie de deuxième degré" pour désigner une polis fondée par une colonie grecque.
Si l’analyse philologique revêt une grande importance, cependant ce travail a été principalement dédié à l’analyse de la colonisation de la part de colonies en tant que phénomène historique. Pour procéder à cet examen, j’ai élaboré un modèle d’analyse de chaque colonie secondaire selon des critères qui m’ont semblés importants pour comprendre les raisons de la fondation, sa valeur absolue et en relation à sa mère patrie et à son projet général d’expansion. Ce modèle se base sur l’analyse de certaines catégories d’informations : les informations transmises par les sources littéraires (indications sur les modalités et l’époque de la fondation : composition ethnique du groupe colonial, indication de l’œciste, raisons de l’expédition, indications chronologiques et toutes les informations transmises par les auteurs anciens sur une fondation) ; les caractéristiques géographiques (éléments de la topographie de l’établissement, indication des caractéristiques physiques de la zone, si de montagne, de colline ou de mer, distance de la mère patrie, indication des modalités et des routes pour y arriver, indication des éléments géographiques particulièrement importants et significatifs comme la présence de fleuves, d’embouchures de fleuves, de cours ou sources d’eau, possibilités d’installer des mouillages ou des ports, possibilité de contrôler des plaines, proximité de centres indigènes importants) ; les caractéristiques générales de l’établissement (extension du centre urbain, nombre d’habitants, présence de certains éléments urbains et politiques fondamentaux pour la définition de la typologie d’un établissement : emporion, phrourion, polis dépendante, polis indépendante, indications sur son territoire, sur la chôra) ; les indications et les données archéologiques, mais aussi épigraphiques ou numismatiques, utiles pour confirmer les définitions accordées à l’établissement.
Cet examen avait différents objectifs : de faire une liste complète de toutes les colonies et des différents types d’établissements fondés par des colonies, en Sicile et Grande Grèce ; de définir le degré de fondation ; de définir les typologies des colonies et des établissements, sur la base des leurs caractéristiques principales et de leurs vocations fondamentales ; de comprendre les raisons pour lesquelles une colonie a fondé à un moment donné d’autres établissements ou villes ; et sur la base de ces raisons, d’attribuer une vocation fondamentale et, donc, une valeur à la fondation et de comprendre son importance pour sa mère patrie.
D’abord, j’ai pu constater qu’il y a plusieurs degrés de fondation. En fait, si toutes les colonies d’Italie méridionale et Sicile procèdent à la fondation d’une ou plusieurs colonies, ces dernières souvent entreprennent à leur tour des initiatives coloniales. On peut observer que normalement les colonies fondent des colonies de deuxième degré, qui ne continuent pas l’œuvre de colonisation. La seule exception semble représentée par les colonies chalcidiennes, qui procèdent à des fondations secondaires jusqu’au cinquième degré. Les autres Grecs, les Achéens et les Péloponnésiens en général adoptent un système plus simple, avec des fondations jusqu’au deuxième degré.
Evidemment, la complexité de la gradation des fondations n’est pas à mettre en relation à l’appartenance à un ethnos plutôt qu’à un autre. Elle est à mettre en relation plutôt aux possibilités offertes par le territoire au moment de l’installation de la colonie primaire, aux nécessités de cette colonie et à ses projets. Le complexe système des Chalcidiens est vraisemblablement à lier au fait qu’ils arrivent les premiers et qu’ils essayent, donc, d’occuper toutes les positions les plus importantes et stratégiquement intéressantes, selon un projet établi dès le début.
En ce qui concerne la typologie des colonies et des établissements, la catégorie la plus importante est celle des colonies comme poleis, véritables villes grecques, répondant à des caractéristiques urbaines, sociales et politiques bien précises. J’ai considéré surtout les caractéristiques physiques de la ville, qui sont les mieux connues pour l’époque archaïque, grâce surtout aux nouvelles connaissances archéologiques : ses caractéristiques urbaines, le plan, la distribution des espaces publiques, sacrés et politiques, l’organisation des routes et des quartiers, la distribution de l’habitat et des nécropoles. Quand il m’a été possible, j’ai intégré ces informations avec des indications de caractère politique, sur les institutions ou les personnages politiques, ou avec des informations de caractère religieux ou social. Et sur la base des informations rassemblées et à l’aide de l’œuvre de grands spécialistes à ce sujet, j’ai pu donner la définition de poleis à une grande partie des colonies secondaires.
Une autre distinction est résultée immédiatement fondamentale : les poleis peuvent être indépendantes ou dépendantes. Les poleis indépendantes sont des villes qui peuvent naître indépendantes. L’indépendance ne veut pas dire qu’elles ne gardent pas des rapports, surtout culturels, mais aussi économiques, avec leurs mères patries, mais qu’elles sont plutôt libres politiquement et capables aussi de prendre des initiatives de manière autonome, comme celle de nouvelles entreprises coloniales, par exemple.
D’autres villes semblent être dépendantes et devenir libres après, généralement à la suite de conflits, souvent des véritables guerres d’indépendance avec leur mères patries.
Le plus souvent, les colonies de colonies sont des poleis, donc des villes, mais dépendantes.
Cependant, aussi d’autres types d’établissements sont crées comme colonies, mais ils n’atteignent jamais la forme urbaine d’une véritable polis. Il s’agit d’établissements qui sont surtout des emporia ou des épineia, s’ils ont une valeur commerciale prédominante, ou des phrouria, s’ils ont une fonction militaire prononcée. Il s’agit souvent aussi de simples centres, déjà indigènes, qui les Grecs ont fortement hellénisés, souvent en les occupant et les transformant en des véritables fondations grecques.
La typologie de l’établissement ne dépend pas de la gradation des fondations. Parmi les fondations de deuxième degré il y a des poleis indépendantes, mais aussi des établissements qui sont des lieux de passage vers une autre direction. Et parmi les colonies de troisième et quatrième degré, il y a des poleis importantes. L’ordre de fondation, donc, n’est pas significatif et déterminant, mais ce qui compte est plutôt le plan, le projet d’ensemble de la mère patrie, avec les possibilités offertes par la situation géographique et historique. Pour comprendre le projet poursuivi par une colonie grecque et, donc, pour attribuer la juste importance à une certaine fondation, il faut essayer de comprendre et, donc, d’analyser les causes de ce phénomène.
Les causes de la fondation des colonies par des colonies sont multiples et, presque toujours, elles se retrouvent toutes en même temps dans la même entreprise coloniale. Cela rend la situation assez riche et complexe.
L’étude des plans urbains de la colonie fondatrice et de ses colonies m’a permis de constater et de vérifier qu’une colonie fixe toujours dès le début, dès le moment de la fondation, les limites de la ville et souvent il s’agit de limites très amples. Quand la colonie part fonder ses colonies, en tous les cas, elle n’a pas encore occupé l’espace disponible à l’intérieur de ses murs. Et elle n’a pas encore exploité toutes les terres disponibles autour de la ville. L’étude de la chôra des colonies m’a permis de vérifier que, le plus souvent, une colonie part fonder une colonie quand elle doit encore commencer ou terminer l’occupation de tout le territoire environnant disponible.
Donc, il est impossible d’attribuer la cause de la fondation des colonies secondaires à la nécessité de nouveaux espaces pour une population agrandissant.
Par contre, la cause économique est très importante et constitue la raison principale de nombreuses fondations. Cependant, cette cause présente des formes complexes et polyvalentes, qui se manifestent dans la volonté de créer un véritable réseau économique, qui procure l’autonomie complète de la mère patrie et du système par elle crée.
Selon la théorie traditionnelle qui fait de l’économie grecque une économie fondamentalement agricole, les colonies fondent des colonies de peuplement ou agricoles. Toutefois, si on analyse mieux la situation économique des colonies fondées, on peut constater immédiatement que cette définition est, en réalité, très étroite, limitée et limitative par rapport à la situation économique réelle des colonies grecques. L’économie d’une colonie n’est jamais ou seulement agricole ou seulement commerciale. Une colonie peut avoir un caractère prédominant, par exemple une vocation agricole principale, par exemple pour sa position dominant une vaste plaine fertile. Cependant, elle a aussi une vocation commerciale, attesté par la présence de ports, souvent plus d’un port, et par sa position stratégique le long de routes maritimes importantes.
Souvent, les colonies repèrent des points dans des zones qui sont stratégiquement importantes, parce qu’elles permettent le contrôle de plaines et de terres riches et fertiles, mais en même temps elles se trouvent le long des côtes et près de points importants de la côte, ayant la possibilité de mouillages ou de bons ports naturels. Donc, même si elles ne se trouvent pas le long des côtes, elles doivent être liées à la mer ou avoir des bons ports à l’embouchure des fleuves dans les alentours immédiats.
Les positions choisies pour fonder des colonies, donc, possèdent plusieurs qualités, qui les rendent intéressantes pour les colonies fondatrices, car elles leur permettent d’implanter des colonies qui sont complètes d’un point de vue économique. Ces colonies de colonies, donc, ont des caractères économiques très complexes et il est impossible de les définir d’une manière univoque, en les enfermant dans une seule catégorie, qui serait limitative, car trop étroite. _ Souvent la cause stratégique est très importante dans les colonies d’époque archaïque. Très fréquemment les colonies ont la nécessité de fixer une limite précise à la possible expansion d’une ville voisine, souvent une colonie grecque elle aussi. Fréquemment des colonies sont fondées aussi pour définir les territoires de compétence grecque vis-à-vis des populations indigènes ou barbares.
Des raisons différentes, cependant, sont à la base de la colonisation de deuxième degré des siècles Ve- IVe av. J.-C. La colonisation tardive semble répondre mieux à des raisons politiques.
Très rarement il s’agit de colonies fondées par des villes. Néapolis est fondée en 480 av. J.-C. à la suite d’une stasis, suivie à la chute de la tyrannie d’Aristodèmos et à une situation de difficultés sociales et politiques dans la ville. La fondation d’Héraclée par Tarente et Thourioi semble liée aussi à une raison politique, à la volonté de trouver un accord pour le contrôle de la région, autrement impossible à cause des hostilités entre les deux villes grecques.
Le plus souvent il s’agit de colonies fondées par des tyrans. La colonisation des tyrans de Syracuse en Sicile semble liée à la nécessité de déplacer les habitants de villes conquises et de les replacer dans d’autres villes, pour mieux les contrôler. Souvent, il s’agit de la nécessité de placer des mercenaires combattant pour ces tyrans. D’autres causes, la volonté de créer un empire commercial et la recherche de gloire pour soi et pour son propre génos semblent, au contraire, les raisons des fondations de ces tyrans sur la mer Adriatique. En ces cas, fréquemment, les centres crées sont plutôt des établissements ayant une valeur commerciale prédominante, des épineia, qui souvent ont disparu avec le tyran.
Les colonies fondées par des colonies à l’époque archaïque, qui sont celles qui intéressent particulièrement ce travail, donc, servent à leurs mères patries pour créer des réseaux, qui ne sont pas tout simplement ou agricoles ou commerciaux ou économiques ou politiques ou militaires, mais qui réunissent plusieurs caractéristiques. Les colonies fondent des colonies, des établissements de types différents, selon les nécessités pour créer un système complexe de contrôle complet d’un territoire et pour diffuser encore la civilisation grecque.
En effet, on peut observer surtout que la fondation de colonies de la part des colonies grecques est la seule manière de développer la diffusion de la civilisation grecque en Italie méridionale et Sicile. On peut remarquer, en fait, que la colonisation secondaire se substitue à la colonisation primaire, à la colonisation directe de la part de villes grecques. Les deux phénomènes ne coexistent pas, mais l’un semble remplacer l’autre. Quand les différents groupes ethniques grecs ont installé leur colonie en Italie du sud ou en Sicile, c’est à cette colonie de continuer la propagation de la civilisation grecque. Une fois une colonie fondée, les Grecs ne fondent pas d’autres colonies, mais la colonie devient la base de laquelle l’expansion grecque continue dans l’Occident.
Les nouvelles colonies, donc, sont toutes "pensées" et organisées en Occident, même si la Grèce garantie encore une participation de colons de renforts et d’œcistes. Souvent, elles servent également aux villes grecques, qui envoient aussi des groupes consistants de colons et résolvent leurs problèmes de surpopulation. Cependant, les nouvelles colonies naissent d’une initiative qui est entièrement occidentale. Et les nouvelles colonies, fondées par des colonies, sont souvent des villes plus grandes et plus importantes que leurs mères patries occidentales et que leurs mères patries grecques.
La Compagnie universelle du canal maritime de Suez en Egypte, 1888-1956. Une concession française dans la tourmente d’une nation en marche
Lundi 11 décembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Centre Administratif, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Caroline PIQUET soutient sa thèse de Doctorat :
La Compagnie universelle du canal maritime de Suez en Egypte, 1888-1956. Une concession française dans la tourmente d’une nation en marche
En présence du Jury :
Mme ALLEAUME (CNRS)
M. BARJOT (PARIS 4)
M. FREMEAUX (PARIS 4)
M. MARSEILLE (PARIS 1)
M. SAUL (QUEBEC)
Résumés :
Cette étude présente l’histoire de l’une des plus importantes entreprises de l’Égypte contemporaine, la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez, de 1888 à 1956. Cette période correspond à l’émergence de l’État-nation égyptien et à la construction d’une économie nationale. Durant près d’un siècle, l’activité de la Compagnie de Suez se déroule en Égypte et sa concession constitue un véritable domaine privé. Cette présence marque durablement la région de l’isthme de Suez, en particulier dans le domaine du transfert de compétences et de technologies, du bassin d’emploi et des réalisations urbaines. Sous cet angle, l’entreprise peut être envisagée comme un acteur de développement économique de la région. Cependant, l’entreprise adopte un fonctionnement de type colonial et marginalise les intérêts de l’autorité concédante. Le gouvernement égyptien et les groupes nationalistes et syndicaux réagissent en réclamant une gestion nationale de la voie maritime. L’étude de Suez renvoie à l’action de l’État égyptien sur le capital étranger et plus largement aux contradictions de la concession européenne en Égypte.
The study examines the history of one of the biggest firm of Modern Egypt, the Suez Canal Company from 1888 to 1956. This period corresponds in Egypt to the emergence of the Nation-State and the build up of national economy. For over than a century, all the activity of the Suez Company set up on Egypt and its concession was a real preserve. Then, the economic and social impact of this Company on the region was enormous, especially on labour market, technology transfer and urban realisations ; it can be considered as an actor of development of the Suez Isthmus. However, at the same time, the firm adopted a colonial attitude and denied the country any benefit from these infrastructures : the canal had to serve financial and strategic interests, not to serve local economy. In this context, Egyptian government, nationalist and unionist groups demanded return of the canal to national management. Suez reflects the role of the Egyptian State on foreign business and, in the widest sense, the contradictions of the European concession system in Egypt.
Position de thèse :
Ce travail propose d’étudier la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez, de 1888 à 1956, selon une approche nouvelle privilégiant l’étude de cette concession française dans son environnement égyptien, alors que l’historiographie a plutôt mis l’accent sur les aspects diplomatiques et stratégiques liés au canal de Suez. Au cœur de cette recherche, se pose la question de la concession outre-mer, qui représente à la fois un instrument d’expansion européenne et une opportunité de développement. L’interrogation porte en particulier sur la tension entre la logique commerciale de l’entreprise et les notions de service public et d’intérêt général. Le malentendu entre Suez et l’Égypte concerne tout particulièrement la fonction de la concession : Suez défend une mission internationale quand l’autorité concédante l’envisage sous l’angle de l’intérêt national. Ce dernier point s’avère essentiel dans une période de construction nationale : le canal doit participer au développement du pays et à l’émergence d’une économie égyptienne. Pour replacer la Compagnie dans cette dynamique, l’étude fait appel à une méthodologie spécifique relevant à la fois de l’histoire des entreprises, de l’histoire sociale et de l’histoire coloniale. Le plan retenu privilégie l’analyse de cette concession sous trois aspects : un enjeu politique, un lieu de travail et un territoire.
La première partie étudie la Compagnie dans son rapport à l’environnement politique du pays. Le premier chapitre analyse la Compagnie de 1888 à 1918, dans le contexte d’une Égypte soumise à l’occupation britannique. L’entreprise profite de la stabilité de l’Égypte coloniale pour se forger une tradition et acquérir un statut pour le moins particulier : entreprise concessionnaire égyptienne, elle est constituée, depuis 1876, pour l’essentiel de capitaux français et britanniques, avec un siège social installé à Paris. En 1888, la conférence de Constantinople en déclarant le canal de Suez international permet à l’entreprise de se revendiquer d’une mission mondiale, reléguant ainsi sa nationalité égyptienne au second plan. Par ailleurs, l’autorité concédante se fait très discrète et n’inquiète que peu les dirigeants de Suez. Toutefois, la légitimité de l’entreprise auprès de la population demeure bien fragile : une crise politique en 1909 portant sur la prolongation de la concession le souligne et révèle la triste réputation de parasite associée à l’entreprise.
Le second chapitre s’étend de 1918 à 1945, période marquée par la volonté d’indépendance du pays. Prise dans la tourmente d’un nationalisme économique, Suez se fait bousculer par la construction nationale égyptienne. En outre, la Compagnie doit affronter la nouvelle donne politique issue de l’accord anglo-égyptien de 1936 et de la liquidation du système des capitulations. L’autorité concédante est désormais en mesure d’exiger des gestes significatifs de la Compagnie. Cette dernière amorce dès lors une évolution notable de son statut financier et juridique : elle accepte le principe de la redistribution d’une partie de ses revenus tirés du canal et l’entrée d’Égyptiens dans son conseil d’administration. Elle reconnaît en outre sa fonction d’entreprise concessionnaire égyptienne, en admettant la nécessité de recruter et de former des employés nationaux. Toutefois, cette évolution vers une plus grande intégration de la Compagnie dans la société égyptienne se voit bloquée par la Seconde Guerre mondiale. Le canal se trouve de nouveau placé au devant de la scène internationale. Alors que Le Caire espère profiter de la crise pour étendre son contrôle sur l’entreprise, les Britanniques dénient au gouvernement égyptien toutes ses prétentions. Un repli s’effectue alors sur l’entreprise européenne disputée en coulisse entre Britanniques et Français. Cette tension sur la direction de l’entreprise explique, après la guerre, une ferme reprise en main de l’organisation par les Français. En outre, la nouvelle équipe dirigeante brise définitivement la dynamique de collaboration avec l’Égypte effectuée durant les années trente, en réorientant Suez vers une mission internationale et un statut d’exception.
Le troisième chapitre traite des dix dernières années de l’entreprise dans le pays, de 1945 à 1956, lorsque l’Égypte libérale connaît ses ultimes moments, balayée ensuite par l’Égypte militaire. Le pays, depuis les années trente, affirme sa volonté de préparer la transition vers une régie directe. Dans les années cinquante, l’Égypte est en outre placée devant la nécessité de trouver des moyens de financement pour ses projets de développement. Le Caire cherche donc à placer Suez, à l’image des autres sociétés étrangères, dans un processus d’égyptianisation. Cela se traduit pour l’entreprise par l’intensification de la pression de l’État sur sa gestion et sur sa trésorerie. Au début des années cinquante, la Compagnie prend conscience que la possibilité d’un renouvellement de la concession en 1968 est bel et bien enterrée, du moins en l’absence de pression internationale. Elle s’engage par conséquent dans une double stratégie : garder le canal par une offensive diplomatique tout en se préparant à l’éventualité de sa perte. La Compagnie défend son monopole sur le canal par son argument classique de société internationale garante de la navigation et, en parallèle, elle amorce sa mutation financière par une stratégie de placements à l’étranger.
Ainsi, souveraine jusque dans les années vingt, l’entreprise subit l’affirmation du nationalisme égyptien dans les années trente, puis la tourmente des dernières années de l’Égypte monarchique et libérale, pour connaître un renforcement des difficultés sous la période militaire. Cette périodisation ne correspond que peu à sa chronologie économique ; ses revenus dépendent en effet moins de ses rapports avec l’autorité concédante que des fluctuations de l’économie mondiale. Néanmoins, à la fin de la période d’exploitation, le renforcement de l’autorité concédante se fait sentir sur l’évolution de sa rentabilité. Mais ces dernières années correspondent aussi à un grand dynamisme financier avec une amorce d’internationalisation sur les places européennes et américaines.
Dans une seconde partie, la Compagnie est analysée sous l’angle de l’organisation du travail et des hommes de l’exploitation. La monographie sociale de l’entreprise permet de présenter le personnel comme un vecteur de changement de l’entreprise, jouant sur ses évolutions internes et externes, sous la pression de la question nationale. Le chapitre 4 s’attache à l’étude de l’organisation du travail de la Compagnie afin de souligner les spécificités de la main-d’œuvre. Le travail y présente un caractère hétérogène par la multiplicité des chantiers et des personnels. Cependant, on peut y dégager deux organisations dominantes : une première, assez sommaire, sur les chantiers de voirie et de terrassement et une autre, moderne et rationalisée, au sein des ateliers. Cela entraîne une distinction nette entre d’une part une main-d’œuvre sous-qualifiée, majoritairement égyptienne et employée dans le cadre du tâcheronnat et, d’autre part, une population ouvrière qualifiée pour l’essentiel européenne et bénéficiant d’avantages sociaux en tant qu’ouvriers inscrits. Cette distinction est renforcée par la politique de recrutement : la Compagnie privilégie le recrutement à partir de l’immigration d’ouvriers méditerranéens. Cette immigration au caractère permanent dès la fin du dix-neuvième siècle a permis d’assurer la transmission du métier au sein du cadre familial. La formation d’ouvriers spécialisés n’apparaît comme une préoccupation sociale que tardivement, dans les années vingt.
Dans le chapitre 5, il s’agit de voir comment la Compagnie répond aux spécificités de sa main-d’œuvre par une politique sociale paternaliste. Celle-ci est chargée de fidéliser le personnel et de créer un consensus au sein de l’entreprise ; or, ce consensus est progressivement fragilisé par les enjeux de la construction nationale. La politique sociale de Suez est née d’un souci de conserver une main-d’œuvre étrangère, après la désaffection des Égyptiens recrutés dans le cadre de la corvée. De la fin du dix-neuvième siècle au premier conflit mondial, l’entreprise procède à la mise en place d’une législation interne très en avance sur le reste du pays, en accordant un statut avantageux à ses ouvriers étrangers. Durant l’entre-deux-guerres, cette politique sociale connaît à la fois son apogée et ses limites. Le paternalisme triomphant des années vingt repose sur la distinction entre les ouvriers inscrits et non-inscrits. Grâce à cela, la Compagnie assure à la fois la paix sociale et une gestion efficace des coûts de personnel. Cependant, la crise des années trente montre les limites de l’encadrement ouvrier au moment où les préoccupations financières de l’entreprise l’emportent au sein de la direction. Les années trente constituent une période de rupture entre un paternalisme hérité du dix-neuvième siècle et des méthodes de gestion du personnel plus modernes. La Seconde Guerre mondiale représente une nouvelle étape puisque désormais la population égyptienne dépasse la population émigrée au sein du personnel : le consensus entre patrons et ouvriers s’en trouve profondément affecté. De plus, l’intervention de l’État constitue un frein à la politique sociale de l’entreprise. Le discours paternaliste traditionnel s’oriente désormais vers l’action psychologique et la diffusion d’un journal d’entreprise. En dépit de ces mesures, les autorités accusent le modèle social de l’entreprise de se réaliser au détriment des Égyptiens. Elles considèrent désormais avoir un rôle à jouer dans ce qui relevait jusqu’alors des affaires internes de l’entreprise, en particulier le niveau des salaires, la cadence de l’égyptianisation et la formation du personnel.
Le chapitre 6 s’intéresse à l’étude des conflits ouvriers ; ceux-ci replacent l’entreprise dans le cadre de ses relations avec les syndicats et les associations de la région et permettent de mesurer les conséquences de la montée du nationalisme égyptien sur l’entreprise. L’histoire du mouvement ouvrier de Suez est celle d’une rencontre entre les méthodes d’action des ouvriers européens et le nationalisme du personnel égyptien. La configuration du mouvement évolue selon la composition du personnel ouvrier et du contexte politique. Au dix-neuvième siècle, les Européens, alors majoritaires, apportent une tonalité anarcho-syndicaliste au mouvement. Durant l’entre-deux-guerres, un rééquilibrage s’effectue au sein du personnel entre les Européens et les Égyptiens tandis que le nationalisme égyptien devient le sentiment le mieux partagé du pays : le syndicat de la Compagnie associe alors la lutte ouvrière aux inégalités politiques. De leur côté, les ouvriers égyptiens, pour beaucoup non-inscrits dans le cadre, se mobilisent d’eux-mêmes pour revendiquer des droits similaires aux Européens inscrits. Après la Seconde Guerre mondiale, le personnel égyptien constitue l’écrasante majorité du personnel de Suez : l’accent est naturellement mis sur les problèmes spécifiques à cette catégorie. En outre, la Compagnie devient une des cibles privilégiées de la propagande nationaliste. Le personnel égyptien y est sensible et représente désormais un contre-pouvoir au sein de l’entreprise. Dans les dernières années de l’exploitation, les ouvriers ne luttent plus contre l’entreprise mais accompagnent l’action de l’État pour en disputer la direction aux étrangers.
Dans la troisième partie, l’étude s’attache à l’entreprise comme un acteur de développement de la région, en soulignant les ambiguïtés entre concession et colonisation. Suez représente une fusion des idéaux saint-simoniens et francs- maçons avec la pensée libérale, associée à l’expansion de l’Occident chrétien. La Compagnie entend lier son activité d’exploitation du canal à une mission de colonisation : elle entreprend la modélisation de son environnement sur le territoire de sa concession, en érigeant villes, hôpitaux, mais aussi écoles et églises. Le chapitre 7 met l’accent sur la concession de Suez entendue comme un prolongement de l’Empire français, une ambition toutefois contestée par d’autres puissances. Les premiers à s’y opposer sont les Britanniques : leur antagonisme se manifeste surtout dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Avec l’entrée de leurs représentants au sein du conseil d’administration en 1883, l’hostilité franco-britannique s’apaise pour se transformer en une rivalité plus sournoise, mais sans incidence sur le fonctionnement de l’entreprise. Le fascisme, quant à lui, atteint l’entreprise en son cœur en divisant fortement son personnel ; le conflit se joue jusque dans les couloirs du Saint-Siège, avec pour cadre plus général la question de l’influence française et italienne en Afrique orientale. Par ailleurs, la Compagnie s’érige en véritable autorité politique. Elle n’est ni l’instrument de la France, ni celui des Anglais ; mais pragmatique, elle s’appuie sur l’occupation britannique contre le danger égyptien. Après l’évacuation britannique, la Compagnie souligne plus fortement son image d’entreprise française en espérant un soutien des autorités hexagonales. Cela l’entraîne dans une situation paradoxale : elle refuse des liens trop marqués avec la France au nom de son statut international, clé de son indépendance et de sa liberté d’action, tout en affirmant son identité française.
Le chapitre 8 se concentre sur l’organisation de la concession comme un domaine privé de l’entreprise. La Compagnie contribue à développer la région de l’isthme de Suez, bien qu’une tension demeure entre la logique d’extraterritorialité, découlant du statut international du canal, et celle de territoire égyptien. Sur l’ensemble de la période d’exploitation, la Compagnie impulse un élan plus qu’elle ne contrôle le développement de la région : celle-ci se construit de concert avec les populations et les autres activités commerciales et industrielles de l’isthme. Néanmoins, la Compagnie demeure un élément moteur de l’organisation de la région jusqu’à la nationalisation. Elle appose son sceau dans le paysan urbain et poursuit un idéal de société bien organisée.
Le chapitre 9 s’attache à l’entreprise sous sa dimension de colonie française. L’entreprise prolonge la mission de civilisatrice de la France outre-mer à travers sa politique sociale, en favorisant l’installation des missions catholiques et en développant la langue française dans la région. En outre, s’installe une colonie de cadres français qui présente les aspects de la plupart des sociétés coloniales : un style de vie petit bourgeois, des inégalités sociales, la vie entre soi et le culte de la patrie. L’action de la Compagnie encadre cette petite société par une généreuse politique de subventions et contribue à reproduire dans la vie sociale l’organisation de l’entreprise. Mais cette communauté française paraît à bien des égards anachronique après la Seconde Guerre mondiale, tant par rapport à la situation de l’Égypte qu’à celle de l’Europe.
L’étude de la Compagnie souligne ainsi une grande réussite financière qui bénéficie en premier lieu aux actionnaires européens alors que l’État égyptien, malgré les accords passés, demeure le grand perdant. Négligeant sa fonction de concessionnaire, Suez met un point d’honneur à affirmer sa vocation d’entreprise commerciale privée et indépendante. Par conséquent, d’un point de vue politique et financier, l’apport de cette entreprise à l’Égypte s’avère plutôt médiocre ; cette histoire est faite de pressions et de contraintes plutôt que de volonté de collaboration. De plus, l’entreprise fait preuve d’une difficulté d’adaptation aux nouveaux schémas politiques. Après la Seconde Guerre mondiale, la décolonisation est mal appréhendée. Suez vit toujours sur les principes du dix-neuvième siècle : statut d’exception et conférence de Constantinople. Cette adaptation ratée peut s’expliquer par la culture de ses dirigeants issus des milieux coloniaux et par une structure assez rigide, construite sur le modèle des administrations françaises et toujours dirigée depuis Paris. Mais se pose aussi une question de volonté et de choix quant à la stratégie de l’entreprise : Suez n’a jamais voulu se limiter à une entreprise égyptienne comme le prévoient ses statuts ; elle se définit comme une entreprise commerciale internationale. Cette attitude se traduit jusque dans le paysage : la Compagnie prend très vite l’allure d’une société coloniale, sorte de citadelle fermée sur l’extérieur. Toutefois, cette situation mérite d’être nuancée en raison de l’ampleur de son action sociale et de l’aménagement de la région. Aussi peut-on affirmer que la concession de Suez a représenté un moyen de développement de la région et de diffusion technique, mais ceci n’a pu se faire que grâce à la pression et au contrôle exercés par l’autorité concédante à partir des années trente.
La compétence de dessinateur en France au XVIe s. La copie et la perpective
Samedi 20 décembre 2003
9 h 30
Amphi guizot
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Valérie AUCLAIR soutient sa thèse de doctorat :
La compétence de dessinateur en France au XVIe s. La copie et la perpective comme instruments de l’invention
en présence du Jury :
Mme ALLARD (Liège)
M. CORDELLIER (Paris)
M. GUILLAUME (PARIS IV)
M. ZERNER (HARVARD)
La composition nominale dans le "Psautier" de Notker (XIème siècle)
Samedi 29 novembre 2003
9 heures 30
Centre Malesherbes
salle 322
108 Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Delphine PASQUES soutient sa thèse de doctorat :
La composition nominale dans le "Psautier" de Notker (XIe s.) : modèles et fonctions
en présence du Jury :
M. DALMAS (PARIS IV)
M. DESPORTES (PARIS IV)
M. HAUDRY (LILLE III)
M. KLEIN
M. SIMMLER (BERLIN)
M. VALENTIN (PARIS IV)
La compréhension du nom par syntagme prépositionnel en anglais contemporain
Mardi 16 décembre
14 h
Salle des Actes, centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Cécile PREVOST YOUSFI soutient sa thèse de doctorat :
La compréhension du nom par syntagme prépositionnel en anglais contemporain
en présence du Jury :
M. COTTE (PARIS IV)
M. DELMAS (TOULOUSE II)
M. DUCHET (POITIERS)
M. GUIMIER (CAEN)
La conception de la Genèse dans la philosophie présocratique : Parménide et Empédocle
Jeudi 15 décembre 2005
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 421
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Maia TODOUA soutient sa thèse de doctorat :
La conception de la Genèse dans la philosophie présocratique : Parménide et Empédocle
En présence du Jury :
M. JOUANNA (Paris 4)
M. BRISSON (CNRS)
M. LEVET (Limoges)
La condition féminine à travers les écrits des poètes en Espagne (XIIIe-XVe siècles)
Vendredi 19 novembre
14 h
Institut d’etudes hispaniques
31, rue Gay-Lussac, salle 14
Paris 5e
Mme Monique CHEYNEL soutient sa thèse de doctorat :
La condition féminine à travers les écrits des poètes en Espagne (XIIIe-XVe siècles)
en présence du Jury :
Mme CAPDEBUSQ (LIMOGES)
M. DARDORD (PARIS X)
Mme DELPORT (PARIS IV)
Mme MOLINIÉ (PARIS IV)
Mme ROUBAUD (PARIS IV)
La construction du " modèle scolaire " dans l’Europe du Sud-Ouest (Espagne, France, Portugal) Des années 1860 aux années 1920
Vendredi 10 mars 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 223
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Antonio SAMPAIO DA NOVOA soutient sa thèse de doctorat :
La construction du " modèle scolaire " dans l’Europe du Sud-Ouest (Espagne, France, Portugal) Des années 1860 aux années 1920
En présence du Jury :
Jean-Noël Luc, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris IV - Sorbonne
Pierre Caspard, directeur de recherche au CNRS, directeur du Service d’histoire de l’éducation (INRP-ENS)
Jean-Pierre Chaline, directeur de l’Institut d’histoire de l’Université Paris IV - Sorbonne, co-directeur du Centre d’histoire du XIXe siècle (Paris I-Paris IV)
André Encrevé, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris XII
Gilbert Nicolas, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Rennes II
Résumés
La thèse analyse le processus de construction du « modèle scolaire » dans l’Europe du Sud-Ouest (Espagne, France, Portugal), entre les années 1860 et les années 1920. Il s’agit d’un travail d’histoire comparée, qui adopte un regard intermédiaire entre les approches globales, qui prennent le monde comme une unité, et les études nationales qui définissent chaque pays comme un cas. La première partie dresse un état de l’art des recherches historiques (chapitre I) et des nouvelles perspectives de la comparaison en éducation (chapitre II). La deuxième partie définit le « modèle scolaire » (chapitre III), avant d’étudier les questions de la construction des systèmes nationaux d’enseignement (chapitre IV), de l’expansion de l’ « école de masse » (chapitre V) et de la diffusion mondiale du modèle scolaire (chapitre VI). La troisième partie analyse les quatre « piliers » du modèle scolaire et leur concrétisation dans le sud-ouest de l’Europe : la transformation des enfants en écoliers (chapitre VII), le curriculum de l’ « école de masse » (chapitre VIII), le processus de professionnalisation des enseignants (chapitre IX) et la pédagogie comme « discours scientifique » sur l’éducation (chapitre X).
La thèse se termine par une synthèse sur la modernité scolaire, bâtie à partir des récits de voyages et de rapports de missions relatifs aux trois pays (années 1910-1920), puis par une réflexion sur le mouvement de l’Éducation Nouvelle (années 1920-1930) et sur la « crise de l’école » qui préoccupe les sociétés contemporaines depuis le milieu du XXe siècle.
The construction of the “school model” in Southwest Europe
(Spain, France, Portugal)
From the 1860s to the 1920s
This dissertation focuses on the historical shaping of the “school model” in Southwest Europe (Spain, France and Portugal), from the 1860s to the 1920s. It is a comparative historical research that adopts a “middle range” strategy, between the overly generalised world-system approaches and the overly specific historical national cases.
The first section proposes a state of the art of historical studies (chapter one) and comparative researches in the educational field (chapter two). The second section is built around a definition of the “school model” (chapter three) with the following chapters dedicated to the formation of national education systems (chapter four), the spread of mass schooling (chapter five), and the world diffusion of the school model (chapter six). The third section suggests an historical analysis of the four pillars of the school model : the transformation of children into pupils (chapter seven), the mass schooling curriculum (chapter eight), the professionalisation process of teaching (chapter nine), and pedagogy as an expert-discourse on education (chapter ten).
The dissertation ends with an historical interpretation of the school modernity, after an analysis of narratives and report missions among the three countries (1910s-1920s), that paves the way to a discussion of the “progressive education” movement (1920s-1930s) and of the “crisis of schooling” that has inhabited contemporary societies since the middle of the 20th century.
Position de thèse
Cette thèse est atypique. Elle s’inscrit plus dans la tradition de la « thèse sur travaux » que dans la stricte logique de la « thèse unitaire ». En s’appuyant à la fois sur des textes déjà publiés et sur des recherches originales, elle a l’ambition de produire une synthèse sur la construction historique du modèle scolaire. À travers des outils adaptés aux besoins de la comparaison, elle veut analyser la définition et la mise en œuvre de ce modèle dans le sud-ouest européen (Espagne, France, Portugal) pendant les décennies de transition du XIXe vers le XXe siècle (années 1860 - années 1920). À cet égard, elle s’inscrit dans les courants de l’histoire comparée qui cherchent à élaborer les instruments conceptuels et méthodologiques permettant une réconciliation entre l’histoire et la comparaison. L’approche choisie adopte donc les perspectives nouvelles de la recherche comparée, telles qu’elles se sont développées dans les débats historiographiques récents.
Le choix du sud-ouest de l’Europe s’impose en raison d’une proximité géographique (le « cap » que lie la Péninsule Ibérique au continent européen) et culturelle, mais aussi - et c’est plus important - du fait d’un même rapport à la culture scolaire, fondé sur les processus de la Contre-réforme (à partir du XVIe siècle), les réorganisations entreprises à la suite de l’expulsion des jésuites (XVIIIe siècle) et les dynamiques d’édification des États-nations (XIXe siècle). Cette particularité permet d’envisager une histoire comparée définie par une logique de proximité et d’éviter ainsi la gageure d’une confrontation de réalités tellement différentes qu’elle se solde, souvent, par l’illusion de « comparer l’incomparable ».
La justification de l’espace de la recherche requiert un éclairage plus précis. Vu à partir de l’Espagne et du Portugal, notre axe de comparaison s’impose naturellement, nous dirions même « inévitablement ». Ces deux pays sont tous les deux reliés au reste de l’Europe par les Pyrénées. Mais le choix est loin d’être purement territorial. Des liens culturels, historiques et politiques rassemblent - au sens d’unir et de séparer - les trois pays concernés par notre enquête. Vu à partir de la France, l’espace de la recherche apparaît, en revanche, comme une possibilité parmi beaucoup d’autres. Car on peut dire de ce pays qu’il occupe le centre d’une étoile, prolongeant ses rayons dans toutes les directions. Mais l’Espagne, le Portugal et la France font aussi partie d’un univers linguistique, celui de la latinité, qui crée des affinités étendues bien au-delà des aspects communicationnels ou formels. Et, dans le cas de l’enseignement, il est impossible d’oublier le rôle de l’Église catholique, et tout particulièrement des jésuites, dans l’édification de normes et de traditions qui restent bien présentes tout au long du XIXe et du XXe siècles. En tenant compte de ces critères, sans doute aurait-il fallu inclure l’Italie dans l’enquête. Mais les contraintes du temps dont nous disposions et, disons-le franchement, notre méconnaissance de l’histoire de ce pays auraient transformé notre projet en entreprise impossible.
Nous nous intéressons ici à la diffusion mondiale du modèle scolaire en adoptant une perspective historique et comparée. Cette démarche nous conduit à privilégier une approche de portée moyenne, située entre les analyses du système-mondial qui prennent le monde comme une unité, et les regards locaux qui n’arrivent pas à dépasser le cadre des géographies nationales. Le défi représenté par cette recherche, c’est celui de pouvoir adopter une vision qui évite l’excès de généralisation des « pensées mondiales » et l’excès de particularisme des « pensées nationales ».
La sélection de trois pays de l’Europe du Sud-Ouest permet un jeu intellectuel susceptible de renouveler certains courants historiques (par exemple, les travaux de Fernand Braudel, mais aussi de Fritz Ringer ou d’Ernest Gellner), tout en suggérant des explications intermédiaires. Il ne s’agit pas de regarder la forêt ou l’arbre, pour recourir à cette métaphore courante, mais de déplacer l’attention vers des ensembles spécifiques de végétation, en essayant d’expliquer comment elles acquièrent des formes particulières dans le contexte d’une forêt qui possède une certaine unité. Notre objectif n’est pas de comparer directement les cas de l’Espagne, de la France et du Portugal, mais plutôt de considérer cet ensemble de pays en l’inscrivant dans un environnement mondial. C’est dans ce jeu de productions et d’appropriations d’un modèle scolaire par l’Europe du Sud-Ouest, avec tous les processus de formation et de déformation qui en découlent, que veut se définir la pertinence de notre recherche.
Notre analyse historique sur trois pays différents ne s’appuie pas sur trois ensembles de sources d’archives originales. Plus lourde à mette en œuvre, cette démarche aurait aussi posé quelques problèmes méthodologiques. La production historique et la systématisation des documents d’archives tiennent à des traditions nationales qui n’autorisent pas forcément des correspondances entre les trois pays. Notre recherche utilise donc plutôt des sources imprimées, et notamment celles qui s’inscrivent le mieux dans un cadre international : matériaux des expositions universelles, statistiques et rapports internationaux, documents des congrès internationaux et des associations internationales (par exemple, le Bureau International d’Éducation), revues internationales, récits de voyages et rapports de missions à l’étranger. Grâce à ce choix, nous espérons avoir réussi à relier le regard interne, appuyé sur les sources nationales de chaque pays, et le regard extérieur offert par les documents publiés dans un cadre international.
La première partie de ce travail propose un panorama historiographique et méthodologique. Le chapitre I analyse les recherches historiques sur l’éducation, en essayant de reconstituer les phases principales d’évolution de l’historiographie et ses tendances actuelles. Le chapitre II suggère une interprétation des rapports entre l’histoire et la comparaison dans le champ éducatif.
La seconde partie traite de la mise en œuvre institutionnelle du modèle scolaire à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle.
Le chapitre III est consacré à la définition conceptuelle et à l’organisation de ce modèle, dans la longue durée et au cours des années 1860-1920. La compréhension de ces configurations exige d’analyser ce qu’on peut appeler un double élargissement : une expansion de l’encadrement scolaire à tous les enfants et une propagation du modèle scolaire au niveau mondial.
Le chapitre IV analyse le processus de construction des systèmes nationaux d’enseignement, en particulier dans les trois pays du sud-ouest européen. Il débute avec des références à la situation de la fin de l’Ancien Régime pour s’achever à la deuxième moitié du XIXe siècle. Construit à partir d’une synthèse de documents officiels et de matériaux internationaux, il constitue un essai comparatif entre la France, l’Espagne et le Portugal à propos de l’édifice discursif, législatif et administratif qui soutient les systèmes nationaux d’enseignement.
Le chapitre V examine le processus d’expansion de l’ « école de masse » dans le sud-ouest européen en articulation avec son évolution dans le monde. L’observation privilégie ici les rythmes de scolarisation et de pénétration du modèle scolaire dans les trois pays choisis, en utilisant surtout des matériaux statistiques et des rapports sur l’enseignement dans le monde produits au niveau international.
Le chapitre VI s’intéresse à la diffusion mondiale du modèle scolaire entre les années 1860 et les années 1920. Il est construit à partir de l’étude des sections consacrées à l’éducation dans les Expositions Universelles organisées au cours des décennies de transition du XIXe vers le XXe siècle. Jamais exploitée sur une grande échelle, cette source éclaire la circulation mondiale du modèle scolaire et le rôle que l’éducation est appelée à jouer comme symbole du progrès et de la modernité.
La troisième partie de cette thèse resserre le regard sur les quatre piliers du modèle scolaire.
Le chapitre VII décrit la transformation des enfants en écoliers. La production du modèle scolaire suppose la généralisation d’un rapport pédagogique, d’abord à l’enfance, plus tard à la jeunesse. D’une grande complexité, ce processus se concrétise grâce à l’établissement de liens nouveaux à la citoyenneté et au travail. Parallèlement, une vaste panoplie d’instruments et d’outils sont produits par des experts de toute origine (médecins, hygiénistes, psychologues, psychopédagogues, etc.) pour contrôler le corps et l’âme des enfants.
Le chapitre VIII analyse la structure curriculaire et ses formes nouvelles dans le cadre du projet historique de l’école de masse. Étape essentielle de la démonstration, ce chapitre est construit autour de la problématique de l’organisation du temps, de l’espace et de l’action didactique. Il envisage successivement le développement d’une pédagogie centrée sur la salle de classe, l’aménagement d’horaires capables d’assurer un contrôle social du temps, la définition d’un espace progressivement renfermé entre les murs de la salle de classe, la structuration des savoirs en disciplines scolaires, la consolidation de l’enseignement « simultané », qui exige un recours de plus en plus poussé au livre scolaire, et l’émergence d’un nouveau discours et de nouvelles pratiques relatifs à l’architecture scolaire.
Le chapitre IX est consacré à l’approfondissement du processus de professionnalisation des enseignants, élément central pour la compréhension du modèle scolaire. Ce processus se développe sur deux registres. D’une part, l’État renforce sa politique de normalisation et de contrôle des enseignants, notamment à travers la consolidation des écoles normales, qui sont chargées de les discipliner et de les transformer en agents du projet social et politique de la modernité. D’autre part, émergent, au sein de ces établissements et dans des associations, un souci d’affirmation professionnelle et un esprit collectif, qui contribuent à la mutation des profils du corps enseignant.
Le chapitre X étudie la pédagogie en tant que dispositif spécialisé de connaissances et de techniques visant la « transformation des personnes ». L’importance qu’elle acquiert au tournant du siècle s’explique par un développement sans précédents des « technologies de responsabilisation », qui articulent des principes de rationalité et de sensibilité. La pédagogie dite scientifique cherche à devenir « l’oeil de la raison » en introduisant des règles, des attitudes et des comportements prétendument rationnels. Cette intention est indissociable du désir de former un citoyen responsable et même totalement autonome.
À l’issue de cette démonstration sur la construction historique du modèle scolaire répandu à partir des années 1860, il restera à produire une synthèse, élaborée à partir de quelques récits de voyages et rapports de missions, et à élargir le débat en observant comment le mouvement de l’Éducation Nouvelle est l’aboutissement de ce modèle, mais, en même temps, le début d’une remise en cause qui nourrit ce sentiment de « crise de l’école » qui habite les sociétés contemporaines depuis le milieu du XXe siècle.
L’école moderne a été imaginée comme une institution de liberté et de progrès, de citoyenneté (nationale) et d’autonomie du sujet. Mais elle a été ensuite dénoncée comme une institution de contrôle, de normalisation et de reproduction. Le paradoxe est toujours d’actualité, puisque nos sociétés sont confrontées, aujourd’hui, à un problème qu’elles ne parviennent pas à résoudre : après plus d’un siècle d’immenses investissements, sociaux, économiques et politiques, que faire de l’école que ces investissements ont permis de construire ? La pauvreté de certains débats, un peu partout dans le monde, n’illustre-t-elle pas la difficulté de penser l’école comme une construction historique ? Cette recherche sur le développement du modèle scolaire dans le sud-ouest européen au cours de la transition du XIXe vers le XXe siècle contribue à rappeler son historicité, qui est rendue encore plus évidente par l’histoire comparée. Elle permet ainsi de mieux comprendre pourquoi il faut mettre fin à un certain modèle scolaire, consolidé et globalisé entre les années 1860 et les années 1920, puisque ce modèle, historiquement situé, ne peut pas répondre, une fois pour toutes, aux besoins de sociétés qui ne cessent d’évoluer.
La construction du personnage dans l’oeuvre romanesque de Montserrat Roig
Samedi 11 décembre
14 h
Centre d’études catalanes
Bibliothèque, 2e étage
9, rue sainte-Croix de la Bretonnerie
75004 PARIS
Mme Odile COURTOIS BEAUFILS soutient sa thèse de doctorat :
La construction du personnage dans l’oeuvre romanesque de Montserrat Roig
En présence du Jury :
Mme BOYER (PARIS IV)
Mme CHARLON (DIJON)
Mme ROTUREAU (LYON II)
Mme ZIMMERMANN (PARIS IV)
La coopération transfrontalière entre la Hongrie et les états limitrophes
Lundi 15 décembre
14 h 30
Salle des Actes, PIV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Andrea SZEKELYY soutient sa thèse de doctorat :
La coopération transfrontalière entre la Hongrie et les états limitrophes
en présence du Jury :
M. ENYEDI
Mme HOTYAT (Paris IV)
M. MESZAROS (Sénégal)
M. SANGUIN (PARIS IV)
La correspondance de L.-F. Céline : analyse d’une écriture en relation avec l’oeuvre littéraire
Samedi 6 décembre
9 heures 30
Institut océanographique, petit amphithéâtre
195 rue Saint Jacques
Paris 5e
Mme Sonia ANTON soutient sa thèse de doctorat :
La correspondance de L.-F. Céline : analyse d’une écriture en relation avec l’oeuvre littéraire
en présence du Jury :
M. CRESIUCCI (ROUEN)
M. GODARD (PARIS IV)
Mme ROUAYRENC (TOULOUSE II)
La coutume dans les romans de chevalerie en France au Moyen Age (XIIe - XIIIe siècles)
Samedi 15 mai
9 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Sébastien BOUMRAR soutient sa thèse de doctorat :
La coutume dans les romans de chevalerie en France au Moyen Age (XIIe - XIIIe siècles).Etude historique, anthropologique et littéraire
en présence du Jury :
Mme BAUMGARTNER (PARIS III)
Mme CHENERIE (TOULOUSE III)
Mme FERLAMPIN-ACHER (RENNES II)
Mme LEONARD (TOULON)
M. MENARD (PARIS IV)
La Création du monde dans "Le Miroir des Limbes" d’André Malraux"
Lundi 5 avril 2004
13 h 30
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Claude PILLET soutient sa thèse de doctorat
La Création du monde dans "Le Miroir des Limbes" d’André Malraux"
en présence du Jury :
M. GODARD (PARIS IV)
M. LARRAT (CAEN)
M. LECARME (PARIS III)
M. TADIE (PARIS IV)
La criminalité en Nouvelle Espagne (Les lois, les délits et les peines)
Mardi 12 décembre 2006
14 heures
A la Maison de la Recherche, Salle D116, 1er étage
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Nathalie FERREIRA soutient sa thèse de Doctorat :
La criminalité en Nouvelle Espagne (Les lois, les délits et les peines)
En présence du Jury :
Mme BERNAND (PARIS 10)
M. CLEMENT (PARIS 4)
M. DUVIOLS (PARIS 4)
M. JOSEPH (PARIS 10)
Résumés :
De la découverte du Nouveau Monde à nos jours, l’imagination collective a souvent peuplé les Indes Occidentales de monstres sanguinaires, défiant toute raison, ou de bons sauvages, ignorants de toute faute. Or, les crimes et les délits, du début jusqu’à la fin de l’époque coloniale, ne présentent aucun semblant d’exotisme digne des représentations européennes. Pas de cas d’anthropophagie, ni d’actes barbares, seule une criminalité similaire à celle des autres sociétés avec quelques particularités coloniales. Alors que les délits liés à la terre et aux biens racontent l’inévitable incompréhension entre l’Espagnol et l’Indien, les crimes sexuels trahissent, quant à eux, l’illégitimité dans laquelle vivaient les habitants de la colonie. Rigueur des lois, indulgence des juges, abus des autorités locales, clientélisme, autant d’éléments qui participèrent à la criminalité de la Nouvelle-Espagne.
From the discovery of the New World to our days, collective imagination thought the West Indies to be people by thirsty cruelty was behond reason or by primitive people devoided of a sense of guilt. Now, crimes and offensives, from the begining until the end of colonial area, downsit exotic representations of europeans, there was neither canibalism nor barbaric acts, but the same type of criminality, which only displayed from colonial indiosincrasies, as in other society. Where as crimes related to land and property tell off the inavoidable incomprehension between spaniors and indigenous people, sexual offensive are proof of the lowless state. In which people of the colony leaved severity of the laws, leniency of the judges miss use of authority, clientelism, are main treatures of New Spain’s criminal history.
Position de thèse :
De la découverte du Nouveau Monde à nos jours, l’imagination collective a souvent peuplé les Indes Occidentales de monstres sanguinaires, défiant toute raison, ou de bons sauvages, ignorants de toute faute. Or, les crimes et les délits, du début jusqu’à la fin de l’époque coloniale, ne présentent aucun semblant d’exotisme digne des représentations européennes. L’étude de la criminalité en Nouvelle-Espagne peut donc sembler, pour beaucoup, frustrante. À la fois, à cause de sa définition intrinsèquement similaire à toutes les sociétés contemporaines mais aussi en raison du caractère accablant du Droit colonial espagnol. À l’identique de la société coloniale, le Droit des Indes, vaste et complexe, ne peut être compris, dans sa diversité, qu’à travers l’examen particulier de toutes ses sources. Et malgré la richesse des grands textes juridiques et des nombreuses et incontournables compilations de lois, cela ne suffit pas pour retracer le cadre complet du panorama criminel de la Nouvelle-Espagne. Or, jusqu’à présent les travaux portant sur l’étude des conduites coupables de la société coloniale, ne se sont faits qu’à partir de l’histoire de ses institutions judiciaires. Pourtant, le comportement délinquant est avant tout un phénomène socio-politique qu’il convient d’étudier dans son contexte social, politique et culturel.
La documentation judiciaire présente dans les archives historiques offre une perspective du droit colonial et de son administration quotidienne plus complète et moins abstraite. En désaccord avec l’idéal législatif incarné dans les grands textes de lois, la pratique judiciaire des procès met en évidence les multiples interprétations erronées ou incomplètes qui illustrent l’historiographie du Droit des Indes. L’étude des archives judiciaires permet, en outre, d’approcher d’un peu plus près le discours de ceux dont la voix ne traversait pas les murs du temps : le criminel, sa victime, mais aussi tous ceux qui furent appelés à témoigner ou à intervenir dans le processus pénal. Le discours unanimiste des détenteurs du pouvoir, loin d’être superflu, ne permet tout simplement pas d’appréhender la réalité historique de l’époque et de la société coloniale. Sa tendance à isoler l’élément criminel et à le considérer la cause de la décadence sociale, pervertit la réalité du crime. Seule la vision « du bas » et sa confrontation au discours officiel peuvent aider à interpréter les valeurs d’une autre époque. Cependant, ce n’est qu’au travers des institutions que cette vision limitée a pu se manifester. Le mélange du particulier avec le général permet d’entrevoir la véritable histoire de la criminalité en Nouvelle-Espagne. Il n’est pas essentiel pour cela d’établir des recensements ni des statistiques qui ne serviraient qu’à se perdre davantage dans des erreurs d’interprétation historique. Le caractère casuiste de la justice coloniale, tout comme l’arbitraire des juges ou encore l’effort particulier de chaque gouvernant, ajouté à l’organisation progressive de l’appareil de justice et biens d’autres facteurs, comme le chiffre noir de la criminalité ou la justice immédiate, ne permettent pas d’ établir une étude sérielle des délits. En outre, c’est dans le langage humaniste, dans l’expression des mentalités que s’inscrit ce travail. C’est d’abord la complexité du réel américain que l’on tente ici d’explorer. Pour cela, il a semblé essentiel d’intégrer la particularité du procès dans le panorama général de la vie quotidienne des habitants de la colonie espagnole.
Les procès étudiés s’articulent donc autour de trois grands thèmes fondamentaux à toutes les sociétés : les relations de travail, les relations intimes et les relations politiques : soit la vie sociale, familiale et publique. Après avoir délimité le contexte légal immédiatement antérieur à la période coloniale, autant sur le continent américain que dans la métropole, et s’être attardé sur les particularités de la justice coloniale, cette étude prétend se plonger dans la vie quotidienne des habitants de la colonie à travers leurs délits et leurs crimes. Sans limites d’espace ni de temps, si ce n’est celles des procès, la perception de cette société particulière n’en est que plus libérée et plus proche de la réalité coloniale. Ainsi, les limites dans le temps apparaissent d’elles-mêmes et alors que le début de la colonie fut essentiellement marqué par les conflits ayant pour thème principal la terre, le siècle suivant fut témoin de l’épanouissement des mœurs coloniales, illustré par la multiplication des affaires concernant les crimes sexuels. Deux parties mais aussi deux problématiques sociales qui amenèrent inéluctablement la mise en place, en dernier lieu, d’une organisation judiciaire plus efficace mais dont la rigueur annonçait déjà la fin de l’étape coloniale.
La consultation systématique et acharnée du fond criminel, très peu sollicité, a permis d’établir une hypothèse confirmée par le rattachement temporaire de l’Audience de Guadalajara à celle de Mexico, à certains moments de son histoire. En effet, il est probable que les procès conservés au sein du fond « Criminal » de l’Archivo General de la Nación, soient, en fait, pour la plupart, des procès de seconde instance de l’Audience de Mexico. L’étude de la criminalité à partir de cette perspective suppose dès lors une approche différente. Le recours d’appel suggère, en effet, l’intervention d’affaires graves ou bien l’opposition à l’appareil de justice locale. Cependant, la Real Audiencia de Mexico servit également de première instance aux Indiens.
Tous ces facteurs d’une justice aux frontières instables et aux juridictions multiples justifient la liberté de temps et d’espace donnée à cette étude. La véritable mesure de l’évolution criminelle s’inscrit bien davantage dans la définition du concept de délit propre aux différentes étapes de l’époque coloniale. Déterminée par la société humaine, et plus particulièrement par la classe dominante espagnole, la singularité des crimes et des criminels de la colonie résida dans l’inadéquation des définitions transplantées dans un univers particulier, celui du Nouveau Monde. Alors que les délits et les peines sont définis comme tels par la société qui les engendre, les habitants de la colonie furent sanctionnés par rapport à un contexte social qui n’était pas le leur. En marge des lois, ils développèrent alors un mode de vie parallèle, où les comportements illégitimes s’étendirent à tous les niveaux de la société. Inévitable et évident dans les délits de mœurs, cet éloignement du modèle imposé se transforma en véritable refus parmi les classes qui ne pouvaient pas profiter de faveurs particulières. Ce refus donna naissance parmi les plus défavorisés aux tumultes et aux rébellions qui ponctuèrent la vie coloniale de la Nouvelle-Espagne.
La loi et l’ordre reflétèrent en Nouvelle-Espagne le pouvoir relatif des classes, tout comme l’inévitable recours au crime et à la violence des moins favorisés en réponse à leur position marginale à l’intérieur de la structure sociale coloniale. Néanmoins, la motivation derrière la conduite déviante en Nouvelle-Espagne ne peut être déterminée qu’avec un faible degré de certitude. Par contre, les vices d’une administration judiciaire en phase d’adaptation, liés à un contexte géographiquement et socialement différent de celui de la métropole ne sont pas étrangers à la multiplication des délits. Cependant, il ne faut pas uniquement remettre en question le rôle des autorités. En effet, les erreurs commises dans l’application de la justice en Nouvelle-Espagne ne sont pas celles d’une institution en particulier mais plutôt celles d’une époque en général. Si l’on considère la criminalité et l’application de la justice à la même époque dans d’autres royaumes, d’évidentes similitudes apparaissent. On ne peut pas dire qu’une forme de délit en particulier fut propre à la Nouvelle-Espagne, ni que le système judiciaire fut entièrement différent d’un autre. On ne trouve aucun cas de coups et blessures pour différences ethniques, ni aucun cas d’homicide pour anthropophagie.
Les résultats essentiels de cette étude, basée sur les procès criminels, font tomber deux grands mythes de la colonisation espagnole. La soif de richesse de la Couronne espagnole a souvent été décrite comme une véritable démesure emprunte d’une effroyable cruauté. Les procès étudiés montrent, en effet, que la Couronne imposa dès qu’elle le put des peines pécuniaires et qu’elle prêta une attention toute particulière aux affaires dans lesquelles elle avait un intérêt financier. Cependant, elle chercha dès le début de la colonie à protéger la population indienne. Elle lui accorda non seulement un statut particulier censé la protéger de la rigueur des lois, mais de plus, elle rappela continuellement à ses juges la modération avec laquelle ils devaient punir leurs délits. De nombreux procès montrent même la réprobation du comportement autoritaire de certains fonctionnaires de la justice. Allant jusqu’à les démettre de leurs fonctions ou à les condamner à l’exil. Il n’est donc pas possible de parler d’exploitation démesurée de la part de la Couronne espagnole, dont la principale erreur fut surtout d’accorder un statut juridique différent à l’Indien, ne lui donnant pas les meilleures armes pour se défendre. L’abus et les mauvais traitements exercés sur les communautés indiennes sont, néanmoins, indéniables ; la participation des autorités locales, aussi. Toutefois, les décisions de la justice royale concernant ces abus furent le plus souvent impartiales. Elles ne montrent que très rarement une sentence au profit du fonctionnaire abusif. Ceci ne signifie en rien que les excès soufferts par les Indiens cessèrent au moment du verdict, quoiqu’il fut en leur faveur.
Malgré les tentatives de protection ou de défense de la Couronne, c’était l’administration de la justice locale qui était entièrement pervertie. Les relations des petits fonctionnaires avec les propriétaires des haciendas et tout le réseau du clientélisme basé sur une échelle de valeurs de type aristocratique et féodal, octroyèrent les éléments fondamentaux à l’exploitation de l’Indien. Sur le modèle des sociétés médiévales mais aussi modernes, l’exploitation des masses, représentées dans la colonie par les Indiens, n’avait rien d’inhabituel. D’ailleurs, la hiérarchisation de la société coloniale, en classes et non en races, comme l’affirment de nombreux auteurs, montre bien que la noblesse fut un élément majeur d’intégration et d’accès aux privilèges. Alors que diverses études placent l’Indien tout en bas de l’échelle sociale coloniale, les procès montrent que la noblesse fut davantage le critère de classification. Ainsi, un grand nombre de procès témoignent de la participation volontaire des Indiens nobles, placés par la Couronne à la tête des communautés indiennes, à l’exploitation de l’Indien sans titre de noblesse. Intégrés dans le système des faveurs et des privilèges, les Indiens principales firent partie de ces fonctionnaires qui disposaient arbitrairement de la main d’œuvre indienne pour la vendre dans les haciendas ou qui participèrent activement aux abus et aux mauvais traitements exercés sur le macehual. L’absurde de la situation voulait que la justice royale ne dispose pas de lois pour défendre l’Indien exploité de l’Indien noble.
Les autres éléments d’intérêt issus de ces travaux de recherche concernent l’application de la justice présente dans les procès. Contrairement aux idées préconçues qui attribuent au juge de la justice civile, à l’identique de l’Inquisiteur, un caractère dur et intolérant face aux crimes, sans indulgence vis à vis des délinquants qui ne méritent que toute la rigueur des peines, les procès étudiés montrent un juge extrêmement complaisant. Alors que les sanctions fixées dans les textes de lois étaient particulièrement sévères, les peines appliquées par les juges de la colonie furent en général les plus légères. À de rares exceptions près, l’arbitraire des juges, loin d’être un élément de répression, fut davantage marqué par le caractère instructif et d’avertissement appliqué à cette société nouvelle. Les juges de la colonie furent d’ailleurs précurseurs dans l’application de certaines peines, suggérées à la fin du 18ème siècle par de grands juristes européens.
C’est du reste tout le système procédurier qu’il est possible de voir évoluer au fil des procès étudiés. Les plaidoiries fixées, au départ, par un modèle préétabli devinrent chaque fois plus élaborées tout au long de cette période coloniale. Quelques procès se distinguent par leur défense recherchée et dénoncent la procédure judiciaire, en mettant en évidence les vices de forme et non plus les arguments du procès. Cette évolution marque un changement profond dans la pensée juridique de la colonie. Elle annonce la multiplication des criminels absous pour cause du non respect de la procédure légale et par conséquent un attachement plus fidèle au respect du Droit.
La crise de la culture en Allemagne durant la 1e moitié du XXe siècle. C. G. JUNG "Kulturphilosoph"
Lundi 29 novembre 2004
14 h
Centre Malesherbes, salle 344, 3e étage
108 bd Malesherbes
75017 PARIS
Mme Véronique LIARD BRANDNER soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
La crise de la culture en Allemagne durant la 1e moitié du XXe siècle. C. G. JUNG "Kulturphilosoph"
En présence du Jury :
M. COLOMBAT (PARIS IV)
M. FAIVRE (EPHE)
Mme MAILLARD (STRASBOURG II)
M. MALKANI (LYON II)
M. VALENTIN (PARIS IV)
La critique des traditions arabo-musulmane et gréco-occidentale par Adonis et Yves Bonnefoy
Jeudi 6 octobre 2005
14 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Ines HORCHANI soutient sa thèse de doctorat :
La critique des traditions arabo-musulmane et gréco-occidentale par Adonis et Yves Bonnefoy
En présence du Jury :
M. BRUNEL (Paris 4)
M. DEHEUVELS (INALCO)
M. JACKSON (Genève)
M. PAGEAUX (Paris 3)
La Croatie, nouvel Etat européen. Essai de géographie politique
Mardi 8 juin
14 h
Salle Louis Liard
Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Emmanuelle LE BRUN CHAVEN soutient sa thèse de doctorat :
La Croatie, nouvel Etat européen. Essai de géographie politique
en présence du jury :
Mme PAGNINI (Trieste)
M. ROKSANDIC (UNIVERSITE)
M. ROUX (TOULOUSE II)
M. RUPNIK (IEP PARIS)
M. SANGUIN (PARIS IV)
La croisade slave : guerre, culture et mémoire en Russie et dans les Balkans, 1876-1914
Vendredi 27 mai 2005
14 heures
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Ilia PLATOV soutient sa thèse de doctorat :
La croisade slave : guerre, culture et mémoire en Russie et dans les Balkans, 1876-1914
En présence du Jury :
M. CONTE (Paris 4)
M. PIKE (Uni Améric)
MME SCHERRER (EHESS)
MME TROUBETZKOY (Versailles)
La croisade slave : guerre, culture et mémoire en Russie et dans les Balkans, 1876-1914
Vendredi 27 mai 2005
14 heures
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Ilia PLATOV soutient sa thèse de doctorat :
La croisade slave : guerre, culture et mémoire en Russie et dans les Balkans, 1876-1914
En présence du Jury :
M. CONTE (Paris 4)
M. PIKE (Uni Améric)
MME SCHERRER (EHESS)
MME TROUBETZKOY (Versailles)
La diffusion iconographique des mythes fondateurs de rome dans l’occident romain
Samedi 26 novembre 2005
14 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Alexandra DARDENAY soutient sa thèse de doctorat :
La diffusion iconographique des mythes fondateurs de Rome dans l’Occident romain
En présence du Jury :
M. BALTY (Paris 4)
M. BRIQUEL (Paris 4)
M. LAVAGNE (EPHE)
Mme ROUVERET (Paris 10)
M. SAURON (Paris 4)
Résumés
Cette thèse offre une étude des interactions entre la signification de l’iconographie des primordia Urbis dans la sphère publique et son interprétation dans la sphère privée. Elle vise ainsi à identifier les motivations de l’emploi de l’image des mythes fondateurs de Rome de la part d’un homme politique, comme d’un simple particulier. A la suite d’une étude chronologique de l’emploi des thèmes au centre du pouvoir, la question de leur réception dans l’espace de la cité provinciale et dans la sphère privée, domestique et funéraire, est envisagée. L’analyse montre ainsi une forme d’imitatio des puissants : les particuliers, ayant déchiffré les circonstances de l’utilisation politique de ces images, en faisaient une utilisation adaptée à leur situation et à leurs ambitions personnelles. Les témoignages montrent, par ailleurs, que ces images étaient avant tout utilisées comme un instrument de légitimation.
Iconographical Diffusion of Rome’s founding myths in the Western Roman Empire
This thesis aims to study interactions between the significance of Primordia Urbis’ iconography within the public sphere and its interpretation within the private sphere. It attempts to identify the motivations in the use of Rome’s founding myths’ images, by politicians as well as by simple civilians. After chronologically studying the way those themes were used, in Republican times and on behalf of the emperors, the question of their reception within the space of the provincial city and in the private, domestic and funeral sphere, is to be considered. The analysis therefore shows a brand of imitatio by the greats : ordinary people, having deciphered the circumstances in which those images were politically used, adapted them to their own situations and ambitions. The testimonies show, additionally, that these images were used, above all, as an instrument of validation.
Mots clés : Image ; iconographie ; politique ; propagande ; légitimation ; primordia Urbis ; origines de Rome ; empire romain ; sphère publique ; sphère privée ; domestique ; funéraire ; héros fondateur ; élites locales.
Position de thèse
La direction des services automobiles aux armées et la motorisation des armées françaises (1914-1919)
Vendredi 12 mars 2004
14 h 30
Salle des Actes, centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Rémi PORTE soutient sa thèse de doctorat
La direction des services automobiles aux armées et la motorisation des armées françaises (1914-1919)vues au travers de l’action du commandant Doumenc
en présence du Jury :
M. BECKER (PARIS X)
M. DELMAS
M. FREMEAUX (PARIS IV)
M. JAUFFRET (AIX)
M. LUC (PARIS IV)
La doctrine trinitaire de Nicéphore Blemmydès (1197-1269) . Histoire, édition critique et commentaire des textes théologiques
Mercredi 8 décembre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Michel STAVROU soutient sa thèse de Doctorat :
La doctrine trinitaire de Nicéphore Blemmydès (1197-1269) . Histoire, édition critique et commentaire des textes théologiques.
En présence du Jury :
M. BLANCHARD (ICP Paris)
M. BOBRINSKOY (INSTITUT)
M. FLUSIN (PARIS IV)
M. HOLZER (ICP Paris)
M. LE BOULLUEC (EPHE)
M. LOSSKY (PARIS X)
M. MUNITIZ (BIRMINGHAM)
M. MUNNICH (PARIS IV)
La domesticité en Toscane aux XIVème et XVème siècles
Samedi 8 juillet 2006
14 heures
Genève
Mme Monica BONI soutient sa thèse de doctorat en cotutelle avec l’Université de Genève :
La domesticité en Toscane aux XIVème et XVème siècles
En présence du Jury :
M. DELORT
M. GORINI (Lasapienza)
M. PARAVICINI BAGLIANI -Lausanne)
M. TILLIETTE (Genève)
M. VERGER (Paris 4)
Résumés
Aux XIVe-XVe siècles la population domestique toscane est composée de libres et de non libres : à savoir des esclaves venus principalement d’Orient, ainsi que des individus, ceux-ci indigènes, de condition libre depuis leur naissance. Une domesticité essentiellement féminine. Par ailleurs il est très difficile de distinguer, d’après le seul vocabulaire, dans les textes des XIVe et XVe siècles, en latin comme en toscan, esclaves et serviteurs (libres).
Grâce aux documents (en grand nombre inédits) commerciaux, financiers, publics ... mais aussi aux sources littéraires, il est possible de tracer un tableau novateur de la domesticité toscane. Pour les esclaves : origine, caractères somatiques, particularités physiques, sexe, âge, prix ... et, surtout, leur insertion dans la société de l’époque, en concurrence ou en association avec les domestiques d’origine non servile. Pour les libres : provenance, salaires, durée de l’emploi, tâches requises .... Hormis les traits somatiques et l’appartenance linguistique, les différences sont difficiles à cerner et la frontière entre les esclaves et les serviteurs libres devient de plus en plus floue ; tandis qu’en parallèle apparaît une nouvelle catégorie de domestiques, officiellement libre, mais encore d’origine étrangère : les esclaves d’hier ! Qui se mêlent et se confondent aux domestiques de toujours : d’origine locale et libres depuis la nuit des temps.
In the XIV-XV centuries, the domesticity population in Tuscany is composed of free and non-free : i.e. slaves originating mainly from the Oriental countries as well as natives, born free. Domesticity is essentially female. Moreover, it is extremely difficult to distinguish, taking as sole basis the language in the texts of the XIV and XV centuries - in latin or tuscan - whether we are in presence of slaves or servants (free).
Thanks to financial, commercial or public documents (a large amount unpublished) but also to literary sources, it is possible to draw an innovating picture of tuscan domesticity.
For the slaves : extraction, somatic aspects and physical characteristics, value and above all how their insertion in contemporary functions and whether they compete or associate with servants of non-servile origin. For those born free : origin, salary, type and duration of work .... Apart from physical characteristics and linguistic origin, it is difficult to outline the differences, and the frontier between slaves and free servants becomes increasingly tenuous, whilst appears simultaneously a new category of servants, officially free but nevertheless of foreign origin : yesterday’s slaves ! These mix and can be confused with the usual domestics : of local extraction and free for time immemorial.
Position de thèse
Le sujet de la thèse porte sur l’étude de la population domestique, composée de libres et de non libres. Il est néanmoins utile de préciser que les ouvrages consacrés à l’étude de l’esclavage se focalisent, en grande majorité, sur l’antiquité et sur l’époque moderne. Rarement il est fait mention de la vague d’esclaves principalement venus d’Orient qui déferle sur les villes côtières ainsi que sur les îles de toute la Méditerranée, au moins du XIIIe au XVIe siècle. Ce phénomène atteint aussi la Toscane pendant le XIVe et le XVe siècle. Par ailleurs il est très difficile de distinguer, d’après le seul vocabulaire, dans les documents des XIVe et XVe siècles, en latin comme en toscan, esclaves et serviteurs (libres). L’esclave mâle est dit sclavus, mancipium et la femme ancilla, sclava mais la formule courante est sclavus et servus, ou serva vel ancilla. En revanche dans la littérature, de Dante à Machiavel, à côté de rarissimes schiavi, schiave on rencontre plutôt des servi, serve qui peuvent être des serviteurs (embauchés) autant que des esclaves (achetés ou capturés).
L’étude de documents d’archives, en grand nombre inédits, est susceptible d’exploitations exhaustives et d’interprétations nouvelles pour approfondir le problème des esclaves toscans aux XIVe et XVe siècles.
Avec l’accord des deux directeurs de thèse il a été envisagé de combiner les sources littéraires, les écrits des marchands toscans à la suite de la thèse de Monsieur le Professeur Christian Bec, les archives proprement commerciales encore inédites, les très précieux et intéressants documents notariés (contrats de vente ou d’achat), ... l’inestimable Registre des Esclaves (1366-1397) égaré depuis des décennies dans les dépôts de l’Archivio di Stato de Florence et retrouvé grâce à la persévérance de Monsieur le Professeur Robert Delort, sans pour cela oublier l’exceptionnel Catasto de 1427-1428 qui recense tous les Toscans vivant à cette date (avec la composition des familles, l’âge, l’occupation, la richesse, ainsi que des centaines d’esclaves et de domestiques) et dont on trouve les centaines d’énormes folio à Florence comme à Pise, à la suite de Madame Christiane Klapisch et de Monsieur David Herlihy. Tout aussi importants, même si bien souvent incomplets, sont les différents Catasti florentins, dont on n’a retenu que ceux de 1457-1458 et de 1480, car des sondages précédents dans la totalité des Catasti florentins (1427-1428 ; 1429 ; 1430 ; 1433 ; ... 1457-1458 ; 1460 ; 1480 ; 1486-1487) nous ont montré l’ampleur mais aussi la relative stérilité de la tâche : dépouiller des dizaines de milliers de folios nous amènerait à la découverte de milliers d’esclaves et de domestiques, dont l’étude demanderait plusieurs vies de chercheurs. C’est pour cette raison que nous avons préféré limiter notre champ de recherches aux seuls Catasti de 1427-1428, 1457-1458 ; 1480, et mener ensuite une étude comparative des données obtenues à trente puis à cinquante-trois ans d’intervalle.
A Prato l’Archivio di Stato comporte essentiellement l’extraordinaire fonds Datini. Esclaves et domestiques y sont légion mais il est difficile de consulter de manière exhaustive les 153’000 lettres et les 583 registres qui y figurent entre le milieu du XIVe et 1410. Pour les esclaves ont été consultés outre les Campioni (c’est-à-dire les registres résumant l’ensemble des opérations commerciales de chaque filiale) de Barcelone, Majorque, Valence, Gênes et Pise, les Quaderni di balle, les Mercanzie, les Spese di casa, le Quaderno di spese di casa di Francesco di Marco proprio, le Quadernaccio di ricordanze di Francesco di Marco proprio. Particulièrement féconds, et qui compensent les recherches infructueuses dans de nombreux registres, sont tout d’abord les Campioni cités ci-dessus, qui signalent un nombre considérable d’esclaves, ainsi que les Spese di balle e di mercanzie di Pisa pour les années allant de 1382 à 1386, de 1383 à 1386 et de 1389 à 1392 ; on y trouve en effet évoqués, parmi les nombreuses balle et les différentes mercanzie 15 esclaves. Pour les domestiques ont été consultés, outre les Campioni de Pise ; de Prato et de Florence, les Spese di casa pour Pise ; pour Florence ; ainsi que pour la Casa propria. Outre aux renseignements concernant le prénom, le salaire, l’âge, ... le fonds Datini nous permet d’accéder à des informations relevant de la vie quotidienne, de l’intimité, mais aussi des conditions particulières auxquelles sont soumis les salariés de l’époque ... Des renseignements que les Portate du Catasto, rédigées par les contribuables eux-mêmes dans le toscan qu’ils écrivent (ou font écrire par des notaires ou des scribes), ne peuvent fournir que sporadiquement et que les Campioni, extrêmement résumés et concis, ne pourront jamais nous révéler.
Sur la base de ces dépouillements (ainsi que d’autres menés dans les différents archives et bibliothèques de la région) il est possible de rappeler et approfondir des problèmes d’ordre commercial et social, ce qui n’a jamais été fait pour la Toscane, dans la mesure ou l’Archivio di Stato de Prato et divers documents des Archivi di Stato de Florence, de Pise, de Lucques, de Sienne et d’ailleurs n’ont pas été étudiés dans le détail. Pour les esclaves : origine, caractères somatiques et particularités physiques, sexe, prix, liens familiaux sauvegardés, mariage, âge, prénom (chrétien ou non), enfants ; mais aussi, et surtout, leur insertion dans la société toscane, en concurrence ou en association avec les servantes, les serviteurs, les domestiques d’origine non servile, les ouvriers de l’agriculture ou de l’artisanat, ...
Lors de l’une des dernières campagnes d’archives florentine il a été possible de découvrir de nouveaux (et inattendus) éléments, qui venaient se greffer à la recherche initiale et demandaient à être approfondis. C’est pour cette raison que, cinq mois durant, nous nous sommes consacrés à plein temps au dépouillement ponctuel des Portate du Catasto de 1457-1458 : 40 registres, contenant plus de 1’100 folios chacun, pour un total de presque 45’000 folios.
Grâce à ce dépouillement il est apparu clairement à quel point ce milieu de siècle est une période de transition entre l’apogée et la fin de l’esclavage domestique. On assiste à une augmentation de l’esclavage par le biais de nouvelles appellations : anime, raugee, schiavone, fanciulle ... à savoir une main-d’œuvre essentiellement féminine acquise pour une durée déterminée avec, souvent, promesse d’affranchissement à la clé. Plus précisément la comparaison entre les données (connues) de 1427 et celles de 1457 est révélatrice d’une réalité non seulement insoupçonnée, mais qui contredit ce qui avait été imaginé et affirmé jusque-là : le phénomène de l’esclavage domestique toscan au lieu de s’estomper ne fait qu’augmenter, voire il a presque doublé, et la frontière entre la domesticité des libres et celle des non libres devient de plus en plus floue. La comparaison initiale, celle entre le Registro degli Schiavi de Florence (irremplaçable pour les deux premières années : 1366-1368) et le Catasto de 1427, démontrait que, en l’espace de 60 ans, le nombre de têtes composant le cheptel était resté quasiment inchangé mais il indiquait, inexorablement, le vieillissement du troupeau (la moyenne d’âge passant de 18-20 ans à 25-30 ans).
Ce qui était vrai en 1427-1428 ne l’est plus 30 ans plus tard !
En 1457 on continue à acheter de la main-d’œuvre servile venant d’ailleurs mais le mode a changé. Aux acquisitions réalisées par le biais de marchands occasionnels et de représentants des compagnies florentines installées dans les villes portuaires se substituent peu à peu les achats-ventes entre Florentins et il n’est pas rare de voir des personnes habitant le même quartier, et parfois appartenant à la même famille, se « passer » une esclave.
Néanmoins marchands de passage et représentants des dites compagnies opérant à Venise et Ancône ne chôment pas : quand l’occasion se présente ils mettent sur le marché de jeunes personnes provenant de la côte dalmate et de l’Istrie ; celles que l’on connaît sous le nom de anime et que le Catasto de 1457 indique comme raugee ou, plus rarement, schiavone. Catholiques de naissance les anime ne peuvent être asservies, sinon pour une durée déterminée, à savoir le temps nécessaire à rembourser les frais de transport qu’elles ont occasionnés. Ce trafic entre les deux rives de l’Adriatique s’intensifie de façon considérable tout au long du XVe siècle.
La vente d’esclaves à temps déterminé devient pratique courante et déborde, parfois, au de-là du cercle des anime. Quelques exemples de Circassiennes et de Russes soumises aux mêmes conditions sont repérables dans le Catasto de 1457.
Ventes à temps déterminé avec promesse d’affranchissement à la clé. Dans le cas des anime, et des anime seulement, la promesse de liberté est parfois accompagnée d’une promesse de mariage à laquelle on associe, dans de rares cas, une dot.
Il arrive aussi que l’esclave perçoive un salaire ; et ce indépendamment de l’ethnie à laquelle elle appartient.
Malgré les difficultés liées au vocabulaire (propres du latin et du toscan des XIVe et XVe siècles) il a été possible, grâce au contexte, de distinguer, parmi les 40’000 habitants environ de la ville, les esclaves des serviteurs (libres). Difficultés accrues aussi, nous l’avons vu, par le fait que bien souvent cette frange minoritaire de la population est désignée par d’autres dénominations, telles fanciulla, anima, raugea, ... Parfois la liberté recouvrée implique un ultérieur changement d’appellation : du statut de schiava ou de serva on passe à celui de fante percevant un salaire.
Une autre piste à suivre, dans la quête aux esclaves « cachées », est celle des esclaves ayant enfanté : nombreuses sont les allusions au figluolo bastardo non legittimo né des amours avec la schiava di chasa ou avec celle d’autrui, sans que pour autant, à l’intérieur de la Portata, il y ait trace de l’esclave, maîtresse et mère.
Ce dépouillement ligne à ligne nous a permis de recenser les 550 esclaves (544 femmes et 6 hommes) arpentant les rues de Florence en 1457 (contre 295 identifiés dans les Campioni du Catasto de 1427). Il se pourrait néanmoins qu’un dépouillement non plus systématique mais tout aussi exhaustif et ponctuel des Portate du Catasto de 1427-1428 révèle une situation analogue à celle que nous venons de découvrir pour le milieu du siècle. Par conséquent, si tel était le cas, la différence entre le nombre d’esclaves recensées pour la même époque à Florence, Gênes et Venise serait moins éclatante.
Mais que deviennent-elles ces malheureuses une fois affranchies ?
Dans de très rares cas, et si leur âge le permet, le maître se charge de leur trouver un époux auprès d’artisans ou, plus fréquemment, auprès de famigli résidant à Florence ou villes limitrophes (Prato, Pistoia ...). Bien souvent elles ne quittent pas la maison du maître où elles continuent à servir gracieusement leur « famille d’adoption » en contrepartie des spese, c’est-à-dire au vivre et au couvert et ce, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le maître dispose ainsi d’une esclave affranchie qui, par conséquent, n’est plus grevée de l’impôt sur les biens meubles. En revanche, les années passant, il n’est pas inhabituel que l’on embauche une fante de l’extérieur pour subvenir aux besoins de la maisonnée et, par la même occasion, assister l’ancienne esclave, désormais impotente, chargée d’années et de maladies. Pour qu’elle n’ait pas à connaître les affres de la rue et la préserver de la mendicité, Francesco Dietisalvi n’hésite pas à garder sous son toit et à défrayer la vieille Peterlina, qui l’a servi fidèlement pendant plus de vingt ans : « le do le spese che non vada achatando » . Les héritiers de Giovanni di Bartolomeo Morelli, pour leur part, se voient contraints de payer une fante pour soigner leur vieille et indomptable esclave : « E vecchia danni 65 ed e grassa per modo che a mala pena puo andare dal letto al fuocho e piu che e inferma come uno chane. E oltre a questo vuole essere donna e madonna perche e istata in chasa circha danni 45. Tengho una fante che dura piu fatiche in lei che in tutti noi » .
Quant aux autres, à savoir toutes celles qui affranchies depuis peu et n’ayant pas trouvé d’époux sont contraintes de quitter la maison du maître, elles s’engagent comme fanti auprès de nouveaux employeurs, s’exposant ainsi à la précarité de l’emploi.
Reste que, outre les cas d’affranchissements liés aux achats à temps déterminé, au XIVe-XVe siècle personne ne meurt esclave : l’affranchissement survenant grâce aux dernières volontés du maître, par le biais de son testament, ou bien lorsque l’esclave, ayant atteint un âge vénérable , a perdu toute valeur marchande.
Dans cette société composée de libres, de non libres et d’affranchis nous assistons, en parallèle, à l’apparition d’une nouvelle catégorie de domestiques, officiellement libre, mais toujours d’origine étrangère, parlant un charabia peu compréhensible ; à savoir les esclaves d’hier ! qui se mêlent et se confondent de plus en plus avec les infortunés domestiques, ceux-ci indigènes, de condition libre depuis leur naissance.
C’est à partir de ce moment précis que l’on assiste à la fusion entre le monde des serviteurs domestiques libres et celui des anciens esclaves : tous deux sont exposés aux aléas du travail indépendant. Commence ainsi la longue série des emplois à court terme, allant de 3 semaines à 6 mois. Emplois qui, au vu de leur brièveté, ne sont repérables qu’à travers les livres de comptes des particuliers comme, par exemple, le Libro di debitori e creditori di Simone di Filippo di Messer Leonardo degli Strozzi (1420-1425) . En l’espace d’un an (de janvier 1421 à janvier 1422) Simone Strozzi embauche 5 fanti, toutes originaires de la région et toutes pour un salaire de 9 Fl. par an : aucune ne restera plus de 3 mois à son service, ainsi qu’aucune ne percevra ne serait-ce qu’un sou de salaire. Toutes déductions faites, les frais occasionnés par leur présence dans la maison correspondent, au sou près, au salaire qu’elles étaient censées recevoir. Encore plus inextricable est la situation chez les Datini à Prato, où la maîtresse de maison, Monna Margherita, semble avoir employé plusieurs filles à la journée qui venaient aider aux grands nettoyages de printemps, à la cuisson du pain, au filage, au tissage et à la lessive. Le 20 décembre 1406 Monna Fiore, lavandaia, reçoit 1 florin pour avoir activement participé à la grande lessive générale en lavant pannj ... lenzuola e altre chose e piu panj lanj . Quant à la servente Monna Beneassai, employée par Francesco Datini pour sa maison de Florence, son curriculum dans la maison du maître évoque, cette fois-ci, un emploi de longue durée (5 ans), mais toujours et encore au vivre et au couvert, même si masqué par un salaire bisannuel (20 Fl.). A chaque fois qu’elle est censée toucher son salaire elle se voit présenter la note de frais que Francesco di Marco Datini a dû supporter pour elle (par exemple du tissus pour se coudre une robe ; un paio di scharpette ; ...). C’est aussi le cas des trois autres fanti, elles aussi originaires de la région, recrutées par Datini entre 1405 et 1407 : Monna Palma, Monna Chiara et Monna Sandra. Même Monna Péronette, la camériste que Francesco di Marco a fait venir expressément d’Avignon pour un salaire de 12 Fl. par an, se voit présenter la note de frais qui, bien entendu, correspond à la totalité de la somme attendue.
Donc aucune possibilité d’accumuler un pécule en prévision des vieux jours à venir. Au moment de leur départ, quand on bouclera leur compte on inscrira la phrase fatidique : libera di andare a stare chon chi le piace . Licenciées, ou peut-être parties de leur propre chef, elles se retrouvent donc vêtues, chaussées, possédant quelques pièces de linge mais la bourse complètement vide car, pendant tout le temps qu’a duré leur engament, il leur a été impossible d’économiser quelques sous. Que vont-elles devenir ? Trouveront-elles un nouvel emploi ou seront-elles contraintes à la mendicité ou à la prostitution ? Ou pourront-elles se marier ?
Leur situation n’est guère différente de celle des autres fanti, fantesche, serventi et donne ; quoique, comparée à la multitude de leurs collègues itinérantes, elles ont au moins eu le privilège d’avoir un toit au dessus de leur tête, d’être nourries, logées, chaussées et vêtues quelques années durant (et parfois aimées).
Tout ce petit peuple extrêmement mobile, qui grouille dans les rues et sur les places de la « Firenze del Quattrocento », ne figure pas dans les Catasti toscans ou, plus précisément, la grande majorité n’y trouve pas sa place (194 fanti et famigli dans le Catasto de 1457 et quelques dizaines environ dans celui de 1427). Seuls les chanceux sont inscrits au Catasto, à savoir ceux qui pour différentes raisons qui, la plupart du temps nous sont inconnues, ont réussi à se faire « adopter » en échange d’un travail fourni. Quant au salaire, il est de 8-10 florins pour les femmes, 18 florins pour les nourrices (balie), 14 florins pour les garzoni. Bien des fanciulle sont à 3 florins, et même au vivre et au couvert, sous réserve qu’elles seront mariées ! voire auront une dot. Néanmoins le dépouillement du Catasto de 1457 démontre que, côté salaire, les promesses ne sont tenues qu’à 50%.
Fanti, fantesche, serventi, famigli, donne et garzoni identifiables grâce aux différents Catasti toscans représentent donc, dans l’ensemble, une micro catégorie de privilégiés. Des privilégiés qui, malgré leur liberté (récemment acquise ou héréditaire), ne sont pas à l’abri d’un éventuel licenciement et sont, par conséquent, toujours passibles d’aller grossir les rangs de ce petit peuple itinérant.
Grâce à la convergence des renseignements fournis par les documents commerciaux, financiers, publics, ... ainsi que les sources littéraires, on peut espérer tracer un tableau juste et précis d’une population minoritaire, certes, mais peu connue et dont on n’est pas jusqu’à aujourd’hui arrivé à cerner importance et originalité. En effet l’apport des sources littéraires est essentiel dans l’étude des familles, des serviteurs ou esclaves mâles, des servantes ou esclaves femelles, du travail ou de l’influence exercée dans la maison, des rapports avec le patron, avec la patronne, avec les enfants, avec les autres occupants et avec l’extérieur.
La douleur et le plaisir en allemand
Samedi 11 décembre
9 h
Centre Malesherbes
Salle 322
108 Bd Malesherbes
75017 PARIS
M. Jean-Yves GUILLAUME soutient sa thèse de Doctorat :
La douleur et le plaisir en allemand
En présence du Jury :
Mme BEHR (PARIS III)
Mme DALMAS (PARIS IV)
M. METRICH (NANCY II)
M. VALENTIN (PARIS IV)
La durée probable de la vie. Providence, mathématiques et statistiques à l’âge classique
Samedi 11 mars 2006
14 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Jean-Marc ROHRBASSER soutient son Habilitation à diriger les recherches :
La durée probable de la vie. Providence, mathématiques et statistiques à l’âge classique
En présence du Jury :
M. MOREAU (Paris 4)
M. BARBUT (EHESS)
M. BLAY (CNRS)
M. BOURDELAIS (EHESS)
M. BRIAN (EHESS)
M. HERAN (INED)
Mme MESLÉ (INED)
La fable d’Adonis en France à l’époque moderne (de la seconde moitié du XVIe à la fin du XVIIe siècle)
Mercredi 29 novembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Salle Louis Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme Céline BONHERT soutient sa thèse de Doctorat :
La fable d’Adonis en France à l’époque moderne (de la seconde moitié du XVIe à la fin du XVIIe siècle)
En présence du Jury :
M. DANDREY (PARIS 4)
M. GENETIOT (NANCY 2)
Mme GRAZIANI (PARIS 8)
M. MARÉCHAUX (NANTES)
Mme RUBELLIN (NANTES)
Résumés :
Les fables anciennes sont « le patrimoine des arts ». Au sein de ce petit monde, nous étudions l’invention de la fable d’Adonis à l’époque moderne, entre domaine savant et littérature. Alors que les mythes antiques sont reçus suivant les présupposés de la pensée allégorique, comment l’imaginaire littéraire s’empare-t-il de la fable ?
En tenant compte de l’ensemble des genres littéraires et des allusions à la fable, nous examinons d’abord les relais de la culture mythologique. Le mythe, constitué au XVIe siècle en langage crypté où s’imprime le divin, devient par eux fable savante ; ces savoirs, qui de la théologie, puis de la cosmologie, se resserrent vers une anthropologie, posent l’importance des Métamorphoses. Au XVIIe siècle, l’imaginaire littéraire s’empare en retour des Métamorphoses et en infléchit la lecture.
La fabrique littéraire de la fable, en effet, est l’atelier d’un filtrage des données savantes. Dans l’imaginaire, la fable est modifiée selon l’importance accordée aux sources anciennes et selon les genres choisis par les auteurs. L’histoire de la fable d’Adonis connaît ainsi trois moments nettement marqués, les remodelages de la fable étant commandés par des types d’invention changeants : poétique et métaphorique au temps de la Pléiade, narratif et allégorique dans les années 1620, lyrique et spectaculaire, enfin, après 1660. L’Adone de Marino joue un rôle essentiel dans l’avènement de ce dernier langage mythologique où se fondent les arts.
La fable d’Adonis dans la France moderne n’est ni réductible à une imagerie, ni interprétable comme un mythe. Ni galerie d’images mortes, ni réseau symbolique, elle donne forme à des aspirations profondes, pacifiques et amoureuses, comme elle se prête aux recherches des auteurs sur la Nature, sur l’homme puis sur le cœur humain.
Ancient Fables are the public goods for the artists. In this PhD I focus on the fable of Adonis both as object for scholars and for writers. While ancient myths are seen are conveying knowledge, through allegorical interpretation, I try to make clear how in addition literature models the fable ?
I study throughout the writings of mid-XVIth century to the end of the XVIIth how the different transmitters of the fable of Adonis (translators, editors and scholars) keep remodelling them. This myth, first considered as written in a coded sacred language, is turned by scholars and then by writers into an edifying fable. Adonis, whose principal source becomes more and more the Metamorphoses, is seen as no longer bringing knowledge about God, but about Nature and human beings.
The modelling of the fable of Adonis through literature consists in selecting the scholars’ data, rearranging the sources and choosing different literary genres for rewriting it. Three distinct periods clearly emerge. First, the fable is reshaped by poetry through metaphors, then, in the 1620’s, by edifying narratives, finally, after 1660, by lyrical dramas and tragedies. The Adone by Marino plays a crucial part in this later metamorphose.
Overall, the fable of Adonis in pre-modern France is neither empty representation, nor pure imagery or symbolic myth, but it indeed epitomizes yearnings for love and peace educated society.
Position de thèse :
Adonis est une figure ancienne dont le culte et les représentations antiques sont bien connues. Le mythe d’Adonis, en effet, a été analysé sous ses différents aspects ethnico-religieux depuis le XIXe siècle par James Frazer et Marcel Détienne notamment . Wahib Atallah, d’autre part, en a montré la prégnance dans la littérature et l’art grecs , tandis qu’Hélène Tuzet, dans une approche comparatiste, a brossé l’histoire de son évolution dans la littérature occidentale . Chacune de ces études travaille sur un récit ou un faisceau de récits donnés pour en analyser la portée symbolique ou la fortune. Notre approche, plus limitée dans le temps et dans son objet, part aussi de plus loin. Nous interrogeons en effet les modalités de l’élaboration littéraire de ce mythe à une époque où la littérature ne se pense pas comme telle. Il ne s’agit donc pas pour nous d’étudier les structures profondes d’un récit qui serait donné comme préalable à l’étude et dont on chercherait les résonances dans les mentalités : ce qui nous occupe, c’est l’invention de ce récit et la formation de ces structures dans les œuvres littéraires. Cette perspective nous semble la plus féconde pour la période moderne et la plus apte à rendre compte des phénomènes qui la caractérisent. Aux XVIe et XVIIe siècles, on le sait, la notion même de mythe n’existe pas. Ce concept suppose en effet l’idée de civilisation et de mentalités, c’est-à-dire un sens relatif de l’histoire, ainsi que l’idée de structures profondes de la psychè humaine, structures établies par la comparaison de civilisations mises sur le même plan, en-dehors de tout jugement axiologique sur la valeur de leurs religions − toutes choses profondément étrangères à la première modernité. Il nous semble même que la notion de mythe littéraire ne peut être appliquée d’emblée au mythe d’Adonis pour l’époque moderne. Ce qui nous gêne ici, ce n’est pas l’anachronisme du concept, opératoire pour des périodes bien plus anciennes − le Moyen Âge invente Tristan et Yseult − ou pour des héros précisément apparus au XVIIe siècle : don Juan est l’une des figures mythiques les plus puissantes de la modernité. Mais il nous semble hâtif de poser cette notion comme préalable à l’enquête. Selon Philippe Sellier, le mythe littéraire se définit par sa profondeur symbolique, nettement structurée dans un « tour d’écrou », et par les interrogations métaphysiques dont il est porteur . Pour le cas précis d’Adonis, dans quelle mesure peut-on parler de saturation symbolique ? Le récit, qui change selon les époques et les auteurs, est-il habité par de telles interrogations ?
Nous partons donc des notions de fable et d’allégorie, ces outils propres aux XVIe et XVIIe siècles : en adoptant des notions qui étaient alors celles des auteurs, nous estimons pouvoir suivre au plus près le travail littéraire en respectant sa nature particulière ; c’est seulement une fois ce travail défini qu’il pourra être nommé. On verra alors qu’il ne s’agit pas de mythe littéraire dans le sens que nous venons de redonner, mais, en deçà du mythe, de fable littéraire. On sait en effet que la mythologie antique était reçue selon ces deux catégories de fable et d’allégorie : depuis le Moyen Âge, on supposait les mythes anciens porteurs de vérités de différents ordres dont les récits offraient des figurations sensibles. La notion de fable posait d’emblée le principe d’une double entente : la fiction, le récit faux des amours d’Adonis, n’existait donc qu’en qualité de figure de réalités qui la dépassaient et que la science mythologique s’attachait à restituer, soulevant le voile fabuleux. Ce système de l’allégorie, qui évolue profondément à l’époque que nous étudions, informe toute la pensée des mythes anciens. C’est pourquoi l’idée d’une spécificité littéraire doit être interrogée : les œuvres littéraires obéissent aux principes mêmes qui régissent le domaine savant ; elles travaillent en outre des données fabuleuses que leur fournissent les érudits (éditeurs, compilateurs, annotateurs des textes antiques), dont l’activité modèle l’héritage antique. À l’époque moderne, les fables, particulièrement une fable aussi répandue que celle d’Adonis, appartiennent à tous les domaines de la culture et de la pensée. Véhicule signifiant d’une sagesse - voire de la Révélation elle-même - d’une cosmologie, d’une anthropologie, d’une morale, la fable n’est pas une matière neutre que l’on pourrait considérer en distinguant d’emblée l’un de ces champs. Ceci n’empêche pas pourtant d’affirmer la singularité du travail littéraire sur une matière dont il élabore la nature : donnée de l’imaginaire et instrument de connaissance, la force de la fable à cette époque réside précisément dans cette ambivalence. Exploitée par les écrivains, elle n’est pas seulement - pas encore - une réserve de thèmes et de motifs mais garde son statut de langage mystérieux, épais, problématique. Notre thèse consiste ainsi à montrer comment le mythe d’Adonis tel que l’a forgé l’Antiquité devient une réalité littéraire aux XVIe et XVIIe siècles.
Pour cela, nous tenons compte de tous les genres littéraires, sans nous limiter à un domaine en particulier. Nous montrons précisément que, selon les périodes, le mythe d’Adonis est exploité de façon privilégiée dans certains genres. Nous incluons également les allusions à la fable, que nous avons regroupées en annexe dans un florilège : textes développés et allusions permettent ensemble de définir les grandes tendances de l’écriture littéraire du mythe.
Cette problématique nous a amenée à commencer notre étude en 1545, avec la « Déploration de Vénus sur la mort d’Adonis » de Mellin de Saint-Gelais et sa « suite » par Pernette du Guillet : avec ces deux poèmes entièrement consacrés à Adonis, apparaît un intérêt collectif pour le mythe, qui s’épanouit dans la seconde moitié du XVIe siècle sous la plume de Ronsard notamment. L’étude se poursuit jusqu’à la fin du siècle suivant, en se donnant pour borne l’opéra de Jean-Baptiste Rousseau et Henry Desmarets, Vénus et Adonis (1697) : dans le contexte du délitement de l’allégorie étudié par Aurélia Gaillard , le mythe trouve un nouveau mode d’existence dans l’alliance du drame et de la musique ; au XVIIIe siècle, l’invention littéraire de la mythologie posera de nouveaux problèmes.
Notre réflexion s’organise en deux parties : la première examine la tradition qui modèle le mythe d’Adonis et la seconde analyse la « fabrique de la fable ».
PREMIERE PARTIE. Au seuil de la littérature : les véhicules de la culture mythologique
Afin de restituer le tressage culturel qui est sous-jacent à l’écriture et à la lecture de la fable d’Adonis, nous examinons les relais d’une culture mythologique que nous n’avons pas voulu considérer hors de l’histoire la tradition qui l’amène jusqu’aux auteurs. Ces relais qui façonnent le matériau fabuleux sont au nombre de trois : l’édition et la traduction des textes littéraires anciens ; la tradition savante, constituée des commentaires de ces œuvres, des synthèses mythographiques et des manuels scolaires ; les œuvres d’art, enfin. Chacune de ces lignées oriente à sa manière la constitution et la lecture du mythe.
Le mythe d’Adonis, récrit pendant l’Antiquité dans les Métamorphoses d’Ovide et les idylles de Bion et Théocrite, se présente d’emblée comme auréolé d’un climat poétique pastoral qui oriente sa réception. Intimement liées à l’histoire de Myrrha, sa mère, durant le Moyen Âge, les amours et la mort d’Adonis tels que les raconte Ovide acquièrent progressivement leur indépendance : on commence à considérer séparément les fables d’Adonis et de Myrrha dans la première moitié du XVIe siècle. Attaché alors à un monde pastoral, le mythe d’Adonis se déploie selon les lectures changeantes faites des Métamorphoses et de l’idylle grecque. Nous en analysons les éditions et les traductions en y cherchant les traces du regard que les contemporains portaient sur ces textes : les traduction françaises d’Ovide depuis François Habert jusqu’à Thomas Corneille offrent l’occasion de saisir quelle lecture l’on faisait en leur temps des Métamorphoses. Vénus et Adonis, dont la relation telle que la présente Ovide est ambiguë, y deviennent l’image même du bonheur amoureux. Les traductions latines des idylles et les choix des éditeurs de les inclure dans différents corpus révèlent la nature de l’intérêt qui leur est porté à la Renaissance et son relâchement par la suite. Si le glissement de l’épopée ovidienne vers le domaine de la fantaisie littéraire et amoureuse est propice au personnage, la distinction progressive de l’idylle − devenue genre poétique − et d’un climat pastoral qui se passe volontiers des dieux pour se restreindre aux bergers, elle, laisse dans l’ombre au XVIIe siècle tout un pan des modèles anciens au profit des Métamorphoses.
Les poèmes antiques n’offrent qu’une partie des versions disponibles du mythe, bien connues dès la Renaissance et interprétées selon plusieurs optiques, chrétiennes, cosmologiques, naturelles et morales. Or l’interprétation qui finit par s’imposer, relayée depuis le Moyen Âge et bien au-delà du XVIIe siècle, assimile Adonis au soleil et son retour cyclique au changement des saisons : elle ne s’appuie nullement sur le récit des Métamorphoses. Pourtant, c’est bien le récit d’Ovide qui est le centre du travail savant sur le mythe. Alors que disparaît l’image d’un Adonis christique et que s’impose l’interprétation solaire du mythe, un décalage entre une bonne partie des commentaires savants et la fable léguée par les sources littéraires anciennes se fait donc jour, qui semble déboucher sur une réelle déconnexion entre le domaine savant et l’invention littéraire dès le milieu du XVIIe siècle. Progressivement, le mythe devient ainsi l’objet d’une étude, non plus celui d’un décryptage. Regardé depuis les rives d’une ethnologie encore balbutiante, la fable se désenchante : Adonis n’est autre alors qu’une divinité ancienne, liée à des cultes dont on étudie les sources et les traces. La distance entre la réécriture poétique et l’analyse critique de la fable à travers le conflit entre l’herméneutique solaire et la réinvention des motifs ovidiens, sous-jacente dès le XVIe siècle, devient infranchissable dès le milieu du XVIIe siècle. Nous montrons ce cheminement en examinant les méthodes polymorphes de l’allégorie et de l’érudition mythologique, de l’annotation marginale au commentaire, de la synthèse mythographique à la vulgarisation scolaire. Par là, nous soulignons la plasticité de la fable d’Adonis, dont les contours changent en fonction des différentes définitions que chacune de ces méthodes attribue à la fable.
L’iconographie, que nous abordons sous l’angle de l’illustration gravée des Métamorphoses, rend bien compte de l’évolution générale qui s’esquisse par là. La lecture rhétorique des images, qui lie d’abord Adonis à sa mère, laisse place progressivement à un enchantement esthétique : le mythe d’Adonis, dégagé de celui de Myrrha, se développe alors, comme en témoigne l’intégration de nouvelles scènes gravées, imitées du Titien, dans les éditions des Métamorphoses à la fin du XVIIe siècle.
Le mythe, constitué au XVIe siècle en langage crypté où s’imprime le divin, devient fable savante ; ces savoirs, qui de la théologie, puis de la cosmologie, se resserrent vers une anthropologie, posent l’importance du récit légué par les Métamorphoses, qui domine tout le corpus ancien, pourtant considérablement enrichi et commenté sous tous ses aspects à la Renaissance. Au XVIIe siècle pourtant, l’imaginaire littéraire de la fable, qui déborde amplement les indications savantes, s’empare en retour des Métamorphoses et en infléchit la lecture.
DEUXIEME PARTIE. L’élaboration littéraire de la fable
Une fois dessinés les contours du mythe dans la culture des XVIe et XVIIe siècles, on peut mesurer la nature et la portée du travail littéraire : s’ouvre alors une fabrique de la fable, dont nous distinguons les principaux moments − second XVIe siècle, époque baroque et second XVIIe siècle −, qui correspondent à trois types d’élaboration littéraire du modèle allégorique.
Le XVIe siècle voit l’intériorisation dans la métaphore des systèmes de double langage associés à la Fable : c’est là le travail auquel les poètes de la Pléiade contribuent à donner sa pleine mesure. Le système allégorique, qui perd sa dimension religieuse pour se réduire à trois niveaux, informe les habitudes de pensée. La pratique poétique travaille ce schéma pour élaborer le mythe d’une façon qui lui est propre. Dans notre analyse des poèmes renaissants, nous croisons trois types d’interrogations. Quels sont d’abord les rapports des auteurs avec leurs modèles et comment la translatio studii se définit-elle à travers les pratiques poétiques ? Comment, d’autre part, la fable d’Adonis est-elle transformée, modelée par les genres qu’elle traverse et quelles innovations formelles permet-elle ? Enfin, nous analysons les affinités que la fable d’Adonis entretient avec d’autres motifs et d’autres mythes dans le paysage littéraire. Au cœur de ces phénomènes se manifestent les grandes tendances qui caractérisent cette période : l’attrait pour l’idylle grecque, qui tire la fable vers son versant élégiaque, la fidélité aux données des textes anciens et l’utilisation de la fable comme matériau d’expérimentations poétiques. Le mythe devient en effet matière lyrique et jeu énergique d’images, s’ouvrant par là sur un chant du monde. La fable d’Adonis se fait carmen, parole imagée et mélodieuse, mais aussi instrument d’un enchantement du réel : le contact des images mythiques magnifie l’art de la vénerie, le portrait de Charles IX ou un insolite fait divers lyonnais de 1545. Son exploitation ne va pas pourtant sans questionnement, du moins sous la plume de Passerat et de Ronsard. Qu’elle ait pour mission de l’exprimer, de le magnifier, de l’interroger, de le célébrer ou d’ouvrir « pour les dieux et pour les hommes un univers commun, agrandi et généreux » , la fable poétique, universelle, reste en prise avec le réel, le contingent et le singulier.
Dans les premières années du XVIIe siècle, émerge une écriture nouvelle du mythe d’Adonis, qui se développe avec le règne de Louis XIII et s’éteint avec lui, sa branche galate exceptée. Le traitement littéraire de la fable suit alors deux logiques : alors que les allusions mythologiques perdent leur ampleur et leur richesse thématique pour se réduire à quelques lieux communs, les œuvres développées (héroïdes et récits) restaurent l’unité de la fable dans l’optique et à la faveur de sa « moralisation ». À la déconstruction du récit mythique par les allusions répond ainsi une refondation du contenu narratif dans les œuvres longues. L’amant de Vénus, devenu figure du plaisir, devient donc l’occasion d’une fantaisie nouvelle, nourrie par les figures de la complicité littéraire : dans les allusions à la fable, le mythe se trouve éclaté par sa présentation fragmentaire et le récit fabuleux disparaît derrière ses cristallisations. Inversement, les œuvres qui s’attachent à exploiter la dimension narrative de la fable ont tendance à enrichir les données de l’héritage antique, afin de faire du mythe le véhicule d’un discours moral. Deux logiques − plaisir d’un récit inventé et lecture d’un discours moral, elle-même oscillante − se concurrencent alors et aboutissent à d’étranges configurations, fruit d’un délitement progressif du système de la fiction allégorique. Dans ce paysage baroque, nous décrivons la place de l’Adone de Marino. L’épopée, dont nous synthétisons les liens avec la culture française, influence durablement le traitement du mythe d’Adonis en France. L’Adone et les Adonis français se rejoignent d’abord dans un même goût, teinté d’alexandrinisme, pour l’esthétique picturale et par un climat sensuel comparable. Mais les textes français ne sont en rien des œuvres marinistes : elle n’adoptent ni le style, ni la visée profonde de l’auteur italien, même si l’on relève un certain nombre d’épisodes communs à l’épopée et aux récits français. Une convergence profonde se laisse pourtant observer : les disparates de la fiction relevées dans les récits des années 1620 se retrouvent dans l’Adone. Mais Marino met en tension ces déséquilibres en les intégrant dans un projet qui leur donne sens : il fait de leur impossible unification l’instrument d’un nouveau système poétique. En cela, tout en intégrant les interrogations implicites qui sous-tendent le travail des auteurs français, il les dépasse et son œuvre dessine l’horizon par rapport auquel leurs Adonis peuvent être compris. En outre, l’écriture de Marino crée un déplacement profond, que ne connaissent pas les récits français : le lieu de l’interrogation dans l’Adone est le style plutôt que le récit. Marino charge sa rhétorique séductrice d’un pouvoir d’investigation et de recréation du monde : c’est la langue poétique elle-même qui devient le terrain d’exploration d’un sens à découvrir.
Cette intériorisation est prolongée dans la seconde moitié du XVIIe siècle, dominée précisément par le rayonnement de l’Adone, et devient le nouveau principe de l’élaboration du mythe. Un intérêt spécifique pour l’épopée apparaît en effet après 1660, alors que s’achève la vague de la poésie mariniste en France, comme l’attestent deux traductions partielles de l’Adone. Cet intérêt amène à placer la notion de merveilleux − héritée en partie de l’esthétique de la meraviglia et acclimatée selon des voies diverses − au cœur de la réflexion : il nous semble guider une anamorphose du genre épique tel que le refonde Marino vers l’opéra, fastueux spectacle habité par la merveille. C’est ce que nous montrons dans les pièces consacrées à Adonis, qui empruntent presque toutes à l’Adone. L’émerveillement qui emporte le spectateur dans une sympathie avec le spectacle nous semble intégrer et déborder le modèle de l’invention allégorique du mythe : les vérités invisibles, qui échappent à un langage purement conceptuel et que la fable incarne, ne sont plus données à comprendre par la distanciation des images, mais par une expérience intime et participative. Elles ne sont plus atteintes par une forme de dévoilement, mais par l’exhibition. Inversement, l’esthétique de l’idylle héroïque que suit La Fontaine assimile la dimension allégorique intrinsèque de l’épopée mais pour la défaire comme un leurre et lui substituer la proposition d’une jouissance esthétique qui porte en elle-même sa valeur. Entre peinture mythologique, c’est-à-dire pure surface, et approfondissement allégorique, s’ouvre la voie d’une poésie intérieure qui agit sur l’âme avec douceur pour la séduire. En jouant avec l’allégorie pour exprimer les détours de la passion, la scène comme la poésie font de la fable une fiction au sens moderne.
Le souple récit de la vie d’Adonis, constamment réinventé, ne se définit donc à l’époque moderne ni par une saturation symbolique, ni par sa portée métaphysique. Il apparaît comme un instrument d’exploration de la Nature, de l’homme puis du cœur humain. Du mythe grec à la fable littéraire, le parcours, passant par l’élaboration savante, définit un type d’élaboration spécifique : l’héritage ancien permet la constitution du récit non comme une structure serrée, mais comme langage plastique. La fiction multiforme de la fable d’Adonis est toujours un détour donnant le plaisir du dévoilement : en poésie celui-ci se réalise au XVIe siècle dans l’expression imagée et lyrique d’une réalité cosmique ; dans les années 1620, il s’étend dans les replis de narrations instables. À la fin du XVIIe siècle, enfin, il s’intériorise pour affleurer à la surface de l’idylle ou s’extériorise dans l’exhibition opératique : l’assimilation du modèle allégorique, devenu élément du plaisir esthétique, donne alors le plaisir du faux. Ni mystère, ni symbole, ni code ornemental, la fable littéraire d’Adonis, ancrée dans la pensée allégorique, s’épanouit comme une fiction protéiforme et sans cesse renouvelée.
La fabrique intellectuelle du "Traité de la réforme de l’intellect".
Jeudi 18 décembre
14 h 30
Centre Malesherbes, amphi 102
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Adrien KLAJNMAN soutient sa thèse de doctorat :
La fabrique intellectuelle du "Traité de la réforme de l’intellect".Idée vraie donnée, méthode et art dans la philosophie de Spinoza
en présence du Jury :
M. BOVE (AMIENS)
M. BOYER (PARIS IV)
M. MOREAU (PARIS IV)
M. RAMOND (BORDEAUX III)
La femme atwoodienne : étude de l’influence du féminisme sur la femme contemporaine à travers les protagonistes de Margaret Atwood
Samedi 18 novembre 2006
13 heures 30
Maison de la Recherche, salle D116, 1er étage
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Samira SHEHADEH-DRUILHE soutient sa thèse de Doctorat :
La femme atwoodienne : étude de l’influence du féminisme sur la femme contemporaine à travers les protagonistes de Margaret Atwood
En présence du Jury :
M. GABILLIET (BORDEAUX 3)
M. GALLIX (PARIS 4)
Mme POULAIN (PARIS 4)
M. VINET (BORDEAUX 1)
Résumés
Cette recherche se propose de définir la femme atwoodienne. Dans cette optique, l’association du féminisme aux œuvres d’Atwood s’impose tout naturellement. Il s’agira donc de cerner l’évolution du féminisme atwoodien et ses domaines d’expérimentation ; d’analyser les théories féministes en tant qu’inspiration du travail de l’auteur canadien et également d’étudier dans quelle mesure Margaret Atwood les critique et les influence à son tour. Si l’on s’intéresse aux rapports entre l’auteur et le féminisme, l’on abordera également ceux qui lient la femme protagoniste au mouvement. Ainsi, cette étude s’attache à examiner comment les aspirations du mouvement féministe, parfois aux antipodes des véritables désirs des femmes, ont conduit l’écrivain à utiliser ces personnages comme illustration de ‘la femme ordinaire’ dont le quotidien est souvent négligé par l’élite du mouvement. Les réflexions de nombreux critiques mais aussi de sociologues et psychanalystes participeront à l’analyse de ces relations ambiguës, dans l’intention d’élaborer enfin une définition pertinente de la femme atwoodienne.
This thesis aims to define the Atwoodian woman. The association of the feminist movement with Atwood’s work seems essential and highly pertinent to such a project. We shall therefore determine the evolution of the author’s version of feminism and its fields of experimentation, followed by an analysis of the reciprocal influence between feminist theory and the Canadian writer. We will consider the allusions and references to the women’s movement in her work, both in terms of inspiration as well as a critique of the discourse. In addition to Atwood’s interest in feminism, this study shall also be concerned with the relationship between her female protagonists and the cause. This paper will examine how the different facets of the feminist movement relative to the real desires of women have led the author to use her characters as illustrations of ‘ordinary women’ whose daily lives are often neglected by the movement’s elite. The comments of several literary and feminist critics along with those of sociologists and psychoanalysts shall contribute to the study of these ambiguous interactions, in order to develop a relevant definition of the Atwoodian woman.
Position de thèse
L’intérêt que porte Margaret Atwood à la condition féminine, et à la femme en général, est apparu clairement dès ses toutes premières œuvres. La présence féminine très importante, pour ne pas dire prédominante, dans l’ensemble de ses romans en témoigne. Les femmes y sont nombreuses, ubiquistes, et jouent un rôle à part entière qui ne peut en aucun cas être négligé. Atwood adhère à une vision très individualiste et humaniste de la population féminine, et lorsqu’elle aborde la question des désirs des femmes, elle ne se limite pas à la recherche d’une seule réponse à cette énigme, elle redéfinit plutôt l’essence même des aspirations féminines et illustre leur nature complexe, instable et variée car personnalisée.
L’écriture est un acte très personnel, mais fermement ancré dans la réalité sociale de l’auteur, rendue spécifique par son sexe. Bien entendu, le sexe de l’écrivain joue un rôle important dans ses œuvres ; en effet, la source d’inspiration de beaucoup de femmes écrivains réside dans le fait qu’elles n’oublient jamais tout ce qu’elles ont en commun avec les autres femmes. En tant qu’observatrice de sa société, Atwood ne peut ignorer la discrimination sexuelle qui y règne encore actuellement. La discussion concernant l’inégalité des relations entre les hommes et les femmes figure donc souvent parmi les thèmes centraux de ses livres et sera adoptée ici comme idée directrice.
Atwood est une femme de son temps, profondément ancrée dans son époque, qui a débuté sa carrière d’écrivain juste avant l’apogée de la deuxième vague de l’émancipation de la femme. C’est une des raisons pour lesquelles on ne peut pas faire une lecture unilatérale de ses écrits. Le replacement de ses œuvres dans leur contexte historique et littéraire met en évidence une apparente ambiguïté à propos du mouvement féministe. Cette vision double se renforce encore, et donc se confirme dans l’analyse des personnages. Ce sont les écrits d’une femme avec une sensibilité particulière pour la condition féminine, mais également ceux d’une femme soumise aux lois sociales de son époque. Lire l’œuvre d’Atwood uniquement comme une peinture de la société contemporaine, ou exclusivement comme une œuvre psychologique, c’est risquer de rater l’essentiel de la vision atwoodienne du monde. Ce n’est que la combinaison des deux lectures, sociale et psychologique, qui peut mettre à jour la véritable sensibilité de l’auteur, et dévoiler le sens profond de son œuvre.
Le féminisme est un mouvement qui a pour objet l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société. Le besoin de découvrir chez chaque sexe les qualités traditionnellement attribuées à l’autre, de valoriser, chez les femmes leur force de caractère et leurs capacités intellectuelles et chez les hommes leur sensibilité et leur imaginaire, est d’une importance primordiale pour les féministes. L’objectif fondateur du mouvement étant de créer un système où les deux partenaires se respectent et partagent la responsabilité du foyer et des enfants, et où la complicité et la complémentarité l’emportent sur la rivalité et la domination. Cependant, il est difficile de proposer une définition officielle du mouvement féministe car il se compose de diverses théories, complexes, de caractère hybride et souvent antagonistes, qui engendrent de grandes incohérences internes. La question se pose aujourd’hui de savoir si les femmes doivent revendiquer l’égalité ou une spécificité féminine (défendre les droits des femmes parce qu’elles sont des hommes comme les autres, ou parce qu’elles constituent une moitié bien distincte de l’humanité). Ainsi les féministes évoluent elles dans un paradoxe permanent et inévitable, où les activistes sont souvent partagées entre le besoin de construire une identité "femme" (lui donnant un sens politique solide) et le besoin de démanteler cette même catégorie "femme" et toute l’histoire qui l’entoure. En outre, les principales dissensions et débats idéologiques qui divisent les organisations de femmes sont non seulement leurs objectifs mais aussi la manière de les atteindre.
Cette étude se veut un regard résolument orienté vers les enjeux du féminisme et ses modes de représentation dans les œuvres de Margaret Atwood. Il est par conséquent essentiel de cerner la position d’Atwood par rapport aux champs théoriques et littéraires du féminisme, afin de déterminer ce qui fait sa spécificité au sein du féminisme culturel et pour évaluer enfin son caractère féministe. Pour ce faire, il est nécessaire d’explorer les questions concernant la femme, telles qu’elles s’expriment dans l’œuvre atwoodienne, questions qui seront abordées à travers l’analyse textuelle ainsi que l’étude des stratégies élaborées par les protagonistes féminines déterminées à survivre au sein d’un système patriarcal qui s’avère, au mieux ingrat, quand il n’est pas ouvertement hostile. A travers ces personnages, transparaît le rôle qu’occupe le féminisme au sein de la vie des femmes contemporaines ; l’auteur parvient à définir les femmes d’aujourd’hui, et à cerner leurs espérances et leurs attentes. Atwood aborde les problématiques suivantes : les femmes partagent-elles toutes les mêmes objectifs, et est-ce que les aspirations plus personnelles de chacune sont prises en compte par le programme officiel de l’élite féministe, qui fait office de référence pour la majorité ? Elle détermine également si les femmes veulent réellement, et en toute lucidité, l’émancipation et l’égalité sur tous les plans de la vie sociale, avec les nouvelles responsabilités que cela implique, et établit si dans leur ensemble elles sont enfin comblées après avoir obtenu satisfaction.
A travers ses écrits, Atwood explore la formation de l’identité féminine au sein d’une société patriarcale occidentale et dresse le portrait de nombreuses femmes soumises dont la personnalité est anéantie parce qu’elles sont traitées comme de simples sujets. Elle explique les angoisses et la timidité féminines par une mentalité qui lui est inculquée dès la naissance : la femme se doit de respecter un certain comportement digne de son sexe. Son individualité est forcément neutralisée par ces limites, car afin d’être unique il faut rester indépendant dans ses pensées et ses actes. L’auteur démontre et critique l’insuffisance de l’autodétermination de la femme qui, réduite au rôle d’observatrice, dépend entièrement de la volonté des hommes. Celle-ci mène alors une existence servile, remplie de banalités qui annihilent sa vitalité et l’empêchent de participer pleinement à la vie. Les parcours des femmes atwoodiennes démontrent les difficultés rencontrées si l’on essaie de s’affranchir du moule et de se libérer des entraves de la société patriarcale. Car cet asservissement de la population féminine trouve sa source principale chez l’homme, héritier de ce système ancestral qui lui octroie les pleins pouvoirs, et cela dans le but de renforcer sa supposée supériorité masculine et de contribuer à sa pérennité. (Néanmoins Atwood illustre également comment ce privilège masculin trouve sa contrepartie dans la tension permanente qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer sa virilité.)
On constate que dans un tel système fondé sur le pouvoir, toute femme atwoodienne souffre énormément, or, l’auteur rejette la notion de la femme condamnée à la condition culturelle de victime et exprime son opposition à la politique de protectionnisme de la femme (et le fameux concept de ‘la discrimination sexuelle positive’). Elle met en avant les effets pervers de toute tentative d’amélioration de la sécurité de la femme face à la prédation sexuelle masculine à travers la mise en œuvre d’une politique de défense de la femme, car il faudrait pour ce faire sacrifier certaines libertés, ce qui nuirait inévitablement à l’autonomie féminine. Par conséquent, l’attitude de l’auteur est parfois ambiguë puisqu’elle se traduit par un mépris manifeste pour celles qui acceptent sans résistance l’étroitesse des rôles féminins traditionnels. C’est précisément cette ambiguïté, apparue dès la première lecture de ses textes, qui sert de moteur à l’œuvre d’Atwood et qui sera pour nous le ressort qui permettra d’avancer dans l’analyse de la position atwoodienne concernant le mouvement féministe.
Par ailleurs, Atwood attire notre attention sur la victimisation et l’impuissance des femmes contraintes d’évoluer dans un milieu où elles se retrouvent à l’extérieur des frontières du langage patriarcal. Ainsi exclues, elles perdent le sens de leur identité individuelle parce qu’elles ne peuvent s’exprimer librement. Dans ce contexte, la critique féministe représente la découverte, ou la redécouverte, d’une voix distinctive, parce qu’exclusivement féminine, qui refuse le statut culturel de victime. De surcroît, l’écriture féminine est un discours à double voix parce qu’elle incorpore l’héritage culturel du groupe "dominant" masculin aussi bien que celui du groupe féminin censuré ; situant le féminin dans la fusion caractéristique des deux types d’expression ou expériences culturelles. A travers ses écrits, Atwood explore ces deux voies et contribue ainsi à l’émancipation féminine.
L’amour et les rapports de couple sont longuement analysés dans les romans d’Atwood. Le mariage traditionnel y est présenté comme une institution opprimante où il existe peu de complicité entre des partenaires qui ne partagent ni les mêmes attentes ni les mêmes exigences. En particulier, l’auteur met en avant les difficultés inhérentes à la vie en couple pour la femme qui se retrouve souvent obligée de dissimuler sa personnalité et de sacrifier son identité pour servir les ambitions de son mari. Dans ses écrits, elle étudie les nouveaux troubles et angoisses au sein du couple, induits par la progression de l’égalité des sexes, et tous les aspects du modèle féminin sont sérieusement remis en question, grâce à des femmes qui sortent presque systématiquement des sentiers battus.
Atwood expose également le désarroi des hommes qui cherchent à satisfaire les exigences féminines impossibles car contradictoires, et qui sont déstabilisés devant cette force et cette liberté féminines. En effet, l’homme atwoodien se retrouve souvent démuni face aux femmes rendues autonomes par le mouvement féministe. Ils en souffrent, moralement et physiquement, mais aussi socialement dans la mesure où ils se sentent diminués par l’acceptation de ce pouvoir féminin, et où ils perdent leur crédibilité dans le domaine professionnel. Il s’ensuit qu’ils rejettent celles qui exigent toujours davantage d’autonomie, car ils regrettent la féminité et la dépendance des femmes d’autrefois, et craignent que leur volonté d’acquérir l’égalité ne fasse d’elles des pseudo mâles. En effet, Atwood dresse le portrait de certaines femmes qui se sont octroyées non seulement les mêmes privilèges et droits que les hommes, mais aussi leurs vices. Atwood développe ainsi les thèmes de la perception de la violence et de la méchanceté féminines, et illustre comment celle qui refuse de se complaire dans le rôle conventionnel de femme victime ne trouve pas d’autre solution que d’imiter le même comportement machiste contre lequel elle lutte. La question est donc de savoir si ce phénomène signifie qu’il est impossible pour une femme d’atteindre une puissance égale aux hommes dans notre société sans y perdre son intégrité féminine.
La nature ambiguë de la féminité et de la masculinité traverse les œuvres atwoodiennes toute entières. Atwood se refuse d’ailleurs très catégoriquement à ce que ses personnages soient déterminés par leur sexe, donc la distribution des qualités ‘masculines’ et ‘féminines’ n’est pas rigoureusement faite en fonction du sexe des protagonistes. Chacun est déterminé par son histoire, par son environnement, l’essentiel étant la notion d’équilibre des pouvoirs entre les deux sexes. Dans certains cas, les caractéristiques masculines et féminines ainsi que les rôles traditionnels ont tendance à être quelque part inversés, puisque la femme semble, dans le domaine privé, avoir plus de force de caractère, et être plus volontaire que son mari, extrêmement sensible. Or, ces couples fonctionnent plutôt bien, avec un équilibre peu conventionnel mais cependant bien réel.
Cependant, Atwood examine une conséquence paradoxale de cette évolution, puisque l’adultère chez les deux sexes s’inscrit de plus en plus dans les mœurs actuelles, ce qui explique partiellement la fréquence élevée de divorce chez les couples atwoodiens. De toute évidence, pour un nombre grandissant de couples contemporains le mariage ne représente plus un contrat irrévocable, mais simplement un engagement temporaire où la fidélité n’est pas primordiale. Pour certaines, l’acte sexuel en dehors du mariage semble représenter le ‘péché’ nécessaire à la conquête d’une certaine liberté. La question que soulève Atwood est de savoir si ce nouveau contexte de tentation omniprésente d’une liaison extraconjugale sert vraiment la cause féministe, en rendant hommes et femmes plus heureux ?
Les rapports entre femmes sont également d’importance chez Atwood, qui se demande à quoi ressemblent les héroïnes ou les modèles de références pour les femmes à notre époque. Paradoxalement, rares sont les exemples dans son écriture d’une véritable amitié et complicité entre deux femmes. On découvre que les critères d’antan pour juger une femme sont devenus désuets car désormais la hiérarchie qui s’établit naturellement entre elles les classifie selon leur âge, leur beauté physique, leur situation de famille, leur statut social, ainsi que leurs réussites académiques ou professionnelles. Ainsi, la solidarité et la coopération sont souvent remplacées par des rivalités et de la jalousie car la société actuelle conditionne la femme à porter un jugement sur ses consœurs, ce qui détériore les liens d’affection.
Les féministes ont depuis longtemps saisi l’importance de la sexualité dans la vie d’une femme et y portent souvent un intérêt tout particulier. C’est pourquoi l’exploitation sexuelle des femmes par les hommes oppresseurs est un thème central des œuvres d’Atwood. L’auteur dénonce l’inégalité (toujours au détriment de la femme) qui entoure l’expression sexuelle ainsi que la perte de la virginité. Cette moralité répressive exerce une influence néfaste sur le développement de la sexualité féminine, taboue depuis toujours, et la conception traditionnelle du mariage véhicule la notion d’esclavage sexuel en raison du devoir implicite dans l’acte intime, ainsi que la conviction que seul compte le plaisir de l’homme. Par ailleurs, les capacités reproductrices du corps féminin suscitent chez elle une angoisse profonde et permanente. Par conséquent, la libération de la vie sexuelle féminine grâce à l’apparition de la contraception et de l’avortement, signifie la dissociation de la procréation et de l’amour, c’est-à-dire le contrôle de sa propre reproduction et le droit au plaisir pour la femme.
L’éducation et la carrière des femmes revêtent une importance primordiale pour le mouvement féministe ainsi que pour les protagonistes atwoodiennes. Se sentant menacés par leur potentiel intellectuel, les hommes ont longtemps œuvré à brider l’instruction des filles ainsi que leur entrée dans le monde actif. Or, Atwood démontre comment celles-ci restent insatisfaites par le rôle traditionnel de la mère au foyer, ainsi que par la routine de la ménagère qui emprisonne la femme dans la sphère de la vie privée. L’indépendance financière et la vie professionnelle semblent essentielles pour leur procurer un sentiment d’autonomie et de liberté. Des sacrifices sont pourtant nécessaires pour que celles-ci parviennent à négocier leur vie active dans ce monde qui est profondément marqué par la division du travail entre les sexes.
C’est pourquoi Atwood est amenée à poser la question suivante : le travail devrait-il affranchir la femme des tâches du foyer et de la garde des enfants, ou cette échappatoire restera-t-elle réservée aux hommes ? En effet, la maternité est un thème fréquemment abordé par Atwood ; elle déplore que celle-ci soit si peu valorisée et respectée dans la société actuelle, représentant souvent même une perte de maîtrise du destin de la femme. Cette dernière est continuellement contrainte de choisir entre créer avec son esprit (en sacrifiant sa vie maternelle), et créer la vie avec son corps, en renonçant à son métier. L’expression ‘La biologie est le destin’ est couramment citée par des misogynes comme prétexte pour exclure les femmes de la sphère publique, et bien qu’elle puisse être assimilée à un pouvoir propre à la population féminine, la maternité reste la barrière infranchissable pour obtenir l’égalité car la question de base qui préoccupe les femmes - celle de l’éducation des enfants - n’est toujours pas résolue. Si la mère y consacre sa vie, elle n’est souvent ni appréciée ni respectée ; tandis que si elle choisit, ou est obligée, de continuer à travailler, elle est systématiquement critiquée et blâmée pour sa négligence envers sa famille.
L’analyse atwoodienne de la maternité ne se limite pas, bien entendu, à la grossesse et à la petite enfance, mais s’étend bien au delà de l’adolescence, jusqu’à l’âge adulte. L’auteur se passionne tout particulièrement pour la dialectique mère-fille. Chez elle, les deux femmes sont souvent si fusionnelles, si symbiotiques, que l’on différencie à peine la mère de la fille ; la danseuse de la danse, (notons que Margaret Atwood partage non seulement son nom, mais aussi son prénom avec sa mère). L’écrivain illustre comment (contrairement à un fils qu’elle cherche à protéger) la mère a tendance à éduquer une fille avec plus d’exigence et à la pousser davantage vers l’autonomie pour qu’elle soit à la hauteur de l’âpreté d’une vie de femme. Cette confrontation des deux (voire trois) générations de femmes permet à l’auteur de comparer et de contraster la condition sociale des mères avec celle de leur fille adulte, souvent devenue mère à son tour. Par conséquent, l’auteur trouve fascinant le rôle que joue ce rapport antagoniste d’amour et de rivalité dans l’alternance des vagues de féminisme fort avec des périodes de révolte contre ce mouvement. En effet, la mère et les grand-mères symbolisent le passé de la femme, tandis qu’à travers sa fille, une mère se tourne vers l’avenir. Chaque femme est ainsi déchirée entre les frustrations de sa mère et les espoirs démesurés qu’elle nourrit pour sa propre fille. Une femme est donc formée et conditionnée par les aspirations de sa mère et par le besoin désespéré de s’en libérer ; la dynamique entre ces deux forces puissantes est ce qui constitue la source de ses envies.
Chez Atwood une angoisse plane systématiquement autour du corps féminin, assailli par des maladies, par le vieillissement ainsi que par des grossesses et ‘l’horloge biologique’ qui conditionne la durée de la vie maternelle. Par ailleurs, ce corps est un lieu mal compris qui emprisonne souvent la femme en raison de la discontinuité qui existe entre l’intellect ou l’esprit de la femme, et la beauté extérieure. Car à travers ses œuvres, Atwood dresse le portrait d’une société patriarcale qui est plus encline à juger la femme en fonction de son apparence que l’homme. La femme atwoodienne vit complexée par son image à cause du regard critique et des jugements d’autrui basés sur son seul physique. En raison du lien qui existe entre l’apparence et la respectabilité d’une femme, elle se retrouve contrainte à se maquiller, à se coiffer, et à se confiner dans des tenues vestimentaires étriquées et des escarpins qui l’empêchent de vivre librement au quotidien ; et cela afin de remplir des critères obséquieux ou serviles de féminité.
Or, la mode féminine crée des normes contradictoires, et le maquillage et la coiffure peuvent également servir de déguisement ou de pouvoir de séduction, alors que les vêtements exposent ou cachent la sexualité. Par conséquent, la féminité serait perçue par certains comme acquise et artificielle. La question qui se pose alors est la suivante : cette féminité possède-t-elle vraiment des caractéristiques naturelles et innées ? Afin d’y répondre, l’auteur aborde la question de l’image de la ‘femme idéale’. La compréhension de la construction de l’identité féminine s’avère déterminante pour définir la ‘femme idéale’ actuelle, celle qui s’accorde non seulement aux désirs masculins, mais aussi aux exigences féminines.
Atwood explore également l’impact sur la conscience féminine de l’image projetée et perçue de la femme ; à travers le regard de l’autre (des deux sexes), un miroir, un film, des photos de magazines, la pornographie etc.. Mais aussi, l’auteur examine l’image de la femme dans la littérature (canonique ou non), les livres scolaires (qui font autorité dans l’esprit de l’enfant) et les revues féminines. Elle dénonce tout texte qui véhicule systématiquement une image stéréotypée de la féminité. Atwood montre un intérêt particulier pour le conte de fées, qui constitue souvent le premier contact d’un enfant avec le monde littéraire. Ce genre, tout comme le roman à l’eau de rose, est généralement boudé par le mouvement féministe en raison de son archétype de comportement féminin moralement restreint, mais aussi parce que cet univers misogyne des mythes anciens n’a pas de place pour des héroïnes louables. Cependant, la popularité de la littérature d’évasion pour femmes témoigne de l’omniprésence des fantasmes romantiques chez ses lectrices ; cette fiction leur fournit de l’espoir et révèle une résistance cachée dont ont besoin ces femmes pour leur survie. Par conséquent, Atwood s’approprie ces genres littéraires désavoués afin de créer des histoires qui s’écartent du modèle misogyne et restrictif, et qui proposent à l’héroïne des rôles émancipés et déterminants.
Le désir de l’auteur de donner à ses personnages féminins une véritable personnalité physique peut se lire, entre autres, dans les détails vestimentaires qui caractérisent certaines femmes. Elles ne se plient pas aux règles en vigueur à leur époque, mais se démarquent systématiquement du modèle pré-établi de beauté et de féminité. Chaque personnage montre ainsi sa propre spécificité, son identité de femme à part entière. La psychologie des personnages féminins est façonnée exactement selon le même principe : ils ont des tempéraments qui leur sont propres et qui n’imitent pas forcément le modèle pré-établi, ni celui du féminisme. Atwood défie l’ordre établi en matière de caractérisation littéraire en forgeant des caractères féminins bien trempés qui ne respectent pas du tout les schémas traditionnels. Il ne fait aucun doute que toute narratrice atwoodienne possède une volonté de s’imposer dans la vie et une façon très directe d’exprimer ses opinions. Cette indépendance d’esprit ainsi que la force de caractère, souvent alliée d’ailleurs à l’intelligence, sont les principales caractéristiques des tempéraments des héroïnes atwoodiennes, caractéristiques qui, encore une fois, ne correspondent pas au stéréotype de la femme soumise, sans opinion personnelle, incapable de décider car obligée de se plier à la loi patriarcale.
En revanche, mêmes si toutes les femmes atwoodiennes ont des qualités morales et intellectuelles bien à elles, leur psychologie n’est cependant pas forcément parfaite, de la même manière que leur physique n’est pas parfait. Ces femmes sont authentiques, avec leurs qualités et leurs défauts. Il y a un réel souci de la part de l’auteur de donner aux personnages féminins une véritable personnalité tant physique que morale, et de ne pas se limiter à l’image du modèle ou du stéréotype de la femme belle, pure, innocente ... ses femmes vivent avec un corps, un esprit, une éthique, des qualités et des défauts qui leur sont propres.
La notion de modèle, qui inclut la notion de permanence et d’immuabilité, est d’autant plus remise en question que les personnages féminins atwoodiens ne sont pas statiques. Un stéréotype n’évolue pas, et se conforme éternellement à l’image donnée au départ. Par opposition, les femmes atwoodiennes évoluent, tant physiquement que moralement ; elles changent progressivement au fil de leurs expériences, et au terme de chaque roman, le lecteur retrouve une héroïne transformée par la vie. Elle a mûri, vieilli et ne ressemble plus à la jeune fille qu’elle était au début de l’histoire. L’emprise du temps et les soucis sont la marque d’un réalisme qui œuvre sans cesse dans le but de donner de la profondeur aux personnages. Sans aller jusqu’à parler de ‘romans de formation’, il est incontestable que les mésaventures amoureuses, les expériences malheureuses de l’enfance, les hésitations devant l’avenir, ont un rôle formateur. Il est donc notoire que chaque roman atwoodien nous dévoile une héroïne à une période où elle traverse une crise existentielle. Elle dissimule un soi intérieur qui reste insatisfait, et souffre d’un sentiment d’aliénation vis-à-vis du monde. Par conséquent, pour certains protagonistes les rêves et les fantasmes romantiques constituent à la fois une échappatoire à la banalité quotidienne ainsi qu’une protection providentielle contre la dure réalité, tandis que d’autres narratrices mènent plusieurs vies à la fois.
On pourrait ajouter que les femmes atwoodiennes sont encore façonnées par d’autres moyens, qui relèguent aux oubliettes les modèles pré-établis de la femme. La tradition littéraire a toujours voulu que le comportement de l’homme soit influencé par son passé, par son environnement social et familial. La femme, par contre, a toujours été une image figée de perfection immuable. Atwood hisse les femmes au même niveau que les hommes ; elles aussi sont définies, soit par leur passé, par les conditions de vie de leur enfance, soit par l’environnement social dans lequel elles évoluent. Ainsi, la nature des femmes atwoodiennes ne tient pas à leur condition de femme, mais à leur histoire qui les a modelé pour devenir ce qu’elles sont dans l’espace du roman. Cette profondeur, née de leurs expériences, est encore accentuée par leurs réponses aux circonstances, aux relations humaines et familiales. Cette faculté d’adaptation au monde implique encore une fois que la femme est très loin d’être fermement et définitivement un stéréotype. Les romans atwoodiens sont donc peuplés de femmes qui s’opposent radicalement à la conception normative de la féminité. Ses héroïnes, de chair et de sang, sont capables de gérer leur vie comme bon leur semble et savent faire valoir leurs propres opinions. L’épaisseur qui se dégage de ce travail de construction des personnages, au niveau physique aussi bien que psychologique, confirme le réalisme de l’auteur qui refuse de respecter des catégories pré-établies.
La femme Fin de siècle dans l’oeuvre littéraire de Stefan Zweig et d’Arthur Schnitzler
Vendredi 9 janvier
14 h 30
UFR de Géographie, petit amphithéâtre
191, rue Saint Jacques
Paris 5e
Mme Christine TRILLAUD soutient sa thèse de doctorat :
La femme Fin de siècle dans l’oeuvre littéraire de Stefan Zweiget d’Arthur Schnitzler
en présence du Jury :
M. MERLIO (PARIS IV)
Mme PELLETIER (BORDEAUX III)
M. SCHNEILIN (PARIS IV)
Mme TUNNER (PARIS XII)
La femme romaine dans l’épigraphie latine de la période augustéenne au deuxième siècle après Jésus-Christ : Une approche régionale. (Rome et l’Italie)
Samedi 2 décembre 2006
13 heures 30
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Roselyne GLADYS IMMONGAULT NOMEWA soutient sa thèse de Doctorat :
La femme romaine dans l’épigraphie latine de la période augustéenne au deuxième siècle après Jésus-Christ : Une approche régionale. (Rome et l’Italie)
En présence du Jury :
M. BADEL (RENNES 2)
M. MARTIN (PARIS 4)
M. MENGUE M’OYE (Libreville)
M. MOLIN (ANGERS)
Résumés :
La faiblesse féminine et la minorité de la femme apparaissent comme un phénomène constant dans la législation romaine, et les auteurs latins en ont largement fait écho. De l’étude épigraphique, il ressort des confirmations, mais aussi des rectifications à apporter, par rapport aux données juridiques et littéraires, nous permettant ainsi de montrer la distance pouvant parfois exister entre le droit et la pratique. L’optique régionale donnée à cette recherche nous a permis de mettre en exergue l’uniformisation du discours, fondé sur les valeurs traditionnelles romaines, que l’on soit au centre ou à la périphérie de la capitale de l’empire. C’est une évidence épigraphique, que nous avons pu relever nonobstant le fait que l’empire romain soit loin d’être une entité géographique monolithique. Il ressort de même de cette étude quelques particularismes d’une région à une autre dans la perception qui est faite de la femme romaine. Mais ces différences n’étaient pas nécessairement ressenties ou perçues par les habitants de l’Italie, comme fondatrice d’identités régionales. Au-delà des particularismes relevés, cette étude a pu mettre en évidence l’intégration du monde italien.
L’étude de la vie privée de la femme romaine, nous a permis d’en faire le portrait épigraphique physique dans une approche comparative avec le portrait iconographique et littéraire. Il en ressort un constat qui se dégage d’une source à l’autre : le primat de la vertu et de la morale, sur le charme, dans la description physique qui est faite de la femme. L’analyse de son portrait moral, à partir de l’examen des épithètes employées par sa famille pour la décrire, nous a permis de dégager une certaine hiérarchisation des vertus dans la mentalité romaine. L’analyse des textes épigraphiques relatifs à la vie publique relève la prééminence de certaines régions sur d’autres dans la problématique de la visibilité de la femme. Ainsi peut-on parler de régionalisme funéraire au vu entre autres de la concentration des honneurs dans la regio I, devançant la partie centrale de la péninsule italienne et les régions méridionales et nordiques
The feminine weakness and the minority of the woman appear as a constant phenomenon in the Roman legislation, and the Latin authors have widely echoed it. From the epigraphical study, confirmations emerge, but also amendments to make, in relation to the legal and literary data, thus allowing us to show the distance that can sometimes exist between law and practice. The regional perspective given to this research has allowed us to highlight the standardization of the views, based of the traditional Roman values, depending on whether one is in the centre or at the periphery of the empire’s capital. It is an epigraphical obviousness that we have been able to notice notwithstanding the fact that the Roman Empire is far from being a monolithic geographical entity. It even emerges from this study a few distinctive identities from one region to another in the perception that is made of the Roman woman. But these differences were not necessarily felt or perceived as the founding principles of regional identities by the inhabitants of Italy. Beyond the distinctive identities noted, this study has been able to highlight the integration of the Italian world.
The study of the private life of the Roman woman, has allowed us to make the physical epigraphical portrait of it in a comparative approach with the iconographic and literary portrait. An observation emerges from it that comes out from one source to the other : the primacy of virtue and of the moral code above charm, in the physical description that is made of the woman. The analysis of her moral portrait, from the examination of the attributive adjectives used by her family to describe her, has allowed us to bring out a certain hierarchical system of the virtues in the Roman mentality. The analysis of the epigraphical texts relative to public life points out the pre-eminence of some regions over others in the issues of the woman’s visibility. So it is possible to talk about funerary regionalism in view among other things of the concentration of the honours in region I, ahead of the central part of the Italian peninsula and of the Southern and Nordic regions.
Position de thèse :
Cette thèse a pour objectif d’étudier la femme romaine dans l’épigraphie latine, dans une approche régionale. Elle repose principalement sur le fait que de nombreux auteurs modernes en traitant de la question de la femme, aient essentiellement fondé leurs travaux sur les sources littéraires et juridiques et utilisé la source épigraphique pour illustrer certains aspects de leur sujet. Toutefois, les études ayant pour source de base principale l’épigraphie ne sont pas en reste, même si elles ont surtout accordé de l’importance à certains aspects de la question. Il n’en demeure pas moins que ces éminents travaux sont riches d’enseignements et nous permettent de mieux percevoir les femmes romaines. Au cours de ces deux dernières décennies beaucoup de chercheurs se sont intéressés à l’histoire féminine et à l’histoire du genre. La problématique qui a particulièrement retenu l’attention des chercheurs est celle du rapport entretenu par les femmes antiques avec le pouvoir politique, avec la gestion des collectivités civiques. Touchant ainsi pour l’essentiel au rôle des femmes dans la sphère publique, accordant une place de choix aux sacerdoces et au patronage féminin. Ces études sont à inclure dans une thématique plus générale de la visibilité de la femme.
L’intérêt de cette étude réside dans sa spécificité : faire une recherche sur la femme en faisant des regroupements régionaux me permet de faire des comparaisons sur la place de la femme à Rome et dans quelques régions italiennes, donnant ainsi la possibilité de faire ressortir les particularismes régionaux. Cette étude a pour base principale le corpus des inscriptions latines. Dans cette recherche nous avons organisé les données sur une base géographique afin d’établir ou non des variations sur le plan régional, car l’empire romain est loin d’être une entité géographique monolithique. Les régions choisies pour cette étude, Rome, le Latium, l’Italie du Sud et l’Italie centrale nous permettrons d’établir des comparaisons entre les femmes ayant vécu dans la capitale et celles de ces régions.
Notre choix pour la source épigraphique repose essentiellement sur l’adéquation de ce corpus à la problématique que nous envisageons dans cette analyse. Bien que portant témoignage de l’idéologie d’une cité, elles ont avant tout l’avantage de sortir les femmes de l’anonymat, en brisant d’une part la loi du silence en faisant connaître des noms et d’autre part de parfaire leur identité sociale au vu des métiers, des activités, des fonctions civiques qu’elles assument. Les documents épigraphiques offrent de surcroît une voie d’accès privilégiée pour appréhender les catégories sociales mal représentées. L’épigraphie a le mérite de présenter la femme de la richissime à celle de condition modeste dans la réalité de sa vie sociale, politique et économique.
Afin de permettre une analyse appropriée à notre problématique, nous avons opté pour un plan en quatre parties, dans lesquelles la femme, à Rome et en Italie, fait ici l’objet d’une analyse chronologique et thématique. La première partie, épigraphie et vie privée s’articule autour de quatre chapitres fondamentaux. Par souci de clarté, nous avons privilégié l’exposition en chapitres thématiques, bien qu’un tel partage fractionne quelque fois arbitrairement des questions profondément imbriquées. Le premier chapitre analyse le portrait épigraphique de la femme, aussi bien physique que moral. L’histoire a profondément renouvelé ses approches et ouvert de nouveaux champs d’investigation au cours de ces 50 dernières années sous l’impulsion des recherches anthropologiques et sémiologiques. Au sein de ce foisonnement, le corps, appréhendé dans toutes ses composantes, ses normes, ses usages, ses lectures, ses transformations, s’est révélé être un objet d’une particulière fécondité pour repenser les cultures et sociétés historiques en s’intégrant tout naturellement dans une histoire des représentations en plein essor. A partir d’un corpus constitué autour des expressions relatives à la beauté et au descriptif du corps physique féminin, nous avons pu constater le nombre infime de ces inscriptions, aussi bien à Rome que les régions italiennes. Il n’en demeure cependant pas moins que certaines d’entre-elles rendent témoignage des caractéristiques physiques féminines et des « canons de beauté » requis chez les Romains. Nous avons pu dégager une constante : le charme reste sous le contrôle de la vertu et de la morale. Constat que nous avons pu de même vérifier dans quelques épitaphes de l’époque républicaine et du troisième siècle ap. J.-C. qui ne constituent pas nos bornes chronologiques. Nous avons de même analysé dans une optique comparative le portrait physique de la femme à partir des sources iconographiques et littéraires et avons pu dégager cette constance : les trois sources se regroupent en ayant le même regard sur la beauté physique de la femme, en ce sens que le charme et la beauté restent sous le contrôle de la vertu et non le contraire. C’est une constante évidente d’une source à l’autre, nonobstant quelques exceptions. A l’égal des textes, les images sont le fruit de constructions symboliques transmettant une vision complexe des femmes ; elles sont aussi le résultat de choix idéologiques.
Le portrait moral a été analysé en gardant comme fil d’Ariane la régionalisation. Décomposer les différentes vertus regroupées dans trois domaines, à savoir le religieux, le domestique et le social a contribué à faire ressortir la hiérarchisation des vertus qui est faite en fonction d’une échelle de valeur dans le monde romain. Même si l’optimisme évident des épitaphes ne donne pas une version fidèle et objective des existences qu’elles résument, cette analyse permet de dégager les constances du discours épigraphique et de faire ressortir certains particularisme dans l’évocation des vertus entre Rome et l’Italie. Sanctitas, pietas, castitas, fides, pudicitia et fecunditas, bien qu’étant louées dans le portrait moral des épouses ne se présentent pas toujours avec la même constance d’une région à l’autre, et sont de même d’une façon générale, hiérarchisées dans la mentalité romaine.
Le deuxième chapitre, la femme comme objet des inscriptions porte son analyse sur les inscriptions adressées à la femme, aussi bien par son époux, son fils que par son frère, à Rome et dans les regiones I. II. III. IV. V. VI. VII. et VIII. Nous nous sommes intéressé à la teneur de ce discours et à la question de savoir s’il fallait le situer entre traditionalisme, particularisme ou régionalisme. Le troisième chapitre, femme comme auteur des inscriptions nous a permis d’analyser les épitaphes qu’elle adresse aux membres masculins rapprochés de sa famille, afin de voir si un parallélisme pouvait être établi, avec celles dont elle est l’objet. Enfin, le quatrième chapitre porte sur la femme comme auteur et objet des inscriptions. Contrairement à ce que certains auteurs modernes ont pu affirmer dans leurs travaux en disant que les femmes ne font pas l’éloge de leurs semblables dans les épitaphes et que se sont les hommes qui s’expriment, cette étude a permis de voir que s’il y a un domaine ou les femmes ont bien pu faire l’éloge de leurs semblables, c’est bien dans l’épigraphie, contrairement aux autres sources, nous permettant ainsi d’analyser la teneur du discours entre le « sexe faible » et voir de même l’image donnée par les inscriptions sur les rapports mère-fille et entre sœurs.
La problématique relative à l’histoire de la femme étant assez complexe et en constante évolution, ne cessant de s’enrichir et de s’affiner, tout cloisonnement barre la route au progrès de la connaissance. Aussi, notre deuxième partie porte-elle sur l’épigraphie, la mort et le genre. Le sujet en soi n’est pas neuf, mais le regard que porte désormais les historiens traduit un déplacement des problématiques et des méthodes mises en œuvre pour l’appréhender. L’émergence de la notion de gender comme outil d’analyse offre un nouveau cadre théorique contribuant à l’élargissement des domaines de recherche. En tant qu’objet d’étude, la mort possède une production littéraire érudite volumineuse. Toutefois, nous pouvons constater qu’il n’existe pas d’études axées sur le genre et la mort à partir de la source épigraphique. Nous pouvons cependant noter que D. Gourevitch s’est intéressée à une catégorie de femmes, celles mortes en couches et s’appuie beaucoup plus sur les sources littéraires. Ses travaux n’ayant pas pour base la source épigraphique, elle insiste beaucoup plus sur les pratiques médicales et les différentes causes de la mortalité de cette catégorie de femmes. Elle fait toutefois référence au cas Veturia Fortunata, morte après six accouchements (cas révélé par l’épigraphie). Il en est de même de J.-L. Voisin, A.Gunella, H.G. Franco, R.G. Martinez, J.G. De Castro, qui présentent les cas de quelques morts singulières révélées par l’épigraphie. Cependant, ces cas énumérés dans les CIL II, III, XII, XIII ne correspondent pas à nos délimitations géographiques.
Notre troisième partie porte sur l’épigraphie et la vie publique. La définition et les limites de la sphère publique antique, et de son corollaire la sphère privée, suscitent depuis des années la curiosité des chercheurs. Analyser la place des femmes dans les activités publiques antiques exige précisément de définir la frontière entre privé et public et impose une approche d’histoire de genre à travers la comparaison entre actions officielles féminines et masculines. En cernant les disparités existantes selon le sexe, dans le rapport au pouvoir, en relevant d’éventuelles spécificités féminines dans l’accomplissement de tâches publiques, en définissant le statut familial et social des femmes engagées sur la scène publique, on caractérise implicitement les concepts antiques de « privé » et de « public ». Entre les années 1998 et 2004, des études centrales et intéressantes ont été réalisées sur les rapports entre les femmes et la vie publique dans l’antiquité gréco-romaine. Nous pouvons citer entre-autres A. Bielman, R. Frei Stolba, Hemelrijk, M.-T. Raepsaet-Charlier. Cependant, force est de constater que plusieurs études sont générales et nous avons souhaité mettre l’accent sur l’aspect régional, nous permettant ainsi d’avoir une vue d’ensemble et une vue spécifique du potentiel de production propre à chaque région et d’en percevoir les causes éventuelles. Nous nous sommes principalement intéressé à la visibilité épigraphique de la femme romaine au travers de sa participation à la vie publique. Participation au regard de nos inscriptions se présentant comme étant religieuse, par le biais des sacerdoces occupés, et financière au vu des pratiques évergétiques. L’analyse des honneurs publics décernés aux femmes sur l’initiative de l’autorité publique, nous a conduit à l’étude des raisons sociales pouvant justifier leur octroi. Nous nous sommes donc attaché à l’analyse du vocabulaire utilisé dans les inscriptions à caractère public afin de connaître les valeurs auxquelles font référence les épithètes employées pour décrire ces femmes.
Enfin la quatrième partie porte sur l’ambivalence féminine entre source épigraphique, littéraire et juridique. La faiblesse féminine et la minorité de la femme apparaissent comme un phénomène constant dans la législation romaine, et les auteurs latins en ont largement fait écho dans leurs œuvres. De l’étude épigraphique, il ressort des confirmations, mais aussi des nuances et des rectifications à apporter, par rapport aux données juridiques littéraires, nous permettant ainsi de montrer la distance pouvant parfois exister entre le droit et la pratique.
En conclusion, l’optique régionale donné à cette étude sur la femme romaine, nous a permis de montrer à partir des sources épigraphiques, la diffusion à travers toute l’Italie d’une identité, d’une unité, d’un modèle de vie, d’une conscience accrue d’appartenir à un même monde. Il n’existe certes pas d’uniformité régionale devant les diversités italiennes, mais les différences présentes n’étaient pas nécessairement ressenties comme fondatrice d’identités régionales. L’imitation intéressée des modèles romains par la minorité aristocratique qui contrôlait les villes et les campagnes a permis la reprise par la majorité de la population, de ces valeurs devenues le seul modèle dominant et partagé. Analyser le statut de la femme à partir des sources épigraphiques, en gardant une démarche analogique par l’exploitation des sources littéraires et iconographiques nous a permis de montrer l’intégration existante entre Rome et l’Italie. Rome a été un modèle juridique et institutionnel pour tous, un modèle culturel en Occident, et devint le paradigme commun, la référence nécessaire des modes de vie et de pensée, après l’hellénisme.
La figure de l’écrivain fictif dans l’oeuvre de Vladimir Nabokov
Samedi 9 avril 2005
9h30
Amphithéâtre Milne Edwards
Esc. E ou F, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Yannicke CHUPIN soutient sa thèse de doctorat :
La figure de l’écrivain fictif dans l’oeuvre de Vladimir Nabokov
En présence du Jury :
M.PETILLON (Paris 4)
M. AUCOUTURIER (Paris 4)
M. BLEIKASTEN (Strasbourg 2)
Mme MAGUET (Paris3)
Mme MANIEZ (Grenoble 3)
La figure du rêveur dans la seconde moitié du XIXe siècle
Vendredi 25 juin
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1 rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Daniel LONG soutient sa thèse de doctorat :
La figure du rêveur dans la seconde moitié du XIXe siècle
en présence du Jury :
M. CABANES (PARIS X)
M. HAMON (PARIS III)
Mme MELONIO (PARIS IV)
M. NOIRAY (PARIS IV)
La figure sacrificielle dans le théâtre contemporain anglais
Samedi 26 novembre 2005
9 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Chasles
Esc. E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Fabienne MAITRE soutient sa thèse de doctorat :
La figure sacrificielle dans le théâtre contemporain anglais
En présence du Jury :
Mme ANGEL-PÉREZ (Paris 4)
Mme BERNARD (Paris 7)
Mme POULAIN (Paris 4)
M. SIMARD (Saint-Étienne)
La fonction commerciale dans les grandes entreprises. Etude de sociologie comparée
Mercredi 9 juin
14 h 30
Centre malsherbes
Salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Stéphane MOTARD soutient sa thèse de doctorat :
La fonction commerciale dans les grandes entreprises. Etude de sociologie comparée
En présence du Jury :
M. BAECHLER (PARIS IV)
M. HETZEL (PARIS II)
M. MONGROLLE (ESCOM)
La fondation des bibliothèques publiques dans l’Antiquité gréco-romaine (du VIème siècle av. J.-C. au IVème siècle ap.J.-C.) : aspects des rapports entre politique et Culture à Athènes, dans les capitales hellénistiques et à Rome
Mardi 7 mars 2006
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Thomas LESNÉ soutient sa thèse de doctorat :
La fondation des bibliothèques publiques dans l’Antiquité gréco-romaine (du VIème siècle av. J.-C. au IVème siècle ap.J.-C.) : aspects des rapports entre politique et Culture à Athènes, dans les capitales hellénistiques et à Rome
En présence du Jury :
M. MAFFRE (Paris 4)
MME DOBIAS (Dijon)
MME FROMENTIN (Bordeaux 3)
M. LARONDE (Paris 4)
Résumés
Après la réalisation de grands projets comme la Bibliothèque Alexandrina et la Bibliothèque nationale de France François Mitterrand, il nous a paru pertinent de nous intéresser aux bibliothèques publiques durant l’Antiquité. Aussi avons-nous examiné avec soin celles qui furent créées par les tyrans athéniens du VIe siècle av. J.-C., par les souverains hellénistiques et par les empereurs romains. Nous avons alors vérifié si elles étaient bien publiques. Ensuite, en étudiant les profils de leurs bienfaiteurs et les ressorts qui présidèrent à leur création, nous avons pu conclure qu’il s’agissait de bibliothèques d’Etat. Nous avons enfin constaté qu’elles répondaient principalement aux intérêts de la Nation et du régime et qu’au regard des motivations de leurs fondateurs, la Culture se subordonnait au pouvoir. Ainsi étaient-elles davantage des instruments politiques que des institutions réservées exclusivement au développement culturel.
After the realization of great projects such as the Alexandrina Library and the François Mitterrand French national Library, the case of public libraries in Antiquity has been thought to be relevant. We therefore have precisely studied the public libraries which were created by the Athenian tyrants of the 6th century B.C., by the hellenistic sovereigns and by the Roman emperors. We then checked if they really were public libraries. Afterwards, in studying their benefactors’ profiles and the motivating forces leading to their creation, we have been able to conclude that these libraries were, in fact, state ones. We eventually observed that they mainly served the Nation’s and the system of government’s interests, and that, seen from the motivations of the libraries’ founders, culture was subordinated to power. Thus, they were rather political instruments than institutions exclusively devoted to cultural development.
Position de thèse
Eternelles sources de réflexion, les bibliothèques provoquent un vif intérêt qui est lié à leur statut de gardiennes de la Culture et du Savoir. Elles ne cessent d’interpeller la conscience du lecteur, et l’imaginaire collectif nourrit nombre de fantasmes qui ont trait à leur identité formelle et conceptuelle. Cela est d’autant plus flagrant quand il s’agit des bibliothèques anciennes et particulièrement antiques. L’exemple de l’engouement qui concerne la bibliothèque d’Alexandrie en est la preuve.
Notre travail a donc eu pour but d’aborder l’univers de ces insignes monuments par l’intermédiaire des hommes qui, par leur générosité, en ont permis l’édification et le fonctionnement. Ils nous ont permis de pénétrer dans ces édifices, d’en savourer l’atmosphère, et de lever le voile de mystère qui plane sur les bibliothèques antiques publiques.
Néanmoins, les évergètes, tout comme leurs dons, présentent des différences. Il existe plusieurs profils humains qui, forts de leurs libéralités, ont contribués à la création et au devenir des bibliothèques publiques. Il n’a été ici question que des hommes à la tête de l’Etat : les tyrans athéniens du VIe s. av. J.-C., les souverains hellénistiques et les empereurs romains. Nous ne nous sommes intéressés à l’architecture que pour mieux illustrer nos propos et non pour offrir en ce domaine une analyse exhaustive de chaque bibliothèque. Précisons aussi qu’en dehors de ce qui touche au domaine des inscriptions, nous ne nous en sommes remis que ponctuellement à l’archéologie. Mais surtout, même si nous ne saurions ignorer l’importance des bibliothèques privées, cette étude n’a pas eu pour vocation de les étudier de manière complète et détaillée. Nous ne les avons évoquées que sommairement, pour souligner et mieux comprendre les étapes de transformation de leurs « consœurs » publiques. De même, nous ne nous sommes préoccupés des archives que si elles apportaient quelques éclaircissements sur les bibliothèques publiques.
Ajoutons que ce travail, bien que pleinement ancré dans l’Antiquité, n’a pas eu pour ambition d’examiner toutes les bibliothèques publiques anciennes. Son champ d’investigation s’est borné à la civilisation gréco-romaine, et a délibérément ignoré les précédents égyptiens ou mésopotamiens. Cette étude a donc débuté avec la première occurrence de bibliothèque « publique » grecque : la bibliothèque qui fut établie par le tyran Pisistrate à Athènes au VIe siècle av. J.-C. Et, face aux bouleversements politiques et religieux, à la régression de l’alphabétisation et aux modifications des supports d’écriture dans l’Antiquité tardive, ce travail a pris fin au IVe ap. J.-C., avec la fondation de la bibliothèque des Thermes de Dioclétien.
Cette extension chronologique a impliqué que nous nous soyons intéressés à la fois au monde grec et au monde romain. De ce fait, en plus de balayer un champ historique important, nous avons été amenés à considérer un espace géographique assez vaste : la Grèce, l’Egypte, la Syrie, l’Asie Mineure et l’Italie. Néanmoins, parce que les évergésies étudiées proviennent d’hommes qui règnent sur une cité, un royaume ou un empire, seules les capitales se verront dotées de tel édifices : Athènes, Alexandrie, Antioche, Pergame et Rome.
Enfin, afin de parvenir à une problématique pertinente, nous avons défini préalablement les principales notions de l’étude engagée. Voici les termes que nous avons cru bon de retenir : « bibliothèque », « bibliothèque publique », « bibliothèque d’Etat », « évergète », « Culture » et « politique ».
Après avoir défini le champ historique, géographique et sémantique de notre étude, nous avons déterminé trois grandes parties qui correspondent à la période grecque archaïque, à la période hellénistique et à la période romaine impériale, et nous avons analysé les différentes bibliothèques publiques fondées par les évergètes au pouvoir.
Pour ce faire, nous avons étudié les différentes fondations de bibliothèques publiques pour chaque bienfaiteur.
Nous avons ensuite examiné le profil des différents évergètes afin de tenir compte à la fois des origines et du caractère de l’homme qui détenait l’autorité souveraine, mais aussi des réalités qui furent celles de l’exercice du pouvoir en son temps.
Puis, nous avons déterminé quels furent les ressorts qui présidèrent à la fondation de ces institutions. Les évergètes ont-il ainsi fait preuve dans leurs libéralités d’une volonté culturelle ou plutôt d’une volonté politique ?
Après cet examen détaillé, nous avons vérifié dans le cas de chaque bibliothèque étudiée s’il s’agissait bien d’une bibliothèque publique et si elle appartenait à la catégorie des bibliothèques d’Etat.
Enfin, au regard tous ces éléments, nous avons tenté de répondre à plusieurs questions qui intéressaient les trois périodes retenues : Existait-il bien des bibliothèques publiques fondées par les détenteurs du pouvoir souverain au temps de Pisistrate, des souverains hellénistiques et des empereurs romains ? Ces dernières relevaient-elles de la catégorie des bibliothèques d’Etat ? Quel avait été le moteur principal de leur fondation : la politique ou la Culture ?
Voici les conclusions qui furent les nôtres. Durant les trois grandes périodes constitutives de notre étude, des hommes d’Etat, grâce à leurs libéralités, ont bien permis l’édification de ces insignes édifices et l’élaboration de collections. Ainsi, dans chacune de ces ères historiques, la munificence du pouvoir s’est exercée, et elle a doté ces fondations d’un caractère public.
Cependant, nous avons aussi démontré que ces bibliothèques ne se contentaient pas de servir la Culture. Elles répondaient aux intérêts de la Nation et du régime. Fondées par ceux qui détenaient l’autorité souveraine, il semble qu’elles aient été des armes politiques et qu’elles correspondaient à la notion de bibliothèque d’Etat. En fondant ces institutions, les tyrans athéniens, les rois hellénistiques et les empereurs romains réalisèrent des objectifs qui dépassaient le cadre de la Culture : ils firent de ces bibliothèques des instruments politiques.
La fondation des mythes nationaux et la notion de sublime 1701-1791
Mardi 22 novembre 2005
9 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Atsuko TAMADA soutient sa thèse de doctorat :
La fondation des mythes nationaux et la notion de sublime 1701-1791
En présence du Jury :
M. DELON (Paris 4)
M. CRONK (Oxford)
Mme PICCIOLA (Paris 10)
Résumés
À l’âge des Lumières, l’Académie française met en place une politique linguistique visant à « purifier » la langue française en se référant à la langue des œuvres publiées au cours de l’âge classique. « Racine est sublime. » Cet éloge exprimé de manière réitérée reflète une intention nationaliste visant la fondation des mythes nationaux. Cette politique de l’Académie doit beaucoup à l’enseignement rhétorique, la dernière année du collège, qui se charge de consacrer ces œuvres au nom du sublime. Dans les traités de rhétorique de notre période, en se référant toujours au Traité du sublime de Longin traduit par Boileau, la notion de sublime s’écarte progressivement de la connotation théologique pour se séculariser. Sous l’influence de la tradition esthétique outre-manche, elle s’apparente singulièrement à l’esthétique du libertin ayant désormais un lien avec le goût pour la cruauté.
The foundation of national myths and the notion of sublime, 1701-1791
In the age of Enlightenment, Académie française sets up a linguistic politics in order to ‘purify’ the French language consulting the language of works published by French classical authors. “Racine is sublime.” That reiterated praise reflects a nationalist intent to found national myths. This Académie’s politic owes much to rhetoric education in college, which consecrates these works in the name of sublime. In the treatises of rhetoric, always consulting Longinus’s On the Sublime translated by Boileau, the notion of sublime separates from the theological connotation. Under the influence of English aesthetic tradition, the notion become strangely close to libertine aesthetic that links with a taste of the cruel sight.
Position de thèse
« Racine est sublime. » Cet éloge exprimé de manière réitérée tout au long de l’âge des Lumières n’est pas innocent : il reflète une intention nationaliste visant la fondation des mythes nationaux. Même s’il n’est pas convenable, à la vérité, d’utiliser les adjectifs dont le préfixe contient le mot « nation » pour parler des phénomènes de cette période où la « nation » n’existe pas encore, on ne saurait qualifier autrement le projet linguistique élaboré par l’Académie française sous la pression de l’État. Fondée en 1635 par Richelieu, la politique de l’Académie se conforme à l’usage linguistique de la Cour pendant le XVIIème siècle, sinon jusqu’à la publication des Statuts et règlements de l’Académie française en 1708. À la suite de l’affaiblissement de l’autorité de la Cour, les œuvres littéraires de l’âge classique s’imposent comme modèle linguistique. Dès lors l’Académie française met en place une politique linguistique visant à « purifier » la langue française en se référant, en principe, à la langue des œuvres publiées au cours de l’âge classique. Comme on le sait, elle réussit, au premier abord, à faire reconnaître ce français cultivé comme la langue d’État, avant d’établir une zone culturelle européenne où cette langue française se substitue au latin utilisé par un petit nombre de savants constituant la Respublica literaria.
Cette politique linguistique doit beaucoup à l’enseignement rhétorique dispensé au cours de la dernière année du collège. La classe dominante de l’Ancien Régime assure ainsi ses privilèges en acquérant le pouvoir de maîtriser la langue française à travers cette éducation scolaire. Au cours du siècle, les traités de rhétorique présentent un discours justifiant l’utilisation de la langue française, de manière d’autant plus fréquente que la proportion de la langue moderne devient important par rapport aux langues anciennes dans les programmes du collège. Le remplacement progressif du latin par le français s’appuie en effet sur un argument qui en impose fortement à l’époque, celui de la supériorité de la langue française. Si la hiérarchie de la langue est ainsi modifiée en peu de temps, c’est que le français, en tant que support des œuvres littéraires de l’âge classique, est censé réaliser le sublime considéré auparavant comme un apanage des œuvres anciennes. La rhétorique française joue ainsi un rôle majeur comme l’« appareil idéologique d’État » dans le recours à la sublimité affirmée des œuvres classiques, depuis la préface du Traité du sublime de Longin rédigée par Boileau, qui soutient cette politique linguistique. Ainsi, la classe de rhétorique, fondée sur la politique linguistique de l’Académie, remplit plusieurs fonctions dans la société de l’Ancien Régime. Notre recherche se propose particulièrement d’interroger la fondation des mythes nationaux que permet le cours de rhétorique, en associant la notion de sublime et les œuvres littéraires de l’âge classique. Ces œuvres, reconnues comme sublimes, s’apparentent à des mythes dans leur fonction d’« expliquer » l’origine de la culture française. Il s’agira donc d’aborder une fonction primordiale de la littérature, qui « contribue à former la langue, crée une identité et une communauté » comme le fait remarquer Umberto Eco dans son ouvrage récent, se proposant de remettre en cause les fonctions de la littérature.
La prédilection de l’Académie pour les lettres n’est pas un hasard. Effectivement, l’histoire montre que la montée du nationalisme dans un pays passe souvent par le recours à une littérature nationale, racontée ou écrite dans sa propre langue. Ici on retrouve la première fonction évoquée par Eco : « La littérature maintient en exercice d’abord comme patrimoine collectif . » Rappelons que, pendant la Seconde Guerre mondiale, Hitler a invoqué la littérature mythique germanique et l’Armée japonaise s’est, parallèlement, référée au shintoïsme qui s’appuie sur Kojiki, les mythes de la fondation de l’État et les chroniques des empereurs anciens. Plus significatif encore, sous le régime de l’U.R.S.S., dans les pays qui se sont séparés aujourd’hui de la Russie, les contes et les mythes qui relèvent de la culture régionale étaient strictement interdits. Durant l’Antiquité chinoise, seule la vraie histoire se publie officiellement, car raconter une histoire imaginaire est un tabou : il ne faut pas inventer l’épée toute-puissante et la folie des dieux.
Au fond, par rapport à l’Asie , l’« histoire » - au sens relativement moderne du terme, au sens de récit d’événement réels ou imaginaires écrit par un seul auteur - n’apparaît que tardivement en Europe, car celle-ci a longtemps été dominée par une seule « Histoire », la Bible. Si une communauté sociale a besoin d’expliquer son origine par une suite d’histoires mythiques, dans le monde chrétien, les Écritures Saintes ont toujours rempli cette fonction. Comme Jean-Marie Apostolidès le montre également, un mythe littéraire s’édifie au milieu de l’âge classique en France, malgré la domination exclusive des mythes chrétiens. Si l’on commence à mettre les œuvres littéraires de cette époque sur le même plan que celles de l’Antiquité grecque et romaine, c’est que la consécration des auteurs français est assurée par le prestige durable de la monarchie absolue :
Le Siècle de Louis XIV n’est pas un mythe du XVIIIème siècle popularisé par Voltaire, il apparaît vers 1675 et prend forme dans les catégories en voie d’autonomisation de l’histoire et de la littérature. [...] C’est à ce moment qu’apparaissent les images pieuses de la dévotion littéraire. Corneille et Racine cessent d’être frères ennemis pour devenir le pendant français des tragiques grecs. [...] La littérature court alors le risque de sclérose. Les chefs-d’œuvre interprétés hors du contexte de leur création passent pour la concrétisation du Beau absolu. Transmise par l’école secondaire, cette mythologie régit la conception de la littérature en France pendant plus de deux cents ans .
La politique linguistique de l’Académie, préconisée par les gens cultivées de l’époque, réussit à merveille à fonder un mythe des œuvres littéraires de l’âge classique selon la définition que donne Mircea Eliade de l’établissement du mythe dans une culture : « tous ces actes et ces croyances s’expliquent par le mythe de l’anéantissement du Monde suivi d’une nouvelle Création et de l’instauration de l’Âge d’Or, mythe qui nous retiendra plus loin ». La consécration des œuvres littéraires de l’âge classique s’opère en suivant tout fidèlement ces trois étapes : la constatation de la mort de la langue latine, de l’épanouissement de la littérature dans la deuxième moitié du XVIIème siècle et la dégradation de la production littéraire des décennies suivantes. La fondation des mythes français vise avant tout à égaler le latin en imitant le destin éprouvé par celui-ci : l’âge d’or de l’Antiquité suivi de la mort de cette langue assurant son immuabilité.
Or, selon nous, la notion de sublime joue un rôle primordial dans cette fondation des mythes nationaux. Les mythes français ne se fondent pas sur l’énoncé mais l’énonciation des œuvres. Il faudra souligner la nature de la littérature de l’âge classique qui puise souvent sa source dans la littérature ancienne et notamment dans la mythologie grecque et romaine. Ceci dit, par rapport à cette fondation des mythes nationaux, le récit lui-même n’est pas important comme dans les autres cas, c’est le style des œuvres qui compte comme modèle. La nouvelle République des Lettres repose sur un mythe - qui dit l’histoire de son origine - mais ce mythe montre plus de pouvoir dans sa forme que dans son contenu. Si la question du style s’impose beaucoup dans l’enseignement rhétorique de l’époque, c’est que c’est ce mythe dans le style qui doit s’imposer dans la politique linguistique de l’Académie. Il ne s’agit pas d’agir au niveau du récit lui-même mais du style de la littérature classique. Il faut rappeler que l’Académie déclare se charger de la publication des dictionnaires et des œuvres didactiques. Son projet porte donc sur l’établissement d’un style « mythique » sur le modèle des œuvres littéraires de l’âge classique. Concernant le style, la tradition ancienne de la rhétorique propose une hiérarchie solide qu’on appelle la tripartition des styles : le style simple, moyen et sublime. L’ambiguïté et la confusion autour de la définition du style en général, et notamment du style sublime, permet de situer celui-ci dans une position plus haute afin qu’il puisse rester une sorte d’idéal stylistique. Ce sublime est censé être accessible seulement par les œuvres écrites dans une langue ancienne jusqu’à la fin du XVIIème siècle. Mais les traités rhétoriques des Lumières se permettent de proposer des modèles du sublime dans les œuvres de l’âge classique, à l’instar de la préface de Boileau.
Si le fait que la langue française est à même d’exprimer le sublime semble être l’argument le plus puissant pour défendre l’hégémonie du français dans la République des Lettres, la notion de sublime se modifie progressivement au cours de l’âge des Lumières. Comme le montre l’étude de Sophie Hache sur le sublime « chrétien » de l’âge classique, jusqu’à la fin du siècle précédent, le sublime est un terme dont la connotation théologique reste forte. Cependant, au cours du XVIIIème siècle, cette notion se sécularise. Elle a de moins en moins recours au pouvoir divin et s’oriente dans une autre direction.
Notre travail consiste à montrer comment les œuvres littéraires de l’âge classique sont utilisées comme des mythes nationaux au nom du sublime, et comment cette notion de sublime, elle-même évolue de sorte que ces œuvres françaises restent toujours représentatives du sublime. C’est pourquoi notre recherche traverse les domaines de la recherche littéraire et esthétique et celui de l’éducation.
Étapes de démonstration
La première partie de notre recherche s’attache à éclaircir les procédés de la politique linguistique de l’Académie française et le contenu de l’enseignement rhétorique comme le lieu où se pratique cette politique. Avant d’aborder l’importance du rôle joué par le sublime dans le programme de la classe de rhétorique, nous allons répondre aux questions préliminaires sur l’aménagement linguistique de l’Académie et sur l’enseignement rhétorique. Comme toutes les politiques linguistiques, celle de l’Institut se distingue par la « planification du statut » et la « planification du corpus ». Une langue a besoin, d’abord, d’une autorité qui officialise la langue comme authentique. Au XVIIIème siècle, au moment où la Cour perd l’autorité absolue en ce qui concerne les jugements moraux et esthétiques, pour être remplacée par la Ville dans cette fonction, on trouve un modèle de langue dans les œuvres littéraires de l’âge classique, car elles seules sont censées avoir conservé l’usage de la Cour de Louis XIV. C’est ainsi que, pour sa « planification du corpus », c’est-à-dire, les méthodes et les pratiques de sa politique, l’Académie prescrit l’usage des ces œuvres comme exemplaires de la langue française.
L’enseignement rhétorique assume une fonction essentielle dans cette politique car il consiste dans un enseignement littéraire dont les œuvres de l’âge classique constituent les matières principales. La discipline de la rhétorique française s’établit ainsi, au début du siècle des Lumières, à travers une sorte de consécration d’auteurs comme Racine et Corneille. Dans les traités de rhétorique, la supériorité du français sur les langues anciennes et étrangères est défendue en se référant à leurs ouvrages, reconnus comme « sublimes ». Les auteurs de manuels s’attachent à définir la notion de sublime dans la partie de leurs traités consacrée au style en général et surtout à la tripartition cicéronienne du style : simple, moyen et sublime. En effet, la classe de rhétorique vise avant tout à faire apprendre à écrire dans un style convenable au sujet. Dans cet objectif, la lecture des œuvres exemplaires est préconisée, car il s’agit de former le goût pour la littérature. Or si la formation du goût joue un intérêt tout particulier dans l’enseignement rhétorique, c’est que la capacité du jugement esthétique est considérée comme un privilège des élites cultivées qui constituent la nouvelle République des Lettres où la culture des lettres françaises de l’âge classique fonctionne comme une langue commune.
La deuxième partie s’attache à retracer l’évolution de la notion de sublime. Il faudrait d’abord souligner le fait que toutes les discussions et les polémiques autour de ce sujet au cours de la période qui nous concerne, n’ont qu’une seule source : la traduction du Traité du Sublime de Longin par Boileau. Personne ne parle du sublime sans se référer à cet ouvrage, même si les interprétations différentes de l’œuvre diversifient la notion, jusqu’à faire surgir deux courants complètement divergents, dans la rhétorique française et dans la tradition esthétique anglaise. Le plus intéressant dans ce développement de la notion de sublime dans les manuels de la rhétorique française est la désacralisation du terme par rapport au « sublime chrétien » du siècle dernier et la dépréciation progressive de son aspect moral, qui s’appuie sur l’effet principal de sublime selon Longin : l’« élévation de l’âme ». En se référant toujours au même ouvrage, l’intérêt porte désormais sur la temporalité qui sépare, notamment, le sublime du style sublime. Tandis que le sublime s’exprime rapidement, même dans un seul instant, pour frapper le lecteur et susciter l’enthousiasme, le style sublime se déroule longuement et majestueusement, comme le montre la métaphore courante du fleuve. Mais cette rapidité du sublime s’accorde au goût du changement de l’époque dont le principal ennemi est l’ennui. C’est ainsi que l’évolution de la notion se rapproche de celle de l’esthétique naissante dont l’intérêt principal est le plaisir. De plus, la tradition anglaise - partie également de la traduction de Boileau de l’œuvre longinienne mais développée tout différemment - nourrit le dérapage du développement de la conception même si l’esthétique de Burke n’a aucun influence directe sur Diderot ni sur les œuvres de Vernet qui l’inspirent. La notion de sublime s’apparente ainsi singulièrement à l’esthétique du libertin dont la politique s’oriente toujours vers le plaisir jusqu’à la délectation dans la cruauté.
La forêt d’Orléans, une forêt paysanne. Histoire des relations...
Lundi 8 mars 2004
15 heures
Institut de géographie
Grand amphithéâtre
191 rue Saint Jacques
Paris 5e
Mme Catherine THION soutient sa thèse de doctorat :
La forêt d’Orléans, une forêt paysanne. Histoire des relations entre une forêt et des communautés riveraines (1671 - 1789)
en présence du Jury :
M. BOISSIERE (ORLEANS)
M. BURIDANT (REIMS)
Mme COCULA (BORDEAUX)
Mme CORVOL (PARIS IV)
Mme HOTYAT (PARIS IV)
La force de la raison selon Pascal
Samedi 29 novembre
9 heures
Amphi Cauchy, esc. E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. TAMAS PAVLOVITS soutient sa thèse de doctorat
La force de la raison selon Pascal
en présence du Jury :
M. CLERO (ROUEN)
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
M. GUENANCIA (DIJON)
M. MAGNARD (PARIS IV)
La fortune critique de Nicolas Poussin dans la seconde moitié du XVIIIe siècle en France
Mardi 21 novembre 2006
14 heures 30
INHA, Salle Félibien, 2ème étage
Galerie Colbert, 4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
Mme France TRINQUE souteient sa thèse de Doctorat :
La fortune critique de Nicolas Poussin dans la seconde moitié du XVIIIe siècle en France
En présence du Jury :
Mme HECK (MONTPELLIER 3)
Mme HOULD (MONTRÉAL)
M. JOBERT (PARIS 4)
M. MÉROT (PARIS 4)
Résumés
Le peintre national français, Nicolas Poussin (1594-1665), n’a jamais cessé d’être un parangon dans le domaine de la peinture. De Nicolas Loir et Sébastien Bourdon à Delacroix, Cézanne ou Picasso, des artistes de style ou de mouvement parfois complètement opposés ont médité les œuvres du maître normand. L’étude de sa fortune au XVIIIe siècle montre qu’il est resté vivant dans l’esprit des Français même pendant la période artistique la plus éloignée de son style austère et solennel. Sa fortune critique, visuelle et commerciale indique en l’occurrence son rôle de modèle pour les paysagistes au début du XVIIIe siècle. Autour de 1750, la faveur qu’il connaît comme représentant « sublime » de la grande peinture expose les imitateurs les plus hardis à de sévères critiques. Son exceptionnelle renommée le fit rechercher par les collectionneurs étrangers qui « dépouillèrent » la France des plus beaux morceaux de peinture du maître. Par delà la coexistence de la mode, du marché, du goût pour l’antique et pour les sujets d’ « exemplum vertutis », un culte de Poussin se développa dans les années 1780 créant des émules tant chez les peintres que chez les poètes français.
The French national painter, Nicolas Poussin (1594-1665) has always been a paragon in painting. Artists from as diverse schools and styles from Nicolas Loir and Sébastien Bourdon to Delacroix, Cézanne or Picasso studied with interest the work of this master from Normandy. Studying his fortune in the XVIIIth century show the extent by which he remained alive in the French mind even when his artistic style was most solemn and austere. His critical fortune, both visual and commercial, indicates the role model that Poussin indeed was at the beginning of the XVIIIth century. Around 1750 the favour bestowed on him as the “sublime” representative of painting made his imitators open to severe criticism. His exceptional fame caused his works to be “stripped” from France by foreign collectors. Combining fashion, the market and a taste for classical art and for “exemplum vertutis” subjects, a Poussin cult emerged in the 1780s causing painters and poets alike to emulate the master.
Position de thèse
L’étude de la fortune de Nicolas Poussin au XVIIIe siècle en France était plus que jamais attendue par la communauté scientifique. Il y a douze ans déjà, le Colloque international Nicolas Poussin et l’exposition au Grand Palais, à l’instar du double événement de 1960, stimulaient la recherche poussiniste et mettaient en lumière de nouvelles voies d’investigation pour les universitaires. En 1994, Pierre Rosenberg proposait, pour approfondir nos connaissances de l’historique des tableaux, l’examen des fonds européens de gravures d’après Poussin et le dépouillement des catalogues de ventes du XVIIIe siècle.
L’examen des sources critiques, visuelles et commerciales entrepris à la suggestion d’Antoine Schnapper, visait à dégager les lignes directrices de l’histoire de la réception de Poussin en France au XVIIIe siècle. Nous avons retracé les circonstances de sa renommée posthume, limitant notre champ d’étude à la France entre 1701 et 1789. L’année de la Révolution marque la fin de la décennie qui a vu naître un véritable culte pour le peintre. Le terminus a quo témoigne de notre intention de poursuivre le travail de Georges Wildenstein, pour l’examen du catalogue raisonné de gravures d’Andreas Andresen interrompu à la date de 1700, et celui de Jacques Thuillier, le Corpus Pussinianum qui a le même terminus ad quem. Nous avons procédé au dépouillement des fonds de gravures de la Bibliothèque nationale à Paris et de la Bibliothèque Albertina à Vienne. Cet examen a permis de majorer le nombre des gravures connues du XVIIIe siècle d’après Poussin. Nous avons ajouté au catalogue treize estampes qu’Andresen n’avait pas répertoriées en 1863, sans compter les dix célèbres gravures du Recueil du Palais Royal, exécutées après 1786, et qu’il avait ignorées. Notre catalogue apporte de nouvelles informations. L’examen des estampes permit d’ajouter un nouveau nom à la liste des collectionneurs de Poussin : Claude Gros de Boze (1680-1753), Trésorier de France en la généralité de Lyon, qui possédait le tableau d’Armide transportant Renaud (perdu) au début du XVIIIe siècle. Signalons par ailleurs la découverte d’un tableau perdu dont la gravure figure au catalogue. Il s’agit de La Vierge à l’Enfant et saint Jean, reproduite par Fragonard lors de son séjour au palais des ducs Torre à Naples en 1773, et gravé par Saint-Non (catalogue nos 24 et 25) puis par Saint-Aubin et Macret vers 1781. Le tableau, rejeté par Blunt (1966, p. 171, R29) puis accepté par Mahon et Rosenberg, a été identifié dans la collection Ramon Osuna à Washington. Le corpus des tableaux de Poussin a considérablement varié jusqu’à ce jour. Nous pensons en effet que le corpus des toiles de Poussin fut majoré au XVIIIe siècle par de fausses attributions. La gravure de reproduction d’après Poussin fournit des indices de la présence d’œuvres douteuses augmentant le nombre de compositions dans le corpus du maître. On constate que la production, entre 1701 et 1789, fut partagée entre l’interprétation de tableaux originaux, conservés à Paris et à Londres, et la reproduction de fragments, de pastiches ou de compositions douteuses qui provenaient bien souvent d’Italie. Il est troublant, notamment, de constater que la période qui a vu l’intérêt pour Poussin s’intensifier correspond à l’accroissement de la diffusion de pastiches, entre 1730 et 1770. L’histoire de la fortune de l’œuvre gravé de Poussin invite nécessairement à réfléchir aux œuvres qui lui étaient attribuées et qui circulaient à l’époque. Par ailleurs, la large diffusion par la gravure des compositions de Poussin en France, concentrée entre les années 1665 et 1685, fut définitivement freinée autour de 1710. Il est vrai qu’aucune autre période de l’histoire de l’art français ne favorisa la gravure de reproduction d’après Poussin de façon aussi intense. Dans la première décennie du XVIIIe siècle, une dizaine de gravures d’après les paysages de Poussin ont été réalisées. Ce phénomène, commencé dans les années 1680, et qui n’en reste pas moins circonscrit dans le temps, montre l’intérêt des amateurs pour ses qualités de paysagiste à la fin du XVIIe siècle.
Nous avons consulté 549 catalogues de ventes françaises conservés en grande partie dans le fonds Doucet de la Bibliothèque d’art et d’archéologie, puis une centaine d’inventaires après décès aux Archives nationales. Nous avons consulté le Répertoire des catalogues de ventes publiques (La Haye, Martinus Nijhoff, 1938) de Frits Lugt pour dresser la liste des ventes (939) tenues à Paris entre 1701 et 1789. Sur les 549 catalogues consultés, 224 comportent des œuvres de Poussin ou d’après lui. Nous avons cherché à établir le corpus des œuvres conservées en France (à Paris principalement) par l’examen des sources collectionnées. L’examen de sa fortune commerciale a fait apparaître des noms de collectionneurs restés ignorés jusque-là : Claude Deshayes Gendron (1663-1750), médecin du duc d’Orléans, qui était en possession du Testament d’Eudamidas (Copenhague), « M. Mandat » avec Renaud et Armide (Londres) et Porlier, « maître des comptes, au Temple » propriétaire du tableau de l’Enlèvement des Sabines (New York).
Poursuivant le travail de Jacques Thuillier (paru en 1960 et de nouveau dans le catalogue raisonné publié en 1994), nous avons procédé à un récolement des sources écrites concernant Poussin rédigées entre 1701 et 1789, présentées dans une annexe titrée Pour faire suite au « Corpus Pussinianum ». Ce corpus consacré au XVIIIe siècle réunit des textes épars ou d’accès difficile. Poursuivre ce travail était nécessaire pour dégager les thèmes et événements qui ont marqué la fortune de Poussin au XVIIIe siècle.
Les historiens de l’art ont avancé plusieurs hypothèses sur « l’influence » posthume de Poussin en France. Par exemple, Richard F. Verdi, spécialiste anglais de sa fortune critique, estime que le peintre classique a été éclipsé par la vogue du rococo. Cela dit, il identifie tout de même deux indices d’émulation au début du XVIIIe siècle : le goût de Roger de Piles pour ses « tableaux de jeunesse et ses paysages » et le tableau d’Éliézer et Rébecca qui aurait inspiré la toile de même sujet d’Antoine Coypel. Chez les historiens français, Jacques Thuillier évoque une renommée qui n’a jamais failli, Jean Locquin prétend qu’il y eut un mouvement néo-poussiniste autour de 1760 alors que Pierre Rosenberg estime que l’on n’a pas su imiter Poussin avant le surgissement du mouvement néoclassique dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Notre travail consistait à préciser, sur près de quatre-vingt-dix ans, ce que l’élite française a retenu de Nicolas Poussin et comment cela s’est manifesté tant dans la peinture et la gravure que dans les écrits. Notre examen débute au moment où la réputation de Poussin subit un déclin au début du XVIIIe siècle, à la suite de la Querelle du coloris qui opposa Poussin à Rubens. Étiqueté alors comme un mauvais coloriste, Poussin avait été détrôné par Rubens à la fin du XVIIe siècle. Rubens ayant été jugé supérieur, la couleur avait pris autant d’importance que le dessin et l’imitation de la nature était devenue le propos essentiel de l’artiste. Par-delà ces controverses, l’ascendant du maître était encore bien vivace autour de 1700 et Poussin avait toujours des admirateurs en 1715 malgré l’esthétique rococo omniprésente dans les intérieurs parisiens ; il n’est même pas disparu comme modèle auprès des artistes. Très tôt, les poussinistes on su détourner le reproche fait à Poussin de s’être trop inspiré de l’antique : Poussin était un fervent imitateur de la nature et la preuve se trouvait dans ses paysages. Le succès commercial, visuel et critique de ses paysages a valorisé le modèle poussinien, si bien que l’attrait pour les paysages de Poussin a perduré jusqu’à la fin du siècle et a fait du maître un modèle pour les peintres néoclassiques. Tout cela a été rendu possible grâce à la position des poussinistes à la suite de la Querelle du coloris.
La question du paysage dans la fortune de Poussin domine à la fin du règne de Louis XIV. Le problème de sa fortune au début du siècle repose sur l’opposition entre Poussin et Rubens soulevée au moment de la Querelle. L’éclectisme artistique favorisant une variété de modèles à suivre, Poussin fut rangé avec les paysagistes reconnus comme Lorrain et Dughet. Le goût pour Rubens eut tôt fait de déclencher une vogue en faveur des artistes flamands et hollandais, vogue qui allait tenir jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. La fortune de Rubens aurait promu le petit genre et de ce fait encouragé le caprice poussinien de sorte que le peintre des gens d’esprit put répondre au goût nouveau et conserver sa rentabilité pour les marchands, une articulation majeure pour la compréhension de la réception du peintre français. Il est évident que le goût des collectionneurs a été déterminant dans la réévaluation de son rôle de modèle auprès des artistes et que l’engouement pour le paysage et la scène de genre, lié à l’accroissement de plus en plus important de la peinture nordique sur le marché français, a déterminé l’ascendant de Poussin sur les paysagistes.
En revanche, on découvre que le mouvement néo-poussiniste se réclame avant tout des critiques qui se sont attachés au modèle classique représenté par Poussin à un moment où l’on voulait voir rétablie la grande peinture. Le discours critique « néo-poussiniste » prévalant au milieu du siècle a, en quelque sorte, astreint les artistes à des exigences de plus en plus élevées. Autour de 1750, on tente de rétablir le prestige de la peinture d’histoire en identifiant Poussin à Raphaël - le « Raphaël français » - et en insistant sur ses qualités de coloriste, sur son talent pour l’expression des passions, sur la valeur de ses sujets. Depuis l’ouverture des salles du Luxembourg, l’exposition permanente de grands maîtres fait connaître le grand genre à un plus large public qui se trouve à même de juger et de comparer. Avec Le Brun, Le Sueur, Rubens, et bientôt Lemoine, Poussin est proposé en modèle. Au milieu du XVIIIe siècle, Collin de Vermont sera le seul imitateur de Poussin louangé par la critique. Considéré comme un « peintre froid et sans couleur » par Mariette, Vermont apparaissait toutefois comme un nouveau Poussin pour le plus grand nombre. La part des artistes au mouvement néo-poussiniste encouragé par les critiques se limite à un exercice de citations ou à une consultation des tableaux de Poussin. Ce mouvement reste, pour ainsi dire, une manifestation de la critique dans les années 1750-1760.
Au fil du siècle, le fidèle attachement des Français à Poussin en fait un monument de la peinture qui témoigne de la perception progressivement passéiste que prend la figure du maître. Sa réputation de peintre parfait, qui affligeait les artistes en mal de l’imiter, va réconforter l’acquéreur de tableaux qui recherche des Poussin « agréables » et « gracieux ». Le savant Poussin va reconquérir son image de peintre philosophe à un moment où le goût des collectionneurs privilégiait les sujets légers au détriment des sujets nobles et sévères inspirés de l’Antiquité. La tradition faisait de Poussin une figure du passé, perception de plus en plus vérifiable autour de 1770 : les descriptions de voyage sont parfois caduques ou imprécises ; les gravures d’après Poussin de cette période ne reproduisent que des détails ou s’insèrent dans un ensemble pour illustrer une prestigieuse collection. On note aussi la diffusion d’estampes réalisées dans un style opposé à la sévérité de l’art de Poussin. En effet, on assiste à une redéfinition de l’image de Poussin, comme au début du siècle à propos de ses caprices, pour satisfaire le goût des collectionneurs. Si le marché de la peinture faisait la promotion d’un Poussin « gracieux », les critiques, eux, continuaient à inciter les artistes à l’art érudit dont les exigences annonçaient le retour au style classique inspiré par les modèles tirés de l’Antique.
En effet, la fortune visuelle de Poussin est très riche autour des années 1780 : sa renommée le définit à ce moment précis de l’histoire de l’art comme le parangon dans la peinture française. Le style néo-poussiniste fut adopté par David et les artistes qui gravitaient autour de lui pendant la période de formation du style néoclassique entre 1780 et 1789. Le nouveau style classique s’est inspiré des principes de Poussin (composition en frise, géométrisation de l’espace pictural, linéarité et sobriété des formes, couleur locale) que les peintres français, liés à l’Académie, avaient développé pendant leur séjour en Italie. Le néo-poussinisme de ces années-là est incontestablement rattaché aux compositions des tableaux de lit funèbre et aux Sacrements puis à l’étude des fabriques de Poussin que proposaient les paysages et les arrière-plans de ces toiles. Le nouveau classicisme qui règne alors en France traduit une vérité expressive et une pureté esthétique caractéristique de l’art du peintre national. Le tableau d’histoire et le paysage néoclassiques des années 1780 sont exécutés à la manière de Poussin.
Les lettrés ont exercé un rôle majeur dans la construction de la fortune critique de Poussin. Les textes cités en annexe concernant Poussin pendant le XVIIIe siècle en témoignent, les académiciens, les poètes font partie de ceux qui portaient une fervente admiration au peintre. Cependant, les années 1780 ont vu naître un culte à Poussin manifeste par de nouvelles biographies, par son inscription au sein du cercle restreint des Grands hommes de la France, par l’émulation entre les nouveaux peintres classiques et entre les poètes. Ces derniers se sont surtout inspirés des Bergers d’Arcadie dans les années 1770. Le point de vue des lettrés, en l’occurrence celui des poètes de la fin du XVIIIe siècle, appuie le culte de Poussin dans les années 1780 car si la renommée de Poussin, savant peintre d’histoire, en a fait un modèle d’inspiration dans la formation du style néoclassique, sa réputation de paysagiste l’a élevé au rang des Grands hommes de France par ses qualités de peintre philosophe. Poussin a toujours été la fierté de la France dans le domaine de la peinture même si sa réputation et son rôle de modèle ont sensiblement varié selon que l’on jugeait son art avec les exigences de l’amateur ou avec le goût à la mode.
La France et les compétitions impériales au Levant (Syrie-Liban) de 1918 à 1946
Mardi 20 janvier 2004
9 heures
Salle Louis Liard
rectorat, 17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Anne-Lucie CHAIGNE OUDIN soutient sa thèse de doctorat :
La France et les compétitions impériales au Levant (Syrie-Liban) de 1918 à 1946
en présence du Jury :
M. BEN MANSOUR (CNRS)
M. CHEVALLIER (PARIS IV)
M. DEHEUVELS (PARIS IV)
M. MAÏLA (ICP PARIS)
M. SOUTOU (PARIS IV)
La Garde Républicaine, d’une République à l’autre 1848-1871. Un régiment de gendarmes à Paris
Samedi 12 février 2005
9 h
Rectorat, salle Louis Liard
17, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
M. Fabien CARDONI soutient sa thèse de doctorat :
La Garde Républicaine, d’une République à l’autre 1848-1871. Un régiment de gendarmes à Paris
En présence du Jury :
M. CARON (CLERMONT II)
M. CHANET (LILLE III)
Mme DOMERGUE-CLOAREC (MONT¨PELLIER III)
M. KALIFA (PARIS I)
M. LUC (PARIS IV)
M. TULARD (PARIS IV)
La génération naturelle chez Thomas d’Aquin
Samedi 20 janvier 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Bertrand CARROY soutient sa thèse de Doctorat :
La génération naturelle chez Thomas d’Aquin
En présence du Jury :
M. DE LIBERA (Genève)
M. IMBACH (PARIS 4)
M. MICHON (NANTES)
M. OLIVA (CL)
Résumés :
La génération en tant que mouvement ou passage du non-être à l’être dans les corps est un concept fondamental pour qui étudie la nature. La pensée chrétienne fait connaître à ce concept, omniprésent dès les débuts de la philosophie grecque, une double destinée : d’une part il semble éclipsé au profit de la notion de création, d’autre part il est transformé au sein du discours théologique pour dire la relation trinitaire du Père et du Fils. Le but de cette étude est de montrer comment Thomas d’Aquin, grand témoin du XIIIe siècle et acteur de l’accueil de la theoria aristotélicienne dans le discours théologique, comprend et utilise le concept de génération naturelle. Le travail précis de ce lieu philosophique central et de son application en théologie fait apparaître distinctement le projet thomasien d’unir foi et raison. Les moyens utilisés sont le recensement des textes significatifs et l’ordonnancement des grands mouvements de sa pensée sur la génération naturelle : les principes sur lesquels elle repose, ses spécificités et divisions (éléments, corps inanimés, végétaux, animaux), le cas de la génération humaine. Ces mouvements rejoignent certaines des problématiques cruciales du XIIIe siècle, en particulier celles de l’éternité du monde et de la pluralité des formes. Thomas d’Aquin manifeste, par l’emploi très travaillé du corpus d’Aristote pour rendre raison de la nature et de la Révélation qui s’y est manifestée, à la fois un respect absolu pour les Ecritures et une grande audace intellectuelle.
The generation of the body is a basic concept for anyone studying nature. Pervasive since the beginning of Greek philosophy, Christian thought introduced it and gave it a double destiny : on the one hand it seems to be overshadowed for the benefit of the Creation’s notion ; on the other hand it is transformed in the theological discourse to express the Trinitarian relation of the Father and the Son. The goal of this study is to show how Thomas Aquinas, great witness and actor of the thirteenth century and actor in Aristotelian theoria’s reception in the theological discourse, understands and uses the concept of natural generation. By the precise study of the central philosophical topic and by its theological application, clearly appears Thomas’ project of unifying faith and reason. Means used in this study are a thorough text inventory and the ordering of the great motions composing his thought on natural generation : its principles, specificity and divisions (elements, inanimate corps, vegetables, animals), human generation’s case. These motions bring together some of the crucial medieval questions, particularly those of the eternity of the world and the plurality of the forms. Thomas Aquinas shows, through a reasoned used of Aristotle’s corpus by giving intelligibility to the nature and Revelation which is manifested through it, both an absolute respect for Holy Scripture and a fine intellectual daring.
Position de thèse :
1/ PROPOSITUM STUDII
Le but de cette étude est de montrer comment Thomas d’Aquin, grand témoin du XIIIe siècle et acteur de la réception de la theoria aristotélicienne dans le discours théologique, comprend et utilise le concept de génération naturelle. La génération en tant que mouvement ou passage du non-être à l’être dans les corps est, en effet, un concept fondamental pour qui étudie la nature. Or la pensée chrétienne fait connaître à ce concept, omniprésent dès les débuts de la philosophie grecque, une double destinée : d’une part il semble éclipsé au profit de la notion de création, d’autre part il est transformé au sein du discours théologique pour dire la relation trinitaire du Père et du Fils. Thomas d’Aquin, recueillant le double héritage patristique et aristotélicien principalement, montre par le travail précis de ce lieu philosophique central et de son application en théologie comment il conçoit son projet d’unir foi et raison.
a. Réception du concept aristotélicien et de sa philosophie naturelle
Au cours de sa démarche rationnelle, l’Aquinate, pour utiliser pleinement le concept de génération naturelle, rencontre non seulement les problématiques discutées par les Anciens philosophes - dont les débats resurgissent épisodiquement - mais doit faire face à de nouvelles difficultés apportées par le donné révélé et transmis parfois avec son cortège d’hérésies.
Concernant le premier plan, seul Aristote semble avoir défini précisément ce qu’est la génération naturelle, les autres philosophes l’assimilant généralement au mouvement d’altération. Or la définition comporte, pour être intelligible, de rendre compte de la doctrine de l’hylémorphisme. Cette doctrine suppose un certain statut de la matière, statut discuté ou souvent incompris, sans oublier la question particulière sous-jacente de son éternité. De manière connexe, il y a en outre les difficultés à comprendre la notion de puissance, qui avec la notion d’acte, forment un pivot de la métaphysique aristotélicienne. De surcroît, et selon la même dynamique, la génération naturelle est liée à la compréhension de la substance et des conditions de son existence - comme en témoignent les disputes universitaires sur l’unicité ou la pluralité de formes essentielles dans un sujet. Il y a encore les difficultés liées au thème de l’âme intellective, au sein de la génération naturelle humaine, et les débats qu’elles suscitent : succession ou coexistence des formes animatrices, création ou génération, personnalisation ou monopsychisme. Autrement dit, le concept de génération naturelle traverse les grandes problématiques philosophiques portant sur la nature et l’homme, que Thomas d’Aquin a d’ailleurs travaillées en particulier.
b. Limites, transformation ou ouverture de la notion originelle grecque
Concernant le second plan, les difficultés proviennent tout d’abord de la méthode, puisqu’en ne séparant pas les domaines de la théologie, de la philosophie et de la science, les erreurs des deux dernières finissent par discréditer le dogme - tout concordisme précipitant la foi dans l’abîme, selon les résultats, aléas ou progrès, des sciences dites positives. L’intelligibilité de la génération divine n’est pas liée nécessairement aux connaissances contingentes portant sur la génération naturelle. Et Thomas d’Aquin rappelle, sans doute avec trop peu d’insistance pour le lecteur du vingt-et-unième siècle, que les données de la science physique aristotélicienne ne sont qu’une aide circonstanciée, et ont un poids seulement dialectique. Ces difficultés découlent ensuite du fait que ces concepts de la philosophie naturelle ne sont pas ‘taillés’ - pour ainsi dire - à exprimer le divin ou qu’ils sont utilisés dans des problématiques qui mettent au défi la rationalité commune. Au cœur du propos se pose l’intelligibilité du concept d’analogie, passerelle pour la connaissance humaine entre le monde naturel et le monde spirituel. Ainsi, au sujet de trois mystères centraux de la foi chrétienne - Trinité, Incarnation et la Rédemption (sous le rapport de la vie de la grâce inaugurée) -, le concept de génération naturelle montre selon des degrés divers, à la fois son aptitude à faire entrer dans le mystère, et à la fois ses limites et son impossibilité à le comprendre (au sens d’une connaissance parfaite).
Thomas d’Aquin, reprenant l’héritage aristotélicien, se doit de réinvestir la position de la génération naturelle et de la poser comme nécessairement et spécifiquement distincte de l’altération et des autres mouvements, à moins de retomber dans l’erreur des anciens philosophes, inconscients ou ignorant les principes universels de matière et de forme. Or cette erreur est latente, et son risque d’apparition n’est pas négligeable, comme en témoignent par exemple les atomistes arabes (les mutakallimūm). De plus, il s’agit d’assurer dans le processus complexe décrit par Aristote, la permanence de la substance individuelle : comment des formes différentes et successives peuvent-elles maintenir l’identité de la nature particulière ? Si l’on veut dépasser le conflit qui opposa Eléates et Héraclitéens, la génération naturelle n’impose-t-elle pas d’ajouter les formes les unes à la suite des autres, plutôt que de les faire apparaître et disparaître ? De plus, le Stagirite pose comme un fondement du monde physique que la génération d’une chose est la corruption d’une autre, et que ces changements sont perpétuels, comme l’est son substrat, la matière ; mais cela ne donne-t-il pas raison aux néo-platoniciens qui en font d’une certaine manière un co-principe négatif du Bien, dont ont pu dériver les interprétations dualistes ? Quant à l’homme, ‘animal raisonnable’, si son genre ne paraît pas poser de problèmes dans l’optique aristotélicienne, sa différence spécifique est amenée, sur le plan de la philosophie de la nature, avec quelque obscurité, ce qui retentit sur son statut. Si l’âme intellective reste une et en dehors de l’homme, comme l’intellect agent d’Averroès, est-ce bien la même personne qui mange et qui pense ? Mais si l’homme est tout à la fois son âme intellective et son corps, comment sa génération corporelle peut-elle amener par elle-même un principe qui la dépasse ?
c. Foi et raison
Le second type de problématiques recouvre la Doctrina sacra dont Thomas d’Aquin a la charge d’enseigner et de défendre le donné révélé. La tradition augustinienne est là, qui tient fermement le dépôt de la foi, et tente d’en manifester l’intelligence principalement sur des bases philosophiques autres que celles d’Aristote. Mais l’explication rationnelle trébuche ou hésite sur un certain nombre de points : l’origine de l’âme (traducianisme ou créationnisme), la dualité du corporel et du spirituel, les ‘raisons séminales’ déposées dans la matière et qui portent en elles toute perfection dès l’origine, mais aussi certaines notions contaminées ou apportées par le plotinisme et d’autres pensées païennes antiques, comme la nécessité émanantiste, le monisme de l’Un, etc. Au-delà des aspects ‘techniques’ de la controverse, la problématique prend sans doute sa source dans deux manières différentes d’envisager l’idéal évangélique, comme le met en exergue l’opposition des deux grands docteurs Thomas le dominicain et Bonaventure le franciscain. A la modération du premier s’oppose la radicalité du second. Celui-ci veut éradiquer tout ce qui risque de compromettre la doctrine chrétienne et faire obstacle à l’Evangile, celui-là préfère discuter des arguments et prendre même chez les païens tout ce qui est propice à la discussion. En arrière-plan d’une certaine pensée ‘conservatrice’ n’y a-t-il pas même comme la figure d’un Pierre Damien, contempteur de toute philosophie et de tout ce qui n’est pas strictement dans les Ecritures ? La seule chose à faire pour son salut, dès lors, est d’entrer au monastère et d’y goûter la lectio divina sans y introduire rien d’autre que les conseils avisés des Pères de l’Eglise.
Il s’agit donc pour le Maître en théologie Thomas de montrer que les mystères chrétiens ne sont pas contraires à la raison, et que la physique d’Aristote permet même de les éclairer. Mais comment expliquer la génération du Christ - en tant qu’homme - sans semence virile ? D’un côté la foi exige en effet que le Christ soit né d’une vierge ; mais d’un autre côté toute génération humaine réclame l’union d’un homme et d’une femme abandonnant dès lors sa virginité. De plus, quelles explications donner à l’union hypostatique du Christ, quand d’une part la foi pose que le Christ est vrai Dieu et vrai homme, alors que d’autre part la génération humaine aboutit toujours à une personne douée d’une seule nature ? En outre, la Création semble annihiler tout le système aristotélicien qui repose sur l’alternance perpétuelle de la génération et de la corruption : si tous les philosophes anciens, et même certains modernes affirment l’éternité du monde, dont ils démontrent la nécessité à partir de la génération et de la corruption, la foi peut-elle défendre rationnellement la Création du monde ? De plus, à la résurrection générale, il est affirmé que les corps, dans l’état de béatitude, ne seront plus soumis à la génération et à la corruption : mais si les corps doivent rester des corps d’homme, ils seront composés d’éléments contraires, et, partant, seront par définition corruptibles ; ou bien s’ils prennent par exemple la matière de l’éther, les bienheureux seront-ils encore des hommes ?
Ainsi, ces quelques problématiques énoncées manifestent qu’à chaque fois, le concept de la génération naturelle intervient pour une part non négligeable, voire incontournable dans le règlement de la question. L’étude relève ainsi d’une manière plus générale, de la réponse thomasienne - qui s’appuie sur la démarche et les outils aristotéliciens pour rendre raison du monde et de la Révélation - à l’alternative suivante : d’une part, en effet, Aristote explique rationnellement la génération naturelle et rend compte de l’expérience, mais sa théorie forme un ensemble incompatible avec la foi chrétienne ; d’autre part, la tradition ‘conservatrice’ issue d’Augustin défend le dogme et son autonomie, mais au prix d’approximations et avec une réserve d’arguments dont le fondement rationnel paraît instable. L’étude de la réponse thomasienne entreprise ici rencontre ainsi également le thème récurrent des sources et de leur utilisation : pourquoi Thomas d’Aquin cite-t-il si souvent Aristote et ses traités ? Comment sont amenées ces citations ? Quelle place donne-t-il aux Présocratiques ? Les mentionne-t-il seulement à cause d’Aristote ? Quels Pères sont appelés lorsqu’il traite de la génération ? Peut-on parler d’influences de la part des ‘philosophes arabes’ (Avicenne et Averroès principalement) ? Connaît-il et utilise-t-il les commentaires de ses contemporains - en particulier Albert ? Peut-on mesurer en conséquence l’apport personnel de Thomas d’Aquin à propos de la génération naturelle ?
2/ PLAN DE L’ETUDE
La première partie a pour objet les principes qui commandent la compréhension de la génération naturelle chez Thomas d’Aquin. Il faut en effet commencer, comme le répète Aristote à maintes reprises, dans l’exposition de la doctrine par ce qui est le plus universel en allant par la démarche rationnelle vers ce qui est le plus concret, en particulier sous peine de répétitions. De plus l’ordre de la raison épouse son objet, l’ordre naturel, selon une complexité croissante. Un troisième axe qui guide la progression de la connaissance est orienté vers ce qui est le plus connaissable en soi à partir de ce qui est plus connu de l’homme. Aussi convient-il tout d’abord de différencier les concepts de nature et de génération, dont la proximité dans l’usage de la langue peut mener à confusion. Cette distinction effectuée, et son existence avérée, la raison peut étudier ce qui se tient premièrement sous sa considération, le sujet engendré, ‘résultat’ de la génération naturelle, soit, la substance corporelle (composée). Puis, en distinguant la génération naturelle de tous les autres changements, et compte tenu des difficultés à saisir le fait d’engendrer (difficultés sur lesquelles ont achoppé tous les philosophes avant Aristote), on peut définir la génération naturelle. Cette définition est complétée par la connaissance des causes - puisque posséder la science d’une chose c’est en connaître les causes -, à savoir la matière, substrat de la génération naturelle, et son contraire sous le double aspect de la cause formelle et de la cause efficiente, les astres (en définissant leur rôle exact dans la génération), et la finalité.
La deuxième partie considère la génération des éléments et présente en particulier une étude comparée entre les commentaires sur le De generatione et corruptione écrits par Thomas d’Aquin et Albert le Grand (textes figurant dans l’annexe). Au sein de la hiérarchie des êtres naturels, si les éléments occupent en effet le dernier rang selon l’éminence, c’est de leur connaissance vraie que dépend pour une bonne part la compréhension du monde sublunaire. Or l’Aquinate n’hésite pas à reprendre la polémique ancienne contre les Présocratiques, et réexposer les arguments aristotéliciens pour combattre principalement la vision platonicienne de la nature et l’erreur atomiste. Se méprenant en effet sur les principes, ils n’ont pas su généralement rendre raison de la nature et du nombre des éléments, et n’ont pas compris la spécificité du changement de la génération. A cette occasion, l’analyse comparée des commentaires albertinien et thomasien permet d’évaluer les écarts par rapport à la ‘lettre’ d’Aristote et d’en comprendre éventuellement la signification, sans perdre de vue le commentaire moyen d’Averroès. Il s’agit aussi de dégager les grandes lignes de la connaissance thomasienne des corps composés, homéomères et anaméomères, et de leurs transformations.
La troisième partie s’intéresse à la génération du vivant et au cas particulier de l’homme. La vie apporte une dimension nouvelle à la nature inanimée, celle d’une puissance qui permet à son sujet de se mouvoir par lui-même, ce qui a des conséquences fondamentales sur la génération. Les relations qui unissent engendrant et engendré deviennent de plus en plus intimes au fur et à mesure que l’on progresse dans l’ordre de perfection des êtres - et les générations qui les produisent de plus en plus complexes, en partant des plantes jusqu’aux animaux irrationnels supérieurs. Sont en particulier étudiés l’âme végétative en tant que principe de la génération des êtres vivants, la semence et le processus de conception. La question de la génération humaine interrompt d’une certaine manière l’exposé linéaire à complexité croissante, par l’irruption d’une donnée non aristotélicienne : la création de l’âme rationnelle. Bien que le processus de génération de l’homme soit comparable d’une certaine manière à celui des animaux irrationnels supérieurs, l’apparition de son âme spécifique, commandée par l’observation de ses facultés (lorsqu’elles s’actualisent), pose non seulement une limite à la philosophie de la nature, mais aussi renvoie au statut particulier de l’homme, ‘créé à l’image de Dieu’, et à qui la Révélation propose une autre vie, surnaturelle. Car c’est en se penchant sur les mystères de l’origine, en remontant jusqu’à la première génération humaine que l’homme découvre pleinement le sens de toute génération naturelle.
Enfin, une quatrième partie est proposée dans laquelle est illustrée l’application du concept de génération naturelle en théologie. Il s’agit d’introduire brièvement à l’exposé de la manière dont Thomas d’Aquin transforme le concept de génération (défini à partir de celui de génération naturelle) pour le rendre opératoire au sein des principaux mystères de la Révélation : la génération trinitaire, la transmission du péché originel, la génération du Christ, la régénération ou baptême, la fin de ce monde et de toute génération. Après la considération de la condition du dire sur les choses divines, et du passage entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, sont données à propos de la génération, les similitudes et les différences entre ce qui a été établi dans les parties précédentes et les lumières théologiques projetées par l’Aquinate.
3/ SYNTHESE DES RESULTATS
La génération naturelle est un des concepts fondamentaux dans la pensée de Thomas d’Aquin. Et si elle n’occupe pas la ligne de front de ses disputes, à l’instar de la puissance et de l’acte, de la matière et de la forme substantielle, et des autres couples ou grandes notions métaphysiques, faire l’économie de son étude revient à se priver d’une possibilité d’intelligibilité accrue de l’œuvre thomasienne. Mais si Thomas d’Aquin semble ainsi avoir consacré un temps important à travailler les questions qui réfèrent à la génération naturelle, directement ou non, sa perspective n’est pourtant pas l’étude du concept pour lui-même ; il n’a pas écrit de traité sur la génération (naturelle), et son étude s’inscrit dans la démarche d’approfondissement des principaux mystères chrétiens qui ‘jalonnent’ la création et qu’il est amené à contempler : la Trinité et le mystère de la génération divine du Fils, le Verbe en qui tout a été fait (la Création) ; l’Incarnation du Christ ; la Parousie et son ‘anticipation’ dans la nouvelle génération qu’est le baptême. Pour chacun de ces mystères, la génération naturelle occupe une place centrale dans l’essai thomasien de rendre raison du contenu de sa foi, tant dans l’exposition positive (avec ses limites à chaque fois clairement proclamées) que dans la défense par rapport aux hérésies ou aux difficultés qui subsistent malgré l’apport patristique ou en raison de leurs interprétations parfois opposées.
a. L’utilisation des sources
Sur le thème étudié, nous observons le recours quasi systématique à Aristote, dont Thomas d’Aquin recherche, comme un leitmotiv dans ses commentaires, l’intentio. Ce recours va de pair avec le combat contre les interprétations erronées du Philosophe ou les résurgences de doctrines déjà condamnées par ce dernier. Mais là où des informations nouvelles, des lectures justes se trouvent, Thomas d’Aquin les reprend ; de là l’emploi nuancé des philosophes arabes, en particulier Avicenne et Averroès. Pour le commentaire sur le De generatione en particulier, il n’apparaît pas d’influences manifestes ; mais il connaît celui d’Averroès, et sans doute au moins celui d’Albert le Grand.
b. La méthode thomasienne
Dans la comparaison entre les trois commentaires, ce qui frappe le plus est la qualité pédagogique de l’exposition du difficile texte aristotélicien. L’Expositor, vraisemblablement suivant les méthodes artiennes, divise et subdivise le texte en ses articulations logiques, en soulève les difficultés et indique au passage certaines théories ou idées tendancieuses. Par ailleurs, si nous ne remarquons pas d’évolution significative de sa pensée sur le thème de la génération naturelle, l’essentiel étant déjà présent dès son commentaires sur les Sentences, nous pouvons toutefois noter un important travail d’approfondissement sur des notions connexes par des questions disputées (De potentia, De anima) et des commentaires (sur les Physiques, la Métaphysique, le traité De la génération et de la corruption), travail qui mènent aux grandes synthèses doctrinales successives des deux Sommes. Et si des citations identiques ou les mêmes auctoritates se retrouvent dans leurs articles, l’agencement ou le contenu des objections et réponses quand ils divergent témoignent d’une unité plus forte de sa pensée.
c. La vision du monde et son intelligibilité
Notre étude montre l’importance que Thomas d’Aquin accorde à la philosophie de la nature. Et s’il n’a pas le goût ou la curiosité ‘scientifique’ exacerbée d’un Roger Bacon ou d’un Albert le Grand pour les phénomènes naturels, il ne dédaigne pas ici ou là l’illustration par un détail pris dans la vie quotidienne, et ne repousse pas l’explication technique si elle lui semble nécessaire. Sur le thème de la génération naturelle, l’accent est résolument porté sur les principes philosophiques, dont il s’attache à montrer l’autonomie dans un cadre bien précis. Le subtil équilibre du projet thomasien, ligne médiane entre une théologie conquérante de tout savoir et une philosophie revendiquant une autonomie totale, repose sur la confiance en la raison et une conscience aiguë de ses limites. La transposition du concept de génération naturelle en théologie le manifeste clairement.
Dès lors, nous comprenons mieux, en se penchant sur les mystères des origines et la transmission par génération, le rapport entre foi et raison. Pour Thomas d’Aquin, il faut avoir confiance en la raison humaine, car l’homme est créé à l’image de Dieu - et Dieu est Intelligence - mais l’intellect de l’homme est limité à la fois par son statut de créature et à la fois par la faiblesse congénitale de la raison touchée par le péché originel. Pour comprendre la génération naturelle, raccourci de l’ordre du monde, l’homme a besoin aussi de lumières révélées. C’est sa finalité qui le commande : l’homme est destiné à contempler Dieu - l’étude de la nature et de la génération naturelle n’étant qu’un moyen assez imparfait mais légitime, voire nécessaire ici-bas.
La genèse des lois sur l’émigration du Commonwealth en Grande -Bretagne : 1962-1968
Mardi 4 octobre 2005
9 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Aminata AW soutient sa thèse de doctorat :
La genèse des lois sur l’émigration du Commonwealth en Grande -Bretagne : 1962-1968
En présence du Jury :
M. REDONNET (Paris 4)
M. CARRE (Paris 4)
M. LEFEBVREE D’HELLENCOUR (Paris 3)
M. REVAUGER (Bordeaux 3)
La Grande-Bretagne et l’indépendance de Chypre, tranferts et héritages
Samedi 16 septembre 2006
9 heures
Amphithéâtre Michelet, escalier A,
46 rue Saint-Jacques, 75230 paris cedex 05
Mme CHRISTA ANTONIOU soutient sa thèse de doctorat :
La Grande-Bretagne et l’indépendance de Chypre, tranferts et héritages
En présence du jury :
M.BERTRAND (Science Po)
M. KIZILVÜEREK
M. KORINMAN (Paris 4)
M. LETERRE (Versailles)
M. REDONNET (Paris 4)
Résumés
En février 1959, la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie négocient l’indépendance de Chypre. La première, en tant que puissance coloniale, exige en retour la cession de 1% du territoire insulaire pour établir des bases militaires souveraines ; les deux secondes, reconnues en tant que « mères-patries », négocient en l’absence des Chypriotes grecs et des Chypriotes turcs. Chypre sera, à la suite de ces négociations d’intérêts, dotée d’un système de gouvernance rigide et inadéquat par rapport à la réalité locale, ainsi que de traités à force constitutionnelle interdisant la réalisation de l’Enosis (union de Chypre avec la Grèce) et du Taksim (partition de l’île sur une base linguistico-religieuse). Les deux extranationalismes insulaires résultent en réalité de l’interaction concomitante entre l’administration coloniale britannique et l’expression agressive des nationalismes grec et turc en dehors de leurs frontières nationales, et ont aussi été rendus possibles par le positionnement même des dirigeants politiques chypriotes.
Acquise en 1878 auprès de l’Empire ottoman en tant que place d’armes destinée à défendre les intérêts de la Grande Bretagne, Chypre connaîtra une transformation profonde de sa société pendant la colonisation britannique, dont la politique ambiguë et opportuniste utilise à sa façon les dynamiques endogènes pour atteindre ses objectifs stratégiques. Le but de cette recherche est de mettre en évidence les transferts et héritages de la colonisation britannique vers un conflit qui oppose toujours aujourd’hui les deux principales communautés chypriotes.
In February 1959, Great Britain, Greece and Turkey conducted negotiations over the independence of Cyprus. Great Britain, as the colonial power, demanded to keep 1% of the Cypriot territory in order to establish Sovereign Base Areas (SBA). Greece and Turkey, in their capacity as “homelands”, negotiated without any Greek Cypriots or Turkish Cypriots being represented. Following these interest-based negotiations, Cyprus was given a political system that was both rigid and unsuited to local realities and Constitutional treaties were signed that impeded Enosis (union between Cyprus and Greece) and Taksim (partition on a linguistic and religious basis). These two insular extranationalisms were in fact the result of a concomitant interaction between the British colonial policy and the aggressive expression of Greek and Turkish nationalisms outside the national borders of Greece and Turkey, and have been made possible by the very position of the political Cypriot leaderships.
Obtained from the Ottoman Empire in 1878 as a place d’armes in order to defend British interests, Cyprus underwent a deep social transformation under the British rule. Great Britain’s ambiguous and opportunistic policies played on local dynamics to serve British strategic objectives. The aim of this research is to show how the British colonial heritage contributed to the ongoing conflict between the two main Cypriot communities.
Position de thèse
A l’heure où l’Union européenne a connu le plus grand élargissement de son histoire, traduisant une volonté d’union des peuples et des communautés qui composent le continent, l’île de Chypre a intégré cette grande famille en restant divisée. Mon objectif est d’analyser les origines de la division entre les deux communautés de Chypre qui prend racine pendant la période de la colonisation britannique. Il convient de mettre l’accent sur les premières années de l’administration coloniale car cette période contient les éléments déclencheurs de la naissance de ce conflit. L’ambition de cette recherche est d’identifier, à partir du transfert de Chypre de l’Empire ottoman à l’Empire britannique, l’héritage de l’époque coloniale britannique à Chypre et, en particulier, son influence sur la genèse du conflit qui oppose les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs. En remontant l’histoire de Chypre, nous nous apercevons que les deux communautés ont coexisté paisiblement pendant presque trois siècles. Le conflit intercommunautaire prend racine sous la colonisation britannique. Pour comprendre la nature et les causes de la rupture entre les deux communautés et identifier son origine, il faut remonter à l’époque où le conflit est absent. Saisir l’environnement historique et social nous permettra de mieux cerner son évolution, ainsi que le rôle et les responsabilités de chacun.
L’étude de l’héritage de « Chypre britannique » doit être évaluée à la lumière de deux paramètres. Premièrement, nous devons examiner les facteurs endogènes : la société chypriote et ses composantes. Existe-t-il un lien entre la politisation des communautés chypriotes et la politique coloniale que la Grande-Bretagne a appliquée à Chypre et, si oui, par quels moyens cette différenciation politique s’est-elle manifestée ? Deuxièmement, il faut analyser l’évolution de la politique coloniale britannique à Chypre à la lumière des facteurs exogènes qui ont, à notre sens, continuellement exercé une pression et une influence sur le destin de Chypre. Quels sont ces facteurs, qu’on nomme exogènes, et comment se sont-ils imposés dans la gestion de la question chypriote par la Grande-Bretagne ?
A cette fin, j’ai pris le parti de commencer ma recherche par la signature en 1878 de la convention de Chypre, alliance militaire entre l’Empire ottoman et l’Empire britannique. Je m’attache ici à l’étude du changement social et politique lors du transfert d’administration en 1878. Cette étape indispensable va nous permettre d’analyser la dialectique ainsi que l’interaction entre les forces endogènes et exogènes qui constituent l’essence de toute situation politique. L’examen des développements domestiques constitue la meilleure fondation de l’appréciation de la situation et des réelles proportions de l’influence extérieure. Il ne fait aucun doute que les dynamiques intérieures sont influencées, voire perturbées, par l’interférence britannique. Toutefois, on ne peut, en aucun cas, attribuer tous les développements d’un pays aux seules influences extérieures ; une telle analyse conduirait à une simplification erronée.
L’interférence exogène a été principalement d’ordre stratégique, liée aux objectifs britanniques au Proche et au Moyen-Orient. La position géographique de Chypre, située à la périphérie immédiate de cette zone stratégique, lui confère une dimension parfois idéologique, il s’agit dans ce cas du nationalisme grec et du nationalisme turc, parfois politique, il s’agit dans ce cas de la politique grecque et de sa gestion de la question chypriote, et aussi de la Turquie qui, à partir des années 1950, va jouer un rôle déterminant dans l’équilibre des forces, modifié par l’interférence de la Grèce dans la gestion de la politique impériale de la Grande-Bretagne à Chypre. Ces trois acteurs ont joué un rôle important dans la consolidation de la différenciation entre les deux communautés chypriotes. Mon analyse répond à la question suivante : quel est le rôle joué par la Grande-Bretagne, en relation avec la Turquie et la Grèce, concernant Chypre ? Le nationalisme grec, le nationalisme turc et les objectifs stratégiques de la Grande-Bretagne sont largement responsables dans le façonnement de l’imbroglio chypriote. Toutefois, il est important d’être claire sur le point suivant. L’interférence étrangère ne suffit pas à expliquer la situation. Les Chypriotes ont aussi leur part de responsabilité. Il me paraît évident qu’à partir du moment où les Chypriotes reconnaîtront leur responsabilité et leur rôle dans l’évolution du conflit, ils pourront alors prétendre prendre en main leur futur.
J’ai débuté ce travail de recherche par une collecte d’informations. Cette collecte a commencé par la lecture d’ouvrages historiques de référence, supposés fiables, tels History of Cyprus de Costas Kyrris et le livre de Jean-François Drevet Chypre en Europe (2000). Ils m’ont permis d’identifier les grandes lignes de la période que couvre mon sujet et de poser les premières questions directives qui m’ont, par la suite, aidée à orienter ma recherche au moyen de sources primaires et secondaires.
Les sources primaires sont les archives britanniques recueillies au Public Record Office, ou Archives Nationales à Kew Gardens, au sud de Londres. Elles offrent une source inestimable d’informations et constituent des empreintes historiques et scientifiques incontestables. Il s’agit d’informations à l’état brut, issues d’acteurs directs : le Colonial Office et le Foreign Office. Ces documents sont référencés en fonction de leur origine par les initiales CO (Colonial Office) et FO (Foreign Office). Les documents recueillis sont des comptes-rendus, des mémorandums, des correspondances, des notes de services entre les ministères concernés (FO, CO) et les ambassades britanniques à Athènes ou à Ankara, ainsi qu’avec l’administration coloniale à Chypre. Il s’agit aussi de procès-verbaux consignant et détaillant les négociations entre les différents acteurs de l’indépendance chypriote. Face au volume d’informations disponible, j’ai ciblé ma recherche autour de dates et événements-clés tels que la révolte chypriote grecque de 1931 ou la période 1955-1959 qui précède l’indépendance de Chypre. Malgré l’abondance, certaines archives ne sont toujours pas disponibles aux chercheurs. C’est le cas de CAB 129/96/1, qui couvre les négociations et les accords de Zurich et de Londres sur la période du 7 janvier au 13 mars 1959 et qui ne pourra pas être consultée avant janvier 2010 ; ou CO 67/239/4, qui couvre l’année administrative 1931-1932 concernant les violents incidents d’octobre 1931 et l’abolition subséquente de la Constitution, sera accessible en janvier 2032, soit 100 ans après les faits.
Toutes les informations collectées ont été analysées et traitées de manière chronologique afin de mettre en relief les facteurs de division communautaires. Ces facteurs sont divisés en deux catégories : exogènes et endogènes. Les facteurs exogènes concernent principalement les intérêts britanniques, leur perception de la réalité chypriote et la politique qui en découle, et les facteurs endogènes les communautés, leurs conditions de vie et le nationalisme en tant que force opposée à la colonisation, mais dont il puise sa force.
Il a fallu ensuite confronter et recouper toutes ces informations. Cette confrontation m’a permis de faire le tri et de vérifier les données avancées par certains ouvrages. Cette étape m’a aussi permis de rapprocher ces informations de mon expérience, du « savoir » inculqué pendant ma scolarité et des informations diffusées dans la société chypriote grecque. J’ai pu ainsi qualifier la pertinence, l’objectivité et la valeur scientifique de mes sources secondaires. Sur la base de ces informations qualifiées, j’ai pu extraire de l’abondante littérature sur l’histoire contemporaine de Chypre les sources que j’ai considéré les plus recevables. Ces dernières m’on apporté certaines informations que je n’ai pas toujours pu recouper à partir des sources primaires. J’ai considéré que ces informations issues des sources secondaires étaient fiables à partir du moment où je pouvais globalement qualifier la fiabilité générale de l’ouvrage. L’ouvrage de Dwight Lee, Great Britain and the Cyprus Convention Policy of 1878 (1934) est ma principale source secondaire ; il traite des tractations diplomatiques qui ont conduit à la convention de Chypre et en offre une lecture intéressante. L’ouvrage de George Georghallides, A Political and Administrative History of Cyprus, 1918-1926 : With A Survey of The Foundations of British Rule, (1979) constitue une source inestimable sur les premières décennies de la colonisation britannique. Le livre de James A. McHenry, The Uneasy Partnership On Cyprus : The Political and Diplomatic Interaction Between Great Britain, Turkey, and The Turkish Cypriot community (1987) est remarquable dans la mesure où il traite la période 1919-1939, au sujet de laquelle l’historiographie chypriote est peu abondante. Enfin, m’a apporté les renseignements nécessaires pour déchiffrer des événements tels que la création de l’État turc et la consolidation du mouvement nationaliste chypriote grec, ainsi que sur la communauté chypriote turque. Les ouvrages de la journaliste Nancy Crawsaw, The Cyprus Revolt : An Account Of The Struggle For Union With Greece, sur la période tumultueuse entre 1955 et 1958, et Isle of Discord, Nationalism, Imperialism And The Making Of The Cyprus Problem, de Ioannis Stefanidis sont une aide précieuse afin d’analyser le volet diplomatique de l’internationalisation de la question chypriote. L’ouvrage de Robert Holland, Britain and the Revolt in Cyprus, 1954-1959, ainsi que de nombreux articles ont été une immense aide à la compréhension de la complexe situation chypriote. Enfin, la thèse de Hubert Faustmann, Divide and Quit ? The History of British Colonial Rule 1878-1960. Including a Special Survey of the Transitional Period February 1959-August 1960, m’a apporté une vision plus globale de cette période. Il est important, toutefois, de noter qu’un grand nombre d’articles ont contribué à saisir le mieux possible l’évolution des relations intercommunautaires sous l’influence de l’administration coloniale de la Grande-Bretagne. Je voudrais particulièrement mentionner ceux d’Adamantia Pollis, Intergroup Conflict and British Colonial Policy, The Case of Cyprus, de Michael Attalides, Relations Between Greek and Turkish Cypriots In Perspective, et celui de Paschalis Kitromilides, From Coexistence to Confrontation : the Dynamics of Ethnic Conflict in Cyprus, dont le travail est remarquable. Enfin, le livre de Rebecca Bryant, Imagining The Modern. The Cultures Of Nationalism In Cyprus, (2004) a apporté une démonstration sociologique et anthropologique aux nationalismes grec et turc. Cette revue bibliographique n’est naturellement pas exhaustive ; le grand nombre d’ouvrages et d’articles consultés ne me permet pas de faire ici une présentation plus détaillée malgré la qualité d’un très grand nombre d’entre eux.
De quelle manière pouvais-je traiter un sujet qui couvre une période si étendue ? J’ai souhaité adopter le mode chronologique. Ce mode permet, en effet, de saisir, à la lumière de certains faits historiques, l’évolution de Chypre sous administration britannique. J’ai considéré la chronologie au sens que lui donne Nora quand il écrit :
« Une chronologie n’est pas une énumération indifférente. C’est un condensé elliptique d’une forme de savoir. Elle représente l’équivalent d’une grammaire temporelle ; il s’en dégage un sens. Elle suppose une articulation hiérarchique des connaissances. Elle sous-entend la construction d’un discours, elle sous-entend la possibilité d’un récit continu dont les dates sont les points de passages obligés. C’est, en définitive, l’axe d’une organisation mentale qui est loin de concerner seulement l’histoire, mais gouverne l’ensemble des activités de l’esprit. » (Nora, 459)
Ce mode d’analyse permet également de mettre l’accent sur l’influence, voire l’ingérence extérieure sur les forces constituantes qui régissent Chypre tout au long de cette période. Ce type d’analyse fournit, en effet, plus aisément les outils pour déchiffrer la place qu’occupe Chypre dans les considérations diplomatiques et stratégiques pendant les Première et Deuxième guerres mondiales. Tout comme l’évolution de la perception britannique concernant sa colonie selon les objectifs à atteindre à un moment donné. Toutefois, j’ai, chaque fois que je l’ai jugé nécessaire, recours à des retours en arrière. Ce procédé nous permet, dans une continuité narrative, d’apporter des éléments nécessaires à la compréhension de certains événements en cours d’analyse.
La manière dont nous désignons un fait historique, une situation, ainsi que le choix du vocabulaire sont révélateurs de la position que nous prenons par rapport au fait historique en question, à la situation donnée ou au choix de tel ou tel nom. Le langage est manipulable et, à la fois, sujet à manipulation.
« Dans le domaine de la connaissance comme ailleurs, il y a concurrence entre des groupes ou des collectivités pour ce que Heidegger a appelé "l’interprétation publique de la réalité". De manière plus ou moins consciente, les groupes en conflit veulent faire triompher leur interprétation de ce que les choses ont été, sont et seront. » (Merton, in Bourdieu, 1994, 91)
Outre la problématique qui émane de la conception des événements de 1974 par les deux communautés chypriotes -une conception à l’image d’un long processus de différenciation-, il existe d’autres termes, tout aussi discutables, dont l’emploi peut être un acte politique, idéologique ou tout simplement une interprétation erronée, que nous devons clarifier dès à présent.
Jusqu’à la fin de la période de colonisation, les documents officiels britanniques vont utiliser une sémantique particulière pour designer les deux communautés dont l’évolution est en relation avec leur perception de ce que sont Chypre et les Chypriotes. Existe-t-il une interaction entre leur perception et leur manière d’administrer, et si oui laquelle ? Les membres de la communauté chypriote turque sont d’abord désignés comme Ottomans ou musulmans, puis comme Turcs ; les membres de la communauté chypriote grecque sont appelés Grecs ou orthodoxes. Mais, la désignation qui est, de loin, la plus fréquemment utilisée est celle de Grec et de Turc. Le choix du vocabulaire peut être révélateur d’une négation constante de la reconnaissance des liens entre ces deux communautés, qui vivent ensemble dans un même espace et partagent la même évolution historique depuis plus de trois cents ans. On peut se demander si cette distinction, qui contribue inévitablement à la distanciation identitaire entre les deux communautés, n’est pas tout aussi responsable de la consolidation des nationalismes grec et turc à Chypre. Autrement dit, la différenciation communautaire par les Britanniques entre Grec et Turc s’aligne sur les revendications nationalistes de l’élite chypriote grecque, puis des nationalistes chypriotes turcs. Les termes les plus justes pour les habitants de Chypre seraient, du moins jusqu’au début du XXe siècle : musulman et orthodoxe et, par la suite, Chypriotes hellénophones et Chypriotes turcophones. En ce qui nous concerne, nous emploierons les termes Chypriotes grecs et Chypriotes turcs, et non Grecs et Turcs de Chypre. Ce choix ne se fait non seulement pas par souci d’exactitude sémantique, mais aussi par reconnaissance de ce lien commun qu’est Chypre. Autrement dit, l’histoire et l’identité de Chypre ne peuvent se réduire à une partie de son capital culturel grec antique et ottoman. A l’indépendance de Chypre, l’emploi des termes Chypriotes hellénophones et Chypriotes turcophones serait, à mes yeux, le plus juste.
Cette étude est divisée en trois grandes parties. La première, intitulée « De la domination ottomane à la colonisation britannique », a pour objectif de poser brièvement l’environnement politique du continent européen. En 1878, les Britanniques arrivent à Chypre. La nouvelle force occupante va administrer l’île tout en maintenant la suzeraineté du Sultan, propriétaire officiel de l’île. Il est nécessaire de comprendre les choix et les contraintes qui ont guidé la politique étrangère de la Grande-Bretagne, la conduisant à coloniser Chypre. Cette acquisition, qui met fin à sa politique traditionnelle de maintien de l’intégrité de l’Empire ottoman, rempart naturel contre l’expansion russe, traduit ses préoccupations coloniales, et en particulier sa volonté de rapprocher l’Inde du centre métropolitain et de sécuriser la route par le canal de Suez. Une fois l’environnement de cette acquisition posé, nous ferons un premier bilan d’avant et d’après le transfert de l’administration de l’île des Ottomans aux Britanniques. C’est une étape qui permet non seulement de mieux évaluer la politique menée par la Grande-Bretagne, mais aussi de cerner les premiers impacts de ce changement d’administration sur les dynamiques intérieures existantes. Quelle est la place de l’Église de Chypre, maître absolu sur les sujets orthodoxes pendant l’époque ottomane, dans la nouvelle organisation politique de l’île ? La demande d’union de Chypre avec la Grèce, l’Enosis, suit-elle l’aspiration des orthodoxes de l’île ou répond-elle à une forme de résistance à la colonisation britannique de la part de l’élite traditionnelle ? Quelle est la réaction des anciens maîtres des lieux, devenus une minorité, face à ce changement d’administration ? Et enfin, y a-t-il une interaction entre la politique économique, à savoir l’héritage de la taxation ottomane, connue sous le nom de Tribut, et la distanciation des deux communautés ?
Dans la deuxième partie, « Chypre entre cession et colonisation », nous constaterons que la donnée diachronique de la présence britannique à Chypre est l’incertitude qui touche la contribution de la colonie aux besoins et objectifs de l’Empire. La Première Guerre mondiale nous enseigne qu’elle n’a pas joué le rôle qu’on lui avait assigné, à savoir celui d’une place d’armes britannique dans l’Est méditerranéen. L’offre de cession de Chypre à la Grèce en 1915 met en lumière l’ambiguïté qui entoure la politique britannique à Chypre. Acquise en tant que place d’armes potentielle, elle se révèle inutile. C’est du moins l’avis du Foreign Office. Toutefois, cette offre fera couler beaucoup d’encre dans les départements du Foreign Office et du Colonial Office. Leurs prises de position concernant Chypre émanent d’objectifs différents à atteindre selon le ministère. La fondation de la République turque, en 1923, constitue la fin officielle de la présence ottomane à Chypre. Et, Chypre devient, en 1925, une colonie de la Couronne. Malgré ce nouveau « prestigieux statut », les attentes des Chypriotes se verront rapidement déçues. Le maintien d’une lourde taxation continue d’empêcher le développement économique et social de l’île. Le mouvement nationaliste chypriote grec s’intensifie pendant les années 1920. Il a deux conséquences principales : accroître l’inquiétude de la communauté chypriote turque et provoquer le durcissement du régime colonial. En 1931, une révolte chypriote grecque sert de prétexte à l’administration britannique pour abolir le Conseil législatif et, en général, tous les maigres droits politiques octroyés jusqu’alors. La période autocratique dure presque dix ans. C’est en fonction des besoins suscités par la Deuxième Guerre mondiale que les Britanniques consentent, à nouveau, à une certaine ouverture politique.
La troisième et dernière partie, « Indépendance ou dépendance », est consacrée à la période allant de la Deuxième Guerre mondiale à l’indépendance de Chypre en 1960. Le discours officiel impérial est toujours articulé selon ses intérêts dans la région. L’offre constitutionnelle de 1948 a-t-elle réellement pour but de doter Chypre d’un système politique représentatif ? Les ambitions politiques des Britanniques se montrent limitées. L’absence d’une vie politique à Chypre prive les Britanniques d’interlocuteurs légitimes et représentatifs, mais nous nous interrogeons. N’est-il pas plus facile d’imposer sa politique suite à l’échec des réformes qui devaient réintroduire un minimum de droits politiques pour les Chypriotes ? En 1950, le plébiscite en faveur de l’union de Chypre avec la Grèce, organisé par l’Église de Chypre et non reconnu par les autorités britanniques, déclenche l’internationalisation de la question chypriote. Comment la Grande-Bretagne peut-elle s’opposer à la demande d’autodétermination des Chypriotes grecs ? En pleine Guerre froide, le Moyen-Orient est devenu une terre hostile à la présence britannique, et Chypre est présentée comme le seul territoire qui puisse satisfaire à toutes les exigences dictées par les objectifs stratégiques et les engagements militaires britanniques dans cette région. L’indépendance chypriote se fera dans le respect absolu de ces exigences, mais à quel prix ?
La guerre froide dans les manuels scolaires français des années soixantes à nos jours : Savoir universitaire, transposition didactique, représentations
Lundi 27 novembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Brigitte LEFEVRE MORAND soutient sa thèse de Doctorat :
La guerre froide dans les manuels scolaires français des années soixantes à nos jours : Savoir universitaire, transposition didactique, représentations
En présence du Jury :
M. AMALVI (MONTPELLIER 3)
M. CESARI (ARRAS)
M. LUC (PARIS 4)
M. SOUTOU (PARIS 4)
Résumés :
Le discours sur la guerre froide dans les manuels scolaires construit une image du monde
qui dépasse le simple récit de l’affrontement entre deux superpuissances.
Autour du thème central du partage du monde, s’articule un système de représentations
très cohérent, qui s’incarne dans les différents événements, personnages et lieux du conflit. La
question de la place de l’Europe dans le monde se trouve au coeur de ces représentations.
Réactualisé au gré des événements qui ponctuent cette histoire, ce système s’alimente
également des concepts, politiques, historiques ou idéologiques, qui traversent le débat
intellectuel des années soixante à nos jour.
La nécessité de tenir compte des prescriptions des programmes peut expliquer certaines
contradictions internes. Cependant les manuels d’histoire de terminale et de troisième sont en
prise directe avec la recherche et les débats intellectuels de leur époque.
The speech on the cold war in the textbooks builds an image of the world which exceeds
the simple account of the confrontation between two superpowers.
Around the central topic of the division of the world, is articulated a very coherent system
of representations, which embodied the various events, characters and places of the conflict.
The question of the place of Europe in the world is in the core of these representations.
This system, actualized by the events that punctuate this history, also feeds from the
ideological, political, historical concepts of the intellectual debate of the Sixties at our day.
The need for taking account of the programs can explain the internal contradictions in
these history textbooks. However they reflect directly the research and the intellectual debates
of their time.
Position de thèse :
Étudier la façon dont les manuels racontent la guerre froide, c’est tenir compte de la
complexité du manuel en tant qu’objet culturel. Comme le dit Nicole Lucas, « le manuel
scolaire est multipolaire : il est le point de convergence de la recherche, de la
communication, de la découverte, de la pédagogie, de l’institution et des spécialistes. »1
Il faut d’abord prendre en compte les conditions de production du manuel : objet
commercial, son contenu est conditionné par des considérations économiques qui peuvent en
infléchir le discours. 2 Être attentif également au rôle qu’il est sensé jouer, et dans ce domaine
le manuel d’histoire plus encore, dans la construction d’une identité collective. Sans ignorer
les réserves émises depuis longtemps sur le rôle du manuel comme constructeur d’une
mémoire collective, comme en témoigne déjà en 1984 la riche discussion transmise par les
actes du colloque « manuels d’histoire et mémoire collective ». Rainer Riemenschneider émet
« l’hypothèse que les manuels scolaires ont un effet certain lorsqu’ils sont en accord avec un
vécu réel auquel la jeunesse scolaire peut se référer pour donner vie à l’abstraction des textes
lorsque le vécu du quotidien et le message du manuel baignent dans le même univers de
normes affectives et cognitives. Dans ce cas les manuels peuvent avoir un effet de
renforcement, mais qui est toujours secondaire à une prédisposition créée en dehors de
l’école et de son enseignement. Ce sont ces rapports du vécu quotidien avec le contenu de
l’enseignement qu’il faut à mon avis cerner avec un maximum de précision. »3
Le manuel est enfin, comme le dit Pierre Hansard, « non seulement un support de
transmission des connaissances, mais aussi un élément de transmission de cette dimension
voilée de la culture : les « bons sentiments » politiques en tout ce qui concerne l’histoire
commune (...) Ces nuances subtiles des amours et des croyances politiques, ces sentiments
légitimes vont trouver discrètement leur place dans ces manuels scolaires, marquant les
particularités de l’affectivité politique. »4
Ainsi, véritable objet d’histoire culturelle, non seulement le manuel rend compte de la
façon dont le savoir historique est vulgarisé à l’intention des élèves, mais il est également le
1 Nicole Lucas, Enseigner l’histoire dans le secondaire. Manuels scolaires et enseignement depuis 1902, Presses
universitaires de Rennes, 2001, p. 235
2Alain Choppin, Les manuels scolaires : histoire et actualité, Hachette Education, 1992 p.
3 Rainer Riemenschneider, « La confrontation internationale des manuels. Contribution au problème des rapports
entre manuels d’histoire et mémoire collective », dans H. Monniot (textes réunis et présentés par), Enseigner
l’histoire. Des manuels à la mémoire. Travaux du colloque Manuels d’histoire et mémoire collective. UER de
didactique des disciplines, Univ Paris 7, Peter Lang, 1984
4 Pierre Ansart, « Manuels d’histoire et inculcation du rapport affectif au passé », dans H. Monniot, op cit
3
lieu où s’expriment les représentations collectives d’une société à un moment donné. C’est
sous cette double optique que nous avons choisi d’interroger nos manuels.
Analyse qualitative ou quantitative ?
Le corpus se compose de 152 manuels, à savoir5 :
60 manuels d’histoire terminale, de 1962 à 2006,
32 manuels de troisième, de 1970 à 2003
60 manuels de géographie, de 1958 à 2004
Nous avons choisi d’adopter ce que Nicole Lucas nomme « une approche méthodologique
diversifiée : la souplesse de la méthode qualitative permet, lors d’une étude générale, de
mettre en relief un trait saillant ou de percevoir des manques significatifs. Elle procure des
appréciations larges, indispensables pour émettre un avis fondé sans en venir à l’évaluation
du manuel. Par contre, une orientation plus quantitative s’est avérée efficace pour rechercher
des thèmes, des concordances, des notions ou des valeurs explicites ou implicites. Elle permet
également de valider des comparaisons. »6
L’approche qualitative :
La méthode qualitative a consisté à relever dans les manuels de larges extraits qui ont
semblé, après un premier sondage, répondre aux questions posées. Ces données ont ensuite
été stockées sur des fichiers numériques. Nous disposons ainsi d’une banque de donnée
consistante et qui, bien que fractionnée entre les différents thèmes, donne une bonne vision
d’ensemble des manuels et en permet une connaissance assez approfondie.
Si toutes les entrées n’ont pas été au final d’une égale utilité, cette approche a permis une
grande connaissance du contenu des manuels, et l’identification de chacun en tant qu’objet
cohérent et distinct.
L’approche quantitative :
Le souci était de constituer un échantillon cohérent. Les contenus des programmes
d’histoire et de géographie étant très différents, seuls les manuels d’histoire ont fait l’objet
d’une exploitation statistique. Les manuels de géographie, qui renvoient cependant aux
mêmes représentations, ont été traités de façon qualitative.
5 voir liste des manuels, annexe 1
6
Nicole Lucas, Enseigner l’histoire dans le secondaire, manuels et enseignement depuis 1902, Presses
universitaires de Rennes, 2001, p. 60
Pour la même nécessité de cohérence, les manuels d’histoire de terminale et de troisième ont
été analysés séparément ce qui nous a également permis de disposer d’une réplication (deux
jeux de données différents), et donc de renforcer l’argumentation.
Pour chacun de ces « items »finalement retenus, nous avons calculé des moyennes avec
leur erreur standard (écart-type de la moyenne), c’est à dire la moyenne de son apparition
dans les manuels d’une période programmatique. Par exemple la moyenne de la photo du mur
de Berlin est le nombre moyen d’apparition de photo dans les manuels par période
programmatique. Nous avons parfois calculé la fréquence, qui correspond au pourcentage
d’utilisation d’un terme ou d’une image ou de la place d’un événement au sein d’un manuel
(par exemple le pourcentage d’utilisation du mot russe à la place du mot soviétique rapporté
au total de ces deux mots). La fréquence moyenne représente le pourcentage moyen dans les
manuels par période programmatique, ainsi pour la photographie de Yalta ou le discours de
Fulton.
Problématique et plan :
Nous avons cherché à comprendre comment la guerre froide est interprétée dans les
manuels scolaires, c’est à dire de quelle manière ces derniers répercutent le savoir
universitaire au fur et à mesure de sa élaboration, et quel jeu de représentations le conflit met
en oeuvre.
Nous avons constaté que le discours sur la guerre froide dans les manuels scolaires
construit une image du monde qui dépasse la simple exposition des événements d’un
affrontement entre deux superpuissances, qui a pour enjeu la fixation de repères
géographiques, culturels et politiques et dont les enjeux sont clairement identitaires.
La première partie considère d’abord de quelle manière autour du thème central du
partage du monde, s’articule un système de représentations très cohérent, qui s’incarne dans
les différents événements, personnages et lieux du conflit. Ainsi la question de la place de
l’Europe dans le monde se trouve au coeur du récit développé par les manuels sur la guerre
froide.
La seconde partie étudie comment, réactualisé au gré des événements qui ponctuent cette
histoire, ce système s’alimente également des concepts, politiques, historiques ou
idéologiques, qui traversent le débat intellectuel des années soixante à nos jour.
Conclusions :
Au-delà du simple récit des événements ponctuant l’antagonisme entre les blocs, le
discours sur la guerre froide construit une vision du monde cohérente qui s’exprime par un
certain nombre d’images récurrentes.
Mais pour réductrices qu’elles soient, ces images sont souvent bien autre chose que des
stéréotypes. Destinées à créer chez les élèves des images mentales liées aux concepts qui sont
abordés, elles viennent « représenter » une réalité que l’on s’efforce de décoder. En ce sens,
elles font office de sorte de modèle, au sens d’outil conceptuel globalisant. On peut les
considérer comme des images-types, destinées à caractériser un phénomène ou un événement.
Le Mur de Berlin en est bon exemple : C’est un fait d’une matérialité terrible et qui mérite
d’être étudié en tant que tel. Mais dans le même temps, il représente, et déjà pour les
contemporains, le symbole même de la guerre froide et du partage du monde. Pour tous ces
aspects (son côté spectaculaire, sa dimension inhumaine, son caractère de « modèle »), il
devient une réalité incontournable dans l’enseignement de la guerre froide. Il en va ainsi du
rideau de fer sur les cartes d’Europe et du monde, ou de la Place Rouge, par exemple.
En réalité, à côté du récit linéaire qui peut être fait du conflit Est-Ouest, les images
fournies par les manuels fonctionnent en réseau, se répondent l’une l’autre, et leur lecture
s’effectue de façon simultanée (voir schéma de la figure 102).
Au centre de ce système de représentations, se trouve le thème du « partage du monde ». Il
prend appui sur un événement fondateur, la Conférence de Yalta, qui représente, selon
l’expression de Raymond Aron « le mythe du péché originel ».7 Ce péché originel, c’est le
partage de l’Europe, qui abandonne l’Europe orientale aux Soviétiques. Il constitue pour les
Français une double déchirure : non seulement la coupure de l’Europe, blessée dans son
identité, mais aussi, et peut-être surtout, la mise a mise à l’écart de la France, et par extension,
de l’Europe, de la gestion des affaires mondiales. Yalta est à la fois une coupure imposée à
7 Raymond Aron, 1997 p. 550
l’Europe, et un partage du monde « sans nous ». Lorsque que ce « mythe » ne trouve plus sa
place dans les manuels, il est relayé par d’autres supports qui incarnent cette représentation :
le « condominium » et le couple Nixon - Brejnev par exemple.
Figure 102
À la fois coupure et mise à l’écart de l’Europe, cette représentation du « partage du
monde » fonctionne à deux niveaux d’échelle : celui de l’Europe, celui du monde.
A l’échelle de l’Europe, elle a pour enjeu la fixation de nouveaux repères, géographiques,
politiques et culturels, et soulève la question de l’identité européenne, dans l’Europe de la
guerre froide.
À l’échelle du monde, la crise de Suez administre la preuve de la mise à l’écart de
l’Europe, d’un « condominium » qui ne porte pas encore ce nom, d’autant plus que les
manuels la présentent souvent en parallèle avec la répression de l’insurrection à Budapest.
Mais la guerre froide, ce n’est pas seulement le partage du monde, c’est aussi le face-à-
face des « deux Grands ». Les nombreuses mises en page proposant, côte à côte, des images
symboliques de ces deux puissances, comme celles de Berlin-Ouest et Berlin-Est, la Place
rouge et la statue de la Liberté, ou encore à nouveau l’avion du blocus, non seulement
renvoient ces « deux grands » dos à dos, mais relaient encore une fois cette idée du partage du
monde et de la mise à l’écart de l’Europe, qui le subit.
Conflit de puissances ? Conflit idéologique ? Les manuels fournissent aux élèves des clés
de compréhension du « temps présent » et répercutent les différentes étapes de la pensée
intellectuelle, universitaire et idéologique en ce domaine. Des concepts scientifiques, comme
le « monde bipolaire » de Raymond Aron, ou inventés par des hommes politiques comme
« condominium » de Michel Jobert, servent de clés de lecture d’un monde en changement, et
dont l’image se recompose au gré des événements qui le font évoluer.
Il nous semble important de souligner que ces nouveaux outils de pensée se répercutent
assez vite dans les manuels. Ce phénomène est observable dès les années soixante avec la
théorie de la convergence, ou bien dans les années 80 où nous avons noté la très forte
répercussion des travaux de Raymond Aron dès les manuels de 1983.
Cependant la prise en compte des développements récents de l’historiographie ne dépend
pas uniquement du rythme d’apparition des nouveaux concepts proposés par les historiens,
mais dépend aussi d’un rythme propre à l’univers scolaire, celui des programmes et des
maisons d’édition. Ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes aux auteurs et pourrait
expliquer les contradictions internes perceptibles dans de nombreux manuels. Déjà assez
évidentes en ce qui concerne la vision de l’Europe (Comment définir la civilisation
soviétique ?) dans les manuels des années 60, ces tensions sont particulièrement manifestes
lorsqu’il s’agit de périodiser le conflit dans les années 80.
Les manuels d’histoire de terminale et de troisième nous semblent donc en prise directe
avec la recherche et les débats intellectuels de leur époque. Ils témoignent ainsi du renouveau
de l’intérêt pour l’histoire du politique, et pour l’histoire du temps présent, conformément
bien sûr aux nouveaux programmes : l’histoire du temps présent est introduite dans le
programme de troisième dès 1969 et en terminale en 1982. Les directeurs de collection
choisissent d’ailleurs souvent ce titre pour leurs ouvrages, quand d’autres se contentent
simplement du titre « histoire », ce qui peut tout aussi bien signifier une affirmation, face au
dénigrement dont elle a pu parfois être l’objet, que l’histoire du temps présent, c’est tout
simplement de l’histoire.
La Horde d’or de 1377 à 1502 : Aux sources d’un siècle "sans histoire"
Vendredi 10 décembre
13 h 30
Centre d’études slaves
9, rue Michelet
75006 PARIS
Mme Marie FAVEREAU soutient sa thèse de doctorat :
La Horde d’or de 1377 à 1502 : Aux sources d’un siècle "sans histoire"
En présence du Jury :
M. DEROCHE (EPHE)
M. GONNEAU (PARIS IV)
M. KALUS (PARIS IV)
M. VEINSTEIN (Collège de France)
La latinité dans la poésie de Victor Hugo pendant l’exil : Virgile, Horace, Lucrèce, Juvénal
Samedi 2 décembre 2006
14 heures 30
UFR de Littérature, Bibliothèque Georges Ascoli, esc. C., 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Romain VIGNEST soutient sa thèse de Doctorat :
La latinité dans la poésie de Victor Hugo pendant l’exil : Virgile, Horace, Lucrèce, Juvénal
En présence du Jury :
Mme DANGEL (PARIS 4)
M. MARCHAL (PARIS 4)
M. ROSA (PARIS 7)
M. VAILLANT (PARIS 10)
Résumés :
Victor Hugo a découvert la poésie en lisant et en traduisant les poètes latins et n’a cessé de les inscrire dans son œuvre. L’exil voit cette pratique prendre sa pleine ampleur, alors que Hugo adopte un système métaphysique extrêmement proche de celui de Virgile, conciliant notamment immanence et transcendance. L’intertextualité, bucolique et visionnaire avec Virgile, cosmique avec Lucrèce, apparaît dès lors comme la continuation dans l’histoire et la fusion dans l’éternité d’une même œuvre de spiritualisation du monde, consistant à en exprimer l’âme divine pour faire advenir la nouvelle Arcadie. L’art d’Horace, coupable d’insouciance mais artiste impeccable, incarne à cet égard la puissance toujours purificatrice de la beauté poétique et sa capacité à restituer l’innocence originelle. Parallèlement, en intégrant intimement Juvénal à ses luttes, Hugo affirme, dans le domaine de l’histoire, la transcendance de l’acte poétique, conçu là aussi comme une prise en charge du réel par l’idéal. Ainsi, l’intertextualité apparaît comme un projet humaniste et idéaliste, travaillant à l’accomplissement d’une tradition, dont la latinité est à la fois matricielle et emblématique, dans l’hypertexte absolu de Victor Hugo.
Victor Hugo discovered potry by reading and translating Latin poets and kept integrating them into his own work. Exile contibuted to developing this practise while Hugo adopted a metaphysical system extremely close to Virgil’s and which associates immanence to transcendence. Intertextuality, pastoral and visionary with Virgil, cosmic with Lucretia, then appears as the prolonging in history and the merging into eternity of a same work of world spritualization, wich consists in expressing the godly soul to give sense to the birth of New Arcadia. Thus Horatio’s art (a carefree but nevertheless perfect artist) embodies the everlasting purifying power of potical beauty along with his ability to give voice to original purity. In the same way, by associating Juvenal to his fights, Hugo historically claims the superiority of the potical art intended to be as the absorption of the reality by the ideal. Thus intertextuality turns out to be a humanist and idealistic project which works for the achievement of a tradition whose latinity is both prolific ans emblematic in Victor Hugo’s absolute hypertext.
Position de thèse :
Victor Hugo découvrit la poésie à travers les auteurs latins qu’il traduisait en vers français lors de son adolescence et ne cessa plus dès lors de les évoquer et de les convoquer dans sa propre œuvre poétique, au point qu’avec l’exil cette pratique s’inscrivit pleinement dans son double dessein de mage et de vengeur. Cette intertextualité latine, certes contraire aux idées du premier romantisme et notamment à celles qu’exprimait Madame de Staël dans De l’Allemagne, n’en illustre pas moins la fidélité caractéristique des romantiques français à l’héritage des Anciens, dans une relation qui cependant ne ressortit plus à l’imitation classique. Elle prend chez Hugo une dimension particulière, presque exclusive et pour ainsi dire organique, qui trouve sans doute ses origines dans une culture littéraire essentiellement latine, mais qu’il a cultivée, assignant à la latinité une fonction éminente, à la fois matricielle et paradigmatique, dans l’histoire de la poésie.
La critique universitaire, après s’y être intéressée au début du XXème siècle, a délaissé ce champ d’étude portant prometteur. Encore cette critique des sources se limita-t-elle à constater des influences - notion d’ailleurs peu conciliable avec les positions hugoliennes - sans prendre en compte la participation des textes convoqués au sens construit par l’auteur. Le concept d’intertextualité, forgé à la fin des années soixante par Julia Kristeva, ne permit pas immédiatement de renouveler cette approche, parce qu’il désignait un processus de productivité littéraire dans lequel ce que Gérard Genette appelle l’hypotexte n’importait guère. Michaël Rifaterre, en parlant d’intertextualité obligatoire, reconnut que l’identification de l’hypotexte pouvait être indispensable à la pleine lisibilité du texte. Celle-ci implique alors une démarche en quelque sorte herméneutique, d’ailleurs conforme à ce que métaphorisait le motif du palimpseste à l’époque romantique, chez Thomas de Quincey ou chez Chateaubriand, et qu’ont développée, entre autres, les travaux récents d’Alain Deremetz sur « l’histoire littéraire immanente » dans la littérature latine et de Bertrand Marchal sur les phénomènes de réécriture à la fin du XIXème siècle. Ainsi conçue, l’intertextualité s’avère particulièrement riche à étudier chez Victor Hugo, parce qu’elle est, non seulement le vecteur de sa vision de l’histoire littéraire et de sa conception des rapports entre poésie et histoire, mais également parce qu’elle repose sur une ontologie poétique, laquelle est, à rebours, largement tributaire des quatre poètes convoqués : Horace, Lucrèce, Juvénal et, plus essentiellement encore, Virgile.
Il n’est donc pas étonnant que l’intertextualité latine participe en premier lieu d’une poésie de la nature, entendue au sens large, allant de la poésie bucolique à la poésie métaphysique ; au reste, cette poésie est, aux yeux de Hugo, l’apanage des Latins. L’inspiration bucolique, abondamment représentée pendant l’exil, autour des Contemplations et des Chansons des rues et des bois, procède constamment de références aux Bucoliques et aux Géorgiques de Virgile, à travers des évocations explicites et la récurrence de motifs aisément identifiables. Le paysage hugolien comporte ainsi toutes les blandices du vallon arcadien, dont la posture du sommeil sub tegmine est emblématique ; cette poésie n’en paraît pas pour autant artificielle, parce qu’elle procède en même temps d’une expérience authentique et du prisme virgilien à travers lequel Hugo a regardé la nature. Mêlant sensualité et pureté, ce paysage est en effet l’expression d’une transparence perdue que le poète, Hugo à l’instar de Virgile, a seul le pouvoir d’évoquer. Hugo développe ainsi une conception orphique de la poésie très proche de la conception virgilienne, en qui il voit l’incarnation historique la plus accomplie de la figure mythique d’Orphée, volontiers confondu avec le Silène de la sixième Églogue. Le poète-pâtre fait résonner la nature de son chant et, ce faisant, se l’identifie, lui donne voix et la rend à elle-même. Le chant poétique est donc à la fois l’essence de la nature, et son accomplissement sublime. L’intertextualité s’explique par l’origine de cette conception, issue de l’expérience virgilienne de Victor Hugo, et celle-ci, à son tour, la justifie ontologiquement : la vision de Hugo peut procéder de celle de son prédécesseur et l’intégrer parce qu’elles sont de même essence.
Ce pouvoir explique le goût particulier de Victor Hugo pour ce que Jean-Bertrand Barrère a appelé la fantaisie ; celle-ci procède d’une poétique du corps intimement liée à Horace. Dans Les Chansons des rues et des bois notamment, les réécritures des Odes et des Satires l’identifient au thème de la pause dans l’étude, qui consiste à prendre le temps d’apprécier, dans une simplicité épicurienne, les plaisirs de la vie, et sans laquelle le poète court le risque de la sclérose et de la pédanterie. Par ailleurs, sa poésie, ainsi que, sous certains aspects, celle de Virgile, ressortit à une inspiration bachique et panique, qui laisse entendre, à travers la voix du corps, celle, pacifiste, libérale et égalitaire, du « bon sens » ; le rire drolatique et libérateur, qui n’hésite pas, comme Horace avec les Canidies, à rire dans les cimetières en est également l’expression. En vérité, cette aimable insouciance apparaît comme l’expression d’une innocence originelle, dont l’oiseau et l’enfant, que Hugo associe souvent au poète de Venouse, sont aussi les représentants. Hugo invoque en effet la poésie d’Horace, ainsi que des passages de Catulle et de Properce, contre la conception judéo-chrétienne du péché originel, puisqu’elle atteste d’un désir qui n’en est pas entaché et que la vénalité et l’appétit de pouvoir ont perverti a posteriori. Horace, personnalité peu morale mais artiste impeccable, fait du même coup la preuve de la puissance purificatrice du beau et établit la priorité absolue que doit revêtir, pour le poète, le travail de la forme. La référence à Horace, structurelle dans Les Chansons des rues et des bois, permet ainsi à Hugo de prendre position, de manière immanente, dans les débats esthétiques qu’a cristallisés la réception du poète latin au XIXème siècle, l’arrachant aux classiques qui en avaient fait, à contresens, un législateur des arts, le réhabilitant contre l’anathème jeté sur lui par Lamartine et Vigny, l’expliquant aux tenants de l’art pour l’art, qui l’admirent et le traduisent tout en méconnaissant son utilité morale. Cependant, c’est à Virgile que Hugo emprunte les motifs de l’amor florum, à la fois charnel et chaste, et de Galatée s’enfuyant sous les saules tout en désirant d’être vue, qui représentent l’amour comme un mode physique de connaissance et, dès lors, comme une voie de rédemption. Hugo oppose cette fois-ci la voyance de Virgile au dogme chrétien, et manifeste, à travers l’intertextualité, la solidarité et la continuité de leur sacerdoce.
De la même manière, il oppose, dans Le Sacre de la femme notamment, à la genèse biblique les visions de Lucrèce et de Virgile, en représentant la création comme l’union charnelle du ciel et de la terre, continûment renouvelée et dont participent tous les accouplements. Cette conception de la création continue va de pair avec celle d’un dieu typiquement virgilien, à la fois immanent et transcendant, dont l’esprit irrigue le corps à travers l’union cosmique. En vérité, cette poésie cosmique met en œuvre une véritable dialectique entre Lucrèce et Virgile. Hugo admire en Lucrèce sa capacité, orphique également, à tirer l’ordre et le chant du Chaos dans une épopée régie, non par les conventions de l’héroïsme, mais par la réalité de l’être « illimité » ; Le Satyre représente ainsi l’éclatement de la sixième Églogue et l’apothéose du De rerum natura, poème du grand Tout. Mais Hugo l’investit, sciemment, de la métaphysique de Virgile, considérant qu’en Lucrèce le poète contredit et infirme le matérialisme du philosophe. Hugo reprend pareillement, dans Les Contemplations, la représentation atomiste du cycle de la vie chez Lucrèce, mais la cheville au motif virgilien du mugitus boum et à la figure du paysan issue de la deuxième Géorgique : comme chez Virgile, il représente le poète, officiant de l’immanence divine, qui spiritualise la matière, dompte le chaos et travaille à la nouvelle Arcadie.
En effet, le système exposé dans les grands poèmes métaphysiques de Hugo, Solitudines cœli et Ce que dit la bouche d’ombre, est extrêmement proche des révélations qu’Anchise fait à son fils lors de sa descente aux Enfers au chant VI de l’Énéide. La divinité est à la fois transcendante et infuse dans l’univers - mens agitat molem - et les âmes en sont toutes issues ; cependant, l’incarnation, conçue comme une infection par la matière, a affaibli leur vigueur originelle. Le châtiment infernal consiste en une purification que détermine d’elle-même la vie menée par l’individu : Hugo tire le système des métempsycoses et de l’échelle des êtres d’une lecture allégorique de la catabase virgilienne, notamment de la formule quisque suos patimur Manes, semblable à celle qu’en firent les néoplatoniciens, notamment Macrobe. La hantise de la matière, que justifie théoriquement cette eschatologie commune, se traduit chez Hugo en une horreur symptomatiquement comparable à l’horror latine et s’exprime à travers l’approfondissement des représentations de la mer, de la tempête et de la nuit dans l’Énéide. De la même manière et plus explicitement, son exploration visionnaire de la matière procède souvent de paradigmes issus de la forge de Vulcain.
Comme il fut celui de Dante, Virgile est donc le guide de Hugo sur l’itinéraire poétique qui, selon la reconstruction qu’il en propose dans Les Contemplations, l’a mené de l’églogue aux grandes visions métaphysiques. Dans Les Contemplations en effet, l’intertextualité superpose continûment l’œuvre de Virgile à celle de Hugo, du paradis arcadien des Bucoliques et d’« Aurore » aux Enfers du chant VI de l’Énéide et « au bord de l’infini », en les articulant sur la séparation d’avec l’être aimé dans les Pauca meae comme dans la dixième et dernière Églogue (pauca meo Gallo), qu’a suivie la même « marche » initiatique à travers l’ombre et la tempête. Cette identification lui permet d’établir l’unité et le sens de son évolution, puisque Virgile était déjà le « divin maître » de ses premiers recueils, de comprendre sa vie comme un parcours initiatique destiné à faire de lui un mage, comme le fut Virgile, et, par là même, de transcender la contingence de son devenir particulier.
Les Contemplations représentent également l’irruption de l’histoire et du mal dans le paradis arcadien, à travers l’évocation de la fin de l’Age d’or décrite dans la première Géorgique, à l’issue des Bucoliques. La bucolique apparaît dès lors à la fois comme une référence de pureté et comme l’horizon de l’histoire et de l’effort humain, prophétisé par la Sibylle et par la Bouche d’ombre, dans l’œuvre solidaire des deux vates. Le poète a cependant pour devoir de se consacrer aussi à une « poésie belluaire », dont Juvénal est l’emblème et le compagnon d’armes. C’est pourquoi Hugo se démarque, à cet égard, de Virgile, en tant qu’il est l’auteur de l’épopée qui servit de référence littéraire et idéologique depuis sa composition jusqu’à la Révolution française.
La Première série de La Légende des siècles démarque en effet l’Énéide, notamment à travers la figure d’Hercule, pour dénoncer l’inévitable dégradation césariste de l’héroïsme traditionnel. Elle oppose en outre les destinées respectives de Rome et de la France. Rome, héritière de la Grèce, a étendu la civilisation mais sur un mode hégémonique qui a causé sa décadence morale et politique : elle a fini par commettre sur elle-même les mêmes exactions que les Grecs contre Troie, telle que les raconte Virgile. La France, héritière de Rome, a cependant assuré le triomphe démocratique et universel de la pensée. De même que l’Énéide a succédé à l’Iliade et ouvert une nouvelle ère, de même La Légende des siècles résume donc à son tour le passé et conclut à la fin des rois et des guerres ; celle-ci implique l’évacuation du fallacieux modèle épique, sur lequel Virgile avait fondé le pouvoir impérial. La Légende des siècles est donc une « histoire littéraire immanente », qui corrige l’histoire littéraire officielle, centrée sur l’Énéide, et lui substitue les épopées subverties, poèmes véridiques et libérateurs, que sont le De rerum natura et les Satires de Juvénal. Le Quot libras in duce summo ? est d’ailleurs l’emblème de « l’histoire réelle », théorisée dans William Shakespeare, celle des esprits affrontés aux hommes de force, dont l’hypertexte hugolien apparaît dès lors comme l’accomplissement.
Opposant justement le poète au prince et l’esprit à la tyrannie, les Châtiments sont naturellement placés sous le patronage de Juvénal et de Dante, mais sont, sur le plan de l’intertextualité, organiquement liés aux Satires. Outre les nombreuses références et réécritures, qui confondent l’empire romain et le second Empire dans une même fustigation intemporelle, Hugo reprend la rhétorique hyperréaliste de Juvénal, spécialement son usage de l’hypotypose, qu’empreint l’idéalisme stoïcien. Le réel, constamment et crûment montré du point de vue de l’idéal, est ainsi mis au carcan du Verbe par un poète qui assume la fonction de conscience de l’histoire, comme Virgile assume en lui l’âme de la nature. La théâtralisation satirique de l’empire et le renversement burlesque du discours épique font basculer l’héroïsme du côté de l’acte poétique et de la geste de l’esprit. Aussi Juvénal est-il associé aux prophètes de l’Ancien Testament ainsi qu’à Jean, car ce sont ses Satires qui incendient Rome pour l’éternité. L’intertextualité manifeste ainsi l’identité des deux vengeurs, Juvénal et Hugo, dans l’idéal, dont ils sont les agents et auquel ils assujettissent l’histoire.
En outre, Juvénal représente pour Hugo l’archétype du sublime, que définit, conformément à la tradition rhétorique mais selon l’ontologie hugolienne, la conjugaison de la puissance du style et de la grandeur d’âme de l’orateur, du Beau et de l’Utile. L’indignatio juvénalienne fait du satiriste l’incarnation même de l’idéal moral, la voix du vrai et de la justice, donc de Dieu ; elle implique par conséquent amour et tendresse, et Juvénal, le « grand romain » est en effet l’incarnation du peuple romain spolié et du client pauvre humilié, autant que de la république martyrisée. Il est ainsi la figure même de l’exilé, dépossédé de lui-même et mort au monde, prenant en charge dans son moi et son poème l’humanité meurtrie et coupable, et la sublimant par le Beau. Aussi Juvénal cristallise-t-il le rapport de Hugo à la tradition littéraire. Le satiriste, honni des classiques pour son réalisme et sa véhémence, prend la place de Virgile comme emblème de la romanité littéraire, tandis que les Satires sont, avec le De rerum natura, l’autre archétype du genus grande, épopée de l’idéal moral aux prises avec la réalité physique, mêlant et subvertissant tous les genres, mobilisant toutes les figures au seul service du vrai. Mais précisément, Juvénal représente, non le rejet de la tradition et de ses ressources, mais la totale liberté du poète à leur égard.
La place de Rome dans l’histoire de l’humanité explique doublement celle que lui voue Hugo dans son œuvre : elle résume l’Antiquité et informe la modernité, et son histoire résume emblématiquement l’affrontement moral et politique de l’esprit et de la matière. C’est pourquoi c’est essentiellement à travers la convocation des auteurs latins qu’elle est présente à son œuvre : c’est par eux que Rome domine le monde pour l’éternité, non par ses généraux. Mais si Rome, parce que toutes les vents de l’esprit y ont soufflé, fournit les paradigmes du discours critique et métalittéraire de Victor Hugo, l’intertextualité est aussi la manifestation d’un rapport à la tradition littéraire proprement humaniste, qui oscille entre héritage et liberté, comme la pensée de Combeferre, dans Les Misérables, oscille entre « Révolution » et « Civilisation ». C’est ainsi que le Mage continue l’« ascension humaine ». Cet humanisme, et l’intertextualité dont il procède, repose lui-même sur l’idée que la parole se confond avec l’être et qu’en elle l’esprit irradie dans la matière. Cette idée place Virgile, en dépit de désaffections plus affichées que réelles et d’ailleurs jamais définitives, non seulement au centre de la latinité hugolienne, mais au cœur du génie de Victor Hugo, en ce qu’il affirme l’unité de l’être et l’harmonie des contraires, en ce qu’il lui a appris la « forme méridionale et précise » (préface des Rayons et les ombres) et, finalement, la contemplation : il est l’horizon lumineux de sa poésie.
La Lettre dans l’art des avant-gardes européennes entre 1909 et 1939 : le signe-passeur du modernisme
Samedi 18 novembre 2006
9 heures 30
INHA, Salle Ingres, 2ème étage, Galerie Colbert
4-6, rue des Petits-Champs 75002 Paris
Mme Sonia REISINGEROVA-SAVOYE De PUINEUF soutient sa thèse de Doctorat :
La Lettre dans l’art des avant-gardes européennes entre 1909 et 1939 : le signe-passeur du modernisme
En présence du Jury :
Mme JANAKOVA KNOBLOCH (PRAGUE)
M. LEMOINE (PARIS 4)
M. PIERRE (GRENOBLE 2)
M. ROUSSEAU (LAUSANNE)
Résumés
Entre 1909 et 1939, une multitude de propositions poétiques et artistiques originales, mettant en
jeu la lettre de l’alphabet, ont vu le jour.
Les futuristes, dadaïstes et constructivistes de diverses nationalités, héritiers de l’enseignement
mallarméen et contemporains de Picasso et Braque, s’emparèrent du langage établi pour le
fragmenter en unités indivisibles - les lettres - témoins de l’Histoire. Ils les chargeaient alors de
puissante symbolique moderniste.
L’attention de ces créateurs polyvalents qui migraient inlassablement entre Zurich, Berlin,
Prague, Varsovie ou Moscou, se porta également au domaine typographique qui représentait
pour eux un véritable champ de bataille idéologique. Partie de l’Allemagne (et du Bauhaus plus
particulièrement), la réflexion sur le nouveau langage, menée à travers le travail concret sur la
physionomie de la lettre imprimée, fut poursuivie avec force par les cercles progressistes de
l’Europe centrale.
La lettre de l’alphabet s’adaptait facilement à divers supports et styles artistiques, ainsi qu’aux
multiples messages utopistes. Nous pouvons voir en elle un véritable signe-passeur du
modernisme.
The letter in the art of european avant-gardes between 1909 and 1939 : the pass-sign of
modernism.
Résumé :
Between 1909 and 1939, loads of original poetic and artistic proposals, involving the letter of the
alphabet, were born.
Futurists, dadaists and constuctivists from various nationalities, heirs of the Mallarmé’s teaching
and contemporaries of Picasso and Braque, seized the established language to split it in
indivisible units - the letters - witnesses of History. They invested them with strong modernist
symbols.
The thoughtfulness of different creators who travelled tirelessy between Zurich, Berlin, Prag,
Warsaw or Moscow, focussed as well on the typografic side who represented for them a real
ideological battlefield. Coming from Germany (and more especially from Bauhaus), the reflection
about the new language, developed trough the concrete work on the printed letter’s
physiognomy, was continued with ambition by progressist circles in central Europe.
The letter of the alphabet adapted easily to various materials and artistic styles, as well as to
numerous utopist messages. We can see it as a real pass-sign of modernism.
Position de thèse
Introduction
Le premier tiers du vingtième siècle fut extrêmement riche en expériences artistiques
novatrices. Les créateurs, désireux de rompre avec le passé académique et épris de liberté
d’imaginer, procédèrent au mélange de genres peu conventionnel. Ainsi, dans les années
1910, 1920 et 1930, nombreuses sont les oeuvres qui semblent s’articuler autour de la lettre
de l’alphabet - signe graphique d’origine linguistique. Les futuristes, dadaïstes et
constructivistes de divers pays européens (Italie, Suisse, France, Allemagne, Pays-Bas,
Russie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Yougoslavie) semblent l’ériger en
signe distinctif de l’art moderne.
I. Attaque de l’avant-garde
Prologue : Conjonctures poétiques et plastiques
C’est toutefois à la fin du dix-neuvième siècle que nous devons chercher les sources
d’inspiration des avant-gardes, et notamment dans la poésie de Stéphane Mallarmé. Le
poème à la typographie révolutionnaire Un coup de dés jamais n’abolira le hasard que le
poète symboliste imagine à la fin de sa vie marque en premier lieu l’art de Pablo Picasso et
Georges Braque. Ces deux inventeurs du cubisme intègrent ainsi dans leurs compositions
picturales des mots qu’ils fragmentent en lettres suivant les procédés habituels du cubisme
analytique.
A. Instruments de la révolte
La poésie novatrice de Mallarmé et l’art original de Picasso et Braque ne laissent pas
indifférents les jeunes créateurs qui se révoltent contre tout ce qui est ancien.
1. Coup d’envoi
C’est F.T. Marinetti qui marque le coup d’envoi de cette rébellion avec le Manifeste du
futurisme en 1909. L’Italien prône un renouveau des sources d’inspiration poétique : c’est
la vie moderne, celle de la grande ville agitée et remplie de machines rugissantes qu’il
propose désormais de célébrer avec emphase. L’écho de l’appel futuriste se fait entendre
dans d’autres pays de l’Europe, quoique, parfois, avec quelques années de retard. C’est ainsi
que nous retrouvons de nouveaux sujets dans la poésie polonaise, tchèque ou russe.
Mais ces nouveaux sujets demandent aussi de nouvelles formes : Marinetti s’attaque alors au
langage pétrifié et lui fait subir de multiples déformations syntaxiques et grammaticales.
Il invente ainsi les « mots en liberté » qui séduisent les poètes comme Hugo Ball. Ce dernier
fait partie du cercle dadaïste créé à Zurich, havre de paix au milieu de l’Europe en guerre.
Avec Tzara, Ball définit le nouveau visage de la poésie qui est à l’image du monde
environnant insensé. Le non-sens ou le calembour plein de sens, c’est aussi le point de
départ de la poésie de Kurt Schwitters qui vise à débanaliser le propos poétique quotidien.
2. Techniques du simultané
Cette poésie des avant-gardes a pour composante très solide la récitation. Réinventée par les
futuristes et les dadaïstes, la récitation simultanée vise à accomplir le poème, à le rendre
vivant aussi. Il fallait alors compter sur elle dès la conception du poème. Ainsi Marinetti
préconisait de composer la page poétique avec de nombreux artifices typographiques. Le
résultat paradoxal en fut la visualisation maximale de la page poétique qui abolissait de fait
la lecture. Ainsi, certains poèmes d’inspiration futuriste se présentent comme des diagrammes
complexes ou des compositions colorées chatoyantes. La réponse la plus originale aux mots
en liberté de Marinetti fut formulée par Guillaume Apollinaire dans ses calligrammes - poèmes
qui doivent beaucoup au simultanéisme. Le but du poète français ne fut pas la destruction du
langage établi, mais plutôt la redécouverte d’une joie oubliée depuis l’enfance - celle du
décryptage du mot. Ainsi, les poèmes sont construits à partir des lettres disposées sur la page
afin de créer des images de réalités simples (couronne, pluie...). L’influence de la poésie
d’Apollinaire se conjugua à celle exercée par Marinetti pour aboutir à quelques poèmes
originaux dans le contexte de l’Europe centrale.
3. Collages futuristes, dadaïstes et premiers Merz
Le simultanéisme découvert dans la poésie présida rapidement à la création plastique : ainsi
les collages futuristes, dadaïstes et premiers Merz mêlent les images aux fragments de mots
et aux lettres avec deux intentions possibles : ou bien il s’agissait de compositions à visée
purement esthétique (le cas de Raoul Hausmann et celui de Kurt Schwitters sont tout à fait
exemplaires) ou bien de celles à visée politique dans lesquelles le chaos simultané avait
pour objectif de maquiller en quelque sorte un discours dénonciateur (Johannes Baader).
B. Réinvention du monde
1. Masses verbales
Si la première poésie des avant-gardes opérait avec un vocabulaire novateur inspirée par la
vie moderne, très rapidement les poètes apercevaient les limites de ce langage. Ils aspiraient
alors à créer des mots nouveaux, à employer des mots inconnus jusqu’alors. Dans le
contexte russe, cette volonté de rebaptiser les choses présidait à l’invention du zaoum,
langage transrationnel, d’au-delà de la raison. Chez Velimir Khlebnikov, le zaoum se construit
à partir de vieilles racines de mots slaves qu’il « décline » et enrichit de nuances subtiles. Le
non-sens, théorisé par Terentiev est de mise. Alexeï Kroutchenykh soutient que le nouveau
mot fait naître un nouveau concept. Le but de cette création poétique est de retrouver la
pureté originelle de la langue. En Occident, c’est dans la poésie de Hugo Ball qu’il faut
chercher la même quête des origines sacrées du langage. Ball, influencé par l’enseignement
poétique de Kandinsky, a recours dans sa poésie à la « plus profonde alchimie du mot ».
Une autre manière de contourner le langage établi, c’est d’opérer avec les onomatopées, qui
d’après Marinetti, dynamisent le discours poétique (elles permettent en effet d’éviter la
description). Ses mots-sons acquièrent dans la poésie d’Iliazd une dimension nouvelle : son
dernier « dra » Ledentu le phare se déroule dans un « décor somptueux aménagé par la
typographie ». Imprimé en France, l’ouvrage d’Iliazd qui opère avec un zaoum très complexe
et riche en références culturelles subtiles inconnu du lecteur occidental, transforme les
mots-sons en mots muets.
2. Décodage de l’alphabet
Si notre alphabet a une lointaine origine pictographique, il se présente actuellement comme
une suite de signes graphiques à caractère arbitraire. Le mystère de l’alphabet captivait les
poètes des avant-gardes ainsi qu’en témoignent les tentatives d’alphabet imagé. Ce sont
d’abord les frères Cangiullo qui attirent l’attention de Marinetti sur la physionomie changeante
et subjective des lettres de l’alphabet en inventant l’alphabet à surprise qui permet notamment
de construire des personnages à l’aide des lettres. Cette trouvaille sera saluée par Marinetti
comme l’aboutissement de l’effort motlibriste. L’ouvrage Caffè Concerto de Francesco
Cangiullo (1915) influence probablement Kurt Schwitters et Theo Van Doesburg dans leur
travail commun pour L’épouvantail de Käte Steinitz, un livre destiné aux enfants qui à son tour
inspire peut-être El Lissitzky dans son projet de Quatre opérations arithmétiques. Une
réponse originale à l’alphabet à surprise est le spectacle chorégraphique Abeceda
(L’Alphabet) de Milca Mayerová et le livre du même nom avec les typophotos de Karel Teige,
publié en décembre 1926 à Prague. Abeceda renverse le rapport de la lettre de l’alphabet au
corps, se situant plus dans la lignée des alphabets anthropomorphes.
L’intérêt pour le décodage de l’alphabet peut être confondu avec le désir d’inventer une
langue du futur qui elle-même se confond avec la quête de la langue d’origine. Ainsi, en
Russie, la construction de « l’alphabet universel » par Khlebnikov ou la poésie de voyelles de
Kroutchenykh sont animées par ce désir indéniable de l’avant-garde de s’inscrire dans
l’Histoire. En Occident, des recherches semblables sont menées par Kurt Schwitters à travers
son Ursonate ou Sonate de sons primitifs (1921-32), poème construit à partir d’un
poème-affiche de Raoul Hausmann.
3. Sublimation de l’expression humaine
L’effort poétique de Schwitters, tout comme celui de Hausmann (cf. ses suites rythmiques),
vise à débarrasser la poésie de tous éléments superficiels pour ne s’attacher qu’à l’essentiel,
pour concevoir le poème comme forme pure. La même intention se retrouve d’ailleurs aussi
dans la poésie de voyelles de Tristan Tzara.
Le problème auquel se heurtèrent les poètes fut celui de la transcription de leurs poèmes
épurés au moyen des caractères typographiques que nous possédons. Ainsi, Van Doesburg
invente la lettre-son-image (ou « letterklankbeelden »), poèmes où les lettres de l’alphabet
sont accompagnées de traits verticaux ou horizontaux afin de relever leur qualité de sons.
La conclusion magistrale à toutes les expériences poétiques des avant-gardes arrive avec la
poésie conséquente de Kurt Schwitters qui « valorise des lettres et des groupements de
lettres en les opposant les uns aux autres ». L’idée de la poésie conséquente est étroitement
liée au concept de « l’art-i », un art conséquent « dans la mesure où [les oeuvres] naissent
dans l’artiste dans l’instant même de l’intuition artistique ».
C. Oscillations
Au début des années vingt, surgit une multitude de termes originaux qui désignent des
oeuvres d’art non moins particulières.
1. Poésure et peintrie
Les expériences poético-plastiques de Kurt Schwitters en sont le meilleur exemple : ses
« Bildgedichte » sont témoins d’une vraie intention de transcender l’art par la poésie.
Ils trouvent d’ailleurs leurs répondants aussi bien dans le poème-image tchèque (fabriqué,
en outre, par Karel Teige ou le photographe Jaroslav Rössler) que dans la pictopoésie
roumaine de Brauner et Voronca. Ces oeuvres oscillatoires (car elles oscillent entre l’art, la
poésie et l’expérimentation typographique) seront également désignés en tant que
typographie abstraite.
2. Lettre en soi
Un bon nombre de ces oeuvres montrent que leurs créateurs y emploient la lettre comme
symbole de la modernité : nous pouvons citer comme emblématique l’exemple des dessins
de jeunesse de László Moholy-Nagy, inspirés par ceux de Picabia mais réinterprétés dans
une optique positive face au monde moderne. Le spectacle Machine typographique de
Boccioni est empreint de la même intention de célébrer la société maîtrisant les techniques de
reproduction.
La lettre de l’alphabet issue des enseignes lumineuses et des corniches de la grande ville sert
aussi d’élément constructif dans les compositions picturales ou architecturales des futuristes
italiens (Boccioni, Depero). Quant aux artistes hongrois, ils assument le lien entre la lettre et
l’architecture moderne dans leurs « Bildarchitektur » (Kassák, Bortnyik, Glauber). Les
Polonais Strzeminski, Kobro ou Szczekacz cryptent la forme de la lettre dans leurs peintures
et sculptures.
Epilogue : Résultats des expériences poétiques et plastiques
La lettre de l’alphabet est ainsi reconnue par les artistes comme une forme/figure autonome
pouvant épauler un enjeu politique important. Elle est appréhendée dans cette optique par les
typographes modernes.
II. Résistance de l’avant-garde
Prologue : Typographie un nouveau domaine de la création
Si, pour Kurt Schwitters, « la typographie peut, sous certaines conditions, être l’art », elle est
aussi, d’après Raoul Hausmann, « un des moyens des plus évidents pour l’auto-éducation
psychophysiologique de l’homme ».
A. Renouveau typographique : entre désir et nécessité
1. Problème du style
Un survol rapide de divers courants artistiques (Art Nouveau ou Jugendstil, expressionnisme,
cubisme, futurisme...) du début du vingtième siècle nous permet de constater que les artistes,
aussi divers soient-ils, ont participé à la transposition des styles dans la typographie.
Les adeptes du constructivisme international ont formulé une critique sévère des styles car
ils voyaient en eux la marque de l’individualisme ou, pire, du nationalisme. Les artistes
allemands notamment, persuadés avec Behrens que la typographie constitue « le témoignage
le plus décisif du développement spirituel d’un peuple » et inquiets en même temps de
l’ambiance politique de leur pays, s’attelèrent à débarrasser la typographie de tout artifice
subjectif. La « Nouvelle Typographie » apparaît dans ce contexte particulier en Allemagne,
nourrie à sa naissance des théories esthétiques en provenance de l’Est.
2. Communication efficace
La Nouvelle Typographie doit beaucoup notamment aux théories constructivistes brillamment
importées en Occident par El Lissitzky. Cette rencontre Est -Ouest (URSS - Allemagne) fut
matérialisée par de nombreuses oeuvres originales (livres tels que Des deux carrés) et
ponctuée par les textes théoriques novateurs (issus de la plume - ou de la machine à écrire -
de Lissitzky, Moholy-Nagy ou Schwitters).
La typographie fut envisagée comme un moyen de communication entre les hommes. Il s’est
alors avéré indispensable de procéder aux réformes de l’écriture pour faciliter les échanges
internationaux. Séduit par la théorie de l’écriture universelle qui serait le premier pas vers la
langue universelle (« Weltsprache ») formulée par l’ingénieur Porstmann, les artistes du
Bauhaus et leurs sympathisants prônaient la suppression des majuscules ainsi que
l’établissement d’une écriture optophonétique dans laquelle la forme de chaque lettre rendrait
compte de sa prononciation. La simplification de l’écriture allait de paire avec le désir
d’économie du travail et du temps des ateliers typographiques.
B. Nouvelle Typographie : matérialisation de l’esprit internationaliste de l’avant-garde
1. Nouveau standard
L’enseignement de la typographie au Bauhaus permit d’appréhender la typographie dans sa
totalité, avec ses objectifs et ses éventuelles contradictions. Alors que pour László
Moholy-Nagy la typographie fut étroitement liée à la vision du futur (il la rapprochait du film
et de la photographie - moyens techniques d’avenir prometteur), Herbert Bayer mettait la
typographie au service de la publicité (une appréhension beaucoup plus matérialiste de la
discipline). Quant à Joost Schmidt, son enseignement de la typographie avait pour objectif la
libération des forces créatrices : son ensemble de 52 devoirs fonctionnait comme une
immense boîte de jeu de construction. D’autre part, les travaux des élèves de l’atelier
photographique de Peterhans (clichés montrant la machine à écrire ou la table du
typographe), montrent que la lettre avait la place d’honneur dans la Nouvelle Photographie.
L’esprit de la Nouvelle Typographie gagna de nouveaux créateurs en Allemagne, comme
en témoignent diverses commandes privées ou publiques exécutées, entre autres, par les
membres du « Ring neue Werbegestalter ».
2. Nouvel académisme
Au-delà de l’Allemagne, la Nouvelle Typographie exerça une influence décisive. Dans les
années vingt et trente, on assiste à la propagation du modèle bauhaussien en
Tchécoslovaquie et en Hongrie. A Prague, ville où l’avant-garde constructiviste est bien
ancrée grâce à l’activité infatigable de Teige, Ladislav Sutnar est nommé directeur de l’Ecole
graphique d’Etat. C’est enfin à Bratislava qu’une école aux objectifs ambitieux ouvre ses
portes : la ŠUR où l’enseignement de la typographie est assuré par Zdenek Rossmann, un
architecte qui a passé deux semestres au Bauhaus de Dessau. Le rôle de Rossmann se
montre capital dans l’orientation moderniste de l’établissement. Ainsi, après la fermeture
définitive du Bauhaus, ses professeurs demandent-ils des postes à la ŠUR. En Hongrie,
Sándor Bortnyik qui s’est fait remarquer par son travail de créateur d’affiches de grande
qualité ouvre l’école Mühely (« Atelier » en hongrois) surnommé aussi « Bauhaus hongrois ».
Dans le programme pédagogique de cette institution, la typographie occupe la place
d’honneur.
Les errances de la Nouvelle Typographie sont intéressantes à suivre en Pologne, pays
aux multiples centres artistiques actifs : Cracovie, Varsovie et Lodz. Le constructivisme,
adopté sans réserves par les artistes comme Henryk Berlewi ou Mieczyslaw Szczuka, se
heurte à l’unisme de Wladyslaw Strzeminski. Après la mort tragique de Szczuka en 1927, il
faut attendre quelques années pour que Strzeminski adhère aux préceptes de la Nouvelle
Typographie, cela notamment grâce à sa lecture des écrits de Jan Tschichold.
Si, au début des années trente, toute l’Europe centrale semble convertie aux idées
progressistes des typographes allemands, ces derniers sont nombreux à formuler, dès la fin
des années vingt, une autocritique de la Nouvelle Typographie et notamment l’utilisation
excessive et irréfléchie des artifices de la Nouvelle Typographie par le tout un chacun.
Epilogue : De l’art à la politique
La Nouvelle Typographie n’a pas échappée à la spoliation systématique de tous les domaines
de la vie et de l’art en particulier par le régime politique du Troisième Reich. Après avoir été
décriée et combattue sans succès réel, l’écriture claire et simple fut promue à la seule vraie
écriture allemande, détrônant de fait l’écriture gothique.
La lettre de l’alphabet, forme malléable et aux multiples visages, fut appréhendée par
l’avant-garde dans diverses optiques. Elle s’adaptait facilement aux différents supports et
styles artistiques, véhiculant de nombreux messages utopistes. Elle tint un rôle primordial
dans la quête des repères mythologiques de l’avant-garde, ainsi que dans son entreprise
monumentale d’anticipation du futur. Tel un signe-passeur, elle permit aux artistes de lier l’art
à la vie, le passé à l’avenir et la figuration à l’abstraction. Les créateurs héritiers des
avant-gardes en ont parfaitement compris l’importance.
La littérature engagée de l’Afrique de l’Ouest contemporain : renouvellements et adaptations interculturels
Vendredi 26 janvier 2007
14 heures 30
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Yveline HOUNKANRIN soutient sa thèse de Doctorat :
La littérature engagée de l’Afrique de l’Ouest contemporain : renouvellements et adaptations interculturels
En présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS 4)
Mme CHIKHI (PARIS 4)
M. DEVESA (BORDEAUX 3)
M. SANOU (OUAGADOUGO)
Résumés :
La littérature de l’Afrique noire francophone a longtemps été perçue voire théorisée comme relevant d’une
simple littérature d’engagement en raison de l’histoire même du continent. Cette conception, d’une certaine
manière, a inconsciemment nui à l’image que l’on a pu se faire de cette littérature. C’est à partir des années 80,
après l’effondrement du Communisme, que le concept d’engagement littéraire va semble t-il être contraint
d’évoluer et de se renouveler mettant de plus en plus l’écrivain africain dans une situation inconfortable partagé
qu’il est entre le désir de rester un écrivain politique, proche des préoccupations de son peuple, et celui de
revendiquer une autonomie créatrice.
De plus, aujourd’hui, si la question de l’engagement artistique fait à nouveau débat, c’est qu’il ne s’agit
certainement pas du fruit du hasard au regard de l’époque confuse et incertaine à laquelle nous devons faire face.
Nous assistons en effet, à une perte des repères et des idéaux conduisant les hommes de pensée (intellectuels,
écrivains) à adopter des projets d’écriture, c’est-à-dire des engagements différents dans leur travail de création.
Quelles sont les interrogations qui se sont posées ou se posent encore à la littérature engagée subsaharienne en
cette ère de mondialisation ?
Notre étude tente donc d’analyser l’évolution de cette problématique jusqu’au malaise actuel des nouveaux
écrivains africains en langue française, confrontés à un problème de redéfinition du ou des contenus de
l’engagement littéraire.
The literature of the French-speaking Black Africa was perceived for a long time even theorized like concerning
an ordinary literature of engagement because of the history of the continent. This design, in a certain manner,
unconsciously harmed the image which one could have of this literature. It is from the Eighties, after the collapse
of the Communism, that the concept of literary engagement seems, to be constrained to evolve and to renew
itself putting more and more the African writer in a rather uncomfortable situation divided between the desire to
remain a political writer, near to his people concerns, and the desire to assert a creative autonomy.
Nowadays, if the question of artistic engagement makes debate again, it’s certainly not a question of chance
according to the confused and dubious time we must cope with.
Indeed, we attend a loss of the reference marks and ideals leading the men of thought (intellectual, writers) to
adopt writing projects, i.e. engagements, different in their work of creation. What are the interrogations that were
faced or are still faced to the sub-Saharan committed literature in this universalization era ?
Thus, our study tries to analyze the evolution of this problematic until the faintness current of the new African
writers in French language, confronted with a problem of redefinition contents of literary engagement.
Position de thèse :
Dans une époque où l’on assiste à une perte des repères, où les idéaux et les certitudes d’antan
semblent plus ou moins vidés de leurs sens, nous avons voulu nous interroger sur la réalité de la
littérature engagée de l’Afrique de l’Ouest contemporaine.
Grâce à l’engagement des écrivains, la littérature a joué un grand rôle dans la prise de conscience des
élites politiques face aux méfaits du colonialisme. Ceci a permis à plusieurs pays, au cours des années 60,
d’accéder à leur indépendance.1
Après avoir marqué une période de l’Histoire et contribué à la renommée de grands auteurs d’Afrique
noire, la littérature engagée est désormais réputée comme trop rebattue aux yeux de certains critiques
qui n’y trouvent que des propos grandiloquents et manichéens. Ce point de vue, nous semble
t-il, a inconsciemment causé du tort à l’image que l’on a pu se faire de l’ensemble de la production
littéraire de l’Afrique subsaharienne. Il faut alors attendre la désillusion des Indépendances africaines,
avec son cortège de coups d’état, de corruption, d’incurie politique pour retrouver des écrivains très
engagés à l’instar d’Ahmadou Kourouma, Henri Lopes, Mongo Beti, ou autre Sony Labou Tansi afin de
Les pays de l’AEF, c’est-à-dire de l’Afrique centrale qui s’étendent du fleuve Cogo au désert du Sahara ainsi que
les pays de l’Afrique Occidentale Française (AOF) , à savoir le Sénégal, le Soudan, Le Dahomey, la Côte d’Ivoire, le
Niger, la Mauritanie, la Guinée qui refusera en 1958 son adhésion à la communauté Française.
fustiger ces travers politiques et sociaux. Les auteurs qui ont pratiqué ce genre littéraire, l’ont fait non
seulement en le renouvelant, mais aussi en l’adaptant à leurs exigences d’écrivains.
Nous reprenons ici la terminologie utilisée par l’écrivain Abdourahman Waberi dans son article paru dans la revue
Notre Librairie et intitulé Les enfants de la Postcolonie, n° 135.
Cette thèse se penche donc sur cet apport en s’appuyant sur trois domaines de recherche l’histoire
littéraire, la narratologie, la critique littéraire. Parmi les motivations de la recherche figure principalement
l’intérêt accordé aux oeuvres de cette nouvelle génération d’écrivains, celle des enfants de la
« postcolonie »1 pour lesquels l’engagement s’inscrit au coeur des préoccupations et des mutations en
cours que ce soit en Afrique comme dans le reste du monde.
De fait, c’est au début des années 90, que des facteurs essentiels ont remis l’engagement au goût du
jour : les balbutiements de démocratie n’ont pas vraiment occulté la faillite économique de la plupart des
pays africains ; le nouvel ordre politique mondial qui s’est dessiné avec la fin du glacis Est-Ouest et
l’effondrement du régime soviétique ont accru les difficultés du continent. Ces retours en arrière ont
rendu indispensable une réflexion d’ensemble sur la question de l’engagement en Afrique et plus
spécifiquement sur une littérature actuellement en proie au malaise. L’engagement des nouveaux
écrivains d’Afrique subsaharienne se présente donc sous de nouvelles donnes.
Pour répondre à ce vaste questionnement, nous avons d’abord procédé à une relecture critique de la
trame historique qui va du mouvement de décolonisation jusqu’au début du nouveau millénaire. Cette
relecture se fonde essentiellement sur des extraits de romans, des ouvrages d’histoire littéraire, ou
des anthologies, relatifs aux problématiques de l’indépendance en Afrique subsaharienne.
L’histoire politique qui se dégage de cette littérature, révèle que la quête de la démocratie en Afrique ne
commence pas avec la dernière décennie du XX ème siècle. C’est un processus qui a débuté sous la
colonisation.
De nombreux auteurs (Ki-Zerbo, M’Bokolo, Coquery-Vidrovitch entre autres) soulignent en effet que
l’idéal démocratique, les droits de l’homme, la fierté identitaire, ont constitué le fer de lance de la lutte
pour l’indépendance, en réaction à la nature autoritaire des régimes coloniaux.
Sur le plan littéraire, nous observons que les véritables débuts de la littérature noire militante trouvent
leurs sources en Amérique sous domination européenne. Il s’agit d’un véritable cri de révolte et
d’engagement de l’homme noir revendiquant son appartenance à la race humaine. Plus tard ce cri fera
également écho en Afrique. Paris assure la relève des précurseurs en faisant apparaître les mêmes
revendications à travers un organe de propagande : La Revue du monde noir, tenu par des étudiants noirs.
Le lancement du concept de la Négritude par Césaire, Senghor et Damas, constitue dans un premier
temps, un moyen de fédérer les artistes noirs autour d’un seul combat : la défense de la culture du
peuple noir. Néanmoins, nous mettons en évidence que la 2ème phase du programme de la Négritude à
savoir, joindre à l’arme culturelle, l’arme politique en vue de la libération des peuples noirs, a sans doute
conduit ce mouvement culturel et politique vers une impasse et plus encore vers son échec annoncé.
Toutefois, un des constats auquel nous arrivons par rapport à notre questionnement de première partie
est le suivant : les pères de l’histoire littéraire négro-africaine (sans vouloir se restreindre aux quelques
figures que nous citons) ont contribué, par leurs oeuvres, à l’amélioration de l’image des noirs dans le
monde occidental. A cette contribution s’ajoute également celles de la Peinture, de la sculpture, du
cinéma, etc. venant à la rescousse du combat d’identité initié par la Négritude.
Pour autant, le combat pour la dignité et la reconnaissance du peuple noir ainsi que l’accession à
l’indépendance n’a pas pour autant permis le triomphe de la démocratie. Pour expliquer cet échec,
certains auteurs très engagés politiquement comme Kourouma, Beti, Lopes ou Labou Tansi dénoncent
l’héritage colonial et la corruption des nouveaux dirigeants africains. La désillusion est d’autant plus
grande que la quête de la démocratie en Afrique s’est inscrite la plupart du temps, en lettres de sang.
C’est l’occasion de souligner le tournant idéologique qui s’opère, au cours de cette phase de quête
démocratique. Pour des besoins de repère historique, nous prenons la date arbitraire de 1980, afin de
mettre en lumière les « ruptures » de l’expression romanesque engagée de cette époque. Nous nous
appuyons sur l’ouvrage de référence de Georges Ngal : Création et rupture en littérature africaine, pour
montrer que ces ruptures concernent à la fois le fond et la forme du roman. Au niveau du fond, la
rupture est idéologique, l’écrivain africain découvrant que son devoir de témoignage est moins
évident qu’il n’y parait, et qu’il s’agit en réalité d’une épreuve. Des auteurs comme Ouologuem,
Kourouma, Labou Tansi...inaugurent « la littérature de démystification » ou du « désenchantement »
Sur un plan formel, le nouveau romancier africain, a désormais la capacité de produire un roman
plus éclaté.
Dès lors ; la Négritude de Senghor est démystifiée par une nouvelle génération d’écrivains tentant de
rompre avec la nostalgie et l’idéalisation des racines africaines. Ces derniers essaient aussi de
proposer une vision plus constructive de l’identité noire même si cette question n’est pas nouvelle
(posée par les écrivains de la première génération) elle semble prendre aujourd’hui, des aspects
différents car elle s’est muée en une identité incertaine. Ce malaise identitaire nourrit profondément
l’engagement des nouveaux écrivains postcoloniaux. Nous posons alors la question du concept de
« génération » pour constater que celui-ci résulte moins d’une addition successive d’individus que de
remaniements et de tentatives d’intégrations plus ou moins réussies.
L’objet de notre seconde partie, consiste à mettre en exergue ce que recouvrent les nouvelles
stratégies de l’engagement littéraire. C’est pourquoi dans cette partie, nous avons choisi d’entrer dans
une étude plus concrète et plus systématique des textes de notre corpus. Nous analysons également
comment le renouveau de la culture générationnelle a modifié la qualité de la sociabilité
communautaire, par rapport aux aînés.
Dans notre corpus, qui regroupe, moins pour des considérations arbitraires que pour des goûts
personnels, des auteurs en grande majorité ouest africains, notre principal souci aura été de veiller à
une certaine représentativité des tendances de la modernité littéraire africaine.
Dans ce corpus sont donc représentés des écrivains qui, certes, pour la plupart sont présents sur
plusieurs générations, mais ont su renouveler le style ou la thématique de leurs oeuvres comme JM
Adiaffi : Silence, on développe ; Mongo Beti : Branle-bas en noir et blanc ; Calixthe Beyala : Assèze
l’Africaine ; Ken Bugul : Riwan ou le chemin de sable ; Emmanuel Dangala : Les petits garçons naissent aussi
des étoiles ; Ahmadou Kourouma : En attendant le vote des bêtes sauvages ; Aminata Sow Fall : Le Jujubier du
patriarche .
Parmi les écrivains dits de la nouvelle génération nous avons choisi Daniel Biyaoula avec L’impasse ;
Florent Couao -Zotti : L’homme dit fou et la mauvaise foi des hommes ; Kossi Efoui : La Polka ; Alain
Mabanckou : Quand le coq annoncera l’aube d’un jour ; Véronique Tadjo : L’Ombre d’Imana.
Tout en gardant le sujet politique comme objet de prédilection, les nouveaux auteurs africains
engagés font entrer dans leurs écrits, de nouveaux topos, de nouvelles postures. Il s’agit de ce que les
anglais nomment le « commitment », c’est-à-dire « l’implication », à la place de l’engagement, à
connotation plus politique. Des auteurs comme Kourouma, Beti, Adiaffi, etc. continuent par le biais
de la satire, de combattre les régimes dictatoriaux de l’Afrique noire.
Par le biais de la nouvelle, du récit-témoignage, de la poésie, du conte philosophique, certains auteurs
se présentent comme des sondeurs, des observateurs de notre époque. Même si les convictions ne
semblent plus aussi assurées qu’avant, ils comptent sur l’étude attentive de la réalité pour livrer
quelques indices à leurs questionnements : Beyala, Couao-Zotti, Efoui, Biyaoula, Dongala, Tadjo,
Mabanckou...
Il ya enfin ceux qui tentent de s’appuyer sur la tradition : A. Sow Fall, Bugul...afin de retrouver
d’anciens chemins peut- être porteurs d’une réorientation de l’être.
La pratique esthétique de ces différents écrits, a révélé que ces derniers proposaient une redéfinition
de la réflexion ontologique. Le texte littéraire : roman, poésie, nouvelle, etc. devient le lieu privilégié
du questionnement de l’art et de ses liens avec la compréhension de l’être.
L’imaginaire personnel investit des univers le plus souvent réalistes (Dongala, Beyala, Biyaoula,
tantôt africains ( Adiaffi, Sow Fall, Bugul, Couao- Zotti, Beti, Kourouma...) tantôt multiculturels
(Efoui, Mabanckou)
Les auteurs femmes semblent s’engager à travers des récits plus personnels, des récits de vie, des
témoignages. La parole engagée féminine apparaît alors comme un facteur essentiel de la
reconstruction d’un continent considéré comme sclérosé, paralysé par les crises et les conflits à
répétition.
De manière générale, nos auteurs s’inscrivent inconsciemment pour certains (Couao-Zotti) et
consciemment pour d’autres ( Adiaffi, Kourouma..) dans une certaine continuité du rapport à la
Négritude, en continuant à assigner à la littérature une valeur plus ou moins ethnologique mais de
façon moins exaltée que leurs aînés.
Cette constante esthétique semble liée au malaise existentiel et identitaire qui les étreint, lui-même
en rapport à la problématique de l’exil. Cette question essentielle de l’exil est au coeur même des
nouveaux positionnements romanesques de la littérature de l’Afrique subsaharienne d’où
l’importance accordée par nos auteurs à l’instabilité et à la violence au quotidien ( Adiaffi, Couao-
Zotti, Beyala, Biyaoula, Efoui...)
L’engagement littéraire prôné par les nouveaux africains de l’Afrique subsaharienne francophone,
est à l’élargissement de la marge d’expression : défense des droits de l’homme, observation
attentive du quotidien, tout en gardant présent le sujet d’engagement de prédilection, à savoir le
sujet politique. Les écrivainstravaillent de plus en plus sur le réel, à partir de ce réel : le réel
particulier des mots. D’écrivains engagés, ils tendent à devenir des écrivains citoyens.
En effet, ils sont porteurs de dialogue à la fois avec eux-mêmes mais aussi avec les autres en
tentant de construire et de transmettre un rapport vivant au monde et aux autres, un rapport qui
tient compte de ce qui est apporté par le fait même du langage.
La troisième partie de l’étude se penche sur le pouvoir de ces mots. Est-il réel ? Est-il efficient ?
Le travail de l’écrivain sur sa langue d’écriture est-il vraiment pertinent au regard de cette
réactualisation du concept d’engagement. En d’autres termes, les nouveaux écrits engagés de
l’Afrique noire francophone, parviennent-ils à faire porter à leurs lecteurs un regard différent sur
le monde qui les entoure ? Il s’agit donc avant tout de s’interroger sur le thème de la réception
des oeuvres africaines dans un contexte de mondialisation.
Le rapport au livre reste encore difficile dans la mesure où l’écrivain africain de la modernité,
n’est plus comme par le passé, détenteur de la parole suprême, mais dans une situation de
dialogue et de rencontre avec les gens.
Malgré les difficultés qui se rapportent à la promotion du livre en Afrique (Analphabétisme
encore assez élevé, diffusion, coût du livre..) les formes de créativité qui se déploient actuellement
en marge du système culturel dominant dans les sociétés africaines, semblent apparaître comme
des modes de subversion au système commun de développement, à savoir celui de la
mondialisation. En effet, les tactiques et les stratégies artistiques multiformes (héritages, traditions
rénovées venant de l’oralité) sont le signe d’un renouveau des cultures africaines sous le signe de
la vitalité. Les nouveaux textes revisitent donc le conte, la fable, le mythe : Adiaffi, Kourouma,
Sow Fall, intègrent l’épopée et les proverbes, pour la transmission des traditions.
Tout en figurant le vécu africain, les oeuvres africaines se sont également ouvertes à l’universel, en
se « créolisant » davantage.
Toutefois, les formes d’engagement les plus fédératrices aujourd’hui, sont liées aux arts visuels
(cinéma, théâtre) ou fortement liées à la musique. Ce pouvoir de la musique est assez prégnant
dans certains textes que nous avons étudiés, en particulier chez Adiaffi et Kourouma.
Nous portons, de fait, une attention à l’explosion du texte musical engagé, dans la mesure où
comparé au livre, il ne répond pas à une conception prescriptive de l’art ; mais à un plaisir plus
immédiat, plus dionysiaque expliquant que la musique aujourd’hui, de plus en plus engagée
rencontre une telle adhésion.
L’écrivain engagé africain a-t-il encore sa place dans un monde pluridisciplinaire et multipolaire ?
L’accès à la reconnaissance, semble, là encore, le mettre dans une situation inconfortable
puisqu’elle l’oblige à jouer une sorte de double jeu quant à son identité. De fait, ce double jeu
consiste à s’adresser à la fois à l’autochtone et à l’étranger situation d’autant plus paradoxale qu’il
s’est toujours déterminé depuis ses débuts par rapport à la rupture d’avec l’époque coloniale.
Au-delà de ce fait culturel, la réalité linguistique nous amène également à quelques prolongements
sur le rôle de l’écrivain africain.
Est-il nécessaire, pour féconder sa création littéraire, de cultiver son ou (ses) identités, et la
francophonie constitue t- elle un apport ou un obstacle à cette entreprise ? Nous répondons de
manière globale à cette question car sur le sujet, rien n’est tranché. Les nouvelles littératures
d’Afrique noire francophone pourraient être en quelque sorte le laboratoire d’une pensée soit
nébuleuse soit totalement nouvelle en relation avec un état d’esprit n’ayant plus rien
d’ « africain » Nous ajoutons à ce constat, l’atrophie des langues africaines laissant
malheureusement entrevoir à plus ou moins brève échéance, l’abandon des langues africaines au
profit du français, ces langues étant inadaptées à exprimer les réalités du monde contemporain.
Bien que la question linguistique dissimule le plus souvent des préoccupations d’ordre identitaire,
nous posons, pour finir, la question de savoir si les nouveaux auteurs ne trouveraient pas là
l’occasion d’y puiser de nouvelles ressources d’engagement ou de mobilisation.
La littérature et ses ombres. Invention esthétique et questionnement éthique dans la prose narrative contemporaine.
Vendredi 8 octobre
9 h 30
En Sorbonne, salle Paul Hazard
esc. C, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Oana PANAITE soutient sa thèse de doctorat :
La littérature et ses ombres. Invention esthétique et questionnement éthique dans la prose narrative contemporaine.
en présence du Jury :
M. COMPAGNON (PARIS IV)
M. NEEFS (PARIS VIII)
M. TADIÉ (PARIS IV)
M. VIART (LILLE III)
La logique du probable à l’appui de l’épistémologie théologique ...
Vendredi 20 février
14 h 30
Salle des actes, Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Annick LATOUR DERRIEN soutient sa thèse de doctorat :
La logique du probable à l’appui de l’épistémologie théologique dans les Essais de théodicée de Leibniz
en présence du Jury :
M. DE BUZON (STRASBOURG II)
M. DUCHESNEAU (MONTREAL)
M. FICHANT (PARIS IV)
Mme PIRONET (MONTREAL)
La Lozère face à la centralisation napoléonienne (1799-1815)
Mardi 24 janvier 2006
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. jean-François DELOUSTAL soutient sa thèse de doctorat :
La Lozère face à la centralisation napoléonienne (1799-1815)
En présence du Jury :
M. BOUDON (Paris 4)
M. TULARD (Paris 4)
M. CABANEL( EPHE)
M. MONNIER (EPHE)
M. MOURIER
Position de thèse (au format Pdf)
La lumière et le feu : la "vraie éloquence" à l’oeuvre dans les Pensées de Pascal
Samedi 10 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Laurent SUSINI soutient sa thèse de doctorat :
La lumière et le feu : la "vraie éloquence" à l’oeuvre dans les Pensées de Pascal
En présence du Jury :
Madame le Professeur Anne SANCIER (Paris 4)
Madame le Professeur Delphine DENIS (Paris 4)
Monsieur le Professeur Gérard FERREYROLLES (Paris 4)
Madame le Professeur Nathalie FOURNIER (Lyon 2)
Monsieur le Professeur Jean-Pierre LANDRY (Lyon 3)
Résumés
À partir d’une édition paléographique inédite des liasses classées des Pensées, cette étude confronte la théorie de l’éloquence de Pascal à sa praxis d’écrivain, et embrasse dans la cohérence d’un même point de vue rhétorique les différents enjeux de l’Apologie. Elle montre comment s’articulent dans les Pensées une éloquence du cœur et du fléchir épousant le mouvement de la parole prophétique ; et une éloquence de la nature recherchant un équilibre ténu entre raison et volonté, vérité et plaisir, et instrumentalisant les traits séduisants de la rhétorique conversationnelle de l’honnête homme en les réassumant d’un point de vue chrétien. Surtout, elle met en évidence la manière dont, ne pouvant prétendre convertir son lecteur, le dispositif apologétique vise à le persuader qu’il n’est du moins pas absurde de croire, et à le contraindre enfin à un état proche de la prière, en tenant son cœur préparé, tout le temps de la lecture, à une éventuelle descente de la grâce.
Light and fire : the « vraie éloquence » in Pascal’s Pensées
Drawing upon an unpublished palaeographic edition of the ordered bundles of the Pensées, this study confronts Pascal’s theoretical discourse on eloquence with his effective praxis as a writer, all the while embracing in one coherent rhetorical point of view the various concerns of the Apologie. It demonstrates how the Pensées articulate an eloquence of the heart and of the flectere imitating the voice of the prophets ; and an eloquence of nature - seeking a subtle balance between reason and will, truth and pleasure, and exploiting the seductive features of the honnête homme’s conversational rhetoric by appropriating them to a Christian point of view. Above all, this study demonstrates the means by which, unable to claim to convert its reader, the Apologie aims at least to persuade him that belief is not absurd, and, through various formal techniques, to simultaneously constrain him into a prayer-like state, thereby preparing his heart for a possible coming of grace.
Position de thèse
« L’écriture pascalienne demeure encore aujourd’hui mal connue », notait récemment Philippe Sellier . De cette surprenante méconnaissance, plusieurs causes peuvent être avancées.
L’instabilité du texte des Pensées en est sans doute la première, les multiples éditions réalisées avant la découverte et la stricte prise en compte des Copies C1 et C2 ayant par ailleurs longtemps fait écran à notre appréhension - et partant à notre compréhension - de la démarche rhétorique et esthétique définie par Pascal en vue de son Apologie.
Mais l’illusion d’optique suscitée par une multitude de textes très explicites concernant la conception pascalienne de l’éloquence pourrait tout aussi bien délivrer une autre explication, sans nul doute non moins décisive. Il semblerait en effet que les deux opuscules de L’Esprit géométrique d’une part, les témoignages de Gilberte Pascal de l’autre, et la première section de l’édition Brunschvicg enfin (« Pensées sur l’Esprit et sur le Style ») aient constamment entretenu un sentiment de fausse évidence vis-à-vis de la rhétorique apologétique pascalienne, et durablement retenu les études pascaliennes de prendre réellement en compte la praxis littéraire d’une œuvre si rarement envisagée en et pour elle-même, dans sa simple matérialité textuelle.
Plus encore que celle d’autres ouvrages, l’influence de L’Esprit Géométrique sur toute lecture rhétorique des Pensées a grandement contribué à dérober au regard les vrais enjeux de ces dernières. La fameuse distinction des arts de convaincre et d’agréer, puis l’association des deux en un art de persuader à même d’emporter toute résistance , notamment, ont longtemps paru devoir rendre compte de toute l’entreprise apologétique pascalienne. Brunschvicg l’écrivait sans ambiguïté dans son Introduction : « Voici donc quel sera le dessein des Pensées : tourner cet Art de persuader qui valut à Pascal un brusque et unanime applaudissement contre ceux-là mêmes qu’il avait pris pour arbitres dans les phases précédentes de sa carrière » . Creusant des années plus tard le même sillon, Louis Marin proposait à son tour de lire dans les Pensées « une rhétorique de l’agrément (...) [articulée] à une logique du convaincre » . L’ouvrage de Hyung-Kil Kim enfin, semblait marquer en ce sens un point de non-retour : « Nous avons maintenant la conviction, y concluait l’auteur, que la théorie de la persuasion a été appliquée dans l’apologie pascalienne. Cette application est générale. En ce sens, l’art de persuader est la méthode principale de Pascal dans son apologie. Il est pour ainsi dire, le grand moule qui a permis à Pascal de déterminer la forme de son apologie » . Mais ces instruments d’analyse importés de l’Esprit Géométrique se trouvaient-ils pourtant parfaitement adaptés à l’analyse de l’Apologie ? Pouvaient-ils effectivement parvenir à en dégager les enjeux véritables et l’irréductible originalité ?
De L’Esprit géométrique aux Pensées, il n’y a pas seulement évolution conceptuelle - comme l’a montré Dominique Descotes -, mais encore incompatibilité de démarche. Les premiers opuscules n’envisagent en effet « que les vérités de notre portée » , alors que par définition, l’Apologie concerne les vérités divines, lesquelles, « infiniment au-dessus de la nature », ne « [tombent pas] sous l’art de persuader : Dieu seul les peut mettre dans l’âme, et par la manière qu’il lui plaît » - ce que les Pensées traduisent, dans leur vocabulaire, en : « Dieu sensible au cœur, non à la raison » (S. 680). L’erreur qui consisterait à confondre les prérogatives du cœur et celles de l’esprit se voit du reste régulièrement dénoncée, voire ridiculisée, dans les Pensées . C’est que « [la] foi est différente de la preuve. L’une est humaine, l’autre est un don de Dieu » (S. 41) : de la sorte, selon Pascal, « on ne croira jamais, d’une créance utile et de foi, si Dieu n’incline le cœur, et on croira dès qu’il l’inclinera » (S. 412). Aussi bien l’étude de l’argumentation et les instruments d’analyse fournis par les deux opuscules de L’Esprit géométrique ne pouvaient-ils qu’échouer à rendre véritablement compte de la spécificité rhétorique des Pensées.
Un simple tour d’horizon bibliographique suffit plus généralement à le confirmer : les Pensées, dans leur dimension esthétique et/ou rhétorique, ont été jusque là essentiellement étudiées de très loin ou très près. Or Pascal ne concevant les parties qu’en rapport avec le tout, et le tout qu’en rapport avec ses parties, il convenait impérativement de concilier ici les deux points de vue : d’informer, en d’autres termes, l’analyse pointilleuse du texte au moyen d’une mise en perspective globale et conceptuelle de chacun de ses éléments ; et en retour, de nourrir et de préciser cette dernière par l’étude précise de l’elocutio pascalienne, suivant un constant jeu de miroirs devant progressivement ouvrir à une vision d’ensemble aussi précise que compréhensive de l’esthétique des Pensées.
Riche d’implications conceptuelles des plus structurantes pour le discours apologétique pascalien, la notion a priori paradoxale de « vraie éloquence », telle que la problématise par Pascal dans le célèbre fragment S. 671 (« La vraie éloquence se moque de l’éloquence »), nous a paru en ce sens tout particulièrement susceptible d’unifier dans la cohérence d’un même point de vue rhétorique l’appréhension des différents enjeux intellectuels, spirituels et esthétiques de l’œuvre envisagée.
Faussement évidente, fondamentalement piégée et reposant du reste sur un flou définitionnel caractéristique, cette notion de « vraie éloquence » traverse significativement toute la réflexion rhétorique de la seconde moitié du XVIIe siècle - au point d’en figurer tout à la fois le lieu commun le plus vivace et l’horizon théorique ultime.
De prime abord, il apparaît d’autant plus difficile de lui assigner un sens précis dans les Pensées, que les différents modèles que s’y donne explicitement Pascal en matière d’éloquence semblent témoigner avant tout de sa tentation d’explorer deux directions rhétoriques a priori contradictoires, sans forcément satisfaire aux exigences d’un choix en tous points cohérent. En effet, quoi de commun, sur le fond, entre les voies tracées par Montaigne ou Épictète d’une part, et par Jésus-Christ d’autre part ? Les deux tendances oratoires illustrées par ces modèles se trouvant également promues par l’apologiste, comment la « vraie éloquence » pourrait-elle s’actualiser à la fois dans l’une et dans l’autre - en même temps et de la même manière ? Concernant la définition à donner à la « vraie éloquence » des Pensées, deux options bien distinctes semblent pourtant se présenter, entre lesquelles l’apologiste aurait comme renoncé à choisir : d’un côté, l’éloquence de la nature à l’œuvre dans les Essais, horizon rhétorique de la conversation de l’honnête homme ; de l’autre, l’éloquence du cœur à l’œuvre dans la Bible, horizon rhétorique de l’oraison du chrétien.
Or sans doute paraît-il difficilement concevable que Pascal ait simultanément assigné à son Apologie deux horizons rhétoriques à ce point contradictoires : promouvant d’un côté la recherche en la nature d’un équilibre persuasif entre raison et volonté, vérité et plaisir - et s’assumant donc pleinement rhéteur tout en se refusant sophiste ; et célébrant, de l’autre, un primitivisme inspiré empruntant les voies du sublime et du flectere, conformément au mouvement de la parole prophétique. Mais problématique entre toutes, et théoriquement intenable, cette contradiction pleinement assumée nous place précisément au cœur même de la complexité du dispositif apologétique pascalien : appelé d’un côté à témoigner de ce qui dépasse infiniment la raison, tout en étant, de l’autre, obligé pour ce faire, de s’appuyer sur la raison - et ne cherchant ainsi qu’à ménager l’illusion superficielle d’un relatif équilibre entre deux ordres incommensurables, ceux du cœur et de l’esprit (tant « il y a loin de la connaissance de Dieu à l’aimer » (S. 409)).
Dans ce cadre, toute approche purement théorique de l’éloquence des Pensées ne pouvait qu’achopper aussitôt sur le paradoxe et l’impossibilité a priori d’une telle conjonction. Mais il paraissait parfaitement envisageable, en revanche, de suivre la tentative pascalienne de faire converger l’éloquence de la nature et l’éloquence du cœur dans l’espace rhétorique unifié d’une « vraie éloquence », en se fondant sur une analyse serrée des innombrables variantes figurant sur le Recueil Original. Aussi bien nous sommes-nous employé à établir une nouvelle édition paléographique des liasses classées des Pensées , permettant de distinguer, pour chacun de leurs fragments, les différents états de leur rédaction. Présentant le double avantage d’embrasser une totalité cohérente (celle du projet de juin 1658), et de proposer en outre un ensemble suffisamment large pour fonder une analyse, non plus simplement ponctuelle , mais systématique de l’esthétique des Pensées, la base textuelle inédite ainsi obtenue nous a permis de suivre, au rebours de toute vision statique de l’œuvre en cours, la mise en œuvre effective de la « vraie éloquence » à la double lumière des hésitations reflétées par le manuscrit, et des multiples fragments méta-discursifs réfléchissant, depuis l’intérieur des Pensées, le programme esthétique et argumentatif envisagé, d’un point de vue plus théorique, pour l’Apologie .
La critique pascalienne s’est, on le sait, régulièrement interrogée sur la nature de l’objectif assigné par Pascal à son entreprise apologétique, et sur le sens rhétorique exact qu’elle pouvait revêtir : car pourquoi inciter à la conversion quand celle-ci, pour le tenant de la grâce efficace qu’est Pascal, ne dépend que de Dieu ? Nous avons essentiellement montré que, si l’apologiste ne pouvait effectivement prétendre convertir son lecteur, il lui était du moins possible de s’employer à le persuader qu’il n’était pas absurde de croire, et de le contraindre par ailleurs, tout le temps de sa lecture, à un état proche de la prière, en tenant ainsi son cœur préparé à toute éventuelle descente de la grâce. Aussi bien les convictions théologiques de Pascal, héritées d’Augustin autant que de Saint-Cyran, n’excluaient-elles nullement, semble-t-il, la possibilité ni l’efficacité, en son ordre, d’une entreprise apologétique. Lui interdisant certaines voies, elles l’obligeaient simplement à en explorer d’autres, où n’aurait pas à se poser en tant que tel, sous l’angle d’une impossible persuasion, le problème de la conversion du lecteur, et où l’apologiste n’en serait pas moins libre d’assumer sa mission de « défenseur de la vérité objective du christianisme » sans renoncer pourtant à celle de « prophète » .
Le choix qui a été le nôtre d’inscrire l’étude de la « vraie éloquence » des Pensées dans le cadre aristotélicien de la tripartition des preuves (logique, éthique et pathétique) ne doit, en ce sens, pas tromper : pour Pascal, ces trois niveaux ne se conçoivent pas sous l’angle de la juxtaposition, ni du simple cumul. La preuve logique, adressée à la raison aux fins d’un enseignement, délivre les motifs de croire en la véracité du discours ; et la preuve éthique, adressée à la volonté, conditionne, quant à elle, l’attention portée à la preuve logique, la persuasion résidant justement en cette alliance subtile de l’agrément à la conviction ; la preuve pathétique, enfin, orientée vers l’action et suivant ainsi l’ordre du cœur, intègre ce premier mouvement rationnel dans un mouvement plus vaste, suivant les modes conjoints de la conservation et du dépassement. Or naturellement, il ne s’agit pas ici de seule rhétorique : de la même manière que « la foi dit bien ce que les sens ne disent pas, mais non pas le contraire de ce qu’ils voient ; elle est au-dessus, et non pas contre » (S. 217), l’ordre du cœur absorbe sans les détruire les ordres inférieurs - et il interagit avec eux. C’est ainsi, d’une part, qu’une démarche irrationnelle, en matière de foi, n’exclut nullement une démarche rationnelle (car la foi a beau ne pas être un « don de raisonnement » (S. 487), ce n’est pas à dire qu’elle soit « contraire à la raison » (S. 46) : elle l’englobe, et en unifie les voies) ; et c’est ainsi, d’autre part, que le fait que la raison ne cesse jamais d’être elle-même n’exclut pas davantage qu’elle subisse pourtant dans son exercice l’influence de la foi : sans le secours de cette dernière, l’homme serait par exemple, selon Pascal, « inconcevable à lui-même » (S. 164) et ne pourrait notamment connaître « ni le vrai bien, ni la justice » (S. 181). Les ordres de l’esprit et du cœur se soutiennent donc réciproquement sans se contredire, et autorisent enfin cet entrelacement « inextrica[ble] [des] deux persuasions divine et humaine » que Tetsuya Shiokawa s’étonnait de relever « dans l’apologétique pascalienne » . Car loin de tout extrincésisme luthérien , Pascal tire simplement en cela les conclusions rhétoriques de son adhésion manifeste aux grands principes du thomisme : « puisque la grâce ne détruit pas la nature, mais la parfait, c’est un devoir, pour la raison naturelle, de servir la foi » ; et puisque, « lorsque l’on aime la vérité que l’on croit, on y réfléchit sérieusement, et l’on embrasse toutes les raisons qu’on peut trouver pour cela » , aimer et raisonner, bien loin de s’exclure l’un l’autre, participent finalement pour le chrétien d’un même processus. On ne divise pas la flamme, et au regard de la foi, l’exercice de la raison n’est pas plus exclusif des transports de l’amour que la lumière ne l’est du feu.
Interrogeant les modalités de la « vraie éloquence » des Pensées comprise comme éloquence du vrai, nous avons tout d’abord mis en évidence l’attachement pascalien à prendre les données de l’expérience, non seulement pour critérium absolu de vérité, mais encore pour principes de sa démonstration - et à fonder ainsi l’inaltérable évidence du « sentiment » sur la vérité de toute « appréhension des sens » (S. 579) suivant le jeu de l’induction. Témoignent tout particulièrement de cette démarche, au niveau des variantes observées sur le manuscrit des Pensées, la réticence de l’apologiste à user de termes abstraits, ainsi que sa tendance à remplacer les hyperonymes par un de leurs hyponymes, à multiplier les énumérations, ou, plus subtilement, à préférer aux déterminants démonstratifs exophoriques, le déterminant indéfini un, autorisant une transition insensible du spécifique au générique et de l’observation particulière à la vérité générale.
Une telle insistance à se fonder sur les données sensibles comme à ce que tout lecteur de l’Apologie pourrait observer et vérifier par lui-même n’est naturellement pas indifférente : elle témoigne à l’évidence du souci pascalien d’assurer la parfaite recevabilité des prémisses de sa démonstration, et de ne pas se montrer coupable de pétition de principe aux yeux du libertin, alors même que le recours aux principes du christianisme aurait a priori dû impliquer d’outrepasser les cadres de l’expérience. Clairement attestées par l’étude génétique des fragments concernés, l’hésitation et en dernière instance la résistance de l’apologiste à recourir en S. 164 au procédé de la sermocination divine, puis sa recherche tâtonnante, en S. 182, d’un usage de la prosopopée de la sagesse de Dieu affranchi des voies impraticables de l’argument d’autorité sont à ce titre exemplaires d’un effort permanent pour convertir les principes reçus par la foi en hypothèses soumises à l’évaluation d’un auditoire universel.
Cette application constante à distinguer en tous endroits le principe de l’hypothèse, et l’autorité de la parole de l’autorité des faits, n’engage pas, du reste, une intention purement argumentative. Convergeant notamment avec une réflexion des plus aiguës sur la tautologie, la métaphore et la définition, elle participe plus largement d’une idéologie linguistique de la représentation pensant de manière radicale la séparation des mots et des choses, et concevant par suite, au niveau du langage, le nécessaire effacement des signes derrière les choses qu’ils représentent. Aussi bien l’insistance pascalienne à assurer en matière argumentative la vérité des différentes prémisses de ses démonstrations, trouve-t-elle un écho direct, en matière rhétorique, dans l’attachement de l’apologiste à garantir, d’une part, l’adéquation de la conception vraie des choses à la vérité des choses elles-mêmes, et, d’autre part, la transparence optimale des signes appelés à représenter ces dernières.
L’étude des variantes figurant sur le manuscrit des Pensées permet à cet égard de confirmer l’intuition de Marc Fumaroli, inscrivant Pascal dans la tradition d’une éloquence « gallicane » opposée à la « sophistique » jésuite, et « fondée sur les choses » plutôt que « sur les mots » . Car à la lutte de l’apologiste contre les idées confuses (se traduisant par un usage récurrent des propositions concessives) et à sa recherche permanente du propre et de la distinction (conduite à l’aide de l’instrument mathématique des combinatoires) répondent effectivement, sous la plume de Pascal, un souci permanent d’exprimer sans obstacle ni « fausses fenêtres » les plus subtiles nuances de la pensée, et plus précisément, une tension obsessionnelle vers la justesse et la clarté excluant soigneusement toute « mauvaise situation des mots » comme toute équivoque syntaxique ou référentielle.
Non, pourtant, que l’éloquence des Pensées puisse être enfermée sans restriction dans une idéologie de la représentation à l’âge classique, dont on sait que l’épistémologie cartésienne fournit le paradigme principal. À l’évidence, l’ambition d’humilier la raison alliée à la nécessité de recourir à ses lumières devait naturellement amener l’apologiste à ébranler - quoique subtilement, et sans les saper tout à fait - les fondements d’un modèle sémiotique célébrant de manière aussi univoque les pouvoirs de la faculté raisonnante et exaltant aussi triomphalement ses prétentions tyranniques à « juger de tout » (S. 142). Nous avons montré en ce sens le rôle des attaques menées par Pascal contre une conception débordée de tous côtés par le jeu infini de la distinction, assistant impuissante à l’évanouissement des signifiés, puis contrainte de reconnaître, faute d’essences immuables, l’existence d’une « diversité essentielle qui est la qualité constitutive du réel » . Nous avons surtout établi comment à la quête toujours recommencée d’un langage parfaitement transparent, répond régulièrement dans les Pensées un jeu des plus insistants sur l’opacité du langage, instrumentalisant tout particulièrement le potentiel d’équivoque des termes complexes ou celui d’énoncés coupés à dessein du lieu de leur énonciation.
Or significativement, cette déconstruction du paradigme représentatif ne se réduit nullement ici à la dialectique du clair et de l’obscur logiquement engagée par la défense et par l’illustration d’une religion chrétienne tout à la fois sage et folle, et refusant aussi catégoriquement d’exclure la raison que de n’admettre qu’elle. Exploitant le fait qu’une même phrase puisse sous-tendre un nombre infini d’énoncés, et qu’il soit ainsi possible de « dire comme les autres mais » de « ne pas penser comme eux » (S. 645), Pascal se donnait également les moyens de mettre en œuvre un dispositif énonciatif foncièrement ironique, précieux auxiliaire de son entreprise de séduction du lecteur.
Nous avons effectivement montré comment, aux fins de la plus haute persuasion, les Pensées s’emploient à superposer les éthè de l’honnête homme et du chrétien, à convertir insidieusement la voix de la nature en celle du cœur - la « vraie éloquence » du monde en l’éloquence chrétienne du vrai - et à suggérer de la sorte, non seulement leur compatibilité, mais encore leur affinité profonde, comme, en dernière instance, la proportion du christianisme à la nature humaine. Impliquant la possibilité d’associer l’ « agréable » au « réel », certes, mais encore de telle manière que « cet agréable soit lui-même pris du vrai » (S. 547), la mise en place de cet ethos mixte, mi-mondain mi-chrétien, et le sacrifice à la rhétorique conversationnelle qu’elle engage, se traduisent notamment, dans les variantes du Recueil Original, par l’attachement pascalien à éviter les défauts d’une « droite méthode » (S. 644), à bannir tout mot technique comme tout « mot d’enflure » , à user de la fine raillerie dans les strictes limites imposées par le projet apologétique, et à tendre plus généralement vers l’horizon d’une langue orale, attique et naturelle, associant à l’usage d’expressions à la mode ou au recours constant à la thématisation, la pratique de l’ellipse, de la subordination implicite et d’un style régulièrement coupé.
Visant à la convergence superficielle de deux voix que tout semble opposer, celle de l’honnête homme et celle du chrétien, la pratique stylistique des Pensées doit ainsi s’appréhender dans le cadre d’une pensée héritière, non seulement de l’augustinisme, mais encore du thomisme : car du point de vue de Pascal, contre toute apparence, il n’y a pas rupture définitive entre nature déchue et surnature, et il convient dès lors de s’appuyer sur celle-là pour s’exhausser à celle-ci. La façon dont l’apologiste instrumentalise la dimension polyphonique des pièges logiques et des paradoxes sceptiques ou mathématiques en est d’ailleurs un bon indice : comme nous l’avons montré, c’est notamment en s’aidant du goût naturel des hommes pour le « combat des opinions » et pour « la chasse » plutôt que pour « la prise » (S. 134), que les Pensées s’efforcent précisément de disposer - et finalement d’introduire - leur lecteur non seulement à l’écoute d’une vérité surnaturelle radicalement mystérieuse, mais encore, à terme, au silence de l’oraison, en triomphant ainsi du plaisir de l’échange par le plaisir de l’échange lui-même.
Or cet attachement à disposer le lecteur à la prière représente plus largement, selon nous, une des lignes de force les plus décisives de la conception de l’éloquence mise en œuvre dans les Pensées. En effet, si nul homme, selon Pascal - et avec lui, tout le courant spirituel dans lequel il s’inscrit -, ne saurait faire entrer Dieu dans le cœur de l’homme, du moins est-il toujours possible d’éveiller en soi, fût-ce au prix de divers artifices, ces sentiments de « désir amoureux » et de « souffrance » constitutifs de toute oraison, puis de se maintenir ensuite dans cet état émotionnel qui est celui de la prière, de manière à se trouver « toujours prêt » à recevoir la grâce que Dieu pourrait accorder - étant entendu qu’à partir du moment où l’homme aura pris pour habitude de se présenter « devant Dieu comme un vase ouvert et exposé à Dieu, [...] il n’arrivera guère », comme le notait Saint-Cyran, « que Dieu n’y instille à la fin » l’ « eau divine de sa grâce » .
Nous appuyant sur la convergence en faisceaux d’un grand nombre de variantes du Recueil Original, nous avons montré qu’une part essentielle de l’entreprise rhétorique des Pensées prenait sa source en ce point : certes, il est impossible aux hommes d’opérer par eux-mêmes la conversion de leur cœur ; mais il leur est cependant possible de faire « comme s’ils croyaient, en prenant de l’eau bénite, en faisant dire des messes » - et « naturellement même cela [les] fera croire » (S. 680). De la même manière, certes, nul autre que Dieu n’a les moyens de faire descendre sur l’homme la grâce efficace qui lui permette de demander en prière et de recevoir, au moins momentanément, la seule foi valable au regard du salut ; mais il n’en était pas moins envisageable, du point de vue de Pascal, de recréer en l’homme les conditions psychologiques de l’oraison, et plus précisément, de concevoir la composition de son apologie de telle manière, que l’expérience de sa lecture se rapproche au plus près d’une expérience de prière, non sans disposer continuellement elle-même à la prière. Plutôt que son entendement, il convenait alors de solliciter par l’ardeur d’un discours riche en figures (hyperboles et métaphores) la volonté et les passions de son lecteur, en s’employant ainsi à plonger ce dernier dans cet état de crainte et d’espérance en quoi consistent non seulement la prière, mais encore l’attitude de tout juste envers Dieu . Il s’agissait ensuite de « confirmer » le lecteur dans cet état, en lui imposant par le jeu de la répétition, exercé à tous les niveaux du texte, non seulement un mode de lecture foncièrement méditatif, mais encore une nouvelle coutume appelée à remplacer progressivement son ancienne nature. Enfin, il importait parallèlement de « bien régler » sa « conversation intérieure » (S. 132), en prévenant à tout instant sa distraction et son incapacité foncière à toute forme de régularité - la mise en œuvre d’une esthétique du discontinu assurant à ces fins les conditions d’une lecture toujours arrêtée, toujours relancée, et dès lors toujours recentrée sur le moment présent de la méditation, « le seul temps qui [soit] véritablement à [l’homme] », et dont il faille ainsi toujours s’employer, selon Pascal, à « user selon Dieu » .
La mémoire de l’histoire par l’image (Films, photographies, dessins)
Lundi 11 décembre 2006
14 heures
A malesherbes, Salle S322
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
Mme Claude BESSONE WINKLER soutient son habilitation à diriger des Recherches :
La mémoire de l’histoire par l’image (Films, photographies, dessins)
En présence du Jury :
M. CAHN (PARIS 4)
M. DOLL (PARIS 12)
M. FRANCOIS (PARIS 1)
M. HARTWEG (STRASBOURG 2)
Mme HOOCK-DEMARLE (PARIS 7)
M. VAILLANT (LILLE 3)
M. VALENTIN (PARIS 4)
La mésentente cordiale franco-britannique : la deuxième tentative...
Samedi 6 mars
14 h
En Sorbonne, amphithéâtre Cauchy
Esc. E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Hélène PLISSON soutient sa thèse de doctorat :
La mésentente cordiale franco-britannique : la deuxième tentative d’adhésion britannique au Marché commun à l’épreuve du veto français (octobre 1964-avril 1969)
en présence du Jury :
M. BLED (PARIS IV)
M. CHASSAIGNE (TOURS)
M. MOUSSON-LESTANG (STRASBOURG III)
Mme PIETRI (STRASBOURG III)
M. SOUTOU (PARIS IV)
La métamorphose dans les "Métamorphoses" d’Ovide : étude sur l’art de la variation
Samedi 13 décembre
14 h
En Sorbonne, Bibliothèque de l’UFR de latin
Esc. E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Hélène VIAL soutient sa thèse de doctorat :
La métamorphose dans les "Métamorphoses" d’Ovide : étude sur l’art de la variation
en présence du Jury :
Mme DANGEL (PARIS IV)
M. DEREMETZ (LILLE III)
Mme GALVAGNO (CATANIA)
M. LAURENS (PARIS IV)
Mme VIDEAU (PARIS X)
La mise en livre des narrations de la Renaissance : écriture éditoriale et herméneutique de l’imprimé
Vendredi 9 décembre 2005
9 heures 30
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Anne REACH NGÔ soutient sa thèse de doctorat :
La mise en livre des narrations de la Renaissance : écriture éditoriale et herméneutique de l’imprimé
En présence du Jury :
Mme Mireille HUCHON (Université Paris IV)
M. Roger CHARTIER (École des Hautes Études en Sciences Sociales)
Mme Michèle CLÉMENT (Université Lyon II)
Mme Geneviève GUILLEMINOT-CHRÉTIEN (Bibliothèque nationale de France)
M. Jean LECOINTE (Université de Poitiers)
Résumés
Que viennent apporter à la lecture d’un récit le format du volume, sa mise en page, son illustration, le type ou la force de ses caractères ? Ne constituent-ils qu’une enveloppe contingente, chargée de transmettre un texte achevé et invariant, ou ne viennent-ils pas manifester, au-delà de ce que le verbe exprime, une intention éditoriale porteuse d’une signification ?
Dans les narrations en prose vernaculaire publiées à la Renaissance, la forme fait sens : les choix éditoriaux établissent des parentés entre les textes, le paragraphe narratif tient lieu d’unité linguistique, tandis que la disposition en chapitres conditionne les pratiques de lecture. La définition des productions, politiques et déclarations d’intention des imprimeurs et libraires du Palais dessine le contexte de production des narrations sentimentales. L’analyse de leur mise en page, envisagée d’un point de vue sémiotique, met ainsi en évidence combien la matérialité de l’objet-livre infléchit l’identité générique des récits. Loin de proposer une simple interprétation des textes, l’intervention éditoriale constitue alors parfois un acte de création à part entière : aussi l’étude des Angoysses douloureuses qui procèdent d’amours met-elle en lumière comment une supercherie éditoriale, née d’un montage de citations, peut donner naissance à un best-seller qui deviendra, selon Gustave Reynier, le « premier roman sentimental français ».
What do the format of a volume, its layout, its illustration, the style or weight of its characters contribute to the way a story is read ? Do they constitute a contingent envelope, whose role is to transmit a finished invariable text, or do they indicate an editorial intention that bears meaning beyond what the words themselves express ?
In vernacular prose narrations published during the Renaissance, form bears meaning. Editorial choices establish relationships between texts, the narrative paragraph acts as a linguistic unit, while the ordering into chapters conditions reading practices. The types of production, politics, and declared intentions of Parisian “Palais” printers and booksellers reveal the context in which sentimental narratives were produced. From a semiotic point of view, analysis of their layout reveals to what extent the materiality of the book as object influences the genre of stories. Far from proposing a simple interpretation of texts, editorial intervention can constitute an independent act of creation. Study of Angoysses douloureuses qui procèdent d’amours illuminates how an editorial fabrication, developed from a montage of quotes, could give rise to a best seller which became, according to Gustave Reynier, “the first French sentimental novel.”
Position de thèse
Que viennent apporter à la lecture d’un récit le format du volume, sa mise en page, son illustration, le type ou la force de ses caractères ? Ne constituent-ils qu’une enveloppe contingente, chargée de transmettre un texte achevé et invariant, ou ne viennent-ils pas manifester, au-delà de ce que le verbe exprime, une intention éditoriale porteuse d’une signification ?
Désireux de prendre en compte la matérialité de l’objet-livre au sein des effets de sens de la narration renaissante, notre travail s’interroge sur la signification du texte incarné. « Quel lien donc le texte : produit de l’esprit entretient-il avec le texte : produit de l’outil ? » , demande Roger Laufer. Influencée par les travaux d’histoire du livre de Roger Chartier et Henri-Jean Martin et fondée sur une réflexion générique consacrée à la naissance du roman sentimental, notre recherche se propose d’étudier le rôle des imprimeurs et libraires du Palais dans l’élaboration des narrations en prose vernaculaire, publiées au cours des années 1530-1560. Dans quelle mesure la mise en place des procédés et pratiques propres à la publication des narrations participe-t-elle de l’écriture proprement dite de ces récits et vient-elle en infléchir la réception ?
Les années 1530-1560 constituent une période d’expériences et d’innovations en matière de typographie : à peine émancipé de l’imitation du manuscrit, le livre imprimé n’est pas encore soumis à une codification rigide, qui s’élabore plutôt dans le dernier tiers du siècle. La littérature de divertissement connaît également de profondes métamorphoses. Si les récits médiévaux voient leur succès se poursuivre, les traductions de narrations sentimentales italiennes et espagnoles gagnent le marché français, tandis que les recueils de nouvelles, tels les Comptes amoureux de Jeanne Flore ou l’Heptaméron de Marguerite de Navarre, modifient l’économie de la narration. La production des imprimeurs-libraires de l’Île de la Cité se doit alors de répondre aux exigences nouvelles du lectorat. La mise en livre ne consiste pas seulement à entreprendre des rééditions ou à rendre publics des textes inédits, mais bien davantage à promouvoir la lecture et assurer la lisibilité comme l’intelligibilité des textes. Il s’agit en somme de les adapter aux attentes des lecteurs. Car le texte de la Renaissance est un texte en mouvement, que l’entreprise éditoriale vient actualiser le temps de la publication. Par le biais de la forme qu’il confère au texte, le métamorphosant en livre, l’imprimeur en propose une interprétation qui rend compte de sa perception de l’œuvre. Les variantes éditoriales témoignent des mues de l’ouvrage.
C’est à l’étude de ces différents états de l’œuvre incarnée que nous avons consacré notre travail. Nous avons cherché à établir que l’objet-livre offrait des traces de la manipulation des textes, telle qu’elle pouvait être effectuée par les imprimeurs, lecteurs expérimentés et attentifs à l’horizon d’attente du lectorat. Le désir d’identifier des pratiques pour en mesurer la portée sémiotique a ainsi guidé la constitution de notre corpus. Nous nous sommes demandée dans quelle mesure il était légitime d’interroger et d’interpréter les procédés de typographie et de mise en espace d’un texte à la fois unique et exemplaire de l’évolution du roman en langue vernaculaire, les Angoysses douloureuses qui procèdent d’amour d’Helisenne de Crenne, que la critique s’accorde à considérer comme le « premier roman sentimental français ». Pour ce faire, nous avons comparé les variantes éditoriales de ses multiples rééditions au seizième siècle, de 1538 à 1560, et analysé les pratiques éditoriales des imprimeurs qui ont participé à sa publication, en reconstituant les catalogues de Denis Janot, Denis de Harsy, Arnoul et Charles Langelier, Étienne Groulleau, ainsi que du libraire Pierre Sergent. Pour en dégager les spécificités, nous avons resitué la publication de ces ouvrages au sein de la production des narrations vernaculaires qui ont servi de source au récit d’Helisenne de Crenne ainsi que des récits publiés au cours de la même période.
Nous avons exploré plus soigneusement le dispositif matériel des œuvres identifiées par Gustave Reynier dans Le roman sentimental avant l’Astrée : les Angoysses douloureuses d’Hélisenne de Crenne, le Décaméron, la Flammette et le Philocope de Boccace, le Pérégrin de Caviceo, l’Hécatomphile d’Alberti, la Prison d’amour et les Amours d’Arnalte et de Lucenda de Diego de San Pedro, le Jugement d’amour et la Déplorable fin de Flammette de Juan de Flores, la Complainte que fait un amant contre amour et sa dame, les Comptes amoureux de Jeanne Flore, l’Heptaméron de Marguerite de Navarre, l’Amant ressuscité de la mort d’amour attribué à Nicolas Denisot et l’Histoire d’Euralius et de Lucrèce du pape Pie II. Les confrontations multiples auxquelles nous avons soumis ces différents corpus ont fait surgir des tendances propres à la rhétorique visuelle des narrations sentimentales. Nous résumons brièvement les principales étapes de notre enquête.
Première partie - La publication des narrations à Paris : milieux professionnels, productions, pratiques et portée générique
Nous avons d’abord constaté que la signification des procédés de la mise en livre ne pouvait être abordée sans la prise en compte de leur contexte de production. L’étude du milieu professionnel des imprimeurs et libraires du Palais du milieu du seizième siècle, spécialisés dans les narrations en prose vernaculaire, et l’analyse de leurs productions, ont montré que les règles et pratiques de fonctionnement de cette corporation d’Ancien Régime favorisaient la participation des artisans du livre à l’expressivité narrative des récits renaissants. Répondant aux attentes du lectorat et sensible aux phénomènes de mode et innovations que propose la scène romanesque européenne, leur réception des textes témoigne sans doute d’un discernement comparable à celui des premiers critiques littéraires, même si celui-ci est tacite, intuitif et non théorisé. Il se manifeste notamment par la sélection des ouvrages à imprimer et diffuser et par les modalités de leur présentation, selon des tendances formelles que nous avons cherché à identifier. La mise en évidence de pratiques typographiques au service de politiques éditoriales nous a conduite à étudier les conditions de possibilité d’une « écriture éditoriale ». Il est ainsi apparu que la mise en forme des ouvrages en prose vernaculaire traduisait un classement générique sous-jacent, semblable à la place qu’un libraire de l’époque moderne attribuerait à un livre dans les rayonnages de sa librairie.
Nous avons aussi constaté que la nature implicite de la médiation éditoriale n’excluait pas un discours, le souci d’une reconnaissance et l’acquisition d’une autorité, au détriment parfois de l’auteur, qui apparaît davantage comme une figure que l’on expose au sein d’un dispositif publicitaire. En effet, si l’instance auctoriale tend à s’affirmer auprès du lectorat à travers le développement de la page de titre, du privilège à l’auteur, des pièces liminaires ou encore du portrait inaugural, le discours du livre, dans ses paratextes comme dans sa présentation matérielle, revendique en réalité bien davantage l’autorité et la paternité éditoriales de l’imprimeur-libraire. Celui-ci en arrive ainsi à construire une figure de l’auteur - qui répond à des exigences commerciales et culturelles -, qu’il exhibe sur le devant de la scène imprimée, tout en en soulignant l’artifice et la vanité. L’importance et la richesse des paratextes éditoriaux rendent tangibles la revendication d’une participation éditoriale à la fabrication du sens. Elles témoignent de l’existence d’une intention et d’un projet éditorial qui, s’ils répondent d’abord à des exigences économiques et parfois accidentelles, participent néanmoins des effets de sens de l’œuvre, telle qu’elle se présente au lecteur.
Deuxième partie - Outils et pratiques des imprimeurs : les effets de sens des unités textuelles
Pour déchiffrer et tenter d’interpréter la portée générique de la mise en livre des Angoysses douloureuses qui procèdent d’amours attribuées à Helisenne de Crenne, lors de ces diverses incarnations, le deuxième temps de ce travail s’est intéressé à l’étude du « vocabulaire » à la disposition de cette instance éditoriale collective. En confrontant les dispositions matérielles de la première partie de notre récit, souvent considéré comme le premier roman sentimental français, à celles des textes contemporains étudiés par Gustave Reynier dans Le roman sentimental avant l’Astrée, nous avons dégagé des constantes qui caractérisent la structuration de ces narrations et traduisent leur fonctionnement diégétique. Nous avons ainsi exploré la signification des notions de paragraphe et de chapitre narratifs à la Renaissance, ainsi que les signes, visibles et invisibles, qui leur donnent consistance, tels les initiales, sauts de ligne, dispositions de la page imprimée ou l’insertion d’illustrations. Il s’est avéré que la déclinaison de ces outils rendait possible l’expression d’une interprétation éditoriale des textes, au service de l’accessibilité des lecteurs, par l’actualisation constante des ouvrages, mais aussi d’une certaine conception de la narration, en somme d’une lecture véritable, comparable à celle du « lecteur modèle » d’Umberto Eco.
Nous avons alors été amenée à envisager l’ensemble des textes narratifs de notre corpus comme appartenant à un répertoire visuel, dont seule la configuration d’ensemble donne sens à chacune des composantes. L’identification de pratiques récurrentes et le jeu des différenciations qu’elles rendent possible nous a dès lors autorisée à considérer les procédés de mise en espace et de mise en pages comme des outils de communication, bien que non-langagiers, au même titre que les phénomènes d’énonciation ou de registre. Il nous a ainsi semblé légitime de les appréhender selon une posture herméneutique, soucieuse de prendre en compte les processus plurisémiotiques propre à l’écriture imprimée.
Le livre est en effet apparu comme un dispositif complexe, dont les outils traduisent et interprètent le texte soumis à l’impression, afin d’en donner une version répondant aux critères de lisibilité propre à chaque époque. Les signes typographiques favorisent une représentation visuelle de la narration, saisie selon une dynamique configurationnelle : tandis que les intiales, sauts de ligne et masses textuelles du paragraphe articulent la progression linéaire du récit, la disposition des illustrations, pages en forme de coupe, paratextes titulaires et pages de titre internes dessinent l’orchestration macrostructurale de l’œuvre. Ces éléments font également écho à d’autres pages de livres qui les inscrivent dans un réseau interlivresque, qui reflète l’univers de représentation des lecteurs de chaque génération.
Troisième partie - Genèse et intertextualité éditoriales des Angoysses douloureuses qui procèdent d’amours
Enfin, l’arrière-plan culturel, les pratiques professionnelles et les signes de l’expression matérielle de la fabrication des Angoysses douloureuses, à travers ses différentes éditions, ont éclairé d’une manière nouvelle les conditions de la genèse éditoriale du premier roman sentimental à la française. La narration d’Helisenne de Crenne nous a alors paru répondre davantage à des exigences éditoriales, qu’à un réel projet d’auteur. L’étude des sources et du jeu intertextuel des Angoysses nous a conduite à supposer que le texte lui-même avait été fabriqué par le milieu éditorial du Palais, à travers un montage de citations textuelles, typographiques et iconiques, qui construisait dans le même temps les conditions de possibilité d’un best-seller. L’ouvrage, composé par le cercle éditorial de Denis Janot, relèverait ainsi d’un dispositif publicitaire charger de favoriser la vente d’un fonds de librairie commun. La notion de genre et les effets de cohérence qu’elle présuppose s’est ainsi vue redéfinie selon une perspective éditoriale.
Cette supercherie nous a invitée à percevoir la portée toute parodique de l’œuvre et à relire l’histoire d’Helisenne comme le récit de l’avènement d’un genre : destinée à répondre de manière caricaturale aux attentes d’un lectorat en mal de prose sentimentale, les Angoysses douloureuses constitueraient délibérément, et non rétrospectivement, « le premier roman sentimental français ». Loin de proposer une simple illustration de la participation des artisans du livre à la production du sens des narrations renaissantes, le cas des Angoysses douloureuses en représenterait l’aboutissement ultime. L’étude des variantes éditoriales a permis de déjouer ce canular éditorial, né de l’exploitation des représentations et conventions littéraires qui se mettent en place au cours du seizième siècle. Cette réflexion a mis en évidence l’intérêt d’une démarche génétique sans brouillon appliqué au texte renaissant.
Ainsi, à la croisée d’une réflexion socio-historique, générique et bibliographique, l’analyse des modalités d’expression de l’instance éditoriale manifeste combien les notions d’œuvre et d’auctorialité nécessitent d’être réévaluées à la lumière de la fabrication matérielle du livre. L’étude d’un large échantillonnage de narrations imprimées, publiées au cours du deuxième tiers du seizième siècle, souligne la richesse des enseignements de l’histoire éditoriale des textes, envisagés à travers leur incarnation matérielle. Témoin des pratiques de lecture et de l’horizon d’attente de ses contemporains, le livre imprimé rend compte de la relation étroite qui unit auteurs, imprimeurs, libraires et lecteurs.
L’enquête a également donné lieu à une interrogation méthodologique sur le statut à accorder aux procédés typographiques et aux signes non-alphabétiques qui participent de l’écriture éditoriale des narrations. Inspirée de présupposés médiologiques et guidée par le souci de prendre en considération les spécificités du livre imprimé, nous avons cherché à mettre en œuvre une herméneutique de l’imprimé. Il nous a semblé d’abord essentiel de déterminer des outils, fondés sur une définition diachronique, susceptibles de rendre légitime l’interprétation des procédés éditoriaux et d’en fixer les limites. La notion de paragraphe narratif nous a semblé en constituer un exemple pertinent. Il en est de même des procédés qui participent à la structuration du récit, qu’il s’agisse de la présentation des titres, de l’illustration ou de la table des matières. La détermination de situations éditoriales nous a également semblé fondamentale. À l’exception des grandes figures d’éditeurs humanistes dont il est plus aisé de reconstituer les politiques et orientations, la majorité des imprimeurs de la Renaissance gagnent à être envisagés à travers le milieu professionnel auquel ils appartiennent, selon des spécialisations qui rendent compte des attentes du lectorat aussi bien que d’un matériel typographique et iconographique qui oriente nécessairement leurs pratiques éditoriales. Les nécessités techniques et économiques ne peuvent dès lors être écartées de l’étude des effets de sens de la matérialité du livre, même si l’objet étudié en devient plus complexe.
Une herméneutique de l’imprimé s’attache donc à envisager le texte littéraire dans son incarnation matérielle, contingente et hétérogène. À l’heure où l’écrit connaît une démultiplication de ces lieux d’inscription, la détermination d’un nouveau champ disciplinaire, prenant la lecture du livre et non du texte comme objet, pourrait ainsi mettre en évidence combien la forme du livre fait sens et nourrit l’expérience littéraire. De la conception du texte à la fabrication de l’œuvre, l’objet-livre, envisagé au sein d’une culture de l’imprimé en continuelle mutation, infléchit les exigences des lecteurs, en attente de livres, plus encore que de textes. Ainsi, si les témoignages de lecteurs et d’auteurs consacrés aux pratiques de lecture comme à la conception du livre demeurent rares à la Renaissance, une herméneutique de l’imprimé permettrait d’entendre ce que les livres disent des textes et de la littérature.
La monadologie bonaventurienne
Samedi 21 octobre 2006
14:00
En Sorbonne,
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
Amphithéâtre Michelet, Escalier A
M. MARC OZILOU soutient sa thèse de Doctorat :
La monadologie bonaventurienne
En présence du Jury :
M. FAES (ICP Paris)
M. FALQUE (ICP Paris)
M. IMBACH (Paris 4)
M. PORRO
M. TROTTMANN (CNRS)
Résumés
Cette thèse présente la pensée bonaventurienne comme une monadologie. Toutefois, le principe de cette monadologie n’est pas l’unité indivisible de la monade, comme dans la monadologie leibnizienne, mais la ressemblance avec une tri-unité, à savoir la Trinité créatrice, dont tous les êtres dépendent et que tous expriment à leur manière les uns aux autres. De même, le cadre de cette expression ne doit rien à une harmonie préétablie, mais relève d’une hiérarchie qui, si elle s’ordonne à la Trinité, comprise comme modèle exemplaire de tous les êtres créés qui en sont les images, nécessite l’engagement d’un sujet libre qui peut s’y refuser. De plus, suite à cette étude, nous avons été conduits à repenser les relations entre philosophie et théologie dans la pensée du maître franciscain, à y constater l’existence d’une philosophie, la spécificité de sa rhétorique et la caractérisation de son éthique comme philosophie première.
Pour cette démonstration, nous avons usé de l’archéologie foucaldienne : d’une part, pour remettre en cause certaines interprétations, aussi bien anciennes que contemporaines, philosophiques que théologiques ; d’autre part, de façon à présenter le discours monadologique qui articule le sujet et l’objet en tant que monades, comme solution à la problématique archéologique à laquelle revient méthodologiquement l’articulation du sujet, de l’objet et du discours. Enfin, dans la mesure où Bonaventure n’a pas écrit de traité monadologique et que sa monadologie n’est que la résultante de sa pensée et de ses conditions d’exercice, nous avons été amenés, selon une finalité propre à la méthode archéologique, à réécrire cette monadologie. C’est pourquoi cette thèse s’intitule, non pas la monadologie de saint Bonaventure, mais la monadologie bonaventurienne.
This thesis describes the bonaventurian doctrine as a monadology. However, the premise of this monadology is not that of an inseparable unity of the monad, as is the case in the leibnizian monadology, but rather a likeness to a three-unity, being the creative Trinity on which the whole of mankind relies, yet each individual may assert in their own way. In this same fashion the framework of that assertion, is not the result of some kind of pre-established harmony, but depends on the hierarchy, which while commanded by the Trinity, itself identifiable as the exemplary model of all mankind and to that given image requires nonetheless, the capable of denial. Moreover, in the light of such sense of between philosophy and theology in the mind of Master Franciscan, by recognising the specificity of the rhetoric and the characterization of his ethic as primary philosophy.
For this demonstration, we have made use of the foucaldian archaeology : in part, as a means to question particular interpretations, be they dated contemporary philosophical or theological ; moreover, introducing the monodological speech, which is both central to subject and object as the monads, providing a solution to the archaeological questioning about which the central issues relating to subject, object and speech reappear systematically. Finally, as far as Bonaventure did not write a treaty of monadology and as far as its monadology is only the resultant of its thought and its conditions of exercise, we were brought, according to an end appropriate for the archaeological method, to rewrite this monadology. That is why this thesis is entitled, not saint Bonaventure’s monadology, but monadology bonaventurian.
Position de thèse
Cette étude présente la pensée de saint Bonaventure (1217-1274) - cardinal et docteur de l’Eglise, 7ème général de l’ordre des Frères mineurs, contemporain du dominicain Thomas d’Aquin, reconnu officiellement maître à la Sorbonne le 23 octobre 1257 - comme une monadologie. Cependant, l’intitulé de notre thèse n’est pas « la monadologie de saint Bonaventure », mais bien « la monadologie bonaventurienne », puisque le maître franciscain n’a ni écrit de traité de monadologie, ni eu l’intention de le faire. Ce qui pose immédiatement les éléments de notre problématique : d’une part, de quel concept de « monadologie » - concept qui n’apparaît dans l’histoire de la philosophie qu’à partir du XVIIIème siècle avec les Principes de la philosophie de Leibniz de 1720 - disposons-nous, nous qui vivons au XXIème siècle, pour étudier un auteur médiéval du XIIIème siècle ? d’autre part, de quelle méthode, cette fois-ci conforme, non pas au concept historique de monadologie, mais au concept philosophique de philosophie, disposons-nous pour articuler notre lecture de médiéviste à un auteur médiéval qui n’use pas, ni ne saurait le faire, du concept de monadologie ? De plus, cette problématique trouve une double problématisation : d’une part, vis-à-vis des différents interprètes de la pense bonaventurienne, notamment le théologien Hans Urs von Balthasar et le médiéviste Alain de Libera ; d’autre part, vis-à-vis du texte bonaventurien lui-même.
La première question, celle de l’usage, aussi bien historique que philosophique, du concept de monadologie, est celle de notre « Question préalable ». Avec Kant (Les progrès de la métaphysique), nous distinguons tout d’abord l’histoire historique de la philosophie de son histoire philosophique. Nous montrons ainsi que le concept de monadologie, dont use le médiéviste Alain de Libera, ne respecte pas la distinction kantienne. Quant au concept balthasarien, s’il ne tombe pas sous la même critique kantienne, il reste équivoque, dans la mesure où la monade bonaventurienne n’est définie qu’à partir d’un seul de ses éléments, à savoir l’expression. Ce qui veut dire que nous ne devons pas nous fier aux interprètes pour avoir accès au concept bonaventurien de monadologie, mais seulement au texte bonaventurien lui-même. Ce qui veut dire également que nous ne pouvons pas plus nous fier aux sources antérieures à notre auteur, dans la mesure où, tout comme pour Bonaventure, il faudrait pour cela disposer préalablement d’un concept de monadologie qui ne vient pas de l’histoire. Ce qui justement fait défaut. Nous devons donc nous saisir du concept de monadologie à partir du texte bonaventurien.
Pour ce faire, nous usons de l’archéologie foucaldienne (L’archéologie du savoir). Ce faisant, nous ne faisons que rejoindre le propos initial de M. Foucault dont le concept de « archéologie », comme il l’a lui-même indiqué, vient de « l’archéologie philosophique » kantienne sur laquelle, selon le maître de Königsberg, doit être fondée l’histoire philosophique de la philosophie. Selon notre interprétation, il revient à la méthode archéologique de dégager ou mieux encore de substituer à la triangulation du sujet, de l’objet et du discours, laquelle permet au discours philosophique de situer l’objet et le sujet l’un part rapport à l’autre, une nouvelle triangulation, c’est-à-dire celle de la subjectivation, de l’objectivation et de la régularité. En effet, loin de s’engager dans le débat mis notamment en avant par la critique kantienne, à savoir celle d’une priorité, pour le moins méthodologique, du sujet transcendantal sur l’objet, l’archéologie dénie toute primauté de l’un ou de l’autre. Elle considère, au contraire, que sujet et objet ne peuvent apparaître qu’ensemble, selon une modalité propre aux lois du discours, lesquelles varient à travers l’histoire. Par conséquent, pour elle, nous n’avons jamais affaire qu’à une subjectivation et non pas un sujet, à une objectivation et non pas un objet, et c’est à la régularité du discours qu’il revient de les mettre l’une et l’autre en relation. Autrement dit, le sujet se constitue lors de sa subjectivation, c’est-à-dire lors de sa rencontre avec l’objet ; de même l’objet ne préexiste pas, mais se constitue lors de son objectivation, c’est-à-dire lors de sa rencontre avec le sujet ; et, il revient au discours, dont l‘archéologie se propose justement d’étudier la régularité, d’associer, selon des lois qui lui sont propres, cette subjectivation et cette objectivation, de manière à mettre en évidence les positions corrélatives du sujet de l’objet, de manière à déterminer quel fut ou quel est le mode de production de vérité, qui s’attache au discours en question, de manière à pouvoir en mesurer la validité. C’est une telle méthode que nous allons appliquer à Bonaventure. Nous pouvons immédiatement remarquer qu’avec cette problématisation de l’archéologie comme triangulation de la subjectivation de l’objectivation et de la régularité, telle que nous l’entendons, au regard de la triangulation philosophique de l’objet, du sujet et du discours, la triangulation monadologique, pour laquelle sujet et objet sont des monades et le discours est précisément la monadologie, apparaît, formellement comme une forme particulière de l’archéologie et par conséquent comme une de ses solutions. Finalement, au cours de nos développements, nous avons été amenés à dépasser la position de L’archéologie du savoir. Non pas en direction de la généalogie, comme l’a fait M. Foucault, à partir notamment de L’ordre du discours, ce que nous avons récusé, mais en établissant la triangulation archéologique, définie alors comme subjectivation, objectivation et régulation, comme une structure invariante, valable pour le texte bonaventurien et pour notre position de lecteur, comme pour tous les auteurs dont Bonaventure a pu s’inspirer dans la rédaction de son texte comme nous-mêmes dans l’écriture de notre thèse.
Suite à une nouvelle exigence méthodologique, nous nous sommes fixés sur un seul texte de saint Bonaventure, à savoir le Commentaire du Premier livre des Sentences de Pierre Lombard. Cela pour deux raisons principales : la première, parce que, dans la mesure où nous voulons partir du texte médiéval pour dégager nos concepts et notamment ceux de monade et de monadologie, du moins leurs équivalents lexicaux, nous récusons la position de surplomb du médiéviste qui pourrait choisir d’accoler tel texte à tel autre en fonction de la nécessité de sa démonstration. De plus, puisque Bonaventure n’a pas écrit de traité monadologique et que, par conséquent, nous n’allons pas trouver dans ses écrits une doctrine toute faite qu’il nous suffirait d’extraire, nous avons estimé devoir nous soumettre nous-mêmes aux exigences qui s’imposèrent à sa pensée lors de la rédaction de ses œuvres. D’où la seconde raison : c’est dans le commentaire des Sentences, lequel permettait l’obtention du titre de maître et du droit d’enseigner, que l’auteur doit assumer au plus haut point les exigences de toutes sortes qui s’imposent au discours universitaire de son temps. De plus, comme un tel commentaire a la particularité d’exposer les positions adverses que l’auteur ne retient pas, mais par rapport auxquelles il doit pourtant se situer, nous voyons à l’œuvre la pensée bonaventurienne au moment même, où rejetant telle ou telle position, elle l’articule néanmoins nécessairement à son propos fondamental qui n’est autre, selon nous, que monadologique.
Notre lecture connaît trois développements principaux, afin de rejoindre successivement, non seulement l’objet, le sujet et le discours présents dans le texte bonaventurien, mais la subjectivation, l’objectivation et la régulation qui sont à l’œuvre dans la structure même du commentaire qui, nous l’avons dit, porte toutes les exigences intellectuelles de son époque, afin d’y reconnaître aussi bien le sujet que l’objet comme monades et le discours comme une monadologie. Avec la Troisième distinction (division principale de tout commentaire des Sentences), nous avons, non seulement reconnu l’objet, à savoir la Trinité, comme une monade, mais nous avons montré, selon le propos et la structure du commentaire du Premier livre dont le plan nous est fourni à la Deuxième distinction, que cet objet n’est assignable que suite à une requalification du sujet, à ce que nous avons précédemment appelé, conformément à la méthode archéologique, la subjectivation du sujet. Il s’agit pour Bonaventure de définir le sujet, seul capable de prendre la Trinité comme objet, comme image de la Trinité, autrement dit comme image de la monade. Nous avons eu ainsi immédiatement accès au vis-à-vis archéologique entre sujet et objet, relatif à leur subjectivation et à leur objectivation au sein du discours tenu par la maître franciscain. D’où la question : la subjectivation qui fait du sujet l’image de la monade, en fait-elle une monade ? Avec la Première distinction, nous avons tout d’abord donné la base anthropologique du sujet bonaventurien. Ce qui nous a permis une double chose : premièrement, pouvoir fonder notre herméneutique sur des critères anthropologiques propres à Bonaventure, ou du moins propres à ceux qu’il utilise dans son commentaire, et donc pouvoir justifier de notre interprétation au regard du texte médiéval lui-même, et non pas à partir d’un concept de monadologie encore indéterminé au moment de notre analyse ; deuxièmement, cette base anthropologique assurée et ce faisant la régulation de nos critères herméneutiques, à la suite des travaux de P. Ricœur dont nous nous inspirons ici, notamment à la lecture des Essais herméneutiques I et II qui articulent herméneutique et structuralisme, nous avons pu à notre tour articuler la structure invariante de notre archéologie (subjectivation, objectivation, régulation) à l’herméneutique bonaventurienne. Nous avons ainsi pu retracer, à travers la lecture commentée des autres distinctions, l’itinéraire du sujet bonaventurien au sujet monadologique en passant par le sujet archéologique. D’où la qualification progressive du sujet à la hauteur d’une subjectivation qui peut répondre à l’objectivation de l’objet-monade. Notre étude du discours, elle, s’est attardée sur le Proœmium du Commentaire, puisque c’est en lui que nous avons trouvé ce que nous cherchions, à savoir la tenue d’un discours monadologique. Tout en montrant, ce qui est conforme à la fonction même d’un proême, comment le sujet bonaventurien est en mesure de trouver un lieu pour prendre la parole et tenir un discours, nous avons montré que ce discours est effectivement monadologique. Le discours bonaventurien consiste principalement à ordonner tout sujet par rapport à la monade première (la Trinité). En tant que monadologique, il s’agit exclusivement d’ordonner des sujets, dans la mesure où eux seuls, en tant qu’images de la monade, sont capables de la subjectivation requise. Il s’établit ainsi une hiérarchie entre sujets à proportion de leur ressemblance avec la monade première considérée alors comme leur modèle exemplaire. D’où la question : cette relation entre cette monade et ses images, qui s’établit au sein d’un ordre hiérarchique relatif à un modèle exemplaire, est-elle monadologique ? Si oui, de quelle manière ? Pour ce faire, nous avons usé pour une grande part de la philosophie deleuzienne. Nous avons défini la subjectivation comme pli de subjectivation - concept de « pli » dont G. Deleuze use autant dans son livre sur Leibniz (Le pli. Leiniz et le baroque) que sur M. Foucault (Foucault). Ce qui nous permis d’articuler monadologie et archéologie. Nous avons ensuite principalement usé du concept de « répétition » de G. Deleuze, en tant que « deuxième répétition » (Différence et répétition) : toute subjectivation du sujet-image ne fait que répéter la position de sujet au sein de l’ordre hiérarchique ; le degré hiérarchique de chaque sujet étant relatif au degré de ressemblance avec le modèle exemplaire. Répétition, par conséquent, qui vaut aussi pour la monade première qui apparaît alors, non seulement comme objet, mais aussi comme sujet, comme le modèle exemplaire de la hiérarchie bonaventurienne. Répétition enfin qui, au sein de l’ordre hiérarchique bonaventurien, tient lieu d’expression entre les sujets, c’est-à-dire entre les monades. Quant à la reconnaissance de ce modèle exemplaire, nous avons pu également l’établir grâce à un concept deleuzien, à savoir celui de « personnage conceptuel » (Qu’est-ce que la philosophie ?) : avec un personnage conceptuel, le sujet ne trouve pas seulement la possibilité de développer son propre point de vue - tel le rapport de Platon avec le Socrate des dialogues platoniciens -, mais aussi de trouver dans ce rapport la mesure de son rapport à l’objet. Or, comme nous montrons qu’un tel personnage n’a pas seulement une fonction rhétorique pour Bonaventure, mais conjointement un rôle éthique, puisque, selon la doctrine quintilienne remise à l’honneur par la théologie médiévales des sentences, il revient à la rhétorique de « bien dire le bien », le rapport au personnage conceptuel est également éthique. Ce faisant, si le sujet peut toujours user du personnage conceptuel pour développer son propre point de vue vers la monade première considérée comme modèle exemplaire, il trouve dans ce rapport éthique la mesure même du rapport qui constitue la hiérarchie des sujets, c’est-à-dire des monades ordonnées à ce modèle exemplaire qu’est la monade première. Autrement dit : dans la mesure où, non seulement la monade première est le modèle exemplaire de tous les sujets hiérarchiques, mais que le rapport lui-même, que tout sujet hiérarchique entretient en tant que tel dans la hiérarchie, est exemplaire, la hiérarchie bonaventurienne est une monadologie.
Pour conclure, nous ajouterons que nos nombreuses et constantes articulations des concepts philosophiques contemporains à la pensée médiévale n’est évidemment pas à comprendre comme la reprise d’une articulation historique entre concepts telle que nous l’avons dénoncée au début de ce travail avec Kant et Foucault, mais comme notre propre réécriture - à savoir la réécriture de la triangulation archéologique médiévale au sein de la triangulation contemporaine - ou la réécriture contemporaine de la monadologie médiévale. En effet, puisque le maître franciscain n’a pas écrit de traité monadologique et que sa monadologie n’est que la résultante de sa pensée et de ses conditions d’exercice, nous avons été amenés, selon une finalité propre à la méthode archéologique, de réécrire cette monadologie. C’est pourquoi cette thèse s’intitule, non pas la monadologie de saint Bonaventure, mais la monadologie bonaventurienne.
La monadologie bonaventurienne
Samedi 21 octobre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Escalier A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Marc OZILOU soutient sa thèse de Doctorat :
La monadologie bonaventurienne
En présence du Jury :
M. FAES (ICP PARIS)
M. FALQUE (ICP PARIS)
M. IMBACH (PARIS 4)
M. PORRO (UNIVERSIÀ)
M. TROTTMANN (CNRS)
Résumés
Cette thèse présente la pensée bonaventurienne comme une monadologie. Toutefois, le principe de cette monadologie n’est pas l’unité indivisible de la monade, comme dans la monadologie leibnizienne, mais la ressemblance avec une tri-unité, à savoir la Trinité créatrice, dont tous les êtres dépendent et que tous expriment à leur manière les uns aux autres. De même, le cadre de cette expression ne doit rien à une harmonie préétablie, mais relève d’une hiérarchie qui, si elle s’ordonne à la Trinité, comprise comme modèle exemplaire de tous les êtres créés qui en sont les images, nécessite l’engagement d’un sujet libre qui peut s’y refuser. De plus, suite à cette étude, nous avons été conduits à repenser les relations entre philosophie et théologie dans la pensée du maître franciscain, à y constater l’existence d’une philosophie, la spécificité de sa rhétorique et la caractérisation de son éthique comme philosophie première.
Pour cette démonstration, nous avons usé de l’archéologie foucaldienne : d’une part, pour remettre en cause certaines interprétations, aussi bien anciennes que contemporaines, philosophiques que théologiques ; d’autre part, de façon à présenter le discours monadologique qui articule le sujet et l’objet en tant que monades, comme solution à la problématique archéologique à laquelle revient méthodologiquement l’articulation du sujet, de l’objet et du discours. Enfin, dans la mesure où Bonaventure n’a pas écrit de traité monadologique et que sa monadologie n’est que la résultante de sa pensée et de ses conditions d’exercice, nous avons été amenés, selon une finalité propre à la méthode archéologique, à réécrire cette monadologie. C’est pourquoi cette thèse s’intitule, non pas la monadologie de saint Bonaventure, mais la monadologie bonaventurienne.
This thesis describes the bonaventurian doctrine as a monadology. However, the premise of this monadology is not that of an inseparable unity of the monad, as is the case in the leibnizian monadology, but rather a likeness to a three-unity, being the creative Trinity on which the whole of mankind relies, yet each individual may assert in their own way. In this same fashion the framework of that assertion, is not the result of some kind of pre-established harmony, but depends on the hierarchy, which while commanded by the Trinity, itself identifiable as the exemplary model of all mankind and to that given image requires nonetheless, the capable of denial. Moreover, in the light of such sense of between philosophy and theology in the mind of Master Franciscan, by recognising the specificity of the rhetoric and the characterization of his ethic as primary philosophy.
For this demonstration, we have made use of the foucaldian archaeology : in part, as a means to question particular interpretations, be they dated contemporary philosophical or theological ; moreover, introducing the monodological speech, which is both central to subject and object as the monads, providing a solution to the archaeological questioning about which the central issues relating to subject, object and speech reappear systematically. Finally, as far as Bonaventure did not write a treaty of monadology and as far as its monadology is only the resultant of its thought and its conditions of exercise, we were brought, according to an end appropriate for the archaeological method, to rewrite this monadology. That is why this thesis is entitled, not saint Bonaventure’s monadology, but monadology bonaventurian.
Position de thèse
Cette étude présente la pensée de saint Bonaventure (1217-1274) - cardinal et docteur de l’Eglise, 7ème général de l’ordre des Frères mineurs, contemporain du dominicain Thomas d’Aquin, reconnu officiellement maître à la Sorbonne le 23 octobre 1257 - comme une monadologie. Cependant, l’intitulé de notre thèse n’est pas « la monadologie de saint Bonaventure », mais bien « la monadologie bonaventurienne », puisque le maître franciscain n’a ni écrit de traité de monadologie, ni eu l’intention de le faire. Ce qui pose immédiatement les éléments de notre problématique : d’une part, de quel concept de « monadologie » - concept qui n’apparaît dans l’histoire de la philosophie qu’à partir du XVIIIème siècle avec les Principes de la philosophie de Leibniz de 1720 - disposons-nous, nous qui vivons au XXIème siècle, pour étudier un auteur médiéval du XIIIème siècle ? d’autre part, de quelle méthode, cette fois-ci conforme, non pas au concept historique de monadologie, mais au concept philosophique de philosophie, disposons-nous pour articuler notre lecture de médiéviste à un auteur médiéval qui n’use pas, ni ne saurait le faire, du concept de monadologie ? De plus, cette problématique trouve une double problématisation : d’une part, vis-à-vis des différents interprètes de la pense bonaventurienne, notamment le théologien Hans Urs von Balthasar et le médiéviste Alain de Libera ; d’autre part, vis-à-vis du texte bonaventurien lui-même.
La première question, celle de l’usage, aussi bien historique que philosophique, du concept de monadologie, est celle de notre « Question préalable ». Avec Kant (Les progrès de la métaphysique), nous distinguons tout d’abord l’histoire historique de la philosophie de son histoire philosophique. Nous montrons ainsi que le concept de monadologie, dont use le médiéviste Alain de Libera, ne respecte pas la distinction kantienne. Quant au concept balthasarien, s’il ne tombe pas sous la même critique kantienne, il reste équivoque, dans la mesure où la monade bonaventurienne n’est définie qu’à partir d’un seul de ses éléments, à savoir l’expression. Ce qui veut dire que nous ne devons pas nous fier aux interprètes pour avoir accès au concept bonaventurien de monadologie, mais seulement au texte bonaventurien lui-même. Ce qui veut dire également que nous ne pouvons pas plus nous fier aux sources antérieures à notre auteur, dans la mesure où, tout comme pour Bonaventure, il faudrait pour cela disposer préalablement d’un concept de monadologie qui ne vient pas de l’histoire. Ce qui justement fait défaut. Nous devons donc nous saisir du concept de monadologie à partir du texte bonaventurien.
Pour ce faire, nous usons de l’archéologie foucaldienne (L’archéologie du savoir). Ce faisant, nous ne faisons que rejoindre le propos initial de M. Foucault dont le concept de « archéologie », comme il l’a lui-même indiqué, vient de « l’archéologie philosophique » kantienne sur laquelle, selon le maître de Königsberg, doit être fondée l’histoire philosophique de la philosophie. Selon notre interprétation, il revient à la méthode archéologique de dégager ou mieux encore de substituer à la triangulation du sujet, de l’objet et du discours, laquelle permet au discours philosophique de situer l’objet et le sujet l’un part rapport à l’autre, une nouvelle triangulation, c’est-à-dire celle de la subjectivation, de l’objectivation et de la régularité. En effet, loin de s’engager dans le débat mis notamment en avant par la critique kantienne, à savoir celle d’une priorité, pour le moins méthodologique, du sujet transcendantal sur l’objet, l’archéologie dénie toute primauté de l’un ou de l’autre. Elle considère, au contraire, que sujet et objet ne peuvent apparaître qu’ensemble, selon une modalité propre aux lois du discours, lesquelles varient à travers l’histoire. Par conséquent, pour elle, nous n’avons jamais affaire qu’à une subjectivation et non pas un sujet, à une objectivation et non pas un objet, et c’est à la régularité du discours qu’il revient de les mettre l’une et l’autre en relation. Autrement dit, le sujet se constitue lors de sa subjectivation, c’est-à-dire lors de sa rencontre avec l’objet ; de même l’objet ne préexiste pas, mais se constitue lors de son objectivation, c’est-à-dire lors de sa rencontre avec le sujet ; et, il revient au discours, dont l‘archéologie se propose justement d’étudier la régularité, d’associer, selon des lois qui lui sont propres, cette subjectivation et cette objectivation, de manière à mettre en évidence les positions corrélatives du sujet de l’objet, de manière à déterminer quel fut ou quel est le mode de production de vérité, qui s’attache au discours en question, de manière à pouvoir en mesurer la validité. C’est une telle méthode que nous allons appliquer à Bonaventure. Nous pouvons immédiatement remarquer qu’avec cette problématisation de l’archéologie comme triangulation de la subjectivation de l’objectivation et de la régularité, telle que nous l’entendons, au regard de la triangulation philosophique de l’objet, du sujet et du discours, la triangulation monadologique, pour laquelle sujet et objet sont des monades et le discours est précisément la monadologie, apparaît, formellement comme une forme particulière de l’archéologie et par conséquent comme une de ses solutions. Finalement, au cours de nos développements, nous avons été amenés à dépasser la position de L’archéologie du savoir. Non pas en direction de la généalogie, comme l’a fait M. Foucault, à partir notamment de L’ordre du discours, ce que nous avons récusé, mais en établissant la triangulation archéologique, définie alors comme subjectivation, objectivation et régulation, comme une structure invariante, valable pour le texte bonaventurien et pour notre position de lecteur, comme pour tous les auteurs dont Bonaventure a pu s’inspirer dans la rédaction de son texte comme nous-mêmes dans l’écriture de notre thèse.
Suite à une nouvelle exigence méthodologique, nous nous sommes fixés sur un seul texte de saint Bonaventure, à savoir le Commentaire du Premier livre des Sentences de Pierre Lombard. Cela pour deux raisons principales : la première, parce que, dans la mesure où nous voulons partir du texte médiéval pour dégager nos concepts et notamment ceux de monade et de monadologie, du moins leurs équivalents lexicaux, nous récusons la position de surplomb du médiéviste qui pourrait choisir d’accoler tel texte à tel autre en fonction de la nécessité de sa démonstration. De plus, puisque Bonaventure n’a pas écrit de traité monadologique et que, par conséquent, nous n’allons pas trouver dans ses écrits une doctrine toute faite qu’il nous suffirait d’extraire, nous avons estimé devoir nous soumettre nous-mêmes aux exigences qui s’imposèrent à sa pensée lors de la rédaction de ses œuvres. D’où la seconde raison : c’est dans le commentaire des Sentences, lequel permettait l’obtention du titre de maître et du droit d’enseigner, que l’auteur doit assumer au plus haut point les exigences de toutes sortes qui s’imposent au discours universitaire de son temps. De plus, comme un tel commentaire a la particularité d’exposer les positions adverses que l’auteur ne retient pas, mais par rapport auxquelles il doit pourtant se situer, nous voyons à l’œuvre la pensée bonaventurienne au moment même, où rejetant telle ou telle position, elle l’articule néanmoins nécessairement à son propos fondamental qui n’est autre, selon nous, que monadologique.
Notre lecture connaît trois développements principaux, afin de rejoindre successivement, non seulement l’objet, le sujet et le discours présents dans le texte bonaventurien, mais la subjectivation, l’objectivation et la régulation qui sont à l’œuvre dans la structure même du commentaire qui, nous l’avons dit, porte toutes les exigences intellectuelles de son époque, afin d’y reconnaître aussi bien le sujet que l’objet comme monades et le discours comme une monadologie. Avec la Troisième distinction (division principale de tout commentaire des Sentences), nous avons, non seulement reconnu l’objet, à savoir la Trinité, comme une monade, mais nous avons montré, selon le propos et la structure du commentaire du Premier livre dont le plan nous est fourni à la Deuxième distinction, que cet objet n’est assignable que suite à une requalification du sujet, à ce que nous avons précédemment appelé, conformément à la méthode archéologique, la subjectivation du sujet. Il s’agit pour Bonaventure de définir le sujet, seul capable de prendre la Trinité comme objet, comme image de la Trinité, autrement dit comme image de la monade. Nous avons eu ainsi immédiatement accès au vis-à-vis archéologique entre sujet et objet, relatif à leur subjectivation et à leur objectivation au sein du discours tenu par la maître franciscain. D’où la question : la subjectivation qui fait du sujet l’image de la monade, en fait-elle une monade ? Avec la Première distinction, nous avons tout d’abord donné la base anthropologique du sujet bonaventurien. Ce qui nous a permis une double chose : premièrement, pouvoir fonder notre herméneutique sur des critères anthropologiques propres à Bonaventure, ou du moins propres à ceux qu’il utilise dans son commentaire, et donc pouvoir justifier de notre interprétation au regard du texte médiéval lui-même, et non pas à partir d’un concept de monadologie encore indéterminé au moment de notre analyse ; deuxièmement, cette base anthropologique assurée et ce faisant la régulation de nos critères herméneutiques, à la suite des travaux de P. Ricœur dont nous nous inspirons ici, notamment à la lecture des Essais herméneutiques I et II qui articulent herméneutique et structuralisme, nous avons pu à notre tour articuler la structure invariante de notre archéologie (subjectivation, objectivation, régulation) à l’herméneutique bonaventurienne. Nous avons ainsi pu retracer, à travers la lecture commentée des autres distinctions, l’itinéraire du sujet bonaventurien au sujet monadologique en passant par le sujet archéologique. D’où la qualification progressive du sujet à la hauteur d’une subjectivation qui peut répondre à l’objectivation de l’objet-monade. Notre étude du discours, elle, s’est attardée sur le Proœmium du Commentaire, puisque c’est en lui que nous avons trouvé ce que nous cherchions, à savoir la tenue d’un discours monadologique. Tout en montrant, ce qui est conforme à la fonction même d’un proême, comment le sujet bonaventurien est en mesure de trouver un lieu pour prendre la parole et tenir un discours, nous avons montré que ce discours est effectivement monadologique. Le discours bonaventurien consiste principalement à ordonner tout sujet par rapport à la monade première (la Trinité). En tant que monadologique, il s’agit exclusivement d’ordonner des sujets, dans la mesure où eux seuls, en tant qu’images de la monade, sont capables de la subjectivation requise. Il s’établit ainsi une hiérarchie entre sujets à proportion de leur ressemblance avec la monade première considérée alors comme leur modèle exemplaire. D’où la question : cette relation entre cette monade et ses images, qui s’établit au sein d’un ordre hiérarchique relatif à un modèle exemplaire, est-elle monadologique ? Si oui, de quelle manière ? Pour ce faire, nous avons usé pour une grande part de la philosophie deleuzienne. Nous avons défini la subjectivation comme pli de subjectivation - concept de « pli » dont G. Deleuze use autant dans son livre sur Leibniz (Le pli. Leiniz et le baroque) que sur M. Foucault (Foucault). Ce qui nous permis d’articuler monadologie et archéologie. Nous avons ensuite principalement usé du concept de « répétition » de G. Deleuze, en tant que « deuxième répétition » (Différence et répétition) : toute subjectivation du sujet-image ne fait que répéter la position de sujet au sein de l’ordre hiérarchique ; le degré hiérarchique de chaque sujet étant relatif au degré de ressemblance avec le modèle exemplaire. Répétition, par conséquent, qui vaut aussi pour la monade première qui apparaît alors, non seulement comme objet, mais aussi comme sujet, comme le modèle exemplaire de la hiérarchie bonaventurienne. Répétition enfin qui, au sein de l’ordre hiérarchique bonaventurien, tient lieu d’expression entre les sujets, c’est-à-dire entre les monades. Quant à la reconnaissance de ce modèle exemplaire, nous avons pu également l’établir grâce à un concept deleuzien, à savoir celui de « personnage conceptuel » (Qu’est-ce que la philosophie ?) : avec un personnage conceptuel, le sujet ne trouve pas seulement la possibilité de développer son propre point de vue - tel le rapport de Platon avec le Socrate des dialogues platoniciens -, mais aussi de trouver dans ce rapport la mesure de son rapport à l’objet. Or, comme nous montrons qu’un tel personnage n’a pas seulement une fonction rhétorique pour Bonaventure, mais conjointement un rôle éthique, puisque, selon la doctrine quintilienne remise à l’honneur par la théologie médiévales des sentences, il revient à la rhétorique de « bien dire le bien », le rapport au personnage conceptuel est également éthique. Ce faisant, si le sujet peut toujours user du personnage conceptuel pour développer son propre point de vue vers la monade première considérée comme modèle exemplaire, il trouve dans ce rapport éthique la mesure même du rapport qui constitue la hiérarchie des sujets, c’est-à-dire des monades ordonnées à ce modèle exemplaire qu’est la monade première. Autrement dit : dans la mesure où, non seulement la monade première est le modèle exemplaire de tous les sujets hiérarchiques, mais que le rapport lui-même, que tout sujet hiérarchique entretient en tant que tel dans la hiérarchie, est exemplaire, la hiérarchie bonaventurienne est une monadologie.
Pour conclure, nous ajouterons que nos nombreuses et constantes articulations des concepts philosophiques contemporains à la pensée médiévale n’est évidemment pas à comprendre comme la reprise d’une articulation historique entre concepts telle que nous l’avons dénoncée au début de ce travail avec Kant et Foucault, mais comme notre propre réécriture - à savoir la réécriture de la triangulation archéologique médiévale au sein de la triangulation contemporaine - ou la réécriture contemporaine de la monadologie médiévale. En effet, puisque le maître franciscain n’a pas écrit de traité monadologique et que sa monadologie n’est que la résultante de sa pensée et de ses conditions d’exercice, nous avons été amenés, selon une finalité propre à la méthode archéologique, de réécrire cette monadologie. C’est pourquoi cette thèse s’intitule, non pas la monadologie de saint Bonaventure, mais la monadologie bonaventurienne.
La morale de l’action dans le roman noir américain
Lundi 1 décembre 2003
14 heures
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5ème
Mme Saba LOUKAM soutient sa thèse de doctorat :
La morale de l’action dans le roman noir américain
En présence du Jury :
M. GALLIX (PARIS IV)
M. LAGAYETTE (PARIS IV)
M. MENEGALDO (POITIERS)
M. NAUGRETTE (PARIS III)
La musique électroacoustique : analyse morphologique et représentation analytique
Mercredi 17 décembre
15 h
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Pierre COUPRIE soutient sa thèse de doctorat :
La musique électroacoustique : analyse morphologique et représentation analytique
en présence du Jury :
M. BATTIER (PARIS IV)
M. CHOUVEL (PARIS IV)
M. DELALANDE (PARIS IV)
Mme GRABOCZ (STRASBOURG II)
Mme LYON
M. SOLOMOS (MONTPELLIER III)
La musique pour piano d’Olivier Messiaen : technique et esthétique
Samedi 2 octobre
9 h
Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne
75005 Paris
Mme SANG-EUN OH soutient sa thèse de doctorat :
La musique pour piano d’Olivier Messiaen : technique et esthétique
en présence du Jury :
M. BOSSEUR (CNRS)
M. CASTANET (ROUEN)
M. MICHEL (STRASBOURG II)
Mme PISTONE (PARIS IV)
La mythologie du vêtement dans l’oeuvre romanesque d’Albert Cohen
Lundi 6 décembre
9 h
En Sorbonne, salle Paul Hazard
Escalier C, 2e étage
1 rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Anne-Cécile CHAUDRÉ soutient sa thèse de doctorat :
La mythologie du vêtement dans l’oeuvre romanesque d’Albert Cohen
En présence du Jury :
M. GODARD (PARIS IV)
M. SCHAFFNER (AMIENS)
Mme SPIQUEL (VALENCIENNES)
La naissance du trait de ciseau, l’espace pictural restructuré, la naissance du trait de ciseau. La sculpture sur bambou à l’époque des Qing
Vendredi 1er décembre 2006
9 heures 30
A l’INHA, Salle Ingres, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petits Cahmps 75002 Paris
Mme MEI-YU SU UNG soutient sa thèse de Doctorat :
La naissance du trait de ciseau, l’espace pictural restructuré, la naissance du trait de ciseau. La sculpture sur bambou à l’époque des Qing
En présence des Jury :
Mme BLANCHON (PARIS 4)
M. DUFRENE (PARIS 10)
Mme PARLIER-RENAULT (PARIS 4)
M. VANDERMEERSCH (EPHE)
Résumés :
Le bambou n’est pas considéré comme un matériau précieux. Cependant, il occupe un rôle symbolique, spirituel et moral dans la vie des Chinois depuis la dynastie des Jìn (265-420). L’art de la sculpture sur bambou se développe, vers le milieu de la dynastie des Míng (ca.1500) dans la province du Jiāngsū, avec l’impulsion des lettrés qui s’intéressent à cet art. Ils transmettent aux artisans leur goût et leur concept esthétique, comme ils l’ont fait auparavant à travers les pièces en jade. Les objets artistiques en bambou, appréciés tant par la Cour que par les lettrés, deviennent ainsi une des créations les plus raffinées du XVIIIe siècle. C’est Jīn Yuányù 金元鈺, lettré des Qīng, qui dès 1807 parle des artistes-sculpteurs sur bambou de la ville de Jiādìng 嘉定, dans son Répertoire des artistes-sculpteurs sur bambou (Zhúrén lù, 竹人錄). Les artistes-sculpteurs ont réussi à transposer dans leur art les conceptions de la peinture, de la calligraphie et de la poésie en « maniant le ciseau comme le pinceau » (yòng dāo rú yòng bǐ, 用刀如用筆) et en traitant la peau du bambou comme le papier, donnant naissance à un art raffiné et élégant.
Bamboo is not regarded as a precious material. Nevertheless, since the Jìn dynasty (265-420), it plays a symbolic, spiritual and moral role in the life of the Chinese. The art of bamboo sculpture was developed in the middle of the Míng dynasty (ca. 1500) in the Jiāngsū province, under the impulse of the scholars who were interested in this art. They passed on to craftsmen their taste and their aesthetic concept as they did before through pieces of jade. The bamboo artistic objects, appreciated by the Court as well as by the scholars, became one of the most refined creations of the XVIIIe century. It is Jīn Yuányù 金元鈺, a scholar of the Qīng dynasty, who, as early as 1807, spoke about the bamboo artists-carvers from his own town, Jiādìng 嘉定, in his Record of Bamboo Carvers (Zhúrén lù, 竹人錄). The artists-carvers succeeded in transposing in their art the painting, calligraphic and poetic conceptions by “handling the chisel like a brush” ((yòng dāo rú yòng bǐ, 用刀如用筆)) and by handling the bamboo skin as paper, giving birth, by this way, to a refined and elegant true art.
Position de thèse :
Née vers le milieu de l’époque Míng (ca. 1500), la sculpture sur bambou, moins
étudiée que la peinture et la calligraphie, est appréciée non seulement par les lettrés mais
aussi par la Cour. Cette sculpture compte, avec les encriers et les théières en terre violette,
parmi les trois productions artistiques les plus remarquables de la dynastie Qing. Cet art
connaît un développement continu jusqu’au début de la République. Cependant, bien que
les techniques et les savoir-faire, acquis de génération en génération, correspondent
parfaitement aux critères définis par les lettrés, certains historiens le présentent encore
aujourd’hui comme un art mineur et le classent parfois dans l’artisanat. Prisonniers de ces
préjugés, nos contemporains méconnaissent la valeur artistique et inventive de la sculpture
sur bambou. Dans ce travail intitulé « La Naissance du trait de ciseau, l’espace pictural
restructuré. La sculpture sur bambou à l’époque des Qing », notre ambition est de
contribuer à une nouvelle perception de cet art, voire à sa réhabilitation, grâce à
l’observation des objets et à la lecture des documents officiels des époques Míng
(1368-1644) et Qing (1644-1911) qui peuvent nous aider à corriger les premières
impressions négatives.
Les sculpteurs, et aussi les lettrés des Míng et des Qing ont largement influencé le
travail du bambou et ont su lui insuffler des qualités esthétiques indéniables pour l’élever
au niveau des arts majeurs que sont la peinture et la calligraphie. Ces pièces témoignent
également du style et du goût des commanditaires de l’époque. Les sculpteurs sur bambou
ont su inventer de nouvelles techniques en intégrant les règles de la peinture, de la
calligraphie et de la poésie dans un espace sculpto-pictural, créant ainsi de nouveaux signes
picturaux. L’influence de cet art s’est également exercée sur les commandes impériales
d’objets en jade et en ivoire.
L’exposé est structuré en trois parties : le corpus, les commandes impériales et les
commandes des lettrés. Dans un premier temps, il s’agit de nous familiariser avec les objets,
de prendre en compte les appréciations des lettrés souvent influencées par la Cour
mandchoue, et de tenter de comprendre l’acception des termes « artiste » et « artisan », en
remettant en question les critères permettant de distinguer une création artistique d’une
production artisanale.
Le corpus est principalement composé d’objets considérés comme des objets
décoratifs, destinés aux cabinets de lettrés. Leur thème iconographique particulier, les
figures humaines ou animales, les fleurs et oiseaux, les légumes et fruits peuvent par
ailleurs les faire passer pour objets de « purification de l’esprit (qinggong ». Peu à peu, à
travers les traits au ciseau s’affirme la volonté de transposer les valeurs picturales,
poétiques et calligraphiques dans la sculpture sur bambou, la faisant ainsi entrer dans la
tradition artistique chinoise.
Pour la présentation du corpus, nous suivons la division généralement retenue en
deux courants principaux : celui de Jinlíng, actuel Nánjing, et celui de Jiadìng, près de
ShànghBi. L’histoire de la sculpture et des artistes-sculpteurs sur bambou (zhúrén) de
Jiadìng, de l’époque Míng jusqu’au milieu de la dynastie Qing, est restituée dans un
ouvrage de Jin Yuányù, lettré des Qing : Répertoire des artistes- sculpteurs sur bambou
(Zhúrén lù), publié en 1807. La classification en deux courants s’explique par le
développement simultané de deux traditions distinctes dans le traitement des différentes
parties du bambou et dans le choix des formes.
Les sculpteurs de Jinlíng travaillent de préférence les chaumes dont ils font des
objets cylindriques auxquels ils appliquent les techniques du creux et du relief léger
(qi-nkè). Les artistes les plus représentatifs du style de Jinlíng sont LF WénfH,
Pú Zhòngqian, Pan Xifèng et Fang Jié. Tandis que les sculpteurs de Jiadìng travaillent non
seulement les chaumes, mais aussi les racines et les tiges souterraines, plus favorables à la
ronde-bosse (yuándiao ou lìdiao), à l’aide de diverses techniques très minutieuses et très
complexes, comme le relief pictural (gaofú diao) ou le relief pictural dans un renfoncement
(xiàndì shenkè). Les artistes de Jiadìng les plus représentatifs sont les membres des
familles Zhu, Feng et Dèng, et encore Shi Tianzhang, Wú Zhifán et Zhou Hào. La
technique du relief méplat sur la partie verte du bambou (liúqing yángwén) qui permet de
créer des jeux d’ombre et de lumière, a été inventée à l’époque des Táng et a été remise en
pratique par Zhang Xihuáng au début des Qing. Les sculpteurs de la province du Zhèjiang
ont largement utilisé ce procédé.
Dans son ouvrage, Jin Yuányù ne mentionne ni les artistes de Jinlíng ni ceux du
Zhèjiang parce qu’il trouvait leur technique trop simple. Elle remplacera pourtant celle,
plus complexe, créée par la famille Zhu et par d’autres artistes de Jiadìng dès le milieu des
Qing. Elle sera également la plus employée par les sculpteurs pour les thèmes
d’inscriptions sur pierre et sur métal (jinshí) et de motifs de l’Antiquité (bóg,), vers la fin
de la dynastie. Ensuite, l’art de la sculpture sur bambou devient de plus en plus simple et
stéréotypé ; il perd son caractère sculptural pour devenir purement pictural.
En effet, à partir du milieu de l’époque Míng, les empereurs, les hauts fonctionnaires,
les lettrés et les riches marchands commencent à se passionner pour les arts décoratifs et
manuels. Tous s’intéressent aux objets complémentaires des « quatre trésors des lettrés »
comme les pots à pinceaux, les accoudoirs, les pose-pinceaux, les brûle-parfum, les tubes à
poèmes, les doseurs et les récipients à eau, qui font partie de l’environnement du lettré et
accompagnent ses réflexions philosophiques et spirituelles. C’est à partir de ce moment-là
que, d’ustensiles usuels, ces pièces deviennent des objets destinés à « nourrir l’esprit ».
À cela s’ajoute un véritable engouement pour les choses raffinées qui a favorisé la
constitution d’importantes collections de sculptures sur bambou. Ce phénomène a eu pour
effet d’élargir le champ de diffusion des arts manuels et de stimuler la production artisanale.
L’art de la sculpture sur bambou devient très florissant pendant la dynastie Qing et, dans
une moindre mesure, pendant les premières années de la République (1911).
La consultation des Archives administratives du Bureau des Ateliers impériaux du
Département des Affaires intérieures de la dynastie Qing (Nèiwù f, Zàobàn chù gèzuò
chéngzuò huójì Qing dàng) et de l’Inventaire des objets collectionnés à la Cité Interdite
(Gùgong wùp7n di-nchá bàogào) nous renseigne sur le goût des empereurs et sur les
processus de fabrication des objets. Par exemple, l’empereur Yongzhèng (1723-1736)
préférait le bambou tacheté ou le bambou marron (zong zhú) sobre, élégant et du goût des
lettrés. Il les faisait réaliser par les ouvriers qualifiés de Suzhou. Son fils Qiánlóng
(1736-1796) aimait un style plus chargé, fait d’un mélange de divers matériaux sur lesquels
les traits de ciseau étaient minutieusement présentés et gravés à l’aide de techniques très
complexes, donnant une impression de « bien fini ». Ce sont les ouvriers de Canton qui
répondaient le mieux à son attente. Yongzhèng commanda plus d’objets usuels que
décoratifs en bambou. Le bambou n’occupait pas une place quantitativement aussi
importante pendant le règne de Qiánlóng.
Les commandes impériales étaient contrôlées et supervisées par le Bureau des
Ateliers impériaux du Département des Affaires intérieures (Nèiwù f, Zàobàn chù), créé
en 1723 par l’empereur Yongzhèng. Il comprenait vingt-six ateliers. Le directeur général
du Département des Affaires intérieures (Nèiwù f,) se chargeait de la transmission des
ordres de l’empereur directement aux ouvriers qualifiés (gongjiàng), et il s’occupait aussi
des affaires administratives et des Travaux publics. Le Bureau des Ateliers impériaux
(Zàobàn chù) réunissait les meilleurs ouvriers chinois et des étrangers. Ils étaient classés
en deux catégories : les ouvriers du Sud (Nánjiàng) et les ouvriers du Nord (Beijiàng).
Dans la plupart des cas, les artisans étaient choisis et présentés soit par un commissaire des
productions des Textiles et des Soies (Zhizào), soit par un commissaire de la production du
Sel (Yánzhèng), soit par un commissaire des Douanes (Guanchao), et, plus rarement, par
un Gouverneur de province (Xúnfú). Il arrivait aussi que l’empereur découvre lui-même
des artisans qui venaient spontanément vers lui au cours de ses voyages d’inspection.
Lorsqu’une commande ne pouvait pas être réalisée par un ouvrier qualifié du Bureau
des Ateliers impériaux, elle était transmise à un atelier privé réputé pour la qualité de ses
productions et dont le travail correspondait parfaitement au goût de la famille impériale.
Dans ce cas-là, la responsabilité de la réalisation était confiée à un commissaire ou à un
gouverneur de la région. Sauf dans quelques cas très exceptionnels, l’empereur était
toujours le maître d’ouvrage.
Deux artistes originaires de Jiadìng, Shi Tianzhang et Feng ShFqí ont été présentés à
l’empereur Yongzhèng, presque en même temps, par un commissaire des Textiles et des
Soies de Suzhou. C’est grâce à cela que l’empereur Yongzhèng et le Prince Yí ont pu
apprécier le talent de Shi Tianzhang, son élégance et son style lettré, qui lui valurent de
recevoir des primes importantes. Ce dernier vivait et travaillait dans le bureau des Désirs et
obtint la distinction de Maître des Cérémonies à la Cour (Hónglú sì xùban). Par contre, son
fils Qiánlóng préférait les réalisations de Feng ShFqí qui fut le seul à recevoir la plus haute
distinction de la Cour pour les ouvriers hautement qualifiés, le titre d’ouvriers du Sud de
rang 1 (Táiqí Nánjiàng), après avoir été « Ouvrier sur bambou (diao zhújiàng) ». Selon le
système des ouvriers qualifiés (Jiànghù) datant de l’époque Yuán (1277-1367), il avait
succédé à son père Feng Xilù qui vécut sous le règne de l’empereur Kangxi (1662-1723).
Celui-ci avait préféré abandonner son titre pour retourner vivre dans sa ville natale. En
comparant les pièces gravées par ces sculpteurs, nous pouvons définir le goût et le style
préférés de chaque empereur.
Grâce aux nouvelles orientations impulsées par l’empereur Qiánlóng, et bien que le
bambou n’ait jamais été considéré comme un matériau précieux et onéreux, pendant son
règne, les objets en bambou sculptés ont joué un rôle aussi important que ceux en jade ou
en ivoire dans les commandes impériales.
Lors de son premier voyage d’inspection dans le sud de la Chine, en 1751,
l’empereur a été impressionné par la technique du relief d’applique gravé sur fine pellicule
jaune de bambou (zhúhuáng). Dans la mesure où la sculpture n’était plus soumise aux
contraintes dues à la taille du matériau, l’imagination était libérée et l’on pouvait créer des
formes à l’infini, ouvrant ainsi une nouvelle voie aux artisans. Ce procédé présente aussi
l’avantage de pouvoir associer divers matériaux comme la pierre, le jade, l’ivoire, la nacre,
le bronze, ou encore le bois. L’empereur Qiánlóng commanda de nombreux objets
archaïsants et des panneaux mobiles. L’une des plus luxueuses commandes fut le bureau du
Délassement (Juànqín zhai) où il désira vivre après s’être retiré de la vie politique. Les
réalisations achevées entre 1771 et 1779, témoignent parfaitement de l’ambition de
l’empereur Qiánlóng de parvenir à une synthèse de l’art sur bambou en mélangeant les
techniques traditionnelles et nouvelles, en ajoutant des incrustations de jade et de bois
d’ébène sur fond de bois de santal rouge dans un style naturaliste rehaussé de couleurs
vives ou pastels. Ce bureau est considéré comme le chef-d’oeuvre du « nouveau » style. Les
créations sur bambou de l’époque de Qiánlóng témoignent encore aujourd’hui de la
splendeur et de la richesse de l’expression picturale.
Lorsqu’en 1775, Qiánlóng se prit de passion pour un pot à pinceaux en bois de buis,
créé par Wú Zhifán, présentant les caractéristiques de Jiadìng et représentant la vie du
lettré, il fit entrer le paysage dans la sculpture sur bambou, lui conférant ainsi une nouvelle
orientation artistique. Les débuts de la représentation du paysage gravée sur plusieurs
couches, avec des techniques complexes sont datés de la fin du règne de Qiánlóng.
L’empereur commença à employer le caractère « peinture, tú » dans ses poèmes et dans les
titres qu’il donnait aux objets sculptés, pour limiter la diffusion d’objets sculptés en jade
qu’il estimait d’un goût vulgaire. La cour des Mandchous joua donc un rôle très important
dans le développement de la sculpture sur bambou, et ce dernier a renouvelé le traitement
des jades.
Nous devons aussi analyser la résonance entre la sculpture et la peinture chinoises.
Elle remonte à la dynastie Sòng (960-1279). Puis au milieu de la dynastie Míng, avant
l’arrivée des Mandchous, les empereurs chinois, au travers des liens très étroits qui
unissent les lettrés et les sculpteurs, intègrent les caractéristiques de la peinture et de la
calligraphie aux traits au ciseau pour donner naissance à un art de la sculpture sur bambou
empreint de l’esprit pictural et littéraire propre à l’art chinois. Ces notions sont réaffirmées
par les lettrés et les critiques d’art, de sorte que l’art sur bambou a pu profiter de la
proximité des arts « nobles » et être assimilé à un art à part entière. Les commandes des
lettrés concernent des objets élégants et simples, doués d’étrangeté, de classicisme et de
naturel, éloignés de la fantaisie et de la surcharge caractéristiques du goût de Qiánlóng. Les
échanges artistiques et culturels entre les artisans et les lettrés ont considérablement
modifié les habitudes des premiers qui s’orientèrent de plus en plus vers un statut
d’artiste - peintre, calligraphe, poète - en se dotant d’une riche connaissance des signes
picturaux qu’ils ont su adapter à l’aide de techniques évoluées. La participation des lettrés
et des peintres à la sculpture sur bambou a donc considérablement enrichi l’expression
picturale et artistique de cet art. Ces échanges lui ont permis d’atteindre son âge d’or vers le
milieu de la dynastie des Qing.
Dans les studios de lettrés, havres de tranquillité et de sérénité, se réunissaient des
hommes raffinés qui échangeaient des propos sur l’art et l’esthétique dans un univers créé à
cet effet. Les objets en bambou étaient placés, bien en vue, parmi d’autres objets usuels et
décoratifs. Certains étaient chargés de symboles, comme la représentation des Trois Amis
de l’hiver (le pin, le bambou et le prunier, Suì hán san y ?u), ou comme le jade, symbole de
« l’homme de bien » de la pensée confucéenne. Invités par les lettrés, les sculpteurs
participent aux créations collectives et sont considérés comme des « artistes-lettrés invités,
kèqing ou qingkè » ou comme des « conseillers, mùliáo ». Parfois, le lettré et le sculpteur
sur bambou travaillent à une création commune, soit chez l’un, soit chez l’autre. Le plus
souvent, artistes, peintres, calligraphes, poètes, lettrés et sculpteurs se réunissent dans un
studio pour une création collective. Par exemple, Pan Xifèng, Zheng BBnqiáo et les Huit
excentriques de Yángzhou (Yángzhou baguài), et aussi Zhang Shòuzhi et Zhang Tíngjì, ou
encore Wang Hóng et Chén Mànsheng. En transposant sur le support en bambou, une
peinture, un poème calligraphié, ou une calligraphie, le lettré et le sculpteur réalisent
ensemble des oeuvres exceptionnelles.
Il reste maintenant à mettre en évidence les deux commandes les plus
caractéristiques de la fin des Qing que sont la calligraphie et le portrait réaliste gravés sur
bambou.
Issu de l’un des mouvements artistiques et littéraires les plus remarquables de la fin
du règne de Qiánlóng et du début de celui de l’empereur Jiaqìng, le courant de l’épigraphie
des stèles et des bronzes (Jinshí xué) reproduit sur le bambou les effets de l’usure du décor
des objets. Les sculpteurs ont inventé des techniques pour créer des fonds (dì) semblables à
ceux des bronzes. Ils sont parvenus à transposer parfaitement les estampages sur pierre et
sur métal. Mais ils aimaient surtout représenter leurs calligraphies, sans autres motifs, sur
des objets d’art (pots à pinceaux, accoudoirs et montures d’éventail pliant). Dèng Wèi, le
plus réputé des sculpteurs sur bambou de l’ère Jiaqìng, reproduisait de très petits caractères.
Les caractères deviennent de plus en plus minuscules et sont gravés sur de très petites
surfaces, de sorte que la réalisation est de plus en plus difficile. Le sculpteur grave des
milliers de caractères si minuscules qu’il est difficile de distinguer les espaces qui les
séparent. Ce style est appelé « caractères minuscules et minutieux (jingkè xi-ozì) » ou
« caractères brindilles pas plus gros qu’une tête d’épingle (yíngtóu xi-oc-o »). Jin Xi’ái et
Lu Xùn considéraient ces créations sans aucune valeur artistique, et les prenaient en
compte uniquement pour la performance technique qu’elles exigeaient.
Les sculpteurs de la dynastie Qing réalisent aussi quelques portraits réalistes sur
bambou. Avant la dynastie Míng, le portrait traditionnel cherche d’abord à saisir l’esprit de
la personne (transcrire l’esprit, chuánshén). La difficulté est de parvenir à restituer la
nature du sujet. C’est seulement vers la fin de la dynastie des Qing que l’on peut parler de
portrait réaliste (décrire le vrai, xiezhen) au sens occidental. Le terme apparaît seulement
dans les titres des poèmes composés par quatre lettrés de Jiadìng : Zhang Hóngyù est
donné comme l’inventeur du terme « portrait réaliste ». Il se développe vers la fin de la
seconde moitié de la dynastie des Qing et pendant la République, mais il reste limité au
milieu des lettrés et des artistes. Il n’est pratiquement pas mentionné, ni dans les notes des
lettrés ni dans les monographies. Seule la Monographie du district de Shè, province du
Anhui (Anhui sheng Shè xiànzhì) mentionne que Fang Jié était réputé pour ses portraits
réalistes sur accoudoirs ou pots à pinceaux en bambou. Le moine Liùzhou dáshòu lui a
passé commande de son portrait sur un accoudoir en bambou, mais il l’estima moins réussi
que celui de RuBn Wéndá, grand lettré et fonctionnaire des Qing. Cette anecdote est aussi
rapportée par Xú Kang, lettré de la fin des Qing.
Nous pensons que le portrait réaliste gravé sur bambou est à l’origine de la
renaissance de l’art de la sculpture sur bambou à partir de la seconde moitié de la dynastie
des Qing. Cette nouvelle création est appréciée autant par les lettrés que par les moines
originaires de Jiadìng. Elle établit une relation entre l’art traditionnel chinois et l’art
occidental et révèle un peu de la créativité et de la beauté de la sculpture sur bambou.
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Pour conclure, il faut envisager, le développement des ateliers privés et des boutiques
d’exposition qui y sont adjointes, sous le règne de l’empereur Guangxù (1875-1909), à la
fin des Qing. La ville de Jiadìng a su garder son prestige dans l’art de la sculpture sur
bambou. Cependant, certains ateliers n’étant dirigés que par un ou deux sculpteurs formés
selon le processus traditionnel, ne sont plus capables de répondre aux besoins grandissants
des commanditaires, nombre de boutiques et d’ateliers privés s’y installent. Ainsi les
artistes-sculpteurs sont-ils peu à peu remplacés par des « commerçants-sculpteurs de
bambou (zhúji-) » et la création se fait de moins en moins originale. Les sculpteurs ne
travaillent que les petites pièces sculptées (xi-ojiàn) avec des techniques simples ; il était
très rare qu’ils soient capables de travailler de grandes pièces (dàjiàn). Vers la fin des Qing,
l’art de la sculpture sur bambou tombe en décadence. Le savoir-faire et les techniques qui
se transmettaient de maîtres à disciples, de famille en famille, ainsi que les objets d’une
finition parfaite réalisés sous le contrôle rigoureux du maître, disparaissent.
Les anciennes sculptures sur bambou qui sont aujourd’hui dans les collections
témoignent d’un art imprégné de l’esprit lettré qui a su intégrer la peinture, la calligraphie
et la poésie dans des objets d’art qui avaient pour fonction essentielle de « purifier
l’esprit ». C’est la raison pour laquelle la sculpture sur bambou de l’époque des Qing doit
être considérée comme un art et non comme un artisanat, et le sculpteur comme un artiste,
non comme un artisan.
La narration au passé simple : une évolution linguistique et stylistique
Lundi 19 juin 2006
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Nadine LEWI BRUN soutient sa thèse de doctorat :
La narration au passé simple : une évolution linguistique et stylistique
En présence du Jury :
M. CAHNÉ (Paris 4)
M. KLEIBER (Strasbourg 2)
M. MARTIN (INST)
M. SOUTET (Paris 4)
M. VET (Groningen)
Résumés
Nous sommes partie à notre tour - après tant d’autres, dont nous tâchons aussi de rendre compte - des « Relations de temps dans le verbe français » de Benveniste : s’il faut décrire avec plus d’exhaustivité et de précision qu’il ne le fait les contextes où le passé simple peut s’employer, s’il faut redéfinir notamment l’« histoire » comme un milieu simplement privé d’adverbes temporels déictiques, seul l’article de Benveniste permet de comprendre le processus de spécialisation du passé simple à ces seuls contextes qui s’est opéré dans l’évolution du français.
Nous avons alors cherché comment se comporte le passé simple dans le contexte privilégié de l’« histoire » : nous sommes passée par l’étude séparée de l’adverbe temporel, du temps verbal, puis par l’examen de leur corrélation dans la proposition, et de l’aspect verbal, défini en fin de compte comme la relation, dans la forme verbale, entre l’événement et le moment exprimé, pour pouvoir décrire la chaîne narrative, d’une proposition à la suivante - spécialement, la progression narrative par propositions successives employant un même tiroir verbal. Ce long détour permet enfin de montrer la spécificité de l’« histoire » au passé simple, son fonctionnement de milieu clos aux relations d’ordre renforcées, et d’en débusquer le caractère fondamentalement fictif, qu’elle affiche et revendique comme tel : l’évolution linguistique du passé simple se prolonge en évolution stylistique, par spécialisation de genres narratifs distincts, officiels ou intimes, avant les dénonciations littéraires d’un conformisme du récit.
Narrating in the French passé simple : a linguistic and stylistic evolution
This work, based on a study of “Les relations de temps dans le verbe français” by Benveniste, also attempts to assess the numerous articles that followed in its wake.
Although it appears necessary to examine more thoroughly and precisely the contexts in which the French passé simple may be used, and despite the need to redefine Benveniste’s “histoire” itself as simply deprived of deictic time adverbials, Benveniste alone provides us with a key to understanding how, through the evolution of the French language, the passé simple has become a specialized tense whose use is restricted to these very contexts.
We then proceed to study the passé simple in the particular context of “histoire” : we examine separately the time adverbials, the temporal value of the tenses, to later study their co-occurrence in the clause, and the verbal aspect, defined ultimately as the relation in the verbal form between the verbal event and the moment expressed, in order to describe the narrative concatenation, from one clause to the next - especially the evolution of the narrative through successive clauses using the same tense.
Finally, this lengthy study allows us to assess the specific value of “histoire” in the passé simple, its operating process as a closed context with tightened temporal order relations, and it highlights its fundamentally artificial character, that is being shown and claimed as such ; the linguistic evolution of the passé simple extends into a stylistic one, through the specialization of distinct narrative genres, whether formal or private (letters, diaries), before the literary criticisms of a conformist narrative form.
Position de thèse
On sait depuis longtemps maintenant que le passé simple n’est pas « en voie de disparition » devant le passé composé, comme on le croyait au début du XXe siècle : pour autant on ne peut en conclure que son emploi n’ait pas varié au fil des siècles dans l’usage du français. Le célèbre article de Benveniste sur « Les relations de temps dans le verbe français », à condition de redéfinir l’« histoire » comme un milieu simplement privé d’adverbes temporels déictiques, et de ne pas voir dans la distinction entre « histoire » et « discours » une tentative de classification des tiroirs verbaux du français, permet seul de rendre compte de cette évolution : le passé simple s’employait à l’origine aussi bien en « discours » qu’en « histoire », et ses emplois se sont restreints progressivement à l’« histoire », et au « discours » dans un petit nombre de cas bien délimités seulement que nous tâchons de répertorier, pour ajout à la description de Benveniste. La « règle des 24 heures » qui régit en surface, jusque vers la Révolution, l’emploi du passé simple a eu essentiellement pour rôle de freiner cette évolution, de chercher à maintenir le plus longtemps qu’il lui a été possible le passé simple en « discours », si bien que l’époque de l’abandon de la règle date pour nous le passage enfin effectué à l’usage actuel ; le passé simple est ainsi évacué syntaxiquement de tous les milieux qui entrent en contradiction avec sa valeur sémantique de tiroir exprimant un passé coupé du présent.
A partir de ce point, notre propos vise à comprendre cette adéquation particulière d’un milieu privé d’adverbes temporels déictiques, l’« histoire », et de son tiroir privilégié, le passé simple. Pour cela il faut effectuer un long détour par la description d’ensemble du système temporel et par l’accumulation de données d’abord éparses sur les tiroirs verbaux. Cette description passe tout d’abord par la description des adverbes temporels situants, traversés par l’opposition en déictiques et non déictiques : il faut les classer à l’intérieur de chacun de ces deux groupes, examiner le fonctionnement notamment des non déictiques, auxquels l’« histoire » restreint son usage, décrire les réseaux temporels qu’ils tissent. L’étape suivante consiste en la description du temps verbal, qui doit s’inspirer de celle de l’adverbe situant (le temps verbal situe par rapport au moment S de l’énonciation - en s’aidant d’un repère plutôt que d’un « point de référence » - un moment, un intervalle de temps d’où l’on peut envisager avec plus ou moins d’attention ou de négligence un événement), cette description permettant à son tour l’examen du temps propre à chaque tiroir verbal pris isolément, hors de tout contexte ; les formes composées ont le même temps, isolément, que les formes simples correspondantes, si ce n’est que le passé composé oscille entre la signification d’un présent, et la signification d’un passé, qu’il ajoute alors à celle du présent. Mais le temps verbal ne suffit pas à situer le moment exprimé par chaque proposition : la situation temporelle de chaque moment se fait en deux approximations successives que certains tiroirs verbaux peuvent assurer à eux seuls, tandis que d’autres requièrent l’apport, dans la proposition ou par relais entre propositions, de l’adverbe situant ; à ce jeu le passé simple, beaucoup plus que l’imparfait ou les autres tiroirs composés, se révèle, avec le passé antérieur son compère, le moins autonome des tiroirs verbaux du français, tandis que présent, passé composé se suffisent... Autre étude à mener : dans chaque tiroir verbal, quelle relation entretient avec l’événement le moment exprimé par le temps verbal ? Cette relation définit pour nous l’aspect : le passé simple et le passé composé, tiroirs « transitionnels », inscrivent l’événement dans le moment exprimé (tandis que l’imparfait, tiroir « non transitionnel », ne s’intéresse qu’à un moment dont l’événement déborde, si peu que ce soit) ; cette inscription se fait en tension lorsqu’on emploie le passé simple, à moins que le passé simple n’exprime seulement, dans des cas précis, le moment initial d’un événement (c’est l’aspect inchoatif, dont nous regardons au passage les conditions d’apparition).
Il nous semble avoir alors en mains les cartes nécessaires pour étudier le comportement des différents tiroirs verbaux dans les textes, les relations d’ordre qu’ils développent de proposition à proposition : si l’imparfait « accompagne », selon des modalités diverses que l’on tâche de décrire, si les tiroirs composés autres que le passé composé, qui expriment isolément un moment à partir duquel envisager, avec plus ou moins de précision, un événement qui a dû être antérieur, permettent en contexte, tout spécialement le plus-que-parfait, d’aller jusqu’à ériger ce moment qu’ils expriment initialement en point de vue d’où porter ses regards en arrière, ce sont les tiroirs transitionnels qui permettent la progression narrative. Or il faut noter d’abord que des passés simples, des passés composés n’assurent pas systématiquement cette progression d’une proposition à la suivante - de la même manière que l’adverbe alors peut marquer simultanéité ou progression - : cependant, s’ils ne l’imposent pas, ils la rendent seuls possible. On peut alors décrire le récit au passé comme un récit où la progression chronologique s’effectue « par défaut », quand rien dans le contexte ne s’y oppose, l’imparfait, les tiroirs composés organisant par ailleurs explicitement les pauses, la résistance au mouvement narratif ; par comparaison, nous regardons comment les récits aux autres temps, au présent spécialement, depuis le présent de reportage jusqu’au présent de narration, troublent la distribution entre progression et pauses, affectant la vision linéaire du temps et le parallélisme entre temps de la narration et temps de l’histoire racontée que postule le récit au passé.
On a jusque là envisagé récit au passé simple et récit au passé composé dans leur commune logique, les deux tiroirs étant des transitionnels passés, au fonctionnement par certains côtés assez proche : il faut voir maintenant ce qui les différencie. La signification propre du passé composé explique l’indépendance fondamentale de chaque forme, même si elle s’insère dans un récit : ce dernier y perd en stabilité, en cohérence, en précision des enchaînements. Chaque passé simple a, dans le récit, besoin du contexte de la série même des passés simples à laquelle il contribue : l’aspect propre au passé simple, celui d’un événement tendu à l’intérieur du moment exprimé, renforce les relations d’ordre entre formes verbales, créant l’illusion d’une chaîne, et impose que la série soit annoncée et conclue ; l’autonomie d’une série de passés simples ne lui est conférée que par la logique narrative elle-même (à défaut de progression chronologique, le passé simple créera au contraire un effet de rupture, qu’on peut analyser notamment dans plusieurs cas où il s’emploie encore aujourd’hui hors du contexte d’autres passés simples).
Or, dans un milieu privé d’adverbes temporels déictiques, seul le temps verbal situe encore par rapport à S, et rien n’indique plus - à moins que le texte ne soit au présent - à quelle distance on se trouve du moment de l’énonciation : le passé simple en séries a trouvé un terrain d’élection dans ce milieu d’exclusion, dans cette « histoire » où il faut s’installer, qui elle aussi fait primer la relation d’ordre sur la relation à S. Au point qu’on doit se demander si le passé simple ne perd pas en « histoire » sa valeur temporelle de passé, s’il ne devient pas, comme le suggère seulement l’article de Benveniste, un véritable aoriste. Nous récusons cette idée, soutenant que le passé simple de l’« histoire » se situe bien dans le passé d’une énonciation, mais d’une énonciation fictive, comme si on racontait depuis cet « au-delà du temps » où tout se fige en Histoire ; le récit ne s’objective qu’au prix d’une fiction première que pourtant chaque passé simple affiche ; accéder au présent dans la suite d’un récit « historique » au passé simple requiert une délicate négociation.
La structure de Jacques le fataliste, l’emploi du passé simple dans les Lettres à Sophie Volland développent une réflexion de Diderot sur le passé simple narratif au moment où ce tiroir allait quitter définitivement le « discours » ; Diderot s’amuse à revenir brusquement au présent, à souligner cet artifice du récit au passé simple. Les deux œuvres signalent le mouvement plus général qui éloigne définitivement les genres intimes du récit distancé, et réserve celui-ci au roman, qui s’y adonnera désormais sans réserve. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour trouver dans les mélanges du passé composé avec le passé simple en « histoire » le premier signe d’une méfiance nouvelle à l’égard de l’« histoire » au passé simple, de la fiction temporelle qu’elle suppose toujours. Peut-on encore raconter au passé simple sans conformisme ? Nous aimerions qu’on puisse y recourir à nouveau sans mauvaise conscience, le récit au passé simple ayant le mérite d’assumer son artifice au lieu de prétendre à un impossible naturel.
La négation dans la philosophie des sciences de Karl Popper
Samedi 10 janvier 2004
9 h
En Sorbonne, amphi Michelet, Esc. A
46, rue Saint Jacques
Paris 5e
M. Kouider NIZAR soutient sa thèse de doctorat :
La négation dans la philosophie des sciences de Karl Popper
en présence du Jury :
M. BEN MAKHLOUF (NICE)
M. BOYER (PARIS IV)
Mme FAGOT-LARGEAULT (Collège de France)
M. SAINT SERNIN (PARIS IV)
La névrose dans la littérature italienne (1865-1922)
Samedi 6 décembre
9 heures 30
Centre Malesherbes, Amphi 117
108, Bd Malesherbes
Paris 17ème
Mme Edwige COMOY FUSARO soutient sa thèse de doctorat :
La névrose dans la littérature italienne (1865-1922)
en présence du Jury :
M. CASSAC (NICE)
M. GENOT (PARIS X)
M. GHIDETTI (FLORENCE)
M. LIVI (PARIS IV)
La notion d’improvisation dans la musique de piano au XIXe siècle. Elément de recherche pour une musique de l’instant
Samedi 7 janvier 2006
14 heures
Maison de la Recherche
Salle D 223
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Jean-Louis ORENGIA soutient sa thèse de doctorat :
La notion d’improvisation dans la musique de piano au XIXe siècle. Elément de recherche pour une musique de l’instant
En présence du Jury :
Mme PISTONE (Paris 4)
Mme DUFOURCET (Bordeaux 3)
M. MALLIÉ (CNSM)
M. PAQUETTE (Lyon 2)
Position de thèse
A considérer les écrits musicologiques sur la musique de piano au XIXe siècle, il est frappant de constater qu’assez souvent, on fait appel à la notion d’improvisation - « de caractère improvisé », « de nature improvisatoire », « style libre », etc. - sans qu’on l’aborde directement et pour elle-même. Quand on joue ce répertoire et quand on l’écoute, l’intuition suggère qu’elle doit bien avoir une place et un rôle. Partant de ce constat et de cette intuition, il va s’agir de mettre en place une recherche de nature à mieux cerner l’improvisation, essayer de l’analyser, donner des exemples, réfléchir, tenter de fournir quelques éléments de synthèse.
La difficulté qui se présente immédiatement est double : difficulté d’analyse et rareté des sources. Comment en effet parler d’une réalité par définition éphémère - la note improvisée disparaît aussitôt jouée sans laisser de traces - et, si l’on pousse le paradoxe jusqu’au bout, dont toute approche intellectuelle risquerait de fausser l’image ? Quelle méthode se donner et quelles sources allons-nous pouvoir utiliser ?
Il nous a semblé, pour trouver une solution à la première difficulté, qu’il fallait prendre un risque, celui de la complémentarité, entre une approche intuitive, qui cherche à s’adapter à son objet et une approche analytique, synthétique, structurante, qui essaie d’aller vers l’exigence scientifique d’un travail universitaire. La musique est un art, la musicologie est une science. Mélanger, même avec un certain contrôle, deux approches de nature différente, la saisie intuitive, subjective, rapide, furtive, et la pensée rationnelle, logique, lente, articulée, n’apporte pas toujours un confort, ni de travail, ni de lecture. Cela peut même donner l’impression d’une fragmentation du sujet, voire d’éclectisme, nous en sommes conscient. Mais cela peut en même temps animer et stimuler la recherche. Nous maintiendrons donc tout au long de la thèse cette manière de travailler.
Les sources, bien que limitées, peuvent être classées en quatre catégories. Les « témoignages littéraires », récits de personnes, non musiciennes ou musiciennes ayant entendu des improvisations. Les écrits de musiciens ayant improvisé. Les écrits musicologiques. Enfin, en l’absence, bien sûr, de sources sonores d’époque, certaines partitions ou certains extraits de partitions, « supports » où l’on peut peut-être trouver des traces d’improvisation.
La thèse comprend deux parties. La première, « Situation générale de l’improvisation dans la musique de piano au XIXe siècle », est divisée en cinq chapitres. Le chapitre 1, « Qu’est-ce qu’improviser au piano ? », essaie de poser des éléments de délimitation et de définition. Place de l’improvisation dans l’Histoire de la musique. Qu’est-ce qu’improviser ? Pourquoi improvise-t-on ? Il donne quelques exemples et envisage le rapport à l’instrument, le rôle du style, de la créativité, de la préparation, et recherche des critères d’évaluation. Le chapitre 2, « Piano et pianistes au XIXe siècle », plus documentaire, situe la place de « l’instrument-roi » qui va connaître, de 1800 à 1900 environ, une évolution considérable, et de ceux qui en jouèrent, que ce soient les génies, les virtuoses ou les amateurs. Il traite aussi, rapidement, de la technique pianistique et des lieux (salons, salles de concert, institutions). Le chapitre 3, « Exemples de formes que l’on peut rattacher à l’improvisation », présente le prélude, la cadence de concerto, la fantaisie, la variation, le pot-pourri, la rhapsodie, l’impromptu et le nocturne. Dans ces formes, dont certaines viennent du passé et d’autres furent propres au XIXe siècle, l’improvisation peut jouer un rôle premier, ce qui autorise à utiliser certaines partitions comme sources. Dans le chapitre 4 est donné l’essentiel du Traité op. 200 de Czerny (1829), somme sur l’art d’improviser, dont nous proposons une nouvelle traduction pour cette thèse, dont il constitue une source majeure. Après avoir rapproché improvisation et composition, point fondamental, et énuméré les conditions qu’elle suppose, Czerny étudie, en donnant des exemples, huit formes d’improvisation : le prélude, la cadence, l’improvisation sur un seul thème, l’improvisation sur plusieurs thèmes, le pot-pourri, la variation, le style fugué, le caprice. Dans le chapitre 5, « Improvisation et écriture », sont envisagés les points suivants. Quelle est la relation du signe et du son ? Qu’est-ce que composer ? Improvisation et écriture s’excluent-elles ou se complètent-elles ? Quelle est la position du problème dans la musique de piano au XIXe siècle ? Qu’est-ce qu’une œuvre musicale ?
Dans la seconde partie de thèse, « L’improvisation chez quelques compositeurs », sont étudiés, en autant de chapitres, et en prenant pour chaque musicien un angle différent à la fois pour rompre la monotonie et pour enrichir l’éclairage du sujet, un certain nombre de compositeurs des trois générations qui constituent le siècle. Chaque fois sont donnés des « témoignages littéraires » et des témoignages musicaux. Le chapitre 1 traite de « Beethoven et la tradition de l’improvisation ». L’improvisation beethovénienne, issue de celle de ses prédécesseurs, peut être solidement établie par les « témoignages littéraires » et par l’étude de ses trois aspects complémentaires : relatif à la fantaisie, cadentiel et compositionnel. Dans le chapitre 2, « Les virtuoses et l’improvisation des doigts », est étudié un phénomène de société : une improvisation facile, sans lien avec la composition, une « musique de consommation » suscitée par la demande bourgeoise et par la pléthore d’instrumentistes techniquement très armés. Parmi le grand nombre de virtuoses sont pris une dizaine de pianistes, cas-types d’une improvisation superficielle qui ne dépassera pas la moitié du siècle. Le chapitre 3, « Chopin, les formes et l’ornementation », s’intéresse à un apport original et peu connu. Chopin a agrémenté ses formes musicales d’une ornementation très riche, ayant pour origine l’improvisation des chanteurs italiens, dont il était un fin connaisseur. A quoi il faut ajouter la pratique du rubato, qui ne donne jamais deux fois la même interprétation. Dans le chapitre 4, « Schumann et la Phantasie », est envisagé l’apport unique de ce musicien qui met au premier plan l’imaginaire - fantasieren peut se rapprocher d’« improviser » - et son surgissement immédiat en musique dans le multiple, l’imprévisible, le contrasté, le fantastique, même si l’écriture est là pour canaliser. Dans le chapitre 5, « Liszt et la rhapsodie », on voit un génie créateur mettre le piano dans la situation de l’improvisation omniprésente. Que ce soit dans le domaine de la forme, de la virtuosité transcendante, de l’influence tzigane, de la « variation continue », tout concourt à faire de l’instrument le lieu-même de l’invention immédiate, même si, à un moment donné de sa vie, Liszt consacrera la plus grande partie de ses forces à l’écriture. Dans le chapitre 6, « Albeniz et les instantanés », on voit un compositeur, né rhapsode également qui, au cours de ses nombreux voyages espagnols, crée une musique instantanée comme des clichés, et qui lui aussi ira vers l’écriture.
C’est précisément le lien de l’improvisation avec l’écriture qui permet d’énoncer la conclusion de cette recherche. Dans la musique de piano du XIXe siècle, l’improvisation n’est pas une « sous-musique » dont on n’oserait pas parler. Elle a ses lettres de noblesse en tant que composition instantanée. Là où elle est improvisation de compositeur, elle tient sa place, éminente, et prend la suite de l’improvisation immémoriale des hommes. Qu’elle s’en détache pour devenir divertissement de société, simple prouesse technique, elle restera quasiment sans descendance.
La notion de joie chez Spinoza et Nietzsche
Lundi 14 novembre 2005
9 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Emmanuel IONNIDIS soutient sa thèse de doctorat :
La notion de joie chez Spinoza et Nietzsche
En présence du Jury :
M. MOREAU (Paris 4)
M. DELAUNAY (CNRS)
M. MAGNARD (Paris 4)
M. RAMOND (Bordeaux 3)
Résumés
En dépit de divergences profondes l’étude de la notion de joie chez Spinoza et Nietzsche, révèle une série d’affinités remarquables entre les deux penseurs. Tous les deux posent ainsi la joie au fondement de l’éthique, dont elle constitue la visée première, à la fois initiale et concluante. Attachée au principe de la puissance en tant que son pôle d’augmentation, orientée exclusivement vers l’affirmation et la vie, redéfinissant les vertus, la joie se donne uniquement sur le plan de l’immanence. Suscitant la redécouverte du corps et résultant d’une série de désillusions concernant le libre arbitre, le finalisme, ou le bien et le mal, la réflexion sur la joie contient une vive critique des sources de la tristesse et exige une transformation de l’être entier. Ce faisant, elle fait naître la confiance à la possibilité du salut individuel.
Position de thèse
L’idée d’introduire la notion de joie dans le registre des concepts, lui garantissant ainsi une légitimité philosophique présente plusieurs difficultés. Il peut sembler audacieux de réfléchir de manière systématique sur ce qui semble relever d’un simple sentiment, un arbitraire état d’âme. Comment s’élever du vécu - foyer du singulier et témoin fortuit de l’expérience - jusqu’au détachement exigé par la nature même d’un concept, exigeant par définition le recul de l’affectif et de l’expérience individuelle et favorisant la validité universelle des arguments fondés sur la raison ? De plus, même au niveau des sentiments, l’idée de joie semble fragile. Son rang est incertain : s’agit-il d’un simple plaisir passager et furtif, d’une qualité indéfinissable ? Désigne-t-elle un simple débordement arbitraire, un instant par définition fugace ? Comment une telle joie pourrait-elle pénétrer la totalité des vécus, prise comme elle est dans les mouvements incessants et les changements qualitatifs des perceptions ? Quoi qu’il en soit, à partir du moment où elle est comprise comme une émotion parmi d’autres, qui donc s’exprime à plusieurs degrés par des phénomènes corporels, elle ne saurait servir d’aucune façon de fondement à la réflexion morale à cause de son caractère changeant. Inconstante et naïve elle apparaît comme une sorte de quitus aveugle accordé à tout et à n’importe quoi. Plus encore, elle n’aurait pas de fondement en elle-même et l’homme joyeux serait incapable de fournir le motif propre de sa satisfaction. Pire encore ; la joie peut parfois apparaître indécente en regard de la souffrance du monde et la réalité du mal ; sûre d’elle et aveugle, elle montrerait de surcroît une aptitude à subsister alors que sa cause est entendue et condamnée. La joie en tant qu’émotion pourrait par ailleurs présenter bien des aspects maladifs : des psychologues ont montré que des imbéciles ou des fous peuvent se réjouir sans raison, en croyant à des victoires imaginaires. La joie, fragile, exaltée ou excessive peut être considérée aussi, à l’instar de la position soutenue par Kant, comme irréductiblement subjective et empirique. Elle désigne alors un idéal non pas de la raison, mais de l’imagination, un état invraisemblable où tout arriverait selon le souhait subjectif d’un individu. Toutes ces remarques ne font que souligner le caractère volatil et subjectif de la joie, très éloignée de toute stabilité conceptuelle. Il semble que la joie échappera toujours à toute tentative de formalisation ; incapable d’excéder l’expérience, elle ne pourra jamais atteindre la nécessité d’une vision globale.
Pour répondre à ces réserves sur la conceptualisation de la joie, nous soulignerons d’abord que celle-ci, aussi bien en tant que plaisir ou jouissance, est avant tout réelle. Très fréquente, elle existe sous mille formes dans la réalité la plus quotidienne. L’expérience du plaisir est omniprésente, aussi bien comme réalité anticipatrice ou désir - car on tend irrésistiblement vers le plaisir, promesse d’une réalité meilleure et pressentiment d’un avenir positif - que comme réalité accomplie, en tant que joie vécue dans la réalisation et la réussite vers laquelle s’orientait le désir. Emotion fondamentale, sa tonalité accompagne tout ce qui est lié à l’expérience d’un bien. En effet, il serait difficile d’ énumérer les innombrables satisfactions que l’homme peut éprouver et tout aussi difficile de mesurer la joie inhérente à toute expérience du bien moral, à tout itinéraire de la connaissance vers la vérité, ou à la contemplation esthétique du beau. Selon un courant puissant de la philosophie, il semblerait même que tous les hommes aspirent au bonheur, terme qui semble d’abord assez proche de celui de joie. La philosophie s’est définie dès les débuts de son histoire comme quête du bonheur exprimé comme un axiome pratique. Il n’y aurait aucune autre fin au désir, aucun autre principe d’orientation ; ressort évident de l’action humaine, le bonheur sera ainsi dans l’Antiquité lié de façon essentielle à la recherche à la moralité. Accomplissement de la fonction de l’homme, le bonheur est, pour Aristote, non seulement la fin de l’éthique mais aussi la fin de la politique, car la cité juste, elle aussi, est heureuse. De St Thomas d’Aquin, aux utilitaristes anglo-saxons, (Hume, J.Bentham, J.S. Mill) jusqu’au Lustprinzip de Freud, la question du bonheur semble dominer et même obséder la pensée occidentale. Le bonheur et la joie possèdent également un sens très fort dans le langage religieux, en tant que réponse jubilatoire surgie du cœur croyant devant la révélation du divin et en tant que participation à la vie divine, joie en elle-même.
L’importance de la question pour la philosophie semble désormais acquise ; l’enjeu de la joie est crucial et premier. Il est même possible que seule la philosophie puisse en parler, et qu’aucune autre discipline ne puisse y parvenir sans en éclater le discours, et se heurter à ses propres limites. Etudier la joie - le bonheur, le plaisir - pourrait apporter des réponses à plusieurs questions, à savoir quelle est la limite de l’expérience humaine ; quel est le préférable moralement, et quel est le maximum de réalisation auquel on peut prétendre ; quel est le rôle précis de la philosophie concernant cette quête de la joie, et sa légitimité pour en parler.
Chaque partie de l’œuvre de Spinoza est traversée par la notion de la joie. Tout y est pensé en fonction de la joie, qui constitue le fondement de son éthique. L’accès à la joie se fait à travers une transformation exigeante et inédite. L’itinéraire de cette conversion de l’esprit à la joie, comme nous allons le voir aussi bien dans le Traité de la réforme de l’entendement et dans l’Ethique, est difficile et exigeant. Contraire à toute violence et à toute révélation soudaine, et essayant d’établir ses principes par ses propres forces, l’esprit possède la puissance suffisante pour accéder à la joie en établissant avec certitude des garanties métaphysiques. Pour Spinoza, seuls des rapports joyeux sont pensables avec un Dieu immanent et s’identifiant à la Nature et, si il y a une joie véritable, elle ne peut être qu’en Dieu et n’être conçue qu’à partir à lui, notre intériorité absolue en lui en tant que sa partie étant pour Spinoza absolument démontrable. La réflexion spinoziste de la joie se fonde également sur une série de conditions anthropologiques : Spinoza examine le fonctionnement de notre corps et de notre esprit en soulignant que le corps est tout l’inverse d’un tombeau de l’âme, il possède la même validité ontologique et la même dignité que l’esprit. Puisque le désir de vivre et d’agir heureusement est l’essence même de l’homme Spinoza pose le conatus comme principe dynamique d’action qui, grâce à la promesse de la joie, se transforme en désir de perfectionnement . La théorie de la connaissance de Spinoza est également mise au service de cette réflexion sur la joie, lui offrant des prémisses gnoséologiques. La joie est en rapport avec les trois différents genres de connaissance ; ceux-ci représentent trois manières de vivre et d’agir distinctes et correspondent exactement à trois degrés de la joie. Ils contiennent des univers affectifs très différents : selon son niveau de connaissance l’homme peut expérimenter une transformation complète de la joie : de joie mutilée, passive ou même mauvaise - et Spinoza saura montrer à quel point le malheur vient des joies fondés sur l’imagination -, elle se transforme en joie adéquate, contrôlée et guidée par la raison, pour devenir, au plus haut degré, la joie suprême, la béatitude, une expérience d’éternité. Cet itinéraire repose donc sur une nouvelle orientation : il faudra apprendre à se détacher des faux liens pour en créer d’autres. Deux passages successifs expriment cette réorientation ; ils sont censés nous permettre de passer des joies passionnelles à celles de la raison et de ces dernières à la libération définitive et à l’acquisition d’une joie suprême et continue. Cette réflexion de la joie, qui passe par une lecture inédite et profonde de la tristesse dont elle examine les formes et les causes, se réalise concrètement dans le modèle du sage qui incarne la possibilité de parvenir à la joie suprême, capacité qui est accessible selon Spinoza à tout un chacun. La pensée de la joie n’en implique pas moins une contestation radicale de toutes les formes de tristesse, qu’elles soient d’inspiration religieuse ou morale - qu’elles s’expriment aussi bien à travers la superstition, le fanatisme et la crainte, ou à travers la personnalisation du rapport avec Dieu, ou encore à travers une série des vertus, telles que l’humilité ou la pitié . Fondement de l’intersubjectivité, la joie, activité incessante, devient le critère de tout ce qui est juste, bon et vraiment utile ; là où elle l’emporte sur la tristesse elle devient plénitude, source d’harmonie et de paix non seulement au niveau individuel, mais aussi au niveau de la communauté.
Toute autre semble d’abord la situation de Nietzsche. Pour lui, toutes les garanties métaphysiques sont invalidées : les notions telles que la vérité absolue ou la causa sui ont perdu tout sens ; Dieu est absent ou mort ; il ne reconnaît à la nature aucun autre principe que celui du chaos ; assure que le monde n’est qu’un « monstre des forces » sans intentions, ni ordre, ni morale, et le sens est détruit, faux, ou à créer. Par l’étude historique des civilisations Nietzsche révèle une catastrophe : l’avancement du nihilisme, la généralisation de la décadence, le triomphe de la tristesse à travers la morale judéo-chrétienne, et la victoire des forces réactives qui sont régies par la pulsion de mort, même dans leur conception du bonheur. Cette situation obligera Nietzsche à adopter des voies très différentes de celles choisies par Spinoza. Son œuvre sera fondée sur une autre méthode (refus du système, revendication des contradictions), un autre style, (aphorismes, discours éclaté ), d’autres références (esthétique), un ton tout à fait différent (explosif, violent, grandiose, affectif), sur une autre idée principale (l’idée que la joie doit assumer la totalité de la souffrance), d’une autre psychologie (hypersensibilité, pathologie, ennemis mortels de la joie), et une autre politique (la vraie joie ne concerne que les êtres d’exception, les forts). La figure de la joie n’en est pas moins le centre de la pensée nietzschéenne, sa motivation première, et sa préoccupation constante. Pour saisir l’intention profonde de Nietzsche qu’ est l’adhésion joyeuse au tout de la réalité, il nous faudra suivre, là encore, la totalité de sa pensée, où ce puissant motif y prend différentes formes. Ce que nous appellerons « la structure : Joie » traverse et habite la pensée nietzschéenne de multiples façons. Motivée par une affirmation inconditionnelle de la vie dans sa richesse, et acceptée comme le devenir qu’elle est dans toute la multiplicité de ses facettes, la joie nietzschéenne est si puissante qu’elle veut dans son affirmation embrasser la totalité de la souffrance, la reconnaissant et la dépassant dans un mouvement créateur-héroïque. Imprégnée de gratitude, soucieuse d’une nouvelle santé, la joie affirmative prend le corps comme fil conducteur de toute la réflexion. Elle s’appuie d’abord sur une réflexion critique ; constatant le triomphe de l’homme du ressentiment et des forces réactives Nietzsche se lance dans une polémique contre la tristesse qui passe par une attaque virulente de toutes les garanties métaphysiques traditionnelles qu’on étudiera comme le premier moment paradoxalement affirmatif de la « structure : Joie ». En effet, la destruction est suivie par la mise en place d’une nouvelle valeur : un nouveau langage ; un sujet pluriel ; une nouvelle morale non-oppressive à partir de la joie ; la vérité plurielle ; Dionysos, dieu joyeux qui remplace le Dieu de tristesse.
La joie se construit ensuite chez Nietzsche de façon directement affirmative à travers la forme incarnative exprimée dans les figures de Zarathoustra (incarnation héroïque), Dionysos (incarnation de la joie sacrale), et Nietzsche lui même en tant que paradigme de la joie (incarnation historique). Elle culmine dans l’expérience-principe expérimental d’un amour inconditionnel fondé sur et dans la joie. Nous proposons d’appréhender la notion de l’éternel retour comme une pensée formée exclusivement sur le fond de la joie d’où elle naît et qu’elle a comme unique modèle - car seule la joie est assez haute et puissante pour tout vouloir recommencer éternellement ; nous aborderons ensuite la notion de l’amor fati comme le dernier pas de la joie, le grand amour de tout de son propre destin, uniquement possible à partir de la joie ; et enfin nous examinerons le Surhomme comme incarnation imaginaire du dépassement de la crise du nihilisme au nom de la joie et symbole de son triomphe ultérieur. Nous explorerons également ce qu’il en est d’une esthétique de la joie chez Nietzsche où l’art, devenant le modèle de toute création, se dévoile comme l’expérience privilégiée de la joie à travers les exemples de la musique, de la danse, de la contemplation de la beauté mais surtout à travers l’acte créatif lui-même.
Dans l’œuvre de Nietzsche la « structure : Joie » exige une nouvelle éthique, une relecture des vertus à partir du seul principe de joie. Cette structure omniprésente fonde aussi bien sa réflexion sur la santé, la noblesse, l’esprit libre, que sa pensée sur la Grèce ou sa réflexion sur la musique. Elle s’exprime à travers une série de figures et de symboles : l’enfant, le rire, la danse, le jeu, l’enfantement. Chez Nietzsche aussi il est question de transformation radicale, de transmutation de toutes les valeurs, de renaissance, d’une conversion exigeante inspirée par la joie que son œuvre lui-même incarne, expérimente et propose comme modèle. Cette transformation appelle au dépassement de soi revendiqué et héroïque ; il faut être prêt à tous les sacrifices et toutes les luttes, ce qui suscite par ailleurs chez Nietzsche une lecture négative aussi bien d’une certaine forme de bonheur que du plaisir.
Nous avons évoqué la différence de style entre les deux philosophes. Nietzsche ne propose jamais de théorie systématique, mais développe une pensée dispersée dans plusieurs fragments, que nous essayons de mettre en valeur en soulignant la profonde cohérence. Nous suivrons de près l’analyse de la joie comme elle se donne dans les textes de Spinoza et de Nietzsche ; nous en désignerons les implications et nous enquêterons sur les rapports possibles entre ces deux pensées de la joie, en nous concentrant sur les éléments communs, tout en montrant les divergences profondes. Malgré un point de départ radicalement différent, les affinités entre les deux pensées sont étonnantes. Ainsi, chez les deux philosophes la joie est première, elle est le désirable, le préférable absolument ; elle est visée première, à la fois initiale et concluante, valeur, sens et indice qui ne se trompe pas ; son nom est unique (laetitia -Lust) à travers tous les niveaux de son élévation : aussi bien Spinoza que Nietzsche utilisent le plus souvent un seul terme générique pour la désigner. Après l’avoir signalé pour Spinoza, nous allons tenter d’établir qu’il y a trois niveaux de joie également chez Nietzsche : Lust en tant que passion, transfiguration, et fusion. Aussi bien pour Spinoza que pour Nietzsche le lieu de la joie est l’immanence ; son moteur, le désir-effort, ou l’instinct-pulsion et leur lutte, naturelle et indépassable. Le principe de la joie est la puissance, en tant que son pôle d’augmentation ; son orientation est toujours vers la vie, la santé, l’affirmation, la création, la joie étant le contraire absolu de la mort ; son assise est le corps redécouvert et respecté ; ses qualités sont les mêmes : la totalité ou la globalité, l’unité, la foi à la possibilité du salut, l’éternité, la liberté à travers la conscience de la nécessité, la gloire ou le triomphe. Les caractéristiques de la joie le sont également : le désir est considéré comme positif et sans manque, conscience des devenirs, l’action est définie à partir de la joie et sans opprimer les vices, et la question de la capacité individuelle remplace la question du devoir. Spinoza et Nietzsche montrent aussi les désillusions que présuppose la vraie joie : contre le bien ou le mal, contre le libre arbitre, contre l’anthropomorphisme et l’humanisme, contre le finalisme, et la confiance au langage, le sujet comme empire, le monde et Dieu sans intentions.
La joie appelle chez Spinoza comme chez Nietzsche à une conversion/transmutation par autothérapie, mouvement personnalisé et plein de risques, mais jamais opprimant ou moralisateur. Elle se fonde sur une stratégie, une science des liens : il s’agit toujours de (se) dénouer et (se) nouer, en privilégiant l’universel et le général au détriment du particulier ; en privilégiant le rapport au Tout enveloppant au-delà des intérêts personnels étroits. La joie est toujours incarnée et exemplaire, chez le sage ou le créateur. Difficile à réaliser, subversive, la joie est stricte en ce qu’elle impose une rupture totale avec toute sorte de complaisance envers la tristesse d’où qu’elle vienne. Tant chez Spinoza que chez Nietzsche, la joie suscite une polémique intense, fondée sur un constat identique qui dévoile et s’attaque à tout ce qui est hostile des forces de l’affirmation.
Spinoza et Nietzsche sont également confiants dans la force de la raison ou de la création. Certains que la joie en tant que libération est possible, ils procèdent à une analyse approfondie, inédite et géniale des passions tristes en éclairant aussi bien les causes que les conséquences de la tristesse. Ils inventent des défenses légitimes et des stratégies contre la tristesse et prennent soin de noter les processus et les rythmes nécessaires à la joie. De cette analyse résulte une relecture originale des vertus qui déconseille toute sorte d’ascétisme, en démontrant la tristesse cachée dans les vertus telles que la pitié, l’humilité, ou encore l’espoir. Revalorisant le rire, la gaîté, et sans s’opposer à un usage éclairé et mesuré de certains plaisirs simples, la pensée de Spinoza et Nietzsche désigne la joie comme fondatrice de l’amitié véritable. La joie est, enfin, aussi bien chez Spinoza et Nietzsche essentiellement amour, amour de soi-même et de la totalité du réel dans un même mouvement.
Initiale, expérimentale, proposée comme un itinéraire toujours personnel et exemplaire, la joie est l’ouverture même sur un horizon. Cette étude de la joie définit le rôle de la philosophie elle-même en tant que seule activité capable d’en rendre compte de manière globale. La philosophie devient l’instrument et le véhicule même de la joie, aussi longtemps qu’elle se conçoit comme une activité concrète, globale, ambitieuse, incarnée, capable de transformer l’homme aussi bien que la cité. D’autre part, les exigences de la joie chez les deux auteurs sont telles, qu’elles suscitent nombre des problèmes, des interrogations sur leur efficacité, voire aussi de contradictions, invraisemblances ou difficultés dont nous avons voulu également rendre compte. Nous notons enfin, l’étonnante affinité dans le destin et la biographie des deux auteurs de la joie.
Il nous semble que la puissance de ces deux réflexions sur la joie nous amène directement à la question du sens du geste philosophique en soi. Elle nous oblige à réévaluer l’importance de la question de la plénitude et de l’accès à la joie, question qui joue un rôle mineur dans la pensée philosophique contemporaine. Etant donné l’importance de l’influence de deux philosophes de la joie, qui rend étonnante l’absence quasi-totale d’études sur le rapport entre leur pensée, il nous a paru opportun d’en esquisser certains éléments de réflexion.
La paix des Pyrénées (7 novembre 1659) . La paix, fonction royale...
Vendredi 13 février
14 h 30
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Daniel SÉRÉ soutient sa thèse de doctorat :
La paix des Pyrénées (7 novembre 1659) . La paix, fonction royale dans les négociations entre la France et l’Espagne (1635-1659)
en présence du Jury :
M. BERCÉ (PARIS IV)
M. BÉLY (PARIS IV)
Mme DULONG-SAINTENY
M. MALETTKE (Marburg)
M. VINCENT (EHESS)
La parole d’Adam, le corps d’Eve.
Samedi 6 décembre
14 heures
ENS, salle Beckett
45, rue d’Ulm
Paris 5e
Mme Lise WAJEMAN soutient sa thèse de doctorat
La parole d’Adam, le corps d’Eve. Les "premiers parents" et le péché originel dans les textes et les images au XVIe siècle, en France, Allemagne et Italie.
en présence du Jury :
Mme GELY (REIMS)
M. JEANNERET (GENEVE)
M. LAVOCAT (PARIS VII)
M. LECERCLE (PARIS IV)
M. LESTRINGANT (PARIS IV)
M. MOREL
La parole dans le théâtre de Musset
Samedi 11 décembre 2004
14 h
En Sorbonne, Bibliothèque Ascoli
UFR de Littérature, esc. C, 2e étage
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Virginie MASCLET SIMONET soutient sa thèse de doctorat :
La parole dans le théâtre de Musset
En présence du Jury :
M. CABANES (PARIS X)
Mme CHAMARAT (PARIS X)
M. LESTRINGANT (PARIS IV)
M. MARCHAL (PARIS IV)
La parole polémique chez Cicéron : Histoire d’une vie
Samedi 19 juin 2004
13 heures 30
Amphithéâtre Michelet
esc. A
46, rue Saint Jacques
Paris 5e
Mme Marie-Laure PETIT soutient sa thèse de doctorat :
La parole polémique chez Cicéron : Histoire d’une vie
en présence du Jury :
Mme ARMISEN-MARCHETT (TOULOUSE II)
M. BARATIN (LILLE III)
Mme DANGEL (PARIS IV)
M. LEVY (PARIS IV)
M. MARTIN (MONTPELLIER III)
La pensée littéraire de Gérard Macé (Textes et images. 1974-2004)
Jeudi 15 juin 2006
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Karine MAURIN GROS soutient sa thèse de doctorat :
La pensée littéraire de Gérard Macé (Textes et images. 1974-2004)
En présence du Jury :
Jean-Yves TADIÉ (Paris 4)
Christian DOUMET (Paris 8)
Dominique RABATÉ (Bordeaux 3)
Jean-Bernard VRAY (ST-Etienne)
Résumés
Notre propos est de circonscrire la pensée littéraire de Gérard Macé qui se déploie au sein d’un « exotisme factice des formes » à partir de poèmes en prose, méditations imaginaires, méditations littéraires et photographies. Ces écarts formels favorisent une pensée de l’imaginaire (tourné vers les mythes, contes, fantasmagories personnelles et icônes) qui permet au poète non seulement de dévoiler son rapport à l’art, à autrui et au monde, mais aussi de penser sa vie en images. Cette pensée en images entraîne une poétisation de la pensée étroitement liée à une esthétique des formes brèves et caractérisée par un en-deçà de la pensée (proche de l’impression proustienne) et par la puissance du rêve, à l’instar de Proust et de Nerval. Cependant, au fil des œuvres, grâce à cet exotisme formel, le poète dépasse le domaine du rêve, source de déceptions car ne favorisant pas l’accès au monde. Il parvient à un au-delà de la pensée, nommé « oltracuidansa poetica » (selon le sens étymologique, d’« ultracogitare »). Cette oltracuidansa poetica se fonde sur l’illusion, perçue comme expression et style du monde et permettant d’inventer poétiquement notre rapport au monde.
GÉRARD MACÉ’S LITERARY THOUGHT - Texts and icons (1974-2004)
Our intention is to define Gérard Macé’s literary thought which is displayed through an “artificial exoticism of forms” in prose poems, fanciful meditations, literary meditations and photographs. These formal varieties give rise to a personal form of imagination - based on myths, tales, personal phantasmagoria and icons - which allows the poet not only to unveil his relationship with art, others and the world but also to portray his life through images. These images lead to a poetization of thought closely linked to an aesthetics of short texts and characterised by primary thoughts close to Proust’s impression première and by illusions belonging to the realm of dreams, following Proust and Nerval. However, as the poet’s art evolves, his “formal exoticism” helps these illusions go beyond the realm of dreams which is a source of frustration since it does not provide an easy access to the world. Thus these illusions called “oltracuidansa poetica” (from the etymology “ultracogitare”) are based not only on dreams but also on illusions which are considered as the expression and style of the world and allow us to create our own poetical relationship to the world.
Position de thèse, format Pdf
La pensée romaine au siècle des Antonins.
Lundi 8 décembre
13 heures 30
En Sorbonne, UFR de Latin
Bibliothèque, esc. C, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Nicole METHY soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches :
La pensée romaine au siècle des Antonins. Aspects politiques, moraux et religieux.
en présence du Jury :
Mme CHAMPEAUX (PARIS IV)
Mme DESCHAMPS (BORDEAUX III)
Mme DUCOS (PARIS IV)
M. GUITTARD (LILLE III)
M. MOREAU (CAEN)
M. ZEHNACKER (PARIS IV)
La perception de l’Egypte dans les récits de voyageurs français de 1783 à 1869
Vendredi 8 octobre
14 h
En Sorbonne, salle Jean Fabre
Centre des études de littérature française
escalier G, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Soliman SHAGAF soutient sa thèse de doctorat :
La perception de l’Egypte dans les récits de voyageurs français de 1783 à 1869
en présence du Jury :
M. KOEPPEL (ORLEANS)
M. MENANT (PARIS IV)
M. NAUDIN (ORLEANS)
La phraséologie dans le journal d’information Arte-Info
Jeudi 2 juin 2005
10 heures 30
Université de Sarrebruck
Mme Christine FOURCAUD soutient sa thèse de doctorat
La phraséologie dans le journal d’information Arte-Info
En présence du Jury :
Mme DALMAS (Paris 4)
M. BARRY (Sarrebruck)
M. GRUB (Sarrebruck)
MME GRECIANO (Strasbourg 2)
M. GÖTZ (Sarrebruck)
M. MARSCHALL (Paris 4)
M. SCHMELLING (Sarrebruck)
La phrase de l’Astrée d’Honoré d’Urfé (étude syntaxique et stylistique) ou l’étude des "amplifications structurales"
Vendredi 30 janvier
14 h 30
Centre Malesherbes
Salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Yann LOIZON soutient sa thèse de doctorat :
La phrase de l’Astrée d’Honoré d’Urfé (étude syntaxique et stylistique) ou l’étude des "amplifications structurales"
en présence du Jury :
Mme DENIS (PARIS IV)
M. GARRETTE (BORDEAUX III)
M. MOLINIE (PARIS IV)
La place de l’analyse dans la seconde philosophie biranienne
Samedi 18 décembre
14 h
Amphithéâtre Michelet, Esc A
46, rue Saint Jacques
75005 PARIS
M. Gilles BOILEAU soutient sa thèse de doctorat :
La place de l’analyse dans la seconde philosophie biranienne
En présence du Jury :
Mme DEVARIEUX (ROUEN)
M. MARQUET (PARIS IV)
M. ROMEYER DHERBEY (PARIS IV)
Mme SAINT-GIRONS (PARIS X)
La place du monnayage arverne dans les monnayages gaulois
Samedi 13 décembre
9 h
Centre Malesherbes, Amphi A 120
108, bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Sylvia NIETO soutient sa thèse de doctorat :
La place du monnayage arverne dans les monnayages
gaulois du centre et du sud de la Gaule aux IIe et Ier siècles av. J.-C.
en présence du Jury :
M. AMANDRY (BN)
M. AUBIN
M. BARRANDON (CNRS)
M. GUICHARD
M. HIERNARD (POITIERS)
M. MARTIN (PARIS IV)
La poésie comme exercice spirituel et comme incarnation. Aspects de l’inquiétude dans la poésie française de 1945 à nos jours
Lundi 4 juillet 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Aude GROUT DE BEAUFORT PRETA soutient son Habilitation à Diriger les Recherches :
La poésie comme exercice spirituel et comme incarnation. Aspects de l’inquiétude dans la poésie française de 1945 à nos jours
En présence du Jury :
M. GUYAUX (Paris 4)
M. ALEXANDRE (Paris 4)
Mme BANCOUART (Paris 4)
Mme BAUDE (Metz)
Mme BONHOMME (Nice)
M. DEBREVILLE (Lyon 2)
Mme FINCK (Strasbourg 2)
M. JARRETY (Paris 4)
La poésie de circonstances de George Buchanan (1506-1582) : "Les épigrammes", édition, traduction, commentaire
Samedi 19 mars 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Cauchy, Esc. E, 3e étage
17 rue de la Sorbonne, Paris 5e
Mme Nathalie CATELLANI DUFRENE soutient sa thèse de doctorat :
La poésie de circonstances de George Buchanan (1506-1582) : "Les épigrammes", édition, traduction, commentaire
En présence du Jury :
M. CHARLET (Aix-Marseille I)
Mme DANGEL (Paris 4)
M. FORD (Clare)
Mme GALAND-HALLYN (Paris 4)
M. ZARINI (Paris 4)
La poésie en langue portugaise des juifs sefardim d’Amsterdam (XVIIe/XVIIIe siècles)
Lundi 2 février
14 h 30
Salle des Actes, centre administratif
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Pedro DA SILVA GERMANO soutient sa thèse de doctorat :
La poésie en langue portugaise des juifs sefardim d’Amsterdam (XVIIe/XVIIIe siècles)
en présence du Jury :
M. AMIEL (EHESS)
M. DA SILVA TERRA (PARIS IV
M. DEN BOER (Amsterdam)
M. GONZALES (TOULOUSE)
La poétique de l’absurde dans le théâtre de Jean Tardieu
Vendredi 21 mai 2004
14 h
En Sorbonne, Salle des Actes de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Amal AMIR soutient sa thèse de doctorat :
La poétique de l’absurde dans le théâtre de Jean Tardieu
en présence du Jury :
M. ABIRACHED (PARIS X)
M. GAUBERT (LYON II)
M. GUENOUN (PARIS IV)
Mme LEVILLAIN (PARIS IV)
La poétique du cliché dans le théâtre américain contemporain : Edward Albee, david Mamet, Sam Shepard
Samedi 25 novembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Salle F366, escalier F, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Frédéric DAVY soutient sa thèse de Doctorat :
La poétique du cliché dans le théâtre américain contemporain : Edward Albee, david Mamet, Sam Shepard
En présence du Jury :
Mme ANGEL-PEREZ (PARIS 4)
Mme BLATTES (GRENOBLE 3)
Mme FELIX (LE MANS)
M. GAUTHIER (LYON 3)
Résumés :
L’étude des œuvres des trois auteurs du corpus (Edward Albee, David Mamet et Sam Shepard) a permis de mettre en lumière un paradoxe essentiel de la création artistique et en particulier littéraire du vingtième siècle. En abdiquant l’idéal romantique de l’originalité et en retravaillant les phénomènes de ressassement et de répétition contenus dans la langue, et plus généralement, dans la société américaine, les trois dramaturges ont élaboré un langage fondamentalement original et originel. Bien qu’il permette de constater les crises et les dysfonctionnements de cette langue théâtrale résolument américaine, le cliché se pose également comme tentative de renouvellement du sens. Les pièces des trois auteurs utilisent ainsi le cliché comme matériau dramatique privilégié et proposent une véritable poétique du cliché établie sur la base du banal et du déjà-dit.
This study of Edward Albee, David Mamet and Sam Shepard has enabled us to emphasize one of the most essential paradox in contemporary artistic and literary creation. Indeed, the three playwrights have built up a highly original language while precisely giving up the Romantic ideal of originality. Based on repetitions and on hackneyed elements, the plays develop their own structures around the notion of cliché. Although the cliché may appear as a sign of the failure and of the dysfunctioning nature of this typical American dramatic language, it can also work the other way round and become a device that produces meaning. Thus, the aesthetics of these plays is one that revolves around the concepts of banality and déjà-vu : a real poetics of the cliché.
Position de thèse :
Le cliché est une notion éminemment polémique qui a vu sa popularité et sa renommée évoluer au fil des siècles. Considéré comme indispensable au fonctionnement du discours argumentatif dans l’antiquité (sous la forme des lieux communs) par tous les théoriciens de la rhétorique, il est décrié dès le XVIIIème siècle par les Romantiques et leur désir d’originalité. Ce n’est toutefois qu’à partir du XIXème siècle que le terme va acquérir son acception moderne péjorative, s’inspirant notamment des domaines de la reproduction typographique. Ainsi, aujourd’hui, le concept garde la trace de cette ambiguïté sémantique et bien que la tendance soit, dans les ouvrages critiques, davantage à sa réhabilitation, le cliché reste pour beaucoup le signe d’une faiblesse syntaxique ou intellectuelle et du figement du discours. La déficience définitionnelle qui entoure le cliché contribue, par ailleurs, amplement à cette conception fondamentalement négative.
S’inspirant des théories et des conclusions des recherches menées au cours des trente dernières années (en particulier par Michael Riffaterre, Ruth Amossy ou encore Jean-Louis Dufays), l’étude des mécanismes et des fonctions esthétiques, rhétoriques, structurelles et idéologiques du cliché présentée ici, entend non seulement rétablir un certain ordre parmi les tentatives successives de définition de la notion mais surtout confronter cette dernière à un corpus particulier et délimité.
Le théâtre des trois dramaturges du corpus (Edward Albee, David Mamet et Sam Shepard) fait non seulement un usage abondant des formes diverses de la stéréotypie mais partage aussi une vision commune de l’Amérique, de ses doutes et de ses crises, c’est pourquoi il a semblé pertinent de les réunir autour d’une même problématique. Parce qu’elles se font l’écho d’une voix typiquement américaine constituée d’accumulations de discours préconstruits, d’images usées et de lambeaux de paroles antérieures, les pièces des trois auteurs activent sans cesse et à tous les niveaux la notion même de cliché. Les questions ont alors été de savoir comment cette notion, qui en apparence, se pose comme l’antithèse de l’originalité, semble se constituer en instrument privilégié de l’élaboration d’un sens et surtout comment l’œuvre des trois dramaturges du corpus a pu se structurer autour du cliché devenu matière première à l’heure de la « reproductibilité technique de l’œuvre d’art » . Bien que le concept de cliché s’immisce à différents degrés dans les processus de création théâtrale de ces trois auteurs, il tend à se retourner et à resémantiser l’ensemble des signes scéniques, des gestes aux objets, en passant par la caractérisation des personnages ou encore par les silences. Du reste, c’est essentiellement la langue elle-même qui est soumise à l’influence la plus forte des manifestations du cliché, exhibant tantôt ses crises et ses dysfonctionnements, tantôt sa souveraineté et sa vitalité.
Une étude approfondie du cliché et un repérage des multiples formes qu’il peut emprunter ne peuvent être envisagés, dans un premier temps, qu’à travers des prémisses étymologiques, définitionnels et méthodologiques méticuleux. C’est là l’objet de la première partie qui s’inspire de l’avertissement de la grande spécialiste du cliché, Ruth Amossy, lorsqu’elle écrit : « Travailler dans le cliché, se sera travailler le cliché » (Les Discours du cliché, PARIS : Editions CDU et SENES Réunis, 1982, p. 19). Cette partie théorique indispensable a non seulement pour but de faire le point sur l’état de la critique et des approches de la notion, mais aussi d’évaluer les textes du corpus à la lumière des caractéristiques propres au cliché et à ses déclinaisons (stéréotypes, lieux communs). Lors de cette partie, nous avons également été amenés à constater l’inévitabilité des phénomènes de stéréotypie et de clichage, en soulignant leur omniprésence tant au niveau littéraire qu’au niveau quotidien, mettant à jour les relations de réciprocité et d’interactivité établies entre activité lectrice et clichés/stéréotypes.
La seconde partie de ce travail de recherche s’appuie sur un mécanisme fondamental à l’œuvre dans le cliché ainsi que dans la création artistique contemporaine : le recyclage. Que l’on songe aux peintures d’Andy Warhol (par exemple les fameuses sérigraphies), aux photographies d’Edward Kienholz (utilisation du banal pour montrer l’horreur, le trouble), aux œuvres de Robert Rauschenberg ou aux romans de John Dos Passos (son usage répété du collage), pour n’en citer que quelques-uns, il apparaît clairement que cette technique du recyclage a effectivement inspiré nombre d’artistes américains. Certes Albee, Mamet et Shepard ont bel et bien été influencés par les œuvres de ces artistes ainsi que par les pièces de dramaturges européens de l’Absurde (dont l’utilisation des clichés est aussi abondante) mais par l’intermédiaire d’une esthétique du recyclage, c’est une voix américaine originale qui s’est mise en place. Abdiquant l’idéal romantique d’originalité, leurs langages se sont au contraire établis sur le mode du banal, du « bric-à-brac » reflétant parfaitement cet univers américain dans lequel évoluent les personnages. Or, c’est dans cet aspect « bric-à-brac » constitué d’éléments de seconde main (la langue américaine se fait l’écho d’une expérience d’occasion relayée et ressassée notamment par les médias) que le cliché trouve un espace privilégié à son expression. Condamnée à l’excès tant au niveau quantitatif (langage logorrhéique) qu’au niveau de son contenu (elle se charge d’expression de tous types et se codifie : proverbes, expressions obscènes et vulgaires, jargons), la parole reste pourtant le seul échappatoire à la mort et à l’oubli. Typique de l’ambiguïté intrinsèque du cliché, cette parole se place au carrefour de discours antagonistes, à la fois instrument de survie et signe de l’aporie du langage et du sens.
Toutefois cette esthétique du recyclage ne s’applique pas uniquement au langage mais s’étend aussi aux structures des pièces (circularité et phénomènes de symétrie ou d’asymétrie) et à de nombreux signes scéniques. La scène elle-même, par exemple, devient un espace d’accumulation et de surconcentration des signes et des débris de cette civilisation « extrême-occidentale » où tout est potentiellement sujet au recyclage et à la resémantisation . Espace privilégié de la crise, la scène bric-à-brac, donne souvent à voir des situations récurrentes et archétypales inspirées de divers hypotextes et mythes. C’est donc dans ce champ du déjà-entendu, du déjà-vu et du déjà-dit que s’inscrit l’esthétique du recyclage, parangon de l’activation et du retournement du cliché. De plus, c’est dans cette même optique que se définit l’activité théâtrale, art de la répétition (n’est-ce pas là le terme utilisé pour qualifier le travail d’apprentissage du texte et du jeu par les acteurs ?) et du ressassement (la tragédie s’est de tous temps inspirée de récit ou de textes dramatiques préexistants) qui entend pourtant apparaître chaque fois comme inédite. Guidé par un certain nombre de figures et de concepts littéraires (tels que la répétition, l’intertextualité, la parodie) ce travail de recherche a par conséquent pour objectif d’indiquer si le cliché fonctionne comme un obstacle ou au contraire comme un catalyseur pour ce langage dramatique américain.
Dans ce théâtre américain, et aussi plus généralement dans la littérature contemporaine, une poétique du cliché s’inscrit alors dans un mouvement de va-et-vient, de mise à l’épreuve des images usées (qu’elles soient métaphores, catachrèses ou métonymies) et de tentatives de réinvestissement esthétique et sémantique. Parmi les tentatives mises en œuvre, il convient de relever l’écriture hautement musicale de Sam Shepard ou bien encore les diverses séances d’exorcisme, ces deux exemples apparaissant comme modèles types d’un retournement du cliché visant à redonner aux mots un certain pouvoir. Ainsi, même ces procédés participent à cette formidable caisse de résonance qu’est la langue américaine et qui trouve sa réalisation exemplaire dans le cliché. En d’autres termes, le cliché chez les trois auteurs du corpus apparaît comme une forme ultime du langage, d’un langage qui ne peut se dire qu’en ressassant et qui se base sur des images (poétiques) d’un avant du discours mais qui persiste et s’obstine à vouloir signifier comme s’il se manifestait pour la première fois. Contrairement à l’utilisation qu’en ont fait les dramaturges de l’Absurde, le cliché ne vient pas ici signer nécessairement l’aporie et l’échec de la langue mais permet parfois au contraire de se poser comme tentative de renouvellement du sens.
La postérité de Baudelaire dans la Poésie symboliste russe ou le mal de l’idéal
Vendredi 17 juin 2005
9 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Lilith GRIGORIAN soutient sa thèse de doctorat :
La postérité de Baudelaire dans la Poésie symboliste russe ou le mal de l’idéal
En présence du Jury :
M. BRUNEL (Paris 4)
Mme de GREVE (Paris 10)
M. TROUBETZKOY (Versailles)
La pratique sportive associative. Essai sur le sport. Forme et raison de l’échange sportif dans les sociétés modernes
Jeudi 16 mars 2006
14 heures
Institut finlandais
60, rue des Ecoles
Paris 5e
M. Jean-Paul CALLEDE soutient son Habilitation à diriger les recherches :
La pratique sportive associative. Essai sur le sport. Forme et raison de l’échange sportif dans les sociétés modernes
En présence du Jury :
M. CHAZEL (Paris 4)
M. BAECHLER (Paris 4)
M. BOUNEAU (Bordeaux 3)
M. CUIN (Bordeaux 3)
M. PARLEBAS (Paris 5)
La préverbation en latin : étude des préverbes ad-, in- , ob- et per-...
Jeudi 11 décembre
8 heures 30
En Sorbonne, bibliothèque de latin, esc. E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Sophie VAN LAER BECUE soutient sa thèse de doctorat :
La préverbation en latin : étude des préverbes ad-, in- , ob- et per- dans la poésie républicaine et augustéenne
en présence du Jury :
Mme FRUYT (PARIS IV)
Mme GAIDE (AIX-MARSEILLE)
M. MOUSSY (PARIS IV)
Mme ORLANDINI (TOULOUSE III)
M. POTTIER (INSTITUT)
La presse ethnique et l’étude des réseaux diasporiques. Exemple des communautés juives américaines.
Vendredi 9 janvier
9 h 30
Salle Louis Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Nicolas SOURISCE soutient sa thèse de doctorat :
La presse ethnique et l’étude des réseaux diasporiques. Exemple des communautés juives américaines.
en présence du Jury :
M. BOQUET (DIJON)
M. CLAVAL (PARIS IV)
M. DOREL (PARIS I)
La problématique d’une politique européenne de sécurité et de défense depuis 1990
Vendredi 14 octobre 2005
9 heires
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Federico BORDONARO soutient sa thèse de doctorat :
La problématique d’une politique européenne de sécurité et de défense depuis 1990
En présence du Jury :
M. SOUTOU (Paris 4)
M. KLEIN (Paris 1)
M. BUSSIERE (Paris 4)
M. ZORGBIBE (Paris 4)
La problématique de la liberté dans l’oeuvre de Calvin
Mercredi 28 juin 2006
14 heures
En Sorbonne
Centre Roland Mousnier
G 647, 1er étage
Paris 5e
M. Gon Taik PARK soutient sa thèse de doctorat :
La problématique de la liberté dans l’œuvre de Calvin
En présence du Jury :
M. CHRISTIN (Lyon 2)
M. CROUZET (Paris 4)
M. DAUSSY (Le Mans)
M. ROUSSEL (EPHE)
M. TALLON (Paris 4)
Résumés
Notre recherche sur la problématique de la liberté chez Calvin selon sa vie permet de mieux comprendre, 1) la relation et l’évolution de la liberté civile et de la liberté chrétienne pour Calvin, à partir de son Commentaire du De clementia et son Institution ; 2) sa conception de la liberté en relation avec la notion de la Vérité, d’après les textes contre les nicodémites ; 3) sa conception de la liberté en rapport à la responsabilité, d’après les textes contre les Anabaptistes ou les libertins spirituels ; 4) sa notion de la liberté de conscience ou de la liberté religieuse dont l’homme ne peut jouir pratiquement que sous la législation de l’Etat, bien que la conscience soit un don de Dieu.
Mais pour avoir une synthèse de la conception calvinienne de la liberté. il est nécessaire d’examiner la dernière Institution où l’on peut élaborer un schéma de la liberté. Notre liberté - liberté chrétienne - est au carrefour de toutes les libertés verticales (libertés divine et humaine) et horizontales (libertés intérieure et extérieure). Ainsi, le concept calvinien de la liberté parait bien pondéré et apte à gouverner la vie spirituelle et la vie corporelle. Nous pouvons donc dire qu’à côté d’un Calvin moderne, il y a un Calvin introspectif.
This research for the issue of the freedom of Calvin through his life permit to understand better, 1) the relation and the evolution of the civil freedom and of the christian freedom for Calvin, from his Commentary on De clementia and his Institutes ; 2) his conception of the freedom with relation to the notion of the Truth, according to his anti-nicodemite texts ; 3) his conception of the freedom in relation to the responsibility, according to his texts against the Anabaptists or the spirituals libertines ; 4) his notion of the freedom of conscience or of the religious freedom which man can enjoy practically only under the legislation of the State, although the conscience is a gift of God.
But in order to synthesize Calvin’s conception of the freedom. it is necessary to examine the definitive edition of the Institutes where one can make a diagram of the freedom. Our freedom - christian freedom - is located on the crossroad of all "vertical"(divine-human) and “horizontal"(interior-exterior) freedoms. Thus, Calvin’s concept of the freedom appear well level-headed and capable of governing the spiritual life and the corporal life. One can say that besides "a modern Calvin", there is also "a introspective Calvin".
Position de thèse
Calvin et la liberté, c’est un sujet un peu trop immense pour accomplir. On a beaucoup discuté sur ce thème durant le dernier siècle. Les calvinologues et les historiens ont souligné avant tout "un Calvin moderne" jusqu’aux années 1970, tandis qu’à partir des années 1980, ils ont éssayé de relever "un Calvin introspectif". La méthodologie que j’ai choisie pour concevoir la conception calvinienne de la liberté est de suivre la vie du réformateur de Genève, en examinant ses écrits et les événements survenus autour de lui.
Notre recherche sur la problématique de la liberté chez Calvin commence par analyser ses deux premiers textes : le Commentaire sur le De clementia de Sénèque et les premières éditions de l’Institution de la religion chrétienne, lesquels constituent un des trois volets de la conception calvinienne de la liberté. L’humaniste français qui a fait les études philosophique, juridique et littéraire, devient théologien. Si, dans le premier texte, Calvin se soucie de la problématique de la liberté civile-le mot de la liberté se rapporte ici à ceux de la justice et l’amour-, laquelle pourrait être perçue dans la tradition gréco-romaine, le second texte montre qu’après la conversion le futur réformateur se préocupe surtout de la liberté chrétienne, laquelle se lie quand même à la liberté civile/religieuse et la liberté de l’homme.
Au cours du combat de la liberté, Calvin rencontre deux sortes des hommes qui constituent le deuxième volet de sa conception de la liberté. Il s’agit des "nicodémites" contre lesquels il a lutté même avant de devenir le réformateur de Genève, et les Anabaptistes/les "libertins spirituels" qui ont été repoussés par lui. Si, en ce qui concerne les "nicodémites", Calvin se montre le champion de la liberté, pour les Anabaptistes/les "libertins spirituels" le réformateur de Genève n’est qu’un protecteur de l’ordre établi par lui-même. Calvin qui a quitté la France pour chercher la liberté véritable devient maintenant à Genève un patron de la liberté retrouvée. Nous voyons que cette attitude variante de Calvin procède de la vérité, d’une part, et d’autre part, de la responsabilité, Après avoir combattu les dissimulateurs religieux qu’il qualifie de "nicodémites", le réformateur doit, cette fois-ci, lutter contre les Anabaptistes et les libertins spirituels, lesquels revendiquent une autre séparation des Eglises insuffisamment "réformées" à leur yeux. Si Calvin a revendiqué haut et fort la liberté pour la vérité vis-à-vis des catholiques romains et des "nicodémites", il parle maintenant, s’adressant aux séparatistes radicaux, de la responsabilité relative à la liberté.
Il nous semble que, dans ces deux scansions contraires, les attitudes de Calvin n’étaient pas cohérentes, mais cela ne veut pas dire que le principe directeur était paradoxal. Pour comprendre sa conception de la liberté, il faut considérer les deux choses comme un seul volet consistant en deux miroirs reflétant le même personnage. Il en est de même pour la question des libertés religieuses suscitée en Genève et en France, où nous voyons le troisième volet de la conception calvinienne de la liberté.
Liberté religieuse ou liberté de la conscience, ce serait le thème qui émaille les dernières années de Calvin. Les aspects du problème se manifestent différemment selon l’ambiance politico-religieuse de Genève et de France. Si, dans la première, la question est celle de la liberté de conscience individuelle, en France, elle concerne la liberté religieuse des huguenots qui confessent publiquement la foi réformée. L’affaire Servet demeure un des actes importants de Calvin. Notre réformateur qui était au début le défenseur de la liberté apparait alors comme un homme répressif, au fur et à mesure qu’il enracinait l’Eglise réformée dans cette ville. Cependant, en France, même il menait le combat pour la liberté de ses coreligionnaires, combat qui ira jusqu’aux guerres de Religion.
Nos analyses des textes permettent donc de mieux comprendre, 1) la relation et l’évolution de la liberté civile et de la liberté chrétienne pour Calvin, à partir de son Commentaire du De clementia et son Institution ; 2) sa conception de la liberté en relation avec la notion de la Vérité, d’après les textes contre les nicodémites ; 3) sa conception de la liberté en rapport à la responsabilité, d’après les textes contre les Anabaptistes ou les libertins spirituels ; 4) sa notion de la liberté de conscience ou de la liberté religieuse dont l’homme ne peut jouir pratiquement que sous la législation de l’Etat, bien que la conscience soit un don de Dieu.
Mais pour synthétiser la pensée et le combat de la liberté de Calvin, il faut analyser la dernière rédaction de son Institution. Cela nous permet d’élaborer un schéma de la liberté d’après Calvin. Pour comprendre mieux la conception intégrale de la liberté de Calvin, il faut comparer les libertés les unes aux autres, analysées jusqu’ici à travers sa vie. Le point du vue principale de cette comparaison est double : comparaison verticale entre la liberté de Dieu et la liberté de l’homme, et comparaison horizontale entre la liberté intérieure et la liberté extérieure. Dans ce carrefour, il y a la liberté chrétienne. Voilà le schéma que j’ai élaboré.
Il convient de dire que la problématique de la liberté calvinienne a commencé par l’observation du déplacement du De libertate christiana dans les éditions successives de l’Institution de la religion chrétienne, après sa première parution (1536). Il ne nous semble pas que la "liberté chrétienne" que Calvin a conçue dès le commencement se situe structurellement au coeur de toutes les libertés parues dans son oeuvre. La structure finale de la liberté ne s’est pas faite tout d’un trait sans luttes contre les adversaires, sans introspection. On peut dire que la dernière Institution de Calvin est le reflet de toute sa vie, à travers laquelle le réformateur a lutté contre les "papistes", les "nicodémites", les Anabaptistes, les libertins spirituels, les humanistes rationalistes, les nationalistes révolutionnaires (le parti des libertins), d’une part et d’autre part, contre la fausse piété et la mauvaise crainte de lui-même.
Il n’y a pas de liberté en l’homme, mais que la liberté de Dieu. C’est par la liberté de l’Evangile, donnée par le Christ, que l’homme exerce sa liberté. Voilà pourquoi, dans l’Institution, il n’existe que le seul article De libertate christiana. C’est l’homme chrétien qui goûte la liberté de Dieu et reconnaît sa volonté. C’est lui qui saisit bien que le libre arbitre de l’homme n’a aucune capacité de choisir le bien et d’accomplir son salut. Malgré cela, grâce à la liberté de Dieu, l’homme peut jouir des libertés terrestres pour lesquelles nous devons souvent entrer dans des combats ou des guerres. Il s’agit donc de la liberté extérieure qui comprend, non seulement la question des choses indifférentes, mais aussi celle des pouvoirs terrestres, que ce soit le pouvoir civil ou le pouvoir ecclésiastique. Mais l’homme chrétien est avant tout un homme intérieur, converti et introspectif. Il est un homme qui repasse toujours par sa conversion dont l’expérience repose sur la crainte volontaire de Dieu, où il trouve la sécurité, la paix, la sérénité, le bonheur, voire la liberté intérieure.
Il est vrai que Calvin a principalement lutté pour la liberté des Eglises réformées laquelle peut être considérée comme liberté extérieure, dans la mesure où le combat calvinien de la liberté se déroule en rapport avec les pouvoirs ecclésiastiques et étatiques, mais il ne faut pas oublier que le réformateur de Genève a lutté intérieurement pour la tranquilité existentielle et spirituelle qu’il n’avait cessé de chercher depuis sa conversion. On ne peut pas parler de ses activités extérieures sans mentionner cette intériorité, puisque le rôle que Calvin a joué principalement à Genève provient essentiellement de la "vraie piété" qu’il désirait toujours avoir.
Le système calvinien de la liberté est très balancée autour de la liberté chrétienne, bien sûr la liberté pour le christianisme que Calvin a conçu : "le type réformé". Il a lutté pour la liberté de Dieu, mais contre le libre arbitre de l’homme. Malgré cette négation fondamentale de la capacité humaine, l’homme peut participer à toutes les activités extérieures pour la liberté socio-politique, en vertu des grâces générale et spéciale de Dieu. En outre, l’homme peut aussi participer à toutes les activités intérieures pour gagner le bonheur du coeur. Ainsi, le concept calvinien de la liberté parait bien pondéré et apte à gouverner la vie spirituelle et la vie corporelle. Nous pouvons donc dire qu’à côté d’un Calvin moderne, il y a un Calvin introspectif.
La proposition concessive en ancien occitan : la poésie des troubadours
Samedi 11 décembre
9 h 3
En Sorbonne, salle du CEROC, 4e étage
16, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme Sibylle HAEFELE soutient sa thèse de doctorat ::
La proposition concessive en ancien occitan : la poésie des troubadours
En présence du Jury :
M. RICKETTS (BIRMINGHAM)
Mme SCHULZE-BUSACKER (MONTREAL)
Mme THIOLIER (PARIS IV)
La quête de liberté chez les poètes malgaches d’expression française
Mercredi 15 décembre 2004
9 heures
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
Mme Volafeno ANDRIAMAROMANANAM soutient sa thèse de doctorat :
La quête de liberté chez les poètes malgaches d’expression française
En présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS IV)
M. JOUANNY (PARIS IV)
M. JOUBERT (PARIS XIII)
M. NGAL (ZAÏRE)
La question de la règle perçue comme limite à l’arbitre juridique
Samedi 21 janvier 2006
Université de Turin
Mme Maria BORRELLO soutient sa thèse de doctorat (cotutelle avec l’Université de Turin) :
La question de la règle perçue comme limite à l’arbitre juridique
En présence du Jury :
M. COURTINE (Paris 4)
M D’AGOSTINO
M. MOREAU (ENS - Paris 4)
M. NEHROT
Resumé
La réflexion sur la règle s’inscrit dans une perspective qui nie la possibilité d’aucun dogmatisme ce qui permet de relever comme la règle, en tant que critère formel à travers lequel on peut penser le droit, est en réalité toujours impossible à la définition précise et ponctuelle : cette impossibilité a ouvert la perspective relativiste qui s’impose aux Etats Unis à partir des années ’70 et qui, à travers la négation de la possibilité de déterminer rationnellement le sens d’un énoncé, nie en conséquence l’existence du concept de règle comme justification de toute décision et affirme que la base de toute décision est pur arbitraire. L’exigence de ne pas avouer, à travers le kaléidoscope herméneutique, toute perspective relativiste, a conduit à la conceptualisation juridique du XVIII siècle qui, inversement, au nom de la rationalité pose le principe de la règle et ce, pour exclure tout arbitraire ; ce qui a aussi permis de lire les débats philosophiques de l’après guerre. L’intérêt pour la réflexion de l’école du Nouveau Droit Naturel, qui se développe à partir des années ‘50 en Europe, dans l’esprit qui fut celui des Lumières mais en ayant à l’esprit évidemment la disparition des Etats de droit dans la première moitié du XXème siècle, réside principalement dans la reprise de la question de la rationalité du droit, en contestant la perspective relativiste d’une part et en montrant que l’affirmation d’un principe de rationalité, pensé comme impréscindible pour toute énonciation d’un principe juridique, n’était pas seulement de nature "idéologique" mais qu’il représentait plus essentiellement la possibilité même de dire le droit.
Our reflection on the notion of rule is inscribed in a perspective that intends to oppose itself to a dogmatic formulation, according to which the rule would constitute the formal criterion to think the law. The concept of rule, in fact, escapes a precise and punctual definition : this impossibility has opened the relativistic perspective promoted in the United States from the beginning of 70th by the Critical Legal Studies movement. Through the negation of the possibility to determine rationally the sense of a proposition, such School of thought also denies the existence of the concept of rule as justification of every decision ; in these terms, it affirms that the base of every decision is pure will. Also the demand to elude every relativistic perspective, that imposes itself through the hermeneutic kaleidoscope, has conducted to the juridical elaboration of the rule of the XVIII century ; it, in fact, has inversely formulated the principle of the rule in rational terms to properly exclude every form of will. The resumption of such debates has allowed us to reconstruct the juridical reflection of the School of the New Natural Right. This reflection, that has been developed from the beginning of 50th in Europe, mainly resides in the renewal of the question of the rationality of law, as it had been set by the Enlightenment. The relevance of this doctrine consists, for us, in avoiding, on one side, every relativistic result and showing, on the other, that the affirmation of a principle of rationality, thought as necessary for every juridical enunciation, would not be of an ideological nature but constitutes, more essentially, the possibility to say the law.
Position de thèse
Dans toutes ses certitudes qui le composent, le droit, pourtant, et pour cette raison même de ses certitudes, n’est pas absent de paradoxes. Si, pour toute entreprise cognitive, en effet, penser est toujours représenter ce que serait l’inconnu, sitôt que l’un se réfère à la spéculation juridique, il semble que ce soit tout le contraire. Semble ici s’imposer l’idée que nous sommes confrontés à quelque chose de toujours déjà acquis : la « règle », le « droit », la « règle de droit ». La notion de règle, dans le domaine juridique, semble renvoyer ainsi à un donné, comme à un objet, une sorte de réification de quelque chose qui représente ce par quoi, nécessairement, se développe le raisonnement juridique. Ainsi la demande « Qu’est ce qu’une règle », qui ne suscite pas nécessairement une réponse parmi les plus simples, trouve, pour la raison que nous avons à peine évoquée, toujours une réponse précise et immédiate dans le raisonnement juridique.
Les différents systèmes juridiques, en effet, fournissent des définitions détaillées qui auront pour but d’éliminer tout doute envers ce qui apparaît être le concept le plus essentiel du raisonnement juridique : c’est-à-dire la « règle ». Toutes les définitions, qui sont autant de réponses à une question non posée, des différents systèmes juridiques, et que donc nous pourrions supposer diverses, ont cette étrange caractéristique d’être toutes similaires entre-elles. Le plus notoire, assurément, est la structure tautologique de l’énoncé par le quel sa présentation est faite : il est dit en effet, dans chaque domaine du droit que « la règle régule... » . Peut être qu’à partir du moment où les catégories, les concepts, les notions, à partir desquels le raisonnement se construit, ne sont pas mis en discussion, mais au contraire représentent le toujours acquis qui exprime en soi son propre sens, peut-on parler d’une écriture dogmatique ; c’est le cas, en particulier, des raisonnement issus de la culture juridique contemporaine qui semblent toujours vouloir s’écrire comme des raisonnement dogmatiques : la règle ainsi est présentée simplement comme un referant linguistique, comme un ensemble de mots par lesquelles se constitue l’énoncé qui donne une définition au droit, qui exprime la forme du droit. Ce renvoi aux définitions, à « la » définition, caractéristique de toute réflexion dogmatique, implique pourtant une herméneutique spécifique, qui consiste précisément à concevoir les énoncés comme rationnels parce que appréhensibles par la seule description, ce qui correspond à l’idée vulgaire du sens littéral. Cette herméneutique dispose que le sens est regard. Cependant n’importe quel regard c’est un regard qui courre à la surface des choses, c’est-à-dire des mots, permet d’accéder au sens. Le sens est alors cette « surface » sur lequel le regard courre : rien n’est dissimulé, le mot montre le sens . Nous accédons dès lors directement au sens, qui s’offre, présence toujours déjà visible qui doit seulement être reçue. Le problème de la règle, selon la position de la dogmatique juridique, est ainsi la manifestation d’une herméneutique qui demeure parfaitement inconnue à cette même dogmatique. C’est ainsi que cette herméneutique selon laquelle voir c’est lire, est-elle traduite par la dogmatique juridique comme une banale assertion linguistico-sémantique : le mot c’est le sens. L’épistémologie positiviste a ainsi souvent tendance à présenter le problème du sens comme quelque chose qui ne prête pas à discussion. Pourtant, et dès lors que l’on se pose la question de la formalisation d’un sens, il est difficile de croire que quelque chose s’offre en lui-même. De la même façon il est illusoire de croire que le problème du sens puisse être reconduit à la simple définition des mots ; cela du reste aboutirait à concevoir toute entreprise cognitive comme cette absurde recherche de quelque chose qui serait toujours déjà su, d’avance. Nous aurions d’un coté, les règles, déterminées par les définitions et de l’autre le monde, les « faits », et l’articulation entre ces deux entités serait précisément ce qu’on appelle le droit. Il suffit de s’approcher un peu d’une quelconque expérience judiciaire pour comprendre que la question qui se pose au juriste est plus complexe que celle de la simple articulation entre des règles et des faits. Le décalage entre ce que la dogmatique juridique énonce et les pratiques juridiques des salles judiciaires nous montre la difficulté pratique de cette question de méthode. La décision du juge, qui est le tiers, est légitime en tant quel le juge est super partes : mais de plus en plus elle est l’objet de contestation, et ce qui est contesté est tout premièrement sa légitimité en tant qu’expression d’un acteur qui n’est pas reconnu comme tiers impartial. S’impose toujours plus l’idée qu’il s’agit d’une « interprétation », expression de préjugés de nature politique, ou sociologique etc., et que toute décision est l’expression d’un arbitraire au sein de laquelle le droit est strictement la conception de qui l’énonce : en un mot, une décision qui fait que le droit se ramène à l’interprétation du juge. La conséquence de tout cela, évidemment, est de contester tout rationalisme juridique pour affirmer un relativisme, selon lequel toute décision juridique se rapporte uniquement à la force de l’autorité qui l’émet. L’affirmation d’une rationalité du raisonnement juridique est dénoncée comme pure idéologie. L’absence de toute structure contraignante, au sein du raisonnement judiciaire qui fixe la question du sens, témoignerait ainsi d’un pur arbitraire, d’une manifestation d’un pouvoir basé sur la force. Cette perspective se veut la contestation radicale de toutes les théories pour lesquelles un raisonnement juridique, judiciaire, est essentiellement rationnel et, en particulier, des théories qui en tout premier lieu s’exercent à définir le pouvoir de juger, le pouvoir d’interpréter etc., comme la définition de limites à l’exercice de l’autorité. Aussi ambitieuse que se veuille cette critique, il reste que cette tentative de contester théoriquement toute idée de contrainte à l’exercice d’un pouvoir est loin d’être achevée. Par ailleurs nous contestons les prémisses à partir desquelles cette théorie construit sa critique. Prenons le concept de règle précisément.
Concevoir la règle, comme le fait la pensée positiviste, comme cette espèce d’a priori, point de départ, nous pourrions dire, de tout raisonnement juridique, est sans doute un formalisme tout à faite critiquable, mais l’erreur serait, au nom de cette critique, de supprimer toute nécessité d’un recours, au sein du raisonnement juridique lui-même, à la notion de règle. L’erreur de la pensée positiviste est de penser pouvoir clore toute question sur la nature du raisonnement juridique lorsqu’elle évoque la règle, alors qu’il s’agit, tout au contraire, de comprendre comme, par la notion de règle, s’ouvre précisément cette question sur la nature du raisonnement juridique. A ce state de l’abstraction, il y a bien longtemps que la critique proposée par le mouvement américaine du CLS a disparu. Pour le dire simplement, sitôt que l’on se réfère à la règle, est toujours invoquée une transcendance : la référence à la règle implique nécessairement quelque chose qui ne s’arrête pas au pur énoncé linguistique. Dire le mot n’est jamais clore la question du sens parce que serait saisir une chose. Même si l’on voulait concevoir le mot comme ce qui trace une limite, nous n’en aurions pas pour autant fini avec la question du sens. Il est plus judicieux, au contraire, de penser que par les mots ne se ferme pas mais s’ouvre la question du sens, et alors, dans cette perspective, se transforme complètement la problématique de la règle. Les définitions, les postulats divers, sont ce par quoi une pensée formalise ce qui est, au départ, présenté comme le problème à rejoindre. Rien de plus. Transformer ce processus cognitif en un simple problème « interprétatif » serait superficiel. Evidemment qu’un sens est ce qui s’obtient à travers des modes de raisonner et qu’il n’est jamais toujours déjà connu d’avance. Mais transformer ce truisme en un postulat relativiste selon lequel tout est invention pure, implique une superficialité méthodologique. Ce qui lie un raisonnement ce n’est pas la « règle », c’est-à-dire un énoncé qui maintiendrait l’objectivité du sens dans la structure de la répétition ; ce qui lie le raisonnement ce sont les modes formels par lesquels il se déploie et sur lesquels il s’appuie. La « règle » est le résultat de tout cela. Ainsi, nous comprenons que le rejet des énoncés sémantico-linguistiques de la pensée positiviste ne porte pas nécessairement et fatalement, comme veulent le faire croire les mouvements critiques - par exemple, le CLS - au relativisme qui finit par affirmer que tout, et la question de la règle en particulier, est expression de simple et pure force.
Toutes ces pensées « critiques » participent de ce que Nerhot a appelé la « culture de l’interprétation », culture pour laquelle toute détermination du sens est affaire de point de vue, pour laquelle, donc, parler de vraie et de faux n’a aucun sens. Ce qui anime notre réflexion c’est, tout au contraire, la démonstration que tout raisonnement est affaire de principe et que l’herméneutique du kaléidoscope est une absurdité. Bien sur l’énonciation du vrai, du faux, est de l’ordre du possible ; mieux même, cette énonciation est au principe même de tout raisonnement. C’est ainsi que l’ambition de toute enquête de nature cognitive est l’identification de ces procédés, méthodes, par lesquels un raisonnement s’impose et s’impose à d’autres raisonnements.
La règle de droit, donc, ne doit pas être pensée comme simple entité linguistique et énoncer une règle ne veut pas dire répéter des mots, pas plus que de plonger en-deça des mots dans un quelconque non-dit. Penser la règle, c’est indiquer comment un raisonnement s’ouvre et fixe ce qui est présenté comme le non-su. En un mot, une règle est toujours de l’ordre du renouvellement et non pas de la répétition. L’erreur classique, évidemment, est de transcrire ce renouvellement comme une pure invention de celui qui énonce la règle, ce qui permet de transposer la question herméneutique dans le champ du politique et pour dire que rien ne justifie le pouvoir et que tout est force et violence. Cela signifie que la question théorique n’est plus celle de l’appréhension de la « limite » de ce qui est permis, jusqu’où soit toujours considérée comme du droit, mais de celle du principe rationnel par lequel un raisonnement juridique se constitue. Ainsi, cette absence de « limite », c’est-à-dire de repères précis prédéfinis, qui plongerait selon le CLS le droit dans un inéluctable arbitraire, est-t-elle une question dépassée. C’est là sans doute, par exemple, l’aspect majeur et la grande actualité de l’école du Nouveau Droit Naturel telle que la philosophie du droit allemande a su le concevoir. Elle permet, notamment, et ce n’est pas là le moindre de ses intérêts, de dépasser la conception relativiste. La notion de la « limite » n’est plus une question de plus ou de moins, mais une question purement qualitative puisqu’elle intègre le critère qualitatif de l’idée même de justice.
Le droit devient la projection d’une synthèse de l’autorité et de la liberté, il est ce par quoi s’organise une vie en commun, ce vers quoi doivent tendre les comportements. Est exclu le formalisme dans cette projection ; est recherché l’équilibre, par nature toujours à renouvelé, jamais acquis. La règle, dès lors, reste intrinsèquement étrangère au relativisme même si elle n’entend plus être au principe même d’une théorie de la justice. Sa pertinence est toute méthodologique, elle ne poursuit pas une définition générale et abstraite du contenu de la justice mais aide à forger les critères par lesquels se résoudrent les conflits. Ce qui émerge, en définitive, c’est une herméneutique qui, ne niait pas les études critiques relatives au langage, sait pourtant dépasser l’aporie à laquelle ces critères aboutissent pour poser la question dans une champ plus pratique. C’est donc à l’intérieur même du droit que venait le champ critique, du moment moral et éthique du dire juridique, sur une base essentiellement rationaliste. Cette nouvelle critique, rationaliste encore une fois, permet et c’est là son inestimable valeur de réaffirmer la dénonciation du droit mais seulement au nom du droit.
La question du sujet dans la littérature et la philosophie allemandes depuis le XVIIIème siècle
Vendredi 5 décembre 2003
14 heures 30
Centre Malesherbes, salle 211
108 bd Malesherbes
Paris 17ème
M. Rolf WINTERMEYER soutient sa thèse d’Habilitation à diriger des recherches (HDR)
La question du sujet dans la littérature et la philosophie allemandes depuis le XVIIIème siècle
en présence du Jury :
M. CLUET (RENNES II)
M. KREBS (PARIS IV)
M. MONDOT (BORDEAUX III)
M. VALENTIN (PARIS IV)
M. ZSCHACHLITZ (AIX-MARSEILLE)
La réception de la littérature arabe traduite en France après le Prix Nobel égyptien 1988
Mercredi 15 septembre
14 h 30
Sorbonne, salle des Actes
Mme ANAS ABOUL-FOTOUH soutient sa thèse de doctorat :
La réception de la littérature arabe traduite en France après le Prix Nobel égyptien 1988
en présence du Jury :
M. AZAB (INALCO)
M. BACKES (PARIS IV)
M. DEHEUVELS (INALCO)
M. TADIÉ (PARIS IV)
La réception de la peinture française en Allemangne de 1815 à 1870
Dimanche 12 décembre 2004
10 heures
Centre Allemand d’Histoire de l’Art
10, place des Victoires
75002 PARIS
Mme France NERLICH soutient sa thèse de doctorat :
La réception de la peinture française en Allemangne de 1815 à 1870
En présence du Jury :
M. DARRAGON (PARIS I)
M. FLECKNER (HAMBOURG)
M. GAETGENS (BERLIN)
M. JOBERT (PARIS IV)
M. SCHIEDER (BERLIN)
M. VAISSE (GENEVE)
La réversibilité ? "Le grand mystère de l’univers"
Mardi 27 juin 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
M. Nicolas MULOT soutient sa thèse de doctorat :
La réversibilité ? "Le grand mystère de l’univers"
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (Paris 4)
M. GLAUDES (Toulouse 2)
M. GUYAUX (Paris 4)
M. JOURDE (Grenoble 2)
Résumés
La réversibilité est le principe découlant du dogme de la communion des saints, selon lequel les mérites ou les souffrances du saint profitent au coupable. Maistre en a fait le fondement d’une théorie qui sous-tend toute son œuvre. Elle est résumée dans cette formule qui va connaître par la suite de multiples variations : « L’innocent en souffrant ne satisfait pas seulement pour lui, mais pour le coupable, par voie de réversibilité ». L’idée de la souffrance expiatrice, nombre d’écrivains l’ont apprise à l’école de Joseph de Maistre. Toute une tradition renvoie à lui. Chaque écrivain a tenu le rôle de passeur et d’initiateur. C’est ce caractère non statique de la théorie de la réversibilité qui explique ses richesses, l’abondance des thèmes qu’elle recouvre. Elle offre un clef indispensable à la compréhension de la théologie de la rédemption et de la mystique de la nature, transposées en une langue magnifique par ces deux premiers initiateurs à la réversibilité que furent Louis-Claude de Saint-Martin et Joseph de Maistre.
Derived from the dogma of the communion of the saints, Reversibility is the principle of the saint’s merits and sufferings benefiting the sinner. On it, Maistre founded a theory which he spread throughout his works. It is summarised in a formula that was to know many subsequent variations : “when he suffers, the innocent does not satisfy for him solely, but also for the culprit, by way of reversibility”. Many a writer did learn the concept of compensatory suffering through Joseph de Maistre’s books. Being continuators rather than plain followers, they achieved in unveiling the theory’s implicit content, which fecundity is only matched by its depth. They have clarified the solidarities implied by reversibility, not only these among men faced with good or evil, but also those between universe (macrocosm) and man (microcosm). This theory provides an essential key to understand the theology that lies behind redemption and naturmystik, which both were presented in a superb style by two early divulgers of the mystery of reversibility : Louis-Claude de Saint Martin and Joseph de Maistre.
Position de thèse
Chez plusieurs écrivains catholiques on décèle une communauté d’inspiration qui procède de leur allégeance à la même confession religieuse, mais aussi de l’influence qu’ils ont exercée les uns sur les autres. La récurrence de l’idée de réversibilité l’atteste. Il n’est que de démêler l’écheveau des influences, de remonter aussi loin qu’il est possible pour découvrir son inspirateur, un maître de la littérature catholique, le comte Joseph de Maistre. Après une longue éclipse, celui-ci revient au grand jour. La publication chez Gallimard de l’essai d’Antoine Compagnon, Les Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes, a remis récemment à l’honneur l’école de pensée dont il est un des inspirateurs. Au même moment est paru un volumineux Dossier H qui, selon son maître d’œuvre, peut se lire « comme une encyclopédie philosophique des deux derniers siècles ». Les nombreuses contributions dues à des auteurs vivants ou disparus témoignent de l’intérêt et même des passions que n’a cessé de susciter l’œuvre du royaliste inspiré. Enfin une édition savante, établie par Pierre Glaudes, de ses ouvrages les plus connus est annoncée dans la collection « Bouquins ». La situation faite à Maistre dans le paysage intellectuel s’est beaucoup modifiée au cours de ces dernières années. On l’étudie aujourd’hui partout dans le monde. L’abondance de publications le concernant pose la question de la légitimité d’une étude sur la théorie de la réversibilité qui est la clef de voûte de son système de pensée. Il en a fait de cette idée le socle d’une doctrine annexée au dogme de la Rédemption et qui trouve son expression la plus dense dans cet axiome : l’innocent en souffrant ne satisfait pas seulement pour lui-même mais pour le coupable, par voie de réversibilité. Elle est la clef de voûte de son système de pensée Quel que soit l’angle sous lequel on l’analyse, on rencontre fatalement cette théorie autour de laquelle s’articule toute son œuvre. Elle sous-tend ses conceptions sur les sacrifices, sur la guerre, sur le pouvoir de la prière, sur l’involution, sa philosophie de l’histoire, nous aide à comprendre la chute et la rédemption, le sens de la souffrance. Elle recouvre des thèmes que la critique a tendance à négliger, comme l’hérédité ou la transmission transgénérationnelle. Elle n’a pourtant jamais fait l’objet d’une étude approfondie qui aurait pour objectif d’en présenter à la fois la genèse et les prolongements. Le sujet en effet est très vaste car l’influence de Maistre s’est étendue bien au-delà du mouvement réactionnaire.
D’Ernest Hello à Bernanos, en passant par Baudelaire et Claudel, nombreux sont les écrivains dont la pensée s’est façonnée au contact de son œuvre inépuisable. La théorie de la réversibilité a marqué profondément Barbey d’Aurevilly et Léon Bloy, dont on a parfois présenté l’œuvre comme la continuation littéraire des perspectives religieuses des Soirées de Saint-Pétersbourg. Cette théorie s’est transmise comme un héritage. Chacun de ces écrivains a tenu tour à tour le rôle de passeur et d’initiateur. Maistre lui-même l’a reçue de la génération des illuministes et des théosophes chrétiens avec lesquels il était en relation. Émile Dermenghem a souligné à juste titre que l’orthodoxie de ses croyances n’empêchait pas Maistre d’être imprégné de théosophie. Lors de ses rencontres avec les théosophes, il lui avait été loisible de méditer sur cette notion métaphysique, la réversibilité, liée dans leur enseignement à une foule de croyances disparates. Elle éclaire les aspects les plus difficilement intelligibles de cette fascinante philosophie de la nature qui jusqu’à l’avènement de la sophiologie russe restait l’apanage des théosophes. Maistre, lui, a fait de cette notion le socle d’une doctrine annexée au dogme de la Rédemption et qui trouve son expression la plus dense dans cet axiome : l’innocent satisfait pour le coupable par voie de réversibilité. Dans le cadre mystique de la communion des saints, les innocents paient pour les coupables, complétant ainsi, selon la parole profonde de saint Paul, ce qui manque à la Passion de Jésus-Christ. Cette doctrine, devenue classique, comporte de nombreuses ramifications que nous allons explorer dans la première partie de notre étude. Nous chercherons à montrer qu’elle tire sa profondeur et sa consistance de la relation étroite qu’elle entretient avec la théologie anselmienne de l’expiation et de la satisfaction vicaire, souvent caricaturée par les commentateurs modernes.
La réversibilité, telle que les écrivains catholiques la conçoivent, repose sur l’idée d’une unité principielle et originelle, d’une solidarité indivisible entre tous les hommes. L’appréhension de l’unité de l’être est commune à tous les écrivains catholiques. Le principe de la réversibilité induit, comme nous le verrons dans la seconde partie, celui de la solidarité dans le mal et dans le bien. Ce pressentiment de l’unité essentielle justifie l’attention accordée aux analogies dont une des plus typiques est celle qui existe entre l’homme, le microcosme, et l’Univers, le macrocosme, entre le résumé et l’œuvre entière. La Création doit à cette relation de symbiose de partager le destin de l’homme. La doctrine de l’homme-microcosme est connexe, ainsi que nous le vérifierons dans notre étude, à celle de la réversibilité. L’homme interagit sans cesse avec le monde. Sa régénération entraîne celle de la nature tout entière, dépossédée par sa faute du Logos dont la teneur est Sagesse. Ce Logos ou Verbe est le Fils éternel de Dieu, le Christ, pour lequel tout a été créé, et en lequel nous avons « la vie, le mouvement et l’être » (Ac, 17 : 28). La conséquence inverse de cette interaction c’est que la dégradation spirituelle et morale de l’homme maintient la nature physique dans l’asservissement et l’angoisse. Nous étudierons longuement dans notre dernière partie cette conception de la réversibilité, fondée sur une interprétation large du huitième chapitre de l’épître aux Romains de saint Paul, que l’écrivain catholique, Albert Frank-Duquesne, a soumis à une exégèse admirable. L’homme est en rapport constant non seulement avec tous ses semblables mais aussi avec l’univers matériel. Il est le gardien de son frère et du monde qui l’entoure. Cette image de l’homme pourrait être à la source de ce nouvel humanisme dont le philosophe russe Nicolas Berdiaev espérait l’avènement, un humanisme relié à l’ordre spirituel.
Nous entendons proposer dans cette étude une synthèse de toutes les interprétations relatives à la réversibilité, qui n’est pas réductible à la conception maistrienne. Cette théorie a progressé et s’est enrichie d’apports multiples. En effet, contrairement aux théories littéraires, une théorie religieuse est susceptible de se développer. C’est à John Henry Newman (1801-1890) que nous devons l’idée de la tradition vivante. Par tradition il ne faut pas entendre quelque chose de statique et d’immuable. Il ne s’agit pas d’un héritage mort mais d’un dépôt, fait pour croître et se multiplier. La première phase du développement de la théorie de la réversibilité a été rendue possible grâce à Joseph de Maistre qui, à partir du dogme de la rédemption, a élaboré un système dans lequel les notions de substitution, de réparation (ou de satisfaction) sont centrales. La seconde vient des intuitions de Léon Bloy qui a élargi la communion des saints aux dimensions du Corpus Christi mysticum. Avec lui, la réversibilité devient le « grand mystère de l’univers » évoqué par Maistre dans le Xe Entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg. La troisième a coïncidé avec le renouveau de la pensée chrétienne au XXe siècle. Le théologien orthodoxe Serge Boulgakov, l’abbé Maurice Zundel, Albert Frank-Duquesne, que Claudel considérait comme « un des penseurs les plus originaux, les plus fermes et les plus érudits » de son temps, l’oratorien Louis Bouyer, Jean Bastaire et du côté protestant Jürgen Moltmann ont cherché à mettre en lumière, de diverses manières, les rapports et l’interaction de l’homme avec le monde physique
Parce qu’elle est inclusive, la théorie de la réversibilité ne peut être l’objet d’une formulation définitive. Elle reste ouverte à de nouvelles interprétations. On ne peut en délimiter les contours et rien ne permet d’affirmer qu’elle ne contribuera pas, un jour, à lever le voile sur des mystères de la foi qui nous sont encore obscurs. D’ores et déjà, elle nous permet d’appréhender l’univers de l’Incarnation et de la Rédemption, l’univers de la faute et du salut. En elle se reflète ce que John Newman appelle la « plénitude catholique ».
La révolution industrielle britannique vue par les voyageurs francophones : 1750 - 1850
Samedi 17 septembre 2005
13 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Achour KHELIFI soutient sa thèse de doctorat :
La révolution industrielle britannique vue par les voyageurs francophones : 1750 - 1850
En présence du Jury :
M. CARRE (Paris 4)
M. POIRIE (Paris 13)
M. REDONNET (Paris 4)
M. THOLONIAT (Le Mans)
La relation infinie : la philosophie de Lanza del Vasto (1901-1981)
Jeudi 23 juin
14 heures
À la Maison de la Recherche
D 223
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Daniel VIGNE soutient sa thèse de doctorat :
La relation infinie : la philosophie de Lanza del Vasto (1901-1981)
En présence du Jury :
M. CHENET (Paris 4)
M. ADAM (Bordeaux 3)
MMe BONARDEL (Paris 1)
M. DELOOZ (Pau)
M. VIEILLARD-BARON (Poitiers)
La représentation de l’identité congolaise dans la poésie de Jean-Baptiste Tati Loutard.
Lundi 10 Mai
9 h
en Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Cristina-Edith POPESCU soutient sa thèse de doctorat :
La représentation de l’identité congolaise dans la poésie de Jean-Baptiste Tati Loutard. Interférences culturelles
en présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS IV)
M. DELAS (CERGY)
Mme SASU
M. VARTIC (Roumanie)
La reproduction textuelle. Recherche sur les généalogies littéraires.
Samedi 13 décembre
14 h 30
Bibliothèque Georges Ascoli, esc. C, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Jean-Christophe CAVALLIN soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
La reproduction textuelle. Recherche sur les généalogies littéraires.
en présence du Jury :
M. BERTHIER (PARIS III)
M. COMPAGNON (PARIS IV)
M. GUYAUX (PARIS IV)
M. ROULIN (ST ETIENNE)
M. ZINK (Coll. de Fr.)
La rigueur et l’éclat : théologies poétiques de l’âge baroque (1570-1630)
Samedi 6 novembre 2004
9 h
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Christophe BOURGEOIS soutient sa thèse de doctorat :
La rigueur et l’éclat : théologies poétiques de l’âge baroque (1570-1630)
en présence du Jury :
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
M. JEANNERET (GENEVE)
M. LESTRINGANT (PARIS IV)
Mme MANCERO (BESANCON)
M. MENAGER (PARIS X)
M. MILLET (BÂLE)
La royauté française de Louis IX à Philippe de Valois
Vendredi 5 décembre 2003
14 heures
Bibliothèque du Centre Roland Mousnier
Escalier G, 2ème étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5ème
Mme Elisabeth LALOU soutient son Habilitaion à Diriger des Recherches :
La royauté française de Louis IX à Philippe de Valois. Les tablettes de cire, les comptes, l’hôtel.
En présence du Jury :
M. CONTAMINE (PARIS IV)
MME GAUVARD (PARIS I)
M. GUYOTJEANNIN (CHARTES)
M. KERHERVE (BREST)
MME MICHEAU-FREJAVILL (ORLEANS)
M. PARAVICINI
La rue à Rome, miroir de la ville. Entre l’émotion et la norme
Samedi 20 décembre
9 h
Salle Louis Liard
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Brice GRUET soutient sa thèse de doctorat :
La rue à Rome, miroir de la ville. Entre l’émotion et la norme
en présence du Jury :
M. BERQUE (EHESS)
M. CARMONA (PARIS IV)
M. CLAVAL (PARIS IV)
M. PITTE (PARIS IV)
M. ROYO (TOURS)
La scène utopique : le théâtre des poètes modernistes (W.B Yeats, T.S Eliot et W.H Auden)
Vendredi 30 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Daniel JEAN soutient sa thèse de doctorat :
La scène utopique : le théâtre des poètes modernistes (W.B Yeats, T.S Eliot et W.H Auden)
En présence du Jury :
Mme ANGEL-PEREZ (Paris 4)
M. AQUIEN (Paris 4)
Mme BOIREAU (Metz)
M. BONAFOUS-MURAT (Paris 3)
Mme GARNIER-GIAMARCHI (Paris 8)
Résumés
Les trois poètes majeurs de l’ère moderne en Angleterre, W.B. Yeats, T.S. Eliot et W.H. Auden, au-delà de leur identité poétique propre, ont en commun d’avoir consacré une partie significative de leur carrière au théâtre. Leurs contributions à l’art dramatique ont fait l’objet de nombreuses études au moment de leur gloire, mais caractérisées par l’inscription de leur parcours dans le genre contestable du théâtre en vers ("verse drama"). Une telle approche nie la spécificité moderniste de leur réflexion et de leur pratique du théâtre, en particulier en négligeant l’importance des problématiques européennes d’un théâtre utopique, que l’on trouve à la fois chez Wagner et Mallarmé. L’objet de cette thèse est d’intégrer la dimension utopique à une relecture des oeuvres de ces poètes, qu’elles soient explicitement destinées à la scène, ou qu’elles contiennent une théâtralité latente, avec comme horizon une redéfinition de leur place dans l’histoire du théâtre britannique.
The Utopian stage : the drama of 3 modernist poets
The three major English-speaking poets of the modern age, W. B. Yeats, T.S. Eliot and W.H. Auden have all devoted a significant part of their careers to the theatre. There were many studies of their contributions to drama at the time of their success, but the concept of “verse drama”, which was coined to characterise them, has proved of doubtful value. It denies the specifically modernist nature of their reflection and approach to the theatre, particularly by underestimating the importance of European theories of drama as utopia, such as Wagner’s and Mallarmé’s. The aim of the present thesis is to offer a new reading of the dramatic works of these poets, whether they were explicitly intended for the stage or they are implicitly dramatic in form and content, taking into account their utopian dimension and attempting to redefine their place in the history of British drama.
Position de thèse
Le premier chapitre de notre travail est consacré à la première période de Yeats. Yeats fut le premier à se lancer dans une entreprise de redéfinition du théâtre. Armé d’une intuition unique, Yeats fut capable de sentir les évolutions esthétiques de son temps, jusqu’à devenir une figure de proue de la redéfinition de l’art dramatique, sans pour autant sortir de son solipsisme. Il ne pose pas de façon aussi obsessionnelle que le fera T.S.Eliot la question de la possibilité du théâtre poétique, mais dans toutes ses oeuvres dramatiques il donne corps à ces questions, il les porte jusque dans le cœur, centre, et comme principe vital du texte. Avec à l’esprit ce que dans une de ses toutes dernières lettres il dira de la vérité, l’idéal du théâtre poétique, pour Yeats, ne s’atteint pas conceptuellement, il s’incarne dans la singularité d’une trajectoire.
A la fois solitaire et collectif, singulier et en phase avec les principales évolutions du théâtre, nous voulons lire le parcours qui se dessine dans ses pièces, comme une performance, une mise en espace, et mise en page, de la question du théâtre poétique. Car, contrairement à T.S. Eliot et W.H. Auden plus tard, Yeats ne s’est pas satisfait trop vite d’une « niche poétique » tolérée par le « théâtre du commerce ». Il aura tout au long de sa vie bataillé avec le théâtre dans sa définition même. La question de la nature poétique du théâtre s’est posée dans toute la profondeur qu’autorise l’étymologie du terme, comme la question de la créativité du théâtre, et de sa pertinence comme forme moderne et vivante. Le théâtre poétique devient chez W.B. Yeats le conflit entre le théâtre et ce qu’il appelle l’ « anti-moi » du théâtre, son antagoniste, son ailleurs. C’est ainsi que les différentes options esthétiques qui caractérisent son théâtre ne sont jamais définitives, mais sont autant de rapports de force qui jouent différemment selon les époques, jusqu’à un point d’équilibre, de suspension purgatoriale, qui se situe à la toute fin de son évolution. Malgré l’extrême diversité de ses œuvres, nous distinguons plusieurs étapes qui correspondent à autant de positionnements et de postures du poète au théâtre. Nous caractérisons ce cheminement comme une succession dialectique de phases de fuite et de construction.
La théâtralité comme fuite dans les années de jeunesse, sera l’objet du premier chapitre. Nous y étudierons la première œuvre de Yeats, Vivien and Time dans le contexte de son écriture comme mise en scène d’un conflit oedipien frustré. La question de la tension identitaire sera ensuite posée à travers l’hésitation entre les formes épique et dramatique, qui se joue dans The Wanderings of Oisin, puis l’adoption de conventions théâtrales classiques dans sa première pièce d’envergure The Countess Cathleen. Le dernier développement aura pour sujet la question du rapport de Yeats au symbolisme, à travers les réécritures de The Shadowy Waters. Le deuxième chapitre concerne la période de l’Abbey Theatre qui fut pour Yeats l’édification « en dur » d’un théâtre, lieu de convergence de ses activités et de ses identités. Nous interrogeons les œuvres de cette période comme autant de miroirs des différents rôles que Yeats joue dans ce théâtre.
Le chapitre suivant verra le développement poétique de T.S. Eliot comme parcours vers la possibilité de s’incarner dans une voix poétique propre. Le point de départ de ce cheminement est la figure de la marionnette, à la fois comme symbole et à travers la question de la ventriloquie. Cette première figure deviendra avec « The Love Song of J. Alfred Prufrock » , celle du masque, masque comme per-sona, ce qui permet de sonner, de se faire entendre, motif majeur d’une esthétique de la dissimulation, fondée sur une relecture de la forme victorienne du monologue dramatique. Relecture à travers la question de la transgression des genres qui se joue dans « Portrait of a Lady », où le mélange entre le poétique et le dramatique est l’objet d’une angoisse quant à la disparition du sens qui résulterait d’un effondrement des digues génériques. Le poème « Gerontion » s’offre comme poème limite de la forme du monologue dramatique, dans la mesure où l’énonciateur fictif, caractéristique du genre, est remplacé par une instance d’énonciation atomisée. Le sujet d’énonciation est devenu un lieu où les mots s’énoncent comme autant d’acteurs sur une scène de théâtre. Le théâtre, qui est l’image centrale du poème à travers l’image de la maison, devient l’horizon de l’écriture de T.S. Eliot par une nécessité interne. La claustration du vieillard enfermé dans un lieu, dont il n’est que le locataire, reflète la position de T.S. Eliot parvenu à une situation de blocage, - et d’épuisement de la forme du monologue dramatique.
Le quatrième chapitre est ainsi articulé autour de l’idée d’une écriture qui se pense dans une situation d’extériorité par rapport au genre dont elle est issue. Il s’agira d’abord, chez Yeats, de la fuite hors des murs du théâtre sous le guidage de la forme du Nô. Le fantasme d’une poésie hors les murs du langage, avec le miroir de la danse comme signifiant le langage non verbal. Le rôle de Ezra Pound dans la conversion de Yeats à cette forme, ainsi que l’idée de Pound selon laquelle la forme Nô est l’équivalent du poème long moderniste, le remplaçant des formes de poésie narrative du passé, fournit un lien avec le poème de T.S. Eliot The Waste Land . Le poème doit aussi à Pound sa forme, et cette forme est une autre version du défi du poème long moderniste. Pour ne pas ajouter à la longue liste des interprétations de ce texte, nous le considérerons uniquement dans le cadre de sa théâtralité, dans la perspective d’interroger la frontière entre le théâtral et le poétique que remet en jeu la pièce fragmentaire Sweeney Agonistes.
La première pièce de Auden, à laquelle nous consacrons notre cinquième chapitre, Paid on Both Sides, fut écrite dans le sillage, plein de remous, de The Waste Land. L’écriture d’une pièce est une commande dans la perspective d’une représentation privée, et le chantier de l’écriture est une opération de recyclage et de mise en valeur des poèmes écrits dans l’euphorie de la découverte d’une vocation de poète en imitation puis en rupture avec le modèle eliotien. L’affirmation d’une voix poétique propre coïncide avec une écriture décentrée, énonciation cryptique à laquelle manque un sujet. C’est ce que lui fournit la structure dramatique de Paid on Both Sides. Au fil de l’élaboration de la pièce les voix isolées des poèmes se regroupent en un choeur. Enjeu essentiel du théâtre poétique, la réinvention du choeur comme convention acceptable pour un public moderne est un enjeu qui parcourt l’ensemble des œuvres, des chanteurs et musiciens du théâtre yeatsien, aux témoins de Auden, en passant par les différentes configurations tentées par T.S. Eliot.
Le même T.S. Eliot, en sa qualité de directeur de collection chez Faber & Faber, est le destinataire du manuscrit de la pièce de Auden. Son enthousiasme est immense, il se retrouve avec devant les yeux un exemple des plus convaincants d’une démarche qu’il appelait de ses vœux tout au long de la décennie. La découverte de ce nouveau talent l’amène à poser un regard plus chaleureux sur Sweeney Agonistes, sa pièce restée inachevée et publiée comme poème. Il accepte en particulier de la confier aux soins de Rupert Doone fondateur du « Group Theatre », troupe vouée au développement militant de passerelles entre les arts, qui engage Auden comme auteur résident. C’est à ce titre que ce dernier compose The Dance of Death, en fusionnant deux projets distincts, un argument de ballet et une pièce en imitation de la Danse Macabre médiévale, qu’il rassemble en cette oeuvre composite, tentative de donner corps à la définition de la poésie de théâtre formulée par Cocteau en 1927. Cette conception met en opposition, dans une définition du théâtre poétique, ce qui relève de la présence de la forme poétique sur une scène de théâtre, et le poétique spécifiquement théâtral, fondé non plus sur un agencement particulier du langage verbal, mais sur une articulation des moyens spécifiquement théâtrale. Ce faisant il remet au goût du jour une forme de théâtre populaire fondée sur la participation du public, dans un climat marqué par l’exacerbation des conflits idéologiques. Ce contexte est aussi celui qui vaut à T.S. Eliot, à l’autre bord de l’échiquier politique, d’être sollicité par l’église anglicane, qu’il avait rejoint sept ans plus tôt, pour écrire les parties chorales d’un ’pageant’, forme spécifiquement britannique de reconstitution historique à grande échelle dans les lieux mêmes des événements commemorés. Forme communautaire par excellence, nécessitant un grossissement des traits dramatiques, ce que Cocteau appelle les cordes au lieu des ficelles de l’intrigue, Eliot trouve dans la pièce de Auden une inspiration indéniable. Les deux projets, quoique différents, semblent annonciateurs d’une forme nouvelle, et laissent présager de l’avènement d’un théâtre des poètes modernistes.
L’année suivante les deux hommes rejoignent la troupe de Rupert Doone, et une double affiche composée de The Dance of Death et Sweeney Agonistes rencontre un vif succès. C’est à ce moment que Yeats réapparaît. Soucieux de trouver un lieu pour son théâtre qui puisse le désenclaver de l’étiquette irlandaise, il contacte par l’intermédiaire de Ashley Dukes, Auden, Eliot et Doone afin de mettre au point une saison des poètes pour laquelle il suggère trois de ses pièces conformes à sa vision des exigences d’une scène moderne. W.B. Yeats ne verra pas ses pièces associées à celles de T.S. Eliot et Auden au sein du « Group Theatre », qui aura à l’affiche de l’année charnière 1935, deux pièces contrastées : Murder in the Cathedral et The Dog Beneath the Skin. A partir de ces deux pièces, le champ du théâtre des poètes modernistes, qui semblait avoir trouvé un point de convergence, se fracture radicalement. Notre dernier chapitre sera le tableau tripartite de cette fracture : le couronnement crépusculaire de W.B. Yeats, la baisse progressive de vitalité de la formule de Auden et Isherwood et la question du théâtre en vers chez T.S. Eliot.
La sculpture de la façade de la cathédrale de Laon
Vendredi 17 novembre 2006
9 heures
INHA, Salle Ingres, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
Mme Iliana KASARSKA soutient sa thèse de Doctorat :
La sculpture de la façade de la cathédrale de Laon
En présence du Jury :
M. BOERNER (Université)
Mme JOUBERT-CAILLET (PARIS 4)
M. RUSSO (DIJON)
M. SAINT-DENIS (DIJON)
M. SANDRON (PARIS 4)
Résumés :
La cathédrale de Laon comporte le plus grand ensemble sculpté de la fin du XIIe siècle : trois portails et leurs gâbles, deux fenêtres à voussures. Un programme d’ensemble a présidé à son élaboration : les thèmes des portails latéraux - Incarnation et Jugement dernier - sont couronnés et achevés par celui du Triomphe de la Vierge au portail central, symbole de l’espoir eschatologique des chrétiens. Les thèmes novateurs des fenêtres - Arts libéraux et Arts mécaniques au nord, Création-Rédemption au sud - révèlent l’influence des écrits de Hugues de Saint Victor (1096-1141) avec lequel Gautier de Mortagne (évêque de Laon de 1155 à 1174, soutien financier de la construction et inspirateur du programme sculpté) avait entretenu des échanges épistolaires.
Cet ensemble stylistiquement assez homogène, intègre des éléments provenant d’un portail complet datant de la toute fin de l’épiscopat de Barthélémy de Joux (1113-1151) et achevé avant le début de la construction de la cathédrale actuelle.
À travers un corpus complet des sculptures de la façade occidentale, y compris de nombreux éléments décoratifs et des têtes originales encore mal connues, et l’étude de la sculpture de l’intérieur et des flancs du choeur, nous distinguons le travail d’un nombre réduit d’artistes. La durée de leurs interventions permet, entre autres, de dater l’exécution de la façade entre 1176 et 1190. La sculpture de la façade s’intègre dans le style antiquisant de la fin du XIIe siècle appelé par commodité « style 1200 ».
Le chantier de Laon a fourni la main d’oeuvre pour la réalisation de la sculpture de Saint-Yved de Braine et est devenu une référence pour Chartres, Lausanne et Maastricht.
The cathedral of Laon bears the biggest sculptural ensemble of the end of the 12th century. A global program presides its execution : the subjects of the lateral portals - Incarnation and Last Judgement - are achieved by the Triumph of the Virgin in the central portal, symbol of the eschatological hope of the Christians. The new subjects of the windows - Liberal and Mechanical arts in the north and Creation-Redemption in the south testify of the influence of the works of Hugh of Saint-Victor (1096-1141) with whom Gautier de Mortagne ( bishop of Laon between 1155 and 1174, financial support of the construction and inspiration of the sculptural program) exchanged letters.
This ensemble of a homogeneous style incorporates elements coming from a complete portal dating back from the time of bishop Barthelemy de Joux (1113-1151), and achieved before the beginning of the construction of the present cathedral.
Thanks to a complete corpus of the sculptures of the façade, decorative elements and unknown heads included, and the study of the sculpture of the interior and the side of the choir, we recognise the works of several artists. The duration of their activity allows to date the execution of the façade between 1176 and 1190. The sculpture of the façade is integrated in the “style antiquisant” called also “style 1200”.
The cathedral of Laon supplied sculptors for the realisation of Saint-Yved-de-Braine and become a reference for Chartres, Lausanne and Maastricht.
Position de thèse :
En s’appuyant sur le catalogue exhaustif du décor figuré de la façade occidentale de la cathédrale de Laon, l’étude a permis d’y découvrir une conception globale. Il n’est plus question d’isoler des joyaux comme le portail de la Vierge à l’Enfant mais de dégager leur signification par rapport à cet ensemble. Pour comprendre pleinement l’iconographie, nous ne prenons pas uniquement en compte un portail et ses voussures mais aussi la fenêtre qui lui est superposée et qui en modifie le sens. Reliés par des rappels comme la reproduction du motif de la Vierge \em Théotokos du tympan latéral gauche dans le gâble de l’entrée principale, les trois portails font partie d’un programme hiérarchisé. Les représentations traditionnelles de la Vierge en tant que Mère du Christ et Reine céleste s’inscrivent dans l’histoire du Salut. La Vierge participe à la succession d’événements qui mènent au Jugement dernier et au règne éternel des justes avec le Christ. Le programme sculpté culmine avec le triomphe de la Vierge-Église sur le tympan du portail central, symbole de l’espoir eschatologique des croyants.
Les voussures des fenêtres au niveau de la rose montrent la place de l’homme dans l’histoire qui s’achève dans son union avec Dieu. Le chemin pour entrer dans le royaume céleste passe par la Rédemption. L’homme remédie partiellement à sa situation de pêcheur par la connaissance - figurée par les Arts Libéraux - et en est affranchi par la grâce - figurée par le Christ-Sauveur. Les activités matérielles sont valorisées : les Arts libéraux de Laon incluent certains Arts mécaniques (Architecture, Médecine).
Nous avons identifié les individus qui ont présidé à la conception globale. Les thèmes traités pour la première fois en sculpture monumentale, comme la Création-Rédemption et la valorisation des Arts mécaniques, trouvent leur source dans les écrits de Hugues de Saint-Victor dont des copies médiévales existaient à Laon. Cette création iconographique inspirée des textes de l’époque se fait par l’intermédiaire de Gauthier de Mortagne qui avait eu des échanges épistolaires avec Hugues de Saint-Victor. Son don annuel de 20 livres à l’oeuvre de la cathédrale et la donation de 100 livres à sa mort, montrent une continuité de financement de son vivant et une volonté d’assurer la poursuite du chantier après sa mort.
L’analyse formelle de la sculpture permet de distinguer dans la cathédrale trois ensembles principaux : le portail du Jugement dernier de 1150 environ, les éléments sculptés par un maître actif d’abord dans le choeur, le décor sculpté du reste de la façade.
En leur adjoignant des statues colonnes et des fragments de soubassement, nous pouvons affirmer que le tympan et les deux voussures du milieu du XII\upe siècle remployés dans le portail du Jugement dernier proviennent d’un portail antérieur, probablement élevé à la demande de Barthélemy de Joux. Après avoir prouvé l’antériorité du portail du Jugement dernier par rapport au début des travaux de construction de la cathédrale actuelle, nous discutons la question de la maîtrise d’oeuvre de la sculpture de la fin du XII\upe siècle.
La construction de la cathédrale commença vers 1155 par le choeur et le mur oriental du transept. Cette première partie de la cathédrale, dont l’architecture est nettement distincte du reste de l’édifice fut probablement achevée en 1164, date de la translation solennelle des reliques de saint Béat dans le choeur\footnoteA. D. Aisne, G 1850, f\upo 118 ; A. \textscSaint-Denis, 1994, p. 195.. Les limites occidentales de l’église devaient être définies - c’est-à-dire qu’au moins les fondations du massif occidental devaient être posées - en 1180, quand le pape Alexandre III défendit le calme du parvis "devant l’église"\footnoteA. D. Aisne, G. 1850, f\upo 10-11 ; A. \textscSaint-Denis, 1994, p. 192..
Les clefs de voûtes figurées, les consoles, les personnages des arcs-boutants des cinq premières travées du choeur ont permis de reconstituer l’oeuvre d’un artiste présent sur le chantier dès le début des travaux dans le choeur vers 1155 et lors des réalisations les plus tardives comme la construction de la partie occidentale de la nef (au moins jusqu’à la travée VI). Ceci suggère une réalisation rapide de la cathédrale de Laon : elle ne peut donc pas avoir duré beaucoup plus que la période d’activité de la vie d’un artiste. La forte dynamique du travail de sculpture indique que le chantier s’est poursuivi sans rupture de 1155 environ jusqu’aux années 1190.
L’activité de cet artiste dans la nef est parallèle à celle des artistes auxquels on aurait confié la sculpture de la façade. Le style souple, antiquisant, du décor des portails se retrouve également dans les personnages des arcs-boutants de la nef et dans la paroi occidentale du bras nord du transept.
Pour la sculpture de la façade, nous avons pu distinguer deux groupes appartenant au même mouvement artistique. Le premier groupe réunit les fenêtres, les sommiers et les personnages des archivoltes et des gargouilles du même niveau. Le deuxième groupe est constitué par des sculptures du portail nord et du portail sud. Les statues-colonnes sont réparties entre ces deux manières : les prophètes, appartenant probablement au portail central, sont de la manière A ; l’apôtre (dont seule la tête est conservée au musée) en ronde bosse et de dimensions inférieures, provenant probablement d’un portail latéral, est de la manière B. Nous croyons qu’il s’agit de deux sculpteurs individuels travaillant respectivement dans chacune des manières. Ces deux hommes partageraient une même formation les menant à traiter les corps d’une façon très proche. En revanche, les dessins des traits des visages leur sont strictement personnels.
Le temps nécessaire à l’exécution de la sculpture de la façade a pu être évalué approximativement. Au total, pour les portails, les gâbles et les fenêtres, il s’élève à l’équivalent de 18 ou 19 années de travail continu d’un seul sculpteur. Les artistes étaient au moins au nombre de deux mais la perte de la plupart des têtes des sculptures ne nous permet pas de dégager avec plus de précision le nombre des personnalités. L’hypothèse de deux sculpteurs ne permet pas non plus d’inférer une durée d’exécution de la moitié de ces 18 années car nous n’avons pas d’information sur le rythme de présence de chacun des artistes sur le chantier ni sur les interruptions des travaux de sculpture.
La sculpture de Laon est très novatrice par rapport au style dominant dans le nord de la France durant la deuxième moitié du XII\upe siècle. Elle se distingue du groupe stylistique auquel appartiennent Senlis, Mantes, la Porte-des-Valois à Saint-Denis, le cloître de Châlons-sur-Marne et les fragments provenant de la cathédrale de Noyon, et s’inscrit dans le grand mouvement international emprunt d’une esthétique antiquisante, baptisée par commodité "style 1200". Ce nouveau style, qui se manifeste d’abord dans l’enluminure et l’orfèvrerie avec les oeuvres célèbres du psautier d’Ingeburge et de l’ambon de Klosterneuburg, trouve sa plus ancienne expression sculptée conservée dans la façade de la cathédrale de Laon. Les sculpteurs de Laon donnent un poids accru au corps des personnages et soulignent les volumes des membres par des plis fins et souples qui rappellent l’art antique.
Nous avons remarqué la parenté de la sculpture de Laon avec le décor monumental de Saint-Remi de Reims et les vitraux de l’abbatiale d’Orbais. Apparemment, le nouveau style antiquisant touche le Laonnois vers 1180 à travers l’art champenois. La filiation artistique entre Saint-Remi, Orbais et Laon est confortée par des relations ecclésiastiques de longue date. Laon et Orbais font partie de la province ecclésiastique de Reims et leurs églises furent fondées par l’archevêque de Reims. Des liens personnels existent également entre Reims et l’évêque de Laon auquel nous attribuons la conception du programme sculpté. Gauthier de Mortagne débute sa carrière d’écolâtre dans l’abbaye de Saint-Remi, avant la construction du choeur gothique, et des relations ont pu subsister avec la première église qui l’avait accueilli.
Nous proposons de considérer que des sculpteurs de Laon ont travaillé ensuite à Saint-Yved de Braine. En revanche, nous ne pouvons pas attribuer les sculptures de Laon et de Chartres à la même main. On peut supposer que des modèles ont été mis à disposition des sculpteurs de Chartres. Les schémas de représentation du corps ont dû être transmis de Laon à Chartres par le déplacement des sculpteurs sur les chantiers de référence ou par des dessins et des modèles tridimensionnels présentés au sculpteur par le maître d’oe uvre.
La sculpture de Laon connut une postérité encore plus large : elle devint en particulier une référence pour Lausanne et Maastricht dans les premières décennies du XIII\upe siècle. Le style de Senlis, Mantes, Châlons-sur-Marne, de la Porte des Valois à Saint-Denis et de certains éléments de la statuaire de Noyon, s’épanouit avant tout dans le royaume de France tandis que Laon rayonne tout autant à l’étranger.
Ce monument qui occupe une place charnière dans la création artistique de la deuxième moitié du XII\upe siècle et le début du XIII\upe siècle, est resté longtemps assez mal étudié, les regrets sur la disparition de l’ensemble des têtes originales et des statues colonnes l’emportant sur une véritable analyse archéologique et formelle. Nous croyons avoir proposé une vision plus complète de la sculpture originale de la cathédrale de Laon en étudiant aussi des têtes difficilement accessibles et pour certaines d’entre elles inédites et les statues-colonnes conservées au musée de Laon dont nous avons défini l’intégration dans le monument.
Nous avons également étudié les étapes d’exécution de cette sculpture, si réputée pour son raffinement, et nous avons découvert des traces de son dernier stade d’achèvement : la polychromie. La composition chromatique de la façade de la cathédrale de Laon la rapproche des enluminures, vitraux et orfèvreries du même courant stylistique. Elle renforce également la parenté de Laon avec les monuments postérieurs comme Lausanne et Maastricht.
La sculpture néo-baroque en France de 1872 à 1914
Vendredi 24 juin 2005
14 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
M. Guillaume PEIGNE soutient sa thèse de doctorat :
La sculpture néo-baroque en France de 1872 à 1914
En présence du Jury :
M. FOUCART (Paris 4)
M. DARRAGON (Paris 1)
M. DUFRENE (Paris 10)
M. JOBERT (Paris 4)
Mme PINGEOT
La Sicile byzantine en Sicile VIème - Xème siècles
Samedi 1er juillet 2006
9 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
M. Vivien PRIGENT soutient sa thèse de doctorat :
La Sicile byzantine en Sicile VIème - Xème siècles
En présence du Jury :
M. CHEYNET (Paris 4)
Mme AUZEPY (Paris 8)
M. KAPLAN (Paris 1)
M. MARTIN (CNRS)
Mme MORRISSON (CNRS)
Mme VON FALKENHAUSEN
Résumés
La Sicile, conquise en 535, demeura sous domination byzantine durant quatre siècles. La domination de Constantinople fut donc la plus longue que connut l’île. Pourtant, cette période est la plus obscure de l’histoire de la Sicile. Malgré la relative paucité des sources littéraires disponibles, il est possible de retracer l’évolution de la province en faisant usage des sources céramologiques, sigillographiques et numismatiques pour apporter un éclairage nouveau sur les témoignages des sources classiques : chroniques grecques, latines et arabes, lois, hagiographies, traités administratifs civils et ecclésiastiques, correspondances pontificales. L’étude s’attache tout particulièrement à la mise en évidence des liens socio-économiques et administratifs privilégiés qui assurèrent la fidélité de l’île au gouvernement central, alors même que le reste de l’Italie rejetait progressivement l’autorité de Constantinople, et déterminaient l’importance toute particulière de la Sicile dans l’empire en crise des VIIe-VIIIe siècle. La remise en cause progressive de cette position dominante, en liaison avec les évolutions politico-économiques globales de la Méditerranée des IXe-Xe siècles, détermine dans une large mesure l’issue des guerres musulmanes qui mettent fin à la domination impériale, Constantinople optant pour un repositionnement sur les rives de l’Adriatique.
Conquered in 535, Sicily remained under Byzantine dominion for four centuries. The dominance of Constantinople was thus the longest that the island had ever known. Nevertheless, this period is the most obscure in the history of the Sicily. Despite the relative paucity of the documentary sources available, the evolution of the province can be reconstructed by using a variety of new data (ceramic, sigillographic, numismatic) in order to shed new light on some of the more traditional historical sources. The latter include Greek, Latin and Arab chronicles, laws, hagiographies, civil and ecclesiastic administrative treatises and pontifical letters. The study focuses in particular on the privileged socio-economic and administrative links which helped assure the fidelity of the island to the governing power in Constantinople and which contributed to determining the importance of Sicily within the empire during the 7th and 8th centuries, which were essentially times of crisis. The overturning of this dominant position, together with the global political and economic evolutions of the Mediterranean during the 9th and 10th centuries, determines in large part the result of the Arab conflict which effectively puts an end to the imperial domination, Constantinople opting for a realignment of its frontiers along the Adriatic coast.
Position de thèse
La période de domination byzantine sur la Sicile est la plus longue de l’histoire de l’île, s’étendant sur quatre siècles, mais demeure l’une des plus obscures. Traditions historiographiques et paucité des sources littéraires traditionnelles ont en effet concouru au relatif désintérêt des historiens pour cette province de l’empire. Cet état de fait hypothèque malheureusement en partie la pertinence des travaux dédiés aux périodes postérieures, notamment musulmane et normande, le rappel constant de « l’héritage byzantin » demeurant largement privé de contenu. Les sources disponibles ne sont pourtant pas négligeables et la Sicile est certainement la province byzantine du haut moyen âge pour laquelle nous possédons le plus de données. Le fossé entre la rareté des sources relatives au monde byzantin dans son ensemble et leur relative abondance pour l’île atteint son point culminant aux VIIe-VIIIe siècles. Cette constatation détermine un second enjeu fondamental de notre travail : la représentativité à l’échelle de l’empire des phénomènes observés dans cette province, périphérique du point de vue de la géographie mais où le contrôle de Constantinople s’exerçait plus étroitement qu’ailleurs. Bien évidemment, la double appartenance de l’île à l’Italie et à l’empire non seulement détermine le double enjeu de la recherche mais présuppose également une connaissance aussi bonne que possible des deux mondes pour la mener à bien.
L’étude de la Sicile byzantine repose traditionnellement sur deux piliers : la correspondance de Grégoire le Grand (591-604) et le corpus des chroniques arabes détaillant le lent processus de la conquête entamée au IXe siècle. Entre ces deux pôles, les témoignages littéraires se réduisent peu ou prou aux hagiographies et à quelques trop rares passages dans les chroniques latines et grecques. L’étude doit donc avoir recours de façon systématique aux sources numismatique, céramologique, sigillographique, que leur caractère très spécialisé amène souvent à évoluer en vase clos au sein d’une bibliographie atomisée à l’extrême. Vérifier, synthétiser et confronter les acquis, pointer les conclusions divergentes comme autant de champs de recherches possibles, enrichir les corpus documentaires de l’étude des collections encore inédites accessibles ont constitué la base de notre travail. L’examen des collections sigillographiques et le traitement statistiques des monnaies découvertes en Sicile ont ainsi permis des avancées significatives. En parallèle, a été menée une relecture de sources sans doute trop citées au prisme de l’historiographie italienne née du Risorgimento.
Le travail qui résulte de cette démarche s’articule en sept parties visant chacune à l’illustration d’un thème précis dans le but de disposer des éléments nécessaires à proposer en dernière analyse une description synthétique de l’évolution globale de la province.
Nous nous intéressons tout d’abord au réseau urbain, tant à l’échelle des cités, qu’à celle, plus modeste des bourgades rurales qui agissent comme relais de leur autorité dans l’arrière-pays de l’île. La vitalité des villes est observée à travers l’examen des données archéologiques et du témoignage des hagiographies locales. On tente en outre de mettre en lumière l’évolution des administrations municipales et notamment le destin des curies et des magistratures héritées de l’antiquité. Les fluctuations du réseau épiscopal, reflet des équilibres économiques, démographiques et politiques, constituent ici un point fondamental. L’accroissement du nombre de sièges aux VIIe-VIIIe siècles apparaît comme l’indice d’une prospérité particulière à l’île en cette période de crise. Sont enfin questionnées les acquis de l’archéologie de surface pour l’étude de l’habitat rural et mis en valeur la longue survie des villae du Bas-empire et l’affirmation parallèle du village.
Les évolutions démographiques et la structure de l’aristocratie retiennent ensuite notre attention. Dans le premier domaine, l’étude porte essentiellement sur les flux migratoires positifs qui assurent à la Sicile une vitalité particulière et remodèlent dans une certaine mesure les équilibres linguistiques locaux. Un déséquilibre apparaît entre les régions occidentales et orientales, ces dernières semblant considérablement plus riches et peuplées. Ces migrations participent à l’effacement de l’aristocratie sénatoriale traditionnelle, phénomène qui constitue le second grand axe de notre démarche. Replié sur la Sicile, les sénateurs italiens assurent à l’île une élite de haut vol dont l’influence s’exerce de la Gaule à Constantinople, au travers des réseaux familiaux, et cherche à influencer la politique impériale. La perte des biens péninsulaires renforce toutefois la dépendance de cette élite vis-à-vis de ces biens siciliens. Or, ceux-ci sont menacés par l’essor de l’influence des administrateurs de l’Etat et de l’Eglise et par la désintégration progressive des cours de justice au profit de commissions d’arbitrage locales défavorables aux propriétaires absentéistes. Cette pression exercée sur les patrimoines au plan local hypothèque les possibilités de faire carrière en partant s’installer à Constantinople et accélère la déchéance de l’élite traditionnelle. On étudie enfin la mise en place d’une nouvelle élite de détenteurs d’offices et de dignités palatines fortement attachée à Constantinople. La petite notabilité locale s’arroge des titres militaires dépourvus de contenu fonctionnelle mais lui assurant une position juridique et fiscale privilégiée. Cette évolution peut aider à rendre compte, à terme, de la concentration de l’autorité judiciaire civile aux mains des chefs militaires dont relèvent de droits la majorité des notables. La véritable élite sociale se caractérise par le port de dignités palatines assurant formellement son intégration à la cour constantinopolitaine. Apparaît ici une différence marquée avec la péninsule italienne où ces dignités ne sont guère attestées. On perçoit ainsi la force différente des liens unissant les deux régions à la capitale, fait essentiel pour comprendre les évolutions politiques divergentes du VIIIe siècle. Le constat de cette large diffusion des titres auliques au sein de la société amène également à remettre en cause le postulat d’une gestion « coloniale » de l’île. L’élite locale dispose d’un statut social parfaitement comparable, voire légèrement supérieur, à celui des titulaires des hautes fonctions de l’administration provinciale. L’exercice de fonctions d’Etat demeurant la principale voie d’accès aux dignités, il convient d’admettre que l’élite locale fut très largement intégrée aux corps des officiers d’Etat.
Viennent ensuite trois chapitres dédiés à l’économie sicilienne.
La gestion des grands domaines est abordée à travers l’exemple du patrimoine pontifical. Une relecture attentive de la correspondance de Grégoire le Grand confrontée au témoignage des papyrus, permet de remettre en cause tant l’extension considérable généralement prêtée au patrimoine sicilien que les théories traditionnelles quant à son mode de gestion. Les biens de Rome apparaissent d’ampleur bien plus restreinte mais gérés de façon plus dynamique.
L’étude de l’économie monétaire se base sur le traitement statistique des monnaies mises à jour dans l’île au moyen d’une base de données. Les politiques d’émissions successives de l’atelier local sont décrites et analysées en relations avec les fluctuations économiques ou politiques et les modifications du processus fiscal. Sont également abordées l’évolution de la disponibilité globale en numéraire, la circulation locale des monnaies étrangères, riche d’enseignements pour l’histoire des communications entre les différentes régions de la Méditerranées, ainsi que les phénomènes d’inflation, de dévaluation et d’adaptation métrologique qui conditionnent les échanges. Se dégage l’image d’une remarquable stabilité de l’économie monétaire jusqu’au IXe siècle, qui contraste avec les évolutions observables dans le reste de l’empire.
Les relations commerciales de la Sicile sont appréhendées essentiellement au travers de la diffusion des artefacts produits dans l’île. Monnaies, amphores, lampes céramiques (témoin probable des exportations de blé en tant que « cargo secondaire ») sont ainsi recensées sur les sites archéologiques méditerranéens, et au-delà, afin de retracer la carte du réseau commercial dont l’île était le cœur. On constate ainsi la contraction progressive de la sphère commerciale sicilienne et sa marginalisation suite aux modifications des principaux itinéraires reliant l’Orient à l’Occident qui, de la Tyrrhénienne, basculent vers l’Adriatique. L’artisanat de luxe est également abordé et notamment l’orfèvrerie et le travail du bronze, lié au problème de la disponibilité locale en métaux précieux, problème évidemment connexe à celui des frappes monétaires.
Le matériel sigillographique prend toute sa valeur dans l’étape suivante : l’examen des structures administratives assurant le contrôle de l’île à Constantinople. Au-delà de la diversité des systèmes successivement mis en place, une ligne de force se dégage : le renforcement constant du contrôle du cubiculum, la chambre de l’empereur, sur la province. Ce rattachement étroit à la personne du prince contrebalance l’éloignement géographique de la Sicile. Il permet en outre la mise en place d’une politique fiscale particulière, destinée notamment à assurer le ravitaillement de la capitale orientale au lendemain de la perte de l’Egypte. Au tournant des VIIe-VIIIe siècles, la province, réunie à la Calabre, est militarisée et le système classique de l’administration mésobyzantine, le « thème », introduit. Le cas sicilien permet d’apporter des éclairages nouveaux sur bien des aspects encore polémique de ce système : mode de financement des armées, rythme de l’accaparement des responsabilités civiles par les stratèges, logique du recrutement des gouverneurs. En outre, on est amené à remettre en cause la datation traditionnelle de la suppression du « thème » de Sicile. Celui-ci n’aurait pas cédé sa place dans la première moitié du Xe siècle, à un thème de Calabre, mais aurait été scindé en deux commandements distincts, l’un continental, l’autre insulaire. Le ressort recentré sur l’île survécut jusqu’en 976.
Forts des acquis de ces études préparatoires, on aborde enfin différents problèmes d’histoire politique.
En premier lieu, on s’intéresse à la problématique question de la « fidélité » de la province à l’empire. L’examen des différents épisodes de troubles civils permet d’écarter que la province ait jamais été travaillée par des velléités sécessionnistes. La découverte du sceau impérial d’Euphèmios, l’officier qui appela en Sicile les forces de l’Islam, constitue une avancée fondamentale. La lecture « nationaliste » de l’épisode, pierre angulaire de l’historiographie traditionnelle, est en effet contestée par la titulature adoptée par l’usurpateur, laquelle proclame son intention de s’emparer du pouvoir suprême dans sa plénitude. C’est donc tout au contraire le loyalisme de la province, alors que l’Italie se détache progressivement de l’empire, qui appelle une explication. On doit la rechercher, pour l’essentiel, dans la structure particulière de son aristocratie : largement issue des réfugiés du VIIe siècle ayant fuit l’avancée musulmane, slave ou lombarde et donc dépourvue de fortes racines locales, bien intégrée au système hiérarchique palatin par la collation de dignités auliques, elle demeure avant tout une aristocratie de fonction dépendante de l’Etat, l’atelier monétaire local assurant la pérennité du système de rémunération soldée propre à l’empire.
Dans un second temps, est remise en cause l’hypothèse d’une relative désaffection des empereurs isauriens à l’égard de l’Occident. On s’attache à montrer la cohérence de la politique de Léon III et de son fils Constantin V. Les étapes successives de l’élimination de l’influence pontificale, favorisée jusqu’alors par le système de pouvoir mis en place aux VIe-VIIe siècles, sont ainsi examinées : modification des juridictions ecclésiastiques qui ôte aux pontifes leurs droits métropolitains ; réforme fiscale qui supprime leurs prérogatives en ce domaine ; confiscation enfin des domaines pontificaux. La chronologie de cette dernière mesure est déterminée au travers de l’examen de ses conséquences sur l’économie de Rome. En parallèle, on assiste à une série de réformes financières et militaires dont les plus significatives furent la stabilisation du titre de la monnaie d’or et la fondation de la flotte du thème de Sicile. Cette arme nouvelle constitue, avec l’alliance lombarde, l’atout maître des stratèges dans les tentatives de reconquête de l’Italie ordonnées par Constantinople dans la seconde moitié du VIIIe siècle. La chute de Ravenne fait en effet reposer la responsabilité de la politique occidentale de l’empire sur les épaules des gouverneurs de l’île. Point capital, cette politique résolument tournée vers l’Italie fut décidée au détriment de l’Afrique où le pouvoir musulman était pourtant récent et chancelant. Le poids idéologique du contrôle du berceau de l’empire transparaît aisément dans ce choix stratégique.
Enfin, le déroulement du conflit qui mit fin à la domination musulmane a retenu notre attention. L’élément déclencheur, le soulèvement d’Euphèmios, se place dans un contexte de remise en cause de la place privilégiée de l’île dans l’empire. Le grand axe commercial et diplomatique s’est décalé de la Tyrrhénienne vers l’Adriatique, vers Venise, Pavie et les cols alpins. En parallèle, l’éloignement des périls bulgare sur la Thrace et musulman sur l’Asie Mineure Occidentale assure à Constantinople deux greniers à proximité immédiate. Les difficultés des monnayeurs siciliens à maintenir le titre de la monnaie d’or révèlent l’affaiblissement de l’économie de l’île. Le conflit déclenché en 827 prend rapidement l’aspect d’une guerre d’usure dont on étudie les étapes. A la conquête rapide de la partie occidentale de l’île, s’oppose la lente progression qui, au terme d’un demi-siècle, amène les forces musulmanes à s’emparer de Syracuse. Le déséquilibre de richesse et de dynamisme démographique entre les deux régions, mis en lumière à l’occasion de l’étude du peuplement, transparaît ainsi dans ses rythmes différenciés. Pour pallier la faiblesse de ses effectifs, l’émir de Palerme applique une stratégie de terre brûlée qui achève de ruiner l’économie sicilienne. Les forces byzantines locales ayant peu ou prou disparues dans les troubles civils qui provoquent l’invasion, l’essentiel de l’effort de guerre repose rapidement sur des armada venues d’Orient. Il est donc possible d’étudier la remarquable capacité de l’empire à projeter ses forces de façon très régulières sur un théâtre d’opérations lointain au moyen de complexes actions amphibies et l’évolution de sa politique diplomatique pour appuyer ces attaques. On constate en outre l’impact de l’emploi privilégié des troupes balkaniques dans ces expéditions sur la structure des ces unités : un processus de professionnalisation s’y fait jour précocement en réponse à la nécessité d’opérer de façon récurrente et prolongée en terre étrangère. Le recrutement des stratèges de Sicile en est également affecté : les officiers des forces balkaniques s’imposent, du fait de leur expérience du terrain, comme des candidats privilégiés. En retour, cette évolution influe sur les itinéraires de la diaspora sicilienne, les réfugiés recherchant le patronage d’anciens gouverneurs revenus dans leur patrie balkanique. A terme, la valeur de la province, minée par la guerre d’usure, cesse de légitimer l’effort financier exigé par ces flottes de secours. L’empire opte alors pour un repositionnement stratégique sur l’Adriatique, le nouvel axe stratégique des IXe-XIe siècle, lorsque l’opportunité se présente de s’établir en Pouilles. Les quelques tentatives de reconquête observables au Xe siècle ne remettent pas réellement en cause ce choix. Les dernières positions sont perdues à la fin du siècle, lorsque les califes fatimides, mis en échec en Crète et en Syrie par les armes byzantines, recherchent dans l’île des succès faciles contre l’empire, à même de redorer leur blason.
La société de Saint-Vincent-de-Paul à Paris au XIXe siècle (1833-1871) : prosopographie d’une élite catholique fervente
Mardi 5 décembre 2006
9 heures
Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Mathieu BREJON DE LAVERGNEE soutient sa thèse de Doctorat :
La société de Saint-Vincent-de-Paul à Paris au XIXe siècle (1833-1871) : prosopographie d’une élite catholique fervente
En présence du Jury :
M. BOUDON (PARIS 4)
M. BOUTRY (PARIS 1)
M. CHALINE (PARIS 4)
M. CHOLVY (MONTPELLIER 3)
M. SORREL (CHAMBERY)
Résumés :
La Société de Saint-Vincent-de-Paul est fondée à Paris en 1833 par un groupe
d’étudiants catholiques, dont le plus connu est Frédéric Ozanam, désireux de se soutenir dans
leur foi et de venir en aide aux pauvres. Empruntant ses méthodes à l’histoire religieuse et à
l’histoire sociale, ce travail s’attache à comprendre les formes et les raisons du rapide
développement d’une oeuvre charitable dans la première moitié du XIXe siècle.
Il s’intéresse à la géographie, essentiellement urbaine, de son implantation en France ;
aux modèles d’organisation et au fonctionnement du pouvoir à l’intérieur de l’institution ; aux
discours et pratiques de ses membres qui s’inscrivent entre charité et philanthropie, interprétés
à la lumière d’une anthropologie du don ; aux oeuvres les plus significatives, visite à domicile
et patronage, sans négliger l’étude de leur financement. A l’échelle du quartier et de la
paroisse, Paris sert de lieu privilégié de l’observation afin de mettre à jour les réseaux
charitables actifs dans la capitale. Enfin, une prosopographie des membres permet de dresser
le profil du confrère, modèle de l’homme d’oeuvres du premier catholicisme social.
The Saint Vincent de Paul Society was born in Paris in 1833. Her founders were a group of
catholic students, which among them Frédéric Ozanam is the best known, anxious to uphold their faith
and to help the poors.
This thesis’s methods come from those of religious and social history ; this work tries to
understand the shapes and reasons of the fast developpement of a charitable work in the first middle of
the nine’teenth century. It takes an interest in the urban geography of its implatation in France. It
studies also the paterns of its organization and government inside the institution ; the speeches and
observances of its members, between charity and philanthropy, read in the light of an anthropology of
the gift. It takes an interest as well into the most significant of its charitable work, housecall visits and
patronage, without neglecting their own financing. At the local and parish scale, Paris is a special
place for the observation, in order to lighten the charitable networks of the french capital. To end with,
a prosopography of the members ables us to draw the fellow members profile, the modle of the
charitable man in the first social catholicism.
Position de thèse :
La Société de Saint-Vincent-de-Paul est fondée à Paris en 1833 par un groupe
d’étudiants catholiques, dont le plus connu demeure Frédéric Ozanam1, désireux de se
soutenir dans leur foi et de venir en aide aux pauvres. En 1861, la modeste « conférence » du
Quartier latin était devenue suffisamment importante pour que le gouvernement s’inquiète de
son essor. Lui supposant cent mille membres en France, le ministre de l’Intérieur Persigny
cherche alors, dans le contexte difficile suscité par la question romaine, à la démanteler. C’est
à l’histoire de cette Société, aux raisons de sa croissance et aux motifs de son succès, que
notre thèse est pour une large part consacrée.
En effet, alors que les historiens s’accordent pour reconnaître l’importance de la
Société de Saint-Vincent-de-Paul dans l’histoire du catholicisme social au XIXe siècle, force
est de constater qu’aucun travail d’ensemble récent ne lui a été consacré, tandis que seules
quelques études partielles apportent un éclairage ponctuel à son histoire. Le vide
historiographique dont souffre la plus importante des associations catholiques du XIXe siècle
ressort aussi de la lecture partiale léguée par Jean-Baptiste Duroselle2. Dans son important
ouvrage, l’historien accrédite l’idée selon laquelle le catholicisme social, après ses heures
fastes sous la Deuxième République, aurait connu un déclin sous le Second Empire, enrayé à
partir des années 1870 seulement par la naissance de l’oeuvre des Cercles catholiques
d’ouvriers. La recherche historique a ainsi négligé un moment clef de l’histoire des oeuvres,
préférant concentrer son attention sur un avant - la reconstruction de l’Eglise par ses oeuvres
sous l’Empire et la Restauration3 - et surtout un après, celui des Cercles et bientôt de
l’A.C.J.F. et du Sillon4. Cette lecture mérite assurément d’être nuancée. Jacques-Olivier
montre en effet que les années 1850-1860 sont au contraire une des plus pages les plus
florissantes de l’histoire des oeuvres sociales, en particulier à Paris qui s’impose comme une
« plaque tournante des initiatives » et le « lieu d’élaboration d’une pensée renouvelée »5.
OEuvre urbaine et largement parisienne6, notre thèse souhaite contribuer au
renouvellement de l’histoire religieuse des villes, largement en friche dans le champ français.
Mais les interrogations développées dans notre travail et les méthodes d’investigation utilisées
relèvent aussi de l’histoire sociale (prosopographie, réseaux sociaux, micro-histoire)
Une histoire sociale d’une élite religieuse
La place sans précédent tenue par les laïcs aux côtés des clercs est un des caractères
originaux de l’Eglise catholique post-révolutionnaire, en particulier dans les oeuvres sociales
qu’ils animent et dirigent. Cependant, la plupart de ces laïcs, hormis quelques figures
exceptionnelles, sont méconnus. L’histoire religieuse a connu son heure quantitative et sa
préférence pour l’histoire des masses, avec ses grandes enquêtes de sociologie religieuse et
ses débats sur la religion populaire. Sensible aux fluctuations plus générales de
l’historiographie, la biographie y connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Mais comment
étudier un phénomène de grande ampleur - l’affirmation d’un laïcat catholique - qui met en
jeu des groupes et non pas seulement des individus isolés, sans l’appauvrir par sa réduction à
1 Gérard Cholvy, Frédéric Ozanam. L’engagement d’un intellectuel catholique au XIXe siècle, Paris, Fayard,
2003, 783 p.
2 Les débuts du catholicisme social en France, 1822-1870, Paris, P.U.F., 1951, 787 p.
3 Catherine Duprat, Usage et pratiques de la philanthropie. Pauvreté, action sociale et lien social à Paris, au
cours du premier XIXe siècle, Paris, Association pour l’étude de l’histoire de la sécurité sociale, 1996, 1393 p.
4 En particulier Philippe Levillain, Albert de Mun. Catholicisme français et catholicisme romain du Syllabus au
Ralliement, Ecole française de Rome, BEFAR, 1983, 247, 1062 p.
5 Paris, capitale religieuse sous le Second Empire, Paris, Cerf, 2001, 560 p., p. 161.
6 A la différence de l’OEuvre des campagnes, créée avec le soutien actif de la Société de Saint-Vincent-de-Paul,
cf. Eric Mension-Rigau, Le donjon et le clocher. Nobles et curés de campagnes de 1850 à nos jours, Paris,
Perrin, 2003, 508 p.
quelques figures censées l’incarner, qu’on les situe du côté d’un catholicisme libéral - un
Montalembert par exemple -, ou d’un catholicisme intransigeant - un Veuillot, pour ne citer
qu’eux ?
L’étude de la Société de Saint-Vincent-de-Paul est précisément l’échelle d’observation
qui nous est apparue adéquate pour répondre à une telle question, et la prosopographie la
méthode d’analyse appropriée. Cependant, à la différence des études portant sur les grands
corps de l’Etat, la prosopographie d’une association se heurte à un problème de sources. On
ne dispose pas en effet des belles séries de dossiers personnels qui ont fait le bonheur des
historiens des préfets, des conseillers d’Etat, des évêques, des officiers ou encore des
employés de ministère. Néanmoins, par un laborieux travail de dépouillement dans de
nombreux dépôts d’archives, nous avons pu reconstituer près de cinq cents notices (sur un
corpus initial de huit cent neuf individus), ce qui nous situe largement dans la moyenne
d’études comparables. A partir d’un portrait type, dressé par l’analyse croisée des données de
notre corpus, il est possible de dégager les écarts à la norme et de donner une image plus
complexe des hommes d’oeuvres que celle traditionnellement retenue. Au riche propriétaire,
souvent noble, du faubourg Saint-Germain, vient s’ajouter tout un monde d’étudiants, de
savants et d’hommes de lettres, de juristes et de médecins, d’officiers, de négociants,
d’artistes, d’employés et d’artisans.
Une contribution à l’histoire religieuse du catholicisme social
Après les grandes thèses d’histoire religieuse menées dans le cadre diocésain qui ont
fait une large part à l’étude du clergé, c’est une histoire non cléricale de l’Eglise que nous
avons voulu conduire. La Société de Saint-Vincent-de-Paul est dirigée et animée par des laïcs,
ce qui ne va pas toujours sans poser quelques difficultés avec le clergé paroissial. Cependant,
des expériences vécues ici et là à Paris se dégage un modèle original par rapport auquel
l’Action catholique apparaîtra plus tard en retrait. De véritables audaces théologiques sont
formulées qui conduisent à parler d’un « apostolat des laïcs »7, propre et distinct de celui des
clercs. Le discours théologique, pour être peu familier aux historiens, n’est pas à évacuer de la
recherche, et nous cherchons au contraire à l’y inclure8. Peut-on mettre en évidence
l’affirmation d’un « modèle laïc » d’organisation de l’Eglise, par rapport à un « modèle
clérical », qui ne fut peut-être pas sans influence sur la manière des catholiques de se situer,
plus largement, dans l’espace social et politique français ?
Par ailleurs, nos sources biographiques (correspondances, journaux intimes)
permettent largement d’aller au-delà des pratiques qui avaient été le principal objet des
grandes enquêtes de sociologie religieuse à la suite de Gabriel Le Bras. Une histoire
anthropologique de la ferveur, qui tente de dire ce que les pratiques ne révèlent
qu’imparfaitement, est ici possible. La spiritualité étudiante est particulièrement intéressante.
Pour ne prendre qu’un exemple, si le saint-simonisme a retenu, à juste titre, l’attention des
historiens de l’Ecole polytechnique, la part prise par les « X » au renouveau catholique dans le
Paris des années 1840 est à peu près méconnue.
7
Lettre de Frédéric Ozanam à François Lallier, 23 septembre 1835, Lettres de Frédéric Ozanam, Paris,
Klincksieck, t. I, 1997, p. 190-193, p. 193.
8 Comme y appelait Claude Langlois en conclusion du colloque tenu à Rennes en 1999 : « Un siècle d’histoire
du christianisme en France. Bilan historiographique et perspectives », publié par la Revue d’histoire de l’Eglise
de France, t. 86, 2000, p. 767.
Principales conclusions
La définition du catholicisme social donnée par Denis Pelletier permet de ramasser les
conclusions de notre thèse : « [Il] est une configuration historiquement datée de l’engagement
catholique, qui articule des pratiques collectives inscrites dans des institutions militantes
caractéristiques de la société industrielle (oeuvres, mouvements, syndicats), sur un projet
global de société, une utopie alternative dont la doctrine sociale de l’Eglise constitue le cadre
de référence. »9 Pratiques collectives, institutions militantes, projet global de société,
ajoutons-y le « feuilletage militant » que le même auteur évoque également10, c’est-à-dire les
générations successives d’hommes à l’oeuvre sur le terrain social : l’ensemble forme un type
d’engagement caractéristique d’une époque.
Pratiques collectives, assurément. La Société de Saint-Vincent-de-Paul ne laisse pas
l’homme charitable aux prises avec lui-même, avec le sentiment de pitié qui le saisit et le
pousse à donner au pauvre qui lui tend la main. Elle sait que ces sentiments sont passagers ;
seule la régularité acquise par la visite hebdomadaire à domicile d’une ou plusieurs familles
démunies est capable non seulement d’alléger la misère des uns mais aussi de conforter la foi
des autres. La visite des pauvres à domicile, dans les prisons ou les hôpitaux n’a certes pas été
inventée par la conférence de charité. Elle est l’héritage que lui transmet la Société des
Bonnes oeuvres, une des filiales de la Congrégation à laquelle Emmanuel Bailly a appartenu.
Par lui, le réveil charitable des années 1820 nourrit celui des années 1840. Sa pension de la
place de l’Estrapade est à la fois au coeur du Quartier latin et sur cette montagne Sainte-
Geneviève dont le revers qui mène au faubourg Saint-Marcel constitue l’un des quartiers les
plus misérables de Paris. Là, quelques étudiants issus de la bourgeoisie provinciale vibrent
aux dernières paroles du maître de La Chesnaie, s’enthousiasment de la prédication nouvelle
de Lacordaire, ferraillent avec les saint-simoniens dont quelques-uns, ainsi que des
buchéziens, sont venus grossir leurs rangs. Mais ils découvrent aussi combien les catholiques
sont peu nombreux parmi une jeunesse des Ecoles encore largement voltairienne comme ses
pères, combien même cette bourgeoisie est isolée au milieu d’une pauvreté omniprésente
rendue plus criante encore par les épidémies de choléra. Dans ce contexte, entre les origines
de la conférence de charité (1833-1835) et la formidable expansion de la Société de Saint-
Vincent-de-Paul (années 1840-1860), le projet charitable a connu une inflexion majeure. Pour
Frédéric Ozanam et ses amis, la visite des pauvres est le moyen, la foi des confrères le but.
« Les présidents des conférences [...] sont invités à rappeler fréquemment aux assemblées
qu’ils président, que le but de la société est surtout de réchauffer et de répandre dans la
jeunesse l’esprit du catholicisme [...] et que la visite des pauvres doit être le moyen et non le
but de notre association », écrit Ozanam en 183811. La charité protège la foi fragile des uns ;
elle doit émerveiller les autres et les contraindre à reconnaître la puissance de l’amour divin.
La nouvelle oeuvre n’est qu’une pièce d’un vaste projet apologétique qui, dans un esprit
mennaisien, vise à reconquérir la jeunesse intellectuelle. L’un des proches amis du fondateur,
Brac de La Perrière, ne dit pas autre chose lorsqu’il demande que l’on prie en conférence pour
« le retour au catholicisme des jeunes gens qui en sont séparés. »12
Néanmoins, avec l’entrée dans les conférences parisiennes d’hommes plus âgés et sous
l’effet de la visite des pauvres qui produit ses propres effets, l’ordre des priorités sinon
9 « Le catholicisme social en France (XIXe-XXe siècles). Une modernité paradoxale », dans Benoît Pellistrandi
(dir.), L’histoire religieuse en France et en Espagne, Madrid, Collection de la Casa de Vélasquez (87), 2004,
p. 371-387, p. 372.
10 Idem, p. 373.
11 Lettre à François Lallier, Lyon, 11 août 1838, Lettres F.O., t. I, n° 182, p. 321.
12 Archives de la SSVP, Conseil Général, Registre 102, Procès-verbaux du Conseil de direction, séance du 1er
avril 1837.
s’inverse du moins s’équilibre. La charité conduit les confrères à se détourner d’eux-mêmes
pour les ouvrir à l’altérité. Elle secoue le confort d’un christianisme bourgeois volontiers
individualiste, c’est-à-dire préoccupé de salut individuel ; elle fait éclater une posture
étudiante d’abord tournée vers le développement du moi (études) que le contexte romantique
de la génération de 1830 a exacerbé. A Moulins, le règlement de la conférence fondée en
1843 permet de mesurer cette évolution :
« But de la conférence.
Exercer les oeuvres de charité :
1° Envers soi, en se soutenant mutuellement par l’exemple, les conseils, la prière ;
2° Envers le prochain, en soulageant et combattant les maux qui l’accablent, l’ignorance, le
vice, les douleurs, les privations. »13
La charité est bien première, qu’elle soit au service de « soi » ou du « prochain ». Marquée
par ses origines, la ligne originale de la Société de Saint-Vincent-de-Paul tient dans cet
équilibre des finalités. Equilibre sans doute délicat : un côté de la pente conduit à majorer la
dimension personnelle et spirituelle (tendance à la confrérie) ; l’autre la fait glisser vers le
« caritatif » pur - pour user d’un terme anachronique mais explicite (tendance au bureau de
bienfaisance). Cette tension sans cesse réaffirmée a probablement permis à la Société de
Saint-Vincent-de-Paul de résister à la déconfessionnalisation et à la professionnalisation qui a
touché nombre d’oeuvres dans la deuxième moitié du XXe siècle.
On comprend, à la lumière de ce que l’on vient de rappeler, que la charité vincentienne
ne se limite pas aux soins du corps mais a le souci de l’âme. L’attitude des confrères est certes
variée. Une conception minimale de la charité se contente de bons de pain et de viande ; une
conception intermédiaire cherche à moraliser ; une conception haute enfin fait entrer le pauvre
dans une relation charitable à quatre termes - le confrère, le pauvre, Dieu et l’Eglise - et à
deux dimensions, horizontale (humaine) et verticale (transcendante). C’est ce que nous avons
appelé le « don charitable » ; il ne s’épuise pas dans l’équation du don et du contre-don mais
s’ouvre à un ailleurs. Il conduit à resacraliser le pauvre à rebours d’un large mouvement de
désacralisation qui court depuis l’époque moderne et participe d’une tendance générale de
sécularisation de la société14. C’est à ce point que la charité se fait politique. Alors que la
société libérale issue de la Révolution française stipule une relation contractuelle entre des
individus autonomes, la charité réintroduit le divin comme fondement du lien social et préfère
des relations tutélaires qui lient durablement les hommes entre eux. En ce sens, le projet
vincentien est antimoderne. On retrouve les origines intransigeantes souvent soulignées d’un
catholicisme social né au sein de milieux légitimistes largement représentés dans la Société de
Saint-Vincent-de-Paul.
L’une des plus belles réalisations parisiennes est sans conteste le patronage qui prend,
à côté de la visite à domicile, une place considérable révélée par l’étude de son financement.
Sur les solides assises posées par Armand de Melun dans les années 1840, il connaît une forte
expansion sous la houlette de Paul Decaux d’un côté, président du Conseil de Paris, des
Religieux de Saint-Vincent-de-Paul de l’autre auxquels la direction des maisons est confiée.
Maurice Maignen joue un rôle essentiel en forgeant une synthèse originale entre la tradition
parisienne du patronage, sociale - celle d’Emmanuel Bailly et des orphelins-apprentis des
13 Arch. SSVP, Conseil national de France, Série Allier (32), Carton n° 2, Liasse de la conférence de Moulins,
Règlement adopté par la conférence de St.-Vincent de Paul établie à Moulins, le vendredi 5 mai 1843, Moulins,
s.d. [1843], imprimerie de P.-A. Desrosiers, 8 p., p. 1.
14
Jean-Pierre Gutton, La société et les pauvres. L’exemple de la généralité de Lyon, 1534-1789, Paris, Les
Belles Lettres, 1971, 504 p., p. 215 sq. montre combien ce mouvement de dépréciation du pauvre comme figure
christique au profit d’une perception de la pauvreté comme menace pour l’ordre public, entamé dès le XIIIe
siècle, se précise au XVIe siècle.
années 1835-1840 - et la tradition marseillaise - celle d’un Timon-David -, nettement plus
spirituelle. Procurer un état, négocier les contrats, surveiller l’apprentissage, mais aussi former
des ouvriers chrétiens : tel a été le but de la dizaine de maisons entretenue par la Société de
Saint-Vincent-de-Paul dans Paris.
On ne saurait cependant abstraire les pratiques charitables des catholiques du contexte
philanthropique dans lequel elles s’insèrent. La Société de Saint-Vincent-de-Paul n’est pas
seule, loin s’en faut, sur le terrain des oeuvres. Face à un Etat globalement peu présent, l’heure
est à la multiplication des initiatives privées. Les conférences secourent un indigent sur dix à
Paris mais ne lui assure en général qu’un tiers de ses besoins annuels. Les pauvres font
fréquemment appel à d’autres oeuvres et savent jouer des concurrences entre elles. Toutefois,
si les discours sont largement hostiles entre catholiques et protestants, la guerre des oeuvres
met en scène des pratiques similaires sous le Second Empire. La rationalisation des secours, le
choix des pauvres, l’enquête préalable sont depuis la monarchie de Juillet le fait de tous les
hommes d’oeuvres. Nourrie par l’expérience, la réflexion sociale qui s’exprime notamment
dans les Annales de la charité contribue à la constitution d’une science charitable ou
philanthropique. Loin de nourrir les rêves de retour en chrétienté des uns, elle cherche des
solutions concrètes. S’il fallait sommairement qualifier la méthode vincentienne, on parlerait
volontiers de réalisme et de professionnalisme. La première de ces vertus s’acquiert au
contact du terrain ; la seconde est la note d’une oeuvre de notables qui profite des compétences
de ses membres acquises ailleurs15. Comme Jean-Noël Luc l’avait déjà perçu dans son étude
des salles d’asile, le XIXe siècle est bien celui de la « rencontre entre la charité chrétienne
traditionnelle et l’esprit philanthropique »16. D’un côté il s’agit d’établir une relation
charitable fondatrice de lien social - en cela la charité est moins « traditionnelle » que
revisitée dans le contexte nouveau de la modernité - ; de l’autre il est proposé un traitement
global de la misère qui devait conduire certains à promouvoir le rôle de l’Etat dans le
traitement de la question sociale. On aboutit ainsi à une attitude complexe qui peut, selon la
sensibilité des confrères, tendre vers le pôle charitable ou le pôle philanthropique : pour les
uns le pauvre c’est le Christ souffrant ; pour les autres, comme le dit Bernard Groethuysen, le
pauvre est d’abord un « bourgeois manqué », sinon un danger public17.
Pratiques et discours s’articulent à l’intérieur d’une institution dont on peut rappeler
les caractères principaux. La Société de Saint-Vincent-de-Paul est une oeuvre laïque. Elle
comprend certes des clercs mais sans qu’ils y exercent de fonction dirigeante. Ce modèle, qui
court non sans éclipses jusqu’à Vatican II, doit à la fois à l’époque et au lieu de sa naissance18.
En ces temps post-révolutionnaires, le clergé s’est fait plus rare ; sa place surtout est
fortement contestée dans un Paris populaire largement déchristianisé lorsqu’il n’est pas
franchement anticlérical. La blouse voit plus volontiers la redingote franchir le pas de son
atelier que la soutane. Pour beaucoup, l’apostolat des laïcs s’impose comme une nécessité.
Sur ce dernier point, cf. les conclusions similaires de Corinne Bonafoux, « Un militantisme de notables :
sociologie des cadres et analyse des modes d’action à la Fédération nationale catholique », dans Marie-
Emmanuelle Chessel, Bruno Dumons (dir.), Catholicisme et modernisation de la société française (1890-1960),
Lyon, Cahiers du Centre Pierre Léon d’histoire économique et sociale, 2003, 132 p., p. 41-56.
16 L’invention du jeune enfant au XIXe siècle. De la salle d’asile à l’école maternelle, Paris, Belin, 1997, 512 p.,
p. 56.
17 Origines de l’esprit bourgeois en France, t. I : L’Eglise et la bourgeoisie, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1977,
[1927], 300 p., 2e partie, chap. II : « L’aumône », p. 191. Sur Groethuysen, cf. « Catholicisme et bourgeoisie.
Bernard Groethuysen », Cahiers du centre de recherches historiques, octobre 2003, n° 32, 214 p.
18 Le 13 novembre 1920, Rome rappela à un évêque argentin l’indépendance de la Société de Saint-Vincent-de-
Paul. Comme le souligne Brigitte Waché, ce texte est cité deux fois dans le décret du concile Vatican II sur
l’apostolat des laïcs, Militants catholiques de l’Ouest. De l’action religieuse aux nouveaux militantismes. XIXe-
XXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, 250 p., p. 11, n. 3.
Quoiqu’autonome, la Société de Saint-Vincent-de-Paul n’en est pas moins respectueuse de la
hiérarchie ecclésiale : le pape dont elle reçoit des indulgences ; l’ordinaire du lieu qui
l’autorise, évêque dans son diocèse, curé dans sa paroisse, directeur dans son école. Le
territoire charitable des conférences reproduit dans ses grandes lignes l’organisation
paroissiale et satisfait ainsi un esprit de clocher si fortement ancré au XIXe siècle. Deux
conférences sur dix à Paris y échappent pourtant et sont « spécialisées » selon l’origine
(étrangers), l’âge (lycéens) ou encore la profession (employés de commerce) de leurs
membres. Par ailleurs, les confrères n’hésitent pas, tels des missionnaires laïcs, à partir à
l’assaut des quartiers périphériques de la capitale et des banlieues peu pratiquantes, portant
main forte à des curés découragés. En province, au cours de leurs vacances ou lorsqu’ils
changent de résidence, ils suscitent des conférences. Animés par un tel esprit, on comprend
qu’ils aient permis à leur « chère Société » de prendre le premier rang des oeuvres catholiques
du Second Empire. L’observation des effectifs, la multiplication et la diversification des
recettes le révèlent sans ambiguïté.
Hors de Paris, la Société de Saint-Vincent-de-Paul se développe davantage dans les
villes que dans les campagnes, dans les terres de chrétienté plutôt que dans les régions
détachées. Le premier critère d’analyse est plus déterminant. En effet les conférences touchent
moins la masse des fidèles qu’une mince élite de catholiques fervents ; elles peuvent donc
prospérer en terre de faible pratique. On pourrait qualifier ce noyau de confrères « zélés », au
XIXe comme au XVIIe siècle, de « dévot ». Cette généalogie, largement soulignée par les
historiens de l’époque moderne, ne saurait cependant masquer une évolution majeure19. Le
confrère, passé par le creuset mennaisien, dissocie la cause politique de ses engagements
charitables. Il peut ou non être monarchiste, ses opinions lui sont personnelles. Si « dévot » il
y a, de « parti dévot » il n’en est plus question. La Société de Saint-Vincent-de-Paul fait entrer
le dévot dans l’âge moderne en le dépouillant de ses oripeaux qui subsistent jusqu’en 1830 : la
politique et le goût du secret. De la Congrégation, elle garde le meilleur, la piété et les oeuvres,
et invente l’homme d’oeuvres. Ceci ne contredit pas ce que nous avons dit de la dimension
profondément politique de la charité ; elle retisse en effet le lien social indépendamment de la
forme politique qui l’encadre.
La Société de Saint-Vincent-de-Paul enfin est une oeuvre centralisée et hiérarchisée
autour de Paris et de son Conseil général, seul habilité à agréger les conférences et à conférer
les indulgences garanties par un bref pontifical. La pratique du pouvoir est toutefois
profondément démocratique car l’autorité réside en dernier ressort dans les conférences qui
délèguent leurs représentants dans les différents conseils. Malgré une tendance très nette à la
bureaucratisation qui renforce le poids des conseils et des commissions, l’autorité repose
moins sur la contrainte que sur une forme de consentement volontaire et collectif. Pour
nombre de confrères, juristes de formation, le droit tel qu’il est défini par le règlement et la
jurisprudence des conseils a force de loi.
Qui sont précisément ces confrères ? Est-il besoin de le rappeler, les conférences sont
le lieu d’une sociabilité exclusivement masculine. La séparation des sexes est d’usage dans les
oeuvres et jusque dans le choix des pauvres. Les familles secourues sont mixtes par définition
mais les femmes seules, surtout jeunes, sont laissées aux soins des oeuvres féminines. Le
confrère est généralement un bourgeois (six sur dix), issu de la bonne et moyenne
bourgeoisie, ou un noble (deux sur dix) ; il appartient plus rarement aux milieux populaires.
Ceux-ci néanmoins ne sont pas en nombre négligeable. C’est même un trait original des
19 Louis Châtellier, L’Europe des dévots, Paris, Flammarion, Nouvelle Bibliothèque Scientifique, 1987, 315 p. ;
Stefano Simiz, Confréries urbaines et dévotion en Champagne (1450-1830), Villeneuve-d’Ascq, Presses
universitaires du Septentrion, 2002, 402 p. ; Jean-Pierre Gutton, Dévots et société au XVIIe siècle. Construire le
ciel sur la terre, Paris, Belin, 2004, 219 p.
conférences d’avoir élargi le recrutement social des oeuvres. En prenant pour cadre la
paroisse, elles en adoptaient aussi le profil sociologique. A Paris, deux confrères sur dix
viennent de la petite bourgeoisie et des couches les plus modestes. Toutefois, ils se situent
pour la plupart sur une courbe d’ascension sociale. Les domestiques seuls sont exclus des
conférences. Bourgeois, le confrère a suivi les études classiques puis supérieures en usage
dans son milieu afin d’acquérir un état qui lui permette de succéder à son père et de tenir le
rang de sa famille, voire de la hisser sur l’échelle de la considération qui lui est chère. Le
service de l’Etat (près d’un sur trois) ou une profession libérale (un sur quatre) l’occupent le
plus souvent. Les conférences ont largement puisé dans le barreau et la magistrature. Les
professions économiques, quoique moins représentées si l’on considère leur poids dans la
capitale, occupent un confrère sur cinq. Propriétaires et rentiers ne forment guère que 15% des
effectifs. C’est dire s’il faut renoncer au modèle par trop exclusif du confrère aristocrate et
oisif ; il existe certes, et même largement dans la Société de Saint-Vincent-de-Paul, mais n’est
point dominant. Une deuxième fausse image de l’homme d’oeuvres, elle aussi véhiculée par
Balzac, est celle du vieux garçon charitable. Les célibataires définitifs sont plutôt moins
nombreux dans les conférences que dans la société française. Le mariage, conclu dans un
milieu semblable, est la règle dans la bourgeoisie. Les confrères n’y échappent pas et leurs
contrats révèlent une position très confortable dans l’ensemble. Ils se distinguent en revanche
de leurs contemporains par la taille de leur famille. Souvent même, ils ont eu plus d’enfants
que leurs parents alors que la tendance est à la baisse au XIXe siècle. Des vocations
religieuses naissent au sein de ces familles pieuses et nombreuses. Un confrère marié sur cinq
a vu un de ses enfants entrer dans les ordres.
Le portrait psychologique du confrère fait ressortir l’importance de la fidélité. Elle est
fidélité à une oeuvre, souvent jusqu’au dernier souffle mais sans exclure d’autres types
d’engagement ; elle est aussi fidélité à sa conférence sans chercher cependant à y faire
carrière. Si l’expérience est valorisée et conduit à exercer des responsabilités, l’absence de
cursus honorum est frappante. Alors que le vieillissement de l’oeuvre est une plainte
lancinante, la moyenne d’âge des présidents de conférence (37 ans) renvoie plutôt à un
homme d’âge mûr qu’à un vieillard. Plus de la moitié des confrères ont moins de 35 ans. Pour
une société née dans le milieu étudiant, le vieillissement et la notabilisation de ses cadres
étaient inéluctables. La vraie question est plutôt celle du renouvellement des membres.
Il resterait à savoir ce qu’il en est après 1870-1871 dans le contexte d’un catholicisme
social qui change pour partie de forme après la Commune. L’expansion internationale de la
Société de Saint-Vincent-de-Paul reste également à étudier. De magnifiques archives existent
permettant de poser par exemple la question de l’exportation à l’étranger d’un modèle
forgé en France.
La société, l’économie, la justice, sous le regard de l’Etat, de Richelieu à Robespierre
Samedi 9 décembre 2006
9 heures
A la Maison de la Recherche, Salle D035, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Reynald ABAD soutient son habilitation à diriger des Recherches :
La société, l’économie, la justice, sous le regard de l’Etat, de Richelieu à Robespierre
En présence du Jury :
M. BÉLY (PARIS 4)
M. CHALINE (PARIS 4)
M. CHARBASSE (MONTPELLIER 1)
M. FIGEAC (BORDEAUX 3)
M. GUTTON (LYON 2)
M. POUSSOU (PARIS 4)
La souveraineté en débat dans le premier XVIIe siècle : politiques gallicanes, ecclésiologie, et théologie du pouvoir. Une mise en perspective des « Libertés de l’Eglise Gallicane »
Samedi 4 février 2006
9 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Frédéric GABRIEL soutient sa thèse de doctorat (cotutelle avec l’Université de Lecce) :
La souveraineté en débat dans le premier XVIIe siècle : politiques gallicanes, ecclésiologie, et théologie du pouvoir. Une mise en perspective des « Libertés de l’Eglise Gallicane »
En présence du Jury :
Giulia BELGIOIOSO (Université de Lecce)
Pierre-François MOREAU (Université Paris IV - ENS-LSH, Lyon)
Alain TALLON (Université Paris IV)
Jean-Robert ARMOGATHE (EPHE)
Résumés
La notion de souveraineté a donné lieu, à l’époque moderne, à de multiples discours s’appuyant sur des sources théoriques où elle apparaîtrait comme auto-constituée. Nous avons pris le parti d’observer cette notion dans un des lieux de sa construction dynamique : les controverses théologico-politiques du premier XVIIe siècle, plus particulièrement les écrits gallicans. A la croisée des pensées étatiques et ecclésiologiques, et de leurs expressions, cette recherche s’est focalisée sur des documents peu utilisés par la philosophie politique (textes des censures doctrinales, compilations d’archives, écrits de controverses, correspondances entre érudits, etc.). Le genre des Libertés de l’église gallicane a été mis en perspective avec les différentes affaires qui obligent le Parlement et la faculté de théologie de l’université de Paris à prendre position sur les compétences juridiques des diverses instances nationales et pontificales. Au sein de débats fortement ancrés dans l’histoire, la souveraineté apparaît comme un pôle problématique convoquant et subsumant nombre d’autre notions (imperium, dominium, potestas) au sein d’une théologie de l’État.
Sovereignty under discussion in the early 17th century : gallican politics,
ecclesiology and theology of power.
A genealogy of Gallican Church’s freedoms
The idea of sovereignty in the early modern period has given birth to many a text which are considered as theoretical sources. We decided to study this notion within the topic where it comes from, that is, where it’s in the making. That is to say, the theological and political controversies in this period, especially gallican writings. We are situated between ecclesiology and politics, their own discourses, and we focused on documents which are usually not the field of political philosophy, such as doctrinal censorship, archivistic collections, pamphlets and so on. The texts of Libertés de l’église gallicane have been compared to many cases which lead the parliament and the faculty of theology of the university of Paris to decide upon legal attributions of each authority, national or pontifical. The term of sovereignty happens to be at the heart of a debate deeply rooted in history and it includes many other concepts (imperium, dominium, potestas ...) among a kind of theology of state.
Position de thèse
Le XVIIe siècle a développé de nombreuses réflexions sur la souveraineté, souvent étudiée au sein des processus de formation de l’État moderne. Mais au lieu de considérer que la souveraineté serait a priori théorisée dans des traités, le principe qui a guidé notre travail est l’étude de la construction dynamique de la souveraineté, comme pôle problématique plutôt que comme concept achevé, dans les nombreuses controverses théologico-politiques qui émaillent cette période. Un type de discours s’est imposé comme étant particulièrement important dans l’élaboration de la souveraineté : la position gallicane, qui unit fermement la spécificité nationale française à une certaine autonomie ecclésiologique vis-à-vis de la romanité pontificale. Le creuset de l’identité nationale réunit l’Église à l’État, dans un catholicisme propre. La position gallicane développe ainsi une théologie du pouvoir au sein de la souveraineté civile revendiquée par la royauté, théologie qui n’est pas seulement un héritage et une réappropriation du curialisme romain médiéval.
Ainsi, cette recherche sur la souveraineté impliquait de s’intéresser à des écrits des personnes directement aux prises avec les institutions et les débats de l’espace public. Du point de vue prosopographique, deux institutions se sont imposées d’elles-mêmes : le Parlement de Paris, et la faculté de théologie de l’université de Paris, deux institutions emblématiques des débats gallicans, qui seront le lieu d’élaboration des positions doctrinales les plus marquées du premier XVIIe siècle sur les sujets théologico-politiques - par exemple Pithou et Servin pour le milieu parlementaire, et Richer pour la faculté de théologie. Les acteurs de ces débats agissent rarement en leur nom propre, puisqu’ils sont les porte-paroles d’une institution, ce qui rend plus complexe leur position auctoriale et controversiale. Leurs publications vont de la censure doctrinale au pamphlet anonyme. Nous nous sommes intéressés aux discours et aux compétences dont se réclament ces différents types de prise de parole.
Les Libertés de l’Eglise gallicane constituent un véritable genre, principalement systématisé par des parlementaires, ou des juristes du même milieu, tel Pierre Pithou en 1594. Après avoir étudié précisément leurs modalités d’édition et de compilation entre 1594 et la fin du XVIIe siècle, nous les avons inscrits dans une perspective doctrinale au sein des controverses de l’époque. Mettant à profit nombre de publications négligées par la philosophie politique, notre tâche a d’abord consisté à reconstituer le plus minutieusement possible les différents stades des ‘affaires’ qui voient dialoguer juristes et théologiens. A la suite de quoi, la masse imposante de ces publications imposait un choix de quelques controverses significatives, à la croisée de l’histoire, du droit, de la théologie et des idées politiques.
I. Preuves et théologie de la Tradition : fons et origo
D’une assez grande homogénéité, les écrits gallicans émanant du milieu parlementaire le sont non seulement du point de vue des thèses, mais aussi pour ce qui regarde l’organisation archivistique. Leur travail s’appuie souvent sur le Trésor des chartes, véritable mémoire de la monarchie, d’où ils tirent des documents originaux sur lesquels ils se fondent pour élaborer leurs argumentations. Ces documents et cette pratique les conduisent à développer une véritable histoire positiviste de la preuve historique par l’archive. Héritière de l’humanisme juridique en ligne directe, puisque ces auteurs sont les élèves de Jacques Cujas (par exemple Pierre Pithou et Antoine Loisel), cette méthode définit également le terrain théologique sur lequel ils s’opposèrent à la papauté romaine : la théologie de la tradition.
C’est dans cette perspective que se construit une histoire patriotique. Publiant d’imposants volumes de documents historiques pour légitimer leurs thèses, les gallicans se réclament de la fidélité à une Église nationale, plus proche de l’église apostolique que la papauté. Là encore, c’est un corpus particulier qui appuie leurs revendications : les canons des premiers conciles œcuméniques. Ces canons définissent un premier Codex canonum qui correspond non seulement à une période originaire, mais aussi à un territoire plutôt oriental, territoire du premier christianisme, vers lequel regardent bien souvent les gallicans pour trouver des arguments prouvant leur fidélité à cette pureté première. Ce code renvoie aussi à la source du droit : la communauté conciliaire, plus que l’édiction pontificale. Plusieurs érudits, tels Pithou ou Justel, ont tenté la reconstitution de ce code, dont l’autorité aurait perduré jusqu’à celui de Gratien, et surtout jusqu’aux décrétales. L’argument de la cohérence juridique nationale est invoqué pour soumettre toute nouvelle loi au corpus préexistant, et surtout au contrôle des instances civiles.
L’Église gallicane se réfère à une période apostolique et patristique dans laquelle elle voit un âge de « liberté » qui consistait en une certaine autonomie juridique des églises locales. Ainsi, l’« appel » au pape pour trancher un différent n’implique pas un absolutisme romain. Les nombreuses modalités qui qualifient ces premières églises définissaient également une primauté pétrinienne qui n’avait pas encore les outils coercitifs qu’elle a forgé par la suite. Cette primauté n’avait qu’une fonction proprement vicariale, et ne développait pas un pouvoir qui relève de l’imperium. Pour les gallicans, cette primauté simplement spirituelle est le signe de l’église de l’origine, qui ne soumet pas les plus anciens lieux du christianisme (Antioche, Jérusalem), au pouvoir de l’ancienne capitale civile de l’empire romain. Ces thèses qui concernent le territoire, vont également être mises à contribution dans la querelle des régions suburbicaires, qui cherche en fait à définir sur quel territoire précis la juridiction romaine peut s’exercer, et à déterminer quel est le rôle de la hiérarchie épiscopale et métropolitaine.
Ces différents aspects ecclésiologiques s’articulent autour de la compétence juridique accordée, ou non, aux patriarcats et aux évêques. Territoires et fonctions sont combinés dans ces affrontements qui, par le biais des textes conciliaires informent nombre de controverses modernes. Le recours aux premiers conciles, qui impliquent toute une ecclésiologie, se double chez les gallicans, d’une mise en avant du conciliarisme médiéval (par exemple le concile de Constance). Les ‘Parisienses’ (Pierre d’Ailly, Gerson, Almain, Mair) vont servir de caution tant aux gallicans de Sorbonne qu’à ceux du Parlement. Ils y trouvent leur propre tradition, et opposent la catholicité à la romanité.
C’est donc autant sur le domaine de l’histoire, que sur celui de la théologie et du choix du corpus juridique que se déroulent les controverses ecclésiologiques. L’érudition est un outil politique. Bien des débats proposent donc des lectures orientées de l’histoire.
Nous avons notamment étudié la réception d’Optat de Milève, de Cyprien et de Vincent de Lérins, efficiente aussi bien du point de vue des éditions de leurs œuvres, que de l’utilisation de leurs textes. C’est au contact de l’histoire que se résolvent, ou non, les litiges contemporains. Ces trois auteurs sont essentiels pour aborder les notions de catholicité, de romanité et de tradition.
Quand on met en cause Richelieu, qui voudrait instituer un patriarcat en France, c’est sous le nom d’Optatus Gallus. Les thèses gallicanes convoquent en effet des références qui font appel à la périphérie de la romanité (l’Afrique du Nord, l’Orient impérial, etc.), et légitiment donc la localité, plus que la centralité.
Ce contexte schismatique donne toute son importance aux problèmes de l’unité et de la dissension. Chaque parti (gallican ou romain) se réclame de l’unité, mais d’une unité pensée tantôt sur le mode de la composition, tantôt sur le mode du centralisme. Le refus de la dissension a des conséquences directes sur l’expression politique. Pour les gallicans, l’unité du royaume implique l’accord a priori avec l’appareil étatique, appareil primant sur l’appartenance confessionnelle. Le modèle délibératif du concile, dont se réclament les gallicans s’oppose à la primauté absolue du pape - là encore, le débat est rattaché à la conception de l’église primitive. Car pour Rome, l’unité de la chrétienté suppose au contraire une primauté pétrinienne indiscutable et souveraine (unité d’un lieu, unité d’une personne), qui ne peut accepter l’existence d’un catholicisme proprement gallican.
L’une des questions que l’on retrouve dans la majeure partie des controverses, et qui n’est jamais loin de la définition de la primauté pétrinienne, concerne donc la première note théologique de l’Eglise : l’unité. Si cette dimension est ici particulièrement importante, c’est que la souveraineté se définit elle aussi par l’unité, unité qu’elle opère (à la fois cause et résultat), et unité à laquelle elle est impérativement soumise pour être souveraineté.
Cette unité - liée à une institution, à une communauté - est confrontée, dans les controverses, à des paroles qui la mettent en cause ou qui la défendent comme un fondement.
II. Controverses, institutions et communautés
Ces paroles sont examinées à partir des deux lieux mentionnés : Parlement et faculté de théologie de l’université de Paris. Les censures doctrinales de la faculté de théologie nous ont servi de point de départ pour étudier non seulement la question de l’expression institutionnelle, mais encore les différentes affaires qui scandent les affrontements avec les jésuites, pédagogiques comme politiques.
C’est au sein de ce contexte académique que s’évaluent les nuances théologiques quant à ce qu’il est permis, ou non, de dire au sujet du pouvoir du pape et du roi. Parallèlement, la consultation des archives romaines du Saint-Office a montré l’importance que l’on accordait à ces affaires universitaire. Au sein de dossiers spécifiquement consacrés aux controverses gallicanes, on trouve un important matériel relatif aux thèses de la faculté. Les nonces portent une attention particulière à ce pan de la qualification théologique.
Si, à proprement parler, le genre des libertés gallicanes prend sa source dans le contexte des guerres de religion et la position des Politiques, la ‘paix’ relative ne ralentira pas le rythme des controverses. En 1610, l’année de la disparition d’Henri IV, on observe un renforcement de la scission entre un ‘patriotisme’ gallican et un pontificialisme jésuite. De concert, la faculté et le Parlement condamnent les auteurs vantant le pouvoir pontifical temporel ou délégitimant le pouvoir royal (Mariana, Bellarmin, Suarez). Il faut pourtant se garder de voir une faculté entièrement ‘gallicane’. L’affaire qui éclate en 1611, autour du syndic de Sorbonne Edmond Richer, est emblématique des profonds antagonismes qui habitent cette institution. S’il est fortement soutenu par plusieurs parlementaires comme Servin et Vigor, Richer n’en sera pas moins déposé de sa charge par le parti romain de la faculté mené par André Duval, avec l’appui de Du Perron. Les divisions controversiales se retrouvent au sein même de la faculté.
Toutefois, vers le milieu du siècle, Godefroy Hermant a renoué, dans sa défense des missions de la Sorbonne, avec des arguments similaires à ceux de Richer, notamment anti-jésuites. Les controverses sur la casuistique s’inscrivent dans cette filiation. Les nombreux écrits posthumes de Richer sont d’ailleurs édités et récupérés dans un contexte janséniste.
L’attention accordée à la parole publique, lieu de la controverse, s’inscrit au sein d’un réseau serré de qualifications parmi lesquelles le serment est fréquemment invoqué : serment de l’élève à l’université, du roi lors du sacre, des jésuites pour être maintenus en France, etc. La communauté, lieu d’unité et de contrôle de l’expression, formalise ainsi le lien civil et l’accord aux principes fondamentaux du royaume, dont participent les libertés gallicanes.
III. Abstraction, unité, souveraineté
C’est donc en grande partie sur le plan ecclésiologique que se détermine le pôle problématique que l’on nomme ‘souveraineté’, et qui subsume la potestas, l’imperium, la lex, le dominium, ainsi que l’officium. Les nombreuses querelles gallicanes concernant les prérogatives ecclésiologiques définissent conjointement les modalités du pouvoir civil. L’Église gallicane contribue à définir l’identité du royaume. Si la souveraineté est toujours pensée en terme d’unité, nous avons replacé l’unité dans ses acceptions tant politiques que théologiques. En situant ainsi la souveraineté dans le contexte ecclésiologique, cette notion prend un sens autre que son acception usuelle régalienne. Cette construction parlementaire de la souveraineté dans le cadre d’une communauté permet de considérer la personne du ‘roi’ comme une personne collective. La souveraineté ne s’incarne pas seulement dans sa seule personne garante de l’unité, mais encore dans les séries de délégations indispensables, d’où le rôle des offices. De même que sur le plan théologique, la personne royale est « mixte », elle l’est également sur le plan politique, incorporant à sa fonction les instances juridiques comme le Parlement.
Partant de ces origines religieuses du constitutionnalisme et de la perspective parlementaire moderne, nous avons étudié les notions de vicariat et d’office qui construisent en partie ce qu’est l’identité politique. Non pas une identité subjective, mais une identité de fonctions qui informe à son tour un des modes importants de la parole politique : celle d’une institution, celle du vicaire ou de l’officier comme porte-parole. C’est un procédé d’abstraction qui permet de penser une délégation du pouvoir dans un office, une institution comme unité - et de lui attribuer une parole comme telle. La théologie du pouvoir défendue par les juristes dialectise union et fonction.
La substantivation des adjectifs en anglais contemporain
Samedi 3 décembre 2005
13 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Christine SMITH soutient sa thèse de doctorat :
La substantivation des adjectifs en anglais contemporain
En présence du Jury :
M. COTTE (Paris 4)
M. BUSUTTIL (Pau)
M. DELMAS (Paris 3)
M. QUAYLE (Centra Lil)
Résumés
Notre projet est de proposer une typologie semantico-referentielle des adjectifs substantives (as) en anglais contemporain. Notre point de départ est la conscience que la substantivation est un phénomène de restructuration et de condensation syntaxique, aboutissant parfois a une lexicalisation. Notre démarche a été de mener une étude de corpus en contexte : une analyse morphosyntaxique des phénomènes de surface de l’énoncé, c’est-à-dire la composition du syntagme contenant l’as (déterminants, modifieurs, compléments, etc.) a laquelle s’est ajoutée une analyse sémantique s’intéressant au mode de restitution de la référence des as. Nous avons mis en évidence le parcours interprétatif déclenché par l’emploi des as, et observe le rôle de la flexion du pluriel dans la densification du sens. L’association des deux niveaux d’analyse nous permet de proposer un modèle global des adjectifs substantives en termes de modes de catégorisation du réel. La richesse sémantique des as, l’expressivité et la creativité qui s’en dégagent en font un objet d’étude multidisciplinaire.
The purpose of our study is to offer a typology of substantivized adjectives in contemporary english. Our approach is both a morphosyntactic and a semantic one. In the absence of any comprehensive research in this field, we have compiled the various approaches to the absence of a head-noun in a noun phrase, including fusion, ellipsis and substantivization and have concluded that substantivization is above all a syntactic phenomenon with semantic repercussions in terms of categorization and the reprsentation of experiences. He lexical approach of substantivized adjectives is merely the tip of the iceberg. Our in-depth analysis has enabled us to detail their multiple meaning, their expressive and creative components, giving us a basis for a progressive typology of substantivized adjectives in terms of the autonomy of the categorization.
Position de thèse
En apparence, le sujet est simple : un adjectif est un mot du lexique possédant des caractéristiques morphosyntaxiques qui l’identifient. La transformation de ce mot en substantif fait intervenir une modification fonctionnelle mais non morphologique, car il n’y a aucune dérivation. Dans les grammaires de l’anglais, l’emploi d’un adjectif comme substantif est traité de manière expéditive. On admet qu’il existe deux types d’adjectifs substantivés : le plus courant est l’AS partiel (ou pseudo-AS) qui a une valeur collective et générique ou abstraite (the unemployed, the impossible, the wild). Ensuite il existe des adjectifs à valeur spécifique mais elliptique comme an oral, a medical, a facial, ou a crazy.
Ces remarques ne constituent toutefois qu’une étude très partielle et souvent partiale du problème. Il n’existe, à notre connaissance, aucune description détaillée de la réalité des AS en anglais contemporain. Afin de remédier à cette lacune, et mettre au jour la complexité des problématiques liées à la substantivation des adjectifs, nous avons abordé le sujet de manière empirique, à travers une étude d’AS en contexte.
Notre première observation, significative, a été l’importance du contexte. En comparant les occurrences avérées et les AS répertoriés dans les dictionnaires, nous avons constaté le décalage entre la lexicalisation et la production des substantivés (retireds, sunnies, yellows, etc. ne figurent pas dans les dictionnaires mais apparaissent effectivement dans le corpus). Cette découverte nous a orientés vers une approche syntaxique et sémantique de la substantivation des adjectifs dans leur contexte. Les AS ne peuvent pas être décrits uniquement du point de vue de la détermination, mais nécessitent la prise en compte du contexte large, comme la composition du SN, le rôle actanciel de l’AS, et la présence d’autres choix de dénomination.
L’examen des approches existantes, de Jespersen à Huddleston et Pullum nous a conduit à formuler le projet de mener une étude globale des SN sans tête substantivale. Cette démarche se justifie par la nécessité de distinguer la substantivation de l’ellipse et de la fusion de la tête avec un dépendant. Nous proposons une typologie des substantivés ayant la forme d’un axe de substantivation. Un adjectif qui se substantive accepte un nombre croissant de propriétés nominales, que nous devons déterminer.
Une description morphosyntaxique des SN contenant les AS constitue la première étape dans l’étude du corpus : déterminants (défini, indéfini, singulier, pluriel, possessif), modifieurs (noms ou adjectifs), complémentation (prépositions), rôle actanciel (sujet ou objet de la relation prédicative), et possibilités de dénombrement sont traités, donnant quelques statistiques simples. Déjà, il devient clair que le rôle des indices contextuels est crucial en termes de restitution du sens des AS.
1. Les déterminants et modifieurs : les AS sont souvent infléchis, ils sont régulièrement prémodifiés par un nom ou un adjectif (lucrative exhibition friendlies, MTV visuals, presentation roughs, winter woollies). Les AS sont plus rarement singuliers et indéfinis (ce qui coïncide avec l’ellipse, comme a crazy ).
2. Les AS appartiennent souvent à une relation prédicative comme objet, et parfois de manière figée dans des collocations (to throw a wobbly, throw out empties, in the wild, out of the blue).
3. Les AS sont fréquemment en emploi générique, même si l’emploi spécifique existe. En tant que sujet spécifique, crazy est difficile (A crazy walked by est étrange). Mais si crazy est attribut dans He was a real crazy l’énoncé est acceptable.
4. Il y a explicitation du contenu à travers l’emploi anaphorique des AS ou alors une énumération du contenu de la classe, comme le montrent les deux énoncés ci-dessous.
[1] This beast’s lair was lined with the heads of beasts — tiger, rhino, and other exotics interspersed among the more usual deer trophies.
[2] from the nasties — tars, chemicals and the irritant effects of the smoke itself which causes lung and heart disease.
A cette description s’ajoute une analyse sémantico-référentielle des AS. Pour cela, nous avons tenté de répondre à la question déjà posée par Wierzbicka : comment un nom diffère-t-il d’un adjectif ? Quelle est la différence entre un nom et un adjectif ?
Deux paramètres essentiellement sémantiques se dégagent de l’analyse des deux parties du discours que sont le nom et l’adjectif. On admet qu’un nom catégorise de manière opaque, alors qu’un adjectif décrit de manière prédicative. Au sein du SN, c’est le nom qui permet de désigner un référent, alors qu’un adjectif ne désigne jamais. Il existe donc deux critères de la substantivation : la catégorisation et la multidimensionnalité ou l’opacité. Ces considérations nous conduisent à nous interroger sur le modèle cognitif dégagé par le nom : il se définit comme une représentation mentale du référent, ou un "simulacre multimodal" selon Rastier, dans la mesure où la représentation n’est pas seulement une image visuelle mais peut concerner les autres sens comme l’ouïe, le toucher, le goût.
Selon le modèle de l’axe de la substantivation, nous supposons qu’il existe des degrés de transformation de l’adjectif. Le degré ultime serait donc l’acquisition par l’adjectif d’un modèle cognitif avec densification et opacification du sens originel.
Le volet sémantique de l’analyse du corpus concerne le mode de restitution du sens des AS et vise à dégager des réponses à la question : quelle est la relation entre type sémantique adjectival et le type de référence acquise par les AS ? Nous avons distingué deux cas : restitution prévisible du sens des AS et restitution non prévisible du sens. Le premier cas est le plus simple, il s’agit des pseudo-substantivés qui désignent généralement de manière anaphorique le parcours de l’ensemble des supports potentiels visés. Le second cas est beaucoup plus significatif et montre la grande richesse expressive des AS. Il y a sélection de classes de référents particuliers dont la nature apparaît à travers un parcours interprétatif des indices contextuels, comme le montrent les propositions suivantes.
[3] He buys her lots of pretties.
[4] He get his jollies from watching girls.
[5] You shouldn’t park on double yellows.
[6] Some people use yellow stickies everywhere.
[7] You have to get through life’s hards.
[8] Wash away nasties with Evian water.
[9] Exotics such as mangoes and kiwis can be found in any supermarket.
Cette découverte est significative car elle dément des idées préconçues sur les adjectifs plus propices à la substantivation. Il n’y a pas de restriction intrinsèque sémantique. Des adjectifs aussi peu caractérisants que empty, ready, green, blue, hard ou small donnent lieu à des substantivés, alors que full, big ou soft ne le font pas. Quelles sont les contraintes, et les motivations de la substantivation ?
1. Les motivations sont culturelles : le choix de l’adjectif représente la mise en avant d’une propriété saillante et signifiante. (nasties, empties)
2. Les AS parviennent à dégager un modèle cognitif d’un ordre particulier. Leur emploi est souvent provisoire et temporaire, ils parviennent à désigner des catégories de référents dans une situation donnée et dans une temporalité donnée. Ils ont donc une valeur déictique non négligeable. (leftovers, greens, whites)
Le rôle de la flexion du pluriel est indéniable à plusieurs titres. D’abord elle est le seul indice incontestable de la substantivation. Mais surtout, cognitivement, elle s’associe à la transformation ou la transgression des catégories existantes. Le pluriel est une opération d’assimilation et de différenciation. Tout en identifiant un objet comme appartenant à une classe, le pluriel dissocie, parle de différence sans l’expliciter. L’affinité entre le choix d’un adjectif comme niveau de dénomination et le pluriel est flagrante.
Enfin, afin de dégager une typologie, nous avons développé la problématique de la catégorisation. Nous avons trouvé chez Wierzbicka une typologie sémantique formelle qui a inspiré notre typologie des AS. Un AS entièrement substantivé sera autonome des catégories nominales existantes. Un AS qui n’est pas entièrement substantivé demeure dépendant des catégories nominales existantes. Les seuls AS qui se démarquent sont ceux qui transgressent le découpage traditionnel imposé par la taxonomie des noms.
Nous avons dégagé huit types d’AS.
(1) Les AS collectifs et dénombrables à référence humaine par défaut : valeur prédicative et oppositive. Ce sont des nominalisations plutôt que des substantivations et c’est l’article défini qui représente la valeur déictique référentielle, la tête : the unemployed, the poor.
(2) Les pseudo-AS à valeur spécifique particulière et humaine : the Almighty, the bereaved, the deceased.
(3a) Les pseudo-AS abstraits et non humains : groupes prépositionnels, groupes verbaux avec anaphore de préconstruction ; in the open, on the loose, out of the blue ; do the naughty.
(3b) Les AS à valeur déictique situationnelle : the cold, the wet, the damp, the dark, the future, the present,
(4) Les AS infléchis (quantité plurielle) créent de nouvelles catégories a priori. Ces catégories sont transversales et recoupent plusieurs catégories préexistantes. Ce sont des catégories composées de catégories préexistantes. Ce type se divise en sous-types : smalls, leftovers, sharps.
(4a) Les AS infléchis comptables et individuables : ils représentent des catégories a priori regroupant des catégories existantes distinctes. Ils sont comptables mais réfèrent à des catégories (type de) et non à des individus de la catégorie : vegetables, peripherals, essentials.
(4b) Les AS comptables qui sont individuables : ils désignent un individu extrait de la catégorie supérieure regroupant des catégories préexistantes connues. Cet individu n’est pas stable cognitivement, il peut appartenir indifféremment à chacune des catégories préexistantes : a peripheral, an empty, a great, a classic.
(5) Les AS continus qui représentent des sous-ensembles de catégories préexistantes. Ceux-ci ont valeur hyponyme et sont inclus dans une catégorie préexistante nominale donnée : Ø white, Ø brown, Ø wholemeal, Ø ground.
(6) Les AS singuliers référant à un type, accédant au statut de substantif et possédant un modèle cognitif à issu de SN elliptiques (ou fusionnés) stabilisés : la référence à un particulier est possible et l’adjectif acquiert la valeur de modèle cognitif spécifique : a medical, a facial, an oral, a domestic.
Le dernier fil de notre étude concerne l’emploi en discours, le choix stylistique ou expressif des AS. Nous avons tracé un parallèle entre l’emploi d’AS et de noms désadjectivaux comme weekender, two-footer, afin de mettre en valeur le caractère éminemment expressif et créatif des premiers. Quand ils sont un moyen de redénommer une catégorie existante, ils prennent un caractère euphémique ou hyperbolique, mais toujours ludique (employer sunnies plutôt que sunglasses ou shades, smalls plutôt que de underwear ou undies, funnies plutôt que comics). Lorsque l’AS transgresse des catégories existantes et invente une nouvelle manière de percevoir, cette vision est novatrice et particulière (exotics pour parler de voitures racées, sharps pour tout ce qui est pointu et tranchant dans un milieu particulier, nasties pour ce qui est nuisible). Le choix d’une nouvelle manière de désigner est limpide et pertinent car spécifique à la situation d’énonciation. L’emploi déclenche un parcours interprétatif qui crée une connivence entre l’énonciateur et son interlocuteur (générique ou non). On observe que le choix d’un AS et son sens dépendent très largement de la capacité à décoder le sens, et que les sens varient en fonction du type de discours, du dialecte, du niveau de langue de l’énonciateur, comme le montre l’usage fréquent de guillemets ou d’explicitations.
[10] Although we were surrounded by the usual paraphernalia of the television studio - lights burning in the rigging, cables snaking across the floor, the shadows beyond the cameras teeming with people whose jobs ranged from floor manager to working the autocue to pouring water, all of them wearing what we call "blacks"[....]
[11] Another foolproof method was to pretend to be in the throes of a full-scale, nuclear row with my date as we approached the venue. The natural human impulse not to get involved in a "domestic" meant the doorman would often usher us past the velvet rope as speedily as possible.
[12] Usually it’s D W Griffith of America who’s given credit for the intelligent use of the close-up erm but Smith was immensely interested in the portraiture area of photography, and made a series of films which were called at the time `facials’. [4] Policemen of my generation call them the funnies.
[13] Even magazine publishers such as the Radio Times are producing a range of cardboard "shelf talkers" and "shelf wobblies" bearing the name of the magazine, designed to catch the browser’s eye and guide the hand.
L’usage très courant des AS comme noms propres (de groupes de musiques, de marques de vêtements, de produits manufacturés, d’inventions technologiques) est un signe de leur grande productivité et de leur popularité (The Strungouts, the Stills, the Wets, etc.). Leur expressivité et les jeux de mots qu’ils rendent possibles en font des candidats idéaux pour l’antonomase.
Les AS sont loin de se limiter à un processus lexicogénique. Ils représentent un mécanisme fondamental de densification et de remotivation de la dénomination, un outil d’expressivité et de créativité immense, comme on peut en juger à travers la presse féminine par exemple. En rupture avec la représentation traditionnelle du monde en catégories conceptuelles, les AS sont tributaires d’une axiologie, de valeurs culturelles spécifiques à une communauté, ils correspondent à une perception phénoménale, affective, expérientielle et personnelle du monde.
La traduction des livrets d’Opéra au XIXème siècle : "Otello" de Rossini a Verdi
Mercredi 1 juin 2005
15 heures
IULM
Via Carlo Bo 1
20143, Milan
Italie
Mme Silvia Laura FARINA soutient sa thèse de doctorat* :
La traduction des livrets d’Opéra au XIXème siècle : "Otello" de Rossini a Verdi
En présence du Jury :
M. BACKES (Paris 4)
M. BARTOLI (Paris 4)
Mme DIDIER (ENS)
Mme NEROZZI (Milan)
M. PRINCIPATO (Milan)
* Inscription sous régime de cotutelle ; inscrption principale à l’Université de Milan.
La tragédie grecque sur la scène contemporaine
Mardi 28 juin 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Eleni PAPALEXIOU soutient sa thèse de doctorat :
La tragédie grecque sur la scène contemporaine
En présence du Jury :
M. GUENOUN (Paris 4)
Mme BOST (Grenoble 3)
M. FRANTZ (Paris 4)
Mme THOMADAKI (Athènes)
La transitivité dans les langues romanes : la construction de l’objet et le rôle de la préposition a en espagnol
Samedi 11 décembre
9 h
Amphithéâtre Milne Edwards : Esc. B, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme Elodie WEBER soutient sa thèse de Doctorat :
La transitivité dans les langues romanes : la construction de l’objet et le rôle de la préposition a en espagnol
M. CHEVALLIER (PARIS IV)
Mme DELPORT (PARIS IV)
Mme LY (BORDEAUX III)
M. TOLLIS (PAU)
La transmission orale de la polyphonie en France et en Espagne pendant les XVè et XVIè siècles : Essai d’interprétations philologiques de la notation de la musique en langue vernaculaire
Samedi 10 juin 2006
9 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Angel Manuel OLMOS soutient sa thèse de doctorat :
La transmission orale de la polyphonie en France et en Espagne pendant les XVè et XVIè siècles : Essai d’interprétations philologiques de la notation de la musique en langue vernaculaire
En présence du Jury :
Prof. Dr. John GRIFFITHS, University of Melbourne
Prof. Dr. Louis JAMBOU, Université Paris IV-Sorbonne
Prof. Dr. Nigel WILKINS, Université Paris IV-Sorbonne
Dr. Isabelle RAGNARD, Université Paris IV-Sorbonne
Dr. Emilio ROS FÁBREGAS, Universidad de Granada
S. E. M. Ismael FERNÁNDEZ DE LA CUESTA, Real Academia de las Artes de San Fernando
Résumés
Cette thèse analyse l’influence de la transmission orale sur le répertoire de chansons français et espagnoles en langue vernaculaire du 15ème et 16ème siècle. On a fait une comparaison notationnelle systématique et sémiotique de toutes les concordances entre dix manuscrits de tous les deux pays. Cette comparaison a montré que la casuistique des différences entre copies d’une même œuvre est très réduite et exprimable parfaitement dans l’entourage de la transmission orale.
“Oral transmisión of polyphony in France and Spain during 15th and 16th centuries : Essay of philological interpretations of vernacular music notation”
This dissertation analyzes the influence of oral transmission in French and Spanish vernacular song dating from the middle of the 15th century to the beginning of the 16th century. A systematic notational and semiotic comparison has been applied over all concordances in ten manuscripts from both countries. The conclusion is that the differences found in that comparison can be categorized in cases that can be explained in an oral transmission environment.
Position de thèse
Dans ma mémoire de fin d’études au Real Conservatorio Superior de Música de Madrid, je me suis penché sur les différences existantes entre les œuvres castillanes du Cancionero de la Catedral de Segovia et leurs respectives sources concordantes. L’objectif fixé au début de ce travail était simplement d’établir s’il était possible conclure que ces œuvres étaient des copies littérales de celles qui apparaissent dans le Cancionero Musical de Palacio ou si c’était l’inverse. Très peu de temps après avoir commencé la tâche de comparer point par point les deux sources, il est devenu évident que, pour avoir un panorama plus complet des changements ayant affecté ces dix-huit œuvres concordantes, il fallait comparer ces versions avec d’autres qui étaient conservées dans des manuscrits de toute l’Europe. La tâche comparative s’est multipliée exponentiellement et le nombre énorme de données que l’on obtenait de cet ensemble d’œuvres, a priori petit, révélait qu’il n’était pas possible de déterminer une direction de copie. Apparemment, aucun manuscrit n’avait copié littéralement l’ensemble des œuvres à partir d’un autre. Les différences étaient extrêmement nombreuses.
Etant donné le nombre restreint d’œuvres qui faisaient l’objet de l’étude, il était impossible de tirer des conclusions globales, mais seulement partielles, prenant toujours comme référence le Cancionero Musical de Segovia. Mais, pendant la durée de l’étude, plusieurs sources françaises se sont avérées concordantes avec Ségovie. Comme les différences entre elles ne manquaient pas, nous avons eu l’intuition que la typologie qui avait caractérisé le Cancionero de Ségovie était applicable en grande partie aux œuvres présentes en France. Il s’agissait de deux styles de composition apparemment différents mais les différences trouvées entre les manuscrits avaient un comportement identique. Comme cette tâche allait au-delà des prétentions de notre mémoire de fin d’études, nous n’avons pas continué sur cette piste.
Pendant une répétition avec l’une de nos chorales, travaillant sur une des œuvres du Cancionero Musical de Palacio, nous avons entrevu l’hypothèse qui pourrait expliquer ce comportement si homogène. Dans cette chorale où l’on apprenait les voix à l’oreille et par cœur, que ce soit au moyen de bandes de cassette ou en imitant les compagnons, la section des ténors a muté la voix et, inconsciemment et sans la connaître, a chanté note par note la version présente dans un autre chansonnier. A partir de là, nous avons commencé à penser qu’il était possible que le même mécanisme qui avait motivé la mutation mélodique de nos ténors pourrait avoir été la cause du même changement dans les chansonniers du XVème et XVIème siècle : la transmission orale.
A l’époque, et encore aujourd’hui, c’était un terrain peu exploré. S’il est vrai qu’il y a des travaux qui étudient la transmission orale des répertoires étrangers à la musique traditionnelle populaire, ils sont, en général, centrés sur des répertoires bien plus anciens que ceux abordés dans cette thèse. Il ne manque pas de travaux sur la transmission du plain chant et de la polyphonie du XIIIème siècle mais leurs auteurs ne vont pas jusqu’à suggérer une transmission orale. Il semblerait que la transmission orale ait été limitée aux couches les plus simples de la population et que les musiciens professionnels et les compositeurs aient été exclus de cette pratique. Cette absence est frappante surtout lorsque l’on pense que, dans d’autres domaines artistiques, la transmission orale n’a subi aucune interruption. C’est le cas de la littérature. Pourquoi cette différence ? L’une des explications les plus plausibles est le positionnement des musicologues de la fin du XIXème siècle et du début du XXème face à la musique, lorsque cette discipline a commencé à être prise en compte. Le même élan qui se reflète dans le rescrit pontifical « Tra le sollecitudine », de Pie X, et qui a encouragé la création des textes grégoriens par les moines de Solesmes a influencé l’étude de la musique en général. On a centré l’attention sur la recherche d’une musique qui réponde aux exigences de la lettre papale et qui, en plus, devait être délimitée et fixée pour qu’elle puisse être étudiée et assimilée de manière univoque, tel un animal empaillé. S’il est vrai que la restitution du plain chant était une exigence plus ancienne, le besoin d’unité pour toute l’Eglise a fait que le texte des chants ait été fixé prenant en compte des manuscrits anciens mais sans apercevoir que les mélodies recomposées n’étaient pas réellement les originales, comme on le prétendait, mais des chants qui n’avaient jamais été interprétés ainsi mais qui devenaient officiels. Les différences disparaissaient, elles étaient estompées et les œuvres étaient remaniées dans les nouvelles versions officielles.
La musique polyphonique des grands maîtres du XVIème siècle a connu un processus similaire. Pie X défendait dans sa lettre la polyphonie classique comme la seule alternative au chant grégorien ; c’est pourquoi la connaissance de ces sources devient également une nécessité. Les œuvres complètes de plusieurs de ces auteurs ont apparu de la même manière. Celle de Tomás Luis de Victoria, par exemple, naît de ce renouveau musical ecclésiastique, en 1902. La publication des œuvres de Giovanni da Palestrina s’est terminée à peu près au même moment, et d’autres initiatives postérieures, bien que séparées par plusieurs décennies, correspondent à une conception très semblable. Les variantes des manuscrits ou des impressions étaient indiquées de manière anecdotique, sans entrer dans des discussions sérieuses sur leur raison d’être. La nécessité de ces compilations s’explique par le fait que l’on devait connaître le plus parfaitement possible la musique qui devait être considérée comme le modèle de toute musique religieuse. Le panorama de la musique en langue vernaculaire n’est pas différent, étant donné que les musicologues qui étudient et éditent les sources les plus connues du répertoire de la Renaissance abordent la tâche en adoptant une position similaire. C’est Anglés lui-même, celui qui publie Morales ou Victoria, qui signe la deuxième édition du Cancionero Musical de Palacio, avec un point de vue très semblable à celui de la première œuvre de Francisco Asenjo Barbieri, publiée à la fin du XIXème siècle. La tâche de cette génération de musicologues a été perpétuée en Espagne jusqu’à une date très récente ; c’est pourquoi l’existence de différences dans ces grandes œuvres est restée sans explication adéquate. La finalité des études était d’établir le vrai texte, de le fixer et le déterminer, indépendamment du fait que ce but soit atteignable ou souhaitable. Le panorama du répertoire français n’est pas plus encourageant. Les éditions des manuscrits, beaucoup d’entre elles américaines, signalent également les différences et les erreurs qu’il y a dans d’autres sources mais elles n’expliquent pas, non plus, pourquoi ce sont précisément celles-ci qui apparaissent et pas d’autres. La plupart des auteurs de ces études ont fait des thèses doctorales dirigées par des musicologues dont les lignes de recherche sont orientées vers d’autres objectifs non moins importants mais répétitifs. Bien qu’il soit important de présenter les transcriptions d’un répertoire, pour faciliter sa lecture aux non spécialistes, nous serions en train de « changer le défunt de cercueil » si nous ne nous attachons pas à comprendre la place qu’occupe une source par rapport à d’autres sources parallèles qui transmettent le même répertoire ainsi que les mécanismes qui ont produit cette diversité. Avec cette thèse, nous prétendons rendre la vie à ce mort et insuffler du mouvement à cet animal empaillé. La musique prend vie lorsqu’on l’interprète et les œuvres vocales revivent lors de leur interprétation orale.
Il ne faut pas oublier que la transmission orale a été considérée comme inhérente à la musique vernaculaire. C’est pourquoi cette thèse se centre sur la musique en langue vernaculaire même si la méthodologie utilisée pourrait s’appliquer aussi à la musique religieuse en latin. Cependant, vu, d’une part, le nombre très élevé d’œuvres qu’il faudrait aborder pour inclure la musique religieuse et vu aussi les relations différentes entre le texte et la musique que contient la musique religieuse, nous avons pris la décision de ne pas l’inclure dans cette thèse.
L’objectif que nous recherchons dans ce travail est de préciser le rôle qu’a joué la transmission orale dans le répertoire profane français et espagnol du XVème et du XVIème siècle. Les raisons pour lesquelles nous avons choisi ces deux pays sont variées. Premièrement, le répertoire hispanique est celui que nous pouvons comprendre le mieux, étant donné que, non seulement nous sommes natifs de ce pays mais, en plus, tout au cours de notre carrière de directeur de chœur, nous avons eu l’occasion de nous familiariser avec les œuvres qui constituent l’objet de cette étude. D’autre part, le choix de la France comme compagne de ce voyage tient à l’histoire musicale qu’ont partagée ces deux pays à cette époque-là, dont la trace est visible dans de nombreuses sources. Ce n’est pas en vain que les chansonniers français de cette époque se trouvent dans la très représentative Biblioteca del Escorial, et dans la non moins importante Biblioteca Colombina de Séville. De même, le Cancionero Musical de Palacio, le Cancionero de la Colombina, et le Cancionero de la Catedral de Ségovie, qui seront étudiés dans cette thèse, contiennent des œuvres avec texte français ou sur une thématique française. Cet intérêt hispanique pour la musique française témoigne de la communication musicale entre les deux pays. C’est pourquoi l’inclusion des deux pays, soit séparément, soit conjointement, semble très appropriée.
Afin d’atteindre notre objectif, il est nécessaire d’effectuer une analyse comparative des sources concordantes. S’il est vrai qu’une source isolée peut nous fournir des informations très valables -c’est la raison pour laquelle elle sera incorporée à ce travail quand cela sera estimé nécessaire-, lorsque nous avons seulement un témoin pour nous transmettre une œuvre, il ne sera pas possible de déterminer quels sont les points qui ont changé et quels sont ceux qui se sont maintenus, quelque chose qui est fondamental au moment d’établir les dépendances entre les sources et les lignes de transmission. Dans ce cas, nous ne pourrions pas savoir dans quelle mesure l’œuvre est lointaine ou proche d’une tradition, qu’elle soit écrite ou orale, de même que nous ne pouvons pas connaître la distance qui nous sépare d’un objet si nous le regardons d’un seul œil, qui serait alors notre unique source d’information. Cette comparaison prendra compte de tous les aspects notationnels possibles : non seulement sera analysé le contenu mélodico-rythmique mais aussi les procédés notationnels, les signes facultatifs et même des traits extra-musicaux qui pourraient apparaître dans les manuscrits. Les différences qui apparaîtront seront catégorisées et expliquées, de manière à ce que l’objectif puisse être atteint en nous fondant sur elles. Pour éviter un appareil critique plus important que celui qui contient la rédaction que nous présentons, les différences ne sont pas détaillées lorsqu’elles entrent dans les catégories établies, étant donné qu’elles sont expliquées dans leur ensemble dans le chapitre qui leur est consacré. L’attention est centrée, à l’aide d’exemples graphiques, sur des points qui ne sont pas habituels et qui n’ont pas été catégorisés préalablement.
Même si c’est seulement un petit nombre de manuscrits musicaux contenant une partie du répertoire profane français et espagnol du XVIème et XVIème siècle qui est arrivée à nos jours, leur dispersion géographique, culturelle et temporelle fait que la comparaison de ces sources représente non seulement un effort important mais, de toute évidence, inutile. Le nombre extrêmement élevé de variables dont il faudrait prendre compte rendrait les résultats de la recherche peu fiables. Les sources qui ont été retenues dans une première étape sont, pour le répertoire français, toutes celles qui présentaient des concordances entre elles, de manière à pouvoir faire une étude comparative permettant d’obtenir quelques données sur leur transmission. Cependant, toutes les sources qui contiennent de la musique de la première génération de compositeurs franco-flamands ne sont pas valables pour notre analyse. Afin de limiter au maximum les variables qui auraient pu interférer dans le processus de la transmission, nous avons éliminé toutes celles qui auraient pu être copiées hors de France. Ainsi, la distance géographique et/ou la nationalité du copiste mettait la comparaison à l’abri de problèmes insolubles. En deuxième lieu, nous avons éliminé les sources qui ne contiennent que des œuvres uniques, étant donné qu’elles ne sont comparables à aucun autre manuscrit. Voici celles qui ont été retenues, après la sélection :
1. Copenhague, Kongelige Bibliotek, Ms. Thott 291(8), Chansons d’amour
2. Dijon, Bibliothèque Municipale, Ms. 517
3. Florencia, Biblioteca Riccardiana, Ms. 2794
4. París, Bibliothèque Nationale, Rés. Vmc. Ms. 57, Chansonnier « Nivelle de la Chaussée »
5. Washington, Library of Congress, Ms. M2.1.L25 case, Chansonnier Laborde
6. Wolfenbüttel, Herzog-August Bibliothek, Guelf 287 Extravagantium
Pour la partie espagnole, le choix s’imposait de lui-même. Seuls quatre manuscrits de la fin du XVème siècle ou du début du XVIème contenant de la musique en langue vernaculaire sont conservés. Tous ont été copiés en Espagne à des dates très rapprochées, ce qui évite également les variables auxquelles nous avons fait allusion. En tout cas, il est regrettable que le nombre de sources hispaniques de musique polyphonique -y compris la musique religieuse- de cette époque soit si restreint. Un nombre plus important de codex aurait pu nous fournir un témoignage précieux et éclairer le monde musical espagnol de cette époque-là, si confus.
1. Barcelona, Biblioteca de Catalunya, M.454
2. Madrid, Real Biblioteca, II/1335, Cancionero Musical de Palacio
3. Segovia, Archivo de la Catedral, s. s., Cancionero Musical de la Catedral de Segovia
4. Sevilla, Biblioteca Colombina, 7-I-28, Cancionero de la Colombina
Tout au long de ce travail de recherche, nous avons été affrontés à plusieurs niveaux d’évidences. En premier lieu, une analyse du comportement de la transmission orale en elle-même nous a fourni une série de modèles et de pistes inhérentes au système de la transmission, ce qui nous a permis d’établir les schémas que l’on peut attendre dans les modifications introduites dans le répertoire étudié, au cas où celles-ci seraient la conséquence de ce système de transmission. Nous avons vu que la musique fait partie de la matière que l’on transmet oralement dans toutes les cultures ; c’est l’une des expressions littéraires de l’expérience, comme il arrive dans l’art oral. Cet art oral prend forme à partir de certains modèles et schèmes qui se recombinent pour créer un nouvel objet, même si ses composantes ont été utilisées à maintes reprises. Le cas de la musique est clair de ce point de vue-là. Chaque système musical possède une série d’éléments qui forment un alphabet avec lequel on compose de nouvelles œuvres. Ces éléments sont non seulement les notes avec leurs différentes durées mais aussi les petites ou grandes cellules qu’elles forment et qui, à leur tour, s’intègrent dans des modèles plus complexes d’organisation et arrivent à s’agencer formant de grands schèmes stéréotypés qui gouvernent le comportement général de la musique. Ces schèmes sont facilement retenus par la mémoire, ce qui rend possible une transmission orale ou mémorisée du répertoire.
Nous avons également des résultats qui apportent des évidences sur nos hypothèses et qui sont applicables physiquement aux chansonniers. Nous avons observé que les chansonniers pouvaient être copiés de manière négligente, étant donné qu’ils étaient destinés à l’usage personnel. On les apprenait par cœur en les écrivant. Les chansonniers espagnols, avec leur calligraphie peu soignée, leurs ratures et leurs corrections, entrent dans cette catégorie. Si on les compare avec les livres copiés par de vrais artistes calligraphes, la copie de ces chansonniers semble être le fait d’un copiste amateur, d’un étudiant ou d’un musicien professionnel qui porte plus d’attention au contenu qu’au contenant. Les chansonniers français, de leur côté, on été copiés très soigneusement et ce sont des œuvres qui ont une valeur esthétique. Leurs frappantes majuscules enluminées sont l’indice qu’ils étaient utilisés comme rappel. Les riches propriétaires des codex ne pouvaient pas interpréter la musique contenue dans les chansonniers français ; ils contiennent trop d’erreurs non corrigées, comme nous avons pu le constater durant la comparaison, ce qui indique que la notation avait seulement un caractère de rappel. Les index semi-alphabétiques qui apparaissent dans plusieurs de nos codex montrent qu’ils étaient utilisés par des chanteurs connaissant le contenu par cœur. Au Moyen Age, on considérait que la mémoire était de deux types : celle qui retenait des concepts, « memoria ad res », et celle qui retenait des mots, « memoria ad verbum ». La mémoire des concepts est celle que l’on utilise lorsque les mots ne sont pas le plus important, puisque le plus important c’est le développement, le sens. Cela indique que le texte des œuvres littéraires profanes était mutable, à condition que le sens soit conservé, car le texte des œuvres profanes n’était pas soumis à la mémorisation par la mémoire « ad verbum », vouée principalement aux textes sacrés et aux écrits de la patristique latine. La mémoire était la base de l’éducation à tous les niveaux et on ne concevait pas la connaissance sans mémoire. Nous avons constaté que les évidences physiques des manuscrits appuient cette thèse. C’est pourquoi nous avons plus d’éléments en faveur de la transmission orale du répertoire. Les sources écrites sont donc de simples ressources mnémotechniques.
Quant aux antécédents historiques, nous avons constaté que la musique a été transmise oralement depuis une époque très ancienne, ce qui constitue une base solide sur laquelle on peut affirmer que ce système de transmission n’était pas nouveau, même pas pour la musique polyphonique. La continuité de cette tradition millénaire est une explication plus logique que l’hypothèse selon laquelle elle aurait disparu durant ces années pour réapparaître ensuite. Comme nous l’avons déjà vu, la transmission orale est un mécanisme que l’on utilise encore dans l’enseignement et l’interprétation.
Dans toute transmission orale, il y a une « mutation par répétition », qui se produit et que l’on retrouve dans toutes les connaissances transmises oralement. Plus il y aura de répétitions dans le temps, plus il y aura de mutations. Dans les œuvres polyphoniques les plus connues et les plus interprétées, il faut donc s’attendre à un plus grand nombre de mutations. Nous avons observé que les œuvres qui apparaissent dans un plus grand nombre de manuscrits sont, en général, celles qui contiennent le plus de différences. Il ne s’agit pas toujours d’une casuistique plus ample mais d’un nombre plus important. Nous pouvons donc conclure que la mutation par répétition affecte notre répertoire puisqu’il y a une corrélation entre les deux faits. Cet élément isolé ne justifie pas à lui seul la transmission orale mais il la justifiera si d’autres éléments allant dans le même sens apparaissent.
La transmission orale permet également de se rappeler d’un texte si sa formulation est simple et condensée. Si, en plus, le texte littéraire est accompagné de musique, il sera plus facile à retenir. Dans notre cas, nous trouvons que toutes nos œuvres littéraires sont accompagnées de musique et nous observons que celles dont le contenu musical est plus simple et plus syllabique contiennent moins de mutations que les œuvres dans lesquelles apparaissent des mélismes compliqués. Ce trait, propre également à la transmission orale, a été constaté dans la plupart des cas étudiés. La corrélation entre la simplicité musicale de l’œuvre et la petite incidence des mutations est également élevée. C’est pourquoi on peut conclure que cet élément est applicable à notre répertoire.
On peut constater aussi qu’il existe une corrélation entre le contrôle externe exercé par les auditeurs et l’interprétation du répertoire, même si cette corrélation n’a pas été étudiée dans ce travail. Dans la musique religieuse, on observe que le texte littéraire latin est conservé mot à mot, étant donné que cela était inéludable. Ces auditeurs-contrôleurs seraient les maîtres de chapelle, les officiants des services religieux et l’assemblée des fidèles elle-même qui s’attend à écouter toujours les mêmes mots et dans le même ordre. Comme il n’y avait pas le même contrôle sur le répertoire profane - ou sur le répertoire religieux mais en langue vernaculaire dont les paroles ne se réfèrent pas directement à des textes sacrés, ce qui donne la liberté de les altérer -, on pourrait s’attendre à une forte variation du texte littéraire. C’est exactement ce qui arrive pour notre répertoire. Encore une fois, nous trouvons une corrélation élevée entre ce que l’on attend, si le système de transmission est l’oral, et les donnés obtenues. Aussi bien le contrôle du contenu de ce qui est transmis oralement, dans le cas du texte religieux, que la liberté d’interprétation et d’innovation dans les textes profanes qui ont besoin de nouveauté pour être acceptés, sont des traits caractéristiques de la transmission orale, comme il a été mis en évidence.
Nous avons analysé les principaux agents de transmission orale du répertoire et proposé diverses typologies, justifiées par des pratiques de composition qui peuvent être contrastées, des examens de capacitation pour des postes officiels dans des institutions religieuses, etc. Des analyses effectuées dans cette thèse découle la conclusion suivante : les principaux agents de transmission de la polyphonie sont les chanteurs eux-mêmes et les maîtres de chapelle.
Nous avons comparé toutes les œuvres qui apparaissent deux fois ou plus dans les sources étudiées et nous avons catégorisé les différences trouvées. Nous avons observé que la presque totalité des différences observées appartiennent à une casuistique très précise, que nous avons présentée dans le développement de cette thèse et qui comprend deux grands blocs : les différences muettes et les différences sonores.
Nous avons analysé et expliqué le rôle de ces phénomènes dans un schéma de transmission orale. L’existence de documents qui copient sans aucune différence une œuvre est anecdotique à cause de leur faible incidence mais reste un fait important. Il s’agit de copies réalisées par le même copiste, dont obtenues de la même source, qu’elle soit littéraire ou le fruit de sa mémoire. Dans ces cas-là, on ne peut pas trancher avec certitude.
La description des sources objet de l’étude a été également nécessaire pour comprendre le rôle joué à l’époque par ces codex. Cette recherche a apporté des données qui permettent de connaître l’histoire de deux des chansonniers castillans les plus importants : le CMP et Segov. L’origine et l’histoire du CMP qui va de 1600 ans jusqu’à nos jours ont été expliquées et certaines évidences qui ont été apportées nous dirigent vers le lieu de copie du codex. Quant à Segov, quelques données ignorées jusqu’ici ont été mises en lumière et elles permettent de dater la copie et la reliure avec plus de précision.
L’analyse quantitative des différences et le résumé de la comparaison ont montré l’incidence numérique des différences et leur comportement des deux côtés des Pyrénées. Les différences et les coïncidences de ces comportements ont été étudiées et les causes ont été expliquées. Les chiffres montrent que la catégorisation effectuée est significative et valable pour expliquer le corpus des données obtenues.
A la lumière de tout ce qui est présenté dans cette thèse, il est possible de confirmer l’hypothèse de départ. La majeure partie du répertoire de musique en langue vernaculaire française et espagnole de la fin du XVème siècle et début du XVIème offre les éléments nécessaires pour conclure qu’elle a été transmise, au moins en partie, par la voie orale.
La tyrannie grecque archaïque. Histoire politique et intellectuelle
Jeudi 17 novembre 2005
14 heures
École Normale Supérieure
Salles des Actes
45, rue d’Ulm
75005 Paris
Mme Claudia OLIVEIRA-GOMES (DE) soutient sa thèse de doctorat :
La tyrannie grecque archaïque. Histoire politique et intellectuelle
En présence du Jury :
Mme TRÉDÉ (ENS, Paris 4)
M. CARLIER (Paris 10)
M. LARONDE (Paris 4)
M. PRALON (Aix-Marseille 1)
M. PROST (ENS)
Mme SCHMITT-PANTEL (Paris 1)
Résumés
This work analyses the specific place of tyranny in ancient Greece’s political and intellectual history. The author seeks to situate the history of political ideas while taking into account historical events alongside considerations of the economy, society - including notions of citizenship - as well as religion and architectural history. This is the background against which the importance of the moment in which tyranny in the history of Greek ideology can be seen.
In order to attain its models of intelligibility, this thesis builds on notions taken from political anthropology. The author thus understands tyranny as an archaic form of the State that comes into existence as a veritable political revolution. The tyrannical regime institutes the first means of coercion : a new citizenry that depends on the state and is defined abstractly, a civic religion, a secular and centralized public domain. The evolution of the sixth century Spartan or classic Athenian polis is described as the result of dynamic contradictions between the political structures of the State instituted by tyrrany and the representations of a socially mediated power characteristic of pre-political societies that have not yet created a State.
The analysis of archaic poetry shows that the political rupture introduced by tyranny sends ripples into intellectual culture. The texts reveal the appearance of political concepts and the beginning of a causal interpretation of events ; the author examines very precisely notions related to the political regime and social groupings. The relationship interwoven between the tyrant and the demos highlights the conditions necessary for the birth of politics as an autonomous field. Finally, this thesis proposes looking at the consequences of this intellectual revolution aud studies the evolution of an essential word of the political archaic vocabulary : dikè.
Ce travail analyse la place spécifique de la tyrannie dans l’histoire politique et intellectuelle de la Grèce archaïque. L’auteur cherche à mettre en place une histoire des idées politiques qui prenne en compte l’histoire évènementielle, économique, sociale, citoyenne, religieuse, architecturale. A cette lumière apparaît l’importance du moment tyrannique dans l’histoire idéologique grecque.
Pour se donner des modèles d’intelligibilité, cette thèse fait appel à l’anthropologie politique. L’auteur comprend ainsi la tyrannie comme une première forme d’Etat, archaïque, qui se constitue au cours d’une véritable révolution politique. Le régime tyrannique introduit les premières formes de coercition, une nouvelle citoyenneté, étatique et abstraitement définie, une religion civique, un domaine public laïcisé et centralisé. L’évolution de la polis spartiate au VIe siècle et de l’Athènes classique est décrite comme le résultat de contradictions dynamiques entre les structures politiques étatiques introduites par la tyrannie et les représentations d’un pouvoir socialisé propre à la société grecque pré-étatique.
L’analyse de la poésie archaïque montre que la rupture politique introduite par la tyrannie se répercute dans le domaine intellectuel. A travers les textes se lit l’apparition des concepts politiques et l’introduction d’une lecture causale des événements ; l’auteur examine avec précision les notions de régime politique, de groupes sociaux. Le rapport tissé entre le tyran et le dèmos introduit les conditions nécessaires à la naissance d’un domaine politique autonome. Enfin, cette thèse étudie les conséquences de cette révolution conceptuelle sur l’évolution archaïque d’un mot essentiel du vocabulaire politique archaïque, dikè..
Position de thèse
Comment comprendre la tyrannie grecque archaïque ? Ce régime, dans les études d’histoire politique, a été souvent considéré comme un épiphénomène historique, une forme particulière de royauté, ou encore comme une des étapes qui devaient nécessairement précéder l’avènement de la démocratie classique. Or l’importance de la tyrannie dans l’histoire événementielle, économique, sociale, citoyenne, religieuse, architecturale de la Grèce des VIIe-VIe siècles amène à s’interroger sur la dichotomie qui existe entre le rôle objectif du régime et la place qui lui est réservée dans l’histoire des idées politiques. N’aurions-nous pas hérité de la perspective profondément antityrannique propre aux Grecs de l’époque classique ? L’objectif de cette thèse est de recentrer notre compréhension de l’évolution politique archaïque autour de cet évènement novateur que constitue la tyrannie.
Cette entreprise est divisée en deux volets solidaires. D’une part on étudie, dans la partie intitulée La Révolution politique les aspects proprement historiques de la tyrannie et l’on propose de les comprendre comme l’apparition d’une nouvelle forme d’exercice du pouvoir. Dans La Rupture intellectuelle, on s’intéresse, par l’analyse de la poésie archaïque et de la philosophie présocratique, aux bouleversements que l’entrée dans un nouveau monde politique a pu entraîner dans les représentations intellectuelles des Grecs.
Notre intérêt pour la tyrannie archaïque naît d’un soupçon : peut-être a-t-on trop vite ou trop longtemps validé les représentations politiques que les siècles classiques ont reporté sur l’époque archaïque ; mais nous nous méfions tout autant de nos propres concepts politiques, à la fois hérités des Grecs et forgés par la philosophie politique moderne et contemporaine. L’identification nous tend plusieurs pièges : croire les Grecs ou nous croire trop proches des Grecs... Il y a une mise à distance à effectuer. C’est dans ce but que cette thèse fait appel aux notions élaborées par l’anthropologie politique qui lui offrent des modèles, en particulier celui de l’Etat archaïque. Ce modèle constitue notre fil directeur dans l’analyse de la tyrannie.
Premier point, comment comprendre la structure politique des sociétés aristocratiques qui fondent les poleis au VIIIe siècle ? Comme l’archéologie des Ages Obscurs l’a déjà suggéré, un certain nombre de traits fait entrer ces sociétés dans le modèle anthropologique de la chefferie. Le grand phénomène qui marque la naissance des poleis est la fondation de colonies indépendantes que cette thèse analyse comme une réponse spécifique des sociétés pré-étatiques organisées en chefferies. De même, la conception du territoire dans les poleis du haut archaïsme à la fois dans les modes dispersés d’occupation de l’espace et dans la faiblesse de la centralisation du pouvoir apparaissent comme le propre de sociétés pré-étatiques. Les synœcismes à l’origine des poleis peuvent ainsi se comprendre comme des procédures d’agrégation des territoires non pas tant autour d’un centre qu’à l’intérieur de limites extérieures communes. Dans le domaine linguistique, l’analyse de l’évolution de la notion de partage dans les épopées homériques et chez les poètes archaïques semble souligner l’existence de deux idéologies en concurrence, l’une hiérarchique et l’autre égalitaire. Or l’anthropologie politique considère comme caractéristique des chefferies l’antagonisme entre ces deux idéologies. Enfin, les premières lois grecques peuvent s’analyser comme des procédures de validation religieuse des organisations en place. L’importance des sanctions religieuses dans le monde de la chefferie joue, en l’absence d’un pouvoir susceptible de légitimer l’emploi de la force, le rôle de gardien social. Dans la naissance des premières lois écrites apparaît la légitimation, inscrite dans la pierre, de cette organisation politique des poleis du VIIe siècle.
Ce tableau politique des aristocraties du haut archaïsme se conclut sur une étude des faiblesses particulières à leur organisation en Grèce. Le type de guerres menées par les aristocraties, comme les rapports économiques des aristocrates avec les membres inférieurs de la communauté ne paraissent pas avoir pu conférer une légitimité indiscutable aux pouvoirs en place. Cette situation déjà fragile des aristocraties se trouve encore affaiblie par une autre caractéristique propre aux chefferies, l’absence de violence légitime et la fonction du dèmos comme police. Un certain nombre de données semble ainsi réuni pour favoriser un bouleversement dans les structures pré-étatiques de la polis grecque
L’analyse de la révolution que constitue la tyrannie archaïque met en évidence le passage à une autre forme politique. L’anthropologie politique a décrit ce modèle de l’Etat archaïque. La tyrannie est le régime qui, le premier, s’est établi sur l’usage de la force pour parvenir au pouvoir et pour s’y maintenir. L’étude linguistique des rapports entre la tyrannie et la notion de violence permet de conclure que le tyran constitue la première figure d’un pouvoir susceptible d’user d’une force de répression qui peut être conçue comme légitime et légale. On s’attache à étudier les formes historiques de cette violence légitime. La garde personnelle attribuée au tyran est attestée par des sources anciennes et des témoignages historiques classiques comme un élément essentiel dans la prise et la conservation du pouvoir tyrannique. Des forces armées plus importantes ont également pu se joindre à cette première forme d’un pouvoir coercitif. Cet apport, dans le jeu politique des poleis archaïques, constitue véritablement l’élément décisif qui permet de définir la spécificité de la tyrannie par rapport à la chefferie
Un second critère qui qualifie la tyrannie comme Etat archaïque est la transformation de la conception du territoire. L’histoire des colonies créées par la tyrannie corinthienne semble amorcer un passage vers une forme coloniale qui reste intégrée dans sa métropole : cet espace géographique symbolique caractérise une forme politique étatique.
Troisième aspect fondamental, la transformation de la citoyenneté. Après une relecture de la thèse de D. Roussel Tribu et cité, on entreprend d’examiner les diverses réformes menées à l’époque archaïque. L’analyse amène à conclure que la tyrannie, en intégrant de nouveaux citoyens qui constituent autant de soutiens politiques, a transformé la notion d’appartenance à la communauté. Auparavant conférée par les associations dans lesquelles l’individu se trouvait reconnu par ses concitoyens comme membre de la polis, la citoyenneté devient une reconnaissance attribuée par un pouvoir central et dès lors une catégorie abstraite.
Ce travail sur la notion de citoyenneté se double d’une analyse linguistique dans la littérature archaïque et classique qui dégage les rapports entre la tyrannie et le terme politès. Le mot vient à désigner précisément un membre de la communauté dont l’appartenance ne se confond pas avec un lien « ethnique ». Il apparaît notamment employé dans des relations où un tyran exerce son pouvoir sur les citoyens (politai) et enfin, dans la poésie archaïque, il désigne tout particulièrement le groupe des membres de la polis impliqués dans les troubles révolutionnaires autour de la tyrannie.
La citoyenneté abstraite s’élabore parallèlement dans les réformes religieuses de la tyrannie et dans le développement de cultes civiques qui politisent et centralisent le culte de divinités traditionnelles. Le travail étatique de la tyrannie apparaît également dans la création d’un domaine public architectural laïcisé, centralisé, politisé.
L’étude de la tyrannie comme Etat archaïque se poursuit dans ses aspects économiques : redistribution de richesse, impôts, monnaie. Elle s’achève par un retour sur la notion de loi et sur les mutations qu’ont dû y introduire la possibilité de recourir à une force de répression réelle ainsi que l’émergence d’une notion de puissance publique abstraite conférée à des fonctionnaires.
Le chapitre VII est consacré aux mutations de la société spartiate au VIe siècle. On propose de lire quelques éléments de la « révolution » spartiate comme une réponse à une menace que faisait planer sur le pouvoir aristocratique en place le modèle de la société tyrannique, modèle qui pouvait représenter des perspectives séduisantes à la fois au dèmos et aux rois. La surveillance des rois exercée par des éphores, dotés d’un pouvoir répressif s’inscrirait dans cette perspective, et l’austérité de la société spartiate pourrait se comprendre comme une loi somptuaire drastique, mesure appliquée dans les poleis archaïques pour répondre aux protestations du dèmos et endiguer ainsi l’avènement d’un tyran. La structuration de la société spartiate pourrait ainsi se comprendre comme une contradiction dynamique entre deux modèles politiques différents : celui d’une chefferie imaginaire, aristocratique qui résiste à la forme étatique de la société qu’engendre le modèle tyrannique et en même temps celui d’une polis profondément étatisée, voire inquisitrice et envahissante.
L’on s’intéresse ensuite à certaines conditions de l’accession au pouvoir des tyrans et de la disparition du régime. Dans un certain nombre de poleis l’apparition de la tyrannie semble concomitante avec un déclin de la colonisation : l’étatisation proposerait une autre solution pour résoudre le problème démographique, par la répartition des terres de la polis et l’intégration de citoyens inférieurs dans la communauté. Dans un second temps, c’est l’héritage de la tyrannie qui retient notre attention. Il apparaît que son lien avec l’établissement de régimes démocratiques n’est pas fortuit mais bien plutôt systématique, en particulier dans le domaine des représentations. L’apport de la tyrannie semble ainsi fondamental pour comprendre les tensions à l’œuvre dans la société athénienne classique, partagée entre pouvoir étatisé et pouvoir socialisé. La démocratie apparaît ici comme une résistance à l’étatisation héritée de la tyrannie et une tentative de retour vers une société de chefferie imaginaire ; on peut à travers ce crible lire certains aspects de l’histoire classique d’Athènes.
La seconde partie est consacrée à la Rupture intellectuelle provoquée par le bouleversement politique qu’a décrit la première partie. La première sous-section La Naissance de la politique, différencie du politique la politique comme discrimination d’un domaine objectif consacré à la gestion de la société. Le chapitre I expose les théories en présence. Le chapitre II examine l’œuvre des poètes archaïques antérieurs à la rupture tyrannique : Archiloque, Tyrtée, Callinos. L’on dégage chez ces trois auteurs un type de langage que l’on appelle langage du signe et qui se caractérise comme le revers du concept abstrait. Il s’agit d’un usage de la langue qui n’établit pas de différence entre le mot et son référent, entre le monde et le mot, entre le concret et l’abstrait. La contestation chez Archiloque se trouve ainsi réduite à attaquer l’apparence extérieure des aristocrates, leur position dans le combat etc. mais n’élabore pas de réflexion politique à proprement parler. De même, chez Tyrtée, l’idée de communauté et celle de dèmos sont très loin de constituer des notions politiques. Pourtant, un élément essentiel de hiérarchisation semble se dégager dans la position inférieure conférée par le poète aux combattants non-hoplitique (laos, dèmos). Il y a là le germe de la dissociation politique à venir entre les aristocrates et les hommes du dèmos.
Avant d’aborder l’œuvre de Solon et d’Alcée, on s’attache à étudier chez Xénophane, vers la fin du VIe siècle, les transformations qui ont touché la conception du domaine politique. Dans l’archaïsme finissant, la notion d’une entité polis abstraite apparaît distincte de la communauté humaine qui la forme. Elle s’oppose aux signes de la puissance aristocratique et a acquis une existence propre. De Tyrtée à Xénophane, la révolution tyrannique a marqué son temps.
Alcée, étroitement engagé dans des luttes politiques autour de la tyrannie, fournit la première représentation d’une action proprement politique opérée par la polis de Mytilène qui fait tout entière le choix de son tyran Pittacos. L’emploi du mot polis chez Alcée se révèle majoritairement en usage lorsqu’il est question des troubles suscités par la tyrannie. Le poète mentionne également pour la première fois un nom de régime : monarchia qui fournit sa définition au régime tyrannique. Le langage conceptuel fait ainsi son apparition comme un usage des mots qui nécessite de préciser leur rapport avec un réel qui apparaît désormais distant, dissocié. Une rupture s’est opérée au sein du signe. Le rôle de la tyrannie est ici à souligner : la relativité que le régime introduit dans l’organisation politique rend caduque l’ancienne adéquation entre le mot et le réel.
L’étude de l’œuvre de Solon apporte des points de confirmation et des aspects nouveaux. Une causalité nouvelle est à l’œuvre chez le poète, qui saisit l’action humaine comme distincte d’une organisation voulue par les dieux. Ce premier changement permet l’élaboration de la notion politique de forces sociales : aristocrates et dèmos sont définis par des intérêts de groupe distincts. Tout un vocabulaire politique de la division s’élabore ainsi. La conceptualisation se précise ; on analyse ainsi un certain nombre de termes dont l’insertion dans ce nouveau langage amène d’anciennes notions à se trouver au centre d’interrogations parfois douloureuses
Deux types de langage se trouvent ainsi face à face dans la crise archaïque. En premier lieu le discours tyrannique. Les élégies de Solon peignent un travail de conviction mené par le tyran sur le dèmos et cette situation apparaît comme le creuset de la politique. Elles permettent également de percevoir que le discours conceptualisé du tyran est à même d’élaborer un authentique programme politique. Parmi les mesures ainsi proposées, l’une retient particulièrement l’attention, celle d’isomoiriè, de partage égal, que l’on étudie comme l’ancêtre d’isonomiè. En second lieu, la parole aristocratique se révèle comme le lieu du langage du signe¸ aussi bien dans la notion d’Eunomiè que dans l’importance accordée à l’image du banquet et dans la valeur à accorder au meson.
La dernière partie de ce travail Une nouvelle Justice s’intéresse à l’évolution archaïque de la notion de dikè. Chez Homère, où la question essentielle est celle de l’honneur (timè) elle semble peu présente. En revanche, il existe une notion du temps comme un distributeur de biens et de maux à la fois aveugle et tracé de toute éternité (moira). Chez Hésiode, une situation toute différente apparaît. La justice est la notion cardinale qui articule les rapports entre les dieux et les hommes et qui permet de concevoir le monde comme un tout solidaire, reflet de volontés divines qui poursuivent les méfaits des humains. La notion de temporalité, qui introduirait un retard de la justice divine incompatible avec sa toute puissance, apparaît très peu mise en valeur.
La situation au VIe siècle est fort différente. Chez Solon, la justice de Zeus est à la fois garante de la solidarité du monde humain et du monde divin et semble en même temps très attaquée : les punitions divines apparaissent trop tardives et, en frappant les descendants des malfaiteurs, touchent des innocents. Pour pallier les défauts de cette figure divine inefficace, Solon commence à élaborer l’idée d’une justice qui est le Temps lui-même. Théognis présente, sur des thèmes semblables, une critique plus violente encore des retards de la justice divine et semble aller jusqu’à mettre en cause l’existence même des dieux.
D’où vient cette contestation d’une justice divine tardive ? Il s’agit en réalité d’une remise en cause du modèle aristocratique de la justice. En expliquant la répartition inégale des lots (moirai) à la fois comme des dons des dieux et comme l’héritage des fautes des ancêtres, les représentations aristocratiques de la justice validaient les inégalités entre nobles et vilains. Or cette conception est concurrencée par la nouvelle représentation de la justice qu’introduit la tyrannie avec son terme programmatique d’isomoiriè, la part égale ; elle l’est également par l’impossibilité d’intégrer l’évènement tyrannique dans un système qui considère que tout accident malheureux résulte d’une punition divine : l’aristocratie mise à mal par la tyrannie légitimerait ainsi sa propre disparition. La nécessité de combattre politiquement la tyrannie pour se maintenir au pouvoir fait ainsi éclater une seconde fois la notion aristocratique de la justice. Cette transformation de l’idée de justice se lit enfin dans l’apparition d’une nouvelle notion de l’injustice, strictement circonscrite aux fautes purement humaines, celle de l’adikos. Au bout du compte, la justice et le domaine politique où elle s’incarne de manière privilégiée accèdent à une redoutable autonomie.
La valeur du baptême en dehors de l’Eglise. Une étude sur la reconnaissance du baptême entre les Eglises catholique et orthodoxe
Mardi 5 octobre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
M. JOAO MARQUES ELEUTERIO soutient sa thèse de doctorat
La valeur du baptême en dehors de l’Eglise. Une étude sur la reconnaissance du baptême entre les Eglises catholique et orthodoxe
en présence du Jury :
M. BLANCHARD (ICP PARIS)
M. FREDOUILLE (PARIS IV)
M. LEGRAND (ICP PARIS)
Mme MEDEVIELLE (ICP PARIS)
M. MESLIN (PARIS IV)
La valeur philosophique de la rêverie chez Jean-Jacques ROUSSEAU
Jeudi 17 février
9 heures
Maison de la Recherche
Salle D323, aile Danton
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme SAKURAKO INOUE soutient sa thèse de doctorat :
La valeur philosophique de la rêverie chez Jean-Jacques ROUSSEAU
En présence du Jury :
M. GENETTIOT (NANCY II)
M. LAMINOT (CNRS)
M. MENANT (PARIS IV)
M. MORISSEY (CHICAGO)
La vertu de l’héroïne tragique (1553-1653)
Vendredi 24 septembre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de Paris IV
Mme Alexandra LICHA ZINCK soutient sa thèse de doctorat :
La vertu de l’héroïne tragique (1553-1653)
en présence du Jury :
M. FORESTIER (PARIS IV)
M. LECERCLE (PARIS IV)
M. MONCOND’HUY (POITIERS)
M. PASQUIER (TOURS)
La ville dans l’oeuvre de Cesare Pavese (1908-1950)
Lundi 26 juin 2006
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Sophie ZIEGLER BINOTH soutient sa thèse de doctorat :
La ville dans l’oeuvre de Cesare Pavese (1908-1950)
En présence du Jury :
M. CASSAC (Nce)
M. GENOT (Paris 10)
M. LIVI (Paris 4)
M. NICOLETTI (Florence)
La ville nord-américaine dans la poésie québécoise des années 1980-2000
Mardi 14 décembre
9 h
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Luminita URS soutient sa thèse de doctorat :
La ville nord-américaine dans la poésie québécoise des années 1980-2000
En présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS IV)
M. FILTEAU (LIMOGES)
Mme PICCIONE (BORDEAUX III)
Mme RESCH (AIX-MARSEILLE)
La violence dans le théâtre contemporain de langue allemande
Lundi 28 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Eliane POULAIN BEAUFILS soutient sa thèse de doctorat :
La violence dans le théâtre contemporain de langue allemande
En présence du Jury :
M. VALENTIN (Paris 4)
M. BANOUN (Tours)
M. POLLET (Arras)
Mme MAIER-SCHAEFFER (Rennes 2)
Résumés
A l’origine de ce travail, il y a le constat d’une apparition de plus en plus fréquente de la violence sur les scènes allemandes et autrichiennes. S’agit-il d’un épiphénomène sans portée particulière, témoin d’une impasse idéologique et du besoin de faire concurrence aux arts audiovisuels ? Ou est-ce là le reflet d’une mutation plus profonde de notre vision de l’humain, intégrant une cruauté jusqu’alors reléguée au rang de tabou ? On assiste peut-être à une application spontanée des théories d’Antonin Artaud, lequel entendait dans les années 1930 promouvoir un théâtre de la cruauté, mais remettait également en question le vieil antagonisme entre culture et violence. Aussi nous nous attachons dans un premier temps aux pièces qui semblent relayer l’optique antagoniste traditionnelle en condamnant la violence qu’elles portent sur la scène, ce qui est le fait d’auteurs secondaires aussi bien que d’auteurs renommés comme Dea Loher ou Elfriede Jelinek. Nous présentons ensuite des œuvres qui s’abstiennent de tout jugement unilatéral sur la violence, chez des auteurs aussi variés que Dirk Dobbrow, Albert Ostermaier et surtout Werner Schwab. Si les préoccupations esthétiques paraissent plus importantes dans ces dernières pièces, la représentation de la violence s’accompagne toujours d’un questionnement sur ses modalités et sur la nature du théâtre. Ainsi, ce théâtre est révélateur des tensions qui traversent le monde culturel actuel, tant sur un plan intellectuel que sur un plan esthétique.
We thought of undertaking this work after noticing the increasing appearance of violence on the germanspeeking stage in the 1990s. One can doubt whether it is a simple epiphenomenon that bears witness to the ideological impasse and the need to compete with audiovisual arts. It may reflect a more profound mutation of our vision from the human, that integrates a cruelty considered until then as a taboo. A spontaneous application of the artaudian theories may take place : Antonin Artaud promoted in the 1930s a theatre of cruelty which also brought into question the old antagonism between culture and violence. We therefore study playwrights that seem to rest on the traditionnal antagonist point of view, condemning the violence they produce : this occurs in works of secondary authors as easily as in those of renowned authors like Dea Loher or Elfriede Jelinek. We then present the playwrignts that avoid every unilateral judgment by various authors, so as Dirk Dobbrow, Albert Ostermaier and above all Werner Schwab. Even if aesthetic concerns seem more important in these last works, the performance of violence is always accompanied by a questionning about its modes and about the nature of theatre. So these works reveal the tensions going through the actual cultural world, on an intellectual plane as well as on an aesthetic one.
MOTS-CLES : Théâtre contemporain/ Violence/ Cruauté/ Négativité/ Esthétique/ Postmoderne/ Théâtre politique
Position de thèse
Une double approche méthodologique
Depuis la fin des années 1980, des actes brutaux, scatologiques et pornographiques se multiplient sur les scènes allemandes et autrichiennes : de toute évidence, ils ne sont plus jugés aussi repoussants et exceptionnels qu’autrefois. Cette perception a partie liée avec un changement de nature de la violence théâtrale : les auteurs actuels se démarquent volontiers de leurs prédécesseurs expressionnistes ou politique des années 1960-1970, a fortiori de la tragédie. Même les dramaturges qui désirent comprendre le réel et combattre la violence refusent de livrer des visions claires des comportements et des valeurs à adopter, par peur d’enfermer le réel dans des concepts trop idéologiques. Ce refus s’ancre dans une attitude résolument postmoderne et on a parfois l’impression que la violence n’est plus du tout fonctionnalisée pour défendre un ordre symbolique, des valeurs incarnées soit par une personne non violente (telle Antigone), soit au contraire par des figures qui recourent à la violence (tels les justiciers châtiant les pécheurs dans certains mystères). La conviction de ne pouvoir se référer à aucun métarécit contribue ainsi à nourrir la polysémie théâtrale et la recherche de nouveaux moyens d’expression.
Ces multiples difficultés d’approche ne font qu’accroître l’intérêt qu’il y a à étudier la violence scénique, puisqu’elle a toujours été et ne saurait manquer de rester un élément central du théâtre (fondé sur les tensions interindividuelles), mais aussi de la culture : la violence peut de fait être définie comme “l’Autre de l’homme” . Il est de la sorte nécessaire d’analyser les multiples occurrences de la violence scénique en s’appuyant à la fois sur une démarche herméneutique et sur une approche strictement théâtrale, grâce aux nouveaux outils méthodologiques développés en études théâtrales . Seule une double approche est susceptible de rendre justice aux esthétiques et aux contenus. De fait, nous avons choisi d’étudier des pièces des années 1990 très dissemblables afin de dresser un panorama assez complet de la violence théâtrale : il s’agit de Rabenland d’Hans-Jörg Schertenleib, Feuergesicht de Marius von Mayenburg, Adam Geist de Dea Loher, Republik Vineta de Moritz Rinke, The Making Of. d’Albert Ostermaier, Diva de Dirk Dobbrow, et enfin, de plusieurs pièces des principaux auteurs, Werner Schwab, Elfriede Jelinek et Hermann Nitsch .
Il convient de noter à cet égard qu’Antonin Artaud préconise dès les années 1930 la conception d’un “autre théâtre” qui s’abstrait des normes et des attitudes convenues, et recourt pour cela à des moyens d’expression renouvelés, parfois extrêmement surprenants, violents et perturbants. Il se peut que le théâtre actuel réalise l’ancienne théorie d’avant-garde que représente le théâtre de la cruauté, et que la violence mise en scène aujourd’hui soit “cruelle” à la fois dans sa forme et dans son contenu : cette cruauté ferait du théâtre un lieu d’expérience et de confrontation avec la vie parce que justement il l’interroge comme on ne le fait pas dans la vie.
Violences condamnées et non-condamnées
Or l’étude des œuvres contemporaines laisse apparaître deux grandes tendances, qui font l’objet de la deuxième et de la troisième partie de cette thèse : soit les pièces se référent au réel et à la violence comme à “l’Autre de l’homme” perpétuant d’une certaine manière le théâtre politique des années 1960-1970 ou le théâtre expressionniste ; soit elles s’affranchissent de tout jugement moral sans que leur position “au-delà du bien et du mal” ne réfléchisse autre chose que la “raison cynique” dominante . Il ne faudrait pas occulter malgré tout la profonde indétermination qui affecte certains auteurs engagés, ni les limites des innovations esthétiques chez maints auteurs “cyniques”, puisqu’il faut bien, pour qu’elle soit reconnue comme telle, que la violence s’inscrive d’une manière ou d’une autre dans une esthétique figurative.
La violence face à l’impuissance
Parmi les pièces sociopolitiques, il convient de distinguer nettement celles qui présentent des individus marginaux et violents de celles qui s’attaquent à une violence plus sournoise, plus diffuse, prenant ses racines dans la civilisation occidentale. Les premières se situent incontestablement dans le prolongement du théâtre politique dénonçant l’oppression et la manipulation des plus faibles, si ce n’est que la violence n’est absolument pas relayée par l’espoir d’un changement, d’un avenir meilleur, et qu’elle n’est pas non plus conçue et légitimée comme une provocation salutaire. Ainsi dans Rabenland, on a l’impression qu’un très grand nombre de jeunes deviennent des partisans de l’extrême-droite par simple désœuvrement ou par frustration, sans qu’aucun contre-modèle ne soit évoqué. On assiste au contraire à la revanche violente de jeunes gens pacifiques. Plutôt que de concevoir une prise de conscience constructive chez le spectateur, ces pièces entérinent en fait l’impuissance des contemporains, l’incapacité à proposer des attitudes, a fortiori des solutions. En cherchant à comprendre la genèse de la violence et à problématiser la difficulté de la contrecarrer, la pièce de Schertenleib contribue à en faire une apologie sinon idéologique du moins esthétique : comme l’auteur n’a pu compenser la pauvreté de l’analyse par la richesse des caractères, la dynamique de l’action ou des images poétiques, la violence reste, à tout point de vue, la “fin” de cette pièce. C’est ce risque d’apologie qui explique que les auteurs du théâtre pour jeunes comme le Gripstheater ou du théâtre social renoncent pratiquement à représenter des actes violents sur scène.
Seules quelques rares œuvres comme Feuergesicht thématisent de manière nuancée les impasses des thèses psychologiques et sociologiques des années 1960-1970 et les difficultés des générations parentales actuelles à proposer, au-delà d’une pensée de la violence, des valeurs et des comportements clairs. Les parents de Feuergesicht sont en proie à des hésitations et à des contradictions qui paraissent très banales. Les choix esthétiques de M.von Mayenburg revêtent à cet égard une importance cardinale : si les parents du jeune pyromane Kurt peuvent être perçus comme emblématiques des générations postérieures à 1968, l’auteur s’abstrait de toute caricaturisation. Au contraire, les dialogues très parcellaires où s’intercalent les monologues des jeunes empêchent toute projection unilatérale et présentent beaucoup d’espaces d’indétermination, si bien que le texte non seulement offre une grande latitude d’interprétation mais demande aussi à être complété par le metteur en scène et par le spectateur.
Le combat esthétique contre la violence
Il existe toutefois des pièces plus politiques qui combattent le développement de la violence. Celui-ci est envisagé comme la résultante d’une mentalité matérialiste et inhumaine. Ces pièces lient la critique de la civilisation à une forte énergie intellectuelle et artistique, puisqu’en l’absence de certitudes fortes, c’est par l’écriture même qu’il est d’abord fait acte de résistance. En liant la violence à des modes de pensée qui dépassent l’individu, elles tendent qui plus est à inclure le spectateur dans le lot des coupables collectifs pour mieux l’en détacher par la prise de conscience. Elles adoptent néanmoins des démarches différentes, c’est-à-dire personnelles, où le style réfléchit et communique ce qui tient à cœur aux auteurs. Ainsi Moritz Rinke recourt au comique, et parfois même à la farce et à de franches caricatures, pour démasquer l’inhumanité de nombreux hommes d’affaires, pourtant rassemblés afin de concevoir une île utopique . Il s’agit d’inhumanité au sens fort du terme, conduisant les individus à négliger complètement la vie des autres en regard de leurs intérêts et les portant au meurtre. Le manque d’ouverture, d’humour et de créativité, qualités dont la pièce se fait le gage, mènent à la violence et sont dénoncés.
Dea Loher cherche plutôt, à l’instar de Piscator, à émouvoir le spectateur dans Adam Geist : elle le confronte aux crimes non prémédités d’Adam, qui tente pourtant de “faire le bien”, et elle renoue ce faisant avec l’effroi et le tragique. Plus encore que Dea Loher, Elfriede Jelinek en appelle à la conscience de l’homme mais ses phrases incisives ne laissent guère de place à l’émotion. La seule émotion qui transparaisse est une colère cinglante, une violence intérieure qui s’exprime dans des déformations langagières, des jeux de mots impitoyables. Ainsi sont découverts la vacuité des personnages, le retour à la domination des pulsions et à un certain “fascisme” mental et comportemental, au sein d’une écriture qui cherche à s’en déprendre complètement. Le terme récurrent de “fascisme” sous la plume de l’auteur décrit la persistance d’anciennes mentalités ainsi que la propension à n’exister que par l’affirmation brutale de soi, si bien que les nouveaux sportifs de Ein Sportstück sont emblématiques de l’appauvrissement de nos valeurs spirituelles et intellectuelles, ils promettent l’avènement d’un âge déserté par la raison, où chacun peut être la victime de chacun.
La violence cynique
La violence ainsi dénoncée est chez Dea Loher et Elfriede Jelinek le signe d’un grand pessimisme mais elle s’appuie sur la violence de la dénonciation pour marteler (serait-ce par défaut et de manière postmoderne) les valeurs essentielles. Nulle trace de pessimisme en revanche dans les pièces qui ne condamnent pas la violence. Diva de Dirk Dobbrow ou The Making Of. B-Movie d’Albert Ostermaier ne sont pas seulement postmodernes, au sens où elles n’opposent à la violence aucun salut rédempteur, ni même aucun discours normateur. En vérité, elles abordent les actes violents de manière cynique, i.e. elles y voient l’aboutissement de la raison cynique telle que l’a définie P. Sloterdijk tout en faisant elles-mêmes montre d’un certain cynisme esthétique. Les meurtriers comme celui de Diva ne font plus l’objet d’un traitement particulier : ni héros, ni vrais criminels, ils semblent avant tout banals et leurs actes paraissent dûs à un concours de circonstances. Cette banalisation signifie une relativisation de tout jugement qui est le propre de la pensée actuelle pour Sloterdijk, de la raison exposée à la multitude contradictoire des discours de légitimation et condamnée à être cynique. L’objet de The Making Of. est justement le succès d’un auteur à scandale, brutal et luxurieux, qui suscite uniquement un émoi convenu. Et la pièce ne se prend pas au sérieux elle-même, en plagiant approximativement le Baal de Brecht, en multipliant toutes les actions sur de grands écrans placés tout autour de la scène, et surtout en enchaînant les fins meurtrières invraisemblables qui achèvent de déréaliser la pièce. La dramatisation par la violence contribue à peine à faire sortir l’ensemble des actes de la fantasmagorie, il ne subsiste ni valeur ni passion hormis la passion d’affirmer son existence. On peut douter que la violence contribue encore à la présence performative du théâtre, qui fait pourtant tout son intérêt.
La violence vitale
Beaucoup plus prenantes que ces œuvres désormais très nombreuses sont les créations singulières d’Hermann Nitsch et de Werner Schwab, qui entendent tous deux, chacun à sa manière, donner lieu à un “autre théâtre”. H. Nitsch va jusqu’à franchir les limites de l’institution et convie tous les participants à son “Théâtre d’Orgies et de Mystères” à une somme d’expériences inconcevables, mise à mort et évicération d’animaux, bains ou peintures de sang, tableaux inspirés de la mythologie comme l’émasculation d’Attis. Mais il entend par là accéder à une jouissance mystique et libératoire. Werner Schwab en revanche reste dans le giron du théâtre institutionnel tout en renversant les règles de la syntaxe de manière inédite et en portant sur scène des actes d’une cruauté parfois insoutenable. Au-delà du nihilisme, il confronte le spectateur à l’abject, et cet “impensé du moi” surgit sans cesse au détour des phrases et au cours de l’activité scénique. La langue est à ce point déformée, les mots abjects tellement répétés, que le spectateur retient avant tout du spectacle des mélodies et des corps, une sorte de poésie théâtrale du mal. Les auteurs que l’on qualifie “d’épigones de Schwab”, tels Thomas Jonigk ou Robert Woelfl, ne peuvent absolument pas se prévaloir du même travail esthétique et se limitent le plus souvent à une attitude transgressive plus “moderne”. Ce sont parfois les seuls en vérité à faire preuve de provocation : la violence est alors complètement fonctionnalisée pour montrer le mal régnant chez les hommes.
La référence à Artaud
Les diverses catégories d’œuvres violentes apparaissent ainsi assez clairement à travers les filiations et les positions idéologiques auxquelles on peut les rattacher. Néanmoins, elles permettent insuffisamment de distinguer les quelques œuvres animées par un souci profond de l’auteur d’exprimer avec une très grande liberté des paroles, des actions ou des personnages violents, expression qui tente de se rapprocher de ce que la vie a de plus inconcevable ou de plus fort, sans en être le reflet. Ces auteurs sont libres parce qu’ils se déprennent des acceptions convenues, des motifs stéréotypés et linéaires, des modes d’expression éprouvés, ils osent s’arracher à une expérience réconfortante et s’abîmer dans l’inconnu. Cette liberté esthétique et vitale qu’Antonin Artaud nomme pour cette raison cruelle, est essentiellement le fait d’Elfriede Jelinek, de Werner Schwab, et dans une moindre mesure, d’Hermann Nitsch et de Marius von Mayenburg. La violence mise en scène a partie liée avec un terrible effort esthétique, qui représente même une violence intérieure pour Elfriede Jelinek et Werner Schwab, et c’est bien la singularité de cette violence et du sens qu’elle revêt qui touche le spectateur.
Une majorité d’auteurs cependant est préoccupé d’analyse rationnelle, ou d’effets et d’innovations. Ils cherchent trop peu à faire coïncider des appréhensions subjectives de la violence avec un théâtre qui n’en est pas le simple médiateur ou qui ne la noie pas dans les fantasmes. La référence à Artaud permet de ce fait d’éprouver à travers l’esthétisation de la violence le concept fondamental dont use Kristeva pour désigner la créativité, la négativité, qui négativise l’harmonie thétique, ou symbolique, acquise par le sujet sous l’impulsion du sémiotique . Il apparaît toutefois que c’est un travail particulièrement ardu à l’heure actuelle, où les normes, et même les limites de la réalité et du théâtre tendent à s’épuiser en simulacres : la complexité avec laquelle on doit traiter la violence continue donc à en faire un élément théâtral et culturel central. Jusque dans les pièces fantasmagoriques, elle permet encore d’éprouver l’enjeu de la vie, les limites des fantasmes. Ses ambivalences théâtrales renvoient aux nôtres pour faire du théâtre un lieu d’expérimentation, peut-être plus en Allemagne que dans la majeure partie des autres pays. La question de la spécificité culturelle et médiatique reste posée.
La violence et le Graal dans la littérature arthurienne des XIIe et XIIIe siècles
samedi 15 janvier 2005
14 heures
En Sorbonne, bibliothèque Ascoli, escalier C, 2e étage
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Camille BOZONNET soutient sa thèse de doctorat :
La violence et le Graal dans la littérature arthurienne des XIIe et XIIIe siècles
En présence du Jury :
Mme ACHER-FERLAMPIN (RENNES II)
M. BORDIER (PARIS X)
M. BOUTET (PARIS IV)
Mme HARF (PARIS III)
M. STRUBEL (MONTPELLIER III)
La vision du monde dans l’oeuvre de l’écrivain hollandais Marcellus Emants (1848-1923)
Vendredi 19 novembre
14 h 30
Maison de la Recherche, salle D 224
28, rue Serpente
75006 PARIS
Mme Ingrid WASIAK soutient sa thèse de doctorat :
La vision du monde dans l’oeuvre de l’écrivain hollandais Marcellus Emants (1848-1923)
en présence du Jury :
M. BRANDT CORSTIUS (AMSTERDAM)
M. GOEDEGEBUURE (TILBURG)
Mme STOUTEN (PARIS IV)
M. VALENTIN (PARIS IV)
La vocabilité artificielle : un nouvel espace pour l’imaginaire.
Jeudi 4 décembre
14 heures 30
Bibliothèque de l’UFR de musicologie
3, rue Michelet
Paris 6e
M. Bruno BOSSIS soutient sa thèse de doctorat :
La vocabilité artificielle : un nouvel espace pour l’imaginaire.Etude des modèles de simulation et de traitement vocaux dans le répertoire des musiques électroacoustique et informatique.
en présence du Jury :
M. BATTIER (PARIS IV)
Mme COHEN-LEVINAS (PARIS IV)
Mme MATHON (TOURS)
Mme MUSSAT (RENNES II)
M. VINAY (PARIS VIII)
La voie de la vertu. Théologie, morale et fiction dans l’oeuvre narrative de Jakob Michael Reinhold Lenz (1751-1792)
Vendredi 19 mars
14 h
Centre Malesherbes, salle 322
108 Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Suzanne LENZ MICHAUD soutient sa thèse de doctorat :
La voie de la vertu. Théologie, morale et fiction dans l’oeuvre narrative de Jakob Michael Reinhold Lenz (1751-1792)
en présence du Jury :
Mme KNOPPER (TOULOUSE II)
M. KREBS (PARIS IV)
M. LAUDIN (PARIS X)
M. MERLIO (PARIS IV)
La voix dans l’oeuvre romanesque de Claude Simon : la transparence et la frontière
Vendredi 17 septembre 2004
13 h 30
Amphithéâtre Michelet, esc. A
46 rue Saint-Jacques
75005 PARIS
Mme Marie-Albane WATINE soutient sa thèse de doctorat :
La voix dans l’oeuvre romanesque de Claude Simon : la transparence et la frontière
en présence du Jury :
M. ALEXANDRE (TOULOUSE II)
M. LAURICHESSE (PERPIGNAN)
M. MOLINIÉ (PARIS IV)
M. RABATÉ (BORDEAUX III)
Lancelot ThéodoreTurpin de Crissé (1782-1859) : Sa vie, son oeuvre
Jeudi 11 mai 2006
9 heures 30
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Caroline CHARPENTIER CHAINE soutient sa thèse de doctorat :
Lancelot Théodore Turpin de Crissé (1782-1859) : Sa vie, son oeuvre
En présence du Jury :
M. DARRAGON (Paris 1)
M. FOUCART (Paris 1)
M. JOBERT( Paris 4)
M. LE NOUENE
M. ROBICHON (Lille 3)
Langage, ontologie et esthétique dans la poésie de Jaime Siles (1969 - 1999)
Samedi 26 juin 2004
14 heures
Salle Louis Liard, Rectorat
17, rue Victor Cousin
M. Henry ANGEL GIL soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Langage, ontologie et esthétique dans la poésie de Jaime Siles (1969 - 1999)
en présence du Jury :
Mme BOURLIGUEUX (NANTES)
Mme BOYER (PARIS IV)
M. CANAVAGGIO (PARIS X)
Mme MIGLOS (LILLE III)
M. SIULES (Valencia)
Mme ZIMMERMANN (PARIS IV)
Langues océaniennes : analyse morpho-syntaxique et typologie
Vendredi 16 décembre 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Isabelle BRIL DE ROUGEMONT soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Langues océaniennes : analyse morpho-syntaxique et typologie
En présence du Jury :
Mme GUENTCHEVA (Paris 4)
M. COMRIE (Max Planck)
M. HAGEGE (Collège de France)
M. LEMARÉCHAL (Paris 4)
M. LICHTENBERK
Mme OZANNE-RIVIERRE (CNRS)
Le "médiamagasin", une métaphore pour penser la mutation du design d’environnement : contexte, démarche et art de faire l’expertise communicationnelle du designer d’environnement
Lundi 4 décembre 2006
14 heures
Au CELSA, Amphithéâtre M-C. Praudel
77 rue De Villiers 92523 Neuilly sur Seine
M. Pierre BERTHELOT soutient sa thèse de Doctorat :
Le "médiamagasin", une métaphore pour penser la mutation du design d’environnement : contexte, démarche et art de faire l’expertise communicationnelle du designer d’environnement
En présence du Jury :
Mme BERTHELOT-GUIET (Paris 4)
M. BOUTAUD (DIJON)
M. CHAVATTE (CN)
M. DVALLON (AVIGNON)
M. JEANNERET (PARIS 4)
Résumés :
Les magasins sont devenus des « médias », selon les acteurs de l’interprofession de la distribution. Du point de vue du designer d’environnement, cette métaphore présuppose qu’il n’est plus seulement un spécialiste de la dimension marchande du magasin, mais aussi de son fonctionnement communicationnel. Par conséquent, cette image affirme implicitement l’identité communicationnelle du savoir-faire de ce métier. Malgré le caractère séduisant de ce trope, la requalification de l’objet du designer d’environnement soulève un certain nombre de questions du point de vue des SIC, notamment la validité du recours à la catégorie de « média ». A partir des ressources méthodologiques, théoriques et conceptuelles de cette discipline, il ne s’agit toutefois pas d’examiner la « vérité » de cette métaphore. Ici, je tente de clarifier sur un plan scientifique ce qui se joue pour le design d’environnement à travers le recours à la métaphore du « médiamagasin ». Sociosémiotique, ma démarche consiste à aborder le « médiamagasin », successivement sous différents aspects, de manière à rendre compte de la complexité de cet objet à la fois fait social, fait technique et fait sémiotique.
To day stores are “medias”, according the interprofessional actors of distribution. From the point of view of retail designer, this metaphor means that he is not only specialized in the merchant aspect of stores but also in its communication part. So this image confirms implicitly the communicational identity of the know-how of this job. In spite of the seductiveness of this image the requalification of the retail designer object implies a
certain number of questions from the SIC ’s point of view , specially the validity of the word “media”. The use, methodological, theorical and conceptual resources of this discipline does not mean to examine the truth of this metaphor. Here I try to clarify from a scientifical point of view what’s going on with the retail design through the use of “mediastore” image.
My own method, sociosemiotic, consist in exploring successively different aspects as to show how complex this object is, at the same time, social, technical and semiotic facts.
Position de thèse :
Nombreux peuvent être les usages d’une métaphore, y compris dans le monde professionnel. Au sein de l’interprofession de la distribution, l’apparition, ces dernières années, du concept de « médiamagasin », pour anodin qu’elle puisse paraître, se singularise par l’emploi qu’en font ses acteurs. Cette figure semble être échangée comme un signe de reconnaissance entre ceux-ci, et notamment par les designers d’environnement en direction de leurs commanditaires, plutôt que comme un trope renvoyant à une définition imagée et synthétique, mais précise, du magasin. Tout du moins, telle est la thèse que je souhaite défendre.
Au-delà de la formule imagée qui suggère que certains magasins seraient des médias, l’instrumentalisation rhétorique de cette métaphore par le design d’environnement interroge, de fait, la situation de cette profession. En effet, en recourant à cette nouvelle terminologie, elle revendique plus ou moins explicitement l’élargissement de son expertise traditionnelle concernant les points de vente aux métiers de la communication : le design
L’enjeu de cette thèse aurait pu consister à examiner la justesse, du point de vue des SIC, d’une telle affirmation (un magasin peut-il être considéré comme un média ?), ou/et d’une telle prétention (le designer d’environnement peut-il revendiquer ce savoir-faire ?). Néanmoins, à mon sens, la valeur de cette métaphore réside plus globalement dans la réalité socioprofessionnelle qu’elle cristallise et révèle : qu’est-ce qui se joue pour le design d’environnement dans la requalification en cours de son objet ? Une interrogation qui, en outre, questionne aussi la possibilité d’un magasin à devenir un média, sur les plans technologique et sémiotique. Objet complexe, à la fois fait social, fait sémiotique et fait technique, le « médiamagasin » nécessite donc d’être appréhendé en tant que dispositif, pour être expliqué d’un point de vue scientifique. Et plus exactement, en tant que dispositif médiatique. J’ai donc abordé l’objet médiamagasin, successivement, sous différents aspects, correspondant chacun à une interprétation de la valeur de cette métaphore
Cette figure est ainsi appréhendée en tant qu’image omniprésente au sein de l’interprofession de la distribution et donc devenue « incontournable » pour le design d’environnement, au titre de symptôme de la crise vécue par cette profession et de piste de son évolution possible, mais aussi comme l’un des modes de création propre au designer d’environnement (le jeu des métaphores).
Un objet de recherche : le « médiamagasin » pour les designers d’environnement
Socialement, la première évidence est que cette métaphore ne s’est pas seulement imposée aux designers d’environnement, mais à l’ensemble de l’interprofession de la distribution : responsables de réseau, d’enseigne, responsables de la communication de marque, ou encore chercheurs en sciences de gestion. Elle est devenue visiblement « incontournable » pour évoquer le fonctionnement et la finalité du magasin contemporain.
L’étude de cette métaphore devait donc débuter par un examen de sa circulation au sein de ces différents cercles sociaux. Ce qui m’a amené à constater que l’homogénéité, sinon de la qualification (médiamagasin, magasin-magazine, magasin musée, etc.), du moins de l’image (magasin média) ; cache une forte hétérogénéité des représentations de ce qui définit le fonctionnement médiatique d’un magasin pour ces différents acteurs. Ainsi, ces représentations diffèrent selon qu’elles sont formulées par des spécialistes du marketing expérientiel ou par des « merchandisers ». En outre, ces acteurs théorisent le fonctionnement et la finalité médiatique du magasin, ils ne pensent pas le « médiamagasin » dans des termes communicationnels. Ou, plus exactement, ils le font implicitement, puisqu’ils évoquent tous la représentation du processus de transmission de message opéré par le magasin, à partir du seul modèle instrumental de la communication. En somme, bien qu’on relève chez ces auteurs l’affirmation d’une mutation du rôle et de l’usage du magasin, celle-ci n’est guère pensée en termes médiatiques. Le modèle behavioriste de la communication est ici convoqué dans le cadre d’une écriture plutôt que d’une véritable théorie du « médiamagasin ». Il s’agit pour ces auteurs de vanter et promouvoir l’efficacité d’une nouvelle approche des magasins. C’est-à-dire, du point de vue de ces auteurs, l’influence des dispositifs techniques (design sensoriel, « thématisation » des magasins, etc.) qu’ils présentent. Par conséquent, le recours à ce modèle primitif de la pensée communicationnelle, qui fut celui de la publicité à ses débuts, peut aussi s’interpréter comme une façon de conférer de nouvelles actualité et crédibilité à un objet - le magasin - qui en avait peu jusque-là aux yeux des marques : ceci en s’appuyant sur la visibilité des « mass médias ».
Au cours de ces quinze dernières années, on a pu relever l’inventivité des stratégies mises en œuvre par certaines marques pour se rendre visibles au quotidien. Pour une bonne part, celle-ci consiste à investir tous les objets de notre environnement aménagé (de la voiture à la ville) de façon à en faire des « espaces » médiatiques. Or, cette inventivité médiatique du marketing ne se contente plus de pouvoir potentiellement tout transformer en surface d’affichage d’un logo ou d’un discours de marque. Elle consiste désormais à « brander » des volumes, pour en faire des lieux de marque dont les consommateurs sont invités à faire l’expérience.
Quoi qu’il en soit, on constate ainsi que cette évolution des demandes et des attentes des marques - voire des enseignes - fait du designer d’environnement un nouvel acteur clé de la matérialisation des discours et stratégies du marketing. Et qu’en outre, ce dernier redéfinit le périmètre et la nature de l’expertise du designer en spécialiste de la communication des marques.
Dans un tel contexte, la démarche de l’agence de design Carré Noir qui a consisté à développer de son côté, en parallèle, un nouveau concept d’hypermarché intitulé le « médiamagasin » et à en théoriser le fonctionnement, intrigue. S’agit-il juste d’un « copier/coller » des théories du marketing ? Ou cette agence tente-t-elle ainsi de redonner au design une certaine initiative par rapport à ses commanditaires, en leur proposant une autre représentation du « médiamagasin », plus juste par rapport à la réalité de ses pratiques et de ses savoir-faire ?
Ici la métaphore du « médiamagasin » est formulée à partir de la comparaison entre magasin et magazine. Avec cette appellation, Carré Noir transpose le modèle communicationnel et économique du magazine vers celui de l’hypermarché. Ainsi, bien plus qu’un simple jeu étymologique sur la parenté des mots « magasin » et « magazine », ce concept sert à définir l’utilisation et le traitement de l’ensemble des supports signalétiques des magasins pour que l’enseigne puisse « prendre la parole », en situation, avec ses consommateurs. Côté face, son traitement scriptovisuel d’un tout nouveau genre, beaucoup plus « expressif », induit un autre type de construction discursive de la relation avec les chalands, sur le mode de la proximité et de la connivence. Côté pile, il s’agit d’un principe de gestion du discours des marques de fabricants à l’intérieur de l’hypermarché, inspiré de l’économie éditoriale. Le Magasin est ainsi constitué en « régie publicitaire » valorisant auprès des « marques/annonceurs » une multitude de « supports » qu’elles peuvent acheter, sur la base de l’audience de chaque lieu de vente du réseau.
Le sens donné à la métaphore diffère de celui qui lui est attribué par des spécialistes de la marque ou encore de la distribution ; on note cependant qu’elle consiste là encore à transposer vers le magasin un modèle de fonctionnement qui lui est étranger (ici celui du magazine). Bref le « médiamagasin » est de nouveau pensé sur un mode intermédiatique, mais cette fois à partir d’une vision de publicitaire et non (exclusivement) de marketing. Et son fonctionnement est théorisé à partir d’un modèle de la communication interactionniste et non plus behavioriste.
Mais le véritable intérêt du « médiamagasin » compris et énoncé par Carré Noir réside plus globalement dans sa valeur symptomatique.
Bien que cette version de la métaphore soit formulée par des designers d’environnement, on ne peut que constater qu’elle renvoie à une conception publicitaire des médias. Et, plus exactement, à celle que les médiaplanneurs ont de ceux-ci. Comme les spécialistes de la distribution et de la marque, Carré Noir théorise la médiatisation d’un discours par l’espace de vente à partir d’un modèle de la communication qui assimile le « médiamagasin » à un simple vecteur de transmission, à un canal transparent.
Ainsi, on constate que cette profession rencontre beaucoup de difficultés pour requalifier à partir de ses propres usages, savoir-faire et critères, ce qui demeure néanmoins son « objet » : le magasin. Et ce n’est pas nouveau. Bien que le design d’agence - dont participe le design d’environnement, avec le design packaging, le e-design, etc. - existe depuis une trentaine d’années en France, il n’a jamais réussi à affirmer et faire valoir son identité et la valeur de son expertise, vis-à-vis de ses commanditaires en construisant un métadiscours professionnel représentatif de ses pratiques et compétences. Et en particulier, de celles de l’un de ses métiers : le design d’environnement. A la fois technicien et esthéticien du point de vente - architecte et décorateur -, le designer d’environnement a suivi l’évolution des besoins des annonceurs en devenant au fil des années un spécialiste du « retail ». Puis, aujourd’hui, un communicant. Face à cette pression constante à l’adaptation systématique des pratiques, du discours et du métadiscours du designer d’environnement aux attentes et demandes de ses interlocuteurs, on peut toutefois s’interroger, dans la mesure où celle-ci n’a pas réussi à éviter la fragilisation croissante de la profession.
De fait, la plupart des agences de design sont aujourd’hui amenées à se rapprocher de grands groupes de communication, voire à fusionner avec eux pour se consolider. Mais ces divers mouvements de restructurations ou de refondations du modèle économique et/ou organisationnel des agences ne s’accompagnent pas pour autant d’une véritable réflexion sur l’identité de cette pratique du design, désormais reconnue comme l’un des territoires de la communication. Et encore moins d’une formulation originale de son métadiscours professionnel.
Or, la métaphore du « médiamagasin » recèle en germe la possibilité d’appréhender autrement la pratique du design d’environnement et donc de la valoriser en formulant un métadiscours correspondant à son savoir-faire spécifique en matière de magasin, et donc apte à valoriser enfin ce dernier. Dans la définition qui en est donnée par les spécialistes de la distribution et de la marque, et par les publicitaires, on a vu que la dimension technologique qui permet à un magasin de jouer - ou non - un rôle de « médiamagasin » était systématiquement omise. Or, si la pratique qu’ont les designers d’environnement des points de vente transforme effectivement les hypermarchés en médias, c’est bien parce qu’une telle technologie existe. Ce que montre dans un autre secteur (la muséologie) l’exposition. C’est en tant qu’exposition commerciale que le magasin peut être considéré comme un média.
A la suite des travaux et recherches menées par la muséologie et plus particulièrement par J. Davallon, B. Schiele, J. Le Marec ou encore R. Montpetit, qui ont permis de mettre en évidence la nature et le fonctionnement médiatique des expositions muséographiques, je soutiens l’hypothèse que les hypermarchés, et plus largement les magasins, peuvent être transformés en médias. L’hypermarché comme le musée s’appuient en effet sur la technologie « primitive » de l’exposition pour présenter et mettre en scène les produits qu’il distribue. Toutefois, même s’ils sont tous deux des « archéo médias », leur gémellité demeure partielle. Leurs « opérativités sociales » respectives diffèrent profondément. Dans le cas du musée, l’agencement des objets est conçu sous la forme d’un dispositif de transmission du patrimoine qui vise à faire accéder le profane à un savoir représenté par des œuvres et/ou des traces. Dans le cas du magasin, l’enjeu est plus immédiat : il s’agit de favoriser l’appropriation d’une offre en agissant sur la disposition des chalands à l’égard de celle-ci. Ou plus indirectement, à l’égard de l’enseigne. Pour cela, les designers agencent intentionnellement l’ensemble de l’offre et des autres éléments dont ils disposent pour leur intervention (matériaux, éclairages, couleurs, sols spécifiques, mobiliers, etc.) de manière à ce que l’environnement produit soit ostensiblement aménagé, en vue de communiquer un sens aux consommateurs/visiteurs. Ou plus exactement, média peu coercitif - les chalands peuvent y circuler sans prendre conscience qu’un processus de médiatisation se joue dans l’espace/temps de leur visite - l’environnement doit réussir dans le même temps à obtenir leur attention, pour que le processus de communication soit actualisé grâce à leur coopération interprétative.
Ainsi compris en tant qu’« archéo média », le « médiamagasin » et les représentations, pratiques etc. qu’il suscite chez ses professionnels peuvent être reconsidérés sur des bases désormais empiriquement et conceptuellement spécifiques. Une telle lecture permet, par exemple, de clarifier la distinction établie par les designers d’environnement entre magasins image (« médiamagasins ») et magasins marchands (« retail »). A l’examen, il s’avère que ce que les professionnels qualifient de « médiamagasin » correspond à l’installation au sein d’un point de vente d’un dispositif médiatique exogène, à visée autopromotionnelle (pour le magasin et/ou pour la marque) qui se superpose au dispositif marchand préexistant. Dans ce cas-là, l’environnement du magasin est investi par les designers d’environnement en tant que volume d’accrochage et de fixation pour des affiches signalétiques, publicitaires, etc. Il constitue en quelque sorte une enveloppe qui s’intercale entre le consommateur et l’espace du magasin, pour tenter d’encadrer la perception que celui-ci peut avoir de celui-là.
En regard, ce qui est communément défini comme magasin « retail » correspond - en tant que mise en exposition d’une offre - à tel ou tel fonctionnement communicationnel de « l’archéo média » magasin. A partir des travaux de J. Davallon, je propose d’ailleurs une première grille de lecture typologique de ces environnements commerciaux médias, en distinguant : les environnements produit, les environnements de marque/enseigne et les environnements client.
Il devient dès lors possible d’appréhender plus en détail la production sémiotique de ces environnements. Notamment, l’une des modalités d’intervention les plus caractéristiques et visibles du designer d’environnement fondée sur une sorte de jeu métaphorique, appelé « thématisation » par ces professionnels. En pratique, cela consiste à aménager l’espace en référence à un autre lieu, ou/et à la situation sociale qui s’y joue. Dans le cas de l’hypermarché, dont l’espace est constitué de plusieurs zones différenciées (alimentaire, non alimentaire, etc.), une telle approche permet de relever au sein de celui-ci (de l’hypermarché type) plusieurs degrés dans la « thématisation » de l’espace : de la « thématisation » partielle à la « thématisation » globale. Ainsi peut-on mettre en évidence finement le type de discours qu’une enseigne peut chercher à médiatiser. Tel magasin donne à son rayon cuisine l’apparence d’une cuisine géante et met en scène de façon spectaculaire l’ensemble de l’offre qui en relève pour mieux favoriser l’appropriation de celle-ci ; mais aussi permettre à l’enseigne propriétaire du magasin de capitaliser sur l’image de proximité familiale liée dans l’imaginaire à la place de la cuisine dans un foyer. Ailleurs, cette enseigne recrée au sein de ses hypermarchés le cadre et l’atmosphère qui caractérisent la vie d’un marché de fruits et légumes et plus largement d’une place de village traditionnels, pour mieux rassurer ses consommateurs sur sa capacité à leur offrir des produits frais de qualité issus de filières spécifiques.
Une réflexion épistémologique pour transformer le « médiamagasin », d’objet désigné de la recherche, en objet de recherche
Bien plus qu’une simple étude des discours, pratiques et représentations d’une profession, cette approche dispositive du concept de « médiamagasin » en tant que métaphore permet également d’appréhender le design contemporain pour ce qu’il est : une pratique de communication. Et, plus largement, de redéfinir ainsi la nature de son expertise, ce vers quoi elle pourrait tendre, et de baliser son domaine d’intervention - à cheval sur les métiers de la communication et du design -. Pour cela, un véritable travail de la métaphore a été nécessaire.
Il était nécessaire au préalable de définir les conditions de possibilité d’un savoir en SIC lorsque l’objet d’étude est imposé au chercheur et son statut désigné - le médiamagasin - par les commanditaires de la recherche. Comme c’est le cas dans toute convention CIFRE, et plus particulièrement en SIC. De fait, cette thèse propose et constitue aussi une réponse pratique aux problèmes épistémologiques rencontrés par le chercheur CIFRE en SHS, en particulier en SIC.
Pour le reste, de façon plus classique, j’ai été amené pour réaliser cette thèse à mobiliser les outils et méthodes de différentes disciplines. Et tout d’abord ceux développés par les SIC. Aborder la question de l’identité médiatique du « médiamagasin » implique nécessairement d’interroger plus largement l’état des recherches en communication sur cet objet. C’était notamment nécessaire pour pouvoir mettre en évidence les présupposés de telle ou telle qualification du magasin en termes de média par les acteurs de l’interprofession de la distribution et de ceux du design. S’appuyer sur le modèle instrumental ou interactionniste pour théoriser le rôle et le fonctionnement du « médiamagasin » n’est pas sans conséquence sur la place attribuée au designer d’environnement et à son savoir-faire...
Aussi, ai-je cherché à aborder cet objet à partir d’une approche prenant en compte sa dimension technique. C’est pourquoi, j’examine le type de démarche et les possibilités ouvertes par la médiologie dans le cadre d’un tel questionnement, avant d’adopter un point de vue intermédiatique en m’appuyant sur les travaux déjà entrepris par la muséologie à propos de l’exposition muséographique. Au-delà de la clarification de son fonctionnement sociosémiotique, une telle approche du « médiamagasin » en tant qu’« archéo média », permet surtout d’aborder celui-ci en tant que dispositif médiatique. C’est-à-dire comme objet technique inscrit dans un système de médiations sociales complexe, et surdéterminé par lui, en amont (les stratégies et contraintes à l’origine de la conception des espaces, les savoir-faire mobilisés, etc.) et en aval (appropriation visée, appropriation effective par les consommateurs, leurs stratégies, etc.) de son fonctionnement médiatique.
En amont, il m’a ainsi été nécessaire de recourir plus spécifiquement aux méthodes d’observation participante de l’anthropologie, pour étudier une bonne partie de mon terrain, constitué par mon expérience au sein de l’agence Carré Noir aux côtés de ses acteurs (designers, commerciaux, clients, etc.). En aval, je me suis appuyé sur les réflexions et outils développés par la poétique littéraire (le paratexte, le « réalisme », la métaphore, la description, etc.) pour mettre en évidence quelques uns des aspects du fonctionnement « thématique » de certains environnements.
Les résultats et perspectives ouverts par cette recherche
Au terme de cette réflexion sur le « médiamagasin », j’apporte d’abord des outils et méthodes aux designers d’environnement pour appréhender leur objet, le magasin, en tant que « médiamagasin » sur des bases objectives et valorisables auprès de leurs clients. Ainsi, outre une première grille de lecture des typologies de « médiamagasins », je propose également un modèle du fonctionnement communicationnel d’une enseigne (vs celui d’une marque), adapté du modèle communicationnel du livre développé par G. Genette.
Sur un plan strictement scientifique, cette étude de « l’archéo média » magasin démontre la pertinence et la portée des travaux menés sur l’exposition muséographique en tant que média tout en ouvrant plus largement la perspective d’un nouveau domaine de recherche à défricher pour les chercheurs en SIC : l’étude de nos environnements aménagés (expositions universelles, espaces urbains, jardins paysagés, etc.). Un projet auquel je souhaite contribuer dans l’avenir.
Le "théâtre" de Janos Pilinsky (points de rencontres)
Vendredi 19 décembre
14 h 30
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Eniko SEPSI soutient sa thèse de doctorat :
Le "théâtre" de Janos Pilinsky (points de rencontres)
en présence du Jury :
M. ANGYALOSI (Budapest)
M. BARDOS (Budapest)
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. MAULPOIX (PARIS X)
M. MORTIER (ROUEN)
Le "Ton antérieur". Rhétorique et style dans la prose de Charles Peguy
Samedi 10 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Pauline BERNON soutient sa thèse de doctorat :
Le "Ton antérieur". Rhétorique et style dans la prose de Charles Peguy
En présence du Jury :
Mme le Professeur Dominique MILLET-GÉRARD
Mme le Professeur Françoise GERBOD
M. le Professeur Richard GRIFFITHS
M. le Professeur Carlos LÉVY
M. le Professeur Jean-François LOUETTE
Résumés
Issu d’une génération formée à la rhétorique, Péguy s’est révolté contre ce cadre d’écriture formel, tout en restant fidèle à l’esprit des humanités. Son attitude présente un grand intérêt : contemporaine des réformes de l’enseignement, elle contribue à définir la définition moderne d’un style singulier, certes inspirée du classique, mais en s’opposant aux méthodes nouvelles des positivistes. Il s’agit en même temps de répudier la rhétorique politique. Péguy refuse l’orgueil des démonstrations toutes faites. Mais l’inquiétude et la recherche ne le dispensent pas d’une puissante éloquence. Marqué par l’enseignement du goût pour la simplicité, Péguy convertit la convenance rhétorique en justesse éthique et esthétique. Son retour paradoxal aux sources littéraires permet une représentation audacieuse de la réalité. L’enjeu de son style est de dévoiler l’ordre secret du réel. En effet, il s’agit pour Péguy de rendre son relief et ses formes à un monde où il ne trouve plus que platitude et abstraction. L’ancien aptum exprime alors la grandeur cachée de tout élément du monde, s’il est investi dans le drame des retrouvailles avec l’origine et la voix divine. Péguy participe au renouvellement de la littérature spirituelle et du style sublime au début du XXe siècle, par sa familiarité avec le sacré. Son style se fait dès lors figure, véritablement incarnée, et non pas écriture autonome, ni lettre pétrifiante.
Belonging to a generation that had learnt rhetorics, Péguy revolted himself against such formal writing pattern, while remaining faithful to the spirit of ancient humanities. His reaction is mostly interesting, in so far as it takes place among the modern definitions of a style of one’s own, even if inspired by the classical taste, but in opposition to the manner of the positivists. Péguy also rejected the eloquence of politicians. He refused the self-assurance of ready-made demonstrations. But his anxiety and perpetual research didn’t imply a lack of eloquence. Influenced by the everlasting notion of simplicity, he converted the rhetorical convenance into an ethic as well as esthetic accuracy. Péguy’s paradoxical way back to the sources of literature leads to an inventive representation of reality. Then, the style tends to reveal the secret order of reality. Indeed he intends to render its forms and dimensions to a world in which he feels surrounded by platitude and abstraction. The ancient criterium of aptum is induced to convey the hidden greatness of each piece of reality that becomes involved into the dramatic search for the origin and the godly voice. Hence he takes part in the revival of spiritual literature and of the sublime at the beginning of XXth century, in being familiar with the divine. Péguy’s style become a figure, really incarned, far from the lethal power of the letter and of an enclosing autonomy.
Position de thèse
« J’ai horreur de l’éloquence toujours », pouvait déclarer Péguy en 1913 . Et pourtant, disaient ses contemporains, Péguy est « le seul écrivain éloquent que nous possédions », ou encore « un grand orateur » . La dénonciation que Péguy fait de la rhétorique est en phase avec celle des auteurs et des professeurs qui critiquent la sclérose de l’école et de ses exercices anachroniques. Colonne vertébrale de l’enseignement, la rhétorique a été longuement remise en question au XIXe siècle, puis définitivement écartée des programmes en 1902. À la suite de Victor Hugo, beaucoup d’auteurs ont prononcé l’acte d’accusation contre une expression académique et limitée. Péguy rejette tout autant les règles qui ont gouverné sa copie. C’est contre elles que se construit son style, apparemment si peu cadré. Cette résistance fondatrice a été relevée et observée dans les études consacrées au style de Péguy, selon différentes approches. En accord avec la critique contemporaine de Péguy, toutes ont commenté son éloquence de parleur, fomentée au rebours des règles de la rhétorique, autant que contre une assurance scientifique qui ambitionne de tout expliquer. D’André Suarès à Robert Burac, les critiques ont défini sa dispositio comme une recherche de l’ordre organique de la réalité, sous l’influence de Bergson, mais aussi de Pascal. Péguy fait preuve d’un sens de la justice à la fois éthique et esthétique. Françoise Gerbod a montré comment l’écriture de Péguy s’était faite « machine de guerre contre la rhétorique », afin de représenter le réel, car très tôt, Péguy a « senti l’impuissance » des « formes traditionnelles du récit ou de l’explication » . Le « procédé d’art », qu’il s’attache à définir dans le cahier Zangwill, consiste à retrouver « l’unité organique, profonde, vivante » d’un objet, comme de l’intérieur de sa propre œuvre, dans un mouvement qui s’impose à nous avec « autorité » . La progression circulaire du texte, par répétitions et rencontres, fait de la recherche du cœur de la réalité une véritable poétique. Robert Burac a ainsi relevé la structure axiale et cruciale de la prose de Péguy . C’est effectivement cette unité interne et saisissante qui frappe le lecteur, mieux qu’un raisonnement trop bien construit de l’extérieur. Relevons déjà l’opposition entre une éloquence intérieure convaincante, et une rhétorique scolaire desséchée. Le terme d’ « éloquence » est d’ailleurs moins systématiquement mal vu par Péguy que celui de « rhétorique ». En effet, comme l’ont montré Simone Fraisse et Richard Griffiths, le style de Péguy mêle la puissance d’une rhétorique maîtrisée et l’énergie d’une langue d’entretien familier ou de la polémique . Jean-François Louette a fait ressortir le caractère à la fois prosaïque et poétique d’une écriture qui n’est pas « composée rhétoriquement » : elle avance en retournant sans cesse vers l’origine qui menace de se perdre . En effet, ce n’est pas en avançant linéairement que l’on pourrait retrouver cette origine, mais par sondages et recoupements en profondeur, entre la mémoire et le présent. L’écriture cherche à arrêter le temps pour entrer dans la durée. D’où les nombreux effets de suspension du discours, de la répétition aux redondances, corrections, arrêts contemplatifs. Péguy peut alors faire feu de figures du discours afin d’enrayer une avancée trop logique . Il met en œuvre des procédés rhétoriques, justement pour contrecarrer l’action de ce modèle sur l’écriture. Richard Griffiths, dans son étude sur les textes pamphlétaires de Péguy, a relevé la puissance oratoire d’une prose qu’il faudrait lire à haute voix, tout en conservant l’élan plus familier d’un style parlé . Péguy désamorce les stratégies de la rhétorique, tout en les mettant en œuvre. Robert Burac a montré, dans une récente étude, comment les représentations construites dans les Cahiers de la quinzaine promouvaient une nouvelle convenance propre à la dignité du peuple et du petit, en s’appuyant sur l’héritage humaniste. Ces études ont dégagé l’opposition entre une marâtre rhétorique et une mère cachée qui serait la structure plus poétique de la prose. Mais elles ont également montré des contradictions qui semblent fondatrices de l’écriture de Péguy. Il s’est révolté contre la sclérose d’un cadre d’écriture formel, tout en restant fidèle à l’esprit des humanités. Mettant précisément au jour la culture antique de Péguy en 1973, Simone Fraisse a souligné combien Péguy avait pu être marqué par cet enseignemen,t auxquelles il se ressourça toujours.
La complexité des relations de Péguy avec le modèle rhétorique nous a paru un bon angle de vue pour étudier l’originalité de son style. Étant donnée l’ampleur d’une telle question, nous avons préféré nous limiter à l’étude de la prose, sans exclure l’évocation de passages vers la poésie. Toutefois, aussi brouillée que soit la frontière entre prose et poésie, étudier cette dernière impliquait des critères d’analyse différents. Il est certain que cette enquête aurait pourtant tout son intérêt. La rhétorique est à la fois l’ennemie et l’instrument d’une nouvelle prose, voire le terreau caché d’une expressivité éloquente. Il fallait donc retrouver plus précisément cette formation rhétorique que Péguy a reçue, pour éclairer la relation à double détente entre style et rhétorique. Une recherche sur l’empreinte et le rejet de la rhétorique dans le style de Péguy paraissait d’autant plus intéressante qu’elle concerne un moment où la vision de l’écriture et de l’œuvre d’art est passée de la rhétorique à la stylistique. Les réformes de l’école ont été contemporaines d’un mouvement de réflexion sur la vision de la littérature et sur les changements dans la définition du style. Incontestablement, la trajectoire de Péguy pouvait éclairer ces débats.
Un paradoxe s’offrait alors : Péguy s’est toujours déclaré « classique ». C’est par ce lien entre la formation rhétorique et le goût classique que peut s’expliquer, nous semble-t-il, le rapport déconcertant entre la rhétorique et le style de Péguy, que lui-même qualifie de classique. Être classique est une qualité que l’école pose sur les œuvres dignes de rester des modèles ; ce caractère résume le goût français d’une écriture simple et transparente, logique et élégante. Pourtant c’est la réalité, toute compliquée, imprévisible et touffue que Péguy a choisi de représenter avec justesse, c’est-à-dire en s’engageant lui-même dans son écriture. D’où une présence personnelle qui peut contrecarrer la logique, sembler intempestive, alors même qu’elle cherche à être profondément pertinente. C’est à l’école que Péguy a été imprégné de l’idéal de la simplicité. Il y a reçu l’exemple du style simple de l’honnête homme, style qu’il a voulu pratiquer toute sa vie, sous une forme si déconcertante. Pour cerner l’évolution du premier modèle à une vision si libre du style, il faut porter attention à quelques termes clés de la formation scolaire, puis du discours de Péguy sur l’art. Des mots comme « classique », « organique », « style » et « style de l’homme », sont des repères très fiables pour situer la réflexion de Péguy par rapport aux débats contemporains. Il a été en même temps très intéressant de confronter à l’enseignement de la lecture littéraire en classe, la vision que Péguy a pu développer du style littéraire, à l’école et après l’école. Une telle réflexion a été de nature à éclairer sa propre pratique d’écriture. C’est en conservant l’idéal du simple qu’il a transformé l’écriture de l’intérieur. Le retour aux études s’est donc progressivement révélé nécessaire pour comprendre les détours et les contradictions apparentes de l’écriture de Péguy.
Notre démarche a consisté à partir des manuels de rhétorique de l’époque de Péguy pour y trouver des unités d’écriture ensuite reconnaissables ou modifiées dans les copies puis dans les textes de la maturité. Les modèles de style enseignés à Péguy se sont révélés, pour certains, des repoussoirs, pour d’autres, de premières expériences d’harmonie et de beauté dans l’écriture. Une telle recherche permet de distinguer des tendances d’écriture qui se sont cherchées puis répétées ou transformées. Deux de ces noyaux les plus intéressants sont l’exercice d’amplification, aussi propice à la codification qu’à l’inventivité, et la construction périodique. C’est alors, au cœur de la phrase et de l’invention du texte que le style se fraie son chemin. Entrer dans la durée est retrouver la liberté jaillissante de la Création, être de nouveau, échapper au temps organisé et aux classements du monde moderne.
En effet, dans cet esprit de simplicité, il fallait bien reconnaître une école contre une autre. Péguy jouait là l’héritage de sa classe contre les nouvelles méthodes scientifiques, la fragmentation des disciplines et leur séparation de l’art perçu comme peu rigoureux. C’est un ancien esprit des humanités, une éloquence honnête et libre qu’il idéalisait contre la rhétorique analytique et neutre des historiens de la littérature. La réduction d’une réalité vivante à ses aspects matériels, visibles et classables, ne pouvait qu’indisposer Péguy. C’est au contraire sur les ordres de Pascal qu’il s’est appuyé pour redonner au monde une liberté spirituelle perdue. Or nous retrouvons en Pascal un modèle ambigu, mais classique, d’éloquence qui se moque de la rhétorique. L’éloge d’une langue pleine de relief, dirigé contre la fadeur des modernes, se comprend encore à travers la défense de ce « classique », qui a bien des traits romantiques, bibliques, humanistes et révolutionnaires.
L’enjeu de son style est de dévoiler l’ordre secret du réel. En effet, il s’agit pour Péguy de rendre son relief et ses formes à un monde où il ne trouve plus que platitude et abstraction. Or le type d’éloquence qu’il met en œuvre pour rendre sa place à la dimension spirituelle est profondément inspiré de toute la littérature antique et judéo-chrétienne. Tout un pan de la culture rhétorique, souvent oublié ou banalisé, peut ressurgir à la lecture des textes de Péguy. C’est en découvrant cette clé rhétorique, lors des lectures consacrées à l’autobiographie spirituelle au séminaire de Dominique Millet-Gérard, que nous avons tenté de voir comment elle était un principe de structuration de l’œuvre de Péguy. Les procédés de comparaison entre l’ancienne grammaire des styles et son propre sentiment de l’aptum nous ont donc semblé opératoires pour comprendre le chemin parcouru entre la formation rhétorique de Péguy et l’éloquence libérée avec laquelle il voulait étreindre la réalité et en toucher la dimension spirituelle. De fait, l’observation du jeu entre les styles et de l’expression sublime dans les textes de Péguy s’est révélée un levier complémentaire pour saisir la transformation intérieure que la rhétorique pouvait subir dans sa prose. L’attrait de Péguy pour le style bas, mais son attachement à la grandeur pouvaient ainsi trouver une grande cohérence, ainsi que son goût classique pour la simplicité, dont un des caractères les plus intéressants est le sublime. Péguy a participé au renouvellement de la littérature spirituelle et du style sublime au début du XXe siècle par sa familiarité avec le sacré.
Complémentaires, ces analyses sur la transformation de la dispositio du texte, de l’elocutio de la phrase et des styles, étaient même en réalité nécessaires l’une à l’autre, dans la mesure où la libération du cadre rhétorique correspondait à la découverte de ce qui dépasse les apparences et ne se révèle qu’au guetteur. Libérer la phrase de l’astreinte permet de la rendre disponible à l’ordre caché du réel ; trouver cet ordre est également soulever le voile des convenances a priori d’une rhétorique bienséante, pour restaurer la beauté véritable des éléments du réel. C’est remplacer cette convenance par la justesse. Péguy ne disait-il pas vouloir être fidèle à la nature ? Sa fidélité semble avoir été de peindre un tableau dévoilant la nature sous des traits qui ne sont pas forcément visibles au premier abord. De même que le fil de sa prose creuse le réel, les contours de ses styles interrogent l’ordre secret de ce réel. L’écriture de Péguy s’adresse à tout l’homme : dans ce sens, il s’éloigne de la rhétorique du vraisemblable, pour rejoindre la rhétorique qui est du côté de la quête du vrai et du beau, illustrée après Cicéron et le Pseudo-Longin, par l’éloquence spirituelle . Péguy se situe souvent sur une ligne où ce qui n’est pas dicible force les raisons et les vraisemblances à se retirer devant une expérience combinant cette raison avec la passion. En effet, la forme elle-même a valeur d’interrogation, de sollicitation, de preuve. C’est dans ce sens que la rhétorique classique peut révéler une puissance inentamée : il n’y a pas de vrai sans une forme, et sans quelque beauté que ce soit.
Or cette beauté n’est pas lisse et souvent elle procède d’un rayonnement de ce qui est « antérieur » à l’homme, le transfigure. L’exemple le plus marquant en est l’extase de Péguy, spectateur d’Œdipe Roi à Orange, devant Mounet-Sully défiguré, mais immense. Au seuil de notre parcours, nous espérions comprendre l’une des expression les plus mystérieuses de la prose de Péguy, le « ton antérieur » qu’il prête à Œdipe, lors de son retour final sur scène, roi détrôné et suppliant . Ce ton pointait-il alors pour lui vers l’accord enfin obtenu entre la langue et le secret des dieux ou de Dieu ? Nous avons essayé de mener notre enquête en gardant par-devers nous le souvenir de cette expérience fondatrice. Le monde défiguré laisse voir sous ses déformations, par leur manque même et le désir qu’elles créent, les contours de l’harmonie promise, qui se dessinent déjà en poésie. Par son esthétique de la défiguration et de l’humilité, Péguy est novateur, comme par exemple, Georges Rouault. Et pourtant, c’est ici aussi que s’éclaire le « concept du classique » de Péguy, « clarifiant au-delà des opposés apparents » .
Son style se fait figure, véritablement incarnée, et non pas écriture autonome, ni lettre pétrifiante. Une telle situation au début du XXe siècle pouvait éclairer le destin de la rhétorique au moment où l’on a voulu l’oublier. Ce sont ses formes les plus vives qui sont restées, ferments du style révolutionnaire de Péguy : l’amour d’une éloquence simple qu’il transforme en dispositio et elocutio organiques, la conscience que la langue s’adresse à tout l’être, à l’intelligence, au corps et au cœur, qu’il transfigure en aventure du style, l’aptum sage qu’il oriente vers la quête du juste par l’humilité, entre défiguration et reconnaissance de la voix qui précède.
Le Cameroun rejoint le Commonwealth des nations (1995) : une question d’unité nationale ?
Vendredi 3 décembre 2004
14 h 30
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Mélanie TORRENT soutient sa thèse de doctorat :
Le Cameroun rejoint le Commonwealth des nations (1995) : une question d’unité nationale ?
En présence du Jury :
M. GARFITT (OXFORD)
M. KATTAN (LONDRES)
M. KORINMAN (PARIS IV)
M. REDONNET (PARIS IV)
Le Canada, la France et la francophonie des années 60 à nos jours
Jeudi 29 septembre 2005
A l’Université de Montréal
Mme Marine LEFEVRE LAZURE soutient sa thèse de doctorat :
Le Canada, la France et la francophonie des années 60 à nos jours
En présence du Jury :
M. SOUTOU (Paris 4)
M. RAMIREZ (Québec)
M. ROBINSON (Québec)
M. SAUL (Québec)
M. JARDON (CNRS)
Le centrisme sous la Vème république de 1962 à 1976
Jeudi 4 décembre 2003
14 heures
Ecole Nationale Supérieure
Salle de musique
48 boulevard Jourdan
Paris 14ème
Mme Muriel MONTERO soutient sa thèse de doctorat :
Le centrisme sous la Vème république de 1962 à 1976. L’affirmation d’une force politique et la conquête du pouvoir : deux défis impossibles ?
En présence du Jury :
M. BERSTEIN (IEP PARIS)
M. BRUNET (PARIS IV)
M. LACHAISE (BORDEAUX III)
M. LE BEGUEC (PARIS X)
MME SANSON (PARIS I)
M. SIRINELLI (IEP PARIS)
Le chateau d’Assier en Quercy
Samedi 29 novembre
9 heures
Institut d’art et archéologie
salle Doucet
3, rue Michelet
Paris 6e
Mme Marie-Rose PRUNET TRICAUD soutient sa thèse de doctorat :
Le château d’Assier en Quercy
en présence du Jury :
Mme CHATENET (PARIS IV)
M. GUILLAUME (PARIS IV)
M. MIGNOT (PARIS IV)
M. TOLLON (TOULOUSE II)
Le cheminement d’un ethnographe russe : V.I. Smirnov (1882-1941)
Lundi 27 novembre 2006
9 heures
A Malesherbes, Salle S322
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
M. Cédric PERNETTE soutient sa thèse de Doctorat :
Le cheminement d’un ethnographe russe : V.I. Smirnov (1882-1941)
En présence du Jury :
M. BREUILLARD (PARIS 4)
M. CHALINE (PARIS 4)
M. CONTE (PARIS 4)
M. HAMANT (PARIS 10)
Mme HAMAYON (EPHE)
Mme LESOURD (LYON 3)
Résumés
En Russie, les savants des capitales ont toujours trouvé largement avantage à faire participer les
meilleurs esprits de la province à la production du savoir. Ainsi dès le XVIIIe siècle on a pu assister dans le
pays à un glissement vertical de la légitimité scientifique, du centre vers la périphérie. D’abord strictement
encadrées, les recherches menées en province et sur la province se sont inscrites tout au long du XIXe siècle
dans un processus d’émancipation qui déboucha dans les premières années du XXe à l’apparition d’une
sociabilité érudite au sens strict, le kraevedenie. Ce travail se propose de retracer ce lent cheminement des
études régionales russes, et de donner du phénomène une image précise : l’étude du cas de la Société
scientifique de Kostroma pour l’étude de la région (active de 1912 à 1929) et de la biographie de son
principal animateur, Vasilij Ivanovic Smirnov, permettent de dresser le portait exact d’une société savante et
de son personnel, mais aussi de faire le point sur ses activités érudites, axées en grande partie, comme c’était
le plus souvent le cas, sur l’étude de l’ethnographie de la région. A la fin des années 1920, « décennie d’or »
du kraevedenie, la sociabilité érudite occupait dans le paysage scientifique russe une place tout à fait
considérable. Au tournant des années trente, cependant, les études régionales se révélèrent rapidement
incompatibles avec l’établissement du système stalinien, et à la mise en coupe réglée des grands centres
scientifique du pays succéda rapidement celle de l’ensemble des sociétés savantes : cette étude documente et
analyse, à partir d’archives inédites, la violente mise à mort de la sociabilité érudite russe.
Russian science has always taken a big advantage from the contribution of provincial, non
professional scholars. From the beginning of the 18th century and the foundation of the Academy of
Sciences, scientifical legitimacy began to spread throughout the country. Being at first strictly managed by
scientists from capitals, the work of researchers led in and on the province soon started to free itself from
their direct influence, and by the beginning of the 20th century, provincial learned societies (making up the
kraevedenie phenomenon) turned out to be major contributors of the russian scientific landscape. The aim of
this work is not only to recount the history of russian learned societies, but also to give an exact
representation of the livelihood and activities of such organizations. The case study of the Kostroma
scientific society (1912-1929) and the biography of its main figure, Vasilij Ivanovic Smirnov, help us
observe the life of a Russian learned society from the inside. This work also leaves a large place to the
description and the analysis of the activities of the kraevedy, for whom local ethnography was a relevant field
of research. By the end of the 1920s, known as the « golden age » of kraevedenie, learned sociability was of
first importance in Russia’s cultural life ; at the turn of the 1930’s, however, regional studies were declared
totally incompatible with the Stalinist system. Soon after its attacks against the main scientific organizations
of the country, the State declared war to all the provincial learned societies. This work, based on several
unpublished archive materials, describes and analyses the violent attack of soviet learned sociability.
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Le cinéma argentin et l’identité nationale. Etude de l’image des héros de l’indépendance
Vendredi 17 décembre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Estella ERAUSQUIN soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Le cinéma argentin et l’identité nationale. Etude de l’image des héros de l’indépendance
En présence du Jury :
M. BARUCIA
M. CLÉMENT (PARIS IV)
Mme EZQUERRO (PARIS IV)
Mme MOLINIÉ (PARIS IV)
M. MORENO (POITIERS)
Mme PETRICH
Le clacissisme français : poésie et poétique
Samedi 13 décembre
14 h 30
En Sorbonne, salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Alain GENETIOT soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Le clacissisme français : poésie et poétique
en présence du Jury :
M. BURY (VERSAILLES)
M. CHAUVEAU (NANTES)
M. DANDREY (PARIS IV)
M. JARRETY (PARIS IV)
M. JEANNERET (GENEVE)
M. ZUBER (PARIS IV)
Le commerce des toiles peintes et imprimées "indiennes" - en France au temps de la prohibition (octobre 1686-septembre 1759)
Samedi 16 décembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Salle G647, Esc. G, 1er étage et demi
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Olivier NANTOIS soutient sa thèse de Doctorat :
Le commerce des toiles peintes et imprimées "indiennes" - en France au temps de la prohibition (octobre 1686-septembre 1759)
En présence du Jury :
M. FUKASAWA (Université)
M. HAUDRERE (ANGERS)
M. LE BOUÉDEC (BRETAGNE SUD)
M. POUSSOU (PARIS 4)
Résumés :
Les toiles de l’Inde, peintes ou imprimées -communément appelées indiennes -et importées par la
Compagnie française des Indes aux XVIIe et XVIIIe siècles, firent l’objet d’une très grande fascination en
France. En partant de la présentation de l’état des connaissances de l’artisanat et du commerce des
indiennes en Inde, notre étude s’attache à montrer, par la suite, qu’en dépit de cet engouement, leur
diffusion se heurta à une législation prohibitive promulguée par l’administration royale, le 26 octobre
1686 : interdisant le port, la fabrication et le commerce de ces nouvelles étoffes en France. En mettant en
évidence les causes et les limites de l’application de l’interdiction, nous avons montré que la « vogue »
des indiennes ne fut pourtant jamais remise en cause. En effet, malgré les condamnations, ces étoffes
continuaient d’être portées, de circuler et surtout faisaient l’objet d’une vaste contrebande dans
l’ensemble du royaume jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Il ressort que l’incohérence de cette interdiction
sur les indiennes entraîna la « Querelle des toiles peintes » (1755-1759) mettant un point final à la
prohibition. Le commerce des indiennes, au temps de la prohibition, est certainement l’une des pages les
plus surprenantes de l’histoire économique et sociale de la France, à l’Époque moderne.
Indian fabrics cottons, painted or printed -commonly called printed « chintz » -and imported by
the French Company of India in XVIIth and XVIIIth centuries, were the object of a very great fascination
in France. On the basis of the presentation of the state of knowledge craft industry and trade of « chintz »
in India, our study attempts to show, thereafter, that in spite of this craze, their diffusion of these fabrics
encountered a prohibitory legislation promulgated by the royal administration, October 26th, 1686 :
prohibiting the use, the manufacture and the trade of these new fabrics in France. Highlighting the causes
and the limits of the application of prohibition, we showed that the « vogue » of « chintz » was however
never called into question. In effect, in spite of condemnations, these fabrics continued being carried,
circulating and especially were the object of a vast smuggling in the whole of the kingdom until up to the
middle of the XVIIIth century. It emerges that the inconsistency of this ban on the « chintz » involved
the « Quarrel of painted fabrics » (1755-1759) putting a final point at prohibition. The trade of the
« chintz », at the time of prohibition, is certainly one of the most surprising pages of the economic and
social history of France, during the Ancien régime.
Position de thèse :
Les toiles de l’Inde, aux XVIIe et XVIIIe siècles, firent l’objet d’une très grande
fascination en Europe, en particulier ces espèces de toiles de coton peintes ou
imprimées, communément appelées indiennes.
A partir de la première moitié du XVIIe siècle, le négoce maritime européen au
« long cours » s’organisa autour des activités de grandes compagnies de commerce comme
la Compagnie française des Indes orientales, formée par Colbert en 1664 tournées
spécifiquement vers l’Océan indien. En France, dès la fin du XVIe siècle, des
navires revenaient des Indes chargés d’épices et d’étoffes de coton aux coloris
chatoyants : les indiennes. Ces étoffes de coton connurent un très grand succès. Ce fut
dès lors la « vogue » des indiennes, une mode devenue incoercible. Ces cotonnades
colorées étaient réputées plus agréables à porter, plus faciles d’entretien et plus
durables ; elles convenaient aussi bien au vêtement qu’à l’ameublement. En somme, ces
étoffes de l’Inde firent l’objet d’une véritable « demande sociale » en France.
Cependant, ces nouvelles importations heurtaient les intérêts des fabricants
« d’étoffes nationales », drapiers normands et soyeux lyonnais en premier lieu. Tant
que Colbert vécut, leurs protestations restèrent vaines, en dépit de leurs solides
arguments mercantilistes ; après sa mort, son rival Louvois n’eut plus les mêmes
raisons de temporiser. Ce dernier porta un coup d’arrêt à cet « engouement social » des
Français pour les indiennes et instaura, dès octobre 1686, une véritable prohibition de
ces étoffes « exotiques », allant à l’encontre du goût du public dans l’ensemble du
royaume.
La « question des toiles peintes » en France commence donc le 26 octobre 1686,
lorsqu’un arrêt du Roi interdit l’usage, la fabrication et le commerce de ces toiles de
l’Inde. En dépit de la prohibition, les indiennes suscitaient toujours un intérêt devenu
incontrôlable par les autorités.
L’objet de notre étude, qui débute avec l’instauration de la prohibition des
indiennes en France, est précisément de montrer l’ampleur de l’influence de ce produit
« extra-européen » sur la société française, qui malgré l’interdiction et la politique
soutenue par l’État royal, continuait de susciter un intérêt grandissant dans tout le
royaume. En d’autres termes, il s’agit de mettre en évidence quelle fut la réception de la
politique royale en matière de commerce et d’usage des toiles appelées indiennes, entre
la fin du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe siècle.
Par conséquent, nous avons articulé notre étude autour de deux thématiques :
d’une part, en présentant l’état du commerce des toiles -indiennes -au temps de la
Compagnie française des Indes orientales et dans le même temps, la mise en place
d’une politique d’interdiction de ces étoffes en France, d’autre part, en évoquant les
limites ou les incohérences de la prohibition des toiles peintes et imprimées.
En partant de la source même de la production textile de l’Inde, nous avons
présenté les conditions économiques -commerciales et « industrielles » -de la
péninsule indienne, au temps de la Compagnie des Indes -chapitres I et II -. Il ne fait
aucun doute, qu’à partir de la fin du XVIIe siècle et durant la première moitié du XVIIIe
siècle, l’Inde fascine les Européens : ce fut aussi l’époque où les premiers
« indianistes » français rapportaient de nombreux témoignages faisant état des
connaissances sur la fabrication artisanale des indiennes. Ces missions d’« espionnage
industriel » en Inde, aux XVIIe et XVIIIe siècles, ont certainement joué un très grand
rôle dans la diffusion des techniques et du savoir-faire des artisans indiens en France.
Nous avons aussi rappelé les termes de la connaissance « encyclopédique » relative aux
indiennes, ces toiles aux couleurs résistantes au lavage et à la lumière, et dont la
définition fut assez complexe au XVIIIe siècle. Nous avons aussi mis l’accent sur la très
grande diversité des toiles fabriquées dans la péninsule indienne et qui furent destinées
aux marchés européens. C’est ce qui nous a permis de dresser une sorte de
« géographie » de la production artisanale indienne, en localisant précisément les lieux
de fabrication des principales toiles peintes ou imprimées : au Gujarat, sur les côtes de
Coromandel et d’Orissa ou au Bengale. Enfin, nous avons rappelé quelques traits des
procédés commerciaux pratiqués en Inde, en particulier dans le cadre du négoce des
toiles peintes -indiennes -. Le rôle des agents indiens du commerce -comme les
courtiers -fut très important pour les achats de toiles, au sein de la péninsule.
Les Européens devaient impérativement se conformer à l’organisation des échanges
économiques préexistants à leur arrivée aux Indes orientales : comme le « commerce
d’Inde en Inde » qui structura en partie les échanges -textiles -de cet espace de
l’« économie-monde » asiatique des XVIIe et XVIIIe siècles.
Mais le déferlement des indiennes en France, lors des ventes de la Compagnie
française des Indes orientales qui eut le monopole de ce commerce depuis les années
1660, entraîna non seulement le mécontentement des entrepreneurs des secteurs textiles
dits traditionnels -laine, soie, lin... -, ainsi que la fuite des ouvriers de ces secteurs vers
celui de l’impression sur étoffes de coton -l’indiennage -, et surtout provoqua des
sorties de numéraire contraires aux principes de l’économie mercantiliste. Nous entrons
donc, jusqu’à l’automne 1759, soit durant plus de soixante-treize années, dans une
période conflictuelle, entre la politique de l’État et l’attente du public français pour ces
étoffes peintes en provenance de la péninsule indienne. C’est dans ces conditions que
nous avons mis en évidence, l’état de cette législation prohibitive -chapitre III -, en
déterminant les causes, les conditions de sa mise en place et surtout l’évolution de son
application, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. La politique de répression menée par
l’État, entre 1686 et 1759, connut en effet plusieurs phases -inventaire, contrôles,
saisies des indiennes -à l’échelle du royaume, et plus particulièrement une phase
d’affermissement de la répression, entre les années 1710 et 1740, conduisant parfois les
fraudeurs à de lourdes amendes ou bien les contrebandiers à des peines capitales,
comme les galères ou la peine de mort. C’est durant cette période et en conséquence de
l’application des différents arrêts de prohibition, que les visites domiciliaires se
multiplièrent chez les particuliers dans la plupart des généralités du royaume ou que les
agents des Fermes arrachèrent aux femmes leurs vêtements imprimés en pleine rue. Ce
n’est qu’à partir des années 1740 que la répression connut un certain essoufflement ; les
condamnations ou les amendes furent souvent modérées. Mais, en définitive, cette
approche témoigne au fond de l’incapacité de l’administration royale à enrayer ce
« fléau » de l’usage et du commerce des indiennes en France.
Notre seconde thématique nous a donc permis de présenter les principales limites
de la politique d’interdiction sur les indiennes en France, entre 1686 et 1759. En effet,
on se rend parfaitement compte qu’en dépit de l’interdiction, l’introduction des toiles
prohibées s’est maintenue.
Dans un premier temps, l’introduction des indiennes s’est poursuivie parce que ce
commerce était encore contrôlé par la Compagnie française des Indes orientales chapitre
IV -, chargée de réexporter les toiles importées depuis la péninsule indienne.
En évoquant les activités de la Compagnie française des Indes, ainsi que le cadre
législatif des ventes de toiles, au temps de la prohibition, nous avons pu présenter un
tableau détaillé de l’ensemble des toiles importées et vendues en France, lors des
grandes ventes annuelles de la Compagnie, à Nantes puis Lorient. Or, bien que la
proportion des toiles peintes et imprimées se soit amoindrie au profit des toiles blanches
ou écrues, entre 1686 et 1759, il n’en demeure pas moins que ces dernières continuaient
d’être importées et beaucoup de ces toiles pourtant prohibées ne furent pas
nécessairement destinées au marché de réexportation de la Traite ou aux marchés
européens et coloniaux. En effet, l’ingéniosité des fraudeurs était infinie ; ils imitèrent
les plombs et les pièces de parchemin de la Compagnie des Indes, ils récupérèrent les
anciennes marques pour les apposer sur les étoffes entrées en fraude ; ils débitèrent
ouvertement les indiennes provenant des ventes de la Compagnie, tandis qu’ils
dissimulèrent dans un arrière-magasin des pièces de contrebande.
C’est ce qui nous a conduit, dans un second temps, à évoquer le développement
d’une vaste contrebande et d’une fraude dans tout le royaume -chapitre V -. D’une
part, nous avons constaté que la prohibition provoqua l’introduction des indiennes par
la voie de la contrebande : la plupart des généralités furent plus ou moins affectées par
cette « question des toiles peintes ». La contrebande des indiennes en France fut
certainement l’une des plus prégnantes dans la société française d’Ancien Régime, car
elle avait un caractère à la fois « social » et culturel. Nous avons ainsi mis l’accent sur
le cas du Dauphiné, car cette province fut très largement touchée par ce problème de la
contrebande. L’épisode, certes épique, du « mergandier » Louis Mandrin et de ses
successeurs nous a permis de le rappeler. D’autre part, l’usage des indiennes s’est
vraiment généralisé à toute la société française : de l’aristocratie jusqu’aux couches les
plus modestes ; on mettait une sorte de gloriole dans les milieux de la Cour à braver le
règlement et à se procurer des tissus interdits. Plus les interdictions devenaient sévères
et les amendes élevées, plus la tentation était forte de tourner les ordonnances. Le
peuple imita la Cour.
L’étude des procès-verbaux de saisies ou d’inventaires de déclarations de toiles
prohibées -comme celui de la ville de Nantes, dressé en 1715 -, nous ont permis
d’identifier l’état des contrevenants et les provinces touchées par ce problème de la
fraude sur les indiennes : comme la Bretagne, l’Alsace, la Franche-Comté, le Dauphiné,
la Provence ou le Languedoc.
Enfin, conjointement à cette introduction illicite des indiennes, nous avons
présenté, dans un troisième temps -chapitre VI -, dans quelles conditions, la circulation
des indiennes s’était aussi poursuivie durant la période de prohibition. En effet,
l’incohérence de la prohibition repose aussi sur l’état du système douanier français,
puisque certains territoires furent exemptés des interdictions économiques. Il s’agissait
de provinces ou de généralités considérées comme des territoires « étrangers »,
d’« enclaves territoriales » -comme Mulhouse ou le Comtat Venaissin -ou encore de
« ports francs ». C’est de cette réglementation douanière complexe que s’est
développée la circulation des indiennes en France, au temps de l’interdiction. Les
territoires en franchise devinrent les plus grands foyers de fraude et de contrebande des
indiennes entre 1686 et 1759. Or, l’exemple de la Provence et du « port franc » de
Marseille illustrent assez bien ce contexte, dans la mesure où la ville par sa franchise octroyée
en 1669 -est devenue un foyer important de consommation et de diffusion des
indiennes prohibées dans le royaume, depuis la fin du XVIIe siècle. La Provence est
ainsi devenue un véritable « entrepôt » pour les toiles prohibées : la ville d’Aix -en
relation avec la foire de Beaucaire -joua un rôle essentiel dans la diffusion
commerciale et la circulation clandestine des indiennes. Marseille demeura une
véritable « porte d’entrée » méridionale pour les toiles peintes « levantino-indiennnes »
en provenance du Levant -durant toute la période de prohibition. La circulation des
indiennes en France constitua donc aussi une entrave importante à la bonne application
de l’interdiction du commerce et de l’usage de ces toiles de l’Inde.
En somme, les décrets prohibitifs eurent un effet contraire à celui qu’avaient
recherché le gouvernement et les industries textiles traditionnelles : la mode des toiles
peintes ne connut jamais de remise en cause.
C’est donc à partir de cette contradiction entre la politique royale et la demande des
usagers ou des commerçants français en toiles peintes ou imprimées, que nous avons
mis en exergue les raisons de l’incohérence de cette prohibition. L’abondante et
redondante législation prohibitive -deux édits et plus de 80 arrêts -entre 1686 et 1759
dit en elle-même l’échec du pouvoir monarchique à se faire obéir de la majorité de ses
sujets.
Le poids de ces contradictions « socio-économiques » et surtout l’incapacité
manifeste de l’administration royale à contrôler le non-respect de l’interdiction édictée
depuis 1686, conduit sans aucun doute au tourant des années 1750. Le milieu du XVIIIe
siècle constitue à bien des égards une période charnière dans l’histoire économique de
la France. C’est en effet au cours de cette période que s’instaure un vaste débat
polémique, la « Querelle des toiles peintes » (1755-1759), sur la liberté du commerce,
de la fabrication et de l’usage des toiles dites indiennes. Nous avons voulu montrer en
définitive que cette « question des toiles peintes » est restée posée, discutée, toujours
vivante, pendant trois quarts de siècle ; elle fit l’objet d’un vaste « corpus législatif »,
elle partagea la France en deux camps, donna naissance à une abondante littérature,
provoqua une polémique passionnée à laquelle prirent part quelques-uns des
économistes les plus connus du XVIIIe siècle. Inefficace et bafoué, le système prohibitif
issu de l’action de Louvois présenta des signes d’incohérence tout au long de la période
d’interdiction. C’est peut-être ce qui décida d’abord l’administration à changer de
comportement sans changer la loi jusqu’au milieu du XVIIIe siècle ; puis à céder
finalement à la pression des partisans de la liberté et en somme au goût du public
français. Après des années de vaine application, le pouvoir reconsidéra sa politique en
levant l’interdiction en 1759. Paradoxalement, c’est durant la prohibition que
l’engouement pour les indiennes en France fut certainement le plus soutenu, le
commerce et l’usage les plus importants. Les Français se donnèrent beaucoup plus de
« libertés » au cours de cette période, qu’après la levée de l’interdiction en 1759. Peutêtre
était-ce l’interdit qui suscitait le plus vif intérêt pour ces étoffes ?
Quoi qu’il en soit, c’est sur ces contradictions et sur l’échec significatif de la
législation prohibitive que nous pouvons dire que l’histoire du commerce des toiles
peintes ou imprimées -indiennes -, au temps de l’interdiction, demeure bien l’une des
pages les plus surprenantes de l’histoire économique et sociale de la France, aux XVIIe
et XVIIIe siècles.
Le concept de solidarité dans l’enseignement social de l’Eglise. XIXème - XXème siècle
Mardi 28 juin 2005
14 heures
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Domingos Lourenco VIEIRA soutient sa thèse de doctorat :
Le concept de solidarité dans l’enseignement social de l’Eglise. XIXème - XXème siècle
En présence du Jury :
M. BOUDON (Paris 4)
M. BORDEYNE (ICP Paris)
M. MAYEUR (Paris 4)
M. MEDEVIELLE (ICP Paris)
M. PELLETIER (Lyon 1)
Le corps amérindien dans les relations de voyage de la Nouvelle-France au XVIIIème siècle
Lundi 19 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Stéphanie CHAFFRAY soutient sa thèse de doctorat en cotutelle avec l’université de Laval :
Le corps amérindien dans les relations de voyage de la Nouvelle-France au XVIIIème siècle
En présence du Jury :
M. MOUREAU (Paris 4)
M. OUELLET (Laval)
M. POUSSOU (Paris 4)
M. REICHLER (Lausanne)
M. TURGEON (Laval)
Résumés (pdf)
Position de thèse (pdf)
Le corps de Dieu, le désir des fous et l’histoire du salut. Recherches sur la situation métaphisique et théologique de la philosophie première et de la science de l’Etat de Thomas Hobbes
Samedi 3 décembre 2005
14 heures
Centre Malesherbes
Amphithéâtre 122
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Dominique WEBER soutient sa thèse de doctorat :
"Le corps de Dieu, le désir des fous et l’histoire du salut. Recherches sur la situation métaphisique et théologique de la philosophie première et de la science de l’Etat de Thomas Hobbes
En présence du Jury :
M. MOREAU (Paris 4)
M. FICHANT (Paris 4)
M. KAMBOUCHNER (Paris 1)
M. LAGRÉE (Rennes 1)
M. TERREL (Bordeaux 3)
Résumés
Dieu est un corps ; Moïse, Jésus, puis les Apôtres et les docteurs désignés par ces derniers sont les personnes de la Trinité : au nombre des doctrines théologiques polémiques de Thomas Hobbes, celle qui affirme la corporéité de Dieu, d’une part, et celle qui interprète la Trinité en termes de projections historiques successives de Dieu, d’autre part, le sont particulièrement. De nombreux théologiens contemporains de Hobbes les ont du reste perçues comme d’insupportables « scandales » ; ils y ont vu aussi deux thèses centrales de la philosophie de Hobbes, alors que de nombreux interprètes ultérieurs ont été tentés de les renvoyer à ses marges. Notre propos consiste à montrer que ces deux thèses jouent bien un rôle majeur dans la pensée de Hobbes : elles sont liées à sa décision théorique de fond en faveur de l’univocité de l’étant. Ce qui lui permet, dans le cadre d’une doctrine trinitaire déspiritualisée, de penser à nouveaux frais une répartition des époques du salut chrétien et la question de l’eschaton. Hobbes ne nie pas l’amor Dei au profit de l’amor sui : il l’inscrit dans une histoire où c’est le futur du salut absolu, enraciné dans le passé de ce qui a déjà été accompli, qui doit orienter le présent du désir humain. Dans ce cadre, Hobbes accorde une place essentielle dans son anthropologie aux délitements temporels du désir : d’où le caractère crucial de la doctrine hobbesienne de la folie. Afin d’articuler la signification exacte de la décision en faveur de l’univocité de l’étant, nous avons tenté de mesurer comment la philosophie de Hobbes se rattache à l’histoire de la « métaphysique », entendue en un sens historique et conceptuel étroit.
The Body of God, the Desire of Madmen and the History of Salvation. An Essay on the Metaphysical and Theological Situation of Thomas Hobbes’ First Philosophy and Science of the State.
God is a body ; Moses, Jesus, and the Apostles together with the Doctors so designated by them are the persons of the Trinity : among Thomas Hobbes’ polemical theological doctrines, the one that claims God’s corporeity and the one that interprets the Trinity as successive historical projections of God are especially controversial. Many theologians contemporary of Hobbes considered them as intolerable « scandals » ; they also perceived them as two key pillars of Hobbes’ philosophy, while many subsequent interprets have disregarded them. In this essay, we intend to show that these two theses do play a critical role in Hobbes’ thought : they are linked to his founding theoretical decision on the univocity of being. This allows Hobbes, in the context of a de-spiritualised doctrine of the Trinity, to cast a fresh eye on the distribution of ages of Christian Salvation as well as on the issue of the eschaton. Hobbes does not repudiate the amor Dei to the benefits of the amor sui : rather he places it in a history where it is the future of absolute salvation, grounded in the past of what has already been accomplished, that orientates the present of human desire. In this framework, Hobbes attaches a special attention in his anthropology to the collapses of desire over time : hence the crucial role of his understanding of madness. With a view to delineate the exact meaning of the decision on the univocity of being, we have aimed at assessing how Hobbes’ philosophy relates to the history of metaphysics, retaining a narrow understanding of the latter both historically and conceptually.
Position de thèse
Dans Herrlichkeit : eine theologische Ästhetik, Hans Urs von Balthasar consacre quelques pages à la philosophie de Thomas Hobbes. Commentant la doctrine hobbesienne de la religion, l’auteur écrit :
Pour la religion, la Révélation et la théologie - en dehors de tout rapport avec la philosophie stricte qui ne sait rien de Dieu - la place est libre dans un espace vide.
Si la philosophie, telle que Hobbes la pense, « ne sait rien de Dieu », c’est qu’elle n’aurait fondamentalement que « deux thèmes », « le corps et l’Etat », et qu’« une seule méthode », « maîtriser une matière sous une forme imposée ». S’agissant du corps, la matière à maîtriser est un « substrat matériel » conçu « par hypothèse comme purement mécanique et atomistique », les « impressions sensibles » qui s’en dégagent étant mises en forme par un savoir, purement nominal, qui « doit être puissance et par conséquent doit calculer ». S’agissant de l’Etat, la matière à maîtriser est le « chaos de la personne », chaos issu de « la cupiditas égoïste de l’individu vers la puissance et l’instinct naturel d’éviter la mort violente » ; c’est la puissance absolue de l’Etat qui seule peut dompter un tel chaos ; l’exige « la nécessité pour tous d’échapper à la guerre de tous contre tous » .
Au regard de cette saisie synthétique de la philosophie de Hobbes, notre question est la suivante : s’il est vrai que la philosophie de Hobbes ne semble bien avoir que « deux thèmes », le corps et l’Etat, est-il pourtant certain qu’alors elle ne saurait rien et même ne pourrait ni ne devrait rien savoir de Dieu ? Pour « la religion, la Révélation et la théologie », la « place » est-elle, dans la pensée de Hobbes, vraiment « libre », parce que le philosophe anglais aurait « vidé » complètement et définitivement l’« espace » dans lequel elles pouvaient se situer ? Or, il se pourrait bien que cet « espace » soit en réalité rempli par deux énoncés très précis de Hobbes : l’un, philosophique, dont la portée théologique est essentielle ; l’autre, théologique, dont la portée philosophique n’est pas moins essentielle. Le premier de ces énoncés est celui qui affirme la corporéité de Dieu , le second porte sur la doctrine de la Trinité et son interprétation en termes de projections historiques successives de Dieu : pour Hobbes, les trois personnes de la Trinité ne sont pas le Père, le Fils et le Saint-Esprit, mais trois incarnations de Dieu « en trois époques et occasions différentes » , d’abord Moïse, puis le Christ, enfin les Apôtres et les docteurs désignés par ces derniers, et même « tous ceux qui, dans le monde, ont la foi », c’est-à-dire l’ensemble des croyants sur lesquels agit l’Esprit Saint ; à suivre Hobbes, les « personnes » de la Trinité sont donc les représentants purement humains de Dieu dans l’histoire.
On le sait : ces deux énoncés sont, de tous ceux que le philosophe anglais a élaborés, parmi les plus polémiques. Le tollé - il faudra le rappeler le moment venu - fut immense pour les contemporains de Hobbes. Si les critiques d’un John Bramhall ou d’un Thomas Tenison, par exemple, ont assurément porté sur l’architecture complète du système philosophique de Thomas Hobbes et, en ce sens, ont dépassé de loin la seule critique de ces deux énoncés, aussi bien l’Evêque de Derry que l’Archevêque de Cantorbéry ont cependant accordé tous deux une très grande attention à la logique des énoncés en question et à leurs conséquences estimées véritablement désastreuses pour le Christianisme. Or, malgré une prise en compte de plus en plus grande, la lecture de ces deux énoncés par de nombreux interprètes de la pensée de Hobbes, encore aujourd’hui, paraît souvent fort embarrassée, la position la plus commune consistant à affirmer qu’il s’agit là de deux « provocations » s’expliquant principalement - voire exclusivement - par les circonstances historiques, et non de deux thèses centrales du système hobbesien.
Or, l’étude attentive de la réception critique des thèses de Hobbes par ses contemporains possède des mérites théoriques immenses, car elle nous invite, en nous permettant d’éviter le danger de nous égarer à souligner de fausses originalités ou de fausses innovations, à nous interroger sur une question très précise : comment se fait-il que des thèses de Hobbes perçues comme centrales dans son système par ses contemporains ne le soient plus pour les interprètes ultérieurs de la philosophie de Hobbes ? Les contemporains de Hobbes, du fait qu’ils ont été ses contemporains, n’ont certes pas fait nécessairement une meilleure lecture de la pensée du philosophe anglais que les interprètes ultérieurs. Et, aussi bien relativement à la thèse de la corporéité de Dieu que relativement à la doctrine de la Trinité, les critiques des théologiens contemporains de Hobbes font surtout apparaître la position de la culture théologique dominante ; en ce sens, parce qu’elles ne proposent pas nécessairement de pensée nouvelle ou originale, elles présentent d’ailleurs cet intérêt précieux, voire inestimable, de nous renseigner sur une « majorité » : elles fixent ce que Hobbes récuse ou rend possible. Mais les critiques des théologiens contemporains soulignent également, lorsqu’elles font l’effort d’articuler leur réprobation à une analyse détaillée des arguments - ce qui est le cas chez John Bramhall ou chez Thomas Tenison -, quel est le centre de gravité réel de la pensée de Hobbes, dont on est alors en droit de se demander s’il est légitime, sinon de le nier, du moins de le minimiser ou de le renvoyer aux marges du système.
On pourrait être tenté de comprendre et de valider ce renvoi aux marges du système à la façon de Leo Strauss : si l’on a raison d’estimer que la doctrine de la corporéité divine et la doctrine trinitaire ne jouent aucun rôle théorique majeur dans la pensée de Hobbes, c’est parce qu’il convient de ne pas céder à la logica equina, cette complexion mentale typique selon Strauss des critiques du XXe siècle, qui leur fait croire que les philosophes disent toujours la vérité et qu’il faut donc les prendre toujours au pied de la lettre . Et, on le sait, dans son essai sur « La persécution et l’art d’écrire », Strauss fournit une liste assez longue de philosophes dont les ouvrages auraient été sujets à cette forme de censure, ou d’autocensure, qu’il considère comme propre aux époques de persécution : cette liste va d’Anaxagore jusqu’à Kant, en passant par Platon, Maïmonide, Grotius ou encore Descartes ; parmi ces noms, figure - bien sûr - celui de Hobbes .
Il n’entre pas dans nos intentions de discuter pour elles-mêmes la logique et les difficultés des préceptes de Leo Strauss pour la lecture des ouvrages philosophiques. Il importe toutefois de ne pas les caricaturer non plus. On se rappelle que Strauss distingue deux formes et niveaux de compréhension d’un texte : l’interprétation proprement dite, c’est-à-dire la tentative de savoir ce que l’auteur « a dit et comment il a effectivement compris ce qu’il a dit, qu’il ait ou non exprimé explicitement cette compréhension », et l’explication, c’est-à-dire l’appréciation que nous faisons de la teneur en vérité du discours en question et la « tentative de connaître certaines implications de ses propos dont il n’avait pas conscience » . On voit tout de suite que l’interprétation proprement dite ne désigne nulle extrapolation et renvoie à la lecture intrinsèque du texte par laquelle il s’agit de comprendre la pensée d’un auteur telle qu’elle s’est comprise elle-même, alors que l’explication renvoie davantage à l’évaluation extrinsèque des idées du texte en le rapportant à ses motifs externes, psychologiques ou sociaux, de nature inconsciente. Le niveau de l’interprétation représente ainsi le moment de l’établissement du sens du texte et constitue la condition préalable à toute appréhension de la vérité d’un texte. Or, le temps de l’interprétation ainsi entendu doit lui-même être décomposé en plusieurs moments d’une façon plus précise : il se compose en premier lieu de la compréhension d’un énoncé quant à la signification explicite que lui accordait l’auteur, et, en second lieu seulement, de celle de sa signification implicite. Il appartient ainsi au registre de l’interprétation de déchiffrer, de manière intrinsèque, l’explicite et l’implicite, et le premier avant le second, pour atteindre l’intention de l’auteur, c’est-à-dire pour juger si un propos déterminé est ironique ou mensonger. C’est pourquoi la lecture entre les lignes constitue une sorte d’extrema ratio, que l’on se voit obligé de prendre en considération après avoir épuisé « toutes les possibilités raisonnables de comprendre un passage tel qu’il est » .
Mais à ce compte rien ne permet d’affirmer de façon véritablement probante que les énoncés de Hobbes concernant la corporéité de Dieu et la Trinité seraient à lire comme des énoncés ironiques ou mensongers. S’il s’agit pour Hobbes de faire de l’ironie ou de mentir, pourquoi prendre le risque d’exposer explicitement et publiquement, qui plus est dans le cadre de la publication à Amsterdam en 1668 chez Johan Blaeu de ses Opera philosophica, quae latinè scripsit omnia, les deux énoncés en question ? Et ce au moment où il vient de subir, à la suite de l’épidémie de peste de 1665 et du « Grand Incendie » (Great Fire) qui a détruit entre le 12 et le 16 septembre 1666 près des deux tiers de la Cité de Londres, une très violente attaque parlementaire visant à dénoncer et à réprimer ses positions théoriques et théologiques supposées hérétiques et athées. Que Hobbes offre en outre une version latine de sa doctrine de la corporéité de Dieu et de sa doctrine de la Trinité est un point majeur, car, avec les Opera philosophica, le Leviathan est enfin disponible dans la langue commune à tous les savants. Il faut même rappeler à cet égard que, dans l’« Europe intellectuelle unitaire » de l’époque , la meilleure traduction d’un ouvrage philosophique n’est pas celle qui se fait directement d’une langue vernaculaire dans une autre, mais bien celle qui se fait par la médiation du latin : en composant son œuvre dans la langue commune à tous les savants, un philosophe (de quelque nationalité qu’il soit) l’assure en effet d’une sorte d’universalisation de second rang, au niveau même des langues vernaculaires, puisqu’elle peut être traduite, à partir du latin, dans plusieurs langues étrangères les unes aux autres ; en ce sens, la traduction latine, si elle permet parfois de confiner un livre de philosophie à l’intérieur d’une sorte d’académie savante internationale , permet aussi d’en élargir l’audience à une vaste communauté de lecteurs grâce aux traductions en langues vernaculaires que la traduction latine autorise. En 1668, s’exprimant en latin, étant parvenu à la maturité de sa pensée philosophique (le Leviathan est paru, l’ensemble des Elementa Philosophiae est aussi désormais publié), Hobbes prend la décision de produire une défense complète contre les accusations d’irreligion ou d’hérésie dont il est l’objet : non pas une défense ad hominem (bien que le dernier chapitre de l’Appendix ad Leviathan réponde aussi aux attaques visant plusieurs thèses du Leviathan anglais de façon à conclure que la théologie de Hobbes est supérieure à celle de ses adversaires), mais une défense argumentée, réduisant la foi chrétienne au respect de la formule canonique du concile de Nicée et démontrant l’inanité des accusations d’hérésie abusivement fondées sur la seule anticipation des conséquences d’une thèse, quand bien même celle-ci ne contredit pas la formule nicéenne. Il n’y a là rien d’ironique ou de mensonger : Hobbes n’avance pas masqué.
Mais, ici, un lecteur attentif des thèses de Leo Strauss ne manquera pas d’objecter que les quelques éléments qui viennent d’être avancés ne font en réalité que confirmer massivement les critères de lecture et d’interprétation énoncés dans l’essai sur « La persécution et l’art d’écrire » :
S’il est vrai qu’il existe une corrélation nécessaire entre la persécution et le fait d’écrire entre les lignes, on dispose alors d’un critère dont la nécessité est négative : le livre considéré doit avoir été composé à une époque de persécution, c’est-à-dire en un temps où la loi ou la coutume imposait une orthodoxie politique. Voilà maintenant un critère positif : si un écrivain habile, possédant une conscience claire et une connaissance parfaite de l’opinion orthodoxe et de toutes ses ramifications, contredit subrepticement, et pour ainsi dire en passant, l’une des présuppositions ou des conséquences nécessaires de l’orthodoxie, qu’il admet explicitement et maintient partout ailleurs, nous pouvons raisonnablement soupçonner qu’il s’opposait au système orthodoxe en tant que tel, et nous devons étudier de nouveau tout son livre avec beaucoup plus de soin et beaucoup moins de naïveté que nous ne l’avons jamais fait auparavant .
Que Hobbes ait composé une partie de son œuvre en régime de persécution, on ne peut certes le nier, comme on vient de le rappeler : si le philosophie anglais a pu jouir durant sa vie de puissants soutiens, il a aussi essuyé de nombreuses et graves attaques. En ce sens, le critère « négatif » de Strauss paraît validé dans une certaine mesure, au moins pour certains textes. Quant au critère « positif », il demande, soutient Strauss, que l’on prenne au pied de la lettre la prise de position d’un auteur, quand celui-ci embrasse une fois une opinion hétérodoxe : il s’agit, en d’autres termes, de privilégier le hapax spéculatif et de considérer la répétition impersonnelle des lieux communs de l’orthodoxie comme suspecte d’hypocrisie ; de cette manière, le hapax est élevé de son statut d’occurrence marginale, sinon fortuite et négligeable, jusqu’à devenir l’indice révélateur d’une pensée originale et anticonformiste. Peut-on et doit-on lire, dans la pensée de Hobbes, sa doctrine du corps de Dieu et sa doctrine de la Trinité à la lumière d’un tel critère ? D’abord, on peut émettre quelque doute quant au caractère textuellement marginal des deux doctrines de Hobbes. S’agissant de la thèse affirmant la corporéité divine, on a de bonnes raisons de penser que c’est dès la lettre (aujourd’hui perdue) de novembre 1640, écrite de Londres pour Mersenne, que Hobbes l’a défendue ; de plus, pouvant certainement se déduire des nombreux textes dans lesquels est réfutée la notion de « substance incorporelle », la position de Hobbes, rendue publique de façon explicite dans le Leviathan latin, peut prétendre viser une audience très large. Quant à la doctrine trinitaire, elle est énoncée à plusieurs reprises par Hobbes, dans des textes qui n’ont rien de périphérique, certes avec des corrections et des amendements, mais sans modification de l’orientation générale. Ensuite, on est en droit de se demander si la distinction entre anticonformisme et conformisme est réellement ici la plus adéquate pour saisir l’« art d’écrire » de Hobbes. L’ambition du philosophe anglais est en réalité tout autre et bien plus grande : il s’agit pour lui de montrer, ouvertement, publiquement et explicitement, que sa théologie est plus conforme aux Ecritures saintes et à la foi de Nicée que la théologie de ses adversaires. Il y a assurément provocation, mais celle-ci n’est pas seulement écrite « entre les lignes » et n’est donc pas non plus à lire « entre les lignes ».
Dès lors, notre travail entend cerner si les trois hypothèses suivantes peuvent être transformées en thèses, et à quelle(s) condition(s).
Hypothèse n° 1 : la doctrine de la corporéité divine et la doctrine de la Trinité appartiennent au cœur du système hobbesien ; elles n’ont rien d’anecdotique et ne se laissent pas ramener seulement à une sorte de goût pour l’anticonformisme ; elles ne relèvent pas non plus d’un enseignement ésotérique ; et si la pression des circonstances peut expliquer certains de leurs traits, elle ne permet toutefois pas de justifier les raisons pour lesquelles Hobbes a pris le risque de soutenir ouvertement deux thèses aussi manifestement « scandaleuses » eu égard aux principes les plus usuellement reconnus de la foi chrétienne .
Hypothèse n° 2 : entre la doctrine de la corporéité divine et la doctrine trinitaire de Hobbes, il y a un lien qui n’est ni accessoire ni fortuit, mais profond, même s’il n’est pas non plus issu d’une déduction par voie démonstrative . Les deux doctrines sont liées à la décision philosophique directrice de la pensée de Hobbes, celle en faveur de ce que l’on peut appeler l’univocité complète et intégrale de l’étant (ens), désormais identifié au corps (corpus). Dieu lui-même ne saurait échapper à une telle univocité : il ne se peut pas, soutient Hobbes, que Dieu puisse être conçu - s’il est et, pour Hobbes, il est - autrement que comme un corps. Quant à l’Esprit Saint, la reconfiguration de sa signification et de son rôle à l’intérieur de la Trinité, dans le cadre d’une religion franche de tout spiritualisme, implique que « par Saint-Esprit on ne doit pas entendre la troisième personne de la Trinité, mais les dons nécessaires à la fonction pastorale » . Pour éviter les méprises, il faut immédiatement souligner que les deux doctrines n’appartiennent certes pas au même registre. La doctrine de la corporéité divine est une doctrine philosophique, que viennent confirmer seulement dans un deuxième temps une interprétation biblique (Col 2, 9), une argumentation patristique (Tertullien, saint Athanase d’Alexandrie) et des références conciliaires (conciles de Nicée I, de Constantinople I, d’Ephèse et de Chalcédoine) : appliquant à Dieu le régime désormais unique et commun de l’univocité de l’étant, la doctrine de la corporéité divine en assure l’achèvement complet. La doctrine trinitaire appartient quant à elle à l’interprétation hobbesienne du Christianisme et donc au domaine de l’interprétation biblique, dans laquelle seule la Parole de Dieu commande. Elle a cependant des conséquences philosophiques considérables. D’abord, s’il est sans doute illégitime de dire que la critique du Saint-Esprit découle directement de la décision en faveur de l’univocité, elle en constitue cependant un correspondant adéquat au sein de la réfutation générale du spiritualisme : au Dieu corporel répond, quand il s’agit du Dieu qui anime la foi chrétienne, une Trinité déspiritualisée, constituée de projections divines historiques. Surtout, la doctrine trinitaire hobbesienne, en faisant de Jésus l’une des projections historiques de Dieu, ouvre sur une temporalisation de l’« histoire sacrée » à partir d’un découpage précis en époques : le passé, constitué d’abord par l’Alliance de Dieu avec Israël, qui fut rompue avec l’élection de Saül, puis par le temps du ministère de Jésus jusqu’à son Ascension ; le présent, celui du monde des hommes vivant ici-bas en l’absence de Jésus, selon un temps qui va de l’Ascension du Christ jusqu’au moment de sa Seconde venue ; le futur, celui du monde tel qu’il existera après le jour du Jugement, c’est-à-dire, selon Hobbes, après la Seconde venue de Jésus. Cette temporalisation de l’« histoire sacrée » doit permettre de penser à nouveaux frais, comme déjà John Greville Agard Pocock l’avait aperçu, la notion de salut et donc le fonctionnement et la temporalité propres des Etats en général et des Etats chrétiens en particulier. Ce n’est certainement pas un hasard si Hobbes, après avoir achevé par une analyse de la Trinité le chapitre XLI du Leviathan anglais portant sur la question de l’office du Christ , débute par une nouvelle analyse de la Trinité le chapitre XLII portant sur la question du « pouvoir ecclésiastique » . Est en jeu la justification théologique de ce que l’Eglise fondée par le Christ n’est pas, de ce fait même, et quelles que fussent les qualités éminentes de Jésus, d’institution proprement divine, ne pouvant dès lors se prévaloir de son origine pour revendiquer l’autonomie, voire la supériorité sur le pouvoir politique suprême ; est donc en jeu le fondement de la thèse visant à établir la subordination complète du pouvoir ecclésiastique au pouvoir politique, seule garantie de la paix des consciences et de la paix civile.
Hypothèse n° 3 : dans le chapitre XLI du Leviathan anglais, Hobbes se livre - on ne le souligne sans doute pas assez - à une véritable réécriture de la doctrine protestante des trois offices du Christ, réécriture qui en modifie profondément l’économie et qui paraît comme orientée par le souci de montrer que le Christ ne pourra être roi qu’à partir de la Résurrection générale, son Royaume n’étant pas de ce monde. Pour Hobbes, il s’agit de souligner qu’il n’appartient qu’à Dieu seul de décider du moment de la restauration définitive de son Royaume : les croyants doivent certainement s’y préparer et vivre dans l’espérance de cet événement ; ils n’ont pas à l’anticiper. Ce faisant, Hobbes doit affronter deux difficultés ou peut-être même, plutôt, deux dangers. (a) Le premier provient de toutes les interprétations « enthousiastes » - notamment puritaines - qui furent données au cours du XVIIe siècle, en particulier durant la période troublée de la guerre civile anglaise des années 1640-1660, des « choses dernières » et du Royaume définitif de Dieu. Il s’agit pour Hobbes de pourchasser toute tentative d’anticiper et de fonder la vie éternelle ici-bas avant le moment imprévisible et incalculable de la Seconde venue du Christ. Et, de ce point de vue, le diagnostic formulé par Eric Voegelin paraît fondé et légitime :
Au XVIIe siècle, l’existence de la société nationale anglaise semblait menacée de destruction par les révolutionnaires gnostiques [...]. Hobbes essaya de contrer le danger [to meet the danger] en inventant une théologie civile qui faisait de l’ordre de la société existante la vérité qu’elle représentait, et à côté de laquelle aucune autre vérité n’avait place .
Contre le « monde à l’envers » des puritains, qui se développe à partir d’une interprétation erronée des époques du salut, il s’agit pour Hobbes de faire apparaître le véritable découpage temporel de l’« histoire sacrée » et la véritable signification du futur indéterminé de la Seconde venue du Christ. La lutte contre le « monde à l’envers » puritain est-elle cependant seulement dictée par le contexte et les circonstances ? En grande partie, c’est certainement le cas. Une autre hypothèse sera toutefois à examiner. Il se peut en effet que Hobbes ne soit pas, comme on le présente parfois, le penseur du remplacement pur et simple de la perspective sotériologique, en un sens proprement religieux, par une perspective de salut qui serait désormais strictement et uniquement humaine. Hobbes sait que la critique du présent par l’avenir, et du sens déjà donné par le sens encore celé, affecte de façon essentielle toute volonté de savoir que préoccupent les réalités définitives :
Car les points de doctrine touchant le Royaume de Dieu ont sur le royaume de l’homme une telle influence [so great influence] qu’ils ne peuvent être tranchés que par ceux qui détiennent, premiers après Dieu, le pouvoir souverain .
Il ne s’agit donc pas pour Hobbes de nier l’amor Dei qui peut animer les hommes ; il ne s’agit pas plus de nier l’importance fondamentale pour eux des « choses dernières ». Il s’agit en revanche de penser de façon entièrement renouvelée la signification de l’Etat humain dans ce temps intermédiaire qui sépare l’Ascension du Christ de sa Seconde venue, en n’en faisant pas, ou plus, un instrument de conversion des cœurs. En d’autres termes, au Dieu corporel correspond un « dieu mortel » qui, lorsqu’il est chrétien, ne se situe pas en dehors de toute temporalité eschatologique, mais en propose une reconfiguration à partir du sens du délai eschatologique. (b) En accentuant, dans son découpage des époques du salut, le futur indéterminé de la Seconde venue du Christ, Hobbes doit faire face à un second danger, dont on peut être tenté de penser qu’il menace l’architecture interne de son système. La doctrine de Hobbes paraît en effet creuser à l’extrême l’écart entre notre condition présente et celle qui nous est promise, puisqu’elle renvoie l’accomplissement définitif du salut au jour du Jugement, lors de la Seconde venue du Christ, lorsqu’il paraîtra dans sa gloire. Or, au regard des principes de l’anthropologie et donc aussi de la science politique hobbesiennes, un tel renvoi peut paraître fort paradoxal : n’est-ce pas là une façon d’exacerber l’anxiété des hommes, c’est-à-dire leur souci perpétuel de l’avenir, et donc une façon d’alimenter les folies et les défaillances temporelles du désir humain ? Mais précisément parce que Hobbes met au cœur de l’homme la puissance du désir, plus encore que de l’amour-propre- qu’il soit de « commodité » ou de « vanité » -, il lui faut affronter sa pathologie propre, c’est-à-dire le délitement du sens du temps et du délai temporel. D’où l’importance cruciale de la théorie hobbesienne de la folie : c’est peut-être l’étrange lumière que le déséquilibre jette sur la nature de l’homme qui seule peut permettre de penser les conditions de possibilité et d’effectivité de son équilibre. Il est commun d’affirmer le caractère central de l’anthropologie de Hobbes : en refusant de situer le fondement de la philosophie politique dans une cosmologie ou dans une théologie, en cherchant ce fondement dans la seule anthropologie, Hobbes a certainement accompli une « révolution » intellectuelle considérable dont il importe sans doute de toujours mesurer les enjeux. Mais il se peut que la centralité de l’anthropologie hobbesienne tienne à la façon dont Hobbes, dans une meditatio vitae futurae, pose à nouveaux frais le questionnement relatif aux défaillances temporelles du désir humain.
Le couple dans l’oeuvre de M. Duras : étude sémiostylistique et logométrique
Vendredi 19 novembre
14 h 30
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Georgia ATHANASSIOU soutient sa thèse de doctorat :
Le couple dans l’oeuvre de M. Duras : étude sémiostylistique et logométrique
en présence du Jury :
M. CAHNÉ (PARIS IV)
Mme DEREU (NANCY II)
M. MOLINIÉ (PARIS IV)
M. PAPADIMITRIOU (UNIVERSITE)
Le crime d’empoisonnement et son imaginaire dans la France du XVIIIe siècle
Jeudi 18 décembre 2003
14 h
En Sorbonne, Bibliothèque du Centre Roland Mousnier
1, rue Victor Cousin
M. Frédéric JACQUIN soutient sa thèse de doctorat :
Le crime d’empoisonnement et son imaginaire dans la France du XVIIIe siècle
en présence du Jury :
Mme BEAUVALLET (AMIENS)
M. BELY (PARIS IV)
M. CROUZET (PARIS IV)
M. DARMON (CNRS)
M. RUGGIU (BORDEAUX III)
Le culte de Jupiter en Mésie Supérieur
Mercredi 13 décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116, 1er étage
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Alesksandra BOSKOVIC ROBERT soutient sa thèse de Doctorat :
Le culte de Jupiter en Mésie Supérieur
En présence du Jury :
M. BARATTE (PARIS 4)
M. BRIQUEL (PARIS 4)
M. SCHEID (Coll. de FR)
M. TASSAUX (BORDEAUX 3)
Résumés :
Après avoir rassemblé pour la première fois et analysé tous les monuments consacrés au dieu suprême romain
en Mésie Supérieure, nous nous sommes penchés sur plusieurs questions concernant les différents aspects de
son culte. Alors que la majorité des documents porte sur le grand dieu de l’Etat romain et montre que la
diffusion de son culte suit les voies de la romanisation de la province, certains monuments mettent en évidence
d’autres aspects du dieu résultant de l’assimilation avec des divinités provenant de différents milieux culturels
de la province. L’absence d’une identité culturelle dominante à l’époque pré-romaine et la grande hétérogénéité
de la population semblent avoir facilité l’intégration de différentes communautés. Si Jupiter s’impose comme la
divinité la plus vénérée en Mésie Supérieure, c’est surtout grâce à son rôle de dénominateur commun autour
duquel la cohésion sociale de la province s’est bâtie.
After having gathered and analysed for the first time all the monuments dedicated to the Roman supreme god in
Upper Moesia, we took in consideration several questions regarding different aspects of his worship. Whereas
a majority of documents relates to the great god of the Roman State and points out that the diffusion of his cult
follows the path of the romanisation of the province, some monuments show other aspects of the god resulting
from the assimilation with divinities of different cultural backgrounds of the province. The absence of dominant
cultural identity in the pre-Roman times and the great heterogeneity of the population seem to have facilited
integration of various communities. If Jupiter asserts himself as the most venerated god in Upper Moesia, it’s
mostly owing to his role of common denominator around whom the social cohesion of the province was built.
Position de thèse :
Comme c’est le cas ailleurs dans le monde romain, la vie religieuse de la Mésie
Supérieure ne peut pas être séparée du cadre politique et social au sein duquel elle évolue. Le
caractère officiel du culte du dieu suprême romain sous-entend que la présence et la diffusion
du culte soient étroitement liées au processus de romanisation de la province. L’étude des
monuments a clairement indiqué les zones de son évolution : dans les villes naissantes et leurs
alentours, et dans les régions économiquement les plus importantes, les régions minières dans
ce cas précis. Les villes sont apparues principalement à côté des premières fortifications
militaires, érigées au long du limes Danubien et des voies de communications (fluviales et
terrestres) les plus importantes, qui reliaient ces régions du centre des Balkans avec les
provinces orientales et occidentales. Lieux de transit des armées et du commerce, ces villes
sont devenues également le lieu de transit des différentes cultures qui y entraient en contact.
Contrairement à ce l’on pouvait croire il y a encore quelques décennies, on sait aujourd’hui
que les villes de la Mésie Supérieure ont connu presque un siècle et demi de prospérité,
d’accroissement de la population et de développement de la vie municipale, dès les premières
décennies du IIème siècle.
On doit constater que Jupiter en Mésie Supérieure paraît avant tout sous les traits du
grand dieu de l’Etat romain, Jupiter Optimus Maximus, comme le prouvent de nombreux
documents épigraphiques et représentations figurées. Il s’avère également être la divinité la
plus vénérée de la province, les actes de dévotion de ses fidèles dépassant de loin en nombre
ceux des autres dieux. La croissance de son culte est remarquable dès les premières décennies
de la création de la province, pour atteindre son apogée dans une période entre la deuxième
moitié du IIème et la première moitié du IIIème siècle, puis, s’éteindre totalement au début du
IVème siècle. Grâce aux quelques rares documents prouvant l’existence du culte dès la fin du
Ier siècle dans notre province, l’on peut observer les voies de l’intégration des proviniciaux
dans la nouvelle société. Alors que les noyaux des futures cités furent d’abord habités par des
vétérans et des immigrés arrivés des provinces romanisées plus tôt, la population pérégrine de
la province n’est pas restée insensible aux changements qu’ elle a fini par adopter.
L’archéologie nous a fourni des preuves de l’existence non seulement de villages autochtones à
proximité des agglomérations romaines, mais aussi de la présence de communautés de
pérégrins immigrés, dont l’installation est à mettre en relation avec le développement
économique de la province et l’émergence des différentes opportunités qu’il apporte. Le cas
des immigrés de l’Asie Mineure se révèle particulièrement intéréssant dans ce sens.
La communauté des immigrés grecs de l’Asie Mineure est à l’origine de plusieurs
épithètes attribuées tantôt à Jupiter Optimus Maximus (comme Melanus et Cidiessus), tantôt
à Zeus (notamment -Okkonènos, Ezzaios et Synenos). En fait, ces épithètes ne sont rien
d’autre que les dénominations toponymiques des lieux d’origine des immigrés cherchant à
conserver leur identité ethnique et culturelle. Leur présence en Mésie Supérieure est le résultat
de ce qui paraît être une vague d’immigration spontanée dans les régions minières au cours du
IIème siècle, plutôt que la conséquence d’une quelconque intervention impériale. Quoiqu’il en
soit, il est clair que plusieurs communautés d’ immigrés hellénophones se sont installées au
Nord et au Sud de la province. La première génération adresse toujours des voeux à leur
divinité locale, c’est à dire au Zeus de leur pays natal, dans leur langue maternelle, à la
différence des suivantes qui adoptent le latin, reçoivent la citoyenneté romaine et finissent par
identifiant leur Zeus local avec le grand dieu de l’Etat romain. Cependant, il semblerait que
cette divinité n’ait jamais reçu de reconnaissance officielle de la part des autorités, car en
aucun cas elle n’était invoquée pour protéger l’empereur ni l’Etat, mais toujours et
uniquement pour le bien-être ses fidèles et des membres de leurs familles.
En ce qui concerne les populations autochtones, la question de l’interpretatio romana
se révèle considérablement plus compliquée. Rappelons que la caractéristique peut-être la
plus proéminente de la population de la Mésie Supérieure est son hétérogénéité, résultant
directement des événements qui ont précédé la conquête romaine. La plus grande difficulté en
la matière réside, sans aucune doute, dans notre faible connaissance des anciens peuples
installés dans ces régions bien avant l’arrivée des Romains, surtout des différents groupes
ethniques d’origine thrace ou illyrienne.
À l’heure actuelle, on ne peut clairement identifier qu’un seul dieu indigène, dont le
nom a traversé les siècles, et qui a été assimilé au Zeus de l’époque hellénistique, sous les
influences causées par le contact direct avec le monde grec : il s’agit de l’ancien dieu thrace
Zbelsourdos. Ses origines remontent loin dans le temps et sont directement liées avec une
divinité géto-thrace millénaire, connue sous le nom de Zalmoxis. Les monuments consacrés à
Zbelsourdos sont, naturellement, les plus nombreux sur le territoire de l’antique Thrace, mais
quelques uns ont aussi été découverts en Mésie Supérieure, dans les régions peuplées par les
Thraces, à l’Est et au Sud de la province. À l’exception d’un petit nombre de sources
historiques le concernant, tous les renseignements disponibles concernant Zbelsourdos
proviennent des analyses de ses monuments. Le dieu thrace est une divinité très puissante,
virile, féconde, un dieu si puissant que l’on pourrait presque le qualifier d’omnipotent.
Régnant aussi bien sur le ciel (par le contrôle des phénomènes atmosphériques) que sur la
terre et sur le monde souterrain, accompagné par une véritable parèdre, il forme le couple divin
par excellence. Voilà ce qui semble avoir attiré l’attention des Thraces, une fois en contact
direct avec l’imagerie grecque, au point de vouloir y reconnaître leur dieu ancestral. Les liens
qui les réunissaient devaient se renforcer au cours du temps, tout en créant une imagerie
distincte dont les reflets continuaient à l’époque romaine, comme le prouvent les plaquettes
votives du IIème et IIIème siècle découvertes dans notre province.
Quelques monuments uniques nous obligent à nous demander si une autre divinité
ancienne n’a pas été également assimilée au dieu suprême gréco-romain. Il est question, cette
fois-ci, d’un dieu aux origines vraisemblablement balkaniques : Zeus Très Haut (Hypsistos),
devenu ulterieurement le Dieu Très Haut (Theos Hypsistos). Derrière cette dénomination
particulière, on découvre non seulement un dieu céleste mais aussi une véritable divinité des
montagnes, résidant dans les plus hautes sphères et possédant des pouvoirs jugés supérieurs à
ceux des autres divinités. Mais c’est également un dieu guérisseur et, peut-être plus important
encore, une divinité agraire, favorisant la fertilité et l’abondance, ce qui l’a fait rapprocher de
Sabazios aux yeux de la population thrace. En Mésie Supérieure, une sculpture énigmatique
représente peut-être une de ces hypostases, alors que le dieu lui-même est invoqué comme
Jupiter Aepilofius (peut-être aussi Montanus) dans une dédicace. Sa parèdre est appelée Junon
Exsuperantissima, son épithète dérivant de la traduction latine du nom du dieu Zeus
Hypsistos en Jupiter Summus Exsuperantissimus, sous lequel il était connu en Dacie
avoisinante, mais aussi en Italie, Gaule et Germanie.
Deux des épithètes attribuées à Jupiter en Mésie Supérieure se rapporteraient aux
anciennes divinités régionales, dont ni les noms ni les formes originales ne sont parvenus
jusqu’à nous. Il s’agit des épithètes Paternus et Cohortalis. Les dédicaces faites à Jupiter
Optimus Maximus Paternus proviennent surtout des villes de Singidunum et Naissus, et, de
façon très sporadique, des régions minières au Nord et à l’Est de la province (la première se
situant non loin de Singidunum). Alors que la présence d’un culte ancestral à l’intérieur du
périmètre urbain n’est pas habituelle, elle n’est pas exceptionelle non plus, car des cas
similaires sont attestés également ailleurs. Nous ne sommes pas en mesure d’établir l’origine
exacte de la divinité en question, mais le fait qu’elle ait été ressentie comme ancestrale
(fortement suggéré par le sens même de l’épithète), semble favoriser l’hypothèse de son
origine indigène. L’autre point est certainement le fait que cette épithète est extrêmement rare
ailleurs, alors qu’elle figure sur un certain nombre de monuments dans notre province.
L’anonymat de la divinité pourrait s’expliquer par l’hypothèse concernant son ancienneté :
ses origines remonteraient si loin dans le temps que son véritable nom aurait déjà été perdu à
l’époque romaine (un autel de Singidunum fut consacré simplement à Deus Paternus). Si
l’épithète Paternus figure à côté de celui de Cohortalis sur quelques dédicaces, cela pourrait
amener à y voir le résultat d’une fusion entre les deux divinités régionales, ou simplement la
confirmation du caractère ancestral de ce dernier.
L’épithète Cohortalis, contrairement à la première impression, n’a vraisemblablement
rien à voir avec les cohortes, puisque la grande majorité des monuments qui lui sont consacrés
ont été découverts sur des localités où aucune présence militaire n’a été détectée. Cinq autels
de ce groupe proviennent du territoire de la Mésie Supérieure (datant d’une période entre la
fin du IIème jusqu’au début du IVème siècle), alors que leur nombre est plus important en
Dalmatie avoisinante, largement peuplée par différents groupes ethniques d’origine illyrienne.
La proximité de la Dalmatie ainsi que la fréquence des noms illyriens dans les dédicaces font
penser à l’origine illyrienne de la divinité en question. Dans les deux cas, les documents
proviennent de sites à l’extérieur de périmètres urbains, souvent dans les zones rurales
(notamment en Dalmatie). Ce fait a également été avancé en faveur de l’hypothèse du
caractère agraire du dieu. Voir la même épithète attribuée à Silvanus sur une dédicace de
Dalmatie semble nous orienter dans cette direction, même si l’on n’est pas en mesure d’en dire
plus en l’état actuel de nos connaissances.
Parmi les anciens divinités assimilées au dieu suprême romain, il faudrait également
mentionner Jupiter Depulsor, dont les origines sont vraisemblablement à chercher dans le
Norique. Sa présence dans notre province n’est attestée que par deux monuments gravement
mutilés, au point de ne rien pouvoir nous apprendre sur leurs commanditaires, ni sur l’époque
de leur création. Cependant, étant donné le faible nombre de monuments qui lui sont dédiés,
on peut en conclure que le culte du dieu guerrier et protecteur Depulsor a été
vraisemblablement importé par les habitants originaires du Norique, ou des provinces
avoisinantes où le culte était suffisamment bien implanté. Également importé (mais cette foisci
des provinces orientales de l’Empire) est un autre culte du dieu protecteur et triomphant,
celui de Jupiter Dolichenus, présent dans la province à partir du IIème siècle. Alors qu’un
groupe important de ses fidèles est composé de soldats (ce qui n’a rien d’étonnant), on y
trouve également aussi bien des pérégrins que des immigrés orientaux, des femmes ou encore
des esclaves dont l’origine reste intraçable. Cependant, ces cultes importés n’ont connu
qu’une période de prospérité relativement courte, sans s’être fortement enracinés dans la
province (cette dernière remarque s’applique particulièrement au culte de Jupiter Dolichenus
malgré les premières impressions que l’on pourrait avoir à ce sujet).
L’examen des monuments figurés, dont la majorité représente le produit de l’artisanat
local des IIème et IIIème siècle, nous montre que les statuettes, les sculptures et notamment
les plaques votives avaient pour modèle leur prédécesseurs (souvent lointains) grecs.
Cependant, les influences de l’Italie et des parties occidentales de l’Empire sont également
décelables. Les petites statuettes en bronze reproduisent des modèles bien connus dans ces
régions à l’époque romaine, alors que deux des plus anciennes sont certainement des
importations italiques, arrivées vraisemblablement avec les immigrés au cours du Ier siècle.
D’autre part, les petites plaques votives démontrent, mieux que quelconque sculpture,
l’influence du monde grec, transmise en partie par une voie indirecte (c’est à dire par la
population thrace hellénisée, dont l’installation sur le territoire de la Mésie Supérieure
remonte très loin dans le passé, bien avant l’arrivée des Romains). La proximité de la
Macédoine avoisinante a créé, quant à elle, suffisamment d’occasions et de conditions pour
l’établissement d’un contact direct avec le monde hellénophone. D’ailleurs, la langue grecque
figure sur un certain nombre des monuments de la province dont les commanditaires étaient
aussi bien des Grecs que des Thraces.
Les cas présumés de l’interpretatio romana révèlent l’absence totale de mention de
l’empereur (et/ou des membres de la famille impériale) et/ou des cités dans les dédicaces, y
compris parmi celles découvertes à l’intérieur du périmètre urbain. Cela nous amène à croire
que ces interprétations étaient avant tout tolérées de la part des autorités, mais qu’elles n’ont
jamais, en fait, fait l’objet d’une reconnaissance officielle. Même si elles ont joué un rôle
important dans l’intégration de ces populations, ceci étant le deuxième point, car Jupiter
Optimus Maximus, avec l’empereur, bien sûr, incarnait le mieux le pouvoir romain à l’échelon
local.
En effet, c’est précisement le Jupiter Optimus Maximus, ce grand dieu d’Etat romain,
qui jouait un rôle de cohésion civique. Ses statues et autels ont été retrouvés aussi bien dans le
centre des cités que dans leurs environs, dans les grandes villas rurales et près des
agglomérations secondaires. Toutes les couches sociales ont participé dans la diffusion de l’
acte votif, de la classe dirigeante jusqu’aux esclaves, et parmi les nombreux noms figurent
même ceux de femmes (notamment une certaine Vecilia, qui a pris l’initiative de la
construction d’un temple de Jupiter et Hercule dont l’archéologie ne nous a pas encore révélé
des traces). Dans de telles circonstances, il est néanmoins surprenant de constater le faible
nombre de sanctuaires qui lui sont consacrés. En effet, seuls deux sont voués au dieu, et
encore, l’attribution de l’un d’eux reste toujours discutable. Le premier est le petit sanctuaire
de Jupiter Dolichenus à Egeta (quoique l’édifice lui-même ait probablement servi de dépôt
pour des offrandes et des objets à usage cultuel). Le deuxième est le grand temple de la
résidence de l’empereur Galère à Romuliana, identifié comme étant celui de Jupiter grâce à la
découverte d’une tête de statue de grandes dimensions à proximité. Si aucun autre sanctuaire
du dieu suprême n’a été mis à jour en Mésie Supérieure, c’est probablement dû au fait que les
sites de plusieurs villes antiques importantes de la province sont aujourd’hui densément
habités, sans beaucoup d’espoir d’y faire de nouvelles découvertes. La concentration des
autels consacrés à Jupiter sur plusieurs localités ouvre la porte à l’hypothèse de l’existence de
plusieurs sanctuaires à l’époque romaine, notamment à Singidunum, Viminacium, Naissus,
Scupi et Ulpiana.
Alors que l’abondance des documents datant du IIème et/ou IIIème siècle est
remarquable, on est frappé par la rareté de ceux du IVème (un temple, deux fragments de
sculpture, un autel, dont aucun n’est postérieur à la deuxième décennie du siècle). Si la
première observation est relativement facile à expliquer, étant donné que le processus de
l’urbanisation de la province, de sa romanisation et de son développement économique s’y
trouvaient encore au stade initial, la deuxième pose plus de questions qu’elle n’offre de
réponses. Après un examen des monuments de l’époque encore disponibles, on est conduit à
admettre que la christianisation de la province n’était pas parmi les facteurs décisifs de la
disparition du culte de Jupiter.
Enfin, toute trace des anciennes croyances n’a pas été effacée, et il nous semble que
certaines parmi elles ont bien survécu à l’époque chrétienne, et ont même resurgi sous une
autre forme, adaptée à la nouvelle religion et sous les traits de ce qu’on peut qualifier de
folklore régional. On a déjà vu que certaines caractéristiques ont été attribuées au dieu
suprême romain en raison de sa similitude avec son prédécésseur grec et certaines des
anciennes divinités locales : le dieu était considéré à la fois comme le maître des orages et du
tonnerre, résidant dans les plus hautes sphères et les lieux surélevés sur terre, comme les
sommets des montagnes et des collines. Il en va de même pour St. Elias, à qui une tradition
locale et populaire a ajouté aussi l’épithète de Foudroyeur. Bien sur, le lien direct entre
l’ancienne divinité et le saint chrétien est très difficile à établir, compte tenu du grand laps de
temps qui les séparent, mais leurs points communs méritent que l’on y prête attention.
En résumé, l’on pourrait dire que le développement du culte de dieu suprême romain
en Mésie Supérieure était au coeur du processus de romanisation de la province, qui a débuté
dès la création de la province, avec l’installation des premiers camps militaires permanents et
des agglomérations à leur proximité. Parmi elles, certaines se sont transformées en véritables
cités au cours du temps, et ont établi d’abord des relations et étendu leur influence sur les
villages indigènes dans leurs environs, participant ainsi à la diffusion du mode de vie romain
dans la province. Une de meilleure manifestation de ce mode de vie était, entre autres, la
participation au culte du grand dieu de l’Etat romain, qui, avec l’empereur, représentait le
mieux le pouvoir romain au niveau local. Certaines communautés pérégrines, semble-t-il, ont
embrassé le culte de ce dieu avec peut-être plus de facilité en raison de sa ressemblance (sur
certains points) avec les divinités de leur ancêtres. En tout état de cause, l’absence d’une
identité culturelle dominante à l’époque pré-romaine ainsi que la grande hétérogénéité de la
population semblent avoir facilité l’intégration des différentes communautés. Si Jupiter
s’impose comme la divinité la plus vénérée en Mésie Supérieure, c’est surtout grâce à son rôle
de dénominateur commun autour duquel la cohésion sociale de la province s’est bâtie.
D’après le peu d’informations disponibles, il semble que l’organisation cultuelle de la
province avait pour modèle les institutions de Rome. Le culte a prospéré au cours du IIème et
de la première moitié du IIIème siècle, période qui connaît également le développement de
l’urbanisation, de la vie municipale et économique de la province. À l’époque de Constantin,
les questions religieuses gagnent de l’importance, mais la “lutte” des religions semble avoir eu
lieu surtout sur le plan politique, puisque dans ces régions les chrétiens et les païens ne
montrent pas d’animosité à l’égard les uns des autres. La disparition du culte de Jupiter est
certainement précipitée par l’aggravation de la crise politique, économique et militaire qui a
frappé tout l’Empire et a également trouvé un retentissement dans les cités de la province.
Cependant, la soudaineté de sa disparition après la prise totale du pouvoir par Constantin
nous laisse perplexe, et l’on ne peut s’empêcher de se demander si la volonté impériale n’y
pas porté un coup décisif.
Le culte de l’eau dans le nord-est de la Gaule
Samedi 26 juin
9 h
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Sandra SZATAN soutient sa thèse de doctorat :
Le culte de l’eau dans le nord-est de la Gaule
en présence du Jury :
M. BURNAND (NANCY II)
Mme DEMAROLLE (METZ)
M. MARTIN (PARIS IV)
M. MOITREUX (BREST)
Le culte des héroïnes et des héros grecs à travers la "Périégèse" de Pausanias
Samedi 9 décembre 2006
9 heures
Salle de la bibliothèque de l’UFR de grec, 2ème étage
16, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme KERASIA STRATIKI soutient sa thèse de Doctorat :
Le culte des héroïnes et des héros grecs à travers la "Périégèse" de Pausanias
En présence du Jury :
M. BILLAULT (PARIS 4)
Mme DOBIAS (DIJON)
Mme JOST (PARIS 10)
M. MAFFRE (PARIS 4)
Résumés
En tant que figures intermédiaires entre le divin et l’humain, et entre la politique et la religion, les héroïnes et les héros grecs sont des divinités très complexes. Même si le terme « religion » est absent du vocabulaire grec ancien, les croyances et les pratiques cultuelles en usage ne sauraient être désignées autrement par le vocabulaire moderne. Nous appelons politiques, les héros qui jouent un rôle central dans la structure de l’histoire (et du mythe, encore que les Grecs anciens ne séparent pas ces deux notions) des cités grecques. Et religieux, ceux dont le mythe et le culte sont étroitement liés aux besoins des citoyens grecs et aux moments cruciaux de leur vie humaine, palliant la faiblesse qui caractérise la nature mortelle, ou encore à l’organisation d’un culte particulier. En tenant compte de la pluralité culturelle du culte héroïque grec et des valeurs ethnographiques et descriptives de l’œuvre de Pausanias, nous avons choisi la Périégèse comme fil conducteur de notre recherche sur le culte des héroïnes et des héros grecs, en tant que phénomène politico-religieux tel qu’il se présente à travers ses dix livres, tout en prenant en considération le caractère tardif de son œuvre et la polysémie des termes cultuels en question.
Greek heroines and heroes are very complicated divinities : that is due to their status of intermediate beings between the divine and the human and between politics and religion. Even if the term ‘religion’ is absent from the ancient greek vocabulary, beliefs and cultural practices in use could not have been characterised in a different way in the modern vocabulary. We name political heroes those who keep a leading role in the structure of history and myth (we notice that ancient Greeks do not separate those two notions) of greek cities. On the other hand, religious heroes are those whose myth and cult are closely connected with the needs of greek citizens and the crucial moments of their human life. Keeping in mind the cultural plurality of the greek heroic cult, the ethnographic and descriptive values in Pausanias’ work, we have chosen the Periegesis as a guide in our research on the cult of greek heroines and heroes because it is presented as a political-religious phenomenon throughout Pausanias’ ten books ; however, the late character of the work and the polycemy of the various cultural terms in question should be kept in mind.
Position de thèse
L’ensemble des pratiques cultuelles dédiées aux différentes divinités de la Grèce
antique forme une catégorie très complexe. Ces pratiques sont organisées autour d’un
système donné et groupées selon des règles et des exceptions conformes aux expressions
d’une culture polythéiste. Cette pluralité cultuelle concerne non seulement les pratiques
cultuelles mais aussi les types de divinités qui étaient honorées par les Grecs. Dans le
cadre de cette étude, nous aborderons une catégorie de « divinités » appelées « héroïnes »
et « héros » et le culte qui leur était rendu par les habitants de la cité grecque dans des
espaces sacrés spécifiques. En tenant compte de la pluralité culturelle du culte héroïque
grec et des valeurs ethnographiques et descriptives de l’oeuvre de Pausanias, nous avons
choisi la Périégèse comme fil conducteur de notre recherche tout en prenant en
considération le caractère tardif de cette oeuvre et la polysémie des termes cultuels en
question.
Avant de développer notre argumentation, il nous semble nécessaire d’introduire,
dans une première partie, quelques précisions quant à deux points fondamentaux de cette
étude, d’une part le culte des héroïnes et des héros dans la Grèce ancienne et d’autre part
l’oeuvre de Pausanias.
« Le héros, que pourrait-il donc bien être ? » (Platon, Cratyle, 396d-398e).
L’apparition dans les tablettes mycéniennes du terme ti-ri-se-ro-e, qui doit correspondre à
*triseros, « au triple héros », pourrait expliquer l’existence d’un culte rendu aux héros
depuis cette époque si lointaine, encore que le contexte ne nous apporte aucune
information sur son identité. Le mot « héros », dont l’acception se précise à partir de
l’époque archaïque, avait deux significations principales dans l’antiquité archaïque et
classique. La documentation la plus ancienne se réfère aux figures de la légende épique, un
usage courant dans l’antiquité classique, mais qui a ses origines chez Homère. Dans
l’Iliade, le terme « héros » signifie « guerrier » et il est utilisé surtout pour les princes,
mais aussi pour les guerriers en tant que collectivité. Dans l’Odyssée, le terme était plutôt
employé comme titre pour des rois et des princes, ainsi que pour les guerriers. Chez
Homère, pour qui héros signifie surtout « guerrier », et dans Hésiode, dans les textes
duquel le terme héros se réfère aux guerriers tombés devant Thèbes et devant Troie, il n’y
a pas de claire connotation de culte. Quant au terme « héroïnes », son utilisation la plus
ancienne qui soit attestée se trouve dans la XIème Pythique de Pindare, où la « foule des
héroïnes » est appelée au temple d’Apollon. Ce groupe inclut les filles de Cadmos, Sémélé
et Ino, Alcmène, la mère d’Héraclès, et Mélia, la compagne d’Apollon Isménios. Chez
Homère, nous trouvons les fameuses femmes, appelées « épouses et filles des meilleurs
hommes », qu’Ulysse rencontre dans l’Autre Monde, des femmes identifiées par leurs
pères, époux et fils, ainsi que des figures féminines qui partagent effectivement dans le
mythe les mêmes caractéristiques que les héros. Dans le catalogue (fragmentaire)
hésiodique des figures féminines mythiques, le poète commence par demander aux Muses
de chanter pour la « tribu des femmes » : il ne s’agit pas de femmes ordinaires,
puisqu’elles sont décrites comme « les meilleures de leur époque », « ayant des rapports
avec les dieux ». Depuis l’époque de Pindare, le terme « héroïne » est une catégorie
reconnue : dans un fragment, en effet, la poétesse béotienne Corinne, contemporaine de ce
dernier, affirme qu’elle va chanter les « mérites des héros et des héroïnes ». La deuxième
signification du mot « héros » se réfère au mort en tant qu’objet de culte, une notion posthomérique.
L’exemple le plus intéressant de l’usage du mot « héros » pour désigner une
figure cultuelle figure chez Porphyre : ce dernier relate au IIIème siècle ap. J.-C., que, vers
l’an 620 av. J.-C., Dracon prescrivit que les dieux et les héros de la patrie fussent honorés
en commun, selon l’usage des ancêtres. Les héros sont mentionnés à côté des dieux et il est
précisé qu’ils doivent être honorés comme eux par des sacrifices réguliers. Toutefois, le
héros en tant que figure de culte ne renvoyait pas à un dieu ou à une déesse, mais à un
homme, une femme ou un enfant, qui, bien que mort, continuait d’avoir un effet (bénéfique
ou maléfique) depuis son tombeau. Les héros occupaient donc dans le panthéon grec une
situation intermédiaire : tout en partageant avec les dieux leur puissance, ils avaient connu
la condition des mortels, et leur vie s’était achevée par la mort ou, pour certains d’entre
eux, par la disparition, autrement dut une forme de mort. Mais, contrairement aux mortels,
les héros manifestaient après leur mort ou leur disparition un pouvoir qui leur permettait
d’intervenir auprès de leurs descendants afin de les aider ou de les punir. Afin de s’assurer
les bienfaits de leurs héros, les simples mortels devaient les honorer à intervalles réguliers
par des sacrifices, des dédicaces votives, des prières ou des compétitions athlétiques. Les
héros avaient des sanctuaires et des autels comme les dieux, mais aussi des tombes et des
reliques comme les mortels. Ainsi, les héros grecs étaient-ils des êtres intermédiaires,
d’une part, entre le divin et l’humain, et de l’autre, entre la vie politique et la vie religieuse
de la cité grecque.
Le culte héroïque, en tant que partie intégrante de la vie religieuse de la polis,
apparaît pour la première fois dans la littérature chez Pindare, Hérodote et Thucydide. Si
les poètes lyriques du VIIème et du VIème siècles nous livrent peu d’informations sur le
culte héroïque, les témoignages archéologiques de la Grèce archaïque sont, heureusement,
abondants. Au Vème siècle, la présence des héros se rencontrait dans toutes les activités
humaines ; ainsi, les récipiendaires du culte héroïque incluaient une grande variété de
types de figures se distinguant par leur origine et par leur fonction. D’une manière
générale, les figures honorées comme des héros, au cours de la période classique,
pouvaient être originellement des figures cultuelles anciennes, des figures de la littérature
épique rappelant l’histoire la plus ancienne et la plus glorifiée du monde grec, des figures
mythiques autochtones d’une région donnée qui personnifiaient l’origine de la cité ou des
figures mythiques éponymes d’une cité qui commémoraient sa première histoire ; des
figures mythiques qui symbolisaient la bravoure et l’abnégation pour la patrie ; des figures
historiques qui se sont vu accorder un statut élevé grâce à leur bravoure à la guerre ; des
figures érigées au statut héroïque pour avoir fondé une cité ou être à l’origine d’une
institution politique et civilisatrice ; des figures personnifiant les premiers gouverneurs
d’une région ; des figures ayant accédé au statut héroïque pour avoir fondé de grands jeux
panhelléniques, ou encore avoir triomphé aux jeux, une victoire qui glorifiait leur partie
pour la suite des siècles ; enfin, des créations éponymes transparentes, fabriquées de toutes
pièces pour qu’une cité, une région ou une institution ne soient pas privées de héros
fondateurs. Mais, outre ces figures héroïques qui étaient évidemment associées aux
activités plutôt politiques de la cité grecque, il existait des héros qui étaient davantage en
connexion avec la dimension religieuse de la vie de la polis. Cette catégorie comportait des
figures élevées au statut héroïque grâce à la fondation d’un culte ou des figures mythiques
associées aux dieux dans le mythe et dans le culte en tant que symboles de la relation très
ancienne unissant mortels et immortels ; il s’agit pour ces dernières de héros punis de mort
par les dieux en expiation de leur hybris ou qui avaient été les premiers prêtres des dieux ;
des figures purement mythiques qui fonctionnaient comme des auxiliaires de la faiblesse
humaine, tels les héros oraculaires et les héros guérisseurs ; des figures mythiques qui
étaient associées aux moments cruciaux de la vie humaine, comme le passage de
l’adolescence à l’âge adulte, le mariage, la reproduction et la mort ; des figures mythiques
ou historiques à l’identité connue ou inconnue dont on pensait que l’âme exigeait d’être
apaisée ; des créations fonctionnelles, inventées pour un lieu circonscrit et spécifique de la
vie où l’on avait détecté l’activité de puissances surhumaines. Enfin, il existe une figure
héroïque hors normes, Héraclès, dont la nature ambiguë a déjà été décelée par Pindare qui
le qualifie de héros dieu. Compte-tenu de cette double nature qui range Héraclès dans une
catégorie différente de l’héroïque, nous n’aborderons pas son culte dans cette étude. Les
héroïnes et les héros grecs sont avant tout des êtres qui ont connu l’expérience de la
naissance et celle de la mort (ou de la disparition).
Ainsi, cette « double » nature des héroïnes et des héros grecs pouvait être envisagée
différemment selon la cité et ses traditions et en fonction des légendes et des coutumes de
chaque époque. A la période classique, les cultes héroïques étaient généralement limités à
une polis et représentaient la spécificité des cités classiques. A l’époque hellénistique,
quand les poleis déclinent en tant que force politique signifiante et que les rois sont
honorés comme des dieux vivants, les cultes héroïques se diffusent plus largement ; toute
personne éminente pouvait être héroïsée et tout citoyen riche pouvait pourvoir à ses
honneurs post-mortem. Mais l’héroïsation se répand surtout à la période romaine au cours
de laquelle le verbe aphéroïzein devient quasiment l’équivalent d’« enterrer ». Pourtant,
dans les oeuvres de Plutarque et de Pausanias, les sources antiques les plus riches sur le
culte héroïque, nous constatons que, parallèlement aux cultes des héros « du nouveau
type », les héros « traditionnels » grecs recevaient généralement des honneurs presque
similaires à ceux dont ils faisaient l’objet aux époques archaïque et classique.
Pausanias naquit sous la « pax romana ». Il est désormais admis que nous
possédons son oeuvre complète en dix livres, écrits entre 130 et 175-180 ap. J.-C. Il visita
une grande partie de la Grèce continentale, en soulignant sa passion pour la découverte de
sites anciens, comportant des temples anciens et des sanctuaires vénérés, des cultes locaux
et des mythes, des souvenirs historiques et des traditions religieuses. Bien qu’il ne
s’intéresse guère à la valeur artistique des statues ou des temples, il n’en constitue pas
moins une source précieuse pour la connaissance de la mythologie, de l’histoire politique
et de la civilisation populaire, tout en fournissant une mine de renseignements sur la
topographie ancienne, précieux pour des fouilles archéologiques. Cet auteur entendait
composer une oeuvre dédiée à la survivance de la civilisation grecque ancienne et, surtout,
à la religion dans une période où sa décadence s’était déjà amorcée. La clé pour
comprendre son objectif est son intention de traiter panta ta hellénica. J. G. Frazer a traduit
cette expression par la formule « la Grèce en sa totalité », ou, plus littéralement, comme
« toutes les choses grecques », et Chr. Habicht, reprenant la traduction de J. G. Frazer,
ajoute « toutes les affaires grecques ». Mais, comme l’a justement suggéré J. I. Porter, la
façon la plus simple d’expliquer l’expression panta ta hellénica est de l’interpréter à la
façon d’Hérodote, le modèle de Pausanias : le Hellénicon d’Hérodote désigne simplement
la « Grécité ». Ainsi, Pausanias décrit l’identité grecque d’une façon remarquable afin
d’atteindre son but : son oeuvre se caractérise par les innombrables détails qu’il accumule,
dérivant pour la plupart de l’intérêt qu’il porte à la réalité locale, aux différences entre les
régions variées de Grèce, leurs pratiques et leurs traditions dans une époque où la diversité
des cités grecques a fait place à une « mondialisation » de la Grèce en tant que province
romaine. Le recours aux mythes locaux, l’intérêt pour les cultes locaux, les identifications
locales des statues et des sculptures, et les citations fréquentes empruntées aux sources
écrites, aux informateurs et aux guides locaux (désignés par le terme exégétai, déjà utilisé
par Hérodote et d’autres auteurs classiques), tout cela montre la détermination du Périégète
à mentionner tous les traits caractéristiques des communautés qu’il visitait. Même s’il
considère l’ancien et le moderne, son intérêt se porte davantage sur le monde pré-romain,
et il décrit la réalité locale qui existait depuis une époque très ancienne et perdurait jusqu’à
son époque.
Pausanias s’inscrit dans l’horizon culturel de la « Seconde sophistique », de la
« Renaissance » grecque du IIème siècle ap. J.-C. ; il nous livre une description de la Grèce
dont on peut supposer qu’elle doit beaucoup aux tendances de cette époque. Comme Y.
Lafond l’a justement expliqué, à travers la Périégèse, nous découvrons la façon dont les
Grecs ont pu chercher à se définir eux-mêmes en tant que tels face aux Romains par
rapport à un passé important lié à leur identité culturelle, par rapport à la politique du
moment dans une Grèce devenue province romaine et au sens du sacré si développé dans la
culture antique, en rendant compte des pratiques des Grecs de l’époque de l’auteur. Des
pratiques que Chr. Habicht avait évoquées en parlant du « passé archaïque » de notre
auteur : prétentions des cités à l’autochtonie, invention de fondateurs mythiques,
généalogies rattachant les grandes familles à des personnages prestigieux de l’histoire
grecque, à des dieux ou à des héroïnes et à des héros. Ainsi, il convient de prendre en
compte le contexte culturel de son époque et le déséquilibre qui apparaît souvent dans la
Périégèse entre les nombreuses traditions locales et les zones de silence que les critères
adoptés par Pausanias ne suffisent pas toujours à expliquer. Sans oublier le déséquilibre
introduit par les trois niveaux temporels qui parcourent la Périégèse : le temps où
Pausanias a étudié l’histoire et les cultes du « passé archaïque » de la Grèce qu’il décrit, le
temps où il entend rapporter les traditions locales et où il voit les monuments in situ, et le
temps où il écrit ce qu’il a lui-même lu, entendu et vu. Face à ces problèmes
d’interprétation, une étude comparative de la Périégèse et de la documentation du IIème
siècle ap. J.-C. -et surtout de la documentation plus ancienne en connexion avec les
résultats des fouilles archéologiques- apporte parfois de précieux éclaircissements sur les
informations données par Pausanias. L’esprit archaïsant qui caractérise l’oeuvre du
Périégète est, certes, en accord avec l’histoire culturelle et sociale de Grèce de son époque,
mais qui peut nier cependant que les objets, les monuments, les cultes et les traditions qu’il
décrit n’existent pas sous ses yeux ? Le texte de Pausanias représente la Grèce qu’il visite :
les panta ta hellénica, « toutes les choses grecques » donnent à la Grèce de la Périégèse
l’image de la Grèce-province romaine de son époque ; pourtant, les récits légendaires des
origines de chaque région qu’il visite fournissent aux peuples des diverses cités grecques
leur mémoire, tout en confirmant qu’ils partagent une même identité culturelle. L’unité
ancestrale qui cimente l’oeuvre de Pausanias correspond bien à l’imaginaire collectif de son
époque, un idéal que soutenait le Panhellénion sur lequel le Périégète garde le silence. En
décrivant les monuments et en racontant les traditions locales de chaque région visitée,
Pausanias donnait une image « panhellénique » de la Grèce de son époque tout en
respectant le passé local de chaque région.
Parmi les monuments et les traditions que mentionne Pausanias dans son oeuvre, les
héroïnes et les héros occupent une place exceptionnelle et ce, pour deux raisons : d’une
part, parce qu’ils sont étroitement liés à l’identité locale de chaque cité grecque, et d’autre
part, parce qu’ils se rattachent souvent au passé le plus lointain de plusieurs cités grecques,
créant ainsi entre elles un lien qui sous-tend l’image « grecque » que Pausanias veut
donner de « sa » Grèce. Fidèle à l’esprit du Périégète, nous avons essayé de reconstituer le
mythe et le culte des héroïnes et des héros honorés jusqu’à l’époque de Pausanias, en
commençant par les premières sources qui font mention du culte de chacune de ces figures.
En étudiant l’évolution du culte héroïque dans le temps, on saisit mieux sa place et sa
fonction au sein de la cité grecque depuis les origines de celle-ci jusqu’à son déclin. Mais,
même à l’heure du déclin qui est bizarrement associé à l’intégration des cités grecques
dans un tout englobant, la Grèce-province romaine, les héroïnes et les héros rappellent la
multitude ancestrale de cités à l’identité à la fois différente et commune suivant les
circonstances. Par delà cet aspect plutôt politique du mythe et du culte héroïques dans la
Périégèse, les héroïnes et les héros peuvent en même temps satisfaire des besoins plus
« personnels » des citoyens grecs, à des étapes-charnières de l’existence (passage de
l’adolescence à l’âge adulte, mariage et accouchement) ou encore face à l’avenir, à la
maladie ou à la mort. Ces figures héroïques, bien qu’étroitement liées à la tradition locale
ou « grecque », se rattachent plutôt alors à la sphère du sacré et du religieux. Dans la Grèce
de Pausanias, les héroïnes et les héros sont plus ou moins « vivants » dans l’histoire et dans
la piété des Grecs.
Compte-tenu du grand nombre de figures héroïques recensées dans le monde grec,
et bien qu’il n’y ait pas eu, à notre sens, de classification des figures héroïques dans la
conscience religieuse des Grecs, nous aurons toutefois recours à un type de classification
« technique » afin de mieux comprendre le culte héroïque de ces « présences » qui étaient
honorées dans toute la Grèce. Nous étudions deux types héroïques principaux : les héros
politiques et les héros religieux. Même si le terme « religion » est absent du vocabulaire
grec ancien, les croyances et les pratiques cultuelles en usage ne sauraient être désignées autrement par le vocabulaire moderne. Nous appelons politiques, les héros qui jouent un
rôle central dans la structure de l’histoire (et du mythe, encore que les Grecs anciens ne
séparent pas ces deux notions) des cités grecques. Et religieux, ceux dont le mythe et le
culte sont étroitement liés aux besoins et aux moments « personnels » des citoyens grecs,
plutôt envisagés dans ce cas comme de simples êtres humains, ou encore à l’organisation
d’un culte particulier. Evidemment, la double caractéristique -religieuse et politique- est
présente dans le culte héroïque, tout comme dans l’organisation sociale de la cité grecque.
Par ailleurs, d’autres héroïnes et héros ne peuvent entrer dans ces catégories. Mais une
chose est claire : tous ces héroïnes et héros étaient honorés par des sacrifices et des
offrandes dans des sanctuaires ou sur des tombeaux érigés dans presque tous les endroits
que Pausanias a visités. Précisons que, dans le cadre du présent travail, nous ne saurions
étudier tout les héros que Pausanias mentionne dans sa Périégèse ; nous proposant
d’effectuer une telle recherche dans l’avenir, nous nous bornerons ici aux sanctuaires et
aux tombeaux héroïques pour lesquels le Périégète mentionne un culte impliquant des
sacrifices ou d’autres types d’offrandes rituelles.
L’étude du culte des héroïnes et des héros grecs nous permet de mieux comprendre
pourquoi le mot « religion » n’existait pas dans le vocabulaire grec ancien : le naturel et le
surnaturel cohabitaient harmonieusement dans les cités grecques. Chez Pausanias, homme
d’une grande religiosité et d’une pensée rationnelle, les héroïnes et les héros grecs sont
surtout des êtres politiques en tant qu’intermédiaires entre le passé et le présent du monde
grec. Toutefois, outre cette fonction politique, les héroïnes et les héros grecs étaient encore
présents à côté des Grecs, comme symboles de leur histoire et de leur identité nationale, ou
protecteurs du territoire de leur patrie, mais aussi comme des auxiliaires dans les moments
cruciaux de leur vie humaine, palliant la faiblesse qui caractérise la nature mortelle. Les
héroïnes et les héros grecs étaient donc des êtres intermédiaires entre le divin et l’humain,
entre la politique et la religion, entre le passé et le présent de l’existence humaine. La
Périégèse rappelle cette relation unique dans une époque où les cités grecques ont perdu
leur caractère local en devenant une province romaine, la Grèce, mais où les héroïnes et les
héros locaux contribuent toujours à la présence du divin dans la vie humaine et à
l’idéologie, à la fois locale et/ou panhellénique, « grecque ». A travers les dix livres de
l’oeuvre de Pausanias, nous constatons que les héroïnes et les héros grecs personnifiaient
de la meilleure façon l’identité locale des cités grecques et celle de la Grèce dans sa
totalité.
Le culte impérial en Afrique Proconsulaire au troisième siècle
Mardi 5 décembre 2006
9 heures
Institut Finlandais, Salle de l’Auditorium
60, rue des Ecoles 75005 Paris
M. SLAH SELMI soutient sa thèse de Doctorat :
Le culte impérial en Afrique Proconsulaire au troisième siècle
En présence du Jury :
M. BESCHAOUCH (N)
M. LARONDE (PARIS 4)
M. LE BOHEC (PARIS 4)
M. LEPELLEY (PARIS 10)
M. MRABET (SOUSSE)
Résumés :
Le culte de l’empereur romain est ancien en Afrique Proconsulaire. Il date du règne d’Auguste. Au début du IIIè siècle, les Africains sont dotés d’une riche expérience religieuse. Ils continuent à servir le culte impérial d’autant plus que la dynastie qui commence à régner est d’origine africaine. Il s’agit donc d’un culte entre compatriotes. Par conséquent le culte a connu son apogée sous les Sévères. Il fut concentré sur les empereurs et les impératrices consacrés. Toutefois l’empereur vivant a bénéficié de tant d’hommages à caractères divins. Avec le culte célébré en l’honneur de Roma Aeterna, les originaires de la Proconsulaire manifestaient un dévouement capital au genius et au numen imperatoris, à sa domus Augusta et divina mais surtout à ses vertus. Pendant la période de la Crise et sous la Tétrarchie le culte impérial commence à péricliter. L’extension massive du Christianisme fut le facteur essentiel de son inclinaison. Il venait miner l’une des bases de la civilisation romaine. En effet il est très tôt de parler de la mort du culte impérial en Afrique Proconsulaire vers la fin du siècle car à l’aube de l’empire chrétien les Africains continuaient à adorer les Tétrarques de leurs vivants. L’épigraphie révèle les preuves de leur attachement au souverain romain.
The worship of the Roman emperor is ancient in Africa Proconsularis. It dates back to the reign of Auguste. At the beginning of the third century, the Africans were equipped with a rich religious experience. As the dynasty that started to reign in Rome had the African origin, the Africans continued to serve the imperial cult. It is therefore a co-patriot cult. Consequently, the cult witnessed its peak during the Severes reign. The cult focused on the divi and divae. However, the living emperor profited from so many homage in divine characteristics. With the worship celebrated in the honor of Roma Aeterna the originating ones in Proconsularis expressed a capital devotion to the genius and the numen imperatoris with its domus Augusta and divina and especially with its virtues. During the Crisis and under Tetrarch, the imperial worship had been declining. The massive extension of Christianity was the essential factor of its slope. It came to destroy one of the bases of Roman civilization. Indeed, it is too early to speak about the dead of the imperial worship in Africa Proconsularis of this century because at the dawn of the Christian empire, the Africans continued to adore Tetrarchs of their alive. The epigraphy reveals the evidence of their attachment to the Roman sovereign.
position de thèse :
Le culte impérial reposait sur ’un lien d’homme à homme’ qui tendait à surhumaniser l’empereur de son vivant ainsi que ses proches parents et les diviniser après leur mort. Il trouve ses origines en Orient chez les Égyptiens et les Grecs mais il a connu avec les Romains un nouvel essor. Ces derniers considéraient l’empereur comme l’élu des dieux et par conséquent leur providence dans la cité terrestre. Le jour de sa mort, son âme remontait au ciel. À ce moment, l’accord du Sénat romain était indispensable pour décider de son destin ; jugé bon et digne de l’honneur posthume, il devenait un véritable dieu. On assiste à un passage de l’Augustus au divus. C’est ce que les Romains ont appelé ’apothéose’. Il recevait, ipso facto, un véritable culte servi par de nombreuses associations.
De son vivant l’empereur bénéficiait de plusieurs honneurs. Par le verbe et l’image il tenait une place de premier ordre dans la société antique. Il jouait le rôle d’intermédiaire entre la Terre et le Ciel, entre les hommes et les dieux. Par le titre d’Augustus, il était vu comme un chef charismatique saint. Imprégné de caractères divins, il fut le seul qui pouvait assurer la prospérité et la tranquillité de l’empire. Les sujets lui adressaient des dédicaces épigraphiques et monumentales, se prosternaient devant sa personne ou sa statue, célébraient des jeux périodiques en son honneur, etc. Ceci se jugerait principalement en Afrique Proconsulaire au IIIè siècle. La présente étude est une tentative pour élucider la relation qu’avaient établi les Africains avec le gouvernement impérial à un moment décisif de l’histoire de tout l’empire romain qu’est le IIIe siècle, âge de l’anxiété, et précisément la période allant du début du règne de Septime Sévère en 193 jusqu’à la fin de celui de Dioclétien en 305.
L’attachement des Africains à la religion impériale pouvait être suivi à partir des sources littéraires mais surtout des recueils épigraphiques relatifs à l’Afrique Proconsulaire. Un catalogue thématique des inscriptions a été tiré suite à un dépouillement systématique de ces recueils. Bien qu’ils souffrent de lacunes pour quelques chapitres, ces corpus constituent une excellente base de départ pour une étude complète de la religion impériale africaine.
Ce travail est divisé en trois grands thèmes. Le premier est consacré à l’organisation du culte impérial. Nous avons essayé de suivre les traces des groupes cultuels et des prêtres ainsi que des prêtresses qui veillaient à la célébration du culte au niveau provincial et municipal. Le deuxième grand chapitre est réservé à l’objet du culte. Autrement il s’agit de suivre les différents bénéficiaires du culte célébré par les Africains. Nous avons mis l’accent sur le culte adressé principalement aux empereurs morts et divinisés et à la déesse Roma Aeterna. Toutefois nous avons rappelé que de leurs vivants, ces derniers furent l’objet d’hommages multiples. En fin du travail, le troisième grand volet est réservé au développement du culte. En suivant le clivage traditionnel du IIIè siècle en trois grandes périodes (La période sévérienne, la Crise, la Tétrarchie), nous avons tenté de suivre l’évolution et le développement de ce type de culte en Afrique Proconsulaire en réservant notre attention aux facteurs primordiaux qui ont affecté cette évolution tel que le Christianisme, les révoltes et soubresauts locaux.
Au début de la période examinée, les habitants de l’Afrique Proconsulaire bénéficiaient d’une longue histoire avec le culte personnel. Ils étaient dotés d’une riche expérience religieuse car après l’adoration des rois Maures et Numides, ils avaient continué facilement à adorer les empereurs romains. Pendant le siècle des grandes persécutions, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, l’attachement africain au culte impérial se vérifie nettement. Les autochtones rendaient un véritable culte à la déesse Roma Aeterna et aux empereurs consacrés. Ce sont les divi Sevevi qui ont acquit la part du lion des dédicaces. Parallèlement, ces sujets n’hésitaient guère à vénérer l’empereur vivant et tout ce qui se rattache à lui. Ils adoraient ses proches parents, sa domus, son genius, son numen ainsi que ses vertus impériales. Des monuments relatifs à son culte sont attestés de nos jours comme ceux de Thugga et de Lepcis Magna. En d’autres termes, en Afrique Proconsulaire la personne de l’empereur était toujours sacralisée. Ceci est loin de nous surprendre car le culte du chef fut enraciné en terre d’Afrique depuis longtemps.
Durant la période étudiée le transfert religieux du culte impérial s’est fait dans cette partie de l’empire avec beaucoup de réussite. Les empereurs continuent à réaliser leur consecratio et les Africains à la reconnaître. D’autant plus que les empereurs ayant inauguré ce siècle étaient de souche africaine. Il y avait donc un culte d’africain à africain. Les empereurs sévériens se divinisent post mortem et s’assimilent à des divinités de leur vivant. Ils sont eux-mêmes des dieux autonomes. Tout ce qui se rattache à leurs personnes n’est que divin et éternel. Ceci ne doit en aucun cas étonner les Africains qui organisent le culte et leur terre est devenue la nourrice des prêtres provinciaux et municipaux. Des élites et des modestes, des hommes et des femmes, âgés ou mineurs furent prêts pour approuver le culte de l’empereur romain et témoigner que le transfert de la religion impériale n’était que la bienvenue en terre d’Afrique. Ils prient par le génie et le numen de leur empereur et invitent les divinités à assurer son salut et sa sauvegarde. Ils offrent les dédicaces, érigent les autels et construisent les temples en l’honneur des divi et des vivi. Par conséquent le culte impérial ne devait être que prospère durant la période sévérienne. Les premiers empereurs de ce siècle se disent domini et assurent par la suite la tranquitas mondi. Rien ne peut vivre et se développer sans eux et rien ne peut avoir sa continuité sans leur présence. Les Africains étaient convaincus de ces idées et étaient prêts à assumer leurs devoirs sacerdotaux envers les hommes les plus religieux du monde.
En dépit de ce qui précède l’état du culte impérial africain au IIIe siècle était compliqué. Sous les Sévères on assiste à des signes affirment son existence et même son apogée. Vers cette époque le culte impérial a continué à exercer le même rôle joué dès le Ier siècle car les Sévères l’ont relancé et l’ont même favorisé. Le père de la dynastie ainsi que ses successeurs l’ont exploité pour le profit de l’empire. Pour eux, le culte impérial fut un moyen habile qui pouvait maintenir l’attachement de l’Afrique. Les Africains célébraient de façon continuelle le culte de l’empereur et de tout ce qui se rattache à sa personne. Ils érigeaient les dédicaces et dédiaient les temples comme à Dougga et à Lepcis Magna. Toutefois leurs croyances s’étaient modelées tout au long du siècle concerné. Vers la fin de l’époque sévérienne, mais généralement vers le milieu de la période examinée, les habitants de la Proconsulaire commençaient à changer d’opinion vis-à-vis de la religion impériale. Les facteurs de ce changement étaient multiples, mais faut-il évoquer comme cause principale le bouleversement du rythme de vie qui n’était qu’un résultat des malheurs de l’époque. Or après la période sévérienne "la crise survint partout, dévora tout". On assiste à des périodes de guerre atroce sinon de paix stérile. Le grenier à blé de Rome fut gravement touché. À partir de ce moment, le culte impérial africain commençait à perdre sa valeur traditionnelle et son caractère ancien car pendant les moments d’hostilités, de crises et de révoltes, les Africains ne pouvaient plus servir un culte dont les dépenses ne cessaient d’augmenter d’un jour à l’autre. Plus inquiets de leur situation et n’ayant plus confiance à la divinisation de la personne impériale, ils étaient en train de chercher une autre religion qui pouvait assurer leur quiétude et c’est précisément dans ce contexte qu’on doit expliquer leur adhésion massive au Christianisme.
La nouvelle foi chrétienne venait renverser leurs croyances païennes en minant la base de la civilisation romaine : le culte impérial. Mais les empereurs étaient loin de tolérer la nouvelle religion et ses adeptes. Ils déclenchèrent une guerre sans merci contre ces éléments perturbateurs et subversifs. Toutefois, leur tentative d’écarter la religion du Christ échoua et le christianisme sortit, au début du IVe siècle, victorieux d’un combat tragique. Ici des changements paradoxaux furent attestés en terre d’Afrique. Or d’un culte impérial on passe à un culte martial. Parallèlement l’opinion des Africains chrétiens paraissait très chimérique ; auparavant, ils refusaient de participer au culte des empereurs mais le jour où l’empire serait chrétien, ils accepteraient de devenir leurs flamines. Une nouvelle relation venait s’imposer entre les Africains chrétiens et le gouvernement impérial. C’est ’une nouvelle religiosité’ affirmant que les deux anciens rivaux pouvaient désormais vivre ensemble dans la même société pour la gloire de l’empire.
A partir de la deuxième moitié du siècle on assiste donc à un changement capital. Le culte impérial fut à notre avis vidé de son essence religieuse païenne. Les Africains de cette époque, même s’ils maintenaient leur loyalisme, commençaient à perdre l’ancien sentiment envers les chefs de Rome. Le culte impérial africain n’était à cette époque qu’une manifestation de loyauté plutôt qu’un véritable acte de foi.
Les crises du IIIè siècle ont mis, il est vrai, le culte impérial à l’épreuve. Toutefois il ne faut guère oublier qu’au début du siècle suivant, on frappera encore dans d’autres parties de l’empire des monnaies de consécration pour les divi Constance Chlore, Romulus et même pour le premier empereur chrétien. L’Afrique a fait de même et elle a poursuivi la célébration du culte des Tétrarques comme à Galère divinisé. Parallèlement les empereurs ont continué à favoriser leur culte dans cette partie de l’empire. Après sa rupture avec Licinius en 324 Constantin se présenta ouvertement comme chrétien. Mais il resta grand pontife et favorisa en Afrique le culte impérial. On poursuivait aussi à exercer l’adoratio et le cérémonial romain du IVè siècle continue à exiger de s’agenouiller aux pieds de son souverain. Il semble que le culte impérial était toujours jugé nécessaire pour exprimer le loyalisme des habitants de l’Empire, la vénération pour la majesté impériale et leur unité autour de l’empereur. Les gouvernants l’ont exploité dans leur profit pour maintenir la fidélité de leurs sujets. Les gouvernés l’ont protégé et exploité pour garantir leur bonne continuité avec le nouveau système politique et religieux.
A notre avis il ne faudra jamais parler de la mort du culte vers la fin du IIIè siècle ou le début du siècle suivant car à cette époque le pouvoir romain était très attaché à la religion impériale. La relation entre les deux parties était indispensable pour la sauvegarde de l’empire. Par conséquent les empereurs avaient utilisé tous les moyens pour garantir la survie de leur culte en terre d’Afrique. À l’instar des Romains, les Africains acceptaient que l’empereur soit l’élu des dieux. Même vers la fin du siècle, ils n’hésitaient guère à vénérer sa personne de son vivant et à lui rendre un culte à proprement parler. Subséquemment il serait très tôt de parler au IIIe siècle de la fin ou de l’effacement du culte impérial africain puisqu’il existait encore au VIe siècle ap. J.-C. A notre avis, il n’était qu’une preuve de loyalisme envers l’empereur ; Vidé de son contenu religieux, il devenait une sorte de culte civil ou une simple manière de respect. Sinon, comment peut-on expliquer que les chrétiens acceptaient de devenir flamines ! Le culte se vide donc de son sens original pour tomber dans le formalisme. En conséquence de l’ancien culte impérial on ne conservait que l’aspect de la fête civile et d’exaltation de la majesté impériale.
Pour le dire en bref vers cette période le culte impérial était certes dépouillé explicitement de son contenu religieux païen. Une souveraineté institutionnelle fait place à la souveraineté personnelle de l’empereur. Autrement dit au lieu de l’empereur c’est l’Etat qu’on glorifie. En effet le culte impérial auquel les Africains se trouvaient très attachés, n’était pas négligé même vers sa fin car la personne de l’empereur est toujours sacralisée voire même déifiée. Les grandes cités, comme les plus simples bourgades, ont tenu à ériger en l’honneur de l’empereur arcs de triomphe, forums et statues ; sur la pierre des plus modestes mais nombreuses dédicaces, citoyens romains, militaires de toutes grades en service sur le sol africain, ont tous laissé les preuves de leur attachement au souverain romain car le culte impérial était tout au long du IIIè siècle la base qui détermine la relation entre gouvernants et gouvernés.
Le débat sur la maîtrise des armes à feu aux Etats-Unis de 1911 à 2000 ; les cas de New-York et du Texas.
Samedi 30 octobre
Université de la Réunion
M. Didier COMBEAU soutient sa thèse de doctorat :
Le débat sur la maîtrise des armes à feu aux Etats-Unis de 1911 à 2000 ; les cas de New-York et du Texas.
en présence du Jury :
Mme DEYSINE (PARIS X)
Mme FRAU-MEIGS (PARIS III)
M. GEOFFROY (LA REUNION)
Mme BODY-GENDROT (PARIS IV)
M. DURBAN (LA REUNION)
Le début de cinquante romans anglais et américains (XVIIIe-XXe) : de leurs stratégies narratives et variations grammaticales à leur richesse énonciative
Jeudi 10 mars 2005
14 heures
Salle D 040, RDC
Maison de la Recherche
28, rue Serpente
Paris 75006
Mme Catherine GOURIOU ROLLAG soutient sa thèse de doctorat :
Le début de cinquante romans anglais et américains (XVIIIe-XXe) : de leurs stratégies narratives et variations grammaticales à leur richesse énonciative
En présence du Jury :
M. BELLION (Clermont 2)
Mme CLARY (Rouen)
M. Jumeau (Paris 4)
M. VIEL (Paris 4)
Le Délire scripturaire dans l’oeuvre romanesque de Rachid Boudjedra (1969-1987)
Mercredi 5 juillet 2006
14 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Cauchy
Esc. E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Olfa MAHERZI BEN KHAMSA soutient sa thèse de doctorat :
Le Délire scripturaire dans l’oeuvre romanesque de Rachid Boudjedra (1969-1987)
En présence du Jury :
M. BONN (Lyon 2)
M. CHEVRIER (Paris 4)
Mme CHIKHI (Paris 4)
M. MARZOUKI (ENS)
Résumés
J’ai réparti ma recherche sur trois parties : Folie et Délire, Ecriture et Délire et La subversion par le délire.
La première partie resitue le thème de la folie et du délire dans leur contexte historique à la fois médical et littéraire et amorce un renouvellement de ces thèmes à travers le discours psychanalytique et littéraire modernes pour une conquête du sens basée sur le doute comme mode d’écriture.
La seconde partie est une interprétation du thème du délire à travers l’écriture boudjedrienne. J’entends par délire un langage anticonformiste qui opère des renversements dans les modalités de l’écriture classique tels que l’alternance, l’interférence et la récurrence des instances narratives, les redites, les digressions, l’usage remodelé de la ponctuation qui produit un récit fragmentaire ainsi que le recours à l’intertextualité et à l’autotextualité qui génèrent une écriture polyphonique. Cette écriture alliée à l’ironie évacue certaines métaphores obsédantes boudjedriennes telles que l’image du sang, la figure du père et la symbolique du mûrier.
La troisième partie est une transgression du discours religieux et social par la voie de Jouha figure de la littérature orale maghrébine qui à travers son délire désaliène les consciences et par la voie de personnages féminins telles que les narratrices du Démantèlement, de La Pluie. Ces héroïnes se confrontent à l’homme et à l’Histoire en écrivant sur leur inconscient, leur intimité, leurs espoirs et leurs désillusions à travers un langage de l’abject empreint d’autodérision.
I divided up my research over three parts : Madness and Delire, Writing and Delire, Subversion by delire.
The first part, set the theme of madness and delire on their medical and literary historical context and renew these themes through psychanalytic and literary modern discourse to win back the sense based on the doubt as a way of writing.
The second part is an interpretation of delire theme through the Rachid Boudjedra’s writing. The delire’s writing is an anticonformist language that proceed to the reversal of the classic writing, as the alternation of the narrative instances, the repetions, the digressions, the remodeled use of punctuation that produce fragmentary story and also the use of intertextuality and autotextuality that produce polyphonic writing. This delire’s writing conbined to irony discourse proceed to the evacuation of Boudjedra’s hauting metaphors, as the blood image, the father’s figure and also the blackberry tree symbol.
The third part come within the framework of religious and social discourse transgression by Jouha, figure of maghrebin oral literature, who desalienate the minds through his delire and by feminine characters as the narrators of Le Démantèlement and La Pluie. These feminine characters confront man and History by writing about their intimity, their inconscious, their hopes and their disillusions through a despicable and self derision language.
Le département de Seine-Saint-Denis : politiques urbaines du Conseil Général et enjeux d’image du territoire
Vendredi 17 novembre 2006
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Jamel KHERMIMOUN soutient sa thèse de Doctorat :
Le département de Seine-Saint-Denis : politiques urbaines du Conseil Général et enjeux d’image du territoire
En présence du Jury :
M. CARMONA (PARIS 4)
Mme DUBOIS-MAURY (PARIS 12)
M. GIRARDON (AMIENS)
M. ROBERT (PARIS 4)
Résumés :
Le département de Seine-Saint-Denis naît comme une construction politique du début des années soixante, à l’origine de la délimitation d’un bloc industriel et communiste en Ile-de-France. Les mutations industrielles ont déstabilisé ce territoire, et par là même ont provoqué une déstructuration sociale très forte.
L’identité du « 93 », enracinée dans l’héritage du passé, produit une image de marque négative fondée sur le cumul de marqueurs socio-spatiaux perçus comme des freins à la mutation du territoire : ghettoïsation, précarité, friches industrielles, grands ensembles, insécurité.
Les acteurs du développement du territoire (collectivités territoriales, intercommunalités, Etat, entreprises) se positionnent en fonction de leurs perceptions particulières des enjeux du territoire. La politique du Conseil général, axée en priorité sur l’équité sociale, s’est étendue à l’aménagement du territoire et au développement économique. Cette évolution du champ des compétences départemental qui s’est opéré depuis les lois de décentralisation implique une diversification des politiques urbaines qui se traduit par des choix financiers et une stratégie partenariale forte. Le marketing territorial apparaît comme l’outil de promotion de la politique et du cadre institutionnel départemental dans une perspective de valorisation de l’image de la Seine-Saint-Denis.
L’approche des enjeux d’image est largement dépendante des perceptions et des représentations des édiles urbains que véhiculent discours et marketing territorial dirigés vers les acteurs internes et externes.
The department of Seine-Saint-Denis was born as a political construction in the beginning of the sixties, and was the key-stone of the industrial and communist block which was to appear in the ‘Ile de France’ area. This territory was destabilized by the industrial changes which even lead to social disintegration.
The identity of “93”, rooted in the inheritance of the past, produces a very negative brand image based on the accumulation of socio-spatial indicators : ghettos, precariousness, former industrial locations, housing developments, insecurity, which are perceived as immobilising factors preventing the changes necessary to transform this area.
The key players in the development of the territory (territorial communities, intercommunalities, State, companies) are positioned according to their specific perceptions in the stakes of the territory. The General Council policy, centred first and foremost on social equity, has been extended to regional development and economic development. This evolution in the local field of skills which has been taking place since the decentralization laws were introduced, implies a diversification in urban policies, which, in turn, means financial choices and a strong partnership strategy. Territorial marketing appears as a tool for promoting both the policy and the local institutional frameworks, with the perspective of valorising the image of Seine-Saint-Denis.
The question of the image depends to a great extent on the perceptions and representations of the urban town councillors who are responsible for the communication with both internal and external key players.
Position de thèse :
Les politiques urbaines du Conseil général, qui ont pour priorité de redynamiser et restructurer la Seine-Saint-Denis, intègrent les enjeux liés à l’image du territoire. Notre recherche traite la question de cohésion sociale et urbaine qu’il faut mettre en relation avec la recomposition des configurations territoriales à l’échelle régionale. Les hypothèses développées dans cette thèse ont pour but de mettre en valeur l’évolution des fonctions départementales dans un paysage institutionnel en mutation, et d’analyser les politiques urbaines du Conseil général face aux enjeux de restructuration et de redynamisation du territoire, et d’amélioration de l’image négative du « 93 ».
Les enjeux de cohésion sociale et territoriale
Pour les édiles urbains du Conseil général, il est indispensable aujourd’hui de mieux structurer l’espace départemental et forger une nouvelle « identité urbaine ». Le potentiel exceptionnel dont dispose la Seine-Saint-Denis est aujourd’hui grevé par une accumulation de handicaps économiques, sociaux et urbains d’ampleur.
Pour le Conseil général, l’action économique locale est parée de toutes les vertus, car l’arrivée d’entreprises sur un territoire accroît les ressources financières et permet, en conséquence, la mise en place d’actions dans des domaines qui touchent directement la population locale (transports, habitat, culture, aide sociale...). Elle est en outre censée développer les possibilités d’emploi des habitants, dynamiser l’image du territoire et poser ainsi les bases du développement futur. Par ce biais, l’action économique d’une collectivité locale tente insensiblement de s’inscrire dans le champ du développement local, ou encore du développement territorial. En Seine-Saint-Denis, l’écart considérable qui existe entre cet idéal et la réalité des interventions économiques menées par des acteurs aux perceptions divergentes a notamment pour origine la prégnance du cadre institué par les lois de décentralisation.
Redynamisation économique, recomposition du territoire et du cadre urbain d’une banlieue industrielle
Le cadre urbain de la Seine-Saint-Denis est caractérisé par la forte concentration de friches industrielles. La dévalorisation de son tissu urbain se signale également par la multiplicité d’enclaves dessinées par de nombreuses infrastructures routières et ferrées, par la déficience de centralités traditionnelles et par un manque persistant de qualité urbaine (espaces publics, entrées de ville, habitat,...). Au travers de la mise en évidence d’une divergence qui se creuse entre le social et l’économique, le diagnostic territorial mis en valeur dans cette recherche pointe d’emblée une double déficience de la cohésion territoriale de la Seine-Saint-Denis, la dissociation entre les dynamiques sociale et économique mettant en cause l’équilibre du territoire.
Parallèlement à l’étude des dynamiques économiques, il nous semble important d’aborder l’action du Conseil général visant à traiter le cadre urbain (réhabilitation et restructuration) à travers trois questions qui se situent au cœur des déséquilibres dont souffre la Seine-Saint-Denis : les déplacements et les transports qui permettent de soulever la question de l’accessibilité et de la desserte de l’espace ; l’habitat qui marque directement l’image du territoire par les spécificités liées à son type, par ses formes architecturales et par son agencement dans l’espace urbain ; le cadre environnemental et paysager qui prend une dimension principale dans un espace fortement marqué par l’implantation de l’industrie et l’existence de nombreuses friches.
Image du territoire et marketing urbain
L’un des principaux objectifs des politiques d’image est d’attirer, par des pratiques de communication, des investisseurs aptes à créer des emplois. Il s’agit donc de vendre un territoire, de vendre un espace particulier, en s’appuyant sur des « particularismes », - réels ou plus ou moins imaginaires - non contradictoires avec le standard. L’attraction ne s’opère pas sur la base d’une analyse des réalités économiques ou sociales et des projets, mais sur la base d’une image qui n’a très souvent, que peu ou pas de rapport avec la réalité. L’image, dans ce cas, tend à créer une représentation positive des projets territoriaux. Dans une période de grande incertitude économique et sociale, l’image, créée à des fins de communication, propose une identité aux habitants de la cité.
Le marketing urbain apparaît comme l’ensemble des moyens mis en œuvre pour promouvoir l’image du territoire à l’intérieur de celui-ci et à l’extérieur. Il apparaît comme une démarche stratégique et comme le résultat de cette démarche, c’est-à-dire ce que produit le marketing : les images publicitaires, les textes promotionnels, les événements médiatisés. Le département de la Seine-Saint-Denis s’inscrit dans une telle démarche. Avec les projets urbains et le marketing on se trouve donc face à un processus : une démarche stratégique, une action volontaire, une intention, et face au produit de ce processus : des actes et des discours. Le marketing est ainsi appréhendé comme une composante des projets urbains, comme un élément fonctionnel du projet. En choisissant d’étudier les actes et les discours, on place au centre de l’étude les acteurs qui déterminent la décision d’action, qui déterminent le mode d’action, qui sont à l’origine du discours.
Ce qui doit guider la lecture des textes c’est la recherche de l’articulation entre le discours et l’action. Ce que l’on cherche à préciser c’est donc comment le discours intervient dans l’action, à quel moment, quelle fonction il y exerce.
En conséquence, c’est par l’étude conjointe de l’action agissant sur l’espace, à travers une enquête sur le terrain permettant de prendre la mesure des réalisations accomplies, et du discours du département et des autres acteurs (presse départementale, textes écrits par les responsables des villes, entretiens, schémas directeurs, presse municipale, publicité urbaine, etc.), que nous nous proposons de préciser ce que recouvre le marketing urbain dans le cas d’espèce du département de la Seine-Saint-Denis.
Dans la logique d’action des projets urbains du Conseil général de Seine-saint-Denis, l’activité de communication joue un rôle majeur pour faciliter les relations entre les acteurs, pour assurer leur cohésion et promouvoir la politique menée à l’intérieur du territoire et à l’extérieur. L’action de communication remplie donc une double fonction : légitimation du rôle d’intercesseur du Conseil général, promotion de la stratégie départementale et de l’image du « 93 ».
L’efficacité de la politique de communication se traduit d’abord par la capacité du Conseil général à impliquer les autres acteurs, à les associer à sa politique. Pour juger de ces résultats il est nécessaire de mesurer sur le terrain le degré de pénétration de cette politique et l’intérêt qu’elle suscite auprès de tous les acteurs concernés (habitants, communes, entreprises...). Faire accepter les projets urbains c’est en effet légitimer les choix, le mode d’action de ces projets. Mais faire accepter les projets urbains c’est aussi et en même temps construire une représentation collective de ces derniers, telle que les habitants prennent en charge les projets, y participent. Le discours qui procède du département et des autres acteurs, en premier lieu les communes, doit être interprété également comme une prise de parole, c’est-à-dire un acte par lequel s’affirme le pouvoir urbain.
La territorialisation des politiques départementales
La notion de territorialisation, de plus en plus mobilisée par des chercheurs de différentes disciplines, est polysémique (Lévy, 1999). La territorialisation des politiques urbaines, c’est lorsque le territoire cesse d’être un simple récepteur de dispositifs pour devenir le lieu de création de ressources d’intérêt général. Cette définition paraît, pourtant, quelque peu idéalisée. C’est qu’entre le pilotage « croisé » des dispositifs nationaux par les préfets et les institutions locales, et les projets émanant du territoire, de nombreuses étapes existent : Depuis le catalogue de mesures « cadres » dans des territoires éligibles, à l’adaptation de ces mesures cadres aux réalités locales, puis aux vagues de mesures d’aménagement du territoire, et, enfin, jusqu’au repositionnement de manifestations locales dans des logiques territoriales.
Nombreux sont les programmes qui affichent les mots « territoire », « territorialité », « local », « proximité », tant dans la définition de leurs aires d’application que dans la justification de leur mise en œuvre : on va mieux répondre aux attentes du citoyen (y compris dans une logique électoraliste), parce que l’on s’inscrit dans une proximité (qu’elle soit réelle ou de façade). Mais les processus de décision et de gestion se heurtent aux pratiques individuelles et collectives et aux représentations de l’espace de chaque individu ou groupe social.
Dès lors, étudier la « territorialisation » des politiques publiques dans une dimension dynamique et conflictuelle débouche sur des questions de démocratie locale, de participation du citoyen à la construction de l’espace public et pose le territoire, non pas comme un espace donné comme support de politiques, mais comme un objet construit .
L’institution départementale contribue à la mise en cohérence des projets passés, présents et à venir, et cherche à mieux articuler les différents projets de redynamisation et de restructuration engagés sur le territoire, de façon à limiter les effets de superposition - voire de substitution - au service d’une cohérence globale permettant de mieux mobiliser les énergies et les compétences de chacun, mieux cibler les dépenses publiques, mais également, faire converger les efforts au profit d’un développement durable et global concerté.
Les méthodologies mobilisées dans le cadre de la territorialisation ne visent pas à imposer aux territoires un modèle de développement exogène. Elles visent au contraire à mobiliser au mieux les ressources et les dynamiques des territoires au service d’une mise en œuvre renouvelée et plus pertinente des politiques urbaines.
La démarche de territorialisation vise essentiellement, dans le cadre du « 93 », à appréhender les problématiques de l’insertion et de la lutte contre les exclusions dans toute leur complexité. Les politiques de re dynamisation et de restructuration ont, de part leur objectif d’équité entre les habitants et les territoires, une dimension sociale, fil directeur de la politique départementale. De fait, les méthodologies définies doivent viser à saisir la complexité des situations d’insertion et de lutte contre les exclusions, à travers l’ensemble des facteurs qu’elles convoquent : formation, logement, mobilité, facteurs d’exclusion. Mais également dans le cadre d’une approche plus large qui concerne le développement durable des territoires, concept phare du discours des élus de la majorité de gauche à l’assemblée départementale.
La recomposition des rôles des différentes institutions territoriales
On observe un processus de recomposition des rôles des différentes institutions territoriales qui voient les règles de spécialisation sectorielle s’estomper progressivement au profit d’une répartition des fonctions politiques. Par son mode d’élection au suffrage universel, l’intercommunalité acquiert de plus en plus une fonction centrale de représentation citoyenne et un pouvoir de délibération avec l’élaboration du projet stratégique et du cadre de référence de l’action publique locale. Les communes, elles, dans la recherche d’un intérêt général local négocient les projets d’action avec les habitants.
L’institution départementale s’inscrit historiquement dans une culture de la prestation. Il existe un décalage entre la position politique de cette institution et son mode de fonctionnement administratif. Sa capacité à mener une stratégie de développement est affaiblie par la complexité des enjeux territoriaux qui obligent le Conseil général à mener des politiques sectorielles en partenariat avec d’autres acteurs (redynamisation économique, transports, qualité du cadre urbain, développement culturel, sport...).
A l’extérieur, le Conseil général, qui subit la pression des intercommunalités, fait le choix en Seine-Saint-Denis de soutenir les projets initiés par celles-ci tout en développant une perception départementale des problématiques territoriales ainsi qu’un discours fédérateur. La réelle concurrence existant entre les acteurs du territoire oblige le Conseil général à sortir de son champ de compétences traditionnel. Mais si l’institution départementale privilégie une politique contractuelle aux configurations multiples et l’octroie de divers subventions, elle ne développe pas une réelle stratégie opérationnelle coordonnée et prospective.
La fonction politique de régulation du Conseil général, concrétisée par la délivrance de prestations se double d’une fonction technique qui tend à assimiler de plus en plus le département à un outil d’intervention via notamment l’action des sociétés d’économie mixte départementales. Ce positionnement particulier fait encourir au Conseil général le risque de perdre une part de sa légitimité politique. Notre travail de recherche montre cependant que l’hypothèse selon laquelle le Conseil général serait une institution en voie de disparition est loin d’être vérifiée étant donné l’enracinement historique et politique qui confère au département sa légitimité.
Le De Bono Mortis de Saint-Ambroise. Texte latin, traduction et commentaire
Samedi 28 janvier 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Lama EL HORR soutient sa thèse de doctorat :
Le De Bono Mortis de Saint-Ambroise. Texte latin, traduction et commentaire
En présence du Jury :
M. ZARINI (Paris 4)
M. DOLBEAU, codirecteur (EPHE)
M. FREDOUILLE (Paris 4)
M. NAUROY (Metz)
M. PERRIN (CNRS)
Résumés
Une nouvelle édition critique du traité De bono mortis de saint Ambroise, fondée sur la collation de nouveaux témoins manuscrits, doit permettre aussi de collationner à nouveaux frais les manuscrits utilisés par C. Schenkl, de remédier à l’absence d’un stemma et, sur la base du texte latin établi, de fournir une nouvelle traduction française. Il convenait aussi de renouveler l’approche de certains points constitutifs de la spiritualité ambrosienne, tels que la place qu’occupe la politique dans la prédication de l’évêque de Milan ou l’utilisation par ce dernier des sources païennes : pour cela, il fallait porter une attention particulière à la structure argumentative mise en œuvre.
St Ambrose’s ‘‘De bono mortis’’. Latin text, translation and commentary.
This study of the De bono mortis treatise of St Ambrose is based on the collation of new manuscripts in addition to those used by C. Schenkl. It attempts to address the lack of a historical stemma, and provide a literal translation of the Latin text into French. The document also strives to re-evaluate our approach to some fundamental aspects of St Ambrose’s spirituality, such as the role of politics in his preaching and his use of pagan sources, paying particular attention to the structure of his arguments.
Position de thèse
Introduction
La date de composition
On ne dispose à ce jour d’aucun indice fiable qui permette de fixer de manière sûre la date de composition du De bono mortis. Ambroise a-t-il composé ce traité dans les dernières années précédant sa mort ? Augustin a-t-il entendu ce sermon avant de quitter Milan ? De la comparaison du De bono mortis avec d’autres traités d’Ambroise, peut-on inférer quelque conclusion sur la date de composition de notre traité ? Qu’elles reposent sur la considération des différentes périodes de rédaction dans la vie de l’évêque, sur celle de l’influence plotinienne sur ce traité, ou encore sur le rapprochement de ce traité avec d’autres écrits du même auteur, les conjectures qui furent jusqu’ici avancées se révèlent toutes également discutables. Aussi faut-il considérer que le De bono mortis a pu être composé entre l’année 386, qui fut retenue par P. Courcelle, et l’année 391, qui fut retenue (et par suite écartée) par J.-R. Palanque.
L’occasion du traité
Comme pour la date de composition, Ambroise ne fournit aucune indication relative à l’occasion et plus généralement au contexte qui l’aurait conduit à composer ce discours sur la mort. Tout au plus savons-nous que ce traité était constitué à l’origine de deux sermons, prononcés peut-être le même jour, devant une communauté de fidèles. L’étude des thèmes majeurs abordés ne semble pas permettre d’affirmer que le De bono mortis serait une réaction à une situation politique périlleuse : non seulement Ambroise n’y fait mention d’aucun événement politico-religieux contemporain, mais en outre, il ne consacre aucun développement à la question de la mort « brutale », mort en quelque sorte imposée. Ambroise ne se soucie guère ici que de la mort volontaire, c’est-à-dire la mortification, à laquelle il exhorte avec empressement tout au long du traité. Il semblerait donc qu’il faille voir dans ce traité non pas une consolation, mais une exhortation à la mortification par le baptême, la pénitence, l’ascèse et l’abstinence sexuelle - notions élémentaires qui semblent s’adresser à des fidèles en cours d’être initiés.
Prédication et rhétorique
On devine, dès le début du traité, une intention de capter la bienveillance de l’auditoire. La simplification extrême de l’argumentation mise en œuvre permet assurément à Ambroise de faciliter l’enseignement des notions abordées ; cette simplification passe notamment par l’utilisation par lui du sens littéral du texte sacré, qui lui permet d’adhérer aux objections avant de pouvoir les réfuter, au moyen de l’interprétation allégorique, dont on sait qu’elle est son interprétation favorite. Mais un examen attentif de son argumentation révèle qu’Ambroise cherche à faire adopter ses vues plutôt qu’à enseigner par voie de « logique » ; cette méthode semble ainsi nous éloigner du docere pour nous introduire, parfois de manière assez brutale, dans le flectere. Il n’est pas rare, en effet, que l’évêque force l’interprétation des citations, notamment bibliques, qu’il a introduites dans son exposé ; quelquefois même, la logique est presque totalement absente et révèle un évêque plus soucieux de forcer l’adhésion que d’instruire.
Une exhortation à la mort
Tous ces procédés d’argumentation semblent servir un seul objectif : inciter à la pratique de la mort qui, seule, permettra de rejoindre le Christ dans la vie. A travers tout le traité, les thèmes se répondent et se complètent qui permettent à Ambroise de mettre en place cette exhortatio. Il lui faudra exposer les raisons de la présence de la mort dans le monde, traiter aussi la question de l’auteur de la mort, pour mettre à mal l’objection selon laquelle la mort est un mal parce qu’elle est contraire aux desseins divins. Démontrer que la mort est un bien revient en fin de compte à réduire à rien la crainte de la mort, qui est le propre des insensés - ou des pécheurs qui redoutent à juste titre le châtiment de leurs actions. On remarquera toutefois qu’Ambroise souligne avec insistance la possibilité d’être sauvé, mentions qui s’adressent précisément aux faibles. Pour autant, la notion de mérite n’en perd pas son importance : si la vie peut être offerte à tous, elle ne peut s’obtenir que par les bonnes œuvres - qu’il est d’autant plus urgent d’accomplir qu’il n’y a pas de rachat possible après la mort.
La tradition manuscrite
Ce texte n’avait pas vraiment été revu depuis l’édition de C. Schenkl, qui, malgré ses très grands mérites, souffre de plusieurs défauts tels que des erreurs dans les collations, un apparat tantôt trop imprécis tantôt peu sélectif, et une méthode trop intransigeante à l’égard d’une branche entière de la tradition. En outre, plusieurs manuscrits, naturellement, étaient ignorés de ce dernier, qu’il convenait pour nous de répertorier ; il n’était pas question, pour autant, de dresser une liste exhaustive des manuscrits ayant transmis notre traité, mais il nous a semblé indispensable de fournir une liste qui pût donner une base sûre à ce travail. On trouvera cette liste en appendice.
On a fondé l’étude de ce texte sur vingt-trois témoins manuscrits, sélectionnés sur des critères assez simples. Nous avons d’abord procédé à la collation, basée pour certains témoins sur une nouvelle datation - des manuscrits utilisés par C. Schenkl :
Saint-Omer, Bibl. mun. 72, s. IX (= A) ;
Paris BN lat. 1913, s. IX (= P) ;
Karlsruhe , Badische Landesbibl., Augiensis 213, s. IX (= W) ;
Karlsruhe , Badische Landesbibl., Augiensis 130, s. IX-X (= X) ;
Roma, Vat. lat. 5759, s. X-XI (= Y) ;
Karlsruhe , Badische Landesbibl., Augiensis 156, s. XI (= Z) ;
Einsiedeln, Stiftsbibl. 164 (330), s. XII (= F) ;
Reims, Bibl. mun. 379, s. XII (= R) ;
Karlsruhe , Badische Landesbibl., Augiensis 236, s. IX (= C) ;
Cambrai, Bibl. mun. 204 (0199), s. IX-X (= D) ;
Einsiedeln, Stiftsbibl. 136 (606), s. X (= E) ;
Sankt Gallen, Stiftsbibl. 187, s. X (= G) ;
Paris, BN lat. 1719, s. XI-XII (= U).
Sur les quatorze manuscrits dont s’est servi l’éditeur allemand, nous n’avons écarté - après l’avoir consulté - que le manuscrit de Douai, Bibl. mun. 226, s. XII, qui est un descendant direct de A.
Outre les treize manuscrits cités, nous avons jugé bon de collationner l’ensemble des manuscrits de notre liste qui sont antérieurs au XIIe siècle, à savoir :
Fulda, Hessische Landesbibl., Bonifatianus 2, s. VIII (= B) ;
Dijon, Bibl. mun. 125, s. XI (= J) ;
Salzburg, Stiftsbibl. St Peter, Codex a. VII. 31, s. XI (= S) ;
Paris, BN lat. 2699, s. XI (= Q) ;
Le Mans, Bibl. mun. 15, s. XI (= L) ;
Paris, Mazarine lat. 583, s. XI (= M) ;
Avranches, Bibl. mun. 72, s. XI (= N) ;
Durham, Dean and Chapter Library, Codex B.II.6, s. XI-XII (= O) ;
Paris, BN lat. 2639, s. XI-XII (= T) ;
Enfin, nous avons ajouté à cette liste un manuscrit tardif, d’origine milanaise :
Princeton, University Library, Kane 14, s. XV (= K).
La collation de ces témoins fait apparaître une tradition que se partagent deux ancêtres distincts : d’un côté l’ancêtre α, que représentent les témoins AP ainsi que les témoins JK, qui descendent tous deux de P ; de l’autre, l’ancêtre β, qui réunit la famille italo-germanique θ (=WXYZFR) et la famille franco-germanique ψ’ (= BCDEGSQ). Enfin, les témoins de l’ancêtre δ (= LMNOTU) relèvent vraisemblablement d’une tradition contaminée, puisque leurs leçons et variantes s’accordent tantôt avec les témoins de la branche α, tantôt avec ceux de la branche β. Pour bien expliciter le lien de parenté qu’entretiennent entre eux nos vingt-trois manuscrits et la place qu’ils occupent chacun dans la tradition, il a paru utile d’essayer de tous les situer dans un stemma, remédiant ainsi à l’absence de stemma dans l’édition de C. Schenkl.
Instructive est aussi, pour l’histoire de la tradition, l’étude des mains correctrices dont portent la trace presque tous les témoins collationnés. Lorsque cela a été possible, nous avons situé ces « mains », au même titre que les témoins eux-mêmes, dans la tradition du traité : les rapprochements que l’on peut faire entre les variantes introduites par ces mains et les leçons et variantes que contiennent d’autres témoins permettent de déterminer, sans doute assez précisément, les ancêtres dont dépendent Apc (= A2), Rpc (= R2), Wpc (= W2) et Spc (= S2).
Edition, traduction et commentaire
Edition
Il est bien manifeste que, malgré les indices précieux qu’apportent en certains endroits du texte quelques-uns des nouveaux manuscrits collationnés, les témoins AP, dont s’est servi C. Schenkl pour l’établissement du texte, demeurent pour l’éditeur moderne des témoins à divers égards incontournables. Et cependant, si C. Schenkl a eu raison de voir dans ces manuscrits, et en particulier dans A (Saint-Omer, Bibl. mun. 72), des témoins excellents du texte, il a sans doute poussé sa méthode jusqu’à l’exagération en refusant systématiquement de considérer, notamment dans les passages qui présentent des difficultés non négligeables voire des lacunes, le reste de la tradition, c’est-à-dire la seconde branche représentée par l’ancêtre β. C’est essentiellement sur ce point que nous avons jugé nécessaire d’intervenir, en accordant plus d’intérêt à la seconde famille dont les leçons se révèlent parfois indispensables pour la reconstitution du texte.
On trouvera dans l’apparat critique l’ensemble des variantes données par l’ensemble des manuscrits collationnés - à l’exception de celles de O (Durham, Dean and Chapter Library, B.II.6) qui, en sa qualité de descendant direct du manuscrit d’Avranches, Bibl. mun. 72 (= N), a été supprimé de l’apparat. Par ailleurs, quoique nous ayons tenu à consulter la révision qu’a donnée W.-T. Wiesner (en 1970) de l’édition de C. Schenkl, ainsi que l’édition, plus ancienne, des mauristes, cependant, seules les interventions de C. Schenkl trouveront une mention dans l’apparat.
Sous le texte latin figure également l’apparat des sources scripturaires - auxquelles nous avons apporté un certain nombre de corrections par rapport aux travaux respectifs de C. Schenkl, de W.-T. Wiesner, de Mc Hugh et de C. Moreschini.
Traduction
La dernière traduction française du traité De bono mortis est celle qu’a fournie P. Cras (en 1934), et qui se révèle à divers égards une adaptation destinée à faire connaître le traité à un large public. Il manquait donc une traduction plus précise, qui n’écartât aucun passage du texte, fût-il obscur. Pour effectuer cette traduction, il était utile de tirer profit d’un certain nombre de traductions étrangères - anglaise par Mc Hugh puis par W.-T. Wiesner ; italienne, par F. Portalupi puis par C. Moreschini ; allemande par J. Huhn.
Commentaire
Le De bono mortis a bénéficié d’un commentaire de la part de W.-T. Wiesner, et d’annotations plus ou moins approfondies de la part de F. Portalupi, de Mc Hugh, de C. Moreschini et de J. Huhn. Ces différentes études s’intéressent en grande partie aux sources d’Ambroise dans ce traité ; mais elles ne contiennent que peu de remarques d’ordre stylistique, et certains passages du texte, ambigus voire obscurs, n’y bénéficient d’aucune explication. Il était donc utile d’essayer de remédier à ce manque.
Ont trouvé une place dans le commentaire les questions qui n’ont pas bénéficié d’un développement dans l’introduction, c’est-à-dire en particulier la question des sources - aussi bien scripturaires que philosophiques, et, plus largement, païennes ; comme on le sait, cette dernière question a été très largement explorée depuis la découverte par P. Courcelle de l’influence plotinienne sur ce traité : aussi est-ce volontairement que nous en avons relégué l’étude dans le commentaire. Quant aux sources scripturaires, W.-T. Wiesner a eu l’occasion de s’y intéresser d’assez près dans l’abondant commentaire qu’il a donné du De bono mortis, et il nous a paru naturellement inutile de reprendre le détail de cette étude. En revanche, il restait, semble-t-il, à étudier de plus près le texte de IV Esdras, apocalypse apocryphe que cite abondamment Ambroise dans la seconde partie de son traité, et qui n’a reçu jusqu’ici que des études assez sommaires ; nous avons donc consacré à ce texte plusieurs passages de notre commentaire, et ce, en plus de l’étude plus détaillée que l’on trouvera en appendice.
On trouvera enfin, dans le commentaire, des remarques relatives à l’apparat critique, et principalement aux variantes adoptées par rapport à l’édition de C. Schenkl, qui ne trouvent pas de développement dans les notes critiques.
Le féminin dans l’Oeuvre de Antonio Nobre
Vendredi 3 décembre 2005
13 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Fernando CUROPOS soutient sa thèse de doctorat :
Le féminin dans l’Oeuvre de Antonio Nobre
En présence du Jury :
Mme BESSE (Paris 4)
M. ALVEQ (Poitiers)
Mme CARREIRA (Paris 8)
M. ROIG (Montpellier 3)
M. URBANO TAVARES (Lisbonne)
Résumés
Nous abordons l’œuvre sous un angle stylistique afin d’y voir ce qui a permis de qualifier le style et le discours du poète de féminin. En se réappropriant la langue de l’enfance et l’oralité Nobre réinvestit sa langue maternelle, et fantasmatiquement fait corps avec la mère. L’analyse des réseaux métaphoriques dénote une sensibilité que la doxa attribue aux femmes : dolorisme, émotivité, fragilité. Le Moi du poète s’effémine. Ainsi, des multiples représentations de la femme aucune n’est à même de susciter un désir charnel. Car derrière elles se cache l’image fantasmatique de la mère. La dévirilisation du sujet s’élargit à une crise de l’identité masculine fin-de-siècle marquée par la figure du Dandy, de l’androgyne et par la problématique homosexuelle. En instaurant le trouble dans le genre Nobre dépasse la dichotomie du masculin/féminin pour avouer un fantasme de neutralité qui rejoint le désir de n’être Rien, sinon de retourner à la Terre Mère.
The work is studied from a stylistic perspective so as to highlight what has induced critics to emphasize feminine features in the poet’s writing. By making intensive use of the childhood’s language and oral communication Nobre endows his mother tongue thereby sublimating through writing the fantasy of returning to the maternal womb. The careful analysis of metaphors in the text reveals a form of sensibility that is traditionally associated with female psychology. The poet’s Ego grows less masculine and more feminine. Thus, among the various representations of woman none is capable of arousing desire for they are all designed to conceal the unconscious representation of the mother. The progressive unmanning of the subject is subsumed under the larger crisis of male identity as embodied by the figure of the dandy and the androgyne and linked to gay issues. By playing up gender confusions Nobre goes beyond the simplistic male/female dichotomy and confesses the fantasy of a non sexual marked gender that may be assimilated to the desire of being nothing but returning to Mother Earth.
Position de thèse
Introduction
L’objet de la présente étude est de « déconstruire » au sens derridien du terme le mécanisme des critiques qui depuis plus d’un siècle parlent du caractère féminin de l’œuvre du poète portugais António Nobre (1867-1900), sans jamais l’avoir défini dans sa signification profonde, dans ses effets de « signifiance » (Kristeva). Notre lecture envisage le féminin comme question poétique et non comme pur objet idéologique construit a priori. Ce qui lui est reproché avant tout, c’est de ne pas ressentir dans la norme, sentir selon son sexe. L’écriture du poète pratique une confusion des genres. Le féminin devient dans ses vers une poétique de déstabilisation du masculin, un dérèglement des codes qui régissent encore nos sociétés « hétéronormées » (Judith Butler), a fortiori la société portugaise de la fin du XIXe siècle. C’est pourquoi après avoir établi une analyse diachronique de sa réception, nous avons pris comme acquis le féminin dans l’écriture du poète et sa prétendue féminité. Notre but est d’ébranler cette ligne de lecture traditionnelle, la libérer de ses précompréhensions pour permettre ainsi de nouvelles possibilités d’interprétation. Nous partons des trois points mis en évidence par la critique, féminité, infantilisme et narcissisme, pour voir comment ils s’articulent entre eux pour créer une des œuvres les plus singulières de la littérature portugaise de la fin du XIXe siècle.
Première partie : le féminin de l’écriture
I. Un discours féminin
Dans cette première partie nous étudions l’œuvre du poète sous un angle stylistique afin d’y voir ce qui a permis de qualifier quasi unanimement son style et son discours d’enfantin et/ou féminin. A l’heure où les auteurs symbolistes raffinent leurs discours, remplissant leurs poésies de vocables rares et insolites, ou au contraire recherchent l’épure, António Nobre part en quête d’une simplicité lexicale qui frise très souvent le prosaïsme et le populaire. Le poète installe sa parole lyrique dans un laisser-aller à l’expression de son univers intime, faisant fi de toute rigueur syntaxique. Son écriture mime l’oral. A la netteté de la phrase affirmative est préférée la phrase exclamative et la suspension, au tranché du point final est préférée la ponctuation « de l’affectivité et de la cassure » (Béatrice Didier). Les signes graphiques de l’affect et de la sensibilité s’inscrivent donc dans la tessiture des vers. Le sujet lyrique infantilise son discours en se réappropriant la langue de l’enfance et l’imaginaire enfantin, ou il le féminise en introduisant des marques de la différence sexuelle dans l’acte d’énonciation.
II. L’oralitude
A travers cette infantilisation et féminisation de son discours poétique, Nobre investit ce que certains critiques disent être l’une des caractéristiques de l’écriture-femme, l’oralitude (Béatrice Didier). La dichotomie entre le sujet biographique António Nobre et le je poétique est ici poussée à l’extrême, ce qui pose d’emblée le problème de la perception extérieure de sa masculinité. En infantilisant sa poésie il se féminise, perd de sa virilité « sociale ». Un homme se doit d’être adulte en parole et en action. Nobre ne peut être un « grand enfant » sans être marginalisé. L’écriture du poète se trouve par conséquent en position « d’entre-deux », entre l’enfance et l’âge adulte, entre deux genres, le masculin et le féminin, mais aussi « entre-deux-langues » (Daniel Sibony), l’érudite et ses écrits, la populaire et son oralité. Toutefois, il s’agit de donner du sens à cette perception quasi immédiate de son style et de son discours. A travers sa poétique, Nobre se rapproche au plus près de l’espace génésiaque, de son espace matriciel. Le poète publie à Paris, où il étudie, son unique recueil. Ses pièces majeures y sont composées. Nous voyons alors comment l’écriture permet au poète de réinvestir sa langue maternelle, et fantasmatiquement de faire corps avec la mère. En effet, il s’agit pour notre auteur de retrouver le plaisir des sonorités de sa langue maternelle. Celle-ci est alors investie d’une charge libidinale, ce qui permet au sujet biographique de maintenir une stabilité psychique. Loin de sa patrie, langue maternelle et « Matrie » se confondent pour former une quête identitaire. La mère est bien la « matrice » (Roland Barthes) de l’énonciation. L’écriture devient un moyen de retrouver le contact osmotique avec le corps de la mère. Le Moi du sujet surmonte ainsi la séparation initiale et retrouve « l’unité originelle perdue » (Didier Anzieu).
III. L’art de l’enfance ou l’écriture comme jeu
Néanmoins, si le poète joue avec la langue pour se retrouver dans la situation de l’infans, il arrive aussi qu’il se joue d’elle, hésitant entre ironie et vérité profonde. Par conséquent, l’infantilisme décrié par la critique s’inscrit dans tout un courant fin-de-siècle qui écrit aussi pour rire. « Les souvenirs inutiles de l’enfance inutile » (Gaston Bachelard) sont pervertis de manière ludique. Le mythe baudelairien de la Passante et celui de la femme fatale sont parodiés, l’amour et la mort raillés. Par ses choix stylistiques et se options esthétiques, Nobre fait montre d’un liberté toute nouvelle dans la littérature fin-de-siècle portugaise. Le poète rejoint ainsi l’esprit des « Zutistes » et autres « Jemenfoutistes » du Paris de Jules Laforgue et Tristan Corbière.
Deuxième partie : les réseaux métaphoriques ou le féminin à l’œuvre
I. La féminisation du Moi
Dans un deuxième moment, nous analysons comment l’œuvre du poète est parcourue par tout un réseau de métaphores qui dénoterait là aussi une « sensibilité féminine ». Le sujet poétique en vient à se féminiser et prône des valeurs que la doxa attribue aux femmes, sensibilité, compassion et pitié. S’il est vrai qu’avec le développement d’une culture sensible au XVIIIe siècle, les larmes n’étaient plus l’apanage des femmes, cette sensibilité est perçue comme efféminée dans la réaction ultérieure de rejet du romantisme et de son dolorisme exacerbé. Le premier élément contre lequel s’élèvent les parnassiens c’est la sentimentalité, le lyrisme du Moi, pour rechercher l’impassibilité, l’isolement, « l’art pour l’art ». Toute émotion est un élément étranger dont il faut épurer la poésie ; les larmes deviennent l’apanage d’un monde bourgeois duquel l’artiste doit se démarquer, d’un monde bourgeois mais aussi féminin. Or à l’image de la femme fragile post-romantique, Nobre oppose un « je fragile », émotif et maladif, au plus près des influences cosmiques, et dont le seul réconfort réside à fuir le présent pour se réfugier dans une enfance rêvée. Le discours du poète bouscule ainsi le « phallogocentrisme » (Derrida). Sa poésie est vue comme puérile, féminine, car elle va à l’encontre des attentes de la doxa qui voudrait qu’un écrivain mâle ait une écriture « masculine ». Les critiques qui lui sont faites ne sont donc qu’une répression de l’instance sociale qui ne reconnaît pas dans ses vers l’écriture d’un sujet de sexe masculin. La féminisation de la parole poétique de l’auteur serait alors la condition de son mode de création, à l’encontre de toute « logomachie » (Barthes), de la domination masculine sur le langage et la parole. Le présent de l’écriture du recueil Só, est toujours dysphorique. Les frustrations naissent de la distance physique et temporelle. Pour résoudre ses angoisses, le Moi du poète se voit autre, ailleurs : goût du rêve par dégoût du réel. La nostalgie de l’auteur s’inscrit alors dans la continuité du Romantisme qui voit dans l’innocence enfantine une réminiscence du bonheur primitif dont tout homme a été expulsé. L’univers féminin est ainsi le refuge à chercher pour fuir la dictature de la science, le matérialisme et la modernisation croissants qui l’éloignent toujours plus de son paradis premier. Les images de l’enfance surgissent donc comme nécessité, résolution de l’angoisse du Moi hic et nunc, résultante d’une névrose de l’adulte António Nobre, solitaire et exilé à Paris.
II. L’image de la mère
Ce fantasme régressif relie ainsi sa poétique à tout un univers féminin. Le pays natal offre un havre de paix presque aussi apaisant que le giron de la mère, une paix quasi originelle. La poésie (re)devient incantatoire. Elle permet au poète d’évoquer ses morts, sa Mère morte, de créer un lien avec l’au-delà, donc de donner un sens à sa vie, de triompher de l’absurde du monde des vivants. En superposant ses textes, apparaissent des réseaux d’associations ou d’images obsédants qui se ressemblent suffisamment pour que nous puissions établir des analogies. Ces « métaphores obsédantes » sont des noyaux inconscients qui affleurent dans les compositions de Nobre, à la fois comme forme (style et discours), mais surtout comme contenu. Il s’agit donc bien de les superposer et non de les comparer comme cela a été fait jusqu’à présent. Nous adoptons la méthode psychocritique développée par Charles Mauron, ceci « afin de faire apparaître moins des répétitions obsédantes (problème mieux résolu par la statistique) que des liaisons inaperçues et plus ou moins inconscientes. » Nous tentons de démontrer alors que parler de la femme chez António Nobre revient à évoquer une « situation dramatique », « un mythe personnel ». En effet, des multiples représentations de la femme dans son œuvre, surgit l’image fantasmatique de la mère, une mère toute-puissante, phallique. Elle prend pour le poète, incapable de l’exorciser, les traits de la Mort. Son omniprésence l’empêche d’aller désirer l’autre femme, d’aller à la rencontre de l’autre corps.
III. L’image de la femme
Il s’agit donc de voir quelles sont les relations qu’entretient le je poétique avec les êtres féminins qui peuplent les compositions du poète. Les portraits féminins qui se dessinent dans ses vers révèlent l’impossibilité du désir. L’être aimé y devient une Vierge intouchable, une femme-enfant, une présence fantomatique impalpable, une femme littéralement invisible, à moins de prendre les traits d’une Ophélie préraphaélite, d’une femme vue comme une nature morte. L’angoisse de la confrontation avec l’altérité se résout par l’éloignement de l’Autre ou son rejet, voire sa mort, car l’Autre représente inconsciemment la mère, objet tabou. La femme ne peut être vue dans sa réalité physique car indésirable ; elle ne peut prendre forme, n’existe que sur la page blanche. Ainsi, dans son univers poétique, Nobre exclut la femme réelle tout en s’appropriant son essence, le féminin. Rivé au corps de la Mère, le corps de l’autre femme lui est interdit. Prisonnier de la figure maternelle, il lui est impossible d’atteindre la maturité psychique qui rendrait désirable cette femme rêvée.
Troisième partie : Un féminin transcendant
I. Le désir du neutre
Enfin, ayant analysé le style et les images de ces poésies, nous tentons dans cette troisième phase de déceler leurs effets de signifiance. Il y a un net refus du corps chez notre auteur qui se traduit au niveau métaphorique par un désir du neutre. Le sujet se compare à l’ange, symbole de désirs sublimés. Nous assistons donc à l’hybridation de thèmes religieux et du mythe personnel. D’autant plus le sujet lyrique va s’identifier à la figure du Christ, fruit d’un décret d’une puissance supérieure. Nobre se construit « une scène primitive » (Freud) sur le modèle de la Sainte Famille exprimant le fantasme d’avoir une mère intacte, vierge, donc pour lui tout seul. Cette identification du Moi avec la figure de l’ange, avec l’image du Christ, renvoie à un désir profond de dépasser les contingences du corps pour atteindre une certaine forme d’asexualité. Il y a chez António Nobre un désir du neutre, degré zéro du sexe qui se traduit dans son imaginaire par une androgynéité cosmique. En effet, le sujet d’écriture projette sur le cosmos sa structuration profonde. Dans ses vers, la lune et le soleil se confondent, abolissant ainsi la dichotomie du masculin/féminin représentée par l’opposition entre les deux astres.
II. La crise de l’identité masculine
La dévirilisation du sujet poétique finit par s’élargir à une crise de l’identité masculine qui parcourt l’univers littéraire européen de la fin du XIXe siècle. L’effémination présente dans le texte est la voie d’une critique larvée des valeurs et de l’univers bourgeois prônés par le Réalisme Naturalisme, par les idées philosophiques du positivisme comtien. Le féminin, mot emblématique, condense à lui seul la crise de l’identité masculine naissante. Dans une réalité qui n’admet que l’homme ou la femme, où coexistent deux sexes à la symétrie parfaite, l’effémination de l’esthète Dandy et la résurgence du mythe de l’Androgyne viennent bouleverser cette harmonie que l’on croyait naturelle et éternelle. L’inscription du féminin n’est plus l’apanage des femmes, mais aussi celui de quelques hommes. L’écriture du poète expose une crise du genre qui ouvre la voix à une problématique homosexuelle.
Toutefois, cet état de crise n’est pas sans évoquer un certain esprit fin-de-siècle qui voit dans la fin du siècle la fin d’un monde. A l’effémination intime, au vacillement de l’identité du sujet d’écriture vient s’ajouter une crise intellectuelle qui se traduit par un pessimisme tout droit hérité de Schopenhauer. A ce pessimisme d’école s’additionne une crise de l’identité lusitanienne au sens large, un questionnement qui porte sur le pays en tant que tel, sur sa capacité à exister. L’écriture de Nobre reflète aussi « le malaise dans la civilisation » (Freud). Le pays autrefois au sommet des nations n’en est plus réduit qu’à rêver au retour d’un mythique Roi D. Sébastien, de l’homme providentiel qui saurait régénérer la nation.
III. Une écriture narcissique
Il semblerait qu’en instaurant le « trouble dans le genre » Nobre énonce un fantasme de neutralité qui rejoint le désir de n’être Rien, sinon de retourner à la Terre Mère, à « l’intimité et au repos » (Bachelard). L’écriture devient spéculaire, narcissique pour certains. Nous sommes d’avis que sa quête du Paradis Perdu, son repli sur soi, la négation du monde extérieur et le refus de l’altérité correspondent à une régression vers ce que Freud a désigné conceptuellement par le narcissisme primaire et qui correspond à une période durant laquelle le sujet enfant vit dans un état d’impuissance totale. Mais elle est résolue par une adéquation quasi parfaite entre ses besoins et les soins parentaux, de la mère en particulier. Ses besoins étant immédiatement satisfaits, il vit dans l’illusion que sa faim crée le sein, le froid la douceur du linge, l’inconfort le réconfort. Il vit l’illusion de la toute puissance. Cette phase correspond à l’époque où le sujet ne se distingue pas en tant que Moi autonome d’un monde extérieur reconnu dans son altérité. C’est un état d’indifférenciation antérieur à la constitution du Moi, ce qui exclurait alors toute conscience du manque et par là même tout désir. Son Moi est universel, il n’a aucunement conscience de l’abîme qui le sépare de la Mère, de l’altérité du monde. Le récit de vie construit sous le mode de l’autofiction (Vincent Colonna) qui s’expose dans le recueil relève davantage d’une dynamique intime (psychisme du sujet d’écriture) que d’une logique existentielle (énoncé du biographique). Il n’y est pas question de « biographie personnelle » mais bien de l’harmonie du paradis perdu, de l’Innocence d’avant la Chute, du Narcissisme Primaire. Le féminin tant décrié par la critique ôte son voile pour révéler la vérité qu’il masquait, sa beauté qui n’est pas belle à voir : « La Mère Morte ».
Conclusion
Nous ne prétendons pas avoir épuisé le vaste champ d’interrogation du féminin dans l’œuvre de António Nobre. Toutefois, nous espérons avoir convaincu de sa pertinence pour lire les vers du poète et ainsi avoir démontré leur modernité qui, contrairement à ce qu’affirment les critiques, ne se limite pas qu’à son style oralisant, mêlant le populaire à l’érudition. Le féminin est ce qui marque son originalité sur la scène littéraire portugaise, son « ex-centricité » par rapport à la Loi du désir hétérosexuel tenue pour naturelle. L’écriture du poète perturbe notre vision du monde basée sue la dichotomie du masculin/féminin, montrant ainsi le caractère instable de ces notions et préfigurant la crise moderne de l’identité du sujet.
Le fini et l’infini chez Jacob Bohme, étude sur la détermination de l’Absolu
Vendredi 16 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. David KÖNIG soutient sa thèse de doctorat :
Le fini et l’infini chez Jacob Bohme, étude sur la détermination de l’Absolu
En présence du Jury :
M. COURTINE (Paris 4)
M. GODDARD (Poitiers)
M. MARQUET (Paris 4)
M. VIEILLARD-BARON (Poitiers)
Résumés
Cette thèse prend pour base l’œuvre de Jacob Böhme (1575-1624) afin d’étudier les rapports du fini et de l’Absolu dans le monisme. Le concept central de la spéculation böhmienne est le « Sans-fond » (Ungrund) : Unité suressentielle, Néant indéterminé, Volonté pure. Le caractère volontariste de cette unité méontologique transforme la pensée böhmienne en un monisme dynamique non réductible à l’hénologie apophatique traditionnelle ; se fait ainsi jour dans la doctrine un mouvement de manifestation de l’Ungrund dans le Grund, c’est-à-dire une introduction et une réalisation de l’Absolu dans la limite et dans la finitude, qui n’est pas conçu comme une chute mais comme une médiation positive aboutissant à fonder l’infini dans le fini. Partant du néant absolu, la doctrine fonde en outre la subjectivité de la substance à partir de sa propre impersonnalité. Il est donc possible de repérer, chez le maître de Görlitz, un schème de la manifestation de l’Ungrund qui ordonne la manière dont le premier principe parachève progressivement son essence à travers les modifications (« omnis determinatio positio est »). L’étude de la détermination ontologique et gnoséologique de ce néant constitue précisément l’axe central de ce travail : il s’agit de mettre en lumière le processus de détermination de la substance qui préside à la transformation de l’Absolu en essence et de l’essence en être, ainsi que d’analyser le rapport liant le fini à l’infini dans cette manifestation (opposition ou inféodation). Cette étude a enfin pour objet d’éclairer les liens qui rattachent la doctrine de Böhme à la mystique spéculative allemande et à l’idéalisme postkantien (particulièrement à Hegel et à Schelling).
JACOB BÖHME : THE FINITE AND THE INFINITE.
A STUDY ON THE DETERMINATION OF THE ABSOLUTE.
This thesis bases its theory on the work of Jacob Böhme (1575-1624), in order to study the relationship between the finite and the infinite in monism. The main concept of the Boehmian speculation is the “Ungrund”, which is a superessential One, an indeterminate Nothingness and a pure Will. The voluntaristic nature of this meontological unity turns the Boehmian thought into a dynamic monism, instead of reducing it to the tradition of the apophatic henology. The movement which is at work in the Boehmian theory is a manifestation of the Ungrund in the Grund, that is to say the introduction and the realisation of the Absolute in the limit of finity ; this process is not conceived as a fall, but as a positive mediation, necessary to create a basis for the infinite into the finite. It is therefore possible to outline the metaphysical scheme assigned to reveal the Ungrund and to progressively manifest the Absolute into alien modifications (according to this heterodox formula : “omnis determinatio positio est”). The analysis of this onto-gnoseological process of determination forms the structure of this study : its goal is to bring to light the entire process of manifestation as well as the relationship it creates between the finite and the infinite (which can be an opposition or an infeudation). Finally, this study intends to throw a new light on the relationship between the doctrine of Jacob Böhme and that of the German Mysticism and German Idealism (mainly Hegel and Schelling).
Position de thèse
Propositum studii
La présente recherche a pour but d’analyser le mouvement de manifestation de l’Absolu qui est à l’œuvre dans la doctrine de Jacob Böhme, mystique et théosophe allemand, et d’éclairer les similitudes qu’il est possible d’établir entre sa pensée et les principaux systèmes de l’idéalisme allemand (particulièrement ceux de Hegel et de Schelling).
1. Présentation générale de la doctrine de Jacob Böhme
Jacob Böhme est né en 1575 à Görlitz, en Silésie, et mort en 1624, après avoir écrit une vingtaine de traités. Sa pensée est à la fois riche et confuse, exprimant sur le mode ésotérique des intuitions qui illumineront la métaphysique des Romantiques allemands. Le böhmisme, en effet, n’est pas une philosophie à proprement parler, mais un mélange de théologie luthérienne, d’homilétique protestante, d’hétérodoxie spirituelle et de mystique rhénane, auquel sont intimement liées les idées du paracelsisme, ainsi que les thèmes et les symboles de l’alchimie, de l’astrologie, de la Kabbale chrétienne et de l’hermétisme renaissant. La doctrine böhmienne constitue donc une synthèse théologique, hermétique et mystique, dont le mode d’expression n’est pas conceptuel mais symbolique, - même si elle contient par ailleurs des éléments fondamentalement philosophiques.
L’influence théorique de cette doctrine est perceptible en Hollande, en Angleterre, en France et en Russie, où elle a touché des auteurs aussi divers que J. G. Gichtel, S. T. Coleridge, William Blake, Pierre-Simon Ballanche ou V. Soloviev. En Allemagne, la pensée de Jacob Böhme a exercé son influence, à des degrés divers, sur un nombre étonnant d’artistes et de philosophes ; parmi eux, des précurseurs du Sturm und Drang, comme Herder, Hamann et Krause, ainsi que les poètes Clemens Brentano, E. T. A. Hoffmann et Zacharias Werner, et le peintre Philipp Otto Runge ; mais ceux qui se sont le plus appliqués à son étude sont sans nul doute Franz von Baader, Ludwig Tieck, Friedrich Schlegel, Novalis, Hegel (qui lui décerne le titre de « premier philosophe allemand ») et, bien sûr, Schelling (qui le décrit comme « une apparition miraculeuse dans l’histoire de l’humanité »). C’est avec raison que Ernst Benz affirmait que « l’histoire de l’influence de Jacob Boehme sur la philosophie européenne est un des chapitres les plus excitants de l’histoire de l’esprit européen. »
On s’attendrait par conséquent à ce que son œuvre soit amplement commentée. Pourtant, Jacob Böhme est un auteur peu étudié. Ce désintérêt des chercheurs français pour un penseur qui semble pouvoir se prévaloir d’une postérité prestigieuse - et dont l’étude promet de belles surprises - a plusieurs fois été déploré (cf. Actes du colloque du C.E.R.I.C. de Chantilly, 1975, Vrin, 1979, & Etudes Philosophiques, 2, 1999). L’état des recherches en France est au point mort, alors même que la mystique rhénane est tenue en grande faveur et qu’à l’étranger, en Allemagne et aux Etats-Unis surtout, les études böhmiennes connaissent un regain de vitalité (de 1990 à 2005, plus d’une dizaine d’ouvrages lui ont été consacrés, dans les domaines de la philosophie, de la théologie, de la littérature et de la linguistique).
La présente thèse souhaite combler ce vide et attirer l’attention sur une doctrine qui, si elle est obscure, n’en est pas moins fertile.
2. Thème directeur de la recherche
La synthèse böhmienne couronne la spéculation théologique hétérodoxe qui s’est développée au XVIe siècle : elle constitue l’ultime efflorescence de la littérature spirituelle, avant le coup d’arrêt donné en Allemagne par la Contre-Réforme ; elle mêle en outre aux motifs traditionnels de la mystique et de l’ésotérisme des éléments nouveaux, qui situent la pensée de Jacob Böhme à la croisée de la Renaissance et du Baroque. Sa doctrine offre par conséquent un intérêt particulier pour l’étude de cette période de transition qu’est, en Allemagne, la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle.
Quelque passionnante que soit cette époque, ce n’est cependant pas son étude qui a suscité en soi notre intérêt ; celui-ci est fondé sur l’originalité des éléments métaphysiques contenus dans la doctrine et sur les parallèles éclairants qu’il est possible d’établir entre les idées böhmiennes et certaines positions de l’idéalisme allemand.
La nécessité d’une connaissance de la pensée böhmienne apparaît évidente dans la perspective d’une étude comparative lorsque l’on considère que son axe central consiste en un schème de manifestation du Sans-fond ; en effet, une doctrine qui s’attache à réaliser dans l’existence un absolu indéterminé doit avoir un intérêt tout particulier pour la philosophie allemande du début du XIXe siècle, qui fait du Grund une catégorie centrale de sa spéculation. Notre analyse démontre que le schème de détermination à l’œuvre dans la doctrine böhmienne offre les ressemblances les plus frappantes avec la manière de philosopher qui devait s’imposer au début du XIXe siècle ; les idées qui en découlent, comme l’unilatéralité de la propriété, la conception du mal et de la négativité, la méthode dialectique, la distinction entre Vernunft et Verstand, le thème du Grund, enfin la forme même du Proceß, sont appelées à devenir quelques-uns des traits distinctifs de l’idéalisme allemand.
L’intérêt de la pensée böhmienne pour l’étude des philosophies de Hegel et de Schelling n’est d’ailleurs plus à prouver ; toutefois, si son influence est largement admise, elle n’est ni exactement documentée ni précisément évaluée. La problématique que nous avons choisi de développer allie justement l’intérêt de plonger au cœur de la pensée de Jacob Böhme tout en permettant sa mise en perspective par rapport à l’idéalisme allemand : adopter le fil directeur de la détermination de l’Absolu nous permet en effet de nous plonger dans la spéculation böhmienne tout en évoquant certains des thèmes les plus fondamentaux de la tradition postkantienne, qui se penchera à son tour sur la question de l’auto-fondation du sujet absolu, de la constitution de la subjectivité et du principe d’individuation.
La question que nous nous proposons d’étudier dans ce travail est celle de la manifestation de l’Absolu. Le concept central de la spéculation böhmienne est l’Ungrund ou le « Sans-fond » ; c’est l’Absolu de l’hénologie apophatique : Un suressentiel et Néant indéterminé. Toutefois, la caractéristique de la doctrine böhmienne est que cette Unité méontologique est également une Volonté pure, - ce qui fait de la pensée de Jacob Böhme un monisme dynamique ; c’est la raison pour laquelle on trouve à l’œuvre dans la doctrine böhmienne un mouvement de manifestation de l’Ungrund dans le Grund, c’est-à-dire une introduction et une réalisation de l’Absolu dans la limite et dans la finitude, - qui n’est pas une chute mais une médiation positive qui aboutit à fonder l’infini dans le fini.
On trouve ainsi chez Böhme un schème de la manifestation de l’Ungrund qui démontre progressivement comment le premier principe parachève son essence à travers les modifications - séparation, opposition, individuation. La question qui occupe notre auteur est de savoir comment l’Absolu devient Dieu et comment Dieu vient à l’être. Pour le savoir, il faut remonter au-delà de Dieu et entrer dans l’Apophase pour assister à l’émergence d’un Grund à partir de l’Ungrund ; c’est ce que Böhme nomme le Mysterium Magnum. S’il donne ce titre à son œuvre maîtresse, c’est parce que sa pensée est tout entière orientée vers la résolution du mystère théogonique. Partant du néant absolu, sa doctrine fonde l’être.
C’est l’étude de la détermination progressive de ce néant, à la fois ontologique et gnoséologique, qui constitue l’axe central de notre travail. Il ne s’agit donc pas pour nous de présenter la pensée de Jacob Böhme dans sa généralité (même si nous y avons été souvent obligé), mais de mettre en lumière le processus de détermination de la substance, qui transforme l’Absolu en essence et l’essence en être, réglant ainsi les rapports du fini et de l’infini.
La question du fini et de l’infini est intimement liée à celle de la détermination de l’Absolu puisque, une fois éclaircis les mécanismes qui régissent le procès de développement du Sans-fond dans l’effectivité, il convient de s’interroger sur les rapports que l’Absolu entretient avec l’être qu’il engendre de lui-même. La question du fini ou de la déterminité (Bestimmtheit) est ainsi inséparable de celle de la détermination de l’infini (Bestimmung). Plus spécifiquement, soulever la question de la nature des rapports du fini et de l’infini dans la pensée de Jacob Böhme conduit à se demander si, dans un système moniste, il est véritablement possible pour le fini de procéder de l’auto-fondation de l’Absolu sans nier sa propre finité et disparaître dans l’infini ; dans un monisme fondé sur l’autodifférenciation propre de l’infini, l’existence même du fini apparaît comme problématique. Notre étude doit par conséquent évaluer la réalité de la finité face à l’Absolu, afin de déterminer si le fini et l’infini sont dans un rapport d’égalité, d’indifférence ou d’inféodation.
En somme, il s’agit dans ce travail d’analyser ce qu’est l’Ungrund, de démontrer pourquoi il se détermine, de mettre en lumière la nouvelle conception qui préside à sa détermination et de se pencher sur le statut de la déterminité, c’est-à-dire d’éclairer le rapport qui lie le fini à l’infini qui le fonde. Avec la détermination de l’Absolu, nous touchons ainsi à une question nodale de la métaphysique, puisqu’il s’agit de savoir pourquoi - mais aussi comment et à quelle condition - il y a quelque chose plutôt que rien.
3. Plan suivi par cette étude
La présente étude s’ouvre par une analyse du concept même qui est promis à la détermination, c’est-à-dire l’Ungrund (que nous traduisons par « Sans-fond »). Cette notion, qui partage les caractéristiques fondamentales de l’Un apophatique, peut être désignée comme l’« Absolu » böhmien ; elle est, au-delà de l’être et de la parole, une indétermination pure. L’Ungrund doit ainsi être compris comme Un et comme Néant, conformément aux codes de la théologie négative. Il importe de souligner son caractère méontologique et d’insister sur le fait que cet aspect de la doctrine rattache Böhme à l’antique tradition de l’hénologie - et le situe dans le prolongement de la lignée ouverte par le Parménide, à la suite d’auteurs tels que Plotin, Damascius, Pseudo-Denys, Maître Eckhart ou Nicolas de Cues.
Toutefois, si le Sans-fond peut être saisi comme Un et comme Néant, il doit également être compris comme Volonté. La nouveauté de la pensée böhmienne consiste précisément en cette alliance de l’apophatisme et du volontarisme : Böhme élabore le concept d’une volonté apophatique, encore enveloppée dans l’indétermination de son essence, et qui est pour cette raison essentiellement réflexive ; dans cette étude, nous soulignons l’originalité de cette conception et comparons l’Ungrund à la déité de la Théologie Germanique et au motor immobilis de la métaphysique aristotélicienne.
Une fois décrit l’Ungrund, comme Un, Néant et Volonté, il importe de résoudre trois problèmes essentiels à la compréhension de la doctrine böhmienne et qui agitent depuis longtemps l’exégèse, à savoir les rapports que le Sans-fond entretient avec le désir, la liberté et la Trinité. La première partie de cette étude se conclut enfin par une comparaison entre l’Ungrund böhmien et l’Ungrund schellingien.
Après voir exploré l’Apophase, il faut franchir les portes de la manifestation en suivant la Volonté dans son processus de différenciation. Nous verrons alors que la Volonté absolue se veut soi-même, ce qui entraîne une scission et une objectivation de l’essence. Ce stade de la différenciation représente le développement de la Volonté sans-fond en soi-même, c’est-à-dire le moment où l’Absolu s’avance vers lui-même à travers l’être-autre qu’il engendre par sa propre scission. C’est ici la première étape dans le processus de la détermination ; il y est question de la manière dont le Sans-fond opère en soi une différenciation ainsi que des bénéfices qu’il faut en attendre.
Cette deuxième partie est largement consacrée à l’étude des figures symboliques par lesquelles Böhme exprime la division de l’Absolu (le jeu, l’œil et le miroir) ; nous y étudions également les célèbres notions de Sagesse et d’Imagination. Enfin, nous mettons en évidence que la différenciation a permis une triple position objective : grâce à elle, l’Ungrund obtient un premier Grund, acquiert une intelligence (Gemüth) et devient Dieu (Gottwerdung). Le passage à la Cataphase est ainsi définitivement assuré.
La troisième et dernière partie de cette étude est consacrée à la détermination effective de la divinité, autrement dit à la substantialisation et à l’incarnation de l’essentialité dans l’être, ainsi qu’à la question du fini et de l’infini dans le monisme böhmien.
Nous y montrons dans un premier temps pourquoi la divinité ne saurait en rester à la différenciation. Nous insistons pour ce faire sur la déficience ontologique du premier Grund : nous nous penchons sur l’idée d’Eitelkeit et comparons l’être acquis par la division à l’essence de lumière hégélienne. Nous mettons ensuite en exergue la revalorisation böhmienne de la matière et l’affirmation de la nécessité d’un fondement ontologique effectif de l’Absolu.
Il convient à ce moment de produire une analyse spécifique du concept de détermination. Nous étudions la conception négative classique de la détermination, qu’on trouve chez Spinoza sous la formule « determinatio negatio est », et proposons la formule inverse (« determinatio positio est ») pour désigner le principe métaphysique qui est à l’œuvre dans la manifestation de l’Absolu chez Jacob Böhme. Cette conception modifie profondément le rapport que l’infini entretient avec le fini et anticipe la conception idéaliste de l’Absolu.
Puisque nous commentons une œuvre théosophique, nous devons confronter cette conception métaphysique positive de la détermination avec les éléments mythiques susceptibles de la mettre en échec : nous nous penchons en l’occurrence sur la figure de Lucifer, ce qui nous permet d’aborder la question du mal et d’introduire l’idée d’une conception dialectique de la négativité. Nous décrivons également le fameux cycle septénaire des qualités qui constitue, chez Böhme, l’instance fondamentale de la détermination : après avoir présenté chacune des qualités de ce schème, en mettant l’accent sur le caractère dialectique de leurs articulations, nous mettons en lumière la non-linéarité et le dynamisme de ce modèle symbolique.
Une fois achevée l’étude de la détermination considérée comme processus, il convient d’entreprendre celle de la déterminité créée : il est alors question du fini, en lui-même et dans son rapport à l’infini. Nous nous penchons par conséquent sur la fonction de la nature comme position de la divinité dans l’altérité objective de la Création. La nature extérieure apparaît d’un côté comme une forme morte, impénétrable et chaotique, et de l’autre comme la manifestation de Dieu et le reflet de la nature éternelle. Böhme réinterprète la doctrine paracelsienne des signatures afin d’appréhender ce reflet, mais se détourne finalement de la science de la nature. Nous progressons ensuite dans l’examen de la manifestation divine par l’étude de l’homme, qui est à la fois un microcosmos et un microtheos, doté originellement du pouvoir de réexprimer l’essence divine dans le principe de la matière.
Il est alors possible de dégager deux types de déterminité, que nous surnommons la « bonne » et la « mauvaise » détermination ; il s’agit pour nous de régler les rapports du fini et de l’infini, en montrant que le fini peut collaborer ou s’opposer à la détermination de l’infini.
Nous montrons en effet que si l’altérité est une condition de l’identité, elle ne saurait persister en soi sans prévarication : l’individualité objective qui tente de consister pour soi, au lieu de servir d’intermédiaire dialectique servant à fonder l’existence du sujet absolu, confisque le processus de détermination à son profit et subvertit les rapports du fini et de l’infini. Dans l’étude consacrée à la « mauvaise détermination », nous analysons les idées de propriété (Eigenheit) et d’égoïté (Selbheit ou Ichheit) qui condamnent le fini ; nous mettons également en évidence une nouvelle définition du mal, conçu comme singularité (et non plus comme déséquilibre) ; enfin, nous comparons la conception böhmienne de la volonté propre au mouvement de « l’aller-dans-soi » chez Hegel.
Nous analysons ensuite la fonction de la « bonne détermination », autrement dit du fini qui se dessaisit de sa finité pour concourir à la manifestation de l’infini. Nous montrons que cette position est représentée par la conception mystique de la Gelassenheit et nous proposons une interprétation métaphysique de ce mouvement qui lui confère une utilité dans le système théosophique de la révélation (Offenbarung). Nous abordons ensuite le problème de l’immanence de l’infini, autrement dit la question de l’autonomie du fini : nous discutons la théorie du fini comme « modification » de l’infini en partant de propositions spinozistes, puis nous commentons la réfutation qu’en a fait Schelling dans les Recherches philosophiques sur l’essence de la liberté humaine. Enfin, partant des analyses de Hegel sur la détermination de la substance chez Spinoza, nous nous demandons si l’existence propre du fini dans un système qui a pour base la manifestation de l’infini est possible.
4. Position de thèses
Les idées fondamentales que nous dégageons de la doctrine böhmienne sont : l’élaboration d’un Absolu apophatique ; la constitution d’un monisme dynamique fondé sur le volontarisme ; la formation d’une subjectivité absolue ; l’élaboration d’une théogonie (qui assure le passage de l’Ungrund à la divinité) ; la constitution d’un fondement de l’Absolu ; la mise en place d’une structure dialectique permettant l’exhaussement de la négativité ; la définition multiple du Mal (compris comme déséquilibre, comme puissance dialectique, comme puissance pure et comme singularité).
Les thèses fondamentales que nous formulons dans cette recherche sont les suivantes :
La doctrine de Jacob Böhme n’est ni un panthéisme ni un dualisme, mais un monisme strict (et, par voie de conséquence, un acosmisme).
L’Ungrund böhmien appartient à la tradition de la théologie négative et de l’hénologie spéculative, et doit être relié à la première hypothèse du Parménide, à l’Un de Plotin et de Proclus, à l’Ineffable de Damascius et à l’Hypertheos de Pseudo-Denys l’Aréopagite, à la Gottheit de Maître Eckhart et au Non-Aliud de Nicolas de Cues.
La doctrine de Jacob Böhme est sous-tendue par une conception positive de la détermination, qui annonce les développements de l’idéalisme allemand, et dont la formule (« determinatio positio est ») est contraire à la formule traditionnelle (« determinatio negatio est ») qui sous-tend la métaphysique classique.
Le système dynamique de la manifestation du Sans-fond valorise le fini en tant qu’instrument de l’infini, mais inféode par là même le fini à l’infini ; nous montrons que la négation du fini par l’infini est inévitable et aboutissons à ce principe que tout monisme métaphysique conduit à l’acosmisme.
Le Futuhât az-zamân, les "Conquêtes Spirituelles du Temps"
Jeudi 4 décembre 2003
15 heures
En Sorbonne
Bibliothèque Henri Massé, esc. I, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Mireille LOUBET soutient sa thèse de doctorat :
Le Futuhât az-zamân, les "Conquêtes Spirituelles du Temps" traité anonyme de piétisme juif médiéval
en présence du Jury :
M. AZAB (INALCO)
M. FENTON (PARIS IV)
M. GRIL (AIX-MARSEILLE)
M. TEDGHI (INALCO)
Le génie du lieu dans l’aquarelle anglaise (1750-1850)
Vendredi 2 juillet
14 heures
En Sorbonne, salle des Actes
1 rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Sylvie GRENET soutient sa thèse de doctorat :
Le génie du lieu dans l’aquarelle anglaise (1750-1850)
en présence du Jury :
M. BARIDON (DIJON)
M. CARRÉ (PARIS IV)
Mme HALIMI (PARIS III)
Mlle MARTINET (PARIS IV)
Le genre en anglais moderne (XVIe siècle à nos jours)
Vendredi 1 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Salle G358
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Laure GARDELLE soutient sa thèse de Doctorat :
Le genre en anglais moderne (XVIe siècle à nos jours)
En présence du Jury :
M. COTTE (PARIS 4)
M. DELMAS (PARIS 3)
M. GUIMIER (CAEN)
M. QUAYLE (CENTRA LIL)
Résumés :
Alors que les grammaires de l’anglais présentent aujourd’hui le genre comme une
catégorie au fonctionnement simple, de nombreux emplois demeurent inexpliqués. Par
exemple, pourquoi varie-t-il aussi souvent en discours pour un même réfé rent ? Pourquoi
associer parfois le féminin à un bateau ou une pelouse, le masculin à une fourche ou une
mygale ? La présente thèse se propose de rechercher les fondements véritables du genre en
anglais moderne, à travers une étude des pronoms qui en portent la marque. Après avoir défini
la notion de genre et établi un panorama des théories existantes, on propose une étude
détaillée d’un vaste corpus représentatif de la production langagière du XVIe siècle à nos
jours. Constatant des évolutions parfois importantes dans l’emploi des genres en discours, on
cherche à déterminer si elles sont le reflet d’évolutions systémiques ou s’il existe malgré tout
un critère de choix unique en langue. Une description cognitive de la catégorie, éclairée par
une brève comparaison avec les dialectes, permet de s’interroger enfin sur la raison d’être
profonde du genre.
While grammars of English today view gender as a category that can be easily accounted
for, they fail to explain many of its uses. For example, why are there so many variations in
discourse for a given referent ? Why use the feminine sometimes for a ship or a lawn, but the
masculine for a fork or a spider ? This thesis explores the true foundations of the category of
gender in modern English, by analyzing those pronouns on which gender is marked. After
defining the notion of gender and reviewing existing theories, it offers a detailed analysis of
an extensive corpus sampling language use from the 16th century to the present. It shows
obvious evolutions in the use of gender in discourse ; the study seeks to determine whether
they reflect systemic evolutions or whether they can be ascribed to other factors. Finally, a
cognitive description of the category, enriched with a brief comparison with dialects, enables
to look into the fundamental function of gender.
Position de thèse :
Souhaitant travailler sur le rapport entre langue et société, je me suis intéressée à la
question du genre, dont on sait qu’il peut varier, pour un même référent, en fonction des
locuteurs. Bien que les grammaires d’aujourd’hui considèrent cette catégorie comme non
problématique et particulièrement simple, il m’est très vite apparu que les critères de choix
étaient en réalité bien plus complexes et justifiaient des recherches approfondies. La présente
thèse s’intéresse à l’ensemble de l’anglais moderne, qui à la différence du système du vieilanglais
présente un système sémantique. Les substantifs marquant rarement le genre, on
s’attache aux références pronominales - pronoms personnels, relatifs et interrogatifs. Les
données, parfois inattendues, remettent très largement en cause les approches existantes.
L’étude repose sur un corpus de plus de 5200 occurrences ; il se veut représentatif de
l’ensemble de la production langagière, alors que les grammaires recensent surtout des
énoncés fictionnels extraits de la grande littérature. Les documents sont donc de natures très
variées : ouvrages « scientifiques » - histoires naturelles, manuels et ouvrages de
vulgarisation -, lettres, essais, ouvrages d’histoire, journaux personnels, récits de voyage et
d’exploration, textes relatifs à la chasse et à la pêche, documents inspirés des bestiaires pour
les XVIe et XVIIe siècles, ouvrages sur les plantes, et bien sûr oeuvres littéraires, d’écrivains
majeurs comme d’auteurs moins connus. La poésie ajoutant des paramètres subjectifs
supplémentaires qui pourraient fausser les données, la prose a été privilégiée ; un petit nombre
d’oeuvres en vers a néanmoins été inclus, parce qu’elles constituent un genre particulièrement
incontournable aux XVIe et XVIIe siècles. Le corpus ne compte pas non plus de pièces de
théâtre, qui présentent peu d’occurrences intéressantes du genre - il s’agit surtout de
références spécifiques à des personnes, en he ou she, ou à des inanimés, alors associés à it.
Aux domaines d’écriture cités jusqu’ici ont été ajoutés, pour le monde maritime, des manuels
d’instructions de combat ainsi que des journaux de bord rédigés à l’occasion des grandes
batailles de la Royal Navy. Quelques ouvrages d’héraldique ont également été inclus car bien
qu’ils ne traitent que de représentations, le neutre n’est pas le seul genre utilisé. Pour les XXe
et XXIe siècles, la dimension orale n’a pas été oubliée. Les occurrences étant très difficiles à
trouver, on a sélectionné également des documents internet informels - forums, sites
personnels rédigés dans un style oralisé -, et confirmé certaines données auprès de nombreux
informateurs. L’anglais britannique étant le seul à présenter des occurrences depuis le XVIe
siècle, il a été privilégié ; le corpus compte néanmoins un nombre conséquent d’ouvrages
américains, ainsi que quelques documents canadiens, australiens et néo-zélandais. La variété
irlandaise est représentée par une dizaine d’énoncés, mais la possible influence du gaélique
imposait la prudence. Quant aux autres pays anglophones, notamment l’Inde et les pays
d’Afrique, ils n’ont pas été pris en compte ; la lecture de certains textes montre en effet que
l’anglais n’est pas toujours la langue maternelle ou la langue de pensée des locuteurs.
Deux questions ont guidé l’étude : quels sont les critères de choix du genre ? Ont-ils
évolué depuis le XVIe siècle ? Avant d’analyser les données proprement dites, il convient de
prendre en compte les théories existantes afin d’en montrer les apports et les limites, mais
aussi, avant tout, de préciser la notion de genre, dont la définition ne nous paraît évidente que
parce qu’en tant qu’Européen, nous en avons une vision réductrice.
Le genre est « une catégorisation grammaticale des noms et des référents nominaux »
(Pierre Cotte), qui permet de diviser les noms d’une langue ou leurs référents en un petit
nombre de classes - trois en anglais. Il se distingue par le phénomène de l’accord. Dans les
langues du monde, il présente une très grande diversité, qui rend sa définition difficile. En
anglais moderne, par exemple, l’accord n’a même pas lieu avec le nom lui-même, puisque le
genre peut varier pour un même référent au sein d’une phrase donnée. Certains linguistes en
ont conclu qu’il n’existait pas de système du genre dans cette langue ; l’étude montre qu’en
réalité, il y a bien accord, mais avec la représentation mentale du référent, qui évolue au fil du
discours. Il convient alors de préciser le rapport entre syntagme nominal (SN) source et
pronom, c’est-à-dire le phénomène de l’anaphore. L’approche purement textuelle ne
permettant pas d’expliquer les variations discursives, on retient ici l’approche cognitive,
mémorielle : le SN crée une représentation mentale, dont l’anaphorique désigne l’élément
saillant - le référent du SN. Le lien entre anaphorique et syntagme source n’est donc plus
qu’un lien indirect. Outre cette analyse conventionnelle, on postule que le SN source ne
gouverne pas seul le choix du genre dans l’anaphorique ; la représentation mentale créée par
l’ensemble de la proposition où il se situe intervient.
Si le genre est complexe à définir, c’est aussi parce que les catégorisations qu’il opère
sont parfois très proches d’autres outils grammaticaux, rencontrés notamment dans les
langues asiatiques : les classificateurs. La parenté entre ces deux systèmes montre que la
quasi-totalité des langues du monde ajoute de grandes catégorisations à celle opérée par le
nom. Le genre apparaît donc non pas comme un point mineur, mais comme une catégorie
fondamentale. Se pose alors la question de sa fonction. Il sert parfois à lever l’ambiguïté
d’une référence. Plus généralement, il permet d’enregistrer une vision du monde ; il traduit
également la tendance catégorisante du cerveau humain. D’ailleurs, dès que l’on rencontre
une entité de nature inconnue, la première question - « Qu’est-ce que c’est ? » - aura pour
objet de l’assigner à une catégorie.
La catégorie du genre a été décrite dès l’Antiquité, et dès l’origine, le critère retenu a
été celui du sexe ; les étiquettes masculin, féminin et neutre (« ni l’un ni l’autre »), créées par
le philosophe grec Protagoras dès le Ve siècle avant notre ère, sont délibérément ambiguës.
Pour l’anglais, les premières descriptions datent du XVIIe siècle ; elles sont alors fortement
marquées par le modèle gréco-latin, et retiennent elles aussi ce seul critère. A partir de la fin
du XIXe siècle, les grammairiens commencent à remettre en question cette approche,
constatant son insuffisance grâce à des corpus d’énoncés. Pourtant, aucun ne recherche encore
une valeur unique pour chacun des genres. Même les nouvelles tentatives de modélisatio n des
années 1960, tout en innovant d’un point de vue formel, ne recherchent pas d’autres facteurs
explicatifs. Il faut attendre les années 1970 pour voir apparaître de rares tentatives
d’explication systémique. Il en existe à ce jour trois, qui ne suffisent cependant pas à rendre
compte des distinctions de genre. Paradoxalement, la période actuelle se caractérise par
ailleurs par une certaine régression dans le discours dominant.
Ce bref panorama montre donc la nécessité d’une nouvelle étude, qui s’affranchisse
des deux grands principes traditionnellement retenus. D’une part, les nombreuses variations
discursives montrent qu’en anglais, le genre n’est pas inhérent au nom. C’est le référent qui,
dans un contexte donné, est associé à un genre. Il serait donc vain de chercher à prédire le
genre d’après la nature de ce référent ; seules des tendances peuvent être dégagées. Ce constat
conduit à approcher le genre sous un angle différent de celui des grammaires : plutôt que de
décrire les emplois des pronoms marquant le genre, il s’agit de rechercher le sens d’une
catégorie - masculin, féminin ou neutre - structurée comme toutes les autres catégories
notionnelles. Par ailleurs, l’analyse montre que le critère du sexe est totalement insuffisant, en
particulier pour rendre compte de l’opposition entre neutre et genres dits animés. Précisons
également que même lorsqu’il influe sur le choix du genre, il serait plus exact de parler
d’identité sexuelle, même s’il y a le plus souvent correspondance. Cette précision rappelle la
médiation constante du locuteur, donc la subjectivité de la perception ; aucun critère purement
objectif ne peut rendre compte du système. On retient des ouvrages les plus récents le principe
d’une opposition binaire au sein du genre : comme en indo-européen, il faut d’abord choisir
entre le neutre et le couple de genres dits animés. La distinction entre masculin et féminin est
seconde - les pronoms relatifs et interrogatifs ne la marquent d’ailleurs pas. On s’intéresse à
présent à l’analyse du corpus, en commençant par l’opposition première. Afin de rechercher
les critères d’emploi du genre, puis de dégager le sens de chacune des catégories, on suit
provisoirement une démarche onomasiologique et diachronique.
Dans les références aux humains, l’analyse des pronoms personnels ne montre aucune
évolution depuis le XVIe siècle, hormis pour les bébés et enfants, pour lesquels la proportion
de neutre a fortement diminué au cours du XXe siècle. Un critère unique peut cependant être
dégagé. Le trait /+Humain/ est insuffisant ; l’étude conduit à celui de lien ressenti par le
locuteur envers le référent - le neutre, catégorie résiduelle, encode au contraire le
fondamentalement étranger. Ce lien n’est pas fonction d’un simple sentiment de sympathie ou
d’affection, mais naît d’une reconnaissance fondamentale d’autrui comme semblable.
Précisons que pour les références collectives, l’analyse conduit à revoir l’approche
monolithique traditionnelle : pour l’ennemi par exemple, le paradigme des pronoms n’est plus
it et they, mais he et they. Par conséquent, le recours à it doit être analysé non seulement du
point de vue du nombre, mais aussi du genre, bien qu’apparemment, aucune grammaire ne se
soit intéressée à ce second aspect1. Il convient de distinguer le purement collectif, pour lequel
seul it permet une saisie abstraite, du nom individuel utilisé collectivement ; dans ce dernier
cas, c’est une fois encore le critère de lien ressenti qui explique le choix du masculin.
Ce critère s’applique également aux pronoms interrogatifs. What encode le neutre,
who les genres dits animés. Ces pronoms ne montrent aucune évolution, hormis dans les
formules prédicatives du type what are you ?
Au sein des relatifs, en revanche, la situation est bien plus complexe et n’a
apparemment jamais été étudiée. Alors que les grammaires de l’anglais moderne notent
seulement que which était plus fréquent aux XVIe et XVIIe siècles, la présente thèse montre
comment le genre est peu à peu venu à être marqué systématiquement dans le relatif à cette
époque, et pourquoi. Elle montre également que l’émergence de who a été plus lente dans les
emplois non standards, et cherche à déterminer si le processus à l’oeuvre y a été identique.
Notons qu’aujourd’hui encore, which est possible, même pour des référents adultes ; on lit
ainsi : « The secret of these organisations is that they have a power which enables them to
keep the key people which they want » (1990). Le choix du genre au sein des pronoms relatifs
s’explique par les mêmes critères que celui des pronoms personnels. Précisons que dans
certains dialectes, en revanche, le système diffère : tous ne disposent pas de who, et certains
ajoutent what même dans les relatives avec antécédent.
Les références aux animaux apparaissent encore plus complexes : l’emploi du genre a
connu une évolution telle que les énoncés des débuts de l’anglais moderne apparaissent
souvent déstabilisants pour le lecteur actuel2. Le corpus présente de très nombreux exemples ;
citons cet échantillon représentatif :
1. (histoire naturelle d’Edward Topsell, 1607-1663) « There is a story of Diana in
Lysias, that there was a certain Bear made so tame, that it went up and down among
men and would feed with them, taking their meat at their hands, giving no occasion
to fear or mistrust her crue lty : on a day, a young maid playing with the Bear
lasciviously did so provoke it , that he tore her to pieces. »
2. (manuel de chasse de Nicholas Cox, 1674) « There is no danger in hunting this
Beast, except if a Man come right before him : for if this Beast fasten his fore-feet
1 L’étude des emplois du pluriel menée ici permet par ailleurs de compléter les remarques traditionnelles.
2 En outre, à cette époque, les variations de genre sont particulièrement nombreuses, les pronoms relatifs ne
marquent pas toujours le genre, et his est encore commun au masculin et au neutre - l’étude montre comment its
s’est progressivement imposé pour ce dernier.
on him, he cannot escape alive ; but if it receive any small wound, it instantly
dies. »
L’analyse conduit dans un premier temps à définir deux périodes, au cours desquelles les
emplois du genre paraissent répondre à des critères de choix différents. Aux XVIe et XVIIe
siècles, masculin et féminin signalent un référent individualisé, c’est-à-dire perçu pour son
unicité qualitative, et constituant le thème principal du discours. A partir du XVIIIe siècle, le
critère de choix du genre se restreint progressivement ; celui de lien ressenti s’applique de
nouveau. Comme à la période précédente, il ne peut s’imposer à la perception que si le
référent constitue le thème principal du discours. Il ne suffit pas d’une ressemblance objective
avec l’homme, même explicite, pour que le neutre soit exclu. L’étude précise les limites de la
notion de lien ressenti, montrant par exemple qu’il ne peut se tisser que sur trois modes. Les
représentations symboliques des manuels d’héraldique, malgré certaines spécificités,
répondent elles aussi à ce critère.
Au sein des relatifs en wh-, l’étude montre un processus d’émergence de who similaire
à celui décrit pour les humains. Dans le paradigme moderne, les critères de choix du genre
sont identiques à ceux des pronoms personnels. Pourtant, seuls deux tiers des énoncés du
corpus des XIXe et XXe siècles présentent une co-occurrence de which et it, ou de who et he
ou she. Les grammaires notent rarement un tel décalage. Il s’explique par une évolution de la
représentation mentale au fil du discours, mais aussi par le fonctionnement propre aux
relatives.
L’étude des inanimés amène également à remettre en cause l’approche traditionnelle
du genre. La liste de référents proposée par les grammaires actuelles est souvent réductrice.
Parmi les inanimés associés à une tradition savante, il n’existe pas que les pays et les villes, et
même pour les référents de cette nature, l’appellation est insuffisante : le féminin est
également associé à des territoires, des continents, des régions, ... De même, au sein des
autres inanimés, masculin et féminin ne sont pas associés qu’aux bateaux et aux voitures ; les
référents sont de natures tellement variées qu’il est impossible d’en dresser une liste
exhaustive. Citons, parmi les cas analysés dans la présente thèse, des inanimés à traits
humains, des cloches, des fleurs, des drapeaux, un stade, une forge, une pelouse, une histoire
ou encore une somme d’argent. Certaines données sont inattendues ; par exemple, le genre le
plus employé par les amateurs de voitures, même en contexte informel, est le neutre. Alors
que la plupart des grammaires relèguent de tels usages au rang de cas particuliers, sans les
expliquer, l’analyse montre que le critère de choix du genre est identique à celui dégagé pour
les autres catégories de référents : masculin et féminin signalent que le locuteur ressent un lien
avec le référent. Seuls trois modes, plus ou moins fréquents selon qu’il s’agit d’inanimés de la
tradition savante ou d’autres référents, déclenchent un genre autre que le neutre : l’allégorie,
la personnification, et le mode affectif. Par ailleurs, quelques remarques plus spécifiques
s’imposent. L’analyse des références aux bateaux, tout d’abord, remet en cause les propos de
certaines grammaires : les marins utilisent eux aussi le neutre, pour de petites embarcations.
D’autre part, pour quelques catégories d’inanimés, la proportion de neutre a augmenté au
cours de l’anglais moderne. Une analyse détaillée montre que ce phénomène est dû à une
évolution de la perception de ces référents et non à une modification d’ordre systémique. Au
sein des relatifs, enfin, seules les références aux entités à caractère géographique et aux
bateaux présentent des occurrences ; comme pour les humains et les animaux, le critère de
choix du genre est identique à celui des pronoms personnels, mais il peut y avoir décalage en
discours.
Il faut encore mentionner une catégorie essentielle, qu’aucune des grammaires
consultées n’évoque : lorsque les pronoms ne sont pas directement référentiels, il existe
encore une alternance de genre, entre neutre et féminin. Il peut s’agir d’énoncés dits
météorologiques, ainsi « Let her rain », ou encore d’expressions idiomatiques, telles que
« she’ll be apples » - tout ira bien. De telles expressions ont été rencontrées en anglais
américain, canadien et australien, mais il est possible qu’elles aient également existé en
anglais britannique : le dialecte de Cornouailles en présente, avec he. Ces emplois, qui
répondent au même critère de choix du genre que les autres, montrent que dans ces énoncés
aussi, les pronoms conservent une part de référentialité ; l’étude précise dans quelle mesure.
Dwight Bolinger parlant de ambient it, on propose parallèlement l’étiquette ambient she pour
ces emplois.
En résumé, le critère du lien ressenti s’applique à tous les emplois du genre, hormis,
semble-t-il, pour les références aux animaux des XVIe et XVIIe siècles. On formule donc
l’hypothèse suivante : le critère vaut également pour ces références, et c’est la représentation
dominante des animaux à cette époque qui fait ressentir un lien dès lors que le référent est
individualisé et qu’il constitue le thème principal du discours. L’étude des représentations
culturelles des animaux confirme cette hypothèse ; la présente thèse retient donc une valeur
unique pour les genres dits animés en anglais moderne.
On s’intéresse ensuite à la distinction masculin / féminin, pour laquelle l’étude
présente également quelques données rarement notées, voire inattendues. Dans les références
génériques aux humains, elle montre que he existait déjà avant que les grammaires
prescriptives l’imposent. Dans la seconde moitié du XXe siècle, de nouvelles formes ont été
introduites ; mais à l’heure actuelle, ces emplois ne sont pas stabilisés. L’étude cherche alors à
déterminer dans quelles conditions une évolution peut se produire. Elle explique ainsi
pourquoi they n’a jamais disparu : il n’a pas pour simple fonction de neutraliser l’opposition
de genre. Elle permet également de conclure que le masculin n’a jamais été perçu comme une
référence indifférenciée à l’homme ou à la femme, bien qu’il ait été accepté comme tel ; il a
toujours marqué une identité sexuelle masculine, en miroir du féminin.
Les références aux animaux sont une fois encore celles qui présentent la plus grande
complexité, bien que les grammaires actuelles ne retiennent que le critère du sexe. Aux XVIe
et XVIIe siècles en particulier, le féminin est fréquent jusque dans les références
indifférenciées aux représentants des deux sexes ; pour certains animaux, les variations de
genre sont même extrêmement nombreuses. Topsell écrit par exemple dans son histoire
naturelle :
1. (belette / lièvre) « The fifth and last kinde of Wolves are also enemies to Hares,
and the Weasil do craftily sport and play with the Hare untill he have wearied him,
and then hangeth fast upon her throat, and will not lose her hold, run the Hare never
so fast, till at last through want of breath, and loss of bloud, she falleth into the
hands of her cruel play-fellow, who turneth sport into good earnest, and taketh
nothing from her but her bloud. »
A partir du XVIIIe siècle, en revanche, le féminin devient bien plus rare en contexte
générique. Une analyse détaillée montre que cette évolution s’explique par des facteurs
culturels, et que l’emploi de chacun des genres répond à un critère unique sur l’ensemble de
l’anglais moderne. Comme pour les humains, he signale une représentation plutôt masculine
du référent, she une représentation plutôt féminine. La médiation de la culture influe sur la
perception dans certains cas ; pour les autres, le genre varie au gré des connotations
contextuelles. Par connotations masculines ou féminines, il faut entendre non seulement des
traits correspondant aux représentations sociologiques de l’homme et de la femme, mais aussi
un trait plus abstrait, associé inconsciemment.
Les valeurs du masculin et du féminin dégagées jusqu’ici s’appliquent également aux
inanimés, ainsi qu’aux emplois non directement référentiels des pronoms. Quelques
remarques plus spécifiques s’imposent. Lorsqu’il existe une tradition savante, la situation
semble bien plus complexe au premier abord, car la médiation de la culture affecte la
perception de certains référents. La représentation paraît alors naturelle au locuteur, mais en
réalité, elle a un fondement pouvant être qualifié d’arbitraire, car totalement conventionnel.
L’étude précise dans quelle mesure la culture contraint cette représentation. Une lecture
directe du genre en termes de connotations sociologiques ou sexuelles, telle que la proposent
les premières grammaires ou les féministes, ne convient donc pas. On rejette également
l’option mécaniste, selon laquelle le genre privilégié associé à un référent de la tradition
savante serait influencé uniquement par le genre grammatical du nom dans la langue
d’emprunt. On montre par exemple que le genre a évolué pour près d’un quart des référents.
Par ailleurs, on note comme George O. Curme une tendance au féminin en anglais américain.
Ce genre a en effet été rencontré notamment pour le soleil et le temps, entités
traditionnellement associées au masculin. Une étude plus approfondie apporte une restriction :
cette tendance ne semble avoir lieu qu’en l’absence de contraintes culturelles sur la
perception. On tente alors d’expliquer pourquoi les locuteurs emploient le féminin dans ces
énoncés. L’analyse des autres inanimés apporte quelques données inattendues, même si le
critère de choix du genre reste identique. D’une part, dans les références aux bateaux, il
semble rait que dans les contextes de combat, le masculin soit employé aux côtés du féminin.
On lit par exemple :
1. (Murray, 1797. in Jackson 293) « The ship on our larboard bow, which we had
been engaging for 50 minutes, having lost her main topmast and mizen mast, we
hove all aback to engage the ship astern of her, and after having exchanged three
broadsides with him, observing he kept away, bore round up, ... raked him, ...
when he struck to us and proved to be the Delft, of 66 guns and 375 men. Lowered
down the cutter and sent the 1st lieutenant and men to take possession of her. »
L’analyse confirme par ailleurs que pour les objets, le masculin existe, même s’il est bien plus
rare que le féminin ; il a été rencontré par exemple pour une fourche, un collier ou une vanne
papillon.
Une approche sémasiologique permet à présent de proposer une description du
système du genre en anglais moderne. Les genres dits animés signalent qu’un lien est ressenti
par le locuteur envers le référent ; le masculin indique un lien de nature masculine, le féminin
un lien de nature féminine. Le neutre encode au contraire le fondamentalement étranger.
Hormis pour les humains, ce point de vue subjectif implique que le référent soit thématisé en
discours, et se décline selon les modes définis dans l’analyse. Les évolutions dans la
proportion de chacun des genres au fil de l’anglais moderne s’expliquent par celle des
représentations culturelles dominantes.
Il s’agit alors d’expliquer pourquoi un locuteur anglophone ne donne pas
spontanément ces critères explicatifs et avance, comme les premières grammaires, celui du
sexe. Ce paradoxe est lié au caractère cognitif de la catégorie. Les linguistes cognitivistes
proposent une structuration à deux strates. On postule l’existence d’une troisième, qui ne
serait pas accessible à la conscience. Cette triple stratification expliquerait toutes les réponses
et impressions des nombreux informateurs contactés dans le cadre de cette étude. On aborde
ensuite des aspects plus théoriques du genre. On s’interroge d’abord sur sa nature : il apparaît
non pas comme une catégorie hyperonymique, mais comme le trait classificatoire - les deux
traits pour le masculin et le féminin - le plus fondamental. Le fonctionnement des pronoms
personnels, relatifs et interrogatifs explique alors pourquoi le genre y est marqué à la
troisième personne du singulier et seulement là, tandis qu’il n’apparaît pas dans les déictiques
par exemple. L’analyse s’intéresse aussi, plus brièvement, au rapport entre genre et cas ; en
effet, les pronoms personnels et, dans une moindre mesure, les relatifs et interrogatifs,
marquent les deux catégories. Il ne semble cependant pas que l’une constitue un prérequis
pour l’autre.
Après avoir décrit le système existant, on s’interroge sur l’étendue des modifications
qui peuvent lui être apportées. L’étude s’appuie pour ce faire sur deux tentatives de réforme.
Bien que dans les deux cas, les instigateurs aient cherché à rendre le système du genre plus
sémantique, ces tentatives ont échoué. Enfin, on se demande s’il existe des systèmes
alternatifs. L’étude conclut qu’hommes et femmes disposent des mêmes critères de choix du
genre, et que ceux-ci sont également identiques d’une variété d’anglais à l’autre - bien que
certains emplois diffèrent. En revanche, les dialectes issus, comme la langue standard, du
vieil-anglais, présentent des divergences. Les descriptions du genre y sont rares et peu
satisfaisantes car elles s’appuient sur les grands principes avancés par les grammaires
traditionnelles, notamment l’idée d’un genre inhérent au nom. On suggère que certaines des
conclusions obtenues dans le cadre de la présente étude pourraient y être appliquées.
On espère ainsi avoir ouvert la voie à une approche nouvelle du genre, qui l’aborde
comme une catégorie et reconnaît son caractère cognitif. Au-delà de la description du
système, l’analyse a permis de préciser le rapport entre langue et culture, apportant ainsi un
éclairage supplémentaire à la vaste question de la relativité linguistique. Elle invite également
à d’autres recherches sur le genre. On pourrait par exemple étudier les emplois de la fin du
moyen-anglais, certains documents paraissant très proches de ceux des XVIe et XVIIe siècles.
Une nouvelle réflexion sur les dialectes permettrait de confirmer les aspects les plus
fondamentaux du système. On pourrait encore s’attacher plus spécifiquement à l’acquisition
du genre chez les enfants, afin de préciser les processus de structuration de la catégorie. Cette
thèse offre par ailleurs des perspectives de recherche plus générales. Il m’intéresserait
notamment d’étudier dans quelle mesure les évolutions constatées à l’occasion de l’analyse du
genre ont affecté d’autres composantes du syntagme nominal.
Le goût pour le XVIIIème siècle dans l’ébénisterie française au XIXème siècle (1839-1900)
Lundi 23 mai 2005
10 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Juliette DUGAT HIBOU soutient sa thèse de doctorat :
Le goût pour le XVIIIème siècle dans l’ébénisterie française au XIXème siècle (1839-1900)
En présence du Jury :
M. FOUCART (Paris 4)
M. ALCOUFFE
M. DARRAGON (Paris 1)
M. JOBERT (Paris 4)
M. PALLOT (Paris 4)
Mme PELTRE
Mme SARGENTSON
Le GRM. Des racines de la musique concrète à l’électroacoustique des années 2000 Histoire, oeuvres, concepts, outils : une synthèse
Samedi 4 mars 2006
11 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Evelyne GAYOU BOURBOTTE soutient sa thèse de doctorat :
Le GRM. Des racines de la musique concrète à l’électroacoustique des années 2000 Histoire, oeuvres, concepts, outils : une synthèse
En présence du Jury :
M. BOSSEUR (Paris 4)
M. BATTIER (Paris 4)
M. LANDY
M. RISSET (CNRS)
Résumés
L’histoire du GRM, fondé en 1958, au sein de la Radio Télévision Française, prend sa source à la radio, dès le début des années 1940. La première partie de cette recherche reconstruit la chronologie des événements : œuvres, publications, développements technologiques, élaborations de nouveaux concepts, évolution de l’institution. Les sept chapitres, un par décennie, prennent comme point de départ l’année 1948, date de naissance officielle de la Musique Concrète. Le premier chapitre est un peu particulier. Il s’attache à dégager les racines de la jeune musique concrète en remontant le temps, le plus loin possible, avant 1948, jusqu’aux mouvements futuristes des débuts du XXe siècle, ainsi qu’au dadaïsme, et au surréalisme.
La seconde partie aborde l’histoire du GRM transversalement, suivant différentes thématiques. Un premier chapitre expose la prise d’identité de ce nouveau genre musical, et la lente évolution du Groupe de Recherche de Musique Concrète, vers un rôle d’École, à partir de 1951. Le second chapitre porte sur les concepts (écoute réduite, objet sonore, analyse typomorphologique...), la pédagogie et les outils (des premiers phonogènes aux derniers logiciels GRM-Tools) développés au GRM, depuis cinquante ans. Le troisième chapitre expose la problématique de l’espace, du concert, et le lien au public. Le quatrième chapitre explore la lisière entre le musical et le visuel, à travers la question de l’écriture, une interrogation majeure qui se pose à tous les arts de support, aujourd’hui.
The GRM, Group of Musical Research
From the roots of Concrete Music to the electroacoustic of the 2000’s
History, opuses, concepts, tools : a synthesis
Originating in radio at the beginning of the 1940’s, the GRM was officially launched in 1958 by Radio Television Française. The first part of this research reconstructs the history, starting with the most visible manifestations : opuses, publications, technological developments. The research traces also the elaboration of new concepts and evolution of the movement. Beginning with 1948, the official birth date of the Concrete Music, the chronology is divided into seven chapters, one for each decade. The first chapter, however, moves back in time, delineating the roots of Concrete Music by recounting the events that preceded 1948 and eventually led to the dadaism and surrealism of the twentieth century.
The second part of the research traces the themes of the GRM history. The first chapter identifies the emergence of this new musical genre and its slow progression from the Groupe de Recherche de Musique Concrete of the Paris Studio to its role as a musical School in 1951.The second chapter examines the concepts (reduced listening, sound object, typomorphological analysis...). It traces the pedagogy and the tools (from the first phonogènes to the final software called GRM-Tools and Acousmographe) developed in the last fifty years. The third chapter studies the problems of space, concert presentation and connection with the audience. The fourth chapter explores the boundary between the Musical and the Visual, across the question of writing, a major issue in all the media arts today.
Position de thèse
Cette recherche a pour ambition de combler une lacune. En 2005, aucun ouvrage ne rend compte de l’émergence de la musique concrète en France, au sortir de la seconde guerre mondiale. Nulle part, l’histoire du GRM n’est écrite, ni ses développements qui depuis plus de cinquante ans produisent régulièrement des œuvres nouvelles, des logiciels, des émissions de radio, des concerts, des livres, des disques, des séminaires de réflexion, des stages de formation, des archives raisonnées, des productions sur internet.
Pierre Henry, Iannis Xenakis, Luc Ferrari, Bernard Parmegiani, François Bayle, voilà quelques grands noms de compositeurs de la musique du XXe siècle qui ont profondément marqué l’histoire de la Musique Concrète, puis électroacoustique. Tous ces compositeurs ont fait partie du GRM, à un moment de leur carrière, voire durant toute leur carrière, comme François Bayle. Pierre Henry, dans son petit livre Journal de mes sons, témoigne : « En 1949, la musique concrète, inventée en 1948 par Pierre Schaeffer, a été pour moi la révélation de ce qu’on pouvait faire de mieux et de plus en musique »
Pierre Schaeffer, l’inventeur, relate ainsi l’événement, dans son journal :
19 avril [1948]. En faisant frapper sur une des cloches, j’ai pris le son après l’attaque. Privée de sa percussion, la cloche devient un son de hautbois. Je dresse l’oreille. Se produirait-il une fissure dans le dispositif ennemi ? L’avantage changerait-il de camp ?
... Où réside l’invention ? Quand s’est-elle produite ? Je réponds sans hésiter : quand j’ai touché au son des cloches. Séparer le son de l’attaque constituait l’acte générateur. Toute la musique concrète était contenue en germe dans cette action proprement créatrice sur la matière sonore. Je n’ai aucun souvenir particulier de l’instant où cette prise de son a été réalisée. La trouvaille est d’abord passée inaperçue .
Dans ce mémoire, nous proposons de reconstituer l’aventure du GRM et la nébuleuse qui l’entoure, dans un souci de synthèse. Notre ambition est d’apporter des éléments de compréhension, pour aider à situer ce mouvement musical dans l’ensemble, plus vaste, de la musique du XXe siècle.
Questions de départ
1948, toujours on bute sur cette date de naissance de la musique concrète. Il y a pourtant bien eu un avant ! Nous ne pouvons pas croire que la musique concrète, soit une génération spontanée.
La première question qui se pose est donc celle des origines. Puis arrivent, en vrac, de nombreuses autres interrogations :
Comment définir le GRM, simplement, en quelques mots ?
Peut-on identifier le GRM à un genre musical ?
Le GRM est-il une école, ou un studio de production ?
Qu’est-ce que le GRM a emprunté à l’audiovisuel et que lui a-t-il apporté ? Est-il à sa place dans une institution de l’audiovisuel ? Pourquoi y est-t-il resté attaché ? Est-ce une explication de sa longévité ?
Quelle différence y a-t-il entre la musique concrète, la musique électroacoustique, la musique acousmatique, l’électro ?
Le GRM a été un lieu de l’avant-garde musicale, dans les années 1950. L’est-il encore ?
Une fois les découvertes faites en 1948-1949, pourquoi Pierre Schaeffer a t-il continué à vouloir créer un Groupe ?
En quoi le GRM a-t-il changé ? Est-il vraisemblable qu’il vive depuis 50 ans sur l’exploitation d’une seule et même découverte, la musique concrète ? Quelle est l’importance de son passé, dans son présent ?
Quel avenir pour l’esthétique développée au GRM ? Quelles sont les œuvres marquantes ?
Synthétiser a été notre maître mot tout au long de ce travail. Mais pour synthétiser il faut d’abord analyser. La quantité d’archives concernant le GRM étant impressionnante, notre première difficulté a été de choisir des axes de pertinence, pour organiser l’oubli. Nous suivons Paul Ricœur lorsqu’il écrit que « la mémoire est une organisation de l’oubli » et par là un travail de deuil. Pour nous, le deuil sera la perte obligée d’une grande partie des nombreux événements, œuvres et documents qui tous réunis constituent le témoignage d’une action conjuguée d’artistes, de chercheurs, de techniciens et personnels de la radio télévision, pour donner vie et sens au Groupe. Il est difficile d’imaginer la puissance de l’engagement passionnel de tous ces acteurs. Aucun des témoignages que nous avons recueillis ne fait défaut à cette règle. L’énergie déployée par chacun, pour inventer et créer est à la source de la richesse de l’histoire du Groupe.
Le mémoire est divisé en deux parties.
La première partie retrace la chronologie des événements. Les faits sont relatés dans un souci documentaire. Les œuvres les plus importantes présentées succinctement, année par année, s’accompagnent d’un commentaire sur les préoccupations esthétiques et techniques des auteurs. Nous ne commentons qu’un peu plus de trois cents œuvres sur les 1500 répertoriées dans les archives du GRM. Cette chronologie est découpée en sept chapitres, un par décennie, en prenant comme point de départ l’année 1948. Le premier chapitre est un peu particulier car il remonte le temps, le plus loin possible, avant 1948, pour dégager les racines de la musique concrète, jusqu’aux mouvements futuristes des débuts du XXè siècle, ainsi qu’au dadaïsme et au surréalisme.
En plus des œuvres et des manifestations publiques du GRM, nous avons relaté les développements institutionnels : le passage du Club d’Essai au Studio d’Essai en 1946, puis au GRMC, en 1951 et enfin au GRM, en 1958, au sein d’une société mère elle-même en évolution : Radio Diffusion Française (RDF) jusqu’en 1949, Radio Télévision Française (RTF) jusqu’en 1964, Office de Radio Télévision Française (ORTF) jusqu’en 1975 et Institut National de l’Audiovisuel (INA), Radio France, et cinq autres sociétés, depuis 1975. Le Service de la Recherche quand à lui a existé de 1960 à fin 1974. La permanence de la protection institutionnelle a facilité la pérennité du Groupe.
Les différents directeurs du GRM, essentiellement Pierre Schaeffer, François Bayle et Daniel Teruggi, ont eu à cœur de coordonner leurs activités avec celles plus générales de l’institution. À l’heure de l’explosion des mass media et des techniques de la communication, au cours des années 1950-1960 Pierre Schaeffer a cherché à étendre le modèle de fonctionnement du GRM à une sphère plus large. Le Service de la Recherche de l’ORTF a été pour lui l’occasion de mettre son idée à exécution. Le GRM a servi de prototype de « centre de Recherche & Développement » audiovisuel, pour les autres Groupes du Service de la recherche : le GRI (Groupe de Recherche image), le GRT, (Groupe de recherche technique) et le GEC, (Groupe d’étude critique). De cette aventure exceptionnelle du Service de la Recherche est né, au GRM, un livre : le Traité des Objets Musicaux (TOM), qui fait figure de somme par rapport aux productions expérimentales du temps du Service. Le TOM réunit les idées, les expériences et les interrogations de Schaeffer sur la musique et la communication. Après lui, François Bayle s’est mis en quête d’établir une légitimation du Groupe auprès du grand public, en organisant des concerts et des publications, notamment discographiques. Il a également relevé le défi de l’adaptation aux nouveaux moyens de la technologie numérique. Enfin, Daniel Teruggi a dû, depuis 1997, s’accommoder des nouvelles orientations institutionnelles de l’INA, vers la priorité à la sauvegarde du patrimoine audiovisuel et l’ouverture sur le monde. Cette nouvelle problématique n’a pas posé trop de problèmes d’adaptation au GRM, puisqu’il était déjà engagé dans ce processus du fait de l’existence de son propre fonds documentaire, et pionnier dans l’appropriation des nouveaux moyens technologiques de l’internet et du multimédia.
Parallèlement à l’histoire du GRM, nous avons aussi veillé à présenter la genèse de quelques studios étrangers, amis et parfois concurrents, qui constituent les repères principaux des innovations de l’avant-garde musicale, après la seconde guerre mondiale. Les artistes et les idées circulent, les influences des uns et des autres garantissent l’émulation au niveau international. L’histoire du Studio de Paris serait incompréhensible si on ne mettait pas en regard celle du Studio de Cologne, en Allemagne, ou l’École américaine de New York, autour de John Cage, Morton Feldman, Earle Brown et Christian Wolff. De même, plus tard, au cours des années 1970, les développements de l’informatique musicale, ne peuvent pas se comprendre sans un regard outre Atlantique sur les pionniers américains de la synthèse sonore, ni sur le développement fulgurant de l’Ircam, à Paris.
Mais le GRM a aussi sa vie propre, eu égard à ses origines. Quand Pierre Schaeffer, fondateur du GRM, commence sa carrière à la Radio Diffusion Française, en 1936, la France est particulièrement en retard, notamment sur ses voisins allemands, en ce qui concerne les techniques et l’art radiophonique. Notre premier chapitre remonte le temps à partir de la naissance officielle de la musique concrète, en 1948, pour reconstituer la genèse de cette découverte. La rupture de la guerre a permis à Pierre Schaeffer de faire ses Essais, d’abord au stage de Beaune, puis au Studio d’Essai, avec des moyens rudimentaires certes, mais ses premières expériences ont constitué un germe. Toute l’histoire qui suit n’est, selon nous, qu’une suite logique du croisement des techniques et arts de support avec la problématique de la communication. Au départ, le lien avec la musique a presque été un épiphénomène, dû au fait que la radio comme la musique s’adressent au sens de l’ouïe. Schaeffer, grâce à ses compétences musicales, a su dépasser les recherches sur le décor sonore dans les dramatiques radiophoniques et aller vers l’abstraction musicale qu’on retrouve au cœur de la notion d’écoute réduite.
Le thème de l’abstraction est central dans la pensée de Schaeffer. Pour lui, à partir de 1939, il a fallu non seulement faire abstraction de la guerre et de l’occupation, mais aussi oublier son propre passé, à savoir le drame du décès de son épouse et de sa fille. Cette voie de l’abstraction a conduit Schaeffer vers la découverte de la Musique Concrète. L’abstraction peut dispenser de repères manifestes précis et de discours ; c’est justement ce qu’il lui fallait pour se protéger, pour refuser l’héritage. Comme il aimait à le dire, la Musique Concrète est la plus abstraite qui soit. Elle entraîne à visiter la matière (sonore) en profondeur, à aller au cœur du son. Elle conduit vers l’immanence, peut-être même vers l’Enfer, dont Schaeffer cherchait l’entrée, comme Orphée, pour aller chercher son Eurydice.
Mais en remontant le temps avant 1948, date officielle de la découverte de la musique concrète, on s’aperçoit rapidement que le paysage artistique et conceptuel n’est pas vide. Même si Schaeffer a toujours nié avoir eu connaissance des futuristes, notamment italiens, au moment de l’invention de la musique concrète, il est impossible de ne pas faire un lien entre l’esthétique de la musique concrète et l’art des bruits décrit par Russolo, dans son manifeste de 1913. Bien sûr chez les Italiens on ne parle pas de support mais de construction d’instruments générateurs de bruits . Tout de même, la parenté esthétique et conceptuelle est criante. On peut aussi rapprocher Schaeffer des futuristes russes, notamment Vertov , ou son disciple allemand Ruttmann , qui composaient du cinéma pour l’oreille sur les pistes sonores de films sans image, dès le milieu des années 1920, pour Vertov.
Dans la seconde partie de notre mémoire, nous abordons l’histoire du GRM par thèmes.
La question de l’évolution de la dénomination n’est pas anodine. De la musique concrète à la musique expérimentale, à la musique électroacoustique, puis acousmatique, toutes les variantes de dénomination figurent les différentes strates de constitution du genre. Chaque acteur tient à apposer son sceau. En 2005, rien n’est encore complètement fixé. Pour ne pas ajouter à la confusion, nous ne prenons pas parti, pensant que notre contribution à l’élaboration d’un genre passe plutôt par la description des étapes de sa constitution. Il est en tout cas évident que la multiplicité des noms prouve la multiplicité et la richesse des approches. De plus le développement de l’enseignement de l’électroacoustique, notamment au conservatoire de Paris, depuis 1968, a donné un statut d’École au GRM. Dans ces conditions, la dénomination d’un genre est importante pour fixer les idées, d’autant plus que la connaissance des techniques et conceptions de la musique électroacoustique est pratiquement devenue incontournable, pour qui veut pratiquer la musique aujourd’hui : il faut au moins maîtriser l’enregistrement, le montage, le mixage et quelques traitements de base du son, ne serait-ce que pour réaliser un disque ou une diffusion à la radio.
Nous en arrivons à un thème important de notre recherche, celui du développement des outils d’aide à la composition électroacoustique, en rapport avec les théories musicales qui les sous tendent. Nous avons reconstruit le parcours de l’aventure technique du GRM depuis ses premiers essais sur disques souples, avant l’arrivée des magnétophones à bande en 1950, jusqu’à l’avènement de l’informatique musicale au cours des années 1970, pour en arriver aux périodes récentes avec les logiciels phares que sont les GRM-Tools et l’Acousmographe. Un des concepts clés de l’électroacoustique, l’écoute réduite, est à la racine de tous ces développements. C’est un concept central, plus important selon nous que celui d’objet sonore, qui a marqué les esprits, mais aussi semé le trouble. Souvent on entend parler d’objet sonore au lieu d’écoute réduite. L’écoute réduite résulte de la capacité de l’auditeur à écouter le son pour lui-même, en faisant abstraction de sa source. La notion d’objet sonore est un concept né de l’usage du sillon fermé sur les disques souples, il correspond à une entité sonore coupée, aussi, de son origine, mais plus liée au format « sillon fermé » qu’à tout autre type d’enregistrement - aujourd’hui, il est souvent très difficile de repérer un objet sonore dans un flux musical réalisé par mixage multipiste. L’objet sonore (ne serait-ce que par la connotation du mot objet) a tendance à nous renvoyer vers l’anecdote de la source sonore, tandis que l’écoute réduite est un concept plus large qui décrit une attitude d’écoute, quel que soit le procédé d’enregistrement utilisé et le type de son perçu.
Il intéressant de noter combien les idées des débuts de l’aventure concrète ont eu de force. La caractéristique principale de la musique électroacoustique consiste à travailler directement la matière sonore, dans une attitude expérimentale, à partir d’un jeu de va-et-vient entre faire et entendre, en mettant la perception auditive en prise directe avec la réalisation manuelle. Cette pratique a induit l’ergonomie du studio de composition : une console encadrée de lecteurs enregistreurs à portée de main du manipulateur ; elle a aussi induit la mise au point de générations d’outils de manipulation du son. Les phonogènes (1951) ont été les premiers outils conçus par les ingénieurs, notamment Jacques Poullin. Ces prototypes qui permettaient de faire varier les hauteurs de sons ou leur vitesse, indépendamment de leur timbre, ont progressivement été perfectionnés jusqu’au début des années 1960. Puis l’ère de la synthèse sonore analogique a commencé. Le GRM a introduit dans un studio classique - d’enregistrement, montage, mixage et transformations du son - une console-synthétiseur qui pouvait générer des sons synthétiques et les manipuler ensuite comme n’importe quel son concret. De 1965 à 1992 ce dispositif, a été opérationnel pour le plus grand bien de la qualité des nombreuses œuvres produites.
L’étape suivante, de 1975 au milieu des années 1990, a vu arriver l’informatique. Dans un premier temps le choix de l’informatique n’a pas été facile, car il nécessitait de gros investissements financiers et un pari sur l’avenir de la musique électroacoustique. N’allait-elle pas y perdre son âme ? C’est-à-dire la richesse de ses couleurs sonores et aussi le savoir faire des compositeurs entraînés aux manipulations du son. Alors que Schaeffer avait freiné l’arrivée du numérique, Bayle décida de s’y engouffrer. L’entrée en activité du Système Temps Réel (Syter), concurrent de la 4X de l’Ircam, a permis au GRM de revenir au premier rang de l’innovation en technologie musicale. La force de Syter résidait dans son ergonomie. Moyennant un apprentissage d’une semaine, le compositeur pouvait retrouver son autonomie face à l’outil, comme avec les outils analogiques. Les traitements connus du studio analogique avaient été transférés en numérique et même amplifiés. Les développements suivants ont conduit les ingénieurs du GRM à suivre les différentes améliorations informatiques pour arriver progressivement, comme tout le monde, à adopter les systèmes personnels légers. Au départ, les logiciels GRM-Tools (1991) sont une transposition des algorithmes de traitement numériques développés antérieurement sur Syter et dans le studio audionumérique 123. Depuis cette date, les GRM-Tools n’ont cessé d’être améliorés et ont contribué à la renommée internationale du GRM. Ils ont été adoptés par pratiquement tous les compositeurs professionnels de la planète ainsi que les plus grands studios de cinéma dans le monde.
Nous avons aussi abordé un autre sujet de grand intérêt depuis l’origine de la musique concrète, la notion d’espace sonore et le rapport au public. Le GRM est célèbre par son acousmonium. Ce dispositif de haut-parleurs imaginé par François Bayle et Jean-Claude Lallemand permet de projeter le son dans la salle de concert, un peu comme on projette un film dans une salle de cinéma. Mais l’acousmonium est un outil dont on peut jouer. Il permet d’interpréter les œuvres en direct et en public, en les adaptant au lieu et à la circonstance. La préoccupation de l’espace sonore est née dès l’origine de la musique concrète. Dans les années 1950, l’aspect austère de la diffusion « droite » sur des haut-parleurs conduit Schaeffer et Poullin à rechercher des méthodes de mise en espace sonore. Dès cette époque les diffusions multicanal et multipistes sont envisagées. Il s’en suit toute une réflexion sur la notion de concert, qui se vit de plus en plus comme une petite utopie. La recherche du « beau son » et de la diffusion « qui sonne » devient un souci majeur chez les compositeurs. L’acousmonium, inauguré en 1974, favorise l’éclosion d’œuvres de type baroque, où le temps s’immobilise et s’enroule sur lui-même. En nous inspirant du cinéaste Jean-Luc Godard, qui déclarait ne pas montrer une image juste, mais juste une image, nous dirons que la musique concrète ne vise pas un son juste, mais juste un son.
Mais avec l’avènement de l’informatique, l’intrusion de l’écran de l’ordinateur dans le processus de composition a déplacé le centre de gravité du faire au voir. Ce n’est plus le sens du toucher qui est sollicité (comme au début de la musique concrète) mais celui de la vue, toujours en synergie avec l’ouïe. D’ailleurs on peut constater que le terme « manipulation » (des sons) a tendance à tomber en désuétude dans le vocabulaire des compositeurs.
Le logiciel Acousmographe, dont la première version remonte à 1988 et la dernière à 2005, est un produit direct de ce déplacement du centre de gravité du faire vers le voir, dans le processus de création. L’Acousmographe est un outil logiciel d’aide à la transcription graphique d’œuvres à partir de leur écoute. Si on reprend les termes de poïetique et d’esthésique, employés par les sémiologues, on peut dire que l’analyse esthésique (l’analyse à partir de l’écoute) précède l’usage de l’acousmographe. Mais ce faisant, la transcription multimédia qui résulte de l’usage de l’Acousmographe acquiert un nouveau statut, elle devient elle-même création. La recherche d’une écriture du phénomène sonore, et de la musique en général, en partant de l’écoute (en partant de l’esthésique) ramène au poïétique (au faire). La boucle de la création semble se boucler sur elle-même, et le vecteur de cette dynamique n’est autre que l’image qui se construit dans la tête du compositeur (mais aussi de l’interprète ou de tout auditeur) au moment de l’écoute.
Les derniers développements apparus dans le champ audiovisuel : le multimédia et l’internet se présentent aux pratiquants de la musique électroacoustique comme des outils prédestinés. L’une de nos questions de départ sur la pertinence de la place du GRM dans une institution de l’audiovisuel trouve naturellement sa réponse. Non seulement le GRM a sa place dans une telle institution mais aussi il peut lui apporter beaucoup par son expérience de la fréquentation intime du monde de la matière sonore.
Le plus étonnant dans toute cette aventure du GRM, centrée sur le travail du son, c’est qu’elle reste fidèle à son passé malgré les prodigieuses innovations techniques qui ont vu le jour depuis les années 1950. Le gigantesque effort de réflexion sur le sonore, imposé par Pierre Schaeffer à ses collaborateurs du Service de la recherche, et qui a abouti à la rédaction du Traité des Objets Musicaux (1966) et du Solfège de l’Objet Sonore (1967), n’a pas eu que des répercussions sur le GRM lui-même, lui donnant un formidable élan et une capacité à rebondir esthétiquement. Le TOM et le SOS et le questionnement qui les accompagne ont contribué à mettre en question la tradition de la pensée musicale de notre société moderne. Ils ont mis sur le devant de la scène, des faits avérés scientifiquement et non plus des supputations ou des impressions, ressenties et décrites depuis toujours par quantité d’artistes, sur leur perception du son, et par extension de la musique.
Pierre Schaeffer dans sa quête, quasi mystique de la compréhension du fait musical, par exploration systématique de la matière sonore, a profondément indisposé les musiciens dits savants de son époque, provoquant un rejet de la plupart d’entre eux. Il a entamé de fait un travail de désacralisation de l’art musical en l’obligeant à « tremper ses mains » dans la matière sonore. Cette contradiction entre la quête de ce que l’on nomme communément le plaisir musical, avec toute sa dimension spirituelle, et l’aspect trivial de la manipulation du sonore devient alors le cœur du débat. La transcendance de l’art de la musique se trouve directement confrontée à l’immanence du monde sonore. Cette opposition qui perdure, notamment dans le débat entre musique anecdotique et musique tout court, tend cependant à s’estomper.
Toutes ces problématiques, qui ont fait l’objet de nombreux séminaires de réflexion, de débats publics, d’articles, d’émissions de radio, sont de plus en plus submergées par le déferlement des productions musicales utilisant les nouveaux moyens technologiques. Aujourd’hui, les pratiques musicales amateurs, tout autant que les professionnelles, utilisent les mêmes outils : le home studio et les logiciels de traitement du son. Elles convergent toutes vers ce que Schaeffer avait souhaité et après lui tous les acteurs du GRM, faire une musique la plus générale qui soit.
Le héros et son double dans la chanson de geste
Mardi 18 mai 2004
14 h 30
Bibliothèque de Langue Française
Esc. G, rez-de-chaussée
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Hatem AKKARI soutient sa thèse de doctorat :
Le héros et son double dans la chanson de geste
en présence du Jury :
M. MARZOUKI
Mme NOTZ (BORDEAUX III)
M. ROUSSEL (Université)
M. SOUTET (PARIS IV)
M. THOMASSET (PARIS IV)
Le japonisme sur scène en France de 1870 à 1914
Samedi 2 avril 2005
14 heures
Amphihéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
75005 Paris
Mme Tomoko OKADA soutient sa thèse de doctorat :
Le japonisme sur scène en France de 1870 à 1914
En présence du Jury :
Mme BARBE (Paris 4)
Mme CIZERON (Lyon 2)
M. GUIOMAR (Paris 4)
M. LACOMBE (Rennes 2)
Mme WILD (BN)
Le juste, le vrai, le grand. Vie et oeuvre d’un peintre académique au XIXe siècle : Jean-Baptiste PONCET (1827-1901)
Samedi 23 octobre
14 h
Carré Colbert, INHA, salle Ingres
2, rue Vivienne
PARIS 2e
M. Jérôme MONTCHAL soutient sa thèse de doctorat :
Le juste, le vrai, le grang. Vie et oeuvre d’un peintre académique au XIXe siècle : Jean-Baptiste PONCET (1827-1901)
en présence du Jury :
M. DARRAGON (PARIS I)
M. FOUCART (PARIS IV)
M. JOBERT (GRENOBLE II)
Mme PELTRE
M. VIGNE
Le kepi et le crayon. Les gendarmes à travers l’imaginaire collectif (1914-1968)
Mercredi 21 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Yann GALERA soutient sa thèse de doctorat :
Le kepi et le crayon. Les gendarmes à travers l’imaginaire collectif (1914-1968)
En présence du Jury :
M. BERSTEIN (IEP Paris )
M. CHALINE (Paris 4)
M. KALIFA (Paris 1)
M. LUC (Paris 4)
M. TULARD (Paris 4)
Résumés
Au sein du nouveau chantier historique consacré à la gendarmerie, cette thèse propose une réflexion sur les représentations des gendarmes au travers de l’imaginaire national au XXe siècle. Cette étude vise à apprécier la légitimité d’action de la gendarmerie au gré des époques, des contextes, des acteurs sociaux, mais aussi des missions dévolues aux personnels de la gendarmerie. Après avoir rappelé l’héritage du XIXe siècle, qui pèse fortement sur les mentalités collectives, elle s’articule autour de deux axes chrono-thématiques. Le premier XXe siècle s’ouvre sur l’analyse de l’imaginaire spécifique que suscitent les missions prévôtales des gendarmes au front pendant la Grande Guerre. Dans l’entre-deux-guerres, la question du maintien de l’ordre polarise fortement les attentions, tant des politiques que des acteurs sociaux. Si les missions traditionnelles du gendarme ne font pas l’objet d’une remise en question, la gendarmerie reste dépendante d’une bonne image de marque. Aussi tente-t-elle d’influer, au plus bas niveau de l’échelle hiérarchique, sur la conduite des gendarmes. La mémoire combattante de la Grande Guerre joue beaucoup sur cette militarisation des conduites. Le second XXe siècle est à nouveau marqué par la guerre. Mais, davantage que l’identité combattante de l’institution, c’est le loyalisme des gendarmes qui est remis en question par le contexte singulier de l’Occupation. Enfin, l’étude se borne à montrer que, pendant la Guerre froide, le maintien de l’ordre obéit à un phénomène de légitimation croissante. Grâce à une politique de communication focalisée sur les missions de service public, la gendarmerie gagne les faveurs d’une grande partie de l’opinion.
The kepi and the pencil. The gendarme through representations (1914-1968)
Among the original projects of the Gendarmerie new history, this Ph.D. dissertation is a reflection on gendarmes through the XXth century’s social imaginary. This work aims at clarifying the legitimacy of gendarmes through time, contexts, social representations, but also the military missions. After recalling the inheritance of the XIXth century, which weighs heavily on the collective mentalities, this study encompasses two chrono-thematic axes. The XXth century starts with the analysis of the specific imaginary developed by the missions of the military police during the First World War. In-between the two World Wars, the public order is focused by politicians and social figures. If the traditional missions of gendarmes are not questioned, the gendarmerie still needs to create a good public standing. Therefore, the behaviour of every gendarme is under scrutiny. With the Second World War, the legalism of the institution is inquired. Finally, the study focuses on the progressive legitimazation of the public order. Thanks to a growing policy of public relation, based on popular public services (investigations, traffic control...), the institution eventually earns good public standing.
Position de thèse
Au sein du nouveau chantier historique consacré à la gendarmerie, cette thèse propose une réflexion consacrée aux représentations des gendarmes au travers de l’imaginaire national au XXe siècle. Ce travail vise à apprécier la légitimité d’action de la gendarmerie au gré des époques, des contextes, des acteurs sociaux, mais aussi des missions dévolues aux personnels de la gendarmerie. Cette étude entend faire de l’image de la gendarmerie est un élément décisif pour la compréhension de son histoire. En effet, aussi extravagantes soient-elles, les représentations semblent jouer un grand rôle dans l’appréciation du réel. Appliquée à la gendarmerie, l’analyse des représentations contribue à éclairer ainsi l’usage social de l’institution mais aussi son niveau de légitimité. Si l’image donnée par la gendarmerie contribue à son pouvoir et à sa légitimation, celle que lui renvoie le public révèle le degré de son rejet ou de son acceptation. Loin de se limiter à une simple argutie littéraire, la question des représentations amène à s’interroger, à propos de la gendarmerie, sur les éventuelles interactions existant entre popularité et recrutement, image de marque et respect de la norme, rumeurs et acceptation de l’ordre. Ce sont donc moins les structures, les effectifs, les budgets de la gendarmerie ou les missions des gendarmes qui seront l’objet de cette recherche que l’imaginaire suscité par cette institution et par ses personnels.
Au regard de ces premiers éléments, on comprend que le métier de gendarme, véritable service public, est peut-être autant lié à sa technicité en matière administrative, militaire ou judiciaire qu’à sa popularité auprès du grand public. La légitimité de leur action est ainsi au centre des préoccupations des gendarmes. L’examen cette préoccupation est à proprement parler un objet d’étude. De là en découlent l’examen des conditions de production des images ainsi que l’analyse des situations des personnages. Ceci amène à s’interroger sur les rapports qu’entretiennent les Français non seulement, avec les forces de l’ordre, mais aussi avec la légalité. Comment le gendarme est-il représenté ? Est-il dépeint dans sa vie professionnelle ou en privé ? Dans sa caserne ou en brigade ? Dans quel contexte ? Est-il seul ou en binôme ? Dans quel réseau de sociabilité s’insère-t-il ? Est-il statique ou mobile ? Jeune ou avancé dans la carrière ? Athlétique ou épais ? Sévère ou bienveillant ? En outre, il est légitime de s’interroger sur le réseau d’images qui gravite autour des diverses forces de l’ordre. Au sein du corps, quelles formations sont le plus représentées ? Les gendarmes font-ils l’objet du même système représentatif que les autres forces de police et de maintien de l’ordre (police civile, garde nationale, garde champêtre, douaniers) ? Quelles images se renvoient ces différents corps de métier ? Comment chacun considère-t-il l’action et la culture professionnelle de l’autre ? Comment le gendarme, ce militaire, est-il considéré par les autres forces armées ? Si systèmes représentatifs différents il y a, sont-ils complémentaires ou concurrentiels ? Ces interrogations nous incitent à considérer les mécanismes liés à l’image que veulent donner d’eux les gendarmes et la pose qu’ils prennent face au miroir. En filigrane, on retrouve ici le débat sur la légitimité d’action.
Ce travail s’est imposé sur la base de l’étude d’un large éventail sources : principalement des archives de presse ainsi qu’un vaste corpus littéraire, cinématographique et musical. Au sein de ces archives, nous avons distingué trois principales sources de diffusion de l’image du gendarme : Les sources internes, semi-internes et externes. En interne, la fabrique de l’image passe par un discours officiel qui prend la forme de communiqués, de règlements et de pratiques cérémonielles. Ici, les sources sont institutionnelles autant que fonctionnelles. Institutionnelles, parce que, à l’instar des revues corporatives, elles s’inscrivent dans le cadre d’une action intégratrice et véhiculent une culture historique et professionnelle. Fonctionnelles, parce que les bulletins de service, les procès-verbaux, la documentation interne, les guides du gendarme et autres mémento, constituent autant de précieux outils d’analyse. Cette élaboration de l’image en interne à permis de voir quelle image offre la gendarmerie offre d’elle même au public ainsi que d’analyser comment elle cherche à se distinguer de ses homologues, militaires et policiers.
Les sources semi-internes (presse associative des retraités et des femmes de gendarmes) représentent sans conteste l’un des aspects les plus originaux du discours du gendarme sur la gendarmerie. Si le devoir de réserve imposé aux militaires de la gendarmerie interdit l’exercice de tout droit syndical, il est malgré tout possible de discerner dans l’action revendicative des associations de retraités de la gendarmerie une forme revendicative embryonnaire mise au profit des personnels d’active. À côté d’un volet amicaliste, destiné à maintenir un lien entre les retraités et la communauté gendarmique, la presse associative agit comme une caisse de résonance des revendications corporatistes. À ceci, nous joignons volontiers les mémoires de gendarme, les archives orales ainsi que les rares témoignages écrits de gendarmes.
Les sources externes sont plus indépendantes de l’Arme. Constituées par la presse civile, le cinéma, la chanson, la publicité, la littérature, la rumeur publique, elles sont bien évidemment d’un grand intérêt pour notre étude. Leur abondance et la cristallisation intense de l’imaginaire social autour de la figure du gendarme renseigne sur le rôle prépondérant de l’institution dans le bon fonctionnement régalien de l’État.
On l’aura compris les représentations du gendarme sont un thème gigogne où viennent s’emboîter de multiples ramifications. Toutes ces formes d’expression mobilisées ont contribué à élaborer une image complexe de la gendarmerie ; chaque médium affinant sous un faisceau particulier le portrait élaboré du gendarme. La nature même de ces discours participe de la création d’une image polymorphe du gendarme. L’image du gendarme est le résultat de l’enchevêtrement de différentes lectures, de différentes sensibilités. Cette variété nous amène à nous interroger sur les usages, la pérennité et le bien-fondé de ces représentations historiques.
Afin de mieux répertorier, analyser et comprendre ces représentations, nous avons mis en lumière la circulation des clichés à travers les époques et les milieux sociaux. Nous avons délimité le XXe siècle selon des dates charnières, même si les évolutions sur le long terme s’accommodent mal d’un découpage strict de la période. Si l’intervalle temporel étudié paraît bien vaste au premier coup d’œil, il ne faut pas perdre de vue que cette histoire de la gendarmerie au XXe siècle est filtrée au tamis fin des représentations. Plutôt que de proposer un panorama vertigineux, il est apparu plus productif de baliser le regard. Aussi avons-nous privilégié une approche chrono-thématique et une couverture temporelle assez large afin d’évaluer le réseau des permanences. Notre attention se focalise sur des champs d’intervention « déclencheurs » d’imaginaire - police administrative, police judiciaire et maintien de l’ordre -, en même temps qu’elle s’ancre dans la chronologie.
Après avoir rappelé l’héritage du XIXe siècle, qui pèse fortement sur les mentalités collectives, elle s’articule autour de deux axes chrono-thématiques. Le premier XXe siècle s’ouvre sur l’analyse de l’imaginaire spécifique que suscitent les missions prévôtales des gendarmes au front pendant la Grande Guerre. Dans l’entre-deux-guerres, la question du maintien de l’ordre polarise fortement les attentions tant des politiques que des acteurs sociaux. Si les missions traditionnelles du gendarme ne font pas l’objet d’une remise en question, la gendarmerie reste dépendante d’une bonne image de marque. Aussi tente-t-elle d’influer, au plus bas niveau de l’échelle hiérarchique, sur la conduite des gendarmes. La mémoire combattante de la Grande Guerre joue beaucoup sur cette militarisation des conduites. Le second XXe siècle est à nouveau marqué par la guerre. Mais davantage que l’identité combattante de l’institution, c’est le loyalisme des gendarmes qui est remis en question par le contexte singulier de l’Occupation. Enfin, l’étude se borne à montrer que, pendant la Guerre froide, le maintien de l’ordre obéit à un phénomène de légitimation croissante. Grâce à une politique de communication focalisée sur les missions de service public, la gendarmerie gagne les faveurs d’une grande partie de l’opinion.
Au terme de cette étude, nous avons souvent peiné sur une ligne de crête fine, menacé de choir dans deux abîmes. D’un côté, la légende noire et les sarcasmes prépondérants au sein des représentations collectives ; de l’autre, l’hagiographie, perceptible essentiellement au sein d’une culture interne.
Mal-aimée, accablée de symboles répulsifs, catalyseur de peurs diffuses, la gendarmerie paie parfois le prix de ses missions, mais aussi des pouvoirs réels (usage de la violence légitime, droits d’investigation et de coercition) et fantasmatiques (exécution des déserteurs, crimes, torture, chantage, arbitraire, marché noir...) dont useraient certains de ses membres. Défenseurs d’un ordre souvent ressenti comme injuste, figures emblématiques de la répression, les gendarmes, incarnations de l’État et instruments trop voyants du politique, constituent un exutoire idéal pour les opprimés, les exclus, les marginaux et les contestataires.
Même à son plus bas niveau, la rivière de la contestation ne s’en montre pas moins toujours menaçante. C’est la permanence du regard jeté sur les gendarmes par la collectivité qui permet de les rapprocher, en dépit de l’évidente singularité de chacun. En la matière, l’héritage du XIXe siècle est prépondérant. Les clichés de la Belle Époque et du XIXe siècle fournissent une grille de lecture insurmontable et assez peu renouvelée, dans sa forme tout du moins. Malgré des degrés d’acceptation et de sympathie variés, le gendarme n’est pas un marginal. Il incarne cet ordre nécessaire que l’on accepte tant bien que mal.
Nous en venons ainsi à considérer les rapports qu’entretiennent les Français avec leurs forces de l’ordre. L’histoire des représentations passe donc par une histoire des mentalités et cette analyse d’une profonde culture de la défiance, qui, à des degrés variés, imprègne continuellement la mentalité des Français. Dans cette perspective, lorsque le régime autoritaire s’effondre, ce sont les forces de police, en particulier, qui paient le prix de leur obéissance. La période de l’Occupation suspend les principes républicains au sein des missions de la gendarmerie.
Les gendarmes mobiles, en particulier, paient le prix de cette visibilité du pouvoir. La création des premiers pelotons de gendarmerie mobile, qui allaient devenir la garde républicaine mobile, est en phase avec l’évolution des sensibilités face au maintien de l’ordre. Sur le long terme, les progrès et la professionnalisation du maintien de l’ordre tendent à accréditer le phénomène de « civilisation des mœurs » décrit par Norbert Élias, qui s’inscrit dans la pacification des rapports sociaux.
Ainsi, au regard de la situation de l’armée, fortement marquée par les conflits de décolonisation, ou de la police, stigmatisée par quelques bavures retentissantes, la gendarmerie sait tirer son épingle du jeu auprès du grand public. Ceci explique pourquoi, après 1945, les gendarmes ne subissent pas directement les assauts de l’emballement journalistique et restent ainsi dans l’ombre des projecteurs de la presse, souvent braqués en direction des CRS. Sur le plan médiatique, en comparaison avec le lynchage essuyé par ces derniers, le choc de Charonne ou de mai 1968 fait l’effet d’un pétard mouillé pour les personnels de la gendarmerie. À l’orée des années soixante-dix, le thermomètre de la désapprobation manifestée à son endroit est au plus bas par rapport au niveau de l’entre-deux-guerres.
Par ailleurs, l’image négative du gendarme se dessine aussi en creux, là où on ne le désigne même pas, dans les non-dits de la fiction. Cette absence du champ imaginaire lui est même fortement préjudiciable. L’exemple de la fiction criminelle, tout au long du XXe siècle, est saisissant. Au demeurant, l’exercice de la police judiciaire et le pouvoir d’enquête conférés au gendarme font partie des attributions qui peuvent en accroître la popularité. La trame romanesque du roman policier est d’ailleurs on ne peut plus conservatrice et prédisposée à valoriser les activités de l’enquêteur : les déviances sociales y font rarement l’objet de légitimation. Or, pour diverses raisons, le roman et le cinéma policiers n’intègrent pas complètement le gendarme de au sein du champ de la fiction. Cette distinction tend à entraîner une large redéfinition des systèmes de représentation publique et crée un contraste identitaire fort entre police et gendarmerie.
Enfin, parmi ceux qui remettent l’institution en question, certains se montrent plus royalistes que le roi. Ainsi en va-t-il des anciens gendarmes, à la retraite, qui sermonnent régulièrement le commandement et plaident pour l’amélioration de la qualité de vie et de service des militaires en activité. Leur regard, conditionné par des années de service, est marqué par une volonté de redorer le blason de leurs successeurs. En interne, certains gradés prennent parfois la parole, à l’encontre de leur devoir de réserve, pour désigner les dysfonctionnements de l’institution. Sous couvert de l’anonymat, ils n’hésitent d’ailleurs pas à sermonner leurs confrères. Pendant la Grande Guerre, nous l’avons vu, un gendarme prend même le crayon, au sein d’un journal de tranchées, pour croquer avec force noirceur les tâches ingrates dévolues aux prévôtés. Sous l’Occupation, plusieurs gendarmes envoient des lettres anonymes à destination des feuillets résistants afin d’expliquer à l’opinion la situation complexe à laquelle ils se trouvent soumis.
Dans un même ordre d’idées, une large part de la population mêle à sa critique un certain intérêt, voire de l’admiration, pour l’institution. Une mise en perspective historique a permis d’observer que le désamour de la gendarmerie peut évoluer au gré des circonstances et de la demande sociale : l’anxiété suscitée par la criminalité, le terrorisme ou les accidents en tous genres, entraîne des postures différentes. Les exigences sécuritaires, pendant la guerre d’Algérie ou en mai 1968 par exemple, renseignent ainsi sur les revendications conservatrices d’une partie de l’opinion. Avec le sentiment d’insécurité, les mentalités se retournent comme un gant : le même gendarme convoque un regard diamétralement opposé. Dans ce contexte de crise, la gendarmerie, perçue alors comme un corps spécifique et indispensable à la protection de la société, recrée par là-même un lien social primordial avec les Français.
Dans un même ordre d’idées, littérature et cinéma ont aussi contribué à dresser un portrait positif du gendarme, notamment en matière de police judiciaire, preuve d’un certain degré d’acceptation de l’ordre. Si certaines formes de contestation, notamment les plus tardives, se montrent toujours virulentes, il faut bien souvent reconnaître leur caractère marginal. De là, on peut avancer que le gendarme s’impose comme une figure de contrôle public de plus en plus légitime. Au regard de ses missions infiniment complexes, difficiles et pénibles, le gendarme à l’écran, figure appréciée des Français, apparaît même indispensable, non seulement au bon fonctionnement de l’État de droit, mais aussi à la survie de ses concitoyens. Les actes de bravoure largement médiatisés ont également contribué à légitimer le rôle protecteur de l’institution. Au travers de ces images, il est possible de constater une euphémisation de la critique faite au gendarme.
Plutôt que de rester écrasée par le regard extérieur, la gendarmerie tente de se doter d’une légitimité d’action et cherche donc à forger un contre-modèle. Quatre impératifs ont incité l’Arme à produire son propre portrait et à l’introduire dans le paysage médiatique : entretenir son esprit de corps, préserver ses intérêts dans l’appareil d’État, s’imposer à la population et gagner ses faveurs. Alors que l’image fait son entrée dans les foyers par la petite lucarne télévisuelle, les pouvoirs décisionnaires s’aperçoivent de l’efficacité que peut jouer une véritable stratégie de relations publiques, tant sur le plan du recrutement que pour celui du renom de l’institution.
De manière officielle, cette auto-représentation se traduit surtout par des choix commémoratifs forts et une identité spécifique. Davantage qu’une simple culture de corps autonome, il est préférable d’avancer la formule de contre-culture gendarmique, puisque l’auto-représentation du corps se fait principalement de manière réactive et défensive. Elle se caractérise d’abord par la promotion d’un idéal de « militarité ». À plusieurs reprises, notamment lors de la guerre d’Algérie, la gendarmerie cherche à se distinguer de son homologue civil par la valorisation, à couteaux tirés, d’un patrimoine « militaro-viril ». Il faut ici attendre la Libération pour voir se greffer à ce discours militaire, toujours prépondérant, un autre discours plus conforme aux exigences sécuritaires du citoyen à propos de la spécificité gendarmique. Le développement du concept de sécurité routière, principalement à destination des usagers de la route, mais aussi des futurs conducteurs par le biais de la cible privilégiée de l’enfance, en est la meilleure expression.
Par ailleurs, rappelons que l’image du gendarme est aussi indissociable de son quotidien, c’est-à-dire de l’exercice même de sa profession. De la même façon que les gendarmes sont fiers de leurs actes méritoires qu’est susceptible de relater la presse, tout écart de conduite remarqué a des conséquences fâcheuses sur l’image de marque de l’institution. La maîtrise de cette image passe donc par une surveillance des comportements en vue de contrôler la première image du gendarme qui soit : celle qu’il diffuse tous les jours auprès des administrés. Ce prosélytisme est marqué par une série d’identifications visuelles (uniformes, moustaches) ainsi que par une politique quotidienne de contrôle des corps et des conduites du gendarme, codifiée en école, au sein des manuels d’apprentissage et en brigade. La formation et le système normatif, appréhendés au travers des manuels d’apprentissage et de savoir-vivre de l’entre-deux-guerres, ont fourni de précieux outils d’analyse puisqu’ils servent de socle à la composition d’une meilleure image auprès du public. Par le biais de sa conduite, de sa présentation générale, bref de son professionnalisme, le meilleur ambassadeur de la gendarmerie reste... le gendarme.
Enfin, au sein du corps, nous avons tenté de saisir l’écho des constructions imaginaires civiles sur les consciences d’appartenance. La circulation des thèmes et des motifs hérités du dehors atteste de la porosité des systèmes de représentation. Par ses réactions immunitaires face aux attaques extérieures, la gendarmerie montre ainsi combien son image de marque est importante pour elle. En somme, Nadaud, Courteline et Mourguet font partie de ce legs encombrant et tapageur, dont la gendarmerie a d’abord cherché à se départir avant de s’en réapproprier les fondements pour mieux en maîtriser l’influence. Bon gré, mal gré, les gendarmes ont dû apprendre à composer avec ces cristallisations du corps social. Ainsi, la référence à Pandore et à Guignol entre dans la culture de l’institution et obéit à un phénomène de patrimonialisation. Perceptible dans les années trente, ce processus marque une évolution des mentalités. La même dialectique est à l’œuvre avec La tactique du gendarme, à partir des années soixante, ou avec la série des Gendarmes de Saint-Tropez, à partir des années quatre-vingt. Ainsi, Nadaud, Bourvil ou De Funès, par leur dimension incontournable et leur prégnance symbolique, font aujourd’hui partie intégrante de l’identité professionnelle du gendarme, au même titre que le Code de procédure pénale, le règlement interne de la vie de brigade, la taille des boutons d’uniforme ou la mémoire de Moncey.
Le latin quin : syntaxe, sémantique et pragmatique. Place dans le système des interrogatifs, connecteurs et subordonnants
Vendredi 1er décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Frédérique FLECK soutient sa thèse de Doctorat :
Le latin quin : syntaxe, sémantique et pragmatique. Place dans le système des interrogatifs, connecteurs et subordonnants
En présence du Jury :
Mme FRUYT (PARIS 4)
Mme KIRCHER (NICE)
M. MOUSSY (PARIS 4)
Mme ORLANDINI (TOULOUSE 2)
M. TOURATIER (AIX-MARSEILLE 2)
Résumés
Le latin quīn est étudié, d’un point de vue à la fois syntaxique, sémantique et pragmatique, dans ses différents emplois : comme adverbe interro-négatif de cause, comme particule énonciative, comme connecteur additif et coordonnant copulatif, comme subordonnant complétif (négatif et positif), comme subordonnant négatif consécutif, causal, pseudo-relatif et comme subordonnant comparatif positif. Une attention particulière est portée au fonctionnement de la négation, en rapport avec l’interrogation et avec la subordination, et aux processus à l’œuvre dans l’évolution diachronique de quīn. L’analyse porte sur un corpus regroupant la plupart des occurrences de quīn (près de 3000) chez les écrivains latins du IIIe s. av. J.-C. au IVe s. après. L’emploi de quīn est comparé à celui des lexèmes proches, notamment quidnī, cūr nōn, quārē nōn, quōmŏdŏ nōn, immō, ăt, sĕd, uērum, ĕt, atquĕ, -quĕ, quōmĭnus, nē, ŭt nōn, quī.
The Latin quīn is studied here from a syntactic, semantic and pragmatic point of view, in its various functions : as an interro-negative adverb of cause, as an enunciative particle, as an additive connector and copulative coordinating conjunction, and as a negative or positive subordinating conjunction introducing completive, consecutive, causal, comparative and pseudo-relative clauses. Particular attention is paid to the cases where a negation appears at the same time as an interrogation or a subordination, and to the diachronic evolution of quīn. The analysis is based on a corpus including most of the occurrences of quīn (circa 3000) in the works of the Latin writers from the third century B.C. to the fourth century A.D. The use of quīn is compared with the use of other lexems which have a similar meaning and function, such as quidnī, cūr nōn, quārē nōn, quōmŏdŏ nōn, immō, ăt, sĕd, uērum, ĕt, atquĕ, -quĕ, quōmĭnus, nē, ŭt nōn, quī.
Position de thèse
Quīn, en latin, constitue un élément linguistique, ou plus exactement un ensemble d’éléments, dont l’appréhension est malaisée, car cette suite de phonèmes se présente dans les emplois les plus divers : quīn peut, en effet, être un subordonnant complétif négatif et non négatif, un subordonnant consécutif négatif, un subordonnant causal négatif, mais aussi un adverbe interro-négatif de cause, une particule énonciative, un connecteur et un coordonnant. Cette grande variété d’emplois amène à distinguer plusieurs lexèmes homophones en synchronie, mais l’identité des signifiants et les liens qu’on peut percevoir entre différents emplois inviteraient à chercher une cohérence et une unité d’un point de vue diachronique. L’étude de quīn se trouve ainsi d’emblée située au confluent de la synchronie - avec comme horizon, au terme d’une analyse syntaxique méthodique, l’établissement et la caractérisation d’un certain nombre de fonctions, attribuables à un ou plusieurs lexèmes - et de la diachronie en ce qui concerne, d’une part, la description de l’évolution et, parfois, de la disparition des emplois de quīn, au cours des sept siècles de latinité que nous étudions (du IIIe s. avant J.-C. au IVe s. après), et, d’autre part, la reconstruction, avant l’époque des premiers textes, de leur genèse.
Notre démarche a consisté, fondamentalement, à nous appuyer sur les données textuelles (nous avons considéré près de 3000 occurrences de quīn, relevées à l’aide du CD-Rom CLCLT-5) pour établir des constats en dégageant les faits de langue les plus significatifs, et non à appliquer une théorie linguistique particulière aux données latines. Ce parti pris de départ nous a naturellement conduite à varier les approches, puisque nous avons employé, pour chaque question que l’étude des textes faisait apparaître, les outils d’analyse linguistique qui semblaient les plus appropriés. La diversité des emplois de quīn nous a amenée à privilégier l’approche syntaxique, seule susceptible de permettre d’aboutir à un classement rigoureux de ces emplois. Mais, pour préciser le sens de quīn dans ses différents rôles, pour en expliquer le fonctionnement et l’évolution, nous avons été conduite le plus souvent à associer à cette approche syntaxique une analyse sémantique étendue aux divers constituants de la phrase dans laquelle se trouve quīn et une étude pragmatique de l’ensemble des données de l’interaction communicative en jeu. Enfin, il nous a semblé utile, pour faire apparaître en toute netteté les traits particuliers du fonctionnement syntaxique, sémantique et pragmatique de quīn, de le confronter à celui de lexèmes proches, interrogatifs de cause (quidnī, cūr nōn, quārē nōn, quōmŏdŏ nōn), connecteurs (immō, mais aussi ăt, sĕd, uērum) et subordonnants (quōmĭnus, nē, ŭt nōn, quī).
Dans son emploi comme adverbe interro-négatif de cause, quīn (« pourquoi ne ... pas ? ») est spécialisé dans l’introduction de questions rhétoriques à orientation négative ; il s’agit de questions rhétoriques du type le plus courant, présentant une inversion de polarité entre la forme de la question et celle de la réponse suggérée. La réponse induite par les interrogatives introduites par quīn est toujours du type Il n’y a aucune raison pour que p (où la présence de deux négations représente une inversion de polarité par rapport à la question, pourquoi p ?, qui n’en contient qu’une). Ce fonctionnement est lié au fait que quīn présente une négation externe, sur laquelle porte directement la pesée critique de l’interrogation, en même temps que sur la cause.
Les interrogatives introduites par quīn, en tant qu’interrogations rhétoriques, présentent une dérivation illocutoire : de l’acte illocutoire littéral interrogatif, qui correspond à la structure formelle de l’énoncé, est dérivé un acte illocutoire assertif, qui correspond à la réponse suggérée. Dans la grande majorité des cas, il y a une seconde dérivation illocutoire, qui fait dériver de l’assertion Il n’y a aucune raison pour que p un acte illocutoire jussif, l’ordre (la proposition, la suggestion ..., selon le statut respectif de l’énonciateur et de son ou ses interlocuteurs) d’accomplir p. Il se produit aussi, quoique plus rarement, que de l’acte illocutoire dérivé assertif soit dérivé, à la place d’un acte illocutoire jussif, un acte illocutoire de regret, de reproche, ou encore de souhait ; mais il peut également arriver qu’il n’y ait pas de second acte illocutoire dérivé et que l’on en reste à l’acte illocutoire assertif, qui est dérivé dans tous les cas de l’acte illocutoire littéral interrogatif. Ces variations concernant l’acte illocutoire finalement réalisé sont fonction de la personne dont dépend la réalisation du procès, de la situation du procès dans le temps et de la façon dont le procès est envisagé par le locuteur, tous éléments qui sont généralement marqués dans la forme verbale de l’interrogative. Quand le procès peut être situé dans l’avenir, si son accomplissement dépend du seul locuteur, aucun acte illocutoire supplémentaire n’est dérivé de l’acte illocutoire assertif et l’énoncé a la valeur illocutoire d’une assertion ; s’il dépend de l’interlocuteur, un acte illocutoire jussif est dérivé de l’acte assertif ; enfin, s’il ne dépend ni du locuteur, ni de l’interlocuteur, c’est un acte illocutoire de souhait qui est dérivé. Quand le procès est situé dans le passé, si son accomplissement n’a pas dépendu de l’interlocuteur, c’est un acte illocutoire de regret qui est dérivé de l’acte assertif ; s’il a dépendu de l’interlocuteur, un acte de reproche. L’emploi du subjonctif comme mode verbal, pour un procès situé dans le passé, a pour conséquence qu’aucun acte illocutoire supplémentaire n’est dérivé ; on s’en tient alors à l’acte illocutoire assertif.
La langue latine a connu diverses façons d’interroger sur la cause ; les interrogations causales négatives peuvent être introduites par des adverbes interro-négatifs, comme quīn et quidnī (quippĭnī), mais aussi par des adverbes interrogatifs assortis d’une négation (cūr nōn, quārē nōn, quōmŏdŏ nōn, quămŏbrem nōn et même undĕ nōn). Quīn et quidnī sont très proches, comportant tous deux une négation externe, soudée à l’interrogatif, et étant de ce fait spécialisés dans l’introduction d’interrogations rhétoriques à polarité négative. Leurs emplois ne sont cependant pas les mêmes : quidnī sert, à la différence de quīn, à reprendre un énoncé précédent (ce pourquoi le verbe qu’il introduit est au subjonctif - chose très rare avec quīn -, et peut être facilement omis, ce qui ne se produit jamais avec quīn). La différence fondamentale entre ces deux interrogatifs est que l’on emploie quidnī quand le contexte antérieur donne p (ou lorsque la situation extra-linguistique est dénotée par p), et quīn quand le contexte antérieur donne p (ou lorsque la situation extra-linguistique est dénotée par p). Avec quidnī comme avec quīn, le locuteur vise p (c’est là l’effet de la négation externe), mais quidnī est employé quand il y a concordance entre cette vue du locuteur et la situation, et quīn quand il y a discordance entre les deux. Cela a pour conséquence que la valeur illocutoire dérivée des interrogations rhétoriques introduites par quidnī est presque toujours simplement assertive (expression d’une confirmation, d’une justification ...) ; il est très rare qu’un autre acte illocutoire en soit dérivé (éventuellement un acte illocutoire jussif atténué comme un encouragement, jamais d’acte illocutoire de regret ou de reproche). Les autres interrogatifs de cause ne sont pas spécialisés et peuvent introduire à la fois des questions percontatives et des interrogations rhétoriques ; la négation qui les accompagne est tantôt interne, tantôt externe. Quīn a tendance à perdre du terrain face à ces interrogatifs d’emploi plus large et de formation plus transparente : c’est d’abord l’emploi de cūr nōn qui prévaut (à partir de l’époque classique), puis cet interrogatif est lui-même supplanté par quārē nōn (et, dans une moindre mesure, quōmŏdŏ nōn) .
Employé avec une forme verbale à l’impératif ou au subjonctif d’ordre ou de souhait, quīn fonctionne comme une particule énonciative : ce lexème invariable n’assure alors aucun rôle syntaxique, sa fonction étant uniquement pragmatique. Son emploi informe sur l’attitude et les sentiments du locuteur, qu’il caractérise comme relevant de l’impatience, de l’exaspération, de l’irritation. Il peut être traduit par « eh bien ! », « enfin quoi ! », « mais enfin ! ».
Quīn peut également être employé comme connecteur additif marquant un renchérissement (« bien plus »). Sa valeur fondamentale consiste en un accroissement de la force illocutoire assertive de l’énoncé dont il fait partie, comme on peut le vérifier dans les textes archaïques, où il présente des emplois originaux (emplois sans valeur connective, introduction d’une simple répétition, ou encore emplois comme connecteur argumentatif dans lesquels l’ajout se fait par rapport aux propos de l’interlocuteur). A partir de l’époque républicaine, son emploi comme connecteur argumentatif se fixe dans l’introduction, soit d’un premier argument en faveur d’une conclusion précédemment énoncée (traduction par « ainsi », « et de fait » ...), soit d’un argument supplémentaire allant dans le même sens qu’un ou plusieurs autres arguments déjà formulés (traduction par « mieux encore », « et même », « qui plus est » ...), le renchérissement se faisant désormais toujours par rapport aux propos précédents d’un même locuteur.
Dans cet emploi, quīn est le plus souvent accompagné d’un second terme avec lequel il forme une lexie complexe. La locution la plus courante est quīn ĕtĭam, qui apparaît dès la fin de l’époque républicaine ; on trouve également sa variante quīn ĕt, qui est d’abord poétique et dont l’acclimatation dans la prose date du début du IIe s. de notre ère. Quīn immō est employé à partir du Ier s. de notre ère, et devient la locution la plus courante chez la plupart des auteurs chrétiens ; quīn pŏtĭŭs est tardif et relativement rare ; on relève enfin quelques occurrences de quīn contrā (quīn ē contrārĭō, quīn ē dīuersō) et, plus rarement encore, de quīn insŭpĕr, collocations qui ne sont probablement pas lexicalisées. La tendance est à l’emploi de ces lexies au détriment de celui du lexème pris isolément, qui est peu à peu abandonné ; ces lexies elles-mêmes tendent à être à nouveau étoffées par l’ajout d’un troisième terme, surtout chez les auteurs des IIIe et IVe siècles (quīn immō ĕtĭam, quīn immō ĕt, quīn pŏtĭŭs ĕt). La plupart d’entre elles présentent le même sens et les mêmes emplois que le lexème quīn seul. Toutefois, l’adjonction de pŏtĭŭs ou de contrā introduit une nuance supplémentaire (respectivement « et même plutôt », « et même, au contraire »), ces termes soulignant une rupture avec un élément particulier du contexte antérieur, tandis que quīn indique une continuité par rapport à ce contexte antérieur, considéré de façon globale (ces locutions n’apparaissent donc que dans des contextes particuliers permettant cette double lecture, notamment après un énoncé de forme négative). Pour l’expression de l’auto-correction (IVe s. de notre ère), ce sont les lexies quīn immō et quīn pŏtĭŭs (au sens de « ou plutôt ») qui sont employées.
Quīn s’insère dans le système des connecteurs du latin en tant que connecteur additif, signalant une continuité par rapport au contexte antérieur. Sa valeur de renchérissement le rapproche cependant de plusieurs connecteurs adversatifs, avec lesquels il semble pouvoir commuter, mais cela uniquement dans des contextes ambigus. Dans un dialogue, dans le contexte d’une dispute, il peut apparaître comme ăt en début de réplique, mais avec une fonction différente : ăt marque une opposition par rapport à la réplique de l’interlocuteur, tandis que quīn signale un renchérissement par rapport à la réplique précédente du même locuteur. Après une proposition contenant une expression qui nie une limitation quantitative (nōn mŏdŏ, nōn sōlum, nōn tantum), quīn commute librement avec sĕd ou uērum (ĕtĭam), qui perdent alors leur valeur proprement oppositive pour ne plus indiquer, comme quīn, qu’un renchérissement. Après un énoncé négatif, on trouve également quīn ou sĕd / uērum, mais cette fois avec des valeurs différentes : quīn exprime un renchérissement par rapport à l’ensemble de l’énoncé (de forme négative) qui précède, tandis que sĕd et uērum marquent une rectification antonymique par rapport à l’élément qui est le foyer de la négation (négation polémique). L’emploi de quīn se rapproche surtout de celui du connecteur adversatif immō, dans les emplois où celui-ci indique un renchérissement. Le fonctionnement de ces deux connecteurs, quoique proche, n’est pourtant pas identique : immō se trouve uniquement, et c’est là le propre des connecteurs adversatifs en général, dans des contextes dialogiques (ou, hors dialogue, dans des contextes polyphoniques), tandis que quīn, connecteur additif, n’apparaît que dans des contextes non dialogiques et non polyphoniques (son emploi en dialogue présentant lui-même un caractère monologique). Quīn présente enfin un léger recouvrement, dans quelques emplois tardifs (IVe s.), avec les connecteurs disjonctifs uĕl (pŏtĭŭs / ĕtĭam) et aut pŏtĭŭs, pour ce qui est de l’introduction d’un renchérissement qui prend la forme d’un dépassement nécessitant une reformulation (auto-correction).
Quīn connaît également, à partir du Ier s. av. J.-C., un emploi voisin, celui de coordonnant copulatif (la frontière entre connexion et coordination ne pouvant pas toujours être tracée de façon nette pour les textes latins). Il a souvent une valeur plus marquée que les autres coordonnants copulatifs et peut ainsi souvent être traduit par « et aussi », « et encore », « et même ». Cet emploi est peu fréquent (il concerne, de plus, majoritairement les syntagmes coordinatifs) et connaît des restrictions qui différencient le fonctionnement de quīn de celui des coordonnants ĕt, ac / atquĕ et -quĕ (il ne peut introduire que le dernier terme d’une série d’éléments coordonnés et ne peut apparaître deux fois dans une même série).
En tant que subordonnant, quīn est susceptible d’introduire une variété importante de propositions. Il peut introduire des propositions complétives occupant diverses fonctions (sujet, complément de verbe, apposition, complément de nom ou d’adjectif). Ces propositions complétives introduites par quīn dépendent le plus souvent de verbes appartenant aux champs sémantiques de l’incertitude et de l’opposition (empêchement, retard, refus), également de verbes indiquant un événement ou un quasi-événement, une cause, l’activité, la possibilité, ou de verbes déclaratifs ; on les trouve aussi dans la dépendance de verbes ne se rattachant pas à des catégories sémantiques largement représentées dans ce type de construction (exprimant l’omission, l’étonnement, la crainte ...). Les champs sémantiques de l’incertitude et de l’opposition sont représentés, parmi les verbes régissant des propositions introduites par quīn, tout au long de la période étudiée (IIIe s. avant - IVe s. après J.-C.), avec une diversification et un développement particulièrement importants autour du Ier s. avant notre ère ; les verbes d’événement et les verbes déclaratifs ne sont attestés avec une complétive en quīn qu’à partir du Ier s. av. J.-C. ; les verbes indiquant la cause disparaissent au Ier s. de notre ère, le tour mīrum quīn, dès le IIe s. av. J.-C., la construction directe d’une proposition en quīn avec possum ou (nĕ)quĕō cesse d’être vivante au Ier s. av. J.-C., les constructions avec les verbes d’activité ou les verbes de quasi-événement (mais pas d’événement) disparaissent au IIIe s. de notre ère, et on observe aux IIIe et IVe siècles un resserrement des emplois de quīn autour des types de construction les plus courants.
Le subordonnant quīn est également susceptible d’introduire plusieurs catégories de propositions circonstancielles : propositions consécutives surtout, mais aussi causales (nōn ĕō / idcircō ... quīn) et même comparatives (nōn ălĭtĕr ... quīn ; ce dernier type de propositions est toutefois très minoritaire dans le corpus). Quīn introduit le plus souvent des propositions de conséquence ou de cause (tour nōn quīn) non corrélatives ; le subordonnant amalgame alors un morphème de négation, un morphème fonctionnel de subordination et un morphème relationnel indiquant la relation logique, dans un cas, de conséquence, dans l’autre, de cause, entre la proposition régissante et la proposition subordonnée. Enfin, quīn introduit des propositions entrant dans le paradigme du syntagme adjectival : il s’agit de relatives dites « phrasoïdes » (type nēmo est quīn), propositions remplissant la même fonction que les véritables relatives, mais introduites par un subordonnant invariable qui n’est pas un pronom relatif (ce tour est le seul à présenter, en latin, cette construction originale, attestée notamment en hébreu et en grec moderne). L’emploi de quīn pour introduire certaines propositions comparatives n’apparaît qu’au Ier s. av. J.-C., et c’est de cette époque aussi que date son emploi pour introduire des propositions causales non corrélatives (nōn quīn, « non que ... ne ... pas »). On observe, au Ier s. de notre ère, un fléchissement notable dans l’emploi de quīn pour introduire des propositions apparentées aux relatives et, au IIIe siècle de notre ère, l’emploi des propositions causales introduites par quīn disparaît ; à partir de cette époque, seules les consécutives introduites par quīn restent d’emploi courant.
Quel que soit le type de proposition qu’il introduit, le subordonnant quīn obéit de façon constante à certaines règles syntaxiques et sémantiques. Son emploi est limité aux cas où la proposition régissante est négative. La présence d’une négation syntaxique (de forme) est de loin le cas le plus fréquent, et constitue la norme, mais on trouve également des exemples assez nombreux, et variés, de négation de sens, qui constituent des écarts d’importance variable par rapport à la règle : propositions présentant une polarité négative, notamment interrogations rhétoriques à orientation négative, mais aussi propositions ironiques, propositions présentant une hypothèse contrefactuelle, un impératif de défi ... ; propositions contenant un adverbe à sémantisme inhérent négatif comme uix, aegrē, mălĕ, diffĭcĭlĕ ; enfin, propositions constituant la reformulation positive d’un tour négatif employé de manière habituelle (paulum / mĭnĭmum ăbest pour nōn multum ăbest, dŭbĭtāre stultum est pour dŭbĭtandum nōn est ...). Les véritables exceptions à cette règle sont extrêmement rares dans les textes conservés. L’autre caractéristique du subordonnant quīn est la variation de sens à laquelle il est soumis, puisque sa valeur est tantôt négative, tantôt positive. Cette variation dépend du sens global de l’énoncé constitué par la proposition régissante et la proposition subordonnée, car celui-ci doit toujours présenter la même orientation pragmatique que l’énoncé du seul contenu propositionnel de la subordonnée. Le sens de quīn varie donc en fonction du sémantisme du verbe principal ainsi que de la présence ou de l’absence d’une négation syntaxique dans la proposition régissante, en vue de l’obtention d’un sens global constant. Les constructions avec quīn apparaissent ainsi comme des sortes de périphrases destinées à asserter le contenu propositionnel présenté dans la subordonnée. L’existence de ce mécanisme permet d’estimer qu’un morphème de négation est toujours présent dans quīn, mais qu’il se trouve inhibé dans certaines conditions. Cette négation est externe, et sa portée s’étend sur toutes les propositions subordonnées juxtaposées ou coordonnées qui dépendent du subordonnant quīn. La présence d’une négation autonome supplémentaire dans une proposition subordonnée introduite par quīn est très rare, même lorsque la valeur de quīn n’est pas négative.
Du fait de ses emplois variés, le subordonnant quīn entre dans plusieurs systèmes de subordination : celui de la subordination complétive, celui de la subordination consécutive et celui de la subordination causale. En tant que subordonnant causal, quīn, dans le tour nōn quīn, est en concurrence avec quō (nōn quō nōn) et, dans une moindre mesure, avec quĭă (nōn quĭă nōn) lorsque le verbe de la subordonnée est au subjonctif ; l’emploi de nōn quīn disparaît à la fin du IIe s. de notre ère, tandis que nōn quō nōn continue à être employé et que l’usage de nōn quĭă nōn et de nōn quŏd nōn suivis du subjonctif se développe. Quasiment cantonné à ce tour, l’emploi de quīn comme subordonnant causal est très restreint par rapport à celui de quĭă et de quŏd. En tant que subordonnant consécutif, quīn est en concurrence avec ŭt nōn et quōmĭnus lorsque ces derniers dépendent d’une proposition négative. Enfin, les subordonnées complétives introduites par quīn entrent en concurrence, après une proposition régissante négative, avec différents types de propositions, en fonction du type de verbe principal : avec des propositions introduites par quōmĭnus, avec des propositions introduites par nē, avec des propositions introduites par ŭt nōn, exceptionnellement avec des propositions introduites par ŭt ou nē nōn (verbes de crainte), avec des propositions infinitives tantôt positives, tantôt négatives. Les subordonnées complétives en quīn semblent présenter des affinités particulières avec les propositions infinitives, avec lesquelles elles commutent régulièrement et partagent la caractéristique de relever principalement de la modalité assertive, contrairement aux subordonnées introduites par nē ou quōmĭnus, qui relèvent de la modalité jussive.
En ce qui concerne la genèse et l’évolution de quīn, il semble que l’emploi comme adverbe interro-négatif de cause soit le plus ancien ; quīn est issu, dans cet emploi, de l’agglutination de la forme adverbiale figée *kwih1 de pronom interrogatif à l’instrumental singulier (interrogeant d’abord sur la manière, puis également sur la cause) et de l’ancienne négation *nĕ dont la voyelle brève finale s’est ensuite perdue par apocope. Le lexème quīn ainsi formé s’est spécialisé dans l’introduction d’interrogations rhétoriques à polarité négative. La valeur illocutoire dérivée jussive qui caractérise le plus souvent ces interrogations a été à l’origine de la réanalyse de certains de ces énoncés, notamment ceux qui présentaient des formes verbales ambiguës, comme des énoncés à valeur illocutoire littérale jussive. A la suite de cette réanalyse, quīn perd sa fonction d’interrogatif de cause et sa valeur négative, pour devenir une particule énonciative indiquant simplement l’état d’esprit (irritation, impatience) du locuteur. D’autres énoncés interrogatifs introduits par quīn ont été réinterprétés, en vertu de leur valeur illocutoire dérivée assertive, comme des énoncés à valeur illocutoire littérale assertive. Ces interrogations rhétoriques ayant la valeur d’assertions renforcées, quīn - qui a perdu lors de la réanalyse son statut d’interrogatif de cause et son sens négatif - est considéré comme le marqueur de cette valeur assertive, puis acquiert un rôle plus spécialisé de connecteur argumentatif qui découle précisément de cette valeur (il assume aussi, par la suite, de façon plus marginale, un rôle de coordonnant copulatif). Enfin, les interrogatives introduites par quīn, par suite de leur collocation fréquente avec des propositions exprimant notamment l’absence d’empêchement ou l’absence de doute, ont été réanalysées comme des subordonnées complétives qui dépendent du verbe de ces propositions, quīn assumant alors un rôle nouveau de subordonnant. C’est cette formation de certains types de complétives introduites par quīn qui est à l’origine de l’existence de la contrainte syntaxique particulière, étendue à l’ensemble des subordonnées introduites par quīn, selon laquelle ces subordonnées ne peuvent se présenter qu’après une proposition régissante négative ; et c’est cette formation aussi qui permet d’expliquer la répartition du subordonnant quīn par rapport à celles de nē et de quōmĭnus après les verbes d’empêchement.
Une seconde origine doit être postulée pour le subordonnant quīn, pour expliquer notamment son emploi consécutif. Dans cet emploi, quīn serait issu de l’agglutination d’une forme figée du pronom relatif à l’instrumental singulier, *kwih1 (ou à l’ablatif singulier, en partant de la forme *quīd), et de l’ancienne négation *nĕ dont la voyelle brève finale a subi l’apocope. Ce subordonnant consécutif quīn est à l’origine de certains emplois complétifs, notamment après les verbes d’activité ou après des substantifs indiquant un motif. De l’emploi consécutif de quīn découle aussi, par réanalyse, son emploi pour introduire des propositions relatives phrasoïdes.
Enfin, l’utilisation de quīn, indépendamment de son origine, pour introduire des subordonnées complétives, a donné lieu à son emploi causal ainsi qu’à son emploi comparatif, plus marginal.
Nous sommes donc en mesure de restituer les diverses différenciations d’emploi connues par quīn dans la préhistoire du latin. L’extension des fonctions des deux lexèmes d’origine, et particulièrement du lexème interrogatif, a sans doute été favorisée par sa forme courte, permettant une intégration aisée dans le paradigme des particules d’énonciation, des connecteurs, des coordonnants et des subordonnants, ainsi que par la présence du thème d’interrogatif-relatif qu-, toujours reconnaissable, qui facilite son utilisation comme subordonnant.
A l’époque historique, l’évolution de quīn dans ses différents emplois se caractérise par une désaffection déjà sensible, dans les textes, à partir du Ier s. apr. J.-C., et plus nettement marquée à la fin de la période étudiée (IIIe et IVe s.). Plusieurs emplois disparaissent ou tendent à disparaître (l’emploi comme adverbe interrogatif, certains emplois complétifs, les emplois pour introduire des propositions causales ou des propositions apparentées aux relatives), d’autres montrent seulement certains signes de faiblesse (l’emploi comme connecteur, dans lequel quīn n’apparaît plus, à l’époque des premiers auteurs chrétiens, qu’accompagné d’un, voire de deux autres lexèmes avec lesquels il forme une lexie complexe). Dans tous les cas où nous avons pu faire une comparaison chiffrée avec d’autres lexèmes proches, quīn cède du terrain aux termes concurrents (cūr nōn, quārē nōn, quōmŏdŏ nōn pour les interrogatifs de cause, quōmĭnus pour les subordonnants). La formation opaque de quīn, difficilement analysable par les locuteurs, ainsi que son emploi complexe et limité du fait de sa spécialisation (comme interrogatif de cause, circonscrit aux interro-négatives à négation externe, et, comme subordonnant, réservé à l’introduction de subordonnées négatives dépendant de propositions elles-mêmes négatives) ont sans doute constitué des facteurs importants de son déclin.
Le libéralisme contemporain face au destin de l’Etat-nation
Lundi 13 décembre
14 h 30
Maison de la Recherche, salle D324
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Claude DEMESMAY soutient sa thèse de doctorat :
Le libéralisme contemporain face au destin de l’Etat-nation
En présence du Jury :
M. GIL (BERLIN)
M. RAULET (PARIS IV)
M. RENAUT (PARIS IV)
M. TIBI (GÖTTINGEN)
Le lieu chez Descartes
Samedi 13 décembre
9 heures
Centre Malesherbes
salle 201
108, bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Solange GONZALES soutient sa thèse de doctorat :
Le lieu chez Descartes
en présence du Jury :
M. BLAY (CNRS)
M. JULLIEN (BREST)
M. MOREAU (PARIS IV)
Le lieu chez Descartes
Lundi 13 décembre
9 h
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Solange GONZALES soutient sa thèse de doctorat :
Le lieu chez Descartes
En présence du Jury :
M. BLAY (CNRS)
M. FICHANT (PARIS IV)
M. JULLIEN (BREST)
M. MOREAU (ENS)
Le livre de l’églantine et le principe de l’intermédiaire. Une étude du Livre de l’églantine de Carl Jonas Love Almqvist
Lundi 4 avril 2005
14 heures
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
M. Anders LÖJDSTRÖM soutient sa thèse de doctorat :
Le livre de l’églantine et le principe de l’intermédiaire. Une étude du Livre de l’églantine de Carl Jonas Love Almqvist
En présence du Jury :
Mme BOURGUIGNON (Nancy 2)
M. BOYER (Paris 4)
M. MAILLEFER (Paris 4)
M. RENAUD (Caen)
Mme SVANE
Le livre sur la nature et l’origine de l’âme d’Albert le Grand. Introduction, traduction et notes, suivies de notes complémentaires et de la traduction de lieux parallèles pris des Commentaires d’Albert sur la Métaphysique, le traité De l’âme et la Physique d’Aristote.
Samedi 25 novembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Jean-Marie VERNIER soutient sa thèse de Doctorat :
Le livre sur la nature et l’origine de l’âme d’Albert le Grand. Introduction, traduction et notes, suivies de notes complémentaires et de la traduction de lieux parallèles pris des Commentaires d’Albert sur la Métaphysique, le traité De l’âme et la Physique d’Aristote.
En présence du Jury :
M. DE LIBERA (GENEVE)
M. IMBACH (PARIS 4)
Mme SUAREZ-NANI (FRIBOURG)
M. TROTTMANN (CNRS)
Résumés :
LE LIVRE SUR LA NATURE ET L’ORIGINE DE L’AME DE SAINT ALBERT LE GRAND. INTRODUCTION, TRADUCTION ET
NOTES, SUIVIES DE NOTES COMPLEMENTAIRES ET DE LA TRADUCTION DE LIEUX PARALLELES PRIS DES
COMMENTAIRES D’ALBERT SUR LA METAPHYSIQUE, LE TRAITE DE L’AME ET LA PHYSIQUE D’ARISTOTE.
EPOQUE CONCERNEE : XIIIème SIECLE.
GENRE DE L’OEUVRE : TRAITE DE PHILOSOPHIE NATURELLE (AU SENS ARISTOTELICIEN).
AUTEUR :ALBERT LE GRAND (DOMINICAIN ET EVEQUE DU XIIIème SIECLE, DOCTEUR DE L’EGLISE).
LANGUE : LATIN MEDIEVAL.
THEMES ETUDIES : TRAITE I : La causalité de l’Intellect sur la Nature ; l’être et le devenir naturels (diversité des formes, inchoation des
formes, éduction des formes de la matière) ; la génération et la nature de l’âme végétati ve, sensitive et rationnelle ; les puissances cognitives
(intellect possible, intellect agent) et motrices de l’âme rationnelle.
TRAITE II : La séparation et l’immortalité personnelle de l’âme, l’état et le lieu de l’âme séparée selon les philosophes,
l’état de l’âme après la mort.
SOURCES PRINCIPALES RENCONTREES : PLATON (TIMEE, PHEDRE), ARISTOTE (TRAITE DE L’AME, METAPHYSIQUE,
PHYSIQUE), MACROBE (SUR LE SONGE DE SCIPION), CALCIDIUS (COMMENTAIRE SUR LE TIMEE), PSEUDO-DENYS
L’AREOPAGITE (TRAITE DES NOMS DIVINS), LIBER DE CAUSIS, AVICENNE (LIVRE SUR L’AME), AVERROES (GRAND
COMMENTAIRE SUR LE TRAITE DE L’AME).
Cette thèse manifeste, au terme de l’introduction, l’influence de cette oeuvre sur DANTE (BANQUET), BERTHOLD DE MOOSBURG
(COMMENTAIRE SUR LES ELEMENTS DE THEOLOGIE DE PROCLUS), GUILLAUME DE VAUROUILLON (LIVRE SUR L’AME),
MARSILE FICIN (THEOLOGIE PLATONICIENNE DE L’IMMORTALITE DES AMES).
THE ALBERT THE GREAT’S BOOK ON NATURE AND ORIGIN OF THE SOUL.INTRODUCTION, TRANSLATION AND
FOOTNOTES, FOLLOWED BY COMPLEMENTARY NOTES AND TRANSLATION OF PARALELL TEXTS TAKEN FROM ALBERT
THE GREAT’S COMMENTARIES ON ARISTOTLE’S METAPHYSICS, TREATISE ON THE SOUL AND PHYSICS.
AGE : XIIIth Century.
TYPE : Treatise of natural philosophy (in an Aristotelian meaning).
AUTHOR : Albert the Great (dominican and bishop, Doctor of the Church).
LANGUAGE : medieval latin.
Themes : First Treatise : The Intellect’s causality on the Nature, the natural being and gradual change ; the generation and nature of the
vegetative, sensitive and rational soul ; the cognitive and motor faculties of the rational soul.
Second Treatise : the separation and personal immortality of the soul, the state and the place of the separated soul according to the
philosophers, the state of the soul after the death.
Main Authorities : Plato, Aristotle, Macrobius, Calcidius, Pseudo-Dionysius, Liber De Causis, Avicenna, Averrois.
The introduction of this doctoral thesis shows the influence of this Albert’s book on Dante (Convivio), Berthold von Moosburg, Guillaume de
Vaurouillon, Marsile Ficin.
Position de thèse :
Cette recherche s’articule en trois étapes : une introduction, une traduction
annotée et un appendice.
La première étape, l’introduction, se développe en cinq moments :
I Place, contenu, statut et datation du Liber De natura et origine
animae :
Il s’agit notamment de préciser d’abord la place de ce texte dans la série
des oeuvres qu’Albert consacre à la nature (au sens évidemment aristotélicien du
terme) et son statut : oeuvre séparée ou partie du De animalibus ? Suivant sur ce
dernier point l’éditeur critique du texte, B. Geyer, on argumente la volonté
récurrente d’Albert d’en faire une oeuvre à part entière (notamment en
s’appuyant sur ce que ce dernier déclare au livre XVI de son De animalibus et
dans son De intellectu et intelligibili), projet qu’il abandonnera pour un temps,
comme le manifeste la rédaction d’un nouveau prologue présentant ce texte
comme une suite du De animalibus, et auquel il reviendra finalement, ce
qu’attestent les ratures de l’autographe, l’exposé d’Albert lui-même au premier
chapitre de son De animalibus qui omet le livre XX correspondant à notre
ouvrage, enfin les références d’Albert à ce texte comme à une oeuvre propre
possédant un titre particulier. Quant à la date de cet ouvrage, son rattachement
littéraire et doctrinal au De animalibus, dont on sait qu’Albert l’entreprit après
ses commentaires sur les Parva naturalia et les textes annexes, eux-mêmes
postérieurs à son De anima datant approximativement de 1254-1257, et le fait
qu’Albert ait tenu une série de Disputes : Super De animalibus durant l’année
1258, conduisent à penser que ce texte fut achevé autour de 1262-1263. Nous
sommes donc en présence d’un texte relevant de la période de maturité d’Albert.
II Analyse de l’argumentation et des thèses principales :
Il est question ici d’entrer dans le détail de l’oeuvre en présentant d’abord le
prologue rédigé par Albert en vue d’une édition dans le De animalibus et ensuite
l’économie des deux traités constituant ce texte.
Le prologue se présente comme un exposé programmatique justifiant par
un retour sur ce qui a été fait dans le De animalibus ce qui reste à entreprendre.
Ainsi Albert remarque-t-il que les éléments exposés à propos des membres, de la
génération, de la nature et des accidents des animaux ne sont pas ramenés à des
principes communs et ne sont pas déterminés dans leurs natures propres par une
division congrue. Six interrogations successives s’imposent alors, dit-il, : 1/
Quelle est la nature des âmes des animaux ? Cette question étant sousdéterminée
ainsi : toute âme est-elle une forme matérielle ou corporelle ? Si tel
n’est pas le cas, toute âme est-elle une puissance agissant dans un corps en
raison de l’harmonie du corps ? Si une réponse négative s’impose à nouveau,
laquelle est-elle dans ce cas, laquelle ne l’est pas ? 2/ Quelles sont les
différences existant entre l’âme et la nature ? 3/ Quelles sont les différences des
âmes ? (Les opérations de l’âme ne pouvant être connues démonstrativement si
la nature de l’âme ne l’est pas). 4/ Comment une forme séparée constitue-t-elle
un animal ? 5/ Toute âme mouvant et gouvernant un corps est-elle ou non
séparable ? Si une âme peut subsister sans le corps, quels sont son état et son
opération sans le corps ? 6/ Selon quelle nature le corps est-il sujet de l’âme ?
Des principes et qualités identiques suffisent-ils à la production des êtres animés
et à celle des êtres inanimés ?
Après ce prologue, de veine aristotélicienne dans son ordre et ses objets,
l’oeuvre concernée s’ordonne selon deux traités successifs : le premier étant
constitué de huit chapitres tandis que le second l’est de dix-sept, on s’interrogera
sur la raison de cette disproportion. Elle semble en fait tenir à l’importance que
revêt aux yeux d’Albert l’étude de l’âme séparée, étude à laquelle se livre
précisément le second traité intitulé : « Sur l’âme non conjointe au corps suivant
qu’elle est elle-même en elle-même », et au nombre de doctrines dont
l’utilisation et la discussion lui paraissent sur ce point nécessaires.
On entre ensuite dans l’économie de chacun des deux traités en essayant de
préciser les sources et les filiations doctrinales en présence.
Le premier chapitre du premier traité déclare qu’il faut rechercher dans ce
livre : 1/ la nature de l’âme ; 2/ sa substance selon elle-même et les parties
qu’elle possède par elle-même ; 3/ les passions, les oeuvres et l’état qui lui
conviennent par elle-même. Le premier traité a pour objet de répondre aux deux
premières questions, le second à la troisième et dernière.
Le second chapitre expose la nature et la diversité des formes selon Platon,
Pythagore, Aristote, Démocrite et Anaxagore. On rencontre dans ce chapitre la
distinction commune en albertisme (cf. A. de Libera) entre trois genres de
formes : ante rem, in re, post rem, dont on indique les sources (le Timée et la
présentation qu’Aristote fait de l’enseignement de Platon) ; il convient d’être
également attentif à ce que, pour la première fois, et ce à deux reprises, est
introduite dans ce chapitre la notion d’inchoatio formae dont notre propos essaie
de préciser, en utilisant l’étude ancienne mais fondamentale de Bruno Nardi :
« La dottrina d’Alberto Magno sull « inchoatio formae » » les sources, le travail
qu’Albert leur applique (en particulier sa réinterprétation de la stérèsis
aristotélicienne en termes de puissance déterminée) et le rôle de cette notion qui,
telle que conceptualisée par Albert, permet de penser la synergie de l’action du
principe premier sur la nature et du dynamisme orienté de la matière à l’oeuvre
dans le développement de l’être naturel..
Le troisième chapitre expose la génération et la nature de l’âme végétative
en indiquant la position de l’âme végétative à l’égard de l’intellect moteur, la
cause de cette dernière et sa différence d’avec la nature ; après avoir prêté à
nouveau attention ici aux sources assignables, en l’espèce : Aristote, Avicenne,
Denys, Isaac et Averroès, il paraît bon de remarquer comment Albert place de
la sorte la génération de l’âme végétative dans la lumière des principes physicométaphysiques
rappelés au chapitre premier.
Le chapitre quatrième considère la génération de l’âme sensitive, Albert
veut y montrer comment cette dernière s’élève au-delà de l’âme végétative,
comment elle est unie à cette dernière et combien elle approche de l’intellect
premier moteur. On note ici la reprise à Averroès (Grand Commentaire du De
anima, II, com. 97, 28-30) de la notion d’ « esse spirituale » lui permetttant
notamment de manifester la « connaturalité » existant entre le ciel et le principe
sensitif par la médiation de la nature du diaphane qui n’appartient à l’oeil et aux
éléments que parce qu’ils communiquent avec la nature du corps céleste.
Les quatre chapitres suivants, occupant la deuxième moitié de ce premier
traité, portent sur l’âme rationnelle. Au chapitre 5 Albert examine son origine, sa
nature, son rapport à la forme précédente et à l’intellect premier moteur. Notre
propos tente alors de manifester qu’Albert reprend ici au Pseudo-Denys la
notion de causalité attractive, ce qui lui permet de présenter l’âme rationnelle
comme une similitude de la lumière de l’intellect premier, et s’arrête ensuite sur
son unité avec le principe végétatif et le principe sensitif qu’il argumente en
faisant appel au principe aristotélicien de l’ « inhérence » d’une forme inférieure
dans la forme supérieure et à la notion d’inchoation. Le chapitre six marque la
continuité de l’âme rationnelle avec les formes précédentes en précisant sa
relation au corps ainsi que celle de ses parties à ce dernier. Les chapitres sept et
huit terminent ce traité en examinant les puissances propres à l’âme rationnelle :
puissances cognitives au chapitre 7, puissances motrices au chapitre 8. Quant
aux premières, Albert expose ici la manière dont il entend la composition de
l’âme sous le rapport de l’intellect ; on compare sur ce point ce qu’il affirme
avec les propos du traité De l’âme d’Aristote et on insiste sur la manière dont il
réfute la compréhension de la séparation de l’intellect présente dans la tradition
péripatéticienne gréco-arabe. Quant aux secondes, Albert précise, contre
Avicebron, que la composition de l’âme ne peut être celle d’un composé de
matière et de forme. Rencontrant ici la distinction boécienne du quod est et du
quo est nous esquissons quelques précisions relatives aux lieux où s’opère cette
distinction dans les oeuvres de Boèce, à la médiation de Gilbert de Poitiers et à
l’interprétation qu’en fait Albert. On tente aussi de fixer les sources des notions
évoquées au terme de ce chapitre (appétit, volonté, désir, colère, concupiscence,
délibération, libre arbitre, syndérèse renvoyant assurément à Aristote, Platon et
aux théologiens).
Le second traité est d’abord exposé selon son articulation ternaire : une
argumentation concernant la séparation et l’immortalité personnelle de l’âme, un
examen de l’état et du lieu de l’âme séparée selon les philosophes, enfin un
exposé sur l’état de l’âme après la mort.
Il convient pour le premier moment d’observer et de préciser l’influence du
Phèdre, qu’Albert connaît par Calcidius et Macrobe, la reprise de
l’argumentation d’Avicenne et de Ghazâlî et la réfutation des objections
conduites selon Averroès et Ibn Bajjâ, ainsi que celle de l’erreur d’Alexandre.
On établit les lieux précis et la source des moyens termes utilisés par Albert.
Le second moment, considérant l’état et le lieu de l’âme séparée selon les
philosophes, nous a conduit à préciser la thématique platonicienne de
l’appariement des âmes avec les étoiles (stellae compares), la médiation
permettant à Albert d’exposer l’opinion de Pythagore, la thématique du
péripatétisme arabe de la conversion de l’âme vers l’intelligence séparée,
l’opinion d’Isaac qui, aux dires d’Albert, suit celles des plus anciens des
Epicuriens : Hésiode, Athale et Cécinius (sic !) (on remarque alors qu’Albert
connaît ces deux derniers auteurs par Sénèque).
Le troisième et dernier moment, qui porte sur la perfection de l’âme après
la mort, mène à propos du chapitres 14 à rechercher les sources de la quadruple
division de la vertu (morale, intellectuelle, héroïque et divine) et à préciser, à
propos du chapitre 17, l’identité des Modernes qui affirment, selon Albert, que
les formes idéales de tous les êtres sont « concréées » avec les intellects euxmêmes
; saint Bonaventure semble, entre autres, soutenir cette thèse dans son
Commentaire des Sentences (II, D. III, P. II, a. II, q. I) dont on rapporte le texte
ici.
III Synthèse : les thèses majeures du Liber De natura et origine
animae :
Après le long parcours précédent il est maintenant question de résumer les
thèses en jeu, d’indiquer leurs sources principales et de soulever deux
questions : Albert est-il ici un compilateur ou un penseur original ? Albert est-il
ici néo-platonicien (pour employer une catégorie moderne, et non médiévale
comme le rappelle A. de Libera) ou aristotélicien ? avant de s’arrêter sur
l’analyse de trois de ces thèses.
Cinq thèses se dégagent du premier traité : 1/ la causalité métaphysique de
la lumière (cf. K. Hedwig, Sphaera lucis) rayonnant de l’intellect premier sur la
nature tout entière ; 2/ la triplicité générique des formes ; 3/ l’inchoation des
formes ; 4/ l’éduction de l’âme rationnelle de la lumière de l’intellect premier ;
5/ la présence en l’âme rationnelle d’un intellect possible et d’un intellect agent.
Il faut d’abord noter le rapport de consécution existant entre ces thèses. Le
second traité vise, lui, à établir trois thèses : 1/ la séparation et l’immortalité
personnelle de l’âme humaine ; 2/ son état et son lieu après la mort ; 3/ sa
perfection après la mort.
Les sources principales de ces thèses, que nous cherchons à préciser au
mieux, semblent être Aristote, le Timée, le Liber De Causis, le Pseudo-Denys,
Avicenne, Averroès, Isaac. On s’arrête alors sur l’identification de penseurs
dénommés « quidam » par Albert en tentant de préciser et de justifier
l’identification proposée (les thèses qu’ils tiennent d’après Albert : transmission
de l’âme végétative, dualité substantielle du principe sensitif et du principe
végétatif, enfin double rapport de la forme présente en l’âme invitent à chercher
du côté de maîtres ès arts tels, pour la deuxième thèse, que Roger Bacon, Adam
de Bocfeld, Galfrid de Aspall, et de théologiens comme Philippe le Chancelier,
Robert Kilwardby, ... ; tandis que pour la troisième l’attention se tourne plutôt
vers Robert Grosseteste, saint Bonaventure et Pierre d’Espagne).
L’examen immédiatement précédent de ces thèses et des sources utilisées
par Albert permet alors de proposer une réponse à la question de savoir si ce
dernier est un compilateur ou l’auteur d’une doctrine originale ; il éclaire
également sur la réponse la plus pertinente à la question de savoir si ce docteur
est ici néo-platonicien ou aristotélicien. Sur ce dernier point il est tout d’abord
nécessaire de rappeler qu’Albert voit dans le Liber De Causis un texte
aristotélicien et que son propos avéré fut d’unir l’héritage platonicien à
l’enseignement d’Aristote ; on se dirige ensuite vers une réponse privilégiant, du
point de vue objectif, i. e. en considérant le contenu même de son propos, le
premier membre de l’alternative.
Cette partie s’achève par l’analyse de trois des thèses en question :
l’inchoation des formes, la cause de l’être intellectuel (Albert admet-il une
médiation dans l’exercice de la causalité créatrice de l’âme rationnelle ?), la
connaissance du Premier.
IV Mise en perspective : les thèses majeures de cet ouvrage et
l’enseignement de Thomas d’Aquin :
Il est dans cette partie question de comparer sur quatre points : 1/ la
causalité lumineuse du Premier ; 2/ l’inchoation des formes ; 3/ la création de
l’âme rationnelle ; 4/ la connaissance de Dieu par l’intelligence humaine,
l’enseignement délivré ici par Albert avec celui du Commentaire des Sentences
et de la Somme de Théologie de Thomas d’Aquin, ce qui doit amener à
permettre de bien distinguer ces deux figures.
V Regard sur l’influence du Liber De natura et origine animae :
On visite ici successivement le Banquet de Dante, le Commentaire de
Berthold de Moosburg sur les Eléments de Théologie de Proclus, le Liber De
anima de Guillaume de Vaurouillon, enfin la Théologie platonicienne de
l’immortalité des âmes de Marsile Ficin afin d’y déceler l’influence de cet
ouvrage et de la préciser.
Mentionnée par Nardi et Vasoli, l’influence de ce texte sur le Banquet de
Dante est incontestable, les passages du texte de Dante dénonçant cette influence
paraissent pouvoir être répartis en trois catégories : reprise très probable, reprise
probable, reprise douteuse, ce qui conduit à l’hypothèse d’une lecture par Dante
de cette oeuvre ou de la réception d’un enseignement y faisant référence.
La suite de notre propos analyse de près les propositions 17 et 41 du
Commentaire de Berthold de Moosburg sur les Eléments de Théologie de
Proclus afin d’établir la manière dont ce dernier se sert ici de l’oeuvre d’Albert
en question.
Guillaume de Vaurouillon est alors convoqué afin de préciser les éléments
qu’il reprend dans son Liber De anima à notre texte.
Enfin, ce qui semble peu, voire totalement inconnu, une analyse minutieuse
et la rédaction de tableaux comparatifs permettent de manifester comment de
manière incontestable Marsile Ficin dans sa Théologie platonicienne de
l’immortalité des âmes reprend verbum a verbo, notamment quant à l’inchoation
des formes dans la matière et quant à la distinction du triple degré d’une forme,
des propositions, expressions, exemples présents dans ce texte d’Albert.
VI Conclusion :
On essaie ici de préciser dans un geste synthétique l’intérêt, la force et
l’influence du Liber De natura et origine animae dont on établit in fine que
Leibniz l’a peut-être lu.
La seconde partie de ce travail est une traduction annotée le plus
systématiquement et le plus précisément possible de cet ouvrage d’Albert. On
justifie évidemment les variantes adoptées, les choix de traduction, et on essaie
de fournir les lieux parallèles chez Albert et les textes sources de la manière la
plus exhaustive possible.
La troisième et dernière partie est conçue comme un Appendice offrant
d’une part des notes complémentaires, d’autre part la traduction de 17 lieux
parallèles d’Albert tirés de ses Commentaires de la Physique, du traité De l’âme
et de la Métaphysique susceptibles d’éclairer le lecteur sur la conceptualisation
d’un certain nombre de notions utilisées par Albert ici.
L’ensemble s’achève par un index des noms cités par Albert dans cette
oeuvre et dans les lieux parallèles traduits dans l’appendice, un index des
oeuvres citées par Albert dans cette oeuvre et dans les lieux traduits dans
l’appendice, une bibliographie et une table des matières.
Le masque enigmatique dans la "Comédie Humaine"
Samedi 18 novembre 2006
9 heures 30
En Sorbonne, Amphithéâtre Milne Edwards, escalier B, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Gisèle SURANYI soutient sa thèse de Doctorat :
Le masque enigmatique dans la "Comédie Humaine"
En présence du Jury :
M. CABANES (PARIS 10)
M. CHOLLET (CNRS)
Mme MICHEL (PARIS 4)
M. NOIRAY (PARIS 4)
Résumés :
Contre toute attente, le masque occupe une place prépondérante dans le roman balzacien. Dans les oeuvres de maturité,
on remarquera qu’il existe une inadéquation entre la réalité et les apparences. Les personnages ont perdu leur
transparence pour devenir obscurs, indéchiffrables et énigmatiques. Dans la société balzacienne faite d’illusions et de
mensonges, le vrai n’existe pas en dehors du concensus tacite qui lui donne ce nom. Le masque s’impose donc et devient
une constante. Le personnage doit jouer un rôle. L’art de paraître devient alors un savoir-faire indispensable. Marque
satanique, le masque, source du Mal, provoque la destruction de l’individu et la déchéance de la société. Au sein du
mysticisme balzacien, par un système mystico-physiologique, le masque se révèle être une transcription du monde
surnaturel dans le monde naturel : une iconographie de l’Invisible. La résolution du masque-énigme apporte un nouveau
savoir, notamment métaphysique. Par ailleurs, le masque énigmatise le récit et impose au romancier un nouveau
procédé littéraire où prédomine le mystère et l’art du suspens. La forme énigmatique, forme autoritaire, structure tout le
récit dans un jeu ludique.
Despite what were to be expected, the mask bears a dominating place in the novel by Balzac. In his mature works, one
could notice that there is an inadequacy between the reality and appearances. The characters have lost their
transparency and have become obscure, inscrutable and enigmatic. In the society according to Balzac, made of illusions
and lies, the true does not exist out of the tacit consensus which gives it this name. Lying is first and becomes a
permanent feature. The character has to play a part. The art of showing off becomes hence an essential know-how. A
satanic sign, the mask, source of Evil, provokes the destruction of the individual and the decay of the society. Within
the mysticism typical of Balzac, thanks to a mystical-physiological system, the mask turns up to be a transcription of the
supernatural word into the natural word : an iconography of the Invisible. The resolution of the mask-enigma brings
about a new knowledge, notably in metaphysics. Moreover, the mask turns the account more enigmatic and lays down a
new literary process to the novel writer in which predominates mystery and the art of suspense. The enigmatic form, a
domineering form, structures the whole story into a play activity.
Position de thèse
Entreprendre une étude balzacienne sur le personnage masqué semble totalement incongru à première vue et paradoxal. Nous avons l’habitude de considérer Balzac comme un écrivain réaliste. Or le personnage masqué n’appartient pas à la représentation réaliste du personnage qui veut que celui-ci soit le résultat d’une observation et d’une description, donc totalement transparent et lisible.
Or la société balzacienne est une mascarade sociale dans laquelle s’expose une foule de personnages masqués. Le mensonge et la tromperie sont inhérents à cette comédie sociale, à ce jeu de dupes. Les héros balzaciens mènent une double vie. Les titres des romans composant La Comédie humaine font d’ailleurs fréquemment allusion à cette duplicité qui est la condition même de toute vie sociale : Illusions perdues, La Fausse Maîtresse, Une Double famille, Les Comédiens sans le savoir, etc...
La Comédie humaine apparaît comme la colossale mise en scène de ce monde de créatures partiales, opaques, incommunicables et l’une à l’autre secrètes. Les individus que nous y trouvons prolifèrent derrière plusieurs masques, aliénant leur moi véritable de plus en plus enfoui dans l’inconscient. C’est précisément de ces masques que Balzac a voulu dresser l’inventaire en faisant « concurrence à l’Etat civil ». Balzac esquisse une théorie des masques sociaux. La psychanalyse a d’ailleurs mis en évidence cette scission entre le psychisme le plus profond et le rôle social, entre le masque et le dessous du masque et ont dénoncé la pétrification dans l’état ainsi créé. Ce masque que les personnages s’imposent, les uns et les autres, n’est là que pour parler à leur place. Cette « réussite » est d’ailleurs peut-être moins une volonté d’ambition et de triomphe qu’un obscur désir de reconnaissance, d’intégration. Ainsi relativisée, l’identité du personnage ne peut plus être définie comme une substance, immuable, définie une fois pour toutes par un regard objectif.
Balzac s’attache donc à « désubstantialiser » ses figures, en fragilisant les déterminations qui les constituent d’une part, en présentant leur existence sociale plutôt que leur nature profonde d’autre part. Les traits des personnages sont dépeints en action, en mouvement, dans un espace-temps précis qui détermine le visage qu’ils offrent au lecteur. Produits d’une vision esthétisée ou explicitement rapportées à une parole et à un regard fortement subjectifs, ces figures ne sont rien d’autre que des masques, des images qui trahissent la nature profonde. A un premier niveau, le problème posé n’est pas tant que l’image soit trompeuse mais qu’elle demeure une image, qui ne peut englober tout ce qui constitue le personnage.
On se situe ici dans une logique qui n’est plus celle de la connaissance, qu’elle soit exposée ou empêchée. Le masque que portent les personnages n’est ainsi qu’une représentation, belle certes, mais fragile, il suffirait, ou suffit, suggèrent les textes d’un discours narratif, d’un autre éclairage, pour défaire l’harmonie exhibée. Le masque balzacien peut ainsi faire apparaître le personnage comme un simple fantôme construit avec des phrases. Certes, Balzac pousse rarement à son terme ce mode de construction du masque : il n’en reste pas moins que cet ensemble de procédés constitue un des modes possibles de la construction du personnage, conçu comme représentation d’une représentation.
Balzac abandonne parfois une vision morale des identités : le personnage n’est plus pensé sur le modèle d’un individu défini par son caractère et doté d’une biographie, mais est considéré dans sa participation à la vie sociale. Cette voie qui privilégie la problématique socio-historique, promeut également la part fluctuante du personnage. En fait, le port du masque apparaît tributaire d’un diagnostic porté sur la société. L’univers social est ici caractérisé par son instabilité, d’où des identités qui ne cessent d’évoluer, de se renverser. Faire le portrait ou décrire les actions d’un personnage situé dans cet univers, c’est montrer ce que certains sociologues appellent ses atouts ou ses handicaps « interactionnels », son savoir-dire, son savoir-faire, son savoir-apparaître. Le milieu, l’extérieur ne sont pas simplement ce qui influence le personnage et façonne son identité, c’est ce qui en porte l’empreinte, ce qu’il bâtit selon ses intérêts. Les personnages sont en représentation : ils n’ont pas une identité, ils se la construisent. Le personnage balzacien peut dès lors être défini comme un comédien qui joue son rôle sur la scène du monde et s’attribue un masque, en accord avec la thématique baroque du jeu entre l’apparence et la réalité. La distinction s’efface d’ailleurs, lorsque les personnages-comédiens, passant de rôle en rôle, apparaissent comme de purs dehors sans identité, définis par leurs relations toujours réversibles aux autres. Un personnage peut ainsi afficher plusieurs masques, mais plusieurs personnages portent parfois le même. Mais les masques endossés par les figures sont parfois empruntés à d’autres formes de représentation, comme si elles ne faisaient que rejouer des scènes déjà jouées. Peut-être est-ce l’ultime manière de « désubstantialiser » les personnages, de les déréaliser : en faire des répliques modernisées d’autres personnages, vus au second degré ; les re-présenter, c’est-à-dire présenter de nouveau leurs rôles.
Le thème du masque ne se limite pas à la comédie sociale, il constitue un élément récurrent de fascination au sein de la littérature d’intrigue. Nous montrerons comment Balzac exploite ce thème et impose le masque comme figure fondamentale de sa diégèse romanesque. Car le masque, s’il dissimule, offre également à la vue autre chose que la réalité ou la vérité. Il donne, en effet, une apparence différente de ce qu’il lui est donné de couvrir, apparence qui cache la réalité mais qui peut aussi la révéler, la sublimer, la trahir. Il n’offre pas l’invisibilité en échange de ce qu’il dissimule, bien que l’invisibilité puisse être une forme de masque. Ce qui se donne au monde, c’est une surface énigmatique ; et cette même surface est pressentie comme n’étant qu’un aspect des choses qui dissimule une profondeur et qui remet en cause la connaissance du visible.
La question évidemment centrale à toute problématique romanesque du masque consiste à savoir ce que cache le masque et, par conséquent, qui s’y cache et pourquoi. Le masque, même s’il révèle bien souvent plus qu’il ne dissimule, constitue nécessairement une mystification sur l’identité. Il offre l’illusion que le masque est quelqu’un d’autre, qu’il est le personnage qu’il incarne. La société balzacienne s’apparente à une vaste mascarade. Cette mystification et ce mystère invitent à un déchiffrement, à une élucidation, qui sont l’objet d’une véritable fascination. Le propre du mystère est de monopoliser l’attention, et de faire passer pour fâcheux tout ce qui n’en favorise pas l’éclaircissement.
La beauté visible est délaissée pour celle qui n’est pas ; et le caché, ou l’autre face d’une présence, apparaît ainsi comme un espace magique. Cette fascination émane d’une présence réelle qui nous oblige à lui préférer ce qu’elle dissimule, ce lointain qu’elle nous empêche de voir à l’instant même où elle s’offre. Si le masqué est à ce point fascinant, s’il appelle une abdication de la volonté, c’est qu’il est lui-même annihilé par un manque dont il a suscité l’intervention ; le pouvoir du masque tient à un manque ou à une insuffisance de la part du sujet ou de l’objet : au lieu de retenir, il se laisse dépasser dans une perspective imaginaire et une dimension obscure. Mais les objets ne peuvent apparaître insuffisants qu’en réponse à une exigence de notre regard, lequel ne se satisfait pas pleinement de la chose visible. Le désir n’a de cesse de chercher ailleurs. La fascination du masque se définit alors comme une prodigieuse inattention au monde tel qu’il est, et comme une attention devenue captive du rien.
Le masque présente ainsi un indéniable intérêt littéraire : il canalise l’énergie impatiente qui habite le regard et qui désire autre chose que ce qui lui est donné. Il est certain que la vue est, de tous les sens, le plus impatient à la pure constatation des apparences : il cherche à percer les apparences, à démasquer. Il semble intéressant de rappeler que pour désigner la vision orientée, la langue française a recours au terme « regard » dont l’étymologie ne désigne pas originellement l’acte de voir, mais plutôt l’attente, le souci, la garde, l’égard, affectés de cette insistance qu’exprime le préfixe de redoublement « re » : regarder est un mouvement qui consiste à reprendre sous sa garde, donc un acte de reconquête de Il va de soi que ce thème littéraire présente différents aspects au fil de ce qui est en train d’échapper, et traduit un désir d’accroître sa découverte.
Le masque suivant l’époque revêt différents sens. Le masque du théâtre grec de l’antiquité n’a pas la même signification que celui porté au cours des carnavals du moyen âge où il s’agit de transgresser ou de pasticher les tabous ; celui qui glorifie la coquetterie des libertins, n’a pas les mêmes motivations que celui de la commedia dell’arte, ou que celui du justicier dans les romans populaires ; l’usage qui en est fait dans les comédies de Marivaux est différent de celles de Beaumarchais. Ces occurrences, qui ont chacune leurs spécificités, exercent pourtant le même type de fascination : celle de savoir qui se cache derrière le masque ; et, quand bien même il arrive que l’on connaisse l’identité dissimulée, pourquoi le personnage porte un masque, s’il sera démasqué ou s’il parviendra au but qu’il s’est fixé. Cette fascination est d’autant plus forte que la notion de masque est vaste et peut s’étendre à d’autre problématiques de l’identité : il peut s’agir de déguisement ou de travestissement bien sûr, mais aussi de sosie ou de gémellité.
Le thème du masque connaît une fortune éclatante dans la littérature du XIXe siècle. La Comédie humaine de Balzac apparaît comme l’une des sources de cette fortune. Il convient de s’intéresser aux fonctions diégétiques du masque dans l’œuvre : il apporte un éclat tragique dans l’expression de la désillusion et de la damnation, un mystère essentiel à la dimension fantastique, mais aussi ce piment nécessaire aux intrigues amoureuses.
L’emploi du masque dans La Comédie humaine a toujours pour dessein une libération, une vengeance, une séduction, un crime, ou bien souvent un simple désir de reconnaissance, mais, quand cet emploi n’est pas choisi mais imposé par la nature ou par les conventions sociales, le masque peut s’avérer une prison et constituer un facteur de déchéance sociale.
Il apparaît également comme un élément essentiel de la poétique du Mal, chère au roman noir auquel Balzac est sensible. Par sa fonction même, il trouve naturellement sa place dans les récits occultes. Rappelons qu’au XVIe siècle, le mot masque désigne toujours une « sorcière » mais qu’il est également synonyme de « mauvais » puisqu’il désigne une femme de mauvaise vie ou bien encore la laideur, physique ou morale. Il apparaît comme l’instrument du Diable, qui par ses incessantes métamorphoses, revêt mille visages, du plus beau au plus répugnant, pour séduire les hommes. Les personnages du roman dont les actions s’apparentent aux actes sataniques ont ainsi recours au masque que ce soit pour commettre des crimes ou pour fuir, car le masque est aussi l’outil du lâche.
Enfin, le masque apparaît comme une métonymie de l’érotisme. Il exacerbe le désir ; il voile pour mieux montrer, il cache pour mieux révéler, selon la vieille idée que c’est le manque à voir qui constitue un spectacle érotique. L’usage du masque est évident lié à la séduction. La séduction est de l’ordre de l’artifice, des signes et des rituels ; elle représente la maîtrise de l’univers symbolique qui permet de manipuler le réel. Le masque est donc une arme de choix dans le stratagème de la séduction. Cette coquetterie peut être par ailleurs aussi bien masculine. L’étymologie du terme « coquetterie » provient de « coq », et désigne une conduite toute masculine, désireuse de plaire aux femelles. Les personnages de Charles Grandet, de Lucien de Rubempré, ou d’Eugène de Rastignac attestent de cette ambition.
Cependant, le masque en tant qu’élément de séduction, est surtout féminin. Car la fréquente misogynie des écrivains du XIXe siècle représente la femme comme un être perfide. Sans aller si loin, Balzac, qui possède une grande connaissance du cœur féminin, de ses subtilités et de ses caprices, est bien conscient du fait que le masque et la fourberie qui l’accompagne, sont l’arme dont elle dispose, le moyen le plus efficace de s’assurer une place dans société. Ce thème de la duplicité féminine est déjà présent dans la littérature dite libertine du XVIIIe siècle. Avec Balzac fleurit le thème de la femme aux visages multiples, ou de la femme sérail qui incarne toutes les femmes pour un seul homme.
Ce va-et-vient d’identités passagères engendre une esthétique nouvelle, caractéristique de l’auteur. Balzac insuffle indéniablement une modernité romanesque à ses récits. Cette notion de « modernité », complexe et protéiforme, rejoint l’idée que le parcours de la lecture n’est pas unique mais pluriel ; et, mieux encore, que ces parcours ne sont finalement possibles que grâce aux blancs, aux non-dit, aux mystères qui émaillent le texte. L’invention des personnages dans La Comédie humaine, passe ainsi par l’adoption de plusieurs modes d’intelligibilité, contradictoires parfois, et complémentaires bien souvent. Le romancier invente une nouvelle ou, tout au moins, une autre manière de composer les personnages, et fait de leur identité un véritable objet d’enquête, voire de quête. L’identité n’est plus donnée, mais construite ; elle n’est plus offerte, mais patiemment échafaudée par le texte qui en accroît la stature. Nous observons la façon dont le personnage est déplié, ou démasqué, graduellement ou même brusquement.
Cependant, il est fréquent que la quête du personnage n’aille pas à son terme, que l’énigme suscitée par ce dernier ne s’apparente plus qu’à un mystère. Il semble par ailleurs important de distinguer l’énigme du mystère. Le principe de l’énigme repose sur un ajournement : la question posée porte sur un point précis qui trouvera sa réponse, et la révélation de l’identité est simplement différée. Le principe du mystère est qu’aucune question ne peut le circonscrire avec exactitude : l’identité est alors insaisissable en son fondement et il ne se dégage alors qu’un masque opaque, qu’une image obscure ou floue du personnage. Les personnages balzaciens ont également tendance à s’opacifier dans l’œuvre de la maturité.
En effet, ce brouillage s’intensifie tout au long de La Comédie humaine. Le mystère induit par le personnage et par son masque inspire progressivement à Balzac un style romanesque qui lui est propre, et qui connaîtra cette fortune littéraire au cours du siècle. Car, à dire vrai, le mystère est la combinaison d’effets de suggestion, liés aux jeux de variations d’atmosphère psychologique, aux surprises causées au lecteur, aux changements soudains de perspectives, dont l’auteur détient le secret.
Si Balzac n’attribue pas à ses caractères un statut absolument défini, il s’agit avant tout de faire entendre cet au-delà du visible, que nous évoquions, mais aussi cet au-delà du dire. Cette dimension inconnue ne fait pas seulement référence à l’inépuisable richesse de l’âme humaine, mais elle se traduit aussi en termes esthétiques. La perspective du romancier est à rapprocher de celle de la peinture cubiste qui propose au spectateur une multiplicité d’angles de vue, fait jaillir du tableau une profusion de faces et de sens qui se superposent. Cette perspective totalisante est évident celle de La Comédie humaine ; et cette composition de personnages brassés, relevant de registres disparates, acquiert une profondeur qui n’était pas forcément la sienne à son entrée dans la fiction. De plus, l’existence de l’arrière-plan suggéré du personnage, permet également d’en compliquer la perception, d’en court-circuiter le fonctionnement habituel de la signification.
Balzac opère avec talent un travail de masquage en complexifiant les manifestations textuelles du personnage. Le masque, s’il laisse entrapercevoir certaines parties du visage, s’opacifie sur d’autres, crée de nouvelles zones d’ombre car Balzac refuse l’idée d’un dernier mot sur l’identité. C’est cette indécision qui engendre l’émiettement des récits. Le personnage semble voltiger de discours en discours. Son identité est en perpétuelle fuite et s’abrite derrière toute une galerie de masques enchevêtrés qui se révèlent au fil des récits et qui, telles des poupées gigognes, se contiennent les unes dans les autres.
L’identité apparaît non plus comme une somme statique mais plutôt comme une résultante dynamique de ses éléments composites. Cette dynamique est liée à la spécificité balzacienne de la temporalité romanesque. Le principe du retour des personnages dans La Comédie humaine traduit cette volonté de construire ses personnages comme des totalités ouvertes et insaisissables. La fragmentation et la dissémination dans un temps déchronologisé des traits qui constituent le personnage les empêche de se raccorder entre eux. La figure est le produit d’une temporalité éclatée, non linéaire, dans un ordre des coexistences, plus que des successions.Au fond, le temps est ce qui relie, tout en les laissant à leur hétérogénéité, les différents visages des personnages, les différents discours qu’ils produisent ou suscitent. Cette complication est un principe de coexistence de parties asymétriques qui ne communiquent pas directement. Dès lors la prise en compte de l’existence dans le temps du personnage apparaît peut-être comme la forme ultime de l’opacité de la représentation, par laquelle Balzac témoigne du vacillement du système de représentation et des identités traditionnelles.
Un autre aspect, inhérent au précédent est non plus lié à la temporalité mais au thème, littéraire s’il en est, de la virtualité existentielle. En effet, si le masque occulte une grande partie du monde, il incarne du même coup la virtualité d’une vie. Il substitue à la nécessaire limitation de tout objet réel la richesse d’une démultiplication des perspectives, des éventualités, des lectures ; et les personnages, insaisissables, enflent d’une aura fascinante, celle de la potentialité.
Aussi, se propose-t-on de définir finalement le masque comme un univers possible ; le possible étant conçu comme une image du réel non encore réelle, pouvant se réaliser à tout instant. Le masque apparaît alors dans La Comédie humaine comme une nécessité d’ordre esthétique qui garantit sa pérennité.
Balzac nous convie donc à un itinéraire social, humain et littéraire. La question du masque pose la question de la personne. Comme Diogène, on peut chercher qui se cache derrière le masque. Mais si le sujet a une apparence qui ne correspond pas à son être profond, cette décision intérieure n’est-elle pas le signe d’une dimension transcendante, divine ou maléfique, qui transforme le monde réel en jeu et en apparence. En final, le masque se trouve à l’intersection de la description et de l’intrigue. Plus qu’un élément romanesque, il est peut-être la fonction première d’un art littéraire qui se confond avec une esthétique de l’intrigue.
Le métier de gendarme national au XIXe siècle
Samedi 9 décembre 2006
9 heures
En sorbonne, Amphithéâtre GUIZOT
17, rue de la Sorbonne 75005
M. Arnaud HOUTE soutient sa thèse de Doctorat :
Le métier de gendarme national au XIXe siècle
En présence du Jury :
M. BERLIERE (DIJON)
M. BOUDON (PARIS 4)
M. CHANET (LILLE 3)
M. COCHET (AMIENS)
M. FORCADE (AMIENS)
M. LUC (PARIS 4)
Résumés :
En attente...
Le métier simultané : Sonia Delaunay-Terk et la modernité
Samedi 2 décembre 2006
9 heures 30
A l’INHA, Salle Ingres, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
Mme Cécile GODEFROY soutient sa thèse de Doctorat :
Le métier simultané : Sonia Delaunay-Terk et la modernité
En présence du Jury :
M. GREEN (Institut)
M. LEMOINE (PARIS 4)
M. MARCADÉ
M. ROUSSEAU (Lausanne)
Résumés :
Cet essai monographique considère l’oeuvre de Sonia Delaunay-Terk [1885-1979], figure
historique des arts du XXe siècle ayant joué un rôle décisif dans les débuts de l’abstraction, à
partir de documents inédits (archives et fonds photographiques des différentes donations
léguées à l’État par l’artiste ; collections particulières) et au travers de nouvelles réflexions.
La première interroge la notion de métier simultané, qui désigne l’ensemble de la production
de l’artiste de 1913 à 1979 et qui, reliée à ses origines slaves, mêle étroitement arts plastiques
et arts décoratifs dans une quête sans cesse renouvelée de synthèse. International, promu par
les nouveaux modes de communication et mis en scène selon des procédés inédits (poésie,
réclames, photographies, cinéma, vitrines et défilés de mode, spectacles avant-gardistes), le
simultané met en relation les notions traditionnellement opposées de la peinture et de la
culture populaire, de la mode, du commerce, de la publicité, de l’artisanat et de
l’industrialisation. Le concept de modernité, qui souligne le caractère pluriel de l’oeuvre,
partagé entre nostalgie du passé, souci de démocratisation de l’art et sauvegarde du mythe de
l’« aura », est également interrogé pour tenter de replacer Sonia Delaunay au coeur d’une
histoire des arts des XXe et XXIe siècles, enrichie de nouvelles approches contextuelles et
culturelles.
Having played a decisive role in the beginnings of abstraction, Sonia Delaunay-Terk [18851979]
is an historical figure in 20th century art. Based on research from previously
unpublished documents (archives and photographs from public collections ; private
documents), this monographic essay re-explores her work through a series of new reflexions.
The first questions the notion of "simultaneous craft" ("métier simultané") which refers to the
artist’s entire opus from 1913 to 1979 and, illuminated by her Slavic origins, closely
combines visual and decorative arts in a constantly renewed search for synthesis.
International, promoted by new channels of communication and presented using innovative
processes (poetry, publicity, photography, cinema, fashion displays and shows, avant-gardist
theatre), the simultané associates traditionally opposed fields : painting, popular culture, art,
fashion, business, advertising, crafts and industrialization. The concept of modernity is also
questioned in an attempt to re-position Sonia Delaunay at the heart of 20th and 21st century art
history, a history enriched by new contextual and cultural approaches. This concept moreover
underlines the plurality of the artist’s work, divided between nostalgia for the past, concern
for art democratization and the safeguard of the "aura" myth.
Position de thèse :
Figure historique des arts du XXe siècle, Sonia Delaunay a joué un rôle décisif dans les débuts
de l’abstraction. Elle est aujourd’hui connue comme l’épouse du peintre Robert Delaunay et
reconnue comme une artiste à part entière, notamment pour ses incursions dans le domaine de
la mode et des arts appliqués. Si la diversité des pratiques explorées participe à sa
reconnaissance, elle en limite en même temps la portée ; la prédominance d’une lecture
formaliste tout au long du siècle dernier, autocentrée sur les arts de la peinture, de la sculpture
et de l’architecture, a en effet restreint l’importance et l’écho de son oeuvre dans l’histoire de
l’art moderne. De premier ordre, notamment dans les années 1912-1914, l’oeuvre peint de
Sonia Delaunay entretient dès ses origines un rapport étroit avec les arts décoratifs et connaît
des périodes de creux, l’artiste cessant presque de peindre durant les années de la Casa Sonia
à Madrid (1918-1921) et de la maison Sonia à Paris (1925-1931) ; ce jeu d’alternance, et
d’équivalence aux yeux de Sonia Delaunay, entre les arts de la peinture et les arts appliqués,
la distingue des courants modernistes. Or, depuis sa mise à l’écart par Guillaume Apollinaire
dans l’histoire de l’orphisme (Méditations Esthétiques. Peintres cubistes, 1913), de
nombreuses études ont accusé cette différenciation, accordant une place marginale à l’artiste
au sein des avant-gardes russes et de l’abstraction. Le même constat de déni s’impose à
l’étude des histoires de la mode et des arts décoratifs, au sein desquelles la production de
Sonia Delaunay se trouve souvent minorée.
Alors que l’on associe généralement à la notion d’« avant-garde », celle de « modernité »,
l’artiste, ainsi placée en dehors des « ismes » du XXe siècle, apparaît aussi en marge de
l’histoire moderne. Or, depuis sa disparition en 1979, l’histoire de l’art s’est enrichie d’études
culturelles favorisant l’émergence d’une réflexion nouvelle autour des notions de modernité et
d’identité artistiques ; la démultiplication des pratiques et des enjeux post-modernistes a
également contribué à l’épanouissement de la discipline. Outrepassant la lecture monoismique
de l’art du XXe siècle et opposant à l’image unifiée de la modernité, celle, plus
subtile, des modernités, de récentes études, anglo-saxonnes pour la plupart, ont exploré des
pans oubliés de l’histoire et souligné l’importance de catégories artistiques volontairement
écartées comme celle des « arts féminins », appellation désignant à la fois les arts produits par
la femme, les arts représentant la femme et les arts consommés par la femme. Au mythe de
l’artiste masculin, tel que défini par Baudelaire, se superpose aujourd’hui l’image de son alter
ego, et les oeuvres des grandes figures féminines que l’histoire du modernisme avait évincées,
Vanessa Bell, Sophie Taeuber-Arp, Hannah Höch, Germaine Krull, Varvara Stepanova,
Lioubov Popova ou Sonia Delaunay, sont progressivement réévalués. Quelques ouvrages ont
ainsi mis en lumière l’oeuvre de Sonia Delaunay et de récentes expositions organisées par le
Centre Pompidou ont également favorisé la connaissance de l’oeuvre des Delaunay (Robert y
Sonia Delaunay, Barcelone, 2000. Collection Robert & Sonia Delaunay, Paris, 2004).
Parallèlement, les articles et les ouvrages scientifiques menés depuis une dizaine d’années sur
Robert Delaunay par Pascal Rousseau ont réhabilité le travail du peintre (Robert Delaunay.
1906-1914. De l’Impressionnisme à l’Abstraction, Paris, 1999) et suscité l’intérêt vis-à-vis de
l’oeuvre de son épouse, dont les travaux ont récemment été intégrés à de grandes expositions
thématiques et à des ouvrages de référence, relevant l’importance historique de l’artiste. Les
études de Whitney Chadwick mettent enfin depuis une dizaine d’années l’oeuvre de Sonia
Delaunay en exergue, reliant aux questions de genre la pluralité et la complexité de l’oeuvre
(Significant Others : creativity and intimate partnership, 1993).
Si ces études soulignent l’importance de Sonia Delaunay dans l’histoire de l’art du XXe
siècle, aucune monographie depuis le catalogue de Sherry Buckberrough n’a vu le jour (Sonia
Delaunay : a retrospective, Buffalo, Albright-Knox Art Gallery, 1980) et aucun ouvrage
consacré à l’artiste n’est aujourd’hui disponible en librairie. Considérant ce préjudice, la mise
à l’écart de l’artiste dans l’étude des avant-gardes, de l’abstraction, des arts décoratifs et de la
mode, et la place relativement restreinte que les histoires de l’art moderne lui concèdent
aujourd’hui, il paraissait essentiel d’apporter un nouvel éclairage au sujet, sous forme d’un
essai monographique, et d’inscrire cette étude dans l’évolution du champ disciplinaire, ouvert
aux questions sociales, économiques, historiques, géographiques, littéraires, culturelles,
raciales et sexuelles.
L’artiste naît en 1885 en Ukraine sous le patronyme de Sarah Stern et est adoptée par son
oncle Henri Terk qui vit à Saint-Pétersbourg ; Sonia Terk vit en Russie jusqu’à son dixhuitième
anniversaire. Si les origines slaves de l’artiste sont un fait reconnu, il faut souligner,
au-delà de « l’atavisme des couleurs » discerné par Robert Delaunay, la portée de cet héritage,
des premiers travaux décoratifs à la recherche d’intégration des arts ; l’oeuvre ne se comprend
que si l’on prête attention au contexte russe et l’artiste rappellera toute sa vie ses origines, en
signant notamment ses travaux et ses publications sous l’appellation « Sonia Delaunay-
Terk ». En 1903, elle part étudier les beaux-arts à Karlsruhe, en Allemagne, puis s’installe à
Paris en 1905, année artistique particulièrement riche puisque se découvrent aux Salons la
peinture fauve, les rétrospectives posthumes de Van Gogh et de Gauguin et, l’année suivante,
la grande exposition d’art russe organisée par Serge de Diaghilev. Peu après son mariage
blanc avec le galeriste allemand Wilhelm Uhde en 1909, Sonia Terk rencontre Robert
Delaunay qu’elle épouse en 1910. À leur union et à la naissance de leur fils Charles, en 1911,
succède une période féconde et créative pour le couple, qui s’oriente communément vers le
langage abstrait : ensemble, ils créent le simultanisme et revendiquent les fondements d’un
nouveau métier, de la peinture et des arts en général, qui nie les moyens traditionnels et
repose sur le seul pouvoir constructif et dynamique de la couleur. Cette incursion dans le
domaine de la non-figuration, célébrée par la « peinture pure » chez Robert, la peinture et les
arts appliqués chez Sonia, s’inscrit dans le contexte des origines de l’abstraction et dialogue
avec les expérimentations contemporaines des cubistes parisiens, de Kandinsky, de Kupka et
des synchromistes américains. De 1914 à 1921, les Delaunay vivent au Portugal puis en
Espagne, et magnifient les grands sujets naturalistes, inspirés par la lumière et la couleur des
marchés et paysages ibériques. Proches des avant-gardes portugaises et du cercle de la galerie
Dalmau, ils nourrissent le projet de grandes « expositions d’art simultaniste ». La Révolution
d’Octobre de 1917, que les Delaunay accueillent avec joie, met fin aux rentes de la famille en
provenance de Saint-Pétersbourg et oblige Sonia Delaunay à trouver un nouveau ressort
commercial à ses activités. Après avoir expérimenté le décor et la réalisation de costumes
pour les Ballets Russes (Cléopâtre), elle ouvre en 1918 la Casa Sonia à Madrid qui propose à
la vente des accessoires de mode et de décoration intérieure, sur le modèle de la maison et des
Ateliers Martine. La boutique madrilène rencontre un grand succès et encourage l’artiste, à
son retour à Paris en 1921, à prolonger l’expérience d’un commerce, plus spécifiquement
dédié aux arts de la mode. C’est par le biais des spectacles dadaïstes et des bals russes que
Sonia Delaunay présente ses premières applications commerciales (tissus, vêtements et
aménagements d’espaces domestiques), avant d’ouvrir en 1924 un atelier de fabrication de
tissus, l’atelier Simultané, puis la maison Sonia en 1925. Elle participe la même année à
l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes présentant ses produits
au sein de la Boutique Simultané. Parallèlement à ces réalisations, qui relèvent autant du
vocabulaire constructiviste russe que de la richesse ornementale de l’Art Déco, la présentation
des « vitrines-réclames » et les Groupe de Femmes peints par l’artiste témoignent de la
permanence de la problématique abstraite au sein de l’oeuvre. Le krach boursier de 1929
précipite la fermeture de la boutique et après 1931, si Sonia Delaunay prolonge ses recherches
textiles et vestimentaires pour assurer un revenu minimum à la famille, elle rompt avec le
style précieux de l’Art Déco et adopte le langage abstrait strict et épuré, caractéristique de la
peinture concrète des années 1930. De Cercle et Carré et Abstraction-Création à l’Art
Concret, les artistes internationaux se rassemblent pour défendre l’expression d’un art nonfiguratif
; les Delaunay collaborent brièvement à la formation de ces groupes, faisant toujours
prévaloir à l’impératif de la forme abstraite, l’expression du métier. Avec le projet du
phalanstère d’artistes à Nesles-la-Vallée, Robert Delaunay proclame l’ère du Modern’Âge et
le retour à l’artisanat. Engagé dans la cause de l’art mural, le couple participe aux grands
projets collectifs qui soumettent la peinture et les arts à l’ordre architectural, dirigeant
notamment avec Félix Aublet les équipes d’Art et Lumière, qui signent la décoration des
Pavillons de l’Air et des Chemins de Fer de l’Exposition Internationale des Arts et des
Techniques de 1937. Après le décès de Robert survenu en 1941, Sonia Delaunay entreprend
un combat sans relâche pour que soit reconnu l’oeuvre de son époux et continue de créer sous
des versants divers et singuliers, de la réalisation d’objets du quotidien aux projets
d’intégration architecturale. Elle adhère aux différentes associations de l’art abstrait (Réalités
Nouvelles, Groupe Espace) et participe aux expositions de la galerie Denise René au moment
où l’abstraction géométrique se renouvelle sous l’impulsion de l’art optique. Les dix dernières
années de la vie de Sonia Delaunay sont, avec l’appui d’Artcurial, essentiellement consacrées
à l’édition de lithographies et d’articles dérivés des recherches de l’entre-deux-guerres,
production qui nourrit encore aujourd’hui le débat de la reproductibilité de l’oeuvre d’art.
Alors que ses premières oeuvres datent de 1903, elle exécute sa dernière gouache quelques
semaines avant de s’éteindre en 1979.
« À l’intérieur des ismes on distingue nettement la valeur des différents artistes, bien qu’au
début, ceux qui portent visiblement les caractéristiques de l’école sont facilement surestimés
par rapport à ceux que l’on ne peut pas réduire aussi rigoureusement au programme, tel le
Pissarro de l’école impressionniste »(Theodor Adorno, Théorie Esthétique, 1970).
Premier constat pour une artiste placée à l’écart des grands courants de l’art moderne, Sonia
Delaunay traverse l’histoire du XXe siècle. Plus de soixante-dix années de création
ininterrompue et foisonnante constituent l’étendue de son oeuvre, recouvrant dans sa quasitotalité
l’histoire des avant-gardes. Une étude approfondie de l’oeuvre révèle par ailleurs le
lien de Sonia Delaunay avec ces avant-gardes, sinon son appartenance : les premières
peintures répondent à l’esthétique coloriste du post-impressionnisme et du fauvisme, lorsque
les objets et les habits de 1913 dialoguent avec la peinture orphique, le langage cubiste et les
travaux appliqués des néo-primitivistes russes. L’esthétique chatoyante des accessoires de
mode et des intérieurs aménagés pendant les années de la Casa Sonia renvoie au courant de
l’orientalisme, véhiculé par les Ballets Russes et les vêtements de haute couture de Paul
Poiret. Les aménagements intérieurs, les costumes, les reliures et les affiches du début des
années 1920 répondent à l’esthétique « dada-constructiviste » lorsque les tenues et les articles
de luxe de la maison Sonia s’inscrivent dans l’histoire de l’Art Déco. La réflexion engagée
par l’artiste au tournant des années 1930 sur la standardisation et la démocratisation de la
mode rejoint le discours des puristes et des constructivistes russes, les compositions Rythme
sans fin dialoguent avec l’art concret des années 1930 et les peintures monumentales de
l’Exposition Internationale de 1937 marquent un aboutissement dans l’histoire du muralisme
de l’entre-deux-guerres. La quête d’intégration des arts, menée depuis 1911 par l’artiste,
trouve un écho direct au sein du groupe Espace, dirigé par André Bloc après la seconde guerre
mondiale, et les applications simultanées, notamment textiles, constituent enfin un modèle
formel et théorique pour les artistes du mouvement optique.
Si l’oeuvre de Sonia Delaunay dialogue avec les avant-gardes, il se trouve surtout, par le
langage, les sujets, les moyens et les enjeux préconisés par l’artiste, ancré dans le siècle des
modernités : plus que moderne, l’oeuvre est représentatif de « la vie moderne » (Charles
Baudelaire, « Le peintre de la vie moderne », 1863). Dès 1906, Sonia Terk se dégage de
l’emprise de la représentation académique de la figure humaine, en adoptant le langage
expressionniste des post-impressionnistes et la palette chromatique de Matisse. En réponse à
la crise de la mimesis, l’artiste dépasse rapidement le principe de dé-figuration de la
représentation, pour choisir celui de la non-figuration. L’abstraction chez Sonia Delaunay
entretient cependant toujours un lien avec la réalité : les Contrastes Simultanés et les Prismes
Électriques exaltent le nouvel art de la lumière, naturelle et artificielle, et font écho aux
théories bergsoniennes et à la poésie unanime de Jules Romains en chantant la ville moderne
et « l’ère des masses ». La modernité du langage est en effet indissociable dans les années
d’avant-guerre de la transformation du visuel et de la modernité du monde, technique. L’art
abstrait marque selon l’artiste un retour aux sources des primitifs, dans son alliance de l’ordre
et du lyrisme et le Bal Bullier, dédié aux nouvelles danses argentines, constitue un second
primitivisme et se pose ainsi en gage de renouveau et de modernité. Les affiches, les reliures,
les objets et les vêtements avec lesquels dialogue la peinture simultanée, forgent selon
Apollinaire et Cendrars les signes de la vie moderne. Tournée depuis 1909 vers les pratiques
vernaculaires, Sonia Delaunay divulgue auprès d’un large public le nouveau langage visuel,
l’abstraction coloriste, et ses applications concrètes participent au projet d’esthétisation des
villes modernes. Au départ de cette recherche, se situe le métier simultané.
« Le mot simultané, nous dit Cendrars, est un terme de métier, comme béton armé en
bâtiment, comme sublimé en médecine. Delaunay l’emploie quand il travaille avec tour, port,
maison, homme, femme, joujou, oeil, fenêtre, livre ; quand il est à Paris, New York, Moscou ;
au lit ou dans les airs. Le simultané est une technique. La technique travaille la matière
première, matière universelle, le monde [...]. Le contraste simultané est le perfectionnement le
plus nouveau de ce métier, de cette technique » (Blaise Cendrars, « Le contraste simultané »,
La Rose Rouge, Paris, 24 juillet 1919).
Si l’adjectif simultané désigne jusqu’en 1930 l’ensemble des oeuvres du couple, il s’attache
plus précisément aux réalisations appliquées de Sonia Delaunay : peintures, projets
d’exposition, environnements, objets, vêtements, tissus et accessoires de mode. Le simultané
est aussi une marque puisque dès 1913, le couple dépose le label « Ateliers "simultanés"
Delaunay » qui promeut à l’échelle internationale l’expression de la nouvelle peinture. La
diffusion, stratégie commerciale originale et indissociable de l’oeuvre delaunienne, trouve au
sein des mouvements modernes parisiens jusqu’à aujourd’hui, un écho singulier et manifeste :
international, promu par les nouveaux modes de communication et mis en scène selon des
procédés inédits (poésie, réclames, photographies, cinéma, défilés de mode et spectacles
avant-gardistes), le simultané met en relation les notions inhabituelles et traditionnellement
opposées de la peinture et de la culture populaire, des arts, de la mode, du commerce, de la
publicité, de l’artisanat et de l’industrialisation, nourrissant, de 1913 à 1979, le projet moderne
de la synthèse des arts.
« Une compulsion de convergence mène la recherche d’une synthèse, esprit du temps,
modernité. Plus que la postulation d’une cohérence, le désir d’unité. Y compris à travers des
activités qui n’ont pas d’activités communes. Comme entre langage, musique, peinture. Le
prolongement des "correspondances" de Baudelaire, non plus rêvées ou senties, mais comme
une forme unitaire des pratiques, des savoirs. On y parvient, "moyennant quelques
métaphores". C’est l’opération sémiotique. Par elle, la modernité est une essence réelle »
(Henri Meschonnic, Modernité Modernité, 1988).
En lien avec le caractère pluriel et indivisible de l’oeuvre, constitutif de la modernité, se trouve
son pendant, la tradition. Dans cette dialectique, se dessine un réseau de polarités que le nom,
l’image, l’histoire et l’oeuvre rendent particulièrement explicite : si les origines relient
naturellement Sonia Delaunay au contexte des avant-gardes russes, son mariage avec Robert
Delaunay et ses différentes incursions dans le domaine de la mode et du luxe la rattachent aux
milieux artistique et « artisan » parisiens. Au langage moderne de l’oeuvre répond aussi la
tradition d’un métier. Bien qu’Adorno considère le « métier » dans l’art moderne comme
« fondamentalement différent des méthodes artisanales traditionnelles », désignant
« l’ensemble des facultés par lesquelles l’artiste rend justice à la conception et, de ce fait,
romp[ant] nettement le cordon ombilical de la tradition », il reconnaît aussi que « l’artiste
authentique est obsédé par ses procédés techniques », évoquant ici la dualité qui incombe à
toute oeuvre d’art, plus ou moins partagée chez les artistes, entre concept et conception. Or,
dès 1911, Sonia Delaunay préconise l’expansion de la peinture coloriste dans le cadre de vie :
les Contrastes Simultanés dialoguent avec la couverture, la robe, les affiches et les reliures
simultanées. Dans les années 1920, le langage abstrait véhiculé par la peinture, les tissus, les
tapisseries et les vêtements se rattache au « nouveau style international », lorsque les produits
de luxe de la boutique Simultané s’inscrivent dans l’histoire de la renaissance des arts
décoratifs parisiens et de l’Art Déco. Si Sonia Delaunay réfléchit dès 1925 aux moyens de
standardiser la mode, soucieuse de diffuser et de distribuer le simultané à l’étranger, elle
refuse de se tourner vers les modes de production industrielle proposés par le directeur
financier de la boutique, Jean Coutrot. À la modernité du langage et du discours, imbu des
théories constructivistes, répond ainsi un mode de production confidentielle, dans la tradition
des métiers et des arts décoratifs français. Comme la peinture, les « modèles d’art » (objets,
vêtements et tissus) promus par l’artiste, présentée parfois comme une « ensemblière » ou une
« artiste-artisan », sont simultanés et relèvent d’un caractère élitiste. Ce phénomène de
« plasticisation » de la mode et de la marchandise, qui entre en contradiction avec le discours
moderniste que Sonia Delaunay épouse par ailleurs, s’évanouit au cours des années 1930,
après la fermeture de la boutique, alors que sa collaboration avec les magasins hollandais
Metz & Co lui permet d’expérimenter la production en masse des textiles. Nourris de la
réflexion industrielle et tayloriste, Sonia et Robert Delaunay défendent naturellement les
notions de métier et d’artisanat, évocatrices à cette date d’une certaine « nostalgie » du passé
(Romy Golan, Modernity and Nostalgia : art and politics in France between the wars, 1995).
Après la guerre, Sonia Delaunay s’oriente vers un art moins élitiste qui, dans sa collaboration
avec Artcurial pendant les années 1970, s’ouvre sur la réédition des tissus des années 1920 ;
l’artiste se dresse pourtant à l’encontre des objets dérivés de l’art optique et réfute le mode de
diffusion des multiples de Vasarely.
« L’oeuvre n’est oeuvre que si elle est l’unité déchirée, toujours en lutte et jamais apaisée, et
elle n’est cette intimité déchirée que si elle se fait lumière de par l’obscur, épanouissement de
ce qui demeure refermé. Celui qui, comme créateur, produit l’oeuvre en la rendant présente et
celui qui, comme lecteur, se tient présent en elle pour la re-produire, forment l’un des aspects
de cette opposition, mais déjà la développent, la stabilisent aussi, en substituant à l’exaltante
contrariété la certitude de pouvoirs séparés, toujours prêts à oublier qu’ils ne sont réels que
dans l’exaltation qui les unit en les déchirant » (Maurice Blanchot, « La dialectique de l’oeuvre »,
L’Espace Littéraire, 1955).
Si elles permettent de comprendre le déni et l’oubli qui pèsent toujours aujourd’hui sur
l’artiste, la dualité et l’ambiguïté qui caractérisent l’oeuvre de Sonia Delaunay constituent à
nos yeux sa richesse et son intérêt. Ce sont en effet les aspects contradictoires de l’oeuvre qui
en forgent la « dialectique » et qui interrogent au plus près la réalité et les fondements d’une
époque. En lien et à rebours du discours moderniste, Sonia Delaunay fait dans l’histoire de
l’art du XXe siècle figure de résistance, dans son rapport double à la tradition et à la
modernité : si l’oeuvre se pose à l’origine de nombreuses problématiques post-modernistes,
l’artiste protège l’idée de « l’unicité de l’art » (Walter Benjamin, « L’oeuvre d’art à l’heure de
sa reproduction mécanisée », 1936). Renversant le phénomène de « théâtrocratie » (Nicolaï
Evreïnov), celui de la vie contaminée par les arts et les animations simultanés, les peintures de
Sonia Delaunay relèvent dès 1912 d’une politique d’effacement de la figure humaine que
consolide l’ensemble des Groupe de Femmes des années 1920, alors qu’au même moment,
Robert Delaunay réalise sa série de portraits mondains. Qualifiées de « sculptures vivantes »
avant la première guerre mondiale, les robes deviennent des « tableaux vivants » dans les
années 1920 et les vitrines simultanées s’animent comme des « tableaux mobiles ». Or, au
travers de ces différentes représentations et mises en scène de la mode simultanée (tableau,
vitrine, photographie de mode, défilé et film), la figure humaine s’évanouit au profit du
langage abstrait et de l’objet inanimé : l’oeuvre privilégie la représentation de l’objet et ce
« fétichisme » renvoie finalement au monde clos de la peinture abstraite, plus qu’à son
extension. Héritière de la pensée complexe de Benjamin, Sonia Delaunay traverse le siècle
des reproductibilités techniques, partagée entre nostalgie du passé, souci de démocratisation
de l’art et sauvegarde du mythe de « l’aura ».
On perçoit ici combien l’oeuvre peint de Sonia Delaunay se distingue de celui de ses
contemporaines, dans l’association convenue d’un art fait par les femmes représentant les
femmes : aux antipodes du langage passéiste des peintures de Tamara de Lempicka, de Marie
Laurencin et de Suzanne Valadon, on assiste chez Sonia Delaunay au divorce, d’autant plus
fort qu’il se nourrit intrinsèquement de pratiques décoratives touchant à l’univers spécifique
de la mode, de l’image de la « femme artiste » et d’un « art féminin ». Dernières contradiction
et richesse de l’oeuvre que Sonia Delaunay se plait à évoquer :
« Abstrait et sensuel devaient pour moi se marier. Rompre avec la ligne descriptive, ça ne
voulait pas dire stériliser. Je veux bien accepter l’antériorité qu’on m’a reconnue - très tard -
en ce qui concerne l’art abstrait. Mais j’ajoute aussitôt que les abstraits ne m’ont pas suivie ;
ils se sont coupés de la vie et de ses rythmes naturels. Ils ont oublié que l’abstrait n’est pas
grand chose s’il n’est une manière, une réaction simpliste ; il est majeur lorsqu’on exige qu’il
soit un art complet, un art complexe. Cendrars avait été le premier et le seul à comprendre que
l’art abstrait n’est important que s’il est le rythme sans fin où se rejoignent le très ancien et le
futur lointain » (Sonia Delaunay, Nous irons jusqu’au soleil, 1978).
C’est précisément l’histoire d’un « art complet » et « complexe », qui traverse le siècle des
modernités, que nous proposons ici à l’étude.
Le modèle Critic, contribution à l’élaboration d’une théorie macro-sociétale critique de l’informatique en sciences de l’information et de la communication
Mercredi 7 juillet
14h30
Salle des Actes
Centre administratif de paris IV
M. Pascal ROBERT soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Le modèle Critic, contribution à l’élaboration d’une théorie macro-sociétale critique de l’informatique en sciences de l’information et de la communication
en présence du Jury :
M. BOULLIER (COMPIEGNE)
M. GOODY (CAMBRIDGE)
M. JEANNERET (PARIS IV)
M. SOUCHIER (ENST PARIS)
M. VITALIS (BORDEAUX III)
Le Monde Libéral et Capitaliste Anglo-Saxon face à l’Emergence de la Société Civile et des Mouvements Altermondialistes (Liberal and Capitalist Anglo-Saxon World Emerging Global Civil Society and Anti-Globalisation Movements)
Lundi 11 décembre 2006
14 heures
A la Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Anthony GRATALOUP-CRABBIE soutient sa thèse de Doctorat :
Le Monde Libéral et Capitaliste Anglo-Saxon face à l’Emergence de la Société Civile et des Mouvements Altermondialistes (Liberal and Capitalist Anglo-Saxon World Emerging Global Civil Society and Anti-Globalisation Movements)
En présence du Jury :
M. ANTOINE (U MARN VAL)
Mme GALLET-BLANCHARD (PARIS 4)
Mme SENIK-LEYGONIE (PARIS 4)
Résumés :
La Globalisation « libérale », essentiellement d’inspiration anglo-saxonne, n’est pas un phénomène mondial nouveau. Le Commerce International a, de tout temps, été une source de profits pour l’entreprise et ceux qui y travaillaient. Toutefois, la Globalisation actuelle, revêt un aspect beaucoup moins idyllique, à savoir, l’ampleur de son impact vis-à-vis de la Civilisation et de son environnement.
Ceci est caractérisé par la détérioration impressionnante de la notion d’Humanité au profit de l’ Homo Oeconomicus, individu à la recherche du profit à tout prix.
Des entreprises multinationales, aidées par des médias ultra puissants, sont dorénavant plus riches que des Etats et, phénomène nouveau et sans précédent, influent sur leurs décisions politiques, économiques et surtout sociales.
La finance déréglementée contrôle une masse monétaire mondiale considérable et constitue un risque pour la stabilité des Etats, notamment les plus pauvres (ceux que l’on appelle les « Pays du Sud »). Les réactions surgissent aujourd’hui de toute part, créant par là même une sorte de conscience collective universelle se nommant Société Civile et Mouvements Altermondialistes.
Cette sorte de « Nouvelle Fraternité Universelle », souvent représentée par des jeunes issus de tous milieux socioéconomiques, utilise des moyens ultra efficaces dont elle dispose, à savoir les nouveaux médias et les technologies de l’information dont le symbole suprême est Internet.
Ce travail de thèse pose la problématique de la Civilisation du 21ème siècle face aux technologies modernes d’information (ou de désinformation) à l’échelle mondiale.
The “liberal” Globalisation, primarily of Anglo-Saxon inspiration, is not a new world phenomenon. International Trade has always been a source of profits for the company and those who worked for it. However, today’s Globalisation, shows a much less idyllic aspect, namely its huge impact on Civilisation and its environment.
This is characterised by the impressive deterioration of the concept of Humanity to the benefit of the Homo Oeconomicus, individual whose search is profit at all costs.
Multinational corporations, helped by ultra powerful media, are henceforth richer than States, consisting of a new phenomenon influencing their political, economic and especially social decisions.
Unregulated finance controls considerable money and constitutes a risk for the stability of States, in particular the poorest ones (those of the “Southern” world). Today, strong reactions emerge from all parts of the world, creating a sort of universal collective conscience named Civil Society and Anti-Globalisation Movements.
This kind of “New Universal Fraternity” -often represented by young people resulting from all socio-economic strata- uses effective means namely the new media and information technologies with its supreme symbol called the Internet.
This thesis work deals with the issue of Civilisation in the 21st century vis-à-vis modern information (or misinformation) technologies on a worldwide scale.
Position de thèse :
Sur le plan international, les attentats du 11 septembre ont marqué le début de nouvelles formes de conflits. Sur le marché du travail, les délocalisations, la mondialisation et la montée du chômage nous plongent dans un climat de sinistrose. La société n’est pas épargnée.
Le changement est inéluctable et nous ne reviendrons pas en arrière. Mieux vaut ne pas le nier mais s’y préparer. L’histoire d’Hamlet est une tragédie car le héros refuse d’agir sur le cours des événements.
Voilà pourquoi nous refusons de subir le changement. Le célèbre to be or not to be ? devient pour nous : subir ou choisir ? Être, c’est bien entendu agir et passer à l’acte ; ne pas être, c’est se laisser porter par le cours des événements, autrement dit les subir. Que serons-nous si nous n’agissons pas ? Le refus de toute passivité est notre réponse au changement qui s’impose. Point d’hostilité, de l’optimisme, soutenu bien sûr par une bonne dose de lucidité, cette lucidité même qui nous oblige à constater la présence du changement.
Au temps de Hamlet, les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC ) n’existaient pas. Que viendraient-elles faire ici ? Quel est leur lien avec l’économique, le politique, le social ? Elles ont été responsables d’une bulle spéculative et d’un krach financier en 2001 : peut-on encore leur faire confiance ?
Nous croyons dans les NTIC pour deux raisons. Tout d’abord, par bon sens : toutes les révolutions technologiques ont fait évoluer l’humanité, au point que la classification des hommes préhistoriques est fonction des technologies auxquelles ils recourent, qu’on parle aussi d’âges de bronze et de fer. Les NTIC sont le versant technologique du changement que nous connaissons aujourd’hui.
Les NTIC sont plus qu’un ingrédient du changement. Elles concernent en réalité tous les domaines de notre existence ; les technologies nouvelles induisent de nouvelles formes de rapports sociaux, de nouveaux modèles économiques et depuis que les hommes politiques ont leurs blogs , elles sont même devenues le forum ou l’agora du troisième millénaire.
Le citoyen du monde, l’individu que nous sommes est immanquablement concerné par l’arrivée des nouvelles technologies. C’est pourquoi je me suis tourné vers elles dans l’élaboration de cette thèse pour tenter de comprendre ce qu’il est possible de faire. Elles permettent de résoudre plus de problèmes que n’en pose leur arrivée et je suis persuadé qu’elles constituent donc un progrès majeur pour l’Humanité.
Mais comme le feu, l’électricité ou l’énergie atomique, elles sont des formes neutres de techniques : ni bonnes ni mauvaises en soi, elles dépendent de l’usage que nous en ferons.
Les nouvelles formes de lien social rendues possibles par Internet permettent désormais à l’individu et au groupe de choisir de ne plus subir. Les NTIC permettent de nouvelles formes d’engagement social et politique :
« Nous vivons aujourd’hui une rupture si radicale
que l’idée d’apocalypse parfois effleure chacun de nous
en ce début de troisième millénaire. Ces immenses
changements nous renvoient à des périodes historiques
aussi capitales que l’effondrement de l’Empire romain,
la Renaissance, les Lumières ou la Révolution industrielle,
périodes qui ont toutes accouché d’un monde
nouveau. Mais nous avons aussi du mal, pour l’instant,
à saisir le sens du tourbillon planétaire qui nous entraîne
cette fois-ci. Il est proprement vertigineux. »
Jean-Claude Guillebaud
Comme cela est arrivé lors d’autres changements, nous nous trouvons à un instant décisif, celui de la réévaluation de nos valeurs.
Nous vivons en quelque sorte un nouveau 1492. En effet, la découverte du Nouveau Monde modifie profondément le rapport de l’homme à l’espace. Il évolue en fonction d’un processus qui consiste à franchir les limites du monde connu pour les repousser : limite maritime, d’abord, avec les grands explorateurs de la fin du XVe et du XVIe siècles, puis celle des Etats-continents, tels que les Etats-Unis, enfin celle de l’espace et de l’univers. La frontière se tient aujourd’hui aux limites de la société numérique : on parle de sixième continent, de terra incognita, ou encore de cinquième dimension , qu’il est difficile de décrire en termes spatiaux mais qui est pourtant un nouvel espace, appelé cyberespace , qui va s’inscrire dans notre vie quotidienne.
Toute découverte, toute innovation a ses précurseurs. Les premiers utilisateurs d’Internet sont apparus avant 1995. Ils ont été suivis par des gens de plus en plus nombreux. Ce changement, dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences, est peut-être plus important que ceux qu’a connus la société occidentale au moment de la découverte du Nouveau Monde ou de la Révolution Industrielle. L’ampleur du phénomène historique que nous vivons serait similaire au passage du paléolithique au néolithique .
Simultanément, c’est le concept d’humanité qui, comme le suggère Michel Serres dans Hominescence , se transforme radicalement à travers notre rapport à la mort, au corps, au monde et à l’autre. Ce nouveau concept renvoie aux périodes de progrès de l’humanité, et notamment à la Renaissance et au Siècle des Lumières. Aucune révolution n’a pu se faire autrement que dans la durée. C’est vrai de la Renaissance, qui nous mène du Quattrocento aux portes du XVIIe siècle, comme de l’instauration en France du régime républicain : il faudra tout le XIXe siècle pour passer définitivement de la Révolution à la République .
Cette révolution numérique , qui a commencé à poindre au début des années 80 avec les premiers ordinateurs individuels, se passe bien plus rapidement à l’heure actuelle. L’accélération détermine un changement qui fait de la décennie l’unité de mesure qui remplace le siècle, même s’il est impossible à ce stade de notre histoire collective de le mesurer précisément.
Internet est parfois considéré comme un monstre froid car construit avec des codes faits de zéros et de uns enfantés par des informaticiens démiurges. Il est vrai qu’il révèle un monde assez insaisissable au premier abord. Avec l’avènement du cyberespace, l’univers comporte plus de trois dimensions où le concept traditionnel d’espace est remis en question. La perte de repères spatiaux affecte l’ensemble des activités humaines, de l’économie à la culture. Parler d’émigration de toutes les activités humaines vers le cyberespace est sans doute excessif. Il est certain cependant que des pans entiers de la culture se numérisent avec, entre autres, le projet de Google (Google Print) .
Du côté de l’économie, Internet suscite des gains de productivité élevés. Dans les sciences humaines aussi, le cyberespace et les NTIC bouleversent la compréhension de la place de l’homme au sein de ce nouveau système.
S’il est encore difficile de savoir ce qu’il faut penser des NTIC, une chose est certaine : le monde change et change vite. Quel que soit l’ampleur du changement auquel est confrontée la société, il reste proprement historique.
Il est même déroutant, au premier abord, d’observer la mutation sociale qui s’opère. Cette mutation peut être douloureuse, il ne faut pas se le cacher. L’homme semble ne plus croire ni dans la politique, ni dans la société. Les NTIC risqueraient-elles de le conforter dans l’individualisme croissant qui nous guette ?
Parce que la société ne croit plus au politique, nous avons peu à peu laissé l’économique prendre le pas sur lui. Des Etats totalitaires qui contrôlaient tout, nous sommes passés à l’extrême inverse, l’ultra-libéralisme qui s’impose à tous les niveaux sans que le politique n’arrive à le contrôler : lois et décrets n’y suffisent pas. Inquiet et fiévreux, l’homme a laissé l’économie et la technologie, aujourd’hui bien plus importantes que la politique, prendre le pouvoir dans les démocraties.
A toutes les époques, notre inconscient collectif fait resurgir des mythes, des croyances, qui s’inscrivent dans les sciences humaines. Les ressemblances entre l’économie ultralibérale et la religion sont parfois saisissantes. Les chaînes d’informations financières, comme Bloomberg TV par exemple, égrènent à longueur de journée dans le bas de l’écran de télévision le cours de toutes les entreprises cotées sur les différentes places financières mondiales comme certains croyants égrenaient leur chapelet.
Or, si l’économie joue un rôle fondamental dans nos sociétés et surtout dans la constitution de notre histoire immédiate, elle n’en est pas la finalité. La religion de l’économie est inapte à répondre aux questions de notre temps car elle oublie souvent bien vite la dimension humaine.
A ne recourir qu’à cette religion, on s’empêche de considérer le développement à moyen et long terme. Les catastrophes écologiques et les secousses politiques récentes nous montrent bien qu’il n’est plus possible de faire l’économie de cette démarche. Le développement durable et les actions menées à terme doivent trouver leur place dans la pensée économique. Le micro-crédit, parce qu’il permet de sortir d’une spirale d’extrême pauvreté, apparaît comme une solution viable économiquement et efficace sur la durée.
Si la technologie a permis à de nombreuses applications socialement et humainement efficaces de se développer, elle doit essentiellement être considérée comme un outil et ne peut en aucun cas être la solution idéale aux problèmes de l’humanité. Le même homme peut s’extasier devant les innovations technologiques et, simultanément, être horrifié de ne pouvoir agir avec toute la palette de ses inventions devant les grandes catastrophes naturelles.
Virtuellement omniprésent, l’homme ne l’est pas dans la réalité. La technologie développée à travers les NTIC nous permet de tout voir ou presque, mais ne nous aide en rien. Pourtant, l’engagement n’a pas totalement disparu. Il est encore possible de le voir éclore, mais de plus en plus souvent pour une durée limitée et/ou dans un environnement précis. Les flash mobs , sorte de manifestations éphémères, sont des exemples de ces engagements ciblés. Il s’agit de venir à un point de rendez-vous précis, de réaliser le geste ou l’action recommandée, puis de disparaître en un clin d’oeil.
Ces expressions de l’engagement ciblé peuvent parfois être considérées comme des expressions du désengagement, c’est-à-dire du refus de se consacrer totalement à une cause précise, comme cela a pu être le cas sur les plans politique, humanitaire, syndical.
Chacun à son échelle participe de l’action globale de changement de la société. Avec Mai 68, la formation des valeurs et la notion d’engagement étaient déterminées par une réaction face à un ordre établi par les générations précédentes, via l’héritage légué par la civilisation, la société, la famille. En cas de désaccord avec ces valeurs et les règles mises en place pour assurer leur pérennité, il n’y avait pas d’autre possibilité que de sortir de ces cercles. La génération actuelle, si elle n’est pas à l’aise avec ce qui vient de ses aînés, a une autre option que celle de les quitter : on pourrait parler ici de Tanguy virtuel.
« On trouve de tout sur Internet », entend-on souvent. On peut même y trouver des reflets de soi en libre consommation et pour tous les instants. Ces reflets sont pluriels et changeants : ils confirment de manière visible le modèle actuel de construction de l’identité d’un individu. Par la réflexivité du réseau, l’individu se forge son propre chemin différentiel. Un peu comme un consommateur qui fait ses courses dans les rayons d’un supermarché, l’internaute fait son « shopping identitaire » sans échapper à l’attrait des têtes de gondole.
On passe dès lors à un modèle de constitution des valeurs plus horizontal que vertical, qui dépend plus des amis, des pairs découverts sur le réseau, que de l’institution familiale ou scolaire. Les personnes influençables seront particulièrement vulnérables car elles conserveront l’illusion de penser par elles-mêmes, mais on sait pourtant que ce n’est pas le mimétisme qui définit la construction de l’identité, mais la différenciation face à l’autre. Dépassant le seul cercle familial et amical direct, l’individu- jeune ou vieux - se trouve autrement relié à la société. Il devient porteur de messages, d’envies, de savoirs et se fait relais vers d’autres individus, à travers le Peer to Peer notamment. Egal des autres internautes, il est capable de transmettre de l’information comme eux, ce qui n’empêche pas qu’il se différencie par sa manière de la sélectionner et de la traiter.
Il s’instaure dès lors un véritable maillage d’identités sur le Web : par mimétisme ou souci de se différencier, les internautes abordent des questions de manière plurielle. Internet joue d’ailleurs un rôle actif dans le renouvellement de la vie spirituelle. Divers forums permettent de débattre des grandes questions, les jeunes se voient consacrer un nombre important de sites tandis que des webmestres en habit de moine présentent leur communauté à ceux que cela intéresse. Il est possible également de recevoir l’Evangile du jour sous forme de mail .
Loin d’exacerber la division ou de dénaturer la chaleur de la relation humaine, Internet devient un outil exceptionnel du lien social. Il permet de favoriser la rencontre et la construction d’affinités à travers le matching .
C’est un outil déroutant. Et le mot « déroutant » est sans doute faible. Les NTIC nous obligent à repenser de manière sans doute radicale notre conception du lien social.
Si Internet permet la mise en relation des individus ou la diffusion des savoirs, il ouvre également la voie à de nouvelles formes de générosité. L’individu même, qui a une tendance certaine à mettre son ego en avant et à se renfermer sur lui, est dans le même temps tout à fait capable d’échanger, voire de donner de manière désintéressée. La capacité de partage est un signe fort et positif pour la société ; elle est fréquemment visible dans les communautés numériques. Avec l’avènement d’une génération connectée en permanence et de nouvelles formes de relations se sont développés de nouveaux modèles sociaux permettant la mise en commun des affinités intellectuelles et des savoirs particuliers.
Wikipédia est un exemple édifiant de communauté numérique fondée sur l’altruisme. Des milliers de personnes de tous les pays sont réunies pour mettre gratuitement en ligne l’intégralité du savoir humain et le laisser à disposition des internautes du monde entier. Le rêve des encyclopédistes est en passe de se réaliser. La connaissance universelle est désormais à portée de clic pour un internaute : Internet permet la création de la première encyclopédie mondiale. Elle est disponible dans plus de 20 langues et dialectes.
C’est ce qui permet un accès gratuit à l’encyclopédie en ligne : il suffit de cliquer sur le lien www.wikipedia.org pour avoir accès au savoir collectif de l’humanité mis en ligne par des milliers d’internautes. Wikipédia est sans doute l’un des phénomènes les plus prodigieux connus sur le Web mondial.
Le pari de Wikipédia repose sur le partage collectif du savoir universel, couvrant des domaines aussi variés que la peinture, le droit, les mathématiques, la philosophie, la botanique ou la géographie. Ils sont rédigés par des internautes inconnus mais sont d’une qualité qui semble satisfaisante à première analyse. Dans un article de Nature , le journal de référence des scientifiques au niveau mondial, les auteurs indiquaient que Wikipédia avait atteint un niveau d’exactitude presque égal à celui de l’Encyclopaedia Britannica pour ses articles scientifiques.
C’est un bon point pour le projet en ligne où n’importe qui peut modifier les articles. Les critiques ne manquent d’ailleurs pas. Initiative d’internautes de la première génération, Wikipédia aurait un angle d’attaque « libertaire » dans son approche des articles. Sans doute cela est-il partiellement vrai même si, au premier abord, un tel reproche n’est pas évident. N’est-ce pas un même libertarisme qui a été reproché aux auteurs de l’Encyclopédie ? Il y eut, sous Louis XV, une véritable bataille encyclopédique, qui a vu s’affronter les partisans et les opposants du projet. Elle eut pour résultat l’interdiction de l’Encyclopédie en 1759. Les volumes parus circulèrent sous le manteau, ceux qui suivirent furent préparés clandestinement par Diderot.
La volonté de partager, l’altruisme, sont les motivations principales des wikipédistes. A travers Wikipédia, le lien social n’est pas physique et pourtant il existe. Jamais une communauté physique n’aurait pu en pratique réaliser ce travail herculéen en quelques années. Les NTIC montrent avec cet exemple qu’elles sont porteuses d’un changement permettant de mettre en place des projets pharaoniques. Elles induisent également un changement de la nature des liens sociaux qui s’établissent entre les hommes à l’échelle des pays et du monde.
A cet égard, Wikipédia relance une certaine confiance dans l’autre, détenteur d’un savoir utile à la communauté. Comme les cercles de conversations et les salons aux XVIIIe siècle, Wikipédia rassemble les contributeurs et leurs interlocuteurs autour d’un projet commun : en ce sens il est porteur d’altruisme. Le projet s’inspire beaucoup de la philosophie de nombreuses communautés numériques, en érigeant en principe un certain nombre d’aspects de la vie en collectivité sur la toile, comme le partage et la confiance.
Et si les NTIC étaient un ensemble de nouvelles technologies auxquelles correspondrait un engagement nouveau ? L’abolition de l’espace et du temps, la possibilité de diffuser l’information partout et tout le temps semblent de nature à favoriser un engagement plus universel.
Pour l’homme sommé de se prendre en main, les NTIC permettent d’entrevoir de nouvelles formes d’action et de participation ; elles sont l’outil d’une humanité agissante qui cherche à maîtriser le cours des choses. On le voit dans tous les domaines et en particulier dans le cyberespace : l’homme est de moins en moins passif ; de spectateur, il devient de plus en plus acteur de sa propre destinée : il redevient alors le critère déterminant du changement et de la révolution en cours.
Face aux marques, les NTIC représentent une immense courroie de transmission pour l’information et la mobilisation citoyenne. L’exemple de jeboycottedanone.com montre la capacité de mobilisation de la société civile contre les marques, grâce à Internet notamment. L’exemple du boycott de Danone illustre à quel point les NTIC ont joué un rôle crucial dans le succès de l’opération. Après l’annonce de résultats impressionnants et d’un plan social de la part de Danone s’organise une « résistance syndicale traditionnelle, qui culmine le 21 avril 2001 » . Avec la création du site www.jeboycottedanone.com, le message « les êtres humains ne sont pas des yaourts » se relaie à une vitesse vertigineuse et, entre le 10 avril et le 23 mai 2001, la pétition du site reçoit 11 420 signatures. Créé ad hoc, il a permis la diffusion à grande échelle de l’action citoyenne. Plus que de signer une pétition, on proposait à chaque consommateur de s’abstenir d’acheter Danone et ses marques afférentes, à l’aide d’une liste publiée sur le site, le temps de l’opération. C’est ce qui a incité Danone à attaquer en justice le réseau Voltaire, éditeur du site. A l’issue de deux ans de procédure, le 30 avril 2003, la Cour d’appel de Paris a finalement débouté le groupe Danone, plaçant ainsi la liberté d’expression au-dessus du droit des marques.
En se définissant comme vecteur de promotion, l’internaute passe du statut de consommateur avisé à celui de consommateur citoyen et agissant. L’individu connaît de manière générale une défiance croissante pour les marques et les entreprises. Il entreprend donc de recevoir de façon active l’information qu’elles diffusent. L’internaute, en décidant de relayer un type d’information sur son site ou son blog, devient un élément primordial du marketing, en tant qu’ « influenceur » lui-même.
La réaction de l’internaute à l’information est perceptible, d’abord, à travers la reprise d’articles ou de billets sous forme de commentaire. Cette possibilité de commentaire et d’hypertextualisation à l’infini fait le succès des blogs, qui forment un véritable monde de l’information parallèle, reprise en main par les internautes, eux-mêmes maîtres de la blogosphère . Univers en soi, le blog reste totalement ouvert, par sa forme même, à la contextualisation, au commentaire et à la critique. Les « rétroliens » ou « trackbacks » situés en dessous des billets offrent en effet à l’auteur la possibilité de relier des billets de blogs différents et parlant du même sujet, ou se faisant référence. Ce système illustre la capacité fondamentale de la toile, en l’occurrence de la blogosphère, à diffuser l’information, à juger l’information de l’autre, en d’autres termes à permettre à chacun de s’ouvrir et de faire ses choix.
Au niveau du consommateur, devenu lui-même acteur de l’information, peut s’effectuer un véritable contrôle des médias. A cet égard, la blogosphère fonctionnant sur le mode du réseau et de la recommandation, peut construire ou détruire une réputation médiatique.
Certains journalistes américains en ont fait les frais, comme le raconte le Washington Post . Un exemple convaincant de l’influence de la blogosphère est la démission de Dan Rather de CBS . Fin septembre, Dan Rather avait utilisé de faux documents afin d’étayer son intervention sur le service militaire de Georges W. Bush. Dénoncé par des bloggeurs, qui ont vérifié la véracité des faits, le journaliste fut l’objet d’un véritable lynchage médiatique en ligne et fut contraint de démissionner. Dans ce cas, la blogosphère se charge de contrôler l’éthique des médias.
Serait-elle devenue un nouveau pilier de la démocratie, un contre-pouvoir plus « citoyen » qui va prendre sa place à côté des médias eux-mêmes ? Pour Paul Grabowicz, professeur de journalisme à l’Université de Berkeley , les blogs sont devenus « les nouveaux censeurs du journalisme ».
L’avènement et le succès des blogs comme pouvoir de réaction et de commentaire témoignent d’ailleurs bien d’une mutation de l’approche des médias par les consommateurs. Ils ne sont plus passifs, mais actifs, dans leur propre contrôle. Si les médias sont un vecteur primordial d’engagement, c’est qu’ils suscitent aussi la réaction de leurs interlocuteurs (spectateur, lecteur, auditeur). Le consommateur de médias dépasse donc son statut de simple spectateur pour devenir un acteur engagé et un citoyen critique. Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique , retenait quatre paramètres fondamentaux pour le fonctionnement de la démocratie, parmi lesquels l’existence d’une presse indépendante du gouvernement. A côté des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif, les médias jouent le rôle de quatrième contre-pouvoir, rôle fondamental pour le bon fonctionnement de la démocratie. A cet égard, des associations citoyennes utilisant Internet ou d’autres outils des NTIC comme les SMS ne peuvent-elles pas être reconnues comme un cinquième contre-pouvoir qui vient équilibrer les quatre précédents ?
C’est une bonne nouvelle pour la démocratie que de voir des citoyens capables de faire entendre leur voix et de dénoncer des abus. Les NTIC, comme outils fondamentaux de communication, les y aident.
Pourtant, le fait d’avoir tous « voix au chapitre » est un risque énorme pour les journalistes professionnels. Dans un dossier publié le 20 août 2005, Libération posait le problème de l’élargissement de ce nouveau pouvoir d’informer. Le titre de l’article d’Olivier Costermalle « Quand tout le monde s’improvise reporter » témoigne de cette « démocratisation du reportage ». Comme on s’achète un appareil photo numérique pour faire le reportage de sa propre vie, on est capable de s’en servir pour rapporter la vie des autres. Un appareil photo numérique sur un téléphone mobile, et le tour est joué. Une photo accompagne un sujet dont un internaute a envie de parler, parce qu’il en a été témoin. C’est ainsi que les NTIC ont permis à des milliers de personnes de devenir des reporters. Le phénomène du « tous reporters » n’est pas sans risques, avec la diffusion exponentielle de l’information qu’il apporte. La surabondance d’informations sur le web n’exclut pas les risques de manipulation, voire les accroît. Le web a même donné un nom à ce type de fausse information qui circule en ligne : le hoax .
On ne peut pas s’extasier devant les possibilités offertes par les NTIC sans conserver un certain recul. Si les internautes défendent leur droit de parole, ils n’en sont pas moins conscients du danger d’information crue et sans analyse. En réaction à l’article de Libération, « le voyageur 1 » crie « ViVe Internet » et explique : « C’est très bien comme cela plus de censure, de la vrai info, pure et toute fraîche avec des belles images et photos live, ça c’est de l’info !!! ». De son côté, « JadotA » met en garde les journalistes de métier contre le développement de ce nouveau contre-pouvoir : « La démocratisation du Net compense l’abus de pouvoir de certains rédacteurs qui ne le sont pas (net). S’ils persévèrent à être peu lucides et sourds aux signaux des lecteurs, ceux-ci n’en créeront que plus vite leurs propres journaux électr(on)iques. » .
On a vu notamment, lors des attentats de Londres (7 juillet 2005), une déferlante de témoignages, et de photos prises par des téléphones portables de reporters amateurs.
La blogosphère complète l’infosphère. Avec son traitement personnel de l’information, chaque individu peut se faire citoyen de sa ville et membre actif de l’agora médiatique. Il peut mettre en lumière les problèmes de son quartier, faire réagir ses voisins à un événement ou à une histoire. C’est le principe qui se trouve au fondement du site Indymédia , qui dispose de rédactions locales (Lille, Marseille, Nantes, Paris pour la France) et internationales, et propose les articles de ses participants sur un modèle de collectivisation d’une information indépendante et libre. Il est clair cependant que la ligne éditoriale d’Indymédia est altermondialiste. D’autres sites se font l’écho de ce journalisme participatif, comme Agoravox , Ohmynews (en Corée) ou encore Wikinews . Ils recueillent de plus en plus d’internautes, déçus par la couverture traditionnelle de l’actualité et qui souhaitent être eux-mêmes acteurs de l’information. C’est en ces termes qu’Agoravox exprime cette possibilité : « Tout le monde peut devenir rédacteur d’AgoraVox. Il n’est pas nécessaire de savoir écrire avec un style journalistique affirmé. Chacun d’entre nous peut devenir une sorte de “capteur en temps réel” de ce qui se passe dans notre entourage en fournissant des articles, des images, des extraits vidéo ou audio. »
Indymédia, Agoravox et les autres sites de journalisme participatif prétendent diffuser une information différente, politiquement et économiquement indépendante. Pourtant, il apparaît souvent que l’information brute est retraduite sous la forme d’un article qui exprime une position, c’est-à-dire susceptible d’exercer une influence. Finalement, ce sont souvent des reproductions d’articles déjà publiés ou de « tribunes » libres sur les blogs qui sont mise en ligne sur Agoravox, comme l’indique Gilles Klein . Pour répondre aux dérives et aux risques de désinformation courant sur le net, Agoravox dispose d’un comité rédactionnel qui agit comme un « filtre » ou un « modérateur » dans le cas d’un forum, et vérifie, si nécessaire, les informations transmises par le rédacteur individuel.
Au coeur de ces nouveaux dispositifs, le métier de journaliste ne change pas. Il faudra toujours des journalistes formés au traitement de l’information, spécialistes de leur sujet, capables de recouper les informations des dépêches avec leurs savoirs et leur expérience.
L’analyse du journaliste ne peut cependant plus se limiter aux seules sources citées : il doit élargir le champ de sa recherche au flux d’information sur le net et notamment aux blogs, qui peuvent refléter d’autres phénomènes dans la société civile. Dès lors, ce qui différenciera le journaliste d’un internaute quelconque sera moins sa capacité à relayer l’information brute, que son aptitude à la recueillir et à l’analyser pour la transmettre ensuite. L’analyse et la mise en contexte de l’information sont essentielles dans la production de contenus informatifs qui peuvent être utilisés pour la connaissance. L’éthique du journaliste devient une condition sine qua non de sa distinction par rapport à l’internaute anonyme : c’est ce que constate Dan Gilmor, un journaliste américain réputé. Il a fait le choix de quitter son travail et de fonder son propre journal indépendant et citoyen, que l’on peut lire sur son blog. L’ex-journaliste et désormais « citoyen de la baie de San Francisco » dénonce « la fin de l’objectivité » (en anglais) . Il dénonce la dénaturation de l’idéalisme journalistique d’objectivité et souhaite renouer avec cet idéal en y ajoutant d’autres critères déterminants : la profondeur - notamment des sources (thoroughness) -, l’exactitude (accuracy), l’honnêteté (fairness) et la transparence (transparency). Ces critères sont au fondement de la « promesse du citoyen journaliste » que doit signer l’internaute s’il souhaite proposer un article .
La réévaluation de la position du journaliste et le développement du journalisme alternatif montrent à quel point l’homme est devenu lui-même critique et relais des médias. Il engage également le professionnel à une précision accrue dans son travail, qui peut à tout moment être vérifié par la communauté des internautes.
Malgré l’augmentation croissante du nombre d’informations et d’images, le consommateur de médias devient de plus en plus réactif et critique. On mesure son engagement citoyen à la manière qu’il a de suivre l’information relayée par les médias qu’ils soient traditionnels ou nouveaux.
L’essor d’une blogosphère politique ainsi que l’utilisation des NTIC dans le sens d’une orientation plus participative pour le débat citoyen démontrent aussi qu’il est possible de penser un renouvellement démocratique dans nos sociétés actuelles. C’est pour cela que l’on peut considérer la maîtrise des NTIC par tous comme une nécessité pour la renaissance de la démocratie. C’est à travers les NTIC que l’on entrevoit le mieux la propension des hommes à se rassembler de manière active et délibérée.
Ces mobilisations, rendues possibles par l’existence des « nouveaux médias », peuvent avoir des effets directs sur le changement politique. L’un des rassemblements les plus spectaculaires ayant conduit à une alternance politique est sans doute la manifestation « pour la vérité » qui a fait suite aux attentats terroristes du 11 mars 2004 en Espagne. A la suite des attentats de la gare d’Atocha, la population réclamait du gouvernement dirigé par Aznar en Espagne qu’il dénonce les vrais coupables. Le rôle des NTIC dans la manifestation du 13 mars 2004 a été déterminant car le Parti Populaire, dirigé par Aznar et donné pour gagnant des élections, avait laissé entendre que l’ETA (organisation séparatiste basque) était responsable de l’attentat de la gare d’Atocha, car il avait axé sa communication sur ce point. En parallèle, les autres sources d’information, internationales en particulier, permettaient aux citoyens de lire la présence d’Al-Qaida derrière les attentats. La société civile se mobilise alors le 13 mars « pour la vérité » sur les attentats d’Atocha. Alors que la responsabilité d’Al-Qaida dans les attentats est avérée, la crise de confiance des citoyens face au gouvernement au pouvoir se solde par le triomphe du Parti Socialiste aux élections du 14 mars. Ce qui était entièrement nouveau, c’est que les messages n’ont été diffusés qu’à l’instigation de particuliers, à l’exclusion de toute association ou organisation. Impossible même de savoir d’où sont partis les premiers messages sur Internet.
De la consultation de la presse étrangère sur Internet aux forums et aux chats citoyens en passant par l’e-mail et le SMS, qui permirent de mobiliser les foules du 13 mars, les NTIC ont contribué à l’émergence d’un contre-pouvoir social et médiatique. Ces techniques ont aussi été utilisées aux Philippines lors des manifestations contre le président Estrada et en Ukraine pour l’accomplissement de la révolution orange.
Les mobilisations qui font suite à des appels par SMS ou par Internet sont un bon signe pour la démocratie car l’utilisation d’Internet permet de rendre à la société civile son rôle proprement démocratique : chacun peut s’exprimer, agir et être visible.
Reporters Sans Frontières ne s’y est pas trompé et a publié un ouvrage expliquant comment éditer un blog, témoigner de ce qui se passe dans un pays, sans se faire arrêter par le régime en place. Car si les manifestations organisées par SMS contre Aznar ne sont pas punies en Occident, elles n’auraient pas été envisageables en Chine sur les pavés déjà tâchés de sang de la place Tiananmen.
L’organisation de « contre sommets » par le biais des NTIC et sous la forme de SMART MOBs (mobilisations intelligentes) révèle le poids de la société civile dans le contrôle de l’information et surtout la mobilisation politique. Dans son livre intitulé Smartmob, et dont le sous-titre est « la prochaine révolution sociale », Howard Rheingold rappelle que les smartmobs ne coûtent rien et peuvent néanmoins faire tomber un gouvernement, éclore une nouvelle culture, pour la seule raison qu’ils permettent aux citoyens de s’organiser .
Accompagnant la mobilisation physique, l’engagement prend de plus en plus la forme de pétitions électroniques, avec la signature d’e-pétitions ou pétitions en ligne. L’impact des concerts « Live Aid » , initiés par Bob Geldof , en appel pour la lutte contre la pauvreté en Afrique, qui se sont réalisés dans les capitales des pays « riches » : Londres, Paris, Berlin et New York, notamment. Le mouvement de générosité, bien que ponctuel, a été relayé grâce aux nouvelles technologies et l’information s’est diffusée comme une traînée de poudre, avec le slogan « Un jour, un Concert, Un Monde ». Ces mouvements globaux sont des exemples frappant de formation d’une opinion publique mondiale qui se diffuse d’autant plus vite que les NTIC sont leur support privilégié. Nous sommes loin ici, même si elles existent toujours, des manifestations « conventionnelles » pour revendiquer une augmentation du pouvoir d’achat ou un changement social. On manifeste là pour une prise de conscience, voire un engagement, aussi localisé soit-il. Il convient de noter que toutes les initiatives citées émanent de simples citoyens qui se sont regroupés autour d’un combat commun : voilà enfin des manifestations, pétitions ou rassemblements qui peuvent se targuer d’être indépendants d’un parti ou d’un syndicat donné. Adieu manipulations et récupérations ? Notre démocratie n’a certainement pas fini d’évoluer.
La formation de l’opinion mondiale, favorisée par la généralisation des NTIC et les réseaux sur Internet, est devenue une donnée fondamentale des relations internationales. Le décalage qui existe entre les pouvoirs publics usant de la censure même dans un contexte démocratique et la société civile mondiale qui est à l’origine de ces nouvelles initiatives est patent. Selon Reporters sans Frontières , on a vu Wikipédia se faire interdire en Chine, au moment même où la République Populaire de Chine publiait son livre blanc sur « l’édification de la démocratie politique en Chine ». De nombreuses entreprises fournissent aux pouvoirs publics les outils de contrôle de la toile. Dans un rapport sur l’Internet sous surveillance, Reporters sans Frontières explique ainsi comment l’entreprise Cisco Systems a « vendu plusieurs milliers de routeurs pour développer l’infrastructure de surveillance. Le matériel, paramétré avec l’aide des ingénieurs Cisco, permet de lire les informations transmises sur le réseau et de repérer des mots clé dits “subversifs” comme “démocratie”, “liberté” ou “Tienanmen”. La police a ainsi les moyens de savoir qui consulte des sites prohibés ou envoie des courriers électroniques jugés “dangereux”. » Bel exemple des excès de l’ultralibéralisme qui fait passer les hommes après le profit.
Même si la censure se fait plus forte dans les pays qui contrôlent la toile, la prise de conscience s’élargit et se répand parmi les utilisateurs d’Internet à l’échelle mondiale, grâce à la pervasivité du réseau. La toile recueille l’information mais ne la garde pas pour elle : chacune de ses fibres est un moyen de diffusion. Les utilisateurs d’Internet enragent contre les sites qui les capturent et les empêchent d’aller sur d’autres pages. Les blogs, au contraire, sont plus ouverts vers l’extérieur et transmettent plus librement l’information. Ecouter le monde en réseau devient dès lors un enjeu de prise ou de conservation de pouvoir.
Utiliser le réseau Internet devient également indispensable à la mise en place d’actions à l’échelle mondiale. Les pays, dans ce contexte, ont du mal à rester refermés sur eux-mêmes. L’exemple de la démocratie est contagieux et, via le Web, donne aux habitants des Etats qui ne sont pas démocratiques des idées qui les aident à penser une alternative, leur propose de nouveaux types de manifestations. On peut louer ainsi la grande phase de création de blogs dans le monde comme un reflet de la démocratisation de l’information et d’une mondialisation de l’information citoyenne.
La pervasivité a cependant un prix : la gouvernance du réseau est essentiellement américaine car les serveurs racine se trouvent aux Etats-Unis. Le système Internet a été mis en place dans le contexte de la guerre froide, pour que l’information, coupée en petits paquets, ne se perde pas en cas d’attaque nucléaire sur une ville. Cela souligne la nécessité que les différents systèmes d’information communiquent et l’importance de combiner plusieurs techniques de gestion et de développement, afin de garantir la sauvegarde et la diffusion de l’information.
Le prix à payer est aussi celui de la restriction de l’information à ceux qui peuvent s’offrir le support sur lequel elle parvient : l’ordinateur pour le particulier, les réseaux pour l’Etat.
L’idéal de cyber-mondialisation ne peut se concrétiser tant que les NTIC restent du domaine des pays du Nord. Lutter contre la fracture numérique est à cet égard primordial. Cette fracture numérique mondiale se reflète également à l’échelle locale.
Selon le rapport annuel du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD ) :
· 5 milliards d’humains n’ont pas accès à un ordinateur
· 50% de la population mondiale n’a jamais parlé dans un téléphone
· 20% de la population mondiale a accès à 80% des ordinateurs dans le monde
· 800 000 villages (30% des villages mondiaux) n’ont aucune connexion à une quelconque TIC (technologie de l’information et de la communication), téléphone inclus
· 3,1% des Africains ont accès à Internet contre 55,7% de la population d’Amérique du Nord
· 10,7% des Brésiliens, 4% des Chinois et 1,2% des Indiens possèdent un ordinateur (contre 50% des Français)
· Les 942 millions d’habitants des pays « développés » ont 5 fois plus de services téléphoniques (fixe et mobile), 9 fois plus d’accès aux services Internet et 13 fois plus d’ordinateur que 85% de la population mondiale vivant dans les « pays en voie de développement »
Le SMSI (Sommet Mondial sur la Société de l’Information), qui oeuvre pour la réduction de la fracture numérique mondiale, s’est ouvert à Genève en 2003, sous l’égide des Nations Unies. Il s’est achevé à Tunis en novembre 2005. En devenant un élément déterminant pour le développement des pays du Sud, la révolution numérique devient un enjeu crucial des négociations internationales.
Le SMSI est aussi l’occasion de lancer des projets d’envergure. Nicholas Negroponte, directeur du Media Lab du Massachusetts Institute of Technology (MIT), et président de l’association « Un ordinateur personnel par enfant » a proposé par exemple de doter chaque enfant, et en particulier ceux des pays en développement, d’un ordinateur portable à 100 dollars. Le prototype de l’ordinateur a été présenté pour la première fois au SMSI à Tunis. Nicholas Negroponte ambitionne de réduire la fracture numérique mondiale en proposant des accords de partenariats avec les ministères de l’Education des PVD . Ce projet d’un ordinateur pour tous peut paraître idyllique mais il est pourtant un premier pas vers un usage élargi des NTIC dans le monde par les jeunes générations.
La réduction de la fracture numérique, au niveau tant national qu’international, est le grand défi qui s’impose à la nouvelle société de l’information, qui, pour être réellement mondiale, doit aussi englober toutes les composantes de nos sociétés. L’action concertée de l’engagement individuel de chacun des internautes doit peser pour faire comprendre aux décideurs le poids crucial de l’accessibilité à Internet. Sans accès à Internet, pas de démocratie participative, pas d’intelligence collective. C’est au cyber-citoyen d’envoyer des dizaines de mails aux responsables politiques, d’organiser des flash mobs sur le sujet, d’aller même jusqu’à présenter aux élus un projet de loi sur la réduction de la fracture numérique.
L’Histoire des grandes civilisations semble confirmer une entropie de tous les systèmes. Les cellules de notre organisme naissent, vivent et meurent. Il en est ainsi du destin millénaire de grands empires tels que l’Egypte ou la Rome antique ou des destinées plus éphémères d’empereurs comme Alexandre le Grand ou Napoléon. Aucune civilisation n’a su dominer le monde plus d’un millénaire.
Les systèmes de pensée comportent eux aussi leurs pesanteurs historiques. Il en est ainsi des sagesses antiques, des systèmes dogmatiques et sans doute aujourd’hui de l’ultralibéralisme et de l’adoration des nouveaux veaux d’or que sont le Dow Jones ou le Nasdaq.
Et si le mot « forum » retrouvait son sens plein ? Le forum à Rome, l’agora à Athènes, étaient les hauts lieux de la République et de la démocratie : ils étaient dévolus à l’échange citoyen et c’était dans ces lieux que se passait l’essentiel de la vie politique. Les NTIC, en permettant non plus seulement une interaction entre l’homme et la machine mais entre les hommes eux-mêmes, ouvrent de nouveaux champs pour la mise en place d’une nouvelle forme de démocratie plus collaborative où l’engagement du citoyen retrouverait tout son sens.
A condition de lever les freins de la fracture numérique et du développement et de l’apprentissage des NTIC, la démocratie participative ne serait plus un mythe. Les NTIC permettraient la création d’une nouvelle forme d’agora du futur qui devrait permettre au citoyen de refonder notre pacte social.
Le monde souterrain et ses origines dans la littérature française du XVIIIème siècle
Jeudi 19 janvier 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Priscille DUCET soutient sa thèse de doctorat :
Le monde souterrain et ses origines dans la littérature française du XVIIIème siècle
En présence du Jury :
M. MOUREAU (Paris 4)
Mme KRIEF (Aix-Marseille 1)
Mme GEVREY (Reims)
M. MENANT (Paris 4)
Le monnayage d’Hierapytna (Crète orientale) de la fin de l’époque classique à l’époque impériale
Samedi 21 mai 2005
Amphithéâtre Cauchy
Esc. E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Vassiliki STEFANAKI soutient sa thèse de doctorat :
Le monnayage d’Hierapytna (Crète orientale) de la fin de l’époque classique à l’époque impériale
M. PICARD (Paris 4)
M AMANDRY (BNF)
M. DE CALLATAY (EPHE)
M. CHANIOTIS (Heidelberg)
Le monnayage du second empire burgonde
Vendredi 5 décembre 2003
9 heures 30
En Sorbonne, bibliothèque d’histoire des religions
esc. I, 2ème étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5ème
M. Sébastien ZAAF soutient sa thèse de doctorat
Le monnayage du second empire burgonde
en présence du Jury :
M. AMANDRY (BN)
M. BARATTE (PARIS IV)
M. DHENIN (BN)
M. LEBECQ (LILLE III)
Mme MORRISSON (CNRS)
Le monnayage en Grèce du Nord
Jeudi 22 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Eleni PSOMA soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Le monnayage en Grèce du Nord
En présence du Jury :
L. AMANDRY (BN)
M. DE CALLATAY (EPHE)
M. HATZOPOULOS (KERA)
M. KNÖPFLER (Coll. de Fr.)
M. PICARD (Paris 4)
Le Monténégro entre union et indépendance. Essai sur une géographie du nationalisme
Vendredi 18 novembre 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Amael CATTARUZZA soutient sa thèse de doctorat :
Le Monténégro entre union et indépendance. Essai sur une géographie du nationalisme
En présence du Jury :
M. SANGUIN (Paris 4)
M. DESLONDES (Lyon 2)
M. GOSARU (Université de Primorska, Koper, Slovénie)
M. LAKIC (Académie Monténégrine des Sciences et des Arts)
MME MOROVACIC-MÜLLER (CNRS)
M. ROUX (Toulouse 2)
Résumés (français et anglais)
Perché au cœur des Balkans, le petit Monténégro (13812 km2 et 672656 habitants) est le seul Etat ex-yougoslave qui ait répondu à l’appel de la Serbie pour créer en avril 1992 une nouvelle République Fédérale de Yougoslavie (R.F.Y.). En février 2003, ce lien politique est renouvelé dans le cadre de la Communauté d’Etats de Serbie-et-Monténégro. Cette association deux fois consentie avec les autorités serbes est due à la proximité géographique, historique et culturelle entre Serbes et Monténégrins. Mais depuis 1997, les victoires électorales du parti pro-monténégrin de Milo Đukanović sont l’expression d’une défiance des populations monténégrines vis-à-vis de la Serbie. Cette actualité du Monténégro, entre union et indépendance, nous amène à travailler sur le nationalisme à partir d’une hypothèse de départ, celle de l’existence d’une relation intime entre nationalisme, espace politique et représentations territoriales collectives et individuelles.
Mots-clefs : Monténégro, Serbie-et-Monténégro, Yougoslavie, Balkans, Union Européenne, nationalisme, géonationalisme, géographie politique, géopolitique, représentations territoriales, cartes mentales
Montenegro between union and independency, geography of nationalism
Placed in the centre of the Balkans, the small Montenegro (13812 km2 and 672656 inhabitants) is the only state of former Yugoslavia that created with Serbia a new Federal Republic of Yugoslavia (F.R.Y) in April 1992. In February 2003, this political link is renewed with the establishment of the State Union of Serbia and Montenegro. These successive associations with Serbian authority are the results of political, historical and cultural proximity between Serbs and Montenegrins. But since 1997, the electoral victories of the Milo Đukanović pro-Montenegrin party are the signs of mistrust between Montenegrin population and Serbia. For understanding this Montenegrin situation, between union and independency, we worked on the relationship between nationalism, political space and individual or collective territorial representations.
Key words : Montenegro, Serbia and Montenegro, Yugoslavia, Balkans, European Union, nationalism, geonationalism, political geography, geopolitics, territorial representations, mental maps
Position de thèse
La localisation du Monténégro, à l’extrémité sud orientale des Alpes Dinariques, en fait un territoire au relief accentué et prédominant. Sa situation géographique et démographique est celle d’un micro-Etat incrusté au cœur des Balkans. En effet, sa superficie n’est que de 13812 km2, et sa population, d’après le recensement de 2003, s’élève à 672656 habitants. La composition ethnique de la population du Monténégro reflète en partie sa position de carrefour balkanique : 40,64% se sont déclarés Monténégrins au dernier recensement, 30,01 % Serbes, 9,41% Bochniaques, 4,27% Musulmans, 7,09% Albanais, 1,05% Croates, 0,43% de Roms. Cependant, il se peut que la véritable distinction sociale au Monténégro ne repose pas sur la question de l’identité ethnique, mais sur celle de l’identité politique, en particulier sur le problème des relations à entretenir avec les voisins serbes.
En effet, le Monténégro est le seul Etat qui ait répondu à l’appel de la Serbie pour recréer le 27 avril 1992 une troisième Yougoslavie, la République Fédérale de Yougoslavie (R.F.Y.). Le lien politique avec la Serbie est renouvelé onze ans plus tard, en février 2003, dans le cadre plus souple et moins contraignant, de la Communauté d’Etats de Serbie-et-Monténégro. Cette association deux fois consentie avec les autorités serbes, à l’heure où la Slovénie, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine luttaient, de leur côté, pour acquérir ou consolider leur indépendance, est due à la combinaison d’une triple proximité entre Serbes et Monténégrins : proximité géographique, historique et culturelle.
Toutefois, la victoire aux élections présidentielles républicaines, en octobre 1997, de Milo Đukanović, favorable à une autonomie accrue du Monténégro face au pouvoir serbe de Slobodan Milošević, est l’expression d’une défiance des populations monténégrines vis-à-vis de la Serbie. Dans un tel contexte, les quelques différences existantes entre les deux peuples, serbe et monténégrin, deviennent objet de débat et la société monténégrine reste encore aujourd’hui divisée sur la signification et l’importance qu’elle doit leur donner. Cette actualité monténégrine, entre union et indépendance, nous amène à travailler plus généralement sur le phénomène du nationalisme, sa diffusion sur un territoire et ces conséquences en terme identitaire et politique. Notre étude des nationalismes au Monténégro est basée sur une hypothèse de départ, celle de l’existence d’une relation intime entre nationalisme, espace politique et représentations territoriales collectives et individuelles, hypothèse qui se vérifie au cours de notre recherche à plusieurs niveaux.
La relation triangulaire entre ces trois dimensions est apparue tout d’abord au niveau des discours historiques et identitaires qui viennent fonder le nationalisme. En leur sein, nous avons mis en évidence l’esquisse, au Monténégro, de plusieurs clivages opposants principalement des courants pro-serbes à des courants pro-monténégrins et des courants ethniques à des courants civiques. Ces quatre orientations structurantes des nationalismes monténégrins s’accompagnent de représentations géohistoriques de la nation centrées soit sur des capitales et des territoires administratifs et politiques dans le cas de nationalismes civiques, soit sur des capitales et des territoires historiques dans le cas des nationalismes ethniques. Ces configurations territoriales deviennent alors la scène sur laquelle se déroule et s’accomplit le destin national, et revêtent, par leur simple évocation, la dimension d’un géosymbole représentant la nation.
Au Monténégro, la région historique de la Stara Crna Gora autour de Cetinje, foyer mythique de la résistance monténégrine contre l’envahisseur turc, s’inscrit au cœur des conceptions pro-monténégrines. Du côté pro-serbe, cette même région est intégrée à une histoire régionale plus large l’identifiant comme l’une des enclaves serbes de rébellion à l’Empire ottoman. De la même manière, l’interprétation idéologique des faits s’étend également, au Monténégro, à d’autres attributs nationaux comme la langue ou la religion. L’agrégation de ces différentes composantes de la nation crée des contenus nationaux qui, de part et d’autres, se révèlent cohérents et peuvent entraîner l’adhésion des populations. Les polémiques, souvent sans fin, qui s’instaurent avec l’expression de ces différents nationalismes et les clivages qu’elles perpétuent semblent être une condition sine qua non à la constante redéfinition des identités nationales.
Retenons donc deux choses concernant le Monténégro. Premièrement, la vigueur des débats identitaires qui se sont développés au sein de la société monténégrine pendant les années 1990, et qui se sont multipliés à partir de 1997, a contribué à figer les camps idéologiques sur leurs positions et leurs conceptions nationales. Ces débats, repris par une partie des universitaires et des intellectuels, s’appuient aujourd’hui sur des écrits et corpus théoriques proposant des conceptions de la nation contradictoires. Ceux-ci renforcent le sentiment de légitimité de chacune des parties en donnant à ces différentes positions une portée scientifique. Deuxièmement, quelque soit le discours historique étudié, les représentations de l’espace politique y occupent une place importante. La carte historique apparaît alors, de part et d’autre, comme l’un des éléments confortant et prouvant la « véracité » du sentiment national. La géographie politique apparaît donc ici comme un instrument puissant de l’argumentation nationale, car difficilement contestable. En effet, l’espace politique dans ses configurations présentes ou passées est un élément matériel, palpable et empiriquement indéniable. Si les frontières peuvent disparaître ou être déplacées (bien que l’on s’aperçoive que les frontières laissent souvent des traces dans les paysages et dans les esprits longtemps après avoir disparu), les vestiges eux restent et peuvent être identifiés. Aussi, le territoire, actuel ou ancien, réel ou représenté, associé au récit historique, joue pour le nationalisme le rôle de preuve physique de la nation.
Le rapport entre nationalisme et espace se concrétise d’autre part au niveau de la diffusion des idéologies et des discours nationaux. Nous avons ainsi montré que les clivages électoraux étaient, au Monténégro, interprétables sous formes d’oppositions géographiques, réactualisant, suivant le contexte politique, d’anciens antagonismes Nord/Sud ou centre/périphérie. La reproduction, dans des situations et des époques différentes, de clivages politico-territoriaux semble dévoiler une structure géographique des débats politiques nationaux. Les villes et les régions composant l’espace national instaurent entre elles des relations hiérarchiques et fonctionnelles (capitale/province, centre administratif/périphérie productive, ville/campagne) qui peuvent influencer leur positionnement politique, notamment vis-à-vis du pouvoir central (opposition ou soutien) et favoriser l’émergence d’un certain type d’idéologie (centraliste, fédéraliste ou régionaliste). Toutefois, nous avons vu, dans le cas du Monténégro, que l’histoire locale pouvait également jouer un rôle encore très prégnant sur les résultats électoraux actuels. L’ancienne capitale politique du Royaume du Monténégro de la fin du XIXème siècle, Cetinje, est le bastion du parti libéral farouchement indépendantiste alors que le Nord, intégré tardivement au territoire national, est plus proche des partis unionistes. Notre étude montre que la diffusion des idéologies sur un territoire se fait de manière inégale et non homogène. Il y aurait en effet des prédispositions locales historiques, culturelles et géographiques facilitant ou freinant cette propagation. A partir de ces prédispositions structurelles, elles-mêmes fluctuantes et en devenir mais obéissant à des temporalités plus longues, apparaissent déjà en germe de potentiels clivages géonationalistes, qui se révèlent par la suite à travers le paysage symbolique.
L’Etat monténégrin, en tant qu’organe représentatif et gestionnaire de la nation, est apparu comme un vecteur de premier ordre de diffusion d’une idéologie nationale sur un territoire. Son intervention dans ce processus de propagation au Monténégro est triple :
par sa forme ambiguë, oscillant entre un Etat fédéré ou communautaire en théorie et une autonomie de facto, il contribue à entretenir chez les pro-indépendantistes comme chez les pro-unionistes l’espoir d’une potentielle concrétisation de leurs desseins politiques. Il renforce ainsi la distance idéologique et identitaire les séparant. Chaque consultation électorale illustre ce phénomène d’opposition et d’incompréhension réciproque.
par sa politique, il participe à la construction d’une idéologie nationale officielle (en finançant par exemples de nouveaux manuels scolaires, ou encore en se positionnant comme entité autonome) et organise sa diffusion (via le contrôle des programmes scolaires et les médias d’Etat entre autres, ou via des rapports de clientélisme discrets ou explicites).
par ses relations avec les autres Etats et institutions internationales, et du fait même des rapports tendus qu’il entretient avec la Serbie depuis l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement pro-monténégrin. Cette opposition serbo-monténégrine est due en grande partie à un désaccord de principe sur la forme de l’Etat commun à construire (Union d’Etats indépendants ou respect du principe fédéral yougoslave ?). Dans cette confrontation la relation avec l’Union européenne a été à double tranchant, encourageant sous Milošević les nationalistes monténégrins et leurs velléités indépendantistes, pour les désavouer par la suite, et imposer la création de la Communauté d’Etats de Serbie-et-Monténégro.
De plus, le dédoublement de l’Etat au Monténégro, impliquant l’Etat républicain d’un côté et l’Etat serbo-monténégrin de l’autre, trouble le caractère représentatif de chacun des deux organes et perturbe leur capacité d’action sur l’espace monténégrin. En effet, l’Etat, dans sa définition démocratique, est généralement l’Arbitre Social, garant de la cohésion nationale et de l’ordre sur son territoire. La situation de double Etat agît dans le sens d’une division de la société monténégrine et d’un affaiblissement réciproque des idéologies officielles concurrentes. Celles-ci peuvent alors se développer parallèlement et s’interpénétrer dans le même espace. L’homogénéité de diffusion d’une idéologie nationale semble donc d’autant plus faible que les prérogatives de l’Etat et sa représentativité sont mises à mal.
Toutefois, notre recherche démontre que dans l’étude de la diffusion des nationalismes et de leur traduction concrète dans la gestion des territoires, l’observation des vecteurs politiques n’est pas suffisante. Nous ne pouvons faire l’économie d’une analyse des vecteurs sociaux dans la mesure où, par leur intermédiaire, les discours et les sentiments nationaux doivent s’immiscer, de manière plus ou moins consciente, dans l’intimité de chacun. Notre étude des médias monténégrins confirme que ceux-ci participent directement, par la diffusion sélective et orientée des informations, à la propagation des discours nationaux. De même, la famille contribue également à ce processus, notamment par son mode de répartition. Nous avons ainsi pu distinguer des phénomènes de concentration et de dispersion familiale, chacun d’eux pouvant se réaliser sur un mode économique ou communautaire. Alors que dispersion et concentration économiques privilégient des implantations urbaines indifférenciées, dispersion et concentration communautaires favorisent l’installation des individus et de leur famille dans des lieux considérés comme culturellement proche. Ce type de répartition familiale communautaire semble renforcer les réseaux familiaux, quelque soit la distance en jeu, et influer sur les comportements politiques des individus. Nous avons vu, ainsi, que la distribution des familles sur le territoire monténégrin coïncide avec les oppositions géographiques entre pro-monténégrins et pro-serbes. Ce lien que nous établissons entre famille et comportement politique nous amène à inclure les processus d’extension familiales et leur mode de dispersion dans l’examen des prédispositions culturelles favorisant ou freinant la diffusion du nationalisme.
La relation triangulaire entre nationalisme, espace politique et représentations territoriales est perceptible à la base même de la construction de l’espace politique avec l’apparition de clivages géonationalistes. Rappelons que nous avions prédéfini la notion de géonationalisme dans notre quatrième partie comme étant l’ancrage spatial et/ou territorial du nationalisme. Nous avons montré que cet ancrage physique de l’idéologie nationale s’applique autant :
aux frontières politiques, dont la légitimité (historique, de peuplement ou contractuelle) est étroitement liée au type de nationalisme (civique ou ethnique) en jeu
aux lieux symboliques dont la configuration peut révéler la superposition (Plav) ou la confrontation (Cetinje) de plusieurs idéologies nationales. Les représentations monumentales et symboliques de ces idéologies peuvent alors être soit juxtaposées les unes aux autres, soit confondues
aux régions, fruits des régionalismes, dont la dimension ethnique ou civique fragilise (Sandžak, petite Malësia) ou conforte (Bouches de Kotor, Ulcinj et lac de Skadar) la cohésion du territoire national.
A partir de ces éléments de base, l’espace politique, issu de ces processus géonationalistes, se définit comme un espace circonscrit, identifié et hiérarchisé. Cette matérialisation de l’idéologie nationale permet la massification, au sens utilisé par Hobsbawm, du nationalisme. Sa concrétisation géographique, sous la forme du géonationalisme, pourrait bien être une condition permettant l’identification, la reconnaissance et une potentielle intégration de la communauté nationale au sein d’un ensemble territorial et politique plus vaste. Au contraire, nous avions émis l’hypothèse que l’absence de processus géonationalistes, constaté dans le cas des Roms, pourrait empêcher la communauté de se rassembler autour d’une idéologie nationale, rendant son identification et son intégration plus difficile.
Ainsi, la diffusion du nationalisme et l’ancrage du géonationalisme apparaissent comme les deux faces d’un même processus de construction, d’extension et de perpétuation des idéologies nationales. Remarquons, à ce stade, que le géonationalisme appelle une définition plus complexe que la simple incarnation physique du nationalisme. En effet, celui-ci peut également faire l’objet de représentations territoriales comme nous l’avons rappelé dans le cadre des discours historiques fondant la nation. La carte historique est, en ce sens, un exemple de représentations géonationalistes. Le géonationalisme serait donc à définir comme l’ancrage spatial et/ou territorial du nationalisme concrétisé dans l’espace politique ou projeté dans les représentations territoriales.
De la même manière, notre problématique triangulaire liant nationalisme, espace politique et représentations, apparaît également au niveau des attitudes et des imaginaires nationaux, comme à celui des représentations et comportements territoriaux. Les attitudes nationales, lisibles à travers l’étude du recensement, sont elles aussi travaillées par les clivages nationalistes. Elles sont de ce fait fluctuantes et reproduisent, aujourd’hui, les oppositions Nord/Sud et centre/périphérie entre pro-monténégrins et pro-serbes. Dans ce contexte, des inversions nationales apparaissent entre Monténégrins et Serbes (dans le Nord) et entre Musulmans et Bochniaques (dans le Sandžak). Concernant l’imaginaire national, notre étude a pointé sa construction à partir d’éléments traditionnels profondément imprimés dans les mémoires populaires et dans le vécu de chacun. Le clan, le lieu de culte, la montagne, les symboles et référents culturels, la production artisanale, sont autant de repères qui sont réinvestis par l’idéologie nationale.
Dans ce contexte, tous ces éléments pourraient, eux aussi, être considérés comme des prédispositions locales favorisant ou freinant la diffusion du nationalisme. Dès lors, nous pouvons les qualifier de prédispositions géonationalistes, qui seraient les pendants géographiques des éléments d’identification proto-nationalistes (langue, religion, rites populaires, etc.) abordés par Eric Hobsbawm (Hobsbawm, 1992). Rappelons que pour cet historien, ces éléments d’identification proto-nationalistes sont des éléments d’identification collective préexistants au nationalisme qui sont réinvestis par l’idéologie nationale pour s’assurer un soutien populaire. De la même manière, ces prédispositions géonationalistes (opposition centre/périphérie, ville/campagne, répartition familiale, frontières historiques, imaginaire populaire) vont pouvoir être instrumentalisées par le nationalisme.
Notre approche des comportements spatiaux des populations monténégrines, induits soit par une attraction économique, vers des villes ou des régions plus développées, soit par une attirance communautaire, au sein de réseaux ethniques ou familiaux, soit encore, dans une moindre mesure, par désir de découverte (tourisme), fait apparaître des processus de territorialisation. Les déplacements, dans ce cadre, ne s’inscrivent pas dans une logique apparente car le lieu le plus proche ne sera pas pour autant le lieu fréquenté. Sur nos cartes de voyages et déplacements, Podgorica apparaît, par exemple, comme plus attractif pour les villes du Sud pro-monténégrines que pour les villes du Nord, dont Belgrade serait la destination privilégiée. Se dévoilent ainsi des comportements territoriaux confortant les sentiments ethniques et nationaux et raffermissant les réseaux familiaux et communautaires transnationaux en Serbie-et-Monténégro, dans les Balkans, et plus largement dans les diasporas dispersées de par le monde. De ce fait l’examen de ces tropismes divergents révèle de profondes dissymétries qui mettent en évidence des orientations culturelles, ethniques, familiales et idéologiques. En retour, nous pourrions énoncer l’idée que, par la réalisation de ces déplacements, l’individu renforce ces orientations politiques et identitaires.
Les représentations territoriales, perceptibles à travers les cartes mentales et le nuage de mots, donnent à voir l’expérience individuelle de la nation. En effet, chaque carte mentale ou association de mots est unique, reflétant la conception consciente ou inconsciente que chacun se fait du territoire. La nation, quant à elle, est un principe collectif, mais, nous le voyons, la perception provient alors, dans ce cadre, d’une assimilation individuelle très spécifique. Nous avançons que cette représentation sélective individuelle du territoire amène le sujet à concevoir par lui-même les cadres d’une idéologie nationale. Ceci serait la condition première à l’adhésion au groupe. Pour procéder à l’analyse du nationalisme, il serait donc essentiel d’en passer par le prisme de l’individu pour, ensuite, pouvoir en regarder les effets sur le plan collectif, et plus largement sur le plan sociétal.
Notre conclusion générale débouche ainsi sur deux possibilités nouvelles de recherches en géographie. D’une part, il serait utile de poursuivre l’étude, que nous présentons ici, des rapports systémiques entre les processus d’ancrage et de diffusion du nationalisme car celle-ci pourrait permettre la compréhension des facteurs de stabilité ou d’instabilité de nations en difficultés quelle qu’en soit la nature. D’autre part, nous pourrions approfondir la notion de géonationalisme comme un ensemble de processus explicatifs de phénomènes qui sont généralement abordés sous l’angle des sciences politiques. Dans cette perspective, la géographie humaine trouve toute sa place dans les sciences sociales contemporaines.
Le mot dans la partition au XXe siècle
Samedi 18 décembre
9 h 30
Amphithéâtre Chasles en Sorbonne
Escalier E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme RADOSVETA KOUZMANOVA BRUN soutient sa thèse de doctorat :
Le mot dans la partition au XXe siècle
En présence du Jury :
M. BOSSEUR (CNRS)
M. CASTANET (ROUEN)
Mme ESCAL (EHESS)
Le mouvement Poujade, l’État et la nation (1953-1962)
Lundi 27 juin 2005
14 heures
ENS
Grande salle
48, Bd Jourdan
75014 Paris
M. Romain SOUILLAC soutient sa thèse de doctorat :
Le mouvement Poujade, l’État et la nation (1953-1962)
En présence du Jury :
M. BRUNET (Paris 4)
M. BERNARD (Clermont 2)
M. BERSTEIN (IEP Paris)
Mme GUILLAUME (Bordeaux 4)
M. LACHAISE (Bordeaux 3)
M. SIRINELLI (IEP Paris)
Le mythe de Paganini dans la presse et la littérature (1814-1886)
Samedi 19 juin
9 heures 30
En Sorbonne, salle Paul Hasard, esc. C, 2e étage
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Marie-Hélène RYBICKI soutient sa thèse de doctorat
Le mythe de Paganini dans la presse et la littérature (1814-1886)
en présence du Jury :
M. BACKES (PARIS IV)
M. BESNIER (LE MANS)
M. MASSON (PARIS X)
Mme PISTONE (PARIS IV)
Le mythe littéraire de Sisyphe
Mercredi 30 juin
17 heures
Amphithéâtre Michelet
esc. A
46, rue Saint Jacques
paris 5e
M. Aneas BASTIAN soutient sa thèse de doctorat :
Le mythe littéraire de Sisyphe
en présence du Jury :
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. DARCOS
Mme GELY (REIMS)
M. KOPP (BÂLE)
M. MASSON (PARIS X)
M. VALENTIN (PARIS IV)
Le parcours musical de Qigang Chen (de 1985 à 2001) au regard des musiques contemporaines chinoise et japonaise
Lundi 23 mai 2005
15 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences, D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Hsien Sheng LIEN soutient sa thèse de doctorat :
Le parcours musical de Qigang Chen (de 1985 à 2001) au regard des musiques contemporaines chinoise et japonaise
En présence du Jury :
M. BATTIER (Paris 4)
M. CASTANET (Rouen)
M. PICARD (Paris 4)
M. POIRIER (CNSMP)
M. WEBER
Le patrimoine architectural en Tunisie - Histoire d’une prise de conscience
Vendredi 1 juillet 2005
14 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme MYRIAM BACHA soutient sa thèse de doctorat :
Le patrimoine architectural en Tunisie - Histoire d’une prise de conscience
En présence du Jury :
MME HAMON (Paris 4)
M. MINNAERT (Tours)
MME OULERSIR (Poitiers)
M. FOUCART (Paris 4)
M. BADUEL
Le Pentateuque de Constantinople (1547) : une traduction littérale ?
Mercredi 8 juin 2005
14 heures
Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. David ARAR soutient sa thèse de doctorat :
Le Pentateuque de Constantinople (1547) : une traduction littérale ?
En présence du Jury :
M. TONNET (Paris 4)
M. BOBAS (Lille 3)
Mme HADAS-ELBEL (Paris 4)
M. MASSON (Paris 3)
M. MUNNICH (Paris 4)
M. CLAIRIS (Paris 5)
Le personnage dans l’oeuvre cinématographie de Luchino Visconti
Mardi 24 janvier
9 heures 30
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Véronique DELOINGCE VEENENDAAL soutient sa thèse de doctorat :
Le personnage dans l’oeuvre cinématographie de Luchino Visconti
En présence du Jury :
Mme GUIMBARD (Paris 4)
Mme BUDILLON PUMA (Paris 13)
M. GILI (Paris 1)
Mme SCHIFANO (Paris 10)
M. TADIÉ
Résumés
De Livia Serpieri au Prince de Salina, d’Angelica à Gustav von Aschenbach, le cinéma viscontien a donné naissance à un certain nombre de personnages, parmi les plus inoubliables que le septième art ait produits. Cette étude a pour objet de cerner le processus de création ainsi que les moyens techniques mis en oeuvre par Luchino Visconti et ses collaborateurs pour réussir à donner corps et insuffler la vie à des héros nés, pour la plupart, sous la plume des plus grands écrivains.
Le travail de recherche s’appuie sur les témoignages de collaborateurs directs du cinéaste et s’articule en deux parties principales. Une première partie traite de la réalité physique des personnages et part à la recherche des raisons qui ont abouti à la perfection visuelle des costumes viscontiens. Ces raisons sont à rechercher tant dans l’histoire du cinéma italien que dans l’application d’une stricte méthode viscontienne. La seconde partie tente de saisir le héros dans sa réalité socio-économique et d’en dresser le portrait moral. Une attention spéciale a été consacrée à l’étude des origines littéraires du héros viscontien et particulièrement à analyser l’influence fondamentale qu’eut l’œuvre de Marcel Proust sur la création viscontienne.
From Livia Serpieri to the Prince of Salina, from Angelica to Gustav von Aschenbach, the cinema of Luchino Visconti has given birth to a number of characters among the most unforgettable produced by the art of cinema. This study attempts to depict the creative process and the technical means brought into play by Luchino Visconti and those who worked with him in order to build up and to give life to heroic figures mostly originating from the pens of the greatest authors.
Research draws largely on accounts of close collaborators of the director and is divided into two parts. The first part treats the physical reality of the characters and looks for the causes behind the visual perfection of Visconti costumes. These reasons are to be found as much in the history of Italian cinema as in the application of a strict Visconti method. The second part attempts to grasp the hero in a socio-economic context and to draw a moral portrait. Particular attention has been paid to the literary origins of the Visconti hero, and especially to an analysis of the fundamental influence which the work of Marcel Proust had on Visconti’s creativity.
Position de thèse
‘Ntoni, Livia, Rocco, le Prince de Salina, Angelica et Tancredi, Martin et Sophie, Gustav von Aschenbach, Tadzio, Ludwig, le Professeur..., le cinéma viscontien a donné naissance à quelques personnages inoubliables, figures de légende entrées à la fois dans les mémoires collectives et dans l’Histoire du septième art. Tenter de comprendre par quels moyens Luchino Visconti a réussi à donner vie et à insuffler une telle présence à ses héros est l’objet de cette étude.
Luchino Visconti, bien plus que n’importe quel autre réalisateur s’intéressait et se passionnait pour l’aspect physique de ses personnages. On sait qu’il portait un soin jaloux, voire maniaque, au moindre détail d’un costume, qu’il choisissait lui-même étoffes, couleurs et accessoires portés par ses acteurs, qu’il prenait part à tous les stades de la création ; les nombreux récits de ses collaborateurs sont là pour en témoigner.
Visconti s’efforçait donc d’imposer sa vision de l’être humain et le personnage viscontien loin d’être une représentation anodine, loin d’être le résultat d’une combinaison de hasards est, bien au contraire, comme tout ce qui l’entoure (décors, paysages, figuration), une création parfaitement aboutie et maîtrisée par son auteur.
Pour cerner au plus près la méthode de création utilisée par Visconti, nous avons choisi de diviser notre étude en deux parties principales. La première partie est consacrée à l’aspect physique des personnages et tente d’analyser les moyens mis en œuvre par le réalisateur et ses collaborateurs pour parvenir à la perfection visuelle des costumes et des visages. La seconde partie, quant à elle, se concentre sur la personnalité morale du héros viscontien et s’efforce de le saisir dans sa réalité socio-économique. Notre étude comporte également une recherche des origines (littéraires, romanesques, historiques...ou pures créations viscontiennes) qui ont présidé à la genèse des héros et s’attarde particulièrement sur l’influence qu’eut l’œuvre de Marcel Proust sur la production filmique de Luchino Visconti.
Le travail de recherche repose sur une étude minutieuse des œuvres filmiques et s’appuie sur les différents ouvrages critiques consacrés à l’œuvre du cinéaste. La majeure partie de nos sources cependant provient de rencontres et d’entretiens que nous avons pu avoir avec les collaborateurs les plus proches de Visconti : la scénariste Suso Cecchi D’Amico, les costumiers Piero Tosi et Vera Marzot, le photographe de plateau Paul Ronald.
L’accès à ces différentes personnalités nous a été facilité grâce à l’intervention de Caterina D’Amico De Carvalho, fille de Suso Cecchi D’Amico. Le costumier Piero Tosi a, en outre, ouvert pour nous les portes de la Sartoria Tirelli. Ces rencontres ont constitué pour nous une chance inestimable de recueillir des renseignements de première main et nous ont permis de percer quelques-uns des secrets de fabrication ayant présidé à la construction des personnages viscontiens.
La première partie de cette étude, intitulée « L’épiphanie des personnages », se donne donc pour objectif de cerner le personnage dans sa réalité physique. Le travail d’analyse reprend une partie des recherches que nous avions effectuées dans le cadre d’un mémoire de D.E.A. soutenu en 1998, et consacré aux costumes dans l’œuvre cinématographique de Luchino Visconti.
Ce mémoire se limitait cependant à l’étude des costumes seuls et ne prenait pas en compte le personnage dans la totalité de sa réalité physique. Celle-ci résulte en effet d’un ensemble complexe de données parmi lesquelles nous avons retenu d’étudier :
le catalogue des interprètes
les costumes
la représentation de la nudité
le maquillage et l’évolution physique des héros.
La construction physique des personnages commence bien évidemment par le choix des interprètes. Ainsi, pour donner corps et visages aux héros qu’il a choisi de faire vivre, Luchino Visconti fait appel à un certain nombre d’acteurs parmi lesquels on trouve aussi bien des stars internationales que des comédiens non professionnels, des acteurs de théâtre confirmés que de jeunes « poulains » à l’aube de leur carrière. Qu’ils aient été personnellement choisis par le réalisateur ou imposés par les maisons de production, tous les acteurs retenus forment le « matériau humain » que le cinéaste se plaît à modeler et à transformer à sa guise. Cette transformation se réalise par le biais d’une mainmise totale, tant physique que morale, que Visconti exerce sur ses interprètes.
La méthode, empruntée à Jean Renoir, consiste à plonger les acteurs dans les conditions de vie réelle des personnages qu’ils interprètent, à les entourer de vêtements et d’objets authentiques, de tous les détails vrais qui permettent de créer un « réalisme extérieur » dont découlera automatiquement le « réalisme intérieur ». La réputation d’exigence et de perfection de Visconti trouve ainsi sa pleine justification et met à mal les critiques qui n’ont vu dans son souci du détail et son sens de l’absolu qu’un délire maniaque de perfectionniste. Cette méthode s’accompagne d’une direction d’acteurs (héritée elle aussi de Renoir) qui pousse l’interprète à « être » le rôle plutôt que de le « jouer » ; une identification totale de l’acteur à son personnage peut alors se produire.
Admirablement costumé, judicieusement maquillé, le personnage viscontien offre donc à la caméra une image très maîtrisée, qui présente les caractéristiques d’être tout à la fois totalement réaliste et parfaitement esthétique. Ces qualités visuelles sont le résultat d’une étroite collaboration entre le metteur en scène et ses costumiers, hommes et femmes héritiers d’une grande tradition du film en costumes dont les origines sont à rechercher dans l’histoire du cinéma italien et dont Visconti sut tirer le plus éclatant bénéfice.
Les physiques magnifiés par les costumes cèdent parfois la place à quelques corps nus, silhouettes plus volontiers masculines, qui se laissent admirer dans une immobilité marmoréenne proche de l’art classique. A ces figures masculines dénudées semble bien souvent s’opposer à l’inverse, l’image récurrente et idéalisée d’une femme voilée, mystérieuse et inaccessible.
La construction physique des héros passe également par un emploi particulier du maquillage dont les effets, parfois très poussés, ont pour objet de nous renseigner avec précision sur l’évolution morale ou psychologique des personnages. Ainsi, les visages subissent parfois des transformations, dégradations ou blessures qui sont le reflet des coups portés aux âmes, tandis que certains protagonistes en sont réduits à ne plus montrer que des masques, symboles tout à la fois de perte d’humanité et de mort prochaine.
Dans la seconde partie de notre étude nous nous sommes efforcés de soulever ces masques et, progressant de la surface des choses vers la profondeur des êtres, de chercher à comprendre de quelles personnalités se composait le « petit monde » de Visconti.
Le listage des différents héros viscontiens a dévoilé certaines surprises et a permis de mettre à jour quelques évidences. Ainsi il est apparu clairement que le cinéma de Luchino Visconti s’intéressait à certaines catégories sociales extrêmes de la société (aristocratie et très haute bourgeoisie / prolétariat) et ignorait totalement les catégories intermédiaires de la moyenne bourgeoisie. On a pu constater d’autre part qu’un certain nombre de figures féminines (prostituées, petites filles, femmes inaccessibles, portraits de mères) revenaient de façon récurrente tout le long de la filmographie et formaient le fond immuable du cinéma viscontien. C’est au sein même des souvenirs personnels du réalisateur qu’on doit chercher une explication sur la présence obstinée de certaines de ces figures.
On a pu constater enfin que les héros viscontiens n’étaient jamais des êtres exceptionnels, mais des personnages ordinaires placés en situation de crise, contraints d’assumer des choix définitifs et parfois vitaux. De manière quasi générale, ces hommes et ces femmes sont acculés à l’échec et destinés à mourir. Cette spécificité, qui fait d’eux des personnages de mélodrame ou des héros de tragédie, relie le cinéma de Luchino Visconti aux grands modèles de la littérature occidentale, modèles qu’en effet le cinéaste, dès 1943 et jusqu’à sa mort, n’a jamais cessé de revendiquer haut et fort.
Le personnalisme d’Emmanuel Mounier dans la modernité
Mercredi 17 décembre
14 h 30
Institut océanographique, petit amphithéâtre
195, rue Saint Jacques
Paris 5e
M. Jean-François PETIT soutient sa thèse de doctorat :
Le personnalisme d’Emmanuel Mounier dans la modernité
en présence du Jury :
M. BESNIER (PARIS IV)
M. CAPELLE (ICP Paris)
M. GREISCH (ICP Paris)
M. RENAUT (PARIS IV)
M. VIELLIARD-BARON (POITIERS)
Le pharaon, l’égyptologie et le diplomate. Les égyptologues français en Egypte du voyage de Champollion à la crise de Suez (1928-1986)
Lundi 23 mai 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Eric GADY soutient sa thèse de doctorat :
Le pharaon, l’égyptologie et le diplomate. Les égyptologues français en Egypte du voyage de Champollion à la crise de Suez (1928-1986)
En présence du Jury :
M. FREMEAUX (Paris 4)
M. CHARLE (Paris 1)
M. SCHNAPP (Paris 1)
M. SOUTOU (Paris 4)
M. YOYOTTE (Collège de France)
Le Plaisir dans la littérature et la musique françaises au XXème siècle
Jeudi 15 décembre 2005
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Agathe SIMON soutient sa thèse de doctorat :
Le Plaisir dans la littérature et la musique françaises au XXème siècle
En présence du Jury :
M. TADIÉ (Paris 4)
M. CASTANET (Rouen)
M. DELON (Paris 4)
Mme RAMAUT-CHEVASSUS (Saint-Etienne)
M. DOUMET (Paris 8)
Résumés
La nature paradoxale du Plaisir relève d’une part de l’immanence et de la contingence (sensations et conscience de l’être humain) et d’autre part de la transcendance - transcendance érotique, mais également intellectuelle, esthétique, mémorielle, mystique ou hallucinatoire. Le Plaisir est ainsi illimité (il transcende l’espace et le temps) et indéterminé (il transcende le sens). Mais comment se résout le paradoxe entre le Plaisir - lequel transcende simultanément l’espace, le temps, le sens -, et les arts - lesquels relèvent simultanément de l’espace, du temps et du sens ? Autrement dit, comment s’exprime au XXème siècle le Plaisir en littérature et en musique ? Or l’analyse croisée de ces deux arts laisse apparaître que la faille ontologique en laquelle consiste le Plaisir devient l’occasion de questionnements et de bouleversements expressifs au sein de l’œuvre, par lesquels les créateurs tentent de relever ce défi.
The concept of Pleasure in 20th century French literature and music
The paradoxical nature of Pleasure is part of immanence and contingency (the sensations and consciousness of human beings) on the one hand, and of transcendence on the other, whether it be erotic or intellectual, aesthetic, memorial, mystic or hallucinatory. Pleasure is therefore boundless, transcending both time and space, and undetermined, as it also transcends meaning. But how can one solve the paradox of pleasure - which transcends space, time, and meaning simultaneously - and the arts which are simultaneously grounded in space, time and meaning ? In other words, how is Pleasure expressed in literature and music in the 20th century ? Cross-analysis of the two art forms shows that the ontological gap that is inherent in pleasure can be the occasion for both expressive questioning and disruption in the work concerned, and that such questioning and disruption are the very means by which creators try to take up the challenge.
Position de thèse
Le Plaisir transcende les trois limites imparties à l’être humain : espace, temps, sens. Il est tout ce qui, échappant à l’analyse, au travail, et “éreintant” les sensations, enivre le sens et les sens jusqu’à un absolu. Il transcende de la sorte les deux modes d’échange entre l’être et le monde : la perception sensorielle et le langage. Il est un absolu - orgasme, ou toute autre transcendance - dont la fulgurance sillonne les arts du XXe siècle. Tapageur ou diffus, exalté ou empreint de Thanatos, il s’érige avec puissance et néanmoins ambiguïté dans un siècle marqué par les ruptures, les traumatismes, et une évolution sociale des mœurs exponentielle. Marcel Proust, Georges Bataille, Claude Debussy, Pierre Boulez, autant de créateurs qui, témoignant des différents avatars du Plaisir, révèlent de la sorte leur propre démarche d’artistes.
En effet, dans les arts du XXème siècle, c’est bien la notion de singularité du Plaisir qui prévaut, au sein d’une problématique individuelle. D’ailleurs, cette thèse ne présentera pas une vision historique du Plaisir, mais une approche analytique. Sans nier l’influence de l’Histoire et de la société sur le processus de création, je m’intéresserai davantage à la singularité de chaque œuvre qu’à son inscription dans une mouvance ou une période. Le Plaisir dans les arts apparaît ainsi comme une démesure qui bouleverse l’œuvre, qui symbolise l’aporie expressive à laquelle les arts sont confrontés au XXème siècle. À l’inverse des conceptions de Schopenhauer (pour qui le plaisir est cessation de la douleur), d’Épicure (pour qui le plaisir est ataraxie), il apparaît au XXème siècle comme un excès , qui dépasse même le plaisir positif et dynamique des Hédonistes (Cyrénaïques). En outre, ma thèse prend le parti d’en proposer la définition suivante : le Plaisir est relatif (son intensité et sa "pureté" - dans le sens platonicien - sont variables), il relève du réel (il prend ses racines dans les sensations) et il constitue dans le même temps une transcendance . Suivant cette définition, il coïncide avec la jouissance érotique, et accessoirement avec toute autre jouissance (intellectuelle, esthétique, mémorielle, mystique, hallucinatoire).
Le Plaisir possède ainsi une nature paradoxale qui relève d’une part de l’immanence et de la contingence (sensations et conscience de l’être humain) et d’autre part de la transcendance (nature illimitée et indéterminée du Plaisir) . En effet, pour que la jouissance advienne, les sensations et la conscience sont nécessaires. Mais dans le même temps, le Plaisir semble illimité - il transcende l’espace et le temps -, et indéterminé - il transcende le sens. Il transcende ainsi les trois limites imparties à l’être humain (espace, temps, sens). Il prend naissance grâce aux sens et à la conscience, tout en leur échappant. Il transcende de la sorte les deux formes de relations entre l’être et le monde : la perception sensorielle et le langage. Il est enfin au désir ce que la mort est à la souffrance - une interruption radicale.
Or la jouissance ainsi définie apparaît dans une forme de contradiction ontologique avec les arts. En effet, alors que le Plaisir transcende simultanément l’espace, le temps et le sens, les arts relèvent simultanément de l’espace, du temps et du sens. Comment se résout ce paradoxe ? Comment s’exprime la transcendance du Plaisir, fondée sur l’illimitation et l’indétermination, dans les œuvres littéraires et musicales, œuvres auxquelles se restreindra cette étude ? L’art serait-il condamné au mieux à une asymptote dans l’expression de la jouissance ?
Cette analyse se concentre sur des arts - la littérature et la musique - dont les moyens expressifs sont fort différents. Elle a pour but de proposer des éclairages différents d’une même contradiction ontologique entre arts et Plaisir. Le corpus est défini grâce à des critères aisément identifiables, comme la nationalité du créateur, la date de création, l’enjeu artistique et ontologique en lequel consiste l’expression du Plaisir. Mais il est également fondé sur des choix subjectifs. Il est évident que ce travail, parce qu’il repose sur une hypothèse personnelle (la contradiction ontologique entre Plaisir et arts), ne peut réellement se dégager d’une certaine subjectivité. Cette thèse n’a ainsi pas pour but d’établir un point de vue comparatiste entre les œuvres, de chercher des constantes et des points de divergence, d’examiner les liens directs entre littérature et musique, mais comme il a déjà été précisé, d’analyser une même thématique grâce aux différences constitutives de ces deux arts.
Les œuvres littéraires dédiées à l’érotisme sont fort nombreuses. Pourtant, la jouissance n’y est que rarement transcendance - ces œuvres relèvent davantage d’une littérature du désir que du Plaisir. Je n’ai pas délimité le corpus suivant une restriction de genre : une certaine primauté a été accordée aux récits et romans , sans pourtant négliger le théâtre, la poésie, et les essais d’écrivains. Le corpus a notamment été construit par éliminations, en ne prenant pas en compte les œuvres qui ignorent la dimension transcendante du Plaisir . Outre plusieurs œuvres de la littérature contemporaine, j’ai été conduite à exclure de mon analyse certains auteurs dans la mesure où leurs œuvres n’évoquent que peu le Plaisir (par exemple Samuel Beckett, Maurice Blanchot, Simone de Beauvoir, Nathalie Sarraute).
À l’inverse, la thématique érotique est peu développée en musique. Mais on trouve au XXème siècle de nombreux cas de compositeurs considérés comme majeurs qui accordent une place assez importante à la jouissance. Par ailleurs, j’ai été tout particulièrement soucieuse d’éviter toute surinterprétation, c’est-à-dire de ma prémunir contre toute approche imposant une analyse de la jouissance dans des œuvres où il ne saurait en être question. Ainsi, je n’ai retenu que des œuvres dont le projet expressif est attesté par un texte littéraire (livret, argument, poème, propos du compositeur). De ce fait, il implique nécessairement une notion de genre (essentiellement la musique vocale et le ballet).
Grâce à l’analyse de ces œuvres littéraires et musicales, il apparaît que le Plaisir constitue un enjeu artistique et ontologique. Alors que le but de la raison ou de la conscience (de Platon à Freud) consiste à limiter ou différer le Plaisir, l’art se préoccupe au contraire d’exprimer son excès, sa transcendance. Reprenant la triple contradiction relevée entre Plaisir et arts, j’examine successivement dans cette thèse comment s’expriment en littérature et en musique la transcendance spatiale du Plaisir, la transcendance temporelle du Plaisir, la transcendance sémantique du Plaisir. Ce plan thématique permet d’effectuer une progression depuis la transcendance la plus évidente vers la transcendance la moins évidente, depuis deux transcendances peut-être illusoires (espace et temps) vers la seule qui paraisse irrécusable (le sens).
Il apparaît ainsi que le Plaisir transcende l’espace artistique, des êtres de fiction à la structure des œuvres. Les paradoxes qui le fondent (il relève des limites corporelles, de la sensorialité et de la conscience tout en les transcendant) constituent des interrogations majeures que l’œuvre fait siennes. L’expression de la jouissance en littérature et en musique consiste en altérations, en ruptures, et coïncide parfois avec un désir de retracer son caractère illimité.
Par ailleurs, cette transcendance spatiale est indissociable de l’irruption de l’Instant dont le paradoxe temporel (une forme d’« infini dans le fini ») rompt la chronologie et instaure une forme d’intemporel. Au sein des oeuvres littéraires et musicales apparaît alors un nouvel ordre temporel, à la fois témoin et symbole de la jouissance.
Enfin, le Plaisir transcende le sens, c’est-à-dire l’articulation entre signifié et signifiant propre au langage. La littérature, mise en échec dans sa fonction référentielle, trouve des solutions expressives en recourant à la fonction poétique, à une forme de mimétisme du style ou encore dans le détournement de la fonction référentielle. En outre, l’articulation entre signifié et signifiant, par son altération, devient le symbole de la jouissance. En revanche, la question de la transcendance du sens se pose de manière très différente pour la musique. L’expressivité de cet art n’est pas remise en cause a priori. Pourtant, restant indissociable du texte pour aboutir à une expression dont l’objet est explicite - la jouissance -, le langage musical a recours à deux principales articulations avec le langage sémantique, en fusionnant avec son signifiant ou avec son signifié. Pour ces deux arts, la transcendance du Plaisir prend donc valeur de défi expressif, tandis que les œuvres se plaisent à accorder un sens à la transcendance ou au contraire à exalter son caractère inexprimable.
Ainsi, la triple transcendance du Plaisir - illimitation spatiale, illimitation temporelle, indétermination - consiste simultanément en un défi expressif et en l’objet d’une interrogation ontologique, dont le sens oscille entre perte et révélation, entre dénonciation d’une illusion et témoignage d’une expérience extrême.
Le Prince à l’école des images : "La Doctrine des moeurs" de Marin Le Roy, sieur de Gimberville
Samedi 11 décembre
8 h 30
En Sorbonne, salle Louis Liard
Rectorat, 17 rue de la Sorbonne
75005 PARIS
M. Bernard TEYSSANDIER soutient sa thèse de doctorat :
Le Prince à l’école des images : "La Doctrine des moeurs" de Marin Le Roy, sieur de Gimberville
En présence du Jury :
Mme CHONÉ (DIJON)
M. DAGEN (PARIS IV)
M. DANDREY (PARIS IV)
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
M. RUSSEL (UNIVERSITE)
M VAN DELFT (PARIS X)
Le principe d’obligation : sur une aporie de la modalité politique
Vendredi 9 décembre 2005
14 heures
Institut finlandais
60, rue des Ecoles
Paris 5e
M. Bruno BERNARDI soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Le principe d’obligation : sur une aporie de la modalité politique
En présence du Jury :
M. MOREAU (ENS, Paris 4)
M. BRAHIMI (Besançon)
M. COURTINE (Paris 4)
M. KERVEGAN (Paris 1)
M. LAGRÉE (Rennes 1)
Le problème de l’interrogation indirecte totale d’après ses marques...
Jeudi 11 décembre
13 heures 30
ENS, salle des Actes
45, rue d’Ulm
Paris 5e
M. Marc DUVAL soutient sa thèse de Doctorat :
Le problème de l’interrogation indirecte totale d’après ses marques(en français, anglais et coréen) : étude contrastive et typologique
en présence du Jury :
Mme CHOI-JONIN (TOULOUSE II)
M. KLEIBER (STRASBOURG II)
M. LEMARECHAL (PARIS IV)
M. MARTIN (PARIS IV)
M. MULLER (BORDEAUX III)
Le ragtime dans la société et la musique populaire américaine
Jeudi 18 décembre
9 h 30
Bibliothèque de musicologie
3, rue Michelet
Paris 6e
M. Philippe MICHEL soutient sa thèse de doctorat :
Le ragtime dans la société et la musique populaire américaine : des origines aux années 1920
en présence du Jury :
M. BARTOLI (PARIS IV)
M. BOSSEUR (PARIS IV)
M. CASTANET (ROUEN)
M. CUGNY (PARIS IV)
M. GUMPLOWICZ (DIJON)
Le Ralliement du Gabon à la France libre. Une guerre franco-française (septembre-décembre 1940)
Samedi 29 Mai 2004
14 h
En Sorbonne, Amphi Cauchy, esc. E, 3e étage,
1, rue Victor CXousin
Paris 5e
Mme Eliane EBAKO soutient sa thèse de doctorat :
Le Ralliement du Gabon à la France libre. Une guerre franco-française (septembre-décembre 1940)
en présence du Jury :
M. CALLIES DE SALIES (LILLE III)
M. GANIAGE (PARIS IV)
M. MARTIN (PARIS IV)
M. VAVASSEUR DESPERRIE (LILLE III)
Le récit fantastique mexicain au XXème siècle
Mercredi 28 juin 2006
14 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Magali VELASCO VARGAS soutient sa thèse de doctorat :
Le récit fantastique mexicain au XXème siècle
En présence du Jury :
Mme EZQUERRO (Paris 4)
M. MUNOZ (Xalapa)
M. IZQUIERDO (Limoges)
M. SILVA-CACERES (Paris 4)
Résumés
La difficulté méthodologique et théorique pour établir un seul critère qui prétende d’expliquer justement la littérature fantastique, n’essaie pas de délimiter ni de faire de lectures uniques, car elle serait en train de contredire le genre même. C’est justement la notion d’inconnu, d’étrange et d’insolite qui constitue l’élément de base du fantastique moderne. La pertinence d’une étude spécialisée dans le conte fantastique mexicain est fondée sur l’argument suivant : chez la littérature mexicaine ce qui a prédominé c’est la réflexion d’éléments du récit depuis une perspective réaliste. Nous avons sélectionnés quatorze auteurs mexicains du XXème siècle, parce que dans leur patrimoine de contes nous avons trouvé de substantiels textes fantastiques. De chaque narrateurs nous avons choisi au moins un conte et nous les avons agroupés selon les thèmes et motifs partagés.
The Mexican fantastic story of the 20th century
The methodological and theoretician difficulty to establish a single criterion that intend to explain exactly the fantastic literature, does not try to delimit neither to give a unique reading, this would be contradicting the gender itself. Exactly the notion of the unknown, the strange, and the unusual is what constitutes the base of the modern fantastic gender. The relevance of a study specialized in the Mexican fantastic story is based on the following argument : in the Mexican literature what has dominated is the realistic speech and the literary critical studies have concentrated on the reflection of elements of the narrative since this realistic perspective. We selected fourteen Mexican authors of the 20th century due to the substantially fantastic elements on some of their short story work. Of each narrator we selected at least one story grouping them according to the themes and motives shared.
Position de thèse (Pdf)
Le référentiel dans la littérature pour enfants en Afrique noire francophone : 1990-2000
Jeudi 6 mai 2004
17 h
En Sorbonne, salle Paul Hazard, esc. C, 2e ét.
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. AMAKOE ALMEIDA (D’) soutient sa thèse de doctorat :
Le référentiel dans la littérature pour enfants en Afrique noire francophone : 1990-2000
en présence du jury :
M. AMEGBLEAME (KIGALI)
M. CHEVRIER (PARIS IV)
M. DIOP (PARIS XII)
M. PERROT (PARIS XIII)
Le répertoire du conteur Martiniquais, Félix Madock. Reconstruction d’une oeuvre entre l’oral et l’écrit
Samedi 10 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle F 042
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Véronique CORINUS soutient sa thèse de doctorat :
Le répertoire du conteur Martiniquais, Félix Madock. Reconstruction d’une oeuvre entre l’oral et l’écrit
En présence du Jury :
M. CHEVRIER (Paris 4)
Mme BEAUMGARDT (INALCO)
Mme CHIKHI (Paris 4)
M. DERIVE (Chambery)
M. PRUDENT (La Réunion)
Le rôle de la Maison Barbedienne (1834-1954) dans la diffusion de la sculpture aux XIXe et XXe siècles. Considérations sur les bronzes d’édition et l’histoire du goût
Vendredi 9 juin 2006
9 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Demargne
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Florence RIONNET soutient sa thèse de doctorat :
Le rôle de la Maison Barbedienne (1834-1954) dans la diffusion de la sculpture aux XIXe et XXe siècles. Considérations sur les bronzes d’édition et l’histoire du goût
En présence du Jury :
Mme Catherine Chevillot (Orsay)
M. Thierry Dufrêne (Paris 10)
M. Bruno Foucart (Paris 4)
Mme June Hargrove (Maryland)
M. Barthélémy Jobert (Paris 4)
M. Paul-Louis Rinuy (Paris 10)
Position de thèse (Pdf)
Le rôle de la méthode dans la constitution de la physique cartésienne
Samedi 30 septembre 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Quinet,
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. ERICO ANDRADE MARQUES DE O soutient sa thèse de doctorat :
Le rôle de la méthode dans la constitution de la physique cartésienne
En présence du jury :
M. CHARRAK (Paris 1)
M. De BUZON (Strasbourg 2)
M. FICHANT (Paris 4)
Mme LAGRÉE (Rennes 1)
Résumés
_
Le rôle des Etats-Unis dans la reconstruction d’une industrie française d’armement après la seconde guerre mondiale (1945-1958)
Vendredi 6 octobre 2006
14 heures
Ecole militaire, Amphithéâtre Lacoste
21 place Joffre 75015 Paris
Mme Sandrine DAUCHELLE soutient sa thèse de doctorat :
Le rôle des Etats-Unis dans la reconstruction d’une industrie française d’armement après la seconde guerre mondiale (1945-1958)
En présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS 4)
M. FORCADE (AMIENS)
M. LANTHIER (QUEBEC)
M. NUTI (Université)
M. SEGRETO (FLORENCE)
M. SOUTOU (PARIS 4)
Résumés
L’objectif de cette recherche est de savoir en quoi l’aide apportée par les Etats-Unis, à la fois sous l’angle financier, technique et militaire, a pu permettre le redémarrage d’une industrie française d’armement, et sa constitution en une entité technologiquement et financièrement indépendante de l’étranger. Du fait de la destruction de la plus large partie de son potentiel industriel militaire, la France a dépendu des Etats-Unis pour son approvisionnement en matériels et en armes. Dans le même temps où les Etats-Unis fournissent à l’armée française une partie décisive de ses armes, les Etats-Unis aident l’industrie d’armement à se relever à l’aide d’importantes commandes off-shore. De 1945 à 1958, la France reçoit des Etats-Unis une aide financière considérable à laquelle s’ajoute une aide en nature encore plus importante. L’aide militaire est impressionnante. Dès lors, l’on peut se demander si, après la saignée de la Seconde Guerre mondiale, il aurait été possible de reconstruire l’industrie française d’armement sans aide extérieure. Plusieurs questions viennent à l’esprit : Pourquoi les Etats-Unis ont-ils décidé d’aider la France à cette époque ? Quels sont les accords bilatéraux qui ont permis à la France de reconstruire son industrie d’armement ? Sous quelles formes l’aide se manifeste-t-elle ? A combien s’élève-t-elle ? A-t-elle réorienté le destin de la France ? La recherche s’intéresse aux évolutions technologiques ainsi qu’au rôle des missions de productivité.
The purpose of this study is to understand in what way the financial, technical and military support of the United States enabled the emergence of the French arms industry into a sovereign player. Due to the destruction of the major part of its military capacity, France depended on the United States for its supply in weaponry. At the same time as the United States was the main provider of arms to the French army, it was also nurturing the renewal of the French arms industry through a policy of important “offshore procurement". Between 1945 and 1958, France received a considerable amount of financial aid from the United States, it was also the recipient of an even bigger quantity of end items. The military aid was impressive. In consequence, it is questionable that the French arms industry, ailing after the haemorrhaging of WWII, would have been able to rebuild itself without foreign help. Therefore, several questions spring forth : why did the United-States decide to help France at the time ? What were the bilateral agreements which helped France reconstitute its arms industry ? What form did this aid evolve into ? How important is it ? Did it alter the course of France ? There is also the technical aspect of the problem as well as the possible impact of the missions of productivity.
Position de thèse
Le réarmement français après la Seconde Guerre mondiale :
le rôle des Etats-Unis dans la reconstruction d’une industrie française d’armement
(1945-1958)
Entre 1945 et 1958, les armements français connaissent de profondes mutations. A
l’époque, la France tente de se reconstruire politiquement et économiquement. Dans ce
contexte, les Etats-Unis jouent un rôle important dans les affaires françaises. Très vite,
l’aide économique américaine devient militaire. Elle permet alors à la France de devenir
une entité technologique, financière et militaire indépendante. La question essentielle
apparaît dès lors comme celle du rôle des Etats-Unis dans la reconstruction d’une industrie
française d’armement. A cet égard, la IVème République constitue une période relativement
homogène permettant de tenter de répondre à cette interrogation. Une telle étude exige le
dépouillement des archives des ministères français de la Défense, de l’Economie et des
Finances, des Affaires étrangères et de l’OTAN. Les archives nationales américaines, les
archives des Présidents Truman et Eisenhower sont également tout à fait essentielles.
Première partie - Les données du problème : la demande française et l’offre
américaine
Le contexte international pousse à la distribution d’une aide variée par les
Etats-Unis à la France. De plus, le contexte national rend la France faible et fragile.
Observe-t-on dès lors une corrélation entre la demande française et l’offre américaine ?
Histoire des armements français : des efforts consentis en faveur de la modernisation
Dans l’histoire des armements, les percées techniques ouvrent de nouvelles
périodes dans l’art de la guerre. Au XXème siècle, l’utilisation du moteur à explosion
donne naissance aux formations mécanisées sur roues et sur chenilles : elles font
disparaître la notion de front stabilisé. La guerre 1939-1945 est celle des armées
motorisées, des attaques foudroyantes des chars et des avions, des débarquements de vive
force et des grandes batailles aéronavales. La fin de la Seconde Guerre mondiale ouvre
dans l’histoire de l’armement une ère nouvelle marquée par des mutations technologiques
d’une ampleur jamais atteinte. De 1914 à 1958, les armements français terrestres, navals et
aériens ont donc beaucoup évolué. Ce chapitre n’a pas pour objet de dresser un inventaire
exhaustif des armements de chacune des trois armées, mais de mettre en évidence leurs
mutations profondes. Par ailleurs, il est centré sur les instruments militaires même si les
industries qui les développent et les produisent ou les institutions militaires qui les mettent
en oeuvre se trouvent souvent sous-jacentes.
La France sous la Quatrième République : quelle oeuvre ?
La France de 1a Libération est un pays économiquement ruiné. C’est un pays sans
pouvoir politique légal, d’où un vif conflit sur la nature du régime entre le général
de Gaulle et les partis. Pourtant la reconstruction s’impose comme la tâche prioritaire. A
partir de 1945, la France tente de se reconstruire politiquement et économiquement. Ainsi,
en intervenant dans la vie économique par le moyen des nationalisations et de la
planification, la IVème République permet la reconstruction économique de la France. De
plus, l’ouverture des frontières, le dynamisme démographique et l’accent mis sur la
modernisation de l’économie et les investissements établissent les bases d’une nouvelle
croissance. La France de l’après-guerre, attachée à ses possessions coloniales, se situe à
contre-courant du mouvement de décolonisation mondial. Aussi se montre-t-elle incapable
de résoudre le conflit algérien, né en 1954, par un autre moyen qu’une guerre. Dès lors, la
crise de la IVème République ne cesse de s’amplifier. Les événements algériens du 13 mai
1958 entraînent la chute de la IVème République et portent au pouvoir le général de Gaulle.
Est-ce pour autant que la IVème République a totalement échoué : les résultats
économiques de l’époque ont-ils profité à l’industrie française d’armement ?
La France et les Etats-Unis de 1945 à 1958 : des liens privilégiés ?
De 1945 à 1958, les Etats-Unis se sont trouvés impliqués dans la vie politique,
économique, sociale et culturelle de la France comme ils ne l’ont jamais été auparavant.
Or, la vision que chacun des deux pays a de l’autre est dominée par des clichés et des
préjugés solidement installés, auxquels il faut ajouter le poids de l’histoire diplomatique.
Après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis sont devenus, pour la plupart des
nations, le type même du pays moderne. Pour les Français, la comparaison avec leur pays
est inévitable et cruelle. Elle les invite à intérioriser l’image que les Américains ont de la
France à l’époque et à voir la société française comme une société archaïque à la fois
despotique et politiquement instable, « une société bloquée ». Mais l’image de l’Amérique
comme nouvelle puissance mondiale, son prestige et sa richesse ne parviennent cependant
pas à effacer complètement, chez beaucoup de Français, une autre image des Etats-Unis,
négative celle-là et antérieure à la guerre : celle d’un pays matérialiste, capitaliste et
impérialiste.
De 1945 à 1958, entre le Plan Marshall, l’assistance militaire, l’appui financier
direct, puis l’aide à la guerre d’Indochine, ce sont des millions de dollars qui, chaque
année tombent dans l’escarcelle de la France. Dans le contexte d’extrême pénurie de
l’après-guerre, une telle manne donne un pouvoir considérable à celui qui la dispense. Les
Américains en font un usage certain, mais l’accès à présent possible aux archives permet
d’en déterminer les limites. Qu’il s’agisse de l’Alliance Atlantique, de décolonisation ou
d’Europe, la politique française a-t-elle toujours été celle que souhaitait Washington ? La
réalité est complexe.
Deuxième partie -L’aide américaine : une nécessité ?
Quel a été le degré de nécessité de l’aide américaine dans la période de
reconstruction, et plus largement sous la IVème République ? Telle est l’interrogation
centrale. Trois périodes se sont succédé.
L’aide américaine à la France : du redressement économique à l’aide pour la défense
mutuelle
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement américain a trouvé
une Europe à reconstruire. Face à cette misère et en présence des risques politiques que la
propagande soviétique fait courir à des populations dénuées du nécessaire, le
gouvernement américain, soucieux d’aider l’Europe, fournit une aide économique qui
revêt avant tout un caractère d’urgence. La loi américaine de coopération économique,
Economic Cooperation Act, plus connue sous le nom de Plan Marshall, est promulguée le
3 avril 1948 et prévue pour quatre ans. L’aide Marshall est répartie par l’OECE siégeant à
Paris, les fonds étant administrés par l’Economic Cooperation Administration (ECA),
chargée de l’application du Plan. Sous cette forme, l’aide est strictement d’ordre
économique. Puis, les signataires du pacte de Bruxelles (17 mars 1948) demandent au
gouvernement des Etats-Unis une aide militaire gratuite. Elle entre en vigueur le 6 octobre
1949 sous le nom de Programme d’Aide militaire (PAM). La conclusion du traité de
l’Atlantique Nord, le 4 avril 1949 à Washington, étend encore le champ d’application de
l’aide militaire américaine. En 1949, l’Economic Cooperation Act (ECA) est complétée
par une nouvelle loi dite Mutual Defense Assistance Act (MDAA). Les fonds restent gérés
par l’ECA, mais il appartient au département américain de la Défense d’estimer les
besoins et d’assumer le contrôle de la fourniture, du transport et de l’emploi du matériel
militaire mis à la disposition de certaines nations de l’Europe. Les modalités d’application
de l’aide pour la Défense mutuelle font l’objet de nouveaux accords franco-américains en
date des 27 janvier et 23 décembre 1950. En 1951, après le déclenchement de la guerre de
Corée, le Mutual Security Act (MSA) est substitué à l’ensemble des deux lois précédentes.
Les Etats-Unis ont donc accordé à la France une assistance pour la mener sur la
voie de la modernisation, puis pour l’aider à reconstituer son potentiel de défense. Leur
intervention se présente sous des formes variées et variables, successives ou simultanées,
comme le don ou le prêt d’argent au gouvernement français, la fourniture gratuite de
matériel, de produits ou de services, les commandes à des usines françaises pour
contribuer à les maintenir en activité, la participation aux investissements et à la
productivité. A partir de 1950, la dépendance à l’égard de Washington est moins le reflet
d’une réalité économique pénible que l’une des conséquences de la guerre froide et des
guerres coloniales. Avec la guerre de Corée, l’aide militaire prend le pas sur l’aide
économique. Ainsi, l’aide Marshall prend fin officiellement avec le vote de la loi de
sécurité mutuelle le 10 octobre 1951. Au total, la France a reçu presque trois milliards
d’aide Marshall.
L’aide militaire américaine à la France -1951-1954 : l’apogée
La France se trouve poussée par l’aide militaire à un réarmement intensif. Elle le
fait dans le cadre de la Communauté atlantique et sous la protection des Etats-Unis. La
situation est paradoxale. La dépendance vis-à-vis de l’Amérique s’accentue en raison du
financement de la guerre d’Indochine. Par la suite, les exigences américaines
s’alourdissent. En même temps, l’aide américaine est cruciale. L’aide accordée par la
Mutual Security Agency sert les desseins atlantiques des Etats-Unis, mais souvent aussi les
desseins des gouvernements de la IVème République. En effet, à partir de septembre 1951,
l’aide se militarise sous forme d’un appui à la France en Indochine, d’achats offshore,
d’aide en moyens de production et d’assistance spécifique aux TOM. Dans le domaine
militaire, la part attribuée à l’Indochine est allée en augmentant de 1952 à 1954. Cette aide
croissante concerne tant les dépenses propres au corps expéditionnaire français que la
contribution accordée aux états associés, Vietnam, Cambodge et Laos. Après le
déclenchement de la guerre de Corée, les formes de l’aide se poursuivent selon les mêmes
procédures. Toutefois, le gouvernement français doit utiliser la contre-valeur des matières
premières et biens d’équipement reçus à gager des dépenses figurant aux budgets
militaires français, à l’exception de tout ce qui concerne le personnel et l’entretien. Quant
aux livraisons de matériels militaires, elles sont toujours opérées à titre gratuit et sans
sujétions financières. A partir de 1954, l’aide américaine reçoit un développement
nouveau.
L’aide militaire américaine à la France du milieu des années Cinquante à la fin de la
Quatrième République : un bilan
De 1945 à 1962, la décolonisation contraint la plus grande partie de l’armée
française à stationner sur les territoires extérieurs. Le coût financier est important. Dans
une première période, entre 1945 et 1948, la guerre d’Indochine coûte cher, mais moins
pour la France que pour le Viêt-minh. En 1949, le conflit change de physionomie : les
dépenses militaires augmentent, les problèmes financiers surgissent, d’autant que le
Viêt-minh dispose de moyens supplémentaires mis à sa disposition par la Chine Populaire.
Dans une troisième période, de 1952 à 1954, l’élargissement de la guerre à de nouveaux
alliés nourrit la montée en puissance des combats. Le coût de la guerre atteint des
sommets inégalés. L’aide américaine joue alors un rôle majeur. Mais cette aide décline
ensuite fortement. Apparaissent alors de nouvelles formes d’aide comme, par exemple, les
contrats MWDP. Les Etats-Unis n’ont pas le même rôle dans la guerre d’Algérie : la
menace communiste n’est plus aussi pressante. Une aide à la France ne peut donc être
envisagée comme au temps de l’endiguement. Seule la complaisance envers des
gouvernements fidèles peut encore guider la main américaine.
Les Etats-Unis ont-ils aidé la France seulement parce que la guerre d’Indochine
présentait pour eux un caractère stratégique ? De fait, quand la guerre d’Indochine
s’achève, ils se retirent. L’été 1954, Diên Biên Phu, Genève et l’échec de la CED
remettent en question l’alliance entre Paris et Washington. Les Etats-Unis ont perdu
confiance en la France avec le rejet de la CED. La France se trouve à l’évidence fragilisée
par son échec militaire et l’effondrement de ses plans de désengagement d’Asie du
Sud-Est. De plus, 1956 voit le basculement à gauche de la France. Il s’ensuit une
diminution de l’aide américaine. La France bénéficie toutefois d’une aide limitée pour
l’étude et la production d’armements spéciaux, politique poursuivie par le général de
Gaulle à son retour au pouvoir.
Troisième partie -La mise en place d’un complexe militaro-industriel : armes et
entreprises
Il s’agit de déterminer l’évolution des techniques et projets selon les grandes
armes, d’aborder la question de complémentarité des armes et des entreprises et de faire
l’étude particulière d’entreprises du secteur de l’armement, qu’elles soient publiques ou
privées. L’aide américaine a-t-elle permis à l’industrie française d’armement de devenir
une concurrente des Etats-Unis ? Si tel est le cas, les Etats-Unis en étaient-ils alors
conscients ?
Le rôle des Etats-Unis dans le réarmement terrestre français sous la Quatrième
République : une panacée ?
L’essentiel du potentiel de l’industrie française d’armement est détruit au cours de
la Seconde Guerre mondiale. L’industrie d’armement doit alors se reconstituer. L’effort
d’armement fourni sous la IVème République est très important. Dans les études
d’armement, Schneider, par exemple, est chargé de l’armement du char de transition
ARL 44 puis de l’AMX 50 ainsi que de certains armements navals. L’une des trois
chaînes de fabrication des chars AMX 13 est ainsi installée à l’usine de Chalon-sur-Saône,
où elle remplace l’unité de fabrication des sous-marins d’avant 1940. C’est cette ligne de
fabrication des AMX 13 qui doit produire ces chars pendant 35 ans et les exporter
largement à travers le monde. La IVème République, tant du côté des Etablissements d’Etat
que de l’industrie privée d’armement est marquée par de nombreuses recherches, études,
prototypes et nouvelles fabrications. Ils ont préparé le succès des matériels produits après
1958 pour l’armée de Terre. L’apport de l’aide américaine fait toutefois apparaître un
divorce complet entre la conception française d’une armée adaptée aux missions qui lui
seront confiées et la conception américaine de l’alignement des forces sur une armée type
fixée par les règlements américains et strictement limitée aux seules unités stationnées en
zone de combat.
L’impact américain dans le réarmement naval français après la Seconde Guerre
mondiale : avantages et inconvénients
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction de la flotte
apparaît indispensable. Toutefois, en 1946, la Marine n’est pas prioritaire dans le cadre de
la réorganisation des forces armées. Il faut attendre le statut naval de 1952 pour
qu’intervienne le redressement. Plusieurs facteurs contribuent à la genèse de ce statut : le
développement de la guerre froide, la création de l’OTAN, la guerre de Corée et l’action
personnelle de personnalités, notamment l’amiral Nomy, chef d’état-major général de
1951 à 1960. Toutefois, l’application du statut n’aurait pu s’effectuer sans l’aide
américaine. De forme variée, cette aide s’est révélée capitale. Elle s’est manifestée par la
livraison de bâtiments et d’appareils pour l’aéronavale. L’aide américaine a été nécessaire
sur le plan technique (systèmes d’armes, radar ou sonar). Cette aide a pour but d’accroître
le potentiel militaire des nations affectées par la Seconde Guerre mondiale. L’apport
croisé des PAM et des crédits offshore, pour s’en tenir à ses formes les plus connues,
permettent de donner un formidable coup de fouet au redressement naval français.
Le réarmement aéronautique français sous la Quatrième République :
une aide américaine présente ?
Il en va de même pour l’aviation. Vers la fin de la IVème République, certains
observateurs américains suggèrent même que les Etats-Unis ont remis sur pied une
industrie qui leur sera concurrente dès les années 1960. Les commandes offshore passées
par les Etats-Unis à partir de 1951-1952, ont joué un rôle important dans la montée en
puissance de l’industrie aéronautique. Les avions Mystère IV de Dassault font l’objet de
commandes offshore dont le bénéficiaire principal est l’armée de l’Air française pour
l’accomplissement de ses missions au sein de l’OTAN. Parallèlement, la production
d’appareils de transport se développe, puis celle d’avions d’entraînement et d’hélicoptères
de combat. L’influence américaine se fait aussi sentir dans le domaine technique. En effet,
les Français accèdent à l’information américaine : ont lieu de nombreux stages, missions
et visites. Peut-on cependant parler de véritable coopération technique franco-américaine ?
Le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958 constitue une coupure incontestable
dans la vie politique française et pèse sur les relations franco-américaines. Mais, le
développement industriel de la France, joue un rôle non moins essentiel. En 1958, en effet,
l’industrie française d’armement et singulièrement l’aéronautique, s’affirme de plus en
plus comme un concurrent redoutable pour les Etats-Unis : la guerre des Six jours le
révèlera pleinement.
Les débuts de la guerre froide, la mise en place de l’Alliance atlantique et la guerre
de Corée ont déclenché une véritable manne pour le réarmement français, en dépit des
difficultés économiques et financières chroniques de la IVème République. Malgré toutes
ses faiblesses et ses contradictions, la politique de réarmement de la Quatrième
République a probablement ouvert la voie aux succès de la Cinquième.
Le rôle des Think Tanks dans les processus de décision de politique extérieure : analyse comparée, Etats-Unis, Royaume-Uni, France
Mardi 6 décembre 2005
14 heures
Amphithéâtre Marie-Claude Prandel
CELSA
77, rue Villiers
92200 Neuilly sur Seine
Mme Lucile DESMOULINS soutient sa thèse de doctorat :
Le rôle des Think Tanks dans les processus de décision de politique extérieure : analyse comparée, Etats-Unis, Royaume-Uni, France
En présence du Jury :
Mme le Professeur Véronique RICHARD, Université Paris IV
M. Yves JEANNERET, Professeur, Université Paris IV Celsa
M. Louis-Philippe LAPREVOTE, Professeur, Université de Nancy II
M. Alex MUCCHIELLI, Professeur, Université de Montpellier III
M. Rémi RIEFFEL, Professeur, Université de Paris II
Résumés
Les think tanks, organisations hybrides, sont l’enjeu de représentations du politique à travers un processus circulaire de légitimation. En France, des procédures contractuelles d’expertise et des instituts de recherche en politiques publiques ont été créés sur le modèle idéalisé des think tanks anglo-saxons. Marqués du sceau de l’hétéronomie, les think tanks français internationalistes et spécialistes des questions de défense s’inscrivent dans des stratégies de pérennité autant que d’influence politique et d’animation des débats, et témoignent des limites de "l’import-export institutionnel". Les dispositifs d’expertise observés plaident en faveur d’une analyse des situations d’expertise en tant que simulacres et des discours de l’expertise en tant qu’objets de réassurance, étrangers à un idéal rationalisant de diversification des sources d’information du gouvernement. Favorisées par leur rattachement à des think tanks qui ont valeur de "titres à parler", les stratégies discursives médiatiques de chercheurs sont le signe de la déshérence de ces dispositifs. Avatar et alibi de l’évaluation de la politique extérieure, l’expertise est un ensemble de situations contractuelles, instrumentales et dialogiques. Sur le mode binaire de l’affrontement/dénégation et de l’instrumentalisation/valorisation se nouent les relations entre décideurs politiques et chercheurs. En tant que "chaînons manquants" entre la décision politique, l’espace démocratique et la recherche, les think tanks français recèleraient donc un "potentiel inaccompli" et l’opportunité rarement saisie d’une discussion.
The part played by French think tanks in foreign policy decision-making process
United-States/United Kingdom : a comparative analysis
Through a circular legitimization process, representations on government are at stake when such hybrid organizations as think tanks are concerned. In France, contractual procedures of expertise and research institutes specialized in public policy were based on an idealized vision of what Anglo-Saxon think tanks were thought to be. French think tanks specializing in defense seek permanence and political influence, which means their goals are heteronomous by nature. They aim to moderate social debates but show the limits of "institutional import-export". The two expert devices examined in this doctoral dissertation (Foreign and Defense ministries) prove the experts’analysis to be a mere simulacre, as described by Jean Baudrillard. They also show experts’ speech as tools aimed at reassuring, far from the rational ideal of enriching governmental information. Such procedures undermine the rationality of expertise. Researchers and experts therefore develop media discursive strategies. They can easily do so when they belong to think tanks considered as "truth guarantees". Expertise becomes both a mishap and an alibi for foreign policy evaluation. It is a mix of contractual, instrumental and dialogical situations. Relationships between political decision-makers and researchers were built around the dual themes of confrontation/denegation and instrumentalization/valorization. As a "missing link" between political decision-making, democratic space and research, French think tanks seem to contain both a "hidden potential" and the wasted opportunity for a discussion.
MOTS-CLÉS : Think tanks, expertise, analyse décisionnelle, politique étrangère et de défense, influence, médias, opinion publique, communication et représentations du politique, processus de légitimation
Position de thèse
Les think tanks sont des organisations hybrides que les définitions peinent à circonscrire. Ils sont de surcroît l’enjeu d’une revalorisation des représentations du politique. La construction de la figure des think tanks s’inscrit en effet dans un débat sur "l’extranéité" administrative, l’asphyxie des processus décisionnels et les relations entre la société civile et les décideurs politiques.
Dans quelle mesure peut-on définir les think tanks ? Dans une perspective généalogique, l’appellation "think tank" est américaine, mais ces organisations sont antérieures à leur désignation et leurs ancêtres sont britanniques. La typologie la plus parlante distingue trois grandes catégories dont les frontières sont floues : les « universités sans étudiants », les « organismes contractuels de recherche », et les think tanks politisés ou « instituts de recherche partisans ». Les tentatives de définition positive sont incohérentes ou ambiguës. Le signifiant "think tank" est en effet polyphonique et lourdement connoté. A contrario, une définition négative par l’évocation des organisations qui constituent l’environnement des think tanks est parlante (partenaires, homologues et concurrents). Ainsi, les think tanks sont une catégorie spécifique d’ONG. Ils partagent des caractères avec les laboratoires universitaires de recherche en politique publique, maîtrisent le répertoire des groupes de pression, travaillent en étroite collaboration avec les fondations philanthropiques et jouent un rôle comparable à celui des clubs politiques en termes d’animation des débats d’idées. L’absence de consensus sur les critères organisationnels positifs de définition comme le statut juridique associatif ou philanthropique, le lien entre ressources financière et indépendance intellectuelle, et la "scientificité" de leurs productions discursives incite à un repli opératoire autour d’une définition a minima et du forgeage d’un idéal-type qui figurerait la "quintessence" des think tanks.
L’analyse d’une importante bibliographie sur les think tanks fait apparaître la réalité d’enjeux de politiques autour de la définition de leur rôle et de l’évaluation de leur influence. Ils y apparaissent comme des organisations œuvrant autant pour leur propre publicité que pour la diffusion de leurs thèses. Ces institutions communiquent autour de deux rôles mélioratifs, celui de conseiller discret des membres du milieu décisionnel central et celui de pédagogue de l’opinion, de faiseur de référentiels et d’agendas politiques dans une perspective cognitive ou constructiviste des politiques publiques. En France surtout, les think tanks bénéficient d’un préjugé favorable concernant leur prétendue influence. L’appellation flatteuse "think tank" n’est pas traduite en français en vertu de la prime réservée aux anglicismes. Quand il y est fait référence dans la presse française, c’est soit sur le modèle polyphonique de l’interview d’experts ou de la citation, soit en tant que "titre à parler" de l’auteur d’un article. Les think tanks ne sont guère assimilés à des « rhétoriciens » au service de l’élite politique, économique et culturelle dominante. Leur émergence est au contraire massivement analysée comme témoignant de la vitalité de la société civile et de la démocratie, de la rationalisation des processus de décision et de leur ouverture à des sources d’information et d’analyse extra administratives et enfin, du dynamisme des débats publics. Les débats autour de la définition du concept de think tank sont donc de nature foncièrement idéologique ce qui se traduit par l’idéalisation du modèle anglo-saxon dit pluraliste d’expertise et du modèle décision pragmatique incarné par ce type d’instituts de recherche.
Des instituts français de recherche en politiques publiques travaillant sur des problématiques internationales et de défense ont été créés délibérément sur le modèle idéalisé des think tanks, mais ils remplissent imparfaitement les critères de la définition d’un think tank "pur et parfait". Ils se sont affirmés corollairement à des procédures contractuelles d’expertise permettant aux administrations de se procurer des savoirs. Ces think tanks sont inscrits dans des stratégies de pérennité autant que d’influence politique et d’animation des débats d’idées. L’émergence de think tanks internationalistes et spécialistes de questions de défense s’apparente en effet à une forme de création institutionnelle pilotée par la puissance publique plutôt qu’incitée par un mouvement d’affirmation d’une société civile pluraliste. Dès lors, les think tanks français sont nés, portés par un effet de mode, des logiques institutionnelles de territoire, de représentation. Les décideurs français ont voulu avoir des think tanks nationaux qui seraient les homologues des think tanks américains et les témoins figurés de l’ouverture des processus à des sources variés d’information. Les logiques présidant à l’institutionnalisation de l’expertise internationale et stratégique ne peuvent se réduire à un processus linéaire résumé à la réponse institutionnelle à des besoins fonctionnels d’expertise liés à la complexité croissante de l’action publique. En effet, sont mises à nu les relations de type instrumental qu’entretiennent les décideurs et les scientifiques via l’institutionnalisation de procédures d’expertise dans le contexte d’une démocratie d’opinion réclamant de la transparence et du débat.
Les think tanks sont, en France, une catégorie d’analyse comparative ambiguë et cette ambiguïté a été féconde pour établir un constat de semi échec de la greffe de la forme "think tank" d’institutionnalisation de l’expertise. La création de think tanks en France témoigne bel et bien des limites de l’import-export institutionnel. Les cinq instituts étudiés sont en effet aux prises avec des tensions identitaires et un positionnement bancal dans le champ du politique et vis-à-vis des membres du milieu décisionnel central. Bien sûr, les think tanks français dérogent au modèle des think tanks "purs et parfaits" à bien des égards. Mais, la prolifération internationale des think tanks et les références omniprésentes aux think tanks dans les discours politiques et médiatiques français légitiment la position de la thèse d’une déconstruction du discours dogmatique sur l’incomparabilité et sur l’exception française en matière d’institutionnalisation de l’expertise internationaliste et stratégique. Si l’étude de la greffe du modèle d’expertise incarné par les think tanks en France possède une valeur heuristique, force est cependant de constater le rejet partiel de cette greffe. Les think tanks français sont apparus à l’issue d’un mouvement historique d’externalisation de l’expertise au-delà du périmètre des administrations et ils demeurent fortement marqués du sceau de l’hétéronomie dans leurs relations avec la puissance publique, même si tous revendiquent le statut à part entière et l’appellation de think tank.
L’IFRI tout d’abord communique sur les deux registres de la proximité et de la distance vis-à-vis de la puissance publique. Il revendique une identité de think tank modèle et une suprématie, mais son rôle est avant tout de représentation et de paradiplomatie. Il illustre et renforce la politique extérieure de la France. Ses relations avec l’État sont de l’ordre de la servitude douce. Il prétend aussi dialoguer d’égal à égal avec les entreprises multinationales, être un lieu de rencontre prestigieux et appartenir à un réseau élitiste d’hommes d’action plutôt qu’à l’univers de la recherche. La rationalité dramaturgique de l’IFRI exclut donc incidemment la dimension académique d’analyse et de proposition qui est centrale dans l’idéal-type du think tank.
Deuxièmement, les trajectoires heurtées de la FED et du CREST et la fusion à marche forcée de ces deux instituts de recherche en un institut renommé FRS procèdent de l’ambiguïté des fonctions des think tanks créés par une puissance publique qui n’a eu de cesse de maintenir leur hétéronomie. Cette Fondation s’est ainsi souvent trouvée dans un inconfortable cas de figure de distance intellectuelle et de dépendance financière vis-à-vis de l’État. Des politiques de relance par le biais de l’affirmation d’un champ de compétences spécifiquement axé sur les questions de défense ont été mises en œuvre afin de contredire une contestation de ses fonctions politiques et sociales. Cette contestation illustre les tensions nées de l’ambiguïté des représentations du rôle des think tanks au sein des référentiels des membres du milieu décisionnel central.
Ensuite, le CERI, une unité de recherche mixte CNRS/FNSP, est un centre de recherche académique qui a pris son essor en tant que think tank du type des « universités sans étudiants ». Il se caractérise par la conviction de sa valeur et de sa notoriété en tant que pôle d’excellence. À travers son discours, il se présente comme « le plus important centre de recherche sur le système politique international » . Original par son statut de laboratoire académique et son champ de recherche dominé par les area studies et les relations internationales, son mouvement de rapprochement du modèle des think-tanks est linéaire malgré des débats autour de tensions tant matérielles qu’éthiques entre la recherche et l’expertise. Le CERI est en effet aux prises avec les "facilités délétères de la notabilité" et le mythe d’une recherche dégagée.
L’IRIS et le CIRPES sont enfin deux « think tanks partisans » connus pour leur ancrage à gauche, mais dont les rationalités stratégiques et dramaturgiques s’opposent diamétralement. L’IRIS est un institut challenger dans le paysage de la recherche stratégique. Sa communication externe associe des registres vastes et peu compatibles. Ce choix est révélateur de sa pérennité contestée et de la quête de reconnaissance qui en découle. Ainsi, la plaquette de l’IRIS emprunte à pléthore de codes sémio-pragmatiques : université, entreprise de consulting, laboratoire de recherche académique, éditeur. La structure organisationnelle modeste de l’IRIS est cristallisée autour de la personnalité de son directeur. À l’activisme médiatique de Pascal Boniface, on oppose le magistère moral du directeur du CIRPES, Alain Joxe. De son côté, le CIRPES fait figure de petite équipe discrète et atypique dans la mesure où il n’est pas dans une logique d’expansion. Il se fait connaître à travers la publication d’une lettre d’information qui valorise une prétention à l’influence discrète et à l’animation critique des débats stratégiques.
L’ambition d’une communication externe labellisée en tant qu’homologues français des think tanks anglo-saxons est évident en ce qu’elle donne à voir dans les sites Internet et les plaquettes des cinq think tanks français examinés. Leur communication externe très revendicative illustre la difficulté de ces organisations à gérer des conflits identitaires. La revendication de l’appellation, du statut et du rôle idéalisé des think tanks peut aussi être analysée comme l’expression d’un besoin de reconnaissance et comme une réponse à des critiques explicites à l’encontre de l’indéfinition de leur rôle et de leur contribution politique et sociale. La cohérence du discours des cinq think tanks étudiés procède d’une ambition commune de pérennité, de visibilité et de légitimité.
La première hypothèse du caractère délibéré et idéalisé de la création de think tanks français travaillant sur les questions internationales et de défense, de l’ambiguïté du positionnement des instituts créés principalement grâce à la puissance publique et de la fragilité de leur légitimité, est donc validée.
L’émergence de think tanks en France a modifié en profondeur les règles du jeu au sein du système d’action concret de l’expertise internationaliste et stratégique. Pourtant, les paradigmes théoriques et les dispositifs de l’expertise s’inscrivent dans une culture qui plaide en faveur d’une analyse des situations d’expertise en tant que simulacres. Le mouvement observée de création de think tanks et de procédures d’expertise ne signifie pas une ouverture des administrations à des savoirs scientifiques, ni une intégration des énoncés de la recherche dans les processus décisionnels. Les thinks tanks incarneraient plutôt un intérêt pour des « modes de régulation ayant fait leurs preuves à l’étranger mais [les administrations et les décideurs politiques français n’auraient] adopté que les terminologies étrangères, la greffe des procédures s’avérant impossible » . L’expertise est définie comme une rencontre dialogique, une circulation de savoirs, et une rencontre instrumentale en tant que processus de légitimation réciproque. Elle est aussi analysée comme le corollaire de la modernité et de la complexité de l’action publique. La culture française d’une expertise non contradictoire valorise la figure des intellectuels et n’est pas favorable à l’adoption du modèle pluraliste de la décision politique, à l’ouverture des décideurs à des sources d’information extra administratives.
Ainsi, le dispositif des études DAS s’apparente à un simulacre d’expertise. Selon un raisonnement gestionnaire, des moyens et des acteurs, ont été affectés à la poursuite d’objectifs, des procédures ont été initiées en faveur de la circulation des savoirs et des informations entre le monde de la recherche et celui de la décision. La diversification des dispositifs et des situations formelles ou informelles d’expertise est réelle : contrats, notes, colloques, participation à des réunions, rendez-vous ou échanges téléphoniques brefs. Mais le raisonnement gestionnaire comporte des lacunes. Il rend compte de manière très imparfaite de la rationalité pratique de l’expertise. Les procédures créées ne sont pas des outils-miracles qui auraient modifié en profondeur les relations entre chercheurs et décideurs et les motifs de ces deux catégories d’acteurs.
Au sein du ministère de la Défense, la DAS est une organisation ambitieuse aux missions placées sous le sceau de l’extension. Elle correspond à un vivier de compétences en interne et mène une politique ambiguë d’externalisation d’études. Le rigoureux dispositif procédural contractuel des appels d’offre et des conventions trisannuelles ainsi que les rapports DAS dans leur matérialité peuvent être analysés comme les ingrédients d’un "vernis" de communication dialogique qui représente le politique sous un jour favorable. Les études DAS jouent en premier lieu un rôle existentiel de réassurance, rôle étranger à l’idéal de circulation des savoirs. Le CAP est une petite structure, interne au ministère des Affaires étrangères, qui accueille des chercheurs en son sein et finance des notes courtes selon un dispositif procédural souple. Son bilan est positif en termes de rapprochement des deux sphères de la décision et de la recherche et d’apparition d’opportunités de situations d’expertise dialogiques. Cependant la participation du CAP aux processus de décision au sein du Quai d’Orsay est limitée et aléatoire. Celui-ci n’est que toléré par l’administration du ministère des Affaires étrangères et ne contribue que de manière marginale à la valorisation des savoirs académiques au sein de l’administration. Le CAP ne remplit donc qu’exceptionnellement des fonctions d’interface et d’administrtaion captatrice de savoirs extérieurs au ministère.
Les deux dispositifs procéduraux de l’expertise internationaliste et stratégique étudiés ne sont pas considérés comme un canal d’influence efficient et les chercheurs n’identifient pas l’expertise comme un répertoire d’action mais comme un système officieux de subvention. Des stratégies politiques et des processus de légitimation sont bien davantage en jeu dans la création et la mise en œuvre des dispositifs procéduraux d’expertise. Les discours de l’expertise n’existent pas de manière homogène. L’étude comparée de deux formes de discours d’énonciation de l’expertise est marquée par leur caractère diamétralement opposé, les notes CAP se rapprochant des codes sémiotiques des notes de synthèse administratives, et les rapports DAS reprenant les formes scripturales d’exposition de la recherche, et notamment celles de l’objet "mémoire". Ces deux dispositifs de médiation peuvent être rapprochés en ce qu’ils témoignent d’un effort pour influencer favorablement la réception par les commanditaires des travaux d’expertise à travers les registres de la prospective, des préconisations et de l’opérationnalité. L’effort rhétorique réalisé consiste en une pédagogie des représentations qui témoigne d’une anticipation et d’une intériorisation d’attentes politiques. Dans la mesure où les dispositifs scripturaux d’expertise sont en déshérence, le principe de rationalité dialogique intervient principalement dans les situations de communication en paroles. Mais les conditions de la discussion sont très inégalement remplies dans le contexte des rencontres entre un expert et les décideurs ou les commanditaires de l’expertise.
L’investissement très volontaire par les experts de stratégies discursives médiatiques est aussi le signe de la déshérence des dispositifs et des discours d’expertise. Cet investissement est favorisé par leur rattachement à un think tank car ceux-ci ont valeur de "titres à parler". Les paroles d’experts dans les médias participent à un processus circulaire de légitimation entre les décideurs, l’opinion publique, les médias et les think tanks. Des experts ont ainsi pu endosser le costume de leaders d’opinion dans le cadre de leurs stratégies de diffusion de leurs thèses et d’influence. Les think tanks auraient, de manière contre intuitive, modifié les figures dramaturgiques d’un expert devenu un communiquant polymorphe et stratège.
La deuxième hypothèse est donc elle aussi validée : une dissociation est opérée entre la mise en œuvre de dispositifs d’expertise et l’ouverture des membres du milieu décision central aux énoncés de la recherche.
La troisième hypothèse est validée dans ce qu’elle supposait que le système d’action de l’expertise et les stratégies d’affirmation identitaires des think tanks pouvaient conduire à l’émergence de figures et de statuts très différenciés d’experts. Au sommet de la pyramide, des chercheurs sont considérés par les décideurs comme des penseurs de référence. Ils sont rares au point de conduire une génération de décideurs à se considérer intellectuellement orpheline. Ensuite, viennent des experts « marginaux-sécants » qui ont réussi à exister au sein des deux sphères de la recherche et de la décision et qui incarnent la porosité entre ces deux sphères. Puis, les chercheurs intermittents de l’expertise ou « navigateurs des frontières organisationnelles », réalisent de manière ponctuelle des missions d’expertise tout en privilégiant leur carrière académique. Enfin, le "prolétariat de l’expertise" est constitué d’une cohorte de chercheurs souvent jeunes en situation de semi précarité professionnelle. Le maintien de la rupture entre les membres des sphères de la recherche et de la décision est ostensible car les rapprochements observés font figure d’exceptions remarquables. Ces figures d’experts sont bien différenciées dans leur statut, mais elles se rejoignent dans le sens construit autour de l’investissement en tant qu’expert. Tout d’abord, pour les experts du ministère des Affaires étrangères et de la Défense, il existe un continuum entre recherche et expertise, car cette dernière activité se révèle être une contrainte féconde et enrichissante pour la première. Ensuite l’expertise vient pallier des manques existentiels liés aux modes de productions du savoir scientifique. Enfin, elle satisfait des représentations de soi à travers un discours performatif sur l’éthique de l’engagement. Malgré le développement des pratiques d’expertise, les chercheurs souffrent du tabou de l’expertise et contribuent simultanément à l’entretenir. Premièrement, le statut hybride du chercheur-expert est encore dévalorisé par rapport à celui du chercheur académique. Deuxièmement l’expertise est associée à un risque d’instrumentalisation et de muselage, à la responsabilité et à l’engagement politique.
Les dispositifs et les discours de l’expertise incitent à analyser cette dernière comme
un avatar et un alibi de l’évaluation de la politique extérieure. Dans une approche finaliste et processuelle de la décision, l’expertise serait un discours de légitimation du décideur vis-à-vis des citoyens et de lui-même, un horizon argumentaire qu’il peut opposer aux critiques. Ainsi, les mythes relatifs à l’expertise sont générateurs d’« attentes de rôle » souvent déçues et de malentendus entre décideurs et chercheurs. En effet, l’expertise est un territoire où les registres et les injonctions paradoxales abondent et s’expriment sous la forme d’oxymores : la proximité et l’indépendance, la prospective et l’opérationnalité, une science accessible, une neutralité engagée, une exclusivité destinée au plus grand nombre, la loyauté critique, l’acceptabilité dans l’originalité.
L’expertise internationaliste et stratégique est un dispositif contractuel de circulation des savoirs, mais aussi une rencontre instrumentale et dialogique dans une perspective relationnelle. Dans le langage de l’échange entre la recherche et la décision qui s’épanouit à travers les think tanks et les situations d’expertise, comme dans le langage de l’échange entre chercheurs et décideurs qui s’accomplit dans des arènes médiatiques, le projet d’influence est d’ailleurs une évidence. Cependant, à travers le langage, le « principe d’altérité » est primordial. Au-delà de la figure du décideur soucieux d’être bien informé et du fantasme de l’expert capable de résorber la complexité de l’action publique, le mythe de l’expertise s’avère bien écorné. Cette activité, ses dispositifs, ses discours et ses situations sont des lieux privilégiés d’observation des « masques du pouvoir » et des stratégies politico-administratives de construction d’une identité d’homme d’État.
C’est donc sur un mode binaire de l’affrontement / dénégation et de l’instrumentalisation / valorisation que se nouent les relations entre politiques et chercheurs en situation d’expertise. La conscience de soi procède d’un autre qui est le chercheur pour le décideur, mais aussi le civil pour le militaire, le fonctionnaire pour le contractuel, le chercheur académique pour l’expert rattaché à un think tank, le conseiller de l’ombre pour l’intellectuel leader d’opinion, et réciproquement. Toutes ces figures ont évolué, se sont rapprochées. Les frontières de l’identité des acteurs du système d’action de l’expertise internationaliste et stratégique s’avèrent infiniment poreuses. Les relations entre décideurs et chercheurs sont d’autant plus complexes, que leurs discours et leurs identités dramaturgiques se chevauchent.
L’optimisme communicationnel de la pensée habermassienne assimile éthique et performativité du langage mais dans les relations d’expertise, la logique de l’argumentation, les conditions pragmatiques et la raison pratique instrumentale ne coïncident pas. Les décideurs politiques ne recherchent pas à justifier leurs actions et leurs décisions du point de vue impartial de la logique qui structure le langage. Le principe de discussion ne préside pas les échanges ayant lieu sous le sceau de l’expertise, il est en retrait par rapport aux stratégies instrumentales de pouvoir et aux effets d’une rationalité dramaturgique à l’origine de la construction identitaire de chacun des interlocuteurs.
La relation entre les chercheurs et les décideurs politiques français n’est donc pas conditionnée par des attentes précises de rôle ayant « pour effet de réduire l’incertitude de l’interaction » . Les décideurs politiques et les citoyens ne nourrissent pas d’attentes précises et générales vis-à-vis des chercheurs. L’expertise internationaliste et stratégique s’est épanouie sous la forme des think tanks qui jouent donc un rôle complexe. Ces think tanks ont permis à des chercheurs de développer un modèle pratique articulant des moyens et des fins. Ils contribuent de manière marginale à la porosité de l’espace public politique. Et la production d’analyses et l’intervention politique créent une tension inhérente à leur situation de "chaînon manquant" entre la décision politique, l’espace public démocratique et le monde de la recherche. Ils sont aussi des fournisseurs d’armes d’une grande technicité, les idées, les concepts et les paradigmes d’analyse. Et si la communication pose autant problème dans les relations d’expertise, c’est qu’elle dévoile le caractère indissociable tout d’abord d’une recherche dialogique d’entente, ensuite de la contrainte des structures institutionnelles, de la pression de systèmes économiques et enfin, de la construction vacillante d’identités hybrides et évolutives, celles du décideur, du commanditaire d’études qui est son serviteur en tant qu’agent de la fonction publique, du chercheur et de l’expert, leur quête de reconnaissance. Les think tanks se sont institutionnalisés entre être et paraître, fonction sociale et stratégies institutionnelles, illustrant bien l’ubiquité des tensions à l’œuvre dans la modernité entre espoir normatif d’une rationalité dialogique et réalité sociale avant tout conflictuelle.
Des institutions et des procédures ont été créées, mais il ne s’en est pas suivi de changement majeur en ce qui concerne les processus décisionnels dans le domaine de la politique extérieure de la France, la « boîte noire de la décision » . À de rares exceptions près, le contenu des décisions n’a pas été modifié suite à des interventions de chercheurs en sciences sociales ou de think tanks, que ce soit par le biais de procédures d’expertise, de pressions médiatiques ou de consultations informelles liées à des relations personnelles. L’influence des think tanks et des experts français sur la politique extérieure de la France est restée limitée à un nombre infiniment restreint de décisions. Les exceptions identifiées sont liées à l’ouverture conjoncturelle de fenêtres d’opportunités et notamment à des situations d’urgence politique ou d’urgence médiatique lors de l’avènement d’un dossier sur l’agenda médiatique.
L’étude des processus de décision relatifs aux grands dossiers de la politique extérieure s’inscrit judicieusement dans le modèle d’analyse de Claudio Radaelli qui a proposé quatre modes de policy-making à partir d’un croisement de deux critères. Le premier est la visibilité du dossier ou du problème (salience) qui correspond son degré de médiatisation et à l’importance de l’enjeu. Le deuxième est le degré d’incertitude lié à l’état limité des connaissances sur le dossier, à l’imprévisibilité des acteurs. Pour lui, ces deux dimensions conditionnent le recours des décideurs à des savoirs extra administratifs et notamment à travers des dispositifs de captation dans lesquels les think tanks jouent un rôle majeur. Les décisions de politique extérieure fondées sur l’expertise des communautés épistémiques sont favorisées par une forte médiatisation du dossier, une mobilisation de l’opinion publique et un degré d’incertitude élevé, car les informations ne sont pas directement disponibles et leur coût d’acquisition est important.
Le système d’action qui relie les mondes de la décision et de la recherche a bel et bien subi des modifications, mais ce sont donc davantage les pratiques professionnelles des chercheurs qui ont été altérées que celles des décideurs. Un rapprochement conscient et délibéré s’est opéré entre les deux mondes de la décision et de la recherche. L’émergence d’un groupe clairsemé de « marginaux-sécants » ou de « navigateurs des frontières organisationnelles » en témoigne. Il convient aussi de nuancer l’opposition entre les deux espaces d’énonciation de l’expertise examinés : l’expertise et les médias par le biais de stratégies de « scandalisation » . Les procédures d’expertise en matière de politique étrangère et de défense sont donc en déshérence relative et les chercheurs rencontrent fréquemment l’insuccès quand ils utilisent le levier de la médiatisation pour porter leurs idées à la connaissance des décideurs et les imposer sur l’agenda politique.
Les processus de décision restent donc fermés à un petit nombre d’acteurs informés par les circuits administratifs et déterminés par leurs propres schémas cognitifs. L’hypothèse d’une « permanence de l’ère des technocrates » est validée. La configuration décisionnelle de la politique étrangère et de défense française assure le primat de l’expertise administrative sur l’expertise académique tandis qu’à travers les think tanks, l’expertise parvient parfois à obtenir des "microvictoires" en acceptant de jouer sur une large palette de rôles dépassant celui de l’expertise (illustration, défense, pédagogie). Les think tanks français ne recèleraient donc pas seulement un « potentiel inaccompli » , mais l’opportunité rarement saisie d’une rencontre. Par le fait, les acteurs et les procédures de l’institutionnalisation de l’expertise internationaliste et stratégique ne sont pas « tenus ensemble » par des formes d’accords, selon les termes de Bruno Latour, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas inclus dans un ensemble qui les réunit sans échappatoire possible. Décideurs politiques, officiers militaires et diplomates se croisent, se rencontrent et s’influencent au gré de configurations liées à la spécificité des situations. Leur vécu et leur personnalité sont tout aussi importants dans ces configurations que la capacité parfois unique du monde de la recherche à répondre de manière ponctuelle à une question urgente inscrite sur l’agenda politique.
Le regard comme signe de la mentalité dans le roman du XIXe siècle
Lundi 6 décembre
15 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Corina Amelia DIACONU GEOR soutient sa thèse de doctorat :
Le regard comme signe de la mentalité dans le roman du XIXe siècle
En présence du Jury :
M. CABANES (PARIS X)
M. HAMON (PARIS III)
M. NOIRAY (PARIS IV)
M. TADIÉ (PARIS IV)
Le regard des nations
Mardi 2 décembre 2003
14 heures
Centre Malesherbes
Salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17ème
M. Xavier LEVIEILS sooutient sa thèse de doctorat :
Le regard des nations. La critique sociale et religieuse du christianisme des origines au concile de Nicée (45-325).
En présence du Jury :
M. LE BOULLUEC (EPHE)
M. MARAVAL (PARIS IV)
M. POUDERON (TOURS)
M. RIAUD (UCO)
Le risque sismique dans les espaces urbains mal documentés. Le cas de Beyrouth
Vendredi 27 octobre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Laurence PICO soutient sa thèse de Doctorat :
Le risque sismique dans les espaces urbains mal documentés. Le cas de Beyrouth
En présence du Jury :
Mme ADJIZIAN-GÉRARD (St-JOSEPH)
M. AMAT (PARIS 4)
Mme DUBOIS-MAURY (PARIS 12)
M. MAZARS (INP GRENOBLE)
M. ROBERT (PARIS 4)
M. VALENTIS
Mme VEYRET-MERDJIAN (PARIS 10)
Le roi Arthus d’Ernest Chausson ou la quête de l’Idéal
Samedi 20 novembre 2004
14 h
Salle J 363, Sorbonne-Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Florence LE DOUSSAL soutient sa htèse de doctorat :
Le roi Arthus d’Ernest Chausson ou la quête de l’Idéal
en présence du Jury :
M. COUVREUR (BRUXELLES)
M. DENIZEAU (PARIS IV)
M. GUIOMAR (PARIS IV)
Mme PISTONE (PARIS IV)
M. VAN HULST (BRUXELLES)
Le roman arthurien moderne à la croisée du réalisme et du merveilleux
Vendredi 24 novembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Claire JARDILLIER soutient sa thèse de Doctorat :
Le roman arthurien moderne à la croisée du réalisme et du merveilleux
En présence du Jury :
M. CARRUTHERS (PARIS 4)
M. HARTY (PHILADELPHIE)
Mme KENDRICK (VERSAILLES)
M. ROLLAND (PARIS 10)
Résumés :
Au cours du XXe siècle, de nombreuses réécritures arthuriennes ont porté un regard neuf sur la Matière de Bretagne. Elles ont souvent cherché à lui redonner une dimension historique. Cependant, depuis les années 1990, on discerne dans le genre arthurien une nouvelle tendance, subordonnée à deux objectifs apparemment contradictoires : préserver la vraisemblance d’un contexte historiquement et géographiquement situé tout en y réinjectant une part de merveilleux. Le roman arthurien à l’aube du XXIe siècle oscille donc entre deux pôles majeurs : le roman historique et le roman de fantasy. Bernard Cornwell et Stephen Lawhead, auteurs de The Warlord Chronicles et de The Pendragon Cycle, sont représentatifs de cette approche. Chacun instaure un dialogue constant avec les sources médiévales tout en portant un regard original sur l’historicité d’Arthur. Ce faisant, ils incluent plus ou moins d’interventions surnaturelles dans leur récit. On observe, d’une part, une rationalisation du merveilleux, qui consiste à proposer une interprétation vraisemblable de la merveille ; d’autre part, un cloisonnement de la magie, réservée alors à quelques rares acteurs en marge des protagonistes. Cette oscillation s’articule autour de motifs récurrents dans les romans arthuriens modernes, que cette thèse se propose donc d’étudier de manière thématique. On verra ainsi comment sont présentés le contexte martial et les « chevaliers », puis la magie et ses détenteurs, pour se tourner ensuite vers les différentes religions et la manière dont elles se mêlent au politique et au merveilleux. Enfin, on s’arrêtera plus particulièrement sur les personnages féminins qui recoupent tous ces thèmes.
Numerous Arthurian rewritings have been opening new perspectives on the original material throughout the XXth century. Most modern novels have endeavoured to portray the « real » or historical Arthur. However, since the 90’s, a new trend has emerged, apparently pursuing two contradictory goals : the likeliness and realism of Britain in the Vth-VIth centuries is still preserved while some measure of fantasy is working its way back into the material. Thus, the Arthurian novel of the beginning of the XXIst century is a delicate balance between the historical and the fantasy novel. Both Bernard Cornwell’s The Warlord Chronicles and Stephen Lawhead’s The Pendragon Cycle are representative of this recent trend. Each writer questions and reinterprets the medieval texts while suggesting his own theory about the historicity of Arthur. Their resort to fantasy is either prominent or scarce, according to two distinctive processes : magic is either rationalised, i.e an alternative to magic is suggested, or it is restricted, meaning it pertains exclusively to some of the characters. The way these works swing back and forth between the realistic and the wonderful define other components of the Arthurian novel, which this thesis approaches thematically. First, we shall see how war and warriors are portrayed, then how magic and magicians are involved in this wartime context. Then we shall turn to the different religions and how they are related both to magic and to politics. Finally, we shall take a closer look at the female characters, since they cross over all the main topics.
Position de thèse :
La plupart des arthurianistes s’accordent à penser qu’un personnage historique a pu servir de base à l’élaboration de la légende arthurienne. La « Matière de Bretagne », comme l’appelle Jean Bodel par opposition aux matières de France et de Rome, est le résultat d’une accumulation lente et complexe de traditions orales reprises par écrit, elles-mêmes copiées, traduites et remaniées sur plusieurs siècles. Si l’on considère comme authentique le vers mentionnant Arthur dans Y Gododdin, composé vers l’an 600, les traces écrites de la légende se multiplient à partir de cette date et à travers tout le Moyen Age. L’Historia Regum Britanniae de Geoffrey de Monmouth lance le coup d’envoi du mythe, répercuté en France dans les écrits de Chrétien de Troyes et les vastes romans en prose. En Angleterre, de nombreux poèmes, dont le célèbre Sir Gawain and the Green Knight, attestent de la vivacité et de la popularité du mythe. Dans toute l’Europe, les écrits en prose et en vers se multiplient. En 1485, William Caxton imprime Le Morte Darthur5 qui, par son ampleur et sa date de parution, peut être considéré comme le point d’orgue de la période médiévale d’enrichissement de la Matière. Mais cette dernière n’en est pas resté là.
Si la Renaissance et la période baroque ont peu fait honneur aux légendes médiévales, préférant regarder du côté de l’Antiquité, l’ère victorienne a connu ce qu’il est légitime d’appeler la Renaissance arthurienne (« Arthurian Revival »), tant le regain d’intérêt et de popularité du mythe à cette époque s’est manifesté dans tous les domaines artisitiques. Intimement lié à la Grande Bretagne de cette période, ce mouvement n’a d’ailleurs guère survécu aux bouleversements de la société à l’issue du XIXe siècle. Mais là encore, la légende arthurienne était loin d’avoir dit son dernier mot. Le XXe siècle et ses différents médias culturels se sont à nouveau tournés vers le Moyen Age et vers ses plus illustres représentants littéraires, particulièrement après la Deuxième Guerre Mondiale. L’immense succès de The Once and Future King, de T.H. White (1905-1964)7, s’est vu confirmé par l’adaptation de cette œuvre aussi bien en comédie musicale qu’en dessin animé. Les films à grand spectacle des années 1940-50 ont eux aussi durablement marqué l’imaginaire des amateurs de Moyen Age, revisité désormais en Technicolor. Dans le même temps, de nombreux romanciers portaient un regard personnel sur le mythe, ses sources littéraires, et ses mystérieuses origines historiques. Lors de cette « première époque » de ce qu’on peut dès lors qualifier de seconde Renaissance arthurienne, ces œuvres se sont peu à peu orientées vers une vision historicisante de la légende. Tentant d’imaginer ce qui avait bien pu se passer dans l’Ile de Bretagne des Ve-VIe siècles, des auteurs tels que John Masefield ou Rosemary Sutcliff ont proposé différentes hypothèses personnelles permettant chacune, par un habile jeu de remaniement des sources, d’occuper l’espace laissé vacant par l’absence de textes et documents historiques véritablement contemporains d’Arthur11. Ainsi, ces romans offrent un point de départ fictif aux textes qui ont peu à peu bâti la Matière au cours du Moyen Age et au-delà.
Parallèlement, la parution du Seigneur des Anneaux12 et son succès croissant, en particulier aux Etats-Unis dans les années 1960, mettaient au goût du jour la fantasy et ses divers sous-genres (heroic fantasy, sword and sorcery...). Le merveilleux véhiculé par les œuvres de Tolkien et de ses successeurs, s’il puise au Moyen Age dans son inspiration, a revêtu dans ce courant littéraire récent une coloration spécifique, assemblage de thèmes, de personnages et d’accessoires magiques désormais bien connus du grand public. C’est sans doute la coexistence de ces deux phénomènes (réécritures arthuriennes et développement de la fantasy) qui a d’ailleurs poussé les auteurs arthuriens à historiciser leur propos. Tous deux d’inspiration médiévale ou médiévalisante, ces types de romans se sont différenciés dans leur contenu et leur forme : la littérature arthurienne s’est voulue vraisemblable et historique, tandis que la fantasy élaborait un monde secondaire dans lequel la magie était acceptable, voire normale. Ce n’est que lors d’une « seconde époque » de cette nouvelle Renaissance du XXe siècle que le merveilleux a effectué son retour dans la fiction arthurienne. Une fois les deux courants bien établis, les pistes se sont à nouveau brouillées, comme si tout genre bien défini appelait forcément une réaction créative de la part des auteurs, inconsciemment tentés de transgresser les barrières des critiques. Depuis les années 1980-90, on assiste donc à de nouvelles réécritures arthuriennes, implantées dans un décor historiquement daté et néanmoins apte à accueillir une composante merveilleuse. C’est à ce type de roman que la présente étude s’intéresse à travers deux auteurs, Bernard Cornwell et Stephen Lawhead..
Leurs deux cycles arthuriens relatent chacun à leur manière l’avènement, le règne, les luttes et la mort d’Arthur13. Néanmoins, il peut s’avérer difficile de distinguer s’il s’agit de réécritures historiques ou fantastiques. Si le contexte historique est clairement établi chez Cornwell et si l’élément merveilleux y est minime, il n’en est pas pour autant absent, ce qui rendrait discutable une appartenance au roman réaliste et/ou historique pur. A l’inverse, Lawhead accorde une large part au merveilleux et place même l’ensemble de son récit sous le signe de l’éternel combat de la Lumière contre les Ténèbres. On pourrait alors le considérer comme un récit mythopoétique, au sens où l’entend Raymond H. Thompson, à ceci près que le contexte historique est, là encore, bien défini comme celui des Ages Obscurs dans l’Ile de Bretagne. Cependant, ce cadre-spatio-temporel cohabite avec l’exploitation d’un ressort merveilleux essentiel à la narration, de sorte que là encore, l’appellation de roman historique ne saurait convenir dans son sens strict. Mais c’est justement dans leur aptitude à transgresser les catégories que ces œuvres sont les plus représentatives du roman arthurien actuel. En effet, ils témoignent de la réintroduction du merveilleux dans une écriture malgré tout historique (ou historicisante), caractéristique de la production arthurienne la plus récente. Avant tout arthuriens, ces romans sont, pour Cornwell, majoritairement historiques, mais avec une touche de fantasy (on aura l’occasion de préciser laquelle), et pour Lawhead, majoritairement de fantasy, tout en conservant une dimension historique et réaliste. Cette cohabitation des extrêmes s’articule autour d’un traitement original de l’élément merveilleux, soit rationnalisé (chez Cornwell), soit le plus souvent cloisonné (chez Lawhead), c’est-à-dire assigné à certains personnages ou à certaines occasions, dans un cadre plus généralement réaliste. Ces deux notions sont au cœur du raisonnement de cette étude.
Par ailleurs, il faut souligner que ces deux cycles sont l’œuvre de deux auteurs anglophones : Bernard Cornwell est né à Londres en 1944 mais a émigré aux Etats-Unis à la fin des années 1970 ; Stephen Lawhead, né en 1950, est américain mais vit actuellement en Autriche, après avoir longuement résidé aux Etats-Unis et en Angleterre. Il semble que la Renaissance arthurienne du XXe siècle entretienne des liens très forts avec le monde anglo-américain, tout comme celle du XIXe était un produit de l’Empire Britannique. Même dans le cas d’auteurs britanniques, les meilleures ventes de romans arthuriens s’enregistrent sur le continent nord-américain, sans doute par goût au moins autant que par le nombre de lecteurs potentiels. S’il existe aujourd’hui un lectorat français, il est significatif que certains romans pourtant célèbres outre-Atlantique ne soient toujours pas disponibles en traduction. Plus révélateur encore, peu d’auteurs français (à l’exception notable de Jean-Louis Fetjaine) s’essaient au genre. Les succès conjoints du cinéma hollywoodien, de T.H.White, de Tolkien et de leurs successeurs expliquent sans doute cette spécificité américaine. Mais il faut noter que la France et le reste de l’Europe commencent à se pencher sur la question. L’engouement pour le Moyen Age (de fantaisie ou non) se fait sentir à de nombreux niveaux. Mode, musique, littérature, cinéma, loisirs divers axés sur le costume d’époque et la reconstitution de combats, sont florissants dans de très nombreuses régions de France. Récemment, la série télévisée Kaamelott a témoigné de l’imprégnation du public par la légende arthurienne. Car comment une série parodique pourrait-elle fonctionner si les spectateurs n’étaient au préalable au fait d’un certain nombre de codes ? Le même phénomène a pu se constater autour de Arthur Rex, réécriture ironique du Morte Darthur.
Il n’est donc pas impossible que, comme cela s’est déjà vu par le passé de nombreuses modes, la littérature arthurienne s’exporte bientôt plus massivement encore qu’elle ne le fait pour l’instant des Etats-Unis vers le Vieux Continent. Le moment semble donc bien choisi pour se pencher sur la question de la littérature arthurienne moderne, encore peu développée en France, mais déjà fort bien représentée dans les librairies anglophones, consolidée par le cinéma, mais aussi la bande dessinée et les jeux vidéos. Ces médias sont souvent déconsidérés en tant que vecteurs de culture « populaire ». Or on oublie trop souvent que cet adjectif recouvre aussi le sens de « qui concerne l’ensemble d’une collectivité, la majorité, la plus grande partie d’une population ; qui a la faveur du peuple, de l’opinion publique, qui est connu, aimé, apprécié du plus grand nombre. »18. A ce seul titre, la question arthurienne apparaît d’autant plus importante : si des millions de lecteurs à travers le monde s’intéressent à ce genre de littérature, il peut sembler quelque peu prétentieux de décider arbitrairement que le phénomène est sans intérêt ou sans valeur. De plus, la base de cette fiction arthurienne si populaire se situe dans une littérature qu’il serait erroné de reléguer au rang de « sous-littérature » ou de « romans de gare ». Si certains auteurs se contentent de mener leur récit sans grande créativité, beaucoup ont un style bien à eux, ingénieux, élégant, parfois surprenant, en plus d’une réelle capacité à intégrer les sources médiévales, à les disséquer et à les réagencer de manière originale. C’est particulièrement vrai de Cornwell et Lawhead, qui chacun à sa manière mérite toute l’attention de la communauté littéraire, et non seulement celle de quelques « fans » de la Table Ronde.
Les travaux sur la littérature arthurienne récente sont peu nombreux, et ils le sont encore moins en langue française. Les premières réflexions sur la question n’ont d’abord pas dépassé la longueur de l’article ou du chapitre, dans le cadre d’un ouvrage traitant principalement de la production littéraire médiévale, éventuellement victorienne. La thèse de Sandra Gorgievski, Le mythe d’Arthur : de l’imaginaire médiéval à la culture de masse - Paralittérature, bande dessinée, cinéma, beaux-arts, a ouvert la voie aux études plus poussées dans le domaine qui nous intéresse ici, bien que l’expression « paralittérature » renvoie ici encore à un mode d’expression mineur. Plus récemment, l’ouvrage de Marc Rolland, Le roi Arthur, un mythe héroïque au XXe siècle, a étudié de près les œuvres de la « première époque » de la Renaissance décrite plus haut, composée principalement de romans historiques. La présente étude se propose, tout en s’appuyant sur ces travaux, d’apporter une contribution nouvelle à l’étude du genre arthurien moderne, en analysant au plus près les deux auteurs retenus.
Les raisons de ce choix sont multiples. Tout d’abord, le format de publication de ces deux cycles les rend propices à la comparaison. Cornwell a écrit une trilogie, tout comme Lawhead, qui a ensuite augmenté son cycle de deux prequels à situer chronologiquement avant le dernier tiers du livre 3. La décomposition/recomposition du mythe en trois volumes est caractéristique de la littérature arthurienne moderne, et tient sans doute plus de l’influence du Seigneur des Anneaux que d’une quelconque source médiévale. Toute trilogie populaire se voit volontiers qualifiée de « saga », ce qui a l’avantage auprès du public d’évoquer grandeur et souffle. On notera néanmoins que le Lancelot-Graal français compte cinq romans, qui n’ont vraisemblablement pas été composés dans l’ordre chronologique. Or c’est également le cas du cycle de Lawhead, dont on verra que l’utilisation des sources est plus médiévalisante que celle de Cornwell. En effet, si les deux auteurs sont comparables par leur quasi-simultanéité et la longueur de leurs cycles, leur traitement de la légende originelle diffère sur bien des points. Aussi chacun à sa manière illustre-t-il des tendances caractéristiques du genre à l’heure actuelle, tout en rendant compte de ses richesses et de ses complexités.
Tout en comparant les deux auteurs entre eux et en les confrontant individuellement avec leurs sources, cette thèse s’intéresse plus particulièrement aux personnages clés des romans et à la thématique qu’ils incarnent. Trop souvent, les réflexions sur la littérature arthurienne moderne se contentent d’un seul type de personnage (les femmes), voire d’un seul d’entre eux (Arthur). En choisissant un parcours qui combine thèmes et personnages, l’objectif est ici de combler cette lacune et de mettre en lumière les relations qui se tissent entre les différents ensembles ainsi constitués. C’est pourquoi la guerre et les guerriers (Arthur et ses « chevaliers ») feront l’objet d’une première partie, suivis de la magie et des magiciens, afin de souligner la complémentarité des dimensions historiques et merveilleuses dans ces romans. Une troisième partie sur les religions complète cette approche en s’articulant à la fois sur les aspects martiaux (toute quête implique confrontations) et merveilleux (où commence la religion, où s’arrête la superstition ?). La dernière partie, consacrée aux femmes, reprend les thèmes précédemment abordés, tant les personnages féminins incarnent toute la complexité du rapport des personnages au monde. Amantes, épouses ou mères, guerrières, politiciennes ou magiciennes, servantes de Dieu ou du Diable, ells lient entre elles les thématiques abordées ici, tout comme elles lient les « ingrédients » auxquels nos auteurs ont recours.
Cette étude tient à démontrer l’ingéniosité, la créativité et la continuité de ces romans, afin de prouver qu’ils ont leur place à la suite et aux côtés de leurs prédécesseurs au sein de la Matière de Bretagne. Cette dernière n’a pas succombé à l’ignorance de la Renaissance et de l’époque classique. A deux reprises déjà, elle a refait surface. Aujourd’hui plus que jamais, et plus qu’à l’époque victorienne, elle semble prête à connaître un rayonnement culturel transfrontalier, polyglotte et pluri-artistique. Pour tous les artistes impliqués dans ce mouvement, le mythe est avant tout un matériau brut qu’il convient de travailler à sa guise pour en tirer une œuvre originale et personnelle. Celle-ci rejoint alors à son tour la matière d’origine, pour permettre ultérieurement de nouveaux retraitements et réagencements. Car si les auteurs modernes maîtrisent bien leurs sources médiévales, ils sont également influencés par leurs contemporains. C’est sans doute une des raisons de l’extraordinaire richesse et vivacité du genre, à la croisée de tant d’influences : sources médiévales, elles-mêmes à cheval entre mythe et histoire, mais également littérature victorienne ou moderne, romans historiques ou fantastiques, sans oublier toutes les images suscitées par les arts visuels, présentes à l’esprit des lecteurs comme à celui des écrivains.
Le roman de "cape et d’épée" d’Alexandre Dumas père
Vendredi 15 octobre
13 h 30
En Sorbonne, Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Matthias ALAGUILLAUME soutient sa thèse de doctorat :
Le roman de "cape et d’épée" d’Alexandre Dumas père
en présence du Jury :
M. GRIVEL (UNIVERSITE)
M. NOIRAY (PARIS IV)
M. TADIÉ (PARIS IV)
Mme THOREL (LILLE III)
Le roman de Karol de Irzykowski, dans la prose polonaise de l’entre-deux guerres. Un héritage inconscient ?
Mardi 14 juin 2005
Centre d’Études Slaves
Salle de conférence
2e étage
9, rue Michelet
Paris 6e
Mme Kinga Barbara SIATKOWSKA CALLEBAT soutient sa thèse de doctorat :
Le roman de Karol de Irzykowski, dans la prose polonaise de l’entre-deux guerres. Un héritage inconscient ?
En présence du Jury :
Mme WLODARCZYK (Paris 4)
M. BOLECKI
Mme DELAPERRIERE (INALCO)
M. MASLOWSKI (Nancy 2)
M. TOMASZEWSKI (Lille 3)
Le roman réaliste slovène de l’entre-deux guerres dans le contexte européen
Vendredi 18 février
9 h 30
Salle Louis Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
Mme Florence GACOIN MARKS soutient sa thèse de doctorat :
Le roman réaliste slovène de l’entre-deux guerres dans le contexte européen
En présence du Jury :
M. CHEVREL (PARIS IV)
M. MOREL (PARIS III)
M. PAGES (REIMS)
M. THOMAS (PARIS IV)
Le romancier Jean Blanzat : de l’héritage à l’hérésie
Jeudi 4 décembre 2003
14 heures 30
En Sorbonne
Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5ème
Mme Christine ESCOFFIER LAGARD soutient sa thèse de doctorat :
Le romancier Jean Blanzat : de l’héritage à l’hérésie
En présence du Jury :
M. AUTRAND (PARIS IV)
MME BOUCHARENC (LIMOGES)
M. COCULA (BORDEAUX III)
M. TOUZOT (PARIS IV)
Le royaume des républiques ? Noblesse et administration dans les comitats hongrois sous Marie-Thérèse
Samedi 9 décembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Salle G647, Esc. G, 1er étage et demi
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Marie-Françoise VAJDA soutient sa thèse de Doctorat :
Le royaume des républiques ? Noblesse et administration dans les comitats hongrois sous Marie-Thérèse
En présence du Jury :
M. BERENGER (PARIS 4)
M. CHALINE (PARIS 4)
M. FIGEAC (BORDEAUX 3)
M. KALMAR (BUDAPEST)
Mme KRASZ (BUDAPEST)
Mme LEBEAU (PARIS 1)
Résumés :
Dans le système politique de la Hongrie du XVIIIe siècle, fondé sur la double autorité du
souverain et de la ‘nation’ (la noblesse), les comitats constituent un élément essentiel. Investis par
la noblesse, ils représentent plus qu’une simple entité administrative. Dirigés par un représentant
du souverain et une assemblée locale (à laquelle tous les nobles du comitat ont le doit de siéger)
qui élit parmi ses membres des administrateurs, leur tâche principale est l’exécution des ordres
royaux, mais ils disposent aussi d’un pouvoir législatif et de larges prérogatives en matière
judiciaire. Ces attributions sont d’autant plus larges que le pouvoir royal a peu de moyen de
contrôle et de coercition.
Dans ce contexte, l’étude des administrateurs de ces comitats, carrefour des questions
administratives, institutionnelles et sociales, permet d’éclairer le paysage socio-politique de la
Hongrie de l’époque. Dans ce pays ‘à la noblesse nombreuse’, la noblesse moyenne est encore
mal connue. Les hommes étudiés ici permettent d’aborder la place sociale de la noblesse en
Hongrie. L’observation modalités pratiques de la gestion locale doit permettre de définir les
attributions précises de ces administrateurs, donc de prendre une première mesure de leur
pouvoir qui dépasse les définitions juridiques. Enfin, les comitats constituant un ‘pouvoir
intermédiaire’, entre le gouvernement central et les administrés, dresser un tableau de ce pouvoir
suppose d’exposer à la fois son poids, ses dimensions, son efficacité et son image. Par rapport au
gouvernement central notamment, se pose la question de la marge d’autonomie laissée à
l’administration locale, et l’usage qui en est fait. Il s’agit enfin de cerner la position de ces
officiers : pôle de pouvoir quasi-autonome, relais du pouvoir central, ou porte-parole de leurs
administrés.
In the political system of 18th century Hungary, based on the double authority of the
sovereign and the ‘nation’ (nobility), counties represent a critical element. Invested by the
nobility, they represent more than a simple administrative entity. Lead by a representative of the
sovereign and a local assembly (in which all noble people from the county have the right to
attend) which elects administrators among its members, their main task is the execution of the
royal orders, but they also dispose of a legislative power as well as extensive prerogatives in
judicial matters. These attributions are even broader as the royal power has little control and
coerciveness over them.
In this context, the study of the administrators of these counties, crossroads of
administrative, institutional and social questions, allows putting the light on the social and
political landscape of Hungary during that time. In this “plenty of nobility” country, the average
nobility is still poorly known. The men studied here help approaching the social place of the
nobility in Hungary. The observation of the practical methods of local management must allow
defining the exact tasks of these administrators ; therefore take a first measurement of their power
that goes beyond juridical definitions. Finally, the counties that make up the ’intermediary power’,
between the central government and the administrated ones, to draw a picture of this power
supposes to show all together its weight, dimensions, efficiency and image. Vis-a-vis the central
government, the question is raised on the autonomy margin left to the local administration, and
the use of it. It is then a matter of defining the position of these officers : powerful pole almost
autonomous, relay of the central power, or spokesperson for their administrated people.
Position de thèse :
Qu’est-ce donc qu’un comitat ? En guise de remarque liminaire à une série d’articles traitant des comitats, Tivadar Botka soulignait en 1865 la difficulté de décrire cette institution, surtout à des étrangers :
« Nous pouvons nous imaginer quelle pouvait être la surprise des jeunes étudiants, qui au bout de deux ans voyaient s’ouvrir les portes de l’assemblée générale, ils y découvraient une scène qui ressemblait à peine à ce qu’ils avaient lu dans les livres. Il est vrai qu’il y a une grande différence entre assister à une assemblée et en lire une description dans les livres. C’est la principale raison pour laquelle, hors de Hongrie, même nos plus proches voisins ne sauraient avoir la plus petite idée de ce qu’est cette institution. Et ma tâche est de fournir des informations à ceux qui voudraient la faire connaître aux étrangers. »
Malgré l’originalité de l’institution, on peut néanmoins légitimement espérer que la compréhension en est accessible même à des étrangers, ne fussent-ils pas proches voisins de la Hongrie.
Le comitat est avant tout une circonscription administrative, mais c’est aussi une institution appartenant à un système où le pouvoir est traditionnellement partagé entre le souverain et les la Nation, c’est-à-dire la noblesse. Ce dualisme s’exprime à travers la Diète, mais il a aussi présidé à la mise en place des organes d’administration au niveau local : les comitats. Depuis le Moyen Age, en effet, l’administration locale est assurée par la noblesse. Au XVIIIe siècle, le royaume de Hongrie compte cinquante deux comitats : quarante-trois en Hongrie, trois en Croatie, trois en Slavonie et trois dans le Banat. Mais l’étude ne porte ici que sur six d’entre eux - Baranya, Borsod, Nógrád, Pest-Pilis-Solt, Szatmár, Vas - choisis pour présenter des profils variés tant pour leur situation géographique, que concernant la proportion de population nobiliaire ou la confession de ces nobles.
Le premier rôle de l’administration comitale est la gestion des affaires confiées par le gouvernement, c’est-à-dire le souverain et le Conseil de Lieutenance. Les comitats constituent officiellement les relais du pouvoir royal au niveau local. Ils sont chargés de promulguer les lois et les ordres royaux, doivent veiller à leur exécution. Leurs activités militaires et financières relèvent de ce domaine, puisqu’ils sont chargés de répartir la Contribution militaire sur leur territoire et de procéder à son recouvrement, ainsi que de la levée des recrues pour l’armée impériale. Ils doivent
²aussi prendre en charge l’approvisionnement et le logement des soldats stationnés sur leur territoire. Cependant, la particularité des comitats est leur large autonomie pour les questions locales. Dans ce domaine, ils sont chargés de la totalité de l’administration, de l’entretien des ponts et chaussées à la santé publique en passant par la détermination des prix. Pour l’exécution des travaux qu’il décide, le comitat peut lever un impôt local, dont il peut fixer le montant et qui lui sert aussi à rétribuer ses administrateurs. En outre, le comitat jouit aussi d’un droit législatif direct, le jus statuendi, qui s’exprime par la promulgation de lois. Ces statuta sont élaborées par la diète locale et n’ont d’effets que sur le territoire du comitat, mais ne doivent pas être en contradiction avec la loi générale. Indirectement, le comitat participe à l’élaboration des lois nationales par l’intermédiaire des députés qu’il envoie à la Diète, pourvus des instructions de leurs commettants. Enfin, il dispose de compétences judiciaires. Il connaît toutes les affaires criminelles en première instance, sauf celles qui sont jugées par un seigneur pourvu du droit de glaive, et les affaires civiles en deuxième instance, à travers sa cour de justice, la sedria. Ces tâches offrent un champ d’action très vaste à l’administration locale, mais le comitat est dirigé par un représentant du souverain, le főispán, toujours choisi parmi les magnats et souvent absent du comitat. Ces différentes tâches sont exécutées par un corps d’administrateurs élus - le alispán qui dirige le comitat après le főispán, les szolgabirák qui travaillent, avec les jurés, dans les districts, le notaire, le procureur, le percepteur, mais aussi des jurés adjoints aux szolgabirák dans les districts et des commissaires chargés des rapports avec l’armée - par l’assemblée locale parmi ses membres. Cette ‘assemblée générale’ du comitat réunit tous les nobles du comitat et siège plusieurs fois par an. C’est à ces occasions que sont traitées les questions d’administration locale, mais la charge de travail des administrateurs en dehors de assemblées n’en demeure pas moins assez lourde.
Les vastes compétences des comitats ont pu permettre de parler de véritables petites républiques et d’une autonomie de l’administration locale. Le poète György Bessenyey défini ainsi les comitats :
« J’ai devant moi, autour de moi, un petit pays, une République, contenue dans les limites du comitat... La nation dans les comitats forme autant de provinces et de juridictions indépendantes. »
Néanmoins, leur rôle d’exécutant des ordres du pouvoir royal reste essentiel. Le royaume de Hongrie est-il réellement composé de cinquante-deux petites républiques ? L’étude de l’institution et de ceux qui la font fonctionner peut permettre de ‘peser’ les pouvoirs à l’œuvre dans le royaume en un siècle paisible qui succède à des périodes troublées.
Malgré la position essentielle de la noblesse dans la Hongrie de Marie-Thérèse, en tant que détentrice du pouvoir social et d’une partie du pouvoir politique, celle-ci a peu suscité l’intérêt des historiens. A travers le portrait des ces administrateurs de comitat, c’est donc la société et l’Etat hongrois qui l’on peut aborder. Nobles, propriétaires fonciers, détenteurs du prestige, du pouvoir social et politique à l’échelle locale, il s’agit de suivre ces hommes et d’établir ce qui, au-delà de la diversité fait la cohésion du groupe. Qui sont ces hommes ? Comment vivent-ils ? Que font-ils et comment ? Autant de questions auxquelles il faut ici répondre.
Ce groupe étendu de plus de huit cents individus se reconnaît comme caractéristique commune essentielle l’appartenance à la noblesse. C’est donc par elle que l’on peut commencer à suivre ces hommes. Qu’est-ce que la noblesse hongroise et surtout, qui sont les nobles ? Les périodes troublées de l’occupation turque ont largement contribué à faire bouger les lignes de la configuration sociale du pays. La noblesse ancienne a largement disparu tandis que les nouveaux-venus prennent progressivement le pouvoir au sein de la noblesse moyenne. Leurs descendants se retrouvent parmi les administrateurs du comitat, dont certains accèdent eux-mêmes à la noblesse. Dans un pays où ce statut détermine une place sociale et politique, quelle est la place des administrateurs dans leur comitat ? Un portrait de groupe de ces hommes s’impose tout d’abord.
La noblesse moyenne présente une très grande variété de situations et fait preuve d’une remarquable diversité. Mais au-delà de ces différences, elle possède un élément commun essentiel : le comitat. En dépit de nombreux aspects qui la divisent, ce sont l’espace et le mode de vie qui unissent cette moyenne noblesse, comme ses droits politiques. Malgré la dispersion de leurs propriétés foncières, malgré une indéniable mobilité, les nobles hongrois évoluent en permanence dans l’espace des comitats, souvent sur un ou d’entre eux. Leurs modes de vie y sont semblables. Le terme même de kúria, désignant, sous une diversité quasi-infinie de réalisations, la ‘maison noble’, témoigne de cette différence essentielle entre celui qui est noble et celui qui ne l’est pas. Les réseaux de relations sociales sont souvent entremêlés dans le petit monde des comitats et la sociabilité possède des caractéristiques universellement répandues. L’abondance de denrées alimentaires permet à tous de profiter de tables bien garnies et d’apprécier la compagnie d’invités sinon nombreux du moins régulièrement présents. La vie quotidienne est aussi rythmée, pour tous, par les mêmes préoccupations. Au-delà des questions d’économie domaniale, qui se posent, certes à une échelle différente, mais dans les mêmes termes lorsqu’il s’agit de savoir quand commencer les moissons ou les vendanges, ces nobles propriétaires fonciers ont un patrimoine à défendre, même si celui-ci se réduit à de minuscules parcelles et quelques serfs. Les recherches de documents, les procès, les manœuvres et négociations en tous genre les impliquent dans le comitat même lorsqu’ils n’y travaillent pas comme administrateurs.
Le groupe des administrateurs de comitat reflète à la fois l’unité et la diversité qui règne au sein de la moyenne noblesse hongroise du XVIIIe siècle, diversité qui n’est pas que le simple fruit de disparités économiques car les différences de culture au sens large, mais aussi d’éléments encore plus insaisissables comme la personnalité des hommes, rendent toute généralisation difficile. Au-delà du simple groupe de ses administrateurs, le comitat est un dénominateur commun qui permet de saisir la noblesse hongroise, si ce n’est dans son ensemble, du moins de façon significative. Derrière les administrateurs du comitat, leurs familles, leurs amis, leurs administrés dessinent les contours d’un monde où le comitat est un horizon - même s’il peut être dépassé - et un espace de vie.
Le comitat est un espace dans lequel vit la noblesse et sur lequel s’exerce son pouvoir. C’est aussi une institution. Comment fonctionne-t-il au quotidien ? Quelle est l’action de ses administrateurs ? La description concrète de leurs pratiques permet d’éclairer les modalités de gestion, mais aussi les dysfonctionnements éventuels de l’institution. Les attributions du comitat sont très vastes. Mais comment ces administrateurs, dont les effectifs sont très faibles, parviennent-ils à les remplir ?
Les attributions de l’institution tout comme la composition du corps de ses administrateurs sont fixées par les lois du royaume et les décrets royaux. Les premières sont cependant établies de façon assez générale et le fonctionnement quotidien des comitats se fonde autant sur les habitudes régissant les pratiques que sur les principes juridiques. La composition des corps est fixée de façon de plus en plus précise au cours du règne de Marie-Thérèse, mais des décalages et des différences subsistent entre les comitats. Au début du règne de Marie-Thérèse, cependant, et de façon croissante au cours du siècle, corps et pratiques s’homogénéisent. Le royaume de Hongrie ne compte pas, avec ses cinquante-deux comitats, cinquante-deux mondes différents. Mais malgré des convergences sur l’essentiel, les situations locales, la personnalité des hommes en place dans les différents comitats, les habitudes - parfois anciennes - régissant les modes de gestions dans un comitat font apparaître des différences, des décalages. Les exemples ponctuels des six comitats choisis signalent l’existence de ces disparités dans le fonctionnement de l’institution.
Les ordres du gouvernement se font plus nombreux, plus précis, les corps d’administrateurs s’étoffent, s’accroissent de nouveaux membres, tandis que des fonctions spécialisées apparaissent. Les ordres sont cependant diversement appliqués, en raison, à la fois des obstacles techniques nés de la faiblesse des moyens de cette administration, mais aussi d’une certaine force d’inertie, liée au contenu politique de cette institution.
Le rôle de ces hommes, en effet, est, à la fois de servir le souverain dans les comitats, mais aussi de veiller au respect des libertés du royaume à travers une institution qui incarne l’autonomie constitutionnelle de la Hongrie. Noblesse de comitat, administrateur de comitat, quel est en réalité l’horizon politique de ces hommes ? La fonction n’est-elle qu’un honneur ou répond-t-elle à un idéal de service, à la revendication d’une identité politique ? Existe-t-il une ‘culture’ administrative dans la Hongrie de Marie-Thérèse ? Ces administrateurs de comitat, souvent accusés de dilettantisme, doivent en réalité s’attacher à l’exécution de très nombreuses tâches. Par quoi sont-ils guidés ? La question de l’horizon de ces hommes pose celle de leurs relations avec leurs administrés mais aussi avec leur hiérarchie, donc avec la volonté royale. Dans quelle mesure la noblesse accepte-t-elle de collaborer avec le gouvernement ? C’est poser ainsi la question de l’obéissance, et celle de l’opposition : dans quelle mesure les administrateurs de comitat obéissent-ils ? Mais surtout dans quelle mesure voudraient-ils désobéir ? Comment se manifeste l’autorité royale dans les comitats et comment est-elle accueillie ?
Certes, les administrateurs de comitat sont des nobles et leurs fonctions trouvent leur justification dans les droits politiques de la noblesse, ce qui les distingue radicalement des intendants ou même des officiers français. Cependant, les parcours de ces hommes font apparaître pour beaucoup de véritables carrières au sein du comitat ou en dehors. En outre, leur formation - c’est-à-dire leurs études et les formations pratiques qu’ils reçoivent auprès d’autres administrateurs, mais aussi la culture familiale acquise aux côtés d’hommes qui fréquentent sinon participent à l’administration comitale - leur confèrent une grande familiarité avec l’institution. En outre, les exigences croissantes imposées par le gouvernement et la spécialisation des tâches entraînent une implication croissante des administrateurs dans leurs fonctions. La négligence et la paresse sont certes le lot commun des comitats hongrois, mais sans doute pas plus que dans les autres institutions de l’Europe du XVIIIe siècle. L’ampleur des tâches confiées à l’administration locale aux faibles effectifs explique sans doute plus que l’indolence des administrateurs les retards, oublis et dysfonctionnements. Au-delà des individus, les transformations sont aussi rendues progressives par la succession lente des générations. Au début du règne de Marie-Thérèse sont encore en poste des hommes dont la carrière a commencé à l’orée du XVIIIe siècle : ils ont connu les Turcs, la guerre de Rákóczi, la paix et la remise en ordre du royaume. Mais comment transformer leurs façons de travailler ? Leurs fils eux-mêmes, qu’ils forment, raisonnent avec les principes d’une Hongrie qui n’existe déjà plus pour le gouvernement de Vienne. De la confrontation - jamais violente - et des ajustements progressifs naissent les évolutions.
Le fonctionnement de l’administration ne doit, en outre, pas seulement être mesuré à l’aune des seuls administrateurs, de leurs compétences, de leur motivation. Confrontés à leurs administrés, qui sont aussi leurs cousins, parents, voisins, amis ou paysans, les administrateurs de comitat n’ont pas toute latitude dans la gestion locale, et leur attitude doit aussi être nuancée par leurs conditions de travail. Les administrateurs de comitat, notamment le alispán, qui, placé à la tête du comitat est aussi une cible privilégiée pour les mécontents, se retrouvent parfois pris sous le feu croisé d’intérêts divergents. Soumis à la pression simultanée de leurs administrés et du gouvernement, ou de deux groupes à l’intérieur même du comitat, ils agissent bien plus souvent guidés par la prudence et le pragmatisme que par un véritable projet politique. Cette situation peut être observée à grande échelle dans le cas de l’application de l’Urbarium de 1767, mais aussi plus ponctuellement, mais de façon non moins virulente et inconfortable pour les intéressés, quand il s’agit, par exemple de résoudre un conflit local. La prudence, la patience, voire l’inertie sont alors parfois les meilleurs méthodes de gestion. Dans les comitats, on tente de gagner à sa cause les administrateurs par des moyens divers, mais on reconnaît aussi en eux des vecteurs de médiation dont on apprécie l’impartialité. S’efforçant d’assurer au mieux le fonctionnement administratif, tout en respectant les rapports de force locaux, et même en ménageant le plus possible les populations du comitat, les administrateurs pourraient trop facilement être accusés de déserter toutes les causes et de n’agir qu’en fonction de leurs intérêts personnels. Le voudraient-ils cependant, que les liens dans lesquels ils sont de toutes parts tenus ne le leur permettraient pas réellement. Malgré ses défauts, c’est bien cette souplesse qui permet au comitat, à travers ses administrateurs, d’être « un corps intermédiaire subordonné et dépendant » selon l’expression de Montesquieu . Soumis aux ajustements imposés par la situation locale, il doit aussi faire face aux exigences du pouvoir royal, et tente de son mieux de garantir à la souveraine l’obéissance des habitants, tandis qu’il protège ceux-ci face à celle-là.
Les règnes de Charles III et de Marie-Thérèse sont sans doute une période de compromis, d’enracinement de l’autorité du souverain Habsbourg, mais c’est aussi la première fois que - pour un temps long - le royaume dispose d’un gouvernement propre avec la mise en place du Conseil de Lieutenance. Les relations des comitats et du Conseil de Lieutenance, fondées sur des échanges permanents, sont assez souples pour éviter les blocages de la part des administrateurs locaux et assez fermes pour que le gouvernement obtienne - plus ou moins - l’exécution de ses ordres. Ce que l’on désigne généralement par les expressions de ‘centralisation’ ou de ‘renforcement de l’autorité royale’ peut être ramené à des réalités simples et un pragmatisme énergique : trouver de l’argent pour financer l’armée, ou obtenir l’obéissance des sujets.
Les relations entre Vienne et la Hongrie ne sont pas dépourvues de heurts, mais l’absence de rupture dans le fonctionnement quotidien des comitats laisse penser que le royaume a pu être véritablement être intégré à la Monarchie en conservant sa personnalité juridique et des institutions propres, c’est-à-dire en ménageant les compétences et la vocation politique de la noblesse.
A travers les comitats et leurs administrateurs, c’est donc la vocation politique de la noblesse qui apparaît, son investissement dans l’administration, sa participation à la gestion quotidienne du royaume. La noblesse hongroise ne délaisse pas la chose publique, mais sa fonction politique a sans doute su trouver des modes d’exercice qui n’impliquent pas l’affrontement direct.
Le sacré et son expression chez Antoine de Saint-Exupéry
Lundi 22 mai 2006
9 heures 30
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Laurent de BODIN DE GALEMBERT soutient sa thèse de doctorat :
Le sacré et son expression chez Antoine de Saint-Exupéry
En présence du Jury :
M. TADIÉ (Paris 4)
Mme AUROY-MOHN (Paris 4)
M. BOUNIN
M. GUERIN (Paris 3)
Résumés
La conception qu’Antoine de Saint Exupéry a du sacré l’amène à adopter progressivement un style d’écriture poétique. En effet, loin d’une transcendance traditionnelle, le sacré doit être fabriqué : il s’agit en fait d’un système conceptuel englobant tous les points de vue (sans les nier ni les dépasser cependant) ; atteindre le sacré consiste donc à construire et à réussir à dire ce système. L’analyse du mode de fonctionnement des images, aux antipodes du surréalisme, des dessins et des réalisations cinématographiques ainsi que du rythme du texte montre que c’est par la poésie qu’Antoine de Saint Exupéry a cherché à atteindre l’Universel.
Antoine de Saint Exupery conceived the sacred in a way which made him gradually adopt a poetic style in writing. Indeed, far from being some traditional transcendence, the sacred has to be created - actually the sacred means a conceptual system gathering all points of view, without negating them or outgoing them nevertheless. Reaching for the sacred consists in constructing that system and achieving to express it. Analysing the functioning of Saint Exupery’s images, which contrasts radically with surrealism, his drawings, his cinematographical works, as well as his rhythmical texts may show that Saint Exupery tried to reach the universal through poetry.
Position de thèse
Antoine de Saint Exupéry développe une conception du sacré qui s’avère radicalement opposée aux conceptions traditionnelles. En effet, contrairement à la vision d’un sacré comme transcendance qui descend sur terre et fait de la réalité une émanation de nature inférieure, Saint Exupéry voit dans le sacré une construction humaine - et non un Absolu - permettant à chaque homme de s’élever vers un niveau supérieur. En ce sens, la conception qu’a Saint Exupéry du sacré plonge ses racines chez Nietzsche pour qui le dépassement de l’individu et la réalisation de l’homme en un surhomme - que Saint Exupéry nomme Homme - passe par son élévation vers un niveau supérieur, grâce à la discipline et la ferveur inculquées par le chef.
Ce niveau supérieur de mode d’être au monde qu’il convient d’atteindre - que l’on pourrait également qualifier de préoccupation spirituelle - rejoint alors la réflexion platonicienne sur la réalité idéale qui se cache derrière les apparences - à la façon de l’éléphant caché par le boa dans Le Petit Prince par exemple : c’est ce que Saint Exupéry appelle « le sens des choses » .
Cependant - à la différence du platonisme - cette réalité supérieure n’est pas donnée mais construite : il ne s’agit pas d’une Vérité en soi ou d’un Absolu préexistant, mais d’une création d’ordre intellectuel, d’une opération de l’esprit. Dieu naît du désir de lui qu’a l’homme : c’est la démarche consistant à le chercher qui le crée ; c’est l’invention de Dieu qui lui permet en quelque sorte d’exister... Ainsi, mouvement vers le sacré et sacré se confondent - dans le sens où c’est l’élan créateur et la démarche qui rendent réels et réalisent le sacré et Dieu. Le sacré perd alors son caractère transcendantal et toute dimension verticale.
Loin d’un Absolu immuable et éternel, Saint Exupéry emprunte donc un vocable religieux - Dieu - pour désigner un Absolu en réalité relatif à l’homme et qui n’a pas grand rapport avec la religion : nous avons montré qu’il se rapproche par là du pragmatisme de James, introduit et vulgarisé en France par Bergson.
Le critérium de la Vérité devient alors son utilité pratique et celle-ci se voit subordonnée à l’action qui donne sens aux choses. L’action n’est pas un moyen mais un but en soi, puisque c’est la démarche qui crée le sacré - et non le sacré qui détermine la démarche : « seule compte la démarche » ; en ce sens, l’existence passe avant l’essence, l’existence devient l’essence et c’est pourquoi la pensée de Saint Exupéry a pu parfois être annexée par le courant existentialiste, qui y a vu un précurseur d’une « littérature du travail et de l’outil » .
Mais cette interprétation s’avère réductrice en ce qu’elle provient d’une mauvaise compréhension de la notion d’action chez Saint Exupéry. En effet, au terme d’action, Saint Exupéry préfère souvent ceux d’oeuvre ou d’échange - qu’il emploie d’ailleurs comme des synonymes. L’action permet de s’échanger contre l’oeuvre créée et d’échapper ainsi à son destin tragique et à la mort par son inscription dans l’oeuvre (« Je respecte d’abord ce qui dure plus que les hommes ») . Mais il ne s’agit pas de tomber dans de faux échanges, ni de confondre échange et possession, à l’image du vaniteux et du businessman du Petit Prince par exemple. Le véritable échange est sacrifice qui permet de s’inscrire dans la communauté : « L’acte essentiel a reçu un nom. C’est le sacrifice » . Saint Exupéry opère dès lors une distinction entre suicide et sacrifice, le premier consistant précisément à se retrancher de la communauté et apparaissant comme une parodie de sacrifice, tandis que le second est don et donne en retour accès à plus grand que soi.
Le sacrifice permet d’accéder au sacré ; l’action est donc elle-même orientée par la communauté et ne peut se comprendre que dans un cadre collectif : le sacré s’inscrit donc dans la dimension horizontale de la communauté. Le dépassement de l’individu vers un niveau de conscience supérieur ne prend de sens que dans un cadre collectif où les hommes se sentent responsables les uns des autres.
La communauté - que Saint Exupéry appelle aussi civilisation ou Empire - se définit par le patrimoine spirituel qui relie les hommes entre eux. Contre la menace du règne de la masse qui fait primer la quantité sur la qualité spirituelle du groupe et qui juxtapose les individus au lieu de les relier les uns aux autres, d’une part, et contre le danger de la désunion et de la division, d’autre part, qui minent la communauté, à l’image, selon lui, du sectarisme gaulliste et de son idéologie partisane, Saint Exupéry cherche un principe unificateur - Dieu - comme « clef de voûte et commune mesure » de la communauté.
Dieu devient donc un simple principe heuristique, une incarnation pédagogique commode d’une abstraction compliquée chez un homme d’ailleurs athée. Dieu est la notion féconde et laïque qui organise le monde et sert ainsi de repère : il s’agit d’un langage à caractère religieux mais vidé de toute religiosité - le sacré atteignant alors ici le niveau zéro de la transcendance.
Dieu représente la Vérité parfaite et globale, somme des vérités partielles, provisoires et relatives. Saint Exupéry rejoint ici Hegel, pour qui l’erreur n’est pas l’inverse et le négatif de la vérité, mais une vérité particulière et incomplète : l’erreur est une vérité à courte vue, tandis que la Vérité suprême est totalité qui englobe l’ensemble des points de vue. Dieu est donc l’élément ultime qui noue en gerbe toutes les vérités inférieures, c’est-à-dire limitées. Il s’agit pour Saint Exupéry d’arriver à les formuler en « système conceptuel »
Mais le sacré n’est pas un point de vue privilégié qui réunit les diverses vérités particulières et qui supprime les contradictions - qui restent irréductibles. Il ne s’agit ni de les nier, ni de réaliser une synthèse, ni de les dépasser pour atteindre l’universel mais de les articuler : le système conceptuel est ainsi la structure intellectuelle organisant la coexistence de contradictions inconciliables tout en restant pourtant cohérente - à l’image de l’arbre dont Saint Exupéry développe la symbolique et qui parvient à combiner, englober et agencer en son sein - bref, à subsumer - des éléments épars et radicalement opposés.
La difficulté consiste donc d’arriver à trouver une formulation « qui absorbe, sans en rien refuser, [toutes les] vérités à la fois » et de parvenir à créer un langage qui puisse articuler ces contradictions : « Quand les vérités sont évidentes et absolument contradictoires, tu ne peux rien, sinon changer ton langage » .
Le poème se déploie comme un réseau et a pour but de convertir le lecteur en lui proposant sa structure propre et en le situant à un certain point de vue d’où voir le monde sous un autre angle ; le poème permet de faire coexister différentes vérités sans les mélanger ni les dépasser, mais en les reliant et en les articulant. Le sacré s’incarne alors et surgit dans cette formulation par le langage du système conceptuel : le langage acquiert ainsi une valeur performative, « Car Dieu d’abord est sens de ton langage et ton langage s’il prend sens te montre Dieu » .
Dire le système conceptuel, c’est donc le réaliser et le faire advenir. Dire le système conceptuel, c’est atteindre le sacré. Saint Exupéry découvre alors la nécessité de « fonder ce nouveau langage qui absorbera les contradictions » - non un langage ordinaire qui s’avère « source de malentendus » mais un langage qui s’oppose à la langue courante, c’est-à-dire par définition un langage poétique : « Je crois tellement fort à la vérité de la poésie », affirme-t-il dans ses Carnets .
Dès lors, plus la préoccupation relative au sacré se fait jour chez Saint Exupéry et dans ses oeuvres, plus son écriture va tendre vers un pôle poétique.
Saint Exupéry va donc s’employer à fonder une nouvelle langue qui évolue peu à peu du roman que constituent Courrier Sud et dans une moindre mesure Vol de nuit - en passant par Terre des hommes, sorte d’essai, et Le Petit Prince, oscillant entre conte et mythe - à un chant lyrique d’inspiration biblique avec Citadelle - sorte
de testament posthume resté inachevé, à la fois qualifié de « Bible » et de « poème » par Saint Exupéry lui-même.
Tandis qu’il s’éloignait de l’esprit du christianisme, Saint Exupéry semble en avoir en revanche conservé un certain goût de la lettre et intègre cette esthétique à son texte ; Citadelle devient ainsi le lieu d’épanouissement d’un nouveau langage entendu comme manifestation du sacré, dont la lecture est « marche vers Dieu qui seule peut te satisfaire car de signes en signes tu L’atteindras [...] Lui le sens du livre dont j’ai dit les mots » . Citadelle quitte la narration au profit d’une parole recentrée sur elle-même : la tournure biblique de Citadelle témoigne de ce souci de redonner toute sa place au langage ; c’est une célébration de la Parole.
La Parole s’oppose au langage qui s’avère « source de malentendus » . En effet, si Saint Exupéry opère une critique radicale du langage, il ne se résigne pas pour autant à se taire : « les obscurités de mon style comme la contradiction de mes énoncés n’étaient point conséquences d’une caution incertaine ou contradictoire ou confuse mais d’un mauvais travail dans l’usage des mots » .
C’est donc au langage usuel et habituel que Saint Exupéry songe lorsqu’il le déclare foncièrement inapte ; il convient alors de recourir à une langue autre que la langue courante - celle-ci étant en réalité perfectible par le travail du style : « c’est la qualité de ton style qui garantira seule la qualité de tes démarches » .
Pour Saint Exupéry, des mots les plus ordinaires et les plus quelconques, le poète peut faire jaillir l’émotion la plus intense par un emploi inventif - la mise en relation des mots : c’est ce qu’il appelle « l’opération divine » du style .
Cette « qualité du style » tant recherchée par Saint Exupéry s’est formée au contact de deux grandes figures : Gide, d’une part, qui apparaît comme une sorte d’aîné et de mentor et Breton, d’autre part, qui fait office d’anti-modèle - et dont nous avons mis en évidence le rejet très net de la part de Saint Exupéry.
Le refus du surréalisme ne s’arrête pas là cependant : Saint Exupéry va surtout construire et développer une théorie de l’image à l’exact opposé de celle que propose le surréalisme qui l’envisage comme un choc produit par la juxtaposition d’éléments opposés duquel jaillit l’étincelle poétique.
Au contraire, Saint Exupéry voit dans l’image la réunion de deux contraires qui réalise le système conceptuel : « l’image analogique se fonde sur la faculté à former synthèse, à réunir les diverses parties d’un tout » . L’image tire sa valeur non pas de l’un ou de l’autre des deux éléments conjugués pour la former, mais de l’univers nouveau qu’ils parviennent à créer. Ainsi, l’image de la rose comme « fête un peu mélancolique » englobe à la fois l’éclosion et l’état de la fleur qui se fane : il s’agit ici de la réunion de différents états en un seul univers qui fédère, unifie et subsume ces différents états.
Surgie des profondeurs de l’inconscient, l’image est « piège » et « civilisation où je t’enferme » : l’image révèle un ensemble de rapports, une structure de relations et affirme par là sa supériorité face au concept.
C’est pourquoi Saint Exupéry choisit très souvent d’associer des images aux développements didactiques dans le sens où ces dernières en éclairent les enjeux et perspectives, en complètent et en précisent le sens.
L’image prolonge en effet et commente le concept. Mais il ne s’agit pas d’une reformulation du concept sous une forme poétique, d’une répétition : l’image ne se contente pas de préciser le concept, elle le module. L’image permet de corriger l’imprécision propre à l’abstraction (qui est une généralisation).
Il y a donc une approximation progressive au plan de l’image par rapport à une fixation à peu près définitive de l’énoncé conceptuel qu’elle corrige - car l’image n’est jamais close sur elle-même mais doit se comprendre par rapport au décalage qu’elle introduit vis-à-vis du concept qu’elle complète.
L’image renvoie aussi aux dessins du Petit Prince, qui n’avaient encore pas fait l’objet d’étude à part entière et notamment dans leur rapport avec le texte. Nous avons montré qu’il s’établit une sorte de dialogue entre le texte et les dessins : le texte est à la fois commentaire et émanation du dessin, le texte va vers le dessin autant qu’il en vient, il lui préexiste et en découle en même temps ; quant aux images, elles sont illustrées par le texte et illustration de celui-ci. Un double mouvement inversé s’instaure alors : le texte renvoie aux dessins et les dessins renvoient au texte ; ce phénomène de va-et-vient leur permet de se compléter l’un l’autre : à la lecture linéaire et analytique se superpose le dessin, qui se présente comme une saisie d’ensemble, immédiate et synthétique. Le mode de fonctionnement du dessin apparaît donc ici similaire à celui de l’image poétique située dans le corps du texte, dans le sens où, consciemment ou pas, Saint Exupéry développe le caractère poétique non dans l’image ou le dessin lui-même mais dans la reformulation et le décalage éventuel qui est alors créé avec l’énoncé conceptuel ou textuel.
L’écriture cinématographique - à laquelle nous nous sommes intéressé avec l’étude du film Anne-Marie - révèle un phénomène similaire. Le film présente un caractère largement artificiel à cause de ce que nous avons appelé « surcommentaire récursif », c’est-à-dire à cause d’un phénomène d’insistance et de répétition en boucle des mêmes informations : les gestes deviennent ainsi un commentaire des dialogues, qui eux-mêmes commentent la situation - laquelle est parfois encore accentuée par la mise en scène, le jeu des acteurs ou la musique de fond. Tandis que tant l’image poétique que le dessin introduisent un décalage relatif par rapport à l’énoncé conceptuel ou textuel, dans Anne-Marie, à l’inverse, il semble bien souvent que les paroles ne font que redoubler l’image présente à l’écran, lui donnant ainsi un caractère redondant. Ainsi, si l’image finale du Petit prince, par exemple, constitue une interprétation de la scène et ajoute alors des informations au discours, en revanche, quand Anne-Marie déclare apparemment ravie « Que je suis heureuse ! », cela ne produit aucun décalage et n’apporte aucune information supplémentaire ; cette affirmation duplique et répète à l’identique le message visuel de façon verbale.
Enfin, Saint Exupéry qui professait une véritable passion pour la chanson a toujours été attentif au rythme et à la musicalité de ses textes. On constate alors que la parole exupérienne oscille entre deux pôles rythmiques : d’un côté, une expression courte et lapidaire ; de l’autre, un style ample et majestueux. Même si le premier se retrouve plutôt au début de son oeuvre, tandis que le second se développe plutôt vers la fin, notamment avec Citadelle, les deux sont le plus souvent mêlés selon une logique particulière : situées à des endroits souvent stratégiques du texte (comme l’ouverture ou la fermeture de chapitre, par exemple), on note la présence de sentences choc résumant et synthétisant l’enseignement - souvent sous forme d’alexandrins - et qui fonctionnent comme des balises attirant l’attention du lecteur. On découvre alors l’une des fonctions du rythme chez Saint Exupéry, qui est de mettre en valeur certains éléments. L’alternance entre périodes longues et périodes courtes permet de dégager l’essentiel : les périodes longues sont souvent consacrées à l’aspect narratif des choses, tandis que les périodes courtes font sens. L’alternance entre rythme long et rythme court reprend donc en fait exactement le même fonctionnement que celui que nous avons mis en évidence lors de l’étude de la fonction de l’image : à la manière du « concetto » du sonnet, l’aphorisme reprend un développement en lui rajoutant un supplément d’intensité, une nouvelle interprétation qui donne alors de la profondeur au propos.
Saint Exupéry développe ainsi une mystique du langage, qui - affirmant sa croyance en l’unité religieuse du monde - tend à réaliser le sacré par la formulation d’un système conceptuel articulant les contradictions des vérités incomplètes, provisoires et partielles, qui renonce aux opérations intellectuelles pour se confier plutôt à l’enchantement des images et leur pouvoir à conjuguer des éléments antinomiques et les réunir en un même univers, qui substitue au raisonnement logique la foi en la force de l’analogie, en la vertu des dessins et de la musicalité de la phrase, et qui remplace - en en espérant autant de rigueur et plus d’énergie créatrice encore - un langage usé et périmé par une expression d’ordre poétique.
Le Saint-Siège et l’Ordre de Malte au dix-huitième siècle
Samedi 10 juin 2006
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Gregory WOIMBEE soutient sa thèse de doctorat :
Le Saint-Siège et l’Ordre de Malte au dix-huitième siècle
En présence du Jury :
M. BARBICHE (Chartes)
M. BLONDY (Paris 4)
M. BÉLY (Paris 4)
M. VERGÉ-FRANCESCHI
Résumés
Malte devint au XVIIIe siècle le point de mire d’ambitions laïques et ecclésiastiques. L’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean, la congrégation de religieux militaires qui y régnait depuis 1530, tout en affichant l’image de milice pontificale née à Jérusalem, dut pour survivre au sein de la société des princes, ouvrir de nouvelles voies économique et politique. Le pape, son chef spirituel, avait à Malte depuis 1575, un représentant permanent, l’Inquisiteur, à côté du Grand Maître et de l’Évêque. Son rôle politique ne cessa ensuite de s’étoffer face à la promotion des regalia. Ce triumvirat d’étrangers devenus insulaires soumit le particularisme de l’archipel à la singularité des expressions politiques continentales.
The Prince and the Inquisitor. The political role of the Holy Office in Malta during the XVIIIth century.
In the XVIIIth century, Malta became the focal point of both secular and clerical ambitions. The Hospitaller Order of St John, a congregation of religious soldiers who had ruled there since 1530, had, while showing the image of pontifical militia born in Jerusalem, to invent new economical and political ways in order to survive within a society of princes. The pope, as their spiritual leader, had his own permanent representative in Malta since 1575, the Inquisitor, side by side with the Grand Master and the Bishop. His political role continued to increase with the advancement of regalism. This triumvirate of foreigners who became islanders subjected the peculiar situation of the archipelago to a unique form of continental political expressions.
Position de thèse
Mélange de rocailles et de vent, confins d’une Chrétienté crépusculaire, terre en apparence inapte que des hommes élurent pourtant pour domaine cinq mille ans avant Jésus-Christ et que l’histoire moderne consacra à la survie d’un ordre religieux de combattants chassés des Lieux Saints, Malte fut à l’époque moderne à la fois l’exil assombri de ceux qui avaient en tête le souvenir de Rhodes et la destination d’une nouvelle conquête, le pays d’une construction sociale, politique et religieuse. Entre Messine et Tripoli, au large du Maghreb et de la Sicile, l’archipel dessinait une frontière chrétienne qui séparait deux univers ou plutôt les faisait se rejoindre par une extrême capillarité. La crainte de cette irrépressible porosité animait les esprits qu’elle livrait à l’obsession de la définition et de l’identité. Malte ne se réduisait pas à la somme de ces interrelations, mais il est impossible de comprendre la capacité d’un territoire à transformer les hommes, à modeler et motiver leur action, sauf à explorer la série des liens qui s’y formèrent, le travail réciproque d’un sol et d’un soc, d’un sillon et d’une récolte et, pourrait-on ajouter ici, de dépêches diplomatiques, de princes et d’ambassadeurs prompts à représenter ces confrontations épidermiques.
Le premier août 1574, Mgr Pietro Dusina, sur l’ordre du pape Grégoire XIII, entra dans le Grand Port de Malte. Pendant quelques six mois, il sillonna l’île, arbitra, jugea, observa, incarna le vrai pouvoir, l’autorité légitime, la seule - du moins l’avait-on cru à Rome - qui pût restaurer la paix civile et religieuse dans le petit archipel concédé par Charles Quint. Ainsi la victoire inespérée d’un Ordre uni à un petit peuple grégaire lors du Grand Siège ottoman, en l’année 1565, n’avait-elle pas suffi à construire une nation ou à résorber les crises qui s’étaient multipliées depuis la donation des fiefs de Malte, Gozo et Tripoli, en 1530. L’Ordre perdait par anticipation une guerre politique qu’il devait conduire encore pendant plus de deux siècles, sans parvenir jamais à inverser durablement le sens de sa défaite originelle ou à en connaître autre chose que l’embolisme. La présence de l’envoyé pontifical, à la demande du Grand Maître français Jean de La Cassière en conflit avec Mgr Royas, l’Évêque espagnol de Malte, signifiait qu’il était incapable de se passer de pesants tuteurs, de gouverner son ordre comme ce fief d’irréductibles insoumis ; et elle le signifiait encore au XVIIIe siècle. D’autant que les rivalités nationales qui divisaient l’Ordre se transformaient en conflits de juridiction, puis en incidents diplomatiques et en crises politiques. L’ardeur que mirent les Grands Maîtres à réparer l’épisode de la visite apostolique, devint le leitmotiv caché des rapports entre Malte et Rome. Mais, c’est lorsqu’ils semblaient avoir atteint leur but, au cœur du Siècle des Lumières que la réalité se chargea de les détromper amèrement.
Pietro Dusina inaugura une longue série de soixante ambassadeurs du Pontife Romain qui se succédèrent sans interruption jusqu’en 1798. Ces délégués apostoliques étaient chargés de présider le tribunal de l’Inquisition romaine à Malte - fondé en 1561 et confié d’abord à l’Évêque diocésain - visages d’une bureaucratie des consciences, et dotés d’un réel pouvoir de gouvernement. Des étrangers peuplaient donc l’histoire de Malte qu’ils animaient par le jeu de leurs relations. Prélats italiens et religieux du vieux monde étaient conduits à un commerce politique qui les entraînait dans les antichambres et les cabinets des chancelleries européennes, tantôt à leur corps défendant, tantôt par de subtils calculs, et dont la concurrence se traduisait spatialement dans l’urbs melitensa. Les autochtones étaient les spectateurs souvent actifs de ce qui se passait entre le palais magistral et le palais apostolique. Mais ces colocataires du pouvoir n’étaient pas là pour les divertir, par leur présence, ils les faisaient entrer dans l’histoire moderne. Un autre rang de spectateurs, celui des chancelleries, assistait à des échanges qu’il provoquait, subissait, jouant des effets lissants ou grossissants de la diplomatie.
Etudier cette représentation pontificale, entrer dans son univers mental, évaluer sa contribution à la culture politique de Malte, c’est entrevoir déjà ce qui y demeure d’institutions englouties, c’est percevoir ensuite les rémanences que le quidam postmoderne respire aujourd’hui, un air où circulent en ordre dispersé de vieilles querelles, de vieux desseins, tous instaurateurs des mœurs politiques de l’archipel. Expirés d’un passé oublié, ils viennent rompre l’amnésie commune et purifier la mémoire d’une crédulité sélective. Les relations à Malte entre celui qui voulait en être le Prince et celui qui en était l’Inquisiteur révèlent un peu du mystère de l’île, de l’énigme des merveilleuses façades baroques que le visiteur découvre avec perplexité, lorsqu’il commence à deviner que ces vestiges le renvoient à l’âme d’une patrie constituée par accident, mais qui s’estime instituée par providence, à des abris pour les générations futures.
L’art politique à Malte se situait aux confins et au cœur du jeu européen des puissances, à la fois marginal et tonitruant, indépendant et inféodé, inculturé et colonial. Ses contemporains percevaient déjà la réalité maltaise comme incommensurable. Peu d’entre eux savaient la déchiffrer sans se perdre dans ses arcanes ou en comprenaient la signification historique. Ce qui passionne aujourd’hui celui qui en étudie les traces, c’est l’existence d’un débat où s’opposaient des perceptions, des concepts, des avenirs, c’est le devenir d’une conflictualité endogène et exogène, l’imbrication d’un sort collectif et de choix individuels, d’expressions qui naquirent de la situation exceptionnelle de Malte et où l’émergence subversive de formes modernes épousaient la prospérité de formes anciennes. Mais ici, les formes anciennes ne répondaient pas exactement aux formes modernes, les revendications nationales défendaient les vieux privilèges, celles des droits régaliens d’un pouvoir étranger tentaient de prolonger des droits bien plus archaïques. Les formes nouvelles ne s’épanouissaient à Malte qu’en proportion de vieux desseins. Elles étaient davantage là pour pérenniser l’ancien que pour construire du neuf. Dialectique du vin nouveau et des vieilles outres ou subversion moderne inversée, c’est l’histoire d’une modernité corrompue pour la survie d’un héritage commun mais conflictuel. Un Ordre religieux et militaire habité par un idéal qu’il ne pouvait plus vivre que par la procuration de rites et d’honneurs suggérant son antique mission sacrée de milice nobiliaire et pontificale, se retrouvait aux marches du continent, trop près pour être vraiment indispensable, mais encore trop exposé aux crises de la Méditerranée pour être inutile.
Sa relation avec la papauté était la matrice de ses propres difficultés internes. L’Inquisiteur, qui représentait le pape à Malte, en était le témoin. Témoin et acteur privilégié des relations de deux sociétés universelles enlisées l’une et l’autre dans la politique du particulier, dans les expédients du système des alliances européennes, de la politique italienne des Cours, il observait un Ordre lui-même incertain et divisé, parfois sinon souvent mercantile, ruiné par les dissentiments de ses membres, habile négociateur dans le collège des Princes, rompu à une diplomatie à laquelle il devait et son salut et sa ruine. Mais survivre n’est pas vivre. De la traditionnelle difficulté des Grands Maîtres à maintenir l’unité de l’Ordre émergea un mouvement de plus en plus spectaculaire pour représenter et réhabiliter l’unité perdue, l’élaboration d’une via monarchica qui tendait à faire de l’Ordre une principauté souveraine. Or, le représentant du Pape à Malte était le chef romain d’une administration de Maltais, défenseur de la foi, protecteur des privilèges de l’Église, de tout ce que les Maltais conservaient depuis que leurs anciens privilèges municipaux avaient été réduits par les nouveaux possesseurs de l’île. L’Inquisition devenait l’instrument d’une opposition locale embryonnaire et constante et puis, lorsque des membres de l’Ordre, qui étaient aussi les nationaux et les « régnicoles » de puissants souverains catholiques, Madrid, Versailles ou Vienne devenaient les acteurs de l’histoire insulaire. Le suzerain de l’île, le Roi de Sicile, accroissait encore un peu plus la confusion des genres et l’échauffement prévisible des esprits.
Le soubresaut le plus anodin avait un potentiel politique considérable. Tacite et Machiavel faisaient inévitablement partie des relations entre les Romains et les Hiérosolimitains. Le Prince-Grand Maître et l’Inquisiteur représentaient une coïncidentia oppositorum. L’Inquisiteur était lui-même pris entre l’ordre qu’il était venu réformer et surveiller et le désordre qu’il y provoquait, entre sa fonction politique et sa fonction religieuse, entre le rôle que lui fixait la Curie et l’emploi qu’en faisaient les Maltais. Officiellement en paix avec le Prince, mais toujours en état d’alerte, entre les accommodements prudentiels et l’esprit de rébellion, entre l’Evêque, le Prieur conventuel de l’église conventuelle de l’Ordre, le Grand Maître, le clergé et la noblesse maltaise, il avait à défendre une frontière qui n’avait pas la netteté d’une ligne bien dessinée.
Comprendre Malte conduit naturellement sur la piste de son Inquisition. Une nation se définit tout autant par ce qu’elle doit oublier que par ce qu’elle doit se rappeler. Il est frappant de voir qu’à Malte, l’Inquisition oscille aujourd’hui entre folklore et tourisme, et cela en dépit des efforts des historiens. Bien de consommation touristique, elle est rarement présentée ou perçue comme un élément essentiel de l’identité maltaise. Ses archives accessibles depuis une quarantaine d’années ont été parcourues et utilisées mais sans que l’institution elle-même n’apparaisse comment proprement maltaise. On la présente généralement comme un énième pouvoir étranger, cette fois imposé par Rome, une des pièces du puzzle colonial. Elle est cette institution par laquelle on connaît et définit l’identité, mais qui n’entre pas elle-même dans la définition de cette identité. A Malte, l’érudition ecclésiastique des années soixante s’en est tenue à des descriptions sommaires et moralisantes, tandis que la première génération d’historiens scientifiques des années quatre-vingt dix a situé l’Inquisition généralement dans les schémas classiques des écoles libérale et marxiste. Soit elle est un obstacle aux Lumières et il faut découvrir l’existence d’un mouvement de réformateurs à Malte, ce qui n’a rien d’évident en soi ; soit on dresse un catalogue de crimes et délits poursuivis par le tribunal et s’en tient alors à une somme statique d’incriminations impossible à mouvoir dans le flux de l’histoire. Ces ouvrages manquent à la fois de perspective et de spécification, soit parce qu’ils recherchent à Malte ce qu’ils ont vu partout ailleurs, soit parce qu’ils s’en tiennent à la description de Malte sans remonter aux causes politiques. La réticence que l’on a à intégrer une institution dans le récit des origines, ne peut faire oublier que le Saint Office romain, en raison de sa présence, de son action, de sa durée, constitue un élément de l’identité de Malte ; sa juridiction en épousa les mœurs, il était naturel que Malte en reçût certaines attitudes.
Les Maltais ne dépassaient leurs divisions internes et leur caractère factieux que par une animadversion commune envers l’Ordre. En 1776, l’Ordre faisait état d’au moins six projets de révolte depuis 1760. Les lois restrictives en matière de chasse furent à l’origine de la rébellion cléricale en 1775. Beaucoup d’observateurs étrangers contemporains soulignèrent l’hostilité des Maltais pour l’Ordre. Leur jugement était-il objectif ? Servait-il à alimenter les poncifs de l’époque contre les ordres religieux ? Quoiqu’il en fût, il y avait derrière les réactions des privilégiés la maturation d’un autonomisme maltais.
Nous avons voulu étudier le poids de cette présence politique du Saint Office, parce qu’il fut intimement lié aux relations internationales et aux questions diplomatiques, d’abord parce que l’institution elle-même fut au centre des relations entre l’Ordre et Rome, ensuite parce qu’elle en fut l’instrument et l’acteur. L’enracinement local de l’institution éclaire la question du rapport entre le centre romain et la périphérie maltaise et celle des rapports entre les différents « maîtres » de l’île, véritables instances « souveraines », avec leurs potentats, leurs patentats, leurs partisans et leurs opposants. Le Saint Office était un vecteur de l’identité et de la culture maltaises, comme pouvoir de coercition et de contrôle, expression de la majorité, mais également comme défenseur plus ou moins volontaire d’une minorité politique qu’il contribua à épanouir. Ce Saint Office était aux mains d’un membre de la curie romaine partagé entre les impératifs de la Carrière, les instructions des dicastères romains et la personnalité de sa propre administration. Dès lors, ses échanges avec le Grand Maître figurent pour nous le révélateur excellent de la solution monarchique que nous mentionnions plus haut.
Cette quête monarchique du chef d’un Ordre international qui se considérait lui-même souverain, ne pouvait se faire à l’abri des cours européennes non plus que les vicissitudes émancipatrices des sociétés occidentales qui les érigeaient progressivement en nations. Ce sont ces rapports entre une papauté affaiblie au XVIIIe siècle, mais vigilante, et un Ordre fragile, mais ambitieux, que nous nous sommes proposé ici d’étudier, faisceaux complexes d’un lien qui seul échappe à la contingence des événements. A l’historien de faire la part entre les desseins d’un Ordre religieux et les impératifs des bouleversements idéologiques, de mettre à nu, à travers les négociations politiques, traversées par autant de débats philosophiques, l’obsolescence des institutions traditionnelles et l’efflorescence de nouvelles autorités, politiques ou morales. Mais dans ce cas comme toujours, l’homme nouveau qui apparut ne fut jamais pur des formes anciennes qui le maintenaient à son corps défendant relié à ses vieilles attaches.
Mais l’instinct de survie, qui était sans doute le propre de l’Ordre de Saint Jean et qui le porta tantôt vers le passé, tantôt vers l’avenir, n’est pas le seul aspect à considérer. Il eut aussi des choix à faire et une politique à mener et la voie qu’il emprunta n’était ni la seule, ni la plus évidente. Les Grands Maîtres du XVIIIe siècle ne craignaient de le faire sans manquer d’intéresser et d’alerter toute l’Europe au sort de leur Religion. La papauté, elle-même conduite à de semblables angoisses, ne put ni ne voulut s’y opposer pour autant que l’agitation de l’Ordre ne la heurtât pas. Mais, cette république ecclésiastique répugnait à devenir la Civitas catholica dont elle rêvait, pour revendiquer un Inchoative dans l’Europe dessinée par les traités d’Utrecht et affirmer son Prince. C’est ce qu’elle fit avec toutes les armes de la diplomatie, fragile édifice présenté aux regards parfois amusés ou abusés des cours européennes, et soumis à la vigilance du ministre pontifical ou aux appétits du ministère napolitain.
Le XVIIIe siècle fut au confluent d’une critique radicale et d’un conservatisme qui ne le fut pas moins. Les puissances politiques ne furent jamais des entités monolithiques, mais des constructions complexes où l’essentiel n’était pas toujours clairement distingué de l’accessoire. Cette double confluence de l’innovation et de la conservation, de l’essentiel et de l’accessoire fut paradoxale ; tout comme Malte, microsociété perméable à tout ce que l’Europe produisit au XVIIIe siècle d’opinions, de conflits, arrimée aventureusement aux grands débats de son temps. Dans et hors de l’« ecclésiosphère » pontificale, elle les accueillait avec effervescence, non sans heurts avec la réalité. Mais si les opinions ne font pas la réalité, elles la font évoluer de façon imprévisible mais irréversible. A l’historien d’étudier cette porosité et de retracer l’itinéraire et les contours d’un crépuscule, d’analyser un lexique diplomatique, un apparat représentatif qui semble attester d’une désacralisation de l’univers européen devenu théâtre des puissances et de la mise en place d’un nouvel ordre public, ordre dualiste qui sépare Église et société temporelle. Malte fut l’enjeu de cette confrontation entre le punto della religione et le politico, entre le projet romain d’une repubblica cristiana et celui de l’Ordre, tenté de briser le lien existentiel et ancestral qui l’unissait au Pape.
Le Saint Office fut à la fois l’objet et le sujet des relations diplomatiques entre l’Ordre et le Saint-Siège : objet contesté et sujet imposé, le Grand Maître n’ayant jamais admis l’idée d’un Délégué Apostolique permanent et la nécessité d’une administration directe de la Curie romaine. Puis, à partir de 1760, la dimension spéculaire des relations entre Rome et Malte laissa la place à une réflexion plus générale sur la liberté de l’Église, liberté affirmée contre le Grand Maître par Rome comme principe de sa propre nature, liberté revendiquée à Malte comme principe de sa propre autonomie nationale. De même que la politique du Grand Maître s’était greffée dangereusement sur le régalisme des princes, celle de l’Inquisiteur se juxtaposa habilement sur les revendications maltaises. Le pouvoir était à la fois une question de représentation et une question d’autonomie. Cette dialectique de l’image et de la loi fournissait à Malte la forme des conflits tandis que les conflits d’intérêts particuliers en donnaient la matière. Le problème de l’image fut dominant à l’époque du Grand Maître Pinto tandis que celui de la loi le fut à l’époque du Grand Maître Rohan.
S’il fallait définir le rôle exact du Saint Office à Malte, on pourrait dire qu’il constitua un pôle d’attraction et de répulsion en face du Prince et que l’opposition qu’il créa imprima un mouvement, une dynamique artificielle mais réelle. Dans cette conflictualité s’affirmaient autant le complice que l’adversaire. Le Saint Office de Malte fut un medium politique par excellence. Medium in quo d’abord, l’espace, le medium quo ensuite, l’expression. Derrière le caractère statique d’une institution de contrôle subsista la forme dynamique d’une conflictualité dans et par laquelle émergeait la stratégie, par la stratégie le pouvoir et par le pouvoir la nation. Cela revient à définir le Saint Office comme un objet culturel de l’identité maltaise, c’est-à-dire comme une expression significative qui est audible, visible, tangible, une signification partagée et incorporée dans une forme historique. Le Saint Office raconte en effet une histoire. Mais son statut est le résultat d’une décision analytique que nous faisons comme observateurs, qui n’est pas intrinsèque à l’objet lui-même. C’est la signification qui fait l’objet culturel. Peut-on à partir de l’histoire qu’il raconte découvrir la signification du Saint Office ? Non pas véritablement en fait. Il faut pour cela une structure que son histoire ne peut épuiser, celle qui unit des émetteurs aux récepteurs, des objets au monde social que forment des modèles, des besoins et qui déterminent des époques. Au moins aura-t-on constaté que les seuls facteurs matériels ne pouvaient suffire à expliquer les comportements sociaux, ni les comportements sociaux épuiser la signification des institutions. Les hommes ne sont pas seulement des acteurs rationnels, ils produisent des significations en manipulant des symboles. L’étude du Saint Office comme objet historique est un préalable à celle du Saint Office comme objet culturel, la présente étude appelle donc à cette seconde opération, à la découverte de réseaux de significations incorporés en symboles. Ici, la dimension politique du Saint Office a permis d’échapper à une systématique fonctionnaliste qui réduit les institutions à des besoins et néglige leur influence propre dans l’organisation de la culture. Le rôle politique du Saint Office montra que ce dernier ne fut pas seulement le produit de son époque, mais comment il agit sur son époque, comment il la produisit. Le Saint Office n’était pas le miroir de la société, au sens où on pourrait la voir telle qu’elle était dans le secret de ses archives. Il n’était pas non plus le reflet immédiat d’un monde social, l’œil de son époque, mais il en fut la médiation, la réflexion, un reflet sur la société plutôt qu’un reflet de la société. Autrement dit, il ne fut pas tant le révélant historique de la situation politique que la réflexion politique sur une situation historique, et une réflexion active, autrement dit, une stratégie.
Le rôle politique du Saint Office à Malte au XVIIIe siècle fut donc une forme d’ingérence à prétention régulatrice, mais plus d’un discours ou d’un langage que d’un fait. Il organisa la censure de l’image politique que se donnèrent les Grands Maîtres au XVIIIe siècle, au risque d’affaiblir leur autorité réelle. Cette fonction régulatrice de l’image et des significations symboliques expliqua la durée d’une institution qui construisit sa propre image et sa propre signification symbolique sur la garantie que lui offraient sa mission au service de la foi et sa représentation au service du pape. Comme a tenté de le montrer cette étude, s’il faut distinguer juridiquement l’ « inquisitorat » de la délégation apostolique, il est impossible de le faire dans l’événement que représenta leur concaténation. Prise concrètement et intégralement, la réalité du Saint Office résida dans l’unité personnelle des Inquisiteurs et ne peut aujourd’hui plus être réduite à ceci ou à cela, à un instrument de contrôle et d’oppression, à un pur effet du centralisme romain ou à un reflet de la société, dès lors qu’on a montré qu’elle était aussi l’outil concret d’analyse, de perception et de communication politiques ainsi que d’une conscience nationale, là où l’Inquisiteur était aussi le berceau du Prince, là même où il prétendait y établir son trône. Là où se tenait le poids de l’autre, de ce qu’il représentait, de son image d’administration étrangère, de son propre honneur, de sa propre carrière put mûrir, dans une sorte d’étonnement, le troublant édifice de la contestation. Rôle de subversion donc, mais implicitement et uniquement par le jeu des événements et des héritages. Le rôle du Saint Office s’appuya donc sur une double stratégie politique : tout en vivant de l’opinion majoritaire, elle ne survécut que grâce aux minorités contestataires dont elle fit croître la culture et tenta de s’approprier le crédit.
Dans les préliminaires (« Terra incognita-terra nuova ») et la première partie (« Malte, Cité-Eglise »), synchroniques, nous avons souhaité mettre un peu d’ordre dans le « complexe » maltais, identifier les acteurs (le Grand Maître, l’Evêque, l’Inquisiteur), les institutions (l’Ordre, le Saint Office, le Saint-Siège, les Etats), les documents d’archives (Mdina, La Valette, Rome, Vatican, Paris), notre manière de les « faire parler » et nos choix historiographiques, en somme de préciser l’objet de notre recherche (le rôle politique du Saint Office) et la perspective (politico-religieuse) de notre démonstration. La suite est diachronique. Elle respecte la succession des événements saillants de l’archipel dans la concaténation des incidents diplomatiques, sorte de phénoménologie politico-religieuse. La deuxième partie (« La diplomatie des paravents ») qui couvre le règne du Grand Maître Manoel de Vilhena (1722-1736) et s’étend à la première partie de celui de Pinto da Fonseca jusqu’en 1755, correspond à une phase d’ascension diplomatique du Prince et de fragilisation politique du Saint Office. La troisième partie (« L’Inquisiteur, rempart contre le Prince ») qui couvre la deuxième partie de son grand magistère (1755-1773) est marquée par l’apogée trompeuse des droits du Prince et le réveil politique de l’Inquisiteur. Dans la quatrième partie (« Les libertés maltaises »), qui va de 1773 à 1798, la défaite politique apparaît derrière le succès diplomatique et l’héritage de Pinto apparaît bien précaire. La crise de 1775 confirma contre toute attente une éphémère renaissance politique de l’Inquisiteur et l’engagement d’un conflit idéologique de moins en moins feutré.
Le sens de la musique 1750-1900, contribution à une histoire de la représentation
Mardi 27 juin 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Quinet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Violaine ANGER NOLDUS soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Le sens de la musique 1750-1900, contribution à une histoire de la représentation
En présence du Jury :
M. BARTOLI (Paris 4)
Mme DIDIER (ENS)
M. FUBINI
M. LACOMBE (Rennes 2)
M. MEEUS (Paris 4)
Le sentiment national dans les chansons populaires historiques grecques modernes
Samedi 2 avril 2005
9 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Escalier A
46, rue Saint-Jacques
Paris 75005
Mme Marie Thérèse CHAMINADE soutient sa thèse de doctorat :
Le sentiment national dans les chansons populaires historiques grecques modernes
En présence du Jury :
M. BLONDY (Paris 4)
M. BOUCHET (Nice)
Mme MOSER-KARAGIANNIS (Bonn)
M. SAUNIER (Paris 4)
Le serment promissoire dans les chansons de geste des onzième et douzième siècles
Samedi 26 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Elise DURR soutient sa thèse de doctorat :
Le serment promissoire dans les chansons de geste des onzième et douzième siècles
En présence du Jury :
M. THOMASSET (Paris 4)
Mme DUCLOS (Bordeaux 3)
M. SOUTET (Paris 4)
Mme KOLTER (Nice)
Résumés
Acte conventionnel à fonction sociale, le serment signale et sanctionne l’entrée de l’homme dans une société. On conçoit alors l’importance du serment dans le régime féodal, tout entier fondé sur les liens personnels, dont la force repose précisément sur leur nature juridique. Le serment apparaît en effet comme la seule modalité de l’engagement apte à intervenir dans le domaine juridique. La valeur de loi originellement attribuée au serment relève de sa dimension sacrée : en prêtant un serment promissoire, l’homme engage sa foi et se voue à accomplir ce qui a été juré au nom de Dieu. Le futur ainsi pré-dit perd toute sa contingence pour répondre à la seule logique de la nécessité : le locuteur d’un serment promissoire abolit le futur en même temps qu’il le profère. Un examen attentif des serments promissoires dans les cinq chansons de geste qui composent notre corpus nous permettra d’appréhender le paradoxe que découvre la curieuse performance juratoire.
Conventional act of high social significance, oath is both a sign and a ratification of man’s becoming part of a society. Il is thus easy to understand the importance of oath in the feudal system which is totally based on personal bonds and which strengh precisely lies in the juridical nature of these bonds. Indeed, oath proves to be the only possible form of commitment in the juridical sphere. The fact that oath was from the origins on equivalent to law derives from the sacred dimension of oath ; when taking the promissory oath, man commits his faith as well as he commits himself to achieving what was sworn in the name of God. No longer contingent, the thus predicted future fits the sole logic of necessity ; the speaker of a promissory oath abolishes future at the same time he utters it. Scrutinizing the instances of oath taken from the five chansons de geste which make up the corpus will make it possible to investigate the paradox held in this rather unique juratory performance.
Position de thèse
Présentation
Le serment est un phénomène humain tout à la fois élémentaire et complexe, qui semble être de tous les temps et appartenir à toutes les cultures : élémentaire parce qu’il régit les rapports sociaux de nombreux peuples, complexe en raison de son apparente universalité, de la diversité des cultures dans lesquelles il apparaît.
Par son caractère sacré, qui le distingue de toutes les autres modalités de l’engagement, le serment s’ancre dans le domaine juridique : dès l’instant où il est prononcé, le serment instaure un état de droit, dans la mesure où il crée des devoirs et donne des droits : devoir de respecter ce à quoi on s’est engagé, droit d’exiger de l’autre qu’il respecte sa parole. Le serment a valeur de loi, puisqu’il dit ce qui doit être, qu’il pose ou fixe ce qui est permis et ce qui ne l’est pas dans un champ particulier.
Le serment est très tôt un élément constitutif du droit naissant, et par là même un facteur de cohésion sociale, puisqu’il va peu à peu prendre une place essentielle dans les rapports entre les différentes couches de la société. On conçoit alors l’importance du serment dans le régime féodal, tout entier fondé sur l’oralité et les liens personnels - liens dont la force repose précisément sur leur nature juridique. Le rôle politique et social qu’a joué le serment à cette époque nous a incitée à nous pencher sur les chansons de geste, dans la mesure où celles-ci reflètent l’ordre social régissant les rapports entre les hommes.
Corpus
La Chanson de Roland, La Chanson de Guillaume, Le Couronnement de Louis, Le Charroi de Nîmes et La Prise d’Orange, textes écrits entre le XIe siècle et la fin du XIIe siècle, relatant des événements datant de la fin du VIIIe siècle et le début du IXe siècle, marquent l’avènement de la féodalité et, en cela, se présentent comme le lieu privilégié pour étudier la figure du serment : élément structural déterminant de cette société, le serment s’impose avec une force que les chansons de geste restituent dans toute sa complexité.
Problématique
Bien que le serment assertif soit largement représenté dans notre corpus, nous pensons que seul le serment promissoire porte en lui les motifs des bouleversements qui ont marqué le Moyen Âge des XIe et XIIe siècles : requis lors des cérémonies d’adoubement et de liens vassaliques, intervenant en contexte juridique ou guerrier, il est au cœur des rituels qui fondent la féodalité et en signale les tournants. Mais surtout, par son principe même, le serment promissoire soulève une difficulté qui a suscité notre intérêt. Le serment assertif et le serment promissoire sont deux actes de langage bien distincts : si la parole donnée au présent donne lieu à un consentement en acte, la parole donnée au futur constitue une obligation en acte. A cet endroit, il est établi que c’est la sincérité du jureur, et non les faits sur lesquels se porte l’engagement, qui reçoit le témoignage de Dieu. Si l’on admet que l’obligation vient exclusivement du caractère présent de l’acte de parole, en quels termes peut-on penser la performance du serment promissoire ? L’écart que ce type de serment creuse entre le temps de l’énonciation et le temps de l’énoncé semble en effet interdire toute contemporanéité entre le dire et le faire et, par là même, toute forme de performativité.
Or, il apparaît qu’en prononçant un serment promissoire, l’homme marque de manière décisive le temps de l’énonciation de la parole donnée, inaugurant ainsi une nouvelle temporalité qui s’achèvera avec la réalisation du serment prêté. Dès lors, le serment promissoire découvre une dimension éminemment temporelle : la parole donnée, depuis son énonciation jusqu’à son accomplissement, pose les bornes d’une histoire dont le cours est tout entier assujetti à ces loi-pré-dites.
Dans cette partition temporelle inédite, la prédiction solennelle et sacralisée d’un futur imposé opère nécessairement une rupture dans la stricte chronologie, et provoque un bouleversement des repères et des mesures temporels communs. Devant une telle complexité, nous sommes amenée à interroger plus avant la définition du serment promissoire. Pour cela, il convient d’appréhender les particularités de la configuration temporelle propre au serment promissoire, configuration d’autant plus exceptionnelle qu’elle est essentiellement associée aux traits fondamentaux de sincérité, de vérité, d’engagement, de parole et d’acte.
Composition
Par souci de rigueur, nous avons choisi d’asseoir notre réflexion sur l’examen des Serments de Strasbourg, apte à nous fournir les repères fondamentaux de notre étude et, notamment, d’analyser avec plus d’acuité les occurrences de serments promissoires que nous avons relevées dans notre corpus.
Le classement que nous avons adopté repose sur une distinction essentielle, qui oppose les serments promissoires « ritualisés », dont l’énoncé comporte une formule rituelle d’invocation divine, et les serments promissoires « non ritualisés », exempts de ce type de formule. La très nette supériorité numérique des serments non ritualisés sur les serments ritualisés fait écho à la stratégie de l’Eglise visant à écarter le serment du domaine magique dont il est issu. Au cours de l’époque médiévale, le serment tend en effet à se déparer de tout ce qui pourrait apparaître comme trop ostensiblement sacramentel. Les signes extérieurs sont ainsi dévalorisés au profit d’une attention plus vive portée sur l’intériorité du jureur - lieu où se fait, en première instance, l’échange de la parole donnée. C’est de cette intimité privilégiée entre l’homme et Dieu que procèdent la valeur et la force du serment. Parole donnée à Dieu, le serment est reçu par les hommes comme une parole efficace qui réalise instantanément une véritable performance. L’efficience de la parole juratoire - d’autant plus exceptionnelle qu’elle porte sur le futur, nous invite à examiner la performativité propre à cette pratique langagière.
Suivant en cela Austin, nous considérons que les performatifs explicites représentent un cas particulier dans l’ensemble des énoncés performatifs. A l’instar de Récanati, nous inclinons à différencier les performatifs explicites qui dénotent l’accomplissement d’un acte sanctionné et ceux qui dénotent l’accomplissement d’un acte de parole. Bien que tout naturellement portée à classer les énoncés de serments promissoires dans la première catégorie, à côté de la promesse, un examen plus scrupuleux nous a conduite à la conclusion que l’acte juratoire n’a de pertinence que pour autant qu’on l’identifie comme un pur acte de parole. C’est au prix de cette conversion référentielle que l’état de choses impliqué par le serment est présenté par le locuteur et reconnu par le destinataire comme étant effectivement réalisé du seul fait de son énonciation. Certes, le caractère promissoire de ce type de serment induit la prise en compte du comportement futur du jureur ; mais, à la différence de la promesse, le serment promissoire répond à une logique particulière qui ébranle les repères de la stricte chronologie. Cette logique, par laquelle le futur, posé comme infaillible, éclaire décisivement tout le spectre temporel, écarte tout ce qui relève de la contingence pour ne retenir que ce qui est de l’ordre de la nécessité.
Le serment s’inscrit donc dans le temps avec une profondeur qui n’est pas exempte de complexité. Cette complexité, qui se traduit par un brouillage des repères chronologiques, s’explique, sur le plan linguistique, par la forte incidence des valeurs aspectuelles sur les valeurs temporelles. Dès lors, il apparaît que le temps mis en œuvre par le serment promissoire ouvre sur une temporalité dont l’appréhension nécessite une prise en compte plus fine de la représentation et de la perception du temps.
L’examen des performatifs, question a priori purement linguistique, nous conduit à envisager les données du monde extra-linguistique et, plus spécifiquement, de la société médiévale occidentale. Temps représenté, temps vécu, temps cyclique ou temps biblique : autant d’étalons avec lesquels nous devons prendre les mesures du temps « juratoire ».
La prise en compte de la temporalité met en lumière le rôle fondamental de la subjectivité dans la représentation du temps. Seule une prise en compte de cette théorie permet de saisir la pertinence du serment promissoire dont l’existence, autrement, confinerait à l’absurde. Linguistique et métaphysique conjugent ici leurs talents réciproques : l’énoncé d’un serment promissoire découvre des éléments d’ordre linguistique qui, le temps précis de son énonciation, ouvrent une brèche dans l’univers objectif et remotivent l’expérience subjective du temps qui sera, en cet instant unique, communément éprouvée et partagée par les seuls acteurs de cette prestation.
La subjectivité inhérente au serment promissoire fait signe vers la personne du jureur, vers ce « je » sur qui repose, in fine, la parole donnée, et dont il convient de sonder l’épaisseur.
Le serment, en tant que lieu privilégié entre l’humain et le divin, porte en lui les motifs de l’évolution de l’image du sacré et, de fait, révèle un changement de l’image de l’homme. L’étude du serment promissoire dans les chansons de geste nous a permis de mettre en évidence le rôle du serment dans l’essor de l’individualité. Il est aisé de constater que les valeurs individuelles ont peu à peu supplanté les valeurs collectives et religieuses ; et c’est précisément au XIIe siècle, avec l’apparition de l’ordre des chevaliers et l’ethos profane qu’il promulgua, que cette évolution a été lancée.
La société féodale, marquée par les effets tout autant conjugués qu’opposés du christianisme et de la chevalerie, voit affleurer les premiers germes de ce que l’on appellera la « subjectivité moderne ». Si, à cette époque, la dignité conférée par la prestation d’un serment promissoire renvoie en majeure partie à un ordre défini par des critères extérieurs, on a pu voir, à travers certains serments prononcés par Roland et Guillaume, une aspiration à une nouvelle forme de dignité - celle par laquelle l’homme, en faisant l’épreuve de sa liberté, tout à la fois affirme et justifie son statut de sujet.
Le signifant espagnol QUE : quel signifié ?
Samedi 3 décembre 2005
9 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 223
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Carmen NUNEZ LAGOS soutient sa thèse de doctorat :
Le signifant espagnol QUE : quel signifié ?
En présence du Jury :
Marie-France DELPORT (Université Paris IV-Sorbonne)
André THIBAULT (Université Paris IV-Sorbonne)
José-Luis GIRÓN ALCONCHEL (Universidad Complutense de Madrid)
Francis TOLLIS (Université de Pau)
Résumés
Le but principal de ce travail est la recherche d’un signifié unique au signifiant espagnol [ke]. Après une analyse contextuelle détaillée des structures, nous faisons l’hypothèse que son signifié contient : un argument « apport » de type propositionnel, qui tire en discours son identité à partir du segment à droite de QUE ; un argument « support » configuré par un « être virtuel neutre », pouvant être actualisé en discours par une entité compatible avec la neutralité et avec la détermination de l’« apport » ; enfin, un mouvement d’incidence qui verse l’« apport » sur le « support ». Les variations contextuelles tolérées par QUE et les effets de sens qui découlent de son fonctionnement fournissent les paramètres pour une nouvelle classification contextuelle des structures avec QUE.
Mots Clés : espagnol, QUE, syntaxe, sémantique, conjonction, pronom, contexte, prédication.
Position de thèse
Il n’est guère difficile d’observer, pour peu que l’on soit familiarisé avec la langue espagnole, l’immense parti que le locuteur hispanophone tire du mot QUE [ke] dans la construction du discours. Sa forme dépouillée et son comportement syntaxique peu discriminant laissent présager un signifié de mince compréhension. Seul ou flanqué d’une préposition, il apparaît comme outil privilégié de mise en relation dans le mécanisme d’intégration phrastique ou énonciative : p. ex., QUE en subordination relative, complétive, comparative, circonstancielle ; QUE (tonique : qué) en interrogation et exclamation.
Ce ne sont là pourtant que quelques-uns de ses emplois les plus couramment répertoriés. Or, comme il arrive souvent lorsqu’il s’agit de classifier un mot syntaxiquement versatile, auquel on ne reconnaît pas de capacité référentielle propre, les notions d’homonymie, de polysémie, se révèlent immédiatement d’un grand secours. C’est ainsi que les auteurs multiplient usuellement les différentes catégories que la forme est censée épouser tour à tour afin d’expliquer sa présence dans les différents contextes syntaxiques. Au partage de QUE entre les catégories fonctionnelles de « pronom » et « conjonction », selon le cas (et selon les auteurs) s’ajoutent des critères sémantiques, voire interprétatifs, qui ne proviennent pas seulement de QUE mais de l’ensemble de la structure dans laquelle il s’insère. Ainsi, QUE est « conjonction complétive », « conjonction comparative », « conjonction consécutive », « pronom relatif », « pronom interrogatif », « pronom exclamatif ».
En outre, QUE se voit attribuer dans chacune de ses catégories la capacité de changer catégoriellement −en nom, en adjectif, en adverbe− la proposition qu’il introduit. Ce mot est donc censé opérer des transferts catégoriels de nature différente, qui expliquent le fait que la proposition qu’il précède puisse s’intégrer dans une autre prédication. Cependant, se pose le problème, à notre avis insurmontable, de prouver l’équivalence fonctionnelle et catégorielle d’une proposition avec un nom, un adjectif ou un adverbe. À nos yeux, le recours aux phénomènes de « nominalisation », d’« adjectivation », d’« adverbialisation » apparaît comme une solution ad hoc, plutôt que comme une véritable explication du fonctionnement et des propriétés intégratrices de QUE. Enfin, ce principe de translation rencontre des limites lorsqu’il s’agit de l’appliquer à la description des propositions comparatives, interrogatives ou exclamatives directes et « indépendantes », pour ne citer que les cas les plus évidents.
Dans le présent travail, nous nous sommes écartée de cette démarche classificatoire, à nos yeux, peu explicative, pour nous tourner vers la recherche en QUE d’un signifié homogène et unique, qui puisse rendre compte de son fonctionnement dans tous ses emplois.
Un tel travail a nécessité la prise en compte d’un nombre aussi large que possible d’occurrences de QUE, à réalisation discursive atone et tonique. Cependant, les diverses occurrences de ce mot n’ont pas été considérées comme autant de signes [ke] et de catégories différents mais, contrairement aux descriptions habituelles, comme des variantes contextuelles que son signifié autorise. À cet égard, la tonicité dont se voit affecté QUE dans certaines structures a été analysée comme une marque supra-segmentale, et n’a pas eu pour nous de valeur discriminatrice de deux signes QUE.
Par une première analyse concernant les structures avec QUE traditionnellement répertoriées, nous avons cherché à définir la nature des constituants que ce mot rassemble, ainsi qu’à préciser les effets sémantiques qui résultent de leur mise en relation. Ainsi donc, après une délimitation contextuelle des structures nommées « complétives », « relatives », « comparatives », « interrogatives » et « exclamatives » (« directes » et « indirectes »), nous avons dégagé des constantes dans le comportement de QUE qui ont été introduites dans la description de son signifié. Nos résultats ont ensuite été mis à l’épreuve et confirmés par l’analyse d’autres constructions qui échappent à une classification selon les critères grammaticaux habituels (p. ex. la structure avec « hace tiempo QUE... », les « relatives emphatiques », les « relatives explicatives », les « superlatives relatives », les propositions « indépendantes » avec QUE).
Nous faisons l’hypothèse que ce mot est constitué en langue de trois éléments : deux postes ou arguments, possédant une configuration sémantique particulière et un mouvement d’incidence qui les réunit. Schématiquement, nous avons résumé l’identité de son signifié comme suit :
PRÉSENTATION SCHÉMATIQUE DU SIGNIFIÉ DE QUE
Mouvement d’incidence
Être virtuel Représentation
neutre propositionnelle
support apport
QUE exige que le poste « apport » soit occupé par une entité sémantique de type propositionnel (une « représentation mentale »), dont l’identité sera seulement connue en discours. L’information permettant d’obtenir une telle représentation est alors tirée du segment situé à droite de QUE. L’autre poste, le « support », est configuré en langue par une entité sous-définie sémantiquement, que nous avons appelée « être virtuel neutre » en nous inspirant des travaux de F. Tollis. En discours, le support est susceptible d’être pourvu par une entité. Celle-ci doit être compatible avec la neutralité du support qui l’accueille et avec une détermination de type propositionnel.
Ces conditions, somme toute peu discriminantes, expliquent que la nature discursive du support soit extrêmement variée. Celle-ci recouvre une vaste gamme d’entités discursives plus ou moins abstraites : elles peuvent aller d’une place d’objet ou de sujet impliquée par une prédication (comme par exemple dans les complétives) jusqu’à une proposition entière (comme quand QUE se trouve entre deux propositions « indépendantes »), en passant par une entité référentielle (comme dans les relatives) ou par une propriété (comme dans les comparatives). Mais il peut aussi arriver que la structure avec QUE s’insère de telle sorte dans le discours que le support de celui-ci ne se trouve pas instancié par une entité discursive : c’est le cas des propositions dites « interrogatives » et « exclamatives » (directes et indirectes). Dans ces structures, l’accent tonique qui repose sur QUE, auquel vient s’ajouter une tonalité initiale surélevée, contribue au détachement intonatif et informatif de la structure que QUE introduit, par rapport à ce qui précède. L’apport propositionnel appelé par QUE se verse donc sur l’« être virtuel neutre », devenu entité discursive.
À la base des effets sémantiques que nous avons relevés dans notre travail se trouvent les variations contextuelles que QUE accepte dans son fonctionnement, notamment en ce qui concerne la nature de son support. Quel que soit le type d’occurrence de QUE, conformément à la définition de langue que nous en avons fait, ce morphème déclenche le même mécanisme d’incidence d’un apport propositionnel sur une entité support. Autrement dit, vu sous un angle résultatif, QUE se comporte comme un vaste subordonnant sémantique d’entités propositionnelles : il présente l’entité propositionnelle qu’il appelle en apport comme complément informatif de l’entité qu’il reçoit en support. L’apport doit, de ce fait, se montrer sémantiquement compatible avec l’entité support ou, le cas échéant, être conçu en fonction de celui-ci : par exemple, dans les structures interrogatives et exclamatives, la représentation de l’apport doit inclure un renvoi à l’être support de QUE, lequel est neutre et sous-défini. Il en résulte une forme propositionnelle lacunaire, qui ne peut résoudre l’indétermination du support de QUE. En revanche, dans les relatives, l’apport obtient sa forme propositionnelle complète grâce à l’entité discursive à capacité référentielle qui se trouve en position de support. Ici, l’apport réalise sur ce dernier une détermination sémantique qui peut déboucher sur une définition notionnelle, sur une détermination référentielle, ou sur une simple caractérisation de la référence.
D’après notre description du fonctionnement de QUE, nous avons été en mesure de regrouper bon nombre de structures à classification incertaine parmi des modèles contextuels connus (« complétives », « relatives », « comparatives »), tels que nous les avons caractérisés. Mais si dans un premier temps nous n’avons pas cherché à remettre en question le partage contextuel qui nous a été légué par la tradition, nous avons fini par constater l’insuffisance de celui-ci lorsqu’il s’agit de caractériser de façon univoque et exhaustive les possibilités combinatoires de QUE (p. ex. les « consécutives », les relatives « explicatives », les « indépendantes »). En réalité, l’échec de la délimitation contextuelle des structures avec QUE offerte par la grammaire est la confirmation empirique des failles théoriques se trouvant à la base du partage catégoriel.
Par ailleurs, si l’on creuse la piste historique, nous avons des raisons pour penser que la distinction de différentes catégories de QUE n’est pas étymologiquement fondée. Des diachroniciens comme J. Herman ou M. Barra Jover nous ont permis de situer la présence de QUE comme subordonnant « universel » dès l’origine des langues romanes. Il apparaît comme une racine subordonnante, issue d’un mouvement de pensée effaçant les distinctions contextuelles. L’éclatement catégoriel qu’impose la grammaire actuelle à QUE et aux structures où il apparaît ne semble pas non plus se justifier d’un point de vue historique.
La description contextuelle des structures et la délimitation de la part que prend QUE dans la création d’effets de sens nous a conduit naturellement vers la distinction de nouveaux critères classificatoires. Nous ordonnons les structures avec QUE selon deux paramètres de nature contextuelle. Le paramètre décisif est le niveau de définition initial de l’entité que QUE prend comme support, auquel nous associons un paramètre corollaire : les effets interprétatifs qui résultent de l’incidence de l’apport sur l’entité support. Nous avons ainsi pu délimiter deux grandes classes contextuelles : dans l’une, l’entité support de QUE garde son identité de langue et se trouve donc à son degré maximum d’abstraction. L’absence d’instanciation discursive du support a pour effet de mettre en évidence une indéfinition notionnelle ou référentielle, selon le type de lacune que comporte l’apport de QUE. Dans la deuxième grande classe, le support de QUE est instancié par une entité discursive, se trouvant donc à un stade de définition supérieur à celui de la première classe. Au sein de cette deuxième classe, à partir de nos analyses, nous avons distingué 6 types de contextes différents, hiérarchisés également selon le niveau de définition sémantique et référentielle de l’entité support :
1. Objet d’une modalité implicitée
2. Objet d’une prédication non verbale modalisatrice
3. Place syntaxique (sujet, objet, cc)
4. Propriété nominale ou circonstancielle modifiée de façon indéfinie
5. Entité référentielle (nominale)
6. Proposition (message)
À chaque type de support est associé un effet interprétatif spécifique résultant de l’incidence de l’apport propositionnel. Or, là aussi, les effets constatés semblent aller de pair avec le niveau de définition de l’entité support : plus l’entité support a besoin d’être définie dans le discours (i.e., moins elle sera « saturée » sémantiquement et référentiellement), plus l’incidence de l’apport contribuera à la détermination sémantique et référentielle de celle-ci. L’effet peut aller de la définition notionnelle d’une entité abstraite (types 1, 2, et 3) au simple ajout d’une précision informative (type 6), en passant par des déterminations plus ou moins décisives dans la définition de l’entité support (types 4 et 5). Une telle division contextuelle par types, malgré son caractère étanche, n’exclut pas la possibilité de choisir deux supports de QUE différents au sein d’un même énoncé. L’énoncé recevra alors deux interprétations différentes mais compatibles, chacune étant prévue pour chaque type de support.
Afin de compléter notre caractérisation contextuelle des structures avec QUE, nous avons tenté de réaliser une description des effets interprétatifs liés à la présence de QUE, quand l’apport ne contribue pas à une détermination syntaxique ou sémantique de l’entité support (type 6 : cas de QUE entre deux propositions « indépendantes », p. ex., Y el abuelo, en la sala, viendo el partido de fútbol. Y yo, con el piano, estudiando. Es entonces cuando mi marido dice : « Oye, Montse, que me voy a mi cuarto a ver si no oigo todo este ruido ». (CREA, El País, 01/02/1987, Espagne). Usuellement, QUE est considéré dans ce contexte comme un mot passe-partout, qui remplace un lien logique prototypique (« porque », « para que », « pero »...) dont il adopte la valeur. Outre que ce raisonnement manque de fondement théorique, il ne prévoit pas la description des énoncés, pourtant très nombreux, où le type de relation entre les deux membres est difficilement explicitée par un lien logique. Nous avons donc ressenti le besoin d’emprunter à la pragmatique ses outils d’analyse, plus particulièrement à la pragmatique cognitive, dans l’espoir de déceler et d’organiser de façon systématique les effets contextuels qui résultent de la mise en rapport de deux propositions par QUE. L’analyse d’une centaine d’exemples, selon les principes de la théorie de la pertinence (W. Sperber et D. Wilson ), nous a permis de dresser, sous forme de schéma arborescent, les différents parcours interprétatifs qui peuvent dériver de l’incidence de l’apport propositionnel de QUE sur un message se trouvant en position de support.
Au cours de cette recherche, il nous est apparu nécessaire de faire le point sur certaines notions théoriques, souvent confuses dans les analyses grammaticales et linguistiques. La première précision, centrale dans notre travail sur QUE, concerne la notion de « subordination » que nous avons distinguée de celle de « rection », en des termes comparables à ceux de H.-J. Deulofeu . Par « subordination », nous entendons l’attribution à une unité sémantique d’un statut informatif subsidiaire par rapport à une autre unité qu’elle complète. Le phénomène de subordination, contrairement à celui de rection, est directement imputable à QUE. En effet, le phénomène de rection, bien que récurrent, est limité aux configurations contextuelles où le support de QUE est susceptible de recevoir une complétude de type sémantico-syntaxique de la part de l’apport (cf, classe I et dans la classe II, types 1 à 5). Dans ces contextes, la constitution de la forme propositionnelle de l’apport est conditionnée par l’identité et l’état de définition de l’entité support. D’où le manque d’autonomie assertive qui est couramment constaté dans les structures avec QUE (p. ex. dans les complétives, relatives, comparatives, interrogatives), particularité contextuelle que nous avons tenu à différencier du phénomène de subordination.
Enfin, l’étude des structures « interrogatives » et « exclamatives » avec QUE a débouché sur la distinction de deux configurations contextuelles. D’une part, nous avons distingué certaines structures dont la composition syntaxique et sémantique ne peut provoquer qu’un type particulier de lacune dans l’apport propositionnel de QUE : quand QUE est suivi immédiatement d’un verbe, quelle que soit l’intonation utilisée (p. ex., « Si no van al paro, sino al paro, ¡qué van a hacer ! »), la lacune dans l’apport sera de type référentiel et/ou notionnel et la structure sera identifiée comme « interrogative » ; en revanche, quand QUE est suivi d’un adjectif ou d’un adverbe, la détermination d’une propriété ou de la mesure d’une propriété est manquante, et l’on peut considérer que l’on aura affaire à une structure « exclamative ». D’autre part, nous trouvons, des constructions dont la classification n’est pas certaine hors contexte, car la formation de l’apport de QUE est sensible à des facteurs extra-linguistiques et intonatifs (p. ex., « Y qué rincones conocía Tellagorri »). Ici, QUE précède un élément nominal dont la référence peut être présentée par le locuteur, soit comme accessible dans le contexte, soit comme absente de sa connaissance. Ce sont des schémas prosodiques particuliers, la ponctuation à l’écrit, et les connaissances contextuelles dont dispose l’allocutaire qui orienteront vers l’une des deux lectures. Ainsi, dans notre description, la séparation entre ce qui relève du purement syntaxique et ce qui appartient au plan des intentions communicatives est nécessaire seulement dans une certaine mesure.
La recherche d’une fonction et d’un signifié uniques au mot espagnol QUE, ainsi que l’étude des effets contextuels liés à son fonctionnement, nous ont parfois menée à l’introduction d’analyses de type contrastif : par exemple, la possibilité de faire commuter QUE avec EL CUAL et QUIEN dans certaines structures « relatives » (dites « explicatives ») a confirmé l’existence d’un lien sémantico-syntaxique peu solidaire entre les entités support et apport de QUE. Mais c’est l’opposition entre QUE et QUIEN dans les syntaxes relative et interrogative qui s’est révélée la plus productive. Grâce à l’étude de F. Tollis sur QUE, QUIEN-, CUAL- et CUANT- , nous avons pu inclure la neutralité comme trait spécifique du support de QUE face au trait « humain » dont est marqué le signifié de QUIEN. Mais, en ce qui nous concerne, la démarche contrastive a été adoptée de façon passagère, quand nous avons estimé qu’elle pouvait servir à améliorer notre description de QUE. Nous pensons donc qu’une étude ultérieure pourrait être consacrée à une description contrastive systématique des morphèmes (« pronoms », prépositions) avec lesquels QUE est susceptible de commuter. Peut-être pourrait-on alors parvenir à une définition catégorielle de QUE et des éléments avec qui il forme système.
Par ailleurs, une étude sémantique et pragmatique des morphèmes qui commutent avec QUE dans sa syntaxe entre deux propositions « indépendantes » pourrait nous aider à affiner la description des opérations interprétatives associées à QUE.
Enfin, les données étymologiques sur QUE orientent à présent notre curiosité vers les autres langues romanes, qui ont manifestement, elles aussi, hérité du latin le signifiant [ke] (à l’exception peut-être du roumain) : les hypothèses que nous avons élaborées sur le signifié du mot espagnol QUE pourront-elles rendre compte des formes qui lui sont apparentées dans ces langues sœurs ?
Ces quelques pistes de travail que nous suggérons illustrent bien l’ampleur de la tâche qui incombe à celui qui s’attarde sur le mot QUE. Par le présent travail, nous espérons avoir contribué à éclaircir la nature et la fonction du mot espagnol QUE et à poser les bases d’éventuelles études ou applications ultérieures.
Le Soleil et la Lune dans le paganisme scandinave du paléolithique récent à l’âge du fer germanique (de 13000 av. JC à 750 ap. JC)
Lundi 30 mai 2005
14 heures
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Patrick ETTIGHOFFER soutient sa thèse de doctorat :
Le Soleil et la Lune dans le paganisme scandinave du paléolithique récent à l’âge du fer germanique (de 13000 av. JC à 750 ap. JC)
En présence du Jury :
M. BOYER (Paris 4)
M. FIX-BONNER (Greifswald)
M. LECOUTEUX (Paris 4)
M. MORDANT
Le sphinx, de l’Antiquité au Romantisme. Etude sur la constitution d’un mythe poétique.
Samedi 20 décembre 2003
14 h
Amphi Guizot
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Lise REVOL soutient sa thèse de doctorat :
Le sphinx, de l’Antiquité au Romantisme. Etude sur la constitution d’un mythe poétique.
en présence du Jury :
Mme BALLESTRA-PUECH (NICE)
M. BRUNEL (PARIS IV)
M. LEVY (PARIS IV)
Mme THOREL (LILLE III)
Le Spirituel dans l’art de Georgia O’Keefe
Samedi 20 décembre
14 h
Institut d’art et d’archéologie
salle catalane
2e étage
3, rue Michelet
Paris 6e
Mme Deborah JENNER soutient sa thèse de doctorat :
Le Spirituel dans l’art de Georgia O’Keeffe
en présence du Jury :
M. DUFRENE (PARIS X)
M. LEMOINE (PARIS IV)
M. MASSU (AIX-MARSEILLE)
Mme WILSON
Le struturalisme littéraire et la crise de la culture scolaire (essai de sociologie cognitive)
Jeudi 6 avril 2006
14 heures
Institut finlandais
60, rue des Ecoles
Paris 5e
M. Éric DUMAITRE soutient sa thèse de doctorat :
Le struturalisme littéraire et la crise de la culture scolaire (essai de sociologie cognitive)
En présence du Jury :
M. BOUDON (Paris 4)
M. CHAZEL (Paris 4)
Mme HIRSCHHORN (Paris 5)
M. LAUTMAN (Aix-Marseille 1)
M. PÉQUIGNOT (Paris 3)
Résumés
L’ampleur inédite du succès, en France, de 1960 à 1975, des théories sociales inspirées de la linguistique structurale (regroupées sous le nom de « structuralisme littéraire » et représentées, entre autres, par des chercheurs comme Roland Barthes ou Michel Foucault) peut se comprendre en relation à la crise de l’enseignement secondaire français. L’enseignement de la littérature en lycée s’effectue, après 1960, dans des conditions défavorables -réformes de structure, promotion de la technologie dans les collèges et lycées, démocratisation de l’enseignement, difficultés de recrutement d’enseignants qualifiés, promotion de modèles culturels alternatifs, concurrence des médias de masse- qui soulignent les ambiguïtés de l’humanisme scolaire, et appellent une redéfinition des finalités de la culture générale. Le structuralisme littéraire fournit aux enseignants de Lettres des ressources cognitives et argumentatives susceptibles de les aider à surmonter cette profonde crise de légitimité, en conciliant revendication « révolutionnaire » de modernité et continuité esthétique et intellectuelle avec les pratiques scolaires traditionnelles (dissertation et explication de texte).
Position de thèse
§ 1. Modes, enthousiasmes et engouements collectifs n’épargnent pas plus la communauté des lettrés et des savants que les autres secteurs de nos sociétés modernes. Nous nous sommes proposé d’en étudier un cas à certains égards atypique : durant les années 60 du XX ème siècle, en France, s’est déployé un mouvement d’idées d’une ampleur inédite qu’il est convenu de dénommer : « structuralisme ». Si l’on mesure l’ampleur ou la puissance d’un mouvement intellectuel au nombre des recensions et des citations dont les ouvrages de ses auteurs représentatifs font l’objet, à l’intérêt dont témoignent les articles de presse, au nombre de colloques consacrés à leurs idées, au nombre et à la diversité disciplinaire des programmes de recherche se réclamant de lui, alors assurément, sur cette échelle de classement, le structuralisme est l’un des principaux mouvements intellectuels du siècle.
Quelles sont les raisons de ce succès ? Les recherches sur ce sujet ne manquent pas, du moins pour ce qui regarde l’attitude des universitaires et des intellectuels d’une certaine envergure -c’est à dire, plus sobrement, pour ceux qui publient des ouvrages savants. Mais un aspect du phénomène est négligé par la plupart des chercheurs : l’engouement pour le structuralisme, et c’est en cela que ce mouvement est atypique, n’est pas seulement le fait d’intellectuels, c’est-à-dire d’individus dont la profession, souvent aussi la vocation, est de s’intéresser aux idées. Il concerne un vaste public, débordant de beaucoup celui des universitaires, comme l’attestent, non seulement l’ampleur de ses réussites éditoriales, mais aussi le fait que les auteurs, les idées et les polémiques liées au structuralisme trouvent, durant toutes les années 60, un large écho dans la presse grand public, dans des quotidiens nationaux comme le Monde et le Figaro, ou dans des hebdomadaires à grand tirage comme le Nouvel Observateur, l’Express ou même Paris-Match -sans parler, dès 1971, de la télévision.
Or il n’est pas facile d’expliquer ce succès populaire du structuralisme. Il ne paraît guère pertinent d’invoquer un effet de mode, car le phénomène structuraliste est d’une ampleur temporelle qui exclut ce type d’explication. Sans doute le grand « moment » structuraliste dans l’opinion coïncide-t-il avec la période 1960-68, avec une culmination en 1966, ce qui pourrait bien correspondre en effet avec la durée d’un cycle de mode complet -mise sur le marché, promotion, diffusion et usure. Mais c’est bien au-delà que durera l’attachement d’une partie importante du public aux idées structuralistes.
Nous défendons l’hypothèse que le principal public auquel le structuralisme doit son succès est celui des enseignants -principalement des enseignants d’humanités du secondaire, y compris les étudiants se destinant à cette carrière .
Cette hypothèse a d’abord pour elle l’avantage de la plausibilité : qui d’autre pourrait donc, dans cette France des années 60 qui connaît une expansion sans précédent, multipliant pour la plupart des acteurs sociaux les opportunités économiques et les chances d’une promotion sociale relativement indépendante du niveau de diplôme, prendre intérêt à la question du Signe, du Texte ou de la « littérarité » de la littérature -sinon ceux dont tout cela concerne de près ou de loin le domaine d’activité professionnelle ?
Elle a aussi pour elle de s’accorder aisément avec les chiffres de vente des ouvrages structuralistes : ainsi, en 1966, au milieu de la période de forte croissance des effectifs enseignants, ceux-ci représentent déjà dans les lycées et collèges publics -compte non tenu, donc, des enseignants du privé-environ 140 000 agents, dont près de 32 000 enseignent, exclusivement ou non, les Lettres, la philosophie ou l’histoire, sans parler des enseignants de langue, dont l’effectif est approximativement de 15 000 ; les enseignants de Lettres classiques, modernes ou de grammaire constituent de loin le corps le plus nombreux (17 150). Dans la mesure où les enseignants de disciplines humanistes sont non seulement lecteurs, par profession et par goût, mais aussi prescripteurs de lecture, il y a avec eux largement de quoi expliquer l’ampleur de l’engouement dont a joui le structuralisme.
§ 2. A condition bien sûr de pouvoir expliquer cet engouement lui-même. La conjoncture des années « structuralistes », de cette période 1960-68 que d’aucuns jugent marquée par une « temporalité refroidie », suggère une piste : en réalité, ces années sont le cadre d’un évènement tout à fait inédit, de grande ampleur et de grande portée pour le destin de la société française : l’explosion des effectifs scolaires, aussi bien dans les collèges et lycées qu’à l’université. Ainsi, de 1959 à 1968, le nombre total des candidats admis aux différentes séries du baccalauréat est-il multiplié par 3,4, soit une augmentation annuelle durant toutes ces années de plus de 12 % en moyenne, avec des pointes à 14 % de 62 à 63, à 15 % de 63 à 64, à près de 21 % de 59 à 60 et à 26 % de 66 à 67. Cette augmentation massive, qui contraste spectaculairement avec le lent accroissement des années antérieures (autour de un point par an), s’explique à la fois par l’arrivée à l’âge du baccalauréat des générations pléthoriques nées dans l’immédiat après-guerre, en 1946 et 1947, et par l’ouverture des lycées à de nouveaux publics scolaires, ceux des anciens cours complémentaires. Elle entretient une situation d’intense crise scolaire : en particulier, le recrutement d’un nombre suffisant d’enseignants qualifiés devient problématique.
De plus, bien que la croissance économique durant ces années soit soutenue -4,9 % en moyenne de hausse annuelle du PIB de 1955 à 1967- l’augmentation annuelle des dépenses publiques d’éducation l’est nettement plus, puisqu’elle est en moyenne, durant ces mêmes années, d’environ 11 %. Aussi se développe-t-il en France, parmi les politiques et dans la haute administration, un discours critique visant à réformer l’enseignement secondaire de façon à ajuster ses coûts aux ressources de l’Etat. Cette critique concerne principalement les Lettres, dont le poids apparaît excessif : plus de 40 % des bacheliers sont en effet bacheliers de la série littéraire, au moins 30 % des étudiants sont en faculté de Lettres, et cette proportion tend à augmenter, puisque leur nombre est multiplié par 4,4 de 1959 à 1971, contre 3,6 pour l’ensemble des étudiants. Or il est clair que dans cette période de modernisation et de technicisation de l’économie française, de pénurie d’ingénieurs et de techniciens supérieurs, l’utilité sociale des Lettres n’a plus rien d’évident.
Notre consultation systématique des revues pédagogiques de l’époque -c’est à dire des revues professionnelles animées par des enseignants et destinées à des enseignants- nous a convaincu que les évolutions que nous venons de décrire ont des effets sensibles, non seulement sur la situation des enseignants, mais aussi sur la manière dont ils se représentent leur place dans la société et les finalités de la culture scolaire qu’ils ont la tâche de transmettre. Domine le désarroi, le sentiment d’avoir désormais à satisfaire des exigences incompatibles, mais aussi le sentiment d’un décalage, voire d’une fracture croissante entre les normes humanistes qui régulent leur enseignement et celles qui sont en vigueur hors de l’école. Ces sentiments sont compréhensibles :
Tout d’abord, l’augmentation incontrôlée des effectifs scolaires a pour effet immédiat, dès les années 60-61, le recrutement massif d’enseignants dont la formation est manifestement inadéquate, ce qui met un terme à l’ancienne homogénéité sociale et surtout culturelle des corps d’enseignants du secondaire : le consensus sur des valeurs et un projet éducatif communs devient difficile -au moment même où il est urgent de redéfinir la culture scolaire afin de l’adapter aux nouvelles conditions sociales, au moment aussi où l’organisation générale de l’enseignement secondaire est profondément transformée par les réformes de 1959 et 1963. En outre, cette augmentation des effectifs scolaires s’accompagne de l’arrivée dans les lycées d’un nouveau public scolaire, d’origine populaire, marqué par les habitudes et les exigences typiques de l’ancien enseignement primaire supérieur, et à ce titre mal préparé à celles qui prédominent dans le secondaire. La confrontation de ces nouveaux élèves et des professeurs de lycée est problématique, au point qu’on peut parler de crise de la communication scolaire.
Ces crises sont aggravées par deux facteurs. Un facteur externe, tout d’abord : se développent et se diffusent durant cette période des discours critiques à l’égard de l’enseignement secondaire traditionnel, d’autant plus menaçants qu’ils sont cautionnées par des chercheurs en vue, par un parti politique influent, le parti communiste, ou par les dirigeants politiques gaullistes -et même par le chef de l’Etat en personne. En outre, il ne s’agit pas seulement de critiques : sont proposés des modèles alternatifs de culture scolaire tout à fait convaincants -même du point de vue des valeurs humanistes traditionnelles parmi les enseignants- congruents avec les évolutions générales de la société française, et surtout réalisables à brève échéance. Enfin, mais ce n’est pas le moins, ces modèles ont en commun de vouloir réduire considérablement la part de la littérature, pour l’instant dominante, dans la formation des jeunes français. Pour les enseignants de Lettres, il est donc de la plus extrême urgence de trouver les moyens de redéfinir un nouveau modèle d’éducation humaniste littéraire capable de l’emporter sur les modèles concurrents.
L’autre facteur aggravant est d’ordre interne. La culture traditionnelle de l’enseignement secondaire, bien qu’elle ait été souvent décrite comme formant une totalité harmonieuse et bien liée, comporte en réalité des éléments hétérogènes, d’origine variée, et dont seule la relative stabilité des institutions éducatives françaises depuis les réformes de 1925, en ménageant de précaires équilibres, a pu dissimuler à quel point leur conciliation était problématique. L’humanisme scolaire n’est qu’en apparence l’idéologie assurée d’elle-même que veulent faire accroire aussi bien ses détracteurs que ses défenseurs ; et la crise de l’école, au cours des années 60, réactivera toutes les ambiguïtés de la culture secondaire.
§ 3. Quel rapport tout ces faits entretiennent-ils avec le structuralisme ? Notre lecture des revues pédagogiques nous a également convaincu que ces éléments de crise suscitent chez les enseignants de Lettres du secondaire des attentes déterminées -ou pour être plus précis, posent des problèmes en attente de solution- et que nombre d’aspects doctrinaux du structuralisme littéraire apparaissent comme des éléments de réponse crédibles, ou susceptibles en tous cas de sembler tels à l’opinion, et en premier lieu aux réformateurs de la haute administration.
Les concepts et les méthodes du structuralisme fournissent tout d’abord un terrain d’entente, une base commune de discussion indispensable pour que deviennent possibles la cohabitation et la collaboration d’enseignants de formation différente, en situation de conflit. Ils offrent également les moyens de rétablir les conditions d’une saine communication scolaire, en satisfaisant certaines demandes récurrentes des nouveaux publics scolaires, en particulier leurs demandes d’explicitation des démarches fondamentales de l’enseignement littéraire et d’adaptation de celui-ci aux contraintes et aux exigences de leur vie sociale future. Ils permettent aussi de refondre les normes et les finalités de la culture humaniste traditionnelle en un nouveau modèle scolaire, suffisamment moderne et adapté aux nouvelles conditions sociales pour pouvoir l’emporter sur les modèles concurrents, en retournant à l’avantage des Lettres les arguments que ces derniers avaient fait valoir contre elles. Enfin, le structuralisme, loin de conduire à renier la tradition de raffinement et d’élégance intellectuelle typique de l’enseignement secondaire, semble à l’inverse offrir les moyens de maintenir ces exigences esthétiques dans les nouvelles conditions d’enseignement, et même de les réaliser à certains égards mieux que ne faisait jadis la tradition humaniste. Cet aspect est ici étudié, sur la base de l’histoire récente des genres littéraires scolaires, c’est à dire des exercices d’examen, dans notre chapitre V. Mais pour apercevoir toutes ces relations, il était indispensable de définir au préalable les traits doctrinaux spécifiques, sinon du structuralisme lui-même, dont la diversité et les mutations successives défient toute tentative de définition, du moins de la vulgate structuraliste -c’est à dire de la manière dont il a été appréhendé dans les zones moyennes de l’intelligentsia : c’est ce à quoi s’emploie notre chapitre I.
Au bout du compte, il ressort de notre enquête que le structuralisme a surtout représenté pour les enseignants de Lettres un substitut moderne à l’idéologie humaniste traditionnelle, assurant la même fonction que lui : justifier l’existence et donc, dans la conjoncture défavorable des années 60, le maintien d’un enseignement littéraire à visée culturelle dispensé à tous les lycéens.
§ 4. Bien que notre objectif principal ait été de rendre intelligible un phénomène social historiquement circonscrit, l’enquête ici entreprise se proposait un but de portée plus générale : l’illustration, à l’occasion d’une analyse particulière, de la fécondité du programme cognitiviste en sociologie.
Une mise au point s’impose : cognitivisme et rationalisme ne s’identifient pas. En sociologie de la connaissance, la démarche rationaliste consiste en effet à attribuer aux acteurs sociaux dont on essaie de comprendre pourquoi et comment ils en sont venus à adhérer à tel système de croyances -que celui-ci soit religieux, idéologique, moral ou scientifique- des attitudes et des motivations analogues à celles des chercheurs ou des savants, ou du moins à celles que ces derniers revendiquent ordinairement et qui constituent en quelque sorte la raison sociale de leur activité : la recherche de la vérité, l’accroissement du savoir, et plus précisément l’explication rationnelle de faits objectivement établis. Dans une telle perspective, les diverses théories soumises à examen font l’objet d’une appréciation en termes de rigueur démonstrative et d’adéquation à l’expérience, ou si l’on préfère de puissance explicative : de deux théories, on retient celle qui rend compte, de la manière la plus rigoureuse possible, du plus grand nombre de faits établis. Et si l’on suppose que les phénomènes de croyance reposent sur de telles motivations, leur explication en style rationaliste se donnera pour objet de comprendre pourquoi tel ou tel système de croyances est apparu, à tort ou à raison, comme supérieur à ses concurrents selon ces derniers critères -autrement dit d’expliquer comment les raisons en faveur de la vérité de ce système en sont venues à être perçues comme les plus fortes ou les meilleures parmi tous les argumentaires disponibles.
La démarche cognitiviste telle que nous la concevons repose aussi sur la recherche et l’examen des bonnes raisons que peut avoir telle ou telle catégorie d’acteurs d’adhérer à telle ou telle théorie. Mais elle ne restreint pas ces bonnes raisons aux raisons de juger que telle théorie est vraie. Les acteurs sociaux sont aussi, et sans doute d’abord, des usagers des théories auxquels ils adhèrent : privilégier un système de croyances revient de leur part le plus souvent, nous semble-t-il, à l’apprécier pour les ressources intellectuelles ou cognitives qu’il fournit pour la résolution des problèmes pratiques qu’ils rencontrent dans le cadre d’un système social déterminé -du moins de ceux qui exigent l’élaboration réfléchie de stratégies efficaces et la sélection, parmi toutes les stratégies concevables, des plus efficaces. Pour le sens commun, la valeur d’une théorie se mesure moins à sa puissance explicative qu’à sa valeur adaptative : il s’agit moins de savoir si cette théorie rend bien compte de phénomènes objectivement constatables, que de savoir si elle enrichit la gamme des raisonnements pratiques mobilisables en certaines situations à la fois typiques et perçues comme critiques. C’est bien encore en un sens une question d’adéquation à l’expérience : simplement l’expérience concernée est une expérience sociale, celle des problèmes pratiques rencontrés par des acteurs sociaux dans le cadre de telle de leurs activités, ainsi que du succès ou de l’échec des stratégies qu’ils mettent en œuvre pour les surmonter.
Il est évident que toutes les activités sociales ne posent pas les mêmes problèmes pratiques, et que tous les problèmes pratiques n’exigent pas au même point le recours à des ressources de nature intellectuelle. Certaines situations sont particulièrement consommatrices de ressources intellectuelles : c’est le cas, mais non exclusivement, de toutes les situations où un acteur social est en position d’avoir à convaincre d’autres acteurs de collaborer avec lui, ou à se faire reconnaître une certaine légitimité. Dans tous ces cas, le problème qui se pose à l’acteur est de nature rhétorique : il s’agit pour lui d’élaborer des argumentaires susceptibles d’emporter efficacement l’approbation ou, selon les cas, au moins la neutralité de ses interlocuteurs -ce qui suppose la mise en avant de prémisses que ces derniers soient disposés à tenir pour recevables. Ainsi la position des enseignants, dans la mesure où leur activité est soutenue par des fonds publics, dans la mesure aussi où le résultat global de cette activité peut difficilement faire l’objet d’une évaluation décisive selon des protocoles empiriques rigoureux, dans la mesure enfin où l’enseignement exige la collaboration active des élèves, requiert un investissement rhétorique massif et donc la référence à des « théories » (au sens large) supposées rendre compte de la nature et de l’utilité sociale de leur discipline d’enseignement. Dans l’étude de situations de ce genre, convient une version argumentativiste du programme cognitiviste -étant entendu qu’il ne s’agit pas de rechercher quels arguments se trouvent fonder l’adhésion des acteurs à tel ou tel système de croyance, mais quels sont ceux que ce même système de croyances, dès lors qu’il est tenu pour plausible, leur permet d’élaborer et de mobiliser publiquement au service des fins qu’ils poursuivent.
Que ce soit souvent une visée instrumentale plus qu’une exigence de vérité qui motive l’adhésion à un système de croyances, ce fait n’empêche pas que phénoménologiquement le système en question ne puisse être perçu comme vrai, car les acteurs sociaux ne discernent pas aisément deux situations pourtant bien différentes : d’une part le fait qu’une théorie rende raison de tous les faits attestés concernant une activité sociale ; et d’autre part le fait qu’elle contribue efficacement à la résolution de tous les problèmes pratiques associés, dans un contexte social donné, à cette activité. C’est précisément pourquoi une science ne parvient jamais à se constituer comme telle, tant qu’elle n’a pas achevé la critique du sens commun auquel elle est destinée à se substituer, ce qui va d’autant moins de soi que ce dernier représente lui aussi une forme de rationalité, tandis qu’inversement toute théorie scientifique est exposée au risque de se voir traiter comme une collection de lieux communs à usage pratique.
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION : p. 5.
CHAPITRE I : LA VULGATE STRUCTURALISTE
Introduction : difficultés et apories d’une définition du structuralisme.
1/ La méthode de l’historien et ses limites : p. 25.
2/ Une unité théorique introuvable : p. 27.
3/ La vulgate structuraliste : p. 31.
I. Une théorie de la communication
1/ Communication et interaction sociale : p. 37.
2/ La dimension linguistique des interactions sociales : p. 40.
3/ L’analyse sémiologique : perspectivisme et arbitraire : p. 43.
II. Un avatar de l’ancienne stylistique
1/ Stylistique et théorie de la communication : p. 46.
2/ Sens connoté, valeur et fonction : p. 51.
III. Psychanalyse et sémiologie structurale
1/ Convergences et ajustements : p. 57.
2/ Le dispositif et les étapes de l’analyse structurale : p. 61.
3/ L’arbitraire sémiologique : p. 70
4/ Dispositif sémiologique et dispositif psychanalytique : p. 85.
Conclusion : hétérogénéité des concepts, homogénéité du lexique : p. 87.
CHAPITRE II : LES INCERTITUDES DE LA CULTURE SCOLAIRE
I. L’humanisme de l’école : p.89.
1/ Définition générale de l’humanisme : p. 90.
2/ Les enseignants du secondaire et l’humanisme : p. 92.
3/ L’anti-humanisme de Roland Barthes : p. 95.
4/ Les fonctions scolaires de l’idéal humaniste : p. 97.
II. Les indéterminations de la culture scolaire : p. 104.
1/ L’ordre secondaire et ses concurrents : p. 105.
2/ La culture générale : un tissu de lieux commun ? p. 111.
3/ La cohérence de la culture secondaire : p. 120.
III. La tradition humaniste et ses ambiguïtés : p. 125.
1/ « Apprendre à penser par soi-même : p. 126.
2/ La tradition humaniste de l’antiquité : p. 142.
3/ Humanisme et littérature au 17 ème siècle : p. 153.
IV. Conclusion : précarité de l’humanisme scolaire au 20 ème siècle : p. 190.
CHAPITRE III : L’HUMANISME ET LES TRANSFORMATIONS DE L’ECOLE
I. Les réformes du lycée durant les années 60
1/La dualité scolaire remise en cause : p. 195.
2/ Réforme des lycées et modifications des conditions d’enseignement : p. 202.
3/ La crise du recrutement et de la formation des enseignants : p. 207.
4/ La référence au structuralisme : une ressource stratégique professionnelle : p. 213.
II. Les nouveaux publics scolaires
1/ La démocratisation de l’accès au lycée : p. 219.
2/ Tensions dans les classes : p. 222.
3/ Le « différentiel de capital culturel » : p. 224.
4/ Un modèle alternatif : le « conformisme électif » des élèves : p. 230.
5/ La crise de la communication scolaire : p. 237.
CHAPITRE IV : LES MODELES ALTERNATIFS DE CULTURE SCOLAIRE : P. 249
I. L’école à l’ère des communications de masse
1/ Le modèle « médiatique » de la culture : p. 251.
2/ Les enseignants et les médias : p. 254.
3/ Le structuralisme et les communications de masse : p. 258.
II. L’éducation socialiste de « l’homme total »
1/ Culture et technologie : p. 265.
2/ Les enseignants et le modèle pédagogique marxiste : p. 270.
III. Le « modèle culturel technocratique » de la cinquième république : p.274
1/ L’école et la modernité industrielle : p. 275.
2/ Culture et « langages » techniques : p. 278.
3/ Structuralisme et stratégie d’objectivation : p. 282.
4/ Les atours technologiques du structuralisme : p. 288.
CHAPITRE V : HUMANISME ET STRUCTURALISME : UNE MEME ESTHETIQUE INTELLECTUELLE ?
I. Caractérisation cognitive de l’idée de culture générale : p. 299.
II. Subtilité dialectique et esprit de finesse : p. 318.
III. L’esthétique de l’altérité : p. 344.
IV. Conclusion : p. 351.
CONCLUSION : DES LIEUX COMMUNS MODERNISES : p. 353.
TABLE ANALYTIQUE : p. 369.
BIBLIOGRAPHIE : p. 375.
Le sucre en France de 1945 à 1995 (de la Libération à la libéralisation du marché mondial)
Vendredi 4 juin
9 heures
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Jean AIRIAU soutient sa thèse de doctorat :
Le sucre en France de 1945 à 1995 (de la Libération à la libéralisation du marché mondial)
en présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS IV)
M. BUSSIERE (PARIS IV)
M. DAUMAS (BESANCON)
M. DE FERRIERE (TOURS)
M. DROUARD (PARIS IV)
Le sujet et la valeur chez Spinoza
Mercredi 23 juin
14 h
Salle des Actes, centre administratif de Paris-Sorbonne
M. Kassoum SIDIKI BÂ soutient sa thèse de doctorat :
Le sujet et la valeur chez Spinoza
en présence du Jury :
M. DOUAILLER (PARIS VIII)
M. MOREAU (PARIS IV)
M. RAMOND (BORDEAUX III)
Le sujet littéraire haïtien : l’importance du regard
Jeudi 10 juin
14 h 30
Salle 322
Centre Malesherbes
108, bd Malesherbes
75017 Paris
Mme Yolaine PARISOT soutient sa thèse de doctorat :
Le sujet littéraire haïtien : l’importance du regard
en présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS IV)
M. DELAS (CERGY)
M. FONKOUA (CERGY)
Mme FRATTA (BOLOGNE)
Le supplétisme verbal en latin
Vendredi 2 décembre 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Marie-Ange SOULETIS JULIA soutient sa thèse de doctorat :
Le supplétisme verbal en latin
En présence du Jury :
Mme FRUYT (Paris 4)
M. FERNANDEZ-VEST (CNRS Paris)
Mme GAIDE (Aix-Marseille 3)
M. GARCIA-RAMON (Bamberg)
Mme ORLANDINI (Toulouse 2)
M. POCCETTI (Roma)
Le système Molnar (1946-1976)
Samedi 13 décembre
14 h
Centre Malesherbes, salle 218
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Vincent BABY soutient sa thèse de doctorat :
Le système Molnar (1946-1976)
en présence du Jury :
Mme BERTRAND-DORLEAC (AMIENS)
M. DUFRENE (PARIS X)
M. LEMOINE (PARIS IV)
Le thème de l’inceste dans les "Récits inachevés" et "Deux cavaliers de l’orage" de Jean Giono
Jeudi 27 novemmbre 2003
14 heures 30
En Sorbonne
Salle Paul Hazard
Escalier C, 2èmeétage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Christine BRETONNIER soutient son diplôme de 3ème cycle :
Le thème de l’inceste dans les "Récits inachevés" et "Deux cavaliers de l’orage" de Jean Giono
en présence du Jury :
M. GODARD (PARIS IV)
M. LABOURET (PARIS IV)
MME LEVILLAIN (PARIS IV)
M. NOIRAY (PARIS IV)
Le thème des ruines dans la sensibilité et la réflexion philosophique de 1750 à 1850
Samedi 14 janvier 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Monique ADER DELACROIX soutient sa thèse de doctorat :
Le thème des ruines dans la sensibilité et la réflexion philosophique de 1750 à 1850
En présence du Jury :
M. MARQUET (Paris 4)
M. CHARRAK (Paris 1)
M. DAVID
Mme ESCOUBAS (Paris 4)
Position de thèse
Le thème des ruines est déjà repérable dans la peinture des XVIe et XVIIe siècles ; il occupe alors une place qui témoigne d’une conscience aiguë de la condition humaine. Il se donne comme une commodité d’expression pour formuler de manière élégante la déploration d’un temps qui échappe au pouvoir de l’homme et qui ne laisse que des vestiges mutilés ; il peut aussi se faire l’instrument d’une glorification de la grandeur passée, ce qui alimente de surcroît la déploration des ravages présents. Ce que nous remarquons alors est que le thème se fait émissaire d’un message, il se met au service d’une idée en se faisant métaphore de la dégradation des choses humaines. C’est donc un traitement qui instrumentalise la ruine elle-même dans la mesure où celle-ci vaut pour l’idée qu’elle exprime mais ne vaut pas pour elle-même. On observe conjointement qu’à ces époques, on a encore peu le souci des vestiges, qui sont déblayés s’ils gênent, ou qui servent d’appui à de nouvelles constructions. Nous formulons l’hypothèse que le thème connaît un infléchissement majeur au milieu du XVIIIe siècle car s’amorce alors un traitement de l’objet-ruine qui n’est plus dans la stricte continuité de l’apologie du passé glorieux, ou de la déploration de la dégradation, mais qui engage une considération nouvelle de la ruine.
Quelle est cette manière nouvelle ?
C’est celle qui considère la ruine pour elle-même, en acceptant sa réalité de chose amoindrie, voire mutilée, ce qui suppose que ce moindre être soit intégré, accepté. Comme le souligne un auteur de cette époque, Volney, dont l’attitude nous paraît très représentative de sa génération, il y a une “leçon des ruines” à dégager de leur contemplation, une leçon que nous qualifierons de leçon de modestie à l’égard des prétentions métaphysiques de la raison, à l’égard du désir de totalité, récurrent sous des formes variées, ne serait-ce que dans la forme idéale du beau. Aussi au-delà des architectures en périls que l’on exhume, la ruine vaut-elle comme figure du débris, voire du déchet, qui bien loin de mériter d’être tenu dans l’ombre, d’être mis au rebus, exige au contraire soins, sollicitude, conservation patiente, parce qu’elle est fragile, précieuse.
Même si des reliquats de l’attitude déploratoire perdurent aussi, ce parti-pris nouveau s’articule sur des conditions historiques précises : le développement des chantiers de fouilles des antiquités orchestrés par des hommes déterminés et influents - Caylus, Winckelmann -, la sensibilité d’artiste aiguisée par la découverte de ces vestiges et par leur fréquentation - Piranèse et tous ceux, nombreux, qui fréquentent à Rome son atelier -, et le pressentiment d’une situation de crise, qui se précise et grandit. L’insistance du thème serait le rappel de cette menace, ou la présence de la part d’ombre, tapie au coeur des Lumières, qui se diffuse en faisceaux brisés, dispersés. Une analyse du thème conduit à suivre chacun de ces faisceaux, afin d’étudier comment il se projette, en marge de la tutelle des Lumières pour révéler autre chose.
L’hypothèse que nous formulons est que dans les décennies qui nous occupent, les ruines témoignent de la crise qui couve, dans une société engagée dans les Lumières, c’est-à-dire en voie de radicalisation.
La thèse que nous voulons défendre est que l’intérêt nouveau pour les ruines trahirait l’intuition qu’une prédominance de la rationalisation expose à la menace d’une déréalisation. C’est donc une réalité qui ne peut se maintentir qu’en faisant sa part au négatif, que les ruines affirmeraient. C’est l’exigence de dramatisation contre la pure instrumentalisation de l’existence dont elles seraient le rappel insistant. Aussi se feraient-elles “défense et illustration” du mutilé, du dégradé, rappelant ainsi au concret, à la confusion de la réalité, contre un réel abstrait qui donne l’illusion d’une totale transparence et d’une maîtrise complète. Les ruines sont donc bien loin d’être seulement un décor de fantaisie, une mode, elles sont la défense d’une autre vision de la réalité, de celle qui intègre la fatalité de l’existence, et par là elles fournissent à cette époque une expérience du désastre, qui vaccine contre la confiance en la pureté radieuse d’une raison progressive.
Engfin, si le rapport au thème des ruines se tranforme au milieu du XVIIIe, en mettant à mal l’instrumentalisation qui le caractérisait jusque-là, on se demandera si nous avons vraiment affaire à un thème dont on peut décliner les variations pour penser l’objet, et s’il ne s’agit pas plutôt par les ruines de faire une expérience, celle de la perte de de l’absence, expérience commune, qui place les ruines au coeur d’une compréhension de l’universel.
Deux axes dominants peuvent être dégagés. Celui qui suit la ruine comme idée matricielle, susceptible de produire dans des champs d’analyse divers une variation sur le thème de la fragementation. Et celui qui s’attache à l’expérience bouleversante à laquelle la ruine expose le sujet, expérience qui ne se laise pas absorber par la conceptualisation, mais qui est bien plutôt celle d’un dessaisissement, et qui emprunte plutôt la voie de la poétisation.
Nous développerons notre thèse en analysant les différents champs où s’expriment et se déploient ces deux axes, tour à tour pirioritaires.
- Le champ de l’esthétique
qui s’oppose à la dictature du beau en éduquant la sensibilité à ce qui la sidère, le sublime, des monuments en péril, les déchets ou l’imprésentable dont l’art se nourrit.
Le champ d’une pensée de l’histoire
qui soutient contre une philosophie du progrès pur les incertitudes des hommes aux prises avec la réalité, et qui font l’épreuve de ses contradictions.
- Le champ d’une philosophie
qui affirme contre la vision d’une réalité unifiée, la fragmentation d’une réalité affaiblie ; et contre la volonté d’être parfait, l’humanité de l’être faillible. On peut relier ces divers champs, en faisant valoir ce qui les unit : les ruines comme expérience de la perte, perte de la belle harmonie, perte de la confiance en un devenir totalisant, perte de l’utopie d’une existence lavée de toute faillitte. si les ruines peuvent se prévaloir dans chaque champ d’analyse d’être expérience de la perte, sont-elles un thème à décliner come le titre de ce travail nous induit à le penser ? Ne sont-elles pas plus fondamentalement encore, des éléments crotitiques, propres à interroger une époque, que des éléments, les objets d’une expérience, qui procède de leur présence bouleversante ? Dans quelle mesure sommes-nous autorisé à faire des ruines une idée-cellule, opératoire dans la déconstruction dès lors qu’elles s’affichent aussi comme expérience, qui répercute le choc émotionnel éprouvé à leur spectacle ? Car à trop valoriser la fonction critique, ne risquerait-on pas de tomber sous le coup de ce que les ruines dénoncent - une radicalisation de l’instrument raison - et d’oublier ce qu’elles veulent nous dire, à savoir l’exigence d’une différenciation qui intègre l’irréductibilité du négatif.
Puisque nous formulons l’hypothèse d’un changement de paradigme de l’objet-ruine dans les décennies qui nous occupent, nous pouvons énoncer les raisons qui iont influencé ce changement. Nous en retiendrons ici trois principales .
Un certain héritage du baroque
Le dessein d’architecture
Le développement des fouilles
Au contact des ruines s’élabore une certaine “idée” qui serait comme un pôle de gravitation autour duquel les divers champs de la réflexion et de la pratique s’articuleraient. Voilà ce que nous allons développer en suivant les divers champs que nous avons répertoriés.
1) Le champ de l’esthétique
Les ruines affichent bien ce qui leur manque du monument intact et font de cette absence leur présence propre, mais cette présence n’est pas “présentable”.
Aussi procurent-elles un plaisir ambivalent, qui n’a plus la pureté de celui qui accompagne la contemplation du bel objet ; ce plaisir est une souffrance tempérée par le sentiment d’une libération. Car les ruines contemplées à cette époque, comme les tableaux nombreux qui les représentent, répondent bien au sentiment de l’esthétique contemporaine, qui consiste à éveiller des émotions chez le spectateur, et à infléchir celle-ci.
Deux philosophes rendent compte par leur esthétique de cette émotion : tous deux dévelopent une esthétique du sublime qui inaugure une voie intdépendante par rapport au beau. Edmund Burke met en évidence l’espèce particulière de plaisir qui accompagne le sentiment du sublime - le “délice” - lequel ne manque pas d’ambiguïté, puisqu’il s’organise autour d’une inquiétude, voire d’une menace réelle qu’il peut mettre à distance. Le spectacle contemplé de cette manière, parce qu’il est plus grand que le sujet, met celui-ci en situation de dessaisissement.
Kant qui s’accorde sur ce dernier point avec Burke (comme Diderot aussi) insiste lui sur la liaison du sublime avec le pouvoir de penser propre à l’homme, le pouvoir de l’imagination en particulier, qui dans le lien qu’il entretient ici avec la raison donne la preuve de la liberté de cette pensée. dit, les ruines sont moins sûrement sublimes en elles-mêmes, qu’elles n’ont le pouvoir d’éveiller dans l’âme humaine le sentiment de quelque chose qui dépasse l’individu et qui rejoint par là son destin.
Les ruines peintes font allusion à ce qu’elles ne peuvent représenter, image de l’invisible qu’elles nous donnent donc à éprouver : l’expérience d’une perte qui n’est pas événementielle mais structurelle. La ruine artistique comme fragment a donc souvent la valeur d’un détour - sorte de mise en abyme - destiné à nous faire accepter de ne jamais rien nous montrer du tout. L’art romantique s’attache tout particulièrement à cet aspect des ruines, qui met en tension la modestie du manque et l’affirmation de l’absolu : Novalis et les frères Schlegel thématisent ce paradoxe dans le journal de l’Athenaeum ; Friedrich en fait l’entrée d’une exploration de l’intériorité. Le romantisme poursuit l’infléchissement marqué déjà au temps des Lumières : l’aménagement d’une cruex propice à l’ombre et au sentiment de l’irréraparble.
Il ressort de cette invrestigation que la ruine n’est pas une figure occasionnelle de l’art, mais qu’il y aurait toujours une ruine au fond de l’activité artistique, tout à la fois parce que l’art procède de l’imprésentable et parce qu’il tente de formuler ce qui ne peut être représenté.
2) Le champ de l’histoire
De la rêverie autour de l’absence, on passe à la conscience d’un temps qui ne revient pas.
La réflexion sur l’histoire va nommer cet absent que l’art fait éprouver sensiblement : il s’agit du passé. Car les ruines font signe vers un temps révolu, qui est celui où le monument rayonnait de toute sa beauté. Mais précisément ce temps-là n’est pas celui des ruines. La nostalgie des ruines provient de cette tentation du retour à un temps passé qui serait celui de la totalité perdue, qui n’est jamais ce qu’elle peuvent livrer. Ausi les ruines sont moins une mémoire du passé - qu’elles ne restituent le fragmenté tronqué - qu’un reste de ce passé toujours appauvri et infidèle à la splendeur passée : elles sont un passé en souffrance. Ce que les ruines fournissent du passé (sensiblement comme objet artistique) est le reste oublié de l’histoire. Elles sont des lieux illuminés par la présence d’absents.
Quelle est alors la leçon des ruines pour reprendre l’expression de Volney qui médite sur “les ruines des révolutions des empires” ? C’est l’exigence de réhabiliter ces restes de l’histoire ou la part nocturne de l’existence humaine, celle que l’histoire aurait tôt fait de délaisser, d’oublier. Les ruines s’opposent dans ce sens à une pensée du progrès pur (Condorcet), à une pensée dialectique aussi, qui tend présenter le négatif comme moment de l’accomplissement final (Hegel). Au contraire, leur “leçon” c’est l’affirmation de l’incertitude tapie au coeur du devenir, et de la liberté qui lui est corrélative, celle-ci relevant précisément du pouvoir de se mettre en marge du cours des choses. La constance du thème n’empêche donc pas son évolution : il n’illustre plus la décadence inévitable d’un cycle naturel, mais il rend compte de la fatalité et de la liberté humaine.
La prégnance du thème n’est pas non plus simplement en cette seconde moitié du XVIIIe et du début du XIXe le signe d’un essoufflement des régimes monarchiques absolutistes, etc., mais elle révèlent une conscience historique parce qu’elles questionnent aussi une réalisation possible de la raison, en exprimant l’ombre corrélative des Lumières, l’inquiétude qui accompagne toute croissance.
Enfin, comme il est impossible de supposer que dans le mouvement de l’histoire il n’y pas une part d’absolu qui échappe, les ruines sont les figures pour penser une séparation d’avec cet absolu (Schelling : Les Ages du monde, Clara), et pour introduire à l’expérience de la finitude.
Donc le thème des ruines vaudrait comme une sorte d’artifice méthodologique pour saisir le bon usage de l’histoire.
3) Le thème dans le champ de la philosophie.
Le thème des ruines ne serait pas seulement critique de l’utopie des Lumières, mais il serait l’index d’une vérité de l’existence. En effet, il y a à cette époque un certain désir de regarder la ruine en face, ce qui signifie le désir d’apprivoiser les imperfections : les ruines familiarisent avec un réel amoindri, affaibli. De quelle transformation est-ce l’indice ?
D’une métaphysique de l’éclatement qui affirme le multiple, contre une métaphysique de l’unité.
Elle sous-tend le discours de Sade ; elle guide la critique de la métaphysique classique chez Schopenhauer, soucieux de la complexité de l’objet phénoménal ; elle oriente l’analyse de Volney aussi, puisque les Ruines renvoient précisément pour lui au corps de doctrine et laux idéaux obsolètes qui animent les révolutions des empires.
Du retrait de la déploration, il répond à la question pour fonder à partir de la finitude une anthropologie.
La ruine n’élève plus un chant de déploration, mais trace les contours d’une anthropologie qui invite moins à déplorer la finitude humaine, qu’à réhabiliter celle-ci en lui donnant certains contenus précieux. temps (chez Kant), les “mois” disparates (chez Joubert) , le couple effort / résistance (chez Maine de Biran), “l’obscur originaire en nous” (Schelling).
Le thème des ruines à cette époque semble nous préparer à un motif moderne : le sujet humain est impensable autrement que dans la dissolution.
Du questionnement du désir de perfection les ruines accoutument à tolérer l’imparfait.
Les ruines se donnent sans occulter ce qui en elles est démuni ; la permanence de l’esprit qui les soutient et s’abrite en elles leur confère une dimension monumentale. Simplicité qui éveille à une sollicitude à l’égard du fragile. ölderlin, bien qu’il vive dans l’attente d’une rédemption par la Beauté, est en désaccord avec l’illusion de la perfection car il est sensibilité à la catastrophe et à l’esprit de réparation. Si Athènes bouleverse, c’est qu’elle est “comme un immense naufrage” (Hypérion) et qu’elle éveille donc le sentiment de compassion les plus intenses. spectacle des ruines rend donc plus tolérant à l’égard de l’imparfait. Nous formulons l’hypothèse qu’à un moment où se développe l’idée d’un individualisme (suffisance) le thème opère comme rappel à une éthique du presque-rien, appuyée sur les idées de simplicité et d’imperfedction, qui déclient chacun les sentiments d’une insuffisance.
Nous sommes amené à conclure que le thème des ruines opérerait dans ces décennies comme un instrument de critique, voire de déconstruction des structures idéologiques. Mais alors, il aurait comme effet secondaire de se ruiner lui-même comme thème pour mettre le sujet aux prises avec ce qui est l’alpha et l’oméga du rapport aux ruines : le bouleversement provoqué par leur présence, que l’esthétique consacrait déjà par l’affinité spontané existant entrel les ruines et l’art, et que les méditations sur l’histoire ou sur l’être et l’homme retrouvent finalement, car les ruines sont moins objet d’une abstraction et d’une conceptualisation qu’une expérience que nous donne à éprouver leur être amoindri. Ce serait bien, nous semble-t-il, parce qu’on assisterait à un changement radical de paradigme - aceptation de l’imperfection et de la finitude contre la supposition d’une maîtrise totale et d’un accomplissement du progrès sans faille de la raison -, que les ruines occuperaient dans ces décennies la place qu’on sait. Elles se feraient émissaires de ce paradigme et en même temps qu’elles contribueraient à nous faire reconnaître que l’existence ne peut être une perfection sans ombre, elles seraient elles aussi acceptées et tolérées pour ce qu’elles sont : d’émouvantes présences, pas du tout “décoratives”, mais au contraire riches de sagesse.
Le thème du passage à travers l’étude du revêtement de seuil dans l’architecture domestique de l’Afrique proconsulaire et la Byzacène tardive
Lundi 20 juin 2005
9 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salles Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Myriam ERRAIS BORGES soutient sa thèse de doctorat :
Le thème du passage à travers l’étude du revêtement de seuil dans l’architecture domestique de l’Afrique proconsulaire et la Byzacène tardive
En présence du Jury :
M. BARATTE (Paris 4)
M. BESCHAOUCH (ENS)
M. DUVAL (Paris 4)
M. HANONNE (Lille 3)
Le théâtre au Liban d’expression arabe et française de 1848 à 1975
Samedi 20 décembre
9 h 30
Amphi Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Sonia FREM EL FAKHRI soutient sa thèse de doctorat :
Le théâtre au Liban d’expression arabe et française de 1848 à 1975
en présence du Jury :
Mme CHIKHI (PARIS IV)
M. CLAUDON (PARIS XII)
M. GOUDEY (LYON II)
M. JOUANNY (PARIS IV)
Le théâtre hagiographique en France et en Espagne au dix-septième siècle
Vendredi 5 décembre
8 heures 30
Salle Paul Hazard
Escalier C, 2ème étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5ème
Mme Anne TEULADE soutient sa thèse de doctorat :
Le théâtre hagiographique en France et en Espagne au dix-septième siècle. Essai de poétique comparée
En présence du Jury :
M. BACKES (PARIS IV)
M. CANAVAGGIO (PARIS X)
M. FORESTIER (PARIS IV)
M. PASQUIER (TOURS)
M. SOUILLER (DIJON)
Le tombel de Chartrose : Etude et édition critique d’un recueil du XIVe siècle (Contes I à XV et XXI)
Samedi 18 novembre 2006
13 heures 30
Salle de la Bibliothèque de l’UFR de Grec, 2ème étage
16, rue de la Sorbonne 75005 Paris
Mme Audrey SULPICE soutient sa thèse de Doctorat :
Le tombel de Chartrose : Etude et édition critique d’un recueil du XIVe siècle (Contes I à XV et XXI)
En présence du Jury :
M. BERLIOZ (CNRS)
Mme CERQUIGLINI-TOULET (PARIS 4)
Mme DUCOS (PARIS 4)
Mme LEFEVRE (TOURS)
Mme NABERT (ICP Paris)
Résumés
Cette thèse présente une édition partielle du Tombel de Chartrose (contes 1 à 15 et 31), recueil d’aventures du salut, composé par un auteur anonyme, sans doute un clerc séculier, entre 1334 et 1337, et dédié à la chartreuse de Bourgfontaine, située au diocèse de Soissons. Le travail contient l’étude du dossier textuel (le premier manuscrit, base de l’édition, se trouve à Avranches, ms. n° 244, et le second, à Paris, sous la cote Nouvelles acquisitions fr. 6835), l’histoire de la chartreuse ainsi qu’une réflexion sur la notion de recueil. Une analyse des sources utilisées par l’auteur et des références littéraires est donnée dans les notes. Un glossaire et un index des noms propres facilitent la lecture du texte.
The purpose of this thesis is to present a partial edition of a collection of pious salvation tales, known as « The Tombel de Chartrose » (tales n°1 to 15 and n°31). These texts were composed by an anonymous author, probably a secular clerc, between the years 1334 and 1337. They were dedicated to the Carthusian monastery of Bourgfontaine, located in Soisson’s diocese. The present work includes the study of the textual dossier (the first manuscript, which forms the basis of the edidtion, is kept in Avranches (n°244) and the second one in Paris - under quotation « New French Acquisitions 6835 »), the history of the monastery and a reflexion about collection notion. An analysis of the sources used by the author, with litterary references, are given in the notes. A glossary and a proper nouns index are also given to ease the reading of the text.
Position de thèse
en attente...
Le tourisme,moteur du développement de la République de Maurice ?
Lundi 15 décembre
9 h 45
Institut de géographie
salle 306, Joël Bonnemaison, 3e étage
191, rue Saint Jacques
Paris 5e
Mme Hélène PEBARTHE soutient sa thèse de doctorat :
Le tourisme,moteur du développement de la République de Maurice ?
Un secteur à aménager, des lieux à intégrer
en présence du Jury :
M. GAY (MONTPELLIER III)
M. HUETZ DE LEMPS (PARIS IV)
M. SEVIN (PARIS IV)
M. VIOLIER (ANGERS)
Le Troisième Mythographe Anonyme du Vatican. Édition, traduction et commentaire
Lundi 3 jullet 2006
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Michelet
Esc. A
46, rue Saint-Jacques
Paris 5e
Mme Gisèle BESSON soutient sa thèse de doctorat :
Le Troisième Mythographe Anonyme du Vatican. Édition, traduction et commentaire
En présence du Jury :
M. BERLIOZ (CNRS)
M. BORIAUD (Nantes)
M. DOLBEAU (EPHE)
M. LAURENS (Paris 4)
M. TILLIETTE (Genève)
Résumés
Transmis par une cinquantaine de manuscrits, édité à la Renaissance, puis redécouvert par Mai (1831) et Bode (1834), le traité du Troisième Mythographe du Vatican a connu un grand succès. L’ouvrage est né en Allemagne du sud sans doute vers le deuxième quart du XIIe siècle, avant de se diffuser en Europe. Utilisant les commentaires tardo-antiques (Servius, Fulgence), les scholies aux auteurs classiques et des œuvres médiévales (Remi d’Auxerre), le traité propose sous une forme construite, illustrée de nombreuses citations, une série d’études consacrées aux principaux personnages de la mythologie antique, pour en donner les explications historiques, physiques ou morales qui justifient aux yeux des chrétiens la lecture des œuvres païennes latines, en particulier des poètes.
The Third Vatican Mythographer. Edition, Translation and Commentary
Edited in the Renaissance, rediscovered by Mai (1831) and Bode (1834), the Third Vatican Mythographer’s treatise was a great success. This work, born in southern Germany in the second quarter of the XIIth century and then spread across Europe, was transmitted by about fifty manuscripts. Using late-antiquity commentaries (Servius, Fulgentius), scholia about classical authors, and medieval works (Remigius of Auxerre), the treatise offers, in a constructed form illustrated by numerous citations, a succession of studies about various gods and heroes of classical mythology. It proposes historical, physical and moral explanations that can justify, in the Christians’ eyes, the reading of Latin works, especially poetry.
Position de thèse
La découverte parmi les manuscrits de la Bibliothèque Vaticane de trois textes médiévaux inconnus , évoquant les dieux de l’Antiquité païenne, a donné lieu à la publication en 1831, par le Préfet de la Bibliothèque Angelo Mai, de trois traités désignés sous l’étiquette commune de Mythographes Anonymes du Vatican , édition préparée sur la seule base des manuscrits du Vatican. Ces trois œuvres ont été presque aussitôt reprises dans une publication allemande qui prétendait améliorer l’état du texte en élargissant le nombre de manuscrits consultés, celle de G. Bode . Ces trois traités n’ont en fait de commun que leur lieu de découverte et leur thème général, mais leur date et leur contenu sont notablement différents.
La présente thèse s’attache au troisième de ces textes, afin d’en renouveler l’édition par une meilleure prise en compte des manuscrits, qui sont maintenant mieux connus qu’au début du XIXème siècle.
La première partie de la thèse est donc consacrée à une étude de la tradition manuscrite du Troisième Mythographe du Vatican pour mieux cerner l’œuvre elle-même, la date et le milieu d’origine de sa composition, puis l’histoire de sa diffusion. En effet, le texte est actuellement connu sous la forme que lui a donnée la publication de Bode : un ouvrage en quinze chapitres, précédés d’un prologue ; quant à la date et à l’auteur, on s’accorde généralement pour retenir les conclusions d’un article de 1943 , qui veut identifier l’auteur avec un certain Albericus, chanoine de Saint Paul de Londres, connu par des chartes aux alentours de 1180.
Or l’étude de la tradition manuscrite infirme plusieurs points de cette définition. Des études récentes ont en effet permis de repérér bon nombre de manuscrits du Troisième Mythographe qui étaient inconnus des premiers éditeurs : aux quatre manuscrits romains de Mai (d’ailleurs pas tous utilisés dans l’édition) s’étaient d’abord ajoutés trois manuscrits chez Bode, qui en utilise ou au moins en note les variantes ; petit à petit d’autres encore ont été découverts, si bien que l’on en connaît actuellement une cinquantaine, chiffre sûrement inférieur à la réalité, mais qui permet d’avoir une bonne idée de l’ouvrage et de sa diffusion. C’est en se fondant sur l’étude de tous ces manuscrits que l’on peut affiner la définition usuelle du traité.
D’une part le quinzième chapitre de Bode se révèle être une adjonction secondaire, peu attestée dans la tradition manuscrite et indiscutablement étrangère à la composition originale. Inversement il est vraisemblable qu’une préface présente dans une dizaine des manuscrits, dont certains sont parmi les plus anciens, est liée dès l’origine au traité ; cette préface connaît deux rédactions, dont la version longue semble la réécriture d’une première version brève.
Quant au milieu d’origine du traité, il faut là aussi réviser les hypothèses actuellement admises. D’après l’histoire de la tradition manuscrite, appuyée sur l’utilisation d’une source particulière, le De mundi constitutione, attribué par le moyen âge à Bède, mais dont Ch. Burnett a démontré qu’il fut rédigé en Allemagne du sud au début du XIIème siècle, le traité du Troisième Mythographe est lui aussi originaire de cette région et à peu près contemporain du texte précédemment cité, ce qui placerait l’écriture de cette œuvre avant le milieu du siècle, dans le premier ou plutôt le deuxième quart du XIIème siècle. L’auteur ne peut être identifié de façon précise et le traité a vraisemblablement connu une première diffusion anonyme avant d’être fréquemment placé sous le nom d’un Albericus, allemand et non anglais (l’on pourrait traduire le nom par ‘Albrecht’), lui même tardivement qualifié de Londoniensis, dans trois manuscrits seulement à l’origine, tous du XVème siècle et apparentés entre eux. En outre le traité n’a pas dû porter de titre à l’origine et la multiplicité de ceux qui sont proposés par les manuscrits sont seulement les témoins de l’utilisation qui a été faite du texte et de ce que les lecteurs y ont cherché principalement ; le titre donné dans les publications du XIXème siècle est une crétaion artificielle.
Après une étude particulière de la préface, une collation de l’ensemble des manuscrits sur le début de l’ouvrage (prologue et chapitre I sur Saturne) permet de construire dans ses grandes lignes un stemma codicum. Les manuscrits étudiés (une quarantaine) se répartissent en deux branches . Dans la branche I, le copiste de l’ancêtre commun introduit d’assez nombreuses erreurs ; le plus ancien manuscrit de la branche joue cependant un rôle important dans l’établissement du texte. Les représentants de cette branche sont allemands pour six d’entre eux (dont cinq sont les plus anciens de la branche) ; cinq autres, postérieurs, sont italiens : parmi ces derniers on compte trois manuscrits ayant souvent réécrit des détails du texte et peu représentatifs de la rédaction originelle ; au sein d’un sous-groupe de quatre manuscrits (italiens), trois présentent le chapitre quinze qui s’ajoute à l’ouvrage dans l’édition de Bode.
La branche II regroupe une douzaine de manuscrits de différentes époques et origines dont le texte est globalement plus solide, même si tous les manuscrits ne sont pas des témoins fiables. On y rencontre des manuscrits allemands, mais aussi français, anglais et italiens (sans compter un manuscrit originaire des Pays-Bas).
A cela s’ajoutent trois groupes de manuscrits, qui ont de façon certaine ou vraisemblable subi diverses contaminations, entre la branche I et la branche II : il s’agit d’un gros ensemble d’une dizaine de manuscrits (essentiellement italiens) et de deux petits groupements de manuscrits dont quatre manuscrits anglais.
Le traité, allemand et copié en pays de langue allemande aux XIIème, XIIIème et XVème siècles, a été connu en France dès avant la fin du XIIème siècle, a atteint l’Angleterre dans le dernier quart du siècle suivant et y a été copié plusieurs fois (jusqu’au début du XVème siècle), cependant qu’il gagnait également l’Italie, sans doute dans le deuxième quart du XIVème siècle pour y jouir ensuite d’un succès constant tout au long du siècle suivant.
L’édition est donc établie sur la base d’une dizaine de manuscrits, choisis dans les deux branches parmi les plus anciens et les plus fiables, représentants du texte qui a circulé en Allemagne, en Italie et en France. Les manuscrits anglais, dont le statut est ambigu, ont été éliminés de cette sélection.
Après une introduction établissant les principes méthodologiques, en particulier sur les problèmes liés à la présence de mots d’origine grecque dans le texte, la deuxième partie de la thèse propose une nouvelle édition du Troisième Mythographe. Les deux éditions du XIXème siècle ayant été intégrées dans l’apparat, on peut observer précisément les différences apportées dans l’établissement de ce texte et mesurer les conséquences des choix éditoriaux qui ont été exposés précédemment. L’objectif visé ici est de donner du texte médiéval une image aussi fidèle que possible à ce qu’il a été au moment de sa circulation au moyen âge et non une reconstitution savante des éléments antiques qu’il véhicule.
Une troisième partie de la thèse fait le point sur le travail accompli par le Mythographe.
Il s’agit d’abord de dresser une liste des principales sources auxquelles a puisé l’auteur pour composer ce traité, qui apparaît au fil de l’étude comme une compilation soigneuse et non une œuvre originale pour le contenu. Les sources principales sont les ouvrages de commentateurs de l’Antiquité et du moyen âge. Les informations sont puisées essentiellement chez Servius et les Mitologie de Fulgence ; s’y ajoutent une part significative copiée du Commentaire de Remi d’Auxerre aux Noces de Mercure et de Philologie de Martianus Capella. On découvre également des emprunts plus ponctuels à divers scholies, principalement celles dites du Pseudo-Acron à Horace et celles de Lactance Placide à la Thébaïde de Stace. Une place toute particulière doit être réservée à l’ouvrage du De mundi constitutione, pour une longue digression sur l’âme qui prend place dans le chapitre VI sur Pluton : les parallélismes avec ce traité ont joué un rôle important, rappelé plus haut, dans la découverte du milieu d’origine du traité dit du Troisième Mythographe. Sont en revanche complètement absents des auteurs comme Augustin, Isidore ou Raban Maur. La comparaison avec le détail de la rédaction dans l’ensemble des sources identifiables montre que le Mythographe copie souvent mot à mot le texte qu’il a sous les yeux.
Partant de ce constat, il a été possible d’avancer encore sur la voie de la localisation du traité : en effet un rapprochement particulièrement significatif, puis un ensemble de comparaisons, permettent de poser que le Mythographe a travaillé entre autres sur un manuscrit de Servius, actuellement conservé à Münich, et qui est originaire de Freising. D’autres indices vont aussi dans le même sens, et l’on peut tenir pour acquis que le Mythographe a travaillé dans un de ces centres intellectuels que compte à cette époque l’Allemagne du sud, avec les grandes abbayes comme Freising ou Tegernsee, centres qui sont en outre en relation l’un avec l’autre et qui se signalent par leur intérêt pour le monde latin antique.
Sur la base d’éléments presque tous empruntés à ses devanciers, exégètes antiques des poètes classiques ou commentateur médiéval de ces Noces que le moyen âge considère comme très proches du monde antique (ou même comme lui appartenant), le Mythographe construit un exposé organisé sur les dieux antiques. Refusant l’éparpillement en une collection de fabulae dont la succession ne reçoit guère de justification dans son ensemble (comme on le voit dans d’autres ouvrages traitant de mythologie), le Mythographe choisit de s’inspirer du plan de Fulgence et de suivre l’ordre des générations divines tout en insistant sur la cohérence de sa démarche ; en une série réfléchie, il traite successivement de Saturne et de son épouse Cybèle (ch. I et II), puis de ses quatre enfants, Jupiter et son épouse Junon, Neptune et Pluton avec son épouse Proserpine (ch. II à VII) ; il passe ensuite aux enfants de Jupiter, Apollon, Mercure, Pallas (ch. VIII à X), traite de Vénus (ch. XI), puis évoque Bacchus (ch. XII) et termine par deux héros fils de Jupiter, Hercule et Persée (ch. XIII et XIV). Chemin faisant, il intègre à ses développements des informations sur d’autres dieux qui n’ont pas trouvé leur place dans ce plan d’ensemble, par exemple Vesta (dans le ch. II) ou Mars (dans le ch. XI).
On s’aperçoit que le Mythographe ne se donne pas pour but de raconter les fables antiques, qu’il suppose au contraire connues de ses lecteurs : il n’en rappelle que les détails qui sont utiles à son propos et laisse dans l’ombre bien des éléments. C’est que son projet est en fait uniquement de donner, pour les fables choisies qui lui paraissent appeler ce complément, les explications qui en feront ressortir la vérité, autrement dit la sagesse profonde sous le voile du paganisme apparemment choquant.
Cette vérité peut être d’ordre historique (explication de type evhémériste), mais ce n’est pas l’aspect qui lui paraît essentiel, même s’il y fait appel. Plus convaincantes sont pour lui les explications physiques ou morales. Dans la ligne de ce qu’il trouve déjà chez Servius ou d’autres, le Mythographe s’applique donc à montrer comment les fables que l’on raconte sur les dieux sont justifiées si on sait les interpréter en termes adéquats : soit les dieux sont le signe des planètes, dont l’influence sur le monde et les hommes est un sujet de réflexion, soit ils sont le symbole de celui des quatre éléments que l’on place sous leur domination (Jupiter comme le feu, Junon comme l’air, Neptune comme l’eau, Pluton comme la terre) ; dans ces deux cas, les fables sont une mise en récit du fonctionnement du monde dont le savant physicus peut lire les marques à travers la fiction.
Une autre façon profitable de lire les fables antiques est d’y chercher les leçons de morale que l’antiquité s’était déjà attachée à discerner, voyant par exemple dans Ulysse face aux sirènes l’image du sage qui peut traverser les pièges du monde corporel sans se perdre.
Ainsi le Mythographe, composant au début du XIIème siècle un ouvrage fait très majoritairement d’interprétations nés dans l’Antiquité même, offre à ses contemporains une manière acceptable de lire ces fables païennes dont le contenu vu superficiellement ne peut que choquer un chrétien. Par là il s’inscrit dans le grand mouvement d’appropriation de la poésie et de la mythologie antique qui amène le moyen âge à accorder une si grande auctoritas aux poètes latins et à faire encore et toujours des dieux et des héros antiques un sujet de composition littéraire, voire une matière à prédication, par exemple à partir d’une œuvre comme l’Ovide moralisé. Sans mettre en avant le terme d’integumentum, dont on sait le succès dans l’Ecole de Chartres, le Mythographe laisse tout autant entendre la nécessité de dépouiller les fables latines de ce qui empêche d’en voir la profonde utilité.
De tels raisonnements sont fréquemment appuyés par des étymologies, régulièrement grecques, héritées de l’Antiquité par l’école médiévale mais de moins en moins maîtrisées lorsque la connaissance du grec fait défaut : le texte du Mythographe est intéressant sur ce point pour mesurer l’importance qu’on y attache (plus de cent mots ou expressions grecques précisées, un bon nombre d’autres seulement suggérées) et les difficultés qu’on y trouve à cette époque.
Outre les mythes liés aux dieux et aux héros, le Mythographe précise certaines coutumes romaines, certains usages de langage, et il consacre un très long développement à ce qui n’est apparemment qu’une digression mais qui constitue un temps fort de l’ouvrage : les discussions sur l’âme telle que la voient les Anciens.
Pour donner plus de poids encore à toutes ses explications, le Mythographe accompagne pas à pas sa démarche par plus de deux cent cinquante citations d’auteurs latins, principalement des poètes (dont plus de cent cinquante citations précises de Virgile, sans compter les allusions plus vagues), poètes dont on sait le rôle qu’ils jouaient dans l’éducation intellectuelle du moyen âge.
La troisième partie de la thèse propose enfin un aperçu sur la réception du Mythographe, en analysant d’abord les réactions des lecteurs de l’ouvrage, qui sont nombreux à laisser sur les manuscrits les traces de leurs réflexions : ils ont utilisé le traité du Mythographe comme un répertoire de mythes et un ouvrage à méditer. Cette partie se termine par un rapide parcours évoquant quelques-uns des utilisateurs du traité, certains prestigieux (Pétrarque ou Boccace), d’autres moins connus. On peut ainsi mesurer l’impact qu’a eu ce traité dans des domaines très variés et dans différents pays européens. Le but est ici seulement de suggérer des pistes d’études dans le vaste champ des auteurs influencés par le Mythographe, mais ce champ pourrait être encore étendu par des études consacrées à la Renaissance, qui excédaient le cadre chronologique choisi pour cette thèse.
Pour terminer, la quatrième partie propose une traduction annotée de l’ensemble du traité, préface comprise.
Parmi les éléments utiles que l’annotation vise à apporter, on trouvera régulièrement des indications complémentaires sur les étymologies, les références des citations explicites, une bonne part des sources, mais aussi les rapprochements nécessaires avec d’autres œuvres médiévales, des remarques sur le développement de certains thèmes, et éventuellement les éléments des controverses sur tel ou tel point débattu. Les notes sont aussi le lieu où sont signalés tous les aspects marquants de l’ouvrage, afin de compléter par la lecture sur exemples précis ce qui a été dit dans la troisième partie dans les études sur le travail du Mythographe.
L’ensemble se clôt sur quatre index : les noms propres, les mots grecs et les explications données pour les mots latins glosés dans le traité, la liste des citations.
Le vêtement et la coiffure dans les romans français des XIIIe et XIVe siècles. Etude de lexicologie, de critique littéraire et d’histoire des sensibilités médiévales
Samedi 9 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Cauchy, Esc. E, 3ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Elena ROZOUMNIAK soutient sa thèse de Doctorat :
Le vêtement et la coiffure dans les romans français des XIIIe et XIVe siècles. Etude de lexicologie, de critique littéraire et d’histoire des sensibilités médiévales
En présence du Jury :
Mme FERLAMPIN-ACHER (RENNES 2)
M. GUIDOT (NANCY 2)
Mme LEONARD-PERULLI (TOULON)
Mme MENEGHETTI (MILAN)
M. MÉNARD (PARIS 4)
Résumés :
Plus qu’un simple accessoire décoratif, le costume occupe une place importante dans la littérature romanesque des XIIIe et XIVe siècles. Une double approche, lexicologique et de critique littéraire, permet de percevoir outre la richesse et le grand dynamisme du vocabulaire, un nombre important de descriptions vestimentaires dans les romans de tout genre. Cependant, les mutations dans le costume réel de l’époque n’y sont que très peu reflétées. En effet, plus que peindre les apparences, le vêtement « exalte les essences » : il se révèle un excellent moyen pour traduire les codes de la société du Moyen Age, mais aussi les rapports que l’homme médiéval entretient avec le monde. Le vêtement écrit joue le rôle à la fois de « mémoire de la réalité » et de « mémoire du texte », car il livre des informations sur la création littéraire de l’époque.
More then a simple decorative accessory, clothing takes an important place in the French novels of the XIIIth and XIVth centuries. A double approach, lexicological and of literary criticism, allows seeing, near richness and a great dynamism in the vocabulary, an important amount of vestimentary descriptions in all kinds of novels. However, the changes happened to the real costume of the period are introduced with reservation in novels. In fact, above painting appearances, clothes “exalt essences” : they reveal themselves as being an excellent way to translate the codes of the middle-age society, and also, in addition, the relationship between the man and the world. The written costume gives information about the literary creativity of the age.
Position de thèse :
Etudier le costume dans la littérature romanesque du Moyen Age est une entreprise à la fois séduisante et complexe. Face au nombre très important et à la variété des contextes vestimentaires, le problème se pose de la méthode la plus appropriée pour pouvoir appréhender le vêtement « sous toutes les coutures ».
Afin d’embrasser la littérature de cette époque dans sa diversité, nous avons choisi huit romans en vers et en prose appartenant aux XIIIe et XIVe siècles. Pour le XIIIe siècle, nous avons arrêté notre choix sur le Bel Inconnu de Renaut de Beaujeu, le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et de Jean de Meun, Li Romans de Claris et Laris et Escanor de Girard d’Amiens ; pour le XIVe siècle, sur le Roman du comte d’Anjou de Jean Maillart, sur le vaste Perceforest, dont nous avons dépouillé la troisième partie, Meliador de Jean Froissart et Ysaïe le Triste.
Dans ces romans, nous nous sommes intéressés au vêtement et à la coiffure à travers une double approche, à la fois lexicologique et de critique littéraire.
L’étude du vocabulaire vestimentaire, qui occupe la première partie de notre travail, relie les mots aux objets désignés pour faciliter la compréhension des contextes vestimentaires. Les termes que nous avons relevés dans les textes ont été répartis en termes génériques et termes spécifiques : les uns ont été organisés en champs lexicaux, tandis que les autres ont été regroupés par types de vêtements, à l’intérieur des catégories du costume civil et du costume militaire. Nous avons également pris en compte les noms des étoffes et des parties du vêtement. Au terme de chaque chapitre, une synthèse propose des observations sur les faits étymologiques, morphologiques et sémantiques et dessine quelques tendances du développement du vocabulaire.
A travers l’étude du vocabulaire générique nous avons pu percevoir la richesse synonymique des termes et leur polyvalence, signes manifestes d’une langue qui tâtonne en recherchant les moyens les plus appropriés pour exprimer des réalités nouvelles. En effet, dès la fin du XIIe siècle, tout en conservant des acceptions proches de leurs racines étymologiques, qui évoquent les tâches de premier ordre que sont "protéger" et "(se)préparer pour", les termes développent d’autres sens qui mettent l’accent sur la manière de se vêtir, et plus particulièrement sur la qualité, la beauté et la richesse du costume, ainsi que sur son adéquation aux circonstances et au rang de la personne. La langue cherche à exprimer, par l’évolution de son vocabulaire, la réalité de l’idéal courtois qui accorde une importance primordiale au paraître et considère dans le vêtement un moyen non seulement de protéger son corps, mais aussi et surtout de plaire et d’exhiber son élégance.
Le vocabulaire spécifique manifeste, davantage encore, un profond renouvellement au cours des deux siècles étudiés. Héritage hétéroclite réunissant des termes d’origines diverses (latine, germanique, arabe, slave, grecque, iranienne, etc.), il est marqué à partir du XIIIe siècle par l’apparition de nombreux mots, suscitée par l’évolution du vêtement. Nous avons pu suivre les particularités de formation de certains : ainsi, les pièces du costume sont généralement désignées d’après le matériau utilisé pour leur confection (fustaine, blanchet), la manière de leur fabrication (doublet, pourpoint, gambison), leur appréciation (cotte hardie), leur place dans le costume (surcot), la partie du corps qu’elles couvrent ou protègent des intempéries (corset, garde-corps), ou encore d’après leur forme (cloche, housse, coquille).
D’autres termes restreignent leur sens ou disparaissent, mais on observe toutefois une large utilisation de termes anciens qui désignent des vêtements-types et s’emploient souvent en tant qu’hyperonymes des nouveaux. Par ailleurs, à travers les sens figurés et les proverbes, nous avons réalisé que le vêtement est alors un excellent moyen pour traduire les sentiments ou exprimer les réalités de la vie quotidienne.
La deuxième partie est consacrée au rôle du vêtement dans les textes littéraires. Adoptant comme point de départ les prescriptions de la rhétorique ancienne, nous avons suivi la transformation de ces règles au cours des XIIIe et XIVe siècles. Présentes dans les romans les plus anciens, de longues descriptions-portraits aident à exprimer les valeurs esthétiques de la courtoisie qui s’unissent dans le paraître, c’est-à-dire la beauté du corps, l’élégance vestimentaire et le maintien distingué. Les tenues somptueuses sont appelées à sublimer la Dame et la solidité de l’armure devient la métaphore de l’endurance et de la vaillance chevaleresques. La disparition en partie de ces longues descriptions vestimentaires, ainsi que le passage des « portraits immobiles » aux « portraits en mouvement » signalent dès la seconde moitié du XIIIe siècle un changement d’esthétique descriptive dans une littérature où l’idéal courtois ne possède plus la même vigueur.
Cependant, le vêtement qui s’est affranchi rapidement des conventions descriptives, acquiert une indépendance dans le texte littéraire où, tout en s’offrant aux sens, il montre quelque chose d’autre à l’esprit. Il sert à retranscrire dans la fiction la vision du monde de l’homme médiéval, et notamment les relations entre le monde extérieur et son corps, où le vêtement joue le rôle de frontière. Il se révèle aussi le moyen idéal pour signaler les principes mêmes de la société médiévale, en particulier l’ordre qui se manifeste par l’adéquation du costume au statut social et aux circonstances de la vie. Mais il est aussi le véhicule du désordre, toujours provisoire, à travers les multiples déguisements, incognitos et quiproquos, les motifs du corps dénudé et des vêtements déchirés, dont la littérature médiévale foisonne. Le vêtement sert ainsi d’intermédiaire non seulement pour éclairer les valeurs de la société, mais également pour se situer dans le temps et l’espace.
Moyen de communication, le vêtement entretient des rapports complexes avec les autres systèmes à l’intérieur du texte littéraire : d’abord avec le geste qui répond aux codes de bienséance, avec la parole ensuite, avec laquelle il noue des liens de rivalité ou, au contraire de complicité heureuse.
Objet pratique mais aussi esthétique, le costume révèle par son apparence ou parfois suggère les aspirations des personnages : éblouir par leur aspect, placé sous le signe de l’harmonie, l’ordre et la lumière, mais aussi réunir la sagesse du monde dans des vêtements-sommes.
La troisième partie de notre travail traite des problèmes de poétique et de sémiotique du vêtement écrit. En suivant les relations entre le vêtement réel et le vêtement représenté dans la littérature romanesque et en discernant de nombreux topoi, nous avons cherché à comprendre si les descriptions relevaient uniquement des règles traditionnelles et dans quelle mesure le vêtement représenté reflétait les realia. En outre, nous intéressant aux relations entre le vêtement et le texte littéraire, nous avons pu percevoir le rôle que celui-là joue non seulement dans le texte, notamment dans la découverte graduelle du personnage et la structure du roman, mais aussi avec le texte, par la mise en abyme et l’intertextualité du costume.
Enfin, une approche sémiotique du vêtement représenté nous a permis de réfléchir à la transcription des codes vestimentaires de la société médiévale dans la littérature de fiction. Fait culturel se présentant comme une institution à portée esthétique pouvant se modifier dans le temps, le vêtement est choisi par la littérature pour traduire les valeurs et les idéaux de cette société. Lors de ce transfert, l’œuvre littéraire procède à un « tri culturel » : elle transforme le vêtement qui possède les caractéristiques du code de la vie réelle et si ce code n’est pas explicité dans l’œuvre littéraire, il est sous-jacent, connu et compréhensible par tous ; l’œuvre ne retient du code réel que ce qu’il a de valable pour la narration, c’est-à-dire ce qui est fonctionnel, valorisant et artistique. La littérature de fiction porte ainsi la signification du costume à une échelle supérieure, celle des multiples correspondances.
Texte de la mémoire et mémoire du texte, le vêtement nous renseigne sur les faits de la culture matérielle et nous fait entrevoir quelque chose des mentalités et des sensibilités médiévales.
Le verisme italien en France et dans les pays germanophones. Une étude de réception comparée
Samedi 19 mars 2005
14 heures
Salle Louis Liard, Rectorat
17 rue de la Sorbonne
75005 Paris
Mme Eva HÖLZL soutient sa thèse de doctorat :
Le verisme italien en France et dans les pays germanophones. Une étude de réception comparée
En présence du Jury :
M. CHEVREL (Paris 4)
Mme GODEAU (Lyon 3)
M. LIVI (Paris 4)
Mme THOREL (Lille 3)
Le verre soufflé dans un moule. Contribution à l’étude du commerce de la côte syro-palestinienne dans la Méditerranée à l’époque romaine.
Lundi 1er décembre
9 heures 30
Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Nada KALLAS KALLAS soutient sa thèse de doctorat :
Contribution à l’étude du commerce de la côte syro-palestinienne dans la Méditerranée à l’époque romaine. Le verre soufflé dans un moule.
En présence du Jury :
M. BALTY (PARIS IV)
M. BARATTE (PARIS IV)
M. DENTZER (PARIS I)
M. SARTRE (TOURS)
Le vocabulaire politique à Rome et en Grèce, une lecture des Res Gestae Divi Augusti
Samedi 3 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Milne Edwards
Esc. E ou F, 2e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Claude BADAMI soutient sa thèse de doctorat :
Le vocabulaire politique à Rome et en Grèce, une lecture des Res Gestae Divi Augusti
En présence du Jury :
M. CAPDEVILLE (Paris 4)
Mme DUCOS (Paris 4)
M. GUITARD (Paris 10)
M. HUMBERT (Paris 2)
Mme PELGNEY (Tours)
Les "Amici" et les "comites" de l’Empereur du Ier au IIIème siècle après J.-C. Histoire politique et sociale
Samedi 9 décembre 2006
13 heures 30
En Sorbonne, Salle F. 362, Esc. F, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Nathalie QUENEAU soutient sa thèse de Doctorat :
Les "Amici" et les "comites" de l’Empereur du Ier au IIIème siècle après J.-C. Histoire politique et sociale
En présence du Jury :
M. BENOIST (METZ)
M. LE BOHEC (PARIS 4)
M. MARTIN (PARIS 4)
M. ROMAN (LYON 2)
Résumés :
D’Auguste à Constantin, l’identification des amici et des comites de l’empereur montre tout d’abord la domination des élites aristocratiques parmi ces membres de l’entourage impérial. Après une étude détaillée de leurs origines sociales et géographiques, c’est l’analyse de leur rôle politique auprès de l’empereur à Rome et dans les provinces qui a permis de dissocier ces deux titres tout en relevant l’évolution qui les affecte. Si l’amicus principis représente l’empereur dans les provinces et règle les dysfonctionnements administratifs, le comes Augusti accompagne l’empereur lors de ses déplacements militaires et civils, afin de lui apporter conseils et protection. Les notices individuelles répertorient 172 personnages mais le champ d’observation s’est concentré sur 27 amici, 46 comites et 4 amici et comites puisque leurs titres sont validés par les sources épigraphiques et juridiques.
From Augustus to Constantin, the identification of the amici and comites of the emperor first and foremost shows the domination of the aristocratic elite among these members of the imperial entourage. Following a detailed study of their social and geographic origins, it is the analysis of their political role to the emperor in Rome and in the provinces which allowed to dissociate these two titles as well as noting the evolution which affects them. If the amicus principis represents the emperor in the provinces and settles administrative failures, the comes Augusti accompanies the emperor during his military and civilian movements, in order to give him advice and protection. The individual biographical records list 172 figures but the field of observation concentrated on 27 amici, 46 comites and 4 amici and comites as their titles are authenticated by epigraphic and legal sources.
Position de thèse :
Ce travail porte sur les membres de l’entourage impérial sous le Haut-Empire romain qui ont revêtu le titre d’amicus ou de comes de l’empereur. Il s’agit de les identifier et de définir la fonction que recouvre leur titre pendant les trois premiers siècles de notre ère. Cette recherche débute sous Auguste puisque c’est sous son règne que nous relevons, dans une inscription, le premier amicus et le premier comes de l’empereur. Si en 235 après J.-C., le titre d’amicus Augusti est gravé pour la dernière fois, la fonction de comes impérial perdure jusqu’à Constantin mais avec un intitulé et un contenu transformés. Le comes n’est plus attaché à la personne impériale mais à une institution souvent financière ou à une province.
Notre principal souci fut de clarifier la confusion qu’entretenaient ces deux titres au sens très proche. D’autant plus que des recherches récentes conservaient comme postulat les opinions de Th. Mommsen et J. Crook. En 1870, le célèbre historien allemand Th. Mommsen , affirmait que tout comes impérial était avant tout un amicus. En 1955, J. Crook considérait que toute référence à l’amicitia, qu’elle soit littéraire ou épigraphique, permettait d’attribuer le titre d’amicus Augusti. Il établit ainsi une liste de 326 membres dont une large partie était, selon lui, composée d’amici principis. Les années récentes ont été très fructueuses en ce qui concerne les recherches sur la cour impériale et ses membres . C’est ainsi que se sont développées les études sur l’amicitia . En 1999, A. Winterling , consacre tout un chapitre aux Freunde des Kaiser. C’est en 2000, qu’a lieu un séminaire sur les Aspects of friendship in the Graeco-Roman world . En 2001, S. Demougin s’intéresse aux personnages qui forment toutes les « cours » que l’on connaît à Rome. Ainsi, deux questions se sont posées quand nous avons abordé ce sujet. Pouvions-nous encore aujourd’hui utiliser comme base de travail les études de Th. Mommsen et de J. Crook suivies par de nombreux savants ? Faut-il toujours considérer que la majeure partie des membres du consilium principis sont des amici de l’empereur et que les comites Augusti sont forcément des amici principis ?
Ce questionnement soulevait en fait une problématique concernant l’utilisation des sources littéraires pour attribuer un titre aux membres de l’entourage impérial d’Auguste à Constantin ? Ne convenait-il pas d’accorder à l’épigraphie sa juste place dans cette étude puisqu’elle permettait d’obtenir une connaissance précise des carrières ainsi que des titres d’amicus et de comes ? Il était alors peut-être possible de mettre au jour une distinction entre ces deux groupes d’individus tout en définissant les critères du choix impérial.
L’examen de l’entourage impérial et son activité a été fait concurremment avec celui des titulaires du titre d’amicus et de comes principis. La nature même de la documentation offerte à nos recherches imposait cette unité dans l’exposé des résultats obtenus. C’est donc au travers des personnes, qui ont porté de tels titres que nous connaissons plus en détails les relations qu’entretenait l’empereur avec son entourage.
Dans un premier temps, afin de connaître l’identité et la carrière des amici principis et des comites Augusti, nous avons constitué un recueil de 172 fiches prosopographiques relatives à chacun des personnages. Nous nous sommes appuyés sur les sources épigraphiques et littéraires pour découvrir leurs origines géographiques et sociales, leur cursus antérieur à la fonction, leur carrière ultérieure et les dates de l’obtention du titre.
Afin de cerner au mieux le regard de la société romaine à l’égard de ces amici et comites impériaux, les sources épigraphiques ont été privilégiées. Aussi, avons-nous considéré comme des personnages certains, les amici et les comites dont le titre était révélé par les inscriptions. C’est ainsi qu’ont été recensés 78 amici et comites impériaux. En ce qui concerne les autres personnages dont le titre était mentionné par les sources littéraires ou dans des inscriptions trop lacunaires, nous les avons qualifiés de supposés ou d’incertains. Nous comptabilisons 59 amici et comites supposés et 35 incertains.
Dans un second temps, à l’aide de ce travail prosopographique, nous avons tenté de cerner les critères motivant le choix impérial de ces amici et ces comites. Pour cela, nous avons établi le statut social de ces personnages.
En ce qui concerne les amici impériaux, ce groupe présente une hétérogénéité aussi bien pour l’origine familiale que géographique. L’analyse des souches familiales présente une majorité de familles sénatoriales puisqu’elles représentent 70,37 % de l’ensemble. Parmi les amici, nous comptons donc des sénateurs effectuant de belles carrières mais aussi des médecins comme C. Stertinius Xenopho et L. Gellius Maximus, des juristes tels que L. Volusius Maecianus et Domitius Ulpianus, des affranchis impériaux. Les raisons qui peuvent animer le choix impérial sont donc diversifiées voire contextuelles.
L’analyse des origines géographiques met en exergue l’origine provinciale des amici. 75 % d’entre eux sont issus des provinces de l’Empire romain. Parmi celles-ci, 50 % des amici proviennent de la partie orientale de l’Empire et particulièrement des provinces anatoliennes. 15 % des amici sont issus des provinces africaines et enfin, 10 % sont originaires de la partie occidentale de l’Empire. L’extension de l’Empire romain d’Auguste aux Sévères et la romanisation des provinces nouvellement conquises ont été certainement déterminantes dans le choix des collaborateurs du Princeps. Il convenait pour améliorer la condition des provinciaux et assurer une paix relative à l’intérieur de l’Empire que l’empereur soit entouré d’hommes qui pourraient être ses meilleurs représentants dans les provinces.
Dans le choix des hommes, les grandes familles sont avantagées mais sans bénéficier d’un monopole. Comme le fait remarquer J. Gaudemet, « le caractère « domestique » du Principat d’Auguste laisse au prince une grande liberté » . Le Princeps choisit librement ses proches collaborateurs, quelque soit leur origine familiale et géographique. C’est à eux qu’il confie aussi bien la sécurité et la santé de sa personne que de hautes responsabilités administratives.
La connaissance des 27 amici principis certains provient de 25 documents épigraphiques et juridiques. Nous comptabilisons 12 inscriptions qui relèvent de la chancellerie impériale, 5 textes juridiques issus du Code Justinien et du Digeste.
Dans ces lettres impériales, qui résolvent un problème administratif ou juridique qui a réclamé l’auctoritas de l’empereur, celui-ci délègue son pouvoir à un amicus. Interpellé personnellement pour prendre une décision législative, le princeps envoie en fait un amicus qui assurera l’application de sa décision. En attribuant le titre d’amicus principis, l’empereur élargit les compétences de son représentant auprès de ses sujets. Pour faire appliquer les décisions impériales, l’amicus se place dans le cadre d’une magistrature qui peut être celle d’un proconsulat, d’une légation ou d’une procuratèle.
L’empereur étant apprécié sur la contribution qu’il apporte à la communication qu’il entretient avec ses sujets par ses rescrits et ses décrets, le recours à la délégation, en particulier dans un Empire était sans cesse grandissant. C’est dans un tel contexte que s’insère le rôle administratif et politique des amici principis dans les provinces sénatoriales et impériales. Ainsi, l’idée que les amici principis étaient essentiellement les conseillers du prince et la composante principale de son entourage et du consilium principis, doit être modifiée. L’amicus a une part active dans le travail législatif et judiciaire accompli par l’empereur. En l’absence de celui-ci, c’est l’amicus qui agit par délégation et son crédit auprès des provinciaux provient de ce titre que lui a conféré l’empereur, en le mentionnant explicitement dans les textes officiels de la chancellerie impériale.
L’amicus supposé présent dans les sources littéraires est en fait un partisan qui accordait son fidèle soutien à l’empereur. Sa place fut déterminante lors de la mise en place du Principat et pendant les changements dynastiques. Son rôle auprès de l’empereur s’intégrait plutôt dans les relations basées sur l’amicitia, fondement de la vie politique à Rome déjà au temps de la République. Dans la vie politique romaine, ces amicitiae formaient un élément important. Seul comptait l’intérêt qu’elles pouvaient apporter. Cette pratique politique républicaine ne manqua pas de laisser son empreinte sur le Principat. C’est pourquoi, nous considérons qu’un manque de netteté dans la détermination sémantique se retrouve dans les témoignages de Tacite, Suétone ou de Dion Cassius pour ne citer que ceux-là. Etre qualifié par un auteur antique « d’éminent membre de l’entourage impérial » et « d’amicus de l’empereur » ne signifie pas pour autant qu’il porte le titre officiel d’amicus Augusti comme il pouvait être gravé sur les inscriptions.
En définitive, quelque soit leur statut social, les amici principis remplissent de nombreuses fonctions. Nous avons relevé des représentants de l’empereur dans les provinces et les cités libres. Les amici principis sont aussi des personnes privées dont la compétence professionnelle leur a permis de revêtir un tel titre. Ils sont également des membres du consilium principis. A ce titre, ils conseillent l’empereur tout en gérant les grands bureaux palatins. Très souvent, leurs compétences juridiques sont essentielles et expliquent leur présence aux côtés du Princeps. Ils ont ainsi bénéficié du renforcement de l’autorité impériale en matière juridique, phénomène qui, mûri sous les Antonins, éclata au grand jour à partir du règne de Septime Sévère.
Les amici appartiennent à l’entourage du prince mais nous observons que leur terrain d’action s’est élargi à l’Empire. Le gouvernement des provinces et l’intégration de celles-ci exigeait une administration impériale proche des habitants. C’est dans ce cadre que les amici principis permettaient à l’empereur absent d’être représenté au cœur des cités quand ces dernières l’interpellaient personnellement.
En ce qui concerne les comites, l’étude sociale a mis au jour leur recrutement dans l’ordre sénatorial et parmi les élites italiennes. 80,95 % des comites sont des sénateurs et 62,86 % sont des Italiens. Parmi les provinciaux, ce sont surtout les provinces de la partie orientale qui l’emportent : l’Achaïe, les provinces anatoliennes et l’Afrique.
Ce qui ressort de cette analyse sur les 42 comites certains, c’est le creuset que représentent les familles sénatoriales. Parmi les 34 sénateurs, nous avons relevé 6 comites appartenant à une famille patricienne et deux autres comites qui ont bénéficié d’une adlectio inter patricios. Le deuxième constat, ce sont les liens de parenté plus ou moins éloignés mais bien présents entre les gentes des comites impériaux et la famille régnante. Nous avons relevé que 6 comites avaient des liens familiaux avec les dynasties antonine et sévérienne. Ainsi, sous les Antonins, le comes P. Aelius Hadrianus est le fils du cousin germain de l’empereur défunt, Trajan. Le comes L. Dasumius Tullius Tuscus est lié à l’empereur Marc-Aurèle. Enfin, C. Iulius Avitus Alexianus, par son mariage avec Iulia Maesa, est le grand-père d’Elagabal et de Sévère Alexandre.
La fidélité du père envers l’empereur pouvait faciliter l’acquisition du titre de comes impérial pour le fils. Ainsi, D. Terentius Gentianus, comes de Trajan, est le fils de D. Terentius Scaurianus, lui aussi comes de Trajan. Tous les deux ont participé aux guerres daciques de 101 à 106 après J.-C. Leur descendant est Q. Hedius Rufus Lollianus Gentianus, comes de Septime Sévère et de Caracalla.
Une observation des carrières des comites révèle un nombre important de recommandations impériales. 50 % des sénateurs ont bénéficié d’une recommandation avant de recevoir le titre de comes. Ainsi, parmi ces 17 personnages, 13 ont été des questeurs impériaux, 4 ont été recommandés pour le tribunat de la plèbe et enfin 6 bénéficièrent d’une recommandation pour la préture. Ainsi, T. Caesernius Statius Quinctius Macedo Quinctianus, candidat d’Hadrien pour le tribunat en 127 après J.-C. était son comes de 128 à 132 après J.-C. M. Pontius Laelianus Larcius Sabinus, candidat d’Hadrien pour le tribunat, devint le comes de Marc-Aurèle et Lucius Verus.
Dans tous les cas, nous constatons que le compagnonnage auprès de la personne impériale était assuré par des sénateurs restés fidèles au prince. Dès leur jeunesse, ils avaient eu l’opportunité de recevoir la faveur impériale. Ils se sont efforcés de conserver cette place de choix. Parmi les 34 comites sénateurs, 23 ont exercé des fonctions religieuses aussi bien dans les collèges majeurs que dans les nombreuses sodalités qui assuraient le culte de l’empereur divinisé.
Ces observations nous amènent à considérer que pour bon nombre de comites sénateurs, c’est une succession de faveurs impériales qui jalonnent leur carrière. Quinze comites ont bénéficié de cette accumulation de fonctions rares et exceptionnelles. Ti. Plautius Silvanus Aelianus, questeur de Tibère en 37 après J.-C., fut le comes de Claude, en Bretagne en 43-44 après J.-C. Il exerça deux charges religieuses. Il fut pontifex et fit partie du collège des sodales Augustales.
En définitive, bien des facteurs devaient jouer pour obtenir la fonction de comes impérial. La parenté avec des membres de la dynastie régnante, l’ancienneté et la notoriété de la gens à laquelle on appartenait, la brillante carrière d’un père ou des proches, des compétences militaires lors d’expéditions et de guerres, des capacités de gouvernement dans des provinces agitées ; tout ceci, à divers degrés et de façon complexe, pouvait peser sur la décision du prince. En fait, les sénateurs représentaient le vivier dans lequel l’empereur pouvait trouver ses comites : des hommes compétents et de qualité. Le titre et la fonction de comes permettaient à l’empereur de tisser avec eux un lien plus personnel tout en les utilisant à des fins politiques et militaires. Il faisait ainsi participer au gouvernement et à la défense de l’Empire, l’élite dirigeante de la société romaine.
Afin de mettre en valeur le rôle des comites, nous avons analysé leur carrière pour relever les expéditions qui ont occasionné leur titre de comes et la date de leur compagnonnage. Le titre de comes Augusti présente avant tout un caractère personnel qui se révèle tout particulièrement dans un contexte militaire. Le compagnonnage s’effectuait durant un temps déterminé lors des expéditions militaires. La grande période de ces comites se situe sous les Antonins et les Sévères. Dans le cadre de ce compagnonnage, le comes appartenait à l’état-major impérial et prodiguait conseils et protection. Comme le définit son titre, le comes vivait, avant tout, sa proximité avec l’empereur lors de ses déplacements civils et militaires. L’itinérance de l’entourage impérial, surtout à partir des Sévères, va accroître le nombre de ces comites. Si certains comites se sont révélés être d’excellents généraux, ce sont surtout des hommes de confiance qui conseillaient l’empereur sur la conduite à tenir, étant des hommes expérimentés, qu’ils soient sénateurs ou chevaliers.
Si nous avons insisté sur la permanence du caractère personnalisé de ce titre de comes liant un homme à l’empereur et s’affichant par une proximité entre les deux hommes lors des déplacements impériaux civils et militaires ; c’est que l’étude détaillée des intitulés laisse entrevoir une modification de ce compagnonnage à partir de la dynastie sévérienne et jusqu’à Constantin : son rôle de conseiller et de protecteur auprès du princeps s’est transformé en celui de contrôleur et d’administrateur dans les provinces. Le comes, sous le dominat de Constantin, n’est plus le compagnon mais le « comte » de l’empereur. Restant à Rome, il officie à la Cour et se voit attribuer de plus en plus de responsabilités administratives. Le titre de comes ne mentionne plus la personne impériale ; il s’est totalement dépersonnalisé.
L’étude du titre de comes impérial d’Auguste à Constantin, présente tout d’abord l’étroite collaboration qui s’est mise en place entre l’aristocratie sénatoriale et le princeps. Le déclin du Sénat avec la mise en place du Principat n’a donc pas empêché le maintien d’une oligarchie sénatoriale puissante, influente et placée aux plus hautes fonctions. La plupart des comites impériaux ont assumé de grandes responsabilités dans le gouvernement à Rome et dans les provinces. Ils ont tous veillé à rappeler l’immense privilège qu’ils ont reçu de l’empereur en l’accompagnant.
Le deuxième point à retenir de ce titre de comes est son caractère personnel, certainement héritier de l’amicitia républicaine. Dans une société essentiellement structurée par les liens personnels, être lié à l’homme le plus puissant de l’Empire, après avoir été choisi par lui, constituait la promesse d’un avenir brillant non seulement pour le comes mais aussi pour sa famille. Tout comes Augusti veilla donc à graver au sein de son cursus honorum ce titre conféré par l’empereur lui-même. Avec la mise en place du Principat, cette pratique républicaine sociale et politique devint un titre officiel et une fonction au service de l’empereur.
Au cours de nos recherches, nous avons relevé dans des inscriptions le double titre d’amicus et comes. La nature législative et juridique du document épigraphique laisse envisager que ce double titre d’amicus et comes ne peut être ni une forme de redondance ni une insistance. En fait, il s’agit d’un double titre qui nous a permis de dissocier les titres et les fonctions d’amicus et de comes. Leur juxtaposition fait de ces personnages des hommes très en faveur auprès de l’empereur puisqu’ils bénéficiaient de sa confiance, que ce soit pour mener une conquête ou, pour régler un problème administratif et territorial. A titre d’exemple, nous pouvons citer Iulius Planta comme amicus et comes de Claude, revêtu de ce titre par l’empereur lui-même dans un édit impérial.
Au terme de notre étude sur les amici et les comites, nous avons constaté que l’empereur choisissait ses plus proches collaborateurs, pour une large part, parmi l’élite sénatoriale.
Notre travail a également permis de relever, non seulement, la transformation de l’amicitia républicaine en un lien personnel centré sur la personne impériale mais, aussi, la constitution d’un entourage attaché à l’empereur, qu’il soit à Rome ou dans les provinces. Rome n’incarnant plus le centre décisionnel, l’empereur devenant une sorte de capitale itinérante, le pouvoir s’est personnalisé avec le Principat. La vie politique et les usages de la société romaine se sont en conséquence concentrés sur la personne de l’empereur. Aussi, le princeps utilisa à son profit ces deux liens sociaux en les officialisant puisqu’ils devinrent des titres et offrit l’entourage impérial comme modèle à l’ensemble de la société romaine.
Les "collegiati" dans la société de l’Occident romain
Samedi 29 novembre 2003
14 heures
Amphithéâtre Descartes
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Nicolas TRAN soutient sa thèse de doctorat
Les "collegiati" dans la société de l’Occident romain (Italie, Gaules, Germanies). Le rang social des membres d’associations sous le Haut-Empire.
en présence du Jury :
M. ANDREAU (EHESS)
Mme CEBEILLAC-GERVASC (CNRS)
Mme DEMOUGIN (EPHE)
M. MARTIN (PARIS IV)
M. VAN NIJF (GRONNINGEN)
Les "Nugae" de Nicolas Bourbon (1533). Edition et traduction commentée
Vendredi 8 décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D035
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Sylvie FONTAINE LAIGNEAU soutient son habilitation à diriger des Recherches :
Les "Nugae" de Nicolas Bourbon (1533). Edition et traduction commentée
En présnece du Jury :
M. CHARLET (AIX-MARSEILLE 1)
M. ENGAMMARE
Mme FICK (DIJON)
Mme GALLAND-HALLYN (PARIS 4)
M. ZARINI (PARIS 4)
Les "serves dépouilles" : pour une étude de l’imitation à la Renaissance
Lundi 14 juin
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Jean-Claude TERNAUX soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Les "serves dépouilles" : pour une étude de l’imitation à la Renaissance
en présence du Jury :
M. CHEVALIER (METZ)
M. LECERCLE (PARIS IV)
M. LESTRINGANT (PARIS IV)
M. MILLET (BÂLE)
M. ROUDAUT (MONTPELLIER III)
M. SCHRENCK (STRASBOURG II)
Les aérophones dans la musique populaire égyptienne : tradition et évolution
Vendredi 2 décembre 2005
14 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 117
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Fakher HAKIMA soutient sa thèse de doctorat :
Les aérophones dans la musique populaire égyptienne : tradition et évolution
En présence du Jury :
M. BOSSEUR (Paris 4)
M. MEEUS (Paris 4)
Mme SALINI (Corse)
M. ZIMELABIDINE (Institut)
Résumés
Ce travail expose les principales mutations de la musique populaire égyptienne depuis le début du XXème siècle. Dans cette recherche, nos interrogations ont été essentiellement axées sur les modes d’utilisation des instruments à vent dans les traditions musicales populaires, rurales et citadines. Le transfert des genres musicaux ruraux vers la ville du Caire a engendré d’importantes mutations. Pour montrer ces changements, nous avons tenté d’étudier deux groupes d’instruments à vent : Les instruments authentiques (al-‘arghûl, al-mizmâr et al-kawalah) issus de la musique populaire rurale et les instruments occidentaux (accordéon et saxophone) qui font usage dans la musique populaire citadine du Caire. Par ailleurs, ce travail propose un aperçu de la musique militaire arabe en général et égyptienne en particulier et ce pour mettre en évidence la vulgarisation de ce genre musical qui fut à l’origine de l’apparition d’une nouvelle musique populaire citadine dite firqat hassab allah ( les fanfares populaires).
Cette recherche a essayé de montrer la contribution de l’organologie et de la technique du jeu instrumental à l’évolution de la musique populaire égyptienne.
THE AEROPHONES IN THE EGYPTIAN POPULAR MUSIC
TRADITION AND EVOLUTION
This work reveals the principal mutations of the Egyptian popular music, right from the start of the twentieth century. Our essential interrogations will focus on the use of the woodwind instruments in both : the popular rural and urban music and around their role in the evolution of the style of interpretation. The transfer of the rural music of the Egyptian countryside towards the urban environment of the city of Cairo brought about important mutations. In order to expose those mutations we have studied peculiarly two mains groups of woodwind instruments : the authentic instruments (al-‘arghûl, al-mizmâr et al-kawalah) which interpret popular rural music and the occidental woodwind instruments (the accordion and the saxophone) which themselves interpret the popular urban music of Cairo. The research displays also a study of the Arabic military music. The vulgarization of this musical genre had been the consequence of the apparition of a new popular musical genre : popular brass-band hassab allh.
The following research paper deals with the contribution of organology, as well as the instrumental technique, on the evolution of the Egyptian popular music.
MOTS-CLES : musique populaire égyptienne- musique rurale- musique populaire citadine- musique arabe- instruments à vent traditionnels- musique militaire arabe- fanfares populaires arabes- acculturation- saxophone- accordéon.
Position de thèse
L’enjeu majeur de notre recherche est de révéler les mutations de la musique populaire égyptienne au cours de son transfert des milieux ruraux vers les milieux citadins de la ville du Caire depuis les années quarante et jusqu’au années soixante-dix. Le nouveau cadre socioculturel a engendré plusieurs transformations autant sur le plan du répertoire que sur celui du style de l’interprétation et de l’effectif instrumental.
Plus précisément nous avons étudié l’impact de l’organologie et de la technique instrumentale des aérophones sur l’évolution de style d’interprétation de la musique populaire égyptienne. Nous avons étudié comment des instruments à vent étranges à la culture locale (saxophone et accordéon) intervient dans l’évolution d’un style musical auparavant jouée par des instruments authentiques tels que : al-‘arghûl, al-mizmªr, al-bûq et al-kawalah bien déterminé.
La principale problématique de ce travail se focalise autour des diverses influences directes ou indirectes sur la musique populaire égyptienne depuis le début du XXème siècle. L’essentiel de nos interrogations a été étalé autour de l’utilisation des instruments à vent dans les traditions populaires rurales et citadines et leur impact sur l’évolution du style de l’interprétation. Les questions axiales de ce travail sont :
Comment était la musique rurale (au niveau du style d’interprétation) avant son transfert vers les milieux citadins et quels étaient ses principaux instruments à vent ?
Quelles ont été les circonstances qui ont conduit à l’adoption des instruments à vent occidentaux dans la musique arabe en général et populaire en particulier ?
-Pourquoi est-ce que ce phénomène est plus ou moins exclusif à la ville du Caire ?
Quel impact a eu l’utilisation des instruments à vent occidentaux (l’accordéon et le saxophone) sur l’interprétation de la musique populaire et peut-on comparer ce style d’interprétation avec celui obtenu avec les instruments originels comme al-arghûl, al-mizmār et al-kawalah ?
Peut-on parler d’évolution stylistique suite au transfert du rural à la cité ?
Les instruments adoptés peuvent-ils répondre aux exigences multi-modales de la musique qu’ils servent ? Ont-ils subi des modifications pour reproduire fidèlement les micro-intervalles ? Existe-t-il une technique de jeu spécifique ?
Pour répondre à ces questions nous avons repartie notre thèse en trois parties principale.
La première partie est consacrée à l’étude de la musique rurale égyptienne et à l’étude de ses principaux instruments à vent communément utilisés à savoir : al-Kawalah, al-’arghûl, al-mizmār et al-bûq. Les détails concernant ces derniers, en termes d’organologie, d’interprétation et des techniques de jeu ont été exposés.
La deuxième partie est consacrée à l’étude des instruments à vent dans les fanfares égyptiennes. L’importance de cette partie tient à l’exploration historique de l’évolution de la musique militaire arabe, car la vulgarisation de cette tradition, purement militaire au départ, va donner naissance à un genre musical populaire, nommé en Égypte firqat assab-allah.
Au cours de cette deuxième partie, nous proposerons donc une brève étude historique des traditions musicales militaires chez les Arabes : leurs origines ottomanes, l’adoption du modèle militaire occidental et sa diffusion dans les diverses agglomérations arabes. En effet, ce genre d’orchestre a joué un rôle essentiel dans la diffusion de la musique occidentale et de ses instruments. Au début du vingtième siècle, les fanfares européennes, présentes partout dans le monde arabe, pour divertir des populations, à vrai dire, hétéroclites. Elles étaient de puissants outils d’acculturation.
Cette partie est fondée conjointement sur les détails organologiques des instruments utilisés dans les anciens (les mehter-s) et les nouveaux groupes de musique militaire et sur une analyse détaillée du répertoire ancien et nouveau.
Le deuxième chapitre de cette partie est consacré à l’étude d’un genre musical populaire issu de la vulgarisation de la musique militaire arabe. Ce genre est celui des fanfares populaires arabes nommé en Égypte firqat assab-allah. C’est dans ce genre de groupe musical que les instrumentistes au saxophone, à la clarinette et à la trompette exécutent et explorent un répertoire de musique populaire typique de la mégapole arabe, le Caire.
L’analyse du répertoire de ce genre musical, l’exposition des techniques de jeu, de la transmission et les précisions concernant les détails de l’interprétation, de style et de la forme révèlent des faits musicaux spécifiques.
La troisième partie de notre thèse est repartie en trois principaux chapitres. Un premier chapitre est consacré à l’analyse des enjeux économiques et politiques de l’Égypte en général et de la situation socioculturelle dans la ville du Caire en particulier. Dans ce même chapitre nous avons exposé les circonstances sociales, culturelles et économiques qui ont favorisé l’acculturation et l’adoption de nouveaux instruments à vent occidentaux.
Le deuxième chapitre de cette partie est un inventaire des diverses troupes de musique populaire dans la ville du Caire. Il donne une vue d’ensemble qui détaille les principaux effectifs instrumentaux présents au Caire depuis le début des années quarante et démontrera l’importante acculturation entre les divers genres musicaux dans la capitale égyptienne, ainsi qu’une importante utilisation des instruments à vent occidentaux, saxophone et accordéon.
Pour cela nous avons étudié en un premier temps le répertoire et les effectifs instrumentaux des groupes de musique qui animent les fêtes populaires (firqat al-afrāÊ al-balady) et qui présentent des spectacles dans les cabarets et dans les salles de spectacle. L’étude du répertoire et de l’instrumentaruim ont démontré une acculturation particulière entre plusieurs genres musicaux du Caire.
En deuxième temps nous avons étudié le répertoire et les effectifs instrumentaux des groupes de musique de danse féminine égyptienne (firqat al-raqs al-sharqy). Cet art a joué un rôle très important dans l’évolution du style musical de la musique populaire égyptienne et dans la vulgarisation de l’utilisation des instruments à vent, saxophone et accordéon. C’est au sein des groupes musicaux restreints accompagnant des danseuses égyptiennes, que ces deux instruments ont pu investir un vaste répertoire jadis réservé aux instruments de musique rurale, arghûl et mizmār. L’analyse du répertoire a démontré de nombreux points de confluence.
Le troisième chapitre de cette partie comporte une étude approfondie des principaux instruments à vent utilisé dans les groupes de musique populaire cairotes : l’accordéon et le saxophone. Pour cela, nous avons consacré un volet pour l’étude de chaque instrument, dans lequel nous avons procédé à une étude historique, organologique, stylistique et technique, ainsi qu’à une étude de leurs rôles respectifs dans l’exécution d’ensemble.
L’analyse et la comparaison du style d’interprétation, propre à chaque groupe d’instruments (instruments à vent de musique populaire authentiques et instruments à vent occidentaux), nous a offert l’occasion de constater une continuité entre les deux genres musicaux, rural et citadin, mais également beaucoup de divergences.
L’analyse du répertoire révèle de nombreuses mutations essentiellement sur le plan des intervalles et des cheminements mélodiques. Le nouvel effectif instrumental a provoqué la fixation des intervalles et l’adoption de nouveaux concepts et des modes d’organisation, des expressions et des codes esthétiques tout aussi nouveaux. L’adoption de l’accordéon a abouti à l’usage d’une échelle à vingt-quatre quarts de tons fixes. Les possibilités sonores et la disposition des doigtés sur les deux instruments ont favorisé la prolifération des notes étrangères au maqâm et ont provoqué un nouveau type d’ornementation et un nouveau cheminement mélodique des thèmes et des improvisations. Par ailleurs, l’usage des deux instruments à vent occidentaux, l’accordéon et le saxophone, a développé le timbre global du groupe de musique populaire et a engendré ainsi un élargissement de l’ambitus et de la bande des nuances de l’interprétation.
L’analyse du répertoire a prouvé également l’influence de divers genres musicaux, principalement ceux de la musique égyptienne rénovée, dite « musique égyptienne moderne ». L’impact de ce nouvel ordre musical de la ville du Caire sur la musique rurale a été, à notre avis, à l’origine de l’apparition d’une nouvelle forme de composition populaire désignée par l’expression ðaqðûqah sha’biyyah.
La même analyse confirme une continuité entre les deux genres musicaux, le rural et le citadin. L’importance des deux formes balady et mawªl dans le répertoire de la musique populaire citadine en est la preuve.
La comparaison des deux répertoires confirme également un lien sur le plan des structures mélodico-rythmiques. Les deux instruments saxophone et accordéon font appel à des clichés typiques au répertoire de la musique rurale. En outre, quelques types d’ornementations et d’accentuations nous renvoient à un style de jeu propre aux instruments arghûl, mizmªr ou kawalah. Quelques techniques d’arrangement instrumental utilisées par les saxophonistes et les accordéonistes égyptiens, tels que le jeu du bourdon ou le jeu en contre-temps rythmique, rappellent les techniques d’arrangement instrumental utilisées par les joueurs d’al-arghûl et les joueurs d’al-mizmªr.
Pour résumer, la synthèse de notre travail montre l’impact de l’organologie et de la technique de jeu des instruments sur l’évolution de style d’interprétation et sur les transformations de langage musical.
Par ailleurs, cette recherche révèle la délicatesse de toute tentative de classification de divers genres musicaux, citadins, ruraux, traditionnels, rénovés, etc. La démarcation de ces divers genres est très difficile, en effet, le milieu socioculturel qui leur a donné naissance était tellement complexe et composite comme c’est le cas du milieu socioculturel de la ville du Caire. De nos jours, le contraste entre savant et populaire, devient de plus en plus difficile à établir et la classification catégorique des divers genres devient confuse. Cette tâche devient d’autant plus ardue que l’on a désormais affaire à une production standardisée et régie par le grand capital.
Il importe de souligner que l’évolution est, en général et plus encore dans le domaine musical, un phénomène en perpétuel mouvement. Nous dirions même, qu’il est un phénomène qui pourrait se targuer d’une certaine universalité. Les effectifs instrumentaux qui interprètent la musique populaire citadine n’ont, en effet, jamais cessé d’évoluer. Tout phénomène nouveau, toute invention technologique peut les affecter, les modifier, influencer leur effectif, leur style d’interprétation et leur esthétique. De nos jours, l’exemple le plus remarquable de cette évolution constante est celui de l’utilisation du synthétiseur. Cet instrument s’est imposé par ses performances sonores et impose définitivement son tempérament à vingt-quatre quarts de tons égaux. Cet instrument est, par ailleurs, à l’origine de l’unification des échelles musicales relatives aux divers genres musicaux et à la standardisation des maqªm-s. La standardisation de la musique populaire atteint un important degré, au point que, de nos jours, on parle d’une musique populaire universelle médiatisée ( ). En effet, Comme partout dans le monde aujourd’hui, à la prédominance du produit commercial dans ce qu’il représente actuellement comme vigueur rythmique, caractère polyphonique, importance de l’image (vidéo-clip), et surtout en ce qu’il introduit comme dimension d’un noyau du show-business, la grande partie de la production de musique arabe du 21ème siècle suit cette tendance.
Malgré cette tendance à la médiatisation de la musique populaire actuelle et malgré l’engouement que cette musique semble susciter auprès de la masse des auditeurs, le souci identitaire demeure une constante. Ce souci se manifeste à travers le retour aux formes et aux instruments authentiques dans bon nombre de compositions actuelles. Il se manifeste aussi à travers le faire d’une élite intellectuelle et quelques compositeurs qui cherchent à mettre en place un mécanisme commun au genre populaire authentique et acculturé en développant une stratégie qui privilégie la pureté esthétique et l’attachement aux origines.
Les Abandonnés de la République. L’enfance et le devenir des pupilles de l’Assistance publique de la Seine placés en famille d’accueil (1874-1939)
Samedi 4 décembre
9 h
En Sorbonne, amphi Guizot
17, rue de la Sorbonne
75005 PARIS
M. Ivan JABLONKA soutient sa thèse de doctorat :
Les Abandonnés de la République. L’enfance et le devenir des pupilles de l’Assistance publique de la Seine placés en famille d’accueil (1874-1939)
En présence du Jury :
M. CARON (CLERMONT II)
M. CASPARD (PARIS)
M. CORBIN (PARIS I)
M. FARON (PARIS IV)
M. LUC (PARIS IV)
Mme THEBAUD (AVIGNON)
Les animaux merveilleux dans l’art funéraire de la Chine ancienne. La sculpture de fauve : origine d’une représentation artistique et apparition d’un usage funéraire (Ier-VIe siècles)
Jeudi 14 décembre 2006
9 heures 30
A l’INHA, Salle Perrot, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
Mme Catherine DZALBA-LYNDIS soutient sa thèse de Doctorat :
Les animaux merveilleux dans l’art funéraire de la Chine ancienne. La sculpture de fauve : origine d’une représentation artistique et apparition d’un usage funéraire (Ier-VIe siècles)
En présence du Jury :
M. BALUT (PARIS 4)
Mme BLANCHON (PARIS 4)
M. LECOUTEUX (PARIS 4)
M. MOORE (LEIDEN)
M. QI (PEKIN)
M. SCHNAPP (PARIS 1)
Résumés :
Une nouvelle forme artistique funéraire apparaît en Chine sous la dynastie des Han orientaux (25-220) avec les fauves de pierre en ronde bosse, positionnés par paires à l’extérieur de la tombe. Sous un aspect allant du plus réaliste au plus fantastique, leur corps les apparente aux félins, tandis que cornes et ailes s’y greffent pour donner naissance à des animaux merveilleux. Cet art disparaît pendant deux siècles, avant de renaître sous les Dynasties du Sud (420-589) sous une forme monumentale et normalisée.
La thèse propose un historique des recherches chinoises et occidentales relatives à ces fauves, des travaux de Victor Segalen (1878-1919) à nos jours, ainsi qu’une analyse détaillée des sculptures, avant de revenir sur l’énigme archéologique que pose leur apparition. A travers une étude de leur représentation et de leur place dans l’ensemble funéraire, nous proposons d’en décrypter méthodiquement l’apparence, l’identité et le rôle.
A new form of funerary art was created under the Eastern Han dynasty (25-220 A.D.) with the three-dimensional wild felines in stone, placed outside the tomb, in pairs. These animals vary from the most realistic appearance to the most fantastic one. Their body reminds a feline and the addition of horns and wings creates new forms of fantastic animals. After a gap of two centuries, this art form reappeared on a monumental scale and under a formalised use in the South Dynasties period (420-589).
The thesis presents a historical account of the works Chinese and Western researchers led on these stone felines, based on the first works of Victor Segalen (1878-1919). After a detailed analysis of the sculptures, the study deals with the archaeological enigma of their creation. Through a study of their representation and position within the whole funerary process, we will attempt to methodically decipher their identity, physical form and function.
Position de thèse :
Ce travail est le résultat de recherches effectuées dans le cadre d’une cotutelle de thèse entre la Chine et la France, grâce à laquelle nous avons pu bénéficier d’un suivi bilatéral, d’une véritable liberté d’action sur le terrain et dans les musées en Chine, de l’accès à des sources multiples.
Le sujet de cette recherche porte sur l’énigme archéologique que représente l’apparition de la sculpture de fauve en ronde bosse dans le contexte funéraire de la Chine ancienne. Cet animal qui appartient au mobilier funéraire, jusqu’alors destiné au contexte souterrain, apparaît en plein jour. Il se montre ostensiblement et s’impose par ses dimensions. Pour le matérialiser, on utilise la pierre jusque-là peu privilégiée dans l’art chinois.
Avant l’apparition du fauve en ronde bosse, animaux réels et mythiques, réalisés dans des matériaux divers, se côtoient dans les chambres funéraires. Cette faune qui accompagne le défunt sous terre est gravée sur les parois en pierre, ciselée dans de petits morceaux de jade, sculptée dans le bois, coulée dans le bronze ou modelée dans la terre cuite.
Sous la dynastie des Han occidentaux (206 av. J.-C. - 9 apr. J.-C.) sont créées les premières sculptures en pierre monumentales. Cet art apparaît pour la première fois dans un contexte funéraire avec les animaux et les êtres fabuleux placés près du tumulus du général Huo Qubing (mort en 117 av. J.-C.). Parmi eux, la sculpture du « cheval dominant un barbare » présage l’apparition de la statuaire traitée en trois dimensions mais, dans les autres cas, il s’agit d’épouser la forme d’origine du bloc de pierre pour donner forme à l’animal et les détails sont créés par un simple relief.
Sous les Han orientaux (25 - 220 apr.J.-C.) la pierre en ronde-bosse de forme animale entre dans le système funéraire avec la représentation du félin sauvage. Les premiers spécimens ont été retrouvés dans les provinces du Sichuan et du Shandong au début du XXe siècle. Ces animaux se présentent généralement par paires, ils sont le plus souvent d’allure passante, toujours d’aspect menaçant et rugissant. Leur silhouette les rattache au félin et des attributs comme des cornes et des ailes viennent s’y greffer pour en faire des êtres merveilleux.
Sous les Han orientaux ils apparaissent devant les tombes de hauts fonctionnaires, puis disparaissent totalement pendant deux siècles en raison de lois somptuaires édictées pendant la période des Trois Royaumes (220-280) et de la brève réunification de la dynastie Jin (265-316). La renaissance de cette sculpture de fauve se situe au Ve siècle, sous une forme monumentale, normalisée, réservée à la famille impériale et à l’empereur. Elle apparaît près de Nankin où s’était établi le pouvoir impérial lors de la division entre les Dynasties du Nord et du Sud (Nanbeichao) provoquée par les grandes invasions barbares des IVe et Ve siècles.
Alors que le Nord du pays est occupé par des dynasties non autochtones, plusieurs dynasties chinoises se succèdent à Nankin : c’est ce qu’on appelle la période des « Six Dynasties » (Liuchao) qui regroupe la dynastie des Jin orientaux (317-420) et les quatre dynasties communément appelées « Dynasties du Sud » (Nanchao) (420-589). On y rattache traditionnellement le royaume de Wu (220-280). Aucune trace archéologique n’est venue témoigner de l’existence de sculptures de fauve avant leur réapparition sous la dynastie Liu Song (420-479). Elles perdurent sous les dynasties Qi (ou Qi du Sud 479-502), Liang (502-557), et Chen (557-589). Ce nouvel usage funéraire est à l’origine des majestueuses voies de l’âme impériales qui se développent sous les dynasties suivantes, et qui, dès la dynastie Tang (618-907), sont bordées de plus d’une centaine de sculptures parmi lesquelles la figure animale et notamment celle du fauve occupent une place importante.
Ces œuvres sont parfois accompagnées de piliers et de stèles sous les Han orientaux.
Le pilier est supplanté par la colonne sous les Dynasties du Sud tandis que perdure l’utilisation des stèles.
Bien que le fauve ne soit pas un thème nouveau dans l’art funéraire de la Chine, sa représentation en pierre, dans de grandes dimensions, placée hors de la tombe reste énigmatique. Rares sont les textes qui les mentionnent et le recours aux archives n’apporte que peu d’informations en dehors des questions de localisation, de datation et d’identification du défunt.
Parmi les sources utilisées figurent d’abord les ouvrages de Victor Segalen (1878-1919).
Au début du XXe siècle, il est l’un des premiers à s’intéresser à cette statuaire et à se rendre sur place pour l’étudier et la photographier. Les publications de Mission archéologique en Chine relatent les investigations menées dans les provinces du Shaanxi et du Sichuan en 1914, et dans la province du Jiangsu, à Nankin en 1917. En 1972, un texte destiné à faire partie d’un ouvrage général sur les arts chinois resté inachevé, est publié sous le titre Chine, la grande statuaire. Ce texte tient à la fois du récit d’aventure, de l’oeuvre littéraire et poétique et du rapport archéologique, bien qu’il souhaite s’en affranchir.
Les ouvrages de Victor Segalen ont été le point de départ d’une recherche à laquelle nous avons fixé un objectif archéologique. Nous avons cherché à savoir ce qu’étaient devenues les sculptures qu’il avait répertoriées et notre intérêt s’est porté sur les premières formes de fauves.
Nous avons centré l’analyse sur les sculptures des Dynasties du Sud qui, dès le début du XXe siècle, se présentaient sous la forme d’un corpus localisé autour de la ville de Nankin, relativement homogène et aisé à appréhender, contrairement aux sculptures de la dynastie Han qui n’avaient fait l’objet que de quelques découvertes ponctuelles.
L’analyse des sculptures de Nankin nous a rapidement révélé qu’on ne pouvait pas étudier de manière satisfaisante la figure du fauve en fondant la recherche seulement sur sa forme normalisée et instituée en système funéraire impérial. Les bases de la recherche faisaient défaut. Nous avons cherché à savoir sous quelles formes ces sculptures étaient apparues avant d’être interdites par des lois somptuaires et de disparaître pendant deux siècles. Nos lectures ont conduit à un constat : les sculptures de fauves de l’époque Han étaient souvent citées en exemple de façon ponctuelle pour illustrer ce qui se faisait avant les Dynasties du Sud mais ce corpus restait méconnu et il méritait d’être analysé.
En partant d’une période précise et d’un corpus relativement défini, nous avons agrandi le champ des investigations tant bibliographiques qu’archéologiques.
Notre analyse replace l’ouvrage dans une perspective historique qui éclaire la mise en place de ce nouvel usage funéraire appelé à devenir monumental sous les dynasties suivantes.
Notre recherche s’est alors élaborée autour de phases de prospections bibliographiques à partir de documents chinois, anglais et français, et d’un programme d’investigations de terrain en Chine réparti sur plusieurs années.
Après un chapitre préliminaire visant à une remise en contexte, le corps de la thèse s’organise en trois grandes parties.
La première est une analyse du processus d’invention, autrement dit, l’historique de la découverte des sculptures, de la constitution progressive du corpus et de l’intérêt qu’elles ont irrégulièrement suscité dans les milieux de la recherche chinois et occidentaux depuis Victor Segalen.
Jusqu’aux années 1930, la sculpture est appréhendée essentiellement d’un point de vue occidental : objet d’étude de terrain, avec l’importation dans les années 1920 en Occident de plusieurs statues, elle devient « pièce de musée ».
Le corpus général présente un visage tout à fait particulier dont il a fallu tenir compte. Il se compose en effet d’un « noyau » homogène et d’une partie hétérogène extrêmement mal connue. L’ensemble des sculptures des Dynasties du Sud se trouve encore in situ dans la région de Nankin. Il est connu des chercheurs chinois et une grande partie a été identifiée et datée par des sources chinoises anciennes. Le deuxième groupe d’œuvres est constitué d’une part par les sculptures retrouvées dans plusieurs provinces de Chine et datées de la dynastie Han, pour la plupart conservées dans des musées chinois, et d’autre part, par le corpus des « vestiges déracinés ». Ce dernier corpus est composé de sculptures conservées dans des musées européens ou américains, dont la datation est incertaine et dont la localisation d’origine est inconnue. Du fait de leur éloignement et dispersion, elles tendent à se désolidariser du reste du corpus chinois. Le second volet de la partie consacrée à l’ « invention » se propose d’analyser pour ces trois corpus quelles ont été les recherches menées en Chine et en Occident à l’époque moderne. La campagne d’inventaire, menée sur les sculptures de Nankin en 1935 par les archéologues Zhu Xizu (1878-1944) et Zhu Xie (1907-1968), a stimulé la recherche chinoise. Elle connaît par la suite un développement irrégulier mais désormais, c’est en Chine que de nouvelles réponses sont apportées.
Nous avons recoupé les sources et adjoint les résultats de nos enquêtes de terrain dans le but de présenter le faciès actuel de ce corpus, de comprendre comment il s’est constitué et de quelle manière il est appréhendé par les chercheurs. Pour présenter cette analyse, nous ne suivons pas un développement chronologique mais une présentation cohérente issue de l’observation des travaux des chercheurs qui se sont avant tout intéressés aux sculptures de Nankin, puis aux sculptures Han de manière beaucoup moins régulière et enfin aux sculptures conservées à l’étranger de façon très ponctuelle.
La deuxième partie de la thèse propose une analyse systématique et détaillée des sculptures qui repose sur les résultats des investigations de terrain et le recoupement des informations bibliographiques. L’objectif est de replacer la sculpture dans son contexte lorsqu’elle est encore in situ, d’identifier les destructions et restaurations subies par les ouvrages pour en connaître l’aspect d’origine, d’identifier le défunt et collecter toutes les informations susceptibles de renseigner sur les sculptures.
Pour présenter nos investigations de terrain, nous avons choisi d’établir les fondements de notre recherche sur le corpus des Dynasties du Sud, avant de l’étendre progressivement aux sculptures les moins connues. Chaque chapitre se compose d’une analyse des sites pris individuellement. Une synthèse typologique récapitulative conclue cette partie.
Méthode d’analyse de chaque type de corpus :
Le corpus de Nankin (plus d’une quarantaine de sculptures) : il est bien connu en Chine des spécialistes mais l’Occident n’en a qu’une vision superficielle étayée de quelques exemples choisis. L’empreinte de Victor Segalen, aujourd’hui quelque peu obsolète, est encore très forte et tend à occulter les travaux scientifiques modernes. Notre but est de redonner des bases contemporaines à ce corpus. Notre travail s’est basé essentiellement sur des sources chinoises et deux enquêtes de terrain menées à cinq ans d’écart. Nous présentons l’analyse par dynastie.
Le corpus des sculptures Han (plus d’une trentaine de sculptures) : réparti entre plusieurs provinces (Shandong, Sichuan, Henan, Shaanxi), il est quant à lui méconnu, tant en Chine qu’en Occident. Il pose des difficultés d’étude plus importantes que le précédent car les sources relatives à la datation et à l’identification manquent et il a été l’objet de nombreuses restaurations délicates à déceler. Les découvertes ont été plus ponctuelles et les ouvrages sont souvent extraits de tout contexte archéologique identifiable. Cependant, leur fonction funéraire est attestée dans de nombreux cas. Aucun autre contexte n’ayant été identifié, c’est à la fonction funéraire que nous nous attachons. L’analyse se base sur les résultats de l’enquête que nous avons menée en Chine, orientée par différents indices retrouvés dans des publications récentes d’articles, des entrefilets annonçant des découvertes archéologiques et des tableaux localisant approximativement les vestiges. Nous utilisons le terme de « corpus Han » en raison des identifications officielles qui ont été faites. Nous nous attachons personnellement à appuyer notre argumentation sur les exemples les plus fiables. L’analyse est présentée par province.
Le corpus des sculptures conservées hors de Chine (une dizaine) est souvent ignoré. La trame nous a été fournie par les travaux de deux chercheurs, le chinois Wang Luyu et le canadien Barry Till. Nous avons pu le reconstituer après une enquête auprès des différentes institutions en possession de pièces. L’analyse reprend les sculptures une à une.
L’ensemble du corpus nécessitait de procéder à des rapprochements et recoupements pour en connaître toutes les facettes. La synthèse typologique que nous réalisons n’est pas à appréhender comme un tableau de critères précis de datation mais comme un appui pour l’analyse.
La troisième partie de la thèse développe une étude approfondie de la représentation du fauve, de sa fabrication et de sa place dans l’ensemble funéraire.
La question de ce que représente l’animal nous est apparue comme une étude à part entière qui ne pouvait être menée qu’après avoir pris connaissance de l’ensemble du corpus de manière détaillée. A ce stade, une remarque s’impose : la diversité des noms donnés à ces sculptures : lions, tigres, chimères, licornes en Occident, bixie, qilin, tianlu, fuba, entre autres en Chine. A partir de cette remarque préliminaire se pose la question de la représentation du fauve : que représente-t-il réellement ? L’analyse du corpus a mis au jour des êtres dont le corps rappelait toujours celui d’un fauve mais sous un aspect allant du plus réaliste au plus fantastique. Par souci d’objectivité, nous avons choisi une appellation unique, la moins connotée possible. Nous avons pris le parti de les appeler « fauves » en raison de leur point commun physique. Nous nous attachons à décrypter l’aspect et l’identité du fauve et à observer le processus d’hybridation, de « tératogenèse », avec l’adjonction de différents attributs merveilleux comme les ailes et les cornes.
Nos lectures nous ont permis de constater que le fauve n’est généralement analysé que sous l’angle symbolique. Or nous avons pu observer que le sens symbolique ne peut être nié mais, puisqu’il est en partie inconnu aujourd’hui, il ne peut être appréhendé scientifiquement. Notre objectif est d’effectuer une approche archéologique du monstre en tenant compte de ce à quoi il renvoie (son référent) et à la manière dont il est représenté techniquement. Ce qui nous conduit à nous intéresser à l’utilisation de la pierre. La seconde partie de l’analyse vise à replacer le fauve dans l’ensemble funéraire composé de la tombe et des autres éléments sculptés que sont les piliers, les colonnes et les stèles. Nous tentons de proposer une approche de la sculpture qui mette en lumière le rôle joué par ces éléments et la place particulière du fauve en leur sein. Nous nous intéressons à leurs fonctions de signalisation du champ funéraire et de commémoration du défunt, ainsi qu’à l’agencement des différents éléments entre eux et à la création de la voie funéraire.
Les annexes des églises byzantines en Palestine du IVe au VIIIe siècles. Étude archéologique, historique et liturgique
Samedi 3 juillet 2004
14 heures
Institut d’Art et d’Archéologie
Salle Doucet
3 rue Michelet
Paris 6e
M. Vincent MICHEL soutient sa thèse de doctorat :
Les annexes des églises byzantines en Palestine du IVe au VIIIe siècles. Étude archéologique, historique et liturgique
en présence du Jury :
M. BARATTE (PARIS IV)
M. GATIER (CNRS)
M. PICCIRILLO
M. SODINI (PARIS I)
Les archives de Dèmètrios, épistate de Mouchis
Lundi 4 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Bibliothèque de l’Institut de Papyrologie, Esc. B, 3ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme KENNOKKA ROBIC soutient sa thèse de Doctorat :
Les archives de Dèmètrios, épistate de Mouchis
En présence du Jury :
M. BLANCHARD (PARIS 4)
M. CLARYSSE (LOUVAIN)
M. FOURNET (EPHE)
M. GASCOU (PARIS 4)
M. M. PICARD (PARIS 4)
Résumés :
La thèse présente l’édition de 35 papyrus du IIIe s. av. J.C, conservés à l’Institut de
Papyrologie de la Sorbonne. Provenant de cartonnages de momies, ils ont exigé tout un travail
préalable de nettoyage et de raccord. Il s’agit en majorité de plaintes au roi ou enteuxeis, et de
courriers administratifs judiciaires entre différents fonctionnaires locaux : Diophanès, le stratège
(responsable régional), Dèmètrios, l’épistate (juge local) de Mouchis, et Glaukos, le phylacite
(gendarme), ces ceux derniers n’étant connus que par les textes de ce lot. Les plaintes au roi
évoquent des litiges sur des terrains, des vols et des violences, ou l’insatisfaction des plaignants
quant à une procédure judiciaire antérieure. Les documents administratifs témoignent de certaines
de ces procédures (convocations, témoignages). On n’a pas négligé les problèmes de chronologie
(dus à la juxtaposition de deux calendriers) ou ceux que posent l’identification des mains et
l’archivage antique du dossier.
The thesis presents the edition of 35 papyri from the 3rd century B.C., belonging to the Institute
of Papyrology in the Sorbonne. Coming from mummy cartonnage, they required at first to be
cleaned and joined. Most of these documents are petitions to the king, or enteuxeis, and letters
between various local officials : the strategos (regional chief) Diophanes, the epistates (local
judge) of Mouchis Demetrios and the phylacites (policeman) Glaukos, the later two being known
only in this group of texts. The petitions to the king evoke dispute about land, stealing and abuse,
or plaintiff’s dissatisfaction about former legal procedure. Administrative texts describe some of
these legal procedures (summons, witnesses). We did not neglect chronological problems (due to
the simultaneous use of two calendars), the study of the scripts and of filing such legal archives.
Position de thèse :
Thèse de doctorat préparée sous la direction du Professeur Alain Blanchard
La thèse présente l’édition d’un ensemble de papyrus qui constitue sans doute une
partie des archives retrouvées d’un fonctionnaire de l’époque ptolémaïque, vers 220 avant J.C.
en Égypte. Le lot a été acquis auprès de Mickaël Fackelmann par Jean Scherer pour l’Institut
de Papyrologie de la Sorbonne (Université de Paris-IV) en 1978. M. Fackelmann avait
proposé ce lot car, par sa provenance, sa composition et sa date, il se rapprochait de papyrus
déjà conservés à la Sorbonne, en particulier les P.Enteuxeis, édités en 1931 par Octave
Guéraud. Les papyrus, restaurés par lui, proviennent d’un ou plusieurs cartonnages de momie.
Il est possible que des papyrus, vendus ailleurs par M. Fackelmann, soient proches, voire
appartiennent aux mêmes archives que celles qui sont publiées ici : on en a un exemple avec
le papyrus inédit de Vienne, le P.Vindob.Barbara 34. Mais des recherches menées dans
d’autres collections n’ont rien donné. Sur le total de trente-cinq numéros que nous éditons,
Jean Scherer en avait publié lui-même huit dans les années 1980 : nous pensons en avoir
parfois amélioré la lecture et surtout des raccords que nous opérés imposaient une édition
nouvelle. D’autre part, du fait de leur provenance (cartonnage), certains papyrus pouvaient
conserver au verso diverses couches de plâtre ou de peinture. Nous avons donc procédé à un
nettoyage des versos en question, de façon ciblée, c’est-à-dire en cherchant particulièrement
un texte attendu : l’adresse, ou, dans les enteuxeis, le nom de parties. Le résultat a souvent
répondu à nos attentes.
Première partie : présentation générale
Le lot est composé d’une part de plaintes au roi ou enteuxeis, pour douze d’entre elles
à peu près intelligibles, huit autres n’étant que des fragments, d’autre part de six courriers
administratifs judiciaires entre les différents fonctionnaires de la région, en rapport avec des
plaintes ou non. Enfin, on trouve quelques documents dont la place dans ces archives ne
s’explique pas encore parfaitement.
Les plaintes peuvent témoigner de litiges sur des terrains, des vols et des violences, ou
enfin de l’insatisfaction quant à la procédure judiciaire, suite à des plaintes précédentes. On
remarque que quatre femmes portent plainte contre des hommes, et, pour deux d’entre elles,
en raison de violences subies. A contrario, aucune plainte, dans le lot, n’est portée contre une
femme. D’autre part, les problèmes ethniques ne sont pas absents : trois plaintes au moins sont
portées par des Grecs contre des Égyptiens, deux proviennent de femmes égyptiennes à
l’encontre d’hommes grecs.
Les documents autres que les plaintes au roi, au nombre de 14, sont de diverses
natures et n’entrent pas tous dans des catégories précises ou bien connues de documents
administratifs.
Les enteuxeis et autres documents judiciaires font naturellement appel aux
fonctionnaires locaux. L’un d’eux, le stratège (fonctionnaire à la tête de l’administration de
tout le nome) Diophanès, est déjà bien connu, mais l’épistate Dèmètrios et le phylacite
Glaukos cités ici sont encore inconnus (excepté par les publications antérieures de J. Scherer
de nos documents).
L’épistate est le fonctionnaire de justice le plus important du village, où il exerce son
autorité dans le domaine de la sécurité, c’est-à-dire sur les phylacites, le service de police. Les
apostilles s’adressent à l’épistate du village de l’accusé. Toutes nos enteuxeis désignent
comme compétent l’épistate Dèmètrios.
Sept documents concernent directement Glaukos, qui se désigne comme « phylacite du
bourg de Mouchis ». Le phylacite est un fonctionnaire, sorte de gendarme qui peut être chargé
par l’épistate d’amener les gens impliqués dans une affaire. Entre autres fonctions, il peut
aussi enquêter sur des vols ou des fauteurs de troubles, ou interroger des criminels.
Nous soulevons également le problème de la conservation de telles archives : les
papyrus du lot que nous éditons devaient être conservés ensemble, et ont été réemployés en
même temps comme cartonnage(s). Dans quel bureau cet ensemble de documents a-t-il pu se
retrouver avant de finir au rebut ? Cette question est difficile au vu de la variété des textes qui
composent le lot. Nous pensons que Dèmètrios fut le détenteur le plus probable de ces
archives.
Les problèmes de chronologie, si difficiles à l’époque ptolémaïque, sont nombreux
dans nos textes. Les dates conservées correspondent avec la période d’exercice déjà connue
du stratège Diophanès, de l’an 23 d’Évergète à l’an 1 de Philopator et en l’an 4 (224 à 221
puis en 219/218), et permettent en outre de combler le petit hiatus entre les deux périodes
attestées de son exercice. Toutes nos plaintes n’ont pas conservé leur double date avec mois
macédonien et mois égyptien. Les deux calendriers sont fondés sur deux système différents.
Le calendrier macédonien est constitué de 12 mois lunaires de 29 et 30 jours, avec un mois
supplémentaire tous les deux ans. Le calendrier égyptien quant à lui consiste en 12 mois de 30
jours, plus 5 jours supplémentaires (épagomènes). Ces doubles dates sont difficiles à vérifier
ou même à déterminer quand on ne lit plus que le mois macédonien, car les correspondances
entre les deux calendriers ne sont pas toujours exactes, ce qui peut poser des problèmes de
cohérences chronologiques que nous nous efforçons, sinon de résoudre, du moins d’expliquer
dans le cadre de notre lot.
Sur le plan géographique, les archives concernent en très grande partie le village de
Mouchis dans l’Arsinoïte. L’importance de Mouchis au IIIe s. avant notre ère, en terme de
poids démographique, culturel et économique dans la région est, par la rareté des sources,
difficile à évaluer. Sa position administrative fut assez importante, puisqu’il semble que ce
village a été le centre d’une toparchie (regroupement de plusieurs villages) dont faisaient
partie Aphroditès Polis, Éleusis et Bousiris. Pour cette époque, on connaît quelques
fonctionnaires associés à Mouchis (que leur aire d’exercice s’y limite ou déborde le village) :
l’épimélète Apollônios, l’économe Kallikratès, le basilicogrammate Eimoutès, tous trois en
209, l’économe Dorion, et enfin le sitologue Asclépiadès. On connaît également la présence
d’un grenier à l’époque ptolémaïque. Au point de vu économique, on connaît Pétéminis, peutêtre
topogrammate, responsable de la vente de bière à Mouchis à la fin du IIIe s. ou au début
du IIe s., donc peu de temps après la période de notre lot. L’existence d’un canal au sud du
village, appelé le « canal de pierre », et celle de la pratique de la pêche sont attestés, ce qui
prouverait la proximité d’un lac ou marais. On constate la présence de moutons et de bergers.
L’industrie textile était bien développée dans le secteur. On a également un témoignage de
production de briques à l’époque ptolémaïque. Sur le plan culturel, la présence de la religion
égyptienne est avérée par un papyrus inédit qui évoque un temple de Sokonpourchnoubis
(combinaison des dieux Souchos et Chnoum). Les textes édités dans la thèse permettent
d’améliorer la connaissance encore limitée du village de Mouchis pour l’époque ptolémaïque.
En premier lieu, nos textes ajoutent aux fonctionnaires connus dans l’Arsinoïte l’épistate et le
phylacite de Mouchis entre 223 et 219 : Dèmètrios et Glaukos, et peut-être Kalliphon.
L’élevage de moutons, déjà connu par ailleurs, est présent dans notre lot. Concernant la
production artisanales, une de nos plaintes évoque un potier qui habite certainement Mouchis.
Enfin, un terrain mis en location dans une autre plainte doit produire des joncs. En ce qui
concerne l’organisation religieuse du village, on apprend l’existence d’une nécropole pour les
momies de crocodiles sacrés, liés au culte de Souchos, ou Sobek, le dieu crocodile égyptien
particulièrement honoré dans le Fayoum, à laquelle est lié un sanctuaire ; ces lieux sacrés sont
gérés par un membre particulier du clergé, Pétéôros. On apprend également la tenue à
Mouchis d’un « mois sacré » en Pauni. Un de nos textes déjà édité avait révélé l’existence
d’un gymnase à Mouchis, preuve que la culture grecque était présente dans ce village, et que
Mouchis devait avoir une importance certaine dans la région. Mouchis est, comme partout
ailleurs dans le Fayoum à l’époque, occupée par des soldats et ex-soldats grecs ou venant de
toute l’aire d’influence de la Grèce, à qui ont été données des tenures, selon leur rang dans
l’armée, et/ou des quartiers chez les habitants indigènes. Mouchis est donc un village où
Égyptiens et colons grecs cohabitent.
Ce village n’est cependant pas l’unique repère géographique de nos textes.
Aphroditès polis, village voisin de Mouchis et faisant partie de sa toparchie, était
moins peuplé que Mouchis. L’un de nos documents apporte quelques éléments nouveaux
concernant ce village : on a connaissance de quatre habitants jusque-là inconnus, tous
égyptiens, et de la profession de trois d’entre eux (paysans, potier, prêtre d’Harmothios), ce
qui nous renseigne sur les activités économiques et religieuses d’Aphroditès polis.
Bousiris, ce village de la méris de Polémon, était proche de Mouchis et faisait partie
de la même toparchie.
Le village d’ Oxyrhyncha était le chef-lieu d’une toparchie qui comprenait Areos
komè, Ptolemaïs et Tebetny. Il était dans le même secteur que Mouchis et Aphroditès polis.
Notre lot apporte peut-être le nom d’un nouveau phylacite de ce village, Zénon.
Situé dans la méris d’Héracleidès, à Hawara, le Labyrhinthe fut décrit par les auteurs
classiques. Il s’agissait sans doute d’un temple attaché à la pyramide d’Amenemhat III,
pharaon de la 12e dynastie. Il a été une destination « touristique » dès 112 avant J.C. Cet
édifice s’est dégradé assez tôt. Peu de papyrus y font référence.
À l’exception de ce dernier, dont il reste des traces archéologiques, et de
Crocodilopolis, il est difficile de situer avec exactitude les villages.
Nous avons enfin accordé une attention toute particulière aux différentes écritures.
Les enteuxeis présentent en général une écriture soignée, mais ces écritures sont très diverses.
Au contraire, les apostilles qui sont encore lisibles trahissent majoritairement la même main.
En ce qui concernent les documents administratifs, les écritures de quatre documents qui
proviennent de Dèmètrios, sont très proches, voire identiques. Nous avons également identifié
l’écriture du phylacite Glaukos.
Deuxième partie : édition, traduction et commentaire des documents
1. Plainte pour construction illégale. Pétésouchos, un vieil Egyptien, se plaint d’une
construction illégale par Égyptien plus jeune, Pombôs, sur son terrain.
2. Plainte au sujet d’un gymnase. Un Grec, Peukestès, se plaint de deux Égyptiens, à propos
d’un gymnase qu’il a construit.
3. Plainte pour loyer impayé. Sôsipolis se plaint de Pythéas, Grec comme lui, à propos d’un
loyer impayé malgré de nombreuses relances, et lui réclame la valeur d’une récolte de joncs.
4. Demande de mise sous scellés pendant une fête. Un prêtre égyptien, Pétéôros, réclame la
mise sous séquestre des revenus de son temple pour une certaine durée, certainement dans la
peur des méfaits d’un autre Égyptien, Amméneus.
5. Plainte pour des dégâts sur une tenure. Nikandros, Grec, accuse deux Égyptiens d’avoir
détérioré une digue en procédant aux travaux d’irrigation.
6. Plainte d’une femme contre son mari, Thauès, une femme égyptienne, porte plainte contre
son mari Horos, qui l’a chassée. Il est aussi question d’un vêtement.
7. Plainte et réclamation d’objets. Une femme se plaint d’un vol de la part d’un certain
Dèmètrios, et demande la restitution de ceux-ci ou de leur valeur en argent.
8. Plainte pour violences à la suite d’un contrat. Une habitante égyptienne de Mouchis porte
plainte contre un Macédonien. Il s’agit d’un prêt d’argent, et des violences ont été commises
sur la plaignante ; en outre, elle réclame la restitution d’un manteau.
9. Plainte pour violences et détention arbitraire. Trois Grecs, habitant Oxyrhyncha, portent
plainte contre trois Egyptiens, qui leur ont tendu une embuscade lors d’un déplacement,
prenant pour prétexte une vente d’âne contestée par les Grecs, et ont fait enfermer l’un deux
arbitrairement. Ils réclament sa libération et des compensations financières, ainsi que des
peines pour les Égyptiens.
10-19. Fragments de plaintes
20. Requête concernant les suites d’une plainte antérieure. Il s’agit peut-être de la deuxième
plainte d’un militaire. Le stratège Diophanès est déjà intervenu d’une manière ou d’une autre.
21. Plainte au sujet de l’écobuage. Épistratos habitant grec de Mouchis, se plaint des paysans
qui ont effectué pour lui une opération agricole, assimilable à l’écobuage ; le différent porte
sur le paiement des salaires.
22. Billet de Dèmètrios à Diophanès concernant l’affaire précédente. Dèmètrios écrit à
Diophanès le résultat de la séance de conciliation relative à l’affaire précédente, qui a échoué.
Il doit donc envoyer les personnes concernées (Épistratos et les paysans) devant le stratège.
23. Lettre de Dèmètrios à Glaukos. Suite à la plainte d’une femme, Thabès, Dèmètrios
demande qu’on lui envoie les accusés.
24. Lettre de Dèmètrios à Glaukos. L’épistate rappelle au phylacite la convocation de
Ptolémaios, accusé par Héracleidès, car il ne s’est pas présenté à la séance de conciliation.
25. Bordereau d’envoi de témoignages (garantis par serment). Billet à l’envoyeur et au
destinataire indéterminés. Le billet concerne les témoignages d’une affaire, et indique les
témoins des accusés d’un procès.
26. Lettre de Glaukos à Diophanès. Le phylacite écrit au stratège au sujet d’une plainte
(différente d’une enteuxis) émanant d’un militaire colon.
27. Lettre de Dèmètrios à Glaukos, concernant l’envoi de bêtes de somme au Labyrinthe pour
un transport de paille et d’orge.
28. Lettre à Glaukos, concernant peut-être un berger.
29. Brouillon de lettre de Glaukos à Hèdistè , dans lequel il est question de salaires.
30. Fragment de lettre à Glaukos, très mutilé.
31. Reçu. Stasô et Antipatros écrivent à Kalliphon à propos d’une ânesse et de son petit, en
rapport avec une enteuxis antérieure.
32. Liste de noms, liste mutilée de noms en regard d’une colonne de chiffres, d’une
signification encore indéterminée.
33. Courrier à Diophanès, très mutilé.
34-35. Fragments divers.
On trouvera en annexe, outre la bibliographie, un index des mots grecs, quatre cartes
des régions évoquées dans le lot à l’époque ptolémaïque, et une correspondance entre les
numéros d’inventaire des papyrus tels qu’ils sont conservés à l’Institut de Papyrologie de la
Sorbonne et les numéros attribués pour la présente édition.
Les assises énonomiques et sociales des pouvoirs en France du nord VIIème siècle-XIème siècle
Lundi 28 novembre 2005
14 heures
Institut finlandais
60 rue des Ecoles
Paris 5e
M. Olivier BRUAND son Habilitation à diriger les recherches :
Les assises énonomiques et sociales des pouvoirs en France du nord VIIème siècle-XIème siècle
En présence du Jury :
M. BARTHELEMY (Paris 4)
M. LEBECQ (Lille 3)
M. MENANT (ENS)
M. SASSIER (Paris 4)
M. SATO
M. TOUBERT (Collège de France)
Les avocats parisiens de l’époque mazarine
Samedi 4 décembre
9 h
En Sorbonne, Centre Roland Mousnier
escalier G, salle G 647
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Loïc DAMIANI soutient sa thèse de doctorat :
Les avocats parisiens de l’époque mazarine
En présence du Jury :
M. CHALINE (PARIS IV)
M. GAZZANIGA (TOULOUSE I)
M. GRESSET (BESANCON)
Mme PONTET (BORDEAUX III)
M. POUSSOU (PARIS IV)
M. SAUPIN (NANTES)
Les écritures de la sublimation dans l’oeuvre de Valéry Larbaud
Lundi 4 décembre 2006
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Gil CHARBONNIER soutient sa thèse de Doctorat :
Les écritures de la sublimation dans l’oeuvre de Valéry Larbaud
En présence du Jury :
M. ALEXANDRE (PARIS 4)
Mme BASCH (POITIERS)
Mme CHEVALIER (CAEN)
M. CURATOLO (BESANCON)
M. MURAT (PARIS 4)
Résumés :
Notre étude a pour objectif de montrer que la sublimation est le principal ressort
esthétique de l’oeuvre de Valery Larbaud. Une partie du travail consiste à définir une notion
qui croise plusieurs champs de la connaissance : théologie, philosophie, esthétique,
psychanalyse. Cette première recherche permet de faire de la sublimation un concept pour
l’analyse des textes littéraires. Il s’agit ensuite de cerner la sublimation larbaldienne. Elle
émane d’une volonté moderne de décrire, à l’intérieur de l’oeuvre, l’acte créateur à partir
d’une érotique. Elle résulte d’une relation à la mère qui détermine la vocation littéraire. Elle
s’explique aussi par le catholicisme de l’auteur. Ces contextes inventent de nouvelles écritures
élégiaques qui font évoluer la notion de sublime dans la première moitié du XX e siècle en
France.
The objective of my study is to demonstrate that sublimation is the principal aesthetic
mechanism in the work of Valery Larbaud. In the first part of my work I seek to define a
notion that intersects several fields of knowledge : theology, philosophy, aesthetics and
psychoanalysis. This initial research enables me to make sublimation a concept with which to
analyze literary texts. I will then seek to identify the sublimation characteristic of Larbaud. It
emanates from a modern desire to describe, in the interior of the work, the creative act on the
basis of the erotic. It results from a connection to the mother that determines the literary
vocation. It can be explained also by the Catholicism of the author. These considerations give
rise to new elegiac writings through which the notion of the sublime evolves in the first half
of the 20th century in France.
Position de thèse :
Dans l’oeuvre de Valery Larbaud, l’élévation est un motif constant. Ce motif
correspond avant tout à un désir d’embellissement exprimé dans une écriture qui épure
le monde en une vision poétique. La construction du paysage larbaldien ne se
comprend que par rapport à un culte de l’extrême raffinement qui cherche « l’or
spirituel du monde »1 à l’image de ce portrait de Florence :
Et au retour, au débouché de la via Maggio, le fleuve et ses quais me sont apparus
comme une grande pièce d’orfèvrerie : un Arno d’émeraude foncée limité par des
quais et des palais d’ambre clair, et traversé de ponts en vieil ivoire incrusté d’argent,
d’aigues-marines et d’or. 2
« L’or spirituel du monde » que fabriquent les villes ainsi que la beauté des
femmes se décrivent dans une écriture qui est soumise à une éthique de la beauté. Le
poète est celui qui, « en contribuant à la formation et à l’embellissement du langage »,
participe à « l’ouvrage collectif de civilisation ». C’est ainsi que l’auteur conçoit le
rôle du poète dans sa conférence sur Maurice Scève en 1934 :
En somme, repassant dans ma mémoire ma « causerie », que je sais par coeur, j’ai le sentiment
qu’elle a dû être assez attrayante, et pas tellement difficile. Je suis content d’avoir parlé de la
contribution directe et indirecte (via Ronsard) de Scève à l’ « ouvrage collectif de
civilisation » qu’est « le français que nous écrivons encore aujourd’hui. » Il était nécessaire,
étant donné l’immense multitude du public de ces « radio-diffusions », de faire remarquer en
passant, mais comme une chose naturelle, à quoi servent les poëtes : leurs oeuvres ont, de
proche en proche, une grande influence sur la formation de la langue, etc. [...] Je suppose qu’il
y avait beaucoup d’auditeurs non-lettrés pour qui le sujet classe l’écrivain : poèmes d’amour =
romance sentimentale. Il fallait donc les déniaiser, et vite ;-donc : 1° Microcosme aussi
(poème « sérieux », scientifique, religieux). 2°Contribution à la formation et à
l’embellissement du langage.3
En participant à « l’embellissement du langage », la création poétique est reliée à un
idéal de civilisation. Larbaud reprend la tradition qui assigne à l’art une fonction de
1 L’expression est extraite de la nouvelle Paris de France, nouvelle reprise dans le recueil Jaune bleu blanc,
L’imaginaire Gallimard. 1991, p.20.
2 Le Journal intime de Barnabooth, deuxième cahier, Bibliothèque de la Pléiade, 1958, p. 147.
Journal 1934-1935, Valbois Berg-op-zoom Montagne Ste Geneviève, Editions Claire Paulhan-Editions du
Limon, 1999, p.173.
sublimation. L’expression de la beauté est indissociable d’un principe transcendant.
Comprise ainsi, la sublimation est l’élévation esthétique d’un objet, et de l’écriture qui
le représente, à divers degrés de beauté. Mais où s’arrête l’élévation esthétique ? C’est
toute la problématique contenue dans le titre Beauté, mon beau souci..., titre qui situe
l’oeuvre entière dans la perspective d’un souci permanent du beau. Notre travail
consistera à définir ces différents degrés de beauté qui peuvent atteindre le sublime
selon les critères institués par la tradition philosophique et notamment par les concepts
de Burke, de Kant et de Schopenhauer. Dernier terme de la sublimation, le sublime est
aussi un style : le grand style. Le style de Larbaud est donc étudié en fonction d’une
approche littéraire du sublime qui doit beaucoup à Longin et à son Traité du sublime.
C’est à partir de ces contextes qu’il faudra définir la sublimation esthétique comme un
concept d’analyse formelle des textes littéraires.
L’oeuvre de Larbaud n’a jamais été étudiée dans la perspective du sublime. Certes,
l’auteur ne revendique à aucun moment l’appartenance à cette catégorie, pourtant,
comme on le verra, celle-ci est présente dans ses textes. Larbaud utilise le mot de
sublime au sens philosophique de la notion dans Le Journal intime de Barnabooth.
Nous y reviendrons. Il l’utilise aussi avec le sens que lui donnent les auteurs
romantiques. 4 Enfin, le mot est régulièrement employé pour qualifier une esthétique
littéraire, celle de Scève, de Racan, de John-Antoine Nau ou de George Meredith :
« The literary angels »... c’est une des mille métaphores dont est fait le sublime, -
sublime comme un poème lyrique, - le gigantesque roman de George Meredith, son
chef-d’oeuvre : L’Egoïste.5
Quant à Larbaud lui-même, son esthétique participe de manière exemplaire à
l’évolution du sublime sous l’influence des crises de la représentation artistique au
début du XX e siècle. Le Journal intime de Barnabooth s’inscrit notamment dans cette
4 Le terme apparaît à propos d’une étude des vers de Vachel Lindsay : « Vraiment la conclusion de ce morceau,
qui est basée sur l’artifice rhétorique, tant usé de la ballade de Villon, est une grande chose vulgaire et sublime
à la fois. » Le poète Vachel Lindsay, cet article a d’abord été publié dans la N.R.F, n° 79, avril 1920, p. 617-619.
Il figure dans la dernière édition de Ce vice impuni, la lecture. Domaine anglais, édition de Béatrice Mousli,
1998, Gallimard, p.450. Cette édition est augmentée d’une section, Pages retrouvées, dans laquelle Béatrice
Mousli place cet article. Cette édition sera notre référence.
Les Anges de la littérature, cet article de 1904 a été publié dans la revue L’oeuvre d’art international, n° 541, p.
76-77, mars, avril 1904. Il figure dans la section Pages retrouvées de Ce vice impuni, la lecture. Domaine
anglais, édition de Béatrice Mousli, op.cit., p.295.
évolution. Ces crises qui tendent à promouvoir l’autonomie de l’écriture orientent la
conception du sublime vers une dimension formelle. Le sublime n’est plus dans le
contenu mais il réside dans la volonté de faire du travail de la création artistique le
sujet même de l’oeuvre. Cette problématique de modernité aide à définir le grand style
de Larbaud.
La volonté de décrire les scénarios de l’acte créateur à l’intérieur de l’oeuvre
sollicite un autre aspect de la sublimation qui concerne une psychologie de la création.
La description du déroulement de l’acte créateur fait partie de la fiction, qu’elle soit
poétique ou romanesque. C’est ainsi que le récit du désir d’écrire est le grand roman de
Larbaud. Les textes multiplient les déclarations allant dans ce sens moderne qui
articule le sublime à la sublimation. En étudiant l’art de Stephen Hudson, l’écrivain est
conduit à formuler son travail sous l’angle d’une « haute entreprise amoureuse » :
J’ai été content de le voir, non par curiosité, mais parce que j’ai senti en lui (d’après
son livre) un littérateur de la même variété que moi, c’est-à-dire un « riche amateur »,
et qui, comme moi, - sauf pour mes Préfaces ! - ne s’est jamais forcé, n’a jamais
écrit que pour son plaisir, rebutant tout projet qui ne s’est pas présenté à lui comme un
plaisir assez vif pour avoir le caractère, non, les caractères, d’une haute entreprise
amoureuse.
Dans cette phrase, Larbaud reprend une tradition littéraire fondatrice qui est celle de
l’érotique de la sublimation. En même temps, sa pensée croise les thèses de la
psychanalyse, lesquelles ont fait de la notion une théorie de la création artistique. Il
importera d’étudier tous ces contextes pour dégager ce qui constitue l’expérience de la
sublimation dans les textes de Larbaud, cette expérience étant le véritable ressort
esthétique de l’oeuvre. Jacques Rivière avait mis en lumière cet aspect dans une lettre
qui commente les nouvelles d’Amants, heureux amants... :
J’aime beaucoup vos Amants. Je regrette un peu l’excès des réflexions philologiques
dans la 3 e partie, bien que certaines soient délicieuses. Mais tout ce qui est analyse
intérieure, expression du désir est excellent.
6 Extrait du Journal de Larbaud : Valbois, Berg-op-Zoom, Montagne Ste-Geneviève. Journal 1934-35. Editions
Claire Paulhan, 1998. p.162.
Vous êtes un des très rares qui sachent spiritualiser leurs émotions sensuelles. C’est
la tradition de Baudelaire, de Racine que vous maintenez. La façon dont vous parlez
de la femme est inimitable...7
La spiritualisation dont parle Rivière offre le grand intérêt d’inventer une poétique
de la féminisation de l’écriture. Celle-ci se caractérise surtout par une dominante
élégiaque problématisant les fonctions du lyrisme et du chant. Ces deux registres
mettent en tension le contenu des énoncés pour faire accéder les thématiques traitées à
une réalité supérieure. En même temps, ils participent d’une sublimation du style. La
démarche élégiaque a pour origine une attitude face à la création : Larbaud n’est luimême
que par rapport à la quête d’un objet perdu. Cette quête donne d’abord lieu à un
travail du négatif défini selon André Green comme un ensemble de structures
psychiques de la souffrance. Ce travail du négatif se sublime ensuite en formes
esthétiques qui mettent à distance et réorganisent l’expérience de la perte. L’une de ces
formes se manifeste par le lyrisme du manque dans Les poésies de Barnabooth. Une
autre concerne la prose quintessenciée qui apparaît dans les fictions de la plainte
(terme générique désignant la plupart des récits de l’auteur). Tout en analysant ces
écritures, il importera de cerner les différents thèmes élégiaques qui symbolisent
l’objet perdu. Larbaud déplore, sur le mode d’une mélancolie littéraire, la disparition
d’une communauté culturelle unie autour des valeurs humanistes. Le romancier et le
poète chantent le regret du bonheur amoureux de Finja. Enfin, l’oeuvre se compose
autour d’un foyer d’absence que ne peut se comprendre vraiment que dans l’étude du
rapport à la mère. Ce rapport est si complexe qu’il fait naître un mythe maternel à
partir duquel les écritures de la sublimation connaissent une nouvelle impulsion.
Tous ces aspects n’épuisent pas la spiritualité de l’oeuvre. Celle-ci se trouve dans
le style et Larbaud célèbre le culte de la forme tel que Valéry l’a décrit dans son étude
des sermons de Bossuet :
Quant aux pensées qui se trouvent dans Bossuet, il faut bien convenir qu’elles paraissent
aujourd’hui peu capables d’exciter vivement nos esprits. C’est nous-mêmes au contraire qui
leur devons prêter un peu de vie par un effort sensible et moyennant quelque érudition. Trois
7 Extrait de la correspondance Valery Larbaud et Jacques Rivière, Correspondance 1912-1924 Le Bénédictin &
l’Homme de barre, Editions Claire Paulhan, 2006, Edition établie, présentée et annotée par Françoise Lioure,
p.168, lettre du 11 octobre 1921.
siècles de changements très profonds et de révolutions dans tous les genres, un nombre énorme
d’événements et d’idées intervenus rendent nécessairement naïve, ou étrange, et quelquefois
inconcevable à la postérité que nous sommes, la substance des ouvrages d’un temps si
différent du nôtre. Mais autre chose se conserve. La plupart des lecteurs attribuent à ce qu’ils
appellent le fond une importance supérieure, et même infiniment supérieure, à celle de ce
qu’ils nomment la forme. Quelques-uns, toutefois, sont d’un sentiment tout contraire à celui-ci
qu’ils regardent comme une pure superstition. Ils estiment audacieusement que la structure de
l’expression a une sorte de réalité tandis que le sens ou l’idée n’est qu’une ombre.8
Un tel investissement dans la forme permet de comprendre à la fois l’esprit de la
N.R.F et l’une des causes de la crise de la représentation. Mais la plus grande ferveur
qui sous-tend le style de Larbaud est dans l’expression de la pensée chrétienne. Celleci
est perçue par Larbaud comme la source essentielle de sublimation. On le constate
dans les Enfantines lorsque la poésie des récits s’unit aux chants religieux pour élever
l’écriture à sa dimension sacrée. En fait, de Fermina Márquez à Tan callando,
nombreux sont les textes dans lesquels l’expression du catholicisme inspire un
imaginaire romanesque et façonne une conception de la langue. Dans les textes du
désir transgressif, comme les nouvelles d’Amants, heureux amants..., c’est
l’inscription sous-jacente de la pensée chrétienne qui fait accéder à la dignité de
l’amour. L’espoir placé en la foi catholique élève ainsi la passion esthétique à un ciel
de la création qu’il convient de définir.
Sur Bossuet, Variété II, p.45. Gallimard, 1930.
Les écrivains ivoiriens et la langue française
Rectificatif de date : la soutenance était initalement prévue le 17 février
Jeudi 17 mars
9 h
Maison de la Recherche
D 040, RDC
28, rue Serpente
75006 Paris
M. KOUAME KOUASSI soutient sa thèse de doctorat :
Les écrivains ivoiriens et la langue française
En présence du Jury :
Mme ATTUEL (PARIS XII)
M. BECHADE(PARIS IV)
M. KOUAKOU MGUESSAN (université)
M. TRITTER (PARIS IV)
Les énoncés nominaux dans le roman contemporain de langue anglaise : implications sémantiques et pragmatiques de la prédication adverbale
Lundi 29 novembre
14 h
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
M. Benjamin DELORME soutient sa thèse de doctorat :
Les énoncés nominaux dans le roman contemporain de langue anglaise : implications sémantiques et pragmatiques de la prédication adverbale
En présence du Jury :
M. COTTE (PARIS IV)
M. DELECHELLE (TOURS)
M. DELMAS (PARIS III)
Mme GUILLEMIN-FLESCHER (PARIS VII)
M. GUIMIER (CAEN)
Les épitaphes métriques helléniques du Péloponnèse à la Thessalie : Corpus commenté
Jeudi 19 mai 2005
16 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Madame Elodie CAIRON soutient sa thèse de doctorat :
Les épitaphes métriques helléniques du Péloponnèse à la Thessalie : Corpus commenté
En présence du Jury :
MME FOLLET (Paris 4)
MME ARNOULD (Paris 4)
M. DUBOIS (EPHE)
MME PUECH (Nancy 2)
Les épithètes dans les autobiographies de particuliers du nouvel empire égyptien
Samedi 3 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Elsa RICKAL soutient sa thèse de doctorat :
Les épithètes dans les autobiographies de particuliers du nouvel empire égyptien
En présence du Jury :
M. GRIMAL (Collège de France, Paris 4)
M. BAINES (Oriental)
Mme PANTALACCI (Lyon 2)
Mme VALBELLE (Paris 4)
Résumés
Le genre autobiographique s’étend sur la quasi-totalité de l’histoire pharaonique et constitue l’une des catégories littéraires les mieux représentées. Apparues dans les tombes de l’Ancien Empire avant de s’étendre aux domaines des vivants, les autobiographies présentent leur propriétaire comme un homme ayant, par ses actes et qualités, mérité sa position et les bienfaits qui lui sont associés. Il espère ainsi, en démontrant à ses contemporains et successeurs l’intérêt d’agir en sa faveur, faire perdurer éternellement son culte funéraire.
Le contenu des biographies se développe dans deux directions : l’une, orientée vers la carrière et les hauts faits du personnage, est généralement traitée sous forme narrative ; l’autre, tournée vers l’aspect moral de sa personnalité, ses qualités, son comportement en société et ses rapports à ses contemporains, se caractérise par des séquences d’expressions laudatives. Ce sont ces formules qui constituent le cœur de ce travail. Bien plus qu’une présentation « idéale » du personnage, elles nous fournissent nombre de renseignements sur les événements, les usages et les mentalités contemporains ; à travers elles nous est dépeint un portrait de l’Égyptien du Nouvel Empire, des aptitudes personnelles qui justifient sa position aux rapports hiérarchiques qui régissent sa vie sociale.
Au-delà de leur contenu informatif, ces expressions se révèlent aussi très importantes pour les moyens rédactionnels dont elles usent. Formes ou agencements spécifiques, jeux sémantiques ou graphiques ont été analysés dans ce travail, mettant en lumière le rôle essentiel du langage formulaire dans la pensée égyptienne.
Autobiographies are attested over almost whole Pharaonic history and constitute one of the most represented literary categories. First appearing in Old Kingdom tombs, they present their owner as a man having deserved, by his acts and qualities, his social ranking and the benefactions which are associated to it. Trying to show to his contemporaries and successors the interest to act for him, he wishes to have his funeral cult eternally ensured. The contents of biographies goes in two ways : the one dealing with the career and heroic deeds of the individual is generally treated in a narrative way ; the other, turned to the moral side of his personality, its qualities, social behavior and interactions with his peers, is featured by sequences of laudatory expressions. These formulae are precisely the core of this work.
Much more than an "ideal" presentation of the individual, they supply a great among of informations about contemporary historical events, uses and mentalities, depicting a social portrait of the Egyptian of the New Kingdom.
Beside their informative contents, these expressions give us essential informations by the editorial means they display. Specific forms or patterns, semantic or graphic plays have been studied in this work, putting in light the role of formulaic language in Egyptian meaning.
Position de thèse
En Égypte ancienne, le genre autobiographique s’étend sur la quasi-totalité de l’histoire pharaonique et constitue l’une des catégories littéraires les mieux représentées. C’est en contexte funéraire que sont apparues les premières autobiographies, vers 2600 av. J.-C., à une époque où l’Égyptien détenteur d’une tombe et soucieux d’y attacher son nom et son identité afin d’assurer sa survie dans l’au-delà a, depuis longtemps déjà, pris l’habitude de déposer dans la partie accessible aux vivants sa propre effigie légendée de ses titres et nom, constituant une sorte de substitut de sa dépouille déposée dans le caveau.
L’édification de la sépulture comme l’inhumation, marques de prestige accordées par le roi, constituent des événements marquants de la vie sociale de l’individu puisqu’ils établissent aux yeux de tous sa position privilégiée dans la sphère royale. Quand il choisit d’accentuer encore cette prééminence sur ses contemporains, ce sont naturellement ces événements qui servent à la fois de base et de thème à des développements d’un genre nouveau : les autobiographies. Dès la IVe dynastie, et surtout à partir des V-VIe dynasties, on voit alors apparaître, au côté de narrations établissant les grands moments de la vie du personnage, des passages qui le présentent à travers les grands aspects de sa personnalité, mettant essentiellement en valeur son comportement éthique. La réunion qui se fait peu à peu de ces inscriptions avec les formules d’offrande ou souhaits posthumes qui constituaient auparavant des entités indépendantes dans la tombe, montre bien l’usage qui est désormais fait de cette double présentation de soi : à la fois servir de justification aux requêtes qui l’accompagnent et en assurer la réalisation. Présenté comme un homme ayant, par ses actes et qualités, mérité sa position et les bienfaits qui lui sont associés, l’individu peut en effet se permettre de solliciter ses contemporains qui n’en seront que plus convaincus de se montrer à leur tour méritants en répondant favorablement à son appel.
Tout au long de leur histoire, ces textes autobiographiques oscillent entre deux pôles, l’un que l’on qualifie généralement de « narratif » qui retrace la carrière du personnage de façon plus ou moins circonstanciée, et l’autre que l’on pourrait appeler « laudatif » et qui est généralement constitué de séquences de formules élogieuses décrivant des aspects plus personnels de la vie de l’individu.
Ce sont ces « épithètes » au sens large du terme, c’est-à-dire tout développement de l’identité du défunt ne se présentant pas sous forme narrative, qui constituent l’objet de notre thèse. Représentant l’image même à laquelle l’Égyptien d’une époque, d’un lieu ou d’une confrérie donnés, se devait de correspondre pour recevoir, par delà la mort, le soutien de ses contemporains et successeurs, ces formules ont souvent été considérées comme une description « idéale » du personnage. Toutefois, elles nous fournissent aussi nombre de renseignements sur les événements contemporains de leur création. Relevant certes du domaine littéraire, elles n’en sont pas moins, au même titre que les séquences narratives, des témoignages historiques précieux qui nous présentent un portrait social évoluant à travers le temps et l’espace, tout à la fois marqueur de modes et vecteur d’intégration pour celui qu’il décrit. L’une des caractéristiques fondamentales de la société égyptienne réside en effet dans cette tension permanente entre les aspirations de l’homme à correspondre à un modèle social établi et sa volonté de se distinguer de ses contemporains pour exister en tant qu’individu. Les épithètes qui émaillent les biographies, de ce point de vue, se révèlent fort instructives de l’un comme de l’autre, laissant transparaître sous le modèle général les traces parfois infimes des personnalités qui ont motivé leur composition.
L’homme social du Nouvel Empire se définit ainsi selon trois grandes thématiques qui, chacune à sa manière, l’inscrivent dans un rapport personnel au monde qui l’entoure. La première concerne des formules à caractère « personnel » dans lesquelles il expose les qualités intellectuelles, pratiques mais aussi humaines. Dans une société économiquement florissante, qui multiplie les fonctionnaires et exacerbe les rivalités, habileté et savoir-faire, expérience et efficacité, précision et exactitude, honnêteté et respect de la Maât surtout, sont autant de points forts dont il se doit de faire preuve. Au sein même du Nouvel Empire, nous avons pu relever, selon les périodes, un certain nombre de variantes pour ces critères d’intégration, tant sur le plan de la forme que sur celui du lexique. Les modes ainsi repérées, quoique rarement exclusives d’un règne précis, permettent néanmoins d’établir des fourchettes chronologiques pour l’usage de certaines formules qui peuvent s’avérer de bons indices de datation ou d’attribution.
Au-delà de sa propre personne, la deuxième thématique sera consacrée aux rapports que l’individu entretient avec les hommes de son temps. Certes souvent inscrits dans une logique hiérarchique, ils se développent également sur des thèmes de proximité et de générosité, de simple urbanité et de respect réciproque. On y retrouve, associé aux valeurs morales de la première partie, de longues protestations de bonnes actions, d’accomplissement et de maintien de la Maât. La troisième catégorie, à la fois plus étendue et moins variée, se concentre sur les entités auxquelles l’individu s’en remet quant à son destin : le roi d’abord, qui lui assure reconnaissance et statut social au sein de la communauté puis, suivant un mouvement général amorcé dès la fin de la XVIIIe dynastie, le dieu qui répond désormais sans autre intercesseur aux requêtes personnelles. Là encore, l’importance de la documentation permet d’établir des remarques statistiques quant à la fréquence d’emploi d’une formule ou d’un terme qui viennent souvent confirmer les données issues d’autres genres littéraires.
Au-delà du contenu qu’elles véhiculent et de l’image sociale qu’elles nous donnent à voir des individus, les tournures employées présentent également un grand intérêt du fait de leur caractère formulaire : leur principale caractéristique en effet est de se présenter sous la forme d’expressions brèves, de deux à quatre unités accentuelles en moyenne, apparaissant dans les passages biographiques tantôt de façon isolée, tantôt en groupements de deux ou trois formules. Ces constantes, qui perdurent à travers toute l’histoire du genre, sont d’autant plus intéressantes à mettre en évidence que le lexique dans lequel les rédacteurs des textes viennent sélectionner leurs formules est, proportionnellement au nombre d’attestations, relativement restreint. La plupart des expressions se retrouvent ainsi plusieurs fois, d’un document à l’autre, voire d’une époque à l’autre ; certaines, de désignations ponctuelles liées à une situation donnée, finissent même par devenir de simples « clichés » sans plus guère de rapport avec leur contexte d’origine. Nous avons ainsi pu souligner un grand nombre de liens explicites entre des documents de périodes ou de genres différents avec parfois même la mise en évidence de cas avérés de copie, de citation ou d’intertextualité ; d’autres indices plus ténus mais néanmoins perceptibles ont également été étudiés, tels la reprise ou la diffusion de thèmes ou d’idées propres à d’autres époques.
Le Nouvel Empire est l’une des époques les plus fastes pour les autobiographies. Les presque deux-mille documents que nous avons ainsi traités pour une période par ailleurs marquée par des évolutions sensibles nous ont offert un champ d’étude dont l’ampleur nous a permis d’appréhender les formules dans une perspective à la fois diachronique et synchronique. Une telle recherche s’inscrit ainsi dans des domaines multiples, nous fournissant des informations précieuses non seulement sur le genre autobiographique lui-même et l’usage fait par les égyptiens du langage formulaire à travers l’ensemble de la littérature égyptienne, mais aussi sur leur façon de se présenter au monde, l’évolution de leurs codes d’intégration sociale et surtout les modalités de transmission de ces éléments. Le portrait que les épithètes du Nouvel Empire nous permettent de dresser est, bien plus que celui de l’homme égyptien d’une époque, celui de cette époque elle-même.
Les êtres animés dans les décors de stuc du Royaume d’Ayuthayâ
Vendredi 8 décembre 2006
9 heures
A l’INHA, Salle Demargne, DRC, Galerie Colbert
4-6 rue des Petits Champs 75002 Paris
Mme Valérie ZALESKI soutient sa thèse de Doctorat :
Les êtres animés dans les décors de stuc du Royaume d’Ayuthayâ
En présence du Jury :
Mme BLANCHON (PARIS 4)
M. DAGENS (PARIS 3)
M. JARRIGE (PARIS)
Mme PARLIER-RENAULT (PARIS 4)
M. RABREAU (PARIS 1)
Résumés :
Un rappel des données utiles (échanges entre Ayuthayā et ses voisins, conclusions des historiens d’art et informations brutes livrées par les sources sur les wat) précède une description critique du décor des wat, mais aussi des vestiges à la lisière géographique ou historique du royaume, relevant des styles de Lopburī (mais restaurés après), d’Ū Thōng, de Thonburī, ou du Lān Nā.
L’étude des êtres animés (Buddha, thevadā et créatures mineures de la mythologie : nāga, makara, hamsa, garuda...), compliquée par le manque de données sur le bouddhisme et l’iconographie, les mutilations, la fragilité du matériau et sa facilité de facture, autorisant superposition de couches et de styles, combine typologie et situation des figures et s’appesantit sur celles non encore étudiées. Elle reflète bien l’intégration des traditions khmère, cinghalaise, de Sukhōthaï et du Lān Nā, mêlées au substrat môn, et manifeste l’importance de la cosmologie décrite par le Traïphūm, matérialisée sur les sanctuaires par les thēphanom.
Tant certaines images du Buddha que celles de divinités dénotent de liens avec le Lān Nā, mais les images du Buddha au bras ramené contre la poitrine, figurées jusqu’à la fin du XVIIe siècle, auraient perpétué un trait iconographique ancien, antérieur à l’établissement de l’orthodoxie cinghalaise et refléteraient l’importance, soulignée par les études philologiques, du môn en Asie du Sud-est pré-cinghalaise.
Le problème des décors attribués tantôt au XVIIe siècle ou au XVIIIe siècle, touchant les wat Laï, Phāï Lōm, Chulāmanī, Nakhorn Kōsā, Tawet, Chœng Thā ou Thammiarāt, a aussi été abordé, de même que la tendance à la désincarnation ou « végétalisation » des figures.
Before describing wats, including some on the edge of the historical or the geographical field of the Ayuthayā Kingdom, from the so-called Lopburī, Ayōthayā, Thonburī, or Lān Nā styles in the Siamese realm, we recall useful datas (history of the relationship between Ayuthayā and it’s neighbourgs, periodization previously given by historians of art and raw informations about wats in the chronicles).
The study of animated beings (Buddha, thevadā or minor beings in the cosmology as nāga, makara, hamsa, garuda...) is paying much attention to those yet unstudied and combines their typology and their situation, but was quite complicated by the lack of data concerning buddhism and iconography, as well as by the ruins of the remains and the peculiarity of the stucco, allowing layers of different styles. It reflects how different traditions from Khmer, Sinhalese, Sukhōthai and Lān Nā arts were integrated to a Mōn heritage, and, with the thēphanom, to which extent the buddhist cosmology given by the Traiphūm has been an essential component of religious architecture.
While some Buddha images and deities reveal an influence from Lān Nā, other Buddha images with the arm against the chest, shown till the end of the XVIIth century might reveal an old character, prior to the establishement of the Sinhalese orthodoxy, which could show the importance of Mōn as has been stressed by other studies on Southesat Asia.
The matter of the decoration of some wats such as Wat Laï, Wat Phāï Lōm, Wat Chulāmanī, Wat Nakhorn Kōsā, Wat Tawet, Wat Chœng Thā... belonging either to the XVIIth or to the XVIIIth century has also been stressed here, as well as the tendancy of the beings to get “vegetalized”.
Position de thèse :
L’étude des figures « animées » dans les décors de stuc des monuments du royaume d’Ayuthayā dans ce qui constituait le Siam (l’ancienne Thaïlande) recouvre une période étendue, traditionnellement circonscrite entre le milieu du XIVe siècle, date présumée de la fondation du royaume d’Ayuthayā, et 1767, date de sa chute face aux Birmans. Cette étude d’histoire de l’art, à la fois ciblée dans son sujet et étendue tant géographiquement que chronologiquement, est apparu dès l’abord une gageure, tant les vestiges sont parcellaires et souvent ruinés.
Il nous a paru incontournable dans un premier temps de faire le point sur les conclusions qu’ont pu tirer les historiens de l’art de l’interprétation des sources du royaume, et de confronter ces différentes conclusions, quand elles étaient contradictoires afin de dégager les difficultés inhérentes à l’histoire de l’art d’Ayuthayā. Les relations avec les royaumes voisins et les héritages susceptibles d’avoir été intégrés sont aussi apparus comme un préalable indispensable au commencement de cette étude, afin d’en circonscrire le contexte historique. Du point de vue du cadre géographique, en dehors de la capitale elle-même, Ayuthayā, d’autres villes telles Lopburī, Suphanburī, Sanburī (Sankhaburi) ou Phetburī (Phetchaburī), comportant des vestiges, un bref rappel sur leur histoire est néanmoins apparu utile.
Le rappel des informations « brutes » données par les sources sur les wat est apparu ensuite nécessaire afin d’avoir à disposition les données utilisées par les historiens de l’art pour tirer leurs conclusions, d’autant que les sources historiques du royaume, ayant servi de base aux postulats proposés par différents auteurs, ne permettent pas le plus souvent de distinguer entre fondation de monastère, fondation d’édifice dans un monastère ou seulement restauration. Les sources d’Ayuthayā, des « phongsāwadān » sont en effet essentiellement des chroniques dont la préoccupation ne fut pas de transmettre l’histoire des principautés bouddhistes, des fondations religieuses, ou des images les plus fameuses. Une difficulté supplémentaire réside dans la marge de réinterprétation des compilations de sauvegarde de ces phongsāwadān d’Ayuthayā, rendues nécessaires pour la restauration de l’identité nationale.
Si les études précédentes ont généralement bien attesté les connexions avec les royaumes khmer ou de Sukhōthaï, et dans une moindre mesure, de Hariphuñchaï, des emprunts avec d’autres voisins ou d’autres populations ont été plus rarement soulignés. C’est pourquoi un rappel strictement historique a été donné des échanges entre Ayuthayā et ces royaumes.
Dans un second temps, avant de passer à la description et à l’analyse des vestiges intéressant cette étude, il nous a paru utile de rappeler rapidement la typologie des structures essentielles des wat et de décrire ceux dont un édifice au moins comporte encore un décor de stuc afin de resituer ces édifices, tant spatialement que chronologiquement avant d’aborder l’analyse de leur décor. La description plus ou moins approfondie des vestiges de décor nous a parfois permis de situer, aussi bien les éléments parfois pris en compte comme indices de datation par les chercheurs, que certains éléments de décor animé. Les positions diverses des chercheurs ont été brièvement évoquées, dans la mesure où n’est disponible aucune étude critique en langue occidentale portant sur l’ensemble de l’architecture d’Ayuthayā qui aurait permis de faire l’économie de ce travail. La mise en perspective des différentes hypothèses divulguées de manière souvent parcellaire et dans divers ouvrages ciblés parfois peu accessibles nous a ainsi permis de dégager les problèmes se posant encore sur les incohérences ou les désaccords concernant la chronologie, aussi bien des édifices eux-mêmes que des détails de leur décor. Une grande part a été donnée à une telle analyse, préalable indispensable à l’étude plus ciblée des décors animés, le rappel des conclusions données par les chercheurs sur la chronologie des décors non animés y prenant, d’autant que les divergences d’avis apparaissent grandes, une place importante.
Une brève étude a été faite des quelques vestiges dûment repérés « comme situés à la lisière géographique ou historique » du royaume d’Ayuthayā. C’est ainsi qu’ont été abordés les vestiges estimés appartenir à une époque désignée comme celle d’Ū Thōng ou de la « mythique » Ayōthayā, considérée comme juste antérieure à la fondation du royaume d’Ayuthayā, et se prolongeant à ses débuts. De même, les monuments du style du Lān Nā au sein du royaume d’Ayuthayā, ou ceux de la période de Thonburī, de l’ancienne ville choisie comme capitale immédiatement après le sac d’Ayuthayā et qui en sont les continuateurs, ont rapidement été passés en revue. Certains monuments généralement abordés dans l’étude de l’art de Lopburī ont aussi été étudiés ici d’un point de vue purement pratique, du fait des liens qu’ils pouvaient montrer avec des édifices situés à proximité et des éventuelles reprises plus tardives de leur décor de stuc.
Enfin, dans une partie concernant spécifiquement les figures animées, une description minutieuse des vestiges a été faite, en la confrontant aux hypothèses préexistantes, ayant parfois valeur d’assertion mais souvent limitées à un monument ou à un règne, qui ont été examinées de manière critique. Mais surtout, dans la mesure où ces hypothèses ne touchent que quelques vestiges et essentiellement les scènes figurées ou quelques images du Buddha, toute l’attention a été donnée à ceux dont l’étude n’a pas encore été menée ni de manière approfondie, ni de manière transversale, qu’il s’agisse de certaines images du Buddha ou des autres figures, avec l’objectif d’en tirer des enseignements stylistiques ou iconographiques, ou parfois presque d’ordre statistique, tant les vestiges peuvent être parfois difficilement lisibles.
Les connexions avec les arts des royaumes voisins ou antérieurs sont apparus comme une composante essentielle de l’art du stuc à Ayuthayā, surtout dans la mesure où ces rapports avec les arts de ces royaumes voisins, souvent plus largement préservés et mieux documentés, ont permis parfois seuls de proposer une estimation chronologique aux décors d’Ayuthayā...
La recherche systématique des indices de connexions dans les décors de stuc de monuments situés au cœur de l’art d’Ayuthayā a été menée au fil de l’étude de ces monuments, tant ces indices sont parfois infimes et mêlés. Il n’a ainsi pas paru indispensable d’aborder dans une partie spécifique les relations avec le royaume de Sukhōthaï, dans la mesure où celles-ci ont été davantage étudiées, mais surtout dans la mesure où l’intégration d’éléments du style de Sukhōthaï dans l’art d’Ayuthayā est telle qu’elle a été rappelée ici au même titre que les indices de rapports avec l’art du Lān Nā, au fur et à mesure de l’étude. De même, par delà Sukhōthaï, les rapports avec les arts cinghalais d’une part, et khmer d’autre part, comptent aussi parmi l’héritage du royaume maintes fois mis en lumière, et n’ont pas semblé justifier un chapitre séparé.
Finalement, l’étude ciblée des décors animés est présentée typologiquement, en combinant à la fois la typologie des figures représentées et leur situation sur les édifices, tant il apparaît que l’une est indissociable de l’autre, et que les deux ensemble, révèlent justement les échanges avec les royaumes voisins. La première place est pour les images du Buddha, qui même mutilées et parfois plusieurs fois restaurées, restent les témoins privilégiés des vicissitudes de décor de stuc des édifices. Les figures de thevadā, ces divinités mineures ou « anges » de la cosmologie bouddhique sont les secondes à avoir une place prépondérante. Quant aux figures « mineures » mais omniprésentes dans le décor que sont les nāga et makara en extrémité de rampant de fronton, ou les hamsa, garuda et autres créatures de la mythologique bouddhique, et au-delà, pan indienne, elles ont été recensées et autant que possible comparées, afin de tenter de dégager les grandes lignes de leur évolution stylistique. Le manque de spécimens en nombre suffisant et à leur érosion ou leur mutilation, ainsi que l’absence d’étude systématique de ce type pour ces figures « mineures » dans les autres royaumes de la Thaïlande, essentiellement vouées aux images anthropomorphes, a été une difficulté supplémentaire à l’entreprise d’une telle étude, qui est apparue apparentée à une enquête ethnologique. Un premier objectif, sans doute peu ambitieux pour des historiens de l’art rompus à dégager styles et écoles est alors apparu, à travers un travail de recoupements d’indices, d’infirmer ou de confirmer certaines assertions ou évaluations contradictoires. La majorité des vestiges étant concentrée essentiellement à Ayuthayā et dans une moindre mesure à Lopburī, les villes provinciales se trouvant beaucoup moins dotées en fondations religieuses, nous n’avons pas recherché à regrouper les divers types de figures en écoles régionales distinctes, comme Piriya Krairiksh s’était efforcé de le faire dans son ouvrage sur les collections des musées de province en Thaïlande.
Aux difficultés liées aux vicissitudes de l’histoire du royaume (manque de données du fait des destructions et de la disparition des sources consécutives à la mise à sac de la capitale par les Birmans et sources reconstituées autorisant des interprétations relatives) se sont aussi ajoutées les particularités du matériau sur lequel portait l’étude, le stuc, qui souffre de nombreuses faiblesses pour un historien de l’art : la fragilité de ce matériau réputé peu noble, dont la ruine paraît inéluctable, et son aspect « facile » de traitement, qui permet retouches, superpositions et production sérielle sont sans doute les plus évidentes. Le stuc est aussi un moyen « économique » permettant l’embellissement d’un nombre considérable d’édifices, et le matériau par excellence de la « remise au goût du jour », autorisant la superposition de couches et de styles différents. Il a été utilisé tout au long de la vie des monuments pour sa qualité non définitive, et a même permis la réappropriation de sculptures anciennes du style de Lopburī en grès. Avantageux en terme d’efficacité, ce matériau pose de fait des problèmes épineux pour l’historien d’art qui doit garder en mémoire ce caractère toujours relatif lié à la nature du matériau, d’autant plus prégnant du fait de la longévité du royaume, durant laquelle la plupart des grands monastères d’Ayuthayā sont restés en activité et ont été entretenus. Ces « défauts », combinés à la réputation de médiocrité de la production artistique durant la longue période d’existence du royaume d’Ayuthayā sont autant de raisons qui pourraient expliquer le peu d’intérêt qu’a suscité l’étude des décors de stuc du royaume.
Pourtant, en dépit de ces « faiblesses », les images du Buddha en stuc n’ont pas été davantage qu’ailleurs épargnées par les dégradations et les déprédations, puisque la très grande majorité de celles-ci ont été privées de leur tête, lorsqu’elles n’ont pas purement et simplement disparu entièrement. L’urgence de l’étude des décors de stucs « animés », compte tenu de la vitesse de disparition des vestiges, a dès lors surgi comme une évidence : comme l’archéologie d’un site destiné a être détruit, à laquelle elle s’apparente parfois dans son investigation des traces de ce qui a existé, la recherche de toute représentation d’être animé est apparue de fait amplement justifié. Aucune étude n’en avait auparavant été entreprise, puisque les seuls travaux exhaustifs concernent le décor non animé. L’évaluation stylistique et la datation de ces images sont en outre grandement compliquées par la disparition des têtes, qui leur a ôté l’essentiel des éléments discriminants. Aussi, dans un tel contexte, il apparaît moins étonnant que des interprétations parfois légèrement différentes, voire même nettement divergentes, aient ainsi pu être données pour l’histoire des mêmes monuments, et plus encore de leur décor...
En ce qui concerne le images du Buddha, une autre difficulté et non la moindre, a résidé dans l’absence de textes sur l’iconographie du royaume d’Ayuthayā, contraignant à rechercher des sources périphériques contemporaines et extérieures, au Lān Nā, ou bien postérieures, de la période de Ratanakosin. L’étude systématique des motifs susceptibles de fournir des clés de datation avait été menée par Santi Leksukhum et a permis le plus souvent d’associer des monuments, mais en se heurtant toujours au problème des différentes interprétations des données historiques disponibles. Et l’insuffisance des informations données par les décors « non animés », est aussi apparue du fait du problème épineux posé par la possibilité de la persistance ou de la résurgence de motifs présents aussi bien sur des objets ou dans des décors présumés anciens, que dans des décors tardifs. Finalement, la plus grande difficulté s’est bien révélée être l’imbrication des phases de décor remontant à des périodes différentes, et peu de décors semblent pouvoir être considérés avec certitude comme les témoins d’une seule époque. Heureusement, les restaurations anciennes ont été réalisées par superposition de couches ou par « enveloppement », et ont laissé une chance de retrouver des bribes de décor sous jacent : une observation fine a alors quelquefois permis de concilier des données contradictoires parce que appliquées « en bloc » à des ensembles hétérogènes.
Si aucun échantillonnage des figures d’êtres animés autres que celles du Buddha n’a pu être réalisé de manière fiable, du fait des particularités techniques du matériau et de la difficulté à départager sans risque d’erreur les phases auxquelles ces figures appartiennent, ces figures ont néanmoins fourni des indices précieux permettant de confirmer ou d’infirmer certaines hypothèses, et ont permis de dégager quelques grandes tendances (au-delà des remarques émises par différents auteurs et précédemment rapportées).
Une surprise dans l’étude de ces figures mineures du décor, dont l’aspect sériel apparaît au premier abord, a été de constater la variété de ce décor, surtout à date ancienne, avec la coexistence sur un même édifice, voire sur un sous ensemble du même édifice, de motifs différents. Ces ruptures de symétrie sont apparues comme un parti pris délibéré, ou en tous cas une échappatoire au formalisme strict. D’ailleurs, le formalisme que l’on a souvent considéré comme caractéristique de l’art d’Ayuthayā semble bien ne pas être si indiscutable pour les décors de stuc, sauf peut-être dans la période la plus tardive de l’existence du royaume. Les figures de stuc d’Ayuthayā nous ont sinon semblé marquées par une tendance à la désincarnation, qui aboutit soit à leur remplacement par des éléments géométriques, soit à leur « végétalisation », comme par mimétisme avec leur environnement.
Il nous est même apparu que l’on pouvait discerner une évolution, avec sans doute un point culminant pour cette désincarnation durant le règne de Phra Nārāï, et peut-être un retour progressif à la figuration, d’abord en osmose avec le cadre végétal, puis s’en dégageant à la toute fin de la période, en province ou à Thonburī. Parallèlement, une tendance croissante s’est fait jour à la désolidarisation de motifs traditionnellement associés que sont les makāra crachant un thēphanom.
À tous les éléments d’incertitude pour la datation des décors de stuc de certains des édifices du royaume d’Ayuthayā, se sont ajoutés des problèmes liés à l’iconographie du Buddha : c’est ainsi que la figuration d’images du Buddha en abhayamudrā au bras droit ramené contre la poitrine, dans une attitude considérée comme spécifique d’une phase ancienne du bouddhisme siamois, est apparue comme celle la plus souvent représentée sur les monuments du royaume d’Ayuthayā, jusque sur des édifices de la fin du XVIIe siècle. L’impression que les restaurations ont été faites à l’identique, avec seulement parfois de petites modifications dans la figuration du vêtement nous a induit à penser qu’un geste en apparence anachronique du point de vue doctrinal pouvait être la marque d’un conservatisme lié à la sainteté de l’image que l’on considère comme non modifiable. L’attitude du Buddha en abhayamudrā la main ramenée contre la poitrine, confirmerait alors l’hypothèse de la perpétuation des spécificités iconographiques des images anciennes, à moins que des considérations d’ordre technique n’aient prévalu sur le respect strict de l’iconographie et que cette position ne soit que la traduction dans le stuc du mudra usuel connu pour les images de bronze... Il semble bien pourtant que des distinctions dans les détails de la figuration des images en stuc et celles des images en bronze aient été délibérées et n’obéissent pas nécessairement à des contraintes techniques, confirmant bien la distance existant entre images de culte en bronze et celles en stuc participant du décor, les images qui relèvent du décor, perpétuant alors un usage ancien, antérieur à l’établissement définitif de l’orthodoxie cinghalaise ou, selon les termes de François Bizot, à la « cinghalisation et l’introduction du pāli » au XIVe et au début du XVe siècle. Enfin, plusieurs éléments engageraient à voir dans ces « archaïsmes » la trace d’un pratique mône, ou de communautés suivant une version mône de la pratique du bouddhisme, reflétant peut-être l’importance, récemment soulignée, du môn en Asie du Sud-est « pré-cinghalaise » et particulièrement en territoire taï. Les autres attitudes des images du Buddha, trahissent pour leur part des relations avec les images du Lān Nā, et peut-être des pratiques particulières de dévotion.
Un autre problème de chronologie qui a surgi de façon récurrente et qui confronte des hypothèses qui nous paraissent contradictoires, concerne certains décors tantôt attribués au XVIIe siècle (au règne de Phra Nārāï, r. 1656-1688) et tantôt au XVIIIe siècle (au règne de Boromakot 1733-1758). La question qui en découle, et qui, de fait, semble la plus difficile à résoudre, est, sans même considérer le problème des éventuels archaïsmes délibérés, de départager parmi les décors attribués au XVIIe siècle, voire au XVIIIe siècle, ceux appartenant aux règnes des prédécesseurs de Phra Nārāï (Song Tham et Prāsāt Thōng), de ceux provinciaux du règne de Phra Nārāï et de ceux de ses successeurs immédiats. Les décors des différents édifices du Prāng Chulāmanī, du Wat Nakhorn Kōsā, du « wat » Tawet, du Wat Chœng Thā, du Wat Laï, et du Wat Phāï Lōm, illustrent bien ce problème, parfois encore compliqué par la présence de restaurations. Il apparaît ainsi que les attributions données à certains décors reposent essentiellement sur un ensemble de présupposés et de déductions logiques dont le fondement reste malgré tout parfois d’une grande fragilité. Notre étude n’échappe pas à cette difficulté, qui en fixe d’ailleurs les limites, mais elle a néanmoins permis de repérer certains ensembles qui nous apparaissent pouvoir être considérés comme de possibles étalons auxquels les autres vestiges ont à un moment ou à un autre été comparés. C’est ainsi que le fait d’avoir mis en lumière le décor du Chēdī Chāng Lōm du Wat Thammikārāt comme un ensemble sans doute restauré du temps de Song Tham nous est apparue riche de conséquences, dans la mesure où il nous a permis d’attribuer à cette période d’autres décors.
Cette étude a enfin confirmé comment l’art du stuc dans le royaume d’Ayuthayā reflétait une assimilation maintes fois soulignée de traditions diverses, antérieures et extérieures, dont le prestige apparaît lié à l’image du pouvoir, mais aussi au rôle du sangha et à la recherche de « pureté » de la doctrine dans les sources cinghalaises. Si les modèles privilégiés sont bien, comme l’avait montré le prince Damrong, le modèle khmer (via Lopburī et relevant essentiellement du style du Bàyon) et celui de Sukhōthaï, au moins dès le règne de Boromatraïlōkanāth, le décor animé de stuc révèle sans doute plus finement le génie d’adaptation siamois : les « nouvelles » formes « cinghalaises de Sukhōthaï » s’appliquant ainsi sur des structures hybrides khmérisantes que sont les chēdī-pràsàt, ou encore, les éléments emblématiques de l’architecture khmère que sont les lions d’échiffre, sont réappropriés et adaptés autour de chēdī. Ces modèles semblent aussi se mêler au substrat môn, dont les études philologiques récentes tendent à réévaluer l’importance, et dont les composantes avaient été très tôt repérées en histoire de l’art à travers les images du Buddha de Lopburī ou de Hariphuñchaï. L’apport du royaume du Lān Nā apparaît essentiel pour les figures de stuc d’Ayuthayā, avec des particularités iconographiques pour les images du Buddha, accompagnées de motifs, et peut-être aussi d’ajustements spécifiques des figures de divinités. Ces diverses composantes antérieures aussi bien qu’extérieures, pourraient avoir été imbriquées assez tôt, peut-être dès le règne de Chao Sām Phrayā qui vit à la fois l’incorporation du royaume de Sukhōthaï et la prise d’Angkor, mais aussi le retour de la mission de 1423/1424 vers Ceylan. Ces apports auraient été périodiquement revivifiés par les différentes campagnes et afflux de population des royaumes soumis.
L’appropriation des divers apports et leur intégration, ont aboutit à l’élaboration d’un art authentiquement siamois, qui, parallèlement à la montée en puissance du royaume, répandit par un retour de balancier son aura sur toute l’Asie du Sud-est continentale subissant sa domination, et dont témoignent principalement les images de Buddha paré. L’engouement pour les thēphanom dans les décors de stuc du XVIIe siècle (qui pourrait s’expliquer tout simplement par la disparition de ces figures dans le grès avec l’arrêt de la production des fours et leur remplacement par le stuc) nous paraît traduire l’importance, sans doute tout au long de l’histoire du royaume, mais peut-être plus spécialement à ce moment, de la cosmologie bouddhique décrite par le Traïphūm, dont les sanctuaires auraient matérialisé l’organisation. Le cas particulier du décor de la tour octogonale du Wat Mahāthāt d’Ayuthayā, pourrait à cet égard constituer un élément clé : la probabilité existe que cet édifice figure en effet comme le spécimen conservé le plus abouti ou le plus clairement assumé de la transposition plastique et microcosmique de la cosmologie du Traïphūm. L’importance de ce traité nous paraît ainsi fondamentale pour le décor architectural d’Ayuthayā : elle a permis de récupérer et peut-être de justifier en contexte theravāda la présence de l’ensemble des figurations symboliques de l’art khmer et par delà indien, et aura finalement suscité la création des thēphanom les figures les plus emblématiques de l’art d’Ayuthayā.
En dépit de toutes les difficultés liées aussi bien aux problèmes propres à l’histoire de l’art d’Ayuthayā en général qu’au matériau considéré, l’étude autant que possible systématique des êtres animés dans l’art d’Ayuthayā nous a permis de faire le point sur certaines difficultés d’ordre chronologique initiées par les recherches et les conclusions de certains auteurs, et de mieux cerner les éventuels apports susceptibles d’avoir nourri cet art. Cette étude nous a aussi permis de mieux cerner la particularité et peut-être la genèse de certains sujets « inventés » ou consacrés par l’art d’Ayuthayā, et nous a incitée à en rechercher la justification. Un développement à ce travail pourrait être envisagé, comme une continuation naturelle, avec plusieurs ramifications ou prolongations possibles : l’étude des vestiges des stucs en Birmanie, l’étude des images en bronze du Buddha « du style d’Ayuthayā » dans les différentes collections privées et publiques en vue de la constitution d’un corpus de référence et enfin une enquête dans les territoires situés au Sud de la Thaïlande actuelle, sur la péninsule, qui furent à un moment dans l’orbite du royaume d’Ayuthayā.
Les cantates de Luigi Rossi (1597-1653) en France. Diffusion et réception dans le contexte européen
Mercredi 29 novembre 2006
Italie
M. Alessio RUFFATTI soutient sa thèse de Doctorat :
Les cantates de Luigi Rossi (1597-1653) en France. Diffusion et réception dans le contexte européen
En présence du Jury :
M. BRIZI (Università)
M. DI PROFIO (TOURS)
Mme LEGRAND (PARIS 4)
Mme MASSIP (BN)
M. MORELLI (Università)
Mme ROMAGNOLI (PAVIA)
Les céramiques d’exportation provenant des fours chinois de la dynastie Song (960-1279)
Samedi 9 décembre 2006
9 heures
INHA, Salle Ingres, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
Mme Sophie PERONNET soutient sa thèse de Doctorat :
Les céramiques d’exportation provenant des fours chinois de la dynastie Song (960-1279)
En présence du Jury :
Mme BLANCHON (PARIS 4)
M. CROCK (Collection)
M. HAUDRERE (ANGERS)
M. MANGUIN (EPHE)
M. NORTHEDGE (PARIS 1)
Mme PARLIER-RENAULT (PARIS 4)
Résumés :
Le commerce maritime entre la Chine et les mers du Sud connaît un grand essor sous la dynastie Song (960-1279). Les marchands viennent du Moyen-Orient, d’Inde, d’Asie du Sud-Est ou de Chine. Les céramiques chinoises tiennent une place importante dans ces échanges. Elles proviennent essentiellement des fours non officiels des provinces côtières du Sud de la Chine : Zhejiang, Guangdong et Fujian. Ces productions sont en grande partie réalisées en vue de l’exportation. Les quantités augmentent rapidement, au détriment d’une certaine qualité, et certaines pièces ne se retrouvent que sur les marchés extérieurs, comme par exemple les kendis, mais aussi les grandes jarres de stockage. La demande pour les céramiques chinoises est très forte et nous les découvrons aujourd’hui en très grand nombre sur les divers sites ou épaves d’Asie du Sud-Est. Deux périodes se distinguent dans ces échanges : mi Xe-mi XIIe et mi XIIIe-début XIVe siècle. Ces objets étaient utilisés pour la vie quotidienne, mais aussi parfois lors des cérémonies funéraires ou religieuses.
Maritime trade between China and the South Seas underwent a major growth in the Song Dynasty (960-1279). Merchants came from the Middle East, India, South East Asia and China. Chinese ceramics are important in these exchanges. They came primarily from unofficial kilns in the coastal provinces of Southern China : Zhejiang, Guangdong and Fujian. The pieces made were, for the most part, destined to be exported. The quantities produced increased rapidly, to the detriment of the quality. Certain pieces, for example the kendis and also the large storage jars, are only found on external markets. Demand for Chinese ceramics is high and we can discover a large number of them today on various sites or shipwrecks in South East Asia. Two periods can be distinguished in these exchanges : mid 10th - mid 12th and mid 13th - mid 14th Centuries. The objects were used in everyday life, and also occasionally during funeral or religious ceremonies.
Position de thèse :
Les premiers échanges commerciaux entre la Chine et ce que les Chinois appellent communément « les mers du Sud (Nanhai) », c’est-à-dire les pays situés sur les routes maritimes au sud de la Chine, ont une longue histoire. Ils ont commencé sous la dynastie des Han (206 av. J.C.-220 apr. J.-C.), mais sont restés assez modestes jusqu’au IXe siècle (dynastie des Tang). À cette époque, le commerce entre le Moyen-Orient et la Chine est essentiellement aux mains des marchands arabes, comme en témoignent les textes arabes et chinois, mais aussi l’archéologie, puisque de grandes quantités de céramiques chinoises ont été découvertes sur des sites du Moyen-Orient, du Sri Lanka ou d’Asie du Sud-Est, aux côtés de céramiques ou objets en verre islamiques. À l’époque Song (960-1279), ce commerce connaît un véritable essor provoqué par la situation politique et économique de la Chine qui, pendant toute la durée du règne des Song, reste menacée par les invasions de diverses tribus venant du Nord. En 1126 la dynastie Song est contrainte d’abandonner la moitié septentrionale de son territoire à des tribus toungouses - les Jürchen - et de se replier au Sud à Hangzhou (Song du Sud, 1127-1279). Les traités de paix restent fragiles et la menace d’autres invasions n’est pas écartée puisqu’en 1234 les Jürchen sont eux-mêmes renversés par les Mongols qui fondent la dynastie des Yuan en 1271.
La guerre s’avère être la première priorité du gouvernement Song qui doit trouver des ressources pour la financer. Le commerce extérieur de la Chine étant déjà bien installé, le gouvernement décide d’en augmenter les profits. Les routes intérieures qui traversent l’Asie Centrale sont fermées car trop dangereuses. C’est ainsi que vont se développer les routes maritimes, déjà connues mais moins empruntées sous les dynasties précédentes.
Le commerce est contrôlé sévèrement par le gouvernement chinois qui impose des taxes comprises entre 10 et 40 % de la valeur des biens, selon le luxe et la rareté de ces produits. Certains biens sont également soumis à un monopole d’état, et pour contrôler efficacement toutes les transactions et gérer les affaires extérieures, le gouvernement fait ouvrir un Office des douanes maritimes (shibosi) dans chaque grand port du Sud. Les marchands chinois se réunissent en groupes de commerçants afin de minimiser les coûts et les risques de voyages longs et dangereux. Très vite des hommes de toutes conditions, pourtant peu au fait de la navigation avant le XIe ou XIIe siècle, placent des capitaux dans ces entreprises maritimes. Les navigateurs sont arabes, persans, indiens ou originaires de l’Asie du Sud-Est insulaire, comme en témoignent les nombreuses épaves de type malais ou philippin mises au jour en Asie du Sud-Est. Les textes nous apprennent que des communautés étrangères, essentiellement en provenance du Moyen-Orient, s’installèrent dans les principaux ports du Sud de la Chine. Ces textes sont nombreux et d’origine diverse : Moyen-Orient, Arménie ou Chine. Il est intéressant de les regrouper et de comparer les informations fournies par les navigateurs ou marchands. Ils retracent les routes empruntées, décrivent les pays traversés et aussi la vie de ces communautés étrangères qui résident en Chine. Les textes chinois, en particulier, sont très nombreux et il est impossible dans le cadre de cette recherche de tous les citer. Ils permettent également de mesurer la place de la céramique dans ce commerce. La Chine importe en grandes quantités des produits de luxe et a donc besoin d’exporter elle-même des biens pour équilibrer la balance commerciale mais surtout pour financer l’armée. Les Annales chinoises ne placent pas les céramiques au premier rang des exportations. Cependant, les Relations sur les pays étrangers (Zhufanzhi), rédigé par Zhao Rugua en 1225, texte qui décrit les pays étrangers avec lesquels la Chine commerce, indique pour chacun qu’ils achètent des céramiques chinoises, et en précise parfois le type (à couverte verte, blanche ou blanc bleuté). L’archéologie, enfin, a confirmé la place importante prise par les céramiques chinoises dans les échanges.
La production de céramiques en Chine du Sud n’a pas cessé à l’avènement de la dynastie des Song. Celle-ci a évolué en modifiant les critères artistiques et en revenant aux valeurs confucéennes qui se révèlent dans la simplicité des décors influencés par la nature. En même temps, la demande de plus en plus forte a entraîné la multiplication des officines dans les régions proches des grands ports de commerce de l’époque, c’est-à-dire Canton (Guangdong) au début des Song du Nord, puis Quanzhou (Fujian) vers la fin du XIe siècle. Cette forte demande a aussi entraîné une augmentation de la productivité, au détriment souvent de la qualité. C’est ainsi que les fours du Fujian ont produit des céramiques à couverte verte qui imitent les modèles de Longquan, très recherchés à l’époque. Cette production du Fujian se différencie principalement par une qualité moindre dans la pâte ou la couverte, laquelle prend des teintes grises ou jaunâtres, mais aussi dans les décors qui représentent essentiellement des motifs libres peignés. Cette recherche de la productivité apparaît, enfin, dans les techniques de cuisson qui privilégient l’empilement des pièces les unes sur les autres, laissant après cuisson un anneau en biscuit sur le fond ; mais aussi dans la façon dont est traitée la couverte qui s’arrête souvent bien au-dessus du pied. Nous sommes loin des céramiques de Yue où cette dernière recouvrait entièrement les pièces, laissant juste quelques traces de pernettes sous la base.
Les fours de trois provinces sont étudiés dans cette thèse, celles du Zhejiang, du Guangdong et du Fujian. Ces provinces sont celles qui ont produit en vue de l’exportation, notamment en raison de leur proximité géographique avec les ports qui commerçaient avec les mers du Sud. La province du Jiangxi est également importante mais il est impossible de traiter tous les fours ayant exporté sous les Song, tant la liste est longue. D’autres fours provinciaux ont pu également exporter des céramiques en quantité moindre. Les liens entre ces provinces et l’exportation sont bien sûr les grands ports de commerce : Mingzhou (Zhejiang) pour les Yue, Canton pour toute la production du Guangdong, et Quanzhou pour celle du Fujian, mais aussi du sud du Zhejiang, en particulier Longquan. Les nombreux fours qui y ont été fouillés ont fait l’objet de publications malheureusement trop succinctes. En effet, les fours qui exportent ne sont pas les plus estimés par les Chinois et ce sont généralement des productions de moindre qualité qui ne sont pas recherchées par la demande locale. Certains fours ont néanmoins été fouillés en profondeur, notamment ceux de Xicun, Bijiashan ou Shiwan au Guangdong, et les publications qui ont suivi sont à l’origine des premières identifications dans plusieurs sites d’Asie du Sud-Est. De nombreuses expositions ont été organisées par les Sociétés de céramiques à Hong Kong, à Singapour, aux Philippines ou en Indonésie. Ces expositions ont entraîné les premières réflexions sur l’importance des fours du Guangdong ou du Fujian dans les échanges maritimes à cette époque. Les Japonais ont également publié de nombreuses études sur ces fours, en particulier ceux du Fujian. Ces céramiques ont été importées en grandes quantités au Japon où elles étaient fort appréciées. La majorité de ces fours ne sont connus que par quelques courts articles parus dans les revues d’archéologie chinoise. Ces revues sont souvent anciennes et les illustrations de très mauvaise qualité. Il est important néanmoins de regrouper toutes ces données éparses afin d’avoir une vision la plus complète possible de ces productions secondaires. Il est nécessaire de s’attacher à chaque détail qui différencie ces productions, comme par exemple la pâte et la couverte, les décors, les formes, mais aussi les techniques de cuisson qui laissent des traces et permettent parfois d’identifier des pièces quand les autres données sont trop communes. La base et la façon dont sont couverts les objets prennent donc ici une très grande importance.
Les routes maritimes et les échanges en Asie du Sud-Est intéressent de plus en plus la recherche actuelle. Les nombreuses découvertes des cargaisons d’épaves ces dernières années ont montré la nécessité de connaître précisément les céramiques chinoises. Ces dernières en quantités considérables sont maintenant très étudiées par les archéologues du sud-est asiatique et par les historiens qui essaient de comprendre les échanges entre les États. Elles sont souvent le seul élément qui donne une datation plus ou moins précise des sites. Réciproquement, les nombreuses fouilles archéologiques ont permis de faire évoluer l’étude des céramiques chinoises et bien souvent d’affiner les datations de leur production. À ce titre, l’archéologie des épaves prend une place importante et la multiplication des découvertes de ces dernières années a procuré une avancée notoire de cette recherche. Sachant que généralement, les céramiques ne doivent pas être entreposées pendant très longtemps avant d’être exportées, les cargaisons de ces épaves reflètent l’état du marché à un moment précis.
Nous avons distingué deux périodes dans l’histoire de l’exportation des céramiques chinoises sous les Song. La première peine souvent à différencier les pièces des Cinq Dynasties et des Song du Nord. Beaucoup de sites sont datés d’une période allant du IXe au XIIe siècle. La deuxième période comprend la production des Song du Sud, généralement en continuité avec celle des Yuan, soient les XIIIe et XIVe siècles. Du point de vue de l’exportation, il n’y a pas de rupture entre les Cinq Dynasties et les Song du Nord ou bien entre les Song du Sud et les Yuan. La seule distinction intervient des points de vue historique, politique et économique chinois. Il est donc difficile de limiter l’étude des fours ou des sites de distribution à la seule période des Song. Par exemple, le site de Butuan aux Philippines montre clairement une période d’activité très prospère pendant les Cinq Dynasties et les Song du Nord, puis sous les Song du Sud, mais avec une intensité bien différente. Il présente en cela de nombreux points communs avec les sites de l’île de Pulau Tioman sur la côte Est de la Malaisie, ou encore celui de Lobu Tua à Barus, Sumatra Nord. Ces trois sites sont marqués par une forte proportion de céramiques originaires des fours du Guangdong. C’est le cas également de nombreux sites de Sarawak, dans la partie malaise de l’île de Bornéo, mais aussi de Muara Jambi à Sumatra Sud (Indonésie), dont l’activité semble se développer à la suite de celle de Palembang, aux XIe-XIIe siècles. De même dans le site de Sungai Mas dans le Sud Kedah en Malaisie qui date de la même époque, très peu de céramiques Yue ont été découvertes et la majorité date plutôt des XIe-XIIe siècles. L’activité s’est ensuite déplacée légèrement plus au nord vers le site de Pengkalan Bujang qui présente une grande quantité de céramiques à couverte céladon de Longquan du XIIIe siècle. Avec le déclin de ces sites, d’autres prennent le relais à partir de la fin du XIIe-début XIIIe siècle, comme à Pengkalan Bujang. Il s’agit notamment de Kota Cina à Sumatra Nord ou de Santa Ana à Manille (Philippines). Ces sites ont tous fait l’objet de publications plus ou moins détaillées. Celles des sites de Sarawak sont anciennes et les identifications sont dépassées par les études plus récentes sur les fours chinois. Il est donc nécessaire de réviser ces données. Ce travail a été complété par des études sur le terrain en Indonésie ou en Malaisie qui m’ont permis d’accéder au matériel de certains sites, en particulier de Lobu Tua à Sumatra Nord.
Nous remarquons que les périodes de prospérité et d’échanges sont liées à celles des grands royaumes implantés en Asie du Sud-Est, comme par exemple celui de Srivijaya à Sumatra, actif du VIIe au XIVe siècle et qui contrôle la côte Est de Sumatra, une partie de la côte Ouest de Java, la région de Kedah en Malaisie, ainsi que l’isthme de Kra en Thaïlande. À Java, ce sont les royaumes de Sunda à l’Ouest, avec Banten, dont l’apogée se situe aux XIIIe-XIVe siècles, puis de Majapahit qui domine tous les autres petits royaumes de Java Est aux XIIIe-XVe siècles. À côté de ces royaumes, existe aussi une multitude de petits centres commerciaux installés généralement le long des côtes. Quels ont été leurs liens exacts avec ces royaumes et le réseau d’échange sud-est asiatique ? L’Asie des moussons connaît de graves problèmes de sédimentation le long de ces côtes. C’est ainsi que beaucoup de ces centres côtiers ont eu une durée de vie limitée, rapidement victimes d’envasement. Ce fut le cas probablement à Barus, mais aussi dans le sud Kedah. Quant aux centres qui se situent plus en amont, à l’intérieur des terres, ils devaient être reliés aux principaux centres côtiers installés aux estuaires des bassins fluviaux, par un réseau d’échanges entre producteurs et exportateurs qui peut s’appliquer à une grande partie de l’Asie du Sud-Est insulaire et péninsulaire, exceptée Java.
Nous nous sommes interrogés sur la destination des céramiques chinoises et pourquoi elles étaient recherchées. Leur destination est sans doute assez diverse. Elles sont très demandées par les populations locales puisqu’on les retrouve généralement dans des proportions assez importantes aux côtés de poteries en terre cuite dite locales, ou du moins originaires du sud-est asiatique. Les indigènes les utilisent pour leur vaisselle courante ou les collectionnent en leur attribuant une grande valeur, ce que continuent à faire certaines tribus de Bornéo par exemple. Elles sont également destinées à des cérémonies funéraires et religieuses, comme en témoignent les grandes quantités de céramiques chinoises retrouvées intactes dans de nombreuses tombes de l’Asie du Sud-Est insulaire (Philippines, Bornéo, Sulawesi, l’archipel des Riau), mais aussi dans des sites religieux comme par exemple une chapelle de Kota Cina (Sumatra Nord) dédiée à Siva. Des céramiques chinoises ont également été mises au jour dans des temples à Java Central et en Thaïlande, confirmant ainsi une utilisation religieuse de ces objets. Certains vases contenaient même des reliques ou des objets votifs. On peut penser également que ce choix résultait de la valeur rituelle des pièces chinoises, mais aussi de leur valeur marchande, les communautés monastiques étant assez fortunées pour acquérir de tels objets, contrairement sans doute à la population locale.
Il est nécessaire également de regarder ces céramiques dans leur ensemble et non simplement par région géographique, afin de déterminer une typologie générale des céramiques chinoises exportées en Asie du Sud-Est. Cette typologie peut être précieuse pour l’identification des sites de cette période et permet de mieux comprendre s’il se dégage certaines tendances dans cette exportation. Les céramiques peuvent se ranger dans quatre catégories principales : la vaisselle courante, bols et plats essentiellement ; mais aussi quelques verseuses ou grandes bouteilles ; de nombreux petits objets tels des bouteilles, des jarres ou des boîtes ; et enfin des grandes jarres de stockage, très utilisées dans ces régions pour contenir de l’eau et la faire décanter, mais aussi pour conserver les saumures et les grains. La production exportée est dans l’ensemble de qualité plutôt médiocre. Sans doute les toutes premières exportations ont-elles été de grande qualité, puis celle-ci a diminué au profit des quantités lorsque la demande a augmenté. C’est ainsi que la majorité des objets mis au jour sont des bols sans décor, souvent avec un anneau laissé en biscuit sur le fond quand il s’agit de sites tardifs. Certaines productions sont réalisées dans le seul but de l’exportation. Ainsi, certaines formes n’apparaissent que dans ce marché de l’exportation, mais non en Chine. C’est le cas notamment des Kendi, récipients à ablution et à ondoiement d’origine indienne. Cette production uniquement réalisée pour l’exportation se retrouvera quelques siècles plus tard à travers les Swatow et les porcelaines dites Kraak par exemple. Certains fours ont produit des pièces destinées au marché local et extérieur, comme les fours de Yue, de Longquan ou de Jingdezhen pour ne citer que les principaux. D’autres, en revanche, sont vraiment spécialisés dans l’exportation, comme par exemple Xicun, Bijiashan et Shiwan au Guangdong, ou encore Tong’an, Cizao et Dehua au Fujian.
Il sera intéressant de poursuivre ce travail en y ajoutant les céramiques chinoises de cette époque mises au jour en Corée, au Japon, en Asie du Sud, au Moyen-Orient, Proche-Orient ou en Afrique, mais aussi en réalisant un tessonnier de tous les types exportés. Plus notre connaissance des céramiques chinoises d’exportation sera précise, et mieux nous pourrons dater et comprendre l’histoire des grandes et des petites cités marchandes d’Asie du Sud-Est, sachant que jusqu’à présent, l’étude de la poterie locale reste trop fragmentaire pour pouvoir permettre des datations avancées.
Les chaînes exegétiques grecques sur le livre de Jerémie (Chap. 1-4). Présentation, édition critique, traduction française, commentaire.
Samedi 2 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
Mme Mathilde SUTTERLIN AUSSEDAT soutient sa thèse de Doctorat :
Les chaînes exegétiques grecques sur le livre de Jerémie (Chap. 1-4). Présentation, édition critique, traduction française, commentaire.
En présence du Jury :
M. AUWERS (LOUVAIN)
M. DORIVAL (AIX-MARSEILLE 1)
M. FLUSIN (PARIS 4)
M. GEHIN (CNRS)
M. MUNNICH (PARIS 4)
Résumés :
Les chaînes exégétiques grecques sur le livre de Jérémie (chap. 1-4). Présentation, édition critique,
traduction et commentaire.
Les chaînes exégétiques grecques sont des florilèges d’extraits des Pères de l’Église sur le texte
biblique, constitués entre le VIe siècle après J.-C. et la fin de la période byzantine. Il en existe deux
types sur le livre du prophète Jérémie : le premier cite de nombreux auteurs patristiques, le second
utilise seulement Jean Chrysostome et Théodoret de Cyr. Il existe aussi un abrégé du premier type.
Le premier chapitre de la thèse présente, après une réflexion globale sur le genre littéraire des chaînes,
celles du livre de Jérémie, leurs témoins manuscrits et les auteurs qui y sont représentés.
Viennent ensuite l’édition critique et la traduction annotée de chacune des chaînes pour Jr 1-4 avec un
index des mots grecs et un index scripturaire.
Les troisième et quatrième chapitres proposent une analyse comparative du fonctionnement littéraire
des chaînes sur Jérémie, c’est-à-dire de leur mode d’écriture et de lecture, ainsi qu’une étude des
thèmes exégétiques qu’elles soulignent, afin de définir le projet de chacun des caténistes.
Dans le cinquième chapitre, les chaînes sur Jérémie sont mises en perspective par rapport à d’autres
corpus de chaînes édités, afin qu’apparaissent les éléments qu’elles ont en commun et ceux qui leur
sont propres.
The Exegetical Greek Catenae on the Book of Jeremiah (chap. 1-4). Presentation, Critical Edition,
Translation and Commentary.
Exegetical Catenae are collections of excerpts from the biblical commentaries of the Church Fathers.
They were compiled between the 6th century A. D. and the end of the Byzantine period. Two types of
Catenae to the Book of Jeremiah exist : the first one quotes many patristic commentators, while the
second uses only John Chrysostom and Theodoret of Cyrrhus. There also is an abridged version of the
first type.
In the first chapter of my thesis, after a general survey of the literary genre, the extant Catenae to
Jeremiah are introduced, with special focus on the manuscript tradition and the authors that are
quoted.
The second chapter provides, for each Catena to Jr 1-4, an edition of the Greek text with a critical
apparatus and a French translation. It is followed by an index of Greek words and an index of biblical
quotations.
Through a comparative analysis of the different Catenae, the third and fourth chapters study how they
were written and how they were to be read ; they also analyse the exegetical themes they highlight, in
order to show the aim of each catenist.
In the fifth chapter, the Catenae to Jeremiah are compared to other published Catenae in order to give
insight into how they relate to the genre but also what is specific to the Jeremiah Catenae.
Indices of the authors mentioned and of commented biblical quotations, as well as a bibliography, are
found at the end of the volume.
Position de thèse :
Les chaînes exégétiques grecques, composées en Palestine ou à Constantinople
entre le VIe siècle après J.-C. et la fin de l’Empire byzantin, présentent le texte biblique
accompagné d’un florilège de citations patristiques. Ces oeuvres de compilation
donnent accès à une exégèse beaucoup plus complète que celle dont témoignent les
commentaires et homélies conservés en tradition directe et permettent donc d’enrichir
notre connaissance des interprétations des Pères de l’Église sur l’ensemble des livres
bibliques. L’intérêt des chaînes tient aussi au fait qu’elles s’inscrivent dans la lignée du
genre dominant de la littérature d’époque tardive qui est celui de l’interprétation,
interprétation des grands textes poétiques et philosophiques fondateurs chez les païens et
interprétation de la Bible chez les Juifs et les chrétiens. Elles permettent ainsi d’étudier
les pratiques d’érudition des milieux lettrés de l’Antiquité tardive.
Alors que des travaux d’ensemble ont déjà été élaborés sur les chaînes des Psaumes,
du Cantique des Cantiques, de la Genèse, de l’Exode et de Job, il n’y a aucune mise au
point complète et récente sur le livre du prophète Jérémie. Or il existe deux types de
chaînes sur ce livre : le premier cite de nombreux auteurs patristiques ; le second
utilise seulement Jean Chrysostome et Théodoret de Cyr. En outre, il existe aussi un
abrégé du premier type. Le fait qu’il y ait différents types de chaînes donne la
possibilité de mettre en perspective le travail de plusieurs caténistes et d’élaborer une
réflexion sur le genre littéraire des chaînes dans son ensemble.
Outre une présentation détaillée, une édition critique, même partielle, de ces
chaînes était aussi indispensable. En effet, la seule édition existante, celle de M.
Ghisleri (1623) pour la chaîne à auteurs multiples, n’est pas une édition critique. De
plus, par un choix personnel de l’éditeur, certains extraits patristiques ne sont pas
édités, tandis que d’autres, qui n’appartiennent pas à l’oeuvre en question, y sont
insérés. La chaîne est, de ce fait, méconnaissable. Or cette chaîne à auteurs multiples,
ainsi que la chaîne abrégée et la chaîne à deux auteurs, méritent d’être éditées telles
quelles, puisqu’elles sont le témoignage du travail de caténistes animés d’un projet
littéraire et exégétique qu’il importe de prendre en compte.
J’ai ainsi suivi les étapes nécessaires à l’édition des différents types de chaînes sur
le livre de Jérémie :
la recherche des manuscrits dans les différents catalogues spécialisés et les
catalogues de bibliothèques, mais aussi grâce à la base de données Pinakes,
que j’ai pu consulter à la section grecque de l’Institut de Recherche et
d’Histoire des Textes ;
les sondages effectués sur les manuscrits pour mettre en place un stemma et
faire le choix de ceux qui étaient utiles à l’édition critique ;
la collation des manuscrits retenus à partir des microfilms, mais aussi grâce
à des missions à la Bibliothèque Laurentienne de Florence et à la
Bibliothèque Vaticane ;
la traduction de ces textes ;
le commentaire visant surtout à comparer les différents types de chaînes
dans leurs choix littéraires et exégétiques.
Le premier chapitre de ma thèse donne une présentation détaillée des différentes
chaînes sur Jérémie, précédée d’une réflexion plus globale sur le genre littéraire des
chaînes exégétiques qui prend sa source dans celui des scholies aux classiques. J’y
décris en détail le profil de chacune des chaînes, ainsi que les témoins manuscrits qui
les ont transmises jusqu’à aujourd’hui pour clarifier l’histoire de ces textes et poser les
fondements de l’édition critique. Je dresse aussi un catalogue de tous les auteurs
représentés dans ces chaînes en mettant en valeur les problèmes d’attribution et de
repérage des sources auxquels j’ai été confrontée.
Le deuxième chapitre est constitué par l’édition et la traduction des différents
types de chaînes : je me suis limitée aux prologues, au texte biblique et aux extraits
patristiques portant sur les chapitres 1-4 du livre de Jérémie. Il m’a fallu en effet
choisir un corpus réduit pour mener à bien mon travail en un temps raisonnable.
Commencer par le début m’a paru la démarche la plus logique et la plus respectueuse
du sens de l’oeuvre. D’autre part, les limites de ce corpus était comme imposées par
l’un des types de chaînes, la chaîne à deux auteurs qui n’existe que sur Jr 1-4. Enfin, le
début du livre de Jérémie, qui évoque la vocation du prophète et annonce les grands
thèmes du livre, présente un matériau suffisament riche pour qu’il soit possible de
comparer les projets des différents caténistes à partir de cet échantillon.
Dans les troisième et quatrième chapitres, je me suis efforcée de proposer une
étude du fonctionnement littéraire et du profil exégétique des différents types de
chaînes, à partir de nombreux exemples tirés de l’édition critique.
Enfin, dans le cinquième chapitre, j’ai esquissé une mise en perspective des
chaînes sur Jérémie par rapport à d’autres corpus de chaînes déjà étudiés ou édités,
afin de mettre en valeur ce qui, d’une part, appartient au genre des chaînes en général
et ce qui, d’autre part, est spécifique à l’une ou l’autre des chaînes sur Jérémie.
Ma contribution à l’étude des chaînes consiste donc principalement en une mise
au point complète et ordonnée de tous les types de chaînes exégétiques sur le livre de
Jérémie et en une édition critique et une traduction partielles de ces divers corpus, dont
plusieurs passages sont édités ici ou là (en particulier dans l’édition de M. Ghisleri),
mais qui sont tous inédits tels qu’ils se présentent dans les témoins manuscrits.
Les éléments nouveaux que j’ai apportés concernent tout d’abord le domaine des
manuscrits. J’ai ajouté au recensement des catalogues spécialisés deux nouveaux
témoins de la chaîne à deux auteurs, le Bononiensis gr. 2373 (B) et le Vindobonensis
theol. gr. 36 (T). J’ai retenu le premier pour l’édition critique, parce qu’il me
permettait de prendre en compte une branche de la tradition manuscrite du texte autre
que celle du seul Vaticanus gr. 675 (Y), signalé dans les différentes listes de
manuscrits de chaînes. J’ai par ailleurs démontré que, contrairement à ce qu’affirment
les catalogues spécialisés de chaînes à cause de l’interprétation erronée d’une
annotation marginale, le Monacensis gr. 117 (A) est lui aussi un témoin de la chaîne à
deux auteurs, et non d’un autre type de chaîne à trois auteurs. En outre, j’ai pu
apporter, par rapport aux catalogues de bibliothèques, de nombreux compléments
d’information codicologique sur l’ensemble des manuscrits que j’ai consultés et j’ai
rectifié plusieurs erreurs de mes prédécesseurs, en particulier en ce qui concerne la
composition des volumes (nombre de folios, cahiers, etc.). Par ailleurs, je suis
parvenue, me semble-t-il, à préciser la tradition manuscrite des textes par rapport aux
recherches antérieures. J’ai ainsi montré que la chaîne abrégée ne dépend pas
directement de l’archétype de la chaîne intégrale à auteurs multiples, mais plutôt de
l’ancêtre de l’Ottobonianius gr. 452 (O) et du Parisinus gr. 158 (P), c’est-à-dire d’une
branche déjà particulière de la tradition du texte, et que le Vaticanus gr. 347 (W) tire
les quelques extraits de la chaîne abrégée présents dans ses marges, non de l’archétype
de la chaîne abrégée, mais d’un ancêtre qu’il a en commun avec le Laurentianus XI 4
(F).
Par ailleurs, j’ai pu apporter plusieurs éclaircissements sur les sources
patristiques utilisées par les caténistes. J’ai ainsi identifié l’origine du prologue attribué
à Eusèbe de Césarée au début de la chaîne intégrale à auteurs multiples, mais aussi
repéré les textes-sources de nombreux extraits exégétiques de cette chaîne. J’ai en
outre démontré que la chaîne abrégée à auteurs multiples ne dépendait pas uniquement
de la chaîne intégrale mais utilisait une autre source, sans doute une version du
Commentaire sur Jérémie de Jean Chrysostome existant en tradition directe et utilisé
par le caténiste de la chaîne à deux auteurs.
J’ai essayé de mettre en valeur les pratiques d’érudition communes aux différents
caténistes. Ceux-ci prennent en compte, dans les manuscrits de leurs sources, à la fois
le texte et ce qui l’entoure (les variantes hexaplaires dans les exemplaires bibliques ou
les gloses marginales dans les manuscrits patristiques). Par ailleurs, leurs florilèges ne
sont pas le résultat d’une activité de compilation dispersée et confuse. Chaque chaîne
respecte une organisation qui lui est propre, complexe certes, mais homogène si l’on
envisage l’ensemble du corpus. Elles ne sont pas écrites pour être lues comme on lit un
commentaire suivi, mais plutôt pour être consultées sur tel ou tel point. Ce sont des
ouvrages de référence destinés à un milieu d’érudits chrétiens, de clercs et de moines.
Il apparaît cependant que les caténistes de l’un et l’autre type de chaînes avaient
des projets de nature très différente.
Le caténiste de la chaîne à deux auteurs respecte à la lettre les commentaires
patristiques qu’il excerpte et en tire également son texte biblique. Son projet consiste,
semble-t-il, à transmettre fidèlement et intégralement deux commentaires reflétant une
unique ligne d’interprétation : une exégèse principalement historico-littérale, tournée
vers l’Ancien Testament. Il s’applique à donner une clef de lecture du texte biblique et
met en valeur la méthode d’interprétation de Théodoret et de Jean Chrysostome sur le
corpus prophétique de Jérémie. La chaîne à deux auteurs est donc avant tout un outil
pour l’étude d’un corpus patristique donné : les commentaires antiochiens sur Jérémie.
Le caténiste de la chaîne à auteurs multiples, quant à lui, place au centre de son
oeuvre le texte biblique qu’il présente intégralement et même accompagné de toute une
tradition de lecture. S’il respecte à la lettre le texte biblique, il manifeste en revanche
une liberté plus grande vis-à-vis de ses sources patristiques au sein desquelles il opère
une sélection et dont il n’hésite pas à modifier la forme. Il choisit dans ses textes-
sources ce qui correspond exactement au lemme concerné dans la chaîne et ne retient
pas les excursus et les détails. Il donne aussi une image caractéristique des différents
Pères qu’il cite, puisque les extraits d’un même auteur présentent des éléments
parallèles que la lecture de la chaîne met en lumière. Enfin, il propose un panorama
varié d’exégèses tant historico-littérales qu’allégoriques ou typologiques pour éclairer
le sens du texte biblique de Jérémie. La chaîne à auteurs multiples est donc avant tout
un outil pour l’étude approfondie du texte biblique.
Le caténiste de l’abrégé, s’il s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur, l’auteur
de la chaîne intégrale à auteurs multiples, a aussi des principes qui lui sont propres. Il
montre autant de respect pour la lettre du texte biblique et réagence même parfois les
emprunts qu’il fait à la chaîne intégrale pour qu’ils suivent plus précisément l’ordre
logique de l’Écriture. En revanche, il n’hésite pas à réduire de moitié le volume des
extraits patristiques, à laisser de côté les attributions et à poursuivre le phénomène de
récriture, de manière à présenter au lecteur un texte biblique accompagné de références
exégétiques succinctes. Le projet du caténiste de l’abrégé, comme de son prédécesseur,
consiste donc à proposer un outil pour une meilleure compréhension du texte biblique
et non véritablement à transmettre un savoir patristique à propos du texte biblique.
La mise en perspective des chaînes sur Jérémie par rapport à d’autres corpus de
chaînes confirme la différence fondamentale qui semble exister entre les chaînes à
deux auteurs et les chaînes à auteurs multiples. Les premières proposent souvent une
clef d’interprétation unique en faisant alterner les commentaires de deux auteurs
relevant d’une même tendance exégétique, tandis que les deuxièmes offrent des
interprétations variées, même si cette variété s’inscrit parfois au sein d’une même ligne
exégétique.
Les commissaires des guerres du Consulat et de l’Empire
Samedi 6 décembre
10 heures
En Sorbonne, Bibliothèque Pierre Léon
esc. F, 2ème étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5ème
M. Michel BOUDIN soutient sa thèse de doctorat :
Les commissaires des guerres du Consulat et de l’Empire
en présence du Jury :
M. BODINIER (VINCENNES)
M. BOUDON (PARIS IV)
M. MONNIER (EPHE)
M. TULARD (PARIS IV)
Les communautés régulières d’hommes de la rive gauche...
Vendredi 12 décembre
9 heures
Centre Roland Mousnier
esc. G, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Preston PERLUSS soutient sa thèse de Doctorat :
Les communautés régulières d’hommes de la rive gauche dans l’univers urbain parisien au XVIIIe siècle.
en présence du Jury :
M. BERCE (PARIS IV)
M. CABANTOUS (PARIS I)
M. GUTTON (LYON II)
M. LOUPES (BORDEAUX III)
M. POUSSOU (PARIS IV)
Les compositeurs et l’art radiophonique
Samedi 10 décembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle G 366
Esc. G, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Andrea COHEN soutient sa thèse de doctorat :
Les compositeurs et l’art radiophonique
En présence du Jury :
M. BOSSEUR (Paris 4, CNRS)
M. BATTIER (Paris 4)
M. CASTANET (Rouen)
M. MICHEL (Angers)
Résumés
L’étude traite de la relation des compositeurs à l’art radiophonique. Elle se limite à ceux qui, consciemment et volontairement, ont créé des œuvres pour ce médium. Dans leur confrontation fructueuse avec la radio, ils l’approchent d’une manière singulière où leur relation au sonore joue un rôle de premier plan. Dès lors, leur position permet de cerner un des points essentiels de la réflexion : l’art radiophonique est-il un art acoustique autonome ou un « genre » musical ? Question qui reste ouverte : chaque œuvre apporte elle-même sa propre réponse.
Dans un premier temps, une présentation historique détaille les différentes positions esthétiques et les productions entre les années 1920 et 1990. L’œuvre radiophonique est ensuite étudiée comme un objet esthétique soumis aux conditions de production, de diffusion et d’écoute. Les compositeurs y développent des stratégies diversifiées comme le montrent les analyses proposées : elles révèlent la richesse et l’originalité des procédés compositionnels. La dernière partie, notre pièce Sports et divertissements d’Erik Satie, ne vise plus seulement à une réflexion théorique, mais aussi à une interprétation personnelle des potentialités créatives du médium.
This theses examines the relations hip of composer to radio art. It focuses on composers who made deliberate and conscious choice to create works specifically intended for the radio and on tehir individuel approach of the medium of radio. In our work, an essential question will arise : should this radiophonic work be considered as an independent sound art, a form of its own, or should it be considered as another musical genre ? As we shall see, the answer is complex, and depends upon the characteristics of each individual work. The first section of this work consists of a detailed historical presentation of productions between 1920 and 1990 and of the related aesthetic viewpoints developed in that period. There follows a study of specific radio works as works of art which were created in specific conditions of radio production, broadcasting and listening. The analysis of these works reveals the richness and originality of compositional procedures developed by each composer. The final section consists of our radio composition Sports et divertissements d’Erik Satie, which expands our study beyond theoretical considerations into a more subjective exploration of the medium of radio.
Position de thèse
Les études sur l’art radiophonique se présentent d’une manière parcellaire et hétérogène sauf en Allemagne où elles sont les plus systématiques et les plus nombreuses. Dès les années 1920 -période qui voit la naissance de la radio-, une réflexion critique a été menée par des artistes et des théoriciens : citons parmi les plus célèbres Bertold Brecht et Kurt Weill. On peut considérer Radio de Rudolf Arnheim, publié en 1936, comme l’un des premiers ouvrages sur le médium envisagé dans sa dimension artistique et sonore.
En France, il est indéniable que Pierre Schaeffer a été l’un des pionniers en la matière : en rassemblant les expériences de recherche en art radiophonique dans son livre-disque Dix ans d’essais radiophoniques (1955), il a jeté les bases d’une réflexion à propos du médium. Dans ce pays, les études de qualité se signalent par leur nombre réduit même si tous les auteurs concernés ont relevé la nouveauté et l’originalité de ce médium comme espace de création artistique.
Il nous semble en effet, que les travaux de recherches en France ne rendaient pas compte d’un axe d’étude que nous voulons privilégier : interroger la relation du compositeur au médium. Il ne s’agit pas pour nous de rendre compte des musiques créées pour la radio -des musiques “radiogéniques”- mais bien plutôt des véritables compositions « radiophoniques » où le médium ne joue pas le rôle d’un simple support ou d’une machine à diffuser. Le questionnement privilégié tourne donc autour de la relation singulière du compositeur avec l’art radiophonique.
Ce dernier sait, en effet, que son travail s’inscrit dans un domaine qui a ses propres lois, même si elles peuvent êtres bousculées par l’acte de création : le médium impose ses règles aussi bien internes qu’externes. Les premières, d’ordre formel, concernent l’emploi de matériaux spécifiques (parole, bruits) et leur organisation au sein d’une dramaturgique particulière. Les deuxièmes sont liées aux contraintes du médium lui-même : elles reposent principalement sur la production, la diffusion et l’écoute.
Un point, essentiel à notre réflexion, est de savoir si le compositeur définit l’art radiophonique comme un art acoustique autonome ou au contraire comme un « genre » musical. Dans le premier cas, le langage radiophonique est considéré comme autoréferentiel et la musique ne constitue qu’un des matériaux sonores utilisé au même titre que la parole et les bruits : l’œuvre radiophonique apparaît non comme une œuvre musicale mais comme une œuvre sonore et, selon les termes de Gerhard Rühm, comme un « événement acoustique ». Dès lors nous pouvons, pour cerner ce concept d« œuvre sonore » poser ici trois approches :
1- La radio est envisagée comme un espace de méditation sur sa production musicale. Si le temps d’expérimentation propre au travail du compositeur est solitaire, l’œuvre radiophonique est conçue comme un moment de réflexion partagée.
2- La radio est vécue comme un espace d’élargissement de l’activité musicale vers des domaines interdisciplinaires comme la littérature ou le théâtre.
3- Enfin elle est considérée comme un moyen de communication où le créateur peut exprimer sa curiosité intellectuelle ou son engagement citoyen.
Dans le deuxième cas, où l’on considère l’art radiophonique comme un genre, le médium devient véritablement un lieu de création qui suppose un questionnement de la conception même du musical. Le discours adopté inclut, en effet, tout matériau sans exclusive et le compositeur prend en charge l’élaboration des différents éléments sonores de son œuvre (composition de la musique, écriture du texte) ainsi que toutes les étapes de sa réalisation. Il peut faire appel à des collaborateurs -écrivains, poètes, acteurs, bruiteurs, techniciens- se réservant la composition musicale proprement dite ainsi que la construction de l’ensemble. Il utilise enfin la radio, qui retrouve par là même son rôle premier, comme un espace de diffusion. Au final, l’œuvre radiophonique se présente soit comme une étape du travail compositionnel soit comme une des versions possibles d’une œuvre que l’on pourrait qualifier d’ « ouverte », du moins selon les conceptions d’Umberto Eco.
Cette énumération n’est pas exhaustive et d’autres approches sont possibles : la frontière s’avère tenue dans ce domaine, certaines œuvres radiophoniques pouvant êtres considérés comme de la poésie sonore, de la musique à programme, des opéras parlés ou des films sonores. De même certaines compositions musicales, utilisant voix et texte, s’apparentent à l’art radiophonique alors que le compositeur n’a pas eu l’intention de créer véritablement pour ce médium. Nous préférons, dans ce cas, employer le terme de « radio génique » plutôt que celui de « radiophonique ». Notre étude se limite par conséquent aux compositeurs qui, consciemment et volontairement, ont créé pour le médium et par le médium en utilisant toutes ses potentialités expressives et discursives.
En effet, dans sa confrontation avec la radio, le compositeur développe une relation fructueuse et une approche singulière. Elles proviennent d’un créateur aux spécificités bien marquées qui entretient un rapport particulier avec le sonore : l’extrême attention qu’il lui porte est capable de faire surgir le gratuit, l’affectif ou le subjectif d’un outil considéré par notre société comme purement informatif ou récréatif, voire consumériste.
Se pose dès lors la question de savoir si le compositeur tend à « musicaliser » son œuvre radiophonique, s’il traite les divers matériaux comme des sons, se souciant autant de leur forme ou de leur allure que de leur contenu sémantique et s’il les organise selon des agencements que l’on pourrait qualifier de musicaux. En bref, comment le compositeur vit-il sa relation à la radio : comme une approche singulière du sonore, un terrain d’expérimentation, une écoute sensible du monde ? Sans doute tout cela à la fois et c’est ce que nous démontrons ici.
L’œuvre radiophonique peut s’envisager , dès lors, comme un objet esthétique
susceptible d’être analysée depuis sa conception jusqu’à sa mise en forme, en passant par toutes les étapes de sa réalisation, de la prise de son au mixage.
La dimension spécifique du médium agit sur l’élaboration de l’œuvre : les conditions de production, de diffusion ou d’écoute doivent être prise en compte par les compositeurs. Ceux-ci développent à leur tour des stratégies diversifiées dans l’approche de l’art radiophonique. Les analyses proposées révèlent, en effet, la richesse et l’originalité des procédés compositionnels mis en jeu : espace de réflexion de sa propre œuvre musicale (François Bayle), espace de création d’une œuvre musicale avec des matériaux spécifiques (Luc Ferrari ) ou d’une œuvre sonore (Christian Rosset), lieu de rencontres qui développe une collaboration entre artistes, (Jean-Yves Bosseur).
Un parcours historique permet d’engager tout d’abord une réflexion esthétique préalable : elle montre que l’art radiophonique suscite des approches extrêmement diverses. Des entretiens avec des compositeurs constituent ensuite des apports à la fois méthodologiques (ils ont inspiré les critères d’analyse) et esthétiques (ils ont permis une approche plus fine de l’art radiophonique).
Enfin, nous complétons notre travail par la présentation d’une œuvre personnelle, la série d’études radiophoniques Sports et divertissements d’Erik Satie, qui se conçoit comme un prolongement complémentaire tout autant que réflexif. Il se présente en deux volets complémentaires : la pièce elle-même sur un support CD et son analyse. Diffusée sur France Culture en janvier 2001, elle a été pensée comme une création expérimentale capable de s’intégrer au médium et de s’adapter aux conditions particulières de cette chaîne.
Nous pensons en effet que la radio doit continuer à offrir un espace d’expérimentation afin que les artistes puissent y élaborer des œuvres novatrices susceptibles d’être écoutées par le plus grand nombre. Toutefois, si l’on tient compte de l’évolution actuelle de l’art radiophonique en France, nous constatons un désintérêt croissant pour la création au sein de la radio publique. C’est ce qui amène les compositeurs à chercher d’autres voies : ils créent des œuvres à caractère radiophonique qui utilisent d’autres canaux de diffusion ou imaginent des pièces mixtes qui intègrent les œuvres radiophoniques dans des formes de représentation. Il s’agit sans doute, à l’heure actuelle, des solutions les plus fécondes et les plus riches de potentialités.
Il est certain que l’avenir de l’art radiophonique ne dépend pas seulement des artistes mais aussi de la politique des radios et de la place qu’elles accordent à la création au sein du médium. Si la radio, à l’heure d’Internet, continue à être un outil de communication et d’information, elle peut et elle doit également demeurer un lieu de création.
Les concepts ne sont pas une espèce naturelle . La notion de concept en psychologie cognitive
Lundi 28 juin
14 h
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
M. Edouard MACHERY soutient sa thèse de doctorat :
Les concepts ne sont pas une espèce naturelle . La notion de concept en psychologie cognitive.
en présence du Jury :
M. ANDLER (PARIS IV)
M. ENGEL (PARIS IV)
M. HAMPTON (LONDON)
M. SPERBER (ENS)
Les contremarques dans les monnaies grecques antiques : Histoire d’un procédé monétaire
Vendredi 28 avril 2006
16 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Jean-Baptiste FORESTIER soutient sa thèse de doctorat :
Les contremarques dans les monnaies grecques antiques : Histoire d’un procédé monétaire
En présence du Jury :
M. PICARD (Paris 4)
M. AMANDRY (BN)
M. de CALLATAY (EPHE)
Résumés
L’objet de cette thèse est de tenter d’apporter une vue d’ensemble sur un procédé monétaire encore mal connu à l’époque grecque : les contremarques. Dans cette perspective, nous avons essayé de définir ce procédé puis d’en expliquer la fonction et les causes à l’aide, faute de textes antiques, d’ordonnances monétaires modernes, remettant ainsi en question l’hypothèse communément admise aujourd’hui d’une « taxe à la contremarque ». L’inventaire, par métaux, permet de situer chronologiquement et géographiquement ce procédé qui, semble-t-il, s’inscrit souvent dans un contexte militaire. Cette thèse a enfin été l’occasion de rappeler le souvenir d’un étonnant collectionneur de monnaies contremarquées, le Commandant Mowat.
The goal of this thesis is to give an overview of a monetary process during the greek era, which is still somewhat unknown : the countermarks. With this in mind, we have endeavour first to define the process, then to elucidate the function and the causes, by means of modern monetary regulations, due to the absence of antique documents. This, thus raises some doubt about the well accepted current theory of a « tax on countermarks ». The catalog by metals allows to date and to locate geographically this process wich apparently refers often to a military historical background. This thesis, at last, offers the opportunity to recall the memory of an outstanding collector of countermarked coins : the late Major Mowat.
Les couleurs sur les porcelaines de cour pendant les règnes de Kangxi (1662-1722) et de Qianlong (1736-1795)
Samedi 27 mars 2004
10 heures
En Sorbonne, Amphi Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme CHIU-LAN LIU soutient sa thèse de doctorat :
Les couleurs sur les porcelaines de cour pendant les règnes de Kangxi (1662-1722) et de Qianlong (1736-1795)
en présence du Jury :
M. BERENGER (PARIS IV)
Mme BLANCHON (PARIS IV)
M. SIMONET (BRUXELLES)
M. VANDERMEERSCH (EPHE)
M. WOLVESPERGES (PARIS IV)
Les décors peints du château d’Ancy-le-Franc et leur place dans la peinture en France entre le milieu du XVIe siècle et les premières décennies du XVIIe siècle
Jeudi 16 décembre
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Magali BELIME DROGUET soutient sa thèse de doctorat
Les décors peints du château d’Ancy-le-Franc et leur place dans la peinture en France entre le milieu du XVIe siècle et les premières décennies du XVIIe siècle
En présence du Jury :
Mme CHONE (DIJON)
M. GUILLAUME (PARIS IV)
Mme SCAILLIEREZ
M. SENECHAL (AMIENS)
Les déictiques déclinables de l’espagnol médiéval : étude synchronique
Samedi 13 novembre 2004
14 h
Salle des Actes, Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Amélie-Anne PIEL soutient sa thèse de doctorat :
Les déictiques déclinables de l’espagnol médiéval : étude synchronique
en présence du Jury :
M. BRAVO (BORDEAUX III)
M. DARDORD (PARIS X)
Mme DELPORT (PARIS IV)
M. LUQUET (PARIS III)
Les descriptions de paysages dans les romans italiens du XIXems siècle
Samedi 26 novembre 2005
9 heures 30
Centre Malesherbes
Salle 322
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Aurélie GENDRAT CLAUDEL soutient sa thèse de doctorat :
Les descriptions de paysages dans les romans italiens du XIXe siècle
En présence du Jury :
M. LIVI (Paris 4)
M. GENOT (Paris 10)
M. GHIDETTI (Florence)
M. OSSOLA (Collège de France)
Résumés
La description, la peinture de paysage et le genre romanesque sont, dans l’Italie du début du XIXe siècle, trois mal-aimés. Cependant - et c’est un paradoxe qu’il faut expliquer - les descriptions de paysages abondent dans les Ultime lettere di Jacopo Ortis (1802) de Foscolo, les Promessi sposi (1827) de Manzoni, Fede e bellezza (1840) de Tommaseo et les Confessioni d’un Italiano (1858) de Nievo, quatre romans qui contribuent de façon décisive à la promotion du genre. Après une analyse théorique et historique de la notion de paysage, de l’ut pictura et de la description comme problème rhétorique, la lecture des quatre romans choisis permet de comprendre l’intérêt méthodologique de croiser un « objet » (le paysage), un enjeu poétique (la description), un genre (le roman) et un moment historique (la naissance du roman moderne en Italie) : les descriptions de paysages ne doivent pas être traitées comme des « morceaux choisis », mais considérées en fonction de leur inscription dans l’architecture romanesque, en termes de focalisation, de compétence lexicale, de valeur narrative, de construction de l’espace fictionnel. Contenant de véritables programmes poétiques, elles semblent se présenter comme les garants de légitimité du roman.
Landscape, “A Window on The Novel”
Descriptive Poetics and Features of the Novel
in Foscolo, Manzoni, Tommaseo, Nievo
In early 19th century Italy, writers seem to hold in low regard description, landscape painting and the novel. Oddly enough, there are numerous landscape descriptions in Foscolo’s Ultime lettere di Jacopo Ortis (1802), Manzoni’s I Promessi sposi (1827), Tommaseo’s Fede e bellezza (1840) and Nievo’s Confessioni d’un Italiano (1858), i. e. four seminal novels which greatly contribute to establishing the novel in Italy. In an attempt to account for this surface paradox, we first try to define and analyse the notion of landscape from a theoretical and historical point of view, as well as the ut pictura poesis debates and the rhetorical problem of description. The joint study of the four novels aforementioned then show why it is fruitful, from a methodological standpoint, to link together an « object » (landscape), a poetical topic (description), a literary genre (the novel) and a moment in history (the rise of the modern novel in Italy). Landscape descriptions should not be treated as « purple patches », but studied for how they partake in the architecture of the novel, in terms of focalization, lexical competence, narrative function, construction of the fictional space. For these descriptions, through the poetical program they actually contain, seem to legitimise the new genre and shed light on the tensions at work in the rise of the novel in Italy.
Mots clés : Paysage - Description - Descriptif - Poétique - Roman - Littérature italienne - 19e siècle
Ugo Foscolo - Alessandro Manzoni - Niccolò Tommaseo - Ippolito Nievo
Ut pictura poesis - Peinture de paysage - Éditions illustrées - Roman historique - Roman épistolaire
Position de thèse
1. Paysage, description, roman et histoire littéraire : une série de choix scientifiques
Le paysage est « à la mode ». Mais à la profusion des travaux sur le paysage en histoire, en philosophie, en géographie, s’oppose un relatif vide théorique pour la littérature : les études consacrées au paysage chez tel ou tel auteur ne manquent pas, mais souvent, le paysage y est donné pour un objet connu, relevant d’une intuition universelle qui dispense de toute définition. Ce n’est que très récemment qu’ont paru des essais d’envergure visant à mieux définir les enjeux et les implications d’une recherche sur le paysage en littérature. À cet égard, les travaux de Giorgio Bertone, de Vincenzo Bagnoli et surtout, tout récemment, de Michel Collot et de Michael Jakob - pour nous en tenir aux domaines français et italien - nous offrent une armature théorique décisive.
Toutefois, nous avons cherché à nous distinguer de ces approches en choisissant de réduire la recherche à un problème rhétorique (la description ), à un genre littéraire (le roman), à un moment particulier de l’histoire de ce genre (la difficile naissance du roman moderne dans l’Italie du XIXe siècle avant l’Unité). On doit à Alain Guyot d’avoir très efficacement suggéré que les descriptions de paysage exigent d’être étudiées en fonction de leur inscription générique : procédant selon une méthode contrastive, Alain Guyot s’attache à confronter deux types de descriptions - dans le récit de voyages et dans le roman - pratiquées par le même auteur. Les résultats sont fort convaincants : pour un même site, un même auteur ne propose effectivement pas les mêmes descriptions. Il ne s’agit pas d’un simple effet de variatio visant à éviter la répétition littérale, car les différences ne s’expriment pas seulement en termes de choix lexicaux, mais aussi en termes d’insertion et de répartition dans le co-texte, de structure interne (de déroulement), de fonctions, de telle sorte que des paysages identiques d’un point de vue référentiel produisent deux types descriptifs distincts. Nous cherchons à mener une enquête différente, en choisissant d’appliquer une grille de lecture, préalablement définie, à quatre romans qui marquent sinon l’émergence, du moins la promotion du genre romanesque en Italie. Nous ne postulons pas qu’il est a priori plus intéressant d’étudier le paysage dans le roman que dans d’autres genres (poésie, correspondance, récits de voyages...), mais nous pensons en revanche qu’il y a un véritable enjeu scientifique à le faire en un moment donné de l’histoire du roman. La construction de l’objet et le choix du corpus d’application relèvent donc d’une intuition de lecture, devenue hypothèse de travail : la poétique du paysage décrit peut avoir une valeur indicielle dans l’analyse de la naissance et de la promotion du genre romanesque en Italie. Elle peut permettre de définir et d’opposer des pratiques romanesques (un ensemble de choix, mais aussi des réticences, notamment à l’égard de la fiction, en un moment où le débat est centré autour de l’opposition invention / vérité). Là où Alain Guyot entreprenait d’étudier le paysage à la lumière des différents genres, nous cherchons donc à observer le genre romanesque à la lumière des descriptions de paysages.
Une telle approche ne saurait avoir pour ambition de définir « le roman », ni même « le roman italien dans la première moitié du XIXe siècle » : il s’agit, plus concrètement, de tenter de caractériser, d’identifier, éventuellement de comparer, des pratiques observables dans quatre œuvres singulières. La description de paysage, qui invite à considérer la conduite de la narration, la construction de l’espace fictionnel, la caractérisation des personnages ou encore la mise en discours et les changements de points de vue, pourra ainsi permettre de dégager quatre grands modèles romanesques.
Or, si nous avons choisi de nous intéresser au roman italien au XIXe siècle, c’est parce qu’il s’agit d’un moment critique de l’histoire du genre : attaqué de toutes parts pour des raisons aussi bien morales que stylistiques et poétiques, le roman moderne peine, en Italie plus longtemps qu’ailleurs, à trouver une reconnaissance institutionnelle et à fonder sa légitimité.. De Foscolo jusqu’à Nievo, tous les auteurs éprouveront le besoin, par l’ironie, la dénégation ou la prise de position militante, de justifier la publication d’un roman : jusqu’à l’Unité, le roman ne saurait être pratiqué de façon immédiate. Alors que le débat sur l’indignité du genre est presque totalement éteint en France, le discrédit perdure en Italie et le roman reste, jusqu’à une date avancée, un genre malaisé.
Par ailleurs, le paysage comme genre pictural ainsi que la description sont considérés au XIXe siècle, dans les écrits théoriques et les traités rhétoriques, de manière particulièrement négative : la peinture de paysage y apparaît comme un genre mineur, écrasé par la supériorité de la peinture historique, tandis que la description est pensée comme une ancilla narrationis dont il faut contenir la tendance à l’expansion. S’intéresser aux descriptions de paysage, c’est donc se pencher sur un lieu du texte perçu comme doublement dangereux. En articulant paysage, description et roman, la recherche se place délibérément au carrefour des soupçons.
Notre perspective, essentiellement endo-textuelle, s’attache à des phénomènes de composition, à des questions rhétoriques et théoriques touchant aux régimes textuels, mais cela ne signifie pas pour autant que nous renonçons à tout le « dehors » des romans. Au contraire, pour que la lecture évite aussi bien l’abstraction que l’a(na)chronisme, il nous paraît nécessaire d’accueillir quelques données minimales d’histoire littéraire. La singularité du moment historique choisi permet d’établir des bornes chronologiques qui s’appuient sur les temps forts d’une « bataille romanesque », plutôt que sur des étiquettes esthétiques nécessairement discutables.
Le corpus retenu est à la fois vaste, puisqu’il couvre plus de cinquante ans, et limité, puisqu’il ne comporte que quatre romans : Ultime lettere di Jacopo Ortis (1802) de Ugo Foscolo, I Promessi sposi (1840) de Alessandro Manzoni, Fede e bellezza (1840) de Niccolò Tommaseo et Le Confessioni d’un Italiano (1858) de Ippolito Nievo. Le choix s’est délibérément porté sur des auteurs « majeurs », car il nous a semblé que le poids culturel considérable de ces quatre œuvres facilitait la recherche d’archétypes, puisque tel est l’objectif de notre recherche, de type plus poétique qu’historique : nous chercherons donc à dégager des modèles (théoriques) de pratiques romanesques à partir d’œuvres qui se sont constituées comme des modèles (historiques et institutionnels) pour des générations d’écrivains. L’unité profonde de la sélection tient à la volonté de s’attacher aux romans qui ont proposé, avec une efficacité pragmatique mesurable à l’aune de leur réception (immédiate ou à plus long terme), une « illustration et défense » d’un genre naissant. Nous partageons sur ce point les conclusions radicales d’Alberto Asor Rosa, pour qui « on ne peut pas écrire l’histoire du “roman italien”, mais seulement l’histoire des “romans italiens” (ou pour être plus exact, de certains d’entre eux) . » En outre, pour les quatre auteurs choisis, le roman se présente comme un hapax (Foscolo et Manzoni, avec toutes les nuances qui s’imposent) ou du moins l’aboutissement singulier d’une longue expérimentation narrative (Tommaseo avec ses récits historiques et ses nouvelles inachevées, Nievo avec ses romans « mineurs » et sa saison campagnuola) : dans l’histoire littéraire comme dans le parcours de chaque auteur, ces quatre œuvres s’isolent ainsi en monuments fondateurs. L’abondance des descriptions de paysages dans ces quatre romans ne tient pas seulement, nous semble-t-il, à des effets de mode (le « sentiment du vert » éveillé par Rousseau). Elle s’explique aussi par la valeur de programme poétique qu’acquièrent ces descriptions d’un type singulier.
2. Organisation de la recherche
Dans une première partie, la formulation des problématiques et l’élaboration d’une grille de lecture procèderont par resserrement progressif, du plus général (une tentative de définition, à la fois théorique et contextualisée, du paysage) au plus précis (comment identifier et traiter les descriptions de paysage dans les quatre romans italiens choisis). Il ne s’agit pas de dissocier théorie et application, mais de proposer un cadre, notionnel et historique, qui permette de formuler les questions nécessaires à la lecture des textes.
Une seconde partie, consacrée aux analyses textuelles, sera divisée en quatre chapitres correspondant chacun à l’un des romans. Cette présentation monographique s’est imposée avec force au cours du travail. En effet, il ne s’agit pas de retracer une histoire du paysage à travers le roman italien du XIXe siècle ni de dévoiler une évolution diachronique dans la sensibilité paysagère : une telle recherche supposerait d’une part un corpus plus vaste et risquerait d’autre part d’être sous-tendue par le présupposé douteux d’un progrès suivant linéairement la chronologie.
Il s’agit bien plutôt de penser la description de paysage comme un prisme permettant de dégager des modes de fonctionnement romanesques qu’on se gardera de ranger sous une étiquette historico-esthétique (nous essayons de maintenir une distance de sécurité avec les catégories, pourtant inévitables, de « classicisme » et « romantisme »). Pour poser clairement le problème du sens et de la fonctionnalité dans l’économie narrative - problème qui semble indissociablement attaché à la description de paysage -, il convient d’analyser les descriptions « en régime interne », à la recherche d’une matrice isolable (peut-on identifier une description-type pour chaque auteur ?) et « en régime externe », par rapport à un environnement narratif et à une architecture romanesque. Il faut donc considérer des systèmes complets et clos. Dès lors, nous espérons que chaque chapitre pourra se présenter comme une étude autosuffisante mais qui entre en réseau avec les autres analyses, pour mettre à l’épreuve, affiner et modifier les définitions, les problématiques et les instruments élaborés dans la première partie.
Nous avons choisi de ne pas faire peser sur nos analyses textuelles l’hypothèque d’une stricte correspondance entre l’histoire de l’art et l’histoire littéraire : on doit certes examiner le problème du modèle pictural (et plus généralement de l’ut pictura poesis), mais il paraît souhaitable de ne pas conclure, de la simple ressemblance de composition entre une description littéraire et un tableau, à la volonté consciente, de la part de l’auteur, de suivre un code emprunté à la peinture. Nous avons donc décidé d’analyser les discours (des peintres, des écrivains, des théoriciens de l’art) sur la peinture de paysage, plus que les réalisations picturales elles-mêmes, afin de dégager ce que l’on pourrait appeler une « axiologie » et une topique du paysage, susceptibles d’être mises en relation avec les jugements de valeur portés sur la description et le roman. Par ailleurs, nous nous sommes efforcée de tenir compte des éditions illustrées (ou comportant des illustrations) voulues par deux des auteurs, Foscolo et Manzoni : si l’influence de la peinture de paysage ne doit pas être surestimée, à l’inverse la présence de l’image dans le texte ne doit pas être négligée.
« ...quadrangulum rectorum angulorum inscribo, quod quidem mihi pro aperta finestra ex qua historia contueatur » : cette célèbre expression du De Pictura a souvent été transmise sous une forme altérée et simplifiée, qui la réduit à l’idée que le tableau est une fenêtre ouverte sur le monde : la distorsion, si elle a connu un tel succès, correspond sans doute à une perception intuitivement partagée de la peinture comme ouverture sur le réel. Nous nous permettons de faire subir une nouvelle translation à la citation d’Alberti en considérant que le paysage décrit peut être pour nous une fenêtre ouverte sur le roman.
3. Présentation de quelques conclusions
Au terme de la recherche, les conclusions auxquelles nous parvenons se situent nécessairement à la fois sur le plan théorique et sur le plan critique, puisque la recherche croise des enjeux généraux (la description de paysage comme problème rhétorique et poétique) et un travail sur corpus. Il apparaît que le paysage peint n’est pas le modèle immédiat du paysage décrit, de sorte que l’analyse doit manier avec précaution la référence picturale. Les lecteurs du XIXe siècle célèbrent certes les belles descriptions comme autant de tableaux et en vantent la réussite en termes empruntés à l’art. Mais il est rare que l’attraction du modèle pictural soit explicitée (ou même simplement identifiable) dans les œuvres qui nous occupent : pour Foscolo, il faut passer par le détour des estampes qui ornent l’édition de 1816 ; pour Tommaseo, nous avons dû réunir un faisceau d’indices qui montrent que les allusions picturales interviennent de façon privilégiée dans les portraits et ne fonctionnent pour les descriptions naturelles que par « réverbération », ce qui nous a amenée à recourir à la notion, assez souple, d’« écriture picturale ». Par ailleurs, la présence du vocabulaire pictural dans certaines descriptions sert parfois une intention parodique (c’est le cas chez Manzoni) plus qu’un hommage à une « arte sorella ». Si le paysage décrit ne convoque guère d’autorités extérieures à la littérature, c’est peut-être parce qu’il est l’un des lieux du texte les plus fortement « littérarisés » : il se constituerait en quelque sorte comme l’indice majeur de la « fonction littéraire » du roman.
Notre analyse des textes s’est efforcée de tenir compte de la lecture, de sa dynamique comme de ses moments de fragilité, pour dresser un rempart contre le risque des commentaires composés en chaîne : s’intéresser aux descriptions de paysage, les identifier, les isoler pour les disséquer est évidemment un exercice très artificiel qui ne trouve son sens que si l’on prend en considération la lecture cursive des romans. Il est par exemple nécessaire de faire jouer la place de ces séquences textuelles : le cas de la description inaugurale, notamment, appelle des analyses plus serrées que les autres. Le début des Promessi sposi est certes passionnant pour un herméneute, mais il déconcerte, et peut-être même rebute, le lecteur qui ouvre le roman pour la première fois. L’analyse doit rendre compte de ce trouble.
La diversité de nature des œuvres considérées nous a obligée à passer, en permanence, d’un niveau de lecture « local » à un niveau de lecture « global » : on ne lit pas de la même façon les descriptions de paysage isolées d’un roman-fleuve et les descriptions de paysages enchâssées d’un roman épistolaire d’à peine deux cents pages. Le co-texte suggère parfois une fonction particulière de la description, comme révélateur psychologique ou soulignement dramatique. En revanche, pour deux de nos romans, saturés de paysages, il n’est pas toujours possible de se limiter à une lecture « au cas par cas » des descriptions. Il faut bien postuler, pour les romans massivement « paysagers », que les descriptions naturelles sont à interpréter dans leur ensemble, qu’elles fonctionnent en système et contribuent à la définition, tonale et stylistique, de toute l’œuvre.
La tendance très forte à l’autonomisation des descriptions de paysage, volontiers mises en relief par la typographie ou même franchement isolées, nous a offert la confirmation d’une autre hypothèse : si la description de paysage peut se détacher comme une « œuvre dans l’œuvre », c’est que le paysage permet d’opposer une série de principes compositionnels à la dispersion de la description de realia, dont les défauts sont perçus et théorisés par les auteurs de notre corpus et leurs contemporains. Longueurs, prouesses techniques, lexique tout droit sorti du dictionnaire ou de l’encyclopédie, imitation servile de modèles, tels sont les principaux écueils de la description, surtout de la description d’objets, qui menace d’ennui le lecteur. Or le paysage n’est pas un « objet » comme les autres, il est par définition composition d’éléments. C’est à ce titre que l’on comprend le paradoxe observé : le soupçon qui pèse sur la peinture de paysage comme genre subalterne et commercial ne frappe (presque) pas le paysage littéraire, qui reste l’un des « contenus » descriptifs privilégiés. Plus profondément, le paysage se prête particulièrement bien à la description littéraire et échappe au jugement de valeur parce qu’il permet de lutter contre un spectre redoutable (la description interminable, sans rime ni raison, technique ou aride). Avant de se présenter comme une expansion lyrique - ce qu’il n’est pas toujours (comme le montre la lecture de Manzoni) -, il est d’emblée organisation textuelle.
Ce qui a retenu en priorité notre attention, c’est la fonction de catalyseur de poétique romanesque dont semble se charger la description de paysage. Le point commun qui justifie l’étude est donc à chercher moins dans le paysage comme objet esthétique et culturel que dans la possibilité d’exprimer, par la description qui en est proposée, une conception du genre romanesque.
Dans l’Ortis, le lien très fort qui unit les descriptions de paysages au tissu narratif érige le paysage en constituant de la diégèse. Symptômes du mal-être de Jacopo et symboles de son aventure existentielle, les descriptions naturelles, fort nombreuses, sont sémiotiquement et sémantiquement hypertrophiées. Se profile alors l’image d’un roman qui soumet ses effets à des impératifs de construction extrêmement contraignants. Le roman paraît utilisé par Foscolo essentiellement comme une structure close qui prend le lecteur en otage. On ne peut guère « se promener » parmi les paysages de l’Ortis : on suit un chemin balisé qui mène inexorablement d’un point à un autre. La fonction psychologique du paysage est poussée si loin, dans un roman à la première personne qui raconte le destin d’une âme, qu’elle devient fonction diégétique.
Dans les Promessi sposi, les descriptions de paysages, rares et isolées, révèlent l’incertitude du modèle épistémologique choisi. L’embarras très fort suscité par l’ouverture du roman indique les descriptions de paysages comme le lieu d’une indécision à l’égard de la subjectivité, des personnages et de la fiction elle-même. La connivence entre le narrateur et le lecteur s’établit au détriment des personnages, souvent exclus : obsédés par l’orientation, les personnges que met en scène Manzoni, aux antipodes du modèle du promeneur solitaire, n’ont pas accès au paysage. Dans les descriptions, la fonction référentielle domine de façon écrasante, à l’exclusion presque totale de tout autre rapport (symbolique, allégorique...).
Dans Fede e bellezza, les descriptions de paysages, plus qu’un constituant de la narration, apparaissent comme un liant, qui aplanit les accidents de l’intrigue. On ne peut guère reconstruire une évolution dans la typologie du paysage ou dans le regard que les personnages posent sur la nature qui les entoure. Ce sont des amateurs éclairés du paysage, mais, à de rares exception près, la nature ne tend pas un miroir à leur âme. Les descriptions naturelles définissent la tonalité du roman - une tonalité esthète, contemplative, picturale - et suggèrent que l’intérêt du romancier se déporte très nettement du côté de la langue.
Chez Nievo, les descriptions de paysage ne constituent ni un décor ni un habitat, mais dessinent un Umwelt fondateur, chargé de valeurs à la fois esthétiques et morales. Le paysage apparaît comme un puissant instrument d’éducation du personnage mais aussi du lecteur : la principale description de paysage, celle du Bastion d’Attila, adopte sur le plan de l’énonciation un schéma polyphonique (voix de l’enfant, voix de l’octagénaire) et sur le plan de la composition le modèle de la devinette. Or le mélange des voix et la découverte progressive d’un sens (comme étape possible d’un parcours de formation) sont deux dimensions essentielles des Confessioni, l’une stylistique, l’autre idéologique. Le paysage a donc valeur de synthèse métaromanesque, qui inclut une réfléxion sur les mécanismes de la lecture et de la composition de l’œuvre elle-même.
La recherche que nous proposons entend non pas tant démontrer une thèse que défendre une méthode de lecture du paysage en littérature, qui analyse les descriptions en fonction de leur répartition, de leur fréquence, de leur valeur (symbolique, référentielle, esthétique) dans un genre donné en un moment donné. Les études monographiques peuvent alors produire, pour reprendre le titre d’un recueil d’articles de Pasolini, des « descriptions de descriptions », qui mettent au jour différents modèles romanesques. À leur tour, les modèles romanesques ainsi dégagés pourraient être mis en relation avec d’autres œuvres, éventuellement d’autres genres, afin que se dessine, à partir de données formelles et non pas simplement historiques, une cartographie des constellations littéraires de la période.
Les deux écritures. Etude de l’intertexte néo-testamentaire dans l’oeuvre de Georges Bernanos et mise en perspective (Charles Péguy)
Mercredi 22 juin 2005
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Marie BOYER GIL soutient sa thèse de doctorat :
Les deux écritures. Etude de l’intertexte néo-testamentaire dans l’oeuvre de Georges Bernanos et mise en perspective (Charles Péguy)
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (Paris 4)
M. BENOIT (Bordeaux 3)
M. CHRETIEN (Paris 4)
M. JURT (Fribourg)
M. MURAT (Paris 4)
Les Deux Livres de l’ethnographe . L’ethnologie française au XXe siècle : entre science et littérature
Samedi 11 décembre 2004
9 h
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Vincent DEBAENE soutient sa thèse de Doctorat :
Les Deux Livres de l’ethnographe . L’ethnologie française au XXe siècle : entre science et littérature
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (PARIS IV)
M. JAMIN (EHESS)
M. MARTIN (LYON II)
M. MURAT (PARIS IV)
M. PHILIPPE (GRENOBLE III)
Les discours politiques de Salazar (1928-1936) : de l’équilibre des comptes à la conversion des âmes
Vendredi 8 décembre 2006
14 heures
A la Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006
M. Jose de Jesus DA COSTA soutient sa thèse de Doctorat :
Les discours politiques de Salazar (1928-1936) : de l’équilibre des comptes à la conversion des âmes
En présence du Jury :
Mme BESSE (Paris 4)
M. Gomez (Paris 10)
M. PAGEAUX (PARIS 3)
Mme PIWNIK (PARIS 4)
Résumés :
Ce travail a comme objectif de démontrer comment l’ethos, le logos et le pathos, tels qu’ils se dessinent dans les discours politiques d’António de Oliveira Salazar et de la propagande de l’Etat nouveau entre 1928 et 1936, ont contribué à l’apparition, puis à la consolidation d’une réponse dictatoriale à la crise de la fin des années 1920 au Portugal. Profondément attaché à une vision chrétienne de l’homme et de la société, Salazar utilise ses discours politiques comme une arme redoutable au service de la conversion des âmes, but essentiel de la régénération salazariste pour réintégrer le pays dans la tradition chrétienne et faire émerger un homme nouveau dans un contexte marqué désormais par des rapports étroits entre le politique et le religieux.
This research work endeavours to show how the ethos, logos and pathos emerging in the political speechs of António de Oliveira Salazar and the propaganda of the New State between 1928 and 1936 contribued to a stronger dictatorial response to the crisis og late 1920s in Portugal. As Salazar attached great value to a Christian vision of man and society, his speechs turned out to be a formidable weapon used in the conversion of souls, which was a crucial goal of the Salazarist regenaration aiming to reinstate the country’s Christian tradition and to pave the way for the emergence of a New Man, in a contexte marked from then on by the close ties between the political and the religious.
Position de thèse :
Parmi les dictatures que l’Europe a connues dans la période d’entre-deux-guerres, le salazarisme figure en place ‘honorable’ sinon par sa spécificité tout au moins par sa longévité. Contemporain du bolchevisme, du fascisme et du nazisme, le salazarisme est à la fois proche de ces régimes dictatoriaux et s’en distingue par certains traits spécifiques. Ceux-ci sont souvent à l’origine de débats taxinomiques interminables et parfois stériles tant il est vrai que les contextes dans lesquels toutes ces dictatures se sont développées présentent des différences notables entre eux. Bien qu’un certain nombre de causes soient concomitantes dans l’émergence des dictatures en Europe, elles n’ont pas produit des réponses identiques partout et bien des pays européens n’ont pas succombé aux sirènes dictatoriales.
Le salazarisme, terme imprécis pour désigner la dictature qui a sévi au Portugal durant presque cinquante années du XXe siècle, comprend différentes étapes et des développements assez disparates. Après sa constitutionnalisation en 1933, le régime salazariste connaîtra bien des difficultés, à commencer par la Guerre Civile espagnole, mais aussi la Deuxième Guerre mondiale, la période de la guerre froide et, dans les années 1950-1960, les revendications d’indépendance et les guerres de libération des colonies portugaises. Malgré ces changements importants, le régime salazariste saura s’adapter aux nouvelles réalités et survivre même à son mentor principal jusqu’en 1974. Comment expliquer cette longévité ?
L’identité revendiquée par le salazarisme, qui l’éloigne tant des totalitarismes de gauche que de ceux de droite, est pour Salazar la marque d’un régime sui generis, c’est-à-dire éminemment national. Salazar, dans cette lignée, condamnera dans ses discours la déification de l’État et du Parti dans les régimes fascistes et trouvera le paganisme nazi inconciliable avec la morale chrétienne et le respect dû à la personne humaine.
Formé au sein de l’Église et nourri par les principes idéologiques de la pensée européenne contre-révolutionnaire et par le catholicisme social des encycliques, Salazar se soucie, dès ses premiers articles dans la presse régionale, de la formation et de l’instruction des Portugais. Réformateur plus que révolutionnaire, il ne croit guère aux changements de gouvernement sans une profonde régénération intérieure de l’individu. Ce qui demeure de cet ensemble idéologique est la conviction qu’une vraie réforme politique du pays ne pourra avoir lieu en dehors de la morale religieuse et des enseignements de l’Église.
Les premiers discours officiels du nouveau ministre des Finances placent la période qu’il inaugure sous le signe du sacrifice d’une génération appelée à s’immoler sur l’autel d’une Patrie qui a retrouvé, après le coup d’État militaire de 1926, le fil perdu de son histoire ancienne, de ses héros légendaires, de ses saints et de sa mission divine, œcuménique et évangélisatrice. Son action politique, considérée comme ‘l’ascension douloureuse d’un calvaire’, était pour ce catholique convaincu un temps de régénération à l’issue duquel les Portugais, touchés par la grâce divine, devraient finalement réintégrer la ‘maison du Père’ dont ils s’étaient éloignés depuis le libéralisme de 1820. Cette ‘cure’ ou cet « aportuguesamento » (‘portuguisation’) des individus et des institutions se traduira par des exigences d’amour envers tout ce qui était portugais, un nationalisme quelque peu irréel lorsqu’on considère la traditionnelle dépendance économique du pays vis-à-vis de l’extérieur.
Cette ‘thérapie’ est très proche du concept chrétien de conversion, c’est-à-dire le passage d’une vie de péché à une vie de grâce, l’abandon de l’état de perdition au profit d’une nouvelle vie créée et gouvernée par l’Esprit de Dieu. Le message véhiculé par les discours de Salazar ne fait que répéter inlassablement la nécessité pour les Portugais de réintégrer le nouveau royaume (la nation chrétienne et l’État nouveau) après une période d’exil (le parlementarisme), un message qui renvoie incontestablement à la parabole de l’Enfant prodigue, texte central du Nouveau Testament sur la conversion.
La période sur laquelle nous travaillons, les années 1928-1936, n’est pas un choix arbitraire. Elle correspond à l’âge d’or de la biographie politique de Salazar qui coïncide avec son entrée aux Finances et qui s’achève en 1936, année où Salazar et l’Europe abordent une nouvelle époque.
Quatre grandes parties structurent notre travail :
1 - La première partie analyse l’environnement dans lequel la solution dictatoriale s’est imposée au Portugal. La participation du pays au premier conflit mondial, les crises politiques successives, l’inflation, etc., constituent la toile de fond où va se développer un discours virulent contre le régime parlementaire. Ce discours contre le régime des partis n’est pas nouveau mais, dans la conjoncture de l’époque, il prépare le terrain à l’émergence d’une réponse dictatoriale à la crise. En outre, en réduisant les problèmes économiques à la seule question de l’équilibre budgétaire, ce discours sur la crise restreint définitivement la discussion sur l’avenir du pays au seul secteur des Finances et, dans ces circonstances, l’arrivée de Salazar au ministère des Finances, en avril 1928, est considérée comme une réponse adéquate à la crise.
Le rétablissement de l’équilibre budgétaire rapidement entrepris par Salazar dans ce pays traditionnellement déficitaire est perçu comme un miracle, et la divinisation du ministre peut ainsi commencer. Entamée sous le signe du sacrifice, la régénération financière entreprise par Salazar est conçue comme une vaste ‘campagne de rachat’, c’est-à-dire une période d’expiation nécessaire à la réintégration du pays dans le fil interrompu de son histoire, après les déboires du libéralisme et de la République parlementaire.
Désormais, cette république christianisée en laquelle le pays s’est transformé peut fédérer autour d’une seule ecclesia tous les Portugais de bonne volonté. Fils de la même ‘église’ (le parti de l’Union nationale) réunis autour d’une même liturgie (l’évangile de l’État nouveau) le pays retrouve l’équilibre. Cette vaste manipulation des esprits est la première étape de la mise en œuvre de l’appareil étatique salazariste et de ses principales organisations d’encadrement des populations.
2 - La deuxième partie de notre travail explore les fondements des idées de Salazar telles qu’elles sont présentées dans ses discours officiels. Une rapide incursion dans la biographie de Salazar nous permet d’observer ses rapports avec la Ire République, sa formation universitaire et sa participation à des organisations catholiques tout en dégageant les traits principaux de son idéologie avant sa nomination aux Finances.
Dans un deuxième temps, nous présentons les idées principales de Salazar telles qu’elles apparaissent dans ses discours officiels. Cela nous permet de dégager la structure de ses allocutions, les arguments utilisés, d’analyser sa conception de la rhétorique, ainsi que le travail de la propagande autour de la ‘voix’ du chef.
3 - La troisième partie explore deux composantes du discours rhétorique : l’ethos et le pathos. En nous appuyant sur les images que Salazar donne de lui-même (son ethos) nous démontrons comment celles-ci répondent parfaitement aux attentes de l’auditoire ou plus exactement aux attentes que la propagande a su créer au sein de la population. L’ethos de l’homme du silence, de l’homme pauvre et modeste, du rural, etc., fait partie d’une construction fictive tendant à fabriquer l’image du héros positif et entraînant des adhésions inconditionnelles au chef de la révolution nationale. Néanmoins, et en dépit de la censure et de la répression, ces images positives sont souvent mises en branle par les oppositions, phénomène qu’on étudie aussi dans l’innombrable correspondance anonyme reçue par Salazar.
En étudiant les images de l’autre dans les discours de Salazar, nous constatons que pour renforcer l’identité des points de vue entre l’orateur et l’auditoire celui-ci recourt à une vision manichéenne du monde afin de créer des irréductibilités et donc de simplifier la réalité. Cette démarche passionnelle conduit à des sentiments de crainte, d’espoir et de désespoir et donc à renforcer les liens (fictifs) entre l’orateur et l’auditoire.
4 - Enfin, la quatrième partie approche d’une façon globale les traditions et les luttes entre le pouvoir religieux et le pouvoir temporel et les relations ambiguës entre l’Église et le pouvoir politique dans le contexte de la rechristianisation du pays. Le discours de Salazar en se situant entre la raison et la foi, entre les désordres du monde et le dessein de Dieu, entre le politique et le religieux devient un formidable outil de conviction, et dans la perspective de la conversion, un instrument de salut.
Les dissidents soviétiques en Allemagne
Vendredi 30 avril
14 heures
s 322
Centre Malesherbes
108 bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Alexandra MILORADOVICH soutient sa thèse de doctorat :
Les dissidents soviétiques en Allemagne
en présence du Jury :
M. GERMAN (Université)
M. LOSSKY (Institut)
M. POLONI (PARIS IV)
M. SCHNEILIN (PARIS IV)
Les doctrines de la providence d’après Maïmonide
Lundi 27 novembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente
M. René LEVY soutient sa thèse de Doctorat :
Les doctrines de la providence d’après Maïmonide
En présence du Jury :
M. AOUAD (CNRS)
M. FICHANT (PARIS 4)
M. IMBACH (PARIS 4)
M. NAHON (EPHE)
M. THILLET (PARIS 1)
Résumés :
Le thème de la providence et son traitement par Maïmonide constituent le terme du Guide des égarés, dans
la double acception du mot : le bout et le but de tout l’ouvrage. Les chapitres 16 et 17 du livre III, position du
problème et recension des différentes doctrines sur la providence, forment l’axe de notre étude que nous partageons
en deux parties : une première, d’histoire doctrinale, consacrée à l’examen des recensions faites par Maïmonide des
doctrines antérieures (Épicure, Aristote, théologiens du Kalam et judaïsme) ; une deuxième, d’exégèse philosophique,
prenant pour objet spécifique la doctrine providentialiste de Maïmonide. Dans cette deuxième partie, nous
remontons aux prémices du problème de la providence, à savoir la question du mal, ou théodicée. Nous abordons en
outre les questions annexes, mais capitales, de la causalité et de la science divines. Cela fait, nous relevons des liens
étroits entre les idées de providence tutélaire, d’intelligeance et de singularité, définie comme l’ultime perfection de
l’homme, par-delà son individualité périssable ; atteinte à force d’intelligeance et grâce à laquelle « il est avec Dieu et
Dieu est avec lui. »
The subject of providence and its treatment by Maimonides are the term of the Guide of the Perplexed, in
the two senses of the word : the end and the aim of the entire work. Chapters 16 and 17 of Book III, the laying out of
the problem and the review of doctrines on providence, form the axis of our study, which is divided into two parts :
the first part, a work on doctrinal history, is devoted to examining Maimonides reviews of previous doctrines
(Epicure, Aristotle, Kalam theologians and Judaism) ; the second, as a philosophical exegesis, takes the providential
doctrine of Maimonides as its specific object. This second part goes back to the premises of the problem of
providence : the question of evil, or theodicy. It also covers the additional - albeit essential - topics of divine
causality and science. It then points out the close link between the concepts of tutelary providence, intelligeance and
uniqueness defined as the ultimate perfection of man beyond its perishable individuality, reached by dint of
intelligeance and thanks to which “he is with God and God is with him”.
Position de thèse :
Nous nous sommes proposés comme tâche d’élucider la doctrine maïmonidienne de la
providence ; celle-ci gît principalement dans le Guide des Egarés. Pour commencer, il nous faut tout
de suite préciser qu’il ne s’agit pas ici, chez Maïmonide, d’une réflexion personnelle. Au contraire,
il faut voir son travail comme l’élaboration d’une matière, qu’il travaille donc à partir de textes et
de réflexions antérieures.
Il en est ici comme dans le Mišne Tora, son grand ouvrage de codification des lois juives.
Toutes les lois qui le composent sont tirées du Talmud, et plus rarement de commentaires
talmudiques ultérieurs. Tous ces éléments, cependant, résultent d’une décision de Maïmonide. De
même, dans le Guide des Egarés, les éléments de sa doctrine sont empruntés à des sources
antérieures, très diverses. Ce sont aussi bien les sources juives : l’écriture, le Talmud, le Midrach ;
que les sources musulmanes : la théologie (Kalam) ; que les sources grecques (la philosophie).
Ce que nous venons d’affirmer est encore plus vrai du chapitre 17 du Livre III du Guide,
qui constitue le pivot de notre travail, et qui commence par une recension critique de cinq
doctrines sur la Providence, ordonnées selon la règle de l’Iqtisad (le juste milieu en matière
d’opinion) : la doctrine épicurienne, doctrine de l’absence (Ray 1) ; la doctrine péripatéticienne,
dite d’Aristote, doctrine de la providence astrale (Ray 2) ; la doctrine des théologiens Aš‘arites,
doctrine de l’omnipotence divine (Ray 3), la doctrine des théologiens Mu‘tazilites, doctrine de la
justice divine (Ray 4) ; et enfin, la doctrine dite de notre loi, doctrine juive, doctrine juive du mérite
et de la providence judiciaire (laquelle diffère du Mu‘tazilisme en ce qu’elle affirme l’absolu librearbitre).
Ce chapitre 17 finit par une élucidation, de la part de Maïmonide, de la doctrine juive.
C’est ici qu’il tranche, qu’il fait porter sa décision : la providence est fonction du degré de
l’intelligeance (notre néologisme pour l’état d’intelliger, à distinguer de la faculté intellectuelle, et de
l’acte de l’intellection en tant qu’il est ponctuel).
Cette décision est la contribution la plus originale de Maïmonide, et pourtant il ne la
revendique jamais pour la sienne propre ; au contraire, il invoque une source (al-Farabi), dont on
peut mesurer qu’elle est très loin de ce qu’il dit lui-même.
En conséquence, nous avons partagé notre travail en deux parties :
la première, relative à l’Histoire doctrinale, consiste dans l’examen critique de chacune des
recensions de Maïmonide. Toutes les fois qu’il nous a été possible, nous sommes allés consulter
les originaux. Par suite, nous avons tenté de reconstituer le fond doctrinal de chacune, ce qui
nous a amenés à une parcours souvent extensif dans ces différentes traditions de pensée, pour
mettre en évidence la lecture maïmonidienne : les inflexions qu’il en donne, les émondages qu’il
en produit, les écarts qu’il s’y autorise ; en bref, tout ce qui fait la décision de Maïmonide.
la deuxième, relative à l’exégèse philosophique, consiste dans l’examen de la doctrine
maïmondienne elle-même. Nous ne nous sommes pas contentés d’étudier les chapitres relatifs à
la providence (chapitres 17 à 23) ; il nous a fallu reprendre le problème du mal, de la causalité
divine, les questions de la transcendance de Dieu, de l’épanchement, et de la noétique. Toutes ces
questions sont en effet les prémisses nécessaires à toute doctrine de la providence.
Notre étude commence par poser le problème de la providence, telle qu’il est formulé par
Maïmonide dans le chapitre 16 du livre III, en le tirant du traité De la providence d’Alexandre
d’Aphrodise. C’est l’objet des premiers chapitres de notre travail.
Dans le premier chapitre, nous posons le problème du scandale du monde, problème
fondamental de toute théodicée : comment entendre que des justes souffrent, et que des
méchants prospèrent ? Nous produisons la distinction maïmondienne entre le sentiment du
tragique (fantasme), et la crise philosophique devant le scandale.
Dans le second chapitre, nous reconstituons le tétralemme, comme il est convenu de
l’appeler, tel qu’il est posé par Maïmonide : il s’agit d’une suite de dilemmes posés en
arborescence, relatifs à la question de la providence. Nous montrons que le tétralemme était un
topos des écoles grecques, aussi antagoniques, aussi diamétrales fussent-elles (épicuriens, stoïciens,
péripatéticiens). Nous remontons même jusqu’au Platon des Lois.
Par la suite, nous étudions l’opinion dite d’Epicure, fondée d’après Maïmonide sur la
primauté du mouvement (ou, pour le dire communément, le hasard - to automaton - ). On remonte
alors jusqu’aux Eléates, dont les premiers atomistes sont les élèves (notamment Leucippe) ; nous
tentons de montrer alors que l’atomisme est né d’une crise de l’Eléatisme, en tant qu’il affirmait
l’ontologique aux dépens du sensible, tandis que les atomistes, renversant l’Eléatisme, ont voulu
rétablir la véracité des « apparences ». A notre sens, Epicure pousse plus loin que la doctrine des
premiers atomistes, pour qui le hasard était assimilé à la nécessité, tandis que pour lui, il est
l’image même de la liberté (comme spontanéité).
Nous dissipons encore un malentendu, sur l’athéisme prétendu d’Epicure : son
« athéisme » est en vérité le produit des calomnies à son encontre : bien loin d’être un athée, nous
avons voulu démontrer qu’Epicure est un « théologien transcendal », professant une doctrine de
l’absence.
L’examen de la deuxième doctrine, doctrine dite « d’Aristote », est beaucoup plus
révélatrice de la manière de Maïmonide. Prenant matière dans le traité De la providence
d’Alexandre d’Aphrodise, et, dans une moindre mesure, dans les Principes du tout, du même, il en
fait une recension si lumineuse qu’elle éclaire le texte même d’Alexandre Reprenant le motif
d’une division du monde en deux (monde supra-lunaire et monde sublunaire), il met au jour l’idée
que la providence signifie, pour le péripatétisme, la persistance de l’étant. Dans le supra-lunaire,
les étants individuels (les astres) sont habités par la providence (selon l’expression d’Alexandre :
« la providence existe là ») : ils sont permanents. En eux, l’essence égale l’étance. Dans le sublunaire,
au contraire, les étants individuels ne se survivent pas : ils naissent et meurent. Rien n’est stable
que les espèces. Celles-ci résultent d’un exercice de la providence. Maïmonide parle d’une relative
providence à l’égard du monde sublunaire. Corrélativement, il y a comme un relatif délaissement
des étants naturels ; ce que Maïmonide appelle : la contingence (Ittifaq).
A l’opposé, tant d’Epicure que d’Aristote, les théologiens aš‘arites. Pour eux, tout ici-bas
résulte de la volonté directe de Dieu. Son concours dans les affaires humaines est tel qu’il préside
à tous les actes de l’homme, selon l’expression de ces théologiens : « Dieu crée des actes que
l’homme acquiert » (doctrine du kasb). Il en découle l’affirmation du décret divin).Quant à la
question de la théodicée, ils affirment que Dieu n’est pas contraint à la justice, pas plus que par la
raison ; tout, au contraire, se subordonne à sa volonté, ce que nous résumons : « ce que Dieu veut
est sage et juste ».
Il s’ensuit que Dieu peut contraire à l’impossible et qu’il peut punir les innoncents.
La théologie mu‘tazilite, dont l’ Aš‘arisme est une dissidence (qui devint dominante en
Islam sunnite) professe au contraire comme dogme principal celui de la justice divine. Ces
théologiens affirment que la justice s’impose à Dieu même comme la raison ; que, par voie de
conséquence, l’homme est dans une certaine mesure libre de ses actes. Qu’en est-il alors des
souffrances du Juste, des innocents, voire des animaux ?
Ils en sont amenés à élaborer une doctrine de la compensation, dont on marquera même certains
théologiens juifs. C’est la part d’in-justice divine qui subsiste dans la doctrine mu‘tazilite.
Nous arrivons à la doctrine centrale, celle du « juste milieu », la doctrine mosaïque. Dieu
n’est pas seulement juste ; il ne souffre aucune iniquité. L’homme est absolument libre, et tout ce
qui lui arrive est conforme au mérité. Quoi qu’il y paraisse, les souffrances du juste correspondent
au mérite, et la justice de Dieu demeure incommensurable. Quoiqu’il arrive, et Maïmonide le
martèle, il faut se convaincre que tout ce qui nous affecte est juste.
Nous abordons ensuite la deuxième partie de notre travail ; la plus délicate, la plus spéculative.
Puisque c’est l’évidence du Mal dans le monde qui conduit à la négation de la providence, nous
examinons premièrement la doctrine maïmonidienne du mal (où, par mal, il faut entendre le
malheur) ; doctrine que nous divisons en trois objets, la matière, la privation, le mal proprement
dit : nous nous appuyons pour cela sur la définition que l’auteur du Guide des Egarés donne du mal,
qu’il reprend à Avicenne, en affirmant : « tous les maux sont des privations » ; les privations sont
attachées à la matière.
Nous examinons ainsi les liens qui les unissent, et ce qui les distingue.
La matière, d’abord : elle est principe des étants, comme dans l’aristotélisme ; elle est
l’aspiration à la forme. Elle est femelle (l’image de Platon, reprise par Aristote), et femme adultère
(l’image est de Salomon), jamais satisfaite de la forme qu’elle revêt ; puissance négative, mais
puissance infinie. Elle répond à l’infinité de l’intelligible divin.
La privation, ensuite : il affirme, en péripatéticien orthodoxe, le non-être de la privation,
contre la plupart des Mutakalimun (théologiens du kalam, autrement dit, les Mu‘tazilites comme les
Aš‘arites), qui considèrent les privations comme des qualités positives ; mais il va plus loin encore
qu’Aristote, puisqu’il pose l’hypothèse d’un non-être absolu, ou néant, hypothèse qui est à la base
du créationnisme. Cette conception de la privation comme non-être est importante, puisqu’elle
permet l’élaboration de la doctrine suivant laquelle Dieu, sans en être l’auteur, est la « cause
déficiente du mal ».
Enfin, le mal proprement dit : classification des maux (c’est ici que Maïmonide énonce la
thèse selon laquelle le Mal est plus rare que le Bien - et que Leibniz lui attribue, alors qu’on en
voit la gésine chez Ibn Sina) en maux dus à la matière, maux causés par autrui, et enfin (les plus
nombreux), les maux causés à soi-même par sa propre ignorance.
Après avoir éclairci les positions de Maïmonide sur le mal, nous entreprenons d’expliquer
sa conception de la transcendance de Dieu, dont dépend la causalité divine. C’est le problème
fondamental de la métaphysique depuis Aristote : dans quelle mesure Dieu peut-il être identifié
au premier Moteur, cause première efficiente ? N’est-il pas au contraire objet d’amour, cause
finale et suprême ?
L’antinomie entre la transcendance et l’immanence de Dieu se fait plus vive chez
Maïmonide : il affirme en même temps que Dieu est la cause de tous les détails les plus infimes
du monde, et, en même temps, que Dieu est absolument séparé du monde ; d’autant plus séparé,
transcendance d’autant plus absolue qu’il existe entre le monde et Dieu le néant qu’il a nécessité.
C’est pour surmonter cette antinomie que Maïmonide construit l’hypothèse de
l’épanchement (fayd), qui nécessite, pour être bien comprise, un détour par la Noétique.
Identifiant Dieu à l’intellect toujours en acte (ce qu’il attribue à Aristote, et dont on voit en effet
le germe en Métaphysique lambda), il décrit l’enchaînement causal mais encore ontologique qui
préside au monde, comme un dévoilement progressif de l’intelligé.
C’est donc en tant que tout, dans le détail du monde, est intelligible, que nous disons que
tout revient à Dieu.
De là, nous revenons aux objections des philosophes péripatéticiens, à l’idée de
« l’omniscience de Dieu », que suppose l’idée de la providence étendue. Ces objections sont
posées dans le chapitre 20 du livre III : objection à la connaissance par Dieu des particuliers
(objection soulevée par Avicenne) ; objection à la prescience divine (objection soulevée par
Averroès) ; incidemment, Maïmonide traite théologiquement du problème du futur contingent.
La réponse à ces objections tient en deux assertions fondamentales :
la première : l’intellect est créateur (chapitre 21) : la connaissance de Dieu ne résulte pas de l’être
(modèle a posteriori de la connaissance), mais l’être en résulte, toute comme l’oeuvre résulte de la
pensée créatrice.
la deuxième : l’identité de la science et de l’essence en Dieu, ce que nous résumons d’une
formule : Dieu est contemporain de toute l’Histoire.
Tous ces chapitres étant des préliminaires, nous terminons notre étude par la difficile
question de la providence tutélaire. C’est cette question qu’Ibn Tibbon pose à Maïmonide en
1199, en une lettre à laquelle son destinataire n’eut pas le loisir de répondre, et qui porte
principalement sur le chapitre 51 du livre III, dans lequel Maïmonide déclare sans ambages que
l’homme intelligeant, pour autant qu’il intellige, et dans la mesure de son intelligeance, excepte à
l’ordre naturel du monde (minhag ha-‘olam).
C’est en deux plans que se découpe le monde. Pour reprendre les termes de
l’hylémorphisme, le monde est fait de forme et de matière. L’Histoire universelle, c’est
l’avènement de la forme dans la matière. L’homme, ou bien participe de la matière du monde ; il
est alors passif et soumis à la contingence, ou bien il participe de la forme qui vient, et de son
entéléchie ; il est avec Dieu et Dieu est avec lui.
C’est donc vers une théorie de la singularité que nous orientons notre étude ; par-delà son
individualité encore hylémorphique, toujours composée, l’âme humaine prend forme dans
l’intelligence, et se singularise, acquérant par là l’immortalité.
Les enfants de la colère. Anthropologie des passions et littérature...
Lundi 8 décembre
14 heures
Centre d’études catalanes
9, rue Sainte Croix de la Bretonnerie
Paris 4e
Mme Marina MESTRE-ZARAGOZA soutient sa thèse de doctorat :
Les enfants de la colère. Anthropologie des passions et littérature en Espagne à la Renaissance
en présence du Jury :
M. BERGER (ROUEN)
M. MOREAU (ENS)
Mme ZIMMERMANN (PARIS IV)
M. ETIENVRE (PARIS IV)
Les esthétiques de la laideur, contribution à une histoire de la subjectivité
Samedi 3 décembre 2005
14 heures
Amphithéâtre 120
Centre Malesherbes
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Caroline NOIROT soutient sa thèse de doctorat :
Les esthétiques de la laideur, contribution à une histoire de la subjectivité
En présence du Jury :
M. RENAUT (Paris 4)
M. CHATEAU (Paris 1)
M. LICHTENSTEIN (Paris 4)
M. LEGROS (Caen)
Résumés
Ce travail s’attache à explorer la définition évolutive de deux notions : la laideur et la subjectivité, afin de dégager une idée claire de l’identité moderne en observant l’évolution de nos images du laid. Il expose d’abord les diverses problématiques que pose à l’esthétique le débat sur l’art contemporain considéré comme autonome et fait social, pour ensuite retracer une logique de l’esthétique philosophique qui engage, depuis les Lumières et sous l’influence de Leibniz la spécificité de cette figure de la subjectivité, à savoir l’individualité, qui vit sous l’égide d’un art non beau la relation esthétique, pour finalement interroger cette question de la reconnaissance du négatif en art au travers des actuelles théories de la communication. Il apparaîtra ainsi que l’esthétique comme discipline philosophique, dans ses diverses expressions, se confond avec une vaste entreprise de reconduction du sujet à l’individu, entreprise par ailleurs dévouée à la reconnaissance des valeurs négatives : à mesure que la reconnaissance de valeurs négatives telles que le laid s’est posée comme un impératif à la pensée, la philosophie y a répondu par la construction théorique d’un possible de la subjectivité, l’individualité.
Aesthetics of the ugliness. Contribution to a history of subjectivity
This work attempts to explore the evolutionary definition of two concepts : ugliness and subjectivity, in order to release a clear idea of the modern identity by observing the evolution of our images of the ugly. It exposes first the various problems that poses with aesthetics the debate on the contemporary art considered as autonomous and social fact, for then recalling a logic of the philosophical aesthetics which engages, since the Enlightenment and under the influence of Leibniz the specificity of this figure of subjectivity, namely the individuality, which saw under the aegis of a nonbeautiful art the aesthetic relation, for finally questioning this question of the recognition of negative in art through current communications theories. It will appear as well as philosophical aesthetics, in its various expressions, merges with a vast work of renewal of the subject to the individual, work in addition devoted to the recognition of the negative values : as the recognition of negative values such as the ugly one was posed like a requirement with the thought, philosophy answered there by the theoretical construction of a possible of subjectivity, individuality.
Mots-clés : Laideur Subjectivité Individualisme Beau Esthétique Art contemporain
Position de thèse
L’art et la subjectivité, ces deux thèmes qui depuis longtemps sont des éléments essentiels tant de la vie humaine que de la théorie philosophique passent aujourd’hui dans ce double rôle pour problématiques. Notre modernité a profondément modifié le sens des affrontements. Nous serions parvenus au terme d’une histoire de la modernité conçue comme déploiement d’un concept univoque de sujet aux effets les plus pervers, processus d’humanisation dont la crise de l’art contemporain serait l’une des dernières manifestations. Ce qu’il y a d’inédit, ce n’est plus donc le mouvement moderne qui a justement présidé à la naissance de l’esthétique, à savoir l’émergence d’un univers laïc au sein duquel les êtres humains vont enfin se penser comme les auteurs, les créateurs de leur histoire mais aussi de leur culture mais plutôt son aboutissement dans l’individualisme contemporain : perte d’un univers a priori commun, œuvre conçue comme expression de l’individualité. Bref, nous sommes entrés dans une ère de l’individu qui modifie considérablement notre rapport au monde. Que cela suffise pour certains à critiquer sévèrement le concept de sujet comme organe de l’affirmation totale de la raison et valoriser l’art comme lieu de résistance à cette raison totalisante ou pour d’autres à en finir avec l’esthétique, en tant que philosophie de l’art, parce que le jugement qui se rapporte à l’art ne peut relever que de la pure idiosyncrasie et valoriser ainsi l’individu qui, par la culture qu’il fonde, affirme l’exigence démocratique d’égalité, c’est ce qu’il s’agit d’abord de comprendre puis d’interroger.
Une telle perspective nous conduit alors dans cet espace de réflexion propre aux histoires de la subjectivité qui, s’il porte une réflexion commune, n’en demeure pas moins un terrain d’oppositions.
L’alternative peut s’énoncer brièvement ainsi : soit l’on suit la vision heideggerienne de la « métaphysique de la subjectivité », et alors, partant d’une caractérisation du monde moderne comme l’époque de la parfaite absence de sens, absence à mettre elle-même en rapport avec l’absence de vérité résultant de l’oubli de l’Être et de la montée de la métaphysique de la subjectivité, cette histoire de la subjectivité peut se lire comme un renforcement continu de la puissance du sujet jusqu’à l’achèvement de la métaphysique, installant l’étant dans la déréliction ontologique qui résulte de l’oubli et, plus encore, de l’abandon de l’Être. Une telle lecture conduit bien sûr à congédier d’un même pas et le sujet et l’art moderne, comme cause et symptôme.
Une autre histoire de la subjectivité est celle entreprise, en des modes différents, par Alain Renaut et Luc Ferry. L’angle de cette histoire est alors infléchi : forte d’un principe unilatéral de lecture, l’approche heideggerienne, si c’est bien le sujet qu’elle vise, ne touche pas moins, en fait, l’individu. Il s’agit donc, pour ces auteurs, de retracer une histoire de la subjectivité en ce que non seulement elle articule pour le moins des conceptions différenciées de cette subjectivité (Kant, Fichte), mais surtout dégage cette figure définie, ce possible du sujet qu’est l’individu, dans une visée proprement humaniste de valorisation contemporaine -c’est-à-dire vigilante quant à ses limites - de la figure du sujet.
Il nous a semblé pertinent de porter ces possibles d’une histoire de la subjectivité sur le terrain propre de l’esthétique, pour y mesurer leur validité en un domaine où la subjectivité justement peut se lire in nuce. Il est patent que l’esthétique et le moi se trouvent mêlés de façon inextricable. Toutefois, un tel axe ne nous prémunissait pas d’une approche par trop externe à la discipline : la spécificité de notre lecture des conceptions de la subjectivité s’est donc acquise par son attachement aux valeurs esthétiques négatives, le traitement philosophique de ces valeurs prenant une place déterminante au sein des problématiques de la modernité esthétique. Ainsi nous nous sommes proposés de dégager une idée claire de l’identité moderne en observant l’évolution de nos images du laid.
Si l’objet esthétique est lié à une culture et à l’histoire, c’est parce qu’il est lié d’abord au sujet. Toute valeur en appelle à la décision ou à l’acte d’un sujet. C’est pourquoi le néo-positivisme de notre temps s’accommode mal d’une axiologie ; et la valeur, en ce qu’elle est associée à la subjectivité, lui paraît suspecte. Pourtant, c’est pour une raison inverse que la notion de beau a connu un premier discrédit : elle suscitait un dogmatisme qui paralysait l’initiative du sujet. Au nom de la subjectivité, ou de la liberté, ont d’abord été dénoncés un certain concept et un certain usage de la valeur.
Pour développer une pensée véritablement adéquate tant à l’art qu’à l’expérience esthétique, il nous faudrait donc nous écarter des philosophies du sujet. Deux options possibles se présentent. L’une est de rendre la parole aux œuvres d’art et déplacer le sujet vers l’objet. Mais alors, comment soutenir la présence, étonnamment double dans ce cas, tant d’une condamnation de la subjectivité comme source historique de l’asservissement totalitaire que d’un appel pour critiquer cet asservissement à une idée de l’être humain auquel notre monde administré refuserait la possibilité et le droit d’être un sujet, à savoir le fondement de ses pensées et de ses actes ? L’autre option serait de miser sur l’intersubjectivité. L’art est coupé du monde, donc les critères, en l’absence d’un référent, font défaut et l’art ne peut plus relever que de la pure intersubjectivité. Mais ce qui relève de l’intersubjectivité n’est-il pas dépourvu de critères ? On nous objectera que les critères de l’ordre politique n’ont aucun modèle objectif et sont en ce sens purement « intersubjectifs ». Certes, mais alors comment rendre pleinement compte de l’intersubjectivité sans clarifier par des concepts la structure des sujets ainsi en interaction ?
Autrement dit, comment penser la rationalité, et ici la rationalité esthétique, en dehors du concept de subjectivité ? Tenter de répondre, dans le cadre de notre exposé, suppose que nous déclinions cette question en trois autres :
S’il est vrai que nous vivons au-dessus de nos ressources esthétiques en perpétuant notre allégeance envers les normes du beau et que nous ne disposons plus de moyens de voir que « cela est beau » qui semblent encore crédibles et assez forts pour maintenir ces normes, il nous faut interroger comment il est encore possible de penser un sens commun capable de soutenir des critères d’appréciation esthétiques applicables à l’art actuel.
Si l’on parcourt l’histoire de l’esthétique philosophique en s’attachant aux diverses conceptions de la subjectivité liées à une réception esthétique du laid, ne peut-on pas y voir plus précisément les sources conceptuelles de la disjonction actuelle entre l’art et l’esthétique ? Au lieu de congédier d’un trait la discipline, ne faut-il pas retracer, en prenant le parti d’un art qui dérange, les diverses conceptions de la subjectivité qu’engagent ces esthétiques du laid et ainsi 1) déceler l’ascendance de nos théories contemporaines, et donc établir clairement les cadres conceptuels qui sont aujourd’hui encore en vigueur en esthétique, pour finalement voir si l’on peut déceler dans les étapes de formation de cette discipline les raisons de sa mise en question actuelle 2) voir dans quelle mesure un glissement du sujet vers l’individu s’est opéré en esthétique face à la nécessité de penser le laid ; et donc montrer comment cette catégorie est passée de celle de composante de l’art surmontée dans le beau pour finalement désigner un réel que la philosophie spéculative de l’art comme discours de compensation face à la réalité quotidienne, sociale et historique, a affronté.
Si la situation actuelle n’est que le reflet d’une discipline qui a suivi, finalement, au cours de sa conceptualisation, des objectifs autres que la définition des simples conditions du jugement des œuvres d’art ; ou plutôt si, au cours de son développement, elle a perdu sa signification initiale pour en acquérir une autre qui la rend aujourd’hui inapte, le paradigme de l’intersubjectivité n’est-il pas alors son dernier et plus contemporain dévoiement ? Autrement dit, comment rendre justice à l’expérience esthétique par une réduction de l’universalité de sa forme au paradigme de l’intersubjectivité ?
En déclinant ces trois questions qui correspondent aux trois parties de notre développement, ce travail s’attache ainsi à explorer la définition évolutive de deux notions : la laideur et la subjectivité, afin de dégager une idée claire de l’identité moderne en observant l’évolution de nos images du laid. Il expose d’abord les diverses problématiques que pose à l’esthétique le débat sur l’art contemporain considéré comme autonome et fait social, pour ensuite retracer une logique de l’esthétique philosophique qui engage, depuis les Lumières et sous l’influence de Leibniz, la spécificité de cette figure de la subjectivité, à savoir l’individualité, qui vit sous l’égide d’un art non beau la relation esthétique, pour finalement interroger cette question de la reconnaissance du négatif en art au travers des actuelles théories de la communication.
Il apparaîtra ainsi que l’esthétique comme discipline philosophique, dans ses diverses expressions, se confond avec une vaste entreprise de reconduction du sujet à l’individu, entreprise par ailleurs dévouée à la reconnaissance des valeurs négatives : à mesure que la reconnaissance de valeurs négatives telles que le laid s’est posée comme un impératif à la pensée, la philosophie y a répondu par la construction théorique d’un possible de la subjectivité, l’individualité.
Les expositions de photographies à Paris sous le Second Empire et leur réception par la critique
Samedi 19 juin
14 heures 30
En Sorbonne, amphi Champollion
16, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Hélène BOCARD soutient sa thèse de doctorat :
Les expositions de photographies à Paris sous le Second Empire et leur réception par la critique
en présence du Jury :
M. FOUCART (PARIS IV)
M. JOBERT (GRENOBLE II)
M. POIVERT (PARIS I)
M. POULOT (PARIS I)
Mme AUBENAS (PARIS IV)
Les femmes américaines et la guerre du Vietnam : présence et rôle sur le front intérieur
Lundi 11 octobre 2004
14 h
Carré Colbert (INHA), salle Ingres, 2e étage
2 rue Vivienne
Paris 2e
Mme Alexandra BOUDET soutient sa thèse de doctorat :
Les femmes américaines et la guerre du Vietnam : présence et rôle sur le front intérieur.
en présence du Jury :
Mme GIBAULT (PARIS XII)
M. LAGAYETTE (PARIS IV)
Mme RAYNAUD (TOURS)
M. ROUGE (PARIS IV)
Les femmes américaines et la guerre du Vietnam : quels présence, rôle et visibilité sur le front intérieur ?
Lundi 27 juin
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Cauchy
Esc. E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Alexandra BOUDET BRUGAL soutient sa thèse de doctorat :
Les femmes américaines et la guerre du Vietnam : quels présence, rôle et visibilité sur le front intérieur ?
En présence du Jury :
M. ROUGE (Paris 4)
Mme GIBAULT (Paris 12)
Mme RAYNAUD (Tours)
M. LAGAYETTE (Paris 4)
Les femmes du Liban face à la guerre : Itinéraire et enjeux d’un parcours romanesque
Lundi 27 novembre 2006
de 16 heures à 20 heures
Maison de la Recherche,
28, rue Serpente 75006 Paris
Salle D035
Mme Anne-Sophie RIQUIER soutient sa thèse de doctorat :
Les femmes du Liban face à la guerre : Itinéraire et enjeux d’un parcours romanesque
En présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS 4)
Mme CHIKHI (PARIS 4)
Mme DARWICH JABBOUR (LIBAN)
M. LANCON (TOURS)
Résumés
C’est une admirable mémoire de la guerre du Liban que les femmes libanaises, face au conflit qui a déchiré leur pays de 1975 à 1991, ont composée. S’appropriant une parole jusque-là masculine, elles rénovent les cadres traditionnels de la fiction pour graver dans leurs romans le souvenir des dévastations. Paroles éclatées nées de la brisure, leurs récits sont une ode aux disparus et au Liban détruit. Mais transcendant la douleur du deuil et la colère de la ruine, la créativité de l’écriture sublime la mémoire de l’horreur et la change en projet ; le récit de guerre se fait roman d’apprentissage où l’expérience de la violence guide une quête souveraine pour la paix. Sondant le passé pour trouver l’origine de la fracture, les écrivaines interrogent l’identité libanaise collective pour tenter de refonder l’union. Par la réécriture des mythes séculaires, elles rappellent l’unité fondamentale de la condition humaine et chantent pour la fraternité et la tolérance. Brisant toutes les lignes de démarcations, elles dévoilent aussi une autre lutte, celle pour l’égalité des sexes, et exhortent à l’émancipation des femmes dans la vie collective. S’inscrivant contre l’image traditionaliste de la femme dans les pays autour de la Méditerranée, les romancières libanaises de guerre érigent alors un nouveau couple fondateur, bâti sur l’égalité et le partage, qui porte l’espoir d’une Humanité enfin pacifiée comme il initie à la rencontre de l’Autre et à la richesse féconde de la diversité.
Out of the conflict that tore their country apart between 1975 and 1991, Lebanese women have written up an astounding record of the Lebanese War. Through the re-appropriation of a hitherto masculine narrative voice, they renew the traditional structures of fiction in order to set down the record of the devastations in their novels. Their stories, fractured words born of the division, are an ode to the deceased and to a destroyed Lebanon. Yet transcending the pain of loss and the anger in the face of ruin, the creative process sublimates the memory of horror and turns it into a design, with the war-tale becoming a novel of apprenticeship in which the experience of violence is a guiding light in the all-encompassing quest for peace. Looking into the past in search of the origin of the social fracture, these novelists sound the Lebanese collective identity in an attempt to find the basis for unity. Through the rewriting of secular myths, they remind us of the fundamental oneness of the human condition while extolling tolerance and brotherhood. Refusing to stay within accepted boundaries, they unveil another struggle, the fight for sexual equality, and preach the emancipation of women within everyday life. By deliberately standing against the traditional image of women in Mediterranean countries, the Lebanese female war novelists erect a new founding couple, built on ideals of equality and sharing, which embodies the hope of a pacified humankind, just as it teaches the acceptance of otherness and the fertile wealth of diversity.
Position de thèse
Face au conflit qui a déchiré leur pays de 1975 à 1991, les femmes libanaises ont écrit. Traversant chaque génération d’auteurs, transcendant toutes les communautés et dépassant même les frontières du Liban et la langue arabe pour s’exprimer aussi, à travers la diaspora libanaise, en français et en anglais depuis l’ailleurs de l’exil, leurs romans composent une admirable mémoire de la guerre du Liban.
Nés de la brisure, ils portent le souvenir de la dévastation. La parole, éclatée, renverse les genres, bouscule la syntaxe, déconstruit les mots même pour surmonter l’ineffable de l’horreur et raconter la dislocation irrémédiable. Souvent au seuil de la démence, les imaginaires meurtris représentent, quant à eux, des univers macabres de la décadence et du déclin où tous les repères sont abolis, l’espace pulvérisé et le temps suspendu. Faisant voler en éclats les cadres traditionnels de la fiction jusqu’à toucher, parfois, aux limites de l’illusion littéraire comme elles puisent directement à la source du réel et de l’autobiographie, les écrivaines font alors de leurs récits des hommages puissants aux victimes des carnages et au Liban perdu.
Mais transcendant la douleur du deuil et la colère de la ruine, les romancières libanaises de guerre brandissent la vitalité du verbe créateur face au chaos des combats. Lieu des lamentations éplorées où le deuil collectif s’accomplit à travers la figure exutoire de la Pleureuse, leurs récits ne cèdent jamais cependant, en effet, à la complainte désespérée ; au contraire, revenant toujours des larmes vers le rire, le roman est ici l’endroit d’où jaillit le renouveau et l’espoir en l’avenir. Sublimant la mémoire de l’horreur pour la changer en projet, les écrivaines font ainsi du récit de guerre un roman d’apprentissage où l’expérience de la violence guide une quête souveraine pour la paix.
Sondant le passé pour trouver l’origine de la fracture, les écrivaines interrogent directement l’identité libanaise collective pour tenter de trouver une parade à la violence et refonder l’union. Avec véhémence, elles bousculent un système politique et des institutions culturelles dont le conflit sanglant auquel ils ont donné naissance a désormais prouvé l’inefficacité. La créativité de l’écriture fait écho, de cette façon, à une rénovation profonde des codes et des structures dont est venu l’éclatement de la violence, pour tenter de retrouver les voies de l’harmonie et du partage. D’un même élan, les romancières s’élèvent, en ce sens, contre la fracture de tous les communautarismes et lancent un appel urgent à la démocratisation du jeu politique au Liban pour la reviviscence d’une vie collective libanaise florissante et heureuse.
Le choix de la langue française, dans le cadre de cette écriture libanaise de guerre qui interpelle l’identité collective, participe également de cette ouverture à la diversité et au partage. Langue seconde au Liban, le français y est, certes, très répandu parmi une large partie de la population. Sans être une langue étrangère, il se distingue nettement, néanmoins, de la langue maternelle arabe ; proche parfois jusqu’à l’intime, il demeure, en effet, la langue d’un « autre ». Or tandis que la guerre se définit sans doute comme l’opposition par excellence du Même à tout Autre, tandis qu’elle cristallise le désir acharné du Semblable d’anéantir absolument le Différent, l’usage du français résonne ici comme un formidable défi lancé aux clivages meurtriers des combats : langue indemne d’une violence perpétrée en arabe, il offre un refuge salutaire où fonder le regain tout en réintroduisant les mots de l’étranger et de la différence dans le discours collectif.
Et comme elles brisent toutes les lignes de démarcations, les romancières libanaises de guerre dévoilent soudain la mémoire d’une autre lutte : celle pour l’égalité des sexes. A travers une révolte sexuelle parfois brutale et une formidable révolution symbolique qui s’inscrit contre l’image traditionaliste de la femme dans les pays autour de la Méditerranée, les romancières exhortent à l’émancipation des femmes au sein de la vie collective non seulement au nom de l’appartenance commune à l’espèce humaine mais aussi pour le rétablissement de l’harmonie universelle. Comment la paix pourrait-elle se construire, en effet, à l’échelle mondiale si déjà la guerre règne en maître dans la pénombre des maisons ? Dressant la relation entre l’homme et la femme, premier maillon de la chaîne humaine, en emblème éloquent de tous les rapports humains, les auteurs érigent alors un nouveau couple fondateur, bâti sur l’égalité et le partage, qui porte l’espoir d’une Humanité enfin pacifiée comme il initie à la rencontre de l’Autre et à la richesse de la diversité.
Alors, bien au-delà du Liban, c’est une mémoire de toutes les guerres que ces romancières livrent ici. Car tandis qu’elles donnent à lire un conflit historique sans représenter de bataille ni indiquer de datation, tandis qu’elles montrent une guerre omniprésente mais vague et sans visage, les écrivaines dépassent tout à fait la seule préoccupation documentaire pour faire de leurs récits romanesques des relais solidaires d’autres déchirures et d’autres massacres. Le témoignage de la violence du conflit libanais se révèle alors comme un chemin de vérité lumineux qui dépasse l’inaccessible particularisme pour renouer avec une Humanité universelle et refonder la fraternité essentielle. La réécriture des mythes séculaires, de cette façon, réinvestit le langage comme une invitation au rétablissement du dialogue et de l’échange contre le silence mortifère de toutes les barricades meurtrières tandis qu’une cosmogonie réinventée à la source de toutes les traditions méditerranéennes rappelle l’universalité de la condition humaine. Transcendant la douleur, les romancières libanaises font alors de la guerre non pas seulement une épreuve mais une initiation : le chaos des affrontements fait table rase de l’artifice et du mensonge et apporte, dans la lumière crue de son dépouillement obscène, la révélation de l’essence pure et vraie ; les carnages infâmes viennent rappeler, quant à eux, l’égalité fondamentale de chacun face à la mort. Et soudain, le roman s’érige en un texte de purification collective où la violence venue du Liban s’adresse à tous pour capter l’humain et restituer l’humanisme.
C’est une littérature fondatrice pour la paix que les romancières libanaises ont créée en racontant l’expérience féminine de la guerre qui ravageait leur pays. Et tout comme elles refusent une description partisane du conflit, les écrivaines n’ont finalement d’autre combat, ici, que la restauration urgente d’une Humanité harmonieuse et pérenne. La célébration de la vie, la préservation du mouvement primordial sacrent assurément l’ensemble de ces romans nés de la dévastation et du deuil. Un peu de la façon qu’Aimé Césaire reprenait les mots du colon pour dénoncer l’esclavage et affirmer l’unité de la condition humaine en revendiquant la libération du peuple Noir, les auteurs libanaises se sont appropriées cette parole jusque-là doublement masculine et l’ont utilisée pour refuser tous les systèmes inégalitaires en dénonçant l’univers patriarcal. Brisant le silence stérile des logiques de domination haineuse, elles ont fait de l’écriture de la violence leurs armes miraculeuses pour repousser le chaos et œuvrer à la régénérescence. Elles ont ainsi refaçonné les mythes créateurs de la Naissance du Monde pour laisser jaillir la lumière d’une aube nouvelle où le partage et l’échange accompagnent le progrès. Et à mesure qu’elles ont invoqué le retour de la paix, elles ont dessiné et légué en héritage un personnage inédit placé sur le devant de la scène romanesque : c’est une femme qui contemple la face grimaçante de l’horreur humaine et qui puise dans cette laideur corrosive le souffle tenace pour chanter la beauté précieuse, combien fragile, de l’existence. Du lieu de son corps, elle pulvérise les carcans toxiques qui enserrent, encerclent, séparent et opposent ; elle renoue avec l’altérité féconde et offre à la terre dévastée un refuge où fonder le regain. Dressant sa propre vie en barricade à la ruine, elle préserve l’espoir comme elle protège les nouvelles générations de la haine. Initiatrice sublime, elle trace à l’encre de sang et de douleur un chemin d’humanisme, de sagesse et de lumière vers le bonheur.
Les financiers au XVIIIe siècle : les institutions et les hommes
Samedi 18 décembre
9 h
En Sorbonne, centre Roland Mousnier
Esc. G, 2e étage, salle G 647
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Thierry CLAEYS soutient sa thèse de doctorat :
Les financiers au XVIIIe siècle : les institutions et les hommes
En présence du Jury :
M. ANTONETTI (PARIS II)
M. BELY (PARIS IV)
M. CHALINE (PARIS IV)
M. POUSSOU (PARIS IV)
M. VERGE-FRANCESCHI (TOURS)
Les fonctions de l’intertexte catalan dans l’oeuvre romanesque d’Edouardo Mendoza
lundi 18 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne,Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Françoise JOUANNA soutient sa thèse de Doctorat :
Les fonctions de l’intertexte catalan dans l’oeuvre romanesque d’Edouardo Mendoza
En présence du Jury :
Mme BOYER (PARIS 4)
Mme CHARLON (DIJON)
Mme MIGLOS (LILLE 3)
M. TRENC (REIMS)
Mme ZIMMERMANN (PARIS 4)
Résumés :
Après une étude des circonstances de l’écriture romanesque à Barcelone, où le bilinguisme social catalan/castillan, a permis l’épanouissement de deux littératures, de deux champs littéraires, dans une seconde étape, nous abordons la fonction de l’intertexte littéraire catalan dans l’œuvre romanesque d’Eduardo, en plaçant au centre de cette étude la relation intertextuelle entre La febre d’or de Narcίs Oller et La ciudad de los prodigios publiée en 1986. Cette intertextualité ayant été reconnue par l’auteur nous avons pu imaginer une mise en abyme entre les deux textes qui par un jeu de miroirs, va jusqu’à l’anamorphose. Notre lecture a insisté sur le motif de l’ascension sociale et le thème de la ville, espace cosmopolite, plurilingue dans les deux romans, puis au cours d’une troisième étape nous nous sommes interrogée sur la reprise, l’épuisement et la disparition, du motif et du thème, ceci dans l’ensemble de l’œuvre romanesque d’Eduardo Mendoza.
After a study of circumstances of novel writing in Barcelona, where the social bilinguism catalan/castellan, has made easier the full bloom of two literatures, of tow literary fields, in a second step, I will tackle the intertext catalan function in Eduardo Mendoza’s novel works.Let’us place in the center of the study the intertextual relation between La febre d’or published in 1890 and La ciudad de los prodigios, published in 1986. The intertextuality being recognized by the author, so I have been able to think about a mise en abyme between the tow texts which througn a reflection of mirrors becomes an anamorphosis . Our readind has insisted on the pattern of social ascent and the theme of the town, cosmopolitan space, multilingual space in the tow novels, then in a third step, I wonder about the return, the exhaustion and the disappearing of the pattern and the theme in the whole novelisting works of Eduardo Mendoza.
Position de thèse :
Dans cette thèse nous nous proposons d’étudier les fonctions de l’intertexte catalan dans l’ensemble de l’œuvre romanesque d’Eduardo Mendoza, afin de complèter la réflexion que d’autres chercheurs ont déjà entreprise sur l’intertextualité dans l’œuvre d’Eduardo Mendoza.
L’intertexte catalan est d’abord constitué de trois œuvres de trois auteurs auxquels Eduardo Mendoza, fait allusion dans la postface de son roman La ciudad de los prodigios en 1999 : La febre d’or de Narcίs Oller, Vida privada de Josep Maria de Sagarra et la trilogie d’Ignacio Agustί : Mariona Rebull, El viudo Rius, Desiderio. Ces romans contribuent à la configuration de la fiction romanesque, par le jeu intertextuel, dans trois romans d’Eduardo Mendoza. La verdad sobre el caso Savolta(1975), La ciudad de los prodigios(1986), Una comedia ligera (1996) .
Parmi cet intertexte nous pouvons distinguer deux romans de langue catalane. La febre d’or et Vida privada . Ces romans sont représentatifs d’une tradition romanesque catalane, qui s’est constituée au cours du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Cette tradition a été marginalisée au lendemain de la guerre civile en raison de la répression qu’a subie la langue catalane. Privée d’un lectorat important ces œuvres ont survécu néanmoins pendant les années du franquisme. Ignacio Agustί est un romancier qui a écrit une œuvre romanesque en castillan au lendemain de la guerre civile : fondateur de la revue Destino et phalangiste, il est représentatif de l’idéologie d’une époque, son œuvre romanesque est un témoignage sur la bourgeoisie catalane. Par ses romans il restaure les valeurs bourgeoises conservatrices de tout un secteur de la société catalane qui a soutenu le régime franquiste.
Nous avons d’abord envisagé le contexte social de l’écriture et de la lecture de l’œuvre de Narcίs Oller, dans une perspective qui relève de l’histoire littéraire et de la sociologie de la littérature. Les circonstances de l’écriture romanesque permettent de mieux saisir le sens de la lecture -écriture d’Eduardo Mendoza, qui a lieu presque un siècle plus tard.
Dans un premier temps nous avons analysé la relation intertextuelle, entre La ciudad de los prodigios , publiée en 1986, et La febre d’or , publiée en 1890. C’est à partir de cette relation que nous avons essayé de saisir le processus de lecture réécriture de l’œuvre romanesque d’Eduardo Mendoza, en repérant tout d’abord le motif de l’ascension sociale et le thème de la ville, dans le récit antérieur et le récit spéculaire. En considérant, d’abord le récit, en termes d’ascension sociale et de conquête d’un espace urbain, nous associons le motif de l’ascension social au thème de la ville. Sans oublier que l’intertexte catalan est un texte caché, en raison de la marginalisation qu’a connue cette littérature à cause de la censure dictatoriale, mais aussi sous l’effet de bien d’autres aspects de la pression sociale. Déjà du vivant de l’auteur La febre d’or, les représentants du pouvoir ont trouvé immorale cette œuvre qui pourtant semble bien peu licencieuse. L’édition d’une traduction castillane au lendemain de la parution du roman de langue catalane est une manifestation de cette censure.
L’intertexte intervient dans la construction du personnage. Plus particulièrement le personnage de l’homme d’affaires réapparaît d’un texte à l’autre métamorphosé. Nous assistons à un agrandissement du personnage dans le récit spéculaire. Nous passons du personnage à l’espace social de la ville. L’image de la société est construite selon l’esthétique de la mimésis dans le roman du XIXème siècle, elle est disloquée dans la perspective de l’anamorphose dans le roman d’Eduardo Mendoza. L’espace urbain du roman du XIXème siècle apparaît comme un espace centralisé, beaucoup plus réduit que l’espace polycentriste de La ciudad de los prodigios qui devient un labyrinthe des errances de ce personnage.
L’intertexte joue le rôle d’un repoussoir qui met en relief l’originalité du récit spéculaire, mais nous ne nous limitons pas à cette première manifestation de l’intertexte, en nous interrogeant sur le retour, l’épuisement et la disparition du motif de l’ascension sociale et du théme de la ville, nous considèrons l’ensemble de l’œuvre romanesque d’Eduardo Mendoza.
La progression de notre démarche permet de passer du niveau descriptif au niveau interprétatif et nous en proposons ici les grandes lignes.
Dans une première partie, nous avons présenté les circonstances de l’écriture de Narcίs Oller et d’Eduardo Mendoza. La première étape de notre lecture tente de restituer les circonstances de l’écriture romanesque de Narcίs Oller sans oublier le moment de sa parution en 1890. La seconde étape est celle de la relecture de ce roman, au moment de la parution de La ciudad de los prodigios d’Eduardo Mendoza, en 1986, après la période de la transition démocratique. Le roman de Narcίs Oller est un récit marginalisé, relègué dans le champ littéraire minoritaire, inaccessible au regard du lecteur non averti de sa présence. La critique ne le mentionne pas quand elle commente La ciudad de los prodigios au moment de sa parution.
Dans la seconde partie, il s’agit d’analyser et d’interprèter aussi la refiguration du motif de l’ascension sociale, tout en tenant compte que ce motif est enchâssé dans une enquête policière ou une aventure picaresque. Nous y trouvons un des éléments dynamiques qui engendrent les métamorphoses de l’espace urbain.
Dans la troisième partie nous effectuons un retour en arrière, en revenant au premier roman d’Eduardo Mendoza : La verdad sobre el caso Savolta de 1975 et La ciudad de los prodigios de 1986. Ces deux romans présentent la logique implacable de la société industrielle qui anéantit l’ordre ancien. Les personnages expriment leur angoisse et leur fascination face à la modernité. Chacun de ces romans reprend des éléments d’un récit antérieur : El viudo Rius de Ignacio Agustί, dans La verdad sobre el caso Savolta, La febre d’or dans La ciudad de los prodigios, avec d’autres récits tels que Vida privada de Josep Maria de Sagarra. Ces éléments de l’intertexte sont indiqués dans la préface de La ciudad de los prodigios de 1999. L’intertexte a donc pour fonction de remettre en valeur le mouvement de reprise qui s’effectue dans tout le processus d’écriture d’ Eduardo Mendoza. Nous soulignons la notion de reprise, qu’Alain Robbe-grillet, nous explique en ces termes dans Préface à une vie d’écrivain : Ce qu’on répète, c’est l’identique, ce qui a été, c’est donc un mouvement vers l’arrière, tandisque la reprise est un mouvement vers l’avant : avec les ruines du passé, je vais construire un monde nouveau, et ce sera non pas une répétition mais une reprise. Dans le processus d’écriture il ne s’agit pas d’un retour à un monde ancien, ni du ressassement d’un motif, mais de la création, grâce à l’écriture romanesque antérieure, d’un univers nouveau, en perpétuel renouvellement.
Ce renouvellement perpétuel s’inscrit dans un temps en spirale, où le temps cyclique des saisons a autant d’importance, dans les romans à référent historique, que l’histoire elle-même. La reprise de l’intertexte s’inscrit donc dans la perspective temporelle de la spirale, en rupture avec le temps linéaire. Dans les romans que nous avons classés comme des récits du temps présent, le temps en spirale est toujours présent par le biais du narrateur, bienque les personnages vivent dans un présent où le passé est effacé. Ce temps en spirale est également présent quand le récit se projette dans le futur, dans El último trayecto de Horacio dos . Il semble pourtant qu’il n’y ait pas de futur mais un éternel présent, le vaisseau spatial erre dans l’espace, sans destination précise.
Il est possible de donner à l’intertexte une autre fonction. Les romans auxquels Eduardo Mendoza fait allusion dans la préface de l’édition de 1999, attestent la présence d’un narrataire. Ce narrataire qui n’est pas présent de façon explicite dans les romans d’Eduardo Mendoza, n’en est pas moins présent, par le biais de l’intertexte qui donne une place au lecteur de langue catalane. Un autre niveau de lecture est possible pour le lecteur avisé.
Un autre aspect de l’intertexte est son ouverture sur l’interdiscours, nous incluons dans l’intertexte des textes littéraires, alors que l’interdiscours est composé du discours social dans son ensemble et l’oralité plurilingue. Notre étude du plurilinguisme part de l’étude sociolinguistique du bilinguisme social dans la première partie. Notre analyse du texte dans la seconde partie est centrée sur le plurilinguisme dans La febre d’or de Narcίs Oller et La ciudad de los prodigios d’Eduardo Mendoza. Cet interdiscours permet de mieux comprendre le dialogisme du processus d’écriture, déjà à l’œuvre dans la réécriture de l’intertexte littéraire. Le plurilinguisme contribue à la configuration d’une ville polyphonique, il est particulièrement dense dans toute l’œuvre romanesque d’Eduardo Mendoza, mais il traverse toute l’œuvre de l’écrivain. Le bilinguisme social qui est marqué dans le texte par des fragments de parole catalane s’associe aux éléments de l’intertexte littéraire pour permettre une double lecture, où le lecteur de langue catalane est présent. Nous essayons ainsi de saisir ce qu’Eduardo Mendoza appelle l’humour catalan, et le jeu de la distanciation ironique, qui permet un regard critique sur les idéologies régressives de notre époque et de la société catalane.
À l’issue de notre travail nous pouvons dire que l’intertexte catalan, repris par le processus d’écriture est un élément important de l’écriture romanesque d’Eduardo Mendoza. Cet aspect peut paraître réducteur, c’est pourquoi nous avons évoqué d’autres jeux intertextuels, notamment avec la littérature de langue anglaise. Mais il serait dommage d’oublier le rôle de l’intertexte catalan. En effet il a une fonction dans le renouvellement de la fiction et il donne plus de profondeur à cette fiction.
Notre lecture critique explicite donc certains aspects qui pouvaient sans doute être totalement ignorés par le lecteur qui n’a pas une connaissance suffisante de la littérature catalane et de son contexte culturel. Nous pensons ainsi contribuer à faire connaître de manière précise toutes les fonctions de l’intertexte catalan. Ajoutons pour conclure que la traduction française de La febre d’or et de Vida privada peut aider le lecteur non catalaniste à mieux comprendre l’argumentation que nous avons développée tout au long de notre thèse.
Les formations hypostatiques nominales à premier élément prépositionnel en grec ancien
Jeudi 18 décembre
14 h
Bibliothèque de l’Institut de Grec
16, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Nathalie PERRIER ROUSSEAU soutient sa thèse de doctorat :
Les formations hypostatiques nominales à premier élément prépositionnel en grec ancien, de l’époque archaïque à la fin de l’époque classique
en présence du Jury :
M. BLANC (ROUEN)
M. DE LAMBERTERIE (PARIS IV)
M. LEVET (LIMOGES)
M. PERPILLOU (PARIS IV)
Mme SKODA (PARIS IV)
Les formes de l’auctoritas. Lieux d’émergence d’un "averroïsme théologique" dans la lecture thomasienne de Maïmonide, d’Avicenne et d’Averroès sur la science du premier moteur
Samedi 28 janvier 2006
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Valérie CORDONIER soutient sa thèse de doctorat :
Les formes de l’auctoritas. Lieux d’émergence d’un "averroïsme théologique" dans la lecture thomasienne de Maïmonide, d’Avicenne et d’Averroès sur la science du premier moteur
En présence du Jury :
M. IMBACH (Paris 4)
M. BARNES (Paris 4)
M. BIANCHI
M. BOULNOIS (EPHE)
Mme SUAREZ-NANI (Frbourg)
Résumés
Forma auctoritatum. Emergence of a “theological averroism” in the thomasian interpretation of Maimonides, Avicenna and Averroes on the prime mover’s science : This study gives a detailed analysis of the various forms adopted by the authorities of Aristotle, Avicenna, Averroes and Maimonides in the work of Thomas Aquinas. A particularly interesting topic for such an analysis is that of the divine science. So, as starting point of my study, I compile a full list of texts related to this question. On this basis, I proceed to analyse these passages, comparing them with its implicit or explicit sources by the Greek, Arabic and Jewish predecessors of Thomas in the Aristotelian tradition. The particular treatment imposed on these texts displays significant differences in various phases of Aquinas’ career, that I try to compare with the very different approach of such authorities by Albertus Magnus. In this way, this study will establish an evolution in the Thomasian attitude toward these thinkers, and try to relate it to the intellectual context of this time, particularly to the articles in the condemnations of 1270 and 1277 concerning divine science, providence and knowledge of the future contingents.
Les formes de l’auctoritas. Lieux d’émergence d’un “averroïsme théologique” dans la lecture thomasienne de Maïmonide, Averroès et Avicenne sur la science du premier moteur. L’étude propose une analyse détaillée et complète des formes diverses adoptées au fil des oeuvres thomasiennes, par les autorités d’Aristote, d’Avicenne, d’Averroès et de maïmonide en matière de science, de providence et de gouvernement divins. En analysant, dans l’ensemble du corpus thomasien, l’évolution des “erreurs” combattues et la manière même dont elles sont reconstruites, je mets au jour différents types de “rapport aux sources” et je montre comment le traitement complexe imposé par Thomas aux textes à sa disposition, donne lieu à la formation de certaines erreurs doctrinales qui seront interdites quelques années plus tard par l’évêque de Paris. En comparant un tel traitement avec l’approche des mêmes auctoritates chez Albert de Cologne, je montre que c’est, chez son élève, une vision particulière des rapports entre foi et raison qui a provoqué, dans sa doxographie, la “précipitation” de certaines thèses que les censures allaient définitivement “figer” en 1270 et en 1277.
Position de thèse
Au sein des 219 thèses interdites en 1277 par l’évêque de Paris Etienne Tempier, un article se démarque par son ampleur : la 42ème proposition, qui nie la science des futurs contingents par la cause première, donne la parole aux adversaires en exposant quatre arguments pour justifier la conclusion avancée. Dans le cadre juridique du syllabus, la science divine occupe ainsi l’espace privilégié du débat, traitement de faveur qui n’a suscité jusqu’ici qu’un intérêt limité : en dépit de la place importante qu’occupent dans les décrets de Tempier la science divine et la providence, les articles qui s’y rapportent restent sous-représentés dans une historiographie focalisée, depuis Ernest RENAN, sur l’anthropologie et la cosmologie (G. FIORAVANTI, L. BIANCHI ; R. C. DALES) ou sur le rapport entre foi et raison (F. VAN STEENBERGHEN ; B. C. BAZAN) puis, récemment, sur les enjeux institutionnels de certaines thèses à portée éthique (M. G. WIELAND ; L. BIANCHI ; F. BOTTIN ; A. DELIBERA). Le fait est qu’aucun article n’a pu être jusqu’ici rapporté à une source dans la production des artiens ou des théologiens. Si plusieurs thèses interdites ont trouvé de potentiels responsables, en la personne d’auteurs ou dans la lecture partielle et partiale des censeurs, des propositions comme : « Dieu ne connaît pas les singuliers », « Dieu ne connaît rien d’autre que lui » ou « les actes humains ne sont pas régis par la providence » sont restées orphelines une fois la candidature de Siger disqualifiée : celui-ci, réputé depuis Pierre MANDONNET avoir nié l’extension de la providence aux étants sublunaires, n’a en effet jamais professé de telles vues mais défend une conception proche de celle de Thomas d’Aquin.
Que les idées interdites par Tempier représentent « l’élargissement de la thèse d’Aristote pour qui le premier moteur ne connaît que lui-même » (R. HISSETTE) relève d’un diagnostic doctrinal pertinent, dont il n’est pourtant plus possible de se satisfaire entièrement ; imputer ces thèses à un « aristotélisme gréco-arabe » n’explique pas grand-chose non plus ; quant à les mettre au compte d’Averroës lui-même ou de ses hypothétiques partisans dans l’université latine, ce serait là ne rien dire encore mais répéter le jugement d’antiques polémistes faisant d’auctoritates lointaines un repoussoir impersonnel auquel imputer des idées difficiles à affronter. S’il suffisait d’énumérer les noms ou les textes d’Averroës, d’Avicenne et de Maïmonide à l’instar du compilateur du De erroribus philosophorum, l’enquête historique équivaudrait à celle d’un tribunal, qui clôt la procédure une fois les pièces à conviction réunies et les auteurs dénoncés. La stratégie est courante, mais ne dit rien de la lecture particulière d’Aristote en cause ou, dit autrement, de la configuration propre du péripatétisme mis en scène par la censure : telle est pourtant la tâche de l’enquête historique, qui ne fait que commencer une fois les documents identifiés et les suspects reconnus. A force d’entendre répéter le poncif d’un aristotélisme médiéval « chimiquement impur », plus personne n’ignore le néoplatonisme sous-jacent aux thèses censurées, mais encore faut-il déterminer, dans cet ensemble hétérogène d’éléments issus d’un « péripatétisme arabe » souvent nommé mais rarement analysé, le dosage précis des ingrédients et, au final, la structure du mélange obtenu : si le Commentateur ou les disciples d’Aristote sont visés, ce n’est ni comme figures historiques ni comme inspirateurs attitrés d’un groupe d’intellectuels latins défendant quelque aristotélisme intégral ou radical (voir B. NARDI 1960 F. VANSTEENBERGHEN 1969 et 1979, R. IMBACH 1991), mais à titre d’auctoritates et comme porte-parole, fidèles ou non, d’une conception péripatéticienne émanée du jeu complexe entre les différentes voies de l’aristotélisme médiéval.
C’est de ce point de vue que l’œuvre de Thomas offre un terrain privilégié pour reconstruire la genèse de certains articles interdits. Le nombre de textes qu’il consacre à ces questions, la variété des sources philosophiques qu’il mobilise pour les résoudre et la complexité de la démarche herméneutique qu’il entreprend pour élucider ces documents et les situer dans un paysage « aristotélicien » en constante évolution, font du traitement thomasien des auctoritates un « lieu d’émergence » des grands problèmes de la providence et de la science divine dans la seconde moitié du treizième siècle. La manière dont Thomas intègre les « idées » d’Aristote, d’Avicenne, d’Averroës et de Maïmonide sur la science divine et la façon dont il perçoit les grands problèmes que reflètent leurs textes, fournissent, si ce n’est une cible potentielle, l’arrière-fond principal des opinions interdites. Quelque vingt ans avant le geste de Tempier, Thomas est le premier théologien parisien à aborder la science divine et la providence sur la base d’une enquête systématique des documents à disposition : dans le prolongement d’un projet d’approfondissement du péripatétisme déjà entrepris par Albert de Cologne mais animé de présupposés épistémologiques fort différents, il mobilise non seulement les ressources d’un corpus déjà bien connu formé des textes d’Avicenne et d’Averroès, mais il utilise aussi un ouvrage nouveau, le Guide des Egarés, dont l’intégralité vient seulement d’être traduite en latin. Si Wolfgang KLUXEN avait déjà distingué trois véhicules de l’influence maïmonidienne dans le monde latin, on sait depuis peu (C. RIGO 2001 ; G. K. HASSELHOFF 2004) que ces trois versions n’ont pas été transmises simultanément mais successivement, et qu’elles ont donné lieu à des figures différentes de Maïmonide : alors que les résultats de son exégèse étaient connus depuis vingt ans grâce à la version partielle et anonyme du Liber praeceptorum, Albert fut le premier bénéficiaire du Guide, mais il y accéda en deux moments, d’abord par une traduction partielle transmise comme De uno deo benedicto, puis par une version intégrale du Guide, dont l’influence n’est attestée qu’au milieu des années quarante avant de devenir déterminante chez Thomas. Or, en matière de science divine, l’impact du troisième livre de ce Guide tout juste rendu accessible en latin n’est pas mince puisque - comme je crois pouvoir le montrer - l’approche maïmonidienne contribua à reconfigurer l’ensemble du péripatétisme « version ancienne », cet amalgame plutôt informe et un peu indigeste auquel se réfèrent encore les premières œuvres d’Albert, où les thèses lointainement héritées d’Aristote se mêlent, parfois jusqu’à la confusion, à un émanatisme fortement hiérarchisé issu d’Avicenne ainsi qu’à des conclusions explicitées par Averroës. Du Guide qu’il exploite plus intensivement que son maître, Thomas tire des informations permettant de compléter et d’approfondir la doxographie héritée d’Albert, mais il reproduit aussi des motifs argumentatifs qui, une fois extraits de leur milieu d’origine dans la critique par Maïmonide des idées islamiques, sont répercutés sur des cibles plus précises que Thomas connaît par d’autres sources et qu’il reconstruit, au fil de ses œuvres, d’une manière toujours plus profilée. Ces phénomènes de lecture croisée dont ma thèse analyse quelques exemples éloquents, projetèrent ainsi sur les textes connus vers 1250, un effet de perspective dont le corpus thomasien a gardé les traces et qui, en raison du succès de ce dernier dans l’université parisienne dès les années soixante, allait sensiblement influencer la lecture d’Aristote par les générations suivantes.
Ainsi, l’hypothèse qui sous-tend mon travail tient à l’idée que les formes que confère Thomas aux modèles de providence présentés par Maïmonide, à la solution avicénienne d’une science universelle du monde par l’Etre Nécessaire, à la théorie averroïste de la connaissance du premier moteur et, par leur truchement, à la « théorie aristotélicienne de la science divine », fournit un terreau à la maturation des thèses interdites en 1270 et 1277. Ce terreau doxographique, travaillé par Thomas dès le Commentaire des Sentences, contient les ingrédients à l’origine des complexes doctrinaux rencontrés dans les œuvres ultérieures, où les figures de ce péripatétisme arabe adoptent des profils variables qu’on ne lit jamais chez Albert, en dépit du fait qu’il travaille à partir des mêmes sources. Les métamorphoses des auctoritates sur la science divine au fil du corpus thomasien - qui sont l’objet matériel de mon étude - contribuèrent à donner de la « théologie aristotélicienne » une image différente de celle qui prévalait vers 1250. Dans cette mesure même, le traitement que Thomas réserve aux textes d’Avicenne, d’Averroès, de Maïmonide et d’Aristote, a apporté une contribution décisive quoique indirecte à la genèse des erreurs « averroïstes » sur la science divine interdites dans les années soixante-dix. Tel est l’objet formel de mon travail.
Les idées incarnant dans les années soixante-dix des hérésies représentèrent d’abord un problème théorique ressortissant à une exégèse du texte aristotélicien entamée bien plus tôt par les théologiens. Aussi ai-je choisi d’envisager le thème de la science divine sous les deux aspects indissociables qu’il revêt alors, comme problème théorique et comme difficulté exégétique. Si le premier aspect, la « teneur spéculative intrinsèque » du thème de la connaissance divine, a déjà fait l’objet d’études de qualité (O. BOULNOIS, J. SCHMUTZ ET J.-L. SOLÈRE ; S. T. BONINO), ce n’est pas le cas de sa valeur ajoutée, qui tient à sa position particulière dans l’histoire de l’interprétation du corpus aristotélicien et particulièrement chez Thomas. Pour lui, la question de savoir ce que le Philosophe a dit de la science divine pose une difficulté exégétique particulièrement épineuse que ses devanciers latins n’avaient ni résolue ni envisagée. Présente seulement en filigrane chez Albert, cette difficulté qui sera au premier plan dans les œuvres tardives de Thomas est mise place dès le Commentaire des Sentences sous une forme laissant apparaître une véritable prise de conscience du problème historique : étant donné qu’Aristote ne dit rien d’univoque, d’explicite ou de définitif en matière de providence, il s’agit de déterminer non seulement ce que Dieu connaît et comment il le fait, mais aussi ce qu’Aristote dit qu’il connaît et, à titre auxiliaire, ce qu’Averroës pense qu’Aristote dit que le premier moteur connaît. Parler de réseau herméneutique à ce propos n’est donc pas un abus de langage et il importe même de souligner la complexité de ce réseau dans le corpus thomasien, où le couple du Philosophe et de son Commentateur se conjugue d’emblée avec les données issues d’une Métaphysique d’Avicenne et d’un Guide où la science du premier principe est omniprésente. Averroës n’a donc pas le dernier mot, ni la plus grande responsabilité en matière de « providence aristotélicienne » puisque la lecture thomasienne est fortement conditionnée par une interférence entre les idées « averroïstes » et les thèses lisibles dans le Guide, qu’il s’agisse des idées de Maïmonide ou, le plus fréquemment, de celles qu’il critique (notamment les loquentes).
Cette interférence est susceptible d’éclairer un fait jusqu’ici encore jamais mis en évidence : Thomas impute au Commentateur une lecture d’Aristote certes suggérée dans le Commentaire de la Métaphysique, mais surtout reconstruite à partir de la théorie aristotélicienne exposée au troisième livre du Guide, elle-même issue du modèle alexandrinien de la providence. Reconnaître ce phénomène à un niveau proprement textuel et l’éclairer par une étude du traitement thomasien des textes d’Avicenne, d’Averroès et de Maïmonide, revient à montrer que la position « averroïste » en matière de science divine est moins le produit des textes du Commentateur que la projection sur ceux-ci de conceptions issues d’un « péripatétisme arabe » lisible chez Maïmonide, hérité d’un aristotélisme passablement contaminé et devenu toujours plus problématique à force d’être plus profondément questionné. Cela implique aussi qu’on cesse de chercher à tout prix à reconnaître la figure d’Averroès derrière celle des adversaires anonymes du De substantiis separatis, accusés de nier la science divine du monde sublunaire (ch. 13-16). Le portrait des « averroïstes » critiqués par Thomas à partir de la Somme contre les Gentils, relève d’une reconstruction complexe que j’ai choisi d’investiguer en parcourant l’ensemble de la production thomasienne. J’analyse ces textes dans un ordre chronologique, en commençant par le Commentaire des Sentences (Chapitre I), le De veritate (Chapitre II), les œuvres du séjour italien (Chapitre III) puis celles de la fin de ce séjour ainsi que du second (Chapitre IV). A l’intérieur de ces chapitres, je décortique une série de motifs textuels ou argumentatifs rattachés à la figure, anonyme depuis le début du séjour italien, des « péripatéticiens » niant l’extension de la science divine au monde sublunaire. La rigidité un peu scolaire du plan d’ensemble est ainsi compensée, à l’intérieur des chapitres, par la liberté d’un parcours qui se permet plusieurs détours vers des thèmes connexes à celui de la science divine : depuis l’usage thomasien du mystérieux poisson électrique issu du Commentaire de la Physique d’Averroès et hérité de Simplicius, jusqu’à l’étrange destin d’une auctoritas averroïste amalgamée à la théorie augustinienne des raisons séminales puis bannie de l’autographe de la Somme contre les Gentils, en passant par la genèse d’un étrange reproche adressé au Commentateur accusé d’anthropomorphisme ou par les vicissitudes des citations de Métaphysique Lambda en matière de motion céleste, je retrace au fil des œuvres thomasiennes le traitement de plusieurs auctoritates liées aux noms d’Aristote ou de ses commentateurs, afin d’en dégager la signification pour l’ensemble d’un projet thomasien, que je compare régulièrement à celui d’Albert.
Ce qui m’importe d’investiguer ici, c’est moins les sources de la théorie thomasienne de la providence que la genèse, à partir d’elles, de problèmes, d’hypothèses, d’arguments et de conclusions qui, après avoir été discutées en profondeur dans le corpus thomasien, sont stigmatisées dans les décrets de Tempier. Ma perspective est celle d’une Rezeptionsgeschichte pratiquée avec une attention soutenue aux formes textuelles incarnant et structurant ce qu’on continue d’appeler les « idées ». Dans le régime universitaire du discours médiéval, ces idées prennent la forme d’un concert d’énoncés issus de sources variées qui se chargent, du fait même d’être citées, de connotations nouvelles. L’aspect polyphonique du texte scolastique tient donc moins à la multiplicité de points de vue convoquée par chaque énoncé, que par l’effet global produit par leur confrontation et les relations nouvelles qu’elle induit. Dans ce régime médiéval où, plus qu’en d’autres époques, « écrire, car c’est toujours récrire, ne diffère pas de citer » (A. COMPAGNON), dans ces conditions où la réflexion est un approfondissement de données reçues, il importe moins de repérer les similitudes que de souligner les différences, jamais insignifiantes, entre le texte reçu et le texte cité. Pour Thomas, la citation est bien l’un des moyens privilégiés de la recherche philosophique, mais « son silence pur et simple n’est pas moins significatif. Ce qui est ainsi omis n’est pas moins important que ce qui est retenu pour comprendre la situation d’un auteur par rapport à l’autre » (L.-J. BATAILLON). Au sein du vaste corpus thomasien où les passages « parallèles » ne le sont pas toujours autant qu’on croit, il s’agit d’abord de comparer les occurrences d’une même auctoritas en contexte similaire. Cette comparaison permet d’établir d’emblée que certaines voix sont mises en sourdine voire définitivement réduites au silence. En effet, le caractère tacite des auctoritates d’Averroës et d’Avicenne dès la Somme contre les Gentils n’est un mystère pour personne : un rapide survol des occurrences dans l’Index thomisticus suffit à constater que leurs idées, si elles continuent d’être intégrées au propos thomasien, prennent la plupart du temps un tour anonyme grâce à des qualificatifs stéréotypés (aliqui, quidam).
Si un tel silence continue d’intriguer et pousse certains auteurs à chercher les raisons de cet anonymat dans les éléments d’un contexte historique encore et toujours ramené à l’averroïsme, je cherche pour ma part à montrer que la formation de cet « averroïsme théologique » stigmatisé par Tempier relève moins de facteurs contextuels que de phénomènes proprement textuels qui, dans le corpus thomasien, précèdent de loin la présumée date de naissance de l’averroïsme latin, et qu’il est possible de mettre au jour à condition de lire les textes dans le menu détail. L’évolution du dossier reconstruit ici se mesure indissociablement au nombre et à la nature des auctoritates, au type d’argumentation qu’elles conditionnent et aux prises de vue qu’elles induisent sur le donné culturel disponible à l’époque de Thomas. Si la « doctrine » thomasienne de la science divine reste la même - celle d’une science exhaustive et intensive de tous les étants par Dieu présupposée par un Credo permanent -, elle n’en revêt pas moins les multiples formes issues d’une riche confrontation d’autorités. L’analyse de cette confrontation donne raison à la suggestion faite par Ruedi IMBACH il y a presque trente ans : la formation du « problème » de la connaissance divine des créatures est moins tributaire d’un groupe hétérodoxe en faculté des arts qu’elle n’est liée à un processus d’approfondissement du corpus aristotélicien antérieur à la crise averroïste. A ce résultat, je donne un fondement et une portée plus larges, en montrant l’impact historique et la valeur herméneutique du traitement thomasien d’auctoritates qui, convoquées d’abord au grand jour comme points de référence stables, finissent par tenir lieu d’efficaces repoussoirs, assumant les traits d’un aristotélisme dont Thomas entend se débarasser toujours plus explicitement. De ce concerto d’opinions tour à tour brandies, dissimulées ou transfigurées, de ce traitement complexe d’auctoritates où les problèmes touchant à la connaissance divine se chargent d’enjeux noétiques, cosmologiques et éthiques toujours plus perceptibles au fil des œuvres thomasiennes, Aristote lui-même ne ressort pas intact, mais littéralement grandi : pour en faire le défenseur d’une connaissance exhaustive du monde par le premier moteur, Thomas exploite à nouveaux frais des textes encore laissés dans l’ombre, notamment plusieurs passages de son œuvre mis à contribution pour établir la possibilité d’une certaine connaissance de l’individuel.
Au terme de mon étude, la censure des années soixante-dix apparaît moins comme l’apogée d’une controverse liée à un courant « averroïste » que comme l’ultime tentative de canaliser un apport exploité par des théologiens depuis plusieurs décennies. Dans cette perspective, le modèle d’une science divine fortement médiatisée et d’une providence restreinte à un certain type d’objets stigmatisé par Tempier a connu un processus d’émergence analogue quoique non synchrone, à celui que René-Antoine GAUTHIER a mis en évidence pour l’« invention des théologiens » en matière de psychologie : comme la thèse ‘Nullus homo intelligit’, l’idée que ‘Deus non cognoscit alia a se’ est le produit d’une stratégie argumentative développée par Thomas, sur fond d’une exégèse d’Aristote, pour mieux se départir de lectures toujours davantage perçues comme déviantes. Mais contrairement aux hérésies sur la nature de l’intellect ou le destin post mortem de l’âme, les erreurs sur la science divine ne sont pas dégagées principalement des textes d’Averroès, mais relèvent surtout de la forme que prend la providence péripatéticienne dans le Guide. Dans la mesure où ces figures hétérodoxes sont dénoncées par Thomas bien avant la naissance de l’averroïsme et très vite dissociées de la figure du Commentateur pour être discutées sous la forme de position anonymes qu’il est délicat de ramener aux textes mêmes d’Averroès, cet « averroïsme théologique » que je cherche à reconstruire à partir du corpus thomasien prend lui-même une forme assez paradoxale, puisqu’il s’agit non seulement d’un averroïsme sans Averroès, mais aussi d’un averroïsme sans averroïste.
Les formes et les processus d’intégration politique des Maghrébins en France
Mercredi 13 décembre 2006
9 heures
Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Elhoussaine OUSSIALI soutient sa thèse de Doctorat :
Les formes et les processus d’intégration politique des Maghrébins en France
En présence du Jury :
M. BARBARA (NANTES)
M. CHAZEL (PARIS 4)
M. DEMEULENAERE (NANCY 2)
M. LAPEYRONNIE (BORDEAUX 3)
Résumés :
La thèse tente de concilier la sociologie classique et l’immigration économique ouvrière. Elle
comprend deux parties. La première essaie de répondre à la question suivante : si la sociologie et
l’immigration économique ouvrière sont deux données inhérentes à la modernité, est-ce que la
sociologie a pensé l’immigration économique ou non ? Nous nous sommes appuyé sur la pensée
sociologique de Tönnies, de Durkheim, de Simmel et d’Elias. Étant donné que ces auteurs n’ont pas
thématisé l’immigration économique nous avons été amené à interpréter leurs idées et leurs schémas
théoriques en donnant des exemples de différents flux migratoires (immigration italienne, polonaise et
juive). La deuxième partie est consacrée à l’application des données théoriques acquises à
l’immigration maghrébine depuis sa genèse jusqu’à nos jours. Nous nous sommes concentré sur trois
axes d’analyse : l’augmentation numérique et l’évolution démographique de la communauté
maghrébine en France, la division du travail en son sein et l’évolution des moeurs et des pratiques
sociales des immigrés et des descendants de parents maghrébins.
The thesis tries to reconcile the classic sociology and the labour economic immigration. It is divided
into two parts. The first one tries to answer the following question : are sociology and labour economic
immigration two inherent data to modernity, did sociology think of the economic immigration or not ?
We leaned on the sociological thought of Tönnies, Durkheim, Simmel and Elias. Given that these
authors have no thematized the economic immigration, we were brought to interpret their ideas and
their theoretical plans by giving examples of various migratory streams (Italian, Polish and Jewish
immigration). The second part is concerned application of the theoretical data acquired to the North
African immigration from its genesis until our days. We concentrated on three axes of analysis : the
numeric increase and the demographic evolution of the North African community in France, the
division of labour within community and the evolution of the customs and the social practices of the
immigrants and the descendants of North African parents.
Position de thèse :
La thèse a pour but de montrer que l’intégration comme processus de différenciation
sociale de la communauté immigrée est le principal facteur qui a contribué à l’absorption
voire à la disparition des anciennes immigrations économiques et qui continue à oeuvrer pour
les actuelles. Les éléments théoriques sur lesquels repose notre analyse sont le fruit de notre
ouverture sur l’histoire qui est malheureusement souvent négligée par les sociologues. En
effet, l’histoire des immigrations anciennes, italienne, polonaise et juive, et celle de
l’immigration nord-africaine elle-même nous enseignent que l’intégration d’une communauté
immigrée issue de l’immigration économique doit être vue comme le résultat de son processus
de différenciation sociale interne.
Outre l’histoire, les idées et les schémas théoriques des sociologues classiques sont
aussi mobilisés pour fonder cette affirmation. La première partie interroge et interprète
l’héritage de la sociologie classique afin d’apporter un nouvel éclairage sur l’immigration
économique et sur l’intégration des personnes immigrées et issues de l’immigration dans le
groupe sédentaire majoritaire. Dans les quatre chapitres composant la première partie, nous
nous sommes appuyé sur les analyses de quatre auteurs : Tönnies, Durkheim, Simmel et Elias.
Pour chaque auteur, seules les idées et les analyses que nous avons estimées utiles pour notre
sujet sont examinées. Ainsi, sont analysées :
· la théorie de la communauté et la théorie de la société de Tönnies ;
· la théorie de la solidarité sociale de Durkheim (la solidarité mécanique, la solidarité
organique et l’incidence de la division du travail, rudimentaire ou avancée, sur les liens
sociaux unissant un groupe social donné, en l’occurrence le groupe immigré) ;
· la ville, l’excursus de l’étranger et la théorie des cercles sociaux de Simmel ;
· la théorie sociologique consacrée à l’évolution des moeurs et à leur généralisation dans le
monde occidental et l’étude intitulée The established and the outsiders d’Elias.
Afin que les idées de ces sociologues ne paraissent pas abstraites, nous avons choisi
d’introduire des immigrations économiques pour les illustrer. Cette première partie a des
ambitions théoriques. Elle tente de répondre aux questions suivantes : Quelle est
l’interprétation que l’on peut donner des idées des sociologues classiques afin de comprendre
l’immigration économique et l’intégration des personnes immigrées et issues de
l’immigration ? Quels sont les éléments que partagent toutes les immigrations économiques ?
Quelles sont les différences cruciales entre un groupe ayant réalisé un déplacement spatial et
un groupe sédentaire ? Quels sont les mécanismes sociologiques qui peuvent expliquer
l’intégration des Italiens, des Polonais et des Juifs d’Europe de l’Est dans la société
française ? Enfin, quelles définitions sociologiques pouvons-nous donner de l’immigration
économique et de l’intégration ?
La deuxième partie sert de laboratoire d’expérience aux acquis théoriques avancés
dans la première. En procédant ainsi, nous visons à concilier la sociologie classique et
l’immigration maghrébine. En effet, la thèse veut rompre avec la tradition intellectuelle
dominante dans le domaine de l’immigration et de l’intégration où la recherche est souvent
limitée à l’aspect empirique descriptif au détriment des analyses générales d’ordre théorique.
En nous appuyant sur les anciennes immigrations économiques, nous pensons également
dépasser les analyses « culturalistes » qui les séparent des actuelles. Par leur appartenance
religieuse à l’Église catholique et par leur origine européenne, l’intégration des communautés
immigrées italienne et polonaise est ainsi présentée comme un modèle auquel les actuelles ne
pourront atteindre. Il ne faut pas oublier, bien entendu, que si le groupe immigré partage
certains traits avec le groupe sédentaire (langue, religion, ethnie et histoire), l’identification au
groupe sédentaire majoritaire se réalise en peu de générations. Pourtant, toutes les
communautés immigrées issues de l’immigration économique partagent au début de leur
installation une différenciation sociale vis-à-vis du groupe sédentaire majoritaire qui résulte
de leur homogénéité démographique, professionnelle et sociale. Cette indifférenciation interne
du cercle formé par les immigrés nécessite du temps et des générations pour que
l’indifférenciation sociale externe s’y installe, peu importe si ce cercle est proche
« culturellement » du groupe sédentaire ou non.
Les immigrations économiques qui sont l’objet de cette recherche sont celles produites
par l’activité industrielle qui a créé des zones demandeuses et d’autres fournisseuses de main-
d’oeuvre. Comme le réservoir humain des campagnes s’est vite épuisé, l’exode rural a cédé la
place à une immigration économique frontalière qui, à son tour, a été remplacée par une
immigration internationale voire continentale. Le point commun de ces immigrations
économiques ouvrières est qu’elles ont suivi un schéma classique : l’homme seul d’origine
paysanne et dépourvu de toute qualification professionnelle part d’abord, la femme et les
enfants viennent ensuite. L’immigration économique originaire du Maghreb a longtemps été
soumise à cette logique. Cependant, les immigrations économiques que l’on peut qualifier de
post-industrielles se caractérisent par l’immigration aussi bien des hommes seuls que des
femmes seules et par la qualification des personnes immigrées (étudiants, enseignants, cadres,
ingénieurs, médecins). Dans le cas de la communauté immigrée maghrébine en France, elle
rassemble ainsi des personnes immigrées attirées par les activités industrielles et d’autres
venues plus récemment et soumises à la logique de l’immigration post-industrielle. Notre
analyse tentera de mettre en évidence l’évolution du cercle formé par les immigrés originaires
du Maghreb et par leurs descendants aussi bien dans l’ère industrielle que postindustrielle car
l’arrivée de personnes de plus en plus qualifiées ne peut que jouer en faveur de
l’indifférenciation sociale de ce cercle vis-à-vis de la société globale.
En nous appuyant sur l’histoire et sur la sociologie classique, nous avons pu définir
l’immigration économique ainsi que l’intégration des personnes immigrées et issues de
l’immigration :
1 - L’immigration économique est conçue dans ce travail comme un déplacement
spatial d’un ensemble d’individus1. Ce déplacement engendre le passage de la société vers la
communauté si nous parlons d’un point de vue organisationnel et de la communauté vers la
société si nous parlons des moeurs, de la manière d’être des immigrés et de leurs valeurs :
A - d’un point de vue organisationnel, l’immigration constitue un passage de la société vers la
communauté : l’immigré passe d’un système de type sociétaire qui a ses associations, ses
amicales, ses conseils, ses institutions, ses lois et son appareil étatique vers la communauté
immigrée qui ne peut avoir que des associations, des amicales et des conseils comme mode
d’organisation suprême auxquels l’immigré a la liberté d’adhérer. La société suppose donc
que les liens de domination et de subordination existent entre les membres qu’elle rassemble
alors que la communauté immigrée - parce qu’elle est dépourvue d’institutions - contient des
individus égaux qui peuvent, s’ils le désirent, appartenir aux associations communautaires qui
reposent principalement sur l’entente entre les membres adhérents. Le ciment qui lie les
individus appartenant à la société est à la fois sentimental (appartenance nationale, ethnique,
religieuse, linguistique et héritage historique) et institutionnel tandis que la communauté ne
peut reposer que sur le lien sentimental et affectif. Le passage de la société vers la
communauté est celui qui distingue l’immigration économique de l’invasion ou de la
colonisation. En effet, dans le cas de la colonisation - qui est elle aussi un déplacement d’un
ensemble d’individus dans l’espace -, les colons transportent avec eux leurs institutions et ils
les imposent aux indigènes.
Bref, d’un point de vue organisationnel, la structure de la communauté immigrée est
complètement différente de celle de la société d’accueil. La communauté immigrée ne peut
avoir ses propres institutions, ses propres lois, une élite dirigeante à qui tous les immigrés
doivent obéissance et allégeance. Or, tous ces éléments sont indispensables pour qu’une
1 Les personnes qui accueillent les immigrés, quant à elles, appartiennent à un groupe qui est sédentarisé dans
l’espace c’est-à-dire à la société.
société puisse conserver son existence et sa cohésion à travers le temps et les générations. Ce
sont surtout les liens affectifs et communautaires (comme les traditions, les moeurs et
l’appartenance ethnique et religieuse) qui soudent la communauté immigrée en lui
garantissant une existence temporaire. L’histoire, que ce soit en France ou ailleurs, nous
révèle qu’aucune communauté immigrée n’a réussi à conserver son identité au-delà de deux
ou trois générations. Les différences qui existent entre la communauté immigrée et la société
d’accueil peuvent expliquer cette réalité.
B - par ailleurs, l’immigration économique peut être considérée comme un passage de la
communauté vers la société. En effet, tous les immigrés économiques appartenant aux
immigrations économiques classiques sont issus de la communauté au sens que Tönnies
attribue à cette notion - c’est-à-dire une organisation sociale pré-industrielle où les manières
d’être et les moeurs sont loin de celles qui existent dans les sociétés modernes. Les immigrés
économiques ne déplacent pas avec eux la culture de leur société d’origine mais uniquement
les coutumes, les habitudes et les moeurs qui changent sans cesse pour finalement se
rapprocher de celles des autochtones, laïcisées et individualisées. Ce nivellement ne touche
pas d’un seul coup toutes les coutumes et les habitudes et ne se déroule pas au même niveau
pour les immigrés et leurs descendants (chacun selon son appartenance sociale, sa sensibilité
religieuse, son niveau d’instruction et sa profession). Le manque d’organisation de la
communauté immigrée et l’absence de lois en son sein font que les immigrés, et surtout leur
progéniture, adoptent progressivement les moeurs modernes de la société dominante.
L’adaptation qu’opèrent les immigrés, le changement de leur habitus social et l’imitation
rationnelle sont aussi des mécanismes qui expliquent la tendance de la communauté immigrée
à niveler ses moeurs. Les immigrations nationales (de la campagne vers la ville) et
internationales partagent ce même trait.
2 - L’intégration est définie comme un processus de différenciation sociale qui conduit la
communauté immigrée d’un cercle restreint homogène, différencié de la société environnante,
vers un cercle élargi hétérogène indifférencié. Autrement dit, au début de toute immigration
économique, on assiste à la constitution d’un cercle restreint homogène qui est sur le plan
interne indifférencié d’un point de vue démographique, ethnique, professionnel, religieux, etc.
Ce cercle reste par conséquent largement différencié de la société environnante. Cette
première forme cède la place à une deuxième qui se caractérise pas l’élargissement du cercle
formé par les immigrés et leurs descendants, la faiblesse progressive de la différenciation
externe et la faiblesse progressive de l’indifférenciation sociale interne. La troisième forme se
manifeste dans l’éclatement de la communauté immigrée (les immigrés et les personnes issues
de l’immigration de la deuxième génération).
De manière générale, l’intégration comme processus peut s’analyser à travers deux
éléments importants qui sont intrinsèquement liés : la différenciation ou l’indifférenciation
internes et la différenciation ou l’indifférenciation externes. Le tableau suivant montre ces
deux éléments :
Formes d’intégration et traits sociologiques
Formes d’intégration de la
communauté immigrée au sein
de la société globale
Forme élémentaire
Forme achevée
Traits sociologiques
Au niveau externe Au niveau interne
Forte différenciation sociale Forte indifférenciation sociale
Forte indifférenciation sociale Forte différenciation sociale
La différenciation sociale a une grande incidence sur les relations sociales existant au
sein de la communauté immigrée. En effet, plus une communauté est peu nombreuse et
indifférenciée plus les liens qui unissent ses membres sont forts et ceux avec la société
environnante sont faibles. Inversement, plus une communauté est nombreuse et différenciée
plus les liens qui unissent ses membres sont faibles et ceux avec la société environnante sont
forts. La communauté immigrée fortement différenciée et atteignant la troisième et la
quatrième génération se transforme en communauté symbolique car il n’existe pas de
véritables liens entre les membres ayant des grands-parents ou arrières-grands-parents
immigrés.
L’intégration comme processus touche ainsi trois domaines majeurs : l’activité
économique, l’activité politique et associative et, enfin, les moeurs. Dans le domaine
économique nous pouvons parler de l’insertion, dans le domaine politico-associatif de la
participation et dans le domaine des moeurs du nivellement. L’intégration d’une communauté
immigrée englobe simultanément ces trois dimensions. Du point de vue de l’individu immigré
ou issu de l’immigration, il existe une multitude de schémas. Ainsi, on peut avoir des
individus ayant des moeurs qui se sont rapprochées de celles des autochtones sans que cela
engendre chez eux une insertion économique réussie, d’autres, en revanche, ont une insertion
économique avancée accompagnée d’un faible nivellement des moeurs et d’une participation
politico-associative rudimentaire. Bref, si l’intégration est le processus global qui amène la
communauté immigrée comme structure supra-individuelle d’un état de différenciation
sociale vers un état d’indifférenciation de la société globale, alors d’un point de vue
individuel, on ne peut pas parler d’intégration, mais seulement d’insertion économique, de
participation politico-associative et de nivellement des moeurs.
Pour analyser l’immigration et l’intégration de la communauté maghrébine nous avons
décidé de partir des débuts de l’installation des premiers immigrés en France. Cette
perspective historique est d’une grande importance car elle permet de concevoir
l’enracinement de la communauté immigrée comme une donnée qui évolue à travers
l’histoire. Ainsi, à chaque moment son événement : les hommes seuls, le regroupement
familial et le dépassement de l’idée de retour pour certains, la naissance de la deuxième
génération, l’émergence des associations, l’apparition de l’islam sur la scène publique. Parler
de l’évolution quantitative et qualitative du cercle formé par les immigrés maghrébins et leurs
descendants nous a poussé à mobiliser des sources diverses et des études de différentes
disciplines : données statistiques (INSEE, INED, ministère de l’Intérieur) et études
historiques, géographiques, démographiques et sociologiques. Notre souci est de donner une
cohérence à ces différentes sources en les incorporant dans le schéma théorique que nous
avons échafaudé dans la première partie.
Trois chapitres composent la deuxième partie. Le premier et le deuxième essaient
d’analyser l’immigration et l’intégration des Nord-africains en France depuis la genèse
jusqu’à la fin des années soixante-dix et le début des années vingt. Nous centrons notre
analyse sur trois points essentiels : l’évolution numérique de la communauté immigrée
(Combien sont-ils ? Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ?), la division du travail (Où travaillentils
? Quel secteur d’activité occupent-ils ? Quelle est leur qualification professionnelle ?) et,
enfin, les pratiques sociales (Comment vivent-ils en France ? Quelles sont leurs relations avec
le groupe dominant sédentaire ? Quelle est la place occupée par les mariages mixtes, les
familles nord-africaines, la pratique religieuse ?). Pour le premier point, nous disposons de
données statistiques et de chiffres officiels. Mais pour la division du travail nous n’avons que
des estimations. Les chiffres manquent encore davantage pour mesurer les pratiques sociales
des Nord-Africains. En effet, les rares enquêtes quantitatives effectuées alors ont utilisé les
moyens d’investigation de l’époque et étaient soumises aux exigences scientifiques de
l’époque. Néanmoins, ces enquêtes permettent d’avoir une vision globale et de dégager la
tendance générale du monde du travail et de l’environnement social des Nord-Africains en
France avant les années quatre-vingt.
Les deux chapitres traitent ainsi des faits historiques dont la connaissance est
indispensable pour comprendre la situation de la communauté maghrébine depuis les années
quatre-vingt jusqu’à nos jours. En cohérence avec les deux premiers chapitres, le troisième
chapitre composant la deuxième partie vise à étudier l’évolution quantitative de la
communauté immigrée (Est-ce que la communauté continue de s’alimenter de l’extérieur ?
Qui sont les personnes concernées ? Par quelles procédures entrent-elles sur le sol français
[étudiants, mineurs, conjoints d’étranger ou de Français, etc.] ?) La division du travail aussi
bien des immigrés que des personnes issues de l’immigration est examinée. L’objectif est
donc de mettre en évidence la spécialisation professionnelle des immigrés. Concernant, les
personnes françaises de parents maghrébins, nous suivons leur trajectoire de l’école à
l’emploi. Nous tentons de dégager les éléments qui les différencient de leurs parents et ceux
qui les distinguent encore de Français de leur âge de parents français d’ancienne date. La
partie réservée aux moeurs montre la particularité socio-démographique de la communauté
maghrébine (la pauvreté des ménages maghrébins, l’importance des familles nombreuses et la
précarité du logement). Les pratiques vestimentaires, linguistiques, culinaires, matrimoniales
(endogamie, exogamie et homogamie) des immigrés et des personnes issues de l’immigration
maghrébine sont également examinées. Étant donné son éruption sur la scène publique durant
la deuxième moitié des années quatre-vingt, la religion musulmane en France et la religiosité
des musulmans maghrébins sont analysées. En effet, dépourvue d’institutions juridiques la
religion musulmane est, en France, confinée à la sphère privée. L’organisation de cette
nouvelle religion sur le territoire français reste un défi étant donné l’existence d’obstacles
objectifs et subjectifs que nous abordons dans notre thèse. Quant à la religiosité des
musulmans maghrébins ou de parents maghrébins, elle montre l’existence d’attitudes et de
comportements complexes envers les dogmes, les rites et la tradition.
La conclusion à laquelle nous avons aboutie est la suivante : depuis la genèse de la
communauté immigrée maghrébine en France avant la Première Guerre mondiale, le cercle
formé par les immigrés maghrébins ne cesse de connaître une hétérogénéité ethnique,
démographique et professionnelle interne ce qui le rend de plus en plus proche et indifférencié
de la société globale. Cette hétérogénéité a aussi touché le domaine des moeurs et des
pratiques sociales. Cependant, l’intégration de la communauté maghrébine demeure de nos
jours inachevée. En effet, cette communauté conserve encore des traits d’ordre
démographique, économique, social et religieux qui la distinguent du groupe majoritaire
comme : le taux de fécondité élevé ; les familles nombreuses (au sein des familles ordinaires
comme dans les familles monoparentales) ; la pauvreté (travail précaire, chômage, retraite
dérisoire, etc.) ; le logement précaire dans le Parc public ; les pratiques sociales traditionnelles
(virginité, mariage endogame et mariage arrangé) ; la forte croyance religieuse (la croyance et
non pas la pratique religieuse).
Les personnes issues de l’immigration s’éloignent de la situation de leurs parents,
mais, comme nous l’avons montré dans la thèse, elles gardent des éléments les distinguant de
leurs homologues français de parents non immigrés et parfois même de personnes
descendantes de parents originaires d’Europe du Sud. La troisième génération qui est en train
de naître et de grandir rendra sûrement la situation beaucoup plus hétérogène et beaucoup plus
complexe qu’elle ne l’est aujourd’hui. L’étude de la différenciation sociale au sein de la
communauté immigrée et au sein des descendants d’immigrés doit être ainsi au coeur de la
sociologie de l’immigration et de l’intégration.
Les genres mineurs dans la poésie moderne
Samedi 6 décembre
9 heures 30
Bibliothèque Georges Ascoli, esc. C, 2ème étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Marie-Paule BERRANGER soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) :
Les genres mineurs dans la poésie moderne
en présence du Jury :
Mme AQUIEN (PARIS XII)
M. ASHOLT (OSNABRÜCK)
Mme GUEDJ (NICE)
M. JARRETY (PARIS IV)
M. LEROY (PARIS X)
M. MURAT (PARIS IV)
Les importations méthodologiques dans la critique littéraire française des dernières decennies
Vendredi 24 mars 2006
9 heures
En Sorbonne
Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Gabriel MARIAN soutient sa thèse de doctorat :
Les importations méthodologiques dans la critique littéraire française des dernières decennies
En présence du Jury :
Antoine Compagnon (Paris 4)
Laurent Jenny (Genève)
Michel Murat (Paris 4)
Jean-Marie Schaeffer (EHESS)
Résumés
Les théories littéraires de la seconde moitié du XXe siècle se sont souvent développées selon une logique scientiste, à l’aide d’importations méthodologiques provenant des sciences humaines et des sciences exactes. Mais, alors que le statut scientifique de ces théories reste fragile selon les critères épistémologiques, la nature des emprunts méthodologiques se rapproche considérablement de celle des métaphores et des fictions. Si le rôle des analogies et des modèles fictionnels dans le discours des sciences exactes est rigoureusement défini, il est fondamentalement imprécis et flou dans le cas des sciences humaines et constitue l’une des sources des échecs du structuralisme et de la nouvelle critique. Les importations provenant de la linguistique saussurienne, de la psychanalyse ou de la sociologie, ainsi que les modélisations et les formalisations imitant les mathématiques constituent un corpus qui se prête aussi à une lecture selon des critères stylistiques et esthétiques. Ayant encouragé un effacement progressif des limites entre le discours littéraire et celui des sciences, la nouvelle critique contribue aussi à préparer le terrain pour l’avènement de l’épistémè postmoderne.
The method importations in the French literary criticism of the last decades
During the second half of the XXth century, literary theories often developed according to a scientist pattern by means of methodological borrowings coming from social or applied sciences. But whereas the scientific status of these very theories is considered to be unstable by epistemological criteria, the inner nature of methodological borrowings looks very much alike to that of metaphors and fiction. If, on one hand, the part played by analogies and fictional models in the discourse of the exact sciences is strictly determined, on the other hand, it appears to be utterly vague and indistinct as far as the social sciences are concerned, which represents one of the direct sources of failure for the structuralist approach as well as for French “nouvelle critique”. Borrowings coming from saussurian linguistics, psychoanalysis and sociology, as well as models and formalisms copied on mathematics, represent by all means a bibliography that can also be read and interpreted in accordance with stylistic and aesthetic codes. By its tendency to progressively blur the boundaries between literature and sciences, structuralism also contributes to create a favourable environment for the advent of post-modern episteme.
Position de thèse
Les efforts faits par la pensée structuraliste afin de renouveler le cadre conceptuel et théorique de la recherche en littérature et dans les sciences humaines à l’aide d’importations méthodologiques se sont soldés dans de nombreux cas par une prolifération d’analogies, de métaphores et de fictions théoriques dont l’instabilité et la fragilité logiques les ont empêchées de répondre aux critères épistémologiques requis pour les théories dans les sciences de la nature ou « sciences exactes ». A part les critères d’auto-consistance et de réfutabilité, l’une des principales faiblesses (ou, d’un autre point de vue, qualités) des théories structuralistes et sémiotiques dans la recherche littéraire et plus généralement dans les sciences humaines est constituée par la possibilité qu’elles ont de coexister avec d’autres théories, plus anciennes, partiellement réfutées mais toujours utilisées avec une efficacité satisfaisante.
On doit remarquer également que le développement théorique du structuralisme et de la sémiotique a produit un effacement progressif des distinctions entre les divers types de recherche, entre les divers types de discours, mais surtout entre le discours lui-même et ce qu’on appelle méta discours. Le recours désinvolte à des concepts fondés sur des métaphores floues, équivoques ou mal comprises, dans le cadre de modèles théoriques dont l’imprécision les rapproche des fictions sont quelques-unes des raisons principales mais sous-estimées de cette tendance. Comparé aux pratiques qui ont cours dans le discours des sciences exactes, cette utilisation imprécise, non-standardisée et parfois maladroite des analogies ne fait que renforcer l’impression de littérarité des théories proposées. Il suffit de remarquer que la manière structuraliste d’envisager le fonctionnement des modèles théoriques impliquait souvent un emploi de la rhétorique bien plus extensif que dans le cas du discours théorique proposé par les sciences exactes, probablement comme une manière de pallier les insuffisances logiques des nouvelles théories.
Ces phénomènes de métaphorisation ont été remarqués à plusieurs reprises par des chercheurs représentant les domaines les plus divers, mais ce questionnement épistémologique reste le plus souvent sans réponse, négligé ou entouré de silence. Claude Lévi-Strauss signale dès les premières années du structuralisme l’utilisation floue et analogique des formalismes dans ses études, sans toutefois la considérer comme une source d’erreurs ; Gilbert Durand montre la façon dont le concept de structure provient d’une interprétation analogique et suffisamment imprécise de la réalité linguistique selon des modèles importés. Dans la même suite d’articles déclenchée par une analyse du poème de Baudelaire, I.-M. Frandon rappelle un débat théorique concernant la métaphorisation, et à la fin des années 1990, Alan Sokal rouvre le même débat sous un angle polémique et ironique.
Enfin, on ne peut pas négliger l’importance de ces deux phénomènes (métaphorisation imprécise et effacement des distinctions inter-génériques) pour le développement ultérieur de la démarche (et finalement de la philosophie) post-moderne, surtout pour ce qui est de sa conception relativiste de la hiérarchie des discours.
On peut, certes, difficilement réfuter l’approche théorique postmoderne et son précurseur structuraliste, on ne peut non plus nier leur importance et leur efficacité dans le renouvellement de la méthodologie des sciences humaines. Il faut toutefois préciser que leur validité semble s’arrêter à la limite entre ce qu’on appelle Geisteswissenschaften et Naturwissenschaften, ou « coupure épistémologique », car elles semblent incapables de rendre compte des domaines qui dépassent l’aspect discursif des sciences exactes, notamment le développement de leur composante technologique.
C’est ce qui devrait nous obliger, en tant que chercheurs en sciences humaines ou même philosophes de la connaissance, à reconsidérer ou réévaluer la portée et la pertinence de notre démarche. Tout comme les sciences exactes semblent incapables de rendre compte de manière satisfaisante des manifestations de l’être (de l’esprit) humain, les sciences humaines n’arrivent pas à cerner les caractères spécifiques de la recherche scientifique. La communication entre ces deux domaines semble se réduire à une circulation de motifs et de suggestions fonctionnant par analogies, qui ont surtout un rôle de stimulant intellectuel, mais peu de pertinence méthodologique.
Dans la mesure où notre propre recherche a aussi une composante historique, elle propose une ébauche de récit concernant la transition qui mène du structuralisme au postmodernisme à travers le néo-structuralisme. C’est une manière de reconstruire une représentation des phénomènes réels en y introduisant une cohérence plus ou moins factice : la chronologie est plus complexe, le postmodernisme coexiste en grande partie avec la sémiotique (cette superposition partielle est plus évidente aux Etats-Unis qu’en France, où les deux semblent se succéder plus distinctement. Pourtant, cette prolifération infinie de discours qui renvoient à d’autres discours, et qui semble concerner principalement les sciences humaines, est moins un défaut théorique intrinsèque à éviter ou à cacher tant que possible (comme semble le considérer encore la pratique discursive de l’institution académique) qu’une force créatrice qui participe au développement de ces domaines de recherche, de ces sciences de l’imprécis.
Une approche plus logique des rapports triangulaires entre la recherche littéraire, la littérature et les sciences pourrait mener à un raisonnement construit sur plusieurs choix, mais dont les développements reviennent la plupart des fois à la même conclusion. Soit une grande partie de la recherche littéraire est à considérer comme une pure fiction littéraire, et alors ses méthodes sont des simulations ; soit on choisit de la traiter en tant que candidate au statut scientifique, et alors on constate que la plupart de ses méthodes sont des fictions, à quelques exceptions près, comme la philologie la plus stricte, la génétique ou les considérations linguistiques ou prosodiques les plus techniques. Une troisième alternative, la plus pragmatique, serait de considérer métaphoriquement la recherche littéraire comme une entité hybride, un fruit constitué d’un petit noyau théoriquement stable et d’une énorme pulpe fictionnelle.
Dans ce cas, les théories littéraires et leurs applications méthodiques devraient assumer deux de leurs caractéristiques principales : la méthode n’est dans la plupart des cas qu’une construction rétrospective (souvent élaborée après coup), l’appréhension du phénomène littéraire est le plus souvent fondée sur une démarche déductive.
Ainsi, paradoxalement, c’est aussi en étudiant les efforts scientistes de systématisation de la recherche littéraire que l’on parvient à en découvrir le potentiel littéraire.
Les inscriptions de Paphos
Samedi 6 décembre
14 heures
En Sorbonne , EPHE, 4e section, salle Gaston Paris, esc. E, 1er étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Jean-Baptiste CAYLA soutient sa thèse de doctorat
Les inscriptions de Paphos.
Corpus des inscriptions alphabétiques de Palaipaphos, de Néa Paphos et de la "Chôra" paphienne
en présence du Jury :
M. BRESSON (BORDEAUX I)
M. DUBOIS (PARIS IV)
Mme FOLLET (PARIS IV)
M. HERMARY (AIX-MARSEILLE)
Les jumeaux dans la littérature et les mythes allemands
Mardi 8 juin
14 h 30
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Anne MONFORT soutient sa thèse de doctorat :
Les jumeaux dans la littérature et les mythes allemands
en présence du Jury :
Mme BRICOURT (PARIS VII)
M. KREBS (PARIS IV)
M. LECOUTEUX (PARIS IV)
M. MERDRIGNAC (RENNES II)
M. WALTER (GRENOBLE III)
Les lieux de mémoire épique dans l’Enéide de Virgile.
Vendredi 12 décembre
14 heures
En Sorbonne, bibliothèque de latin
Esc. E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Christelle LAIZE GRATIAS soutient sa thèse de Doctorat :
Les lieux de mémoire épique dans l’Enéide de Virgile.
Quasi amborum Homeri carminum instar
en présence du Jury :
M. CASEVITZ (PARIS X)
Mme DANGEL (PARIS IV)
Mme DION (NANCY II)
M. HEUZE (PARIS III)
Mme LETOUBLON (GRENOBLE II)
Les liminaires dans les oeuvres latines des IVe et Ve siècles
Jeudi 23 septembre
14 h
En Sorbonne, salle des Actes
Mme Delphine VIELLARD soutient sa thèse de doctorat :
Les liminaires dans les oeuvres latines des IVe et Ve siècles
en présence du Jury :
M. FREDOUILLE (PARIS IV)
Mme GALAND-HALLYN (PARIS IV)
M. MONAT (BESANCON)
M. WOLFF (PARIS X)
M. ZARINI (PARIS IV)
Les limites de la construction sociale : les théories constructivistes en question
Mercredi 7 décembre 2005
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Razmig KEUCHEYAN soutient sa thèse de doctorat :
Les limites de la construction sociale : les théories constructivistes en question
En présence du Jury :
M. BOUDON (Paris 4)
M. CONEIN (Lille 2)
M. STOLZ (Lausanne)
M. BERTHELOT (Paris 4)
M. ENGEL (Paris 4)
Résumés
Le constructivisme est l’un des principaux paradigmes dans les sciences sociales contemporaines. Il en est également l’un des plus controversés. Cette thèse a pour objectif de comprendre la genèse du constructivisme, de discuter les arguments de ses partisans, et d’analyser les raisons de son succès. Deux enquêtes empiriques ont été effectuées dans cette perspective. La première a été réalisée au Centre de sociologie de l’innovation, un laboratoire constructiviste dirigé par Bruno Latour et Michel Callon. Son objectif était d’identifier les normes cognitives sur lesquelles repose ce paradigme. Nous montrons que ces normes sont distinctes de celles qui caractérisent d’autres paradigmes sociologiques, et qu’elles confèrent au constructivisme une partie de sa spécificité. La seconde enquête porte sur les communautés de fans du film The Matrix sur Internet. Les réalisateurs de ce film ont subi l’influence du philosophe constructiviste Jean Baudrillard. Plus généralement, on constate que circule autour de Matrix un ensemble d’idées proches de ce paradigme. Ceci nous conduit à nous poser la question du rapport existant entre les intellectuels qui véhiculent ces idées et les communautés de fans de ce film.
Mots-clés : Constructivisme ; sociologie de la connaissance ; histoire de la sociologie ; théories de l’identité ; normes cognitives ; marchés intellectuels.
Subject : The Limits of Social Construction : a study of constructivist theories
Constructivism is one of the main paradigms in contemporary social science. It is also one of the most controversials. This thesis aims to understand the genesis of constructivism, to discuss some of its arguments, and to analyse the reasons of its success. Two empirical researches have been conducted. The first took place at the Centre de sociologie de l’innovation, a constructivist research unit directed by Bruno Latour and Michel Callon. The purpose of this research was to analyse the cognitive norms that underly constructivism. We show that these norms are different from those underlying other sociological paradigms, and that they explain part of constructivism’s specificity. The second research concerned the Internet-based fan communities of a movie called The Matrix. The directors of this movie claim to have been influenced by the constructivist philosopher Jean Baudrillard. Based on the data obtained, we try to understand the reasons why constructivism has had success among non-sociologists.
Key-Words : Constructivism ; sociology of knowledge ; history of sociology ; identity theories ; cognitive norms ; intellectual markets.
Position de thèse
Cette thèse est consacrée au constructivisme en sociologie. Le constructivisme est l’une des théories les plus en vogue dans les sciences sociales contemporaines. La liste des entités considérées comme « socialement construites » s’allonge jour après jour, alors que d’innombrables sociologues emploient cette appellation pour qualifier le type d’analyses qu’ils développent. Le constructivisme est aujourd’hui présent dans tous les secteurs des sciences sociales. Hormis les sociologues, bien des historiens, géographes, philosophes, politologues, critiques littéraires, psychologues et économistes font usage de cette notion.
Le constructivisme est un paradigme récent. Son apparition remonte au milieu des années 1960. C’est alors que Peter Berger et Thomas Luckmann publient ce qui est sans doute le premier ouvrage constructiviste de l’histoire, à savoir La construction sociale de la réalité (Berger et Luckmann, 1986). La montée en puissance de ce courant sur le marché des sciences sociales ne date cependant que des années 1980 et 1990. La crise que traversent certains paradigmes dominants de l’époque, notamment le marxisme et le structuralisme, laisse alors le champ libre au constructivisme, qui constitue aux yeux de beaucoup une alternative crédible à ces derniers.
L’une des caractéristiques de la notion de « constructivisme » est qu’elle est extrêmement vague. Celle de « structure » employée par les structuralistes l’était également, comme l’a montré Raymond Boudon dans A quoi sert la notion de structure ? (Boudon, 1968). Toutefois, l’imprécision du concept sociologique de « construction » semble en être une propriété constitutive. Les sociologues qui l’emploient défendent des thèses souvent très différentes les uns des autres. Il n’est pas rare que chez un constructiviste donné, deux de ses occurrences successives renvoient à des significations distinctes.
Le constructivisme apparaît ainsi davantage comme une « nébuleuse » sociologique que comme un paradigme ou un programme de recherche au sens strict. Se pose par conséquent la question de savoir s’il est possible - et souhaitable - d’en élaborer une définition rigoureuse. Existe-t-il une thèse commune à l’ensemble des formes de constructivisme ? Nous répondrons à cette question par la négative. Nous montrerons que les diverses variantes de ce paradigme témoignent d’une certaine d’unité, mais que celle-ci ne repose pas sur la présence en chacune d’elles d’une thèse précise.
L’un des secteurs des sciences sociales dans lesquels le constructivisme s’est le plus rapidement développé est la sociologie des sciences. Nous aborderons à plusieurs reprises des problématiques relevant de cette discipline. Mais le constructivisme ne se limite pas à elle, loin s’en faut. Toutes les classes d’entités, qu’elles soient naturelles, sociales, microscopiques, macroscopiques, scientifiques ou ordinaires, sont aujourd’hui l’objet de théories constructivistes. Notre propos portera par conséquent sur le constructivisme en général, et non sur le constructivisme en sociologie des sciences. Ce dernier a d’ailleurs déjà fait l’objet d’analyses remarquables, dont celle de Michel Dubois (2001) compte parmi les principales.
Cette thèse n’est pas consacrée au postmodernisme. Celui-ci est étroitement lié au constructivisme. Bien souvent, « postmoderne » et « constructiviste » sont des qualificatifs interchangeables dans le propos des épistémologues, notamment dans celui des critiques de ces courants. A notre sens, il est toutefois important de ne pas les confondre. Tous les auteurs se réclamant du postmodernisme défendent une forme ou une autre de constructivisme. Cependant, il existe des sociologues constructivistes qui ne sont pas postmodernes. C’est par exemple le cas de Luc Boltanski et de Jean-Claude Kaufmann, dont nous verrons que s’ils sont constructivistes, ils ne relèvent pas du postmodernisme. Il sera question du postmodernisme à différents endroits de notre raisonnement. Mais nous ne lui consacrerons pas de chapitre à part entière, et n’approfondirons pas non plus le rapport qu’il entretient avec le constructivisme.
Le constructivisme se situe à mi-chemin entre la sociologie et la philosophie. Certaines des références principales dont se réclament ses partisans sont philosophiques. La raison en est aisément compréhensible. L’idée selon laquelle la réalité, ou telle des entités qui la composent, est « socialement construite », est une thèse métaphysique, qui implique une qualification de la nature du réel. Les constructivistes sont de ce fait conduits à adosser leurs analyses à celles d’auteurs qui ont eux aussi élaboré des raisonnements de ce type.
Il est par conséquent beaucoup question de philosophie dans cette thèse. Ce fait est dû, d’une part, à la nature de son objet. Mais de l’autre, il résulte également d’un parti pris de notre part. A notre sens, la sociologie a beaucoup à gagner à dialoguer - de manière critique - avec la philosophie. Cette idée a mauvaise presse dans la sociologie contemporaine, où un préjugé positiviste - qui s’exprime jusque dans les courants censés être les plus anti-positivistes - condamne toute réflexion qui s’écarte un tant soit peu du « terrain ». Un rapide coup d’œil aux classiques montre cependant que le dialogue avec la philosophie est une constante de la bonne sociologie. Parmi de nombreux exemples, la référence à Kant dans les Formes élémentaires de la vie religieuse de Durkheim (1990) en témoigne.
Cette thèse est composée de six chapitres. Le premier a pour objet le constructivisme artistique. La notion de « constructivisme » n’a pas été crée par les sociologues. Elle est apparue au cours des premières décennies du XXe siècle, en particulier dans le champ de l’art. Certaines avant-gardes de l’époque l’emploient alors pour qualifier le type d’œuvres qu’elles réalisent. Parmi elles, on trouve notamment les avants-gardes russes actives autour de la révolution d’octobre, le Bauhaus et le groupe hollandais De Stijl.
Rares sont les sociologues qui savent que le constructivisme est né dans le domaine artistique. Il nous a de ce fait paru utile d’entamer notre analyse par un bref chapitre consacré au constructivisme artistique. L’intérêt de ce dernier pour l’analyse du constructivisme sociologique n’est d’ailleurs pas purement historiographique. Il existe un lien entre ces deux formes de constructivisme, dont l’identification nous permettra de poser les premiers jalons de notre problématique.
Le deuxième chapitre est consacré à la définition du constructivisme. Comme nous l’avons dit, ce courant apparaît davantage comme une nébuleuse sociologique que comme un paradigme au sens strict. Nous confirmerons cette intuition en examinant les définitions qu’en proposent Hacking et Kukla. Nous défendrons l’idée qu’aucune thèse ne sous-tend l’ensemble des théories constructivistes. Nous montrerons cependant que les diverses variantes de ce courant présentent ce que Wittgenstein (2004) appelle un air de famille. C’est en prenant appui sur cette notion que nous tâcherons de rendre compte de l’unité du constructivisme.
Le deuxième chapitre nous donnera également l’occasion de proposer une typologie des formes de constructivisme. La plus connue d’entre elles est le constructivisme social, qui est défendu par Berger et Luckmann, et par nombre de sociologues se réclamant de cette appellation. Mais il existe plusieurs autres espèces de constructivisme. Notre typologie aura pour fondement une double interrogation : d’une part, qui construit, quel est le « moteur » de la construction ; d’autre part, qu’est-ce qui est construit, quelle est la nature du résultat de la construction.
Le troisième chapitre est consacré aux origines intellectuelles du constructivisme. L’une des idées que nous défendrons dans cette thèse est que les théories constructivistes ne sont pas particulièrement nouvelles. Un examen de certains courants de l’histoire moderne des idées témoigne de ce que des éléments de constructivisme y sont déjà présents. C’est notamment le cas dans le positivisme, l’historicisme et l’idéalisme. L’objectif de ce chapitre sera de montrer que contrairement à ce que pensent les constructivistes, les théories qu’ils élaborent ne constituent nullement une rupture par rapport aux traditions philosophiques et sociologiques qui les ont précédés.
Le quatrième chapitre est consacré à une étude de cas, la théorie constructiviste de l’identité. La sociologie des identités est l’un des secteurs - avec la sociologie des sciences - où les théories constructivistes ont le plus proliféré. Les ouvrages ou articles portant sur la construction sociale de l’identité, ou sur celle d’entités voisines comme la « personne », le « soi » ou l’ « individu », sont innombrables. Partant de ce constat, nous avons jugé intéressant de compléter le raisonnement proposé au chapitre II à propos de la définition du constructivisme par l’analyse d’un cas particulier, à savoir la conception constructiviste de l’identité.
Cette étude de cas nous donnera également l’occasion de nous interroger sur les raisons du succès du constructivisme. A notre sens, ce paradigme est si hétérogène qu’il est difficile de saisir les mécanismes de sa diffusion en général. Ceci implique que c’est par l’étude d’exemples spécifiques que passe la compréhension des raisons de son succès. L’analyse de la théorie constructiviste de l’identité nous permettra de formuler quelques hypothèses en vue de l’identification de ces raisons.
Le cinquième chapitre est le chapitre central de notre travail. Comme nous l’avons dit, les thèses que renferme le constructivisme étaient déjà présentes dans des courants antérieurs de l’histoire des idées. Est-ce à dire que le constructivisme ne dispose d’aucune originalité ? Ce paradigme est-il entièrement réductible aux courants antérieurs concernés ? Certes non. L’idée que nous défendrons est que le constructivisme ne tire pas - ou pas seulement - son originalité de son contenu. Il la tire en large part des normes cognitives sur lesquelles il repose.
Le concept de norme cognitive est l’objet de nombreuses analyses de la part des épistémologues contemporains. Il est également présent chez certains sociologues classiques, notamment chez Durkheim, qui emploie à plusieurs reprises l’expression de « normes de la pensée » dans les Formes élémentaires de la vie religieuse. En première approximation, une norme cognitive se définit comme un principe qui régule la formation des croyances - et d’autres états mentaux - dans un système cognitif, que celui-ci soit scientifique, religieux, ou autre.
Nous avons effectué une enquête dans un laboratoire constructiviste, le Centre de sociologie de l’innovation (CSI) de l’Ecole des Mines de Paris. Les principaux animateurs de ce centre sont Bruno Latour et Michel Callon, deux des constructivistes les plus connus à l’heure actuelle. Nous avons participé aux activités du CSI pendant une année, et avons réalisé des entretiens avec ses membres. L’objectif de notre enquête était de mettre au jour les normes cognitives constructivistes. Nous montrerons ainsi que la compréhension des théories constructivistes passe inévitablement par l’analyse des valeurs intellectuelles - ou normes cognitives - qui animent leurs partisans.
Le sixième chapitre est lui aussi basé sur une enquête empirique. Nous aurons montré au chapitre V que le constructivisme repose sur des normes cognitives différentes de celles qui ont traditionnellement cours dans le domaine scientifique. L’une des conséquences de ce fait est que les partisans de ce paradigme ont une propension naturelle à s’adresser à ce que Raymond Boudon (1981) appelle des « seconds marchés », c’est-à-dire des marchés intellectuels autres que la communauté des spécialistes de la discipline concernée (la sociologie en l’occurrence).
Nous avons consacré une enquête à la réception d’un film hollywoodien intitulé The Matrix. Les réalisateurs de ce film sont des adeptes des théories de Jean Baudrillard. Des références explicites à ce dernier apparaissent dans Matrix, ainsi que dans diverses interviews publiées par ses réalisateurs - et par d’autres personnes impliquées dans sa production - dans la presse. Nous montrerons que Baudrillard défend une variante de constructivisme. Plus généralement, nous verrons que circule autour de Matrix un ensemble d’idées proches de ce paradigme. Nous tâcherons alors de comprendre l’interaction existant entre les intellectuels qui véhiculent ces idées et les communautés de fans de ce film présentes sur Internet, qui ont fait l’objet de notre enquête.
Ouvrages cités
Boudon Raymond (1968), A quoi sert la notion de structure ?, Paris, Gallimard.
Boudon Raymond (1981), « L’intellectuel et ses publics : les singularités françaises », in Grafmeyer Yves et Padioleau Jean Gustave, Français, qui êtes-vous ?, Paris, La Documentation française.
Dubois Michel (2001), La nouvelle sociologie des sciences, Paris, PUF.
Durkheim Emile (1990), Les formes élémentaires de la vie religieuses, Paris, PUF.
Wittgenstein Ludwig (2004), Recherches philosophiques, Paris, Gallimard.
Les littoraux de la Caraïbe insulaire. Des territoires en mutation.
Vendredi 10 septembre 2004
14 heures
Amphithéâtre Michelet
esc A
46 rue Saint Jacques
Paris 5e
M. Michel DESSE soutient sa thèse d’Habilitation à diriger des Recherches (HDR) :
Les littoraux de la Caraïbe insulaire. Des territoires en mutation.
en présence du Jury :
M. AUGUSTIN (BORDEAUX III)
M. BURAC (ANTILLES)
M. DOUMENGE (MONTPELLIER III)
M. HUETZ DE LEMPS (PARIS IV)
M. SEVIN (PARIS IV)
Les Lucrèce classiques. Suicide et héroïsme féminins au Grand Siècle
Samedi 13 décembre
9 h
UFR de Littérature, salle Paul Hazard
esc. C, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
M. Philippe BOUSQUET soutient sa thèse de doctorat :
Les Lucrèce classiques. Suicide et héroïsme féminins au Grand Siècle
en présence du Jury :
M. BIET (PARIS X)
M. COUPRIE (PARIS XII)
M. DANDREY (PARIS IV)
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
M. MONCOND’HUI (POITIERS)
Les Lucrèce classiques. Suicide et héroïsme féminins au Grand Siècle
Jeudi 18 novembre
14 h
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
Paris 6e
M. Philippe BOUSQUET soutient sa thèse de doctorat :
Les Lucrèce classiques. Suicide et héroïsme féminins au Grand Siècle
en présence du Jury :
M. BIET (PARIS X)
M. COUPRIE (PARIS XII)
M. DANDREY (PARIS IV)
M. FERREYROLLES (PARIS IV)
M. MONCOND’HUI (POITIERS)
Les Lumières platoniciennes de Friedrich Heinrich Jacobi (1743-1819)
Lundi 20 novembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Pierre Brunel soutient sa thèse de Doctorat :
Les Lumières platoniciennes de Friedrich Heinrich Jacobi (1743-1819)
En présence du Jury :
M. LEFEBVRE (ENS)
M. MONDOT (BORDEAUX 3)
M. VALENTIN (PARIS 4)
M. WASZEK (PARIS 8)
Résumés
Dans cette étude sur F. H. Jacobi, nous ne revenons pas sur « la querelle du panthéisme », mais nous rouvrons celle des Anciens et des Modernes, car Jacobi entreprend une généalogie philosophique de la modernité. Selon Jacobi, le philosophe qui tenta la compréhension la plus ample de la situation, c’est Kant. La première partie expose comment Jacobi fait certes l’éloge de la philosophie kantienne, mais estime que l’idéalisme critique reste fondamentalement ambigu et contradictoire. Jacobi entend affaiblir par ricochet les idéalismes de Fichte et de Schelling. Le point de départ essentiel de la réforme kantienne réside dans l’interprétation des Idées platoniciennes. Or, Jacobi se réclame d’un platonisme qui va à rebours de l’idéalisme. La deuxième partie expose en quoi consiste le vrai rationalisme, puis dévoile l’illusion spécifique de la raison moderne qui perd de vue l’essence de l’homme en prétendant régler le conflit entre Athènes et Jérusalem.
In this study of F. H. Jacobi, « the dispute over pantheism » will not be addressed again, but that between the Ancients and the Moderns will be rekindled as Jacobi undertakes to establish a philosophical genealogy of modernity. According to Jacobi, the philosopher who attempted to understand the situation in the most comprehensive way ist Kant. The first part shows how Jacobi does praise Kantian philosophy, but considers that critical idealism remains fundamentally ambiguous and contradictory. Jacobi means to weaken the idealisms of Fichte and Schelling as a consequence. The essential starting point of the Kantian reform lies in the interpretation of the Platonic Ideas. Yet, Jacobi claims to defend a Platonism which would not follow idealism. The second part sets out what real rationalism is and then discloses the specific illusion of the modern reason which seems to lose sight of the very essence of man when ambitioning to settle the conflict between Athen and Jerusalem.
Position de thèse
Friedrich Heinrich Jacobi est surtout connu pour avoir déclenché la fameuse « querelle du panthéisme » lorsqu’il publie en 1785 ses Lettres à Mendelssohn sur la doctrine de Spinoza (Über die Lehre des Spinoza in Briefen an den Herrn Moses Mendelssohn). Cette querelle retentissante était certes grosse d’avenir, néanmoins nous ne revenons pas sur cette réception de Spinoza en Allemagne qui a déjà fait l’objet de nombreuses études de qualité. Jacobi est le plus souvent analysé pour retracer la genèse des grands systèmes, comme ceux de Kant ou de Hegel. L’intérêt de son œuvre résiderait alors dans la force de son questionnement qui aiguillonna les véritables philosophes de son époque, mais ses réponses aux problèmes soulevés ne mériteraient guère d’être retenues. Il est vrai qu’il n’a pas bâti de système et qu’il est malaisé de discerner son intention.
Le livre le plus important à ce jour sur la pensée de Jacobi est celui de Birgit Sandkaulen : Fondement et cause. La critique de la raison de Jacobi (Grund und Ursache. Die Vernunftkritik Jacobis) . L’auteur évite de ne s’en tenir qu’à la réception, et se propose de lire l’œuvre pour elle-même, afin de cerner le noyau proprement philosophique de la pensée de Jacobi. La critique de la raison s’articule autour de la discussion sur la confusion entre le fondement et la cause. Le grand mérite de cette étude est d’exposer la critique du projet spéculatif de la métaphysique, et de distinguer ainsi Jacobi des autres philosophies de l’idéalisme. La discussion sur la cause et le fondement permet de rendre la conception de l’action et de la liberté plus intelligibles. Jacobi aurait dissimulé le motif essentiel de sa pensée dans l’Appendice VII (Beylage VII) qu’il publie en 1789, lors de la seconde édition des Lettres à Mendelssohn sur la doctrine de Spinoza. Sandkaulen centre son analyse sur « l’œuvre principale secrète » qui structure sa critique de la rationalité. C’est le concept de causalité qui représente l’enjeu du débat entre Jacobi et Kant. Cette étude nous aide à mieux voir que l’opposition de Jacobi à Kant s’enracine dans le sentiment que l’idéalisme critique accomplit une réduction de la complexité, et porte préjudice à l’expérience du Réel .
Toutefois, ces analyses ne font pas suffisamment ressortir l’enjeu de la critique de la raison. Sandkaulen n’accorde aucune importance à Platon. Le déséquilibre est flagrant entre, d’une part, la présence de l’idéalisme, et d’autre part, l’absence de référence à Platon. Certes, il est légitime de faire de cet Appendice VII l’œuvre principale de Jacobi pour interpréter le sens de sa critique de la raison. Le fait qu’elle soit secrète aurait dû conduire Sandkaulen à examiner plus soigneusement cette manière d’écrire ésotérique qui remonte justement à Platon, dont Jacobi n’ignore pas le modèle, car, en exergue de ses Lettres sur Spinoza , il cite la Lettre II de Platon aux proches et aux partisans de Dion. Il n’échappe pas à Sandkaulen que la question des qualités occultes touche le « nerf du bouleversement moderne » , mais il aurait été nécessaire de rouvrir plus franchement la querelle des Anciens et des Modernes pour apercevoir le motif caché du texte de Jacobi, celui du « divin Platon ». Le fait qu’il ne fasse pas l’objet d’une exposition ou d’une critique systématiques n’est pas une preuve de manque d’intérêt de Jacobi pour lui. Il convient d’examiner les implications de cette filiation ténue, mais néanmoins décisive. Jacobi entreprend une généalogie de la raison moderne. Mais ce dialogue explicite avec le mouvement des idées modernes suppose toujours une pensée implicite ; cette pensée en creux est celle de Platon. Nous voudrions insister sur le fait que Jacobi demeure attaché à l’impulsion première de la philosophie et, conformément à l’intention de son auteur, dévoiler sa dimension zététique.
Jacobi estime que, si nous faisons droit au projet moderne, nous constatons qu’il modifie délibérément l’assiette de l’esprit humain, mais surtout il réfute ou refuse la position reconnue à la raison humaine par le rationalisme classique. Jacobi s’appuie sur les termes techniques qu’emploie la philosophie pour exprimer ce changement, il montre comment la raison est ramenée à l’entendement. Désormais, la raison doit se restreindre et se conformer plus rigoureusement à son épure. Jacobi revient à Spinoza, à ce classique des Modernes, parce que le philosophe hollandais affronte franchement la religion de la Révélation. Jacobi s’attache, d’une part, à prendre au sérieux la religion dans sa prétention à être vraie, afin de dégager le phénomène objectif de la Révélation, et d’autre part, à confronter la raison à elle-même dans son effort d’explication et de réfutation. Il importe de comprendre comment l’idée moderne, ou le projet d’une société devenue rationnelle est formulé et d’en observer les transformations ultérieures. Selon Jacobi, l’oubli du conflit entre la raison et la Révélation est d’autant plus regrettable que c’est la raison elle-même qui devient ainsi méconnaissable. Il rappelle à ses contemporains l’importance de la philosophie médiévale pour saisir les enjeux des avatars du rationalisme, il insiste sur le fait que la crise de la métaphysique est une crise d’autorité de la raison dont le pouvoir repose sur une confusion.
Or, le philosophe qui osa affronter avec le plus grand sérieux cette crise de la rationalité, c’est Kant. Dans un premier temps, il s’agit de présenter l’apport positif de la réforme kantienne aux yeux de Jacobi. Le rationalisme prend alors conscience de la situation inextricable dans laquelle il se trouve enferré. Kant représente ce moment charnière où l’échec de la métaphysique rend d’autant plus urgent la nécessité d’une renaissance du rationalisme. Avec l’aide de Kant, Jacobi peut affirmer que le prestige dont jouit la raison est usurpé, car ce qu’on a coutume d’appeler ainsi n’est en fait qu’une faculté de réflexion qui consiste à abstraire ce qui vient des sens. Il serait préférable de désigner ce pouvoir par son véritable nom, à savoir l’entendement. Jacobi dénonce la duplicité de la raison moderne, et fait valoir la cohérence de la critique kantienne lorsqu’elle tente d’assainir le sol sur lequel la métaphysique peut s’édifier. Jacobi prend ses distances avec « le platonisme mutilé » de Leibniz. Afin que la renaissance du rationalisme soit viable, le conflit entre la foi et la raison doit être envisagé, selon Kant, à la lumière d’une nouvelle topique transcendantale. Jacobi partage avec Kant le souci de réserver une place à la foi qui la garantisse des prétentions du savoir et de la science. Grâce au primat de la raison pratique, la foi rationnelle atteste la réalité des Idées suprasensibles. Nous ne pouvons point connaître Dieu, nous ne pouvons qu’y croire. Jacobi utilise la philosophie de Kant à l’encontre de Mendelssohn et du rationalisme qui prétend déduire l’existence du concept en s’élevant au moyen de la spéculation. Dans le débat avec Nicolai, Jacobi s’attache à souligner que la foi en la raison peut être superstitieuse et idolâtrique. C’est la causalité propre de la raison adossée au logos, ainsi que la pensée de la liberté qui déterminent le rapprochement de Jacobi avec Kant. Jacobi découvre son « idiosyncrasie » avec Kant, les tensions particulières entre le tempérament philosophique et religieux ne font pas disparaître le Dieu biblique au profit d’un syncrétisme de mauvais aloi. Lorsque Jacobi débat avec ses contemporains, il convient de relever l’importance de la Critique de la raison pure (Kritik der reinen Vernunft), mais aussi de l’œuvre précritique de Kant, L’unique argument possible pour une démonstration de l’existence de Dieu (Der einzig mögliche Beweisgrund zu einer Demonstration des Daseyns Gottes, 1763). Jacobi s’oppose à Herder qui propose de mêler la philosophie spinoziste avec le christianisme. Jacobi estime que, non seulement Spinoza lui-même, mais aussi Kant, sont les antidotes les plus efficaces contre la vague de spinozisme religieux qui déferle en Allemagne. Au début du XIXe siècle, Kant sert à Jacobi de repoussoir afin de faire comprendre le sens de la rupture opérée par l’idéalisme spéculatif de Fichte et de Schelling . Selon Jacobi, le philosophe de Königsberg soutient que le vrai Dieu est l’auteur des choses, et qu’il est doué d’entendement et de volonté. Or, cette conception est un « scandale » pour « la nouvelle philosophie », au sens paulinien du terme.
Dans un second temps, nous avons mis au jour la critique du criticisme par Jacobi. Il existe une contradiction intrinsèque dans ce système qui témoigne de la division de Kant avec lui-même. Kant élabore sa réforme à l’aide de Platon et à l’encontre de Platon. L’idéalisme kantien n’implique pas un abandon pur et simple de la doctrine des Idées platoniciennes, mais plutôt sa reformulation critique. Afin de débrouiller l’écheveau conceptuel qui obscurcit la nature de la raison, Kant se réfère à Platon. Mais tandis que Jacobi se réclame de la doctrine authentique de Platon, Kant prétend comprendre Platon mieux qu’il ne se comprenait lui-même. Kant donne carrière à l’idéalisme, alors que Jacobi soutient un réalisme plein qui souhaite sauver les phénomènes. Kant suppose une faculté de connaissance supérieure et subordonne l’entendement à la raison, mais il démontre tout aussi rigoureusement que cette raison est subordonnée à l’entendement. Ces tensions compliquent artificiellement le conflit entre la foi et la raison. L’illusion de Kant consiste à prendre cette double négation pour une affirmation. La partie théorique révèle l’erreur de notre entendement lorsqu’il s’élève sur les ailes des Idées en partant du monde sensible. Kant découvre qu’il est impossible de saisir cette réalité absolue et qu’il est urgent d’appréhender le concept d’ensemble de toutes les conditions de possibilité lorsque l’homme désire connaître quelque chose à l’intérieur de ces limites finies. Le travail de l’imagination systématise les formes de représentation et nous laisse flotter dans un espace intermédiaire, entre ciel et terre, après avoir vidé le ciel des Idées. Kant veut achever de renverser l’hégémonie de la théologie sur la philosophie, car cette situation nuit, selon lui, à la métaphysique. Mais selon Jacobi, il est à craindre que la réduction des phénomènes à de simples représentations ne contribue à exténuer l’activité philosophique elle-même. Il est vrai que, si la foi est la servante de l’entendement dans la partie théorique, elle retrouve néanmoins son ancienne vigueur dans la partie pratique. La philosophie de Kant maintient deux positions rigoureusement contradictoires.
C’est l’ambiguïté qui caractérise le mieux sa manière d’écrire. Kant nie les Idées platoniciennes au nom de l’entendement, et il nie l’entendement au nom de ces mêmes Idées. Cette double négation naît du conflit entre la foi et la Révélation et suppose une contradiction entre la lettre et l’esprit de la doctrine kantienne. Kant semble ainsi dégager une autre voie possible qui ne rompt pas tout lien avec l’objet inconnaissable. L’homme s’affirme dorénavant en opérant une déduction de l’objet à partir du sujet, cette nouvelle forme de subjectivité autorise la Révélation dans le cadre d’une théorie de la connaissance. Jacobi estime que Kant n’est pas dénué de cette force érotique qui incite la raison à rechercher l’unité du Tout, mais cette unité est brouillée par l’intrication du réel et de l’idéal qui détermine sa stratégie philosophique. Le dédale de son système vise à neutraliser le conflit entre la foi et la raison. Cependant, Jacobi s’interroge sur le succès de cette entreprise herculéenne. La critique des Idées platoniciennes ne conduit-elle pas Kant à radicaliser l’idéalisme qu’il prétend réfuter ? Selon Jacobi, cette doctrine n’échappe pas au reproche qu’elle adressait au platonisme. L’analyse du mouvement et de l’espace pose le problème des Idées de telle sorte que l’idéalisme critique ne progresse plus que dans un espace hypostasié qui n’offre plus aucune résistance réelle. Cette formalisation de la matière nous introduit, selon Jacobi, au cœur des contradictions de la partie pratique. La compréhension de la morale et de la liberté dépendent étroitement de ce règlement du conflit entre l’idéalisme et le matérialisme, entre la forme et la matière. Kant récapitule l’histoire de la raison pure, et représente ainsi pour Jacobi l’auteur qui incarne le mieux les dilemmes de cette « généalogie » qu’il souhaite entreprendre.
Or, c’est la question des Idées platoniciennes qui constitue le nœud du débat entre Jacobi et Kant, et qui met en lumière deux manières opposées de comprendre le philosophe grec. Jacobi estime que si la philosophie n’essaye pas de recouvrer le sens de cette raison oubliée, elle se livre alors aveuglément à une logique effrénée d’idéalisation, à ce que Vico appelle la « barbarie de la réflexion ». Or, la révolution copernicienne opérée par Kant rend cette anamnèse impensable et transforme l’homme en architecte critique de l’univers. L’écriture de Jacobi tente de raviver le souvenir de cette Idée du Bien que perçoit la raison en indiquant à son lecteur avisé d’autres Lumières que celles de son siècle. Tandis que les Modernes ramènent la raison à l’entendement, Jacobi entend conserver à la raison son pouvoir de perception du suprasensible. Selon Jacobi, il importe de ne pas perdre de vue cette définition qualitative afin de pouvoir s’interroger sur l’essence de l’homme. Jacobi se réclame d’un système de l’objectivité absolu qui bat en brèche les arguments de la science moderne issue de la nouvelle philosophie.
La renaissance du rationalisme platonicien qu’il appelle de ses vœux s’oppose aux tentatives de la science moderne de réécrire le livre de la nature en l’améliorant. Ces interprétations sollicitent immanquablement le texte original, car, selon Jacobi, il ne s’agit plus pour l’âme d’appréhender son rapport au Tout. La naturalisation de la science est le résultat de l’oubli de la raison comme logos. Platon permet à Jacobi de tempérer l’enthousiasme avec lequel l’idéalisme spéculatif récuse tout dualisme. Schelling supprime la prééminence de l’esprit et contribue à l’identification de Dieu à un destin aveugle. Si la science se rapporte exclusivement à la nature et au sensible, l’absolu dont se réclame l’idéalisme spéculatif se borne à reproduire implacablement l’ordre du monde. Jacobi renoue avec la révolution socratique et s’oppose à la physique spéculative d’Anaxagore. Jacobi fustige le déterminisme ou le fatalisme, et se propose de restaurer le souci de l’âme. Selon Jacobi, il convient de comprendre le sens de la décision inouïe que prend Socrate d’abandonner la recherche des causes telle que la physique la conçoit pour se tourner vers les réalités des étants dans le raisonnement, afin d’en examiner la vérité. Jacobi s’appuie sur la Bible et Platon pour rapprocher le sentiment des Idées platoniciennes et retrouver phénoménologiquement cette confiance perdue en la raison, c’est-à-dire en l’œil de l’esprit. Or, la philosophie moderne juge qu’il est utile de guérir l’homme de sa double vue en crevant cet organe de l’intelligible. L’homme est sans cesse tiraillé entre la cité terrestre et celle qui est céleste. Cette vue sur l’au-delà trouble tellement son entendement que les Modernes jugent expédient de transformer les hommes en Polyphèmes. Jacobi insiste sur le fait que la rationalité moderne perd la mémoire de cette mutilation qui n’autorise désormais plus qu’une sagesse borgne. Pourtant, Jacobi affirme que la situation ne peut être ainsi simplifiée : d’une part, l’homme réfute le miracle de la liberté et de la Providence au nom de l’entendement et va à l’encontre des sentiments les plus intimes de sa conscience, mais d’autre part, il s’effraye face à ce vide et refuse de franchir ce pas. L’illusion de la philosophie moderne consiste à inventer un lieu intermédiaire indéterminé qui nous soustrait artificiellement aux exigences contradictoires de la raison et de foi. Jacobi maintient les tensions entre, d’une part, le témoignage des sentiments et de la foi, et d’autre part, la puissance de l’entendement et du questionnement philosophique. C’est une pensée de Pascal qui exprime ici le mouvement particulier de sa pensée entre le scepticisme et le dogmatisme . Leo Strauss remarque dans son commentaire du Banquet que cette pensée de Pascal exprime magnifiquement l’intention de Platon dans ses dialogues . Il est vrai que le platonisme traditionnel était une des écoles les plus dogmatiques, toutefois Platon a aussi donné naissance à une des écoles les plus sceptiques. Strauss explique ce fait en relevant que Platon lui-même n’était ni un dogmatique ni un sceptique, et que ses successeurs étaient incapables de se maintenir à ce niveau. Il n’est d’ailleurs pas exclu que Strauss ait à l’esprit le « grand thème » de Jacobi qui pense avec Pascal que nous n’en savons pas assez pour être dogmatique, et trop pour être sceptique. Or, cette expérience de la raison à la fois pauvre et pleine de ressources nous révèle que la découverte du « vrai rationalisme » doit commencer par un éloge d’Eros.
La lettre de Jacobi à Johann Georg Schlosser sur le Banquet n’a pas retenu l’attention des critiques. Pourtant, si nous voulons élucider sa relation à la non-philosophie, il est indispensable de revenir à Socrate et au discours de Diotime. Kant range Jacobi parmi ses adversaires qui, à l’instar de Schlosser ou de Stolberg, sont des traducteurs de Platon. Le réalisme de Jacobi est cependant plus proche de Socrate que du platonisme ambiant teinté d’idéalisme. La nature érotique de la raison occupe une place centrale dans notre enquête, car nous abordons ainsi la façon dont Jacobi conçoit la philosophie. Jacobi estime que les Lumières ont perdu cet Eros platonicien en l’idéalisant. La philosophie ne peut éviter de s’interroger sur le sens de la vie bonne et de la meilleure société. Le fait que l’homme ne peut pas posséder la sagesse, mais seulement la rechercher, implique qu’il est incapable de vivre et de penser sans une finalité. Cette Lettre à Schlosser constitue la réponse la plus complète de Jacobi à la question de l’unité de la raison et des rapports entre le sujet et l’objet. Lorsque Jacobi affirme que « Platon part du Réel », il entend réfuter aussi bien la volonté pure de Kant, que la manière avec laquelle il opère sa synthèse. Plus généralement, la formation de l’identité moderne laisse Jacobi perplexe dans la mesure où elle fait l’économie de la dimension érotique de la pensée. La construction de cette identité méconnaît la fertilité de l’ingenium. Jacobi s’inscrit dans la querelle des Anciens et des Modernes lorsqu’il dégage, avec Fénelon, le principe de la politique des Anciens. Selon Jacobi, le modèle archétypal de la connaissance n’est pas seulement théorique, mais aussi éthique. Tandis que Kant réinterprète la doctrine des Idées platonicienne dans la Critique de la raison pure (Kritik der reinen Vernunft), Jacobi se propose dans cette Lettre à Schlosser d’exhumer le sens de l’époptie amoureuse afin de comprendre pleinement la théorie des Idées.
Les Lumières kantiennes se demandent comment s’orienter dans la pensée. Jacobi répond qu’il faut réorienter le regard de l’âme vers la source de la lumière. La philosophie ne produit aucune faculté de connaissance, elle tourne cette faculté supérieure entravée par les chaînes de la cité vers l’Idée du Bien. Cette conversion va à l’encontre du rôle dévolue à l’éducation dans la diffusion de l’Aufklärung. Si l’homme est capable de reconnaître cette Idée, c’est qu’il porte en lui le souvenir de cette lumière entrevue. Jacobi soutient qu’il n’y a pas d’apparaître sans être, nous ne percevons le devenir et les choses particulières que grâce à cette Idée de l’être qui échappe au mouvement. L’idéalisme relève de la sophistique et confond les notions de cause et de fondement lorsque celui-ci entreprend de contester la réalité du concept de cause que Platon mesure à l’aune du modèle divin. Le Dieu métaphysique de l’idéalisme spéculatif est la cible des attaques de Jacobi. C’est le livre X des Lois qui permet, selon ce dernier, de clarifier les enjeux théologico-politiques de ce nouveau courant philosophique. Jacobi critique le fondement matérialiste de l’unité du Tout, il tend à Schelling son propre miroir afin de renverser cette philosophie de l’identité nourrie de théologie idéaliste. La philosophie platonicienne est présentée par Jacobi comme un remède aux outrances spéculatives. Jacobi juge qu’il est important de ne pas délier la loi de son fondement naturel. La nouvelle doctrine schellingienne ne peut plus chercher à fonder la cité conformément à la justice, car ce naturalisme réduit ce souci à l’interprétation du nomos. Néanmoins, Jacobi ne dévalorise pas le heurt des opinions dans la cité, car elles expriment une orientation vers ce qui est préférable ou meilleur. Il ne serait pas désirable de posséder seulement des connaissances divines, et de négliger la dimension historique, la connaissance du devenir et du particulier. L’examen de l’âme suppose la connaissance des fins que prétend abolir la philosophie moderne, même dans sa version idéaliste platonisante. Selon Jacobi, aucune science ou savoir théologique ne peut soustraire l’homme à ses choix. Lorsque Socrate se demande ce qu’est la vertu, il pose, selon Jacobi, la question décisive, car elle indique une possibilité plus haute pour la vie philosophique qui demeure mystérieuse. Nous pouvons constater que la sagesse socratique rencontre celle de la Révélation, elle implique une forte interrogation sur la piété et les choses divines. La philosophie de la nature tente de donner une dignité philosophique au Dieu de la métaphysique en le définissant comme apeiron. Jacobi reproche à cette définition de favoriser l’éclosion de vagues visions du monde. Mais surtout, cette conception du divin est incohérente, car elle mêle des propositions sur la création du monde inhérentes au Dieu biblique tout en niant la forme personnelle et le dualisme de ce Dieu. Jacobi attire notre attention sur l’opposition entre le Dieu biblique et l’absolu de l’idéalisme. Dans Des choses divines et leur révélation (Von den göttlichen Dingen und ihrer Offenbarung, 1811), il écrit un dialogue fictif entre un enthousiaste et un idéaliste kantien qui se termine par un silence exprimant d’une manière concise et ésotérique les apories du conflit qui constitue la basse continue de son œuvre, celui entre la philosophie et la religion, entre Athènes et Jérusalem.
Les marbriers des Bâtiments du Roi (1661-1745) : étude des principaux...
Lundi 8 décembre
9 h
Institut océanographique
petit amphithéâtre
195, rue Saint Jacques
Paris 5e
Mme Sophie MOUQUIN soutient sa thèse de Doctorat :
Les marbriers des Bâtiments du Roi (1661-1745) : étude des principaux marbriers travaillant pour la couronne de France sous l’Ancien Régime
en présence du Jury :
M. BAULEZ
Mme BRESC-BAUTHIER (PARIS)
Mme GRIVEL (RENNES II)
M. JESTAZ (EPHE)
M. MEROT (PARIS IV)
M. SCHNAPPER (PARIS IV)
Les marchands de couleur à Paris au XIXe siècle
Samedi 4 décembre 2004
9 h 30
INHA, carré Colbert, Galerie Colbert
Salle Walter Benjamin, RDC
4-6, rue des Petits Champs
75002 PARIS
Mme Clotilde ROTH-MEYER soutient sa thèse de doctorat :
Les marchands de couleur à Paris au XIXe siècle
En présence du Jury :
M. CURIE
M. DARRAGON (PARIS I)
M. FOUCART (PARIS IV)
M. JOBERT (PARIS IV)
M. ROBICHON (LILLE III)
M. ROQUEBERT
Les mascarons aux XVIe et XVIIe siècles en Italie et en France
Lundi 22 janvier 2007
9 heures
A l’INHA, Galerie Colbert, Salle Ingres, 2ème étage
4-6, rue des Petits-Champs 75002 Paris
Mme Yi-Wen YEH soutient sa thèse de Doctorat :
Les mascarons aux XVIe et XVIIe siècles en Italie et en France
En présence du Jury :
M. GUILLAUME (PARIS 4)
M. SENECHAL (AMIENS)
M.TOLLON (TOULOUSE 2)
Résumés :
Cette recherche traite deux domaines : les motifs et les champs décoratifs du mascaron des XVIe et XVIIe siècle en Italie et en France.
Le mascaron se présente selon plusieurs aspects : nous trouvons les mascarons anthropomorphiques (homme, femme, enfant, tête ailée, tête de feuille...), les mascarons zoomorphes (lion, bélier...) et le mascaron fantastique. Les motifs d’accompagnement de ces mascarons sont divers et représentent des éléments de l’époque tels l’emblème, l’armement, les bijoux, le coquillage, la draperie, les végétaux, les putti....
Les champs décoratifs sont divisés en plusieurs parties : l’encadrement (médaillon, cartouche...), la baie (allège), le support vertical (chapiteau, colonne en candélabre, pilastre...), le support en surplomb (console, modillon...), le couvrement (caisson, architrave, écoinçon...), le décor d’architecture (frise, fronton, linteau...), l’architecture religieuse (fonts baptismaux, rosace...), l’architecture funéraire (sarcophage, tombeau...), l’architecture des eaux (fontaine...).
Après avoir brièvement étudié le masque dans les décors antique et médiéval, nous verrons sa transformation en « mascaron » dont la première date de la fin XIVe/ début du XVe siècle en Italie. Puis nous expliquerons la façon dont ils ont évolué durant les XVIe et XVIIe siècles dans deux pays, soit la France et l’Italie. En comparant le style et italien avec le style français, nous analyserons l’évolution de ces mascarons, ses différentes transformations, ses divers sources d’inspiration afin de mieux comprendre la composition des éléments décoratifs de l’époque.
Cette étude montre les points communs et les différences des ornements de l’architecture entre la France et l’Italie et souligne leur importance. Chacun de ces deux pays, malgré quelques reproductions italiennes de la part de la France, possède son style propre et sa manière de percevoir le mascaron dans le décor architectural.
This research explicates two aspects of the << mascaron >> in the XVIe and XVIIe centuries in Italy and in France : the << motifs >> and the decorative fields.
The << mascaron >> is introduced by several appearances : anthropomorphic (men, women, child, angel, head of leaf...), zoomorphic (lion, sheep...) and fantastic. The << motifs >> with these << mascarons >> are varied and introduced by the elements of their periods : arms, jewel, shell, sheet, vegetation, << putti >>....
The decorative fields are separated into several parts : the frame (medallion, cartridge...), the bay (<< allege >>), the Pillar (vertical support) (capitol, << candle colonne >> , << pilastre >>), the << surpport en surplomb >> (console, << modillon >>), the << couvrement >> (<< caisson, architrave, ecoincon >>...), the architectural ornaments (<< frise, fronton, linteau >>...), religious architecture (font, rose...), funeral architecture (sarcophagus, tomb...), and the architecture of water (fountain).
After our grounding study from the antique and the medieval masque, we saw the transformation of the << mascaron >> ; the early ones originated in the end of the XIVe and the beginning of the XVe century. Then we explained how the evolution of << mascaron >> during the XVIe and the XVIIe centuries in France and in Italy. We also analyzed the evolutions of these << mascarons >> and made the comparisons by the Italian style with French style, their different transformations, and their inspirations sources in order to understand the composition of the ornaments in this period.
This study issues the common and the different points of the architecture ornamentals between the France and the Italy. It also emphasizes their important points. Even the France has some copies from Italia but still these two countries have their own style.
Position de thèse :
Le masque dans la décoration n’est pas un sujet nouveau dans l’histoire de l’art - En effet, nous le trouvons dans l’Antiquité sur de nombreux monuments à travers des têtes coupées d’ennemis, sur certains portails gaulois ou sur les Gryelles gréco-romaines, ou encore à travers des masques de comédies, sculpté sur pierre à la fin du IIe siècles. C’est au XIVe siècles que le mascaron apparaît d’abord en Italie, puis peu à peu, dans le reste de l’Europe.
Durant la période de la Renaissance, le mascaron sera l’une des plus importantes décorations architecturales apparaissant sur des supports tout aussi divers les uns que les autres.
Le mot mascaron est emprunté à l’italien mascherone, traduit de l’arabe mascaro : bouffonnerie , dérivé augmentatif de maschera , désignant un grand masque (grossa maschera) , un grand masque grotesque (1378-1395) et en architecture, un motif ornemental constitué d’une figure grotesque (1550, Vasari) ou fantastique d’homme ou d’animal en haut ou bas-relief .
En réalité, le mascaron se limite-t-il aux masques étranges, monstrueux ou fantastiques ? Le mot mascherone n’est guère utilisé par les chercheurs italiens contemporains. En revanche, les mots tels que grottesche, maschere grottesco, mascheroni, piccola maschere, maschera, maschere (mascheroni) e figure mostruose... restent les plus utilisés : « bizzarrie », « capricci », « mostri », « mostruose » correspondent à des expressions italiennes pour désigner les mascarons. Dans le Storia Dell’Arte in Italia - L’architteura del cinquencento, Renato de Fusco a utilisé « Le grottesche » comme titre au chapitre étudiant les masques bizarres ou monstrueux du Cinqueoncento. Ainsi, nous pouvons penser qu’en Italie, les mascarons ont plutôt des visages fantastiques, monstrueux ou abstraits (déformés).
En France, André Chastel, dans son livre, La grotesque , a défini des peintures murales (du style des grotesques) du XVIe siècle jusqu’à nos jours, des peintures ou des œuvres d’art fantastiques. Dans l’Encyclopédie de l’architecture de la construction de M.P. Piant, il a appelé les masques du Moyen Age : « mascarons ». D’après certains auteurs comme Sylvie Chadenet, Tous les styles de Louis XIII à l’art déco , appartiennent rigoureusement au style décoratif. Cette dernière nomme le visage d’humain ou d’animal : « masques » ou « tête » ; le satyre : « mascaron ». Pendant la régence de Louis XIII et celle de Louis XIV, les mascarons ont de beaux visages du style hellénistique ; dans Mascarons et Gracieux souriant grimaçant, le mascaron de Nantes , ils appartiennent à ce type, très différents des mascarons italiens monstrueux.
Dans cette thèse, nous donnerons le nom de « mascaron » à tous les visages, les faces, les masques de l’humain, de l’animal, du monstre ou de la tête fantastique après le XIVe siècle : puisque ce sont des créatures et des imaginations réalisées par des artistes pour la décoration, afin de les distinguer des masques avant cette époque. Cependant, en raison de la masse documentaire, nous nous intéresserons ici uniquement à sa forme architecturale.
De la même façon, si nous nous sommes autant intéressés à ce thème, c’est parce qu’il nous fascine. En effet, même si nous nous sommes inspirés de certains gravures de Jacques Ier Androuet Du Cerceau, sans compter les nombreuses recherches, nous avons dû constater que l’histoire du mascaron, laisse encore une vaste champ de recherches nous défriché, tant en France qu’en Italie. De plus, il n’est pas des plus aisés de faire une étude historique générale du mascaron, ni de comparer les représentations de visage fondamentalement différents d’une espace culturel à l’autre, comme les têtes antiques, romaines ou les représentations médiévales - l’étude d’un large période est, en outre, marquée par l’impossibilité de définir des cadres d’étude rigoureux. C’est pourquoi nous avons fixé des limites chronologiques et géographiques aux XVIe et XVIIe siècles en France et en Italie, ce qui nous a permis des comparaisons entre des mascarons d’âges et de styles différents - Ainsi, nous avons étudié les personnage, leur situation dans le champ décoratif, leur évolution et les différents motifs qui leur sont combinés ou associés.
Cette recherche porte donc essentiellement sur la comparaison et l’évolution des mascarons français et italiens, avec un accent mis sur l’existence d’un style particulier à chaque pays. Le mascaron représente partout un visage humain, tantôt un animal ou un grotesque, souvent inspiré de la mythologie antique. Certains empruntent des formes italiennes provenant de l’art médiéval, d’autres sont de pures créations artistiques. Bien souvent, il est combiné à des motifs concrets ou abstraits comme les coquillages ou les végétaux, pouvant se trouver dans les frises, les médaillons, les guirlandes, etc..., apparaissant soit sur des champs plats en bas-relief, soit sur le corps de moulures ou des supports constitués d’un ensemble d’ornements.
Même si le mascaron reste profondément d’origine italienne (il est apparu d’abord en Italie), les artistes et architectes français ne manquent pas de créativité pour le « nationaliser ». Au Moyen Age, en raison de la présence centrale de la religion au sein de la société, le visage grimaçant du masque évoquant le pouvoir du démon était occulté. Le théâtre profane était interdit et le masque n’avait sa place que dans le contexte de la dérision, de la bouffonnerie et de la figure monstrueuse - Ainsi, dans les mascarons à tête de feuille, seul le style des grotesques était représenté. Avec la Renaissance et l’avènement de l’humanisme, le mascaron suit l’évolution de la société. Durant cette période, il apparaît une nouvelle caractéristique, qui révolutionnera toute une époque : il s’agit de sa remarquable symétrie - l’est ainsi qu’au XVIe siècles, l’on trouve sur la fresque de style grotesque un petit visage attaché par un ruban en tissu.
Au XVIIe siècles, le style « arabesque » apparaît en France et a été utilisé jusqu’au XVIIIe siècles. Le mascaron se combinait avec des tiges de végétaux entrelacées géométriquement et des acanthes enroulées en volutes. Un autre style ait : « auriculaire » a été crée au début du XVIIe siècles.
Les thèmes mythologiques furent les plus sculptés dans chaque style, mais avec des personnages différents - Méduse fut la favorite de l’Antiquité ; le Satyre a été apprécié aux XVIe et XVIIe siècles. Le Soleil, quant à lui, symbole de gloire et de puissance, surtout pendant le règne brillant de Louis XIV ou « Le Roi-Soleil ». Cependant le lion n’a jamais cessé d’exister pour autant depuis l’Antiquité : il se trouvait sur les sarcophages, puis sur les murs, les portails, les fontaines et les heurtoirs ... ; de même, la tête de feuille fut un motif très répandu dès l’art gothique.
Par ailleurs, depuis son origine, le mascaron a souvent représenté des expressions traduisant tant la joie, le bonheur que la colère, la tristesse ou la peur. A travers ces expressions, les artistes des XVIe et XVIIe siècles se sont inspirés de la société de l’époque pour donner aux mascarons des images caricaturales ou fantastiques grâce à des détails sculptés sur les visages, aussi bien les hommes, les femmes et les enfants que les animaux. En effet, ces détails, sculptés sur les yeux, la bouche ou les cheveux avec des motifs les rendaient expressifs et parfois symboliques. Cependant, durant la période plus classique, le visage, moins expressif pouvait exprimer la paix ou la sérénité, voire l’élégance, surtout pour les mascarons de femmes ou d’ange. Les motifs ornementaux ont occupé une place importante, et ce, dès la fin du Moyen Age. C’est ainsi que les mascarons, disposés sur divers supports comme la dépouille de lion, les végétaux, le coquillage, le casque... peuvent être entourés par des animaux ou des putti, entrecroisés tels les ruban ou la draperie.
De la même façon, tout au long de leur histoire, les mascarons ont été représentés sur des champs décoratifs dont la frise, la guirlande, la clef d’arc... en seront les plus importants. Mais c’est au XVIe et XVIIe siècles qu’ils verront leur apogée, ceci, jusqu’à nos jours.
Cependant, au XXIe siècles, nous pouvons encore admirer ces chefs d’œuvres historiques grâce à leur restauration qui leur assure une longue conservation.
Les médaillons et les contorniates (IVe-Ve siècles) : les apports des analyses métalliques
Samedi 2 décembre 2006
14 heures 30
A l’INHA, Salle Demargne, RDC, Galerie Colbert
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
Mme Isabelle BOLLARD soutient sa thèse de Doctorat :
Les médaillons et les contorniates (IVe-Ve siècles) : les apports des analyses métalliques
En présence du Jury :
M. AMANDRY (BN)
M. BARATTE (PARIS 4)
M. BARRANDON (CNRS)
M. CALLU (PARIS 4)
M. CARRIE (EHESS)
M. SAURON (PARIS 4)
Résumés :
L’ensemble des médaillons de bronze de la collection de la Bibliothèque nationale de France a été étudié et analysé. Il en résulte une redéfinition des différentes catégories de médaillons. Deux points importants et novateurs sont à noter : premièrement, certains médaillons de bronze doivent être considérés comme des « money medallions » et deuxièmement, l’existence d’une production de médaillons de laiton a été mise en évidence.
L’analyse métallique des contorniates permet d’apporter un élément nouveau et essentiel à l’étude de ce matériel encore trop méconnu. Nous avons proposé une chronologie de la production à partir des données typologiques et de l’altération de l’alliage.
Conjointement de ces études, l’analyse de 278 monnaies émises de la réforme de Dioclétien au règne de Théodose Ier met en avant, d’une part, les réformes et changement d’alliage et, d’autre part, l’existence d’un approvisionnement unique en métal-argent tout au long de cette période.
Thanks to the non-destructive analysis method, the activation with fast neutrons of a cyclotron, we were able to study the alloy composition of over 278 Romans coins in Late Antiquity.
The bronze medallions of the Bibliothèque nationale de France collection were studied and analyzed. It has shown a redefinition from the various categories of medallions. Two important points to note : 1°/ some bronze medallions go in the “money medallions” serie and 2°/ some medallions are defined of the new “brass medallions” serie.
The study of metallic compositions and the typology of contorniates enable us to draw up a chronology : the study of the alteration and the “imperial serie” of the contorniates are related the different chronological phases.
Position de thèse :
Les médaillons, pièces dont le module est largement supérieur aux monnaies en circulation, et les contorniates, médaillons caractérisés par une bordure particulière, sont des objets offerts par l’empereur lors de la Nouvelle Année ou autres cérémonies officielles. L’étude des médaillons et des contorniates a déjà fait l’objet de travaux, notamment ceux de F. Gnecchi, A. Alföldi et J. M. C. Toynbee. Tous ont su définir les bases permettant de mieux comprendre ces objets monétiformes en s’appuyant sur des études iconographiques et stylistiques. Néanmoins, de nombreux points restent obscurs comme leur lien avec le système monétaire impérial, leur mode de fabrication ou encore l’identification des ateliers de frappe.
L’étude des médaillons de bronze et des contorniates, sous un nouveau point vue qui est celui des analyses métalliques, va nous permettre de mieux comprendre ces productions particulières. Ce travail est la première étude fournissant des analyses métalliques sur ces objets. Il a été centré sur le Bas-Empire et plus précisément sur les IVe et Ve siècles, car il s’agit d’une période charnière, marquée par la fin de la production des médaillons et par le début, ainsi que le développement et la fin de la production des contorniates.
Pour cela, nous avons étudié l’ensemble de la collection du IVe et du Ve siècle de la Bibliothèque nationale de France, soit 187 médaillons émis de Dioclétien à Théodose Ier. Dans le temps qui nous est imparti, la totalité de la collection des contorniates n’a pu être analysée, mais un échantillonnage représentatif de 70 exemplaires a été étudié et analysé.
Etudier ce matériel exceptionnel, tant d’un point vue historique qu’esthétique, implique des conditions d’analyses particulières. Nous avons donc choisi la méthode d’analyse par activation de neutrons rapides de cyclotron qui s’est avérée être la mieux adaptée pour ce travail : elle est non destructive, multi-élémentaire et globale, ce qui permet de s’affranchir des problèmes de corrosion et d’hétérogénéité. Elle fournit ainsi des résultats fiables pour des objets cuivreux (les problèmes de corrosion sont éliminés) et présente l’avantage de s’adapter aux dimensions de l’objet. Elle présente également des atouts majeurs pour la numismatique : elle possède une bonne sensibilité ; elle détermine des éléments majeurs, mineurs et traces jusqu’à l’échelle de la ppm (10-6 g/g) ; elle permet de doser ces éléments simultanément dans un même échantillon ; elle donne une précision des mesures à 7 % relatifs. Les monnaies, les médaillons et les contorniates ont été analysés par cette méthode. Cette dernière présente un triple intérêt pour notre étude : évaluer le titre et en suivre l’évolution, comprendre la production et les altérations volontaires et déterminer non pas une origine, mais une source commune du métal d’argent utilisé.
Définir la place des médaillons de bronze et des contorniates par rapport au monnayage romain du Bas-Empire demande inévitablement, d’une part, d’étudier le monnayage de bronze romain dans son ensemble et, d’autre part, d’élargir cette comparaison avec des médaillons et des monnaies d’argent, dans le but de caractériser au mieux la « gestion » du stock du métal d’argent pour la fabrication de l’ensemble de ces pièces et l’évolution de l’alliage au cours du temps. Quels rôles ont joué les médaillons et les contorniates ? S’insèrent-ils dans le système monétaire romain et de quelle manière ? Mais, surtout, quelle politique les empereurs du IVe siècle adoptent-ils vis-à-vis de la production des « médaillons », par rapport aux difficultés qui touchent le monnayage de bronze ?
Il convient, tout d’abord, de redéfinir les différentes catégories de médaillons et de répertorier chacune d’elles selon une chronologie basée sur la typologie. Ensuite, l’apport des analyses métalliques nous permettra de combler les lacunes et de mettre en évidence les grandes phases de l’évolution du monnayage de bronze et d’en tirer la politique économique de la fin du IIIe au début du Ve siècle. Une étude similaire, appliquée aux médaillons de bronze et aux contorniates, nous permettra de situer ce matériel par rapport au monnayage en circulation. Vient ensuite, le délicat problème de l’autorité émettrice et du lieu de production qui met en avant les enjeux de ce matériel au sein la société romaine de la fin de l’Empire.
Les résultats d’analyses, sur 278 monnaies émises dans l’ensemble des ateliers officiels, nous ont permis de compléter nos connaissances sur le système monétaire de bronze et de mettre en évidence l’évolution du titre et les mutations de l’alliage au cours de la période allant de la réforme de Dioclétien aux premières années du Ve siècle.
Le système monétaire impérial du IVe siècle résulte des mutations successives mises en place pour freiner la dévaluation de plus en plus importante des dénominations en argent du IIIe siècle. L’histoire monétaire du IVe siècle est désormais bien connue. Néanmoins, les apports de cette étude mettent en avant des résultats novateurs, concernant le titre des monnaies, qui sont les suivants :
1) Dioclétien introduit une monnaie de billon argenté dont la teneur en argent moyenne s’élève à 3,4 % avec un poids de fin de 0,34 g ;
2) L’atelier de Londres se différencie des autres ateliers monétaires par une production de nummi présentant un titre moyen de 5,2 % en 297. Cet atelier a très certainement bénéficié de la refonte des argentei, émis sous Carausius, qui présentaient un titre élevé ;
3) Après les premières émissions, le titre diminue rapidement et jusqu’à la réforme de 348, les monnaies d’Orient par rapport aux monnaies d’Occident présentent la particularité de contenir une teneur en argent plus importante ;
4) À partir de 318, les ateliers occidentaux frappent des monnaies aux types Iovi Conservatori et Victoriae Laetae Princ Perp présentant un titre qui s’élève à 4 %, lequel est élevé par rapport à celui des monnaies en circulation qui atteignait difficilement 1,1 % en moyenne. En Orient, un phénomène similaire se produit, mais la teneur en argent est largement plus faible que les valeurs occidentales (2,8 % en moyenne) ;
5) Sous le règne de Julien, puis sous Jovien, les Aes 1 sont frappés à partir d’un alliage caractérisé par un titre élevé de 1,4 % et par la présence de zinc avec une teneur de 1,4 % en moyenne, ce qui les distingue des autres dénominations contemporaines ;
6) Et enfin, à partir du règne de Julien avec les Aes 3 puis sous Valentinien, les monnaies ne contiennent plus d’argent ajouté.
Par ailleurs, notre étude porte également sur l’évolution de l’alliage et il en ressort des résultats inédits :
1) la réorganisation des ateliers à l’échelle de l’Empire a permis la frappe d’un nummus ayant un même alliage, quel que soit l’atelier émetteur (caractérisé par de faibles teneurs en étain et en plomb) ;
2) ensuite, dès 307, les monnaies sont affectées par un processus d’altération : à l’alliage initial, un nouveau métal vil est ajouté, ce qui a pour conséquence une augmentation des teneurs en étain et en plomb parallèlement à une baisse d’argent. L’altération des années 307/313 est caractérisée par l’ajout d’un bronze contenant 1/3 d’étain pour 2/3 de plomb à l’alliage initial ;
3) d’autre part, l’atelier d’Alexandrie se singularise des autres, par la production de monnaies, émises de 308 à 317, contenant des teneurs en zinc (cette présence est probablement due à la refonte des tétradrachmes) ;
4) puis, jusqu’à la réforme de 348, les monnaies d’Occident présentent la particularité de contenir des teneurs en étain et en plomb plus importantes que celles d’Occident ;
5) les monnaies occidentales aux types Iovi Conservatori et Victoriae Laetae Princ Perp ne sont pas frappées avec le même alliage que les monnaies contemporaines : leurs teneurs en étain et en plomb sont plus faibles ;
6) en 321, les monnaies au type Iovi Conservatori au sigle XIIГ émis sous l’autorité de Licinius présentent une composition métallique totalement différente des monnaies antérieures et contemporaines : il ne s’agit plus d’un billon mais d’un cuivre au plomb où la teneur en plomb est de 1,8 % en moyenne (l’alliage ne contient pas d’étain, ni d’argent ajouté). La présence de fer dans l’alliage est l’indice d’une non purification du cuivre et par conséquent d’une fabrication dans l’urgence ;
7) à partir de 330, les monnaies de billon argenté présentent des concentrations en plomb en augmentation ;
8) et enfin, la réforme valentinienne introduit des dénominations frappées à partir d’un alliage de cuivre au plomb qui ne contient plus d’argent ajouté.
L’un des résultats les plus significatifs de ce travail portant sur le monnayage de bronze est la mise en évidence d’un approvisionnement unique en métal argent. En effet, à la suite des travaux menés par A. A. Gordus, nous avons effectué une étude conjointe des teneurs en or et en argent contenues dans ce monnayage et il en résulte que l’argent utilisé provient d’un même stock tout au long du IVe siècle. Malgré des refontes successives au cours de ce siècle, le rapport or sur argent des monnaies ne change pas. Il semble donc que les monnaies de billon argenté, de billon et d’argent contiennent le même type d’argent, c’est-à-dire que l’argent contenu dans ces pièces provient d’un même stock.
En conclusion, à la suite des travaux menés par L. H. Cope, P. Bastien, J.-P. Callu et
J.-N. Barrandon sur l’étude de la composition de l’alliage des monnaies romaines du Bas-Empire, l’analyse par l’activation de neutrons rapides de cyclotron a confirmé et complété l’évolution du titre au cours du IVe siècle. L’association des données analytiques, numismatiques et historiques a permis de tracer les grands changements métrologiques, typologiques et métalliques de ce monnayage de la fin de l’Empire. Nous avons ainsi démontré que les monnaies de bronze, tout au long de cette période, sont frappées avec le même type d’argent dans tous les ateliers monétaires de l’Empire, ce qui confirme l’importance de la réforme de Dioclétien sur l’uniformité des ateliers monétaires et met en avant le manque de métal d’argent au Bas-Empire et l’utilisation récurrente du procédé de refonte.
Etudier la place des médaillons de bronze du Bas-Empire dans le monnayage impérial consiste, dans un premier temps, à approfondir nos connaissances sur les médaillons, c’est-à-dire à analyser leur composition métallique afin de confirmer ou non les différentes catégories établies, puis, dans un second temps, à élargir cette étude en comparant les données obtenues avec celles de monnayages d’alliage cuivreux de l’ensemble des ateliers monétaires impériaux. Dans cette perspective, notre étude s’est développée selon différents axes qui sont :
1) définir et interpréter les différents types de médaillons frappés pendant le principat ;
2) comprendre et mettre en évidence l’évolution du titre et de l’alliage ;
3) déterminer le mode de fabrication, notamment des médaillons bimétalliques, et le procédé d’argenture ;
4) comparer ces différents aspects avec les monnaies contemporaines ;
5) caractériser la place des médaillons dans le système monétaire romain.
Au cours de cette recherche trois catégories de médaillons ont été étudiées et analysées. Il s’agit, tout d’abord, des médaillons appelés « classiques » qui ne présentent aucune caractéristique pouvant les exclure de la circulation monétaire, puis ensuite, des médaillons bimétalliques qui entrent dans la catégorie des « medallions proper » et enfin, nous avons mis en évidence l’existence d’une autre série constituée de médaillons d’orichalque.
L’étude métallique et métrologique des médaillons « classiques » du IVe siècle apporte de nouveaux éléments pour comprendre leur production.
Ainsi, les médaillons « classiques » ou « medallions money » sont à insérer dans le système monétaire de bronze du IVe siècle. Leur production s’effectue dans les ateliers monétaires officiels d’Occident et d’Orient et l’alliage utilisé est le même que pour le monnayage en circulation : les mutations de l’alliage et l’évolution du titre se font en parfaite concomitance. Ces médaillons du IVe siècle ne sont donc pas des médaillons « en déclin », comme ils l’ont été qualifiés trop longtemps, mais des multiples qui subissent les mêmes méfaits de l’inflation et des troubles économiques. En effet, nous avons mis en évidence un système de multiples au sein de cette production. Leur mode de fabrication obéit aux mêmes règles que celles du petit numéraire : il s’agit de flan de billon argenté à l’amalgame au mercure ; l’argent contenu dans l’alliage de ces médaillons provient d’un même stock de métal-argent et celui-ci est identique à celui des monnaies contemporaines et des multiples d’argent.
Pour les « medallions proper », le IVe siècle n’est pas une période faste contrairement à la deuxième moitié du IIe siècle et à la première moitié du IIIe siècle. Au cours de notre étude, seuls les médaillons bimétalliques ont fait l’objet d’une recherche. En effet, dès les premières années du IVe siècle, la production des médaillons bimétalliques (l’unique série des « medallions proper » pour le IVe siècle) s’interrompt. Ces médaillons se particularisent par leur forme, leur métrologie et leur composition métallique. Néanmoins ils sont, d’après leur typologie, liés à la fabrication des médaillons classiques et donc frappés dans les ateliers monétaires officiels.
Et outre, l’analyse systématique des médaillons conservés à la Bibliothèque nationale de France a permis de mettre au jour une production de médaillons d’orichalque qui n’avait jamais été mise en évidence. Cette production s’effectue en parallèle à celle des médaillons de bronze du Ier au IVe siècle. Cette production prend fin dans la deuxième moitié du IVe siècle. Au cours de cette étude, nous avons démontré la parenté qui existe entre les médaillons d’orichalque et les contorniates, nous qualifions désormais ces médaillons de « proto-contorniates ».
Enfin, cette production des « médaillons » ne s’est pas seulement révélée être une véritable source d’informations et de renseignements sur le système monétaire romain, mais elle a également confirmé le savoir-faire des artisans romains et montré la maîtrise des techniques complexes de fabrication.
Pour la première fois, une étude de la composition métallique des médaillons sur une période a pu être réalisée. Cela nous a permis de mieux comprendre cette production, de distinguer plusieurs catégories jamais mises en évidence. La définition des différentes séries de médaillons au cours du principat, séries qui se font soit en parallèle soit qui se succèdent, montre la complexité de cette production mais également sa richesse.
Dans l’état actuel des connaissances, il existe très peu d’éléments pour dater les émissions des contorniates, si ce n’est les liaisons de coins avec des médaillons constantiniens qui fournissent un terminus ante quem, et la série « impériale » (de Théodose à Anthémius) qui apporte un terminus post quem. La production s’échelonne donc entre 355/360 et 472 apr.
J.-C. Entre ces deux dates, l’incertitude est encore grande et seule la proposition de
C. L. Clay, reprise par P. F. Mittag, établissant deux diagrammes de liaisons de coins regroupant la plupart des contorniates connus, nous fournit quelques indices. Dans cette perspective, étudier les contorniates présente un double intérêt : 1°/ celui d’étudier la production de ces pièces méconnues en axant les recherches sur leurs relations avec le système monétaire romain du Bas-Empire et, 2°/ de proposer un nouveau classement chronologique grâce à l’étude de la composition métallique.
À partir des résultats d’analyses sur la composition métallique des contorniates et des conclusions de E. R. Caley sur l’étude du monnayage d’orichalque romain du Haut-Empire, nous avons élaboré une chronologie relative basée sur l’altération du laiton. Cette première étude métallique sur les contorniates nous autorise les conclusions suivantes :
1) il s’agit d’une production officielle et organisée ;
2) on observe une utilisation discontinue des coins ;
3) la production a duré environ 130 ans et a subi régulièrement un changement d’alliage dû au phénomène de refonte ;
4) cette production débute timidement à la fin de la dynastie constantinienne (peut-être sous le règne de Jovien), prend son essor au cours de la dynastie valentinienne, voire théodosienne et prend fin dans les dernières années de celle-ci. La production ralentit au cours des dernières années.
Cette étude a montré la possibilité d’établir une chronologie relative des contorniates, basée à la fois sur l’altération de l’alliage et sur l’évolution des types de droits et de revers, et indique donc l’importance des analyses métalliques pour l’étude des contorniates.
Pour conclure, les résultats de notre étude mettent en évidence l’existence de relations étroites entre les médaillons « classiques » et le monnayage de bronze du Bas-Empire. La métrologie, la composition métallique et la typologie nous ont amenée à classer les médaillons « classiques » comme des multiples des monnaies en circulation. Ces médaillons gardent malgré cela leur caractère exceptionnel mais, comme nous l’avait indiqué J.-P. Callu, ces espèces sont « destinées à alimenter (...) des sorties budgétaires occasionnelles ». Désormais, les médaillons « classiques » doivent donc être intégrés au système monétaire romain.
En outre, notre étude a également démontré l’existence de relations privilégiées entre les médaillons « classiques » et les « medallions proper », les proto-contorniates et les contorniates. Il en résulte que ces différentes productions sont toutes issues d’un atelier monétaire officiel qui est, pour la plupart, celui de Rome. Néanmoins, il ne faut pas négliger les autres ateliers impériaux qui ont également eu le privilège de frapper ces types de médaillons. Mais il reste difficile d’en mesurer l’importance et l’impact sur l’ensemble de la production.
Enfin, nous avons vu que la production des contorniates doit être différenciée des « medallions proper ». Comme ces derniers, les contorniates sont une production officielle et confiée aux ateliers monétaires, mais leur fonction est différente ainsi que l’autorité émettrice. Les contorniates ont été commandés par le Sénat.
Il faut donc, désormais, distinguer deux séries : l’une produite par l’Empereur et l’autre par le Sénat. Ce mode de répartition de la production des « médaillons » n’est pas nouveau, dès les premières années du principat, le Sénat pouvait frapper des monnaies. Avec la production des médaillons d’orichalque puis des contorniates, ce privilège n’a jamais disparu.
La possibilité de pouvoir procéder à des analyses métalliques sur l’ensemble de la collection de médaillons de bronze et de contorniates des IVe et Ve siècles de la Bibliothèque nationale de France nous a permis d’apporter un nouveau point de vue sur l’étude de ce matériel qui a stagné trop longtemps par manque de source d’informations. L’analyse métallique est un élément nouveau qui s’est révélé être essentielle pour l’étude du monnayage du Bas-Empire ; nous avons ainsi, d’une part, fourni un nouveau classement pour les contorniates d’après l’altération de l’alliage, ce qui nous a amenée à proposer une chronologie relative associant des données typologiques, métrologiques et métalliques et, d’autre part, à redéfinir les différentes catégories de médaillons de bronze existantes.
Les mérites chrétiens en France au XVIIe siècle, les représentations iconographiques et littéraires des vertus
Vendredi 20 mai 2005
Ecole Nationale des Chartes
Grande salle
19, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Marie-Odile BONARDI soutient sa thèse de doctorat :
Les mérites chrétiens en France au XVIIe siècle, les représentations iconographiques et littéraires des vertus
En présence du Jury :
M. BERCE (Paris 4)
M. CONSTANT (Le mans)
M. CROUZET (Paris 4)
Mme JOUANNA (Montpellier 3)
M. PASTOUREAU (EPHE)
Les métamorphoses d’Hermès. Motif secret et secrets d’un motif dans la tétralogie romanesque de Thomas Mann, Joseph et ses frères
Vendredi 5 novembre
14 heures
En Sorbonne, salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Hélène VUILLET soutient sa thèse de doctorat :
Les métamorphoses d’Hermès. Motif secret et secrets d’un motif dans la tétralogie romanesque de Thomas Mann, Joseph et ses frères
en présence du Jury :
M. COLOMBAT (PARIS IV)
Mme PELLETIER (BORDEAUX III)
M. POLLET (ARRAS)
M. VALENTIN (PARIS IV)
Les métamorphoses du moi
Mercredi 22 septembre
14 heures
En Sorbonne, Salle des Actes
Mme Sylvie CAMET soutient sa thèse d’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Les métamorphoses du moi
en présence du Jury :
M. BACKÈS (PARIS IV)
Mme COQUIO (POITIERS)
M. HADDAD-WOTLING (ANGERS)
Mme RALLO-DITCHE (AIX-MARSEILLE II)
Mme CHAUVIN (PARIS IV)
Les modalités de la latinisation du pays nordosque
Vendredi 12 décembre
14 heures
Centre Malesherbes, salle 322
108, bd Malesherbes
Paris 17e
M. Emmanuel DUPRAZ soutient sa thèse de Doctorat :
Les modalités de la latinisation du pays nordosque
en présence du Jury :
M. BRIQUEL (PARIS IV)
M. DE CAZANOVE (PARIS I)
M. DE LAMBERTERIE (PARIS IV)
Mme FRUYT (PARIS IV)
M. POCCETTI (ROME)
M. RIX (FRIBOURG)
Les Mosquées Alaouites. Commandes officielles des XVIIème et XVIIIème siècles
Vendredi 4 mars 2005
16 h
le lieu sera précisé ultérieurement
Mme Salma MERYEM CHRAIBI soutient sa thèse de doctorat :
Les Mosquées Alaouites. Commandes officielles des XVIIème et XVIIIème siècles
En présence du Jury :
M. Aziz TOURI
Mme BARRUCAND (PARIS IV)
M. PICARD (PARIS I)
M. SENAC (TOULOUSE II)
Les mutations de la sidérurgie française face à la mondialisation (concurrence et développement de la construction européenne)
Lundi 14 juin 2004
14 h
Salle 322, Centre Malesherbes
108, bd Malesherbes
75017 Paris
M. Guy DETHIER soutient sa thèse de doctorat :
Les mutations de la sidérurgie française face à la mondialisation (concurrence et développement de la construction européenne)
en présence du Jury :
Mme BITSCH (STRASBOURG)
M. BUSSIERE (PARIS IV)
M. DREYFUS (PARIS IV)
M. FRANCK (PARIS I)
Les mutations post-soviétiques des pays de l’isthme mer baltique-mer noire. Marges d’empires, confins du Vieux Continent ou puissances régionales ?
Mercredi 12 octobre 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Camille ROUX SERVAN-SCHREIBER soutient sa thèse de doctorat :
Les mutations post-soviétiques des pays de l’isthme mer baltique-mer noire. Marges d’empires, confins du Vieux Continent ou puissances régionales ?
En présence du Jury :
M. SANGUIN (Paris 4)
Mme DRESSLER (Paris 10)
M. KOLOSSOV (Académie des sciences de Russie)
M. RADVANYI (INALCO)
M. VANDERMOTTEN (Bruxelles)
Les néologismes d’origine slave en français au XXe siècle
Samedi 2 décembre 2006
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Nenad ZIVOJINOVIC soutient sa thèse de Doctorat :
Les néologismes d’origine slave en français au XXe siècle
En présence du jury :
M. POPOVIC (Université)
M. SOUTET (PARIS 4)
Mme STANOVOYA (Université)
M. THOMAS (PARIS 4)
Résumés :
Les néologismes d’origine slave entrés officiellement dans le vocabulaire français
durant le XXème siècle suite aux divers échanges entre la France et les pays slaves,
appartiennent, du point de vue de leur formation, à quatre catégories lexicales : emprunts,
mots dérivés, calques et sigles. Tous ces termes sont classés en plusieurs groupes, tout
d’abord selon la langue dont ils tirent leur origine (russe, tchèque, polonais, bulgare, serbocroate
et slavon) et ensuite, dans le cadre de chaque langue, sémantiquement, selon les
domaines dans lesquels ils sont employés. Les recherches, ayant comme support la langue
littéraire et celle de la presse française et francophone, témoignent de la prépondérance des
russismes. Chaque néologisme est analysé phonétiquement, morphologiquement,
sémantiquement et pragmatiquement ; un relevé des variations de sens, d’emploi et
d’orthographe entre les deux sources documentaires est dressé, permettant ainsi de saisir des
usages que les dictionnaires ne reflètent pas toujours. L’analyse du corpus de la presse permet
également de noter l’apparition d’un nombre important de néologismes non intégrés
provenant des langues slaves, principalement dans le domaine politique et social, et qui,
malgré un usage confirmé, ne sont pas encore répertoriés dans les dictionnaires de référence.
Neologisms of Slavic origin which officially came into use in French vocabulary
throughout the 20th century as a result of various exchanges between France and the Slavic
countries, as far as their formation is concerned, belong to four lexical categories : borrowed
words, derivatives, calques and acronyms. All of these terms are classified into several
groups, first of all according to their language of origin (Russian, Czech, Polish, Bulgarian,
Serbo-Croatian, and Slavonic) and then, within the framework of each language, semantically,
according to the fields in which they are used. Research, based on literary language and that
of the French and French-speaking press, testifies to the predominance of Russianisms. Each
neologism is analyzed phonetically, morphologically, semantically and pragmatically ; a list of
the variations of meaning, usage and spelling between the two documentary sources is
established, thus allowing for an understanding of usages and interpretations that dictionaries
do not always reflect. The analysis of the body of the press also enables the recognition of the
appearance of a considerable number of unassimilated neologisms stemming from the Slavic
languages, mainly in the political and social domain, which are not yet listed in reference
dictionaries.
Position de thèse :
Les néologismes d’origine slave entrés en français durant le XXème siècle résultent des
échanges dans les domaines les plus variés entre la France et les pays slaves. L’étude de ces
néologismes se veut linguistique (à la fois étymologique et lexicologique) tout en incorporant
des éléments socio-historiques à même d’expliquer l’origine et le parcours de chacun de ces
néologismes dans la langue française.
Afin d’analyser d’un point de vue linguistique les termes d’origine slave répertoriés
dans les dictionnaires français, l’objet du travail a été de rassembler le corpus exhaustif des
néologismes répertoriés puis, par une méthodologie comparative, de mettre en regard les
définitions des ouvrages de référence et les usages (littéraires et journalistiques) que nous
avons relevés durant nos recherches. Cette confrontation nous permet de dresser un portrait
précis des évolutions du lexique d’origine slave en français au XXème siècle, nuançant ainsi,
par endroits, l’image figée qui se dégage des dictionnaires.
Selon leur formation, tous ce termes sont répartis en quatre catégories lexicales : les
emprunts (chronologiquement les premiers néologismes de cette origine), les mots dérivés, les
calques et ensuite les sigles. Six langues slaves ont servi au siècle dernier de base
d’enrichissement du français par une ou plusieurs de ces voies : le russe (langue slave de
l’Est), le tchèque et le polonais (langues slaves de l’Ouest), le bulgare et le serbo-croate
(langues slaves du Sud) ainsi que le vieux slavon (langue réservée à l’office religieux).
Afin de procéder à l’analyse méthodique de chaque terme de notre corpus, les
néologismes traités sont donc classés d’abord selon leur langue d’origine. Dans le cadre de
chaque langue, les néologismes figurent dans différents groupes sémantiques, suivant le
domaine dans lequel les mots en question sont employés. Chaque entrée est ensuite analysée à
partir de plusieurs critères linguistiques. La forme actuelle du terme en français (trouvée dans
un des dictionnaires de référence), donnée avec sa transcription phonétique et l’année de
l’attestation, est suivie d’une explication étymologique et historique du mot. Le terme
d’origine (s’il s’agit d’un emprunt) est cité dans l’alphabet original (en cyrillique si c’est un
mot russe, bulgare ou serbo-croate) et suivi des acceptions qu’on lie à ce mot dans la langue
prêteuse. Si le néologisme en question est un mot qui possède plus d’une fonction syntaxique,
ces fonctions sont énumérées et expliquées. Nous comparons ensuite les sens que l’emprunt a
gardés dans la langue emprunteuse (français) et qu’il a éventuellement acquis lors du passage
du mot d’une langue à l’autre. En effet, la comparaison nous a permis de mettre en évidence
des processus à l’oeuvre dans tout emprunt, ainsi que les lexicologues l’ont déjà démontré de
façon générale : la langue d’adoption conserve parfois seulement une des acceptions d’un
terme, ou encore développe en son sein des sens supplémentaires ou modifiés. Cette analyse
sémantique précède l’autre, d’ordre morphologique. Toutes les modifications phonétiques et
graphiques que le terme a subies après être emprunté sont soigneusement étudiées et une
explication de leur avènement, basée sur les critères linguistiques, est donnée à la fin. S’il
s’agit de mots dérivés en français ou de calques, il n’y a pas de comparaison morphologique,
bien qu’une analyse sémantique entre le mot d’origine et le terme en français soit effectuée.
Le même procédé analytique est appliqué au sujet de tous les néologismes, quelle que soit
leur nature lexicale.
Après cette analyse plutôt « théorique » du terme, une autre, plus pragmatique,
explique son emploi et son fonctionnement dans la langue française contemporaine. Cette
partie de l’étude du néologisme est fondée sur deux sources du français : la langue littéraire
(basée sur Frantext ainsi que sur les ouvrages scientifiques spécialisés) puis celle de la presse
(basée sur la presse française et francophone suisse, belge et canadienne). On étudie l’emploi
pratique du néologisme étudié pour voir quelles sont sa place et son importance actuelles dans
le français contemporain et dans quelle mesure il est intégré dans le vocabulaire. La
comparaison entre les emplois du néologisme dans ces deux domaines de la langue s’impose.
Les exemples cités témoignent souvent de différences évidentes d’usage. Tandis que la langue
littéraire illustre un emploi qui reprend le plus souvent exclusivement les graphies et les
acceptions que nous trouvons dans les dictionnaires, la langue de presse jouit d’une liberté
d’expression plus considérable. Les emprunts et les dérivés y ont souvent plus d’une version
graphique et plus de sens et d’emplois que n’en citent les dictionnaires consultés. A côté de la
forme répertoriée dans les dictionnaires (et qui est souvent celle employée dans la langue
littéraire), un terme possède souvent dans l’usage journalistique d’autres graphies, dues à des
divergences de transcription et d’adaptation. On constate donc qu’il n’y a pas de règle fixe qui
permette de définir de façon systématique la graphie répertoriée dans les dictionnaires, ainsi
qu’ont pu le déplorer les partisans de la nouvelle orthographe. La presse francophone
européenne et américaine témoigne également, quelques fois, d’usages typiques pour le
milieu du pays, des usages acquis avec le passage du mot dans cette variété du français (ces
cas restant néanmoins peu fréquents). L’entrée se termine toujours par un court commentaire
résumant le statut du néologisme dans le français contemporain.
Chaque terme ainsi analysé n’est pas traité isolément. Il fait partie d’un ensemble plus
vaste, où la langue et le domaine sémantique ont leurs particularités. La langue qui a le plus
enrichi le français est assurément le russe. Environ 80% des néologismes d’origine slave tirent
leur origine de la plus grande langue slave. Dans le cadre de cette langue, les néologismes
sont donc classés d’après le domaine dans lequel ils sont utilisés. Le premier groupe analysé
et l’un des plus nombreux est celui des termes relevant de la terminologie révolutionnaire,
communiste et idéologique russe. Dans cette partie, les mots en question concernent la
période d’après 1917 et la plupart d’entre eux, même s’ils continuent d’être présents dans
l’usage, sont aujourd’hui considérés comme historiquement datés et n’évoluent plus.
Le groupe de termes socio-politico-économiques prend également une place
quantitativement importante dans le corpus des néologismes russes ou d’origine russe.
Néanmoins, à la différence de l’ensemble précédent, celui-ci contient un nombre plus grand
de mots qui, malgré leur origine soviétique, restent toujours actuels dans l’usage français.
Parmi ces derniers, les uns continuent à être utilisés dans leurs acceptions primaires tandis que
certains en ont même développé de nouvelles, s’adaptant ainsi à une réalité sociale différente
de celle qui a conditionné leur apparition.
La contribution russe dans le domaine de la science et de la technique au siècle dernier
est illustrée à travers le groupe de néologismes qui relèvent de cette catégorie. A cause du
caractère universel et intemporel de la science, cette classe de néologismes est une des plus
vivantes et des plus actuelles. Même si ces termes sont souvent réservés aux contextes très
spécifiques et spécialisés, ce qui les rend plutôt mal connus ou inconnus d’un plus large
public, ils s’utilisent plus ou moins régulièrement aujourd’hui dans les milieux scientifiques.
Les ouvrages spécialisés ainsi que la presse en sont témoins. Certains ont développé des sens
secondaires et se sont adaptés aux nouveaux milieux, confirmant ainsi leur universalisme.
Dans le cadre de ce groupe, les néologismes sont classés d’après le domaine de la science ou
de la technique dont ils relèvent. Mis à part les sciences naturelles (biologie (quelques espèces
de flore et de faune), chimie, géologie, podologie) et humaines (quelques mots très rares),
cette catégorie de néologismes est marquée par les termes provenant des domaines dans
lesquels les Soviétiques ont atteint de très bons résultats -celui de l’aéronautique et de
l’armée. L’industrie et la production forment un sous-ensemble particulier constitué de termes
qui restent très connus et souvent utilisés dans la langue.
Les néologismes qui relèvent du domaine artistique remontent au premier quart du
siècle dernier, lorsque les Russes font beaucoup d’innovations qui se répercutent sur la scène
artistique française et occidentale. Ce sont particulièrement les beaux-arts et la littérature qui
sont directement concernés par cette catégorie de termes. Bien que la plupart d’entre eux
appartiennent aujourd’hui au contexte de l’histoire de l’art, certains ont réussi, grâce à leur
caractère universel, à s’intégrer dans l’époque moderne.
La cuisine traditionnelle russe reste peu connue des francophones, les noms des plats
attestés restant très hermétiques. Il s’agit de néologismes entrés plus ou moins récemment
dans le vocabulaire français. Les six termes sont officiellement attestés et leur emploi s’avère
très rare. Tous ces néologismes sont directement empruntés au russe et leur forme phonétique
a été respectée lors de leur passage en français : la transcription a été bien effectuée et les
termes gardent dans leur langue d’adoption la forme authentique.
Les xénismes sont la dernière catégorie des néologismes d’origine russe. De même
que les termes culinaires, les xénismes sont tous directement empruntés à la langue d’origine.
Ces termes font indissociablement partie de la vie quotidienne russe et leur emploi peut être
réalisé uniquement dans ce contexte particulier. Ils servent à la description d’une image
typique de la vie russe. On a répertorié trois termes de ce type attestés et intégrés au XXème
siècle. Leur forme graphique et l’authenticité de leur prononciation sauvegardées suggèrent
leur origine.
La deuxième langue slave traitée dans le mémoire est le tchèque. Présente avec trois
groupes sémantiques de néologismes, cette langue prend quantitativement une place bien plus
modeste par rapport au nombre de mots d’origine russe ; les termes sont toutefois (pour la
plupart d’entre eux) très bien intégrés dans l’usage, ainsi qu’en témoignent le nombre
d’occurrences et l’importance des domaines dont ceux-ci relèvent.
Le premier groupe de mots d’origine tchèque (constitué d’un paradigme comportant
un emprunt et six mots dérivés à partir de ce dernier, il relève du domaine scientifique et
technique) et le deuxième (dérivé en français à partir d’un patronyme tchèque, le seul terme
de ce groupe trouve sa place dans le domaine littéraire) restent très connus et souvent utilisés.
La valeur sémantique de certains d’entre eux s’est universalisée avec le temps et justifie
l’emploi de ces termes dans les domaines les plus variés. Le dernier groupe appartient à la
sphère socio-historique de la période de l’ex-Tchécoslovaquie. Il se compose de deux
emprunts dont l’emploi reste limité à un contexte chronologiquement révolu.
Le polonais, une autre langue slave de l’Ouest, a moins contribué à l’enrichissement
du vocabulaire français au siècle dernier. Il a donné au français trois emprunts au XXème
siècle. Ces néologismes restent très peu connus du large public et leur emploi est limité à des
contextes très spécifiques.
Le bulgare est la langue qui a prêté le plus petit nombre de néologisme de toutes les
langues slaves : sa contribution se réduit en effet à seulement deux emprunts. Comme les
néologismes d’origine polonaise, les termes bulgares sont très peu utilisés et restent limités
aux domaines dont ils relèvent, sans perspective d’élargissement sémantique ou contextuel.
La seconde langue slave du Sud -le serbo-croate - a donné au français de nouveaux
termes relevant de la sphère socio-historique, scientifique et culinaire. Les termes du domaine
socio-historique sont pour la plupart aujourd’hui considérés comme historiquement datés ;
seuls certains d’entre eux ont réussi à s’adapter et à élargir leurs acceptions, faisant ainsi
preuve d’évolution lexicale. Les néologismes relevant du domaine scientifique proviennent de
la géologie et de la physique. Ils sont principalement dérivés et s’emploient dans les contextes
spécialisés. Un seul terme constitue la terminologie culinaire et son sens reste aussi
hermétique que celui des termes culinaires des autres langues déjà citées.
Le vieux slavon (ou le vieux slave) est la langue médiévale des peuples slaves qui
n’existe plus aujourd’hui que dans les offices de l’Eglise orthodoxe. Néanmoins, cette langue
continue à enrichir les langues vivantes. Les trois termes dérivés d’un mot de cette langue
sont attestés en français au siècle dernier. Leur sens est plutôt connu, les morphèmes qui
entrent dans leur structure existant dans un grand nombre de mots français.
Les calques forment une catégorie particulière des néologismes d’origine slave en
français. Ces mots sont traités séparément des mots empruntés et dérivés et constituent un
sous-chapitre. Ce dernier est organisé d’après le même principe que la partie précédente du
mémoire : les calques sont répartis d’après les langues dont ils tirent leur origine. Trois
langues slaves ont donné des calques au XXème siècle : le russe, le polonais et le serbo-croate.
Le premier a donné le plus grand nombre de calques, mais ces termes restent liés à des
contextes spéciaux et ne sont pas souvent utilisés dans la langue (il s’agit du domaine des
beaux-arts et de la politique). Le polonais a contribué au développement de la linguistique et
ses trois calques existent uniquement dans cet emploi. Le serbo-croate a, quant à lui, fourni
dans les années quatre-vingt-dix un calque qui existe aujourd’hui sous trois versions
parallèlement utilisées. Créée dans le contexte de la guerre civile yougoslave, cette expression
trouve vite l’accès vers d’autres espaces géographiques et s’universalise.
Les sigles, la dernière catégorie de néologismes traités dans ce chapitre, sont tous
regroupés autour de la seule langue qui les a fournis au français - le russe. On n’en a relevé
que trois, dont un a servi de base de dérivation en français. Il s’agit de noms d’institutions de
l’Etat soviétique dont l’emploi s’était généralisé à un moment de l’histoire en leur donnant un
caractère plutôt commun. Ces néologismes (traités malgré leur origine comme des noms
communs) relèvent du domaine politique soviétique et sont, en tant que tels, aujourd’hui
principalement considérés comme historiquement datés.
Le dernier chapitre dresse le bilan de l’analyse des néologismes d’origine slave étudiés
dans le chapitre précédent (central) de la thèse. Est synthétisé le bilan de leur présence dans
les différents domaines de l’usage. Dans cette partie, on donne les caractéristiques
morphologiques, phonétiques et pragmatiques communes des termes étudiés, avec pour
finalité l’établissement de points communs entre tous ces termes. Les graphiques illustrent les
pourcentages déterminant la place quantitative des néologismes attestés russes, tchèques ou
bulgares dans le vocabulaire du français contemporain. La synthèse, les caractéristiques et les
graphiques suivis des statistiques sont établis pour toutes les langues observées dans cette
recherche. De la même manière que dans le chapitre central, le bilan synthétique des calques
et des sigles est effectué à part, à la fin de la première partie de ce chapitre.
Le bilan permet également de comparer l’usage littéraire et l’usage journalistique, au
regard des notices des dictionnaires : l’extrême variété des usages de la presse est mise en
relief, dressant une vision plus complexe de cette partie du lexique. Loin d’aller de soi, les
définitions des ouvrages de référence semblent saisir une grande partie de la réalité mouvante
et évolutive des usages mais laisser de côté des graphies, des sens et des fonctions qui
paraissent quelques fois aussi importants et utiles que ceux retenus.
La seconde partie du dernier chapitre est entièrement consacrée au phénomène des
néologismes non intégrés, classés dans une catégorie à part pour pouvoir être mieux observés.
En effet, l’emprunt, de même que la néologie, ne s’arrête jamais. La langue a toujours besoin
de nouveaux mots qui permettent la description de la réalité sociale qui évolue sans cesse. La
néologie par emprunt et par dérivation aux langues slaves note ainsi l’entrée d’un nombre de
nouveaux mots qui ne sont pas encore officiellement attestés dans les dictionnaires de
référence mais qui, et les sources journalistiques en sont témoins, s’utilisent plus ou moins
souvent dans la langue. Ces mots ne figurent donc pas dans les dictionnaires et c’est ce fait-ci
qui explique leur statut quasi-clandestin. Dans cette partie du mémoire, nous les avons classés
d’après le même principe que les mots officiels (critères étymologique puis sémantique) en
donnant leur sens et, plus loin, les exemples des occurrences trouvées pendant notre
recherche. Il faut souligner surtout que cette liste de néologismes d’origine slave n’est pas
aussi détaillée que celle des mots attestés. Elle n’est pas, non plus, exhaustive. Les
néologismes qui la constituent ont été relevés pendant les recherches des occurrences dans la
presse des mots officiels du corpus principal. Les néologismes détectés témoignent d’une
certaine liberté d’expression de la presse qui introduit de nouveaux éléments plus facilement
que les autres sources, notamment par dérivation patronymique. Ceci permet encore une fois
de comparer l’usage littéraire -où ces termes n’apparaissent pas -et l’usage de la presse, qui
est une source potentielle de nouveaux mots à répertorier dans les dictionnaires.
Trois langues donnent au français des termes non intégrés : le russe, le serbo-croate et
le vieux slavon. Comme on peut le supposer, c’est avant tout le domaine politique qui est le
plus vivant, notamment pour la néologie d’origine russe. Les termes d’origine patronymique
qui illustrent l’actuelle scène politique russe sont les plus nombreux et les plus fréquents.
Presque tous les quotidiens les emploient dans les articles consacrés à ce pays. Les
néologismes relevant du domaine politique, social et administratif occupent une place moins
importante que les précédents. Les termes culinaires arrivent, comme les xénismes,
directement avec ce qu’ils nomment. Ouverte aux nouveautés, la cuisine française accepte
certains plats russes qui, le plus souvent, restent un mystère pour les consommateurs.
Les néologismes d’origine serbo-croate sont tous arrivés à l’époque de la crise
yougoslave. Ils reflètent une période de conflits médiatique et militaire qui ont,
malheureusement, laissé des traces dans la langue.
Les deux termes d’origine slavonne relevés appartiennent au vocabulaire spécialisé et
ne sont utilisés que dans des contextes spécifiques.
Ces trois sources (langues) sont citées justement pour confirmer que le processus de
passage des mots entre le français et les langues slaves n’est pas terminé, et que la langue de
presse, française et francophone, a un rôle de passeur essentiel. Les échanges entre la France
et les pays de langues slaves se poursuivant sous de nouveaux aspects sociaux, politiques et
linguistiques, la langue française a donc encore de nombreux emprunts à intégrer, et les
néologismes du XXème siècle peuvent toujours développer de nouveaux sens et de nouveaux
emplois. Ceux-ci pourront peut-être, à terme, être répertoriés dans les dictionnaires qui sont
encore loin de recenser tous les usages et toutes les formes utilisés au quotidien.
Les notions d’auteur et d’originalité en littérature
Samedi 10 décembre 2005
9 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 035, Rdc
28, rue Serpente
Mme Hélène MAUREL soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Les notions d’auteur et d’originalité en littérature
En présence du Jury :
M. COMPAGNON (Paris 4)
M. BALADIER (IGEN)
M. LECARME (Paris 3)
M. MASSON (Paris 4)
M. PFISTER (Versailles)
Les notions de mouvement et de changement en relation avec les théories contemporaines de l’aspectualité et de la cognition
Vendredi 24 juin 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle de conférences D 116
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Philippe GAUVAIN soutient sa thèse de doctorat :
Les notions de mouvement et de changement en relation avec les théories contemporaines de l’aspectualité et de la cognition
En présence du Jury :
M. DESCLES (Paris 4)
M. BARREAU (CNRS)
M. BOURDEAU (CAMS)
M. DJIUA (Paris 4)
Mme GUENTCHEVA (Paris 3)
M. MEUNIER (UQAM)
Les Nusayris-’Alawis : Entre Sunna et Shi’a. Refus et acceptation selon les sources arabes médiévales et modernes
Lundi 27 février 2006
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Yaron FRIEDMAN soutient sa thèse de doctorat :
Les Nusayris-’Alawis : Entre Sunna et Shi’a. Refus et acceptation selon les sources arabes médiévales et modernes
En présence du Jury :
M. FENTON (Paris 4)
M. AMIR-MOEZZI (EPHE)
M. GHALIOUN (Paris 3)
M. VALTER (Le Havre)
Les oraisons funèbres impériales en Autriche de Ferdinand II à Charles VI (1637-1740). Discours et représentations.
Lundi 13 décembre 2004
14 h
Maison de la Recherche, salle D224
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Philippine DAUGA CASAROTTO soutient sa thèse de doctorat :
Les oraisons funèbres impériales en Autriche de Ferdinand II à Charles VI (1637-1740). Discours et représentations.
En présence du Jury :
M. BEHAR (SARREBRUCK)
M. SCHILLINGER (NANCY II)
M. VALENTIN (PARIS IV)
M. VEIT (CNRS)
Les oratorios de Georges Migot : des oeuvres "christiques"
Mercredi 7 décembre 2005
9 heures 30
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Odile CHARLES soutient sa thèse de doctorat :
Les oratorios de Georges Migot : des oeuvres "christiques"
En présence du Jury :
M. GUILLOT (Paris 4)
Mme BARBE (Paris 4)
Mme COMBET-GALLAND (Montpellier)
M. PREVOST (Metz)
M. VIRET
Résumés
L’enjeu de ce travail est de cerner en quoi les oratorios du compositeur français Georges Migot (1891-1976) méritent leur qualificatif de ²Christique² et ce qu’ils apportent de spécifique au genre. Neuf œuvres servent de base à cette étude qui s’articule autour des différents paramètres qui fondent le genre. Des considérations générales permettent d’abord de situer cet artiste protestant sur le plan esthétique, puis plus précisément vis-à-vis de la musique religieuse. Les livrets des oratorios, élaborés par le compositeur, sont ensuite l’objet d’un large développement, car ils sont déterminants dans l’orientation christique. Les différents chapitres consacrés à l’analyse musicale envisagent les aspects formel, thématique, les rôles et modalités des acteurs en présence (orchestre, chœur, solistes), l’écriture dans ses rapports avec la spiritualité, permettant de cerner les perspectives et spécificités de ces œuvres, qui s’avèrent de véritables exégèses musicales, focalisées sur l’émergence du sens christique. Le symbole révèle un rôle fondamental. Deux chapitres de synthèse établissent comment ces oratorios délimitent un genre transfiguré et réorienté, en quoi ils constituent des œuvres christiques. De nombreux parallèles sont faits tout au long de ce travail avec les oratorios contemporains et des siècles passés, permettant de positionner ceux de Migot dans l’histoire du genre.
What is at stake in this work is defining why the oratorios of the French composer Georges Migot (1891-1976) deserve to be described as ²Christic² and what they bring specifically to the genre. Nine works are used as a basis for this research which hinges on the different parameters that constitute the genre. General considerations enable us firstly to place this protestant artist aesthetically speaking then more precisely with regard to religious music. The librettos, written by the composer, are then widely developed because they are a deciding factor in christic orientation. The different chapters devoted to musical analysis consider the formal and thematic sides, the functions and modalities of the opposing actors (orchestra, choir, soloists), the writing in its connections with spirituality, enabling us to delimit the prospects and specificities of these works, which prove to be real musical exegesis, focused on the emergence of christic signification. The symbol reveals a fundamental role. Two chapters that give an overall picture establish how these oratorios delimit a transfigured and re-orientated genre, how they constitute christic works. Many comparisons with ancient and contemporary oratorios are made throughout this work, enabling us to position those written by Migot in the history of the genre.
Position de thèse
Envisager une étude des oratorios du compositeur français Georges MIGOT (1891-1976), c’est à la fois mettre en lumière les spécificités et montrer l’importance dans l’histoire d’un genre d’œuvres bien peu connues aujourd’hui. ²Oratorios Christiques², c’est ainsi que les désigne ce musicien. Est-ce simple redondance terminologique, l’oratorio étant par essence en rapport avec le Christ, ou signe d’une esthétique particulière ? Reportons-nous à l’histoire d’un genre qui, né en même temps que l’opéra au tout début du XVIIe siècle, en a subi continuellement une influence plus ou moins forte, tout en étant tributaire de l’évolution du sentiment religieux et de la place de la religion dans la société. Destiné à l’origine à favoriser la prière dans les congrégations oratoriennes, donc de visée introspective et méditative devant conduire tout autant à une réflexion spirituelle ²intellectuelle² qu’à la réception du ²message² divin, il s’est rapidement orienté vers une esthétique mêlant description musicale et méditation, en une balance variant selon l’époque et le compositeur. À la fin de l’ère romantique, où le genre avait été quelque peu délaissé et apparaissait surtout bien décadent, se dessinent les prémices d’un renouveau, parallèlement à la réaffirmation d’un réel sentiment religieux dans la société occidentale. C’est sous des visages multiples qu’il prend un nouvel essor au XXe siècle, période qui en signe donc une nouvelle floraison après le plein épanouissement de l’ère baroque. Si la structuration traditionnelle n’est pas véritablement remise en cause, l’alternance de récit, parole et méditation en établissant toujours le fondement, tout comme la présence d’un récitant, à l’acception certes élargie, et si l’empreinte de l’art lyrique demeure, tant au niveau structurel que de la conception de la voix soliste, l’orientation est toutefois dans la recherche d’une plus grande et plus authentique spiritualité. Une nouvelle idée du sacré l’imprègne aussi, tout comme les autres expressions musicales religieuses, celle d’un modèle spirituel à rechercher dans certains schèmes du passé considérés comme parangon en la matière, essentiellement la cantilène grégorienne et la polyphonie palestrinienne. Arthur Honegger en premier lieu, mais aussi André Caplet et Igor Stravinsky, sont considérés comme les principaux artisans de ce nouvel élan, remarquable notamment en France, et ont ouvert la voie à de nombreux créateurs.
Si Georges Migot n’est pas omis dans le paysage de l’oratorio au XXe siècle, l’importance et la nature de son apport dans ce domaine restent donc bien méconnues. Cet artiste multiforme, véritable humaniste et protestant très profondément croyant, fut un compositeur en marge des différents courants de son époque, revendiquant un nationalisme esthétique remontant jusqu’aux maîtres du Moyen-âge, à travers une création musicale d’essence linéaire dont l’intervalle constitue la clé. Il est l’auteur d’un ensemble de dix oratorios, au sein d’une production monumentale accordant tout autant de place à la musique profane que religieuse. Huit d’entre eux, L’Annonciation, La Nativité de Notre Seigneur, Le Sermon sur la Montagne, Nuit pascale et Résurrection, La Passion, La Mise au Tombeau, La Résurrection et Le Petit Évangéliaire, sont fondés sur les récits évangéliques, le De Christo initiatique s’inspire des deux Testaments, enfin le Saint Germain d’Auxerre relève des oratorios à sujet hagiographique, à ce titre hors du corpus d’étude. Il faut ajouter à cette série quatre oeuvres laissées inachevées, Le Puits de Jacob, Le Drame de la Passion, De Christo, et L’Ascension, également inspirées des écrits bibliques. La composition des oratorios achevés s’étend de 1936 à 1972. Les tâtonnements qui ont précédé le Sermon sur la Montagne, le premier mené à terme, révélés par les deux essais inaboutis, le Puits de Jacob et le Drame de la Passion, montrent les préoccupations esthétiques et religieuses d’un artiste désireux d’ouvrir un nouveau chemin au genre. Le De Christo initiatique, en 1972, s’inscrit comme l’ultime geste créatif de vie, quintessence et épuration suprême chez un être alors sans doute parvenu à ce qu’il considérait comme son idéal esthétique. Ces ouvrages, apportant une vision très personnelle du genre, me semblent représenter un jalon essentiel dans l’histoire.
À l’exception donc du Saint Germain d’Auxerre, ces oeuvres sont exclusivement centrées sur le Christ et s’appuient sur les Écrits bibliques. Migot, les désignant comme des ²oratorios christiques², en définit l’orientation ainsi : « Si la Musique religieuse rassemble en elle les auditeurs pour une communion collective, on pourrait dire, pour la Musique Christique, que c’est à chaque auditeur de recevoir en lui le message qu’elle contient. La Musique religieuse est comme l’aller du fidèle vers Dieu. La Musique Christique c’est la venue de Dieu en chaque fidèle ». Au-delà de la divergence établie par Migot entre musique religieuse et musique christique, il faut bien voir que l’enjeu de la musique dite ²christique² n’est pas celui du seul sujet, mais est avant tout formel et esthétique : formel car l’événement christique doit réaliser et révéler son sens à travers l’organisation architecturale, esthétique car tous les paramètres doivent concourir à l’émergence de ce sens, dans le cadre d’une spiritualisation absolue, permettant à l’auditeur (croyant ?) de vivre l’événement, d’en appréhender le message, et de recevoir - dessein ardemment recherché par Migot - le Christ en lui. Tous éléments profanes doivent être effacés, donc toute illustration matérielle, toute description, mais aussi toute accointance avec le genre lyrique, pouvant induire notamment effet dramatique et prouesse vocale. La musique doit pénétrer et faire jaillir l’essence d’un texte dans une dimension exclusivement spirituelle.
En dehors de celui de la Cantate pascale, première version de Nuit pascale et Résurrection, les livrets de tous les oratorios achevés ont été élaborés par Migot. Constitués à partir d’un passage évangélique particulier ou création, voire ²recréation² plus ou moins libre se fondant sur des sources scripturaires, ils sont pensés comme une quintessence biblique, tant dans le fond où n’est conservé que l’essentiel, avec la suppression notable d’une partie de la narration, que dans la forme, articulés autour de la figure divine en visant à l’émergence du sens. Migot allie respect et originalité dans un geste synthétique, opérant d’une manière synoptique en présence de plusieurs sources parallèles, procédant par assemblages d’éléments de provenances diverses, ou créant librement autour d’un événement. Dans tous les cas, il retient l’essentiel sur le plan spirituel, et une grande importance est donnée à la parole ou à l’expression directe. Les différentes versions des livrets témoignent à quel point Migot a œuvré pour donner tout le poids au ²mot², à la recherche de la formulation idéale. Ces livrets sont ainsi organisés dans le sens de l’esthétique ²christique² voulue par le compositeur. Il ne s’agit plus d’une histoire appréhendée dans sa seule linéarité, transcription en quelque sorte ²passive², où alterneraient de manière informelle narration, parole, et commentaire méditatif, mais de l’élaboration d’un véritable chemin spirituel menant d’un portail d’entrée initiateur à une conclusion-révélation.
Migot supprime le rôle de l’évangéliste, effaçant ainsi la distanciation inhérente à sa présence, ce qui permet à l’auditeur d’appréhender l’événement comme s’il se déroulait dans l’instant présent, tout autant peut-être que de le vivre plus intimement. En même temps, l’aspect chronologique, de facture concrète, humaine, devient secondaire, la logique discursive disparaissant parfois par l’absence de certaines sections de présentation ou de liaison. L’événement compte par sa signification spirituelle, dont la musique mettra en lumière toutes les perspectives. Il ne s’agit pas d’un fait passé mais d’un fait à la fois rendu présent et éternisé. Migot veut déjà par cela parvenir à extraire l’auditeur du temps humain, qui est celui du genre lyrique, pour le mener à un sentiment d’éternité, ²temps² christique, en dehors de toute contingence terrestre, profane. Ces livrets, très divers et d’une conception inédite, représentent donc un travail primordial en direction de l’oratorio christique. Ce rapport premier au texte sacré semble en outre conditionner l’émergence du geste musical créateur.
Sur le plan de la forme musicale, la structuration par niveau de récit (narration et présentation / parole et dialogues / méditation) est abandonnée pour une forme s’articulant autour des moments essentiels et fondateurs, dégageant la conduite et le sens du drame divin. Migot joue d’ailleurs avec les différents niveaux d’expression dans une mise en relief mutuelle. La spiritualisation totale, absolue, s’organise en un mouvement ininterrompu et dramatisé depuis l’²ouverture², forme directionnelle, unitaire et cohérente, orientée vers la révélation divine, comme menant des ténèbres à la lumière. Le récit est entièrement intégré dans ce processus spirituel, de la même manière que le choral aussi bien que la fugue sont absorbés dans une architecture pensée comme une unité. Le choral montre une fonction très élargie et nouvelle. Il n’est plus ce moment de méditation habituellement conçu à partir d’un élément de commentaire intercalé dans la trame évangélique et mis en exergue. Explicite ou implicite, il apparaît sous des configurations et des modalités très diverses, le plus souvent sur le corps même du texte. Migot transforme une forme habituellement statique, résultant d’une démarche pour ainsi dire ²mot à mot², par juxtaposition de séquences, en une forme véritablement dynamique. La suppression du récitant et du ²temps du récit² efface par ailleurs le fondement dualiste intrinsèque à l’oratorio traditionnel, révélé par l’alternance de deux niveaux d’écriture. Ceux-ci se distinguent en termes de conception musicale, de temporalité et de spiritualité, le premier niveau, celui du récitant, étant dissocié de la marche spirituelle, le second englobant l’ensemble de la véritable action spirituelle (qu’elle soit parole, acte ou méditation), son appartenance à un passé révolu, affirmée par l’existence même du premier plan, induisant une certaine distanciation face au déroulement de l’événement divin. Migot atteint au contraire à une spiritualisation totale, absolue. Son élaboration formelle est fondamentale tant dans son dessein christique que par son caractère novateur.
Divers thèmes, se référant au sens général de l’œuvre ou associés à un moment spécifique, participent de cette dynamique, même si le travail thématique est de fondement spirituel et non formel. Les figures en sont très variées, de la cellule de quelques notes à la dimension d’un thème-choral. On peut distinguer des thèmes fondamentaux et secondaires, mais l’élaboration est très différente d’une œuvre à l’autre, totalement dépendante du sujet et de sa signification. Le travail thématique n’est pas axé sur le développement, se découvrant sous les formes de la récurrence, de la transformation ou de la simple réminiscence. En évidence ou subtilement dissimulés dans la trame musicale, ces éléments motiviques agissent en exégètes, tant par leur physionomie originelle que par le travail qu’ils subissent, et participent de la profonde unité de ces oeuvres. Des parentés thématiques apparaissent dans certains oratorios, renforçant encore la cohérence interne, image peut-être de l’Unicité divine. La conclusion de l’œuvre peut réunir les motifs fondamentaux, synthèse en figure d’apothéose, affirmation de la révélation divine, ou bien n’en faire entendre que des réminiscences, révélation intériorisée retournant dans le mystère initial. Les thèmes induisent un second niveau discursif qui se superpose à celui du texte. L’élaboration thématique situe l’oratorio migotien dans une orientation symbolique ou la simple illustration musicale n’a plus guère de place. Migot va au-delà du sens immédiat pour atteindre à l’essence christique, à la vérité théologique.
L’importance des chœurs, mais aussi de l’orchestre, au regard de la brièveté des parties solistes, créé un oratorio-choral en même temps qu’une sorte d’oratorio communautaire. Les fonctions du chœur sont multiples tout autant qu’est variée leur conception, tant par l’utilisation des différents pupitres que par les modalités de l’écriture proprement dite. Quant aux interventions individuelles, elles trouvent leur prolongement ou leur amplification par le chœur ou l’orchestre, résonance instrumentale induisant des phases de méditation. Les solistes ne sont pas des protagonistes d’opéra. Ils sont là en tant qu’intervenant dans le processus divin, acteurs ou, à l’instar des anges, transmetteurs de la parole divine. Ils doivent donc en quelque sorte s’effacer devant le sens même de leur action. L’orchestre agit comme un véritable second chœur, soulignant, explicitant ou prolongeant le verbe, porteur de sa propre sémantique, tant par le biais de la thématique, de l’écriture par elle-même, que du timbre, jamais donc ²musique pure². Les sections instrumentales, en position de prélude ou d’interlude, ont un rôle capital tant sur le plan du sens que dans une mise en état méditatif. Mais passages de chœur, d’orchestre et de solistes, parfois entremêlés, sont absorbés dans un mouvement architectural unique et unitaire. Ils sont insécables de l’ensemble de l’œuvre et d’une certaine manière incompréhensibles isolément.
Une place fondamentale est donnée à la figure christique, effective ou implicite, éclairée d’une manière spécifique selon des modalités multiples, en dehors de tout effet, s’avérant ainsi une sorte de centre irradiant. Le processus se manifeste selon deux perspectives, qui peuvent s’entremêler : construction dans le sens d’une mise en relief de la figure divine (parole ou acte), ou inversement, l’intervention divine organise d’une certaine manière l’architecture. Cela est mené de subtile façon, Migot agissant par une conjugaison de différents moyens, sans aucune systématisation. La conception de la ligne vocale, la nature des phases d’introduction, d’accompagnement et de conclusion à ses interventions, à travers le choix des instruments ou des autres voix, chœur ou solistes, et de l’écriture proprement dite, concourent à la particularisation de l’Être divin. Tous les paramètres sont susceptibles d’agir : thèmes, rythme, timbre... Son chant ne montre aucun développement musical, d’un total dépouillement à l’image de l’épure la plus parfaite. Un timbre de voix lui est réservé, celui de baryton-Martin. Tant dans l’élaboration symbolique générale que dans la mise en lumière du Christ, Migot agit souvent en termes de dualisme, en dehors de tout procédé, à l’image de l’opposition entre l’humain et le divin.
Si les thèmes, tant dans leur physionomie que par leur utilisation, témoignent de la part très importante du symbolisme, l’écriture dans ses multiples composantes révèle aussi une mise en jeu permanente de la relation au sens. Écriture et spiritualité sont en corrélation incessante. Le symbole en est l’essence, omniprésent sous les configurations les plus diverses. Le travail est subtilement mené, et il n’est laissé que très rarement place à la simple illustration musicale, au simple figuralisme. La monodie, l’unisson, le bicinium, l’écriture a cappella, le diatonisme et le jeu des altérations, l’homophonie et la polyphonie (souvent à travers leur opposition), l’élaboration spatiale, rythmique, les couleurs harmoniques, se révèlent comme vecteurs sémantiques. L’œuvre s’inscrit dans un espace sonore constamment signifiant qui transcende le texte. Le sonore, autant verbal que non verbal, est source de sens. Mais si la musique est sans cesse signifiante, il n’y a pas de système, pas de grammaire rhétorique. D’une œuvre à l’autre, les modalités sont différentes. Migot reste aussi très souple dans son geste compositionnel, tout en montrant un véritable travail d’exégète. Ce n’est que par une analyse et une écoute approfondies que l’on peut vraiment appréhender ce réseau symbolique démultiplié qui affecte l’œuvre de sa micro-structure à sa macro-structure.
Ces oratorios constituent ainsi une sorte de théologisation musicale, fruits de la profonde réflexion et implication d’un homme face aux écrits sacrés. L’ouverture religieuse de l’auteur, qui vivait dans un milieu de protestants libéraux et entretenaient des relations suivies avec des personnalités de différents cultes, notamment catholiques, a conduit à des œuvres montrant par divers aspects des idées œcuméniques bien davantage que protestantes. Seule ce que l’on peut désigner comme une réelle christologie peut être assimilée à une pensée protestante.
Les oratorios de Migot révèlent ainsi un genre transfiguré et réorienté, ayant retrouvé son essence première tout en ouvrant un chemin tout à fait original. Le qualificatif ²christique² unifie des œuvres aux désignations diverses, en cela reflet de l’histoire d’un genre hybride. Cet ensemble, unique par son ampleur, se démarque de l’éclectisme des sujets au XXe siècle en se concentrant autour de la figure christique. La conception des livrets, premier pas en direction de l’oratorio christique, est tout à fait originale. Le renouvellement formel s’affirme donc sous diverses perspectives : continuité et unité atteintes par une appréhension globale de l’œuvre qui vise à mettre en lumière le sens de l’événement, effacement de la structuration habituelle fondée sur l’alternance des différents niveaux de texte (récit, parole, commentaire méditatif) pour une forme dynamique s’articulant en un cheminement spirituel menant de l’initiation à la révélation. Chaque oratorio se découvre comme une méditation ininterrompue s’accomplissant à travers une spiritualité dramatisée. Le rapport traditionnel entre texte et musique est ainsi transformé, le symbole rejaillissant en permanence à travers une écriture en corrélation constante avec la spiritualité, et révélant un dépouillement de moyens, non pas synonyme d’austérité mais d’épuration, épuration qui rime avec variabilité, intensité expressive et complexité d’appréhension.
La voie inédite montrée par Migot témoigne d’un éloignement radical du modèle opératique. Une nouvelle formalisation, un rejet du concept d’air et une entière spiritualisation d’où tout élément descriptif profane est exclus, en sont les facteurs. Cela se traduit aussi dans le principe d’un oratorio ²communautaire² où toute individualisation est effacée, le chœur, l’orchestre et les différents personnages étant unis comme une seule et unique entité, au centre de laquelle resplendit la figure christique.
Elle atteste aussi une appréhension de l’esthétique sacrée divergeant de celle de la majorité des contemporains de Migot. Pas de modèle esthétique du passé ici parce que considéré comme parangon du sacré, nulle imitation du grégorien ou de la polyphonie palestrinienne. Migot recherche un idéal christique en utilisant les seuls éléments de son langage propre, signant ainsi des œuvres ancrées dans leur époque, exprimant le sacré à l’aide des moyens du temps, comme cela avait été le cas à la période baroque, ainsi garant d’un progrès, ou plutôt d’une progression esthétique.
Migot n’est pas cependant un ²révolutionnaire de surface². Il n’emploie pas des procédés d’avant-garde, restant fidèle à une ligne esthétique générale qui affirme ses profondes attaches avec ce qui précède. Il porte un nouveau regard sur les éléments traditionnellement intrinsèques au genre. Il transforme ou révolutionne un genre de l’intérieur, à la manière d’un Beethoven dans la forme-sonate. En repensant totalement la forme et l’esprit, il atteint à un genre identifié sur les plans esthétique et formel, qui s’est érigé des frontières nettes avec le genre lyrique, qui a finalement trouvé une véritable identité, une autonomie, et une unité. Chacun des oratorios montre pourtant un visage tout à fait propre, tant sur le plan des formations instrumentales et vocales choisies, du point de vue formel, que de celui de l’élaboration générale. Fruits d’un être entier et passionné, à la pensée intransigeante et authentique, à la foi profonde, qui a toujours refusé toute compromission avec les modes, ces oratorios christiques transfigurent profondément un genre souvent quelque peu synonyme de convention et de traditionalisme, et doivent trouver leur légitime place dans l’histoire.
Les origines du royaume d’Aragon dans l’historiographie royale aragonaise aux XIVème et XVème siècles
Vendredi 1er décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Sophie HIREL soutient s athèse de Doctorat :
Les origines du royaume d’Aragon dans l’historiographie royale aragonaise aux XIVème et XVème siècles
En présence du Jury :
Mme FERNANDEZ-ORDONEZ (MADRID)
M. HEUSCH (ENS LT LYO)
M. JARDIN (PARIS 3)
M. MARTIN (PARIS 4)
M. SABATÉ (UNIVERSITE)
Mme ZIMMERMANN (PARIS 4)
Résumés :En attente
Les origines du royaume d’Aragon dans l’historiographie royale aragonaise aux XIVème et XVème siècles
Vendredi 1er décembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Sophie HIREL soutient sa thèse de Doctorat :
Les origines du royaume d’Aragon dans l’historiographie royale aragonaise aux XIVème et XVème siècles
En présence du Jury :
Mme FERNANDEZ-ORDONEZ (MADRID)
M. HEUSCH (ENS LT LYO)
M. JARDIN (PARIS 3)
M. MARTIN (PARIS 4)
M. SABATÉ (Université)
Mme ZIMMERMANN (PARIS 4)
Résumés :
Ce travail est consacré à l’étude de la tradition historiographique de l’Est péninsulaire de l’avènement de son modèle fondateur dans les années centrales du XIVe siècle à son apogée dans l’œuvre de Vagad (1499). Il s’agit de suivre, au sein de cette production inédite et méconnue, la représentation des fondements politiques du royaume d’Aragon à travers l’analyse de certains motifs dits légendaires, liés à la naissance du royaume.
Une première partie définit la Chronique de Saint-Jean de la Peña comme le modèle fondateur de cette tradition. Y sont réfutés les critères traditionnels d’établissement du texte - qui répondent davantage à un nationalisme linguistique moderne qu’à la réalité de la transmission manuscrite - puis identifiées les différentes sources de l’œuvre. Le regard porté par cette chronique royale sur les moments fondateurs du royaume est ensuite détaillé.
Une seconde partie traite des avatars de ce récit - transcrits en volume annexe - et des infléchissements idéologiques qu’ils induisent. Elle s’intéresse particulièrement à leur prise de position en faveur des thèses « pactistes » dans le cadre d’un renouveau de la littérature juridique dans la Couronne d’Aragon et à l’émergence d’une théorie de l’opposition au roi.
Enfin, il est expliqué comment cette doctrine est récupérée et détournée dans la chronique vagadienne, définie comme une véritable proclamation d’idéologie politique. Rédigée à la demande des diputados du royaume d’Aragon dans le dernier quart du siècle, la Chronique d’Aragon ne cherche en effet pas tant à contester le pouvoir royal qu’à affirmer la spécificité d’une identité aragonaise.
The thesis examines the historiographical tradition of the eastern part of the Iberian Peninsula, from the emergence of a founding model in the mid-fourteenth century until it reached its apex with Vagad’s work in 1499. Analyzing these unpublished and little known works, I highlight the representation of the political foundations of the Aragonese Kingdom and the formulation of an ideology that aimed at increasing the political and cultural dignity of the Aragonese Crown. First, I show in what sense the Chronicle of San Juan de la Peña should be held as a model. I dismiss traditional views on the conception and writing of the text, which stemmed from modern linguistic nationalism rather than from medieval manuscript transmission, and I identify its main sources. I also discuss the new perspectives it offers on the early history of the kingdom.
Second, I trace the literary descendants of this initial narration and their ideological meanings and evolutions, with particular emphasis on the link between their adoption of a pro-pactist position (a socio-political phenomenon where power is shared between the king and the aristocratic and urban elites), and the kingdom’s flourishing production of juridical literature. The apex of this ideology is to be found in the Chronicle of Aragon of Vagad, yet this authentic proclamation of political ideology turns what had once been a protest movement against royal power into an affirmation of Aragonese identity.
A transcription of some of the manuscripts of the corpus studied is provided, with details of their sources and subsequent related works.
Position des thèse :
« Durant el segle XV es produeixen, en llengua catalana (...) cròniques sobre monarques i esdeveniments particulars, resums d’història general del país i ambicioses històries universals, de gran extensió. Malgrat aquests esforços, repetim-ho, res no hi ha de comparable a les quatre grans cròniques de l’època anterior » .
La thèse que je présente porte sur les origines du royaume d’Aragon dans l’historiographie de l’Est péninsulaire aux XIVe et XVe siècles. Il s’agit de saisir les fondements politiques dudit royaume par l’analyse des différents mythes fondateurs qui ont émergé ou qui se sont consolidés au sein de la production historiographique de la Couronne d’Aragon à la fin du Moyen Âge. Je désigne par mythes les actes de production d’un événement structuré autour d’un personnage que l’on pourrait appeler héros, actes intrinsèquement voués au développement et à la répétition. Il en surgit, comme l’expose Dominique Boutet dans Pour une mythologie du Moyen Âge, « des formes nouvelles [...] complexes, dont la dimension mythique tient à la multiplicité des attestations, c’est-à-dire au succès littéraire de ces héros ». Ce sont ces formes et le principe même dont elles se nourrissent - l’intertextualité - qui sous-tendent et structurent l’ensemble de ce travail. Précisons néanmoins que dans le cadre de cette étude, seuls sont abordés les mythes inscrits au cœur des fondements politiques et institutionnels du royaume d’Aragon, c’est-à-dire ceux qui ont trait à la naissance de ce dernier.
Deux dates - deux œuvres - circonscrivent la présente étude : en 1369 s’achevait la première rédaction de la Chronique de Saint-Jean de la Peña (désormais CSJP), considérée comme la première chronique aragonaise stricto sensu. En 1499, paraissait la Chronique d’Aragon du moine cistercien Fabricio Gauberto de Vagad, rédigée quelques années plus tôt à la demande des diputados du royaume d’Aragon et considérée comme le point culminant de la tradition fondée par la CSJP. Entre ces deux jalons, rares (pour ne pas dire inexistantes) sont les œuvres à avoir suscité l’intérêt de la critique : l’historiographie de la Couronne d’Aragon a en effet été drastiquement réduite, tout au long du XXe siècle, à quatre chroniques catalanes des XIIIe et XIVe siècles (cf. l’épigraphe ci-dessus). Il me fallait donc préalablement mettre à jour un corpus de textes encore largement inédits, c’est-à-dire redonner vie à des textes méconnus et pourtant fondamentaux quand il s’agit d’appréhender l’univers politique et culturel de la Couronne d’Aragon. Aussi ce travail propose-t-il en volume annexe la transcription d’une demi-douzaine de textes, accompagnée de précisions sur les sources et filiations de chacun d’entre eux, ainsi que de références bibliographiques servant à dresser un panorama de l’état actuel de la recherche sur les productions historiographiques aragonaise, catalane et valencienne.
Une première partie, intitulée « le corpus initial : la CSJP », s’intéresse tout spécifiquement à la chronique dite de « Saint-Jean de la Peña » (ou Pinatense), rédigée sous les auspices du roi Pierre IV d’Aragon (1336-1387) durant les années centrales de son règne.
Considérée par la critique comme « la première tentative de la Couronne d’Aragon pour rédiger son histoire générale » (Antonio Ubieto Arteta), l’œuvre n’a paradoxalement jamais été scientifiquement établie. Il convenait donc, dans un premier temps, de revenir sur les critères traditionnels d’édition de la Pinatense, qui me semblaient davantage répondre à un nationalisme linguistique moderne qu’à ce que l’œuvre nous révèle de sa propre transmission manuscrite. La mise au point philologique proposée dans le premier chapitre de cette thèse (chapitre 1 : « Récit des origines... origines du récit ») se fonde tout autant sur l’étude de la genèse textuelle de la CSJP que sur l’identification systématique des sources de cette dernière, condition sine qua non à la compréhension de sa spécificité comme modèle fondateur d’une historiographie proprement aragonaise. Il ressort qu’au-delà des documents de la pratique et de l’autorité majeure que constitue dans la Péninsule le De Rebus Hispaniae de l’archevêque de Tolède, les compilateurs de Pierre IV d’Aragon disposent de nombreuses sources locales - des récits hagiographiques, des chroniques, des généalogies et des poèmes épiques -qui témoignent de l’existence d’une forte tradition historique et littéraire en Aragon. Dans le domaine historiographique, deux textes en particulier révèlent la force idéologique de cette production : une Chronique de Saint-Victorien aujourd’hui perdue mais dont se réclament abondamment les chroniqueurs aragonais des XIVe et XVe siècles ; une Histoire des Goths de 1252/1253, qui n’est pas la traduction castillane des histoires du Tolédan que l’on voulait y voir mais un remaniement précoce, aragonais et dissident, de ces dernières.
Une fois les « origines du récit » fixées, restait à détailler le tribut personnel de la CSJP au discours sur les origines du royaume. Le chapitre 2, intitulé « Modèle proposé pour les premiers temps » montre comment la chronique en question non seulement recentre l’histoire de la Reconquête sur l’Est péninsulaire (très précisément dans les montagnes du Sobrarbe), mais accompagne ce déplacement géopolitique d’un système généalogique jusqu’alors inédit. La Pinatense introduit en effet une première dynastie aragonaise, dite « Jiména », qu’elle situe aux premiers moments de la Reconquête, ce qui l’autorise à décliner et à magnifier toute une « proto-histoire » aragonaise bien antérieure à l’avènement du premier roi officiel du royaume, Ramire Ier (1035-1069).
Je montre dans un troisième chapitre (« Chronique royale et idéologie politique ») que l’échafaudage, dans son ensemble, porte aux nues la royauté aragonaise. Il demande assurément à être rattaché au contexte historique de production de la CSJP, marqué par une opposition violente entre le roi et les nobles réunis en Union (1347-1348). La prudence reste néanmoins de mise : si elle est massivement pro-royale, la CSJP n’en porte pas moins en son sein un témoignage qui nous invite à ne pas voir en l’œuvre un ensemble idéologiquement homogène. Le ms. L-II-13 de la bibliothèque de l’Escorial nuance en effet la condamnation du mouvement unioniste (de rigueur dans les autres manuscrits), laissant entendre que les compilateurs n’étaient pas uniformément soumis au pouvoir royal.
De ce modèle novateur allait émerger, tout au long du XVe siècle, un véritable « archipel historiographique », dont la deuxième partie de ce travail s’emploie à dégager les grandes orientations.
Le premier chapitre de cette partie (« Un désert historiographique ? ») présente une série de textes, tronqués ou apocryphes, tantôt succincts, tantôt prolixes, désignés comme histoires, chroniques, annales, mémoires, livres ou encore sommes, de tailles, de langues et d’origines variées... Bien qu’elles portent - à un degré quelconque de leur élaboration - la marque de la CSJP, ces œuvres s’inscrivent irrémédiablement sous le signe de l’éclatement, de la fragmentation. L’analyse codicologique de chacun de ces artefacts - moments textuels uniques - témoigne de fait d’une production en marge du circuit traditionnel de diffusion des œuvres historiographiques et de la mise en place de canaux de diffusion secondaires. Le phénomène coïncide, me semble-t-il, avec un recul sensible de la mainmise royale sur l’historiographie et avec la subséquente défection des chroniqueurs officiels de la Couronne au profit de nouveaux « acteurs », qui agissent majoritairement sous le couvert de l’anonymat. Je note toutefois à la fin de ce chapitre qu’un chroniqueur se singularise : il s’agit du chevalier catalan Pere Tomich, auteur des Histoires et conquêtes des rois d’Aragon et comtes de Barcelone (1438). Dans sa chronique, l’histoire n’est pour la première fois plus subordonnée aux intérêts personnels d’un monarque ou d’une dynastie, mais devient instrument de propagande entre les mains de grands lignages nobiliaires (en l’occurrence, la famille des Pinós i Mataplana). Le succès de cette œuvre se mesure à l’aune des textes qui l’imitent (Sumari per Berenguer de Puigpardines, Summa de Lupo Spechio, Recort de Gabriel Turell, etc.) et explique en partie que durant toute la seconde moitié du XVe siècle, l’historiographie s’offre, dans l’Est péninsulaire, comme un lieu privilégié d’expression et d’affirmation des élites nobiliaires et urbaines de la Couronne.
Quel est le regard porté par ces dernières sur les moments fondateurs du royaume ? L’analyse de l’évolution, au sein de ces chroniques, des mythes mis en place par la CSJP fournit des premiers éléments de réponse à cette question (chapitre 2 : « Le modèle et ses variations »). On comprend très vite qu’au-delà de motifs communs érigés à la gloire de l’Orient péninsulaire (la « légende du Sobrarbe » et la négation croissante de la bâtardise de Ramire Ier, notamment) perce la discorde. La multiplication et la surexploitation des motifs légendaires engendrent une véritable « guerre des mythes » au sein de la littérature historiographique, indice d’une confrontation politique et culturelle déstabilisante. L’affrontement est de nature géopolitique, tout d’abord, dans la mesure où chaque territoire de la Couronne cherche à affirmer le bien-fondé et par conséquent le caractère inaliénable de ses fondations par le truchement d’archétypes propres à chaque royaume (Ramire Ier en Aragon, Guifré le Velu en Catalogne, Jacques Ier à Valence) ; mais il est aussi d’ordre socio-politique puisque chaque « état » (« bras » royal, noblesses et élites urbaines) s’ingénie toujours plus à faire valoir ses prérogatives, comme l’atteste l’étude sur les aventures d’Otger Catalò.
Cette nouvelle veine socio-politique, dans laquelle s’engouffrent tous les chroniqueurs - ou presque - du dernier tiers du XVe siècle, confère au corpus une portée juridico-politique inusitée que j’expose dans le troisième chapitre de cette partie (« Portée juridique du corpus ? Vers une doctrine de l’opposition »). Si le renouveau du thème juridique dans l’historiographie de l’Est péninsulaire est à rattacher aux courants majeurs de la littérature juridique dans la Couronne d’Aragon (essentiellement représentés par des juristes valenciens tels Eiximenis et Pere Belluga), il contient des éléments qui lui sont propres, comme l’introduction d’une nouvelle figure mythique : le Justicia d’Aragon, appelé à devenir le symbole des Fors et Libertés aragonaises. Le corpus ici considéré l’érige, pour la première fois, en véritable redresseur de torts d’un roi potentiellement arbitraire et renvoie sa naissance aux temps fondateurs du royaume, au moment même de la première élection royale. C’est inscrire le Justicia au cœur des thèses dites « pactistes », phénomène socio-politique de partage du pouvoir entre royauté et élites nobiliaires et urbaines. C’est aussi inviter le lecteur (moderne) à un questionnement sur certaines notions clés de l’univers politique et culturel de la Couronne d’Aragon. Dans la dernière division de ce chapitre, j’examine notamment l’émergence d’une « doctrine » de l’opposition au roi, pour souligner que si son développement théorique est sans doute encouragé par la fragilité croissante du pouvoir royal (absentéisme royal d’Alphonse V d’Aragon, conflit entre son fils Jean II et la noblesse catalane), ses effets dans la pratique sont assurément limités. Car dans l’écheveau idéologique et politique qu’est le corpus historiographique ici considéré, les solidarités et les affrontements se développent, somme toute, à différentes échelles et rendent tout étiquetage conceptuel impossible. Les chroniques témoignent en fait, durant plus de soixante ans, d’un bras de fer entre différents niveaux de pouvoir, les avancées des uns correspondant au recul des autres.
Seule l’œuvre de Gauberto Fabricio de Vagad, dans les dernières années du XVe siècle, marque sur ce terrain un point de non-retour. Les éléments épars et contradictoires des chroniques antérieures s’y retrouvent systématisés, « systématisation » qui fait - à mon sens - basculer l’œuvre « de l’histoire à la proclamation d’idéologie politique » (titre choisi pour cette troisième partie de l’étude). Pourquoi et comment allait émerger cette proclamation ? Quels en furent les tenants et les aboutissants ?
Dans un premier temps, quelques éléments de biographie sur l’énigmatique « insanus quidam monachus Gaubertus », sempiternellement fustigé par la critique, sont présentés afin de faire ressortir le lien qui unit cet auteur aux élites de Saragosse, et plus précisément à certains représentants de la Diputación d’Aragon (chapitre 1 : « Vagad et la production historiographique à Saragosse à la fin du XVe siècle »). C’est toutefois la genèse même de l’œuvre vagadienne qui nous informe sur l’ancrage de l’auteur dans les milieux intellectuels de la capitale et sur l’originalité de sa position relativement à d’autres chroniqueurs contemporains, auteurs - comme lui - de Chroniques d’Aragon. Contrairement à Gonzalo García de Santa María et à Lucio Marineo Sículo, tous deux fortement pro-monarchiques, Vagad se présente en effet avant tout comme le porte-parole du royaume d’Aragon. Sa rhétorique (axée sur l’exagération) et sa démarche historiographique même (basée sur l’interprétation) ne cessent de vanter les exploits de l’Aragon et des Aragonais. Cette philosophie vagadienne, exposée au chapitre 2 de cette troisième partie (« pensée des origines dans la philosophie vagadienne »), accorde une place de choix à la naissance politique de l’Aragon. Plus que tout autre, sans nul doute, Vagad sait que dans les origines se concentre le destin du royaume, et que le présent n’est jamais mieux justifié que lorsque le passé lui est conforme ! Le Sobrarbe est alors érigé dans la Chronique d’Aragon en véritable berceau de l’histoire aragonaise ; la première dynastie royale est exaltée et le premier roi officiel de l’Aragon, Ramire, exclusivement présenté comme fils légitime. Mais il y a plus : Vagad se fait le chantre des libertés aragonaises, non plus comprises comme outil ponctuel d’opposition au roi mais comme affirmation d’une identité spécifiquement aragonaise.
Si le discours de Vagad répond avant tout à une demande précise et circonstanciée des Diputados du royaume en réaction contre la politique « pan-hispanique » de Ferdinand (exposée dans un sous-chapitre sur « les réformes de Ferdinand II d’Aragon »), il ne s’inscrit pas moins dans un débat beaucoup plus large, qui le porte et le transcende, à savoir une réflexion politique sur les formes de pouvoir (chapitre 3 : « La Corónica de Vagad : réponse au contexte historique ou débat intellectuel ? »). L’étude de la structure de l’œuvre vagadienne, et plus précisément de la nature et de la fonction de son triple prologue, invite à voir la doctrine de Vagad comme une réponse à des proclamations castillanes. Vagad prend en effet, dans les deux derniers prologues, le contre-pied des arguments exposés dans la Compendiosa historia hispánica (1470) de Rodrigo Sánchez de Arévalo (1405-1470) : il convient dès lors de replacer ce jalon majeur de la production aragonaise sur l’échiquier de la production historiographique péninsulaire.
À l’issue de ce parcours, donc, le traitement réservé par l’historiographie de la Couronne d’Aragon au thème des « origines » permet de verser quelques hypothèses sur les raisons politiques, socioculturelles et idéologiques qui ont porté l’Aragon à « s’écrire » tout au long du XVe siècle. Émerge l’idée d’un lien entre cette écriture constamment renouvelée et le rapprochement qui s’opère entre les Couronnes d’Aragon et de Castille tout au long de cette période (de l’avènement d’un Trastamare sur le trône d’Aragon en 1412 à l’union personnelle de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille en 1469). Saisissant cette production dans ce qu’elle a de genuina - d’authentique et d’autochtone -, ce travail espère avoir apporté quelques éléments de réflexion sur la production historiographique « non castillane » dans la péninsule ibérique des XIVe et XVe siècles, une production beaucoup plus riche et foisonnante que tout ce que la critique du XXe siècle était prête à concéder.
Les personnages secondaires dans "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust
Vendredi 30 avril 2004
14h30
En Sorbonne, Centre des correspondances
Esc. I, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme HWA SOOK LEE YUN soutient sa thèse de doctorat :
Les personnages secondaires dans "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust
en présence du Jury :
Mme LEVILLAIN (PARIS IV)
M. REY (PARIS III)
M. ROBERT (PARIS III)
M. TADIE (PARIS IV)
Les phénoménalisations de la violence dans le premier chapitre de "La Ley del amor" de Laura Esquivel
Lundi 29 novembre
14 h
Institut d’Etudes Hispaniques, salle 24
31 rue Gay Lussac
75005 Paris
Mme Isabelle AVISSE soutient sa thèse de doctorat :
Les phénoménalisations de la violence dans le premier chapitre de "La Ley del amor" de Laura Esquivel
en présence du Jury :
Mme EZQUERRO (PARIS IV)
M. FOUQUES (CAEN)
Mme RAMOND (PARIS VIII)
Mme ZAPATA (TOURS)
Les points de vue : vers une caractérisation de la notion de besoins utilisateurs
Lundi 19 janvier
14 h 30
Salle de conférences, ISHA
96 bd Raspail
75006 Paris
Mme Leïla NAIT-BAHA FLAMENT soutient sa thèse de doctorat :
Les points de vue : vers une caractérisation de la notion de besoins utilisateurs pour la collecte d’informations sur le Web. Conception et réalisation du méta-moteur de recherche de RAP
en présence du Jury :
M. DESCLES (PARIS IV)
M. FLUHR (CEA)
Mme GRAU (CNAM)
M. HASSOUN (ENSSIB)
M. LAUBLET (PARIS IV)
M. LE COADIC (CNAM)
Les polyphonies vocales des Pygmées Bedzan du Cameroun ...
Lundi 8 décembre
14 heures
Centre Malesherbes, salle 322
108 bd Malesherbes
Paris 17e
M. Fabrice MARANDOLA soutient sa thèse de doctorat :
Les polyphonies vocales des Pygmées Bedzan du Cameroun .
une approche expérimentale du système scalaire
en présence du Jury :
M. ARON (CNRS)
M. JAMBOU (PARIS IV)
M. MEEUS (PARIS IV)
M. MOLINO (LAUSANNE)
M. PICARD (PARIS IV)
M. RISSET (CNRS)
Les procédés électroacoustiques dans les différents genres cinématographiques. Une étude transversale au XXe siècle.
Lundi 18 octobre
15 h
INHA, salle Ingres
2 rue Vivienne
75002 PARIS
M. Philippe LANGLOIS soutient sa thèse de doctorat :
Les procédés électroacoustiques dans les différents genres cinématographiques. Une étude transversale au XXe siècle.
en présence du Jury :
M. BATTIER (PARIS IV)
M. BERTHOMÉ (RENNES II)
M. BOSSEUR (CNRS)
M. CASTANET (ROUEN)
M. TERRUGI (PARIS)
Les propositions complétives en "that" en anglais contemporain
Vendredi 12 décembre
15 heures
En Sorbonne, Bibliothèque d’anglais
Esc. G, 2e étage
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Brigitte LUTRAND PEZANT soutient sa thèse de Doctorat :
Les propositions complétives en "that" en anglais contemporain
en présence du Jury :
M. COTTE (PARIS IV)
Mme GIRARD (PARIS III)
M. QUAYLE (DUNKERQUE)
Les propositions subordonnées conjonctives circonstantielles dans la tétralogie de Blaise CENDRARS
Vendredi 3 décembre
9 h 30
Maison de la Recherche, salle D117
28 rue Serpente
75006 PARIS
Mme Pascale LOURSON MARQUE soutient sa thèse de doctorat :
Les propositions subordonnées conjonctives circonstantielles dans la tétralogie de Blaise CENDRARS
En présence du Jury :
M. BECHADE (PARIS IV)
Mme GÉRAUD (LYON III)
M. POPIN (STRASBOURG II)
M. TRITTER (PARIS IV)
Les pythaïstes athéniens et leurs familles.
Mardi 2 décembre 2003
9 heures
Institut Océanographique
petit amphithéâtre
195 rue Saint Jacques
Paris 5ème
Mme Karine HEGO KARILA-COHEN soutient sa thèse de doctorat
Les pythaïstes athéniens et leurs familles. Etude sur la religion à Athènes à la basse époque hellénistique (IIe-Ier siècles avant Jésus-Christ)
en présence du Jury :
Mme BASLEZ (PARIS XII)
Mme JOST (PARIS I)
M. LARONDE (PARIS IV)
M. MULLIEZ (LILLE III)
Les rapports entre le texte et l’illustration dans les manuscrits enluminés du "Roman de Tristan en prose", depuis le retour de Tristan à Tintagel jusqu’à la fin de la folie de Tristan
Samedi 11 décembre 2004
14 h 30
En Sorbonne, Amphi Milne Edwards
escalier B, 2e étage
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
Mme Sylvie BAUDET FABRE soutient sa thèse de doctorat :
Les rapports entre le texte et l’illustration dans les manuscrits enluminés du "Roman de Tristan en prose", depuis le retour de Tristan à Tintagel jusqu’à la fin de la folie de Tristan
En présence du Jury :
Mme HARF (PARIS III)
Mme LEGARE (LILLE III)
M. MÉNARD (PARIS IV)
Mme QUERUEL (REIMS)
Mme RAYNAUD (AIX-MARSEILLE I)
Les réécritures versifiées de la bible dans la littérature moyen-anglaise (13ème -15ème siècles ) : "Genesis and Exodus" et "Cursor Mundi", manuscrits, textes et contextes
Samedi 26 novembre 2005
14 heures
En Sorbonne
Amphithéâtre Chasles
Esc. E, 3e étage
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Jean-Pascal POUZET soutient sa thèse de doctorat :
Les réécritures versifiées de la bible dans la littérature moyen-anglaise (13ème -15ème siècles ) : "Genesis and Exodus" et "Cursor Mundi", manuscrits, textes et contextes
En présence du Jury :
M. CARRUTHERS (Paris 4)
M. CREPIN (Paris 4)
M. HANNA (Oxford)
M. MORRISON (Poitiers)
Les recueils lyriques collectifs entre Orléans et Bretagne
Samedi 29 novembre
9 heures 30
Amphi Guizot
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Christine DARA soutient sa thèse de doctorat :
Les recueils lyriques collectifs entre Orléans et
Bretagne : les manuscrits B.N. nouv. acq. FR. 15771 et BN. FR. 9223
en présence du Jury :
Mme CERQUIGLINI-TOULET (PARIS IV)
M. GALDERISI (POITIERS)
M. HUE (RENNES)
Mme LEFEVRE (ENS)
Les Reinhart, une famille de négociants du coton et du café au Havre, 1856-1963
Samedi 10 septembre 2005
9 heures 30
En Sorbonne
Amphithéâtre Salle Liard, Rectorat
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Claudie REINHART FAUCHIER DELAVIGNE soutient sa thèse de doctorat :
Les Reinhart, une famille de négociants du coton et du café au Havre, 1856-1963
En présence du Jury :
M. CHALINE (Paris 4)
M. BARJOT (Paris 4)
Mme BROCARD (Le Havre)
M. ENCREVE (Paris 12)
Les relations du clergé égyptien et des Lagides
Samedi 20 novembre 2004
9 h
En Sorbonne, Amphithéâtre Cauchy
Escalier E, 3e étage
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Gilles GORRE soutient sa thèse de doctorat :
Les relations du clergé égyptien et des Lagides
en présence du Jury :
M. CHAUVEAU (EPHE)
M. CLARYSSE (LOUVAIN)
M. PICARD (PARIS IV)
M. YOYOTTE (COLLEGE DE FRANCE)
Les relations entre la France et l’Italie dans les Balkans pendant la première guerre mondiale, 1914-1919
Lundi 6 décembre 2004
9 h
INHA
Carré Colbert, salle Ingres
2e étage Demargne, Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits Champs
75002 PARIS
M. Frédéric LE MOAL soutient sa thèse de doctorat :
Les relations entre la France et l’Italie dans les Balkans pendant la première guerre mondiale, 1914-1919
En présence du Jury :
M. BLED (PARIS IV)
M. FRANCK (PARIS I)
M. GRANGE (GRENOBLE III)
M. SOUTOU (PARIS IV)
Les relations familiales à l’épreuve de l’incarcération solidarités et sentiments à l’ombre des murs
Jeudi 1er décembre 2005
9 heures 30
Centre Malesherbes
Salle S 219
108, Bd Malesherbes
Paris 17e
Mme Gwénola RICORDEAU soutient sa thèse de doctorat :
En présence du Jury :
Les relations familiales à l’épreuve de l’incarcération solidarités et sentiments à l’ombre des murs
Membres du jury :
Monsieur le professeur François CHAZEL (Directeur de thèse)
Monsieur Albert OGIEN (rapporteur), Directeur de recherches CNRS, E.H.E.S.S.
Monsieur Philippe ROBERT (rapporteur), Directeur de recherches CNRS, GERN
Monsieur Jean BAECHLER, Professeur, Université Paris IV - Sorbonne
Madame Irène THERY, Directrice d’études, E.H.E.S.S.
POSITION DE THESE
C’était terrible, humiliant pour mes parents. Ça ne se faisait pas pour eux. Lorsqu’elle est venue me voir au parloir, ma mère m’a dit : « Tu es mon fils, je t’aime beaucoup, mais celui qui est mort avait une mère aussi. » Elle avait raison, c’est un jugement humain. Mais elle aussi, elle a perdu son fils...
Faouzi (maison centrale de Clairvaux)
Axes de recherche et méthodologie
Notre recherche est partie d’une énigme : le désintérêt manifeste de la justice pour les familles des délinquants incarcérés, alors qu’elles sont souvent sollicitées avant la condamnation (enquêtes sociales et de moralité) et après la peine (dans la perspective de la réhabilitation). D’autre part, la sociologie carcérale s’est toujours davantage intéressée aux sous-cultures ou aux codes des détenus - à la vie à l’intérieur de l’institution - qu’aux liens avec l’extérieur ou aux conditions de la libération. Notre interrogation portait également sur deux préjugés puissants : la famille comme foyer d’éclosion de la délinquance (Mucchielli, 2000) et la conception des proches de détenus leurs victimes ou leurs complices. Enfin, notre recherche questionne à la fois une institution, que l’on qualifie encore de « totale », et le principe de l’individualité de la peine.
Les familles des personnes incarcérées sont étudiées depuis plusieurs décennies dans le monde anglo-saxon, notamment à l’instigation des pouvoirs publics. Elles ont, en France, encore peu intéressé les sciences humaines (mis à part la psychologie) et, moins encore, les politiques de la famille. Notre sujet nous paraissait donc « indigne », d’autant qu’il a été en grande partie éludé lors de la vague d’intérêt pour la question carcérale de l’an 2000. Il faut cependant noter la réalisation récente de recherches quantitatives sur les proches de détenus (Le Quéau, 2000, INSEE, 2002).
Notre travail a pour objectif de comprendre la solidarité familiale lors de l’incarcération d’une personne, c’est-à-dire le maintien, la rupture ou l’évolution des liens et des rôles de chacun. Il est centré sur un événement perturbateur (la prison) et l’évolution des dynamiques relationnelles qu’il suscite. Au cœur des processus de (dé)socialisation carcérale et de solidarités familiales - comme enjeu - se trouvent l’intimité et la sexualité des personnes détenues et de leurs proches.
Bénévole dans un accueil des familles de détenus, puis visiteuse de prison, je rends régulièrement visite, depuis plusieurs années, à des proches, incarcérés en maison d’arrêt ou en centrale. À cette observation participante, s’est ajouté la réalisation de plus de 130 entretiens individuels de type semi-directif. Les entretiens portaient sur les thèmes de la famille, de l’intimité et de la sexualité. Les personnes qui ont accepté d’être interrogées l’ont fait sur la base de l’anonymat et du volontariat. Les entretiens ont été menés avec des personnes incarcérées, des proches de détenu(e)s et des ex-détenu(e)s. Les entretiens avec les détenus ont été réalisés dans cinq établissements pénitentiaires : les centres de détention de Caen (Calvados) et de Bapaume (Pas-de-Calais), la maison centrale de Clairvaux (Aube) et les maisons d’arrêt de Pau (Pyrénées-Atlantiques) et des Baumettes, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Nous avons pu accéder librement à la détention et y rencontrer les personnes incarcérées. Les profils des détenu(e)s interrogé(e)s sont variés (peine prononcée, temps d’incarcération déjà effectué, situation matrimoniale, etc.), car les établissements ont été choisis pour leur diversité (situation géographique et régime de détention).
LA SOCIALISATION CARCERALE ET LA SOLIDARITE FAMILIALE
Nous avons identifié quatre réactions immédiates à l’annonce de l’incarcération d’un proche : le traumatisme de l’inimaginable, l’émotion de la mauvaise anticipation, le soulagement et l’indifférence. Par la suite, on constate fréquemment que les hommes sont plus soutenus que les femmes et que les femmes soutiennent davantage leurs proches que les hommes. Nous avons exploré trois variables susceptibles d’expliquer cette observation : les contraintes propres au système carcéral, le jugement moral porté sur le délit/crime et la structure familiale. Les conclusions d’une enquête de type qualitative ne peuvent être posées comme absolues, d’autant plus que les variables considérées ne sont pas totalement indépendantes : les types de délit/crime et les condamnations dépendent des milieux sociaux. Toutefois, la structure familiale et le type de délit déterminent probablement davantage la rupture des liens avec les proches que la durée de la peine. Le partage du détenu entre plusieurs identités (celle de détenu et celle de conjoint, par exemple) et plusieurs systèmes de valeurs concurrents (celui de dedans et celui de dehors) conforte souvent l’impression des proches d’un accaparement du détenu par la prison.
L’incarcération stigmatise davantage les femmes que les hommes, à délit/crime similaire et à durée de peine égale. Elle ancre souvent une marginalisation déjà entamée avant la détention (liée notamment la consommation de stupéfiants et/ou la prostitution). La solidarité des mères et, a contrario, la distance des pères, traduit en fait une vision largement partagée, où les femmes monopolisent les rôles affectifs : elles peuvent alors légitimement soutenir leurs enfants, quoi qu’ils aient fait. Le père est généralement conçu comme celui, au sens large, « qui juge ». Par ailleurs, à travers le témoignage des détenus, la réaction des pères était associée au registre de l’orgueil et de la fierté, alors que celle des mères se révélait être celui de la souffrance, voire du martyre.
Les aménagements pénitentiaires, comme les U.V.F., pourraient améliorer des relations existantes, puisqu’ils constituent une possibilité supplémentaire, pour les proches, de se retrouver. Mais il ressort des entretiens qu’ils n’apparaissent en aucun cas susceptibles de sauver les liens familiaux/affectifs. Ils semblent d’ailleurs bien lointains et incertains aux familles et aux détenus confrontés aux difficultés actuelles des parloirs, car seule une minorité peut espérer bénéficier, à l’avenir, d’une telle mesure.
La rupture n’est pas automatique lorsque le délit/crime a été commis au sein de la famille, y compris pour les plus graves d’entre eux (inceste, homicide). Dans beaucoup de cas dramatiques, les proches du détenus, qui sont donc ceux aussi de la victime, essaient de sauver les rares liens qui subsistent, au nom des enfants du détenu (« c’est le père de mes nièces, quand même ») ou de la victime elle-même (« elle doit comprendre qu’on fait ça pour le bien de ses enfants... »). À l’inverse, la solidarité n’est pas automatique lorsque le délit/crime a été commis « en famille ». Abandonner un proche incarcéré est rarement une démarche assumée par l’acteur et les détenus disent souvent en avoir pris la responsabilité.
Du reste, certains détenus préfèrent rompre leurs liens familiaux. Ce qui est souvent interprété par les proches comme un désintérêt à leur égard ressemble plutôt à une sacralisation (une volonté de ne pas les « salir ») ou à une façon de se protéger. Mais les liens avec dehors, sources d’angoisses, sont dedans, une ressource, voire une « distinction » : isolé, le détenu doit mettre en place les ajustements propres à la vie des « reclus » (Goffman, 1968), parvenant parfois à se constituer une nouvelle identité et activer d’autres liens (par exemple celui de la religion). Paradoxalement, les personnes condamnées à une longue peine, une fois dépassée la stigmatisation du délit/crime, exploitent davantage la possibilité d’activer d’autres liens. Ceux-ci résistent à la libération car ils ont été établis dans cette perspective.
L’INCARCERATION ET LES AJUSTEMENTS FAMILIAUX
On pourrait décrire les relations familiales des personnes détenues en termes de manques et de difficultés. Il existe toutefois des bénéfices : certes - pour reprendre les mots de Declerck (2001, 291) à propos de l’exclusion -, ceux-ci sont « pauvres, douloureux, ambigus, mais néanmoins réels ». L’incarcération du conjoint autorise ainsi certaines femmes, notamment issues de milieux populaires, à reprendre une certaine liberté, tout en restant solidaires de leur époux. Mais la réalisation récente de recherches quantitatives sur les proches de détenus (Le Quéau, 2000, INSEE, 2002) a montré la précarisation qu’entraîne l’incarcération d’un proche, complétant ainsi la connaissance du phénomène de la pauvreté en prison (Marchetti, 1997).
Le rapport du détenu à sa famille est souvent marqué par des mensonges (pour se protéger et protéger ses proches) et de la culpabilité, les proches devenant un objet d’impuissance et d’obsession. De l’autre côté, l’ignorance - en grande partie imputable aux détenus - des proches de la réalité de la vie carcérale suscite souvent beaucoup d’inquiétudes, plaçant la personne incarcérée dans une position de bouc émissaire ou de fétiche. Des comportements de mortification et de pénitence sont visibles chez certaines femmes détenues. Le « moment de vérité » que constitue l’incarcération est généralement l’occasion de remises en cause, voire de conflits familiaux, permettant le réajustement des rôles de chacun et la distinction de certains membres.
Certaines familles arrivent à faire « comme si de rien », notamment vis-à-vis des enfants les plus jeunes. Nonobstant les difficultés de le faire, la plupart des parents détenus conviennent du bien-fondé de dire la vérité aux enfants. En effet, beaucoup se sentent eux-mêmes victimes de secrets de famille ou de drames familiaux sur lesquels aucune parole n’a été portée. Par ailleurs, la vérité permet à l’enfant de choisir lui-même de maintenir ou non un lien avec son parent incarcéré : or, le détenu suppose généralement une manipulation de proches ou d’institutions pour l’éloigner, voire le séparer. Cette crainte est à la hauteur de la fréquente valorisation par les parents détenus de leurs enfants et de leur propre rôle parental.
Les proches de détenus évoquent, parmi les conséquences de l’incarcération, à côté de symptômes physiques, la précarisation et la stigmatisation. Généralement, leur vie sociale gagne en intensité avec ceux qui ont accepté l’incarcération (et le délit/crime), mais régresse en extension, c’est-à-dire en nombre de personnes fréquentées. Les familles, et singulièrement les compagnes de détenu, expriment souvent l’impression de vivre dans un « monde à part » (notamment celui des « copines de parloir »), qui a ses propres références et ses rapports de domination. Cette situation évoque celle des personnes qui, confrontées à un événement grave, comme le décès d’un proche, constatent que leur malheur les éloigne des autres - qui ne savent ni quoi dire, ni comment le dire.
Comme d’autres obstacles (différences d’origines sociales, culturelles, etc.), la prison permet à certains couples de se construire et de fonctionner« en opposition ». La prison, rarement délibérément choisie, a été acceptée (au moins comme éventualité) par certaines conjointes de détenus : à côté de celles qui, par rejet de leur milieu d’origine - souvent bourgeois - répondent à une petite annonce d’un détenu, il y a les véritables « femmes de voyou ». De plus, l’incarcération joue souvent le rôle d’épreuve de vérité (pour la conjointe) et de preuve d’amour (pour le détenu). La stigmatisation sociale des femmes de détenu, la dépendance de beaucoup d’entre elles à leur conjoint, l’accaparement de leurs vies par la prison et leur sentiment d’être investies d’une mission ont tendance à priver ces femmes d’une quelconque autonomie : leur identité est exo-référencée (elles deviennent des « femmes de détenu » avant tout).
Les liens des personnes détenues et de leurs proches sont soumis, en France, à un système particulièrement restrictif, voire répressif, si on le compare à nos voisins européens (Herzog-Evans, 2000). La solidarité familiale peut se manifester par le courrier et les visites (lorsque celles-ci sont autorisées), mais aussi par l’aide financière. La prison ne saurait faire oublier la dimension de réciprocité - « donner, recevoir et rendre » (Mauss, 1999, 205) - qu’inclut tout lien. Les détenus sont souvent troublés en cas de solidarité inconditionnelle (excluant donc toute réciprocité) et disent souvent préférer « recevoir » que « demander à recevoir ». Du côté des proches, il s’agit donc d’accorder, avec « bonne mesure », sa solidarité.
L’INTIMITE, LA SEXUALITE ET LE SENS DE LA PEINE
La prison demeure une institution non mixte, malgré l’arrivée de femmes surveillantes dans les détentions masculines (Cardon, 2000, Inizan, Deveaux et Vêtu, 2001). Les recherches sur la sexualité des personnes détenues sont rares (Welzer-Lang, 1996, Cardon, 1999) : elle demeure un sujet tabou, notamment entre les détenus et leurs proches. Elle existe néanmoins malgré son interdiction, le système carcéral se caractérisant fréquemment par des écarts aux normes édictées (Chauvenet, 1998). La sexualité est un objet de craintes (ce qui se passe dedans et ce qui peut être imaginé dehors) et de hontes (parce qu’on a certaines pratiques, parce qu’on est dans un établissement où il y a beaucoup d’homosexuels, etc.).
Les femmes construisent davantage leur identité par rapport à leurs enfants que les hommes : ceux-ci vivent davantage la privation sexuelle comme une atteinte à leur virilité. Toutefois, les uns comme les autres reconnaissent que l’absence de sexualité est moins problématique que l’absence de sensualité, qui se traduit par une impression d’amputation. Les expériences homosexuelles en détention sont très diversement vécues, le point commun étant souvent une grande culpabilité, car elle est associée à l’idée de faiblesse. Acceptée parmi les femmes détenues (Rostaing, 1997), sa dimension sexuelle est minimisée, car elle est souvent assimilée à une « amitié qui va un peu plus loin ». La population pénale se révèle fortement hétérosexiste dans ses représentations de l’homosexualité et des agressions sexuelles, celles-ci étant largement légitimées à l’encontre des « pointeurs » et, dans une moindre mesure, des « pédés ». D’ailleurs, la critique de l’arrivée des femmes surveillantes dans les détentions d’hommes doit se comprendre comme un inacceptable bouleversement de cette « maison des hommes » (Welzer-Lang et al., 1996).
Si une histoire du traitement des proches de détenus par le système carcéral reste à écrire, notre exploration montre que son projet inclut l’emprise sur l’intimité et la sexualité (pendant et après la peine), par l’altération, voire l’amputation de l’affectivité. Ces observations récusent l’idée d’individualité de la peine et soulignent sa dimension corporelle. L’aberration, selon Foucault (1975, 23), d’évoquer une « pénalité incorporelle » explique du reste la position généralement hostile des surveillants au projet des U.V.F.
Faugeron et Le Boulaire (1992) ont montré que le mythe d’une prison resocialisante la rend acceptable, en dissimulant efficacement sa fonction officieuse de lieu de sûreté. On connaît pourtant son rôle dans les processus de désafiliation (Chantraine, 2004). Ce travail de dévoilement s’inscrit dans la perspective de Pires et Landreville (1981), qui concluent que « la véritable visée idéologico-politique de l’appareil pénal serait plutôt les familles que les individus ». C’est, en ce sens, que les proches des détenus peuvent être considérés comme des victimes « secondaires ».
La prison ne relève pas d’une nouvelle tératologie . Elle n’est d’ailleurs ni barbare, ni rétrograde, ni anachronique, elle est foncièrement de notre temps : elle assimile d’ailleurs des impératifs de productivité et de rentabilité (Burton-Rose, 1998). Elle possède en outre la qualité d’être une industrie propre et même purificatrice (Christie, 2003, 19).
REFERENCES
CARDON C., 1999, L’organisation de la sexualité en prison comme instrument de gestion des longues peines, Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, 52.
CARDON C., 2000, L’introduction, en France, d’agents féminins parmi le personnel de surveillance en détention « hommes », Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, 4.
CHANTRAINE G., 2004, Par-delà les murs, Paris : PUF - Le Monde.
CHAUVENET A., 1998, Guerre et paix en prison, Les cahiers de la sécurité intérieure, 31.
FAUGERON C., LE BOULAIRE J.-M., 1992, Prisons, peines de prison et ordre public, Revue française de sociologie, XXXIII, 1.
FOUCAULT M., 1975, Surveiller et punir, naissance de la prison, Paris : Gallimard.
GOFFMAN E., 1968, Asiles. Etude sur la condition sociale des malades mentaux et autres reclus, Paris : Ed. de Minuit.
HERZOG-EVANS M., (2000), L’Intimité du détenu et de ses proches en droit comparé, Paris : L’Harmattan.
INSEE, 2002, L’Histoire familiale des hommes détenus, Synthèses, 59.
INIZAN J., DEVEAUX S., VETU J.-J., (2001), Surveillantes en détention hommes, Paris : Direction de l’administration pénitentiaire.
LE QUEAU P., dir., 2000, « L’autre peine ». Enquête exploratoire sur les conditions de vie des familles de détenus, CREDOC, Cahier de Recherche, 147.
MARCHETTI A.-M., 1997, Pauvretés en prison, Toulouse : ERES.
MAUSS M., 1999 (1re éd. 1950), Sociologie et anthropologie, Paris : PUF.
MUCCHIELLI L., 2000, Familles et délinquances. Un bilan des recherches francophones et anglophones, Guyancourt : CESDIP.
PIRES A., LANDREVILLE P., 1981, Système pénal et trajectoire sociale, Déviance et société, 5.
ROSTAING C., 1997, La Relation carcérale. Identités et rapports sociaux dans les prisons de femmes, Paris : PUF.
WELZER-LANG D., FAURE M., MATHIEU L., 1996, Sexualité et violences en prison : ces abus qu’on dit sexuels, Lyon : Aléas - O.I.P.
RESUME
Cette recherche repose sur une sociologie participante et l’analyse de plus de 130 entretiens semi-directifs, menés avec des personnes incarcérées, des proches de détenu(e)s et des ex-détenu(e)s, sur les thèmes de la famille, de l’intimité et de la sexualité.
Les ajustements familiaux aux contraintes de l’incarcération varient pendant le parcours carcéral, selon le type de délit/crime reproché et les ressources (sociales, culturelles, etc.) de l’individu et de son entourage. Les effets tangibles de l’enfermement sur l’intimité et la sexualité (du détenu et de ses proches) révèlent la fonction sociale de la prison (malgré son humanisation) et démentent la notion d’individualité des peines.
La socialisation carcérale (« faire son temps ») écarte d’autant mieux le détenu de ses proches que la famille est souvent considérée comme la cause principale de la délinquance et que les proches sont stigmatisés comme coupables par association : les ruptures des liens familiaux incluent donc des formes de protection des proches et de préservation de soi.
Enjoint de se montrer apte à la libération, le détenu dispose pourtant, avec ses proches, des meilleurs garants d’une réinsertion réussie. Malgré leur forte stigmatisation et leur faible prise en considération par le système carcéral, les proches de détenus sont pourtant sommés de mettre en œuvre une solidarité familiale.
FAMILY RELATIONSHIPS FACING INCARCERATION
This research is based on an participant observation and more than one hundred semi-directed interviews of prisoners, ex-convicts and the prisoners family members based upon questions about intimacy, family relations and sexuality.
Family adjustments to the constraints of incarceration alter during a prison sentence, depending on the type of offence/crime and the individual and collective (social, cultural, economic, etc.) resources. Incarceration’s palpable effects on the prisoners and relative’s intimacy and sexuality reveal the prison’s social function (despite its humanization) contradicting with the principle of individual punishment.
The survey also deals with prison socialization (doing time) setting the prisoner aside from his relatives because the family often consider delinquency the main cause for the punishment and are then stigmatized with guilt by association with the convict : family links break through the family’s reaction for self-preservation.
Asked to show his ability to be released from prison, the prisoner’s best guarantee for sucessful rehabilitation is with relatives. Despite the shock of stigmatization and lack of consideration by the prison system, prisoners families are, however, forced to create family solidarity.
MOTS-CLES : prison - détenu - famille - parloir - sexualité - homosexualité - réinsertion.
Les relations franco-soviétiques et le facteur polonais dans les questions de sécurité en Europe (1924 à 1935)
Vendredi 25 novembre 2005
13 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 040, Rdc
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Frederic DESSBERG soutient sa thèse de doctorat :
Les relations franco-soviétiques et le facteur polonais dans les questions de sécurité en Europe (1924 à 1935)
En présence du Jury :
M. SOUTOU (Paris 4)
MME DU REAU (Paris 3)
M. GUELTON (Vincennes)
MME REY (Paris 1)
M. SCHRAMM (Poznan)
Les relations polono-tchécoslovaques dans la poltique de sécurité française entre les deux guerres (1919 - 1939)
Samedi 9 octobre
9 h 30
Salle Louis Liard, Rectorat
17 rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Isabelle DAVION soutient sa thèse de doctorat :
Les relations polono-tchécoslovaques dans la poltique de sécurité française entre les deux guerres (1919 - 1939)
en présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS IV)
M. GULTON (VINCENNES)
M. MARÈS (PARIS I)
M. MICHEL (PARIS I)
M. SCHRAMM (POZNAN)
M. SOUTOU (PARIS IV)
Les reliquaires paléochrétiens et byzantins du Proche-Orient et de Chypre (IVe-VIIIe siècles). Formes, emplaçement, fonctions, rapports avec l’architecture et la liturgie
Samedi 9 décembre 2006
14 heures 30
INHA, Salle Ingres, Galerie Colbert, 2ème étage
4-6 rue des Petits Champs 75002 Paris
Mme MARIE CHRISTINE COMTE soutient sa thèse de Doctorat :
Les reliquaires paléochrétiens et byzantins du Proche-Orient et de Chypre (IVe-VIIIe siècles). Formes, emplaçement, fonctions, rapports avec l’architecture et la liturgie
En présence du Jury :
M. BARATTE (PARIS 4)
M. CAILLET (PARIS 10)
Mme METZGER (PARIS)
M. PICCIRILLO
M. SODINI (PARIS 1)
Résumés :
Cette thèse traite des premiers reliquaires chrétiens du Proche-Orient et de Chypre retrouvés dans les
fouilles des églises et dans quelques cas conservés dans les musées. Une typologie basée sur les
formes et les systèmes de sanctification des reliquaires a été élaborée à partir des 241 exemples
recensés. L’étude des emplacements occupés et des changements observés dans les diverses provinces,
apporte des indices sur l’évolution du culte des reliques. Le texte aborde également le fonctionnement
des reliquaires, le rôle joué par l’huile, l’utilisation de baguettes et d’ampoules à eulogie. La présence
de tables et de barrières près des reliquaires pose la question de la fonction qu’il faut leur attribuer
ainsi que des transformations liturgiques entraînées. Après un examen des sources textuelles
contemporaines, le culte organisé autour des reliquaires est étudié à partir des lieux où ils étaient
placés, des dispositifs utilisés et des modifications architecturales et liturgiques observés
chronologiquement. Dans le catalogue chaque exemple est analysé, replacé dans son contexte
architectural et liturgique et une fourchette de datation est avancée.
This thesis deals with the earliest Christian reliquaries from the Near East and Cyprus found in the
excavation of churches and, in some cases, kept in museums. There is created a typology based on the
form and method of consecrating the 241 reliquaries collected here. An analysis of the placement of
reliquaries and the differences noted among various provinces helps clarify the evolution of the cult of
relics. The text also considers the function of reliquaries, namely, the role of oil and the use of pins
and commemorative ampullae. The existence of tables and barriers near reliquaries raises the question
of their function and the associated changes in the liturgy. Following an examination of contemporary
textual sources, the cult organized around reliquaries is studied in relation to the spaces they occupied,
the apparatus employed and the architectural and liturgical modifications that occurred
chronologically. In the catalogue each example is analyzed closely and viewed within its architectural
and liturgical context, and an approximate date is proposed.
Position de thèse :
Cette thèse se compose d’un catalogue des reliquaires et d’une étude des objets dans leur
contexte et au sein de la liturgie. La recherche prend en compte les reliquaires qui ont été
retrouvés en Orient, et qui étaient en service dans les bâtiments chrétiens des provinces
romaines et byzantines dépendant du patriarcat d’Antioche, de celui de Jérusalem et de
l’église autocéphale de Chypre. Certaines de ces églises étant encore en usage au delà de la
conquête arabe. La thèse s’est proposée d’établir un classement des reliquaires puis de les
étudier en fonction de l’emplacement qu’ils ont occupé et du rôle qu’ils ont eu dans les rituels
entre le IVe et le VIIIe siècle. L’incidence de leur introduction dans le mobilier des églises,
modifiant parfois l’architecture du chevet et des installations liturgiques est également
abordée.
Le reliquaire n’est pas uniquement un objet matériel. C’est bien sûr d’abord une boîte qui
revêt une certaine forme, décorée ou non, à laquelle est assigné un emplacement. C’est
également un objet chargé de sens car il renferme des fragments des souvenirs des martyrs et
des saints, capables de diffuser un certain nombre de bienfaits et il entre pour cela dans tout
un rituel qui s’accompagne d’objets ou de signes caractéristiques. Ces deux aspects : l’un
matériel et l’autre en quelque sorte spirituel, sont étudiés dans leur évolution au cours du
temps et suivant la liturgie.
Dès le IVe siècle, après 313, lorsque le christianisme est devenu licite, les reliques des martyrs
jusque-là vénérées dans les cimetières ont été accueillies dans les martyria construites en
dehors des villes et de plus en plus souvent ont été admises dans les centres urbains où ces
martyria ont été confondues avec les églises de culte normal. Au cours de ce processus, le
corps du martyr ayant été déplacé, les ossements prirent place dans un nouveau contenant : le
reliquaire Après la translation des reliques c’est la division des reliques, autorisée en Orient
qui entraîna leur dispersion et la création d’un nombre toujours plus grand de reliquaires pour
les présenter et les protéger.
Le catalogue des reliquaires comprend 241 objets, parmi lesquels 235 reliquaires proviennent
des provinces de Syrie, Palestine, Phénicie, Arabie et Chypre et 6 sont d’une origine plus
incertaine. Parmi eux, 26 reliquaires actuellement dans les musées ou les collections privées
apparaissent dans le catalogue et plus de 200 ont été trouvés dans leur environnement, même
si un très petit nombre seulement d’entre eux seulement étaient inviolés. Outre le catalogue,
deux études ont été menées : l’une sur les formes qui a permis de dégager une typologie et
l’autre sur le contexte à partir de laquelle plusieurs enseignements ont été déduits concernant
la place occupée, la fonction, et les évolutions liturgiques observées.
Tout d’abord, l’étude des formes a permis d’établir une typologie des reliquaires qui est
centrée sur les formes adoptées et sur le système de sanctification visible. Huit types ont été
définis, parmi eux, le type en sarcophage, puis le type caisse, le type stèle, le type à couvercle
à coupole, le type encastré, le type boîte, le type capsella et le type ampoule. La forme en
sarcophage est la plus souvent retenue, quelle que soit sa taille car elle rappelle le statut du
martyr qui est un mort glorieux et un intermédiaire entre le fidèle et le Christ. Parmi ces
formes, certaines sont parfois inédites ou originales, comme les reliquaires qui sont taillés
dans un mur, ou en forme de stèle. Les matériaux utilisés outre la pierre et le marbre, très
abondants, sont beaucoup plus rarement le verre ou le métal. Ces derniers matériaux
concernent surtout les objets retrouvés à l’intérieur de reliquaires de fondation, mais qui
devaient également être gardés à l’intérieur de certains autres reliquaires de pierre et en ont
été retirés lors de la désacralisation de l’édifice ou ont été volés et sont donc perdus. Le
second élément de la typologie est le système de sanctification qui est assez généralisé pour la
plupart des objets, même les plus petits et se présente différemment en fonction des régions.
J’ai distingué le système à simple contact du système à circulation d’huile, encore différent de
celui à circulation interne d’huile. Suivant les systèmes de sanctification observés, il paraît
possible de déduire la région de provenance du reliquaire. Les décors sont aussi un élément
non négligeable, car ils paraissent refléter des habitudes régionales.
Les reliquaires replacés dans leur contexte ont permis de faire la différence entre ceux qui se
trouvent sous l’autel, les reliquaires de fondation et ceux qui sont placés en tout autre lieu en
dehors de l’abside, les reliquaires de vénération. Ils peuvent être dans les pièces annexes,
avoir laissé une trace dans une crypte, dans une niche, une absidiole un bas-côté ou l’atrium.
Outre certains exemples de Palestine, retrouvés sous l’autel et qui pourraient dater du Ve
siècle, parmi les plus anciens en date, il y a ceux qui occupent une sacristie (exemples du
Néguev, en Palestine troisième, d’Arabie, outre ceux d’Antiochène qui ne sont jamais sous
l’autel). Ces reliquaires sont accompagnés de tout un environnement qui leur donne de
l’importance et facilite le lien avec les pèlerins. Une multiplication en nombre ainsi que des
déplacements de reliquaires à l’intérieur de l’église sont observés dans diverses régions. En
Arabie, ils sont déplacés, en fin de période, à partir d’un lieu que l’on ignore (mais que l’on
suspecte avoir été dans une niche), vers l’abside, dans le pied maçonné de l’autel. En Syrie du
N. après leur multiplication dans le martyrion certains gros reliquaires sont avancés sur les
marches d’accès au choeur.
La fonction des reliquaires est alors abordée. Elle est liée à l’emplacement occupé. En effet,
tous les reliquaires qui se trouvent dans les pièces annexes, dans une crypte ou dans une niche
entrent dans un rituel martyrologique. Des cérémonies publiques et des rituels privés, pour
commémorer les fêtes des martyrs, ainsi que des visites de fidèles en dehors des offices
eucharistiques et la pratique de l’incubation étaient observés d’après les textes, ce qui a pu
être vérifié dans plusieurs cas. Les reliquaires retrouvés dans les baptistères construits à part
des églises participaient au rite du baptême. Quant aux reliquaires placés sous l’autel, dans le
but de le consacrer, leur accessibilité qui pouvait dans certains cas se poursuivre, leur
permettait de rentrer dans le rite eucharistique tout en conservant leur rôle précédent de
dispensateur d’eulogies.
Le fonctionnement exact des reliquaires est parfois difficile à expliciter. Certains éléments
permettent cependant de s’en faire une idée. Une grande partie d’entre eux étant à circulation
d’huile, le système de passage de liquide, avec entrée par le couvercle et sortie par un côté de
la cuve est assez clair. Toutefois pour les gros reliquaires du Massif Calcaire de Syrie du N.,
l’organisation de la distribution d’eulogies nous manque. Quant aux petits reliquaires
d’Arabie essentiellement, qui possèdent également une sortie dans leur cuve, même très
petite, j’ai tendance à y voir aussi un passage de liquide et leur taille suppose qu’ils étaient
surélevés. Leur mode exact de fonctionnement n’a pu être déterminé. Les reliquaires à
sanctification par contact, c’est-à-dire avec une seule ouverture sur le couvercle ont, pour
certains, été retrouvés avec une baguette de métal qui permettait de toucher les reliques
(exemple de l’église du N.-O. de Sussita-Hippos en Palestine seconde, qui peut être rapproché
de celui de l’église Ostracine dans le delta égyptien). La baguette de bronze ou de cuivre
glissée dans l’orifice du couvercle était un moyen utilisé parmi d’autres pour établir ce
contact. La preuve matérielle a ainsi été faite de cette utilisation de baguette que des textes
évoquaient pour le contact avec certaines reliques de Jérusalem. Concernant les petits
reliquaires mobiles, J’avance l’hypothèse qu’ils aient pu être, dans certaines églises de
Palestine et d’Arabie, placés, temporairement sur l’autel ou sur des tables secondaires. C’est
une probabilité très forte, bien que pour les tables secondaires, les évidences archéologiques
ne soient pas très probantes
Nous restons dans l’ignorance du fonctionnement précis des reliquaires placés sous l’autel et
accessibles par une trappe (en Palestine et dans le pied de l’autel en Arabie, ainsi que celui de
Ras el-Bassit en Syrie).
Les textes qui ont traits aux martyrs ou aux reliques entre le IVe et le VIIe siècle, témoignent
de l’importance de ce culte et de son extension tout en n’étant pas très précis sur les lieux
exacts où les rituels étaient suivis et la forme qu’ils prenaient.
Les reliquaires ont été étudiés enfin en fonction des évolutions que leur introduction a
entraîné dans l’architecture des chevets et dans les installations liturgiques. Selon les régions,
les développements ont été différents. En Syrie, l’architecture des églises du Massif Calcaire a
peu évolué, le culte s’y est installé et à part quelques martyria annexes, construits à l’extérieur
comme à Brad ou dépassant le chevet comme à Burg Heidar, à Kimar, à Sugane, c’est
l’architecture intérieure qui s’est modifiée, par la création d’un arc séparant le martyrion du
collatéral, indice sûr de la présence de reliques. Dans cette région, il n’y a jamais de tables
attestées près des reliquaires et les barrières si elles ont existé à cette période ont très rarement
laissé une trace. Les seules modifications constatées sont le placement de nouveaux
reliquaires sur les marches du choeur, indice peut-être d’une évolution des rites et l’apparition
de quelques églises dotées d’un chancel rectiligne à partir du VIe siècle. En Palestine, les
modifications architecturales sont observées en Palestine troisième surtout où un nouveau
type de chevet à trois absides paraît accompagner la place nouvelle occupée par les reliques
dans les pièces annexes. Des modifications des chancels sont remarquées également, avec la
présence de table secondaires qui ont du avoir un rôle dans le culte des martyrs et dans
certains cas ont pu servir à exposer les reliquaires, quelques rares indices archéologiques
semblent aller dans ce sens. Ce processus est moins évident en Palestine première et seconde,
bien que des tables proches des reliquaires pourraient avoir servi à leur exposition comme à
Horvat Hesheq et à Sussita-Hippos. En Arabie, il y a des créations d’églises à trois absides (à
Jérash), en liaison probablement avec le culte martyrial et, dans les églises de villages, des
modifications dans les installations liturgiques, avec des barrières qui se développent devant
le martyrion et parfois créations d’églises à deux nefs, dont le sens exact nous échappe. À
Chypre, l’architecture à trois absides ne semble pas en liaison avec le culte des reliques.
Plusieurs traditions sont suivies dans cette région et en particulier, celle de Syrie du N. pour
l’accueil des reliques à l’extrémité orientale d’un des bas-côtés, comme à la Campanopetra à
Salamine-Constantia où un gros reliquaire est placé sur un socle. Mais d’autres traditions sont
notées comme également, celle de Palestine, avec, pour la même église, la présence d’une
table secondaire, non retrouvée en place, qui a pu servir de support pour de petits reliquaires.
Cette recherche a tenté de répondre à plusieurs problématiques :
L’une était centrée sur les formes et plus particulièrement les emplacements des reliquaires, et
j’ai montré qu’il y eut dans bien des cas déplacement des reliquaires, particulièrement en fin
de période.
Une deuxième problématique concernait le fonctionnement et la fonction des reliquaires.
Pour le fonctionnement au moins un exemple de Palestine seconde, parmi les trouvailles
récentes (le reliquaire de la pièce S. de l’église du N.-O. de Sussita-Hippos) a donné une clef
de compréhension pour certains petits reliquaires de vénération. Pour la fonction, la
possibilité d’exposer les reliquaires sur des tables a été envisagée, même si cette hypothèse
n’est pas applicable partout.
La dernière problématique est liée à la liturgie. En effet, l’observation des modifications de
l’architecture des chevets et plus particulièrement des installations liturgiques permet
d’esquisser une transformation chronologique dans le culte des reliques, en rapport avec le
culte chrétien eucharistique. Des deux traditions qui avaient été reconnues par Lassus : celle
de Syrie où les reliques sont placées dans une pièce annexe du chevet et ne sont jamais sous
l’autel (le modèle syrien) et celle de Palestine où les reliques apparaissent sous l’autel ainsi
que dans les pièces annexes, peuvent se déduire deux évolutions. En Syrie, après un très grand
développement du nombre des reliquaires aux Ve et VIe siècles, seuls quelques rares exemples
attestent que la zone dévolue au clergé s’agrandit par l’installation de chancels rectilignes. En
Palestine et en Arabie, après une plus grande place octroyée au culte martyrial, le périmètre
du choeur semble aller en s’agrandissant et il se produit un recentrage vers l’autel
eucharistique où les reliques sont déposées, alors que les reliques dans les pièces annexes
tendent, là aussi dans quelques cas, à devenir des martyria séparées, peut-être avec leur propre
autel. Des autels avec reliques de fondation ont été recensés en Palestine à partir du Ve siècle
et en Arabie à partir de la seconde moitié du VIe siècle. C’est en Syrie : à Ras el-Bassit, en
Palestine seconde : à Sussita-Hippos et en Arabie : à St-Étienne d’Umm al-Rasas (bien que,
dans ce cas, le reliquaire n’ait pas été retrouvé sous la table) que des autels secondaires
associés à des reliques semblent avoir existé en fin de période, à la fin du VIe siècle, au VIIe
siècle et au-delà.
Au cours de l’étude, j’ai cherché à établir la relation entre forme, emplacement et fonction des
reliquaires, pour en déduire leur interdépendance, les rituels observés et leur évolution au sein
d’une liturgie qui elle-même a dû se transformer.
Les reliquaires paléochrétiens et byzantins du Proche-Orient et de Chypre (IVe-VIIIe siècles). Formes, emplaçements, fonctions, rapports avec l’architecture et la liturgie
Samedi 9 décembre 2006
14 heures 30
En Sorbonne, Salle F366, Esc. F, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Marie Christine COMTE soutient sa thèse de Doctorat :
Les reliquaires paléochrétiens et byzantins du Proche-Orient et de Chypre (IVe-VIIIe siècles). Formes, emplaçements, fonctions, rapports avec l’architecture et la liturgie
En présence du Jury :
M. BARATTE (PARIS 4)
M. CAILLET (PARI 10)
Mme METZGER (PARIS )
M. PICCIRILLO
M. SODINI (PARIS 1)
Résumés :
Cette thèse traite des premiers reliquaires chrétiens du Proche-Orient et de Chypre retrouvés dans les
fouilles des églises et dans quelques cas conservés dans les musées. Une typologie basée sur les
formes et les systèmes de sanctification des reliquaires a été élaborée à partir des 241 exemples
recensés. L’étude des emplacements occupés et des changements observés dans les diverses provinces,
apporte des indices sur l’évolution du culte des reliques. Le texte aborde également le fonctionnement
des reliquaires, le rôle joué par l’huile, l’utilisation de baguettes et d’ampoules à eulogie. La présence
de tables et de barrières près des reliquaires pose la question de la fonction qu’il faut leur attribuer
ainsi que des transformations liturgiques entraînées. Après un examen des sources textuelles
contemporaines, le culte organisé autour des reliquaires est étudié à partir des lieux où ils étaient
placés, des dispositifs utilisés et des modifications architecturales et liturgiques observés
chronologiquement. Dans le catalogue chaque exemple est analysé, replacé dans son contexte
architectural et liturgique et une fourchette de datation est avancée.
This thesis deals with the earliest Christian reliquaries from the Near East and Cyprus found in the
excavation of churches and, in some cases, kept in museums. There is created a typology based on the
form and method of consecrating the 241 reliquaries collected here. An analysis of the placement of
reliquaries and the differences noted among various provinces helps clarify the evolution of the cult of
relics. The text also considers the function of reliquaries, namely, the role of oil and the use of pins
and commemorative ampullae. The existence of tables and barriers near reliquaries raises the question
of their function and the associated changes in the liturgy. Following an examination of contemporary
textual sources, the cult organized around reliquaries is studied in relation to the spaces they occupied,
the apparatus employed and the architectural and liturgical modifications that occurred
chronologically. In the catalogue each example is analyzed closely and viewed within its architectural
and liturgical context, and an approximate date is proposed.
Position de thèse :
Cette thèse se compose d’un catalogue des reliquaires et d’une étude des objets dans leur
contexte et au sein de la liturgie. La recherche prend en compte les reliquaires qui ont été
retrouvés en Orient, et qui étaient en service dans les bâtiments chrétiens des provinces
romaines et byzantines dépendant du patriarcat d’Antioche, de celui de Jérusalem et de
l’église autocéphale de Chypre. Certaines de ces églises étant encore en usage au delà de la
conquête arabe. La thèse s’est proposée d’établir un classement des reliquaires puis de les
étudier en fonction de l’emplacement qu’ils ont occupé et du rôle qu’ils ont eu dans les rituels
entre le IVe et le VIIIe siècle. L’incidence de leur introduction dans le mobilier des églises,
modifiant parfois l’architecture du chevet et des installations liturgiques est également
abordée.
Le reliquaire n’est pas uniquement un objet matériel. C’est bien sûr d’abord une boîte qui
revêt une certaine forme, décorée ou non, à laquelle est assigné un emplacement. C’est
également un objet chargé de sens car il renferme des fragments des souvenirs des martyrs et
des saints, capables de diffuser un certain nombre de bienfaits et il entre pour cela dans tout
un rituel qui s’accompagne d’objets ou de signes caractéristiques. Ces deux aspects : l’un
matériel et l’autre en quelque sorte spirituel, sont étudiés dans leur évolution au cours du
temps et suivant la liturgie.
Dès le IVe siècle, après 313, lorsque le christianisme est devenu licite, les reliques des martyrs
jusque-là vénérées dans les cimetières ont été accueillies dans les martyria construites en
dehors des villes et de plus en plus souvent ont été admises dans les centres urbains où ces
martyria ont été confondues avec les églises de culte normal. Au cours de ce processus, le
corps du martyr ayant été déplacé, les ossements prirent place dans un nouveau contenant : le
reliquaire Après la translation des reliques c’est la division des reliques, autorisée en Orient
qui entraîna leur dispersion et la création d’un nombre toujours plus grand de reliquaires pour
les présenter et les protéger.
Le catalogue des reliquaires comprend 241 objets, parmi lesquels 235 reliquaires proviennent
des provinces de Syrie, Palestine, Phénicie, Arabie et Chypre et 6 sont d’une origine plus
incertaine. Parmi eux, 26 reliquaires actuellement dans les musées ou les collections privées
apparaissent dans le catalogue et plus de 200 ont été trouvés dans leur environnement, même
si un très petit nombre seulement d’entre eux seulement étaient inviolés. Outre le catalogue,
deux études ont été menées : l’une sur les formes qui a permis de dégager une typologie et
l’autre sur le contexte à partir de laquelle plusieurs enseignements ont été déduits concernant
la place occupée, la fonction, et les évolutions liturgiques observées.
Tout d’abord, l’étude des formes a permis d’établir une typologie des reliquaires qui est
centrée sur les formes adoptées et sur le système de sanctification visible. Huit types ont été
définis, parmi eux, le type en sarcophage, puis le type caisse, le type stèle, le type à couvercle
à coupole, le type encastré, le type boîte, le type capsella et le type ampoule. La forme en
sarcophage est la plus souvent retenue, quelle que soit sa taille car elle rappelle le statut du
martyr qui est un mort glorieux et un intermédiaire entre le fidèle et le Christ. Parmi ces
formes, certaines sont parfois inédites ou originales, comme les reliquaires qui sont taillés
dans un mur, ou en forme de stèle. Les matériaux utilisés outre la pierre et le marbre, très
abondants, sont beaucoup plus rarement le verre ou le métal. Ces derniers matériaux
concernent surtout les objets retrouvés à l’intérieur de reliquaires de fondation, mais qui
devaient également être gardés à l’intérieur de certains autres reliquaires de pierre et en ont
été retirés lors de la désacralisation de l’édifice ou ont été volés et sont donc perdus. Le
second élément de la typologie est le système de sanctification qui est assez généralisé pour la
plupart des objets, même les plus petits et se présente différemment en fonction des régions.
J’ai distingué le système à simple contact du système à circulation d’huile, encore différent de
celui à circulation interne d’huile. Suivant les systèmes de sanctification observés, il paraît
possible de déduire la région de provenance du reliquaire. Les décors sont aussi un élément
non négligeable, car ils paraissent refléter des habitudes régionales.
Les reliquaires replacés dans leur contexte ont permis de faire la différence entre ceux qui se
trouvent sous l’autel, les reliquaires de fondation et ceux qui sont placés en tout autre lieu en
dehors de l’abside, les reliquaires de vénération. Ils peuvent être dans les pièces annexes,
avoir laissé une trace dans une crypte, dans une niche, une absidiole un bas-côté ou l’atrium.
Outre certains exemples de Palestine, retrouvés sous l’autel et qui pourraient dater du Ve
siècle, parmi les plus anciens en date, il y a ceux qui occupent une sacristie (exemples du
Néguev, en Palestine troisième, d’Arabie, outre ceux d’Antiochène qui ne sont jamais sous
l’autel). Ces reliquaires sont accompagnés de tout un environnement qui leur donne de
l’importance et facilite le lien avec les pèlerins. Une multiplication en nombre ainsi que des
déplacements de reliquaires à l’intérieur de l’église sont observés dans diverses régions. En
Arabie, ils sont déplacés, en fin de période, à partir d’un lieu que l’on ignore (mais que l’on
suspecte avoir été dans une niche), vers l’abside, dans le pied maçonné de l’autel. En Syrie du
N. après leur multiplication dans le martyrion certains gros reliquaires sont avancés sur les
marches d’accès au choeur.
La fonction des reliquaires est alors abordée. Elle est liée à l’emplacement occupé. En effet,
tous les reliquaires qui se trouvent dans les pièces annexes, dans une crypte ou dans une niche
entrent dans un rituel martyrologique. Des cérémonies publiques et des rituels privés, pour
commémorer les fêtes des martyrs, ainsi que des visites de fidèles en dehors des offices
eucharistiques et la pratique de l’incubation étaient observés d’après les textes, ce qui a pu
être vérifié dans plusieurs cas. Les reliquaires retrouvés dans les baptistères construits à part
des églises participaient au rite du baptême. Quant aux reliquaires placés sous l’autel, dans le
but de le consacrer, leur accessibilité qui pouvait dans certains cas se poursuivre, leur
permettait de rentrer dans le rite eucharistique tout en conservant leur rôle précédent de
dispensateur d’eulogies.
Le fonctionnement exact des reliquaires est parfois difficile à expliciter. Certains éléments
permettent cependant de s’en faire une idée. Une grande partie d’entre eux étant à circulation
d’huile, le système de passage de liquide, avec entrée par le couvercle et sortie par un côté de
la cuve est assez clair. Toutefois pour les gros reliquaires du Massif Calcaire de Syrie du N.,
l’organisation de la distribution d’eulogies nous manque. Quant aux petits reliquaires
d’Arabie essentiellement, qui possèdent également une sortie dans leur cuve, même très
petite, j’ai tendance à y voir aussi un passage de liquide et leur taille suppose qu’ils étaient
surélevés. Leur mode exact de fonctionnement n’a pu être déterminé. Les reliquaires à
sanctification par contact, c’est-à-dire avec une seule ouverture sur le couvercle ont, pour
certains, été retrouvés avec une baguette de métal qui permettait de toucher les reliques
(exemple de l’église du N.-O. de Sussita-Hippos en Palestine seconde, qui peut être rapproché
de celui de l’église Ostracine dans le delta égyptien). La baguette de bronze ou de cuivre
glissée dans l’orifice du couvercle était un moyen utilisé parmi d’autres pour établir ce
contact. La preuve matérielle a ainsi été faite de cette utilisation de baguette que des textes
évoquaient pour le contact avec certaines reliques de Jérusalem. Concernant les petits
reliquaires mobiles, J’avance l’hypothèse qu’ils aient pu être, dans certaines églises de
Palestine et d’Arabie, placés, temporairement sur l’autel ou sur des tables secondaires. C’est
une probabilité très forte, bien que pour les tables secondaires, les évidences archéologiques
ne soient pas très probantes
Nous restons dans l’ignorance du fonctionnement précis des reliquaires placés sous l’autel et
accessibles par une trappe (en Palestine et dans le pied de l’autel en Arabie, ainsi que celui de
Ras el-Bassit en Syrie).
Les textes qui ont traits aux martyrs ou aux reliques entre le IVe et le VIIe siècle, témoignent
de l’importance de ce culte et de son extension tout en n’étant pas très précis sur les lieux
exacts où les rituels étaient suivis et la forme qu’ils prenaient.
Les reliquaires ont été étudiés enfin en fonction des évolutions que leur introduction a
entraîné dans l’architecture des chevets et dans les installations liturgiques. Selon les régions,
les développements ont été différents. En Syrie, l’architecture des églises du Massif Calcaire a
peu évolué, le culte s’y est installé et à part quelques martyria annexes, construits à l’extérieur
comme à Brad ou dépassant le chevet comme à Burg Heidar, à Kimar, à Sugane, c’est
l’architecture intérieure qui s’est modifiée, par la création d’un arc séparant le martyrion du
collatéral, indice sûr de la présence de reliques. Dans cette région, il n’y a jamais de tables
attestées près des reliquaires et les barrières si elles ont existé à cette période ont très rarement
laissé une trace. Les seules modifications constatées sont le placement de nouveaux
reliquaires sur les marches du choeur, indice peut-être d’une évolution des rites et l’apparition
de quelques églises dotées d’un chancel rectiligne à partir du VIe siècle. En Palestine, les
modifications architecturales sont observées en Palestine troisième surtout où un nouveau
type de chevet à trois absides paraît accompagner la place nouvelle occupée par les reliques
dans les pièces annexes. Des modifications des chancels sont remarquées également, avec la
présence de table secondaires qui ont du avoir un rôle dans le culte des martyrs et dans
certains cas ont pu servir à exposer les reliquaires, quelques rares indices archéologiques
semblent aller dans ce sens. Ce processus est moins évident en Palestine première et seconde,
bien que des tables proches des reliquaires pourraient avoir servi à leur exposition comme à
Horvat Hesheq et à Sussita-Hippos. En Arabie, il y a des créations d’églises à trois absides (à
Jérash), en liaison probablement avec le culte martyrial et, dans les églises de villages, des
modifications dans les installations liturgiques, avec des barrières qui se développent devant
le martyrion et parfois créations d’églises à deux nefs, dont le sens exact nous échappe. À
Chypre, l’architecture à trois absides ne semble pas en liaison avec le culte des reliques.
Plusieurs traditions sont suivies dans cette région et en particulier, celle de Syrie du N. pour
l’accueil des reliques à l’extrémité orientale d’un des bas-côtés, comme à la Campanopetra à
Salamine-Constantia où un gros reliquaire est placé sur un socle. Mais d’autres traditions sont
notées comme également, celle de Palestine, avec, pour la même église, la présence d’une
table secondaire, non retrouvée en place, qui a pu servir de support pour de petits reliquaires.
Cette recherche a tenté de répondre à plusieurs problématiques :
L’une était centrée sur les formes et plus particulièrement les emplacements des reliquaires, et
j’ai montré qu’il y eut dans bien des cas déplacement des reliquaires, particulièrement en fin
de période.
Une deuxième problématique concernait le fonctionnement et la fonction des reliquaires.
Pour le fonctionnement au moins un exemple de Palestine seconde, parmi les trouvailles
récentes (le reliquaire de la pièce S. de l’église du N.-O. de Sussita-Hippos) a donné une clef
de compréhension pour certains petits reliquaires de vénération. Pour la fonction, la
possibilité d’exposer les reliquaires sur des tables a été envisagée, même si cette hypothèse
n’est pas applicable partout.
La dernière problématique est liée à la liturgie. En effet, l’observation des modifications de
l’architecture des chevets et plus particulièrement des installations liturgiques permet
d’esquisser une transformation chronologique dans le culte des reliques, en rapport avec le
culte chrétien eucharistique. Des deux traditions qui avaient été reconnues par Lassus : celle
de Syrie où les reliques sont placées dans une pièce annexe du chevet et ne sont jamais sous
l’autel (le modèle syrien) et celle de Palestine où les reliques apparaissent sous l’autel ainsi
que dans les pièces annexes, peuvent se déduire deux évolutions. En Syrie, après un très grand
développement du nombre des reliquaires aux Ve et VIe siècles, seuls quelques rares exemples
attestent que la zone dévolue au clergé s’agrandit par l’installation de chancels rectilignes. En
Palestine et en Arabie, après une plus grande place octroyée au culte martyrial, le périmètre
du choeur semble aller en s’agrandissant et il se produit un recentrage vers l’autel
eucharistique où les reliques sont déposées, alors que les reliques dans les pièces annexes
tendent, là aussi dans quelques cas, à devenir des martyria séparées, peut-être avec leur propre
autel. Des autels avec reliques de fondation ont été recensés en Palestine à partir du Ve siècle
et en Arabie à partir de la seconde moitié du VIe siècle. C’est en Syrie : à Ras el-Bassit, en
Palestine seconde : à Sussita-Hippos et en Arabie : à St-Étienne d’Umm al-Rasas (bien que,
dans ce cas, le reliquaire n’ait pas été retrouvé sous la table) que des autels secondaires
associés à des reliques semblent avoir existé en fin de période, à la fin du VIe siècle, au VIIe
siècle et au-delà.
Au cours de l’étude, j’ai cherché à établir la relation entre forme, emplacement et fonction des
reliquaires, pour en déduire leur interdépendance, les rituels observés et leur évolution au sein
d’une liturgie qui elle-même a dû se transformer.
Les représentations de l’enfant dans la littérature russe et soviétique de 1914 à 1953
Mercredi 29 novembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116, 1er étage
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Carole HARDOUIN-THOUARD soutient sa thèse de Doctorat :
Les représentations de l’enfant dans la littérature russe et soviétique de 1914 à 1953
En présence du Jury :
M. BREUILLARD (PARIS 4)
M. HELLER
Mme LOSSKY (PARIS 4)
M. ROLET (LILLE 3)
Résumés :
Dans la Russie de 1914 à 1953, l’enfant, victime tragique des événements et héros de l’idéologie soviétique, devient un point de focalisation où se rejoignent les faisceaux de la politique, des sciences sociales et de la littérature. Notre étude se propose, en procédant à l’analyse syntagmatique et paradigmatique des textes et l’étude des portraits d’enfants, de mettre en lumière un mythe littéraire de l’enfance. Au-delà de l’exaltation romantique de l’enfant naturellement bon ou de la conception léniniste de l’enfant offrant la plasticité requise pour devenir un communiste conscient, le personnage apparaît de façon récurrente sous les traits de l’Orphelin. À l’image du Christ, il porte la marque de son époque mais ne devient une valeur que dans la mesure où son père se manifeste en lui, lui conférant une signification trans-historique et une intention sotériologique ; Figure mythique de la réconciliation, son obsédante quête du père ne trouve d’issue que dans la régénération symbolique des fils par leurs Pères.
In Russia from 1914 to 1953, the child, tragic victim of events and hero of soviet ideology, becomes a focus of attention on the part of politics, social sciences and literature. The object of our investigation is to discover a literary myth of childhood by carrying out syntagmatic and paradigmatic analysis of texts and study of children’s characters. Beyond the romantic exaltation of children’s natural kindness, beyond leninist conception of the child owning required plasticity to become a conscious communist, the child-hero frequently appears with character traits of the Orphan. Like Christ, this orphan bears the marks of his times but he makes full sense just insofar as his father manifests himself in him and invests him with trans-historical meaning and soteriological function. For this child as Mythical Figure of reconciliation, the only possible happy ending of the haunting quest of the father is a symbolic regeneration of the sons by their fathers.
Position de thèse :
Dans la période de bouleversements cataclysmiques vécus par la Russie depuis la première guerre mondiale et la Révolution d’Octobre jusqu’à la fin de la « Grande Guerre patriotique », l’enfance occupe une place fondamentale. À la fois victime tragique des événements et héros de la nouvelle idéologie, l’enfant devient alors un véritable point de focalisation où se rejoignent les faisceaux de la politique, du social, de la philosophie, de la psychologie et de la littérature.
Puisqu’en terre fictionnelle l’enfant est toujours « immigrant », et qu’on ne peut envisager l’étude de son représentant littéraire en le détachant de son cadre historico-culturel, il nous a semblé qu’à l’inverse, il était sans doute possible de comprendre certains phénomènes culturels spécifiques à la Russie à travers l’examen attentif de ce personnage, d’autant plus que réunissant, l’auteur et le lecteur dans la complicité d’une expérience commune, l’enfant est un sujet surinvesti qui permet certainement d’approcher au plus près la vérité des auteurs. Les multiples portraits que la littérature nous offre pour ces quelques trente années représentent tout un éventail de conceptions de l’enfance. Notre étude se propose de découvrir, à travers elles, une figure enfantine représentative d’un transitoire-enfantin, heureuse synthèse de l’historique-enfantin et de l’éternel-enfantin, russes .
L’intérêt porté à l’enfant dans la société est un mouvement universel auquel L’Émile de Rousseau a donné une impulsion majeure. Depuis le milieu du 19ème siècle, la Russie n’échappe pas à ce mouvement et la période prérévolutionnaire connaît dans tous les domaines, un foisonnement de réflexions pédagogiques, psychologiques et artistiques qui font évoluer l’image de enfant de la miniature imparfaite d’adulte à celle d’individu doué d’une créativité et d’une sensibilité particulières. Au début du 20ème siècle, les réflexions sur la création amènent les artistes de l’Avant-garde russe à comparer l’art ancien et populaire - l’enfance de l’art - à l’art de l’enfant, le but étant de rétablir une relation « primitive » à l’art. Que l’enfant soit une personnalité créatrice d’importance est devenue une évidence dans les années vingt.
Pendant quelques années, la Révolution d’Octobre reprend à son compte l’idée d’un enfant, « alter ego » de l’adulte ; elle l’envisage même comme un « révolutionnaire dans l’âme » et un initiateur spontané du communisme. Les détenteurs du nouveau pouvoir ont bien compris que l’enfant, fragilisé par un cadre de vie désastreux et mortifère, est un être suggestible et perméable à la propagande qui peut devenir un levier aussi efficace que le prolétaire pour soulever le monde et créer une vie meilleure... Conscient du rôle fondamental de l’alphabétisation, le pouvoir déploie d’énormes efforts pour créer un réseau serré d’institutions assurant l’accueil et l’instruction puis, très rapidement, l’endoctrinement politique des « masses enfantines ». Dans un même mouvement, les options pédagogiques très novatrices des premières années de la Révolution sont bientôt délaissées puis combattues au profit d’un type d’instruction traditionnel dont l’objectif idéologique est de rompre avec toutes les valeurs du passé et de modeler le « futur bâtisseur du communisme ».
Étudier le personnage de l’enfant dans la littérature russe et soviétique constitue un champ de recherche considérable. Prétendre à l’exhaustivité aurait été tout à fait utopique. Le choix que nous avons opéré a voulu répondre à la nécessité de présenter les œuvres les plus célèbres et les plus représentatives de l’époque étudiée.
Courant le risque d’une promiscuité qui peut sembler déroutante pour le lecteur, nous faisons se côtoyer dans notre travail des écrivains célèbres et des écrivains aujourd’hui oubliés. Si nous avons retenu une ou plusieurs oeuvres appartenant à l’un de ces derniers, c’est qu’elles avaient connu, en leur temps, un succès populaire qui les rendait dignes d’intérêt pour notre étude. Nous intégrons dans notre corpus des œuvres qui, pour avoir été écrites en émigration, n’en restent pas moins des œuvres d’écrivains russes et appartiennent donc de plein droit à l’histoire de la littérature russe de la période soviétique. Enfin, notre personnage étant logiquement très présent dans la littérature pour enfants, nous y puisons, au risque de nous voir reprocher le couplage de la littérature enfantine et de la littérature qui s’adresse aux adultes, considérée conventionnellement comme la seule « grande Littérature ». Notre choix dans ce domaine s’est porté sur des œuvres que la célébrité rendait incontournables. De plus, nous réfutons cette distinction qualitative entre Grande littérature et littérature « périphérique » pour enfants avec d’autant plus de conviction qu’elle s’avère parfaitement infondée dans la Russie soviétique de 1917
jusqu’à 1930 environ. Née dans la douleur de conflits virulents entre les partisans d’une littérature didactique asservie au projet politique et les défenseurs d’une lecture-plaisir, créative et poétique, la littérature enfantine connaît alors un essor magnifique et ne peut en aucun cas être traitée en parent pauvre. Du point de vue des directives officielles, on s’aperçoit que la littérature enfantine présente les mêmes enjeux et la même problématique que la littérature pour adultes : la forme et la qualité littéraire importent peu, pourvu que le contenu de l’œuvre et son discours, univoque, n’ébranlent pas la foi du lecteur en un avenir radieux. Le livre doit guider et légitimer les choix du pouvoir ; pour le réalisme-socialiste en place dès 1932, le lecteur devient un objet indifférencié d’éducation quel que soit son âge. En conséquence, la littérature se caractérise par une porosité certaine des frontières entre la littérature destinée aux enfants et celle qui s’adresse aux adultes.
Nous avions dans un premier temps fixé les limites temporelles de notre travail de la Révolution d’Octobre à la mort de Staline, mais la rupture historique de 1917 s’est vite montrée inféconde. L’Enfance de Maxime Gorki (1914), constituant un des piliers de notre analyse, nous avons finalement opté pour la période de 1914 à 1953, bien conscient que les frontières politiques ne sont pas des frontières littéraires et que d’autres jalons auraient pu être choisis. Par ailleurs, le personnage de l’enfant possèdant de magnifiques antécédents dans l’histoire de la littérature russe comme autant de référents culturels pour les auteurs, les incursions dans le passé proche ou plus lointain ont été indispensables à notre propre commentaire des œuvres. Nous avons choisi de porter nos regards sur un enfant considéré comme tel jusqu’à son entrée dans l’adolescence. Nous avons fixé arbitrairement la limite d’âge à 15-16 ans et quand certains de nos personnages - à l’âge indéfini - la dépassent, c’est qu’ils conservent, au sein de l’œuvre, un statut infantile qui nous intéresse. C’est à ce titre que le personnage de l’adolescent, « produit abouti » d’une enfance particulière et « conclusion » du récit d’initiation, apparaît dans notre troisième partie.
Nous souhaitions nous consacrer exclusivement aux genres narratifs en prose mais, la littérature destinée aux jeunes enfants étant très souvent écrite en vers, il était impossible de ne pas accorder de place à la poésie. Sans négliger la différence des genres, nous nous attachons surtout à ce qu’ils ont en commun, soit les dimensions imaginaires, esthétiques et littéraires communes mises en jeu lors de la création d’un personnage-enfant. Si l’on
admet que cette création est, dans une certaine mesure, une re-création de soi « enfant », il est vrai qu’alors, les différences entre l’enfant du roman, de l’autobiographie ou de la poésie s’estompent. C’est ainsi que pour nous l’expression « récit d’enfance » est prise dans son acception la plus large ; elle ne désigne pas exclusivement le récit autobiographique mais tous les récits qui placent l’enfance sur le devant de la scène. Nos enfants sont, pour la plupart, les héros du récit, et s’il leur arrive de n’être que des personnages secondaires, ils possèdent parfois dans leur périphérie, une profondeur qui équivaut ou surpasse celle du héros principal.
Dans la mesure où ils nous apportent un éclairage complémentaire, nous nous référons aux textes théoriques de l’époque sur l’enfance. Notre plan général est thématique, mais à l’intérieur de chaque partie, nous redonnons approximativement la chronologie des événements et des textes afin de mieux percevoir les modifications ou transformations opérées dans les représentations de l’enfant.
La première partie de notre travail consiste en une étude des différentes représentations de l’enfant à travers les genres littéraires et l’étude « poétique » des œuvres choisies.
Embarqués bon gré mal gré dans ce train fou de l’histoire, les écrivains utilisent le personnage de l’enfant pour regarder, à travers lui, le passé qui s’éloigne ou l’avenir qui approche. Depuis l’autobiographie mélancolique où « les jeux sont faits » jusqu’au dynamisme fictif du roman où tout reste à inventer, deux représentations « idéologiques » de l’enfance prédominent. Comme placées sur un axe aux extrémités duquel figureraient les deux œuvres majeures que sont Kotik Létaïev (Kotik Letaev, 1917) d’André Bely et Enfance (Detstvo, 1914) de Maxime Gorki, les œuvres s’inscrivent généralement dans une perspective historique individuelle ou collective de « décadence » ou de « progrès ». Dans le premier cas, elles cherchent plutôt à découvrir la signification de l’être dans sa forme première et, à défaut de la connaître, de la rêver en créant le mythe d’un enfant qui serait symboliquement le « Père de l’homme ». Dans l’autre cas, l’enfant, investi, à l’égal du « Fils de l’homme » d’une fonction sotériologique, porte l’espoir d’une transfiguration possible.
Le vaste registre discursif devant lequel nous nous sommes trouvé dans notre quête du héros-enfant développe, quel que soit le genre littéraire, le thème de l’épiphanie héroïque d’un enfant, comme autant de variations sur le thème de l’initiation. Même si les auteurs n’affichent pas explicitement la volonté de faire de leur personnage un
modèle universel, on peut faire l’hypothèse que cette motivation existe toujours, même inconsciente, car l’enfant est toujours pris dans l’axiologie de l’auteur. La structure des récits présente donc un certain nombre de constantes qui caractérisent aussi le récit « mythique » comme récit fondateur.
Sous l’apparente discordance des voix et des idéologies, un certain nombre de points communs subsiste dans les portraits d’enfants : des attitudes, des goûts, des mots et des pensées, comme autant d’éléments fixes et obligatoires dans la variété. Nous faisons l’hypothèse que l’ensemble de ces éléments constitue un noyau fondamental qui peut nous permettre d’ébaucher le portrait littéraire russe d’un enfant « autre », mythique. Chez les auteurs, cet enfant-là, rebelle à toute forme de dressage, resurgit toujours, débarrassé des oripeaux cousus de certitudes adultes trop rigoureuses. Figure de cristallisation, cet Enfant apparaît de façon récurrente à la croisée des genres littéraires sous les traits de l’Orphelin.
La construction et la perception par l’enfant de l’espace, du temps et de l’Autre varient en fonction des auteurs. Si l’enfant du souvenir évolue dans un monde justifié par la nostalgie des origines, l’enfant de l’avenir est, quant à lui, projeté dans le monde de l’utopie. Nous nous attachons dans la deuxième partie à l’étude de ces cosmogonies/ eschatologies élaborées par les auteurs et nous tentons de montrer que, malgré leur cohérence, elles restent partielles et globalisantes, voire lacunaires et totalitaires dans leur forme extrême. Maître de l’expatriation, l’orphelin mythique échappe à ce monde étriqué ; il nous transporte dans des lieux où le monde apparaît sous des angles oubliés par les adultes ; il ne renie rien mais remet tout en question. Il abolit les limites temporelles et spatiales et nous entraîne à sa suite au devant de son peuple d’élus : objets, animaux, vieux fous et enfants hors la loi avec lesquels il tente de répondre aux grandes énigmes de l’existence.
Enfin, nous étudions dans la troisième partie comment les auteurs font porter à leurs jeunes héros un jugement sur la société dans laquelle ils vivent. L’enfant, qui, dans les parties précédentes était surtout utilisé comme regard et geste créateur, devient « voix ». Il apporte ses réponses sur la politique, la morale ou la religion et, parce qu’il porte en lui, comme en germe, les pires périls comme les plus belles espérances de la complexité humaine, sa « parole » vient encore brouiller les pistes et neutraliser les systèmes de valeurs trop fixes.
En procédant à l’analyse syntagmatique et paradigmatique des récits écrits, nous avons mis en lumière un système dynamique de constellations d’images, un mythe littéraire de l’enfance.
Il est ressorti dans un premier temps que la fonction première de l’enfant dans les textes est de « se rappeler » ou de « prophétiser ». Mais les deux prédicats nous sont bientôt apparus comme les moteurs d’une seule et même quête, d’une seule et même tentative prométhéenne, d’une seule et même révolution. Et il est un fait que ce Pays de l’enfance, cette Inonia qu’à la suite de leurs personnages les écrivains nous font revisiter, ressemble tout autant au Paradis perdu de notre enfance qu’au monde futur rêvé. L’enfant se trouve toujours en sa Patrie, au cœur d’un récit fabuleux et nécessairement mensonger, un mythe.
Maintes fois, nous avons relevé chez les auteurs la volonté de mettre en évidence les capacités de l’enfant à franchir les frontières. Si l’enfant, grâce à ce don de transcendance (lat. transcendens, transcendere, franchir, surpasser), est capable de nous dévoiler un monde parallèle et nouveau, c’est parce qu’il se situe nécessairement à la lisière du discours normatif et du discours de l’inconscient au sens jungien du terme ; c’est une « force de l’âme » mystérieuse et secrète qui ne se laisse pas, comme la conscience, « dresser comme un perroquet » mais demeure soustraite à tout arbitraire subjectif. Il se découvre à nous comme une « reliance », une béance et nous invite à nous réinterroger sans cesse.
Au-delà de l’exaltation romantique de l’enfant naturellement bon, capable d’améliorer les relations interindividuelles et les institutions de la collectivité, au-delà de la conception léniniste de l’enfant offrant la plasticité requise pour évoluer vers de nouvelles formes sociales, contrairement aux adultes surchargés de toute la complexité de la culture et des traditions, au-delà du petit barbare pervers décrit par la psychanalyse freudienne, le personnage de l’enfant ne serait-il pas donné, finalement, comme un archétype du Soi (l’orphelin) dont l’image parfaite serait celle du Christ ?
Le motif de l’enfant occupe une grande place dans toutes les religions. Qu’il occupe une si grande place à ce moment crucial de l’histoire en Russie est peut-être la marque d’un peuple qui cherche à donner un sens à son histoire. L’enfant se ferait ainsi
le représentant d’une certaine idée que la Russie aurait d’elle-même et passerait par la bouche de ses écrivains. Nous rejoindrions alors la pensée d’A. Besançon et pourrions émettre l’hypothèse que l’enfant incarne à la fois l’idée gogolienne d’une Russie porteuse d’espoir, terre d’épreuves et lieu de régénération et l’idée dostoïevskienne insistant sur la démesure, la hâte du peuple russe à se manifester dans le bien ou dans le mal. L’enfant deviendrait alors l’Épitomé de l’homme ; il répondrait à l’idée commune selon laquelle la Russie et l’Homme russe seraient « prédestinés » et ressembleraient au Christ souffrant.
La figure du Christ apparaît souvent en filigrane dans le portrait de l’enfant masculin. À l’image du Christ, notre héros porte la marque de son époque et ne devient une valeur que dans la mesure où Dieu se manifeste en lui, lui conférant ainsi une signification trans-historique et une intention sotériologique. L’identification au Christ est la voie proposée pour régler la relation au père. L’enfant est une Figure de la réconciliation et de la plénitude car son obsédante quête du père trouve son principal moteur à travers une régénération symbolique des vivants par les morts (des fils par leurs Pères). Il se peut qu’il rapproche ainsi la pensée de Fedorov de celle de Nietzsche - qu’il nommait le « bludnyj syn filosofii » - qui considérait quant à lui que
ce à quoi fait allusion le symbole de « père » et de « fils » (dans l’Évangile) est bien évident (...) le mot « fils » exprime l’accès au sentiment général de transfiguration de toutes choses (la béatitude), le mot « père » ce sentiment lui-même, le sentiment de l’éternité et de l’accomplissement.
Nos conclusions restent relatives à la période et aux œuvres étudiées, et notre sujet « monumental » nous a entraîné bien des fois sur des chemins de traverse. Dans le même cadre temporel, il aurait été passionnant d’étendre notre sujet au genre de la poésie, et notamment à celle de S. Essenine chez qui le thème de l’enfance et du retour à la maison du père (otčij dom) est récurrent. Nos incursions indispensables dans le passé nous ont amené à nous replonger dans la lecture des grands romanciers du 19ème siècle. Les regards croisés de L. Tolstoï et de F. Dostoïevski sur l’enfant nous apporteraient de toute évidence des réponses fondamentales sur l’émergence du mythe de l’enfant à l’époque qui nous a intéressée. Enfin, l’extension temporelle de notre sujet pourrait être le prétexte à observer
les suites données à ce mythe de l’enfant au moment du Dégel jusqu’à la Perestroïka, puis jusqu’à nos jours. Les écrivains russes contemporains continuent de nous éclairer, à travers leurs personnages-enfants, sur les effets ambigus de la révolution culturelle communiste en Russie. Des récits, parodiant le réalisme socialiste, montrent le revers tragico-comique d’un mythe poussé à l’extrême. Enfin, le personnage de l’enfant dans la littérature russe contemporaine, qu’elle s’adresse aux adultes ou aux enfants, reste un domaine à explorer, ne serait-ce que pour s’enquérir des empreintes éventuelles laissées par cet héritage cyclopéen de la période de 1914 à 1953.
« Dans un monde nouveau s’épanouiront/ les roses et les rêves salis par les rimes des poètes. / Tout est fait / Pour le plaisir/ Des grands enfants / Que nous sommes. » écrivait V. Maïakovski dans 150.000.000. Les voies ouvertes par notre sujet sont multiples et fascinantes, tant le personnage de l’enfant est à même, ne serait-ce qu’en nous préservant des erreurs et de l’illusion, de nous éclairer sur le rôle de l’immaturité dans la remise en cause des valeurs et sur l’édification d’autres possibles.
Les revues littéraires : Contribution aux études comparatistes de réception
Vendredi 25 novembre 2005
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
Mme Anne-Rachel HERMETET soutient son Habilitation à diriger les recherches :
Les revues littéraires : Contribution aux études comparatistes de réception
En présence du Jury :
M. CHEVREL (Paris 4)
M. BRUNEL (Paris 4)
M. CHARDIN (Tours)
Mme Colin (Caen)
Mme PRUNGNAUD (Lille 3)
Les romans de l’actrice 1880-1916 (Domaines germanique, anglo-saxon et français)
Samedi 11 décembre
14 h
Centre Malesherbes
Amphithéâtre A120
108 bd Malesherbes
75017 PARIS
Mme Corinne FRANCOIS soutient sa thèse de doctorat :
Les romans de l’actrice 1880-1916 (Domaines germanique, anglo-saxon et français)
En présence du Jury :
M. CHEVREL (PARIS IV)
Mme DUBAR (LILLE III)
M. DUCREY (STRASBOURG II)
M. NOIRAY (CNRS)
Les socialistes et l’enfance au XIXème siècle (1830-1870)
Lundi 27 novembre 2006
9 heures
En Sorbonne, Centre Administratif, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
Mme Nathalie BREMAND MANFREDONIA soutient sa thèse de Doctorat :
Les socialistes et l’enfance au XIXème siècle (1830-1870)
En présence du Jury :
M. LUC (PARIS 4)
Mme PERROT (PARIS 7)
M. RIGAU
M. SAVOYE (PARIS 8)
Mme STORA-LAMARRE (BESANCON)
Résumés :
Les socialistes français de la période 1830-1870 représentaient l’enfant comme un être innocent et pur, victime de la société de l’époque. Ils plaçaient en lui un immense espoir car il incarnait à leurs yeux la génération à venir. Dans leurs discours théoriques sur la société idéale, ils avaient tendance à accorder à l’enfant un statut particulier, en considérant l’enfance comme une période structurée en de multiples catégories d’âge spécifiques et en lui attribuant une place individualisée dans l’espace privé et public. Ils s’affirmaient pour une nécessaire protection de l’enfant par la collectivité et soutenaient la création des nouvelles institutions qui lui étaient destinées. Ils redéfinissaient la place de l’enfant dans la société, en revisitant la relation pédagogique, en redistribuant les rôles à l’intérieur de la famille et en le mettant, dans certains cas, sur un pied d’égalité avec les adultes. Dans les réalisations expérimentales qu’ils menèrent - colonies, communautés, associations - l’éducation morale des enfants était une priorité, car on leur attribuait un rôle primordial à jouer dans le changement social. Le plus souvent séparés de leurs parents, ils étaient formés pour intégrer les valeurs de la nouvelle organisation sociale afin de les transmettre ensuite aux adultes.
Par la diffusion de leurs idées et par leurs pratiques d’expérimentation sociale, les socialistes « utopiques » ont participé au changement des attitudes à l’égard des enfants qui se manifesta tout au long du XIXe siècle, et ont contribué dans une certaine mesure à l’évolution des mentalités vers une conception moderne du statut de l’enfant dans la société.
During the period 1830-1870, French socialists represented children as innocent and pure beings who were victims of the society of that era. Children were for them a source of immense hope, since they were seen as the emerging generation that would transform society. The socialists’ conception of the ideal society attributed a special status to childhood. They saw it as a period that was divided into a number of specific age groups, and they accorded children an individualized place in both private and public space. They advocated, and indeed deemed indispensable, the protection of children by the community, and they supported the founding of new institutions designed for juveniles. They redefined the child’s place in society, re-examining educational relationships, reallocating roles within the family, and in some cases placing children on equal terms with adults. In the experiments they carried out - colonies, communities, associations - the children’s moral education was a priority, since youth was expected to play a fundamental role in social change. In most cases, children were separated from their parents, trained to assimilate the values embodied in the new forms of social organization, and expected to transmit them later to the adults.
By disseminating their ideas and applying them through social experiments, “utopian” socialists played a part in the change in attitudes towards children that was exhibited throughout the nineteenth century. To a certain extent they contributed to the evolution toward a modern conception of the child’s status in society.
Position de thèse :
A la croisée de l’histoire de l’enfance et de celle du socialisme, de l’histoire culturelle et de l’histoire sociale, le projet de cette étude est de déterminer quelles attitudes les socialistes français de la période 1830-1870 ont développées à l’égard des enfants et dans quelle mesure, en tant qu’hommes et femmes voulant changer la société et les rapports sociaux, ils ont participé à l’évolution de son statut. Elle dépasse le cadre strict de l’éducation pour interroger les sources sur les représentations de l’enfance que les socialistes véhiculaient dans leurs écrits, sur la place accordée à l’enfant dans la société idéale à laquelle ils aspiraient, et sur le rôle qu’ils faisaient jouer à l’enfant dans le changement social, en particulier dans les expériences qu’ils mirent en pratique.
Historiographie et intérêt de la recherche
Les dates retenues pour cette étude recouvrent la période allant de l’avènement de la Monarchie de Juillet à la proclamation de la Troisième République. Dans l’histoire du socialisme, cette période correspond à la première grande phase historique de ce courant de pensée politique. Les penseurs et les militants qui ont précédé cette période ont souvent été qualifiés de prémarxistes et leurs doctrines sont regroupées sous le nom de socialisme utopique. Ce qualificatif s’appuie sur l’idée de l’opposition du socialisme utopique au socialisme scientifique de Marx et de Engels. Par cette appréhension des choses, le socialisme de cette période est le plus souvent interprété comme une ébauche, un brouillon du « vrai » socialisme qui émergera dans les années 1870. D’autre part, le terme d’ « utopiste » a parfois été utilisé pour enfermer les auteurs dans des images relativement stériles qui font d’eux des êtres fantaisistes ou autoritaires. Le fait que le socialisme « utopique » soit souvent stigmatisé comme ayant engendré des systèmes totalitaires est très prégnant lorsqu’il s’agit d’aborder la question de l’enfance. Dès lors que l’on aborde l’éducation des enfants sous l’angle d’une formation standardisée d’un individu arbitrairement moulé, en effet, elle-ci est présentée dans des termes qui coupent court à toute autre interprétation. Cantonner systématiquement les socialistes aux rôles d’illuminés ou de dictateurs, n’a pourtant qu’une portée limitée. Cette opposition recouvre, comme l’a exprimé Mona Ozouf, une « problématique usée » . Et elle est désormais largement mise à mal par les historiens et les chercheurs en sciences humaines. Depuis quelques années, ce socialisme bénéficie ainsi d’un certain regain d’intérêt et d’une meilleure image, et c’est paradoxalement par l’émergence d’une nouvelle approche sur la question de l’utopie que les regards se tournent à nouveau vers Fourier ou vers Cabet. De nombreuses publications peuvent être mentionnées, qui attestent de ce regain d’intérêt et de la variété des approches . Par ailleurs, ce sujet continue d’attirer d’autres secteurs de la recherche, comme la sociologie ou l’économie , qui alimentent à leur manière nos connaissances sur ce sujet.
Dans l’histoire générale de l’enfance, le XIXe siècle a une place à part, car il est identifié comme une époque charnière dans l’évolution des attitudes à l’égard de l’enfant et de son statut dans la société, par rapport à notre époque actuelle. Les travaux réalisés ont démontré que ce siècle était marqué par l’émergence de la figure de l’enfant dans la société occidentale et qu’il a amené des changements profonds dans la façon de le considérer. Une place lui a été progressivement accordée dans la vie publique, par la création, en particulier, de la plupart des institutions qui lui sont encore destinées aujourd’hui. Mais ces multiples recherches ont également révélé un XIXe siècle fascinant par ses paradoxes autour du personnage de l’enfant. Car si tout au long du siècle, une grande sollicitude s’est exprimée à son égard, le développement du malthusianisme, l’exceptionnelle mortalité infantile ou encore les conditions de vie des petits travailleurs dans les manufactures montrent aussi que cette époque entretenait un rapport bien ambivalent avec ses enfants.
En ce qui concerne les conceptions de l’enfance chez les socialistes, les historiens qui ont étudié ces auteurs se sont surtout intéressés en grande majorité à leurs théories éducatives. Citons en particulier les ouvrages majeurs de Georges Duveau et de Maurice Dommanget . Certains travaux concernant les utopistes depuis l’Antiquité portent sur l’éducation et intègrent à leurs corpus les socialistes du XIXe siècle. De très nombreuses monographies ont été consacrées à leurs théories éducatives, et tout spécialement à celles de Charles Fourier et de Pierre-Joseph Proudhon, les plus prolixes sur ces questions. Mais ces recherches se cantonnent aux thèmes de l’instruction et de la pédagogie. Si elles abordent d’autres questions touchant à l’enfance, elles le font occasionnellement et le plus souvent superficiellement. Parce qu’ils sont très liés, le sujet de l’enfant est généralement abordé dans les différents travaux consacrés à la famille et aux femmes. Un certain nombre d’études ont porté sur les femmes socialistes, en particulier sur Flora Tristan et Pauline Roland. Elles ont permis d’évoquer la question des enfants à travers leurs conceptions du rôle des mères dans la société. Par ailleurs, quelques travaux universitaires ont étudié la place des femmes dans les communautés utopiques, en évoquant, à l’occasion, le rapport qu’elles avaient avec leurs enfants. Quant à la question des socialistes et de la famille, elle a fait l’objet de deux thèses dans les années 1970 et de quelques articles. Mais il n’existe pas d’étude d’ensemble portant sur le rapport des socialistes à l’enfance, en dehors de la question stricte de l’éducation et de la pédagogie.
Corpus et sources
Cette thèse s’appuie sur un large corpus de textes et de documents sur les socialistes de l’époque 1830-1870. Il regroupe les penseurs les plus connus, mais aussi leurs nombreux épigones : Saint Simon et les saint-simoniens, Fourier et les fouriéristes, Louis Blanc, Auguste Blanqui, les communistes Étienne Cabet et Théodore Dézamy, Pierre-Joseph Proudhon, Pierre Leroux, les anarchistes Joseph Déjacque et Ernest Cœurderoy, le socialiste chrétien Jean-Philippe Buchez et les représentants de l’owenisme en France, Joseph Rey et Jules Gay, les ouvriers socialistes, les féministes socialistes comme Flora Tristan, Jeanne Deroin, Désirée Véret, Pauline Roland. De nombreuses expériences sociales sont étudiées, comme les expériences des fouriéristes français en France, mais aussi aux États-Unis, au Brésil et en Algérie, les communautés icariennes de Cabet aux États-Unis, le familistère de Guise, ou encore la communauté de Pierre Leroux à Boussac.
Pour mener à bien cette étude, de nombreuses sources imprimées ont été consultées à la Bibliothèque Nationale de France. Mais ce travail s’est appuyé en grande partie sur l’exploitation d’un fonds possédé par la bibliothèque universitaire de Poitiers et consacré aux socialismes du XIXe siècle. Il s’agit d’un fonds légué par Auguste Dubois (1866-1935), professeur d’histoire des doctrines économiques et d’économie politique à la Faculté de Droit de Poitiers à partir de 1899, et qui fut l’un des fondateurs de la Revue d’histoire économique et sociale. Ce fonds recouvre une documentation exceptionnelle sur le socialisme « utopique ». Une partie des archives sociétaires a également été exploitée. Déposées aux Archives Nationales, elles réunissent les manuscrits, papiers et correspondances de Charles Fourier et de Victor Considérant, et de l’École sociétaire. En outre, des recherches ont été menées dans trois centres d’archives départementales et dans les archives du musée du familistère de Guise, dans l’Aisne.
Plan général de l’études
Les conceptions des socialistes ne fournissent pas une vision objective de la place des enfants dans la société de l’époque et ne s’appuient pas exclusivement sur des théories. Elles reposent aussi sur des images, des représentations. C’est pourquoi une première partie de ce travail vise à avoir accès aux différents types de personnages enfantins qui peuplent la culture des socialistes. Elle tente de mettre à jour les représentations mentales qu’ils ont de l’enfant, comment ils voient leurs petits contemporains, mais aussi ce qu’ils projettent sur cette période de la vie qu’est l’enfance et comment ils conçoivent un enfant idéal. Les textes théoriques, les nombreux journaux de l’époque, les poésies et les récits d’enfance que certains socialistes écrivirent, sont interrogés pour tenter de définir quels sont les caractères dominants qu’ils leur attribuent.
Dans la deuxième partie, l’étude du discours idéologique des différents auteurs se donne pour but de déterminer quelle était la place assignée à l’enfant dans leurs projets de sociétés. De nombreux écrits sont sollicités, à la lumière de quelques-unes des grandes problématiques propres au XIXe siècle concernant le statut de l’enfant, et qui sont encore d’actualité aujourd’hui. Dans un premier temps, est examinée la teneur des rapports sociaux qui devaient exister entre les enfants et les autres individus, à l’intérieur de la famille et dans la relation éducative en général, mais aussi avec la collectivité, qu’elle prenne la forme d’une communauté ou de l’État. Dans la mesure où le XIXe siècle est un moment de l’histoire où l’enfance comme âge de la vie se redessine et se précise, cette étude cherche à déterminer quelles sont les délimitations temporelles indiquées par les socialistes pour dire ce que recouvre à leurs yeux la période de l’enfance. En cette époque de redéfinition des espaces entre sphère privée et vie publique, la question est également posée des lieux qui sont destinés aux enfants. Les chapitres suivants tentent, quant à eux, de cerner quelles furent les positions des socialistes sur des questions contemporaines à leur siècle, comme celles de la coéducation des sexes et du traitement de la déviance enfantine, et de mettre à jour les alternatives. Enfin est abordé le sujet crucial du travail des enfants, particulièrement important à l’époque.
La dernière partie de ce travail traite de la place qu’occupent les enfants dans les nombreuses réalisations mises en œuvre. Les socialistes de cette époque sont communément considérés comme des socialistes d’idées, dont, en l’absence d’organisation ouvrière ou politique, la force principale résidait dans sa pensée. Cette conception est contrecarrée par des travaux passés et récents qui mettent en valeur le foisonnement d’expériences qui furent tentées, le plus souvent sous formes d’associations ou de coopératives, mais aussi de communautés et de colonies d’émigrés. Ces mises en applications de leurs idées correspondaient tout à la fois au moyen de les expérimenter, de faire du prosélytisme et de préparer progressivement le changement de société. Dans ces conditions, étudier la place des enfants dans ces expériences permet, non seulement de dépasser la définition de l’éducation socialiste comme la formation d’un homme nouveau, mais aussi d’appréhender le rôle donné à l’enfant dans le processus de changement social et de déterminer quelles attitudes les protagonistes de ces réalisations développaient à l’égard des enfants.
Principaux résultats
Durant cette période de quarante ans, les socialistes se trouvaient en phase avec nombreux de leurs contemporains pour voir dans l’enfant, et en particulier dans l’enfant du peuple, un être innocent et pur, victime des dysfonctionnements de la société du moment. Ils avaient une vision romantique du petit de l’homme. Ils entretenaient, de ce fait, une sorte de culte de l’enfance qui incarnait leur volonté de rompre délibérément avec le passé et de se tourner vers l’avenir.
Les socialistes ont, dans une certaine mesure, par la diffusion de leurs idées et par leurs pratiques d’expérimentation sociale, contribué à faire évoluer le statut de l’enfant vers celui d’une personne à part entière, d’un individu autonome. Il existe, tout d’abord, chez la plupart des auteurs, une perception très nette du temps de l’enfance comme une période décisive de la vie, pendant laquelle beaucoup de choses se jouent. Par ailleurs, l’enfance n’est pas présentée comme un laps de temps indifférencié, mais comme une succession d’âges et d’étapes, avec leurs spécificités. Alors que l’intérêt pour le nourrisson, désormais nommé bébé, se développe dans la société française à partir du Second Empire, la plupart des socialistes font preuve d’une grande sollicitude l’égard du nourrisson et de la petite enfance. Cette attitude est l’expression de leur volonté de former une génération nouvelle avec des individus pris dès leur naissance, et qui ne sont donc pas, selon eux, encore corrompus par la société actuelle. Elle s’appuie sur l’idée d’une certaine malléabilité de l’enfance, qui va conduire certains réformateurs à appréhender les enfants comme des sortes de cobayes qu’ils veulent utiliser, dans le cadre d’expériences de vie commune, pour prouver la justesse de leurs idées. D’autre part, elle exprime aussi la conviction de l’éducabilité de l’enfant dès sa naissance. La tendance à donner à l’enfant un statut particulier s’exprime également dans le fait de lui attribuer un espace de plus en plus précis et individualisé dans l’organisation spatiale de la société et, par là même, de considérer que la petite fille ou le petit garçon a des besoins spécifiques.
Les socialistes s’inscrivaient également dans une tendance générale du siècle qui voyait dans l’éducation une clé majeure de la résolution du problème social, mais ils dépassaient largement ce point de vue en faisant jouer à l’enfant un rôle actif dans le changement de société. À part les insurrectionnels comme Blanqui, ils sont majoritairement hostiles au changement brutal de régime, en particulier lorsque celui-ci est provoqué par des actes violents. Ils pensent, au contraire, que le changement de société doit être préparé progressivement par la diffusion de leurs idées. Il doit être amené par des réformes et par la mise en pratique progressive de leurs théories, dans des réalisations expérimentales dont les deux pôles majeurs sont l’organisation du travail et l’éducation des enfants. Le rôle important attribué aux enfants dans cette phase de modification profonde des rouages sociaux en est un des caractères les plus originaux. Dans la période transitoire, qui correspond au laps de temps nécessaire au changement de société, l’éducation des enfants fait partie des priorités, car ils sont les futurs citoyens de la société à venir. Il importe donc de les élever, dès leur naissance, pour les préparer à assumer ce rôle et à poursuivre plus tard l’œuvre entreprise par leurs aînés. Dans les expérimentations sociales, les enfants sont donc le plus souvent séparés des adultes pour ne pas subir leurs influences. Ils sont formés et conditionnés pour intégrer les valeurs de la nouvelle organisation sociale. Un énorme investissement est fait sur l’enfant par les adultes, et de véritables programmes d’éducation sont élaborés. Davantage que son bonheur personnel, c’est sa destinée d’enfant qui intéresse et qui est perçue dans une perspective collective.
Les socialistes ont, en outre, incontestablement participé à l’évolution des mentalités vers une démocratisation de l’éducation qui a amené à la mise en place de l’école obligatoire et gratuite et, plus généralement, à la création des institutions destinées à l’enfance. Par la diffusion de leurs idées, et de façon beaucoup plus directe par leur investissement sur le terrain, ils ont soutenu et préparé la fondation progressive, tout au long du siècle, de ces structures en faveur de l’enfance : crèches, salles d’asiles, écoles. Ils ont accompagné le mouvement des mentalités qui a conduit à la prise en charge d’une grande partie de l’existence des enfants par l’autorité publique au détriment de ses parents, mais aussi, beaucoup plus largement, qui a mené à une conception moderne du statut de l’enfant. Nombreux parmi eux sont ceux qui affirment que l’enfant a des droits et des devoirs sociaux, qu’il peut s’exercer à la vie politique dès son plus jeune âge et, donc, qu’il a une parole et une voix. Certains déclarent qu’il peut bénéficier du produit de son travail, en lui donnant un rôle actif dans le changement social. Les produits de ses efforts, qu’ils soient pécuniaires ou non, n’étaient plus remis au père, comme c’était le cas dans la société de l’époque, et comme la loi le stipulait, mais servaient au bénéfice de la collectivité et donc, en retour, aux individus qui la composaient. En pleine époque de puissance paternelle, cela signifiait que l’enfant pouvait être, dans une certaine mesure, considéré comme une personne sociale indépendante, en particulier en finançant lui-même ses propres frais d’éducation. La plupart d’entre eux revisitent la relation pédagogique en introduisant, à l’occasion, dans celle-ci, un rapport contractuel entre l’éduqué et l’éducateur, en redistribuant les rôles à l’intérieur de la famille et en le mettant sur un pied d’égalité avec ses parents. Par ces prises de position, les socialistes ont développé une conception du statut de l’enfant qui anticipe en bien des points sur son évolution actuelle.
Les socialistes participèrent à l’émergence de l’intérêt du XIXe siècle pour l’enfant, et à un développement d’un important « sentiment de l’enfance » dans les mentalités. Ce ne furent pas seulement des réformateurs enfermés dans leur volonté de créer un homme nouveau en modelant les petits enfants, mais des hommes et des femmes qui ont diffusé des idées allant incontestablement dans le sens d’une évolution vers une conception très moderne de la place du petit homme dans la société. La complexité de leur pensée évoque une tension entre une volonté normative indiscutable et l’affirmation d’exigences quant à l’évolution du statut de l’enfant qui sont au cœur de la modernité.
Les théories explicatives de la magie : les sciences sociales à l’épreuve d’une croyance collective
Jeudi 1er décembre
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Pascal SANCHEZ soutient sa thèse de doctorat :
Les théories explicatives de la magie : les sciences sociales à l’épreuve d’une croyance collective
En présence du Jury :
Raymond BOUDON (Paris 4)
Jean-Michel BERTHELOT (Paris 4)
Charles-Henri CUIN (Bordeaux 2)
Alain TESTART (CNRS)
Bernard VALADE (Paris 5)
Résumés
La magie constitue un champ d’observation intéressant pour étudier les mécanismes explicatifs des théories dans un domaine aussi fondamental que la compréhension des croyances collectives. En première lecture, les débats qui ont agité l’anthropologie et la sociologie font apparaître une constellation de positions diverses. En fait, cette complexité est apparente, dans la mesure où la magie a suscité trois interrogations majeures. La première porte sur la définition de la magie élaborée en fonction de la religion et de la science. La seconde concerne les différentes fonctions psychologiques, sociales et cognitives exercées par la magie. La troisième a pour objet d’identifier les conditions de la variation, dans le temps et dans l’espace, des croyances magiques. Ces débats fournissent ainsi un fil conducteur et offrent la possibilité de comparer le pouvoir explicatif de théories confrontées à une croyance apparemment irrationnelle. Parmi les diverses expressions adoptées par l’anthropologie et par la sociologie, une seule semble apte à répondre aux critères d’une bonne théorie. Expliquer la magie, c’est restituer les raisons qui amènent des croyants à adhérer à des représentations subjectivement fondées, c’est donc restituer un point de vue qui conduit un croyant à se convaincre de la cohérence et de la validité empirique de ses représentations. Cette approche de la croyance magique est notamment perceptible dans les écrits d’Emile Durkheim, de Max Weber et d’E. E. Evans-Pritchard, écrits qui combinent une ample description du contexte dans lequel la magie s’insère à une analyse fine et complexe des facteurs cognitifs concourant à l’adhésion à cette croyance.
Magic makes up an interesting range of observation in order to study the explanatory mechanisms of the theories in a field that is as fundamental as the understanding of collective beliefs. At first reading, the disputes which have stirred anthropology and sociology circles reveal a myriad of miscellaneous, even contradictory opinions. Actually, this complexity is apparent in so far as magic has roused three major questions. The first one is concerned with the definition of magic worked out in relation with religion and science. Then the second bears on the different psychological, social and cognitive functions which magic exerts on people. The third one aims at identifying in what conditions of time and space magical beliefs change. Thus these debates provide a leading thread and offer the possibility to compare the explanatory power of theories with an apparently irrational belief. Among the various formulations taken up by anthropology and sociology, only one seems to be able to meet the criteria of a good theory. Explaining magic is to restore the reasons which lead believers to adhere to subjectively founded representations, is then to restore a point of view which leads a believer to convince himself of the consistency and the empirical validity of his representations. This approach to magical belief can be especially detected in the writings of Emile Durkheim, Max Weber and E.E. Evans-Prichard ; these writings associating an extensive description of the context in which magic is inserted to a sharp and complex analysis to the cognitive factors contributing to bringing people to this belief.
MOTS CLES : anthropologie, croyance, définition, magie, rationalité, religion, sociologie, théorie.
Position de thèse
Les contributions de l’anthropologie et de la sociologie consacrées à la magie offrent un terrain d’observation particulièrement intéressant pour qui veut comprendre les mécanismes de formation des théories en sciences sociales. En rompant avec le sens commun qui associe la magie à une forme de superstition, ces théories ont effectué ce geste que l’on exige de toute science qui consiste à produire des concepts en s’affranchissant des prénotions qui hantent le langage courant. Saisir la magie, c’est toutefois, pour les sciences sociales, bien plus qu’une simple tentative de comprendre des pratiques apparemment irrationnelles pour en faire un objet d’intellection. Expliquer une croyance collective comme la magie, c’est, pour l’anthropologie ou pour la sociologie, une façon d’éprouver leur statut de science, c’est-à-dire leur prédisposition à décrire les mécanismes psychologiques, sociaux et cognitifs par lesquels la magie devient une forme rationnelle et légitime de représentation de phénomènes en grande partie naturels.
Le chemin entrepris par l’anthropologie et la sociologie pour parvenir à rendre intelligible cette croyance a été long et sinueux. En effet, les premiers écrits des anthropologues et des sociologues sur cette question, ceux en particulier d’Auguste Comte, d’Herbert Spencer et de Lewis H. Morgan ont rejeté cette croyance dans le domaine des superstitions. Dès lors, ces auteurs n’ont pas été en mesure de faire émerger un objet digne d’une intellection scientifique. Dans ce contexte, la rédaction du cycle du Rameau d’or marque une nouvelle étape en raison de la place centrale qu’attribue James G. Frazer à la magie au sein de ce cycle. Avec James G. Frazer, la magie accède au rang d’un objet dans la mesure où cette croyance, par-delà sa diversité, relève des lois d’association des idées et traduit l’existence d’un ordre à travers les mécanismes du fondement symbolique de la royauté. La problématique, par laquelle James G. Frazer tente de cerner les croyances magiques, repose sur une triade, celle organisant les rapports entre la magie et la religion d’une part et entre la magie et la science d’autre part. En affirmant que l’intelligibilité de la magie dépend de la relation qu’elle noue avec la science et avec la religion, James G. Frazer a lancé, au sein de sa fameuse triade, un débat qui a fécondé une grande partie des discussions de l’anthropologie et de la sociologie à propos des croyances magiques. Certes, le point d’impulsion fourni par James G. Frazer est en grande partie erroné en ce que la magie n’a pas précédé historiquement la religion et qu’elle ne se limite pas à broder autour du principe de causalité. Toutefois, James G. Frazer a été le premier à rompre avec le sens commun faisant de la magie une pratique superstitieuse à ce point vide de sens qu’elle ne semble contenir, au premier abord, aucun enjeu social ou institutionnel majeur digne d’un intérêt scientifique.
Ce point d’impulsion a ouvert une période, entre 1900 et 1930, au cours de laquelle de nombreux anthropologues, sociologues et philosophes vont s’affronter en vue de proposer une explication de la croyance magique en identifiant, en particulier, la nature de ses relations avec la religion et avec la science. Cette période est cependant marquée par l’accumulation des données anthropologiques recueillies sur de nombreux terrains. L’œuvre de Bronislaw Malinowski a permis ainsi d’entrevoir de nouvelles questions en ce que la magie n’apparaît plus seulement comme une représentation, plus ou moins spontanément raccordée à la sphère religieuse, mais comme une manière d’organiser des rapports sociaux, de réguler le travail et d’apporter la confiance nécessaire lors des expéditions de pêche en haute mer, activité souvent périlleuse et incertaine. Cependant, la véritable rupture avec le paradigme frazerien sera établie par Evans-Pritchard qui publia en 1937 un ouvrage de référence intitulé Sorcellerie, oracles magie et parmi les Azandé. Dans ce texte, l’anthropologue tente de saisir de l’intérieur les catégories des Azandé, non par empathie, mais en analysant leurs découpages langagiers et conceptuels, et ce indépendamment des problématiques occidentales associant la magie à la religion ou la magie à une fausse application du principe de causalité. Selon Evans-Pritchard, la magie représente pour les Azandé l’équivalent d’une théorie du malheur, elle a pour fonction d’expliquer le contingent, l’accidentel, l’incompréhensible, en rattachant un événement insolite à une cause mystique. Toutefois, l’activation des explications d’ordre mystique n’a rien d’automatique et ne dévoile pas l’existence d’une mentalité primitive. Le Zandé adhère à ses représentations en se référant à une argumentation complexe, fort bien restituée par Evans-Pritchard, argumentation qui établit les conditions de la validité empirique d’une croyance.
Les écrits de Bronislaw Malinowski et d’Evans-Pritchard ont formé un cadre théorique qui va inspirer la majeure partie des anthropologues et des sociologues au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ces travaux, d’inspiration fonctionnaliste, ont pour ambition de rendre intelligible de bout en bout la magie. Dans le cadre de l’école fonctionnaliste britannique, le contenu de la croyance magique, qui avait si fortement hypnotisé la précédente génération, importe peu dans la mesure où les représentations ne sont que des moyens en vue de renforcer l’unité sociale à travers la consolidation des liens de la parenté et des règles de la résidence. La croyance magique s’insère dans les pores de la vie sociale et participe, à sa manière, à la reproduction des rapports de domination. Bien évidemment, le fonctionnalisme n’a pas incarné tous les points de vue sur la magie défendus au cours de cette période mais, en raison de sa faculté à retranscrire la rationalité sociale de cette croyance, il a exercé cependant une forte séduction.
Ce modèle va être progressivement rongé par toute une série d’interrogations ayant pour ressort de briser quelques certitudes fermement ancrées dans la littérature anthropologique et sociologique. Claude Lévi-Strauss a ouvert une première brèche en indiquant que le totémisme était, en fait, une voie sans issue dans laquelle s’étaient engouffrés de nombreux anthropologues et sociologues à la recherche d’une forme primitive de la vie religieuse. La modalité du « croire » va faire, elle aussi, l’objet d’une analyse critique. Décrire les croyances des autres, c’est en effet postuler deux choses. En premier lieu, c’est affirmer que « croire » est une expérience universelle, comparable à notre propre expérience de la croyance. En second lieu, c’est prétendre que les autres adhèrent à des représentations sous une forme collective qui interdit l’usage d’un regard critique. En ce sens, la contribution de Jeanne Favret-Saada à l’analyse de cette croyance est symptomatique de cette suspicion à l’égard du discours spontané produit par l’anthropologie et par la sociologie à propos de la magie. Pour Jeanne Favret-Saada, l’anthropologue est, face à la magie, confronté à une alternative redoutable : ou bien il se tient à distance de cette croyance et ne sera jamais en mesure de comprendre véritablement ce jeu de langage qu’est magie, ou bien l’anthropologue devient lui-même un acteur de cette croyance et ne sera pas en mesure de répondre aux exigences de la démarche scientifique (distinction entre l’objet et le sujet, conditions de recueil de l’information, etc.).
Ces doutes critiques et méthodologiques ont fini par briser l’élan donné par James G. Frazer, cet élan qui reposait sur la croyance en la possibilité de construire un objet scientifique à travers l’examen d’une pratique apparemment irrationnelle. Pour autant, faut-il renoncer à cette croyance ? L’anthropologie et la sociologie se résument-elles à n’être qu’une mise en forme scripturale de données ? Les Azandé, les Trobriandais ne sont-ils que les simples corrélats d’une aventure intellectuelle, celle d’un anthropologue confronté à la différence et à l’exotisme ? Plusieurs éléments de réponse militent pour la préservation des interrogations épistémologiques en sciences sociales. Le scepticisme méthodologique intégral est d’abord une contradiction dans les termes dans la mesure où il s’exclut lui-même du champ du doute. En outre, il développe une position critique à partir d’une représentation classique de la science - césure entre l’objet et le sujet, recherche de lois ou des régularités - en réduisant ainsi toute la production scientifique à cette représentation. L’abandon de cet idéal classique de la science équivaut alors à l’abandon de toute exigence de scientificité dans la recherche anthropologique et sociologique. En postulant l’existence d’une seule forme possible de science et en constatant la dégradation continuelle de ce paradigme, les tenants du scepticisme méthodologique sont conduits, de manière erronée, à conclure que la science est désormais un leurre, une illusion d’optique et qu’elle relève davantage d’une herméneutique que d’une théorie de la connaissance. Enfin, réduire la science à une forme de discours, c’est admettre, par exemple, que les écrits des anthropologues et des sociologues sur la question de la magie auraient été produits dans une sorte d’état de complète ignorance.
L’histoire du concept de magie ne dessine pas, à vrai dire, une constellation de points de vue mais bien l’existence d’un champ structuré autour de quelques questions majeures qui ont formé, en quelque sorte, un tenseur commun. La première question a porté à la fois sur le contenu de la définition de la magie et sur la possibilité même de définir une telle croyance. Dans ce domaine, de nombreuses définitions ont été proposées qui ont, dans leur ensemble, tenté de cerner la magie par rapport à la religion. Dans ce cadre, la magie est souvent apparue comme étant un élément résiduel identifiable par la somme des critères négatifs (rite privé, rite illicite, rite en lien avec la satisfaction de besoins élémentaires, rite reliant un praticien à un client) qu’elle recèle. Ces définitions n’ont jamais été en mesure d’emporter la conviction dans la mesure où il est toujours possible de faire référence à un rite n’entrant pas dans le périmètre de la définition. En effet, la magie est d’une telle richesse et d’une telle complexité qu’elle déborde de part en part toute définition. Cependant, cet échec de la définition de la magie ne constitue pas une objection sérieuse à l’encontre de l’objectivité de certaines théories anthropologiques et sociologiques. Le cas d’Emile Durkheim est, à ce sujet, particulièrement éclairant. Sa définition de la magie comme rite privé, et non comme rite collectif, n’a pas résisté longtemps aux attaques critiques de A. Goldenweiser ou de Llyod W. Warner, tous deux spécialistes des sociétés australiennes. Toutefois, la théorie de la magie développée par le sociologue français apparaît solide en ce qu’elle rend compréhensibles les raisons qui amènent les primitifs à adhérer à leurs représentations. Les primitifs se servent, d’après Emile Durkheim, de leur croyance comme le physicien moderne se sert de ses théories pour expliquer le réel.
La contribution de Durkheim à la théorie de la magie a ainsi été décisive bien que la définition proposée par ce sociologue apparaisse fragile. Un tel paradoxe, entre d’une part, la fragilité de la définition de la magie et, d’autre part, la construction d’une théorie explicative solide de cette croyance demeure obscur si l’on se réfère uniquement à une conception étroite et certainement illusoire de la formation des concepts en sciences sociales. Dans le cadre de cette représentation, une définition doit recenser de manière non équivoque la totalité des éléments d’un ensemble et doit en conséquence indiquer les relations que cet ensemble entretient avec d’autres éléments appartenant à la sphère des croyances. Cette exigence de clarté, d’évidence et d’exhaustivité renvoie à un idéal de l’activité scientifique comme discours capable de fonder de manière absolue ses objets et ses opérations. En appliquant cette conception à l’univers des théories de la magie, on parvient aisément à une conclusion qui retire tout caractère scientifique à ces constructions dans la mesure où aucune définition, c’est-à-dire aucun ensemble fini d’éléments, n’est en mesure de résister à une discussion serrée. La définition de la magie proposée par Durkheim joue ici, dans l’économie des arguments de l’auteur, le rôle d’une catégorie floue qui vise à identifier, en première approche, les éléments entrant dans un ensemble. Le caractère lâche de cette définition, dès lors que l’on adopte une conception ouverte de la rationalité scientifique, ne constitue pas un problème insurmontable. La définition n’est ici qu’un moment du travail de conceptualisation. Seul, en la matière, le résultat final importe, à savoir l’articulation des différentes propositions qui forment l’armature essentielle d’une théorie.
Un second débat a porté sur la rationalité de la croyance magique. Sur cette question, trois stratégies ont été développées par l’anthropologie et la sociologie. La première approche, faisant de la magie une croyance irrationnelle, consiste à rattacher l’universalité de la magie à l’universalité du désir. Cette approche doit être disqualifiée dans la mesure où ces désirs (conquête amoureuse, guérison, abondance des récoltes, fécondité des animaux, etc.) sont incapables de rendre compte de la forme des rites et des croyances et sont dans l’impossibilité de déterminer les raisons de la variation, dans le temps et dans l’espace, des croyances magiques. Cette première conception irrationnelle a été complétée par la thèse de la mentalité primitive qui a fait l’objet d’une démolition en règle de la part d’anthropologues (A.R. Luria, Jack Goody, Michael Cole et Sylvia Scribner) ayant montré que les facultés d’abstraction sont liées à la scolarisation ou à la maîtrise de l’écrit et non à une quelconque mentalité primitive qui interdirait un accès à la pensée logique.
La seconde approche repose sur la notion d’efficacité symbolique de la croyance magique. Cette notion a pour objectif de contourner les pièges de l’approche irrationaliste tout en soulignant les spécificités de la croyance magique qui ne semble pas réductible au modèle de l’efficacité instrumentale. Toutefois, cette stratégie présente de nombreux inconvénients. En premier lieu, la notion d’efficacité symbolique est un terme relativement flou. En outre, comme l’a indiqué Robin Horton, elle n’est pas congruente avec l’expérience de ceux qui croient authentiquement, et non pas symboliquement, aux propositions de la magie.
La troisième approche a consisté à faire apparaître la dimension rationnelle de la croyance magique. Cette approche a été particulièrement défendue par Max Weber qui a été en mesure de montrer comment une croyance objectivement non fondée pouvait être en même temps rationnelle du point de vue de ceux qui y adhèrent. Selon Max Weber, pour comprendre, par exemple, la magie du faiseur de pluie, il faut d’abord être en mesure de reconstituer les cadres de l’expérience à partir desquels le magicien déploie ses rites et prétend parvenir à une efficacité. La croyance magique est conforme aux représentations indigènes de l’expérience, représentations qui dépendent des connaissances et des savoirs dont les peuples primitifs disposent. C’est donc en se penchant sur la manière dont les primitifs coordonnent les données de l’expérience, à partir des éléments qu’ils ont à leur disposition, qu’il est possible de comprendre les voies par lesquelles ils adhèrent logiquement et expérimentalement à leurs croyances. La magie devient dès lors une croyance rationnelle si l’anthropologue consent à restituer les raisons qui conduisent une communauté à adhérer à une croyance. Il ne suffit pas, en effet, de prétendre que la magie est rationnelle sous prétexte qu’elle est fonctionnellement utile, il faut, par-delà cette évidence, reconstruire les liens qui unissent des croyants à leurs croyances.
Ces débats autour de la définition et de la rationalité de la magie montrent que des théories se sont affrontées en prétendant coordonner un nombre important de données afin de rendre intelligible une croyance apparemment irrationnelle. En observant la masse des écrits consacrés à la magie, il est possible de réduire le champ du possible de la production des théories à une matrice à quatre dimensions de classification des théories construite autour de deux axes : rationalité/irrationalité - continuité/discontinuité. Ce travail a précisément pour ambition de montrer que seules les théories continuistes et rationalistes de la croyance magique répondent aux critères d’une bonne théorie. Par ce terme sont désignées les théories selon lesquelles expliquer des croyances, c’est restituer les raisons cognitives qui amènent des acteurs à adhérer à des représentations religieuses au sens large du terme. Les ressources cognitives dont disposent ces acteurs dépendent en particulier du contexte dans lequel ils évoluent, de l’état des connaissances techniques atteint par leur culture d’appartenance. En ce sens, l’explication est rationaliste, puisque l’impératif méthodologique qui guide et oriente la démarche de ces théories repose sur l’hypothèse selon laquelle l’adhésion aux croyances s’appuie, pour reprendre l’expression chère à Raymond Boudon, sur de « bonnes raisons ». L’explication est de surcroît continuiste dans la mesure où elle part du principe que les modalités d’adhésion aux croyances ne diffèrent pas fondamentalement des modalités d’adhésion à des propositions objectivement fondées. Les contributions d’Evans-Pritchard, de Max Weber, de Raymond Boudon, d’Emile Durkheim et de Robin Horton appartiennent à cet espace de la matrice de classification des théories.
Ces contributions continuistes et rationalistes peuvent être qualifiées de « bonnes théories » de la croyance magique en ce qu’elles ne sont pas circulaires, en ce qu’elles ne pratiquent pas la technique de la déduction catégoriale, en ce qu’elles sont réfutables, en ce qu’elles sont susceptibles d’être empiriquement validées et en ce qu’elles présupposent un postulat - l’explication par les raisons- dont le coût cognitif est plus faible à endosser que le postulat de l’explication par les causes.
Par ailleurs, ces théories font référence à un primitif-acteur, producteur de ses croyances, plutôt qu’à un primitif-agent, être soumis aux injonctions d’une tradition immémoriale. Ces théories développent une conception de la croyance comme une opération d’adhésion, comme un acte d’assentiment, et non comme un contenu produit par une organisation sociale. Enfin, ces théories insistent sur la dimension cognitive de la croyance et non seulement sur la fonctionnalité psychologique ou sociale de la magie.
Au final, qu’est-on en droit d’attendre d’une théorie sur la magie ? Rassembler en quelques mots, tel est le programme qui se dessine devant elle. Cette théorie doit d’abord refléter une conception de la croyance qui n’implique pas l’anéantissement des croyants dans une instance quelconque, qu’elle soit sociale ou psychique. Elle doit en cela reconstruire le rapport vivant qui relie des croyants à leurs croyances, celles-ci n’étant pas, en effet, le produit figé d’une tradition immémoriale. En centrant son attention sur cette relation, une théorie doit être en mesure d’indiquer ce que signifie, pour un groupe humain donné, le fait d’expérimenter une croyance magique en la mettant à l’épreuve, en ouvrant un espace d’interprétations. Une théorie anthropologique et sociologique ne peut, par conséquent, se contenter de décrire une croyance, elle doit révéler ce que croire en la magie veut dire pour ce groupe et indiquer, par là même, les écarts et les ressemblances entre cette modalité de la croyance et d’autres formes de connaissance et de croyance issues de la culture de référence de l’anthropologue ou du sociologue. Etant le produit d’un regard et d’une distance, cette théorie doit être en mesure d’intégrer la position de l’observateur dans son mécanisme d’élaboration. Du côté des croyances, cette théorie a pour tâche de décrire le contexte social et historique dans lequel ces représentations s’inscrivent, en précisant ainsi la place qu’occupe la magie au sein d’une configuration particulière de notions religieuses. Du côté des croyants, elle doit établir les différentes modalités psychologiques et cognitives par lesquelles ils parviennent à se convaincre de la validité de leurs croyances, considérées comme un assemblage de propositions. En embrassant la magie à la fois sous l’angle d’une croyance socialement et historiquement construite et sous l’angle d’une représentation crue, cette théorie sera enfin parvenue à accomplir sa tâche explicative.
Les tombeaux royaux de Judée. Historiographie, symbolisme et architecture
Jeudi 29 avril 2004
14 heures 30
Bibliothèque de grec, 2e étage
16, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Jean-Sylvain CAILLOU soutient sa thèse de doctorat :
Les tombeaux royaux de Judée. Historiographie, symbolisme et architecture
en présence du Jury :
M. BRIEND (ICP Paris)
M. DENTZER (PARIS I)
M. GATIER (CNRS)
M. LARONDE (PARIS IV)
Mme SARTRE (ARRAS)
Les transformations contemporaines du libéralisme politique : Taylor et Habermas
Mercredi 13 octobre
14 heures
Salle des Actes, Centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Janie PELABAY soutient sa thèse de doctorat
Les transformations contemporaines du libéralisme politique : Taylor et Habermas
en présence du Jury :
M. BESNIER (PARIS IV)
M. CANTO-SPERBER (CNRS)
M. RENAUT (PARIS IV)
M. SOSOÉ
M. TANGUAY (UNIVERSITÉ)
Les transports urbains à Prague
Mercredi 4 janvier 2006
13 heures 30
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Thomas SVATOS soutient sa thèse de doctorat :
Les transports urbains à Prague
En présence du Jury :
M. AUPHAN (Paris 4)
M. BEAUCIRE (Cergy)
M. MARCHAND (Lille 2)
M. VARLET (Lyon 3)
Résumés
Cette thèse développe une réflexion sur le thème d’une comparaison entre : la mise en place, le fonctionnement aunsi que les conséquences du surajout dans Prague des modes de transport récents à ceux déjà en place. Pour chaque réseau sont évoqués les débuts et les différentes étapes de l’évolution, ainsi que de l’expansion. De même, sont cités les modes qui ont disparu et est évoquée leur mise en place leur fonctionnement ainsi que les causes ayan conduits a’leur disparition. Aussi sont évoqués les obstacles liés à la topographie et les contreintes que ses sites imposent d’une manière spécifique à chacun des réseaux. Les contraintes humaines sont aussi évoquées, mais c’est la répartition des activité humaines qui oriente les pricipaux flux en fonction desquelles sont implantées ou contractées les voies des différents modes de transport. Ce sont des déplacements qui de par leur intensité orientent la mise en place de nouveaux modes de transpot. Ces modes sont confrontes aux innovations technologiques ainsi qu’a la mise en service de nouveaux modes, qui, il est vrais ne réussissent pas toujours à surplanter ceux déjà en place, dans ce cas de figure ils doivent cesser d’exister ou coexister au côté des anciens en se surajoutant : L’évolution du transport dans Prague est différente de celle des métropoles occidentales à cause de la succession des systèmes politiques et économiques que la ville a subi et dont elle a conservé des traces. D’une facon générale la configuration actuelle semble traduir l’irrégularité de la répartition de la population au sein du tissu urbain. Cette situation tend à accroitre la vulé rabilité des quartiers implantes sur des sites éloignés du centre.
The theme of this dissertation aims to reflect upon the comparison between the implementation, functioning and consequences in Prague of the latest means of transport and their addition to the existing system and structure.The thesis deals with each network, from the very beginning and through the various stages of their development. It also mentions the former types of transport their implementation, functioning and the causes of their disappearance. It recalls the obstacles the networks have to face due to the topography of the site, the specific constraints imposed by the sites according to the nature of each kind of network.The human constraints are obviously also mentioned moreover, the main influx of people using city transport to the distribution and location of human activities. The density of people’s travelling determines the implementation of new means of transport which do not always manage to replace the existing ones ; in this case, their existence or coexistence with the old ones should be abolished. The evolution of transport in Prague is different from the other western metropolis because of the succession of political and economic systems the city has endured and whose signs are still visible today. Generally speaking, the present configuration seems to fairly accurately represent the irregular distribution of the population in the local community. This situation tends to increase the vulnerability of the remotest areas as well as those isolated as a result of the dense city centre means of transport.
Position de thèse
L’ouvrage développe une réflexion sur le thème d’une comparaison entre : la mise en place, le fonctionnement et les conséquences du surajout dans Prague des nouveaux modes de transport urbain aux anciens.
Ces réseaux, en effet, ont été conçus à des périodes complètement différentes. Leur construction se répartit dans une période longue de plus d’un siècle, au cours de laquelle la ville à l’instar du pays ont connu de profonds bouleversements économiques et politiques qui ont influé sur leur développement et leur fonctionnement.
Ces modes de transports urbains apparus du temps de la monarchie autrichienne bien avant la Grande Guerre ont traversé le capitalisme de l’Entre-deux-guerres, mais aussi le système d’une économie étatisée, entre 1948 et 1989, pour retourner de nouveau au système capitaliste.
Au cours de leur longue période d’existence, ces modes ont subi des mutations profondes, ainsi ils ont influencé et transformer le point de vue des représentants municipaux à leur égard.
Toutefois, les transports urbains lors de leurs premières apparitions ont été considères à l’instar d’une distraction destinée à la bourgeoisie. En l’occurrence, ils ont été conçus pour une technique de traction déterminée : la force animale. Celle-ci s’avérant inapte à gravir les rampes accentuées s’est implantée préférentiellement dans les sites plus favorables à la rectitude des tracés qu’au nivellement, notamment dans la vallée ainsi que sur le glacis oriental, par ailleurs le tissu urbain s’est propagé en priorité sur des sites à la topographie peu accidentée par conséquent accessibles.
Les transports urbains ont changé de traction au début du vingtième siècle pour l’électricité, ainsi par la suite le réseau s’est propagé plus aisément au travers du tissu urbain implanté sur des sites à la topographie plus tourmentée.
Cependant, au lendemain de la Grande Guerre les transports urbains alors dans leur entièreté ont été monopolisés par le réseau de tramway ainsi ils vont changer de vocation en devenant le moteur de l’expansion urbaine.
C’est à la suite de l’ascension de la ville au rang de capitale, que celle-ci pour assumer pleinement sa nouvelle fonction a eu besoin de créer de nouveaux quartiers, à cet effet le tissu urbain s’est propagé vers de nouvelles périphéries. Sur ce point, les transports urbains ont joué un rôle structurant, ils sont devenus des aménageurs de territoire, c’est par et grâce à eux, que la ville s’est aisément dotée de nouveaux territoires en périphérie repoussant les limites de l’urbanisme ainsi qu’elle a eu l’occasion de créer un zonage de l’espace urbain.
Mais aussi de donner un nouveau concept à la vie du citadin, qui, désormais sera axé sur une mobilité croissante de par la nécessité d’utiliser les transports urbains pour se déplacer entre les différentes zones urbaines. De nos jours, le cadre concurrentiel entre les transports urbains et le transport individuel, qui faut-il le préciser s’est considérablement développé après la fin du système étatisé. Les déplacements reposent sur la primauté du temps du parcours ainsi que sur la capacité des modes de transport, cependant pour les déplacements en périphérie cette situation apparaît déjà comme un facteur d’obsolescence face à la préférence accordée au transport individuel.
Or, au sein du centre entre-temps un nouveau mode de transport a fait son apparition, plus rapide et capable de transporter davantage de voyageurs, le réseau en sous-sol a de par sa présence rendu obsolète les réseaux de surface lents et soumis aux aléas d’un trafic en constante expansion.
Toutefois, depuis que le libéralisme économique permet à de nombreux résidents de la périphérie de quitter les grands lotissements pour des structures urbaines plus petites, où la population se diffuse avec davantage d’homogénéité sur l’ensemble de la banlieue, afin d’irriguer les vastes superficies aux densités plus lâches, le réseau sur pneus semblent être mieux aptes, que les réseaux sur rails. Sur ce point, les limites jadis apportées par la topographie du site ne sont plus d’actualité, dans la mesure ou ils occasionnent, pour la progression des voitures sur les voies des principaux modes des transports sur rails une gêne à peine perceptible tant que les possibilités techniques actuelles les dépassent. Ainsi, pour répondre aux nouvelles exigences des citadins de nouvelles techniques ont été mises en œuvre, toutefois celles-ci exigent d’abord un tracé en sous-sol excluant les fortes rampes ainsi que l’humidité omniprésente en fond de vallée, par conséquent la nécessité de placer ces nouvelles voies en profondeur aussi bien sous la vallée que sous les bordures. Actuellement, le nouveau mode de transport en sous-sol dessert les mêmes destinations que les réseaux aériens, la raison en est que ce sont les plus sollicitées par les voyageurs. Cependant, la situation actuelle conduit à un surajout des réseaux dont le fonctionnement devient parallèle. De sorte que se pose, désormais ; la question de savoir si dans de telles conditions, ce nouveau mode de transport peut être considéré, à l’instar d’un frein à l’obsolescence des réseaux aériens (tramway et autobus) de par le fait d’en augmenter le besoin de mobilité du citadin, mais et surtout en lui permettant de franchir rapidement des endroits qui dans un passé récent ont été sujets à de fréquents encombrements.
En revanche, le réseau souterrain a relégué les modes de transport aérien au rôle des réseaux complémentaires, il a permis aussi de diminuer la charges et le nombre de voitures sur les lignes diamétrales parallèles à celles de métro. Ainsi, le trafic sur les lignes diamétrales de tramway est devenu plus fluide.
Au sein du centre, il permet désormais aux voitures d’augmenter la vitesse commerciale pratiquée sur le réseau. Cependant, le tramway peut en période de forte affluence soulager légèrement le trafic dans le métro, toutefois son effet est peu significatif au vu de sa capacité de transport quinze fois moins importante !
Il en découle que si la mobilité des citadins évolue, les problèmes et les solutions aussi. Le transport en commun est à l’heure actuelle au cœur du développement économique de la ville, son analyse dépasse le seul aspect technique pour prendre en compte les déterminants des modes de vie et de transport lors des phases actives.
Cependant, si a une période, actuellement historique, le tramway a bénéficie d’un monopole, ce n’est plus le cas. Désormais, il y a concurrence entre les modes, tant pour se partager la clientèle que pour se répartir les investissements publics (précisons toutefois que le pays a subi une économie étatisée entre 1948 et 1989).
Cette concurrence doit actuellement être organisée : d’où l’importance d’une analyse précise des caractéristiques de l’offre et de la demande de mobilité, ainsi que d’un examen détaillé des enjeux des choix de planification.
Dans ces conditions, les nouvelles lignes de métro peuvent être considérées comme un frein à l’obsolescence des réseaux de transport urbain, ou bien au contraire vont-elles accentuer la mise en place d’un nouveau système de transport dans la ville et accentuer une disparition complète du tramway.
A l’instar de la plupart des métropoles européennes, où le tramway actuellement refait de timides apparitions sur de courtes sections, dans Prague la situation semble être bien différente avec cet imposant réseau hérité dont est munie la ville.
Actuellement se pose la question, si ce réseau deviendra-t-il complémentaire au métro comme celui de l’autobus ou disparaîtra-t-il tout simplement ?
C’est par conséquent toute la configuration fonctionnelle de l’ensemble du territoire de la ville, qui dépende de la réponse que les responsables politiques ainsi que ceux de l’urbanisme donneront à cette question.
Les travaux d’utilité publique sous Sulaymân Qânûnî au Proche-Orient
Samedi 21 janvier 2006
14 heures
Institut National d’Histoire de l’Art
Carré Colbert, Salle Ingres
4-6, rue des petits champs
Paris 2e
Mme Marianne BOQVIST soutient sa thèse de doctorat :
Les travaux d’utilité publique sous Sulaymân Qânûnî au Proche-Orient
En présence du Jury :
Mme Marianne Barrucand (Paris 4)
M. André Raymond (CNRS)
M. Stefan Weber
M. Johan Mårtelius (Aix-Marseilles 3)
M. Jean-Claude David
Position de thèse
I - Contexte historique
Après la conquête ottomane en 922 h./1516, Damas, ville de province, fut intégrée dans un empire plus vaste et encore plus éloignée du centre du pouvoir, Istanbul, qu`elle ne l`était de la capitale mamelouke. En revanche, la position de Damas était stratégique, sur la route entre Istanbul et La Mecque, et la conquête rendit la ville plus facilement accessible aux pèlerins de l’empire ottoman. Son rôle de point de départ de la caravane du pèlerinage devint un facteur crucial dans le développement urbain et architectural. Ce facteur est étroitement lié à l’implantation d’un nouveau pouvoir et à l’intégration de la ville dans une nouvelle organisation administrative et politique. D’autre part, ces bouleversements politiques provoquèrent l’implantation à Damas de nouvelles élites, et l’apparition de nouveaux commanditaires d’origine étrangère à côté des anciens. Mon travail s’intéresse aux effets de la conquête sur l’organisation spatiale de la ville et sur l’architecture, dans un cadre chronologique qui se limite au premier siècle de domination ottomane.
II - Catalogue topographique
Le point de départ de ce travail sur l’architecture et développement urbain à Damas au XVIe siècle est l’inventaire des monuments construits à Damas à cette époque. Les résultats sont présentés sous forme de catalogue topographique qui comprend l’inventaire des différents types de constructions, leur emplacement dans la ville et leur commanditaire. Ces trois éléments servent d’outil pour l’interprétation des dynamiques internes et externes qui ont influencé le développement urbain à Damas au XVIe siècle, après la conquête ottomane. Celle-ci a engendré en un déplacement des centres urbains de la ville intra-muros vers l’ouest de la ville et extra-muros. Ce fait est bien connu, mais il restait crucial d’analyser les facteurs qui l’ont provoqué.
Les nouvelles fondations furent en grande partie initiées par les gouverneurs, alors que les notables locaux ou des fonctionnaires de rang inférieur, comme les ag\a-s, daftarda>r-s ou cadis de fortune plus modeste, commanditaient surtout des restaurations de monuments déjà présents dans la ville, ce qui évitait de payer des indemnités d’expropriation et de se procurer des matériaux de construction. Cela ne veut pas dire que ces monuments étaient moins prestigieux que les nouvelles fondations ; l’influence ottomane y était simplement moins visible.
En construisant des édifices publics majeurs hors des murs, le pouvoir ottoman traduit la nouvelle donne : une ville ouverte au transit, dont la sécurité est assurée non par son système de défense mais par sa pleine intégration dans un ensemble politique puissant, garant d’une "Pax Ottomana". En trois ou quatre décennies, on passe ainsi d’une ville médiévale, largement autonome, abritée derrière ses remparts et avec des faubourgs, à une agglomération composite intégrée dans un vaste ensemble, l’Empire Ottoman.
III - Plan et fonction
La troisième partie concerne la structure et l’organisation spatiale des monuments construits à Damas durant le premier siècle de la domination ottomane. Dans cette partie, le développement de chaque catégorie de bâtiment est traité séparément afin d’illustrer pour chaque cas le changement ou la continuité de l’architecture damascène dans la structure et l’organisation spatiale. Pour la description du plan et de l’élévation des bâtiments, ce travail se fonde sur l`étude des vestiges subsistant à Damas et, le cas échéant, des sources textuelles.
En ce qui concerne l’habitat, la méthode mise en œuvre est différente de celle utilisée pour les monuments publics. Cette différence est due à l’insuffisance des vestiges matériels pour permettre de construire une argumentation pertinente sur le développement de l’architecture domestique du XVIe siècle à Damas. L`argumentation est donc construite à partir de sources écrites pour voir s’il est possible de remarquer une différence dans l’organisation spatiale des pièces qui constituent une demeure mamelouke et une demeure ottomane. Les données ont été classées par pièce et par type de demeure et sont présentées dans des tableaux synthétiques qui illustrent le résultat des recherches.
Cette récapitulation sur l’architecture publique, civile et religieuse damascène au XVIe siècle rappelle brièvement les spécificités et nouveaux apports les plus caractéristiques pour cette architecture. Deux exemples sont particulièrement développés, l’un propre à l’architecture damascène : les plans à deux coupoles, tandis que l’autre est un apport ottoman : le complexe multifonctionnel - külliye.
Les maisons privées damascènes ont aussi été étudiées, à travers les sources écrites principalement ; l`organisation spatiale a reçu une attention toute particulière.
IV - Matériaux et techniques de construction
Les études archéologiques s’intéressent aux matériaux et aux techniques de construction. Cependant, pour le Proche Orient, elles traitent traditionnellement des monuments gréco-romains plutôt que de ceux de la fin de la période médiévale. Les études concernant cette époque sont plus communes pour l’Occident médiéval, et confrontent traces écrites et vestiges matériels, apportant par ce biais des éclaircissements quant à l’organisation d’un chantier de construction et l’histoire sociale de l’époque. Pour Damas, on dispose surtout de sources écrites pour l’époque ottomane, par exemple les documents conservés aux archives historiques syriennes de Damas. Afin de mieux interpréter ces données, les informations contenues dans les documents d’archives ont été croisées avec les vestiges matériels.
L’introduction de nouveaux matériaux et l’évolution des techniques et des décors peuvent en partie être dues aux goûts des commanditaires et aux influences extérieures, influences plus marquées dans le cas des monuments religieux. En définitive, les vecteurs de l’importation d’éléments ottomans à Damas étaient surtout les équipes de constructeurs venues de l’extérieur, ayant travaillé avec des équipes locales. Pour comprendre la fusion des éléments locaux avec le style ottoman damascène qui se développe à partir du XVIe siècle, il faut donc s`intéresser aux artisans qui construisaient, bâtissaient et décoraient ces monuments, car ils étaient les porteurs de ces traditions.
Les éléments d’héritage local sont les matériaux de construction et les techniques de construction dans la plupart des structures de base. Les nouveaux apports ottomans comme les carreaux ou les médaillons en pâte colorée ont été durablement intégrés dans le vocabulaire décoratif damascène. On assista ainsi au XVIe siècle à la naissance d’un nouveau style, qui trouvera son apogée plus de 100 ans après la période concernée par cette étude, au XVIIIe siècle.
V - Analyse de l`architecture ottomane de Damas au XVIe siècle
Cette partie synthétise les interactions du développement urbain, des types de bâtiments, des matériaux et des techniques dans l’architecture damascène du XVIe siècle.
Damas reçut une attention particulière de la part du pouvoir ottoman, en tant que dernier centre urbain important du pèlerinage vers La Mecque et Médine. Des milliers de pèlerins venus de tout l’empire se rendaient à Damas chaque année, rendant florissante la vie commerciale et religieuse de la ville. C’est probablement pour cela que Damas est la seule des villes des provinces arabes à abriter deux fondations sultaniennes du XVIe siècle, une de Selim I et une de Sulayma>n Qa>nu>ni>.
Le déplacement du centre urbain de Damas, à l’ouest hors les murs après la conquête ottomane (922 h./1516), témoigne d’une stratégie politique, économique et religieuse de la part des Ottomans. Les premières constructions ottomanes dans cette partie de la ville furent des mausolées. La création d’un centre extra-muros sera ensuite manifeste, par la construction de la Taki>ya Sulayma>ni>ya sur le Marg^a et du sérail, qui provoqua une vague de constructions de grandes mosquées, mausolées et écoles coraniques par les gouverneurs damascènes. Les commanditaires étaient en effet les nouveaux gouverneurs arrivés d’Istanbul, la nouvelle capitale impériale. Les notables damascènes continuèrent en grande partie à construire à l’intérieur des murs et au nord de la ville extra-muros, dans les anciens centres mamelouks. Ils se limitèrent souvent à reconstruire d’anciens monuments qu’ils adoptaient au nouveau style architectural introduit par les monuments impériaux et gouvernementaux. On en déduit que la transformation urbaine de Damas au XVIe siècle fut provoquée et maintenue par les fonctionnaires ottomans, par leurs constructions le long de la route du pèlerinage.
Concernant les bâtiments de fonction civile, la tendance est similaire et pour l’architecture domestique, de nouveaux quartiers étaient fondés principalement pour loger une classe moyenne de militaires ottomans, trop nombreux pour être logés dans la citadelle.
Il est difficile de préciser si le développement architectural XVIe siècle à Damas se fit sur la volonté des commanditaires ou bien par le travail concret des maîtres d’œuvre, ouvriers et artisans. Lorsque le commanditaire était sultan, il avait le pouvoir de faire venir des matériaux sur place, alors qu’un gouverneur ou notable local n’en avait pas les moyens. C’est là une des raisons pour lesquelles les deux complexes impériaux furent particulièrement importants dans le développement architectural damascène du XVIe siècle. La mosquée de Selim fut la dernière mosquée hypostyle, de tradition mamelouke à Damas, et la Taki>ya Sulayma>ni>ya, la première külliye initiant une architecture ottomane damascène et représentant un style impérial exporté de la capitale vers les nouvelles provinces de l’empire.
Ce style fut, à partir de ce moment, adapté aux contraintes matérielles dues à la disponibilité ou non de certains matériaux, et à la persistance des traditions locales chez les artisans et les ouvriers damascènes.
Cette intégration de l’architecture ottomane avec l’architecture traditionnelle est également flagrante dans l’architecture vernaculaire. Fait unique, le développement de khans à coupole n’existe qu’à Damas. Ceci peut être considéré comme une interprétation locale du concept du plan centralisé et du jeu des coupoles comme dans les madrasas, mosquées et bedesten.
Pour l’architecture domestique, il n’existe que quelques vestiges matériels et des sources écrites, qui indiquent un développement similaire pour les décors, mais en ce qui concerne la structure et les matériaux de construction, elle reste fidèle à la tradition mamelouke durant le XVIe siècle.
Ainsi, l’arrivée des Ottomans à Damas provoqua le développement d’un style d’architecture proprement damascène, influencé par le style impérial d’export ottoman mais aussi par le style mamelouk préexistant. Cette architecture atteint son apogée au XVIIIe siècle ; elle fut alors diffusée dans la province de Damas par des gouverneurs et autres notables, et est reconnaissable par les éléments de décor et les effets de polychromie.
Le XVIe siècle peut ainsi être considéré comme la période au cours de laquelle s’effectua la fusion entre ces éléments, locaux et étrangers, pour donner naissance à une architecture régionale et proprement damascène dont certains chefs-d`œuvres sont toujours visibles à Damas de nos jours.
Bibliographie (253 titres)
Annexe 1 - Plans et inventaire des monuments damascènes du XVIe siècle
167 monuments y sont répertoriés et une typologie par type de monument et par type de décor est proposée.
Annexe 2 - Catalogue
Les 167 monuments sont présentés sous forme d`un catalogue de planches et de photos avec une bibliographie.
Annexe 3 - Documents, traductions et vocabulaire technique.
Présentation de quelques documents d`archive concernant les constructions damascènes avec une traduction française.
Les vallées en gorges de la Cévenne vivaraise, montagne de sable et château d’eau
Jeudi 4 décembre 2003
14 heures
Innstitut de géographie
Petit Amphithéâtre
195, rue Saint-Jacques
Paris 5ème
M. Nicolas JACOB soutient sa thèse de doctorat :
Les vallées en gorges de la Cévenne vivaraise, montagne de sable et château d’eau
En présence du Jury :
M. AMAT (PARIS IV)
M. BRAVARD (PARIS IV)
MME MUXART (CNRS)
M. PETIT (Liège)
M. PITTE (PARIS IV)
M. ROUDIE (BORDEAUX II)
Les Van Blarenberghe, catalogue raisonné
Samedi 7 février
10 h 30
En Sorbonne, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin
Paris 5e
Mme Nathalie LEMOINE BOUCHARD soutient sa thèse de doctorat :
Les Van Blarenberghe, catalogue raisonné
en présence du Jury :
M. JOBERT (GRENOBLE II)
M. MEROT (PARIS IV)
Mme PEREZ (LYON II)
M. POUSSOU (PARIS IV)
M. ROSENBERG (Paris)
Les verbes supports en arabe classique et en arabe moderne : le cas de Akhadha / Ittakhadha l’équivalent du verbe français "prendre"
Lundi 26 juin 2006
14 heures
En Sorbonne
Salle des Actes
Centre administratif de Paris IV
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
M. Adal AHNAIBA soutient sa thèse de doctorat :
Les verbes supports en arabe classique et en arabe moderne : le cas de Akhadha / Ittakhadha l’équivalent du verbe français "prendre"
En présence du Jury :
Jean-Pierre Desclés, Paris IV-Sorbonne, Examinateur, Président du Jury
Bassam Baraké, Université libanaise, Rapporteur
Claire Martinot, Université Paris 5-René Descartes, Rapporteur
Amr Helmy IBRAHIM, Université de Franche-Comté / Directeur de Recherches associé à Paris IV-Sorbonne, Directeur
Résumés
Eu égard à la difficulté d’observer un phénomène linguistique donné dans sa langue maternelle sans avoir recours à une langue étrangère, cette étude a eu d’abord l’objectif de s’interroger sur la pertinence de transposer la notion française de verbe support au verbe arabe ‘Akhadha (prendre) et sa variante Ittakhadha (prendre pour soi). Elle a ensuite défini, à partir d’un corpus classique et contemporain, les caractéristiques spécifiques de ces verbes en arabe classique et moderne ainsi que celles du principal verbe support de l’arabe libyen : dâr (faire). Notre recherche s’inscrit dans le cadre théorique et méthodologique du Lexique-Grammaire de Maurice Gross et dans celui de la théorie de l’Analyse Matricielle Définitoire d’Amr Helmy Ibrahim. Après avoir appliqué les tests de reconnaissance du verbe support à ‘Akhadha/Ittakhadha, nous avons trouvé environ 330 substantifs, répartis en 28 grandes listes distinctes, qui sont susceptibles d’acquérir, dans des situations syntactico-sémantiques plus ou moins contraintes, le statut de noms prédicatifs actualisés par ‘Akhadha et Ittakhadha. Les résultats obtenus nous ont également permis de décrire un certain nombre de phénomènes linguistiques tels que la détermination de l’origine de quelques groupes nominaux arabes. Ces résultats contribuent à l’objectif plus général de cette étude : la contribution à la construction d’un lexique-grammaire des verbes supports arabes et de matrices analytiques définitoires pour leurs noms prédicatifs et, par la suite, à intégrer les données linguistiques obtenus dans des systèmes informatiques en vue de l’analyse automatique de ces noms.
The support verbs in classical and modern Arabic : the case of ’ Akhadha/Ittakhadha the equivalent of the French support verb prendre
Regarding to the difficulty of observing some linguistic phenomena in the mother tongue, without having recourse to a foreign language, this study aimed initially at questioning the relevance of transposing the French concept of support verb to the Arab verb ‘Akhadha (to take) and its variation Ittakhadha (to take for oneself). The study is then defined, starting from a traditional and contemporary corpus, within the specific characteristics of these verbs in classical and modern Arabic, like that of the principal support verb of Libyan Arabic : dâr (to make). Our research fits within the theoretical and methodological framework of the Lexicon-Grammar of Maurice Gross and within that of the theory of the Defining Matrix Analysis of Amr Helmy Ibrahim. After having applied the tests of recognition of the support verb to ‘Akhadha/Ittakhadha, we found approximately 330 nouns, divided into 28 different lists, which are likely to acquire, in more or less forced syntactic-semantic situations, the statute of predicative noun actualized by ’ Akhadha and Ittakhadha. The results obtained also allowed us to describe a number of linguistic phenomena such as determining the origin of some Arab nominal groups. These results contribute to the more general goal of this study, which includes the following : the contribution to the construction of a lexicon-grammar of the Arab support verbs ; the creation of definitory analytical matrixes for their predicative nouns ; and finally, to integrate the linguistic data obtained in the computer processing systems so as to automatically analyze these nouns.
Position de thèse (Pdf)
Les visages de la démocratie
Mardi 4 octobre 2005
10 heures 30
À la Maison de la Recherche
Salle D 224
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Eric ENREGLE soutient sa thèse de doctorat :
Les visages de la démocratie
En présence du Jury :
M. POLIN (Paris 4)
M. BENETON (Rennes 2)
M. BRANCOURT (Tours)
M. VALADE (Paris 5)
Les voyageurs-compagnons français en Grèce au XIXème siècle : Une écriture particulière ?
Jeudi 5 janvier 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 323
28, rue Serpente
Paris 6e
Ioanna VASILAKOPOULOU soutient sa thèse de doctorat :
Les voyageurs-compagnons français en Grèce au XIXème siècle : Une écriture particulière ?
En présence du Jury :
M. François Moureau (Paris 4)
Mme. Sophie BASCH (Poitiers)
M. Alain BLONDEL (Paris IV)
M. Sarga MOUSSA (CNRS)
Résumés
Cette recherche porte sur un thème peu étudié jusqu’à aujourd’hui, celui du « voyage en compagnie » et plus particulièrement, sur les compagnonnages entrepris par des voyageurs français en Grèce au cours du XIXe siècle. Notre objectif sera de discerner s’il s’agit d’un genre à part dans la littérature de voyage ou d’une approche pluraliste de la même réalité qui mérite plutôt l’attention des historiens. Pour y répondre nous allons aborder 32 cas de compagnonnages divisés en catégories par groupes : missions scientifiques (par exemple, celles organisées par Caignart de Saulcy) ou pédagogiques (« caravanes » des Dominicains d’Arcueil), voyages entre amis (ex. Flaubert et Du Camp) ou en famille (Ernest et Cornélie Renan) etc.. La période chronologique examinée s’étend de 1806 (date du voyage de Chateaubriand dont l’Itinéraire de Paris à Jérusalem constitua un modèle pour ses successeurs) jusqu’aux Jeux Olympiques de 1896 (que nous considérons comme le début de l’ère du voyage organisé dans ce pays) ; elle sera divisée en trois parties : l’ère romantique (avant et après la révolution grecque) / l’ère du progrès (règne d’Othon Ier) / l’ère touristique (règne de George Ier). Un intérêt particulier sera apporté aux compagnonnages artistiques (ex. Ambroise-Louis Garneray et Alexandre-Gabriel Decamps / Horace Vernet et Goupil-Fesquet / André Couchaud et Dominique Papety), à l’apparition de la photographie en Grèce dès 1839 et aux premiers groupes de photographes (Alfred-Nicolas Normand et Alfred-Jean-François Mézières), ainsi qu’au cas des femmes qui, les plus souvent, optèrent pour le voyage en groupe (en famille, en couple ou entre amies).
This research concerns a subject not so much studied until nowadays, the “travel in company” and more particularly, the companionships taken by French travellers in Greece in the 19th century. Our goal will be to show if travel in company represents a separated genre in travel literature or if it rather is a pluralistic approach of the same reality mostly deserving the attention of historians. In order to answer to this question, we are going to examine 32 cases of companionships : scientific missions (such as those organised by Caignart de Saulcy) or educational (ex. “caravans” of the Dominicans of Arcueil), travels among friends (ex. Flaubert and Du Camp) or family travels (ex. Ernest and Cornélie Renan) etc.. The chronological period that we are approaching stretches from 1806 (date of Chateaubriand’s travel, whose Itinerary from Paris to Jerusalem has set up a model for his successors) to the Olympic Games of 1896 ( which we consider as the beginning of the organised tourist era in this country) ; this period will be divided in three parts : the romantic era ( before and after the Greek Revolution) / the progress era (reign of Othon I) / the tourist era (reign of George A). A particularly attention will be given to the artistic companionships (ex. Ambroise-Louis Garneray and Alexandre-Gabriel Decamps / Horace Vernet and Goupil-Fesquet / André Couchaud and Dominique Papety), to the emergence of photography in Greece from 1839 and to the first groups of photographers (ex. Alfred-Nicolas Normand and Alfred-Jean-François Mézières), as well as to the women travellers who, frequently, preferred the travel in groups (among their family, their couple or their friends).
Position de thèse
L’enquête que nous tenterons de mener dans cette recherche représente une étude approfondie sur un thème peu étudié jusqu’à aujourd’hui : le voyage en compagnie et plus particulièrement, les compagnonnages entrepris par des voyageurs français en Grèce au cours du XIXe siècle.
Pour le chercheur en littérature de voyage, ce thème propose un grand défi : dévoiler les regards croisés, à partir des récits de voyage publiés, mais aussi des notes ou souvenirs de voyage inédits, des dessins esquissés à la hâte, des lithographies ou des photographies publiées dans des ouvrages ou articles de voyage. Il s’agit d’un multi-discours qui nous révèle la réalité vécue du voyage sous plusieurs angles.
Cela nous permet d’examiner : d’abord, les variations du langage employé - textuel ou iconographique - ; ensuite, les différents témoignages des voyageurs qui, une fois mis en parallèle, nous permettent d’avoir une image plus globale de la période examinée.
Enfin, la présentation de différentes catégories de voyages groupés - voyages scientifiques ou officiels, voyages entrepris entre amis sous l’influence du romantisme, voyages d’agrément tels que l’imposa le « Grand Tour », voyages de couples et enfin, voyages pédagogiques - va nous permettre d’analyser la relation étroite qui existe entre d’un côté, le contexte historique et les tendances littéraires prédominantes que connut le XIXe siècle ; de l’autre, les divers genres de compagnonnages.
Nous avons choisi de limiter notre recherche à l’horizon de la Grèce et à la période chronologique qui s’étend depuis le voyage de Chateaubriand en 1806 jusqu’aux Jeux Olympiques de 1896, que nous considérons comme le début de l’ère du voyage organisé dans ce pays.
Le choix du pays n’est pas le fait du hasard. A part un intérêt personnel dû à nos propres origines grecques, nous considérons que la Grèce, étape primordiale du voyage oriental, présenta aux yeux des premiers voyageurs-compagnons romantiques - qui recherchaient l’essence de l’art et de la poésie dans le merveilleux et le fantastique, ainsi que dans les souvenirs du Moyen Âge et de l’Orient - un terrain fertile pour effectuer leur voyage initiatique et leur retour aux sources à la façon de Chateaubriand.
C’est à la lecture du palimpseste gravé par les voyageurs et basé sur leurs témoignages croisés que nous allons découvrir la réalité grecque du XIXe siècle.
Notre objectif est de montrer que notre étude est une étude de genre, celle du voyage en compagnie qui se différencie du voyage singulier dans plusieurs points :
Tout d’abord, dans plusieurs cas le voyage n’aurait pas été effectué s’il n’y avait pas eu en jeu l’idée du compagnonnage, dont les avantages étaient considérables.
Ensuite, la mentalité du voyageur-compagnon n’est pas la même que celle du voyageur solitaire, car elle est constamment conditionnée par le fait qu’il voyage avec d’autres personnes ayant leurs propres idées et opinions et faisant parfois des choix différents des siens. Nous pouvons constater ce décalage d’opinions dans des textes publiés ou en comparant un texte publié à un autre inédit, à un dessin, une lithographie ou une photographie... Il s’agit ici d’un travail comparatiste entre texte et image, expression personnel et langage du groupe.
En outre, les récits issus d’un voyage en compagnie, inédits ou publiés, présentent une écriture dans la littérature de voyage, car ils nous dévoilent des informations détaillées sur les autres compagnons, ainsi que sur les conditions du voyage groupé.
D’un autre côté, les voyageurs-compagnons empruntent souvent l’un à l’autre des idées ou des phrases qu’ils utilisent intégralement dans leurs propres textes.
Tous ces points particuliers attribuent au voyage en compagnie sa propre identité que l’on veut étudier spécialement ici.
De surcroît, nous avons considéré important d’examiner un très grand nombre de cas de compagnonnages (trente deux au total), afin de pouvoir donner une image globale du genre et éviter les références caricaturales. Toutefois, nous n’examinons pas les cas des groupes qui ne firent qu’un bref passage en Grèce, et qui, par conséquent ne laissèrent pas de témoignages importants. Les groupes de voyageurs où les Français ne sont pas présents ne font pas partie non plus de cette recherche, sauf dans certains cas précis que nous avons voulu comparer à d’autres compagnonnages de la même époque, afin de montrer les différentes mentalités, par exemple entre voyageurs français et anglais.
Nous avons décidé de répartir cette étude en trois grandes parties, divisées chacune en différents chapitres. La période chronologique choisie débute pendant la période romantique, car l’analyse des opinions et des idées personnelles des voyageurs-compagnons implique des jeux de discours où le Moi de l’écrivain-voyageur est présent et même prédominant.
Dans la première partie, nous allons examiner le récit de voyage en Grèce avant la révolution grecque de 1821 et jusqu’à la reconstitution d’un Etat indépendant en 1832. Le premier chapitre est consacré à l’évolution que connut le récit de voyage depuis le XVIIIe siècle jusqu’à l’époque romantique. Nous allons expliquer, en effet, comment le voyageur passa de la prétention scientifique et du voyage studieux, héritages des Lumières, au style romantique et au voyage pittoresque.
Ce chapitre nous donnera l’occasion de montrer comment le modèle de Chateaubriand fut suivi par ses successeurs, à travers plusieurs exemples, tirés des récits ou des notes des voyageurs-compagnons.
Dans le deuxième chapitre de cette partie, nous allons présenter les premiers signes d’éloignement du romantisme ; nous expliquerons comment le modèle de l’Itinéraire de Chateaubriand passa de l’imitation à la parodie, à travers différents récits issus des périples qu’entreprirent en commun des voyageurs, tels Lamartine et son ami Delaroirière ou le comte d’Estourmel et le paysagiste suisse Johann Jakob Wolfensberger.
La dernière section de ce chapitre sera consacrée : aux compagnonnages artistiques, comme ceux des Ambroise-Louis Garneray et Alexandre-Gabriel Decamps, Horace Vernet et Goupil-Fesquet ou André Couchaud et Dominique Papety ; aux voyages entre riches gentilshommes et artistes-védutistes, tels John Lowel et l’artiste français Charles Gleyre ; enfin, aux nombreuses missions où les artistes prirent part, comme celle entreprise en 1843 par Caruelle d’Aligny et Théodore (ou Théodose) Achille Louis vicomte Du Moncel, dans le but de dessiner les vestiges antiques.
Notre deuxième partie examinera les récits des voyageurs-compagnons de l’ère othonienne qui s’étend de 1832 à 1862. Dans le premier chapitre, nous allons présenter les événements historiques les plus importants qu’ait connu la Grèce durant la royauté d’Othon, second fils du roi Louis Ier de Bavière.
Nous y évoquerons également la grande difficulté que certains voyageurs eurent pour maintenir un équilibre entre l’intérêt pour l’art antique et le monde contemporain, la nouvelle ère du positivisme et la tradition classique et romantique, à partir des deux groupes scientifiques qui furent constitués autour de l’archéologue Caignart de Saulcy en 1845 et en 1850 et à partir du voyage des deux amis Gustave Flaubert et Maxime Du Camp.
Le deuxième chapitre sera consacré aux années 1850. Nous y présenterons, en effet, la nouvelle tendance de la période, qui était d’écrire des récits de voyage sous une forme journalistique. Nous y mettrons en parallèle deux cas : celui d’Edmond About qui séjourna à Athènes et visita d’autres parties de la Grèce en compagnie de l’architecte Charles Garnier et du paysagiste historique Alfred de Curzon et celui d’Antonin Proust qui séjourna seul à Athènes, mais qui visita le mont Athos avec Antonio Schranz, un artiste maltais, chargé de prendre des photos du site.
La troisième partie examinera la période du règne de George Ier, depuis son installation au trône en 1863 et jusqu’à l’organisation des Jeux olympiques de 1896. Dans les deux premiers chapitres nous allons présenter les deux tendances primordiales de cette période : d’abord, la propagation de la photographie, depuis son arrivée en Grèce en 1839, et la multiplication des compagnonnages avec des voyageurs-photographes (ex. l’architecte français Alfred-Nicolas Normand et Alfred Mézières) ; ensuite, la présence de plus en plus considérable des femmes, qui, le plus souvent optèrent pour le voyage groupé, soit en compagnie de leur mari (ex. Cornélie Renan et Noémi Renan Psichari) ou de leur famille (ex. marquise de Laubespin) , soit en compagnie d’une autre femme ou d’un groupe d’amies (ex. Anne Marie de Bovet).
A partir de tous ces cas de compagnonnage nous allons essayer de montrer que le récit de voyage en compagnie n’apporte pas seulement une vision pluraliste de la même réalité - et donc une approche qui mérite surtout l’attention des historiens-, mais qu’il constitue un genre à part dans la littérature de voyage et mérite l’intérêt en tant que tel.
Libéralisme et rationalité morale
Mercredi 15 novembre 2006
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. JEAN-CASSIEN BILLIER soutient sa thèse de Doctorat :
Libéralisme et rationalité morale
En présence du Jury :
M. BOYER (PARIS 4)
M. HUNDYADI (LAVAL)
M. OGIEN (CNRS)
M. RENAUT (PARIS 4)
Résumés
Intimement lié au libéralisme politique, le libéralisme moral consiste à tenter de définir les principes d’une morale publique minimale rendant possible la garantie des désaccords moraux sur les conceptions du Bien. Il ne peut avoir de sens que de façon radicalement anti-perfectionniste, c’est-à-dire en refusant de comporter lui-même le moindre élément apparenté à une conception quelconque du Bien. Les fondations anciennes du libéralisme à partir des concepts d’autonomie et d’individualisme sont donc devenues impropres à justifier la neutralité axiologique idéale de la sphère publique. Ni l’autonomie ni l’individualisme ne font en effet partie des valeurs non-controversées que recherchent les libéraux anti-perfectionnistes contemporains. La justification et l’application des deux principes fondamentaux du libéralisme anti-perfectionniste, celui de la « non-nuisance » à autrui et celui de la « considération égale » apportée à chaque être humain, supposent d’une part un enracinement dans la culture politique démocratique et libérale qui s’est développée depuis environ deux siècles et d’autre part une reconnaissance de l’hétérogénéité des sources de nos délibérations morales qui sont définitivement faillibles dès qu’elles sortent de la tâche de fondation de ces mêmes principes par auto-compréhension de la communauté libérale. Le libéralisme moral anti-perfectionniste est ainsi opposé à tout relativisme moral tout en refusant également l’idée selon laquelle on peut découvrir un principe moral absolu et infaillible capable de résoudre nos dilemmes moraux : il ne propose qu’une morale publique qui n’ambitionne pas de répondre à l’ensemble des interrogations qui habitent nos vies morales personnelles.
Moral liberalism, which is intimately linked to political liberalism, consists in trying to define the principles of a minimal public morality which makes moral disagreements on conceptions of Good possible. The only way it can have any meaning is by being radically anti-perfectionist, that is, by refusing to contain in itself the least element akin to any conception of Good. The former foundations of liberalism based on the concepts of autonomy and individualism have therefore become inappropriate in justifying the ideal moral neutrality of the public sphere. Neither autonomy nor individualism belong to the uncontroversial values sought after by contemporary anti-perfectionist liberals. The justification and application of the two fundamental principles of anti-perfectionist liberalism, that of to do no harm to others and that of equal respect for each human being, depend, on the one hand, on our moral beliefs being rooted in the liberal and democratic political culture that has developed over the past two centuries and, on the other, on the recognition of the heterogeneity of the sources of our moral deliberations which are completely fallible as soon as they abandon their fucntion of founding those same principles through the understanding internal to the liberal community. Anti-perfectionist moral liberalism is thus opposed to all moral relativism while, at the same time, rejecting the idea that an absolute and infallible moral principle capable of solving all our moral dilemmas could be discovered. All it has to offer is a public morality which does not seek to answer all the questionings which haunt our personal moral experience.
Position de thèse
Postuler l’existence d’une liaison fondamentale entre le libéralisme et la rationalité morale ne va pas de soi. C’est même une hypothèse qui se heurte d’emblée à deux obstacles de taille. Le premier d’entre deux tient sans doute à l’image générale du libéralisme telle qu’elle est véhiculée tout à la fois par l’opinion et par une partie des entreprises théoriques les plus connues qui se sont donné pour but d’expliquer, de justifier et pour finir de fonder le sens de l’option libérale. Cette image est celle d’un libéralisme avant tout politique et économique. La dimension morale du libéralisme est cependant depuis toujours au cœur des philosophies qui ont le plus œuvré en faveur de la cause libérale : celles de John Locke, d’Emmanuel Kant et de John Stuart Mill pour l’époque des fondateurs, et celles, parmi tant d’autres, de John Rawls ou de Charles Larmore pour la période récente et contemporaine. Des travaux de ces derniers, et au premier chef de ceux de John Rawls, qui demeure incontestablement le penseur le plus important pour la compréhension du libéralisme contemporain, c’est la dimension politique qui est ressortie la première au grand jour et a donné lieu à une impressionnante quantité de commentaires et de controverses. Il nous a semblé nécessaire de tenter de restituer au libéralisme son intégrité philosophique. Pour ce faire, il s’agissait donc pour nous de mettre en avant la dimension proprement morale du libéralisme, en tentant de démontrer que celle-ci ne consiste pas à développer une théorie morale parmi d’autres, comme si nos vies morales étaient si décontextualisées que nous pourrions nous extraire de la modernité pour choisir parmi un éventail assez abstrait d’options éthiques concurrentes, mais à proposer une interprétation originale de la rationalité morale elle-même. Les premiers chapitres de notre travail sont donc consacrés à une tentative de clarification de la notion de « libéralisme ». Nous y soutenons notamment que ce dernier ne doit pas être confondu avec le libertarisme, dont l’avocat le plus célèbre est incontestablement Robert Nozick. Faisant valoir ce qui nous semble être la pertinence des thèses de Charles Larmore, qui a développé une interprétation originale du libéralisme moral et politique en critiquant les positions de John Rawls, nous soutenons que le désaccord moral est le cœur de la raison pratique libérale qui entend le maintenir et le garantir en visant une neutralité axiologique idéale de l’Etat. De façon critique à l’égard de la pensée de John Rawls, et en suivant certaines thèses de Charles Larmore, nous insistons sur le nécessaire enracinement de cet idéal de neutralité axiologique dans un héritage historique et intellectuel occidental qui devrait permettre un accord fondamental sur une morale publique minimale. Toute la première partie de notre propos est donc consacrée à une tentative d’identification du libéralisme moral au sein du type bien particulier de raison pratique complexe, tout à la fois politique, économique et morale, qu’incarne le libéralisme dans son intégralité. Ce travail d’identification nous amène rapidement à défendre une version radicalement anti-perfectionniste du libéralisme moral et politique. Or, puisque cet anti-perfectionnisme entre en contradiction avec les premières grandes théorisations du libéralisme, notamment celle de Kant et de Mill, nous sommes amenés à poser l’hypothèse d’une émancipation nécessaire du libéralisme moral à l’égard de la valorisation morale d’une part de l’autonomie et de l’autre de l’individualisme pur. Reste le second obstacle à une mise en relation étroite du libéralisme et de la rationalité morale. Il provient cette fois du second membre de ce couple notionnel, autrement dit de l’idée même de « rationalité morale ». Celle-ci est en effet souvent réservée à un pur examen méta-éthique qui risque d’arracher la morale au monde politique et social. Postuler un lien constitutif entre le libéralisme et la rationalité morale revient donc pour nous à revendiquer ici une unité fondamentale de la raison pratique en général et au sein du libéralisme en particulier. En d’autres termes, nous refusons la séparation de la méta-éthique et de l’éthique normative, considérant que la raison pratique n’a de sens que par son unité. Or, si la raison pratique n’a de sens in fine que comme raison normative, il nous importe aussi de comprendre qu’elle ne peut donc pas être séparée de la raison politique et du contexte social. L’hypothèse générale de notre travail, selon laquelle l’unité de la raison pratique se cristallise autour de la double question de l’identité et de l’impact du libéralisme moderne, implique donc d’examiner l’impact de ce que Tocqueville a appelé le « fait de l’égalité » sur l’appréhension que les Modernes ont de la normativité morale et sur les théories récentes de la rationalité morale. La seconde partie de notre développement revient longuement sur la question du perfectionnisme en postulant que le grand modèle kantien fut celui d’un perfectionnisme moral très particulier faisant de l’autonomie elle-même une perfection morale. Or un tel perfectionnisme nous semble tout à la fois difficilement soutenable d’un point de vue moral et incompatible avec l’ensemble de la raison pratique libérale dont nous ne cessons de soutenir qu’elle n’a de sens que de façon radicalement anti-perfectionniste. La dernière partie de notre propos s’attache enfin à mettre en lumière ce qui nous semble être les trois principes directeurs de la raison pratique libérale en tant qu’elle est aussi bien méta-éthique que normative : le contextualisme moral entendu en un sens bien particulier, qui est précisément celui d’une unité complexe de la raison pratique libérale, l’anti-relativisme moral, qui s’oppose donc aux interprétations relativistes du libéralisme, et enfin l’anti-absolutisme moral, qui signifie qu’aucun point de vue infaillible n’existe en matière de rationalité purement morale et que seuls des principes normatifs minimaux ancrés dans l’unité d’une raison pratique politique et morale doivent être considérés comme non controversés. L’ensemble de cette tentative de démonstration fait largement appel à la littérature philosophique anglo-américaine du dernier demi-siècle. Notre travail comporte donc une importante dimension d’exploration de la philosophie morale et politique récente de langue anglaise.
Libertinage et libertins dans les romans d’Andréa de Nerciat
Samedi 27 janvier 2007
14 heures 30
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
Mme Carmen SZABRIES soutient sa thèse de Doctorat :
Libertinage et libertins dans les romans d’Andréa de Nerciat
En présence du Jury :
M. ABRAMOVICI (VALENCIENNE)
M. BONNET (CNRS)
M. DAGEN (PARIS 4)
M. DELON (PARIS 4)
Résumés :
Dans ce mémoire, nous avons formulé trois interrogations principales autour desquelles a évolué
notre recherche : quelle est la véritable nature des libertins dont Nerciat dresse le portrait ? Quelle
est la portée éthique que dégagent ses créations littéraires ? Quels sont les outils littéraires
qu’utilise l’auteur pour mettre en scène un libertinage joyeux et bon enfant ? Nous avons vu que
Nerciat nous présente une écriture dans laquelle la volupté et l’excessive jouissance se rejoignent
dans un univers plein de charme. Poussés par un hédonisme qui se suffit à lui-même, les petits-
maîtres vivent dans l’unique but de réaliser le plaisir, et cela sans de grandes souffrances. Il
devient vite évident que notre romancier maîtrise parfaitement l’écriture ; celle-ci se caractérise par
son allure souple, le tissage textuel est cohérent et le récit est inventif. L’auteur fait preuve d’une
imagination débordante qui est au service d’un comique auquel le lecteur peut adhérer.
The following thesis proposes three main questions : how realistic is Nerciat’s portrayal of his
libertines ? What ethical imperatives drive his literary creations ? What kind of literary devices does
Nerciat employ to express a libertinage that is at once joyous and playful ? Nerciat’s writing
exemplifies a voluptuousness and excessive pleasure that combine to create a unique universe full
of exquisite charm. Shaped by a self-sufficient hedonism, his libertines live with the single-minded
aim of fulfilling their ideal of pleasure, but do so without experiencing any great suffering. It soon
becomes apparent that Nerciat is a master of writing : his style is characterised by a fluency of
pace ; the weaving together of textual elements is coherent and the content is inventive. Overall, the
author reveals an imagination that is overpowering, but which reins itself in at the service of a
comic humour that engages completely both the reader’s attention and his approbation.
Position de thèse :
Le Chevalier Andréa de Nerciat ( 1739 -1800 ), dont la production littéraire s’étale
entre 1775 et 1793, est généralement méconnu du public. Nous voyons en lui un
homme de lettres à la production impressionnante et variée. Les romans de
Nerciat sont des romans libertins, et cela dans le sens que lui donne le dix-
huitième siècle. L’écriture de notre romancier s’inscrit dans une typologie de la
littérature érotique, qui va d’un libertinage de salon jusqu’à une écriture prêchant la
brutale réalisation de l’instinct. Le libertinage, tel que le présente notre auteur, se
situe entre ces deux pôles. Dans notre mémoire, il nous paraissait adéquat de
formuler trois interrogations principales autour desquelles a évolué notre
recherche : quelle est la véritable nature des libertins dont le Chevalier de Nerciat
dresse le portrait ? Quelle est la portée éthique que dégagent ses créations
littéraires ? Quels sont les outils littéraires qu’utilise l’auteur pour mettre en scène
un libertinage joyeux et bon enfant ?
Andréa de Nerciat développe une conception hédoniste joyeuse, raisonnée et
surtout sereine. L’image des libertins, leur manière d’être et leur système de
pensée se distinguent par leur cohérence. Pleinement responsables d’eux-mêmes
et de leurs corps, nos petits-maîtres défendent une conception du bien-être où
tout un chacun peut vivre selon son gré. Ce libertinage sensualiste se résume
dans le principe de pensée de Félicia et de ses amis qui consiste à prôner
« l’amour de la variété », tout en optant pour une modération dans la conduite
amoureuse, ce qu’ils considèrent comme une sagesse. Nos personnages
principaux sont bien loin d’être de simples brutes. Ils acceptent, en curieux, les
conditions humaines en les tournant dès qu’ils le peuvent, à leur avantage ; raison
pour laquelle le bonheur de Félicia dépend d’un système « passablement bon ».
Au moins pour Félicia, Nerciat entreprend un discours « militant qui défend le
plaisir contre les préjugés au nom de la Nature ou de la Raison ». Savoir écouter
la Nature sans se laisser emporter, savoir écouter la saine Raison sans tomber
sous le dictat de celle-ci, savoir s’entourer d’un certain nombre d’amis choisis est
la preuve avérée que nos personnages se livrent à un libertinage réfléchi,
aisément assimilable à un enthousiasme « humaniste ». Au surplus, la sexualité
liée à l’amitié implique que l’on s’amuse tout simplement entre amis. L’amitié se
base sur la bonne conduite ainsi que sur l’estime et s’oppose infailliblement à
l’amour aveugle et incontrôlable. Le fait que nos personnages fassent l’éloge des
plaisirs de la chair, témoigne en définitive de leur idée du bien-être, composé de
bonheur et d’insouciance.
Il est certain que le lecteur est sous l’emprise des narratrices, s’identifiant avec ces
figures spontanées, positives et éloignées de toute mélancolie. Les personnages
de Nerciat s’opposent positivement à la tradition du libertinage corrompu. Nous n’y
trouvons point de femme vertueuse à séduire, comme la Duchesse de Crébillon,
point de jeune fille naïve comme Cécile à corrompre, point de libertin
machiavélique comme Lovelace à dénoncer... Loin de se lamenter à la manière
des héroïnes de Crébillon fils ou de Richardson, ces riches personnalités goûtent
la vie sans rencontrer de grandes déceptions. Aussi semblent-elles à bien des
égards pouvoir être qualifiées d’irréelles, comme idéalisées par la plume de leur
auteur. Le comportement des personnages reflète celui des enfants se
divertissant tout simplement et met en relief la profonde « innocence » des
personnages qui ont certes, par moments, « le Diable au corps » 5. Une phrase à
propos des Aphrodites nous semble tout particulièrement significative parce
qu’elle résume parfaitement bien l’univers de Nerciat : « Aucun regard profane ne
souille ce banquet, image de ceux de l’Olympe... Eh ! les Aphrodites ne sont-ils
pas du moins des demi-dieux sur la terre ? Avoir la jeunesse, la beauté, les
grâces, tous les dons que peut répandre la nature, et jouir de toutes les voluptés
imaginables, n’est-ce pas exister surhumainement ? » Nerciat nous présente un
monde idéal, une sorte d’utopie de micro-société où hommes et femmes vivent
non pas des rapports de force mais des relations, en somme, plutôt tendres.
La légèreté de l’oeuvre de Nerciat relève d’un monde où les actes n’ont, de toute
évidence, pas de conséquences graves et où le tragique ne prend jamais le
dessus. En témoigne la désinvolture avec laquelle Nerciat traite de la mort et de la
maladie qu’il mentionne « en passant », sans jamais entrer dans des détails
lugubres. De la même manière, les personnages principaux de notre romancier se
caractérisent par leur manque de cruauté ; petits-maîtres certes, ils ne sont jamais
des roués. Ce sont tout simplement des personnages, pour lesquels il faut avoir
« beaucoup d’indulgence ». Chez Nerciat, le libertinage est perçu comme une
douce folie dont on revient ; raison pour laquelle les romans se closent sur une
atmosphère festive, celle des mariages. Aussi l’oeuvre de Nerciat est-elle, à bien
des égards, très comparable aux contes de fées.
Le lecteur d’aujourd’hui est-il donc choqué à la lecture des ouvrages d’Andréa de
Nerciat ? Il est certain que les romans sont réservés à un lectorat adulte ; mais tel
est aussi le cas des ouvrages de Sade que nous estimons beaucoup plus
radicaux et osés que ceux de Nerciat. « Le pornographique n’est pas honteux. Il
obéit même à une logique de l’exhibition qui est dans sa nature et relève de ses
stratégies de désignation. », écrit Jean-Marie Goulemot. Il est vrai, Nerciat
désigne bien l’acte sexuel et assume pleinement ses écrits ; et cela notamment
dans les sous-titres des Aphrodites et du Diable. Peut-on pour autant qualifier les
romans de notre auteur de purement pornographiques ?
sexuel, de l’humilier et de le dégrader, l’élément de la pornographie se manifeste.
[...] La seule question de la pornographie me semble une question de secret. [...]
La notion de secret comporte toujours un élément de peur, se réduisant très
souvent en haine. » Si tel est le cas pour les écrits de Sade, il n’en est rien pour
ceux de Nerciat. Cela tient à deux raisons : d’abord, parce que l’écriture se
présente avant tout comme un divertissement ; elle est non pas imprégnée d’une
atmosphère d’inquiétude et de trouble, comme on en trouve dans l’univers du
Marquis de Sade, mais se caractérise par un ton de gaîté et d’enjouement.
Ensuite, parce que les romans de Nerciat invitent principalement à une double
lecture : celle du premier degré et celle qui oblige plus ou moins à décoder ; et
c’est là que réside tout l’intérêt de la lecture de Nerciat. Loin d’écrire des romans
purement érotiques, voire pornographiques, l’auteur maintient l’esprit de dérision
pour se distancier d’un contenu parfois très osé. Chez lui, l’humour et l’ironie sont
les outils de la mise en scène, ils lui permettent de se dégager de son contenu à
proprement parler érotique. Le jeu que l’auteur mène avec ses personnages
reflète celui qu’ils jouent entre eux. L’idée du jeu n’est pas anodine : non
seulement on s’amuse en bonne compagnie mais encore l’auteur s’amuse tout
bonnement à « amuser » son lecteur. Les scènes lascives animent l’imagination
du lecteur, les épisodes souvent rocambolesques sont imprégnés d’humour, et le
comique de certains personnages divertit le lecteur.
On ne saurait trop insister sur la jubilation intérieure qui porte cette littérature.
L’humour et l’ironie traversent toutes les instances : avec une joie bouffonne,
l’auteur se moque de ses personnages et de son lecteur, sans s’épargner lui-
même. L’écriture est un feu de joie, et elle est imprégnée, notamment dans les
Aphrodites, par un certain cynisme, sans pour autant être caricaturale. Les sous-
entendus et doubles ententes sont toujours au service du rire et de la dérision à tel
point que le lecteur finit par oublier qu’il a affaire à des romans licencieux. En
définitive, la pornographie s’efface au profit de l’humour, et cela malgré son
expression par moments très hardie. Sans doute, dans le Diable et les Aphrodites,
« la performance sexuelle devient narration » et se suffit amplement à elle-
même, mais comme le formule Charles Fouqué, « l’érotisme est une réaction
joyeuse de l’esprit humain en présence de la libido ». Et le lecteur de Nerciat
peut adhérer à cette écriture de légèreté justement parce que l’auteur sollicite et
détourne constamment son intérêt.
En fait, Nerciat a une conscience très vive de l’usage de l’écriture. Avec un sens
très sûr de la mise en scène, il se montre inventif au point de manipuler le
langage, inventant des néologismes et jouant sur les dénominations de
personnages. De même, il fait ample usage des traditions et supercheries
littéraires en prétendant n’être que l’éditeur de ses ouvrages, « gâchant » ses
manuscrits et en intervenant dans les notes de bas de page pour commenter son
propre récit. Ce sont des conventions littéraires, certes, mais elles sont exploitées
avec fantaisie et adresse. Tous ces artifices concourent à rendre le roman
beaucoup plus cérébral qu’on ne le soupçonnerait au premier abord et que ne
permet pas une lecture trop hâtive d’un roman comme le Diable.
Nerciat joue avec son texte, comme il joue avec ses personnages. La poétique
romanesque est traitée avec désinvolture et originalité, ce qui distingue ces
ouvrages clairement d’oeuvres comme Le Rideau levé, Le Libertin de qualité ou
encore de Dom Bougre qui se bornent beaucoup plus à un contenu
pornographique, exposé au fond sans de grandes surprises. Chez Nerciat, c’est la
surprise de la lecture qui prime sur l’érotisme. Ici, un monde se crée avec une
liberté absolue où tout est permis et où tout semble possible. Nerciat fait une sorte
d’amalgame de tout ce qui a été exploité avant lui. S’inspirant d’un grand nombre
d’auteurs, dont Voltaire et La Fontaine ne sont pas les moindres, il réussit ce coup
de force, de conférer à ses ouvrages l’impression d’authenticité. Dans nos
romans, se révèle une sorte de valorisation de la littérature, une exaltation qui
passe par une conscience vive que la conception de l’ouvrage rajoute du plaisir
littéraire au récit licencieux.
Il devient vite évident que Nerciat n’est pas un moralisateur, dans le sens où il ne
cherche pas à donner de leçons à ses lecteurs. Notre auteur n’étudie pas les
causes et les conséquences morales de la conduite de ses petits-maîtres. Nerciat
n’a pas la prétention de nous divertir tout en nous instruisant, comme le
prétendent certains auteurs comme Le Sage ou l’Abbé Prévost. Il ne nous
présente pas non plus un univers inquiétant, noir et tragique comme le fait le
Marquis de Sade, afin de nous faire miroiter plus ou moins sincèrement quelques
« flatteuses récompenses » du Ciel. On peut discerner chez lui un détachement
à l’égard de tout ce qui était préconisé : ainsi l’auteur ne s’attache pas à donner à
ses romans une quelconque valeur préventive, didactique, curative ou encore
pédagogique. Ses personnages se font une conception du bien-être qu’ils
appliquent à eux-mêmes, peu importe ce que le lecteur peut penser de leurs
comportements. « Après tout, ceux qui liront ces feuilles verront bien qu’elles ne
sont ni des sermons ni des pièces académiques. », écrit l’auteur des
Aphrodites. Justement, il ne cherche pas à faire « de ronflantes périodes bien
morales », ni à produire des « éclairs de scandale et d’indignation » 15. Dans les
Aphrodites, l’auteur écrit : « Ah ! nous le répétons, que n’avons-nous un certain
talent avec lequel ce qui, traité par nous, ne sera que comique et ridicule, serait
susceptible de devenir une belle horreur, bien criminelle, tragique au besoin, ce
qui pourrait arracher aux lecteurs purs d’admirables déclamations contre la
perversité de cette fin de siècle ! » Nerciat n’écrit pas pour dénoncer la
perversité mais pour « amuser » son lecteur. En ce sens, la débauche « est
volontiers conçue joyeusement, saisie moins dans sa dimension morale -
évacuée - que comme libre expansion vitale ».
Nous croyons avoir démontré que l’écriture de Nerciat ne se réduit pas à un
simple contenu érotique, voire pornographique. L’écriture de Nerciat n’est pas
sans intérêt et surtout, et malgré son aspect pornographique, elle est
divertissante. C’est pour noter à quel point notre auteur mérite d’être étudié et à
quel point les critiques l’ont longtemps ignoré.En fait, il nous semble que la
production de notre romancier a parfois été jugée un peu trop hâtivement, car les
critiques n’ont pas toujours compris que Nerciat entretient en permanence la
dérision et la met au service de ses ouvrages licencieux. C’est justement ce jeu
flamboyant et cérébral que l’auteur mène avec l’écriture qui donne à cette
littérature toute son authenticité.
La difficulté de notre analyse consistait à clarifier le corpus de notre auteur et de
nous interroger sur l’attribution de certains ouvrages. Vu la grande rareté de
certains éditions et, en l’absence d’une bibliographie complète et détaillée, il nous
a paru ensuite nécessaire de préparer un essai bibliographique et d’établir un
tableau de toutes les publications et de leurs traductions qui, hormis de rares
exceptions, n’ont jamais été prises en considération. De la même manière, nous
nous sommes interrogée sur l’appartenance de certaines préfaces, postfaces et
notes de bas de pages à notre auteur, car ses ouvrages ont été sujets à des
mutilations. Etant donné le grand nombre d’hésitations et de confusions, une
recherche sur les romans d’Andréa de Nerciat a nous semblé amplement
justifiée ; et cela d’autant plus qu’aucune thèse n’a été consacrée, à cette date, en
France, à cet auteur mineur pourtant bien français.
Bien que l’intérêt des critiques pour notre auteur s’accroisse ces dernières années, les
publications se résument à quelques articles sur la production de Nerciat ; articles qui, par leur
cadre limité, ne peuvent de toute évidence aller au-delà d’une analyse de certains points restreints.
Dans le cadre de cette recherche, nous avons pu remarquer que la plupart des exégètes se
basent sur les recherches effectuées par Guillaume Apollinaire, dont les données sont souvent
d’une extrême érudition mais manquent, à ce jour, d’actualité.
Liturgie et organisation intérieure de l’espace des églises catholiques. Contribution à une géographie du sacré et de ses mutations
Vendredi 8 décembre 2006
14 heures
En Sorbonne, Salon de la Présidence
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Marc LEVATOIS soutient sa thèse de Doctorat :
Liturgie et organisation intérieure de l’espace des églises catholiques. Contribution à une géographie du sacré et de ses mutations
En présence du Jury :
M. AUPHAN (PARIS 4)
Mme DACHARRY (LILLE 1)
M. JEAN-RENÉ (PARIS 4)
M. PITTE (PARIS 4)
M. PIVETEAU (FRIBOURG)
Résumés :
Le thème du sacré est essentiel dans l’étude des religions par les sciences humaines. Il est un angle d’approche pertinent en géographie, par la notion d’espace sacré. En appliquant la catégorie du sacré au catholicisme, il est possible de voir dans l’organisation intérieure de l’espace liturgique, dès les origines, un espace sacré spécifique, dont l’apogée se situe au Moyen Age. L’impact de la modernité, dès la Renaissance, peut être pensé dans un processus d’atténuation du sacré dans l’organisation intérieure de l’espace des églises. Ce processus s’accélère au XX°, notamment avec la réforme liturgique consécutive au concile Vatican II. En retour, on assiste à une contestation traditionaliste qui s’organise, surtout en France, dans le dernier tiers du XX° siècle. Cette « mouvance traditionnelle » peut être actuellement envisagée dans sa structure territoriale comme moins marginale dans l’Eglise et associée à un renouveau du débat sur l’espace sacré liturgique.
The very notion of sacredness is most relevant in the geographical approach to religions. From that perspective, a sacred space can be found in the inner space organisation of Catholic churches. This liturgical sacred space is no doubt exemplified by the medieval church. Then, with the advent of modernity, church inner space lost some of its sacred features, especially in the aftermath of the Second Vatican Council liturgical reform. The traditionalists’ opposition to the reform actually has to do with the reorganisation of church space, and can thus be related to the contemporary debate over sacredness and sacred space in Roman Catholic liturgy.
Position de thèse :
Au sein du développement des recherches en géographie des religions, le catholicisme est présent, bien qu’il ne soit pas le principal objet d’étude. La recherche sur le catholicisme a été récemment renouvelée par les travaux, notamment, de Colette Muller et Jean-René Bertrand, surtout sur la France. Ailleurs, elle concerne essentiellement la problématique des pèlerinages et une vision marquée par les grandes divisions territoriales à l’échelle continentale ou mondiale. A côté de cette approche classique, rénovée et développée, il nous est apparu intéressant d’aborder le catholicisme sous l’angle spécifique du sacré et de chercher à déterminer la place du sacré dans la relation du catholicisme à l’espace.
Le thème du sacré est central dans l’étude des religions par les sciences humaines. Par sa dimension spatiale (séparation dans l’espace du sacré et du profane, rôle structurant des repères spatiaux), il permet une approche géographique, dépassant l’aire d’extension des croyances et pratiques. Se pose alors le problème de l’application de cette dimension spatiale du sacré au christianisme et, pour sa branche occidentale, au catholicisme romain.
Le sacré est présent dans le catholicisme, bien que d’une façon plus complexe que dans d’autres religions. Les textes bibliques, de l’Ancien mais aussi du Nouveau Testament, rendent possible une approche sacrale du christianisme. La connotation corporelle forte du dogme de l’Incarnation souligne l’inscription spatiale de ce sacré. Les références patristiques, tout comme les vestiges archéologiques des premiers siècles, permettent de la prendre en compte dans un espace qui est celui de la liturgie et qui concerne, avant tout, le bâtiment cultuel, l’église. La structure liturgique de l’espace sacré de l’église transparaît surtout dans son organisation intérieure, où l’on peut mettre en évidence des caractères particuliers (indices de cette sacralité spatiale et de son intensité), essentiellement l’orientation vers le levant et la délimitation. La relation entre les rites et l’espace conçu pour leur célébration est particulièrement forte.
Ainsi conçu et déterminé, l’espace liturgique semble connaître l’apogée de ses caractères sacrés à l’époque médiévale, culminant dans les modèles roman et gothique et conceptualisé, à la fin du XIII° siècle, dans le Rational des divins offices de Durand de Mende. Le modèle sacral de l’église médiévale peut être ensuite abordé dans sa confrontation avec la modernité, négatrice dans le cadre de la Réforme, modératrice dans celui de la réforme catholique tridentine. On peut comparer à la conceptualisation médiévale de Durand de Mende le modèle tridentin codifié par S. Charles Borromée et mis en œuvre dans la chrétienté occidentale à partir, notamment, de l’archétype du Gesù à Rome. Les marques de cet espace sacré tridentin peuvent alors être considérées comme présentes mais atténuées, tant pour l’orientation (qui ne suit plus nécessairement l’Orient astronomique) que pour la délimitation, avec une volonté évidente de décloisonnement spatial intérieur. Le modèle tridentin, dans son équilibre classique, est appelé à une diffusion générale dans l’expansion des missions et dans celle de l’urbanisation, qui suscite des églises nouvelles. En France, il est la règle de l’organisation intérieure des églises jusqu’au milieu du XX° siècle, malgré l’impact des mutations sociales, urbaines, architecturales et artistiques. C’est lui que l’on peut voir encore à l’œuvre, par exemple, au-delà du caractère révolutionnaire de l’architecture, dans la chapelle de Ronchamp, de Le Corbusier.
La structure spatiale des églises devient peu à peu partie intégrante du débat de fond engagé dans le cadre du « Mouvement liturgique », au XX° siècle. L’inflexion de ses caractères sacrés est envisagée, tout d’abord d’un point de vue théorique, puis par une réforme pratique décisive après le concile Vatican II. Ces dernières étapes, dans le grand mouvement contemporain, peuvent être interprétées comme une forme de désacralisation acceptée dans une perspective chrétienne. Dans la réforme liturgique postconciliaire, on peut estimer centrale la restructuration fondamentale de l‘espace sacré des églises, en particulier par la généralisation de la célébration de la messe face au peuple. Il est possible d’interpréter cette restructuration de grande ampleur dans une évolution du rapport au sacré, comme une atténuation nouvelle des composantes sacrales de l’espace liturgique.
Face à ces réformes, une opposition d’orientation traditionaliste voit le jour dans les années soixante, d’abord en France pour des raisons liées à l’histoire religieuse, sociale et politique de notre pays. Cette origine est en elle-même paradoxale, dans la mesure où les Français ont été les plus en pointe dans la conception et l’application des réformes conciliaires. Elle résulte, selon nous, justement de la vigueur - parfois brusque - de cette application en France mais aussi de sa coïncidence avec les bouleversements de la société, vers le milieu des années soixante. Il est ainsi possible d’envisager le caractère traumatisant, pour une partie de la population, de cette réforme qui modifie des repères intimes, y compris spatiaux. Il permet de comprendre la montée de cette opposition, dans un processus que l’on peut rapprocher, malgré les différences, des chocs qui ont mené ailleurs à des réveils identitaires catholiques un peu plus tôt dans l’histoire.
Cette opposition donne naissance à un mouvement d’abord informel puis organisé mais toujours multiforme, dont l’expression la plus nette se situe, à partir de la reconnaissance romaine douloureuse de 1988, après le sacre d’évêques sans autorisation par Mgr Lefebvre, dans les communautés dites Ecclesia Dei, auxquelles a été concédée l’autorisation d’utiliser les livres et rites préconciliaires. On peut considérer ces communautés traditionalistes reconnues comme le cœur d’une mouvance traditionnelle dans l’Eglise catholique. Elles bénéficient d’une reconnaissance officielle romaine mais peinent à s’intégrer pleinement dans les structures ecclésiales, à différentes échelles, surtout du diocèse et de la paroisse. Les sources statistiques concernant la mouvance Ecclesia Dei sont rares. Une association désirant la promouvoir avance le chiffre de 45 000 personnes pour la France, chiffre sans doute crédible. L’implantation des lieux de culte traditionnel, dépendant surtout de la position de l’évêque local sur leur autorisation, n’est pas totalement représentative de la répartition des sympathisants traditionalistes. Des données cartographiables les concernant nous ont été communiquées, avec un échantillon suffisant pour déterminer une répartition par départements. Elles permettent de souligner, à côté d’une surreprésentation du Midi méditerranéen, une certaine coïncidence avec les régions de forte présence catholique en général et deux foyers majeurs, autour de Lyon et surtout de Versailles, montrant une nette prédominance du département des Yvelines. Pour la ville de Paris une polarisation importante vers l’Ouest apparaît, qui peut aussi être mise en relation avec une dissymétrie sociale classiquement reconnue.
Au sein d’un catholicisme beaucoup plus hétérogène qu’autrefois, cette mouvance traditionnelle a pu être interprétée, au moins au départ, comme une sorte de « parti du sacré » dans l’Eglise. Elle demeure attachée à l’organisation spatiale promue au lendemain du concile de Trente : pour les traditionalistes, comme pour beaucoup de catholiques, la réforme liturgique postconciliaire se résume essentiellement, à côté de l’abandon du latin, dans le retournement de l’autel. La revendication spécifique d’une édition particulière du missel romain peut être dépassée ; en ce sens, on peut étendre la mouvance traditionnelle également à ceux qui revendiquent une pratique d’esprit traditionnel des livres liturgiques réformés.
Aujourd’hui, la place importante de la France dans cette mouvance demeure, même si des foyers importants sont apparus à l’étranger, notamment dans le monde anglo-saxon. C’est ainsi qu’on peut rattacher une certaine expansion du traditionalisme, modérée sans doute en comparaison des « communautés nouvelles » en général, au renouveau d’une revendication sacrale, multiforme, et d’une réflexion sur le sacré dans l’Eglise, surtout depuis 1990. La question de l’« espace sacré » est redevenue centrale ces toutes dernières années, avec la publication, en 2001, de L’esprit de la liturgie du cardinal Ratzinger et le débat que ce livre a suscité, en particulier en France. On peut supposer que l’espace sacré ne va pas disparaître de la réflexion en cours, après l’élection du cardinal Ratzinger à la tête de l’Eglise romaine en avril 2005.
Logique du continu et du discontinu. Espace, corps et écriture romanesque dans les Continuations du Conte de Graal (1190-1240)
Samedi 27 novembre 2004
14 h
En Sorbonne, Amphithéêtre Chasles,
Escalier E, 3e étage
1 rue Victor Cousin
75005 PARIS
M. Sébastien DOUCHET soutient sa thèse de doctorat :
Logique du continu et du discontinu. Espace, corps et écriture romanesque dans les Continuations du Conte de Graal (1190-1240)
En présence du Jury :
M. BOUTET (PARIS IV)
Mme CERQUIGLINI-TOULET (PARIS IV)
Mme GALLY (ENS LYON)
M. SUARD (PARIS X)
Mme SZKILNICK (NANTES)
Louis Massignon au jardin de la parole
Samedi 29 novembre 2003
9 heures
Amphi Descartes
17, rue de la Sorbonne
Paris 5e
Mme Laure MEESEMAECKER soutient sa thèse de doctorat
Louis Massignon au jardin de la parole
en présence du Jury :
M. GLAUDES (TOULOUSE II)
M. GRIFFITHS (LONDON)
M. GUYAUX (PARIS IV)
Mme MILLET-GERARD (PARIS IV
M. RICHARD (PARIS III)
Lyautey et le Tafilalet
Mercredi 28 juin 2006
14 heures
À la Maison de la Recherche
Salle D 035 (CHANGEMENT)
28, rue Serpente
Paris 6e
M. Paul DOURY soutient sa thèse de doctorat :
Lyautey et le Tafilalet
En présence du Jury :
M. ALLAIN (Paris 3)
Mme DUPONT (Paris4)
M. FREMEAUX (Paris 4)
M. GUELTON (Vincennes)
M. POUILLON (EHESS)
Résumés
L’occupation pacifique du Tafilalet au sud du Maroc oriental en 1917 suivie de son évacuation en 1918, est un épisode occulté du protectorat de la France au Maroc. On peut se demander si cette « affaire » n’a pas été le fait d’un véritable engrenage, à la suite de la décision du général Lyautey (1854-1934), en 1915, en pleine guerre européenne, d’entreprendre l’opération de grande envergure visant à couper le « bloc berbère » en deux à travers le Moyen Atlas, avec la jonction des troupes de la Région de Meknès au nord-ouest, avec celles de Bou Denib au sud-est. En effet, cette opération imposa au commandant du Territoire de Bou Denib, la constitution d’une base solide, à l’ouest et au sud, avant de se lancer vers le Moyen Atlas pour donner la main aux troupes venant de Meknès, sur la Moulouya (important oued, coulant du sud-ouest au nord-est, et séparant le Maroc occidental du Maroc oriental. Cette opération préalable, avec les durs combats de 1916, a conduit à la soumission avec demande de protection des djemaa du Tafilalet, puis à son occupation le 5 décembre 1917. L’évacuation du Tafilalet en octobre 1918 fut décidée par Lyautey à la suite du soulèvement général des tribus berbères, notamment des Aït Atta à partir du printemps 1918, en conjonction avec les offensives allemandes en France. Cette évacuation du Tafilalet qui ne s’imposait pas, a donné aux tribus berbères le sentiment d’une immense victoire. Elle était contraire à un des principes les plus fondamentaux de Lyautey : « On n’évacue pas, si on évacue, nous sommes fichus » (Lyautey, Paroles d’action, Paris, Armand Colin, 1927, p. 255)
Summary : The subject of this work concerns an unknown episode of protectorate of France in Morocco : The pacification of Tafilalet situated in the south-east of this country. That episode has been the consequence of general Lyautey’s idea in 1915, to engage during the European war, an important operation in order to cut off the beraber region in the Middle Atlas, with isolation of Chleuh population from Zaïan one. From opposite sides of the mountains, Poeymirau’s Mobile Group of Meknès, and Doury’s Mobile Group of Bou Denib were to link on Moulouya river in spring 1917. In preparation of this transmountain venture, colonel Doury has had the necessity to organize the base of this operation from Bou Denib in order to reduce insecurity provoked by Beraber tribes under German propaganda and action, in the march route to the north. The very hard fights of Meski and El Maadid in 1916, result in submission and request of protection by Beraber and Tafilalet’s inhabitants. Then, occupation of Tafilalet suggested by Doury, was decided by Lyautey at the end of 1917. After the very hard battle of Gaouz on august 9 1918, Lyautey decided to evacuate Tafilalet without serious reason. This evacuation offered to Beraber tribes, the idea of a immense victory with menace against French situation in whole south of Morocco till 1919.
Position de thèse
L’objet de ce travail a consisté à montrer comment l’affaire du Tafilalet de 1917-1918, a été occultée et a pratiquement disparu des nombreuses biographies du Maréchal Lyautey et de l’histoire du protectorat de la France au Maroc.
Lyautey, une des figures les plus prestigieuses de l’histoire de France, personnage d’une très grande complexité, à l’ambition effrénée, occupe une place très particulière dans l’histoire de la colonisation de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, celle d’un visionnaire en avance sur son temps, avec des précurseurs, qui ont été ses maîtres, tels que Lanessan, Pennequin et surtout Galliéni, dont il se dira toujours l’élève durant toute son existence, avec une fidélité qui ne se démentira jamais. Lyautey, à la suite des ses maîtres a forgé, une véritable doctrine pour la pacification de pays dont la France a eu la responsabilité, d’abord au Tonkin, puis à Madagascar, dans le Sud oranais et enfin au Maroc dont on peut dire qu’il a fait de ce pays en déclin, au bord de la décomposition, une nation en voie de modernisation, grâce au protectorat.
Sa méthode de pacification a consisté à soumettre les populations, par la force si nécessaire, mais en menant conjointement un effort constant d’établissement ou de rétablissement de la sécurité des personnes et des biens, de paix, de développement du pays par la création de voies de communications, d’échanges commerciaux, de marchés, d’écoles, de centres médicaux et de services d’hygiène et d’urbanisme, sachant que l’introduction ou l’amélioration des conditions d’hygiène sont la condition indispensable au développement d’un pays. Par le système du protectorat qui n’a pas été une fiction, et auquel il restera toujours attaché, il a maintenu le système politique, la monarchie chérifienne, ses élites, la religion, les us et coutumes des populations qu’il s’est bien gardé de bouleverser. L’œuvre de Lyautey a été, globalement une réussite exemplaire, préparant l’avenir, contrairement à la politique qui a été menée par la France en Algérie qui, après la conquête, a installé un système d’administration directe que Lyautey n’a pas cessé de condamner. Au Maroc, Lyautey, en s’efforçant dès le début du protectorat, de rétablir l’autorité légitime du sultan, s’est comporté en visionnaire, comme le montre le fait d’avoir déclaré en 1925 : « Il est à prévoir, et je le crois comme une vérité historique, que dans un temps plus ou moins lointain, l’Afrique du Nord...se détachera de la métropole. Il faut qu’à ce moment-là, et ce doit être le suprême but de notre politique, cette séparation se fasse sans douleur et que les regards des indigènes continuent toujours à se tourner avec affection vers la France » .
Mais, il n’y a pas de grands hommes sans zones d’ombre :
Certains auteurs considèrent l’aventure éphémère du ministère de la guerre à la fin de 1916 et au début de 1917, comme un échec de Lyautey. En fait, lorsque Lyautey apprend par un télégramme de l’agence Havas qu’il est nommé ministre de la guerre en décembre 1916, il n’a pas le choix ; mais lorsqu’il apprend que ce ministère a été amputé de quatre de ses directions importantes, que Joffre a été remplacé par Nivelle, sans que son avis ait été sollicité, et que la direction des opérations lui échappe, on peut comprendre qu’il ait saisi la première occasion pour donner sa démission, quelques semaines seulement après sa nomination. Lyautey aimait le pouvoir, mais il a montré toute sa vie que s’il voulait le pouvoir, il n’était pas intéressé par les apparences du pouvoir.
La guerre du Rif a été aussi considérée comme un échec de Lyautey : en fait, il a traversé en 1925, une des périodes les plus pénibles de sa vie. Lyautey se trouva dans une situation difficile, après le désastre subi par les troupes espagnoles à Anoual, près de Melilla en juillet 1921, et au moment où les effectifs des troupes françaises au Maroc avaient été réduits de façon importante après la fin de la guerre européenne, en face d’Abd el Krim au sommet de sa puissance, et menaçant Taza et Fès, tandis que ses demandes réitérées de renforts restaient sans réponse. La suite est connue : la capitulation d’Abd el Krim et la pacification du Rif obtenue l’année suivante, en 1926, après le départ de Lyautey, à la suite de l’envoi d’importants renforts et sous le commandement du maréchal Pétain.
Quant à son destin national, dont il a parfois rêvé, et que, suivant certains de ses biographes, il n’aurait pas su saisir, il a peut-être considéré que les conditions politiques dans lesquelles se trouvait, alors, la France, n’étaient pas réunies pour un homme tel que lui qui n’avait pas l’âme d’un dictateur.
Lorsque certains biographes comme André Le Révérend ou Arnaud Teyssier font état de propos du maréchal Lyautey disant « j’ai raté ma vie », il convient de faire remarquer qu’il était atteint d’une véritable maladie cyclique bipolaire, ce que l’on appelle parfois un état cyclothymique, qui le faisait passer par des phases d’euphorie, voire d’exaltation, à des périodes d’amertume, de dépression, et même de franche mélancolie avec idées de suicide. Mais, en réalité, sa vie, au total, peut être considérée globalement, comme une réussite exemplaire.
Toutefois, s’il y a eu un échec important qui soit totalement imputable à Lyautey, c’est bien l’affaire du Tafilalet de 1917-1918, dans le Maroc oriental.
Il n’est donc pas étonnant que cette affaire ait été à peu près totalement occultée. Cet échec est lié à une série de fautes successives, un engrenage qui a commencé avec l’idée du général Lyautey, en 1915, d’une opération de grande envergure, en pleine guerre européenne, consistant à faire l’unité du Maroc occidental et de la région sud du Maroc oriental, alors que le résident général avait reçu du gouvernement, au début de la guerre, en 1914, la recommandation formelle de n’entreprendre aucune opération offensive durant toute la durée de la guerre. Cette opération, envisagée en 1915 a été le début de l’engrenage qui a abouti, après une série d’erreurs, à la calamiteuse évacuation du Tafilalet d’octobre 1918.
En 1915, Lyautey pensait, sans doute, que la pacification des confins algéro-marocains qu’il avait menée de 1903 à 1910 était totale et que l’on pouvait s’adosser à l’Algérie pour partir de Bou Denib vers la Moulouya et « donner la main » aux troupes de la région de. Meknès. Certes, l’insécurité des régions algériennes des confins est, alors, notablement réduite ; l’occupation française de cette région a été reportée largement à l’ouest de la ligne des postes occupée en 1903. Mais depuis ces opérations de pacification, la situation s’est plutôt dégradée et comme le souligne le commandant Doury en janvier 1916, les Français ont perdu la maîtrise de la hammada du Guir. Or, le général Lyautey, sans tenir aucun compte de ces nouveaux éléments, poursuit son idée d’opération de grande envergure, dont il charge Poeymirau à Meknès, et Doury à Bou Denib. Mais la situation est loin d’être comparable à Meknès et à Bou Denib : A Meknès, les troupes ont une base arrière, c’est le « Maroc utile », l’occidental qui est totalement sous l’autorité du général Lyautey ; en revanche, le sud du Maroc oriental est adossé à la zone des confins algéro-marocains qui sont, eux, sous l’autorité exclusive du gouvernement général de l’Algérie, au moins en ce qui concerne la partie algérienne de ces confins ; quant à la partie marocaine des confins, l’Algérie la revendique aussi mais ne la contrôle pas non plus et l’insécurité y règne de façon chronique. Les troupes de Bou Denib chargées de « donner la main aux troupes de Meknès » n’ont aucune base arrière permettant de mener à bien cette opération de jonction prévue sur la Moulouya. Mais, Lyautey n’en démord pas.
Après l’échec du projet de rattachement du territoire d’Aïn Sefra au territoire de Bou Denib dont ne veut à aucun prix l’Algérie, suivi de l’échec du projet de blocus du Tafilalet destiné à acculer les populations affamées du Tafilalet à faire leur soumission, en raison aussi de l’opposition formelle de l’Algérie, Lyautey persiste dans son « idée fixe » de jonction sur la Moulouya des troupes de Meknès et de Bou Denib, qui aurait demandé une unité de commandement entre la partie marocaine et la partie algérienne des confins algéro-marocains, alors qu’au contraire, il existe un véritable conflit « franco-français », entre le Maroc et l’Algérie, pourtant tous les deux sous l’autorité française (conflit auquel le gouvernement français met fin en 1918, en destituant le gouverneur général de l’Algérie et le général commandant le territoire d’Aïn Sefra.
Quand il est démontré que cette unité de commandement (ou une étroite coopération indispensable du Maroc et de l’Algérie) n’est pas possible, et compte tenu de l’état d’insécurité persistante de cette zone frontière, Lyautey finit par se rallier, avec réticences, en 1916, à un programme d’action politique et militaire qui provoque des réactions hostiles des tribus nomades et sédentaires de la région, avec les sanglants combats de 1916, qui sont totalement passés sous silence par de nombreux auteurs, notamment par Le Révérend. Après la soumission et la demande de protection du khalifa du Tafilalet et de toutes les djemaa, notamment du Tafilalet, suivies de l’opération de jonction Maroc occidental-Sud du Maroc oriental en 1917 et l’installation d’une mission française au Tafilalet, le général Lyautey considère que la pacification du Tafilalet est définitive. Il oublie que cette pacification du Tafilalet a suivi la démonstration de la force et que, pour maintenir la pacification d’un territoire, quel qu’il soit, il faut maintenir cette force dissuasive durant le temps nécessaire à l’organisation du pays, à son développement, et à donner aux populations, le sentiment que cette pacification n’est pas éphémère, qu’elle a pour elles, des avantages, alors que Lyautey n’a pas cessé, dès l’installation de la mission française au Tafilalet, de déclarer et d’écrire que cette région comme la région des confins n’a aucun intérêt, cette région qu’il appelle le « Maroc inutile », opposé au « Maroc utile, celui où l’on travaille et où l’on produit, c’est à dire l’occidental ».
Quand, après le combat finalement victorieux de Gaouz, qui a néanmoins provoqué des pertes importantes, Lyautey accuse les populations d’avoir trahi les Français en faisant cause commune avec les harkas du faux chérif N’Ifrouten, il ne paraît pas s’être posé la question de savoir si le revirement de certains ksouriens et de certaines tribus berbères n’a pas été provoqué précisément, au moins en partie, par le sentiment d’abandon qu’ont pu ressentir ces tribus et ces populations après leur soumission et leur demande de protection de 1916 ? Dans un premier temps, après Gaouz, Lyautey veut garder le Tafilalet et demande que la question se règle rapidement. Puis, après reconstitution de la harka qui est pourtant battue une nouvelle fois le 7 septembre 1918 à Dar el Beida, à la lisière sud-est du Tafilalet, Lyautey décide d’évacuer le Tafilalet, sans s’arrêter aux conséquences prévisibles d’une telle évacuation qu’il craint, mais que minimise son entourage et notamment Poeymirau et Berriau, après que Lyautey ait remis Doury à la disposition du ministre en le rendant totalement responsable de ce qu’il va appeler une aventure due à une initiative personnelle du commandant du Territoire de Bou Denib. Lyautey semble oublier que c’est lui le commandant en chef qui a donné l’ordre d’occuper le Tafilalet en 1917. La suite montre que les principes de Lyautey, pourtant si souvent répétés, mais que curieusement il oublie aussi, pour une fois, vont se vérifier : « on n’évacue pas ! Si on évacue nous sommes fichus » et « montrer sa force pour en éviter l’emploi ». Le faux chérif Si Moha N’Ifrouten crie son immense victoire que lui ont donnée les Français en abandonnant le Tafilalet. Il va dès lors harceler les troupes françaises qui battent en retraite jusqu’à Erfoud. La situation va rester très grave dans les derniers mois de 1918 et durant l’année 1919. L’insurrection de toutes les tribus du sud qui suit l’évacuation du Tafilalet est finalement maîtrisée au prix d’un renforcement considérable du Groupe Mobile de Bou Denib dont les effectifs ont du être triplés.
Le Tafilalet ne sera réoccupé qu’en 1932, après que l’unité de commandement ait été réalisée en 1930, avec le rétablissement d’un commandement unique des confins algéro-marocains que Lyautey avait fait créer, pour lui, en 1908. Mais, en 1908, Lyautey commandait la totalité de cette zone des confins, car il cumulait les fonctions de commandant du territoire d’Aïn Sefra, et celles de haut commissaire à la frontière algéro-marocaine. En revanche, en 1912, devenu résident général de France au Maroc, il s’oppose farouchement à ce haut commissariat sur lequel il n’a aucune autorité légale et qu’il fait donc supprimer, car il veut être le maître chez lui au Maroc et que l’Algérie, quant à elle reste chez elle. Il faut reconnaître qu’il a ses raisons, et notamment, il ne veut à aucun prix que les méthodes d’administration directe qui avaient cours en Algérie, colonie française et qu’il réprouve au plus haut point, n’aient tendance à s’introduire au Maroc, pays de protectorat, système auquel il restera attaché, car, pour lui, le protectorat ne devra jamais être une fiction. Lyautey aura ainsi, évité au Maroc le douloureux épilogue de la colonisation française en Algérie.
Cette affaire du Tafilalet de 1917-1918, parait avoir été occultée par Lyautey lui-même puis par ses admirateurs inconditionnels. En 1918, Lyautey n’a probablement pas eu d’autre choix que de mettre l’épilogue malheureux de cet épisode du protectorat de la France au Maroc sur le compte du commandant du Territoire de Bou Denib, bouc émissaire idéal, qui l’a mis ainsi à l’abri de ses détracteurs et des conséquences prévisibles des sanctions qui auraient pu être prises à son égard, notamment en l’écartant de ses responsabilités à Rabat.
La reconstitution de l’histoire de cette affaire n’a été possible que grâce aux archives du Service Historique de la Défense, Section Terre (cartons 3H), du très riche Fonds Lyautey des Archives Nationales (cartons 475AP), aux ouvrages biographiques sur Lyautey, sur l’histoire du Maroc..., aux journaux et revues de l’époque... et aussi, grâce aux archives personnelles du lieutenant-colonel Doury, ancien commandant du Territoire de Bou Denib de 1915 à 1918, qui ont pu être rassemblées.
M. Abdelhamid BARKAOUI - Recherches iconographiques et historiques sur le bateau antique de Tunisie, les musées de Sousse, de Sfax et du Bardo-Tunis
Vendredi 1er février 2008
9 heures
INHA, Salle Ingres
4-6, rue des Petits-Champs 75002 Paris
M. Abdelhamid BARKAOUI soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Recherches iconographiques et historiques sur le bateau antique de Tunisie, les musées de Sousse, de Sfax et du Bardo-Tunis
En présence du jury :
M. BESCHAOUCH (N)
M. LARONDE (PARIS 4)
M. LE BOHEC (PARIS 4)
M. MRABET (SOUSSE)
M. REITH (PARIS 4)
M. Adam RUSSELL -La première traduction française du style indirect libre dans le roman "Persuasion" de Jane Austen. [COTUTELLE]
vendredi 25 juin 2010
8h30
Visioconférence - Maison de la recherche, salle D028, rez-de-chaussée
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Adam RUSSELL soutient sa cotutelle de thèse :
La première traduction française du style indirect libre dans le roman "Persuasion" de Jane Austen.
En présence du jury :
M. BRUNEL (PARIS 4)
Mme FREADMAN (Melbourne)
M. JUMEAU (Paris 4)
Mme RAGUET (Paris 3)
M. ADRIAN DUMITRU - La Fin des Séleucides (129-64 av. JC). Structures d’autorités centrales et autonomies locales.
samedi 14 janvier 2012
à 14 h
A la maison de la recherche, salle
D323, 3° étage, 28 rue Serpente, 75006
Paris
M. ADRIAN DUMITRU soutient sa thèse de doctorat :
La Fin des Séleucides (129-64 av. JC). Structures d’autorités centrales et autonomies locales.
En présence du jury :
M. AVRAM ( LE MANS )
MME BRUNET ( LYON 2 )
M. NISTOR ( Bucarest )
M. PICARD ( PARIS 4 )
Résumés :
La présente thèse se propose d’analyser les causes qui ont mené à la chute de la dynastie Séleucide. L’approche traditionnelle des modernes incrimine la guerre civile qui a opposé deux demi-frères, Antiochos VIII et Antiochos IX, et qui s’est poursuivie sous leurs successeurs, en faisant surtout porter la recherche sur la reconstruction de la séquence des opérations militaires. Cela n’est possible que par une étude approfondie des ateliers monétaires, puisqu’en passant d’une main à l’autre, ils permettent d’établir les conquêtes et les pertes de chaque prétendant, jusqu’à la chute finale de la dynastie, qu’entraînent les actions du roi arménien, Tigrane le Grand, et l’arrivée de Rome à la fin des guerres mithridatiques.
Notre approche s’en distingue parce qu’elle se concentre sur la relation entre les Séleucides et les communautés qui leur étaient soumises, notre hypothèse principale étant que le progrès de l’autonomie des communautés locales n’a pas été le résultat de l’affaiblissement de la dynastie mais une des causes qui ont miné la dynastie Séleucide et l’ont menée à l’effondrement final.
The End of the Seleucids (129-64 B.C.) – structures of central authority and local autonomies
The goal of the current Ph.D. thesis consists in analyzing the causes that have lead to the fall of the Seleucid dynasty. The traditional approach of the modern scholars takes into account the civil war that broke up between the two half-brothers, Antiochus VIII and Antiochus IX (carried on by their successors) , with a particular accent placed on the reconstruction of the sequence of events. This was possible only through a careful survey especially of the numismatic evidence, since the mints that changed hands allowed to establish the offensives and counter-offensives of each claimant to the throne until the final breakdown, as a result of the actions of the Armenian king, Tigranes the Great, and of the coming of Rome at the end of the Mithridatic wars.
Our approach was different in the respect that it focused on the relation between the Seleucid and the subject communities, our main hypothesis being that the local communities becoming autonomous was not the result of the decay of the dynasty but one of the causes that undermined the Seleucid dynasty and lead to the final collapse.
M. ADRIEN WALFARD - Tragédie morale et politique dans l’Europe moderne : Le cas Cesar.
samedi 15 octobre 2011
à 9h
A la maison de la recherche, salle
D116, 1° étage, 28 rue serpente, 75006
Paris
M. ADRIEN WALFARD soutient sa thèse de doctorat :
Tragédie morale et politique dans l’Europe moderne : Le cas Cesar.
M. DECLERCQ ( PARIS 3 )
MME GELY ( PARIS 4 )
MME LAVOCAT ( PARIS 7 )
M. LECERCLE ( PARIS 4 )
MME MERLIN-KAJMAN ( PARIS 3 )
Résumés :
Cette thèse étudie le rôle de la
pensée morale et politique dans la tragédie moderne (XVIe-XVIIIe siècles), en
se concentrant sur un ensemble de pièces néo-latines, françaises, italiennes et
anglaises qui représentent la mort du dictateur romain Jules César, auxquelles
on a joint Cinna de Corneille. Pour
susciter les passions tragiques, la fable doit représenter un personnage, ou un
groupe de personnages, qui passe du bonheur au malheur à la suite d’une
« faute » moralement ou politiquement ambiguë. Cet enchaînement est
particulièrement tragique lorsque la « faute » est au moins
partiellement involontaire et résulte d’une forme de nécessité : la
tragédie manifeste alors le poids de la « fortune morale ».
L’ambiguïté de la « faute » tragique peut revêtir diverses
formes ; dans les Mort(s) de César,
elle réside d’une part dans le fait que les personnages sont contraints d’agir
dans une situation caractérisée par plusieurs antinomies, d’autre part dans le
fait que leurs motivations paraissent à certains égards contraires aux
justifications qu’ils avancent. La tragédie moderne est profondément
réfractaire à la pensée casuiste contemporaine – sous les diverses formes
qu’elle prend dans la théorie de l’invention rhétorique, la philosophie morale
et politique et l’historiographie –, car elle laisse irrésolus les
« cas » moraux et politiques qu’elle expose. Mais Cinna, première « tragédie à fin
heureuse » du répertoire français, montre comment il est possible de
parvenir à la réconciliation et à une issue moralement et politiquement
satisfaisante par-delà les antinomies tragiques.
This dissertation investigates
the functions of moral and political thought in modern tragedy (16th-18th
centuries), focusing on a group of Neo-Latin, French, Italian and English plays
which represent the death of the Roman dictator Julius Caesar, as well as on
Corneille’s Cinna. In order to
provoke the tragic emotions, a fable must represent a character or a group of
characters whose fall from happiness into mishap is a consequence of a morally or politically ambiguous
“flaw”. This sequence is particularly tragic
when the “flaw” is at least partially unintentional and results from a kind of
necessity : tragedy thus manifests the importance of “moral luck”. The ambiguity of the tragic
“flaw” may arise from different circumstances ; in the plays representing the
death of Caesar it consists on the one hand in the antinomies which the
characters must face, on the other hand in the fact that their motivations
appear in some ways contrary to the arguments they use in order to justify
themselves. Modern tragedy is profoundly extraneous to contemporary casuistry
(as developed in the rhetorical theory of invention, in moral and political
philosophy and in historical writing), in that it leaves moral and political
“cases” unsolved. However, Cinna, the
first happy-ending tragedy in the French theatre, shows how reconciliation and
a morally and politically satisfying ending are possible despite the tragic
antinomies.
M. Al Moatasem ALRAHABI - EXCOM-2 : Plateforme d’annotations automatiques selon des points de vue sémantiques. Conception, modélisation et réalisation informatique. Applications à la fouille de textes multilingues.
vendredi 29 janvier 2010
15h
A la Maison de la recherche, salle D040, rez-de-chaussée
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Al Moatasem ALRAHABI soutient sa thèse de doctorat :
EXCOM-2 : Plateforme d’annotations automatiques selon des points de vue sémantiques. Conception, modélisation et réalisation informatique. Applications à la fouille de textes multilingues.
En présence du jury :
MME BERGLER (Montréal)
M. BOITET (Grenoble 1)
M. DESCLÉS (Paris 4)
M. DJIOUA (Paris 4)
M. FLUHR (CEA)
M. MEUNIER (UQAM)
M. RAMBOW (Columbia)
M. Alain DEYBER - En Gaule à la tene finale : Stratégies, tactiques et techniques celtiques de la guerre (De la Tène D1 à la romanisation - IIe-Ier siècle av. J.-C.)
Samedi 9 février 2008
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D035
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Alain DEYBER soutient sa thèse de doctorat :
En Gaule à la tene finale : Stratégies, tactiques et techniques celtiques de la guerre (De la Tène D1 à la romanisation - IIe-Ier siècle av. J.-C.)
En présence du Jury :
M. GUILLAUMET (CNRS PARIS)
M. LARONDE (PARIS 4)
M. LE BOHEC (PARIS 4)
M. REDDÉ (EPHE)
M. SZABO
Résumés :
Résumés anglais/français téléchargeables
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Alain GALONNIER - Transfert des savoirs et hybridation des cultures dans la pensée médiévale (IVe-XIIe siècle)
Samedi 30 juin 2007
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Alain GALONNIER soutient son habilitation à diriger des recherches :
Transfert des savoirs et hybridation des cultures dans la pensée médiévale (IVe-XIIe siècle)
En présence du Jury :
M. BOULNOIS (EPHE)
M. IMBACH (PARIS 4)
M. MAGNARD (PARIS 4)
M. MARENBON (CAMBRIDGE)
Mme ROSIER-LATACH (EPHE)
M. STEEL (LOUVAIN)
M. Alban LE FEBURE DU BUS - La valeur éducative de la règle de Saint Augustin.
jeudi 3 décembre 2009
9h30
A l’IUFM Site Batignolles, Salle d’animation ,
56 boulevard des Batignolles, 75017 Paris
M. Alban LE FEBURE DU BUS soutient sa thèse de doctorat :
La valeur éducative de la règle de Saint Augustin
En présence du jury :
M. GONTIER (Lyon 3)
M. MAGNARD (Paris 4)
M. PODGORNY (Paris 4)
M. TROTTMANN (CNRS)
M. ALBERTO VIAL VALENZUELA - La cognitio de anima secundum quod habet esse comme fondement de la métaphysique chez Francisco Canals.
samedi 10 décembre 2011
à 14h
Salle des actes - ENS Paris 45 rue
d’Ulm 75005 Paris
M. ALBERTO VIAL VALENZUELA soutient sa thèse de doctorat :
La cognitio de anima secundum quod habet esse comme fondement de la métaphysique chez Francisco Canals.
M. BASTIT ( DIJON )
M. IMBACH ( PARIS 4 )
M. MARTINEZ ( Barcelone )
M. SERANI MERLO ( UAndes )
M. ALEJANDRO RAMIREZ LAMBARRY - La voix animale dans la littérature hispanoamériciane de la seconde moitié du XXème siècle.
mercredi 30 novembre 2011
à 14h30
A l’institut d’études hispaniques, Salle
Delpy, 31 rue Gay-Lussac, 75005
Paris
M. ALEJANDRO RAMIREZ LAMBARRY soutient sa thèse de doctorat :
La voix animale dans la littérature hispanoamériciane de la seconde moitié du XXème siècle.
En présence du jury :
M. BENMILOUD ( MONTPEL 3 )
MME DE CHATELLUS ( PARIS 4 )
MME EZQUERRO ( PARIS 4 )
MME OLIVIER ( PARIS 3 )
MME QUESADA ( Berne )
MME QUINTANA ( POITIERS )
M. Aleksandar STEFANOVIC - Les numéraux en serbo-croate (bosniaque, croate, monténégrin , serbe) : normes des standards et problèmes syntaxiques.
lundi 21 juin 2010
14h
Au Centre d’Etudes Slaves, salle de conférences
9 rue Michelet 75006 Paris
M. Aleksandar STEFANOVIC soutient sa thèse de doctorat :
Les numéraux en serbo-croate (bosniaque, croate, monténégrin , serbe) : normes des standards et problèmes syntaxiques.
En présence du jury :
Mme BRACQUENIER (Lille 3)
M. BREUILLARD (Paris 4)
Mme MRSEVIC-RADOVIC (Belgrade)
M. THOMAS (Paris 4)
Résumés :
Cette thèse, en se fondant sur des exemples de la littérature et de la presse de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle jusqu’à nos jours mais également sur la langue orale (standard et dialectale), porte sur l’étude des numéraux (ou noms de nombre) du serbo-croate (bosniaque, croate, monténégrin, serbe). Ces derniers forment en effet un groupe plutôt vaste et obéissent à des règles multiples, d’une rigueur souvent instable. De plus, les meilleures grammaires ne donnent que des indications restreintes, isolées, voire bien souvent en contradiction avec l’usage. De nombreuses questions restent alors sans réponse et ce travail tente par conséquent de rassembler les données qui permettent une identification ainsi qu’une caractérisation grammaticale et sémantique plus aisées desdits numéraux. Dans la première partie nous décrivons les différents types de noms de nombres et leurs caractéristiques grammaticales, ce qui nous amène entre autres à étudier l’épineux problème de la déclinaison des numéraux et à déduire les deux constructions numériques fondamentales du serbo-croate : la construction partitive et la construction concordante. La seconde partie présente d’abord l’analyse de la distribution réciproque entre les numéraux et les noms comptables, domaine où la norme est très floue et dans lequel la langue poursuit ses efforts pour introduire un peu de régularité et traite ensuite des accords des numéraux avec les autres éléments de la phrase quantifiante en abordant plus spécifiquement le problème des accords dits « doubles » (accord grammatical et/ou sémantique du prédicat verbal et des déterminants).
The numerals in Serbo-Croatian (Bosnian, Croatian, Montenegrin, Serbian) : norms of the standard languages and syntactic problems
This thesis, based on examples of literature and press from the second half of the nineteenth century to the present but also on oral language (standard and dialectal), focuses on the study of the numerals (or names of numbers) in Serbo-Croatian (Bosnian, Croatian, Montenegrin, Serbian). The latter indeed form a rather vast group and obey multiple rules of an often unstable precision. Furthermore, the best grammars give only restricted and isolated information, very often in contradiction with the usage. Thus, numerous questions remain unanswered and this work tries consequently to gather the data which will allow both an easier identification and grammatical and semantic characterization of the aforementioned numerals. The first part thus describes the various types of names of numbers as well as their grammatical characteristics, which brings us, among other things, to study the thorny problem of the declension of the numerals and to deduct the two fundamental numeric constructions in Serbo – Croatian : the partitive construction and the congruent construction. The second part is at first dedicated to the analysis of the mutual distribution between the numerals and the countable nouns, a field where the norm is very vague and in which the language pursues its efforts to introduce a little bit of regularity, and then presents the agreements of the numerals with the other elements of the quantifying sentence by more specifically describing the problem of the so-called « double » agreements (grammatical and\or semantic agreement of the predicate and the determiners).
M. Alessandro GARCEA (HDR) - De Ratione Latine Loquendi. Recherches sur le langage à Rome dans ses rapports avec la philosophie et la rhétorique
Vendredi 30 novembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif (Paris IV)
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Alessandro GARCEA soutient son habilitation à diriger des recherches :
De Ratione Latine Loquendi. Recherches sur le langage à Rome dans ses rapports avec la philosophie et la rhétorique
En présence du Jury :
Mme ARMISEN-MARCHETTI (TOULOUSE 2)
M. BARATIN (LILLE 3)
Mme BIVILLE (LYON 2)
Mme DANGEL (PARIS 4)
Mme GARBARINO (UNIVERSITE)
M. LEVY (PARIS 4)
M. WOUTERS (LOUVAIN)
M. Alessio SOPRACASA - La perception de la maladie et du rôle du guérisseur à Byzance
Mercredi 20 février 2008
Université de Venise
M. Alessio SOPRACASA soutient sa thèse de doctorat :
La perception de la maladie et du rôle du guérisseur à Byzance
En présence du Jury :
M. CHEYNET (PARIS 4)
Mme CONGOURDEAU (Coll. de FR)
M. ORTALLI
M. RAVEGNANI (VENISE)
Mme RONCHEY (UNIVERSITE)
M. Alexander SCHNELL (HDR) - Figures du transcendantal (Fichte, Schelling, Husserl, Heiddegger)
vendredi 14 novembre 2008
14h
Salle Ingres à l’INHA, 2ème étage, galerie Colbert
4-6 rue des Petits Champs 75002 Paris
M. Alexander SCHNELL soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Figures du transcendantal (Fichte, Schelling, Husserl, Heiddegger)
En présence du jury :
M. COURTINE (Paris 4)
M. FICHANT (Paris 4)
M. GODDARD (Toulouse)
M. LAVIGNE (Nice)
M. MAESSCHALCK (Louvain)
M. TENGELYI (Université)
M. ALEXANDRE COJANNOT - Louis Le Vau et les nouvelles ambitions de l’architecture française(1634-1654).
samedi 10 décembre 2011
à 14h
Salle Vasari - A l’INHA, 4-6, rue des
Petits-Champs 75002 Paris -Entrée
par la Galerie Colbert,
M. ALEXANDRE COJANNOT soutient sa thèse de doctorat :
Louis Le Vau et les nouvelles ambitions de l’architecture française(1634-1654).
En présence du jury :
M. JESTAZ ( EPHE )
M. JULIEN ( TOULOUSE 2 )
M. MEROT ( PARIS 4 )
M. MICHEL ( Lausanne )
M. MIGNOT ( PARIS 4 )
M. PEROUSE DE MONTCLOS ( CNRS )
M. Alexandre GADY (HDR) - Architecture à l’époque moderne et patrimoine : de l’hôtel parisien au "grand style" français.
samedi 6 décembre 2008
14h
Amphithéâtre Cauchy en Sorbonne, escalier E, 3 étage
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Alexandre GADY soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Architecture à l’époque moderne et patrimoine : de l’hôtel parisien au "grand style" français.
En présence du jury :
M. BABELON (N)
Mme DEL PESCO (Universita)
M. GAEHTGENS (Berlin)
M. JOBERT (Paris 4)
M. MEROT (Paris 4)
M. MIGNOT (Paris 4)
M. RABREAU (Paris 1)
M. Alexandre PASSANT - Technologies du web sémantique pour l’entreprise 2.O.
mardi 9 juin 2009
10h
Maison de la recherche, Salle D223
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Alexandre PASSANT soutient sa thèse de doctorat :
Technologies du web sémantique pour l’entreprise 2.O.
En présence du jury :
M. DESCLES (Paris 4)
M. GANDON
M. HERMAN
M. KASSEL (Amiens)
M. LAUBLET (Paris 4)
M. TESTARD -VAILLANT
Résumés :
Les travaux présentés dans cette thèse proposent différentes méthodes, réflexions et réalisations associant Web 2.0 et Web Sémantique. Après avoir introduit ces deux notions, nous présentons les limites actuelles de certains outils, comme les blogs ou les wikis, et des pratiques de tagging dans un contexte d’Entreprise 2.0. Nous proposons ensuite la méthode SemSLATES et la vision globale d’une architecture de médiation reposant sur les standards du Web Sémantique (langages, modèles, outils et protocoles) pour pallier à ces limites. Nous détaillons par la suite différentes ontologies (au sens informatique) développées pour mener à bien cette vision : d’une part, en contribuant activement au projet SIOC - Semantically-Interlinked Online Communities -, des modèles destinés aux méta-données socio-structurelles, d’autre part des modèles, étendant des ontologies publiques, destinés aux données métier. De plus, la définition de l’ontologie MOAT - Meaning Of A Tag - nous permet de coupler la souplesse du tagging et la puissance de l’indexation à base d’ontologies. Nous revenons ensuite sur différentes implémentations logicielles que nous avons mises en place à EDF R&D pour permettre de manière intuitive la production et l’utilisation d’annotations sémantiques afin d’enrichir les outils initiaux : wikis sémantiques, interfaces avancées de visualisation (navigation à facettes, mash-up sémantique, etc.) et moteur de recherche sémantique. Plusieurs contributions ont été publiées sous forme d’ontologies publiques ou de logiciels libres, contribuant de manière plus large à cette convergence entre Web 2.0 et Web Sémantique non seulement en entreprise mais sur le Web dans son ensemble.
Semantic Web technologies for Enterprise 2.0
The work described in this thesis provides different methods, thoughts and implementations combining Web 2.0 and the Semantic Web. After introducing those terms, we present the current shortcomings of tools such as blogs and wikis as well as tagging practices in an Enterprise 2.0 context. We define the SemSLATES methodology and the global vision of a middleware architecture based on Semantic Web technologies (languages, models, tools and protocols) to solve these issues. Then, we detail the various ontologies (as in computer science) that we build to achieve this goal : on the one hand models dedicated to socio-structural meta-data, by actively contributing to SIOC - Semantically-Interlinked Online Communities -, and on the other hands models extending public ontologies for domain data. Moreover, the MOAT ontology - Meaning Of A Tag – allows us to combine the flexibility of tagging and the power of ontology-based indexing. We then describe several software implementations, at EDF R&D, dedicated to easily produce and use semantic annotations to enrich original tools : semantic wikis, advanced visualization interfaces (faceted browsing, semantic mash-ups, etc.) and a semantic search engine. Several contributions have been published as public ontologies or open-source software, contributing more generally to this convergence between Web 2.0 and the Semantic Web, not only in enterprise but on the Web as a whole.
M. ALEXANDRE QUOI - HISTOIRE(S) DU NARRATIVE ART (1965- 1981), Récits photoconceptuels et formes hybrides du médium photo-texte.
vendredi 9 décembre 2011
à 9h
Salle Mariette - A l’INHA, 4-6, rue
des Petits-Champs 75002 Paris, Entrée
par la Galerie Colbert.
M. ALEXANDRE QUOI soutient sa thèse de doctorat :
HISTOIRE(S) DU NARRATIVE ART (1965- 1981), Récits photoconceptuels et formes hybrides du médium photo-texte.
En présence du jury :
M. LEMOINE ( PARIS 4 )
M. MOLDERINGS ( Bochum )
M. PIERRE ( PARIS 4 )
M. POIVERT ( PARIS 1 )
M. ROUSSEAU ( PARIS 1 )
M. ALEXANDRE TESSIER - Réseaux diplomatiques et République des Lettres Les correspondants de Sir Joseph Williamson (1660-1680).
mercredi 7 décembre 2011
à 14h30
En Sorbonne, salle G647, escalier G, 1
étage et demi, 1 rue Victor Cousin,
75230 Paris cedex 05
M. ALEXANDRE TESSIER soutient sa thèse de doctorat :
Réseaux diplomatiques et République des Lettres Les correspondants de Sir Joseph Williamson (1660-1680).
En présence du jury :
M. BELLEGUIC ( Laval-QC )
M. BRIGGS ( Oxford )
M. BÉLY ( PARIS 4 )
M. HANS ( NIJMEGEN )
M. QUANTIN ( EPHE )
Résumés :
Les sphères diplomatique et culturelle sont
souvent créditées de liens étroits. Nombreuses sont les monographies consacrées
à des figures de diplomates écrivains, artistes ou savants, en particulier pour
l’Époque moderne. L’objet de cette thèse est d’interroger cette association et
de la mettre en doute, comme fondée sur des approximations et un refus de
considérer les milieux diplomatiques aussi bien dans leur globalité à une date
donnée, que dans leurs spécificités temporelles et géographiques, pour se focaliser
sur quelques éléments brillants, mais finalement peu représentatifs. Le choix a
été fait de recentrer la réflexion au sein d’un cadre culturel de référence à
l’Époque moderne, celui de la République des Lettres, et de se saisir de
l’ensemble d’un réseau d’information diplomatique qui puisse servir de témoin,
en l’espèce celui qu’organisa depuis Whitehall Sir Joseph Williamson, entre
1660 et 1680. Cet exemple de Williamson a paru
particulièrement judicieux, car il incarne l’un des principaux diplomates
britanniques de la fin du XVIIe siècle, mais aussi un savant à part
entière. Enfin, l’historiographie l’a souvent noté comme le grand organisateur
d’un système de renseignement au profit de l’Angleterre de la Restauration, et
les archives découlant de ses activités ont été remarquablement bien
conservées. Après avoir présenté et justifié les sources,
cette étude s’attache à la reconstitution du système d’information diplomatique
de Williamson. Loin de s’y presser en grand nombre, les savants s’y révèlent
finalement plutôt rares. De plus, lorsqu’ils sont présents, leur participation
survient à la faveur de circonstances spécifiques, que nous entreprenons
d’expliciter.
Diplomatic
and cultural spheres are often regarded as being very close, especially in Early
Modern Europe. Many biographies are devoted to authors, artists or scholars who
conducted one or several diplomatic missions in their lives. This PhD aims to
question this cliché, and argues that
it results from inaccurate observations. Diplomatic structures were seldom
studied as a whole for a specific time, and brilliant individuals tended to
attract all attention, even if they were exceptions. In
order to draw a more accurate picture of the actual relations between
diplomatic and cultural spheres, I’ve decided to focus on the Republic of
Letters, as the prominent cultural structure of Early Modern Europe, and on a
specific diplomatic network of informants. The international network which was
developed by Sir Joseph Williamson between 1660 and 1680 was especially seductive,
because this man was one of the major British diplomats of this time, and also
an accomplished scholar. Last but not least, his extensive records have been
remarkably preserved. Thanks to these materials, it has been possible to establish
a reconstitution of Williamson’s network of informants. Finally, it appears
that men of letters were a very limited group, but that does not mean they
afford no interest. I argue that most of them were present in a restricted set
of typical situations, which are depicted and discussed.
M. ALEXANDROS TZAMALIS - Les éthne de la region "Thraco- Macédonienne". Etude d’histoire et de numismatique(fin du VIe , Ve siècle).
vendredi 13 janvier 2012
à 9 h
Salle D323 , A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris .
M. ALEXANDROS TZAMALIS - Les éthne de la region "Thraco- Macédonienne". Etude d’histoire et de numismatique(fin du VIe , Ve siècle).*
En présence du jury :
M. AMANDRY ( BNF )
M. DE CALLATAY ( EPHE )
MME DUYRAT ( BNF )
MME MARCELLESI ( PARIS 4 )
M. PICARD ( PARIS 4 )
M. ALEXIS CHRYSSOSTALIS - Recherches sur la tradition manuscrite du ’contra eusebium’ de Nicéphore de Constantinople.
samedi 10 janvier 2009
14h
INHA, salle Paul Demargue
2 rue Vivienne 75002 Paris
M. ALEXIS CHRYSSOSTALIS soutient sa thèse de doctorat :
Recherches sur la tradition manuscrite du ’contra eusebium’ de Nicéphore de Constantinople.
En présence du jury :
M. FLUSIN (Paris 4)
M. GEHIN (CNRS Paris)
M. LAMBERZ (Bayerische)
Mme MONDRAIN (EPHE)
M. MUNNICH (Paris 4)
M. Alexis DRAHOS - Théories scientifiques et représentation du paysage dans l’art occidental de la première moitié du XIXème siècle.
vendredi 4 juin 2010
14h30
INHA, salle Félibien, 2ème étage, Galerie Colbert
4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
M. Alexis DRAHOS soutient sa thèse de doctorat :
Théories scientifiques et représentation du paysage dans l’art occidental de la première moitié du XIXème siècle.
En présence du jury :
M. JOBERT (Paris 4)
Mme PELTRE (Strasbourg 2)
Mme REMY (CNRS)
M. WAT (Aix-Marseille 1)
M. Alexis NEVIASKI - Képi blanc, casque d’acier et chemise brune. Une tentative subversive vue par les achives françaises.
vendredi 12 juin 2009
13h30
Maison de la recherche, salle D223, 2ème étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Alexis NEVIASKI soutient sa thèse de doctorat :
Képi blanc, casque d’acier et chemise brune. Une tentative subversive vue par les archives françaises.
En présence du jury :
M. BODIN
M. FORCADE (Paris 4)
M. FREMEAUX (Paris 4)
M. GUELTON (Vincennes)
Mme METZGER (Nancy 1)
Résumés :
Le contentieux entre l’Allemagne et la Légion étrangère est antérieur à la Première Guerre mondiale. Toutefois, la fin de ce conflit change la donne. D’une part les nations ne sont plus sur le même pied d’égalité puisque l’Allemagne est vaincue et qu’elle connaît de graves troubles intérieurs. D’autre part, « la vieille Légion est morte dans les tranchée du nord de la France. » Aussi l’institution est-elle à reconstruire. Or, le relèvement de ce corps d’élite ne peut pas se faire sans l’ennemi d’hier. Le contingent austro-allemand est une manne indispensable pour la « jeune Légion ». Ce paradoxe engendre une rivalité non seulement pour assurer ou non le recrutement mais aussi la mise en place d’un dispositif de renseignement voire une prise en compte des évolutions sociales et de la communication autour de l’Institution. Pour la Légion étrangère, l’Entre-deux-guerres ou le passage « d’une guerre à l’autre » n’est pas synonyme de paix. Elle est une période de remise en question et d’adaptation sous fond de menées subversives dont la Légion n’est que l’un des aspects d’une rivalité coloniale et politique qui ne cesse pas de grandir.
White kepi, metal helmet and brown shirt.
The litigations between Germany and the French Foreign Legion started before the 1st World War. Despite this, the end of the war changed the situation. For one part, the two nations were no longer equal to each other, as Germany had lost the war, and was suffering from important internal problems. On the other hand ‘the old Legion had died in the trenches in the North of France’. Because of this, the Legion, as an institution, needed to rebuild itself. Unfortunately to do this, and to renew itself, it needed war- hardened troupes, which could only be recruited from their old enemy, Austria and Germany. This paradox, not only was the start of a rivality between the nations, to assure the recruitment, or its refusal, but also led to a spy system being formed between the two countries. In its term this led to a communication’s system being formed around social evolutions and the life surrounding the Legion.
For the French Foreign Legion, the period between the two World Wars, is a passage from one war to another, and has no peaceful moments. It is a period where it questioned itself, adapted to subversive political elements, and which it became part of the rivality between growing colonial and political differences.
M. Ali Ismet TOUATI - Le commerce du blé entre la Régence d’Alger et la France de 1559 à 1830.
mercredi 30 septembre 2009
14h
En Sorbonne, salle des Actes, centre administratif de la Sorbonne.
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Ali Ismet TOUATI soutient sa thèse de doctorat :
Le commerce du blé entre la Régence d’Alger et la France de 1559 à 1830.
En présence du jury :
M. BLONDY (Paris 4)
M. SCHOR (Nice)
M. VERGE-FRANCESCHI (Tours)
M. POUSSOU (Paris 4)
Résumés :
La course algérienne, florissante aux XVIe et XVIIe siècles, déclina au XVIIIe siècle.
Dès lors, le développement des exportations de blé fut encouragé.
La demande française fut le principal moteur de la production pour l’exportation, et le négoce français, le principal intermédiaire dans la commercialisation de ce blé en Europe.
A l’essor des exportations succéda leur effondrement en raison, d’une part, des conséquences néfastes des rivalités au sommet du pouvoir algérien autour de la rente tirée des exportations et, d’autre part, de la prise en otage de la Régence d’Alger et de son commerce par les deux grandes puissances française et anglaise dans le contexte des guerres de la Révolution et de l’Empire.
The sixteenth and seventeenth centuries flourishing Algerian corso declined in the eighteenth century.
Therefore, the development of Algerian wheat exports was encouraged.
French demand was the main driver of production of this export, and French traders the main intermediaries in selling this wheat in Europe.
However the growing exports collapsed. This was due, on one hand, to the adverse effects of power rivalries around the exportations rent, and on the other hand, it was linked to the fact that Algiers Regency and its trade were highjacked by France and Great Britain, the two major forces in the context of Revolution and Empire wars.
M. Amadou KONE - La guerre civile angolaise de 1991 à 2002.
lundi 18 octobre 2010
1²4h
A la Maison de la recherche, salle D223, 2ème étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Amadou KONE soutient sa thèse de doctorat :
La guerre civile angolaise de 1991 à 2002.
En présence du jury :
M. COSTA PINTO (Lisbonne)
M. DE ALENCASTRO (Paris 4)
M. MERIAN (Rennes 2)
M. Amaury DE POILLOUE DE SAINT PERIER - Le combat du président Giscard d’Estaing pour intégrer la France dans l’Europe monétaire de 1974 à 1981 ou la persévérance récompensée
Mercredi 18 juin 2008
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Amaury DE POILLOUE DE SAINT PERIER soutient sa thèse de doctorat :
Le combat du président Giscard d’Estaing pour intégrer la France dans l’Europe monétaire de 1974 à 1981 ou la persévérance récompensée
En présence du Jury :
M. BUSSIERE (PARIS 4)
M. FEIERTAG (ROUEN)
M. MAES (LOUVAIN)
M. SCHIRMANN
M. SOUTOU (PARIS 4)
Résumés :
Résumés français et anglais
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Amine BEYHOM - Une approche systématique et diachronique de la modalité maqamienne.[HDR]
mardi 9 mars 2010
14h
Institut Finlandais, Auditorium
60 rue des écoles
75005 Paris
M. Amine BEYHOM soutient son Habilitation à diriger des thèses :
Une approche systématique et diachronique de la modalité maqamienne.
En présence du jury :
M. CHEMILLIER (EHESS)
M. DURNEY (Dijon)
M. GUETTAT (Tunis)
M. MEEUS (Paris 4)
M. PICARD (Paris4)
M. WRIGHT (London)
M. Amine BEYOM - Une approche systématique et diachronique de la modalité maqamienne.[HDR]
samedi 19 décembre 2009
14h
A la maison de la recherche, salle D223, 2° étage,
28 rue serpente, 75006 Paris
M. Amine BEYOM soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Une approche systématique et diachronique de la modalité maqamienne.
En présence du jury :
M. CHEMILLIER (EHESS)
M. DURNEY (Dijon)
M. GUETTAT (Tunis)
M. MEEÙS (Paris 4)
M. PICARD (Paris 4)
M. REYNOLDS (California)
M. WRIGHT
M. AMINE SMARA - Description morphosyntaxique en diachronie et en synchronie de la négation et de "ra" dans le parler d’Oran.
lundi 3 janvier 2012
à 9h30
En Sorbonne, salle des Actes, Centre
administratif de la Sorbonne, 1 rue
Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. AMINE SMARA soutient sa thèse de doctorat :
Description morphosyntaxique en diachronie et en synchronie de la négation et de "ra" dans le parler d’Oran.
En présence du jury :
M. BOUHADIBA ( UO )
MME HAMDANI KADRI ( Montréal )
M. IBRAHIM ( PARIS 4 )
MME MARTINOT ( PARIS 5 )
résumés :
D’un point de vue historique, nous avons constaté que le parler oranais n’appartient ni aux parlers pré-hilaliens ni aux parlers hilaliens, il est issu d’un amalgame de parlers ouest-algériens introduits tardivement dans la ville après le départ des Espagnols en 1791. Notre thèse est basé sur un corpus oral constitué auprès de deux groupes de locuteurs d’âges différents. Notre travail de recherche s’articule autour de deux axes. Le premier a été motivé par la nécessité de valider la nature verbale de “ra-” à travers l’analyse du type de négation qui lui est appliqué. Le second axe concerne l’étude du fonctionnement morphosyntaxique de “ra-”. Concernant la négation nos résultats ont montré que tous les prédicats verbaux, y compris “ra-”, sont niés avec la négation discontinue “ma š”. La négation des prédicats non-verbaux est de type continu et basée sur l’utilisation de l’adverbe de négation “mešši”. Nous avons démontré dans le quatrième chapitre que “ra-” est né de la grammaticalisation
de la forme inaccomplie de “ra>a/yara” (voir). “ra-” possède deux fonctions grammaticales principales, combiné aux verbes à l’inaccompli, à l’accompli ou au participe actif, il est en position d‘auxiliaire verbal. Utilisé dans des constructions à prédicat non-verbal, il prend une fonction de copule verbale. Dans ces deux emplois, il est la marque du présent. Dans certaines utilisations “ra-” fonctionne comme un verbe distributionnel à sens plein. En conclusion nous proposons de considérer “ra-” et “ n” comme les deux formes d’un m me verbe irrégulier dans la mesure o nous avons deux signifiants pour un même signifié.
From a historical point of view, we found that the Oranian speaking does not belong to pre- Hilalian or Hilalian dialects ; it comes from an amalgam of Western Algerian dialects introduced latein the city after the departure of Spanish in 1791. Our thesis is based on an oral corpus formed by two groups of speakers of different ages. Our research focuses on two axes. The first was motivated by the need to validate the verbal nature of "ra-" through the analysis of the type of negation applied to it. The second axis concerns the study of the morphosyntactic operation of "-ra". Regarding the
negation, our results showed that all verbal predicates, including "ra-" are denied with the negation system "ma š". The negation of non-verbal predicate type is continuous and based on the use of the adverb of negation "mešši" . We have shown in the fourth chapter that "ra-" was born from the grammaticalization of the unaccomplished form of "ra>a/yara" (see). "ra-" has two main grammatical functions, combined with verbs in the unaccomplished, accomplished and the active participle, it is in a position of verbal auxiliary. When used in constructions with non-verbal predicate, it takes a verbal copula function. In both jobs, it is the mark of the present. In some uses "ra-" functions as a distributional verb in full sense. In conclusion we propose to consider "-ra" and "kan" as the two forms of the same irregular verb to the extent that we have two signifiers for the same signified.
M. Anas GHRAB - Commentaire anonyme du Kitab al-adwar : édition critique, traduction et présentation des lectures arabes de l’oeuvre de Safi al-Din al-Urmawi.
vendredi 26 juin 2009
14h
Maison de la recherche, D040
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Anas GHRAB soutient sa thèse de doctorat :
Commentaire anonyme du Kitab al-adwar : édition critique, traduction et présentation des lectures arabes de l’oeuvre de Safi al-Din al-Urmawi.
En présence du jury :
M. PICARD (Paris 4)
M. GUETTAT (Tunis)
M. MEEUS (Paris 4)
M. SHILOAH (Université)
M. WRIGHT
M. André SAVOYE - La vie quotidienne dans la banlieue Nord et Nord Ouest de Paris pendant la Grande Guerre
Lundi 12 février 2007
14 heures
En Sorbonne,Centre Administratif, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. André SAVOYE soutient sa thèse de Doctorat :
La vie quotidienne dans la banlieue Nord et Nord Ouest de Paris pendant la Grande Guerre
En présence du Jury :
M. BECKER (PARIS 10)
M. FORCADE (AMIENS)
M. FRÉMEAUX (PARIS 4)
Mme LEVISSE-TOUZÉ (MONTPEL 3)
Résumés :
Quand éclate la Grande Guerre, le nord du département de la Seine, épargné par les opérations militaires, participe néanmoins par le biais des réquisitions, à l’effort consacré à la défense de la France. Cette banlieue ne connaît guère le feu qu’à travers les raids aériens allemands et les explosions qui se produisent dans les dépôts de munitions. Les premières conséquences de la guerre sont les mouvements de populations qui l’affectent dès l’origine et tout au long du conflit, et notamment le flot incessant des réfugiés qui fuient devant l’armée allemande. Touchée par le manque et la cherté des denrées alimentaires et du combustible, elle a pu, et notamment grâce à la politique interventionniste de ses élus, passer, non sans quelques privations, ce cap difficile, mais ceci au prix d’un endettement des communes. Cependant, le conflit est pour la banlieue nord et nord ouest de Paris, une période de plein emploi qui contraste avec la situation d’après guerre. L’essor de l’industrie a procuré du travail aux anciens résidants comme aux nouveaux arrivants, mais néanmoins, en raison de la hausse vertigineuse du coût de la vie, les dernières années de la guerre voient se développer des mouvements sociaux importants ainsi qu’une progression des idées socialistes, dans un environnement matériel et moral dégradé.
When World War I bursts, the northern part of “la Seine” department, preserved from military operations , takes part nevertheless by means of requisitions in the effort devoted to the defence of France. This suburb hardly knows fire but through the German air raids and explosions occurring in ammunitions dumps. The first consequences of war are the shifts in population which affect it in the beginning and throughout the conflict, in particular the ceaseless flood of the refugees fleeing the german army. Suffering from the lack and dearness of foodstuffs and fuel, it could, thanks to the interventionist policy of their local representatives, pass this difficult period of time not without some deprivations but through debts contracted by their communes. However, the conflict is for the north and northwestern suburb of Paris, a time of full employment which contrast with the post-war situation. The rise of industry provides jobs to long established residents and to newcomers, but due to the vertiginous rise of the cost of living, the last years of war see a development of important social movements as well as a progression of the socialists ideas in a materially and morally deteriorated environment.
Position de thèse :
Au nord de Paris, entre butte Montmartre, Mont Valérien et forêt de Montmorency, s’étend une vaste plaine parcourue par la Seine. Séparée de la capitale par les fortifications qui ne disparaissent que dans le deuxième quart du 20ème siècle, cette portion du département de la Seine constitue en 1914, la banlieue nord et nord ouest de Paris. Ensemble de communes urbanisées et de secteurs encore ruraux, elle contribue à l’effort de guerre du fait de son potentiel économique et de sa situation géographique. Comment vit-elle le conflit, comment s’adapte-t-elle aux restrictions et contraintes qui lui sont imposées ? C’est ce que tente de décrire cet ouvrage à travers de la vie quotidienne de vingt communes : Neuilly sur Seine, Levallois Perret, Clichy la Garenne, Saint Ouen, Aubervilliers, Suresnes, Puteaux, Courbevoie, Asnières sur Seine, Gennevilliers, Colombes, Nanterre, Bois Colombes, La Garenne Colombes, Saint Denis, L’Ile Saint Denis, Epinay sur Seine, Villetaneuse, Pierrefitte et Stains.
Son objet étant la description et l’analyse de la vie quotidienne, cet ouvrage a été réalisé a partir des sources conservées par les organismes les plus proches de la population étudiée. L’angle d’attaque a été constitué essentiellement à partir des archives communales et départementales. C’est volontairement que les archives nationales ne viennent qu’en appoint de ces sources.
L’accent a été mis sur l’exploitation des données issues de la presse locale et les archives municipales. Pourquoi ?
Les journaux locaux et régionaux rendent compte des événements même mineurs survenus dans leur zone de diffusion. La relation des évènements majeurs, lorsqu’il en existe, occupe une place de choix dans leurs colonnes et ne peut manquer d’attirer l’attention sur la hiérarchie donnée par les journalistes aux problèmes auxquels est confrontée la population. Ce qu’affronte la société de la banlieue est décrit par la presse, mais fait aussi, à travers des tribunes libres et autres chroniques, l’objet d’analyses diverses et contradictoires par les représentants de divers groupes de pression.
De par la pluralité des journaux, il est possible de retracer la vie politique locale qui, si elle a été un moment étouffée par l’Union sacrée, reprend assez vite pour se focaliser sur les problèmes économiques et sociaux.
Tout aussi primordiale est la consultation des archives municipales, nombreuses et variées. En premier lieu, les registres des délibérations de conseils municipaux, surtout s’ils rendent compte des débats des différentes assemblées, sont un élément essentiel pour la compréhension de cette période en ce lieu. Reflétant les positions des hommes qui, en principe, représentent l’élite de la population, ils permettent de comprendre leur action au cours de cette période troublée. C’est grâce ces registres que l’on peut retracer l’implication plus ou moins importante des municipalités dans des domaines aussi différents que la défense contre les aéronefs, le ravitaillement en denrées alimentaires, l’approvisionnement en combustible, ou tout simplement la lutte contre le chômage et le secours aux populations nécessiteuses. Ils ne sont pas les seuls documents à la disposition des historiens, car les différentes communes correspondent avec les autorités préfectorales.
Il faut noter l’importance de la matière que nous fournissent les documents financiers et en particulier les comptes administratifs conservés à la fois par les services d’archives communaux et départementaux. Ils sont un élément important pour la compréhension des politiques suivis par les élus et de leurs conséquences sur les finances communales.
Les archives municipales ne peuvent suffire à l’examen de la vie quotidienne dans la banlieue pendant la grande guerre. Le chapitre consacré aux déplacements de populations n’a pu être réalisé que par consultation des archives départementales des Hauts de Seine et de la Seine Saint Denis qui sont dépositaires des dossiers transmis à la préfecture de la Seine par les différentes mairies en vue de l’examen des droits à allocations pour les réfugiés nécessiteux.
De même, les registres fiscaux détenus par lesdits services des deux conseils généraux ont contribué à l’élaboration de la partie dédiée à l’activité économique de la banlieue.
Il n’est évidemment pas possible de se dispenser de consulter les archives de la préfecture de police. Les rapports des Renseignement Généraux sont une source indispensable pour appréhender la teneur de la vie syndicale, des mouvements sociaux et de leur ampleur lorsque se creuse l’écart entre les salaires et les prix.
Enfin la chance fait qu’existent des chroniques dont l’une, rédigée par Alphonse Désormeaux , conseiller municipal de Clichy la Garenne, retrace tous les faits marquants ou mineurs vécus par la population de cette ville entre 1914 et 1919.
Tous ces éléments rassemblés en cinq points permettent l’étude de la banlieue et de sa population.
Après un exposé sur l’état de la banlieue au 1er août 1914, le premier de ces points est consacré aux différentes phases de l’atmosphère qui y règne pendant la guerre. Le gouvernement s’attendait à des manifestations pacifistes, ce sont des mouvements populaires avec alibi patriotique qui éclatent en banlieue au détriment des sujets allemands ou prétendus tels et notamment des commerçants. Sont particulièrement visés les établissements Maggi dont les nombreuses boutiques sont mis à sac.
Les premiers jours passés, la banlieue est perturbée par les mouvements de troupes qui montent au front, accueillis par les banlieusards dans un grand mouvement de ferveur patriotique. Dans le même temps, entre la bataille des frontières et la victoire de la Marne, le général Gallieni fait procéder à la mise en sûreté du camp retranché de Paris, ce qui provoque une certaine gène. Est-ce bien utile ou bien dérisoire, s’interrogent les banlieusards ?
Les Allemands ne parviennent pas jusqu’à Paris. C’est par la voie des airs qu’ils y arrivent. Les premiers raids opérés en 1914 ont une valeur purement symbolique, mais les techniques se perfectionnent. Après la mise en service des Gothas, au premier semestre 1918, la banlieue découvre les horreurs du feu. Les maires doivent organiser la défense passive, restreindre l’éclairage, donner l’alerte et organiser des abris.
Aux destructions de l’aviation allemande, s’ajoutent celles dues aux accidents qui endeuillent la banlieue, explosions du fort de la double couronne à Saint Denis en 1916 et de La Courneuve en 1918.
Il s’ensuit un nombre important de demandes d’indemnisations. La procédure est complexe car l’Etat renâcle à dédommager les victimes. Les parlementaires interpellent alors le gouvernement. Il en résulte la constitution de nombreux dossiers qui rendent compte pour les historiens de l’importance des dommages de guerre.
La guerre influe-t-elle sur la population, la démographie, son comportement ? Est elle à l’origine de flux migratoires ? C’est la deuxième question posée dans cet ouvrage.
Les premiers déboires de l’armée française provoquent des départs parmi les banlieusards. Certaines familles aisées se replient sur la province, leur chef restant à son poste. Avant la fin de l’année 1914, le retour est effectif dans la plupart des cas. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on constate une seconde vague de départs en 1918. Ils sont même encouragés pour des milieux plus populaires, par les autorités locales qui voient là une façon de diminuer le nombre de bouches à nourrir.
A l’inverse, arrivent les réfugiés fuyant l’avance allemande. Avec ou sans autorisation, ils s’installent en banlieue, en vagues successives mais aussi isolément, parfois après un séjour en province, car les possibilités y sont nombreuses d’assurer leur subsistance. Jusqu’en 1918, y compris après l’armistice, leur nombre ne cesse d’augmenter. Cet afflux de personnes provoque évidemment quelques tensions entre réfugiés et population, mais aussi entre réfugiés et administration, notamment lors de la constitution des dossiers pour l’obtention d’allocations à ceux qui sont démunis. Cependant on ne relève aucun conflit majeur du fait de leur installation. Le problème des réfugiés reste posé jusqu’au 1er janvier 1923, date à laquelle l’Etat ne leur assure plus de secours, mais à cette échéance la presque totalité de ces familles est repartie ou s’est installée définitivement dans cette banlieue. Dans quelle proportion ont-elles choisi l’une ou l’autre de ces solutions ? Il est difficile de le dire.
Cet à cette époque que la banlieue découvre les travailleurs coloniaux qui viennent dans les usines, relever les ouvriers les moins qualifiés, mobilisés. Originaires d’Afrique du Nord pour la plupart, ils sont sujets de frictions avec la population française. Choc de cultures, certainement.
Quelle est cette population essentiellement française, même si l’on trouve des Belges et des Italiens ? Peuplée d’environ 550 000 habitants en 1911, la banlieue en compte 633.000 au recensement de 1921. Doit-on cette croissance à un accroissement naturel ou plutôt à un phénomène migratoire ? Le nombre de naissances, dont le taux, il faut le constater est supérieur à la moyenne nationale, diminue dès 1915, en raison du départ des hommes pour le front. Après un creux en 1916, la natalité redémarre cependant, mais il faut attendre la paix pour retrouver un taux sensiblement égal à celui de 1913. A l’inverse le nombre de décès augmente pour culminer en 1918 lorsque la grippe espagnole frappe la banlieue. Mais de quoi meure-t-on en banlieue ? Lorsqu’on ne meure pas tout simplement de vieillesse, on est majoritairement emporté par les maladies de l’appareil respiratoire, tuberculose et bronchites, qui sévissent dans cette population. Tous ces maux et la guerre n’empêchent pas les banlieusards de regarder vers l’avenir car le mariage reste une institution vivace. En définitive, si la population s’est accrue, essentiellement par apport de l’extérieur, le nombre de ménages a augmenté, mais le nombre de personnes par ménage a diminué et la population a vieilli.
En même temps qu’elles devaient subvenir aux besoins de l’armée, les autorités ont du intervenir pour assurer le ravitaillement de la population, et c’est le thème de notre quatrième chapitre.
Dotée d’un certain nombre de ressources, la banlieue fait de la part de l’Etat, les frais de la réquisition. Elle se manifeste par le départ pour l’armée des animaux de trait et des véhicules. Elle consiste aussi en corvées. Elle s’étend aux bâtiments qui sont utilisés, soit pour les casernements, soit pour l’installation d’hôpitaux militaires. Sont principalement visés les bâtiments communaux et spécialement les écoles, ce qui ne manque pas de perturber la vie de tous les jours.
Pour assurer un ravitaillement acceptable des populations, l’Etat édicte un certains nombre de mesures. Elles sont relayées sur le terrain par les élus locaux. Pour la plupart, ils n’hésitent pas à intervenir dans l’approvisionnement et la distribution du combustible et des denrées alimentaires pour en assurer une répartition équitable et limiter autant que faire se peut, la hausse des prix. Au début de la guerre, une ligne de partage s’établit entre municipalités interventionnistes, plutôt de gauche, et villes libérales, plutôt à droite. A partir de 1917, nécessité faisant loi, la totalité des communes applique une politique dirigiste. Elle varie cependant selon les méthodes appliquées. On crée partout où cela est possible, sur les terrains non bâtis et non cultivés, des jardins ouvriers, ce qui de plus, fait participer la population à l’effort entrepris pour assurer le ravitaillement. Les villes les plus impliquées se muent en marchands de charbon, épiciers et quelquefois bouchers. D’autres se limitent à contrôler le commerce local par l’intermédiaires d’organismes institués pour la circonstance. D’autres enfin se contentent de s’assurer de sa collaboration. Bien entendu, tout cela ne se réalise pas sans heurts. Et le différend le plus important est le bras de fer qui de 1915 à 1921, oppose les communes aux concessionnaires de la distribution d’énergie et spécialement à la compagnie du gaz.
Le dirigisme coûte cher aux villes qui le pratiquent et, selon leur degré d’implication, leurs finances en subissent les conséquence. Ayant équilibré leur budget par le recours à l’emprunt, elles se voient après la guerre, dans l’obligation de réajuster les taux des impôts locaux, d’autant que les recettes de l’octroi qui constituaient la première de leurs ressources n’ont pas progressé dans les mêmes proportions.
Pourtant l’activité économique se développe et particulièrement l’industrie, même si l’agriculture reste présente dans les communes les plus éloignées de la capitale, en particulier la culture maraîchère favorisée par la présence d’une grande agglomération. Cependant la part la plus belle revient à l’industrie, déjà bien implantée. Cette époque est celle de l’essor des industries automobile et aéronautique présentes sur les rives de la Seine mais aussi à Saint Denis. Les grands établissements sont reconvertis pour les fabrications de guerre. L’électromécanique s’y implante. Quant au commerce, il ne subit pas beaucoup de changements. Il demeure le domaine des petites boutiques ou des magasins à succursales multiples (Damoy, Félix Potin, ou Maggi, qui a défrayé la chronique en 1914).
Le secteur des transports est particulièrement bien représenté en banlieue. Il est constitué de petites entreprises possédant des véhicules hippo ou automobiles, mais comprend aussi de grandes compagnies comme la Société Française des Automobiles de Place, célèbre pour ses taxis G7, qui ont participé à la bataille de la Marne.
Le chômage, qui sévit en 1914, du fait du ralentissement de l’activité économique dû à la guerre est pratiquement absent des préoccupations jusqu’à l’armistice. L’annulation de commandes de l’armée conduit alors les entreprises à licencier massivement. La lutte contre le chômage a été prise en main tant par l’Etat que par les communes. Jointes aux différents secours accordés aux familles de mobilisés et de réfugiés, les allocations contribuent à alourdir la dette des communes.
Dès 1915, le plein emploi est pratiquement assuré, mais le niveau de vie diminue en raison de la flambée des prix, ce qui conduit à de grandes grèves en 1917. Après une accalmie due entre autres, à la modération des syndicats, les mouvements sociaux reprennent de plus belle en 1918. Après l’armistice, l’excuse de la défense nationale disparaît.
Au cours de cette période, le coût de la vie augmente, amplifié par le manque de monnaie, qui contribue à l’arrondissement des prix à la décimale supérieure. Il n’est guère que les loyers, affectés par les moratoires décidés par les pouvoirs publics, qui, en principe, restent stables. Cependant, il faut bien voir, qu’en raison de l’afflux de populations nouvelles et de l’arrêt des constructions, les conditions de logement se sont dégradées.
C’est dans ce contexte que semble se désagréger la société. L’Ecole, qui en est l’un des ciments, réussit à maintenir une fréquentation scolaire acceptable, malgré les départs et les arrivées d’écoliers, et bien que les plus âgés des élèves soient attirés par l’usine. Cependant, en raison du départ des pères pour le front et des mères pour l’atelier, un certain nombre de garnements vagabondent. Se mêlant aux délinquants traditionnels et aux déserteurs, ils sèment, par leurs actions sanglantes, la terreur dans certains secteurs de la banlieue, ce que relate quotidiennement la presse. La pénurie aidant, la délinquance économique est bien présente et notamment au sein des organismes chargés du ravitaillement. Le trafic de charbon est alors florissant.
En même temps que l’insécurité se développe, le cadre de vie se dégrade. Les installations publiques, et particulièrement celles affectées aux transports sont mal entretenues et utilisées au maximum. Il en résulte de nombreux accidents, souvent mortels. Après la fin des hostilités, la remise à niveau des infrastructures coûte cher aux collectivités.
Comment, dans ces conditions, les banlieusards peuvent-ils occuper leurs loisirs ? Cette époque est celle de la montée en puissance du cinéma. Des salles s’ouvrent malgré les difficultés dues aux économies d’énergie et au couvre feu dû aux bombardements.
Cependant le cinéma n’est pas le seul lieu de rencontre des banlieusards. La pratique religieuse tient encore un place importante à cet époque. Elle est dopée par la déclaration de guerre, mais le phénomène s’estompe rapidement. Toutefois l’Eglise catholique reste le lieu de consolation des familles endeuillées. Servies par quelques prêtres aux idées sociales avancées, certaines paroisses de la banlieue deviennent après la guerre, le lieu privilégié de l’action catholique.
Reste à examiner la vie politique locale. La presse locale nous en rend une image fidèle. Empêchés de critiquer les politiques suivies au niveau national, Union sacrée oblige, les politiques dirigent maintenant leurs attaques contre les notables locaux. L’Eglise catholique est régulièrement attaquée par ses adversaires traditionnels. Les représentants locaux de la SFIO ne se privent pas de malmener les « bourgeois » qui leur rendent la pareille. La politique dirigiste des municipalités permet toutes les suspicions contre les hommes qui la réalisent. Cependant, à partir de 1917, la lutte s’intensifie entre majoritaires et minoritaires au sein de la SFIO, provoquant, notamment à Saint Denis, des remaniements au sein des équipes dirigeantes.
Malgré les craintes qu’éprouvaient les représentants du pouvoir central, le pacifisme a été rapidement balayé. L’Union sacrée s’est imposée en banlieue et même si patriotisme s’effrite au fur et à mesure des évènements, on ne dénombre, d’après les Renseignements généraux que peu de manifestations où l’on note la présence de révolutionnaires russes.
La guerre a-t-elle fait évoluer la banlieue ? Le paysage s’est modifié, la population a été renforcée d’éléments extérieurs, les idées socialistes s’y développent. Cependant les rapports avec la capitale se sont peu modifiés. En fait la guerre n’a été qu’un accélérateur. Cette évolution s’inscrit dans un phénomène d’industrialisation et d’urbanisation déjà bien entamé.
M. André WARUSFEL - L’oeuvre mathématique de Descartes dans la Géométrie.
lundi 21 juin 2010
14h
Au Rectorat , salle Louis Liard
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. André WARUSFEL soutient sa thèse de doctorat :
L’oeuvre mathématique de Descartes dans la Géométrie.
En présence du jury :
M. ARMOGATHE (EPHE)
M. CONNES (Collège de France)
M. DESCLES (Paris 4)
M. DHOMBRES (CNRS)
M. FICHANT (PARIS 4)
M. MARION (Paris 4)
M. ANDRE SAMEKOMBA - Le laïc camerounais face à une "double fidélité". Analyse du problème de "dichotomie" dans la vie du laïc d’aujourd’hui, à la lumière de l’histoire du laïcat camerounais.
jeudi 28 avril 2011
9h30
A la maison de la recherche, salle D035, RDC,
28 rue Serpente, 75006 Paris
M. ANDRE SAMEKOMBA soutient sa thèse de doctorat :
Le laïc camerounais face à une "double fidélité". Analyse du problème de "dichotomie" dans la vie du laïc d’aujourd’hui, à la lumière de l’histoire du laïcat camerounais.
En présence du jury :
M. BOUDON ( PARIS 4 )
M. GAGEY ( ICP Paris )
M. MESSINA
M. PRUDHOMME ( LYON 2 )
Résumés :
L’objectif
de la présente recherche est d’analyser la « dichotomie » que l’on
observe habituellement dans la pratique chrétienne de nombreux fidèles
africains. Ils sont en effet partagés entre, d’une part, un
fort et sincère attachement à l’église
catholique avec ses principes, et d’autre part, un recours aux pratiques
rituelles des cultures africaines traditionnelles pour résoudre les problèmes
de la vie quotidienne. Après un ressourcement dans l’histoire du laïcat en Pays
beti, nous avons noté la réalité de ce problème. Mais nos investigations nous
ont conduit à opérer un discernement dans l’herméneutique de ce problème. Le
problème de la « dichotomie religieuse » ne se pose plus de la même
manière aujourd’hui qu’au sein de l’Église missionnaire ou même dans les années
60. D’où la nécessité d’un redéploiement historique pour une bonne
herméneutique de ce problème. Notre analyse nous conduit à des déplacements
herméneutiques quant aux mobiles de ce malaise dans la pratique chrétienne des
laïcs africains. Les défis d’une société moderne et même postmoderne ne sont
plus seulement les conflits entre traditions ancestrales et culture
christiano-occidentale. C’est en ce sens que l’on peut penser que le constat de
« dichotomie » est beaucoup plus l’expression de ce malaise moderne
que la désignation de la crise la plus fondamentale. Le principal défi du laïc
aujourd’hui est l’adaptation du vécu de sa foi dans une société moderne aux
interpellations multiformes. L’urgence pastorale est donc dans la prise en
compte de la nouvelle donne socioreligieuse d’aujourd’hui. D’où la pertinence
d’une « pastorale des signes des temps ».
The Cameroonian layman FACed with A "DUAL loyalty."
Analysis of the problem of
dichotomy in the life of the layman today in the light of the history of the
Cameroonian laity.
The purpose of this research
is to analyze the "dichotomy" whose many African faithful are
subjected in their Christian practices. In fact, they are divided
between, on one hand, a strong and sincere commitment to Catholic Church with its principles, and on the other hand, an appeal to traditional African cultures and
ritual practices to solve their daily life problems. A survey of the history of
the laity in the Betiland provides us the framework on which we build our
analysis. Our investigation reveals a hermeneutical problem. In dealing with
the problem of ‘dichotomy’ in the Betiland, two periods are to be acknowledged :
the Missionary Period (until 1960) and Post Missionary Period (until today). Because of these two periods, there is a
need of re-assessing an historical reading of the problem. This reading leads
us inevitably to hermeneutical shifts in assessing the reasons of the malaise
whom the African layman is confronted in his Christian practice. As a matter of
fact, our discovery is that the challenges of a modern and even post-modern
society are not only conflicts between traditions and Western Christian
culture. There are results of a more fundamental crisis : the crisis of secular
world. From this standpoint, the word ‘dichotomy’ becomes more than the
expression of a solely post-modern malaise. It becomes a word that expresses
the main challenge of today’s secular world in search of the adaptation of
faith in modern society as this society faces multi breakdowns ; thus our
interest of evaluating its use on pastoral field and its relevance in terms of
a "pastoral care of the signs of the times".
M. Andreas PFERSMANN - Marginalités critiques.
jeudi 25 juin 2009
14h
Maison de la recherche, salle D040
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Andreas PFERSMANN soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Marginalités critiques.
En présence du jury :
M. BENREKASSA (Paris 7)
M. DAROS (Paris 13)
M. DE LAUNAY (CNRS)
M. FRANTZ (Paris 4)
M. HAQUETTE (Reims)
M. LECERCLE (Paris 4)
M. Angelo GIOÉ - Aristarque de Samos
Mecredi 27 juin 2007
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Milne Edwards, esc. B
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Angelo GIOÉ soutient sa thèse de doctorat :
Aristarque de Samos
En présence du Jury :
M. BILLAUT (PARIS 4)
Mme DECORPS (CLERMONT 1)
Mme ESTEBAN (PARIS 9)
M. JOUANNA (PARIS 4)
M. LEVET (LIMOGES)
Résumés :
Résumé téléchargeable
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. Anh Ngoc HOANG - Des vietnamités numériques ? Etude des imaginaires sociaux dans les échanges entre les Vietnamiens nationaux et les Vietnamiens diasporiques.
jeudi 1er juillet 2010
14h30
Au CELSA, salle 115
77, rue de Villiers 92200 Neuilly sur Seine
M. Anh Ngoc HOANG soutient sa thèse de doctorat :
Des vietnamités numériques ? Etude des imaginaires sociaux dans les échanges entre les Vietnamiens nationaux et les Vietnamiens diasporiques
En présence du jury :
M. DORAIS (Laval-QC)
M. DOVERT
M. MATTELART (Paris 8)
M. OLLIVIER (Antilles)
MME RICHARD (Paris 4)
M. Anis NOUAÏRI - La poétique de l’errance dans l’oeuvre de Pierre Jean Jouve.
samedi 25 septembre 2010
9h
Salle des Actes, centre administratif de Paris IV
18 rue de la Sorbonne 75005 Paris
4-6 rue des Petits Champs 75002 Paris
M. Anis NOUAÏRI soutient sa cotutelle de thèse :
La poétique de l’errance dans l’œuvre de Pierre Jean Jouve.
En présence du jury :
Mme BALAFREJ (Manouba)
M. KHLIFI (Manouba)
M. MOLINIE (Paris 4)
Mme REGGIANI (Lille 3)
M. Anis NOUAÏRI - La poétique de l’errance dans l’oeuvre romanesque de Pierre Jean Jouve.[COTUTELLE]
samedi 27 mars 2010
9h
A la Maison de le recherche, salle D223
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Anis NOUAÏRI soutient sa thèse de cotutelle :
La poétique de l’errance dans l’oeuvre romanesque de Pierre Jean Jouve.
En présence du jury :
MME BALAFREJ (Manouba)
MME BLOT-LABARRERE (Nice)
M. KHLIFI (Manouba)
M. MOLINIÉ (Paris 4)
Résumés :
Héritier d’une longue tradition d’écrivains “bohèmes”, Pierre Jean Jouve est l’auteur d’une œuvre romanesque semblable à une route jalonnée de sentiers épars. Rigoureusement balisés par le romancier, mais jamais totalement explorés par le lecteur, visiteur d’un espace littéraire où les pérégrinations des personnages se confondent avec l’errance de l’écrivain, les romans de Jouve se donnent à lire comme de véritables jalons sur la route qui a mené leur auteur à ce qu’il nomme « l’immuable langue ».
Cette étude accorde la place qu’ils méritent aux thèmes fondateurs des romans jouviens que sont les voyages (terrestre et céleste), l’onirisme, Éros et Thanatos… autant de catalyseurs de cette “errance romanesque” qui est au cœur de l’art de Jouve et dont le but affiché est de permettre l’accès à « la vraie libre Poésie ».
Poetics of wandering in Pierre Jean Jouve’s novels
Heir to a long tradition of “bohemian” writers, Pierre Jean Jouve is the author of a novel similar to a road dotted with scattered paths. Strictly marked by the novelist, but never fully explored by the reader, a visitor to a literary space where the peregrinations of the characters mingle with the wanderings of the writer, Jouve’s novels are read as real milestones on the road that led the author to what he calls « the unchangeable language ».
This study puts emphasis on Jouvian novels’ themes namely travel (terrestrial and celestial), dreamlike, Eros and Thanatos... so many catalysts of this “novelistic wandering” at the heart of Jouve’s art, whose stated aim is to allow access to « real free Poetry ».
M. Antoine BLAIS - Résumé automatique de textes scientifiques et construction de fiches de synthèse catégorisées : Approche linguistique par annotations sémantiques et réalisation informatique
Mercredi 25 juin 2008
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D323
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Antoine BLAIS soutient sa thèse de doctorat :
Résumé automatique de textes scientifiques et construction de fiches de synthèse catégorisées : Approche linguistique par annotations sémantiques et réalisation informatique
En présence du Jury :
M. BERRI (EMIRATS ARABES UNIS)
M. DESCLES (PARIS 4)
M. MEUNIER (UNIVERSITE)
M. POGNAN (CERTA)
M. TOMASZEWSKI (LILLE 3)
M. Gérard Sabah
Résumés :
Dans cette thèse, nous présentons une approche pour la construction de résumés et de fiches catégorisées à partir d’annotations discursives automatiques de textes. L’annotation discursive de textes est effectuée automatiquement avec le système informatique EXCOM, développé au laboratoire LaLIC, et qui emploie uniquement des ressources linguistiques. Ce système repose sur la méthode d’exploration contextuelle qui procède à l’identification de marqueurs linguistiques à la surface des textes, sans analyses morpho-syntaxiques ou syntaxiques. Notre travail s’est particulièrement attaché au traitement des textes scientifiques, pour lesquels un certain nombre de catégories discursives sont proposées au sein d’une carte sémantique qui les relie, avec les ressources permettant de les identifier (marqueurs et règles d’annotation). L’annotation discursive d’un texte fait alors apparaître une catégorisation des informations qu’il contient. Cette catégorisation est exploitée par deux applications essentielles que nous présentons et que nous avons réalisées informatiquement. La première, la construction de résumés, consiste à appliquer une stratégie de résumé sur les textes qui extraie tous les segments appartenant aux catégories les plus pertinentes pour un type de résumé. Des évaluations portant sur la construction de résumés sont également exposées et confirment l’intérêt de l’approche que nous adoptons. La seconde application, la construction de fiches de synthèse ou fiches catégorisées, consiste à proposer aux utilisateurs un ensemble de segments extraits ordonnés et structurés d’après leurs besoins. Nous expliquons en quoi les fiches de synthèse permettent de mieux répondre à des scénarios de recherche d’informations que les résumés en raison d’une exploitation différente des catégories d’informations contenues dans les textes. Enfin, nous discutons des aspects multilingues abordés au laboratoire LaLIC sur l’annotation discursive sur le résumé automatique, en évoquant certains travaux.
In this work, we present an approach to summarisation and the construction of text synthesis according to categories, based on the automatic discourse annotation of texts. The discourse annotation is carried out automatically by the EXCOM system, which is developed in the LaLIC Laboratory and uses exclusively linguistic resources. This system implements the Contextual Exploration method which identifies surface linguistic markers in the texts without any POS-tagging or morpho-syntactic analysis. Out work is focused particularly on the processing of scientific texts, for which a number of discourse categories are proposed and organised in a semantic map with the resources that allow their identification (linguistic markers and annotation rules). The discourse annotation of a text reveals a categorisation of the information that it contains. This categorisation is employed by two major applications that we have implemented and presented here. The first one is automatic summarisation and it consists in applying a summarisation strategy to a text that extracts all the segments that belong to the categories that are most relevant for a given type of summary. An evaluation of the automatic summarisation is also presented. It confirms the interest of the approach that we have adopted. The second application is the automatic construction of text syntheses according to categories. It proposes to users structured sets of extracted segments according to their requests. We explain why the categorised text syntheses give a better solution to some scenarios in information retrieval than the summaries, because of the different use of the information categories in the texts. Finally, we discuss the multilingual aspects that are addressed in the LaLIC Laboratory for the discourse annotation and automatic summarisation by citing some works.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Antoine FISHFISH - Formes urbaines et architecturales de Beyrouth depuis 1876. Evolutions et logiques de production. Approche méthodologique
Mardi 18 décembre 2007
14 heures
Institut des études catalanes, Bibliothèque du Centre
9, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie 75004 Paris
M. Antoine FISHFISH soutient sa thèse de doctorat :
Formes urbaines et architecturales de Beyrouth depuis 1876. Evolutions et logiques de production. Approche méthodologique
En présence du jury :
M. BALLAND (PARIS 4)
M. DAVIE (TOURS)
Mme DEGUILHEM (CNRS)
Mme GHORRA-GOBIn (CNRS)
M. MOUKARZEL (LIBAN)
M. PINON (PARIS 8)
Résumés :
L’espace beyrouthin en grande partie transformé depuis la fin du XIX ème Siècle, n’offre
plus d’informations clairement lisibles pour le chercheur en géographie urbaine, en
urbanisme ou en histoire urbaine, Depuis, des changements radicaux, parfois controlés ou
non, ont touché tant son centre que les périphéries proches et lointaines. Pour étudier ces
mutations, l’accés à des sources fiables ( que les documents habituels de la cartographie ou
de la photographie ne fornissent pas) telles les cahiers des archives foncières
miraculeursement trouvés, eclairant les processus de transformation et de l’évolution des
formes urbaines ainsi que leur logique de production ont été necessaires pour répondre à
une série de questions innovantes et de pistes de recherches originales.
The space of Beirut, transformed in its larger part since the end of the 19th
century, no longer offers information clear enough to be read by the researcher in
urban geography, urban design, or urban history. Radical changes, either controlled or
not, have since touched its center as much as its near and far peripheries. In order to
study these mutations, access to reliable sources, (not found within the usual
documents of mapping or photography) such as the documents of the cadastral
archives of Beirut, miraculously found, shedding light on the process of
transformation and the evolution of urban forms in addition to their logic of
production have been necessary to answer a series of innovative questions and
original research fields.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Antoine GOURNAY - L’aménagement de l’espace dans le jardin chinois.
vendredi 2 juillet 2010
14h
INHA, salle Ingres, 2ème étage, Galerie Colbert
4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
M. Antoine GOURNAY soutient sa thèse de doctorat :
L’aménagement de l’espace dans le jardin chinois.
En présence du jury :
MME BASTID-BRUGUIÈRE (ENS)
MME BLANCHON (Paris 4)
M. CLEMENT (ENSAPB)
MME LANCRET (ENSAPB)
MME LIU (Tsinghua)
MME PARLIER-RENAULT (Pari 4)
M. VANDERMEERSCH (EPHE)
M. Antoine PIETROBELLI - Histoire du texte, édition critique et traduction annotée du livre I du commentaire de Galien au régime des Maladies aiguës d’Hippocrate.
samedi 15 novembre 2008
14h
Amphithéâtre Cauchy en Sorbonne, escalier E, 3ème étage
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Antoine PIETROBELLI
Histoire du texte, édition critique et traduction annotée du livre I du commentaire de Galien au régime des Maladies aiguës d’Hippocrate.
En présence du jury :
Mme BOUDON-MILLOT (Paris 4)
M. DEMONT (Paris 4)
M. JOUANNA (Pari 4)
Mme MONDRAIN (EPHE)
Mme ROSELLI (l’Oriental)
M. Antoine PIETROBELLI - Le Commentaire de Galien au traité hippocratique du Régime des maladies aiguës.
samedi 15 novembre 2008
14h
Amphithéâtre Cauchy en Sorbonne
18 rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Antoine PIETROBELLI
Le Commentaire de Galien au traité hippocratique du Régime des maladies aiguës.
En présence du jury :
M. ROSELLI (Naples)
M. DEMONT (Paris 4)
M. JOUANNA (Paris 4)
Mme MONDRAIN (EPHE)
Mme BOUDON-MILLOT (CNRS)
M. ANTOINE ROULLET - La chair impossible : regards sur le corps et genèse de la réputation de sainteté chez les carmélites espagnoles (v1560-v1640).
vendredi 24 juin 2011
à 9h
En Sorbonne, salle G647, escalier G, 1 étage et demi,
1 rue Victor Cousin, 75005 Paris
M. ANTOINE ROULLET soutient sa thèse de doctorat :
La chair impossible : regards sur le corps et genèse de la réputation de sainteté chez les carmélites espagnoles (v1560-v1640).
En présence du jury :
M. CROUZET ( PARIS 4 )
M. DOMPNIER ( CLERMONT2 )
M. FABRE ( EHESS )
MME POUTRIN ( PARIS 12 )
M. RUIZ IBANEZ ( Murcia )
M. TALLON ( PARIS 4 )
M. Antonin SERVIERE - L’oeuvre symphonique de Jean Sibelius (1865-1957) : Essai de caractérisation stylistique
Samedi 29 septembre 2007
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005
M. Antonin SERVIERE soutient sa thèse de doctorat :
L’oeuvre symphonique de Jean Sibelius (1865-1957) : Essai de caractérisation stylistique
En présence du jury :
M. BARTOLI (PARIS 4)
M. LISCHKE (EVRY)
Mme PISTONE (PARIS 4)
M. TARASTI (University)
M. VIGNAL
Résumés :
En attente...
M. ANTONIN WISER - Utopie de la littérature. La question littéraire dans l’oeuvre de Theodor W. Adorno.
vendredi 10 février 2012
à 15h15
Université de Lausanne, Suisse
M. ANTONIN WISER soutient sa cotutelle de thèse :
Utopie de la littérature. La question littéraire dans l’oeuvre de
Theodor W. Adorno.
En présence du jury :
M. BENSUSSAN ( Strasbourg )
M. HART-NIBBRIG ( Lausanne )
M. KAEMPFER ( Lausanne )
M. KAUFMANN ( Saint-Gall )
MME LICHTENSTEIN ( PARIS 4 )
M. RAULET ( PARIS 4 )
M. Antonios ANTONOPOULOS - De la modélisation matricielle dans Pithoprakta de lannis Xenakis : approche systémique et analytique.
samedi 13 décembre 2008
14h
Maison de la recherche, salle D040
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Antonios ANTONOPOULOS soutient sa thèse de doctorat :
De la modélisation matricielle dans Pithoprakta de lannis Xenakis : approche systémique et analytique.
En présence du jury :
M. CASTANET (Rouen)
M. GIBSON
M. LLIBERTE (Marne la vallée)
Mme PISTONE (Paris 4)
M. SOLOMOS (Montpellier 3)
M. Apollinaire ANAKESA KULULUKA - L’étrange et le familier. Ecoutes croisées de musiques du présent.[HDR]
jeudi 10 décembre 2009
14h
A Malesherbes, Amphithéâtre 120,
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
M. Apollinaire ANAKESA KULULUKA soutient son Habilitation à diriger des recherches :
L’étrange et le familier. Ecoutes croisées de musiques du présent.
En présence du jury :
M. BILLIET (Paris 4)
M. CASTANET (Rouen)
M. DURNEY (Dijon)
M. LABORDE (EHESS)
M. MACHE (EHESS)
M. PICARD (Paris 4)
M. Armand HÉROGUEL (HDR) - Traductologie, sémantique lexicale et didactique du néerlandais langue étrangère
Samedi 17 novembre 2007
9 heures
Maison de la recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Armand HÉROGUEL soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Traductologie, sémantique lexicale et didactique du néerlandais langue étrangère
En présence du Jury :
Mme DALMAS (PARIS 4)
M. MARSCHALL (PARIS 4)
M. NOSKE (LILLE 3)
M. PEKELDER (PARIS 4)
M. PHILIPPE (KATHO LOUV)
M. VROMANS (LIÈGE)
M. ARMAND JAMME - Papauté, pouvoirs et cultures politiques. [HDR]
lundi 21 novembre 2011
à 14h
Amphithéâtre Gustave Roussy -
escalier B 2ème étage - Campus
Cordeliers 15 rue École de médecine
75006 PARIS
M. ARMAND JAMME soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Papauté, pouvoirs et cultures politiques.
En présence du jury :
M. CAROCCI ( Rome II )
M. CHIFFOLEAU ( EHESS )
M. CONTAMINE ( PARIS 4 )
MME CROUZET-PAVAN ( PARIS 4 )
M. GAULIN ( LYON 2 )
M. MOEGLIN ( PARIS 4 )
M. Arnaud ANSART - Epistémologie d’une archéologie fragmentaire : le cas de Viru-Gallinazo, côte nord du Pérou.
lundi 31 mai 2010
9h30
Institut d’art et d’archéologie, salle Focillon, 2ème étage
3 rue Michelet 75006 Paris
M. Arnaud ANSART soutient sa thèse de doctorat :
Epistémologie d’une archéologie fragmentaire : le cas de Viru-Gallinazo, côte nord du Pérou.
En présence du jury :
M. DUVERGER (EHESS)
M. LAMBOLEY (Lyon 2)
M. LEVINE (Paris 4)
Résumés :
le terme virú-gallinazo désigne au XXe siècle un style céramique puis caractérise une culture. Aujourd’hui, le consensus archéologique regroupe les vestiges virú-gallinazo sous la dénomination de « phénomène culturel » et cherche ainsi à le définir. Mais l’épistémologie montre l’aspect fragmentaire sur lequel se fondent ces interprétations.
Cette thèse propose alors une approche plus complexe du phénomène. Elle se fonde sur les idées suivantes : l’art ne reflète pas l’intégralité des manifestations culturelles. Enfin la signification d’un objet peut varier selon les contextes dans lesquels il se trouve. Ce travail, en conséquence, entreprend une analyse contextuelle croisée des différentes catégories de vestiges.
Epistemology of a Fragmented Archaeology : the Viru-Gallinazo Case, North Coast of Peru.
During the XXth century, the viru-gallinazo term first refers to ceramic’s style and after it distinguishes a culture. Today, the archaeological consensus includes the viru-gallinazo remains as a "cultural phenomenon" and seeks to define it. But the epistemology shows the fragmented aspect on which are based those interpretations.
This thesis proposes then a more complex approach of the viru-gallinazo "cultural phenomenon". It is based on the following ideas : art does not reflect the entirety of cultural events. Finally the meaning of an object may vary according to the context in which it is located. For that reason, this study sets out a crossed contextual analysis of the different categories of remains.
M. Arnaud BESSIERE - La domesticité dans la colonie laurentienne au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle (1640-1710)
Jeudi 21 juin 2007
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Arnaud BESSIERE soutient sa thèse de doctorat :
La domesticité dans la colonie laurentienne au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle (1640-1710)
En présence du Jury :
M. BASTIEN (UQAM)
M. CHALINE (PARIS 4)
Mme DÉPATIE (QUEBEC)
M. LABERGE (LAVAL)
M. POUSSOU (PARIS 4)
M. RUGGIU (BORDEAUX 3)
Résumés :
Cette thèse porte sur les domestiques au Canada entre 1640 et 1710. Recrutée en France ou
dans la colonie, cette main-d’oeuvre, principalement masculine, est au service des paysans
propriétaires et des communautés religieuses. Ses fonctions sont donc surtout liées à
l’agriculture : défrichements, culture des terres, soin du bétail. Mais cela n’exclut pas des
tâches comme le soin des malades et l’entretien ménager pour les communautés religieuses
et les employeurs urbains plus fortunés. Au fil des ans, la composition du groupe se
modifie : les domestiques sont de plus en plus d’origine canadienne et de plus en plus
jeunes. Cette évolution est certes à rapprocher de la baisse du mouvement migratoire vers la
colonie qui était en grande partie formé de domestiques. En plus d’analyser les modalités
d’embauche, la thèse aborde la question des relations entre les maîtres et les domestiques et
tente de cerner le devenir social du groupe dans la colonie.
This thesis examines servants in Canada from 1640 to 1710. Recruited in France or in the
colony, this generally masculine labour force worked mostly for peasant landowners and
religious communities. Its function was primarily related to agricultural tasks : clearing
land, cultivating crops and tending livestock. Other work, such as caring for the sick and
housekeeping, might also be included among the duties servants performed for religious
communities and better off urban employers. Over the period, the composition of this
labour force changed : indentured workers increasingly came from the colony itself and
entered service at a younger age. This trend helped to offset the decline in the number of
migrants to Canada, many of whom were servants. In addition to analyzing hiring practices,
this thesis addresses the relations between masters and servants and examines the social
fortunes of the latter group in the colony.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. ARNAUD LAIME - La poétique de Nicolas Petit (c. 1497-1532) : un renouveau de l’écriture néo-latine à Paris et à Poitiers, dans le cercle de Francois Rabelais.
jeudi 24 novembre 2011
à 14h
Salle 416 - Centre Clignancourt - 2,
rue Francis de Croisset 75018 Paris
M. ARNAUD LAIME soutient sa thèse de doctorat :
La poétique de Nicolas Petit (c. 1497-1532) : un renouveau de l’écriture néo-latine à Paris et à Poitiers, dans le cercle de Francois Rabelais.
En présence du jury :
MME GALAND ( EPHE )
MME LAIGNEAU ( DIJON )
M. MONFERRAN ( PARIS 4 )
M. NASSICHUK ( Ontario )
M. VAN DAM ( Amsterdam )
M. Arnaud PELLETIER - L’ordre des choses. Catégories et définitions chez Leibniz.
lundi 22 juin 2009
14h
Maison de la recherche, salle D040
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Arnaud PELLETIER soutient sa thèse de doctorat :
L’ordre des choses. Catégories et définitions chez Leibniz.
En présence du jury :
M. BREGER
M.COURTINE (Paris 4)
M. DE BUZON (Strasbourg 2)
M. DUCHESNEAU (Montréal)
M. FICHANT ( Paris 4)
Résumés :
Cette étude porte sur la manière dont Leibniz a constamment poursuivi l’établissement de catégories enfin dignes du nom sous lequel il les reçoit : celui d’ordres des choses. L’axe principal est de saisir comment le problème catégorial, s’il a pour enjeu l’institution de définitions réelles, ne rencontre pas une seule doctrine catégoriale identifiable, mais désigne un programme donnant lieu à différentes déterminations du rapport des termes aux choses. La première partie restitue l’évolution et la singularité de la conception des catégories depuis l’art combinatoire jusqu’à la recherche de termes généraux (1666-1690). La seconde partie examine la défense, en partie inédite, des catégories et des définitions réelles que Leibniz adresse à Gabriel Wagner (1690-1698). Enfin, la troisième partie montre, en s’appuyant sur des textes inédits, comment le tournant monadologique amène Leibniz à modifier sa propre réforme catégoriale en une doctrine transcendantale de la chose (1695-1716).
This study deals with the way Leibniz constantly pursued the establishment of categories that would be worthy of the name under which he received them : that of orders of things. The main thread is to grasp how the categorial issue, whose stake is the institution of real definitions, does not meet only one single categorial doctrine, but rather indicates a program giving place to various conceptions of terms’ relationship to things. The first section reconstructs the evolution and singularity of the categorial designs from the combinatorial art onto the search for general terms (1666-1690). The second section examines the defense of categories and real definitions, partly unpublished, which Leibniz addresses to Gabriel Wagner (1690-1698). Lastly, the third section, also based on unpublished material, shows how the monadological turn demands to change the categorial reform itself in a transcendental doctrine of the thing (1695-1716).
M. Arnaud SAINT-MARTIN - L’office et le téléscope. Une sociologie historique de l’astronomie française, 1900-1940
Mercredi 2 juillet 2008
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Arnaud SAINT-MARTIN soutient sa thèse de doctorat :
L’office et le télescope. Une sociologie historique de l’astronomie française, 1900-1940
En présence du jury :
M. AUBIN (PARIS 6)
M. FABIANI (EHESS)
M. HEILBRON (PAYS BAS)
M. PESTRE (EHESS)
M. SHINN (CNRS)
Résumés :
Résumés en français et en anglais
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Arni Lukas ARNASON - L’Encadrement théâtral : étude de la pratique et de la fonction herméneutique du parathéâtre en France au XVIIème siècle.
vendredi 18 décembre 2009
14h
A la maison de la recherche, salle
D223, 2° étage,
28 rue serpente, 75006 Paris
M. Arni Lukas ARNASON soutient sa thèse de doctorat :
L’Encadrement théâtral : étude de la pratique et de la fonction herméneutique du parathéâtre en France au XVIIème siècle.
En présence du jury :
M. BOURQUI (Paris 4)
M. CONESA (Reims)
M. DECLERCQ (Paris 3)
M. FORESTIER (Paris 4)
M. Augustin TIFFOU - Le basson en France au XIXème : facture, théorie et répertoire.
lundi 1 décembre 2008
14h
Maison de la recherche, salle D116
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Augustin TIFFOU soutient sa thèse de doctorat :
Le basson en France au XIXème : facture, théorie et répertoire.
En présence du jury :
M. BISSONNET
M. KLEINERTZ
M. MEEUS (Paris 4)
M. VELLY (Paris 4)
M. AURELIEN ARENA - Ontologie formelle de la temporalité pour une application web sémantique.
vendredi 10 février 2012
à 14h
A la maison de la recherche, salle
D323, 3° étage, 28 rue serpente, 75006 Paris
M. AURELIEN ARENA souvient sa thèse de doctorat :
Ontologie formelle de la temporalité pour une application web sémantique.
En présence du jury :
M. CHARLET ( PARIS 6 )
M. DESCLÉS ( PARIS 4 )
M. GANASCIA ( PARIS 6 )
M. PASCU ( BRETAG SUD )
M. POGNAN ( CERTA )
M. Aviv AMIT - Modèles des contacts linguistiques dans l’histoire de la langue française.[COTUTELLE]
lundi 9 novembre 2009
14h
A la Maison de la recherche, salle D116, 1er étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Aviv AMIT soutient sa thèse de doctorat :
Modèles des contacts linguistiques dans l’histoire de la langue française.
En présence du jury :
Mme BAT-ZEEV SHYLDKROT
Mme BERTIN (Paris 10)
M. CHEVALIER (Paris4)
Mme GADET (Paris 10)
M. GANDON (Caen)
M. SOUTET (Paris 4)
Résumés :
Cette recherche vise à évaluer l’ordre dans lequel les divers contacts linguistiques ont eu lieu dans l’histoire de la langue française. Nous confrontons d’abord quelques approches théoriques afin d’intégrer la linguistique, la sociologie, les sciences politiques et les sciences économiques. Nous nous demandons ensuite dans quelle mesure les rapports entre le français et les autres langues, autochtones ou étrangères, sont systématiques, tout en construisant un modèle des trois étapes (mentale, politique et économique) qui ne cessent de se reproduire. Nous analysons enfin l’état des contacts linguistiques actuels du français-francophone à la lumière des différentes périodes dans l’histoire de la langue française.
Models of Language Contacts in the History of the French language
SUMMARY
This work aims to evaluate the order in which different language contacts have occurred throughout the history of the French language. We proceed as follow : first, we integrate some theoretical approaches from different research fields : linguistics, sociology, political sciences and economics. Then, we observe the homogeneity of historical langue encounters of French with other languages, local or foreign, by developing a three-stage model (mental, political and economical) that repeats itself along the years. Using this historical model, we analyze the situation of current worldwide language contacts of French.
M. ÉRIC DUROT - François de Lorraine (1520-1563) duc de Guise, entre Dieu et le Roi.
samedi 11 juin 2011
à 9h
En Sorbonne, salle G647 (salle Annick Pardailhé-Galabrun), escalier G, 1er étage et demi, Centre Roland
Mousnier,
1 rue Victor Cousin, 75005 Paris
M. ÉRIC DUROT soutient sa thèse de doctorat :
François de Lorraine (1520-1563) duc de Guise, entre Dieu et le Roi.
En présence du jury :
M. BOURQUIN ( LE MANS )
M. CONSTANT ( LE MANS )
M. CROUZET ( PARIS 4 )
M. GREENGRASS ( Sheffield )
M. LE ROUX ( LYON 2 )
M. TURCHETTI ( Fribourg )
Résumés :
François de Lorraine, duc de Guise, fut l’un des principaux acteurs politiques du royaume de France de 1547 à sa mort en 1563. Célèbre, il n’a pourtant pas fait l’objet d’une étude historique approfondie alors que les matériaux sont nombreux pour retracer son parcours. Plus qu’une biographie traditionnelle, le doctorat a eu pour visée d’articuler la problématique de l’identité aristocratique et la question de l’engagement d’un homme qui se pensait entre Dieu et le Roi. Prince de la Renaissance, François de Lorraine construisit son rôle en se fondant d’une part sur l’intégration d’un riche capital identitaire en grande partie constitué de la geste de son lignage lorrain, et d’autre part sur la force qu’il tirait de la maison de Guise, en particulier grâce à l’association étroite de son frère Charles, cardinal de Lorraine. Le duc poursuivit sa quête de salut divin et de reconnaissance sociale dans deux contextes très différents qui déterminèrent des oscillations dans son jeu d’acteur. Le premier est celui du règne d’Henri II (1547-1559), durant lequel il s’imagina être le bras armé du Roi Très-Chrétien en vue d’établir une monarchie universelle. Le second (1559-1563) fut marqué par la crise profonde et multiforme du royaume de France : le duc aspira à être alors le défenseur des catholiques face au calvinisme qu’il associa à une hérésie et contre lequel il assuma d’être tel un nouvel envoyé de Dieu aux côtés des jeunes rois François II puis Charles IX.
François de Lorraine, duc de Guise, was one of France’s most influential politicians from 1547 to 1563, at the time of his death. Although a potent figure, he hasn’t been the subject of any serious historical study. Yet, historical sources are numerous. This thesis is much more than a traditional biography : it aims at questioning the identity of De Guise as an aristocrat and his commitment as a man who figured himself as standing between God and his king.
Prince of the Renaissance, François de Lorraine built up his influence by relying on both his heritage and identity as a member of the Lorraine family and his power derived from the de Guise family and his close association with his brother Charles, the Bishop of Lorraine. The duke undertook his quest for divine salvation and political recognition in two different historical contexts which determined and influenced his actions. First, under the reign of Henry II (1547-1559), he acted as the Christian king’s executioner with the view to establishing a universal monarchy.
Then, between 1559 and 1563, when the kingdom of France suffered from crises which were deep and manifold, the duke posed as the protector of the Catholics against Calvinism which he considered as heresy. He resisted it by assuming the role of a protector sent by God to assist the two young kings, François II and Charles IX.
M. Babak KHALATBARI - L’inspiration orientale dans l’oeuvre d’Henri CAZALIS
Jeudi 17 janvier 2008
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Babak KHALATBARI soutient sa thèse de doctorat :
L’inspiration orientale dans l’oeuvre d’Henri CAZALIS
En présence du Jury :
M. BACKÈS (PARIS 4)
Mme BOSCHIAN-CAMPANER (METZ)
M. LANCON (GRENOBLE 2)
M. MARCHAL (PARIS 4)
Résumés :
En attente...
M. Balint TOTH - Les bijoux ajourés percés de l’Antiquité tardive.
samedi 6 décembre 2008
14h
Salle Ingres à l’INHA, 2ème étage, Galerie Colbert
4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
Balint TOTH
Les bijoux ajourés percés de l’Antiquité tardive.
En présence du jury :
M. BARATTE (Paris 4)
Mme GUIRAUD (Toulouse 1)
M. KAZANSKI (CNRS)
Mme RIPOLL (Barcelone)
Résumés :
Le goût pour les bijoux ajourés percés est un trait caractéristique de l’Antiquité tardive. Malgré leur caractère spectaculaire, ces bijoux restent peu connus et relativement peu étudiés. Par l’examen approfondi des techniques et des styles, il est possible d’aborder la question des ateliers qui produisaient ce type de bijou. Les techniques semblent évoluer constamment dans le sens d’une diminution du coût des bijoux et d’une accélération du travail des orfèvres. Les contours de deux milieux d’ateliers se dessinent ; un milieu oriental et un milieu occidental. Puisant dans leurs propres traditions, ils évoluent différemment. Chacun suivant sa logique esthétique, ils donnent naissance à des techniques et des styles différents pendant une grande partie de leur évolution. Néanmoins ces deux traditions finissent par se rejoindre dans les ateliers de Constantinople au 7e siècle où se crée un style mixte qui est issu de la cohabitation d’orfèvres d’origines différentes dans la capitale.
PIERCED JEWELLERY OF LATE ANTIQUITY
The taste for pierced jewellery is a characteristic feature of Late Antiquity. Despite their spectacular appearance, these jewels are little known and relatively not much studied. By a thorough examination of the techniques and the styles, it is possible to approach the question of the workshops which produced these kinds of jewels. The techniques seem to evolve constantly in the direction of diminishing the cost of the jewels and an acceleration of the work of the goldsmiths. The outlines of two workshop milieus appear ; an eastern milieu and a western milieu. Drawing from their own traditions, they evolve differently. Each following its own esthetical logic, they give birth to different techniques and styles during the greater part of their evolution. Nevertheless these two traditions end up by joining together in the workshops of Constantinople in the 7th century, where a mixed style is created, coming from the fact that goldsmiths of different origins live together in the capital.
M. Bashkim HAJRULLAU - La concordance des temps dans les langues romanes. Une spécificités de l’italien : l’expression du futur dans le passé (deux morphologies : ia/-ebbe ; aspect immanent/ aspect transcendant)
Samedi juin 2007
14 heures
En Sorbonne, Salle F363, Esc. T, asc. - 2ème étage
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Bashkim HAJRULLAU soutient sa thèse de doctorat :
La concordance des temps dans les langues romanes. Une spécificités de l’italien : l’expression du futur dans le passé (deux morphologies : ia/-ebbe ; aspect immanent/ aspect transcendant)
En présence du Jury :
M. BRAVO (BORDEAUX 3)
Mme DELPORT (PARIS 4)
M. ROCCHETTI (PARIS 3)
M. THIBAULT (PARIS 4)
Résumés :
L’italien recourt à la forme composée du conditionnel pour parler du futur dans le passé (ex. : Mi ha detto che sarebbe venuto) dans certaines constructions syntaxiques où les autres langues romanes usent de la forme simple (ex. : Me dijo que vendría ; Il m’a dit qu’il viendrait, etc.).
Ce travail comprend trois parties. Nous passons, tout d’abord, en revue les propositions théoriques des grammaires et des linguistes devant ce problème de syntaxe italienne. Ainsi l’une des thèses les plus répandues, selon laquelle la forme simple du conditionnel parlerait d’un événement qui s’est produit, et la forme composée d’un événement qui ne s’est pas produit, s’avère insuffisante. Par de nombreux exemples tirés du corpus littéraire, nous montrons d’ailleurs que la forme composée peut être utilisée dans les deux cas.
Vient ensuite une étude historique, où nous remarquons que ce phénomène est incomparablement plus ancien que ne le croient les grammaires. Il apparaît de très bonne heure dans la langue populaire (XIVe siècle), et beaucoup plus tard dans la langue littéraire (XVIe-XVIIe siècles). C’est sous l’énorme influence des grands écrivains classiques, tels que Dante, Petrarca, et surtout Boccaccio, que les écrivains sont restés longtemps fidèles au modèle de concordance des temps -identique à celui des autres langues romanes- imposé par les grands « trecentisti ». Ce n’est qu’avec des écrivains qui se sont élevés contre ces attitudes archaïsantes -de la Crusca, par exemple- que commence l’installation du phénomène dans la langue littéraire. Son entrée définitive dans la littérature moderne en italien est, croyons-nous, due à des écrivains tels Alessandro Manzoni et Antonio Fogazzaro, qui emploient les deux formes du conditionnel : le premier emploie tout de même majoritairement la forme simple, alors que le second renverse clairement cette tendance.
Or, l’italien est la seule langue romane dont le système verbo-temporel a connu -dès les origines, pour ainsi dire- une « double naissance du conditionnel », à savoir une double morphologie : (-ia), génétiquement plus ancienne, et (-ebbe) qui s’installe sous la forte empreinte des écrivains florentins. Portant notre regard sur le signifiant, nous insistons longuement sur une différence fondamentale entre le conditionnel en -ia (ex. : verria) et le conditionnel en -ebbe (ex. : verrebbe). Leur architecture n’est pas la même, car le premier est construit sur l’imparfait et le second sur le prétérit. Nous pensons à leur constitution interne, plus précisément à la position de l’observateur qui n’est pas la même dans les deux temps.
Enfin, par une étude contrastive, nous expliquons que le conditionnel italien ne se contente pas du repérage sur le temps de l’observateur, comme c’est le cas dans les autres langues romanes, mais qu’il ajoute nécessairement le repérage sur le temps du locuteur, ce que nous avons appelé « double repérage », et qui est dû, selon notre hypothèse, à la superposition -durant des siècles- des deux architectures, -ia (imparfait) et -ebbe (prétérit).
The Italian language uses the compound form of the conditional in certain syntactic constructions (ex. Mi ha detto che sarebbe venuto) whereas other Romance languages use a simple form in order to express future in the past (ex. : Me dijo que vendría ; Il m’a dit qu’il viendrait, etc.).
This work comprises three parts. The first part is a review of the theoretical viewpoints offered by the grammar books and linguists with regard to this problem of the Italian syntax. Thus one of the most widely spread explanations according to which the simple form of the conditional refers to an event which has already happened whereas the compound form refers to an event which has not happened is insufficient. By drawing on examples from a large corpus of literature we are going to show that the compound form may be used in both cases.
The second part gives a historical overview in which we are going to show that this phenomenon is much older than we are led to believe by the grammar books. It appeared for some time in the spoken language (14th century) and much later in the literary language (16th-17th centuries). It was under the great influence of classical authors such as Dante, Petrarca and even Boccaccio that writers remained loyal to the model of sequences of tenses, which was identical to other Romance languages and imposed by the great “trecentisti”. It was not until some writers rose against these archaic attitudes, such as Crusca for example, that this phenomenon started to appear in the literary language. We believe that its firm entry into the modern Italian literature is due to authors such as Alessandro Manzoni and Antonio Fogazzaro, who used both forms of the conditional : the first one however tended to use primarily the simple form whereas the latter very clearly reversed this tendency.
Yet, Italian is the only Romance language in which from the start the verbo-temporal system recognised a “double birth of the conditional” that is to say a double morphology : (-ia), which is older and (-ebbe) which became established through the written form by the Florentine writers. More importantly, we argue that there is a fundamental difference between the conditional with the form -ia (ex : verria) and the conditional with the form -ebbe (ex : verrebbe). Their structure is not the same because the first one is built from the imperfect and the second one from the preterite. Here we are thinking of their internal structure, more precisely the position of the observer who is not the same in the two tenses.
Finally, through a contrastive analysis we explain why the Italian conditional does not comply with the location of the tense of the observer, which is the case in other Romance languages, but it assumes the location of the tense of the speaker, which we are going to refer to as a “double location”, and which according to our hypothesis is due to the superposition of the two forms -ia (imperfect) and -ebbe (preterite) in the course of centuries.
Position de thèse :
M. Benjamin GOLDLUST - Quasi de speculo. L’écriture et la parole dans les Saturnales de Macrobe
Samedi 17 novembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue serpente 75006 Paris
M. Benjamin GOLDLUST soutient sa thèse de doctorat :
Quasi de speculo. L’écriture et la parole dans les Saturnales de Macrobe
En présence du Jury :
Mme ARMISEN-MARCHETTI (TOULOUSE 2)
M. FREDOUILLE (PARIS 4)
Mme GALAND-HALLYN (EPHE)
M. GUITTARD (PARIS 10)
M. ZARINI (PARIS 4)
Résumés :
Si l’oeuvre de Macrobe a été reçue comme une source susceptible d’intéresser telle question
d’érudition, on déplore l’absence d’études privilégiant les aspects littéraires des Saturnales. Il
s’agit pourtant d’un banquet stylisé pour l’écriture duquel Macrobe élabore un projet
innovant. A l’origine de ce silence, la Quellenforschung a ouvertement négligé le souci d’une
composition qui se lance le défi de ramener à l’unité organique d’un tout construit, dans
lequel l’auteur voit la seule possibilité d’accéder à l’oeuvre d’art, la multiplicité éparse des
contenus de savoir. L’étude du système des personnages permet d’appréhender l’économie de
la parole et les différents régimes du discours des Saturnales, les convives appliquant
l’impératif du spoudaiogeloion, et mêlant les dissertations techniques et les « bons mots ».
Grâce à l’appareil de lectures mis en place du fait de la présence de douze orateurs spécialisés,
Macrobe élabore une encyclopédie vivante des temps anciens dont la codification précise
garantit l’originalité de l’oeuvre. Les modalités dans le cadre desquelles chacun prend la
parole, l’orchestre et la passe finalement à son voisin pour que lui aussi apporte son écot à la
communauté du savoir qui se dessine, doivent nous renseigner sur la conception du discours
que l’oeuvre accrédite et qui constitue une vraie progression dans la définition d’un sermo
doctus dont se souviendront la Renaissance et l’âge classique. Abordées ainsi, les Saturnales,
qui ont été abondamment lues au Moyen Âge, présentent aujourd’hui encore un intérêt
esthétique et poétique qui, sans remettre en cause la valeur documentaire de l’oeuvre, permet
d’en apprécier la valeur intrinsèque.
Although Macrobius’ work has been understood as a source likely to engage erudite interest,
the absence of studies emphasizing the Saturnalia’s literary aspects is unfortunate. The work
presents a carefully fashioned banquet, for which Macrobius elaborates an innovative project
in his writing of it. At the origins of this silence, Quellenforschung has openly neglected the
composition’s attempt to pose itself the challenge of collecting the multiplicity of knowledge
into an organic unity as a coherent construction. The study of the network of characters allows
us to understand the economy of speeches and the different systems of discourse in the
Saturnalia, as the guests apply the imperative spoudaiogeloion and combine technical
exposés with facete dicta. Through the system of readings put into place on account of the
twelve specialized speakers who are present, Macrobius elaborates a living encyclopedia of
ancient times, whose precise codification guarantees the work’s originality. The terms of
reference in which each person undertakes a speech, composes it, and eventually passes it
along to his neighbor, who in turn offers his own share to the corporation of knowledge that
takes shape, ought to inform us about the idea of discourse which the work authorizes. This
idea constitutes a singular advancement in the definition of sermo doctus, which the
Renaissance and the âge classique would lay to heart. Approached from this perspective, the
Saturnalia, read widely in the middle Ages, still present us today with an aesthetic and poetic
interest ; without undermining the documentary merit of the Saturnalia, this approach still
allows us to understand their intrinsic value.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. Benjamin MERCIER - Les contrôleurs généraux des finances de Machault d’Arnouville à Etienne de Silhouette (1745-59)
Lundi 10 décembre 2007
14 heures 30
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Benjamin MERCIER soutient sa thèse de doctorat :
Les contrôleurs généraux des finances de Machault d’Arnouville à Etienne de Silhouette (1745-59)
En présence du jury :
M. ABAD (PARIS 4)
M. BARBICHE (CHARTES)
M. BERCÉ (PARIS 4)
M. CLAYES (PARIS 3)
Mme TOUZERY (PARIS 12)
Résumés :
« Quel est le contrôleur général de quartier en France ? » se serait demandé le roi de Prusse, Frédéric II. Cette
remarque illustre l’échec des dirigeants de l’administration centrale et est particulièrement valable pour les années
1745-1759. Cinq contrôleurs généraux se succédèrent : Machault d’Arnouville (1745-1754) fut présenté comme un
ministre compétent, contrairement à ses successeurs – Moreau de Séchelles (1754-1756), Peyrenc de Moras (17561757), Boullongne (1757-1759) et Silhouette (1759). Ces renouvellements ministériels rapides sont généralement
expliqués par l’incompétence de ces hommes enrichis rapidement et parvenus au pouvoir malgré leur incompétence.
L’objet de ce travail est de s’intéresser aux raisons de l’échec politique. Ce dernier est facilement mesurable : bien
peu nombreuses sont les décisions politiques ayant marqué cette période de l’histoire économique et financière.
Cette mesure de l’échec doit conduire à s’interroger sur la manière dont travaillait le contrôleur général des
finances. Avec ses auxiliaires, la relation était placée sous le signe de la soumission et de l’autonomie. Cependant ce
ne fut pas une nouveauté au XVIIIe siècle : cette méthode n’explique donc pas l’échec des contrôleurs généraux.
Les raisons doivent en être cherchées dans un changement de leur position sociale. Le départ de Machault du
contrôle général marqua la fin du contrôleur général en tant que chef de clan à la Cour. Ses successeur furent
uniquement des membres de factions. Leur poids politique diminua au profit des tâches administratives, ce qui
permit l’apparition et l’échec des ministres spécialistes, comme l’illustre les carrières de Boullongne et de
Silhouette.
“Who is the contrôleur général of this quarter in France ?” would have asked Frederic the IInd, king of Prussia,. This
comment exemplifies the failure of the leaders of the Administration and is especially true for the period from 1745
to 1759. Five contrôleurs généraux succeeded : Machault d’Arnouville (1745-1754) who is generally regarded as a
competent minister contrary to his successors – Moreau de Séchelles (1754-1756), Peyrenc de Moras (1756-1757),
Boullongne (1757-1759) and Silhouette (1759). This rapid ministerial turn over is generally explained by the
incompetence of this rapidly enriched men who reached their political positions in spite of their incompetence. This
essay takes an interest into the reasons for this political failure. It is easy to measure it : there are few economic and
financial decisions which are outstanding. This failure’s gauge brings to take an interest in the way the contrôleur
general of finances worked. With his assistants, submission and autonomy were the keynotes of the work. This fact
was not new in the 18th century : however it is not sufficient to explain the failure of the contrôleurs généraux. The
reason of this failure should rather be sought into the alteration of the social standing of these financial leaders.
When Machault left the contrôle general fitted with the contrôleur général’s end as factions leader. His successors
were only members of these. Their political importance reduced while the administrative works increased. It
resulted into the apparition and failure of the specialist ministers as demonstrated by the careers of Boullongne and
Silhouette.
Position de thèse :
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M. Benjamin TREMOULET - Pour une théorie du sens commun. Le modèle kantien
Mardi 1er avril 2008
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Benjamin TREMOULET soutient sa thèse de doctorat :
Pour une théorie du sens commun. Le modèle kantien
En présence du jury :
M. COURTINE (PARIS 4)
M. HOFFE (UNIVERSITE)
M. KOCH (UNIVERSITE)
M. RENAUT (PARIS 4)
Résumés :
En attente...
M. BENOIT LAUDENBACH - Mondes Nilotique et Libyque, Strabon, Géographie, XVII.
samedi 14 janvier 2012
à 14h
Salle D223 , A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris
M. BENOIT LAUDENBACH soutient sa thèse de doctorat :
Mondes Nilotique et Libyque, Strabon, Géographie, XVII.
En présence du jury :
M. CANFORA ( Bari )
M. FOURNET ( EPHE )
M. GASCOU ( PARIS 4 )
M. MARCOTTE ( REIMS )
MME MONDRAIN ( EPHE )
M. TALLET ( PARIS 4 )
M. Bernard FAYET - Les successions de consonnes en latin
Samedi 13 octobre 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Bernard FAYET soutient sa thèse de doctorat :
Les successions de consonnes en latin
En présence du Jury :
M. BRIQUEL (PARIS 4)
Mme DANGEL (PARIS 4)
M. HAUDRY (LYON 3)
M. PURNELLE (LIEGE)
Mme VAISSIERE (PARIS 3)
Résumés :
L’objet de la thèse est de montrer que les consonnes, à la différence des voyelles, ne peuvent pas se succéder indéfiniment : elles sont très limitées en nombre et par la nature des articulations en présence. On observe déjà, sur les textes latins, qu’à l’intermot, on a moins de successions de consonnes que la fréquence des consonnes finales et initiales le ferait espérer mathématiquement ; que, dans la morphologie, jamais la jonction de 2 morphèmes n’a donné lieu à une succession de consonnes. Un certain nombre de mots outils présentent aussi deux formes équivalentes qui dans une certaine mesure, répondent au besoin d’éviter les successions de consonnes ou bien au contraire, d’en provoquer à titre de ponctuation orale.
Les statistiques et les calculs mathématiques permettent d’établir une fréquence normale des voyelles en face des consonnes et montrent que les successions de consonnes sont très loin de ce qu’un tirage aléatoire ferait espérer. En passant, il permettent aussi des observations stylistiques intéressantes. Cette partie de la thèse établit le fait
Après l’établissement de ce fait mathématique, on étudie les modalités selon lesquelles une succession de consonnes est plus ou moins admise suivant les articulations dont elles est composée. On découvre alors qu’il existe une hiérarchie des points et modes d’articulation qui interfère avec la dominance de l’explosive sur l’implosive. À titre secondaire on trouve aussi des explications pour certains phénomènes comme le rhotacisme.
Il est nécessaire ensuite de considérer dans quelle mesure les observations faites sur le latin peuvent être considérées comme étant autre chose qu’un accident de cette langue. Pour cela, on étudie d’abord les variations qui existent en latin pour montrer qu’elles sont toujours liées à un système qui interfère avec les faits établis. Puis on étudie, pour d’autres langues que le latin, dans quelle mesure on y retrouve les faits que nous avions observés ou bien dans quelle mesure on peut expliquer qu’ils ne s’y retrouvent pas. Cette intégration des faits établis dans des systèmes plus larges permet d’affirmer qu’ils sont objectifs, généraux et justifient une explication de phonétique expérimentale.
Une caractéristique originale de la thèse, c’est de partir de textes latins pour aller jusqu’à la phonétique expérimentale. L’analyse des textes trouve ainsi une confirmation dans les explications physiques et d’autre part les explications physiques sont restreintes avec plus de rigueur par l’analyse linguistique.
Cependant, l’ étude expérimentale restera incomplète . En effet, si nous nous appuyons sur des techniques déjà anciennes et éprouvées, nous n’obtenons pas une certitude suffisante. Notre travail s’achève donc sur un inventaire des possibilités qu’offrent les logiciels informatiques d’analyse ou de synthèse de la parole.
This study centers on sequences of consonnants and tries to show how their repartition is not a random repartition. They are limited in number as welle as in length and by the types of consonnants used in the sequences. The analysis is conducted from a latin corpus because in that field, latin has clearcut structures. All the same its results have a wider scope. Already, at bundaries between two words, that is in speech (fr. langage), not in the language (fr. langue), the sequences of consonnants have a lesser frequency than should be expected if we consider their number at the end and beginning of words. In morphology, there appears no sequences of consonnants at the articulation of morphemes. At last, Sequences may be reduced according to the places and manners of articulation. Lastly we leave to the care of experimental phonetics the explanation of the facts that we brought to light out of te intricate contexts that hide them.
Position de thèse :
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M. Bernard KOPP - Approches lexicologiques du monde romanesques de Madame de Lafayette. Essai de sémantique exégétique.
Mercredi 26 mars 2008
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Bernard KOPP soutient sa thèse de doctorat :
Approches lexicologiques du monde romanesques de Madame de Lafayette. Essai de sémantique exégétique.
En présence du jury :
M. CAHNÉ (PARIS 4)
M. FERREYROLLES (PARIS 4)
Mme GEVREY (REIMS)
M. MAC KENNA (CLERMONT 1)
Résumés :
Dans ce travail à visée interprétative, une analyse systématique du lexique
de Mme de Lafayette (la fréquence des mots ou leur rareté, les hapax et les
absents) a permis ces conclusions :
c’est en réalité par la Comtesse de Tende, sa nouvelle posthume, qu’elle a
inauguré sa carrière narrative.
La suspicion tenace ne résiste pas à notre étude : la comtesse de Lafayette
est le seul auteur d’une oeuvre qu’on lui a souvent contestée ; les concours
amis furent réels, mais jamais décisifs.
On s’est bien sûr intéressé surtout à la Princesse de Clèves :
? on a approfondi deux énigmes : l’effacement de Dieu dans un monde
qui ne cesse de l’invoquer, et l’explosion sensuelle de la nuit de
Coulommiers dans un roman si discret sur les desseins du corps et
même son dessin.
? On a fait litière d’explications souvent avancées : la vertu, le poids de
l’éducation, la conscience d’une culpabilité.
? Telle est, dans l’histoire littéraire du renoncement, la singularité de la
princesse : l’heure de la liberté (son mari meurt…) ne la livre pas
éblouie à la promesse du bonheur partagé avec le duc de Nemours,
mais – au terme d’une série de crispations – lui dicte un refus de vivre
fondé sur la certitude que la réel détruit la passion.
? La solitude choisie par Mme de Clèves est crépusculaire. Vient seule
l’atténuer la conjonction de la mémoire et de l’imaginaire ; il faut
croire à cette présence de l’Absent. Quand Segrais, l’une des plumes
prêtées à la romancière par la rumeur, inspire cette question rhétorique
à l’une de ses héroïnes : « Mais qui peut vivre sans aimer ? », le roman
propose sa leçon d’abîme : la princesse peut aimer sans vivre.
Le stoïcisme de Du Vair, l’analyse cartésienne des passions, Pascal et
l’univers de Port-Royal : on a étudié la curiosité de Mme de Lafayette
pour ces mondes intellectuels et les limites de sa sympathie.
In this interpretive work, a systematic analysis of Mme de Lafayette’s lexicon (the
frequency of the words or their rarity, the hapaxa and the absentees) allowed these
conclusions :
It is really by La Comtesse de Tende, her posthumous short story, that she
inaugurated her narrative career.
This study pots an end to the oft-debated authorship controversy : The
Countess de La Fayette is the only author of her work. There is no denying
that she was assisted by friends, but never decisively.
We were naturally interested especially in La Princesse de Clèves :
? We have fathomed two enigmas : the disappearance of God in a world
which does not stop calling upon him, and the sensual explosion of the
night in Coulommiers in a novel which tells so little about the intentions of
the body and even its representation.
? We have discarded oft-advanced explanations : virtue, the weight of
education, the consciousness of a fault.
? Here is, in the literary history of the renonciation, the peculiarity of the
Princes : the time for freedom (her husband dies...) does not deliver her
into dazzling promises of happiness shared with the Duc de Nemours, but
at the end of a series of tensings -dictates her a refusal to live based on
the certainty that the reality destroys the passion.
? The solitude chosen by Mme de Clèves is in the twilight. Only the
conjonction of the memory and the imagination cornes to ease it ; it is
necessary to believe in the presence of the Absentee. While Segrais, one of
the presumed pens credited to the novelist by the rumour, inspired this
rhetoric question to one of his heroines : "But who can live without
loving ?", the novel proposes to explore the depths of despair : the princes
can love without living.
? We have shown Mme de Lafayette’s interest in Du Vair’s Stoicism, the
Cartesian analysis of the passions, Pascal and the philosophy of Port Royal
as well as the limits of her sympathy with these intellectual worlds.
Position de thèse :
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M. Bernard REBER - Théories politiques, pluralisme éthique épistémoloqie de l’évaluation des technologies contreversées. [HDR]
jeudi 1er juillet 2010
9h
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Bernard REBER soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Théories politiques, pluralisme éthique épistémoloqie de l’évaluation des technologies contreversées.
En présence du jury :
M.BELLAMY (Londres)
M. BESNIER (Paris 4)
M. DEMEULENAERE (Paris 4)
M. FERRY (Bruxelles)
M. KEMP (Danish)
M. STEINER (North Carolina)
M. BERTRAND FONCK - Le maréchal-duc de Luxembourg (1628-1695) et le commandement des armées : carrière des armes et pratique de la guerre sous Louis XIV.
samedi 19 novembre 2011
à 14h30
A l’Amphithéâtre Sainte Barbe,
4 rue Valette, 75005 Paris
M. BERTRAND FONCK soutient sa thèse de doctorat :
Le maréchal-duc de Luxembourg (1628-1695) et le commandement des armées : carrière des armes et pratique de la guerre sous Louis XIV.
En présence du jury :
M. BÉLY ( PARIS 4 )
M. CHALINE ( PARIS 4 )
M. CORNETTE ( PARIS 8 )
M. DREVILLON ( PARIS 1 )
M. VERGE-FRANCESCHI ( TOURS )
résumés :
François-Henri de Montmorency-Bouteville, maréchal-duc
de Luxembourg (1628-1695), connut une longue carrière d’officier général, de la
fin de la guerre de Trente Ans à celle de la Ligue d’Augsbourg, et un parcours contrasté,
marqué par les inconstances de la faveur et de la fortune des armes. Engagé
dans la Fronde
auprès de son parent, le prince de Condé, qui lui obtint en 1661 la main de
l’héritière de la pairie de Luxembourg, il revint au service lors de la guerre
de Dévolution. Ayant acquis la protection de Louvois, il commanda en Hollande
en 1672, puis devint capitaine des gardes du corps avant d’obtenir le bâton de
maréchal de France en 1675. Impliqué dans l’affaire des Poisons, il fut écarté
des commandements et dut attendre la campagne de 1690 pour retrouver la
direction de l’armée de Flandre, qu’il commanda jusqu’en 1694. Ses victoires,
pourtant peu exploitées, lui valurent une gloire inégalée en son temps et le
surnom de Tapissier de Notre-Dame ; elles en firent également l’un des
généraux les plus influents à la cour de Louis XIV, qui favorisa
l’élévation de sa maison. L’étude de sa carrière apporte une contribution de
premier plan à l’histoire de la collaboration intéressée entre la grande
noblesse et la monarchie absolutiste, et de la place des généraux dans l’État
et le gouvernement du royaume. L’analyse de ses campagnes et de son expérience
du commandement dévoile l’évolution de la conduite de la guerre et des
opérations, au temps de la stratégie de cabinet et des conflits limités, aussi
bien que les transformations progressives des pratiques de la guerre et du
combat.
The Marshal-Duke of
Luxembourg
(1628-1695) and the Art of Command : Military Career and Warfare under Louis
XIV
François-Henri de
Montmorency-Bouteville, marshal-duke of Luxembourg (1628-1695), followed a
long career of general officer, from the end of the Thirty Years’ War till the
Nine Years’ War, and had a contrasted life marked by the inconstancies of the favour
and the fortune of war. Committed in the Fronde with his relative, the prince
of Condé, who obtained for him in 1661 the hand of the heiress of the “pairie”
of Luxembourg,
he returned to the service during the War of Devolution. Having acquired the
protection of Louvois, he commanded in Holland in
1672, then became captain of a company of “gardes du corps”, before becoming
marshal of France
in 1675. Involved in the Affair of the Poisons, he was pushed aside from
commands and had to wait for the campaign of 1690 to find back the direction of
the army of Flanders, which he commanded until
1694. His victories, although not totally exploited, were worth to him an
unequalled glory at that time, and the nickname of “The Tapissier de Notre-Dame”
; they also made him one of the most powerful generals in the court of
Louis XIV, which favored the rise of his family. The study of his career contributes
remarkably to the history of the interested collaboration between the high
nobility and the absolutist monarchy, and of the place of the generals in the
State and the kingdom’s government. The analysis of his campaigns and his
experience of command reveals the evolution of warfare, in the time of the
“stratégie de cabinet” and the limited conflicts, as well as the progressive
transformations of the practice of war and fighting.
M. Bertrand VIEILLARD - Le tact du peintre, le toucher du philosophe : Chardin et la pensée française du XVIIIe siècle
Lundi 3 décembre 2007
9 heures
En Sorbonne, centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Bertrand VIEILLARD soutient sa thèse de doctorat :
Le tact du peintre, le toucher du philosophe : Chardin et la pensée française du XVIIIe siècle
En présence du Jury :
Mme BRUGERE (BORDEAUX 3)
M. FRANTZ (PARIS 4)
Mme LICHTENSTEIN (PARIS 4)
M. MICHEL (LAUSANNE)
Résumés :
En attente...
M. Boerries KUZMANY - La ville de Brody au cours du "long" XIX ème siècle.
vendredi 19 décembre 2008
14h
Université de Vienne, Autriche
M. Boerries KUZMANY soutient sa thèse de doctorat :
La ville de Brody au cours du "long" XIX ème siècle.
En présence du jury :
Mme BECHTEL (Paris 4)
Mme JOBST (Université)
M. KAPPELER (Wien)
Mme KEIL (INST)
M. SCHWARCZ (Wien)
M. Boerries KUZMANY - La ville de Brody au cours du "long" XIXème siècle.
vendredi 19 décembre 2008
14h
Université de Vienne, Autriche
M. Boerries KUZMANY soutient sa thèse de doctorat :
La ville de Brody au cours du "long" XIXème siècle.
En présence du jury :
Mme BECHTEL (Paris 4)
Mme JOBST (Université)
M. KAPPELER (Wien)
Mme KEIL (Inst)
M. SCHWARCZ (Wien)
M. Boris LAZIC - La relation du temps et de l’éternité dans l’oeuvre poétique de P.P. Njegos.
vendredi 23 octobre 2009
14h
Au centre d’Etudes Slaves, salle de Conférence
9 rue Michelet 75006 Paris
(interphone ’admnistration’)
M. Boris LAZIC soutient sa thèse de doctorat :
La relation du temps et de l’éternité dans l’oeuvre poétique de P.P. Njegos.
En présence du jury :
M. CONTE (Paris 4)
M. NIVIERE (Nancy 2)
M. POPOV (Université)
M. THOMAS (Paris 4)
M. BRICE TISSIER - Mutations esthétiques, mais continuité technique dans l’oeuvre de Pierre Boulez.[cotutelle]
mercredi 19 octobre 2011
à 16h
Amphithéâtre Gustave Roussy - sescalier B 2ème étage - Campus Cordeliers
15 rue École de médecine 75006 PARIS
M. BRICE TISSIER soutient sa thèse de doctorat :
Mutations esthétiques, mais continuité technique dans l’oeuvre de Pierre Boulez.
En présence du jury :
M. AGUILA ( TOULOUSE 2 )
M. BATTIER ( PARIS 4 )
MME FERNANDO ( Montréal )
M. NATTIEZ ( Montréal )
M. PIENCIKOWSKI ( Fondation )
Résumés :
L’œuvre musicale de Pierre Boulez
est l’une des œuvres majeures de la seconde moitié du vingtième siècle.
Celle-ci a évolué entre 1945 et 2008 conjointement avec ses écrits, dans
lesquels sa réflexion traite, successivement, les différents aspects de son
langage : la théorie entre 1948 et 1963, puis l’esthétique entre 1963 et
1995. Le premier livre de cette thèse
traite des évolutions esthétiques de Boulez. Les deux analyses proposées dans
le second livre, consacrées aux deux groupes d’œuvres Domaines/Dialogue de l’ombre
double et Anthèmes/Anthèmes 2, ont pour objectif de
démontrer la complexité toujours présente ainsi que la rigueur de la démarche
compositionnelle de Boulez à la lumière des esquisses, nonobstant une
simplicité apparente des éléments constitutifs.
Pierre Boulez’s musical compositions are one of
the most important compositions in the second half of the twentieth century.
They moved a lot between 1945 and 2008 together with his written works, in
which his thought deals successively with the different aspects of his language
: the theory between 1948 and 1963, then the esthetics between 1963 and 1995. The first part of
this doctoral dissertation deals with Boulez’s esthetic evolutions. The two
analyses in the second part – devoted to Domaines/Dialogue de
l’ombre double and Anthèmes/Anthèmes 2 – aim at
demonstrating in the light of the sketches the complexity and the rigour of
Boulez’s reasoning when he composes, although the constituents seem apparently
simple.
M. Bruno FUNG KWOK - La pensée Schopenhauerienne : une philosophie à deux voies (de l’Europe à l’Asie)
samedi 13 septembre 2008
14h
Salle des Actes en Sorbonne, centre administratif de Paris 4.
1, rue Victor Cousin, 75005 Paris
M. Bruno FUNG KWOK
La pensée Schopenhauerienne : une philosophie à deux voies (de l’Europe à l’Asie)
En présence du jury :
M. BARNES (Paris4)
M. CHENET (Paris 4)
M.KAMENAROVIC (Paris 4)
M. LAKS (Paris4)
M. MATHIEU (CNRS)
M. VIEILLARD - BARON (Poitiers)
M. Bruno FUNK KWOK - La pensée Schopenhauerienne : une philosophie à deux voies (de l’Europe à l’Asie).
samedi 13 septembre 2008
14h
Salle des Actes en Sorbonne, centre administratif de Paris 4
1rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Bruno FUNK KWOK
La pensée Schopenhauerienne : une philosophie à deux voies (de l’Europe à l’Asie)
En présence du jury :
M. BARNES (Paris 4)
M. CHENET (Paris 4)
M. KAMENAROVIC (Paris 4)
M. LAKS (Lillle 3)
M. MATHIEU (CNRS)
M. VIEILLARD-BARON (Poitiers)
M. Bruno MARNOT - L’Etat et les grands réseaux en France (XIX-XXème siècles) : décision politique, expertises techniques, territoire et recherche.
jeudi 13 novembre 2008
14h
Salle des Actes en Sorbonne, centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Bruno MARNOT
L’Etat et les grands réseaux en France (XIX-XXème siècles) : décision politique, expertises techniques, territoire et recherche.
En présence du jury :
M. BARJOT (Paris 4)
M. BOUNEAU (Bordeaux 3)
M. CARON (Paris 4)
M. COUTARD (ESITC)
Mme DIOGO (Universida)
M. GRISET (Paris 4)
M. LE BOUEDEC (Bretagne Sud)
M. Bruno TRIBOUT -Les récits de conjuration sous le règne de Louis XIV (1651-1715)
Mercredi 19 décembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Bruno TRIBOUT soutient sa thèse de doctorat :
Les récits de conjuration sous le règne de Louis XIV (1651-1715)
En présence du Jury :
M. BEUGNOT (MONTREAL)
M. DANDREY (PARIS 4)
Mme DESJARDINS (UQAM)
M. FERREYROLLES (PARIS 4)
M. MÉCHOULAN (MONTREAL)
M. RONZEAUD (AIX-MARSL 1)
Résumés :
Cette thèse a pour objet la mise en série d’une dizaine de récits de conjuration (Sarasin, Retz,
Saint-Réal, Vertot, Le Noble…) publiés sous Louis XIV en dépit de l’interdit pesant sur ce
sujet. Bien que disparates génériquement, ces ouvrages partagent une esthétique paradoxale
fondée sur une distribution ambivalente de l’éloge et du blâme, qui rend leur sens politique
difficile à établir.
Pour ce faire, une première partie reconstitue les contextes historique, théorique et esthétique
de l’évocation des conjurations, faisant surgir diverses facettes d’un même paradoxe : si le
corpus voit le jour au moment où les conjurations disparaissent des pratiques, si la portée
critique des conjurations pointe jusque dans les doctrines politiques de l’absolutisme, du point
de vue esthétique, la topique en question n’est pas moins pourvoyeuse de paradoxes
puisqu’elle permet de juxtaposer éloge du roi et éloge des conjurés afin de délivrer un double
enseignement moral destiné aux sujets comme au prince.
C’est donc sur le plan esthétique qu’il faut chercher la clef de lecture du corpus. Pour ce faire,
après avoir souligné, dans une seconde partie, l’idiosyncrasie des textes et montré que, malgré
les influences de l’historiographie (notamment Salluste) et de la nouvelle historique, on ne
saurait parler d’un (sous-)genre du récit de conjuration, l’enquête suggère que la cohérence du
corpus tient, d’une part, à une esthétique de l’éloge paradoxal en faveur de la concorde civile
et, d’autre part, aux vertus apaisantes d’un récit à suspens qui exploite chez le lecteur la
hantise de la chute des monarchies et le plaisir de jouer à se faire peur, pour louer la stabilité
d’un grand règne.
In my thesis, I analyse a series of conspiracy narratives published in the reign of Louis XIV
by such authors as Sarasin, Retz, Saint-Réal, Vertot, Le Noble, etc. Though pertaining to a
variety of literary genres, the corpus texts share a paradoxical aesthetics alternating between
praise and condemnation, rendering their political significance difficult to decipher.
To this end, the first part of my thesis reconstitutes the historical, theoretical and aesthetical
context in which conspiracies occurred. This approach highlights various aspects of the same
paradox : from historical point of view, the corpus texts appeared when the nobility tended to
disregard conspiracy as a means of action ; in the history of ideas, philosophers could not
always keep the theory of absolutism clear of the compromising topic of conspiracy and, in
literature, praise for the king and praise for conspirators were often intertwined to convey a
dual message of virtue and obedience.
Thus it is at the level of aesthetics that an answer to the political ambiguity of the corpus texts
should be sought. With this in mind, in the second part of my thesis, I analyse firstly the
specificity of each text and show that despite their link to history or the historical novel, they
do not form a genre apart. Instead, the coherence of the corpus texts is to be found in the
aesthetics of paradoxical praise for peace and in the reassuring virtues of narratives which, to
the readers’ delight, use the threat of the fall of empires as a means of showing the benefits of
a stable and glorious monarchy.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Camille RIQUIER - Le temps et la méthode chez Bergson
Samedi 8 décembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, salle D223
28, rue Serpente 75006 paris
M. Camille RIQUIER soutient sa thèse de doctorat :
Le temps et la méthode chez Bergson
En présence du Jury :
M. BARBARAS (PARIS 1)
M. CHRETIEN (PARIS 4)
M. MARION (PARIS 4)
M. MONTEBELLO (TOULOUSE 2)
M. WORMS (LILLE 2)
Résumés :
Notre première partie est consacrée à la démarche, fine et articulée, de la méthode
bergsonienne en tant qu’elle traverse l’oeuvre entière et la sous-tend. Car Bergson a moins
apporté à la métaphysique une doctrine qu’une méthode. De la même manière, il a moins pris
le temps pour thème explicite qu’il ne lui a conféré une puissance de résolution des problèmes
métaphysiques. Ses livres, sa correspondance comme ses cours – dont certains passages que
nous reproduisons ici sont encore inédits – témoignent ainsi de cette attention répétée aux
procédés par lesquels il obtînt ses résultats plus qu’à ses résultats eux-mêmes. Sitôt qu’on
adopte cette perspective, l’unité tant recherchée de l’oeuvre de Bergson apparaît plus
clairement.
Notre deuxième partie tire bénéfice de cette cohérence pour proposer une lecture qui suit le
mouvement et l’unité de l’oeuvre telle qu’elle se déploie livre après livre. Il apparaît que
chaque livre porte sur un problème particulier dont la résolution conduit au problème suivant,
de sorte qu’à l’occasion des différents problèmes traités – le problème de la liberté (Essa), le
problème de l’union de l’âme et du corps (Matière et Mémoire), le problème de la causalité
(L’Évolution créatrice), le problème de la volonté (Les Deux Sources de la morale et de la
Religion) – il se poursuit un seul et même problème qui traverse l’oeuvre entière et trouve à
chaque fois un élément de sa réponse. Si la personne se fait dans le tissu de la durée, c’est
qu’elle lui donne en retour le lieu où s’articulent ses différentes dimensions (présent, passé,
avenir). La personne, dans tous ses états, se substitue au sujet et se pense comme temps contre
son exil transcendantal.
Our first part is devoted to the step, fine and articulated, of the bergsonian method as it crosses
whole work and underlies it. Same manner, it took time for explicit topic than it did not confer
to him a traditional power of resolution of the problems of metaphysics. Its books, its articles,
conferences, its correspondence as its courses - whose certain passages which we reproduce
here are still new - testify thus to this attention repeated with the processes by which it obtained
its results more than with its results themselves. As soon as we adopt this perspective, the unity
so looked for by the work of Bergson appears more clearly.
Our second part benefits from this coherence to propose a reading which follows the
movement and the unity of the work such as it spreads book after book. It seems that every
book concerns a particular problem the resolution of which leads(drives) to the following
problem, so that on the occasion of the various treated problems - the problem of the free will
(Time and Free Will), the problem of the union of the soul and the body (Matter and
Memory), the problem of the causality (Creative Evolution), the problem of the will (The two
Sources of the morality and the Religion), it continues the same problem which crosses the
whole work and finds every time an element of its answer. If the person is made in the tissue
of duration, its that it offers in return the place where all its different various dimensions
(present, past, future).The person, in all its states, substitutes the subject and thinks itself like
time in opposition to its transcendental exile.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Carlos Eduardo GALVAO BRAGA - L’expérience perceptive de Gustave Flaubert entre 1841 et 1851.
samedi 7 novembre 2009
14h
En Sorbonne, salle des actes , centre admnistratif de la Sorbonne
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Carlos Eduardo GALVAO BRAGA soutient sa thèse de doctorat :
L’expérience perceptive de Gustave Flaubert entre 1841 et 1851.
En présence du jury :
M. DE BIASI (CNRS)
M. DUFOUR (Tours)
Mme HERSCHBERG-PIERROT (Paris 8)
Mme MELONIO (Paris 4)
M. Cédric FERRIER - Pouvoir et territoire sous les Gupta (Inde du Nord, IV ème-VI ème siècles)
jeudi 18 décembre 2008
14h
Institut Finlandais, Auditorium
60 rue des Ecoles 75005 Paris
M. Cédric FERRIER soutient sa thèse de doctorat :
Pouvoir et territoire sous les Gupta (Inde du Nord, IV ème-VI ème siècles)
En présence du jury :
M. ALI (Univ Londres)
M. BOPEARACCHI (ENS)
M. LARONDE (Paris 4)
M. MEYER (INALCO)
M. VON HINÜBER (FRIBOURG)
M. Cédric GOBEIL - Modes et domaines d’expression de ma joie en Egypte ancienne.
lundi 7 juillet 2008
9h
Salle des actes, centre administratif en Sorbonne
1, rue Victor Cousin, 75005 Paris
M. Cédric GOBEIL
Modes et domaines d’expression de ma joie en Egypte ancienne.
En présence du jury :
Mme FORGEAU (Paris 4)
Mme HAIKAL (Le Caire)
Mme PANTALACCI (Lyon 2)
M. REVEZ (Montréal)
Mme VALBELLE (Paris 4)
Résumés :
Modes et domaines d’expression de la joie au quotidien en Égypte ancienne.
Le but premier de cette étude doctorale est d’ordre socio-historique : identifier et expliquer comment, dans la vie quotidienne en Égypte ancienne, les manifestations de joie étaient traduites (modes) et voir dans quels contextes elles intervenaient (domaines). La thèse cherche donc à donner une image la plus précise possible de la représentation que ce peuple se faisait de la joie, tant au travers des images qu’au travers du lexique pour lequel nous avons cherché à affiner les traductions traditionnelles. En outre, par une étude des contextes et par une mise en perspective des signes de l’écriture hiéroglyphique, par essence iconique, et des représentations figurées, nous avons pu dresser une véritable typologie des mots et des images relatifs à la joie : à chaque aspect de l’émotion, une réponse linguistique spécifique et à chaque événement joyeux, des démonstrations de joie particulières qui mettent en jeu un vocabulaire et des images propres. Si certaines manifestations joyeuses sont universellement partagées, d’autres, comme « le port de la branche festive », relèvent, en revanche, de la culture égyptienne ou, du moins, d’un modèle d’expression commun aux régions du Proche-Orient et de l’Afrique noire, à la croisée desquelles se situe la civilisation pharaonique.
Abstract : Modes and Domains of Expressions of Joy In Ancient Egypt Daily Life.
The main purpose of this doctoral study is of socio-historic order : to identify and to explain how, in the ancient Egypt daily life, the demonstrations of joy were translated (modes) and to see in which contexts they intervened (domains). This question thus aims at giving the most precise image as possible of the vision which this population had of joy. From the rich vocabulary related to joy that has been attested by the Egyptian texts, this thesis attempted furthermore to refine its translation. This first study was then completed by an examination of the contexts in which the terms of joy appeared, as well as by an analysis of the figurative representations and the hieroglyphic signs, the Egyptian language being by definition iconic. These observations showed that for each joyful event Egyptians had brought a particular linguistic and iconographic answer. It was then possible to draw a typology of joy pointing out that if certain demonstrations of joy were universally shared, some others were culturally related to this ancient society, as for the bearing of the "festal branch" for example, one of the most typical demonstrations of joy in that civilization.
M. Charbel MAALOUF - Erôs de Dieu, Erôs de l’homme : une théologie "érotique" chez saint Grégoire de Nysse.
vendredi 1er octobre
14h
Amphithéâtre René Rémond, bat B, 2ème étage à l’Institut Catholique de Paris
21 rue d’Assas 75006 Paris
M. Charbel MAALOUF soutient sa thèse de doctorat :
Erôs de Dieu, Erôs de l’homme : une théologie "érotique" chez saint Grégoire de Nysse.
En présence du jury :
M. BLANCHARD (ICP Paris)
M. CHRETIEN (Paris 4)
M. FEDOU (Faculté)
M. IMBACH (Paris 4)
M. Choong-Hoon LEE - Composition et simplicité dans l’esthétique musicale de Diderot et Rousseau
Mercredi 25 juin 2008
14 heures 30
Maison de la Recherche, salle D223, 2ème étage
28, rue Serpente 75005 Paris
M. Choong-Hoon LEE soutient sa thèse de doctorat :
Composition et simplicité dans l’esthétique musicale de Diderot et Rousseau
En présence du Jury :
M. DELON (PARIS 4)
M. FRANTZ (Paris 4)
M. O’DEA (LYON 2)
Mme SAINt GIRONS (PARIS 10)
Résumés :
L’idéal de la simplicité, manifesté et illustré dans les domaines de la langue nationale, des beaux-arts et de la morale tout au long du XVIIe siècle, est substitué aux règles conventionnelles qui aveuglent les nouveautés accomplies par les génies du siècle suivant. Rousseau distingue deux simplicités, artificielle et naturelle. Il lui importe de purifier la simplicité qui, ayant perdu sa première vigueur, est devenue apprêtée et dégénérée à son époque, tout en se référant à la simplicité des Anciens et des génies contemporains.
Diderot souligne l’harmonie entre la simplicité et la variété. La simplicité fait sûrement partie de la beauté et non l’inverse. Le beau consiste dans la liaison de la variété et de l’unité, de la diversité et de la simplicité. Si l’une d’entre elles est légèrement affaiblie ou renforcée, la composition en sera influencée et détruite. La composition suppose donc l’équilibre de tous les individus composant la totalité et le tempérament y est toujours nécessaire.
The ideal of simplicity, expressed and illustrated in all the realms of french language, art and morality all along the 17th century, takes the place of the conventional rules which became to the new accomplishments of the next century’s geniuses. Rousseau makes a distinction between natural and artificial simplicity. He finds it important to purify simplicity which having lost its original vigour has now become affected and degenerated, all the while relating to the simplicity of the Ancients and of the geniuses of his time.
Diderot underlines the harmony which reigns between simplicity and variety. Simplicity must be part of beauty and not the opposite. Beauty lies within the linking of variety and unity, diversity and simplicity. If one of them is slightly weakened or strengthened the whole composition will be affected and destroyed. So the composition requires a balance between all the individuals composing the whole and temperament is always necessary there.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Christian BONGAIN - Entités, territoires, flux, dans l’aire balkanique : une géopolitique des menaces (terroristes et/ou criminelles) est-elle possible ?
Mercredi 13 juin 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Christian BONGAIN soutient sa thèse de doctorat :
Entités, territoires, flux, dans l’aire balkanique : une géopolitique des menaces (terroristes et/ou criminelles) est-elle possible ?
En présence du Jury :
M. ARLACCHI (Universita)
M. BASTIÉ
M. CARMONA (PARIS 4)
M. DUMONT (PARIS 4)
M. KORINMAN (PARIS 4)
M. SIMIC (Université)
M. VALLAR (NICE)
Résumés :
FOND : il s’agit de montrer que, dans le monde actuel, notamment dans l’aire balkanique où opèrent mafias, milices, bandes,
etc., les menaces diffèrent totalement de celles de la Guerre Froide. Au point que seule une nouvelle problématique, de nouveaux
concepts, permettent de comprendre vraiment ces menaces, donc de les combattre. Dans son premier volume, cette thèse pose
trois questions :
1°) Dans les Balkans, quels sont les dangers réels d’aujourd’hui et de demain ?
2°) Ces dangers pourtant aveuglants, pourquoi l’Europe (voisine des Balkans) les voit-elle si mal ?
3°) Ces dangers, comment les déceler, les penser, les contrer ?
FORME : cette thèse est conçue de façon à permettre :
De visiter des territoires
De dépeindre des entités criminelles et/ou terroristes
De suivre des flux criminels
Le premier volume :
Propose l’ensemble géopolitique + criminologie comme outil conceptuel permettant d’analyser et d’affronter, pour l’avenir
prévisible, les menaces surgies du chaos mondial,
Présente l’aire balkanique dans ses dimensions criminelle et/ou terroriste,
Expose la difficulté qu’éprouvent les Etats ou coalitions - notamment l’Union européenne - à réaliser à temps la gravité des
dangers émanant des Balkans, et plus largement du chaos mondial.
Le second volume :
Donne les éléments permettant la compréhension du présent, tirés de la « profondeur historique » régionale,
Fournit les éléments criminologiques et géopolitiques permettant de placer les acteurs criminels ou terroristes des Balkans dans
le cadre large où ils s’inscrivent,
Ebauche un « Atlas criminel des Balkans », permettant au lecteur de voir ce qui lui est énoncé au volume 1.
BACKGROUND : This essay aims to show that in the current climate, and particularly on the Balkan Peninsula, a criminalized
area infested by mafia, militia, criminal gangs and other such elements, the threats faced are far removed from those present
during the Cold War. Against such a backdrop, only a fresh approach and new concepts can enable a real understanding of these
dangers, and therefore help combat them. The first part of this thesis looks at three key issues :
1°) What are the real and potential dangers faced in the Balkans (both now and in the future) ?
2°) If these dangers are self-evident, then why does neighbouring Europe appear unable to perceive them properly ?
3°) How can we best detect, understand and counter these threats ?
APPROACH : This two-part essay aims to :
Study the relevant territories
Portray the criminal and terrorists groups involved
Track criminal flows
Part one :
Recommends a blend of geopolitics and criminology as a means of analysing and facing threats in the foreseeable future,
Presents criminal and terrorist aspects of the Balkan area,
Reveals difficulties encountered by states and coalitions - particularly the European Union - in reacting in time to the
seriousness of threats stemming from the Balkan Peninsula and from world chaos as a whole.
Part two :
Offers relevant information to better understand the current situation, drawing on the historical complexity of the region,
Provides geopolitical and criminological information setting criminals and terrorists active in the Balkans against a larger
framework,
Outlines a “Balkan crime atlas” to give readers a visual overview of the picture portrayed in part one.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. Christian MALIS - La pensée stratégique française des années Trente à la fin de la Guerre Froide.[HDR]
lundi 23 novembre 2009
9h
Au centre d’études catalanes
9 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie 75004 Paris
M. Christian MALIS soutient son Habilitation à diriger des recherches :
La pensée stratégique française des années Trente à la fin de la Guerre Froide.
En présence du jury :
M. COUTAU-BÉGARIE (EPHE)
M. FORCADE (Paris 4)
M. FREMEAUX (Paris4)
M. SOUTOU (Paris 4)
M. STRACHAN (Oxford)
M. SUR (Paris 2)
M. CHRISTIAN OMODEO - Le peintre romain Vincenzo Camuccini (1771- 1844).
samedi 3 décembre 2011
à 16h
Salle Fabri de Peiresc - A l’INHA, 4-
6, rue des Petits-Champs 75002
M. CHRISTIAN OMODEO soutient sa thèse de doctorat :
Le peintre romain Vincenzo Camuccini (1771- 1844).
En présence du jury :
M. BOUTRY ( PARIS 1 )
M. FOUCART ( PARIS 4 )
MME GALLO ( GRENOBLE 2 )
M. JOBERT ( PARIS 4 )
MME MESSINA ( Florence )
M. WAT ( PARIS 1 )
Résumés :
L’objectif de cette thèse est de
contribuer à la connaissance de l’histoire de l’art en Europe entre la
Révolution et la Restauration, à travers l’étude du profil artistique,
intellectuel et social du peintre Vincenzo Camuccini (1771-1844). Considéré dès son plus jeune âge comme l’un des artistes
les plus influents de son époque, Camuccini occupe pendant plusieurs décennies
de nombreuses charges au sein de l’administration pontificale (Académie de
Saint-Luc et musée du Vatican). L’étude de sa production de tableaux d’histoire
atteste qu’il est le principal représentant en Europe d’un néoclassicisme
tardif, qui attribue une valeur fondante à la fidélité aux sources anciennes et
qui filtre l’histoire contemporaine à travers des formes antiques. Ses tableaux
religieux documentent, en outre, sa participation à l’élaboration de la
politique culturelle de la papauté. Cet artiste résolument académique a été condamné par la
critique dès sa mort en 1844. La présente monographie souhaite évaluer à sa
juste mesure une personnalité artistique qui permet d’apporter un regard
renouvelé sur les rapports entre art, politique et religion au sein des États
pontificaux et en Europe entre la fin du XVIIIe et la première
partie du XIXe siècles.
The Roman painter
Vincenzo Camuccini (1771-1844)
Through
the study of the artistic, intellectual and social aspects of painter Vincenzo
Camuccini’s (1771-1844) career, this PhD research is meant to expand the
knowledge of European art history between the French Revolution and the Bourbon
Restoration. Regarded
as one of the leading artists of his time since he was young, Camuccini held
high office in the Pontifical administration for several years (Saint
Luke Academy
and Vatican Museums). From the study of his historical
paintings he emerges as the leading representative in Europe
of a late neoclassicism characterized by an axiomatic adherence to historical
sources and a mediated approach to contemporary history through the lens of
past styles. His religious paintings attest his participation in the
development of the papacy’s cultural policy. Since
his death in 1844 such firmly academic artist has been condemned by the
critics. This monographic study is aimed at a reassessment of Camuccini’s
career allowing for a new regard on the relationship between art, politics and
religion both within the Vatican State and in Europe
between the end of the 18th century and the first part of the 19th
century.
M. Christian PAUL - Les sociétés musicales du bassin thermal de Vichy de 1860 à 1914. Contribution à l’Histoire de la musique et à la connaissance du mouvement orphéonique français
Mercredi 16 janvier 2008
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Christian PAUL soutient sa thèse de doctorat :
Les sociétés musicales du bassin thermal de Vichy de 1860 à 1914. Contribution à l’Histoire de la musique et à la connaissance du mouvement orphéonique français
En présence du jury :
Mme ALVISET (VICHY)
M. GANVERT (PARIS 4)
M. JAM (CLERMONT 1)
Mme PISTONE (PARIS 4)
Résumés :
Les Sociétés musicales amateurs du bassin thermal de Vichy de 1860 à 1914.
Contribution à l’histoire de la musique et à la connaissance du mouvement orphéonique français
Face aux programmations institutionnelles et saisonnières de la Compagnie Fermière gestionnaire
du Casino et de l’Opéra de Vichy, les sociétés orphéoniques du bassin thermal de cette ville (harmonies,
fanfares, chorales et trompes) développèrent progressivement leur champ d’activité musicale et
culturelle locale. En proposant très régulièrement de nombreuses prestations de 1860 à 1914, elles
furent loin de jouer les seconds rôles grâce à cette dynamique animation.
Même dans l’environnement rural de ce bassin thermal, la pratique et l’enseignement du chant se
sont bien implantés depuis les années 1830. En effet, le mouvement orphéonique d’ampleur nationale,
favorisé par les encouragements des autorités politiques, n’avait fait qu’y cristalliser un fort désir
collectif de partager un plaisir vocal et instrumental.
Nous avons passé au crible l’histoire de ces sociétés, de leur naissance à leur disparition pour
certaines ou à leur transformation pour d’autres. C’est aussi un palmarès que ces sociétés se constituent
au fil des années dans les concours orphéoniques, grâce à leur talent. Ces gigantesques compétitions
musicales, que ne manquent pas d’organiser les communes de Vichy et de Cusset, sont également
évoquées dans cette étude.
C’est enfin un vaste répertoire, constitué d’oeuvres transcrites et surtout de partitions originales,
composées par des chefs de musique, que nous avons mis au jour. Grâce à des extraits d’oeuvres puisées
dans celles de deux compositeurs, tels Grégorio Violetta et Léon Tourneur, l’ouvrage démontre que le
répertoire spécifique pour harmonies/fanfares, chorales ou trompes, composé avant la Première
Guerre mondiale, peut être de réelle qualité et surtout propre à mettre en valeur les ensembles de
musiciens pour lesquels il fut composé.
Confronted with the institutional and seasonal programmes of the Fermière Company which ran
the Vichy Casino and Opera, the town’s music societies (wind bands, brass bands, choral societies and
horn ensembles) gradually developed their own field of local musical and cultural activity. They put on
a large number of regular performances between 1860 and 1914 and were far from playing second
fiddle thanks to this dynamic activity.
Even in the rural surroundings of Vichy, the practice and teaching of singing became firmly established from the 1830s onwards. The national music society movement, encouraged by the political
authorities, had indeed simply crystallised a strong collective desire to share pleasure in singing and
playing instruments.
We have studied closely the history of these societies from their birth to their death, in some
cases, or their transformation, in others. These societies also accrued a series of victories in music
competitions as the years went by, thanks to their talent. These enormous music competitions, which
the towns of Vichy and Cusset never failed to organise, are also described in this study.
We have brought to light a vast repertoire, made up of transcribed works and above all original
scores, composed by bandmasters. With the help of extracts of works drawn from those of two
composers, Grégorio Violetta and Leon Tourneur, the work demonstrates that the specific repertoire
for wind and brass bands, choral societies and horn ensembles, composed before the First World War,
can be of genuine quality and especially apt to demonstrate the merits of the musical ensembles for
whom it was composed.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. Christian ROQUES - (Re)constuire la communauté : la réception du romantisme politique sous la République de Weimar.
vendredi 25 novembre 2011
à 13h30
Au centre Malesherbes, salle 301
108 boulevard Malesheres 75017 Paris
M. Christian ROQUES soutient sa thèse de doctorat :
(Re)constuire la communauté : la réception du romantisme politique sous la République de Weimar.
En présence du jury :
M. BINOCHE (Paris 1)
M. GANGL (Angers)
M. LOEWY (CNRS)
M. RAULET (Paris 4)
M. SOLLNER (Chmenitz)
M. Christof Benedikt SCHÖCH - L’écriture descriptive dans le roman français de la seconde moitié du dix-huitième siècle.
lundi 27 octobre 2008
17h
Université de Kassel, Allemagne
M. Christof Benedikt SCHÖCH
L’écriture descriptive dans le roman français de la seconde moitié du dix-huitième siècle.
En présence du jury :
M. DELON (Paris 4)
M. FRANTZ (Paris 4)
M. SCHWADERER
M. SICK
L’écriture descriptive dans le roman français de la seconde moitié du dix-huitième siècle
Le présent travail a pour objet l’écriture descriptive dans le roman français de la seconde moitié du XVIIIe siècle, plus exactement entre 1760 et 1800. Son objectif est de donner du relief à un épisode peu étudié quoique important dans l’histoire de l’écriture descriptive dans le roman. Le fonctionnement de l’écriture descriptive est analysé à travers trois enjeux primordiaux : la notion même de l’écriture descriptive, son statut dans le roman et les modalités de son intégration dans le contexte narratif ainsi que les relations qu’elle entretient avec la peinture. Le travail s’appuie sur l’analyse d’un corpus de trente-deux romans
Descriptive writing in the French novel of the second half of the eighteenth century.
The present study’s object is the descriptive writing in the French novel of the second half of the eighteenth century, more precisely between 1760 and 1800. Its aim is to give visibility to an episode of the history of description in the novel which is important although it is rarely studied. The way descriptive writing works is analyzed by taking into consideration three major issues : the very notion of description, the status of description in the novel and the modalities of its integration into the narrative context, as well as the relations which description entertains with painting. The study is based on the analysis of a corpus of thirty-two novels.
M. Christophe BENNET - "Musique et radio dans la france des années trente. La création d’un genre radiophonique"
Mercredi 13 juin 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Christophe BENNET soutient sa thèse de doctorat :
"Musique et radio dans la france des années trente. La création d’un genre radiophonique"
En présence du jury :
Mme ALTEN (PARIS 4)
M. EVENO (PARIS 1)
Mme MAS (MONTPEL 1)
M. MEEUS (PARIS 4)
M. ORY (PARIS 1)
Résumés :
L’étude comparée de deux antennes parisiennes (Radio-Paris / Poste national et Radio-LL / Radio-Cité) permet
de mettre en évidence les principaux aspects du développement musical que connaît la radio française pendant
les années trente. L’analyse des programmes et de la répartition des auteurs et des interprètes de la première
moitié de la décennie montre que la diffusion musicale reste, sur le grand poste comme sur la station artisanale,
majoritairement orientée vers le répertoire symphonique et de récital. Mais à partir de 1935, les trois indicateurs
permettent de souligner la scission entre les deux réseaux : l’augmentation de la musique savante sur Radio-Paris
et sa réduction sur Radio-LL. Derrière cet antagonisme, se profile l’affrontement de deux points de vue opposés
du média : un puissant outil d’acculturation pour les postes publics, et un instrument de loisir et de détente pour
les imposants postes commerciaux, qu’incarne désormais Radio-Cité. Pour autant, quelques facteurs introduisent
de la complexité dans ce schéma manichéen. En détaillant le développement des émissions pédagogiques,
l’irruption de l’amateur sur les ondes et l’impact de la radio-publicité musicale, on s’aperçoit de la recherche
permanente, tous réseaux confondus, d’une satisfaction immédiate de l’auditeur. Par ailleurs, l’examen des
projets didactiques, et ceux des esthétiques aux frontières fragiles et des phénomènes d’acculturation spontanée
montrent qu’au-delà de la dualité d’un projet d’éducation du goût et du délassement par des produits moins
légitimes, ce sont surtout les similtudes des postes qui constituent la substance même de la radiophonie musicale
de la décennie
The compared study of two Parisian antennas (Radio-Paris / Poste national and Radio-LL / Radio-Cité) makes it
possible to highlight the principal aspects of the musical development of French radio during the Thirties. The
analysis of the programs and the distribution of the authors and the performers of the first half of the decade
shows that the musical diffusion remains, on the big station as on the artisanal station, mainly directed towards
the symphonic repertory and recital. But since 1935, the three indicators allow to underline the scission between
the two networks : the increase of the erudite music on Radio-Paris and its reduction on Radio-LL. Behind this
antagonism, is profiled the confrontation between two opposite points of view of the media : a powerful tool for
acculturation in the public stations, and an instrument of leisure and relaxation in the imposing commercial
stations, which incarnates now Radio-Cité. However, some factors introduce complexity into this manichean
schema. By detailing the development of the teaching emissions, the irruption of the amateur and music lover on
the waves and the impact of musical radio-publicity, permanent research, all confused networks, are visible
towards an immediate satisfaction of the listener. Besides, the examination of the didactic projects, and those of
esthetics with fragile frontiers and the phenomena of spontaneous acculturation show that beyond the duality of a
project of taste education and relaxation by less legitimate products, the similtudes are numerous between the
stations. They even constitute the most substance of musical broadcasting in the decade.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. Christophe CLAVEL - La cresme philosophale des questions encyclopédiques de Pantagruelle. Un opuscule chimérique dans la bataille des arts entre non-sens et signification.
samedi 15 novembre 2008
14h
Salle des actes en Sorbonne, centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Christophe CLAVEL
La cresme philosophale des questions encyclopédiques de Pantagruelle. Un opuscule chimérique dans la bataille des arts entre non-sens et signification.
En présence du jury :
M. CEARD (Paris 10)
M. GIACONE
Mme HUCHON (Paris 4)
M. LECOINTE (Poitiers )
Mme POUEY-MOUNOU (Lille 3)
M. CHRISTOPHE COMENTALE - Néolithique chinois et estampe chinoise. [HDR]
vendredi 18 novembre 2011
à 9h
A la maison de la recherche, salle
D223, 2° étage, 28 rue serpente, 75006
Paris
M. CHRISTOPHE COMENTALE soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Néolithique chinois et estampe chinoise.
En présence du jury :
MME GED ( ENSAPB )
M. LEVINE ( PARIS 4 )
M. MONCHAMBERT ( PARIS 4 )
M. PEYRAUBE ( CNRS )
M. RAULT ( MUSEUM )
M. Christophe CORBIER - Poésie, musique et danse : Maurice Emmanuel (1862-1938) et l’hellénisme
Jeudi 19 juin 2008
14 heures
Maison de la Recherche, Salle de Conférence, D035 (RDC)
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Christophe CORBIER soutient sa thèse de doctorat :
Poésie, musique et danse : Maurice Emmanuel (1862-1938) et l’hellénisme
En présence du Jury :
M. BACKÈS (PARIS 4)
M. BRUNEL (PARIS 4)
M. CAMPOS (CNSMP)
Mme GELY (PARIS 10)
Mme MASSIP (BN)
Résumés :
En attente...
M. Christophe IMPERIALI - En quête de Perceval. Etude sur le mythe de Perceval dans la littérature française.
samedi 13 décembre 2008
14h
Confédération Helvétique, Université de Lausanne.
M. Christophe IMPERIALI
En quête de Perceval. Etude sur le mythe de Perceval dans la littérature française.
En présence du jury :
M. BACKES (Paris 4)
Mme BAEHLER (Zurich)
Mme BLAISE (Montpellier 3)
M. CORBELLARI (Lausanne)
Mme GELY (Paris 10)
M. WYSS (Lausanne)
M. CHRISTOPHE PERRIN - Les significations de la pensée de Descartes dans l’oeuvre de Heidegger.
vendredi 30 mars 2012
à 14h30
Salle des Thèses, Escalier C, rez-dechaussée, Campus Cordeliers,
15 rue École de médecine 75006 PARIS
M. CHRISTOPHE PERRIN soutient sa thèse de doctorat :
Les significations de la pensée de Descartes dans l’oeuvre de Heidegger.
En présence du jury :
M. CARRAUD ( CAEN )
M. GRONDIN ( Montréal )
M. LECLERCQ ( Louvain-LN )
M. MARION ( PARIS 4 )
M. MATTEI ( NICE )
M. CHRISTOPHER SAUDER - Mouvements et modalités : l’interprétation et la transformation de la dunamis et de l’energeia chez Hegel et chez Heidegger.
samedi 11 février 2012
à 14h
En Sorbonne, salle G366, escalier G, 2ème etage,
1 rue Victor Cousin, 75230 Paris cedex 05
M. CHRISTOPHER SAUDER soutient sa thèse de doctorat :
Mouvements et modalités : l’interprétation et la transformation de la dunamis et de l’energeia chez Hegel et chez Heidegger.
En présence du jury :
M. CATTIN ( CLERMONT2 )
M. COURTINE ( PARIS 4 )
M. FERRARIN ( Pise )
M. MABILLE ( POITIERS )
M. Claude BOUTIN - Les gazettes parisiennes d’Abraham de Wicquefort pendant la Fronde (1648-1652). Cind années d’information sur la vie politique, les relations internationales et la société nobiliaire de la France
Mardi 2 octobre 2007
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Claude BOUTIN soutient sa thèse de doctorat :
Les gazettes parisiennes d’Abraham de Wicquefort pendant la Fronde (1648-1652). Cind années d’information sur la vie politique, les relations internationales et la société nobiliaire de la France
En présence du Jury :
M. BERCÉ (PARIS 4)
M. BÉLY (Paris 4)
Mme COTTRET (PARIS 10)
M. FERRETTI (GRENOBLE 2)
Résumés :
De 1648 à 1653, la France connut de graves soulèvements contre l’autorité du roi et de ses
représentants, notamment le cardinal Mazarin, principal ministre. Parmi les nombreux récits
donnés par les chroniqueurs et mémorialistes, figurent les lettres, inédites en quasi-totalité,
qu’un ressortissant hollandais résidant à Paris, Abraham de Wicquefort, adressa chaque
semaine pendant ces cinq années à son mentor allemand, le duc de Wolfenbüttel : l’auteur y
transmet et commente les péripéties de la Fronde des juges, tant dans la capitale que dans les
provinces, puis de l’emprisonnement de Condé et de la Fronde princière corrélative, suivie de
la guerre civile qui la prolongea après la majorité de Louis XIV, ainsi que les nouvelles des
combats à la frontière française des Pays-Bas espagnols, en Italie et en Catalogne, tout en
relatant des événements de toutes natures qui scandaient la vie des grandes familles du
royaume, avec une richesse d’informations qui en font une source du plus grand intérêt pour
la connaissance de l’histoire politique et culturelle de l’époque.
From 1648 to 1653, France suffers a severe uprising against the authority of the King or his
representatives, and particularly Cardinal Mazarin, main minister. Beside many accounts
written by the chroniclers and narrators of that time, Abraham de Wicquefort, a Dutch citizen
living in Paris, composes weekly letters to his German principal, the Duke of Wolfenbüttel.
Most of them have never been published to this date : the author notifies and comments the
events occurring during the rebellion of the judges in Paris and the provinces known as the
“Fronde”, reports on the sequestration of the Prince of Condé and the subsequent revolt of the
nobles, followed by the civil war when Louis the fourteen reaches his majority. He also
covers various battles at the Spanish Flanders’ border, in Italy or Catalonia, while relating a
multiplicity of events transpiring from the main families of the Kingdom with a great
affluence of information, making these letters a fascinating source to understand the political
and cultural history of this period.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. Claude LUKASIEWICZ - Territoire virtuel, identité réelle. La plasticité identitaire sur internet.
mercredi 9 décembre 2009
9h
Au CELSA, salle 115,
77 rue de Villiers, 92200 Neuilly-sur-Seine
M. Claude LUKASIEWICZ soutient sa thèse de doctorat :
Territoire virtuel, identité réelle. La plasticité identitaire sur internet.
En présence du jury :
M. JEANNERET (Avignon)
MME MERVIEL (Valenciennes)
MME RICHARD (Paris 4)
M. TOUZARD (Paris 5)
M. YAICHE (Paris 4)
M. Claude ROMANO - Au coeur de la raison : philosophie linguistique et phénoménologique.[HDR]
vendredi 11 décembre 2009
14h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Claude ROMANO soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Au cœur de la raison : philosophie linguistique et phénoménologique.
En présence du jury :
M. COURTINE (Paris 4)
M. DESCOMBES (EPHE)
M. GREISCH (Berlin)
M. MARION (Paris 4)
M. STEINBOCK
M. Claude VERGER - Vivre selon la sagesse chrétienne au XXIème siècle : horizon ou illusion ?
jeudi 3 juin 2010
9h
A la Maison de la recherche, salle D040 , rez-de-chaussée
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Claude VERGER soutient sa thèse de doctorat :
Vivre selon la sagesse chrétienne au XXIème siècle : horizon ou illusion ?
En présence du jury :
M. BRANCOURT (Tours)
M. MAGNARD (Paris 4)
M. PINCHARD (Lyon 3)
M. POLIN (Paris 4)
M. Claver BIBANG-BI-NGUEMA - Approche comparée de la nuit et du jour chez Maurice Blanchot et Léopold Sédar Senghor.
samedi 5 juin 2010
9h 30
A la Maison de la recherche, salle D223, 2ème étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Claver BIBANG-BI-NGUEMA soutient sa thèse de doctorat :
Approche comparée de la nuit et du jour chez Maurice Blanchot et Léopold Sédar Senghor..
En présence du jury :
M. BIYOGO (Paris 12)
M. JARRETY (Paris 4)
M. MARCHAL (Paris 4)
M. MARX (Paris 10)
M. CLÉMENT OURY - Les défaites françaises de la guerre de Succession d’Espagne, 1704-1708.
mercredi 15 juin 2011
à 14h
Grande Salle de l’Ecole Nationale des Chartes,
19 rue de la Sorbonne, 75005 Paris
M. CLÉMENT OURY soutient sa thèse de doctorat :
Les défaites françaises de la guerre de Succession d’Espagne, 1704-1708.
En présence du jury :
M. BOIS ( NANTES )
M. CHALINE ( PARIS 4 )
M. DZIEMBOWSKI ( BESANCON )
M. PONCET ( CHARTES )
MME VIROL ( PARIS 4 )
Résumés :
La guerre de
Succession d’Espagne, dernière guerre du règne de Louis XIV, se signale par
une série de défaites retentissantes. La première, qui a lieu à Blenheim, sur
le Danube, le 13 août 1704, contraint les Français à évacuer la Bavière. Après le désastre de
Ramillies, dans le Brabant, le 23 mai 1706, ils perdent la majeure partie des
Pays-Bas méridionaux ; le 7 septembre de la même année, ils sont battus sous
les murs de Turin et doivent abandonner aux Alliés le contrôle de l’Italie du
nord. Enfin, la défaite d’Audenarde, en Flandre, le 11 juillet 1708 permet aux
Coalisés d’entreprendre le siège de Lille. On attribue traditionnellement ces
revers à l’incompétence des commandants français : Louis XIV aurait
privilégié des courtisans – Tallard, Marcin, Villeroy et La Feuillade –
aux véritables chefs de guerre – Vendôme, dont le talent aurait été entravé
lors de la bataille d’Audenarde par la présence du duc de Bourgogne, petit-fils
de Louis XIV, et surtout Villars. Il est vrai que les troupes adverses
étaient commandées par des généraux d’une valeur exceptionnelle : John
Churchill, duc de Marlborough, et le prince Eugène de Savoie. L’approche
qualifiée de « nouvelle histoire-bataille » permet de relativiser
cette vision trop réductrice – sans la nier complètement. Cette démarche
historiographique met l’événement-bataille au centre de l’étude, pour en
aborder tous les aspects : dimensions politique, stratégique et
tactique ; logistique ; techniques du combat et expériences
ressenties sur le champ de bataille… Elle analyse aussi l’onde de choc :
comment se diffuse la nouvelle d’un affrontement, quelles réactions elle
entraîne, comment elles sont commémorées par des architectes, des peintres ou
des graveurs, des poètes ou des orateurs. Cette thèse s’appuie sur des sources
riches et diversifiées. La correspondance militaire et diplomatique de la
monarchie tient une part importante, cependant aucune autre forme d’information
n’est négligée : récits de mémorialistes, archives administratives,
estampes et médailles…À bien des
égards, la guerre au début du xviiie
siècle se montre limitée : les armées sont de lourdes machines,
dépendantes de leurs sources d’approvisionnement. Eugène et Marlborough, par
leur audace et leur talent, parviennent à accélérer le rythme des opérations,
mais sans renverser cet état de fait : aucune bataille n’est
individuellement « décisive » à cette époque. C’est l’accumulation
des succès ou des revers qui permet de faire pencher la balance : la
guerre de Succession d’Espagne est donc par essence une guerre d’attrition. Les
batailles y sont des événements rares et redoutés. Elles sont le lieu d’une
expérience du combat singulière, où se voient portées à leur paroxysme, en un
seul espace et sur un temps court, l’ensemble des formes d’affrontement et de
violence que comporte la guerre de l’époque. Lors d’une bataille peuvent se
dérouler aussi bien des engagements entre formations linéaires (bataillons et
escadrons), que des attaques de retranchements ou de villages, des combats individuels…
Enfin, la bataille n’est pas un événement dont l’issue et l’ampleur s’imposent
d’emblée. Son image se dégage lentement. À Versailles, les courtisans doivent
comparer les nouvelles officielles, les correspondances privées et les gazettes
françaises et étrangères pour comprendre ce qui s’est passé. Le roi mène des
enquêtes pour déterminer les généraux et les unités qui ont bien agi ou qui ont
démérité. S’il est généralement clément, il ne pardonne jamais les actes de
lâcheté. En définitive, c’est aux écrivains et aux artistes de fixer dans la
pierre, sur la toile ou le papier, l’image que la postérité aura de ces
batailles.
The war of the Spanish Succession is
the last war fought by Louis XIV. It begins with a succession of
astonishing defeats. The first takes place at Blenheim, on the Danube, on 13
August 1704, as a result of which the French are compelled to evacuate Bavaria. After the
disaster at Ramillies, in the Brabant, on 23 May 1706, they lose the greater
part of the southern low-countries ; the same year, on 7 September, they are
beaten under the walls of Turin and have no
other choice but to leave northern Italy to the Allies. Finally, they
suffer a last defeat at Oudenarde, on 11 July 1708, which leaves their enemies
free to undertake the siege of Lille.
The incompetence of the French commanders is traditionally held responsible for
these setbacks. Louis XIV is thus accused of favouring courtiers, such as
Tallard, Marcin, Villeroy and La Feuillade, instead of real military
experts such as Vendôme – whose talent is held to have been hindered during the
battle of Oudenarde by the presence of the duke of Burgundy, grandson of Louis XIV, and above
all that of Villars. It is true that the opposing troops were led by outstanding
generals : John Churchill, duke of Marlborough, and Prince Eugene of Savoy. The method known as “new
battle-history” lets us temper this too simplistic vision – without however fully
rejecting it. This historiographic approach focuses on the battle as an event,
and seeks to treat it in all its dimensions : political, strategic and tactical
aspects ; logistics ; how soldiers fight and what they feel. It also analyses the
shock wave produced : how the news of a confrontation spreads out, how people
react, how architects, painters, engravers, poets and orators represent and
commemorate it. This study is based on rich and varied sources, among which the
military and diplomatic correspondence of the French monarchy takes an
important place. However, care is taken not to neglect any other kind of
information : courtiers’ memoirs, administrative archives, engravings, medals… Early eighteenth-century warfare is in
many ways limited : armies are heavy machines, highly reliant on their supply
sources. Eugene and Marlborough, thanks to their audacity and their talent, are
able to speed up the operations, but without changing the way war is fought. There
is no single “decisive” battle, but rather the accumulation of victories or
defeats eventually determines the outcome : the war of the Spanish Succession
appears therefore as a war of attrition. As a matter of fact, battles are rare and
formidable events. In a single place and in a short space of time, a singular fighting
experience takes place, where all contemporary kinds of combat and violence are
to be observed. During a battle, there may be engagements between linear
formations (battalions and squadrons), as well as assaults against
entrenchments or villages, single combats… Lastly, the importance and the
consequences of a battle are not immediately obvious. Its image takes time to
come out. Versailles’
courtiers need to compare official news, private letters, French or foreign
gazettes, in order to understand what happened. The king conducts investigations
to identify the generals and units that have served well, and those that have
not. He is generally merciful, but he never forgives cowardice. In the end, it
is writers and artists who are in charge of fixing in stone, on canvas or on
paper what image of these battles will be left for posterity.
M. Constantin MOUAFO PAGOUE - La question de l’altérité ou le problème de l’image de l’autre chez Mongo Beti, Joseph Zobel et toni Morrison
Vendredi 9 mars 2007
14 heures 30
Centre malesherbes, salle S322
108, Bd Malesherbes 75017 Paris
M. Constantin MOUAFO PAGOUE soutient sa thèse de Doctorat :
La question de l’altérité ou le problème de l’image de l’autre chez Mongo Beti, Joseph Zobel et toni Morrison
En présence du Jury :
M. CHEVRIER (PARIS 4)
Mme CHIKHI (PARIS 4)
M. DIOP (PARIS 12)
M. FONKOUA (CERGY)
Résumés :
Autour de la question de l’Autre (caractérisé par plusieurs figures) et de la problématique de l’image se dévoilent
une vision du monde et un regard chargés de sens qui sont sources d’enjeux multiples dans lesquels interfèrent
différents facteurs. Dans une analyse comparée des oeuvres de Mongo Beti, Joseph Zobel et Toni Morrison il est
question de voir en quoi, au-delà de l’identité des origines (l’Afrique berceau de leurs ancêtres communs) et des
différences dues à leurs contextes respectifs, ces trois romanciers entretiendraient des similitudes (lesquelles ?)
et/ou des spécificités (pourquoi ?). Cinq parties structurent cette recherche : 1) les différents aspects de l’Autre
dans le corpus ; 2) son image chez chacun des trois auteurs, la fonction du regard et les cinq critères permettant
de distinguer son statut ; 3) l’analyse des rapports à autrui et de la question de l’image dans des optiques dites
spécifiques ; 4) l’étude comparée de certains statuts particuliers dans leurs rapports avec la question de l’image
d’autrui (la femme noire, les métis et mulâtres, les enfants et les jeunes, les êtres d’exception) ; 5) synthèse,
analyses et enjeux de la thématique de l’image de l’Autre.
Around the theme of Other (characterized by differents figures) and the image problematic, come to light a
vision of the world and gaze full of sense sources of multiple stakes in which various factors interfere. In an
comparative analysis of Mongo Beti, Joseph Zobel and Toni Morrison novels, it is question to see in what
beyond the origin identity (Africa cradle of their common ancestors) and the differences due to their respective
contexts, these three novelists would maintain similarities (which ?) and/or specificities (why ?). Five parts
compose our research : 1) the various aspects of the Other in the corpus ; 2) his (her) image to each of three
authors, the function of the glance and the five criteria allowing to distinguish his(her) status ; 3) the analysis of
relations with others and the quest of image in specific optics ; 4) the comparative study of certain particular
statues in their relation with the theme of image of the Other (the half-bloods and the mulattoes, the children and
the young, the black woman, the outstanding persons) ; 5) synthesis, analysis and stakes of image’s thematic of
Other.
Position de thèse :
LE CORPUS
MONGO BETI
Ville Cruelle, 1954 Le Pauvre Christ de Bomba, 1956
Mission Terminée, 1957 Le Roi Miraculé, 1958
TONI MORRISON
L’Oeil le Plus Bleu , 1970. Sula , 1973.
La Chanson de Salomon 1977. Tar Baby 1981.
Beloved, 1987. Jazz , 1992.
Paradise ,1998. Love , 2003.
ZOBEL Joseph
Les Mains Pleines d’Oiseaux 1946 Diab’là 1947
La Rue Cases-Nègres 1950
JUSTIFICATION DU CORPUS
Les sources des données en ligne établissent que dans les
universités françaises : de 1975 à 2001 inclus quinze thèses de
doctorat ont été soutenues sur Toni Morrison, dix-sept sur
Mongo Beti, et aucune sur Joseph Zobel. Aucune donnée n’est
disponible après 2001. Première remarque : si plusieurs thèses
ont été menées à terme sur Mongo Beti et Toni Morrison dans
une recherche comparée qui intègrent d’autres romanciers, ce
n’est par contre pas le cas de Joseph Zobel qui n’a jamais fait
l’objet d’une étude doctorale. En outre, une recherche
documentaire sur toutes ces thèses soutenues à ce jour prouve
que les trois romanciers n’ont jamais fait l’objet d’une étude
comparée intégrant au moins deux des trois ou les trois dans
les recherches doctorales en France, en Europe ou en Amérique
du Nord (Etats-Unis et Canada). Quand au moins un de ces
auteurs a été soumis à une comparaison, soit celle-ci s’est
limitée à sa production immédiate (ce qui s’est souvent produit
avec Toni Morrison) soit elle a manqué d’être ambitieuse au-
delà du continent d’origine de l’auteur. A ce propos, il est
frappant de constater à quel point en ayant été exploités dans
des études comparées Mongo Beti et Toni Morrison ont été tous
deux victimes de ce qu’il convient d’appeler un cloisonnement
géographique qui a malheureusement eu pour effet de
restreindre les champs de comparaison en interdisant une
extrapolation continentale qui se serait révélée féconde en
raison de la pertinence et de la richesse des éléments et des
facteurs comparatifs. Lacune d’autant plus urgente à combler
qu’une comparaison transcontinentale des romanciers
africains, antillais et noirs américains, au-delà des variations
dues aux différences spécifiques de leurs contextes, mettra
toujours en exergue des enjeux d’une richesse dense non
seulement en littérature négro-africaine mais aussi et surtout
dans le domaine plus général de la littérature comparée.
SUR LE FOND
Etymologiquement, au mot latin « alius » dont la définition
est très limitée (autre, un autre), nous préférons « alter » en
raison des nuances significatives qui apparaissent dans ses
divers sens : « l’un des deux », « l’autre », « différent », « opposé »,
« contraire », « second ». « Alter...alter » signifie « l’un...l’autre ». Il
est communément admis, ainsi que le souligne le Littré, que
« l’autre » signifie une personne qui n’est pas celle dont on
parle, un individu différent de celui dont il s’agit. Pour
compléter cette approche, ce concept est à situer à deux
niveaux. Dans un premier temps, « l’autre » est une personne
différente de soi dans le sens où on dirait par exemple « entre lui
et moi il faut choisir ». Dans un second temps, le terme est
habituellement utilisé pour désigner une personne différente de
celle dont on parle. De façon plus concrète, à la question de
savoir comment définir l’Autre, quels sont ses différents visages
dans les treize romans du corpus, une première réponse fait
apparaître qu’il a tour à tour les traits du Noir, du Blanc, du
pauvre, du riche, de la femme, de l’homme, de l’enfant (ou du
jeune), de la divinité (ce Dieu des Blancs qui, par ses exigences
et sa nature, semble étranger et autre non seulement aux
"indigènes" mais aussi à leur théologie...) L’Autre c’est aussi le
païen (considéré comme réfractaire à la foi chrétienne), le
chrétien, le jeune scolarisé qui devient par le fait de cette
nouvelle culture (occidentale) différent des siens. Le visage de
l’Autre se retrouve aussi dans celui de l’adulte/enfant (dont
l’esprit débonnaire et la crédulité contrastent d’avec le
paternalisme condescendant du missionnaire ou de l’employeur
colonial), du soumis (en tant que cuisinier, catéchiste, personne
de maison ou "boy", employé...) dont l’esclavage qu’il soit
classique ou domestique ainsi qu’on le verra chez Toni Morrison
constitue la forme la plus absolue de la sujétion. A un niveau
plus subtil, « l’autre » est aussi et souvent « le nôtre » ou « l’un
des nôtres », considérés dans des circonstances particulières
qui nous poussent à le percevoir différemment et avec qui
certains facteurs concourent à rendre les relations plus ou
moins complexes.
A l’origine du mot « image », il y a « imago » qui en latin
signifie tour à tour : « ressemblance »,« forme »,« image »,« vue »,
« aspect »,« apparence »,« portrait ». Si l’on peut comprendre que
la définition se prolonge avec « idée »,« pensée »,« souvenir »,
« représentation » qui se situent dans l’esprit en mettant en
branle un mécanisme différent de la vue, ce qui pourrait
surprendre ce sont les deux autres sens : « vision », « fantôme ».
On trouve dans le grec ancien deux mots servant à désigner
l’image : « phantasma », pour « fantôme », et « eikôn » d’où dérive
l’acception « icône » qui correspond à « portrait » au sens latin...
Dans notre démarche, le thème de l’image de l’Autre est
analysé dans ses enjeux culturels, politiques, raciaux,
idéologiques, psychologiques et même philosophiques... C’est
dans ce cadre que se saisit la vérité des personnages autant
qu’est cernée la problématique de l’altérité.
HYPOTHESE
Autour du thème de l’image de l’Autre se dévoilent
une vision du monde et un regard d’autrui chargés de sens
dans lesquels interfèrent plusieurs facteurs, sources d’enjeux
multiples susceptibles d’être mis en exergue.
L’analyse comparée de cette thématique dans les oeuvres
des trois auteurs retenus permet de voir en quoi, au-delà de
l’identité des origines (l’Afrique, berceau de leurs ancêtres
respectifs) et des différences contextuelles (Cameroun, Antilles,
Etats-Unis), Mongo Beti, Joseph Zobel et Toni Morrison sont
susceptibles d’entretenir des similitudes (lesquelles ?) et/ou des
spécificités (pourquoi ?) qui se rapporteraient à des
particularités liées à l’histoire et aux conséquences que les
problèmes de leurs contextes respectifs ont de très spécifiques.
Afin d’analyser comparativement cette question dans le
corpus, le postulat de départ énonce qu’en tant que mécanisme
de déstructuration et/ou de recomposition déterminant dans le
processus de formation d’une image, le regard n’est pas
innocent ; sa fonction est chargée de facteurs d’origines
diverses qui conditionnent la représentation d’autrui.
Dans le seul souci épistémologique, l’affirmation de
certains postulats (différence entre les races, les cultures,
l’homme et la femme, le croyant et le « paien », le scolarisé et
l’analphabète, le Noir résidant dans le Nord et celui du Sud
dans le contexte morrisonien, le citadin et le paysan...) est
nécessaire pour comprendre tous les enjeux des intrigues qui
se développent et se nouent dans ces romans où la morale
d’une race humaine unique et l’utopie de l’égalité essentielle
des êtres n’ont cure. C’est aussi la raison pour laquelle une
étude comparée des romans de ces trois auteurs a été possible
malgré les différences de contexte qui les opposent et les
originalités qui les caractérisent.
PLAN
Cinq grandes parties structurent le présent travail.
Dans la première consacrée à l’exploration des différents
aspects de la question de l’Autre à partir de l’univers
romanesque, la comparaison des trois mondes de Mongo Beti,
Joseph Zobel et Toni Morrison a pour effet de cerner la réalité
de l’Autre dans des conditions déterminées (les passions de
l’âme, les tensions sociales et les crises, les préjugés, les
rapports entre les catégories humaines représentées, la
spiritualité) et surtout de dégager les quatre figures
fondamentales qui le caractérisent. Une première synthèse
établit que chez les trois auteurs, l’autre peut être étranger
(quelqu’un d’autre), familier (un des nôtres devenu différent à la
faveur d’une circonstance exceptionnelle), Absolu doué de
transcendance (Dieu dans la religion chrétienne), mythique
(comme par exemple Salomon ou le vieux Médouze).
La réflexion qui se poursuit dans la deuxième partie se
développe autour de cette image de l’Autre. Si cinq critères
(racial, hiérarchique, économique, culturel, géographique) sont
susceptibles de servir à le distinguer, les enjeux de la fonction
du regard se révèlent tout aussi importants dans la relation (ou
le rapport) à cet autrui ainsi que le mécanisme de la formation
de l’image. Dès lors sont nécessaires à analyser : l’image
donnée par chacun aux autres ; l’image révélée malgré soi ;
l’image qu’on se fait d’autrui ; l’image qu’on se fait de soi en se
comparant à autrui.
Dans la troisième partie où sont analysés les rapports à
autrui ainsi que la question de l’image dans des optiques dites
spécifiques, il apparaît que la culture, certaines passions qui
affectent l’âme humaine comme l’amour, la haine, l’amitié ou la
jalousie, les relations croisées entre les races y compris les
exceptions et les ambiguïtés qu’elles charrient dans les oeuvres
du corpus, éclairent notre connaissance de la problématique de
l’altérité quand on l’étend à la relation de couple (formel ou
informel), à la sexualité, aux rapports de coexistence.
L’avant dernière partie axée sur la comparaison de
certains statuts particuliers dans leurs rapports avec la
question de l’image d’autrui est l’occasion de mettre en exergue
le paradigme que résume la condition de la femme en général et
de la femme noire en particulier, la conscience ambiguë née
d’un complexe de soi des métis et les mulâtres, l’exclusion
sociale des enfants et des jeunes qui les réduit au statut de
variables parasites. Les êtres d’exception et thaumaturges sont
pris en compte dans cette partie mais pour des raisons
différentes qui justifient leur statut particulier.
Dans la cinquième et dernière partie consacrée à la
synthèse générale et aux enjeux évidents de notre étude sont
successivement analysées la question de la communication des
consciences, le problème de l’identité dans l’emploi des
surnoms et des faux noms, le modèle et l’idéal dans l’image de
soi et/ou d’autrui, les cas assez étranges d’animalisation ou de
chosification d’autrui par l’image. Si certains personnages sont
affublés de noms d’animaux ou de choses une cause reste à
déterminer et une explication à fournir qui renverraient à la
façon avec laquelle ils sont perçus, à l’image qu’on se fait d’eux.
La conclusion fait aparaître les facteurs communs aux
personnages du corpus même s’ils peuvent être déclinés
différemment en fonction du contexte sans omettre de souligner
quelques paradoxes interprétables sur le plan littéraire. Les
perspectives résultant de notre synthèse d’analyse s’orientent
vers la culture négro-africaine d’autant plus que derrière les
croyances et les pratiques s’affirme une vision du monde qui a
résisté au temps et à l’espace.
M. Constantin PREVELAKIS - Le drapeau français à Salonique ? Les projets français de fronts d’Orient et l’équation géopolitique du sut-est européen. Balkans, Turquie, Caucase, 1938-1940.
samedi 28 novembre 2009
9h
En Sorbonne, salle Duroselle, galerie Dumas,
1 rue Victor Cousin (place de la Sorbonne), 75005 Paris
M. Constantin PREVELAKIS soutient sa thès de doctorat :
Le drapeau français à Salonique ? Les projets français de fronts d’Orient et l’équation géopolitique du sut-est européen. Balkans, Turquie, Caucase, 1938-1940.
En présence du jury :
M. FOUCHER (ENS)
M. FRANK (Paris 1)
M. MOURELOS (Thessalonique)
M. SOUTOU (Paris 4)
M. THOBIE (Paris 8)
M. CONSTANTIN TELEANU - Art du Signe. La réfutation des Averroïstes de Paris chez Raymond Lulle.
vendredi 25 novembre 2011
à 13h
Au Centre Clignancourt, Salle 423, 2
rue Francis de Croisset 75018 Paris
M. CONSTANTIN TELEANU soutient sa thsèe de doctorat :
Art du Signe. La réfutation des Averroïstes de Paris chez Raymond Lulle.
M. BOULNOIS ( EPHE )
M. BRENET ( PARIS 1 )
M. IMBACH ( PARIS 4 )
M. RUBIO ALBARRACIN ( Valencia )
M. WALTER ( Fribourg )
En présence du jury :
Cette investigation s’efforce de comprendre quel ressort philosophique amorce la dernière phase de l’incursion de Raymond Lulle dans les Facultés de Paris afin de débattre contre la faction des philosophants censés être dénommés Averroïstes catholiques. Le système de l’Art de Raymond Lulle connaît une dimension polémique prodigieuse, puisqu’elle résonne finalement aux échos retentissants de l’affrontement de Raymond Lulle avec des Averroïstes rencontrés dans les Facultés de Paris, mais qui peuvent être restitués par le biais des traités rédigés entre novembre 1309-septembre 1311 quelques années avant le déclin de son esprit prolifique. Il s’agit de la réfutation des erreurs attribuées par Lulle aux philosophants de Paris qui ne sont dénommés Averroïstes catholiques qu’en décembre 1310 après une quête intrépide de l’épithète des philosophants de Paris par laquelle Lulle apostrophe bien leurs erreurs répertoriées en diverses listes. Le contact de Lulle avec nombre de lettrés des Facultés de Paris suscite souvent la controverse doctrinale sans compromettre toute tentative de dialogue. C’est pourquoi Lulle ègue à l’historiographie du lullisme ou de l’averroïsme une fresque singulière de ce que la philosophie devient dans les Facultés de Paris au début du XIVe siècle, même s’il défend la vraie ; philosophie de tout dérapage averroïste. Il rénove la réfutation des Averroïstes de Paris, puisqu’elle ne dérive ni des censures ni des autorités de théologie positive, mais des outils dialectiques de son Art de raisons nécessaires.
This investigation seeks to understand what philosophical spring begins the last phase of Ramon Lull’s incursion in the Faculties of Paris to discuss against the faction of the philosophers supposed be called catholic Averroists. The system of the Art of Ramon Lull knows a prodigious polemical dimension, because it resounds finally in the loud echoes of Ramon Lull’s confrontation with the Averroists encountered in the Faculties of Paris, but its could be reestablished by means of treaties drafted between November 1309-September 1311, few years before the decline of his prolific spirit. It is about the refutation of the errors attributed by Lull to the philosophers of Paris that are called catholic Averroists only in December 1310 after an intrepid quest of the epithet of the philosophers of Paris by which Lull apostrophe out well their errors itemized in various lists. The contact of Lull with many scholars of the Faculties of Paris often arouses the doctrinal controversy without compromising any attempt of dialogue. Therefore, Lull bequeathed in the historiography of the Lullism or the Averroism a singular fresco of what the philosophy becomes in the Faculties of Paris at the beginning of the XIVth Century, even if he defends the true philosophy of any averroist skid. He renews the refutation of Averroists of Paris, because it does not derive of either censures or authorities of positive theology, but of the dialectical tools of its Art of necessary reasons.
M. Crisovao MARINHEIRO DA SILVA - Logique et ontologie chez Antonio Bernardi (1502-1565).
samedi 30 janvier 2010
En Sorbonne, Amphithéâtre Cauchy,esc. F, 3ème étage,
17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris
M. Crisovao MARINHEIRO DA SILVA soutient sa thèse de doctorat :
Logique et ontologie chez Antonio Bernardi (1502-1565).
En présence du jury :
M. COURTINE (Paris 4)
M. DE CARVALHO (Coimbra)
M. MARTINS (Coimbra)
M. SCHMUTZ (Paris 4)
M. Cristinel CIOCAN - la mort, la corporéité et le problème du vivant. Analyse des approches phénoménologiques contemporaines.
vendredi 6 février 2009
14h30
Maison de la recherche, salle D040
28 rue Serpente
M. Cristinel CIOCAN sa thèse de doctorat :
la mort, la corporéité et le problème du vivant. Analyse des approches phénoménologiques contemporaines.
En présence du jury :
M. COURTINE (Paris 4)
M. CREPON (CNRS)
Mme DASTUR (Nice)
M. MARION (Paris 4)
M. Cyril GRANGE (HDR) - Elite patrimoine et comportements démographiques dans la société française, XIXe-XXe siècles
Samedi 12 janvier 2008
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Descartes
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Cyril GRANGE soutient son habilitation à diriger des recherches :
Elite patrimoine et comportements démographiques dans la société française, XIXe-XXe siècles
En présence du Jury :
M. BARDET (PARIS 4)
M. BARJOT (PARIS 4)
M. BIRNBAUM (PARIS 1)
M. CAHRLE (PARIS 1)
M. PINOL (LYON 2)
M. WEIL (CNRS)
M. Cyril YOVITCHITCH - Forteresses ayyoubides de la principauté de Damas
Samedi 8 décembre 2007
14 heures
INHA, Salle Perrot, 2ème étage
4-6, rue des Petits-Champs 75002 Paris
M. Cyril YOVITCHITCH soutient sa thèse de doctorat :
Forteresses ayyoubides de la principauté de Damas
En présence du Jury :
Mme BARRUCAND (PARIS 4)
M. FAUCHERRE (NANTES)
Mme HILLEBRAND (UNIVERSITE)
M. MESQUI
Mme MICHEAU (PARIS 1)
M. VAN STAEVEL (APRIS 4)
Résumés :
La connaissance de la fortification proche-orientale des XIIe et XIIIe siècles repose principalement sur l’étude des grandes forteresses érigées par les croisés et par les ordres militaires (hospitaliers et templiers). Cette thèse d’archéologie monumentale se propose d’appréhender la commande architecturale des Ayyoubides à partir d’un corpus centré sur la principauté de Damas et sur ses marges. Composé des citadelles et des forteresses d’©AÏlºn, de Baalbek, de Bosra, de Damas, de Palmyre, de ∑ar≈ad et de Qal©at al-∑ubayba, il permet d’étudier l’architecture militaire des princes, ainsi que celle de leurs plus proches émirs, en dehors de tout substrat croisé préexistant, c’est-à-dire dans un contexte propre à l’architecture militaire islamique.
Les fortifications ayyoubides de la principauté de Damas figurent parmi les plus grandes réalisations de l’architecture militaire proche-orientale. Issues en majorité de la commande princière, elles furent érigées dans un contexte politique interne complexe marqué notamment par l’importante crise de succession qui suivit la mort de Saladin. Symboles de l’autorité des princes, elles renfermaient les éléments nécessaires à la vie de cour : le palais, le hammam et la mosquée. Points d’appuis défensifs ou offensifs, elles étaient également dotées de puissants arsenaux. La spectaculaire évolution des programmes des forteresses ayyoubides dans les années 1200 est analysée non seulement du point de vue du dialogue entre l’attaque et la défense, mais aussi au regard de leur non moins fondamentale fonction ostentatoire.
The knowledge of the near eastern fortifications of the XIIth and XIIIth centuries is mainly based on the mighty fortresses erected by the Crusaders and the military orders (Hospitalers and Templars). The aim of this thesis of monumental archaeology is the study of the architectural command of the Ayyºbids from a corpus focused on the principality of Damascus and its vicinity. Based on the citadels and fortresses of ©AÏlºn, Baalbek, Bosra, Damascus, Palmyra, ∑ar≈ad and Qal©at al-∑ubayba, this corpus allows to apprehend the military architecture of the princes and their first rank emirs, free of any pre-existing crusader substratum, that is to say in the specific context of the Islamic fortification.
The ayyºbid fortifications of the principality of Damascus belong to the major realisations of the military architecture of the Near East. Mainly born of the princes’ command, they were erected in a political context strongly marked by the deep succession crisis, which followed the death of Saladin.
As symbols of the princes’ authority, they gathered all the elements necessary to the court life : the palace, the bath and the mosque. As defensive or offensive supports, they received mighty arsenals. The spectacular evolution, in the 1200s, of the architectural programs of the ayyºbid fortifications is analysed as a dialogue between attack and defence and also studied from the point of view of their no less fundamental ostentatious function.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Cyrille DESCLES - Le langage dramatique de bernard-Marie Koltès
Lundi 22 octobre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Cyrille DESCLES soutient sa thèse de doctorat :
Le langage dramatique de bernard-Marie Koltès
En présence du jury :
Mme BOST (GRENOBLE 3)
M. DANAN (PARIS 3)
M. GUÉNOUN (PARIS 4)
M. MOLINIÉ (PARIS 4)
M. REGNAULT (PARIS 8)
Résumés :
Le langage dramatique de Koltès repose sur une tension entre littérarité et dramaticité. Cette
étude interroge l’acte même d’écrire pour le théâtre à travers l’hypothèse d’une dramatisation par
le langage où l’action n’est produite qu’au revers du discours. Chez Koltès, l’écriture de la parole
destinée à être proférée sur scène reste loin d’être un pur déploiement de « textualité » comme
on le pense souvent, mais dispose une puissance de rétention qui fait sans cesse miroiter autre
chose que ce qui est dit.
La thèse accorde une attention toute particulière aux opérations poétiques effectuées par Koltès.
Si, d’un point de vue génétique, le monologue occupe une place privilégiée dans son processus
de création, l’ajout du dialogisme (au sens bakhtinien) le transforme en soliloque, étape
préliminaire à une réinvention du dialogue dans les dernières pièces de l’auteur.
C’est dans ce cadre interlocutoire que la pragmatique de l’énonciation permet alors de faire
apparaître la dimension stratégique de l’échange verbal : en se voyant attribuer un véritable rôle,
la parole n’est plus conçue comme une simple surface, mais s’avère travaillée en profondeur,
assurant au dialogue un dynamisme qui réside dans le jeu implicite des forces.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. Damien AUBRIET - Recherches sur Mylasa et Labraunda à l’époque hellenistique 336- 31.
samedi 7 mars 2009
14h
Maison de la recherche ; salle D040, rez de chaussée
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Damien AUBRIET soutient sa thèse de doctorat :
Recherches sur Mylasa et Labraunda à l’époque hellenistique 336- 31.
En présence du jury :
M. FEYEL (Nancy 2)
M. KARLSSON (UPPSALA)
M. KNOEPFLER (Collège de France)
M. LARONDE (Paris 4)
M. LEFEVRE (Paris 4)
Résumés :
Recherches sur Mylasa et Labraunda à l’époque hellénistique 336-31
Résumé de la thèse en français :
Cette monographie, fondée essentiellement sur la documentation épigraphique, est consacrée à Mylasa et à Labraunda à l’époque hellénistique, c’est-à-dire aux rapports étroits entre une petite cité de modèle grec, sise en Carie, et un de ses sanctuaires extra-urbains, relié à elle par une voie sacrée. Sont d’abord exposées les différentes composantes de sa chôra, ainsi que l’architecture de l’asty et du sanctuaire. Est étudié ensuite l’espace politique, à savoir la cité comme communauté d’hommes dotée de plusieurs niveaux d’organisation ; sont présentées les différentes sympolities et les catégories juridiques de la société mylasienne. La troisième et dernière partie, au travers d’une analyse détaillée des institutions, de la vie politique et de la vie religieuse, met en lumière la politeia mylasienne caractérisée par sa vitalité, la persistance de l’idéal démocratique et sa capacité à résister lors des heures sombres de son histoire.
Research on Mylasa and Labraunda at the Hellenistic time : 336-3
This monograph, mostly based on epigraphic documentation, focuses on Mylasa and Labraunda at the Hellenistic time, that is to say the close relationship between a small city on the greek pattern in Caria and one of its outside sanctuaries, linked by a sacred path. First the various elements of its chôra, as well as the architecture of the asty and of the sanctuary are exposed. Then the political space -i.e. the city as a community of men having several organisation levels- is studied ; the different sympolities and legal categories of the Mylasian society are presented. The third and last part, through a detailed analysis of institutions, political and religious life, sheds light on the Mylasian politeia, characterised by its vitality, the consistency of the democratic ideal and its ability to resist during the darkest hours of its history.
M. Damien VILLELA - Affirmations culturelles dans la musique traditionnelle de transylvanie.
vendredi 5 décembre 2008
9h
Maison de la recherche, salle D116
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Damien VILLELA soutient sa thèse de doctorat :
Affirmations culturelles dans la musique traditionnelle de transylvanie.
En présence du jury :
M. BOUET (Montpellier)
M. DESPRINGRE (CNRS)
M. PICARD (Paris 14)
M. WILLIAMS (CNRS)
M. DANIEL FOLIARD - La Terre Vague : Genèses du Moyen-Orient dans les savoirs et la culture britanniques,1850-1914.
vendredi 18 novembre 2011
à 14h
A la maison de la recherche, salle D223, 2° étage,
28 rue serpente 75006 Paris
M. DANIEL FOLIARD soutient sa thèse de doctorat :
La Terre Vague : Genèses du Moyen-Orient dans les savoirs et la culture britanniques,1850-1914.
En présence du jury :
M. BENSIMON ( PARIS 4 )
M. CHARLE ( PARIS 1 )
MME CHARLOT ( PARIS 4 )
M. LAURENS ( Coll de FR )
M. ROBBINS ( Wales )
MME THOMSON ( PARIS 8 )
M. DANIEL PORQUET - L’école royale militaire de Pontlevoy. Les bénédictins de Saint-Maur et les boursiers du roi, 1776-1793.
jeudi 9 juin 2011
à 14h
En Sorbonne, salle J636, escalier G, 3ème etage,
1 rue Victor Cousin, 75005 Paris
M. DANIEL PORQUET soutient sa thèse de doctorat :
L’école royale militaire de Pontlevoy. Les bénédictins de Saint-Maur et les boursiers du roi, 1776-1793.
En présence du jury :
M. BOISSON ( ANGERS )
M. BOURQUIN ( LE MANS )
M. CHALINE ( PARIS 4 )
M. FIGEAC ( BORDEAUX 3 )
M. POUSSOU ( PARIS 4 )
Résumés :
Par un édit de
janvier 1751 Louis XV créa l’Ecole royale militaire de Paris. Elle devait
accueillir 500 boursiers du roi. En raison d’insuffisances notoires elle
fut scindée en deux. Les enfants devaient acquérir les connaissances de base à La Flèche avant de rejoindre
Paris. Ce système jugé coûteux fut réformé en 1776 par le comte de
Saint-Germain. L’éducation des jeunes gens se fit, en province, dans des écoles
tenues par des religieux puis à Paris ou dans des régiments. Peu de
congrégations étaient susceptibles d’accueillir les boursiers ; celle de
Saint-Maur obtint 6 collèges dont Pontlevoy. Quel enseignement y était donné ?
Que lui apporta la présence de 50 boursiers du roi, chaque année, entre 1777 et
1793 ? Outre la réponse à ces questions, il fallait s’intéresser aux
boursiers eux-mêmes, à leur origine, à leurs parents et à leurs revenus. Les règles
de l’édit furent-elles respectées ? Les réformes de Saint-Germain visaient
à améliorer le sort de cette noblesse provinciale, à récompenser ses talents.
Le but fut-il atteint ?
The Royal military school of Pontlevoy. The Benedictine order of Saint-Maur and the king’s
pupils,1776-1793.
It was not until 1751 when Louis XV succeeded in establishing the Ecole royale
militaire de Paris, intending to enroll 500 disadvantaged noble youths. Due to well-known
learning deficiencies among many of the pupils, the school was split in two.
Younger students studied at the lower school in La Flèche before being sent to
Paris. Saint-Germain
reformed this costly system in 1776, ordering that the first level of education
be entrusted to twelve monastery colleges, spread among the provinces. Afterwards,
the king’s pupils would go on to Paris
or would enter the army. Few religious orders disposed of the means necessary
to educate these pupils. The Benedictine order of Saint-Maur took charge of six
colleges. Among them was Pontlevoy. What kind of education should be provided ?
What economic impact would be caused by the arrival of the new pupils ? Additionally,
who were these pupils, what was their parents’income ? Did the established rules
abide by the terms of the law ? Did Saint-Germain achieve his goal of promoting
the talents of the king’s pupils and of enhancing the status of the provincial
nobility ?
M. DANIEL RAMIREZ IBANEZ - Identité culturelle et dimension éthique. Une réflexion à partir de la pensée de de Charles Taylor.
mercredi 28 mars 2012
à 14h30
En Sorbonne, salle J636, 3ème étage,
escalier G, 54 rue saint Jacques 75005
Paris
M. DANIEL RAMIREZ IBANEZ - Identité culturelle et dimension éthique. Une réflexion à partir de la pensée de de Charles Taylor.
En présence du jury :
M. DE LARA ( PARIS 2 )
M. FERRY ( Bruxelles )
M. RENAUT ( PARIS 4 )
M. TAVOILLOT( PARIS 4 )
Résumés :
Cette
thèse est une recherche des moyens de formuler une éthique des identités
culturelles appropriée aux sociétés multiculturelles dans le monde diversifié
du présent. Elle prend appui sur l’appareil conceptuel du philosophe Charles
Taylor, principalement sur sa conception de l’identité du moi, dialogique et
enchâssée dans des cadres de signification historico-culturels. Une exploration
des diverses identités culturelles (ethnique, nationale, religieuse, etc.) qui
s’expriment dans le monde à l’âge
séculier nous montre la pertinence de la question de la reconnaissance des
cultures et de la nécessité d’approfondir des méthodes de compréhension de
l’autre, inspirées, dans le cas de Taylor, de l’herméneutique gadamérienne.
Pour cela, une mise à distance de l’ethnocentrisme et une volonté d’ouverture à
la différence culturelle, semblent indispensables. L’application pratique que
déploie dans ses travaux la Commission des accommodements
culturels du Québec montre que cela est possible et constitue peut-être une
voie d’avenir pour des sociétés démocratiques où la différence culturelle
pourrait être vécue d’une façon apaisée, posant les bases d’une éthique des
identités culturelles.
Cultural
Identity and Ethical Dimension
A reflection on the Thoughts of Charles Taylor
This
thesis is a research into the means of formulating an ethical theory of cultural
identities adapted to multicultural societies in the present diversified
world. It is based on philosopher
Charles Taylor’s conceptual device, mainly on his conception of the identity of Self, dialogical and embedded in the
framework of historical-cultural significance.. An exploration of different
cultural identities (ethnic, national, religious, etc.), expressed in a world
of secular age, shows us the pertinence of the question on the recognition of
cultures and on the necessity of going further into the methods to understand the other, inspired, as in the case of
Taylor, by the Gadamerian hermeneutics. And for this, the distancing of
ethnocentrism and a willingness to be open to the cultural difference seem
indispensable. The practical application
deployed in its efforts by the Commission of cultural accommodations in Quebec shows that this is possible and
constitutes, perhaps, a way in future for some democratic societies where
cultural differences could be lived peacefully, by laying a basis for an ethics
of cultural identities.
M. Daniel SORIN FARCAS - Le transcendal et le discours théologique. Métaphysique et analogie chez Albert le Grand et Maître Eckhart
Jeudi 24 janvier 2008
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D323
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Daniel SORIN FARCAS soutient sa thèse de doctorat :
Le transcendal et le discours théologique. Métaphysique et analogie chez Albert le Grand et Maître Eckhart
En présence du Jury :
M. BAUMGARTEN
M. BOULNOIS (EPHE)
M. COURTINE (PARIS 4)
M. MARGA (Université Babes-Bolyai, cluj-Napoca, Roumanie)
M. MUSCA (Université Babes-Bolyai, cluj-Napoca, Roumanie)
Résumés :
En attente...
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. DAVID CHATAIGNIER - Les tragédies à sujet turc sur la scène française : 1561-1681.
mardi 31 janvier 2012
à 14h
Salle des Actes En Sorbonne - 1, rue
Victor Cousin 75005 Paris
M. DAVID CHATAIGNIER soutient sa thèse de doctorat :
Les tragédies à sujet turc sur la scène française : 1561-1681.
En présence du jury :
M. BOURQUI ( Fribourg )
M. FORESTIER ( PARIS 4 )
MME LOUVAT-MOLOZAY ( MONTPEL 3 )
M. POUMAREDE ( BORDEAUX 3 )
Résumés :
Entre
1561 et 1681 plusieurs tragédies et tragi-comédies françaises empruntent leur
sujet à un épisode de l’histoire récente de l’Empire ottoman. Si Solyman ou la mort de Mustapha (1639) de
Jean Mairet, Ibrahim ou l’illustre bassa
(1641-42) de Georges de Scudéry et Bajazet
(1672) de Jean Racine sont probablement les œuvres les plus emblématiques de
cette tendance, elles ne sont pas les seules. D’autres auteurs issus de milieux
littéraires divers et appartenant à des époques différentes ont également
souscrit à cette tradition. L’objet de notre thèse est d’explorer le ou les
corpus « orientalistes » de la tragédie française, d’en déterminer les
origines tout ainsi que, si elles existent, les conséquences — en particulier
dans la constitution des intrigues. Les réponses à ces questions doivent nous
permettre de définir l’identité de
ces tragédies à sujet ottoman.
The
Tragedies with Turkish Subjects on the French Stage : 1561-1681.
Between 1561 and 1681 several French
tragedies and tragicomedies borrowed their subjects from a recent episode in
the history of the Ottoman Empire. Although Solyman ou la mort de Mustapha (1639) by
Jean Mairet, Ibrahim ou l’illustre bassa
(1641-42) by Georges de Scudéry, and Bajazet
by Jean Racine are probably the most emblematic works of this trend, they are
not alone. Other authors from different literary circles and belonging to
different periods also belonged to the same tradition. The purpose of this
dissertation is to explore the corpus of French tragedies with Oriental
subjects and to determine their origins and consequences, particularly
regarding the construction of plots. The answers to these questions should
allow the definition of an identity for these tragedies with Ottoman subjects.
M. David DUBOIS - " Le temps dans la théologie d’Abhinavagupta"
lundi 6 juillet 2009
14h
En Sorbonne, salle des actes,centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. David DUBOIS soutient sa thèse de doctorat :
" Le temps dans la théologie d’Abhinavagupta"
En présence du jury :
Mme BAUMER
Mme BONARDEL ( Paris 1)
M. CHENET (Paris 4)
M. HULIN ( Paris 4)
M. PADOUX (EPHE)
M. TORELLA
Résumés :
Dans l’Inde ancienne, le temps est, plus qu’une simple notion, une véritable puissance. Face à elle, les philosophes ont choisi tantôt de l’utiliser pour atteindre une forme d’immortalité, tantôt de la transcender, voire de la comprendre comme une illusion dont un examen rationnel serait susceptible de venir à bout.
Abhinavagupta, maître śivaïte du Xème siècle de notre ère, proposa une troisième voie, un chemin qui s’efforce de réaliser une véritable synthèse de l’immanentisme et du transcendantalisme. Cette philosophie dite de la Reconnaissance cherche à montrer par tous les moyens - rationnels ou autres - que le temps est une inflexion particulière de la conscience, comprise comme liberté absolue et capacité de se désirer, de se connaître et de se construire à sa guise. Ainsi les aspects les plus tragiques du Destin se dévoilent n’être, au terme du cheminement de reconnaissance de soi, qu’une création gratuite.
Nous proposons ici une étude thématique axée sur le problème du rapport entre le Temps et l’Eternité, illustrée par de nombreuses références aux textes, et accompagnée par un choix d’extraits portant spécialement sur l’élaboration du concept de temps comme libre puissance.
Abhinavagupta’s Theology of Time
In ancient India, there was more to Time than would be expected in just an idea. It was truly a Power. In dealing with it, philosophers chose either to employ it for reaching any form of immortality, or to transcend it, or even to understand it as an illusion that could be explained away through rational examination.
Abhinavagupta, a Śaiva master of the beginings of the first millenium offered a Third Way, a path shaped as a reconciliation and a realisation of a true synthesis of immanence and transcendence. This philosophy of Recognition endeavours to show by all means at hand – rational or otherwise -
that Time is a particular inflexion of Awareness, understood as unbound, as a capacity to desire, to know and to build one’s self by oneself. Thus the most dreadfull aspects of Destiny appear, at the end of the path of Recognition, as nothing but one’s own free creation.
We offer here a conceptual study centered on the problem of how to formulate the relationship between Time and Eternity, illustrated by many quotations from source-texts, and supplemented with a selection of extracts dealing specially with the construction of a concept of Time as free Power.
M. David LEVYSTONE - Naissance de la philosophie politique, Athènes à la fin du Vème siècle.
samedi 14 février 2009
14h
Maison de la Recherche, salle D116
28 rue Serpente 75006 Paris
M. David LEVYSTONE soutient sa thèse de doctorat :
Naissance de la philosophie, Athènes à la fin du Vème siècle.
En présence du jury :
M. BARNES (Paris 4)
M. LAKS (Paris 4)
M. ROMEYER DHERBEY (Paris 4)
M. ROSSETTI (Pérouse)
M. SCHOFIELD (Cambridge)
M. David MANDRELLA - La vie et l’oeuvre de Jacob Van Loo (1614-1670), sa vie, son oeuvre.
vendredi 21 novembre 2008
9h
salle D116 à la maison de la recherche, 1er étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. David MANDRELLA
La vie et l’oeuvre de Jacob Van Loo (1614-1670), sa vie, son oeuvre.
En présence du jury :
M. BONFAIT ( Paris 4)
M. EKKART
M. FOUCART
Mme HECK (Montpellier 3)
M. SCHNAPPER (Paris 4)
Résumés :
Jacob van Loo (1614-1670), sa vie et son œuvre.
Né à Sluis en Zélande, Jacob van Loo était dans les années 1640 et 1650 un artiste reconnu à Amsterdam. Il était célèbre pour ses « peintures de nus » dont plusieurs exemples sont conservés, notamment des Bacchanales. Il était également un portraitiste et peintre de genre de renom. Il est l’un des pionniers d’une nouvelle conception de la peinture d’intérieurs hollandaise. Après avoir commis un meurtre, il a du se réfugier à Paris où il entra dans l’Académie royale de Peinture et de Sculpture en 1663 et continua une carrière honorable dans le domaine du portrait historié.
Ce travail retrace la vie de l’artiste à travers des documents d’archives publiées en annexe. Ensuite son œuvre est commenté selon ses différents genres et sa Fortune Critique établie. Un chapitre spécial traite des peintres hollandais en France au XVIIe siècle.
Le travail est accompagné d’un catalogue raisonné de son œuvre, des peintures acceptées, rejetées ou uniquement mentionnées.
Jacob van Loo (1614-1670), his live and work
The artist was born in provincial Sluis, in Zeeland. In the period from 1640 to 1650, he was a well-known painter in Amsterdam and, in 1652, became a citizen of that town. He was famous for his nudes, including, for instance, his Bacchanals, but was also a prolific portraitist. In 1650, he invented a new kind of Dutch genre painting, depicting rich individuals in an interior setting.
After committing a homicide in 1660, he was forced to flee Amsterdam ; he settled in Paris, becoming, in 1663, a member of the Royal Academy of Painting and Sculpture. The present work retraces his life using unpublished archival material and discusses his painterly style and critical reception. Moreover, the study also situates van Loo particularly with regards to other Dutch artists living and working in seventeenth-century France. Finally, this work introduces the first catalogue raisonné ever to be established of van Loo’s oeuvre (including a list of doubtful and/or rejected attributions as well as works only known through art-historical literature or sales catalogues).
M. David ROUANET - Les prisonniers de guerre étrangers dans le nord-est de la France (1803- 1814)
mercredi 17 décembre 2008
9h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. David ROUANET soutient sa thèse de doctorat :
Les prisonniers de guerre étrangers dans le nord-est de la France (1803-1814)
En présence du jury :
M. BOUDON (Paris 4)
M. FORREST
M. LUC (Paris 4)
Mme PETITEAU (Avignon)
Résumés :
Il y avait peu d’études sur les prisonniers de guerre étrangers faits par les troupes de Napoléon Ier de 1803 à 1814. Les captifs des pays coalisées contre l’Empire français furent en grande partie envoyés dans le quart nord-est de l’ancienne France, patriotiquement sûre. Ils ont expérimenté le changement des usages de la guerre qui s’opéra au cours de ces onze années de conflit, annonçant les longues et pénibles captivités du XXe siècle. Cette thèse, après avoir fait le point sur le statut juridique du prisonnier de guerre au tout début du XIXe siècle , tente d’évaluer le nombre de soldats ennemis internés dans le nord-est de la France. Sont ensuite successivement analysés les débuts de la captivité, les modalités du transfert des prisonniers vers l’Empire, leur installation dans les dépôts des cités comprises entre Marne et Rhin, leurs réactions face à cette longue période d’inactivité militaire et enfin leur libération. Cette thèse montre, au milieu d’une infinie diversité de cas, qu’il vaut mieux parler d’internement que de détention pour la majeure partie des prisonniers de guerre de l’époque.
Few studies on foreigners prisoners of war made by Napoleon’s troops from 1803 to 1814 existed. The captives from countries coalized against french Empire were sent in the north-east of ancient France, politically safe. They experimented the change of war customs during these eleven years of conflict, announcing the XXth century’s long and hard captivities. This thesis, after explaining the legal condition of the prisoners of war in the earlier XIXth century, attempt to evaluate their number interned in the north-east of France. The beginnings of the captivity, the transfer of pow to french Empire, their settlement in dump cities between the Marne and the Rhine rivers, their reactions face this long time captivity and finally their liberation will be successively analysed. This thesis shows that it is better to talk internment than confinement for the major part of Napoleon’s captives.
M. David TOURNIER - L’Eglise, le Temple et la Fabrique : Relations sociale et interconfessionelles à Mulhouse au XIXe siècle
Vendredi 14 décembre 2007
9 heures
Institut de Géographie de Paris, salle 304, 3ème étage
191, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. David TOURNIER soutient sa thèse de doctorat :
L’Eglise, le Temple et la Fabrique : Relations sociale et interconfessionelles à Mulhouse au XIXe siècle
En présence du jury :
M. BOUDON (PARIS 4)
M. CHALINE (PARIS 4)
M. CHOLVY (MONTPEL 3)
M. FABRE (PARIS 12)
Mme VITOUX (HTE ALSACE)
Résumés :
Ce travail se propose d’aborder les relations sociales et interconfessionnelles à Mulhouse
depuis son rattachement à la France en 1798 jusqu’en 1870. Il interroge les valeurs de l’élite
patronale réformée et l’éthique sur laquelle repose sa cohésion, puis traite des conditions de
la réinstallation du culte catholique dans une ville demeurée exclusivement protestante
pendant deux siècles. Les rivalités interconfessionnelles liées localement au basculement de
l’équilibre démographique se nourrissent du contexte national de confrontation des cultes, et
s’accroît au cours du siècle. La catholicité nominale des ouvriers masque certes des disparités
d’intériorisation du culte, mais cimente néanmoins le groupe des ouvriers dans le cadre d’une
confessionnalisation des rapports sociaux, d’autant que l’assistance aux pauvres est ségrégée
selon les cultes. L’émergence d’un sentiment de classe au sein du monde ouvrier est en lien
avec la dialectique confessionnelle, et éclot dans les années 1860.
The purpose of the present work is to study the relations between the different social and
denominational groups in Mulhouse from its incorporation into France in 1798 to 1870. It
inquires into the values of the protestant employers elite, and the ethics upon which its
cohesion rests, then studies how catholicism made its return to a city that had remained
exclusively protestant for two centuries. The connection must be established between the
national context of confrontation between confessions and the local interdenominational
rivalries induced by a change in the demographic balance and increasing throughout the
century. The denomination of the workers as catholics is indeed a screen for discrepancies in
individual creeds, but it still unites the group of the workers in so far as it establishes social
relations on a confessional basis, and all the more so as the assistance to the needy is
segregated according to cult. The emergence of ‘class consciousness’ among workers is to be
linked to the interdenominational dialectic and appears in the 1860s.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. David WOOD - "Mathesis de l’esprit" - Une étude du rôle de la géométrie dans la Doctrine de la science de Fichte.[COTUTELLE]
vendredi 3 juillet 2009
14h
Allemagne, Ludwig-Maximilians-
Universität München
M. David WOOD soutient sa thèse de cotutelle :
"Mathesis de l’esprit" - Une étude du rôle de la géométrie dans la Doctrine de la science deFichte.
En présence du jury :
M. CATTIN (Clermont)
M. COURTINE (Paris 4)
M. RADRIZZANI (Bayerische)
M. ZOELLE (Munnich)
M. Didier BOISSON - Autour du protestantisme français aux XVIIe et XVIIIe siècles : Eglises, identités confessionnelles et communautés
Vendredi 22 juin 2007
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Didier BOISSON soutient son habilitation à diriger des recherches :
Autour du protestantisme français aux XVIIe et XVIIIe siècles : Eglises, identités confessionnelles et communautés
En présence du Jury :
M. BOST (EPHE)
M. CHALINE (PARIS 4)
M. FIGEAC (BORDEAUX 3)
M. KRUMENACKER (LYON 3)
M. MARTIN (NANCY 2)
M. POUSSOU (PARIS 4)
M. Didier KAHN - Littérature, Alchimie et libertinisme (XVIème- XVIIème siècles).[HDR]
mercredi 16 décembre 2009
9h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Didier KAHN soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Littérature, Alchimie et libertinisme (XVIème- XVIIème siècles).
En présence du jury :
M. FERREYROLLES (Paris 4)
MME HUCHON (Paris 4)
M. MATTON (CNRS)
MME OBRIST (CNRS)
MME PANTIN (Paris 10)
M. Didier LAMY - " Le principal corps ecclesiastique de la province". Le chapitre de la cathédrale Notre Dame de Rouen du milieu du XVIIème siècle jusqu’à la Révolution.
samedi 16 octobre 2010
14h
En Sorbonne , salle G647, esc G,
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Didier LAMY soutient sa thèse de doctorat :
"Le principal corps ecclesiastique de la province". Le chapitre de la cathédrale Notre Dame de Rouen du milieu du XVIIème siècle jusqu’à la Révolution.
En présence du jury :
M. CHALINE (Paris 4)
M. DEREGNAUCOURT (Arras)
M. LOUPES (Bordeaux 3)
M. MARTIN (Nancy 2)
M. TALLON (Paris 4)
M. Didier LAMY - "Le principal corps ecclesiastique de la province". Le chapitre de la cathédrale Notre Dame de Rouen du milieu du XVIIème siècle jusqu’à la révolution.
samedi 16 octobre 2010
14h
En Sorbonne, salle G647, escalier G, 1er étage et demi
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Didier LAMY soutient sa thèse de doctorat :
"Le principal corps ecclesiastique de la province". Le chapitre de la cathédrale Notre Dame de Rouen du milieu du XVIIème siècle jusqu’à la révolution.
En présence du jury :
M. CHALINE (Paris 4)
M. DEREGNAUCOURT (Arras)
M. LOUPES (Bordeaux 3)
M. MARTIN (Nancy 2)
M. TALLON ( Paris 4)
M. Dimitrios DOLAPSAKIS - Les histoires de la littérature néo-hellénique 1780-1880. Autour d’Adamantios Coray et de Jacovakis Rizos Néroulos.
samedi 21 novembre 2009
9h30
En Sorbonne, salle G366, esc G, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Dimitrios DOLAPSAKIS soutient sa thèse de doctorat :
Les histoires de la littérature néo-hellénique 1780-1880. Autour d’Adamantios Coray et de Jacovakis Rizos Néroulos.
En présence du jury :
M. BOUCHET (Nice)
MME MASSON (Montpellier 3)
M. TONNET (Paris 4)
MME VASSILAKI (INALCO)
M. Dimitrios NIKOLAOU - Constantin Chatzopoulos en tant que critique littéraire.
samedi 2 octobre
9h
A la Maison de la Recherche, salle D323
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Dimitrios NIKOLAOU soutient sa thèse de doctorat :
Constantin Chatzopoulos en tant que critique littéraire.
En présence du jury :
Mme BOTOUROPOULOU (Athènes)
Mme JACOVIDES-ANDRIEU (Paris 4)
M. MASTRODIMITRIS (Athènes)
M. TONNET (Paris 4)
M. Dinger LENGER - Les monnaies grecques et romaines provinciales trouvées à Assos.
samedi 5 décembre 2009
14h
En Sorbonne, amphithéâtre Michelet,
46 rue saint-Jacques 75005 PARIS
M. Dinger LENGER soutient sa thèse de doctorat :
Les monnaies grecques et romaines provinciales trouvées à Assos.
En présence du jury :
M. AMANDRY (Bibliothèque)
MME DUYRAT ( Paris 4)
MME GRANDJEAN (Nantes)
MME MARCELLESI (Paris 4)
M. PICARD (Paris 4)
M. Domenico MANCUSO - Libre arbritre et transcendance du futur
Jeudi 20 décembre 2007
9 heures
Maison de la Recherche, salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Domenico MANCUSO soutient sa thèse de doctorat :
Libre arbritre et transcendance du futur
En présence du jury :
M. ANDLER (PARIS 4)
M. DE CARO (UNIVERSITE)
M. MICHON (NANTES)
M. RASPA
Résumés :
La controverse sur le libre arbitre est axée depuis plus de trois siècles sur un
dualisme qui oppose les thèses déterministe et libertarienne, et qui aboutit à une
antinomie entre deux approches apparemment complémentaires, et pourtant
incapables, l’une et l’autre, de rendre raison des réquisits qu’on associe
communément à l’intuition d’une liberté de vouloir. Pour sortir de l’impasse, je
propose d’introduire dans le débat la notion de perspective temporelle : l’acte libre
peut être apprécié en tant que tel uniquement s’il est évalué avant qu’il ne
s’accomplisse ; à partir de cette idée, je développe une conception de liberté
comme création de réalité et comme transcendance de soi de la part du sujet – une
conception qui trouve son expression plus accomplie dans l’image d’une pensée
consciente dépassant constamment ses limites.
The free will controversy has revolved for over three centuries on a dualism
opposing determinists and libertarians, whose outcome is an antinomy between
two (allegedly) complementary positions, neither of which seems capable of
accounting for the requisites that are commonly associated to the inner
perception of free will. As a way out of the deadlock, I propose to introduce the
notion of temporal perspective : a free act can only be appreciated as such if it is
viewed before occurring ; building on this idea, I sketch out a conception of
freedom as creation of reality and self-transcendence of the subject ; such a
conception has its fullest expression in the image of a conscious thought
constantly overcoming its own limits.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. DOMINIC MOREAU - DE REBUS EXTERIORIBUS. Recherches sur l’action temporelle des évêques de Rome, de Léon le Grand à Grégoire le Grand (440-604) : sources et approches.
samedi 28 janvier 2012
à 14h
Salle D323 , A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris,
M. DOMINIC MOREAU soutient sa thèse de doctorat :
DE REBUS EXTERIORIBUS. Recherches sur l’action temporelle des évêques de Rome, de Léon le Grand à Grégoire le Grand (440-604) : sources et approches.
En présence du jury :
M. BLAUDEAU ( ANGERS )
M. CARRIE ( EHESS )
MME LIZZI ( Pérouse )
M. SALAMITO ( PARIS 4 )
M. WIRBELAUER ( STRASBRG 2 )
Résumés :
Entre
le milieu du Ve
siècle, plus particulièrement après l’assassinat de Valentinien III (455),
et la toute fin du VIe siècle, période de l’établissement
temporaire d’un certain équilibre entre les forces byzantines et lombardes,
Rome fut le théâtre d’importantes mutations sociales, économiques et
politiques. Dans ce contexte trouble, le
souverain pontificat apparut
progressivement comme la seule institution suffisamment stable pour exécuter
plusieurs tâches autrefois inhérentes aux fonctionnaires municipaux et
impériaux. Pour ne nommer que quelques exemples, les
évêques romains se retrouvèrent en charge de responsabilités aussi profanes que l’approvisionnement de leur
cité, la nomination de certains magistrats ou la négociation de traités et de
trêves. Avec plus de 1 520 missives pour la seule
période comprise entre Léon le Grand et Grégoire le Grand (440-604), la correspondance pontificale constitue la
principale source d’information sur cet aspect relativement mal connu de
la fonction épiscopale à Rome. Longtemps boudée, voire ignorée, par les historiens du monde romain
civil, une grande partie de
ces documents n’a été que peu analysée. Les résultats qui en ressortent sont souvent inédits, surtout lorsque
les textes sont mis en perspective. Avant de se concentrer
sur l’examen des compétences pontificales dans le domaine temporel, il est
toutefois apparu fondamental de consacrer une étude historique complète sur les
actes pontificaux antiques, en matière juridico-canonique, diplomatique et, sur
certains points précis, philologique. Le
présent travail s’attache aussi à offrir une approche de l’histoire
socioéconomique et sociopolitique du Siège apostolique, s’intéressant
principalement à la conception pontificale des difficultés de l’Antiquité tardive,
à l’origine et aux relations sociales des détenteurs du souverain
pontificat, à leur rôle dans la vie quotidienne ainsi qu’à l’élément clé
de la richesse de leur institution : les patrimonia.
De rebus exterioribus.
Researches on temporal action of the bishops of Rome,
from Leo the Great to Gregory the Great (440-604). Sources and approaches
Between
the middle of the Vth century, more particularly after the murder of
Valentinian III (455), and the very end of the VIth century, the period
of the establishment of a temporary balance between the Byzantine and Lombard
forces, Rome was the theater of important social, economic and political
transformations. In these troubled
context, the Sovereign Pontificate appeared gradually as the only institution
which was stable enough to execute several tasks formerly inherent to the
municipal and imperial civil servants. To
name only a few examples, the Roman bishops found themselves in charge of
responsibilities so profane as the supply of their city, the appointment of
certain magistrates or the negotiation of treaties and truces. With more than 1 520 letters for the only
period between Leo the Great and Gregory the Great (440-604), the papal
correspondence constitutes the main information source on this not fully known aspect
of the episcopal office in Rome. For a
long time avoided, even ignored, by the historians of the Roman civil world, a great
part of these documents has been little analysed. The findings are often novel, especially when
texts are put in perspective. Before
concentrating on the examination of the papal capacities in the temporal field,
it seemed fundamental to dedicate a complete historical study on the ancient
papal acts, on juridico-canonical, diplomatic and, on some precise points,
philological matters. The present work
also attempts to offer an approach of the socioeconomical and sociopolitical
history of the Apostolic Seat, being mainly interested in the papal conception
of the difficulties of Late Antiquity, in the social origin and relationships
of the holders of the Sovereign Pontificate, in their role in everyday life as
well as in the key element of the wealth of their institution : the patrimonia.
M. DOMINIQUE ARBEY - Francis Poulenc et la musique populaire.
vendredi 14 octobre 2011
à 14h
A la maison de la recherche, salle
D223, 2° étage, 28 rue serpente, 75006
Paris
M. DOMINIQUE ARBEY soutient sa thèse de doctorat :
Francis Poulenc et la musique populaire.
En présernce du jury :
M. CHARLES-DOMINIQUE ( NICE )
M. CORRE ( PARIS 8 )
M. MADURELL ( PARIS 4 )
MME PISTONE ( PARIS 4 )
M. Dominique GUILLO (HDR) - Les avatars du Darwinisme : enquête sociologique sur la réception et l’extension de l’idée d’évolution hors des sciences de la vie.
Vendrdei 14 décembre 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Dominique GUILLO soutient son habilitation à diriger des recherches :
Les avatars du Darwinisme : enquête sociologique sur la réception et l’extension de l’idée d’évolution hors des sciences de la vie.
En présence du Jury :
M. CONEN (LILLE 2)
M. DEMEULENAERE (PARIS 4)
M. KARSENTI (EHESS)
M. QUÉRÉ
M. SPERBER (ENS)
M. STEINER (PARIS 4)
M. DOMINIQUE MINOUFLET - Les grands réseaux techniques en Seine et Oise de 1890 à 1964.
mercredi 30 mai 2012
à 14h
A la Maison de la Recherche, Salle
D223, 28 rue Serpente, 75006 Paris
M. DOMINIQUE MINOUFLET soutient sa thèse de doctorat :
Les grands réseaux techniques en Seine et Oise de 1890 à 1964.
En présence du jury :
M. BELTRAN ( CNRS )
M. GRISET ( PARIS 4 )
M. MARNOT ( BORDEAUX 3 )
M. PAQUIER ( ST-ETIENNE )
Résumés :
De 1890 à 1964, les grands réseaux techniques s’appuient sur des processus d’industrialisation et d’urbanisation engendrant des déséquilibres requérant temps d’adaptation et aménagements pionniers propres au département de Seine & Oise dans l’aire d’attraction et de chalandise parisienne.
En 1914, ces processus conjuguent réseaux traditionnels à ceux nés de la seconde industrialisation dans une modernité bâtie selon une superposition-substitution continue.
De 1914 à 1944, répondant aux guerres et crises économiques, le département doit envisager reconstruction et modernisation en tenant compte de la rentabilité. L’explosion urbaine confirme la césure entre habitat et emploi, et l’allongement croissant des déplacements pose la question de la mobilité. Les anciens réseaux répondaient mal aux revendications des usagers (confort, transports, communication), à l’origine d’une synthèse de systèmes techniques de la vapeur, de l’électricité et du téléphone. La modernité intégrant la vitesse prônait la flexibilité de la voiture face au rail.
Les réseaux qui avaient défini la modernité urbaine requéraient des espaces proches des anciennes sources d’énergie (eau, charbon) aux possibilités d’extension limitées. Ceux issus des sciences et des technologies du 20e siècle (l’électricité et le nucléaire) obligeaient à trouver des espaces de réserve importants que les vallées fluviales saturées ne pouvaient offrir. Une remontée vers les côtes et les plateaux permettait ces développements qui dorénavant échappaient en partie au département de par l’échelle de leurs débouchés (Saclay, Fontenay aux Roses, Orsay).
Communication et information allaient transformer l’espace et le temps pour les intégrer désormais à une échelle plus nationale (voire internationale) comme le prouve la décision de 1964 de diviser le département en trois nouveaux espaces : les Yvelines, l’Essonne et le Val d’Oise à travers énergies et savoirs scientifiques nouveaux.
From 1890 to 1964 major technical networks relied on industrialization and urbanization processes generating inbalances that required adaptation periods and pioneering planing charasteristic of the Seine 1 Oise in the parisian attraction and market radius.
In1914, these processes combined traditional networks with those brought bu the second industrialization within a type of modernity fouded on a continuous superposition-substitution.
From 1914 to 1944, to meet wars and economic crises, the departement had to consider rebuildind and modernization while taking cost effectiverness into account Urban explosion confirmed the gap between the home and the working-place, while the increasing extension of commuting raised the problem of mobility. Former networks failed to meet the claims of users (about confort, transportation and communication), which resulted in a synthesis of technical systems based on vapour, electricity end the telephone. The modern system including speed advocated the flexibility of cars as compard to trains.
The networks which had designed urban modernity required areras located next to former energy sources (water, coal) which had limited capacities of extension. Those stemming from twentieth- century sciences and technologies (electricity and nuclear power) compelled to find significant storing areas which could not be provided by overcrowed fluvial valleys. Moving up towards hills and plateaus made such an evolution possible, and to some extent relrased it from the management of the departement because of the scale of their outlets (Saclay, Fontenay aux Roses, Orsay).
Space and time were going to be transformed by communication and information to become part of a more national (even international) scale, as was proved by the 1964 décision of dividing the departement into three new areas, Yvelines, Essonne end Val d4oise, through new energies and scientific knowledge.
M. Dominique POIREL (HDR) - Humanisme et doctrine sacrée au Moyen-Age, autour d’Hugues de Saint-Victor
Lundi 17 décembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Dominique POIREL soutient son habilitation à diriger des recherches :
Humanisme et doctrine sacrée au Moyen-Age, autour d’Hugues de Saint-Victor
En présence du Jury :
Mme BOURGAIN (CHARTES)
M. DAHAN (EPHE)
M. DALARUN (CNRS)
M. DOLBEAU (EPHE)
M. IMBACH (PARIS 4)
M. VERGER (PARIS 4)
M. Dominique PRADELLE - La révolution anti-copernicienne. Sujet transcendantal, facultés et historicité (Kant, Husserl, Cavaillès, Heidegger).[HDR]
samedi 28 novembre 2009
14h
A la Maison de la recherche, salle D223,2ème étage.
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Dominique PRADELLE soutient son Habilitation à diriger des recherches :
La révolution anti-copernicienne. Sujet transcendantal, facultés et historicité (Kant, Husserl, Cavaillès, Heidegger).
En présence du jury :
M. BENOIST (Paris 1)
M. BERNET (Louvain)
M. COURTINE (Paris 4)
M. FICHANT (Paris 4)
M. LAVIGNE (Nice)
M. MARION (Paris 4)
M. Dominique VIBRAC - L’autonomie d’une noble Dame. Etude du Convivio de Dante Alighieri.
mercresi 10 décembre 2008
13h
Institut Finlandais, Auditorium
60 rue des Ecoles 75005 Paris
M. Dominique VIBRAC soutient sa thèse de doctorat :
En présence du jury :
M. IMBACH (Paris 4)
M. PORRO (Université)
Mme ROSIER- CATACH (EPHE)
Mme SUAREZ-NANI (Fribourg)
M. Dragos CALMA - Citations, vérité et miracles. Etudes sur la présence d’Averroès dans l’oeuvre de Dietrich de Freiberg.
mardi 9 décembre 2008
14h
ENS, grande salle
48 boulevard Jourdan 75014 Paris
M. Dragos CALMA soutient sa thèse de doctorat :
Citations, vérité et miracles. Etudes sur la présence d’Averroès dans l’oeuvre de Dietrich de Freiberg.
En présence du jury :
M. BIANCHI (Université)
M. BOULNOIS (EPHE)
M. DE LIBERA (Genève)
M. IMBACH ( Paris 4)
M. PORRO (Université)
Résumés :
"Citations, vérité, miracles. Etude sur la présence d’Averroès dans l’œuvre de Dietrich de Freiberg."
La thèse est structurée en trois grandes parties : la première démontre que les grandes condamnations de la fin du XIIIe et du début du XIVe siècle contrôlaient les moyens de transmission du savoir en réglementant l’usage des autorités et des citations. Dietrich de Freiberg, à Paris en 1274-1277 et 1296/1297, connaît la liste des 219 propositions interdites par Etienne Tempier, mais il n’en tient pas compte et en reprend plusieurs thèses interdites. La seconde partie constitue une analyse approfondie de toutes les citations d’Averroès dans l’œuvre de Dietrich et représente une base pour toute recherche ultérieure sur les sources arabes de l’école dominicaine allemande. La troisième partie souligne les enjeux philosophiques de toutes les citations d’Averroès qui défendent deux des thèses condamnées en 1277 : l’intellection réflexive de l’intellect agent (thème étudié dans les deux traditions latine : aristotélicienne et néoplatonicienne) et la séparabilité des accidents de la substance (thème par lequel Dietrich rejette le miracle de la transsubstantiation).
Mots-clefs : abstraction, accident, Adam de Bocfeld, Averroès, averroïsme latin, censure, citation, cogitative, connaissance de soi, cosmologie essentialiste, Dietrich de Freiberg, Etienne Tempier, eucharistie, florilège, intellect agent, 7 mars 1277, miracle, ontologie essentialiste, substance, transsubstantiation.
"Citations, Truth, Miracles : A Study of the Presence of Averroes in the Work of Dietrich of Freiberg"
This thesis is structured in three parts. The first shows that the major condemnations of the late thirteenth and early fourteenth centuries controlled the means of transmitting knowledge by regulating the use of authorities and of citations. Dietrich of Freiberg, in Paris during the years 1274-1277 and 1296/1297, is aware of the list of 219 propositions forbidden by Etienne Tempier but ignores it and takes up several of the forbidden theses. The second part contains an in-depth analysis of all the citations from Averroes in Dietrich’s work and serves as a basis for all ulterior research on the Arabic sources of the German Dominican school. The third part examines the philosophical stakes underlying all the citations from Averroes that defend two of the theses condemned in 1277 : the reflective intellection of the agent intellect (a theme studied in both the Aristotelian and Neoplatonic Latin traditions) and the separability of substance (by which theme Dietrich rejects the miracle of transubstantiation).
Key Words : abstraction, accident, Adam de Buckfield, agent intellect, Averroes, censure, citation, cogitative, essentialist cosmology, essentialist ontology, Dietrich of Freiberg, Etienne Tempier, Eucharist, florilegium, Latin Averroism, self-knowledge, 7 March 1277, miracle, substance, transubstantiation.
M. EDDY CHEVALIER - Pour une approche scandalogique de la civilisation américaine : la preuve par Peyton Place.
samedi 3 décembre 2011
à 14h
A la Maison de la Recherche, salle
D323, 3° étage, 28 rue Serpente, 75006
Paris
M. EDDY CHEVALIER soutient sa thèse de doctorat :
Pour une approche scandalogique de la civilisation américaine : la preuve par Peyton Place.
En présence du jury :
MME BARRET-DUCROQ ( PARIS 7 )
M. FRAYSSÉ ( PARIS 4 )
M. GUILBERT ( TOURS )
MME MICHLIN ( PARIS 4 )
M. NIEMEYER ( BOURGOGNE )
MME PERRIN-CHENOUR ( PARIS 10 )
M. Edi MILOS - Antun Radic et la genèse du mouvement paysan croate (1868-1905)
Samedi 12 avril 2008
9 heures
Maison de la recherche, Salle D116, 1er étage
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Edi MILOS soutient sa thèse de doctorat :
Antun Radic et la genèse du mouvement paysan croate (1868-1905)
En présence du Jury :
M. BLED (PARIS 4)
M. HEGER (PARIS 4)
M. NOVAK (SPLIT)
M. PAVLOVIC
M. SANJEK (UNIVERSITE)
M. THOMAS (PARIS 4)
Résumés :
Au tournant des XIXe et XXe siècles, au travers de ses travaux et de ses activités, Antun Radić (1868-1919) mobilise ses efforts pour donner un nouvel élan au mouvement national croate qui s’épanouit dans les territoires méridionaux de la Monarchie des Habsbourgs. Convaincu que la paysannerie est l’incarnation de la nation, il s’emploie à instruire le monde rural pour le préparer au combat contre la domination étrangère. Progressivement, il bâtit un système d’idées fondé sur la conservation des structures traditionnelles et de la culture des campagnes, comme sur la solidarité slave, qui soutiendra la naissance du Parti populaire paysan croate en 1904, longtemps condamné à la marginalité mais qui jouera un rôle de premier plan dans le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes après la Première Guerre mondiale.
At the turn of the 19th and 20th centuries, Antun Radić (1868-1919) mobilizes his efforts through studies and activities to give a new breath to the national croatian movement, which flourishes in the southern parts of the Habsbourg Monarchy. Convinced that the peasantry is the nation’s incarnation, Antun Radić applies himself to educate the rural areas in order to prepare the peasants to fight against foreign rule. Progressively, he devises a system of ideas based on the conservation of rural areas’ traditional structures and culture, and on slavic solidarity, which will support the creation of the Croatian popular peasant party in 1904. Long marginalized, the party will play a major role in the Kingdom of the Serbs, Croats and Slovenes after the First World War.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Edouard DUC - La langue française dans les relations entre le Québec et la France (1902-1977). De la "survivance" à l’unilinguisme français au Québec
Mercredi 13 juin 2007
9 heures
Maison de la recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Edouard DUC soutient sa thèse de doctorat :
La langue française dans les relations entre le Québec et la France (1902-1977). De la "survivance" à l’unilinguisme français au Québec
En présence du Jury :
M. CHALINE (PARIS 4)
Mme COHEN (QUEBEC)
M. PORTES (PARIS 8)
M. SOUTOU (PARIS 4)
Résumés :
Les relations entre le Québec et la France se cristallisent spontanément, avec vigueur et de manière
indispensable pour les deux pays, autour du thème de la langue française. Omniprésentes au Québec, les
problématiques en matière de langue se retrouvent dans le domaine de la religion, de la politique, de
l’enseignement, de l’édition, de la presse, du cinéma, du théâtre, de la chanson, de la radio, de la télévision,
comme éléments constitutifs d’une nation, d’une identité culturelle. Un tel sujet prend en considération tous les
francophones qui, au Canada, sont réunis à plus de 80 % dans l’État du Québec. Les querelles linguistiques sont
très présentes, et si la question est sérieuse, elle recouvre généralement une sensibilité réciproque Québec-
France. Notre recherche s’étend de la fin du XIXe siècle à 1977. Elle concerne autant les discours, pensées et
prises de position sur la langue française que sa propre évolution, sa transmission, sa représentation, au coeur des
relations franco-québécoises et de la francophonie. L’histoire très particulière liant ces deux régions du monde,
unique parmi les nombreux pays francophones, doit faire d’eux un tandem moteur de la promotion et de la
diffusion de la langue française au sein de la francophonie et dans le monde.
The relations between Quebec and France are naturally and strongly interwoven by the question of
language. Omnipresent in Quebec, issues about language are to be found in many themes, in religion, politics,
education, publishing, the press, cinema, theatre, songs, radio and television ; they are essential to the nation’s
cultural identity. Our subject deals with the French-speaking populations in France and Canada. 80 % of French
Canadians are found in the province of Quebec. The linguistic problems are prominent and generally trigger a
mutual sensitivity between Quebec and France. Our search begins at the end of nineteenth century and finishes
in 1977, and is concerned with speech, thinking and opinions on French language, along with its evolution,
transmission and representation at the heart of the relations between Quebec and France and French-speaking
communities. The particular and unique history between these regions makes them the driving force behind the
promotion and the spreading of French in the French-speaking communities and in the world.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. EDOUARD FELSENHELD - La médecine du sport chez Galien : corps athlétiques, corps sains, corps malsains.
samedi 12 novembre 2011
à 14h
A l’amphithéatre Sainte Barbe, 4 rue de
la Valette, 75005 Paris
M. EDOUARD FELSENHELD soutient sa thèse de doctorat :
La médecine du sport chez Galien : corps athlétiques, corps sains, corps malsains.
En présence du jury :
MME BOUDON-MILLOT ( PARIS 4 )
M. BRULE ( RENNES 2 )
MME GOUREVITCH ( EPHE )
M. THUILLIER ( ENS )
MME VISA-ONDARÇUHU ( TOULOUSE 2 )
Résumés :
Galien de Pergame, médecin et philosophe grec du IIe siècle de notre ère, approfondit la critique des athlètes inaugurée à l’époque classique, notamment par Hippocrate, mais la
sévérité de son jugement à l’égard des compétiteurs professionnels est compensée par une reconsidération pratique et théorique de la réalité sportive. Le corpus galénique permet en effet de dresser un tableau diagnostique complet des dérèglements sanitaires auxquels s’exposent les sportifs amateurs et, plus encore, les athlètes, dont l’activité et le statut se trouvent ébranlés jusque dans leurs fondements : mauvaise santé, procès généralisé et subversion générique viennent ainsi ternir l’image du sport antique. Toutefois, Galien procède en même temps à une réhabilitation du sport, dont il fait un instrument performant pour garantir le succès de son action et de sa pensée. La réconciliation de l’exercice physique et de la santé représente la première étape d’une revalorisation qui se manifeste également sur le plan théorique, non seulement à l’intérieur de l’argumentation médicale, mais aussi dans les rapprochements que Galien
établit entre le sport et sa propre activité de médecin philosophe.
SPORT MEDICINE IN GALEN : ATHLETIC, HEALTHY, UNHEALTHY BODIES.
The physician and philosopher Galen of Pergamon (2nd century AC) criticizes athletes, even more strongly than Hippocrates and other intellectuals of the classical period did. But this denunciation is counterbalanced by another point of vue : sport is reappraised in a practical and theoretical way. On the one hand, Galen makes a diagnosis of all disorders that might affect amateur and, most of all, professional athletes. As a consequence, sportsmen involved in competitions are deeply depreciated. Physical activity is considered as producing bad health and, for many other reasons, it is the target of a general condemnation. In particular, the human nature of athletes comes into question. On the other hand, Galen rehabilitates sport as a usefull activity that is beneficial for health and indirectly for the intellect : physical exercise plays a role in the developpment of the medical argumentation and parallels can be drawn between sport and Galen’s activity both as a physician and as a philosopher.
M. Edouard HUSSON (HDR) - Du sonderweg au modèle allemand recherches sur "l’exception allemande" de Bismarck à Schroder
Vendredi 30 novembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Edouard HUSSON soutient son habilitation à diriger des recherche :
Du sonderweg au modèle allemand recherches sur "l’exception allemande" de Bismarck à Schroder
En présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS 4)
M. BENSOUSSAN (MEMORIAL)
M. BLED (PARIS 4)
M. KERSHAW (SHEFFIELD)
M. LETOURNEAU (MONTREAL)
M. MARTENS (BORDEAUX 2)
M. MÖLLER (MUNICH)
M. SOUTOU (PARIS 4)
M. Eduardo VIERA DA CRUZ - La question de la matière, source de conflit entre les doctrines au XIIIème siècle.
lundi 8 décembre 2008
14h
Bibliothèque du Saulchoir, salle St Thomas
43 bis rue de la Glacière 75014 Paris
M. Eduardo VIERA DA CRUZ soutient sa thèse de doctorat :
La question de la matière, source de conflit entre les doctrines au XIIIème siècle.
En présence du jury :
M. BIARD (Tours)
M. BONINO (Institut Catholique Toulouse)
M. IMBACH (Paris 4)
M. MAGNARD (Paris 4)
M. Edy-Claude OKALLA BANA - L’industrie française du terrassement (1830-1991)
lundi 31 mai 2010
14h
En Sorbonne, amphithéâtre Michelet
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Edy-Claude OKALLA BANA soutient sa thèse de doctorat :
L’industrie française du terrassement (1830-1991)
En présence du jury :
M. BARJOT (Paris 4)
M. DAVID (Paris 9)
M. FREMEAUX (Paris 4)
M. GODELIER (EP Palaise)
Mme VUILLERMOT (Besançon)
M. Eliot YATES - Architecture surréaliste en Amérique latine : les quêtes d’identité nationale au Mexique et au Brésil (1945-1975)
Mardi 15 mai 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D040, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Eliot YATES soutient sa thèse de doctorat :
Architecture surréaliste en Amérique latine : les quêtes d’identité nationale au Mexique et au Brésil (1945-1975)
En présence du Jury :
Mme COLLIN DELAVAUD (PARIS 3)
M. FOUCART (PARIS 4)
Mme FRÉROT (EHESS)
Mme HAMON (PARIS 4)
M. MASSU (AIX-MARSL1)
Résumés :
Les quêtes d’identité nationale dans l’architecture latino-américaine contemporaine évoluent
parallèlement aux projets primitiviste et surréaliste en Europe et aux États-Unis. Une dichotomie
fondamentale présente dans l’art primitiviste est réitérée dans l’architecture latino-américaine, les
Brésiliens affirmant une culture primitive joyeuse et sensuelle, (apparentée au primitivisme joyeux de
Matisse), alors qu’au Mexique l’architecture du milieu du siècle affiche un caractère primitif terrifiant
qui correspond au primitivisme violent dépeint dans les tableaux d’Emil Nolde. L’image des pyramides
aztèques ruisselantes du sang des sacrifices se confond avec celle des volcans qui entourent la ville
de Mexico ; la forme pyramidale s’insère également dans la volumétrie simple de l’esthétique
moderne. Les deux quêtes d’identité atteignent un point culminant au moment où l’architecture se
rapproche le plus aux préceptes de l’art surréaliste. Le dôme et les arcades renversés du centre
monumental de Brasilia introduisent un grain de non-sens dans l’architecture moderniste. Au
Mexique, Luis Barragán revendique le caractère essentiellement irrationnel de son peuple moyennant
un emploi de couleurs déconcertantes et des plans labyrinthiques qui font contraste avec le
rationalisme catégorique prôné dans les pays occidentaux. Au milieu du siècle, les projets mexicains
se distinguent par un excès décoratif qui apparaît dans les trois périodes de l’histoire du pays, une
tradition d’exagération des précédents étrangers qui semble constituer en soi la clé de l’identité
culturelle.
The quests for national identity in twentieth century Mexican and Brazilian architecture follow courses
that closely parallel developments in European art, from Primitivism through the Surrealist movement.
A fundamental dichotomy present in Primitivist art is reflected in Latin American architecture, the
Brazilians celebrating a sensual and joyous primitive culture, (analogous to the carefree primtive life
depicted in the compositions of Matisse), while the Mexicans glorify a grandiose but terrifying primitive
past, (corresponding to the menacing drama of Emil Nolde’s landscapes), rooted in the strangely
coinciding images of Aztec pyramids dripping with the blood of daily sacrifices and volcanoes spitting
molten lava in the surroundings of Mexico City. The pyramidal form also suggests a transplanting of
simple Modernist volumes on Mexican soil. The two quests for local identity reach a cluminating point
when Latin Ameican architectural design is most closely associated with the guiding principles of
Surrealist art. The domes and arcades of Brasilia’s monumental center are turned upside-down, thus
introducing a gain of nonsense into an otherwise rigourously modern urban design. In Mexico, Luis
Barragán expresses the essentially irrational character of his people by covering walls with colors
that are clearly too strong, and with labyrinthine floor plans that are antithetical to the logical
sequences present in Occidental architecture. Modern Mexican architecture displays a tendancy to
“go too far” that is itself the key to the local identity.
Position de thèse :
Les quêtes d’identité nationale dans l’architecture latino-américaine contemporaine
évoluent parallèlement aux projets primitiviste et surréaliste en Europe. Dans les
deux cas, les tentatives initiales de retrouver l’expressivité primitive s’avèrent
imitatives et peu satisfaisantes, menant à une enquête sur les principes générateurs
des oeuvres d’art primitif. Le premier pas vers une réorientation des objectifs de l’art
contemporain est une forte déclamation de toute démarche rationaliste. Dans
l’architecture latino-américaine, ce penchant pour l’irrationalisme implique une
opposition aux notions occidentales du progrès moderne. Le dôme renversé du
Congrès à Brasilia ajoute une note de non-sens au sein de ce projet urbain des plus
modernes. Au Mexique, Luis Barragán modifie la séquence logique de la promenade
architecturale, élaborant des plans labyrinthiques qui dénotent un retour au passé
prélogique, (le mythe du Minotaure appartient à la civilisation minoenne, en essor
avant l’accession d’Athènes et du rationalisme occidental). Les Surréalistes donnent
le titre Minotaure à leur journal, une évocation de la quête d’un art signifiant à travers
les corridors déséquilibrants du subconscient, une aventure qui s’apparente au projet
d’auto-découverte dans l’architecture latino-américaine.
Souligner les contrastes avec l’Occident est généralement bénéfique à l’élaboration
des identités latino-américaines, l’exception étant l’architecture baroque, importée
d’Europe mais néanmoins perçue par les Brésiliens et par les Mexicains comme
expressive de leur propre penchant pour la fantaisie et le mysticisme, l’opposé de la
créativité rationaliste. Les interprétations du Baroque sont considérablement
différentes dans les deux pays, les Brésiliens discernant dans la décoration baroque
une exubérance joyeuse qui correspond à leur propre sensualité tropicale, alors que
les Mexicains admirent l’excès de surfaces sculptées qui semblent refléter leur
caractère émotif. L’héritage baroque imprègne les dessins des palais du centre
monumental de Brasilia, les arcades renversées ressuscitant le passé colonial tout
en reflétant la sinuosité du skyline de Rio de Janeiro. À l’Université de Mexico, Juan
O’Gorman couvre la Bibliothèque Centrale (1953) de mosaïques de pierre qui
tournent en dérision la sobriété moderniste, célébrant un goût mexicain pour l’excès
décoratif qui caractérise les trois périodes de l’histoire du pays.
Les quêtes de caractère local mènent infailliblement à une plongée dans le passé
primitif dans l’espoir de déterrer une culture persistante. La recherche d’identité
latino-américaine se heurte contre les mêmes obstacles qui contrarient les artistes
primitivistes, et parviennent à des solutions analogues. L’art primitiviste peut être
divisé en deux genres, le premier dépeignant un homme primordial qui s’intègre
parfaitement dans un cadre naturel luxuriant, (Henri Matisse, La Joie de vivre, 1906),
et le second représentant la terreur de l’homme primitif faisant face à une nature
incontrôlable (Emil Nolde, Soir d’automne, 1924). En architecture brésilienne et
mexicaine, les expressions de caractère local peuvent être différenciées
pareillement, les Brésiliens célébrant la luxuriance de la jungle amazonienne et
l’insouciance du marin portugais, alors que les Mexicains glorifient la magnificence
du “règne de terreur” aztèque, ainsi que la beauté menaçante du paysage
volcanique qui entoure la ville de Mexico.
Mettre en valeur les traits essentiels des cadres naturels latino-américains souligne
un aspect de la culture locale qui est persistante et indéniablement mexicain ou
brésilien. Le volcan mexicain - crachant de la lave rouge - ressemble aux
pyramides aztèques baignées du sang des sacrifices quotidiens, la concordance des
images nourrissant l’impression d’un caractère inéluctable. Cet emmêlement de la
nature et de l’héritage culturel comporte une solution viable à l’élaboration d’une
architecture qui exsude le caractère local. La chapelle Sao Francisco de Assis
(Pampulha, Belo Horizonte,1943) est une “coupe architecturale” des montagnes de
Rio de Janeiro, un emmêlement du bâti et de la nature qui ancre l’expression
architecturale dans le Brésil. L’art surréaliste comporte une redéfinition de la
conception de la nature, qui cesse d’entourer l’homme pour jaillir des profondeurs de
son propre univers interne. Dans Rencontre (1939-40), Max Ernst et Leonora
Carrington dépeignent des “volcans humains” qui se dissolvent dans le paysage
mexicain, des créatures curieuses qui sont indissociables de la terre qui les a
fécondés. La conception surréaliste de la nature comme qualité intrinsèque de
l’homme contemporain est embrassée par les architectes latino-américains, qui
entreprennent une interpénétration d’architecture et de nature comme moyen de
fortifier l’expression de la culture locale. Le jardin de la maison Gálvez (Luis
Barragán, Mexico, 1955) est une composition cubiste qui semblerait mieux adapté à
un dessin d’architecture, alors que l’intérieur inclut des textures rustiques
généralement réservées au jardin. Les sites précolombiens offrent de nombreux
exemples de dessins architecturaux qui entament un dialogue intime avec des
phénomènes naturels. La pyramide El Castillo (maya, Chichen Itza, Yucatán) inclut
un escalier qui attend les équinoxes quand le soleil projette de l’ombre en forme de
corps ondulant qui rejoint une tête de serpent sur le sol. Le Musée National
d’Anthropologie, (Pedro Ramirez Vázquez, Mexico, 1964), emprunte de l’héritage
précolombien l’élaboration d’un tel rapport entre architecture et nature. Le musée
arbore un “parapluie” au centre de la cour qui accumule les pluies torrentielles pour
créer une fontaine éphémère et violente. L’expression de la mexicanité dans ce cas
ne s’inspire point du précédent formel, mais ravive une tradition de dessin
architectural conçu comme l’exaltation des phénomènes naturels du Mexique.
L’art surréaliste peut être divisé en deux genres : soit l’anéantissement de l’espace
structuré (apparenté à l’automatisme) engendre des formes purement inventées qui
sont entièrement dissociées de la réalité tangible, (Victor Brauner, Le Dernier
voyage, 1937), soit des images ordinaires apparaissent dans des contextes si
inhabituels que leur familiarité se tourne contre l’observateur,( René Magritte, La
Condition humaine, 1933). Une dichotomie similaire marque l’architecture mexicaine
et brésilienne du milieu du siècle. Le site de Brasilia se distingue par l’absence de
qualités naturelles, la “chapada” désertique au centre du pays symbolisant le pur
potentiel d’un pays dynamique qui se réjouit du manque de contraintes historiques.
Les dessins de Niemeyer pour le centre monumental surgissent du vide inhabité
d’une manière qui suggère les compositions d’Yves Tanguy (Divisibilité indéfinie,
1942), où des formes non-identifiables flottent dans un néant représentatif de la
subconscience humaine. Au Mexique, Luis Barragán adopte un autre moyen
d’exprimer la culture locale, manipulant des éléments familiers - issus de
l’architecture vernaculaire et de l’artisanat indigène - de manière à les rendre
méconnaissables. Barragán reconnaît sa dette envers certains artistes surréalistes,
surtout De Chirico, (La Méditation automnale, 1910-11), dont les places “hantées”
sont un mélange déconcertant du familier et de l’indéchiffrable. Dans la maison de
Barragán, (calle Ramirez 14, Mexico, 1950), un escalier en bois massif, (relevé du
vernaculaire mexicain), est soutenu par un seul mur, tandis que l’autre côté “flotte”
miraculeusement au-dessus de la bibliothèque. Un élément de la tradition
architecturale du Mexique devient étrangement méconnaissable, acquérant un
aspect mystique qui est en soi une évocation des mythes qui persistent dans le
pays. L’escalier mène à une porte faite du même bois vernis, créant l’impression
d’un morceau de réalité qui aurait été détaché de son contexte et collé sur le mur en
haut. Cette même technique apparaît dans l’oeuvre de René Magritte, qui découpe
des morceaux de scènes réalistes pour les insérer dans une autre composition afin
de confronter le familier et l’irréel. Une des techniques préférées de Magritte est
bénéfique à l’élaboration d’une architecture “moderne” et “mexicaine”.
Une étude de l’architecture d’Oscar Niemeyer révèle les deux techniques
surréalistes. Dans les dessins des palais de Brasilia, (palais du Planalto, 1958), des
éléments du vocabulaire classique (dômes, arcades) sont renversées, présentant un
curieux mélange du familier et de l’insolite, la même technique qui est exploitée par
Barragán et par Magritte. L‘inversion du vocabulaire classique est aussi indicative de
la position géographique du Brésil, situé dans l’hémisphère sud et conséquemment
écarté du théâtre du progrès occidental.
Curieusement, la réussite de l’expression de modernité mexicaine ou brésilienne
dépend de la subtilité de l’interprétation de la culture locale, alors que - en raison
de cette subtilité - les sources d’inspiration passent souvent inaperçues. Le dessin
de l’espace urbain El Bebedero, (Luis Barragán, Las Arboledas, Mexico, 1959-62),
est une abstraction d’un centre monumental précolombien, (la fontaine linéaire
suggère l’axe principal, le mur monolithique est une version orthogonale de la
pyramide, et la muraille hautement colorée représente les montagnes basses du
désert mexicain), et pourtant, puisque la forme pyramidale est absente du dessin,
la référence au passé précolombien n’est pas signalée dans les études de son
oeuvre. Au contraire, la plupart des auteurs maintiennent que Barragán néglige
l’héritage préhispanique. La contribution majeure de Luis Barragán à l’architecture
mexicaine moderne est généralement considérée d’être sa palette de couleurs, qui
relève des arts décoratifs indigènes. Par contre, il serait erroné de conclure que la
clé de son expression de mexicanité dépend de ces couleurs. Ce qui est
indéniablement “mexicain” dans les projets de Barragán est son emploi des couleurs
traditionnelles, qui n’avaient jamais été utilisées pour couvrir des murs entiers. L’acte
d’emprunter des éléments de la tradition mexicaine et d’aller trop loin est en soi une
des caractéristiques persistantes de l’architecture et de l’art mexicains (notamment
les muralistes Orozco, Siqueiros et O’Gorman). Le churrigueresque mexicain est une
interprétation du Baroque européen qui se distingue par l’exagération du précédent.
Les murs des églises de Guanajuato et de Mexico s’évaporent complètement
derrière une nuage de sculptures volatiles ; l’objet architectural disparaît pour
engendrer une expression de mouvement, (apparentée à la promenade
architecturale), seulement dans ce cas le mouvement n’est pas fluide mais
frénétique, comme le caractère mexicain. Les couleurs de Barragán vaporise le mur
d’une manière similaire, étant si fortes que les surfaces semblent vibrer. Le point
essentiel de l’architecture de Barragán, et surtout de son expression de la culture
mexicaine, est l’acte d’aller si loin dans son choix de couleurs que l’architecture
devient presque intangible, la célébration d’un peuple émotif qui renie la clarté
occidentale.
S’il serait erroné de conclure que l’essentiel de la contribution de Barragán se réduit
à sa palette de couleurs, il est également fallacieux d’affirmer que le caractère
brésilien de l’architecture de Niemeyer dépend de la courbe. Les courbes libres dans
ses dessins, qui marquent une divergence du précédent moderniste, s’inspirent des
montagnes de Rio de Janeiro, des femmes sur la plage d’Ipanema et des églises
baroques d’Ouro Preto et de Recife. Néanmoins , il est important de reconnaître que
ces courbes furent conçues comme une réponse aux contraintes excessives
imposées par les modernistes et constituent surtout une façon particulière de réagir
par rapport aux influences occidentales, signalant une tendance caractéristiquement
brésilienne de se défaire des convenances établies dans les pays occidentaux -
l’acte de se libérer étant en soi la quintessence du caractère local. Les artistes
surréalistes réagissent d’une manière similaire aux normes de la société
européenne, cherchant une façon de créer qui assure l’authenticité de l’expression
artistique et qui surpasse la simple représentation des formes présentes dans la
réalité tangible.
M. ELOI GRASSET - Modernitat i canvi de llengua. El pas del castella al catala a l’obra de Pere Gimferrer (Aspectes critics, teorics i lexicometrics). [COTUTELLE]
jeudi 12 mai 2011
11h30
A l’université de Gérone (Girona)
M. ELOI GRASSET soutient sa cotutelle de thèse :
Modernitat i canvi de llengua. El pas del castella al catala a l’obra de Pere Gimferrer (Aspectes critics, teorics i lexicometrics).
En présence du jury :
M. BOURRET ( MONTPEL 3 )
MME BOYER ( PARIS 4 )
M. GRACIA GARCIA ( Barcelone )
MME OLIVER MASRAMÓN ( BORDEAUX 3 )
M. PLA ( Gérone )
MME SEGARRA ( Barcelone )
M. Emmanuel JAULIN - La gendarmerie dans la guerre d’Algérie, dépendance et autonomie au sein des forces armées.
vendredi 6 février 2009
14h
Maison de la recherche, salle D223, 2ème étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Emmanuel JAULIN soutient sa thèse de doctorat :
La gendarmerie dans la guerre d’Algérie, dépendance et autonomie au sein des forces armées.
En présence du jury :
M. FREMEAUX (Paris 4)
M. JAUFFRET (Aix)
M. LEFEUVRE (Paris 8)
M. LUC (Paris 4)
M. EMMANUEL KESSOUS - L’attention au monde. Une sociologie de l’économie des données personnelles. [HDR]
mardi 14 juin 2011
à 9h30
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. EMMANUEL KESSOUS soutient son Habilitation à diriger des thèses :
L’attention au monde. Une sociologie de l’économie des données personnelles.
En présence du jury :
MME CHIAPELLO
M. COCHOY ( TOULOUSE 2 )
M. DEMEULENAERE ( PARIS 4 )
MME SONNAC ( PARIS 2 )
M. STEINER ( PARIS 4 )
M. ZALIO ( ENS CACHAN )
Résumés :
Pourquoi s’expose-t-on sur
Internet et dans les réseaux sociaux numériques ? La publication de
données sur soi et sur les autres constitue-t-elle un risque pour les individus
et leur droit à la vie privée, comme le proclament régulièrement les médias
institués, ou bien est-ce une opportunité, un moyen d’alimenter des relations,
de se forger une identité numérique et d’en tirer bénéfices dans une économie
informationnelle où l’attention serait aujourd’hui devenue le bien rare ?
C’est dans le cadre de ce débat, devenu classique, que s’inscrit cette
recherche qui porte une attention particulière à l’évolution des modèles
marketing à l’ère d’Internet et aux difficultés pour les défenseurs des
libertés publiques de tenir ensemble une critique de la surveillance par l’État
et une protection de l’intimité des personnes face aux technologies de traçage
des usages par le marché. Ces militants d’association ou ces simples blogueurs
doivent en effet faire face à un cruel dilemme. À trop vouloir défendre les
individus contre le marché ne risquent-ils pas de prêter main forte à ceux qui
souhaitent encadrer la liberté d’expression ? S’attacher à résoudre ce
dilemme revient à s’attaquer à une question complexe : comment définir les
normes de justice dans une économie de l’attention ?
Why do we go on the Internet and digital social networks ? Is the
publication of data about oneself and others a risk to individuals and their
right to privacy, as declared in the media ? Or is it an opportunity, a means to
feed the relationships, to build up a digital identity and draw profit in an
information economy where the attention would now become a scarce commodity ? This
research, which pays particular attention to evolving marketing models in the
Internet age and the difficulties for defenders of civil liberties to hold
together a critique of state surveillance and protection of the privacy of
individuals against technology tracking of usages by the market, is part of
this debate. The activists of organizations or simple bloggers are indeed
facing a cruel dilemma. By trying to defend individuals against the market
don’t they risk to give a hand to those who wish to regulate freedom of
expression ? Seeking to resolve this dilemma comes back to tackling a complex
issue : how to define the standards of justice in an attention economy ?
M. Emmanuel SOLER - Aspects de l’histoire culturelle et religieuse de l’Empire romain dans l’Antiquité tardive.[HDR]
samedi 21 novembre 2009
14h
En Sorbonne, Amphithéâtre Chasles, esc E, 3ème étage
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Emmanuel SOLER soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Aspects de l’histoire culturelle et religieuse de l’Empire romain dans l’Antiquité tardive
En présence du jury :
M. FEISSEL (Collège de France)
M. INGLEBERT (Paris 10)
M. MUNNICH (Paris 4)
M. SALAMITO (Paris 4)
MME THELAMON (Rouen)
M. Eric LEFEBVRE - Collections et collectionneurs en Chine pendant la dernière dynastie impérial (Qing) : un mode de transmission des biens culturels. [COTUTELLE]
jeudi 10 juin 2010
9h
INHA , salle Ingres, 2ème étage, galerie Colbert
4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
M. Eric LEFEBVRE soutient sa cotutelle de thèse :
Collections et collectionneurs en Chine pendant la dernière dynastie impérial (Qing) : un mode de transmission des biens culturels.
En présence du jury :
Mme BASTID-BRUGUIERE (ENS)
Mme BLANCHON (Paris 4)
Mme GALLO (Grenoble 2)
Mme MENG (Pékin)
Mme PARLIER - RENAULT (Paris 4)
M. Eric LEVEAU - Le moraliste au miroir : "Les Caractères" de La Bruyère entre poétique de la morale et immoralité de la poétique
Vendredi 2 février 2007
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Eric LEVEAU soutient sa thèse de Doctorat :
Le moraliste au miroir : "Les Caractères" de La Bruyère entre poétique de la morale et immoralité de la poétique
En présence du Jury :
M. BIET (PARIS 10)
M. BURY (VERSAILLES)
M. DAGEN (PARIS 4)
M. DANDREY (PARIS 4)
Mme GUION (TOULOUSE 2)
Résumés :
Ce travail veut reconsidérer Les Caractères comme une réflexion originale sur le
littéraire autant que sur la morale de leur temps. La Bruyère réfléchit sur les
insuffisances de l’écriture du caractère et de la morale du ridicule qu’il pratique, et
construit une figure de l’auteur à l’opposé de l’èthos de l’orateur vertueux et de l’idéal
de charité chrétienne. Très marqué par l’esthétique galante, moderne dans sa
conception du théâtre et de l’opéra, La Bruyère interroge par ailleurs la faillite du
discours et y répond en privilégiant les effets de dynamique textuelle. Ce livre sur les
compromissions qu’engage l’acte d’écrire peut être considéré comme un auto-portrait
fictionnalisé, entre Montaine et le Neveau de Rameau.
My dissertation reconsiders La Bruyère’s Caractères as an original reflection on the
literary landscape of its time. Looking at theoretical debates about character writing and
other genres that frame this text, I demonstrate that the form of discourse chosen by La
Bruyère allows him to explore the fundamental implications of the act of writing.
Deeply implicated in the esthetics of the salons, but also resolutely modern in his
conception of theater, La Bruyère envisions the text as a battleground where notions of
truth and trust are undermined by a preoccupation with textual effects and dynamics.
Les Caractères constructs a figure of the author as a philosopher or an “homme d’esprit”
that proves to be the exact opposite of the ethos of the virtuous orator. Hence La
Bruyère, in his depiction of vices and virtues, presents his own act of writing as morally
compromised and Les Caractères can be seen as a fictionalized self-portrait, somewhere
between Montaigne and Rameau’s nephew.
Position de thèse :
La critique contemporaine des Caractères a beaucoup réfléchi à la façon de concilier ce qui
a longtemps constitué aux yeux de la tradition les deux faces d’un La Bruyère-Janus, styliste
extraordinaire mais penseur décevant. Le principe commun de ces nouvelles approches
consiste à considérer le travail stylistique des Caractères comme l’expression même de la
pensée morale d’un auteur confronté à la vacuité d’un monde qu’il entend dénoncer. Parmi les
études récentes du texte de La Bruyère, plusieurs analyses développent ainsi une vision sereine
du projet du moraliste, fondé en dernier lieu sur l’idée d’une solidarité positive entre le style de
l’oeuvre et l’entreprise de réformation morale. Le travail de la forme reste entièrement au
service de la dimension éthique du propos, cherchant à stimuler, renouveler, voire éduquer le
regard moral du destinataire des Caractères. En interrogeant à notre tour l’ouvrage de La
Bruyère, nous cherchons au contraire à montrer comment le propos ouvertement moraliste des
Caractères, marqué par cette volonté d’écrire pour instruire, est précisément le lieu privilégié
d’une interrogation inquiète sur les conditions même du geste de l’écrivain. Il est curieux en
effet de constater combien l’entreprise de persuasion et d’instruction morale est partout
présentée par le moraliste des Caractères comme étant vouée à l’échec. Progressivement, c’est
bien cette figure du moraliste qui se dégage du texte comme son seul et unique enjeu, c’est bien
une réflexion sur tout projet d’« écrire » qui se donne à voir dans l’élaboration graduelle d’une
oeuvre polymorphe, réagencée, augmentée au point de se confondre avec la vie de son auteur.
De qui doit-on parler en effet à propos de l’instance responsable des discours proposés dans
les différentes remarques des Caractères : narrateur ou locuteur, philosophe, honnête homme,
sage ? Pour prendre au mot le texte même des Caractères, nous sommes en présence d’un
philosophe résolu à employer toutes les ressources du style afin de rendre les hommes
meilleurs. C’est à ce titre donc que nous employons le terme de « moraliste » pour désigner
l’instance énonciatrice des différentes remarques des Caractères, étant toutefois entendu que
cette identité du moraliste est précisément le lieu d’une réflexion sur le littéraire qui prend la
forme d’une figure. Dans un texte qui multiplie les éthopées, le « je » du discours est susceptible
à son tour de prendre des postures, d’assumer des identités d’emprunt, voire de se développer
sous nos yeux en une cohérence textuelle tout aussi monstrueuse que certains des caractères les
plus saisissants du texte.
PREMIÈRE PARTIE : POÉTIQUE DE LA MORALE
Le projet moral des Caractères est affirmé à de nombreuses reprises dans le texte, en des
termes qui nous sont familiers : il s’agit de corriger les hommes en leur présentant une image
qui souligne le ridicule de leurs vices. Comme le rappelle la préface du Tartuffe, on veut bien
être méchant, mais on redoute le ridicule, et c’est l’arme du rire que les Caractères entendent
utiliser à leur tour en forçant le public à se voir tel qu’il est dans le « portrait d’après nature »
qu’ils lui proposent. Ce modèle n’est cependant pas plus serein dans les Caractères qu’il ne
l’est chez Molière, et les mêmes questions se posent : celle de savoir si la présentation d’une
image entraîne effectivement une prise de conscience chez celui qu’elle vise, celle de faire la
part de mise en forme que l’élaboration d’une telle image implique, celle, finalement, d’évaluer
les tenants et les aboutissants d’une démarche indirecte, d’une intention détournée, d’un
discours oblique d’autant plus ambigus qu’ils reposent sur l’exploitation du rire.
Le choix par La Bruyère du genre du caractère doit être effectivement compris comme la
volonté délibérée de se confronter à un type de discours particulièrement complexe, et perçu
comme tel depuis la grande édition des Caractères de Théophraste élaborée par Casaubon à la
fin du XVIe siècle. Le commentaire critique dont le célèbre philologue accompagne sa
traduction latine est effectivement d’une grande importance pour Les Caractères. Casaubon
pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses sur le mode de fonctionnement d’une
instruction morale descriptive. En particulier, ses efforts de clarification voire de justification
d’une pédagogie indirecte reposent pour une grande part sur les caractères des vertus, absents
du texte de Théophraste, et dont le philologue suppose l’existence dans une partie de l’ouvrage
désormais perdue. La réflexion de Casaubon sur les enjeux posés par un texte non
philosophique, ou, pour reprendre ses propres termes, « non simple » constitue ainsi un point
de référence important, non seulement pour toute théorisation du genre particulier du caractère,
mais aussi pour toute tentative d’appréhender les complexités d’un discours dégagé des cadres
d’une intention philosophique, rhétorique ou « poétique » explicite, mais qui peut néanmoins
être rattaché à toutes les trois.
Or une telle réflexion est incontestablement fondamentale pour le projet des Caractères de
La Bruyère, comme le montrent les complexités et les contradictions d’une morale du ridicule
qui s’expriment dès le premier état du texte. L’intention de réformation morale, le mode de
fonctionnement de celle-ci sont ainsi explicités dès le Discours sur Théophraste, mais dans un
cadre discursif d’une grande complexité qui vient en affaiblir la portée, et il est évident que
dans les différents chapitres, d’une édition à l’autre, La Bruyère puise de manière répétée dans
les débats engagés dans ce Discours autour de la morale du ridicule. En particulier, le thème du
double, celui d’un discours des vertus symétrique de celui des vices ridicules, court tout au
long du texte des Caractères comme point de fuite de la réflexion menée par ceux-ci sur le
littéraire compris comme altération des choses, du vrai. Le rapport du texte de Théophraste à
sa partie manquante, en opposition totale avec la notion de « fragment », permet ainsi de
multiplier les effets de correspondance.
C’est dire donc si le choix par La Bruyère de traduire et de poursuivre l’oeuvre de
Théophraste est troublant, et d’autant plus curieux que le contexte théorique du XVIIe siècle
amplifie les interrogations sur cette morale du ridicule. Nous tâchons ainsi de dessiner les
contours de ces interrogations et de ce scepticisme qui portent sur le mode de fonctionnement
d’une morale des images et d’une morale du ridicule telle que celle-ci s’est exprimée en
particulier dans la comédie. Dans ce contexte, de nombreuses remarques des Caractères
multiplient les réserves à l’égard du mode de fonctionnement même affiché par leur auteur et
peignent à leur tour un portrait du moraliste en proie au doute, de plus en plus compromis à
mesure qu’il s’engage dans un mode d’écriture qui sacrifie aux attentes de son public, en
particulier mondain.
Décidé à faire arme du ridicule, le moraliste s’engage en effet dans une pratique
éminemment sociale et mondaine où la raillerie, la vanité, la sottise, le pouvoir, la subversion
des apparences brouillent les repères. Ce faisant, le texte des Caractères de La Bruyère
développe l’idée d’un pouvoir d’élaboration du ridicule, qui semble être la manifestation, dans
la problématique du regard moraliste, de la question du nécessaire travail de transformation
qu’implique le passage du réel observé à l’objet littéraire. En dernier recours, la question du
ridicule et du rire dans le texte de La Bruyère nous montre ainsi une figure du moraliste qui
prend progressivement sa place aux côtés des « caractères » qu’il fustige, dans la mesure où le
travail de l’écrivain du ridicule semble participer lui aussi de la subversion générale des valeurs
qui marque la société des Caractères. Dans le texte des nouveaux Caractères la figure du
moraliste s’oppose ainsi elle-même à celle du Théophraste, philosophe idéal du Discours sur
Théophraste dont la vie, mais aussi le rapport au discours et au texte semblent fonctionner en
miroir de La Bruyère lui-même. Enfin, dans la mesure où les nouveaux Caractères ne cessent
de décrire et de problématiser l’entrée du moraliste dans le monde, c’est toute l’entreprise
d’élaboration de la forme du texte qui se voit comparée, confrontée au discours et aux valeurs
discutables de l’esthétique galante et mondaine.
DEUXIÈME PARTIE : IMMORALITÉ DE LA POÉTIQUE
Une des particularités les plus intéressantes du texte de La Bruyère consiste en effet dans
la tentative résolue, patiente et courageuse, d’interroger les conditions de possibilité de tout
discours, de tout sens même, dès lors que l’esthétique galante, s’organisant autour d’une notion
comme celle d’esprit, a permis d’envisager le discours selon la valeur indifférenciée d’un « je ne
sais quoi ». La question que posent Les Caractères est bien celle du rapport du discours au
sens, en décrivant sans relâche des situations d’énonciation où le discours, tant dans le moment
de son élaboration que dans celui - particulièrement problématique - de sa réception, participe
non seulement de la corruption généralisée des valeurs du milieu mondain en particulier, mais
s’avère menacée de façon beaucoup plus fondamentale.
C’est dans ce contexte que viennent s’inscrire les différentes remarques sur le théâtre qui
développent, au fil des éditions, une réflexion cohérente et particulière sur le genre théâtral
mais aussi sur l’écriture même des Caractères. Le genre dramatique constitue en effet un
domaine de la poétique qui a fait l’objet, au moment où les Caractères sont écrits, d’une
réflexion et d’une codification exhaustives de la part de ses contemporains. Le théâtre, dignifié
par la génération de 1630, critiqué par les religieux et les jansénistes en particulier, menacé par
le phénomène nouveau de l’opéra, est l’objet d’étude idéal pour le locuteur soucieux
d’interroger le sens même d’une pratique d’écrivain, et ce d’autant plus que le théâtre a, comme
les Caractères, l’ambition de corriger les hommes. En ce sens, l’analyse de la réflexion de La
Bruyère sur le théâtre permet d’évaluer précisément l’idée d’une morale de la littérature telle
que celle-ci pourrait être défendue par le moraliste des Caractères, ou plutôt la possibilité
d’une immoralité de la poétique reconnue, évaluée et en dernier lieu assumée par La Bruyère.
Un tel état des lieux s’avère d’autant plus important que les différents points de contact entre
la démarche des Caractères et le genre de la comédie s’avèrent être les indices d’une véritable
correspondance entre l’écriture de La Bruyère et celle du théâtre envisagée dans le cadre plus
général d’une dynamique scénique. En l’occurrence, si l’écriture des Caractères a souvent été
considérée comme théâtrale, il est clair que la réflexion sur l’esthétique de la scène menée par
La Bruyère constitue un double de celle qu’il entend développer au sujet de sa propre
démarche.
Or il est frappant de constater à quel point la réflexion des Caractères sur la morale du
théâtre, une fois replacée avec précision dans le contexte des débats de l’époque, s’avère
marquée par une désinvolture surprenante à l’égard de certains enjeux cruciaux de ces débats,
au point même d’apparaître teintée d’un certain cynisme ironique. Certains silences des
Caractères, certaines pirouettes qu’ils ménagent ici et là constituent ainsi plusieurs dérobades
lourdes de sens pour la justification morale de l’entreprise même du moraliste, en jouant
notamment de manière virtuose d’effets d’échos avec différents textes. Bien plus, l’étude de la
question du théâtre dans Les Caractères est d’autant plus indispensable que le théâtre, et la
théâtralisation du discours, s’avèrent être la réponse la plus efficace à la mise en péril par
l’esthétique galante de toute possibilité de discours et d’échange, et au delà de toute réussite du
littéraire. C’est bien dans les modes de fonctionnement particuliers de la fiction que pourra se
reconstituer la force du discours, entendue non plus comme rapport direct à la vérité, mais
comme mise en oeuvre des effets d’un rapport au vrai.
TROISIÈME PARTIE : ENJEUX D’UNE ÉCRITURE DE SOI
De ce point de vue, les options stylistiques des Caractères, souvent analysées comme les
éléments d’un arsenal de persuasion qui puisse rendre compte d’une nouvelle conception de
l’humain, sont aussi les réponses à une crise plus profonde du discours dans son entier,
contemporaine d’une redéfinition du littéraire. Dans la mesure où l’esthétique galante aura su
dégager la spécificité du littéraire des déterminations plus générales du rhétorique ou de la
poétique classique des genres, tout en provoquant selon Les Caractères la faillite inquiétante
de tout discours, c’est bien la fictionalisation du propos, la théâtralisation de l’instance
énonciatrice qui permet dans Les Caractères de sortir de l’impasse. Rapprochant la pensée
longinienne du sublime de la figure doublement héroïque de la tragédie cornélienne et de son
auteur, Les Caractères entérinent la mise en scène d’un èthos du locuteur dont la manifestation
constitue désormais le lieu et la garantie du surgissement d’un sens supérieur dans le discours.
Les figures de Corneille et Racine symbolisent ainsi deux voies différentes, et c’est Corneille
qui est finalement présenté par le texte des Caractères comme le modèle d’une démarche
audacieuse, irrégulière et risquée s’il en est, mais dans laquelle l’écrivain peut s’illustrer en
parvenant à la fois à retrouver une sérénité du sens et à s’inscrire lui-même dans son oeuvre.
On peut ainsi avancer l’idée qu’à l’éternel retour du même que constitue l’exercice du
caractère, figé dans la comédie toujours recommencée du même personnage, pourrait
correspondre la dynamique d’une diégèse qui, au fil des éditions, mettrait en scène une figure
du moraliste dans un cadre dont la nature - tragédie, comédie, roman - serait à déterminer, mais
qui dirait l’histoire de cette compromission progressive du projet philosophique initial dans les
impostures du littéraire. Au rêve de la figure de Corneille correspondent en effet plusieurs
autoportraits du moraliste en auteur compromis dans les ambiguïtés de la démarche figurative
qu’il a choisie, et qui achèvent de dessiner les contours d’une entreprise de réformation morale
vouée à l’échec. En l’occurrence, si Les Caractères dressent le bilan d’un champs du littéraire
devenu autonome, ils présentent aussi le moraliste en personnage grimaçant et immoral, fort
semblable aux caractères ridicules et outrés dont il avait entrepris de faire la description.
L’ultime figure de Montaigne vient dès lors se placer en ligne de fuite d’une telle fiction des
Caractères. S’il y a « essai » dans Les Caractères de trouver une maîtresse forme, tentative de
sauvegarder la spontanéité et la vérité d’une souplesse du jugement et du propos face à la
machine du caractère et de la description morale, ils passent désormais par une instance
fictionnalisée de l’énonciation où le dernier enjeu reste de conserver sa part de bienveillance
envers l’humanité. Précisément, La Bruyère engage son projet dans le contexte d’une réflexion
sur les genres moraux qui ne fait pas grand cas, au bout du compte, de l’efficacité d’une morale
du ridicule, mais qui signale aussi la nécessité de garder en soi l’esprit de charité chrétienne. Les
incertitudes du moraliste, ses compromissions dans une écriture du ridicule emblématique
d’une facticité nouvellement ressentie du littéraire et de tout discours engagé dans le monde,
peuvent dès lors apparaître comme l’autre versant de la dynamique discursive et de la stratégie
de persuasion si brillamment dégagée par J. Dagen dans le chapitre « Des esprits forts » : une
tragédie du discours loin du regard de Dieu.
M. Eric PERRIN-SAMINADA - Athènes hellénistique et impériale : histoire et épigraphie.[HDR]
samedi 28 novembre 2009
14h
En Sorbonne, Amphithéâtre Milne Edwards, esc B, 2ème étage
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Eric PERRIN-SAMINADA soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Athènes hellénistique et impériale : histoire et épigraphie.
En présence du jury :
M. BRIANT (Collège de France)
M. BRUN (Bordeaux 3)
M. HALFMANN (Hambourg)
M. LARONDE (Paris 4)
M. LEFEVRE (Paris 4)
M. Eric SAUDA - François Gervais musicien au Front de 1914 à 1919 : affirmation identitaire, sociale et artistique.
mardi 12 octobre 2010
14h
A l’IUFM, Site Batignolles, salle 308
56 boulevard des Batignolles 75017 Paris
M. Eric SAUDA soutient sa thèse de doctorat :
François Gervais musicien au Front de 1914 à 1919 : affirmation identitaire, sociale et artistique.
En présence du jury :
Mme ALTEN (Paris 4)
Mme BECKER (Pari 10)
M. GUMPLOWICZ (Dijon)
Mme LETERRIER (Arras)
M. Eric TISSIER - Le champ de la musique contemporaine.
samedi 11 octobre 2008
14h
Maison de la recherche, salle de conférence D035
28 rue Serpente 75006
M. Eric TISSIER
Le champ de la musique contemporaine.
En présence du jury :
M. CASTANET (Rouen)
Mme ESCAL (EHESS)
Mme GREEN (Besancon)
Mme PISTONE (Paris 4)
Mme WIEDER (Besancon)
M. ERIC-SELVAM THOREZ - Peintres Moghols au XVIIIème siècle.
samedi 3 décembre 2011
A la maison de la recherche, salle D223, 2° étage,
28 rue serpente, 75006 Paris
M. ERIC-SELVAM THOREZ soutient sa thèse de doctorat :
Peintres Moghols au XVIIIème siècle.
En présence du jury :
M. LEFEVRE ( PARIS 3 )
MME PARLIER-RENAULT ( PARIS 4 )
M. PORTER ( AIX-MARSL1 )
MME STRONGE ( VAM )
Résumés :
Cet ouvrage a pour objet l’étude de différents peintres moghols ayant exercé leur activité au XVIII° siècle, c’est-à-dire entre la fin du règne d’Aurengzeb et le début de celui d’Akbar II. Il s’attache à établir, pour chaque peintre, des catalogues de l’oeuvre peint, et, partant, à définir les caractéristiques de chacun, en analysant le style et l’approche iconographique des peintures. Jusqu’à présent, la méconnaissance globale des collections de peintures mogholes du XVIII° siècle a désigné cette période comme une phase de recul qualitatif des peintres et des peintures, ces dernières étant généralement considérées comme peu nombreuses, stylistiquement faibles et limitées à des sujets galants, courtois ou érotiques. C’est en analysant ces collections peu étudiées que nous avons tenté d’améliorer la connaissance de cette période, à travers la vie et l’oeuvre des peintres moghols face aux bouleversements politiques et économiques qui surviennent dans l’Inde du nord tout au long du XVIII° siècle. Ainsi, nous nous sommes attaché à montrer, qu’après une première phase où prévaut, chez les peintres, une forme de classicisme, les membres de l’académie impériale ont tenté de rénover l’esthétique moghole face à l’émergence d’ateliers régionaux concurrentiels. Nous avons ensuite suivi le parcours des peintres moghols, qui s’installèrent en Oudh, amenant, sans rupture, le mouvement appelé Company Paintings, tandis qu’à Delhi, les membres de l’académie impériale s’orientaient vers une forme de néoclassicisme pictural. Ce travail permettra donc de jeter un regard nouveau sur les peintres moghols au XVIII° siècle, en montrant notamment l’évolution donnée à l’esthétique classique dans un contexte global de régionalisation de la peinture en Inde du nord.
This work is a study on Mughal painters who were active in the 18th century, between the end of Aurengzeb and the beginning of Akbar’s rein. The intention is to establish a catalogue of painted works for each painter, thereby defining the characteristics of each one through an analysis of the style and different iconographic approaches within the paintings. Until recently, the global lack of knowledge of Mughal eighteenth century painting collections defined this period as one of decline in the quality of painters and their works, the latter being generally considered to be small in number, stylistically weak and limited to gallant, courtly, and erotic subject matter. Through an analysis of these rarely studied collections that we have broached a renewal of our understanding of this period through the lives and works of these Mughal painters who were facing the political and economical disruptions that took place in the North of India throughout the whole of the eighteenth century. Therefore, our work has been focused on revealing that after an initial phase, when a form of classicism prevailed in the painters’ works, the members of the imperial academy aimed at renewing a Mughal aesthetic as the concurrent regional workshops emerged. We have then followed the direction of the Mughal painters who settling in Oudh, took with them, the movement known as Company Paintings, whereas in Delhi, the members of the imperial academy orientated themselves towards a neoclassical pictoralism. This work, by showing in particular the evolution of a classical aesthetic, will therefore allow us look anew at Mughal painters of the eighteenth century, within the global context of the
regionalisation of painting in North India.
M. Ernesto MONTENEGRO PEREZ - Le mythe des caraïbes : l’émergence d’un discours ethnographie du XVIe siècle au XVIIIe siècle
Lunidi 19 novembre 2007
9 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Ernesto MONTENEGRO PEREZ soutient son doctorat :
Le mythe des caraïbes : l’émergence d’un discours ethnographie du XVIe siècle au XVIIIe siècle
En présence du Jury :
Mme BERNAND (PARIS 10)
M. LESTRINGANT (PARIS 4)
Mme MOULIN-CIVIL (CERGY)
M. MOUREAU (PARIS 4)
M. VARELA
Résumés :
Ce travail essaie de mettre en évidence le contexte social dans lequel s’est
développée la notion de Caribe ; d’une part comme compréhension des processus de
description d’autrui et, d’autre part, comme critique et approfondissement des
sources historiques, linguistiques, géographiques ou autres qui ont participé à sa
formation. C’est une réponse à la volonté actuelle de l’anthropologie de mettre en
place une expertise des sources et des catégories historiques. Pour mieux saisir la
problématique des populations préhispaniques il devient impératif de distinguer la
manière dont ces discours ont été conçus, pour ensuite pouvoir adopter de nouvelles
perspectives.
This doctoral study aims at emphasizing the social context in which the
« Caribbean » notion has been developed. On the one hand, understood as a process
of describing the Other, and on the other hand as a criticism and focus deepening on
its historical, linguistic, geographical or other sources that have fostered its
development. This work is intent to address the actual interest in the field of
anthropology to question the sources and historical categories. In order to grasp
better the issues of pre – Hispanic groups of people ; it is becoming compulsory to
understand how these discourses have been created, to allow us next to adopt new
perspectives.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. Etienne CANDEL - Autoriser une pratique, légitimer une écriture, composer une culture : Les conditions de possibilité d’une critique littéraire participative sur Internet. Etude éditoriale de six sites amateurs
Samedi 8 décembre 2007
9 heures 30
Au Celsa, Amphithéâtre Marie-Claude Praudel
77, rue de Villiers 92523 Neuilly-sur-Seine cedex
M. Etienne CANDEL soutient sa thèse de doctorat :
Autoriser une pratique, légitimer une écriture, composer une culture : Les conditions de possibilité d’une critique littéraire participative sur Internet. Etude éditoriale de six sites amateurs
En présence du Jury :
M. JEANNERET (PARIS 4)
Mme LE MAREC (ENS LYON)
M. MOLINIÉ (PARIS 4)
M. WALTER (METZ)
Résumés :
En considérant comme une pratique sociale signifiante l’édification de formes éditoriales dans
les médias, on interroge dans cette thèse les conditions sémiotiques de possibilité d’un type de
communication particulier, la critique littéraire participative sur Internet, que l’on examine
d’abord comme une formation discursive. Un corpus de six sites permet dans un premier temps
de questionner l’autorisation critique, c’est-à-dire la manière dont les cadres éditoriaux
instituent le participant et ordonnent ses énoncés en fonction de principes génériques et
génétiques. La recherche soulève ensuite la question des implications sociopolitiques des textes
de participants sur Internet. Enfin, on observe cette écriture en rapport avec l’historicité des
pratiques du texte, selon son inscription culturelle, et selon la valeur médiatique des médiations
qu’elle mobilise et compose : en définissant la participation, la pratique éditoriale détermine la
place et la valeur du média.
Considering the construction of editorial forms in the media to be a significant social practice, this thesis
examines the semiologic preconditions of a particular form of communication, participative literary
criticism on the Internet, which is initially studied as a ‘discursive formation’. An initial study of the six
websites enables the author to question critical authorisation, or the manner in which different editorial
forms give a role to the participant and order their discourse, as a function of the principles of literary
style and genesis. The research subsequently raises the question of the socio-political presuppositions of
participants’ texts on Internet. Lastly, we observe this form of writing from the perspective of the history
of textual practice, according to its cultural placement, and the value for the media of the mediations it
mobilises and composes : by defining participation, the editorial practice determines the place and value
of the medium.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Etienne GRESILLON - Une géographie de l’au-delà ? Les jardins de religieux catholiques, des interfaces entre profane et sacré.
samedi 5 décembre 2009
A l’Institut de Géographie, Petit Amphithéâtre,
191 rue Saint Jacques, 75005 Paris
M. Etienne GRESILLON soutient sa thèse de doctorat :
Une géographie de l’au-delà ? Les jardins de religieux catholiques, des interfaces entre profane et sacré.
En présence du jury :
M. AMAT (Paris 4)
M. ARNOULD (ENS Lyon)
M. BERTRAND (Le Mans)
MME HOTYAT (Paris 4)
M. SAJALOLI (Orléans)
M. Etienne SANTIARD - La perception du problème soviétique par les diplomates français entre 1944 et 1958.
mardi 9 décembre 2008
15h
Maison de la recherche, salle D040, rez-de-chaussée
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Etienne SANTIARD
La perception du problème soviétique par les diplomates français entre 1944 et 1958.
En présence du jury :
M. BELOT (UTBM)
M. BUSSIèRE (Paris 4)
M. FRANK (Paris 1)
M. SOUTOU (Paris 4)
Résumés :
Comment les diplomates français ont-ils apprécié la politique soviétique de 1944 à 1958 ?
Un groupe de diplomates fait émerger de manière empirique une grille de lecture du problème soviétique, à la suite d’un long apprentissage entre 1944 et 1949, permettant la prise de conscience de la priorité de la menace soviétique sur le danger allemand, ce qui aide les dirigeants de la IVe République à adapter la France aux nouvelles conditions de la Guerre froide et leur permet d’adopter, dans les années cinquante, une position ancrée à l’Ouest et consciente de la menace soviétique, mais qui se révèle plus originale et plus prudente que celle des États-Unis.
How did the French diplomats view the Soviet policy from 1944 to 1958 ?
After a long study between 1944 and 1949, a group of diplomats brought to light a new insight into the Soviet problem. The realization that the Soviet menace was more important than the German threat helped the leaders of the Fourth Republic adapt the French policy to the new conditions of the Cold War, and, in the fifties, allowed them to adopt a position which remained western-oriented and aware of the Soviet threat, but which proved more original and cautious than that of the United States.
M. Everton MACHADO - Christianisme, castes et colonialisme dans le roman ’ Les Brahmanes’ (1866) du Goannais Francisco Luis Gomès (1829-1869).
vendredi 14 novembre 2008
14h
Maison de la recherche, salle D116, 1er étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Everton MACHADO
Christianisme, castes et colonialisme dans le roman ’ Les Brahmanes’ (1866) du Goannais Francisco Luis Gomès (1829-1869).
En présence du jury :
M. BALBIR (Paris 3)
M. BRUNEL (Paris 4)
M. NITRINI (Université)
M. PAGEAUX (Paris 3)
M. QUEIROZ DE MONAES PINT (Université)
M. Evgeny AKELEV - Le malfaiteur face à l’état moderne : la criminalité professionnelle et la politique anticriminelle à Moscou et à Paris dans la première moitié du XVIIIème siècle (recherches comparatives) [COTUTELLE]
vendredi 27 février 2009
14h
Université des Sciences Humaines de Russie (RGGU), Moscou
M. Evgeny AKELEV soutient sa thèse de doctorat :
Le malfaiteur face à l’état moderne : la criminalité professionnelle et la politique anticriminelle à Moscou et à Paris dans la première moitié du XVIIIème siècle (recherches comparatives)
En présence du jury :
M. CROUZET (Paris 4)
Mme KOSHELEVA (Academie)
Mme LIECHTENHAN (Paris 4)
Mme MARASSINOVAA (Académie)
Mme SHVEJKOVSKAJA (Académie)
Mme SMILJANSKAJA (Russie)
M. Fabian SCHARF - L’utopie dans les dernières oeuvres de Zola (1898 - 1903)
mardi 28 octobre 2008
Université de Göttingen, Allemagne
M. Fabian SCHARF
L’utopie dans les dernières oeuvres de Zola (1898 - 1903)
En présence du jury :
M. FUNKE (Göttingen)
M. NOIRAY (Paris 4)
M. PAGES (Reims)
M. TROUSSON (Bruxelles)
M. Fabien FAUGERON - Nourrir la ville : ravitaillement, marché et métiers de l’alimentation à Venise dans les derniers siècles du Moyen Age.
samedi 10 janvier 2009
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Fabien FAUGERON soutient sa thèse de doctorat :
Nourrir la ville : ravitaillement, marché et métiers de l’alimentation à Venise dans les derniers siècles du Moyen Age.
En présence du jury :
Mme CROUZET-PAVAN (Paris 4)
M. MAIRE-VIGUEUR (Rome)
M. MENANT (ENS)
M. PINTO (Florence)
M. PITTE (Paris 4)
M. VARANINI (Vérone)
Résumés :
NOURRIR LA VILLE : RAVITAILLEMENT, MARCHÉS ET MÉTIERS DE L’ALIMENTATION À VENISE DANS LES DERNIERS SIÈCLES DU MOYEN ÂGE
L’histoire de Venise est celle d’un succès paradoxal. Au milieu des eaux salées d’une lagune, s’est édifiée l’une des plus grandes cités de l’Occident médiéval. Seule son extraordinaire fortune commerciale semble avoir permis de nourrir ses habitants. L’enjeu de cette enquête est d’appréhender de manière globale la question du ravitaillement alimentaire d’une métropole méditerranéenne de la fin du Moyen Âge, en prenant en compte toutes ses filières, afin de saisir le poids de ce secteur non seulement pour les finances publiques, mais aussi dans le cadre plus large du système d’échanges et de la consommation urbaine. Une première partie s’intéresse à l’approvisionnement : politiques annonaires face à la conjoncture et aux disettes ; interaction public / privé ; structuration et recomposition de l’aire de ravitaillement ; formes du commerce d’approvisionnement et complémentarité de ses échelles. La seconde partie envisage en revanche la distribution et la consommation urbaines : les lieux, les artisans, la logique « morale » ou « économique » de l’organisation des circuits commerciaux et les pratiques alimentaires sont successivement abordés.
FEEDING THE CITY : FOOD SUPPLY, MARKETS AND CRAFTS IN VENICE DURING THE LAST CENTURIES OF THE MIDDLE AGES
The history of Venice is linked to a paradoxical success. On the salty waters of a lagoon was built one of the greatest cities of the medieval western world. It seems that its extraordinary fortune as far as trade is the sole explanation for its capacity to feed its inhabitants. The aim of this research is to address globally the question of food supply in a Mediterranean metropolis at the end of the Middle Ages. I will take the whole network of food supply into account, in order to understand how important that sector was for the public finances and within the larger framework of the trade system and the urban consumption. My first part deals with supply : supply politics elaborated to cope with critical situations and food shortages ; interactions between public and private spheres ; structure and formation of the chain of supply ; forms of the supply trade and complementarities between its scales. My second part addresses the urban distribution and consumption : I focus successively on places, craftsmen, the moral or economic logic of the organization of trade channels and food practices.
M. Fabien LEVY - La Monarchie et la Commune : les relations entre Gênes et la France, 1396-1512.
vendredi 4 décembre 2009
14h
A l’IUFM Batignoles, salle 308,
56 boulevard des Batignoles, 75017, Paris
M. Fabien LEVY soutient sa thèse de doctorat :
La Monarchie et la Commune : les relations entre Gênes et la France, 1396-1512.
En présence du jury :
M. BALARD (Paris 1)
M. CASTELNUOVO (Chambery)
MME CROUZET-PAVAN (Paris 4)
M. GAULIN (Lyon)
M. VERGER (Paris 4)
Résumés :
De 1396 à 1512, Gênes, incapable de se gouverner seule, se donne trois fois à la France, permettant la rencontre entre deux modèles politiques, sociaux et culturels opposés. L’évolution de leurs relations, forcément conflictuelles, dessine au cours du XV° siècle le triomphe de la Monarchie sur la Commune : dans le domaine diplomatique, où Gênes devient progressivement la porte d’Italie des Français, fournissant capitaux et navires à chaque expédition ; au sein du gouvernement de la cité, où les gouverneurs multiplient les pratiques arbitraires inspirées des principes monarchiques. Victoire temporaire cependant, qui masque la résurgence d’un idéal civique dans la cité. Développé tout au long du siècle sous l’influence des dominations françaises et porté par un groupe citadin réuni autour des valeurs de Liberté et d’Union, il sera le socle de la réforme de 1528 et permettra aux Génois, en se débarrassant de la tutelle royale, de renouer avec la stabilité et la prosperité.
La Monarchia e il Comune. Le relazioni di Genova con la Francia, 1396-1512
Tra il 1396 e il 1512, Genova, incapace di autogovernarsi, si concede per tre volte alla Francia, favorendo in questo modo l’incontro tra due modelli politici, sociali e culturali opposti. Nel corso del Quattrocento l’evoluzione delle loro relazioni, necessariamente conflittuali, sembra testimoniare il trionfo della Monarchia sui Comuni. Sul piano diplomatico, Genova diventa progressivamente il punto di accesso dei Francesi in Italia e la citta’ fornisce capitali e navi per ogni spedizione marittima. Inoltre, nella gestione del potere, i governatori moltiplicano i casi di pratiche arbitrarie ispirate dai principi monarchici.
Ma quest’apparente vittoria nasconde il risveglio di un ideale civile nella Città. Sviluppato durante il Quattrocento sotto l’influenza di varie dominazioni francesi, e sostenuto da un gruppo di cittadini raggruppati attorno ai valori della Libertà, dell’Unione e della Stabilità, quest’ideale diventerà il fondamento della riforma del 1528 e consentirà ai Genovesi di entrare pienamente nel loro « Secolo d’oro ».
The Monarchy and the Commune. Relationships between Genoa and France, 1396-1512.
From 1396 to 1512, Genoa, incapable of ruling itself, gives itself over to France three times, thus enabling the encounter of two opposit political, social and cultural models. The evolution of their relationship, obviously conflictual, outlines throughout the fifteenth century the triumph of the Monarchy over the Commune. On the diplomatical level first, where Genoa becomes progressively the French gateway to Italy, providing funds and ships to each expedition. Then amoung the Citys’ government, where the governors implement increasingly arbitrary practices inspired by monarchy principles. But a victory in appearance only, masking the resurgence of a civic ideal in the city. An ideal that will flourish all along the century under foreign influence, supported by a group of city dwellers united around the values of Liberty, Union and Stability. And an ideal that will end up being the basis of the 1528, enabling the Genovese to enter their « golden century ».
M. Fabien MENANT - Les députés du corps législatif sous le Consulat et l’Empire (1799-1815)
mercredi 23 septembre 2009
9h30
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de la Sorbonne
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Fabien MENANT soutiendra sa thèse de doctorat :
Les députés du corps législatif sous le Consulat et l’Empire (1799-1815)
En présence du jury :
M. BOUDON (Paris 4)
M. GARRIGUES (Orléans)
M. JEANNENEY (IEP Paris)
M. TULARD (Paris 4)
M. Fabien VALLOS - Théorie de la fête. Fesivité, inopérativité et désoeuvrement.
Lundi 28 juin 2010
14h
A la Maison de la recherche, salle D116, 1er étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Fabien VALLOS soutient sa thèse de doctorat :
Théorie de la fête. Fesivité, inopérativité et désoeuvrement.
En présence du jury :
Mme FALGUIERES (EHESS)
M. HUYGHE (Paris 1)
M.MOLINIE (Paris 4)
M. THELY (Paris 1)
Résumés :
Ce travail de recherche tend à l’analyse des modèles de ce que nous appelons communément fête et à l’analyse du concept de festivité, c’est-à-dire analyser les raisons qui ont poussé la fête ou les régimes du festif à prendre la forme d’une téléologie de la transgression, alors que la festivité est profondément liée à la mesure de l’activité et de l’inopérativité. L’enjeu de cette thèse sera – outre le fait de déconstruire les régimes analytiques traditionnels de la fête qui la maintiennent dans une théorie archaïque de l’excès et de la réserve, de la mesure et de la démesure – de proposer une lecture de la fête, de proposer, en somme, une théorie de la fête comme élément fondamental et totalement inséparable de l’ensemble de nos structures collectives et culturelles, de nos dispositifs, de notre rapport au faire et à la production, de notre rapport au mythologique et au langage. Constituer une théorie de la fête, c’est essentiellement produire des modèles d’analyse pour appréhender la problématique des liens que nous entretenons avec l’économie, et interroger la mesure de notre activité, de notre inopérativité et de notre désœuvrement. En somme, peut-on encore répondre à la question aristotélicienne qui consiste à savoir si nous avons une œuvre à accomplir ? Dès lors notre hypothèse est la suivante : si nous parvenons à constituer une « théorie de la fête », peut-elle nous permettre la constitution de modèles analytiques des œuvres, de toute œuvre et essentiellement des régimes d’artistisation. Nous serions alors en mesure de constituer des modèles d’analyse herméneutique à partir et avec les modèles de la festivité.
Theory of the Feast : Festivity, Unoperativity & Idleness
This research work attempts at analyzing models of what is commonly called feast, as well as the concept of festivity. It examines the reasons that have lead the feast, or the patterns of the festive, to be understood as a teleology of transgression, in spite of the fact that festivity deeply pertains to the measure of activity and “unoperativity”. What is at stake in this thesis is not simply to deconstruct the traditional patterns of analysis of the feast, which maintain it in an antiquated theory of excess and reserve, of the measured and the extraordinary. It is to provide a reading, and a theory, of the feast understood as an element that is fundamentally integrated to our collective cultural structures, our agencies, our ways of doing and of producing, and our relationship to mythology and to language. For conceiving a theory of the feast, it means to produce new models of analysis that examine our complex relationship to economy, and question the measuring of our activity, “unoperativity”, and idleness. In short, is it still possible to answer the aristotelean question : do we have a work to fulfill ? Hence, our hypothesis is the following : if we are able to constitute a “theory of the feast”, can it allow us to define analytical models for works, for any work, and fundamentally for patterns of artistization ? We would therefore be able to constitute models of hermeneutic analysis from, and in relation to, models of festivity.
M. Fabio AMBROSIO - Ismâ’îl Rusühî Ankaravî Dede : pratiques et doctrine de l’ordre Mevlevi dans l’Empire Ottoman au XVIIe siècle
Samedi 24 novembre 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Fabio AMBROSIO soutient sa thèse de doctorat :
Ismâ’îl Rusühî Ankaravî Dede : pratiques et doctrine de l’ordre Mevlevi dans l’Empire Ottoman au XVIIe siècle
En présence du Jury :
M. GRIL (AIX-MArsl 2)
Mme MAYEUR-JAOUEN (INALCO)
M. POPOVIC (EHESS)
M. VATIN (CNRS)
M. ZARCONE (CNRS)
Résumés :
En attente...
M. FABIO GIBIINO - "De scientia dei". La distinction 35 du commentaire de Thomas d’Aquien sur le 1er livre des "sentences". Etude doctrinale et édition critique.
lundi 14 mai 2012
à 14h
L’amphithéâtre Gustave Roussy,Escalier B 2ème étage,
Campus Cordeliers, 15 rue École de médecine 75006 PARIS
M. FABIO GIBIINO soutient sa thèse de doctorat :
"De scientia dei". La distinction 35 du commentaire de Thomas d’Aquien sur le 1er livre des "sentences". Etude doctrinale et édition critique.
En présence du jury :
M. BOULNOIS ( EPHE )
M. IMBACH ( PARIS 4 )
MME ROSIER-CATACH ( EPHE )
MME WEIJERS ( Huygens )
M. OLIVA (CNRS)
Résumés :
Cette thèse est consacrée à une analyse doctrinale et philologique du commentaire de Thomas d’Aquin sur la distinction 35 du premier Livre des Sentences de Pierre Lombard. Le sujet de cette distinction est la science que Dieu a de lui-même et des autres choses. La première partie de notre travail est une présentation conceptuelle et historique de l’arrière-fond de cette distinction. Elle est divisée en quatre étapes. Dans la première, nous nous sommes interrogé sur la science divine dans une perspective linguistique. Dans la seconde, nous avons discuté le rôle de l’autre, en tant qu’objet, dans la connaissance divine. Dans la troisième, nous avons étudié la synthèse chez Thomas des éléments aristotéliciens et pseudo-dionysiens, comme la notion
d’actus purus et la notion d’esse. La quatrième étape, présente brièvement le contexte historique pour comprendre la méthode du commentaire des Sentences, ainsi qu’un bref panorama de l’Université de Paris au XIIIe siècle. La deuxième partie de la thèse offre une édition critique de la distinction 35. Après avoir collationné les témoins manuscrits selon les critères de la Commission Léonine, nous avons présenté le texte avec une introduction où nous établissons les différentes familles de la transmission textuelle.
« De scientia Dei ». Aquinas’ Commentary on Sentences I, dist. 35.
A Doctrinal Investigation and a Critical Edition
This dissertation provides a doctrinal and philological study of Aquinas’ Commentary on Book I, dist. 35 of Peter Lombard’s Sentences. At issue is the knowledge that God has of Himself and of the things other than Himself. The first part of the dissertation investigates the conceptual and historical background of dist. 35. It divides into four sections. First, we approach the topic of the divine science from a linguistic perspective. Secondly, we examine the role of things other than God as objects of the divine knowledge. Thirdly, we draw attention to Aquinas’ synthesis of Aristotelian and pseudo-Dionysian elements, namely the notions of actus purus and esse. The fourth section provides an overview of the historical context and the XIIIth-century University of Paris, in order to better understand the method of commentaries on the Sentences. The second part of the dissertation intends to provide, for the first time, the critical edition of Aquinas’ Commentary on Book I, dist. 35 of Peter Lombard’s Sentences. The manuscripts are collated according to Leonine Commission’s criteria. The critical text is introduced by a philological study in which we investigate the textual transmission of dist. 35 and we propose a stemma.
M. Fabrice BERNISSAN - Toponymie gasconne entre Adour et Arros. Contribution à la lexicographie, à l’ethnologie et à la philologie occitanes.
samedi 28 novembre 2009
14h
En Sorbonne, salle F368, escalier F,2ème etage,
1 rue Victor Cousin, 75005 Paris
M. Fabrice BERNISSAN soutient sa thèse de doctorat :
Toponymie gasconne entre Adour et Arros. Contribution à la lexicographie, à l’ethnologieet à la philologie occitanes.
En présence du jury :
MME BOUTIER (Kiège)
M. CHAMBON (Paris 4)
M. CHAUVEAU (CNRS)
M. MARTEL (Montpellier 3)
M. THIBAULT (Paris 4)
M. FABRICE BIRETTE - L’imaginaire de la métamorphose dans la littérature et dans les arts figurés de la Grèce Ancienne.
samedi 5 mai 2012
à 10h
Salle D223, A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris
M. FABRICE BIRETTE soutient sa thèse de doctorat :
L’imaginaire de la métamorphose dans la littérature et dans les arts figurés de la Grèce Ancienne.
En présence du jury :
M. BILLAULT ( PARIS 4 )
M. FARTZOFF ( BESANCON )
M. LISSARRAGUE ( EHESS )
M. MAFFRE ( PARIS 4 )
M. Fabrice LAPELLETRIE - Frank Joseph MALINA : le lumino-cinetisme dans l’ombre de la science.
vendredi 4 juin 2010
14h
En Sorbonne , Amphithéâtre Guizot
17 rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Fabrice LAPELLETRIE soutient sa thèse de doctorat :
Frank Joseph MALINA : le lumino-cinetisme dans l’ombre de la science.
En présence du jury :
M. BANN (Bristol)
M. LEMOINE (Paris 4)
M. PIERRE (Paris 4)
M. ROUSSEAU (Tours)
M. Faysal BEN HAMIDA - Les rapports au travail et à l’emploi des immigrations musulmanes aux Etats-Unis.
mardi 29 juin 2010
14h
En Sorbonne, Amphithéâtre Milne Edwards, esc B, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Faysal BEN HAMIDA soutient sa thèse de doctorat :
Les rapports au travail et à l’emploi des immigrations musulmanes aux Etats-Unis.
En présence du jury :
MME AZUELOS (Paris 3)
MME BODY GENDROT (Paris 4)
MME COLLOMP (Paris 7)
M. FRAYSSÉ (Paris 4)
MME KESSELMAN (Paris 12)
M. Federico LENZI - Désamorcer le mythe : expérimentations littéraires et tradition classique dans le théâtre français de l’Entre-deux guerres.[COTUTELLE]
jeudi 30 avril 2009
15 h
Université de Sienne, Italie
M. Federico LENZI soutient sa thèse de doctorat :
Désamorcer le mythe : expérimentations littéraires et tradition classique dans le théâtre français de l’Entre-deux guerres.
En présence du jury :
Mme ALIVERTI (Université)
Mme BANU-BORIE (Paris 13)
M. CHIARINI (Université)
M. MASSON (Paris 4)
Résumés :
Cette thèse traite de la persistance des modèles classiques dans le théâtre français de l’entre-deux-guerres, en particulier des réécritures qui s’appuient sur les mythes grecs. La recherche est organisé en trois parties. La première partie dresse un panorama sur l’histoire des spectacles, inspirés des mythes grecs, qui se sont épanouis en France, de 1919 à 1944. Dans la deuxième partie on analyse les textes concernant un certain nombre de figures mythiques : Électre, Œdipe, Médée, Antigone, Orphée. On essaye de comprendre selon quelles ‘techniques’ de réappropriation les auteurs (Sartre, Anouilh, Giraudoux, Cocteau, Gide, De Bouhélier, Fabre, Lenormand) ont remodelé la matière classique, et de mesurer la distance qui existe entre leur parcours et le modèle tragique grec. Dans la troisième partie, enfin, on s’attache à dégager les éléments communs à ces exemples de reprise moderne du tragique.
This thesis focuses on the persistence of classic models in French theatre in the period between the wars, especially on the re-elaborations of the Greek myth. The research has been structured in three parts. The first one traces the history of various plays inspired by the myth, that flourished in France between 1919 and 1944. The second part analyses texts concerning legendary characters, such as Electra, Oedipus, Medea, Antigone, Orpheus. It also tries to understand to what extent the authors in question (Sartre, Anouilh, Giraudoux, Cocteau, Gide, De Bouhélier, Fabre, Lenormand) re-appropriated the classical subject, and to measure the distance between their works and the original Greek models. Finally the third part brings together the findings of this work : the emergence of common traits between different attempts to recover Greek classic elements.
M. Filipe TERENO - Donner la vie. Prolégolènes à une philosophie phénomènologique de la vie
Samedi 27 octobre 2007
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Filipe TERENO soutient sa thèse de doctorat :
Donner la vie. Prolégolènes à une philosophie phénomènologique de la vie
En présence de :
M. CHRÉTIEN (PARIS 4)
M. GREISCH (ICP Paris)
M. MARION (PARIS 4)
M. NABAIS DOS SANTOS (UNIVERSIDA)
Résumés :
La possibilité de concevoir la facticité, non pas comme une dimension où des faits
"attendraient" d’être saisis par une intellection qui leur fût constitutive, mais comme le
mouvement même de l’acte de l’intellection ; cette possibilité, déjà présente chez Husserl, de voir
dans le fait donné une intention signifiante, a été rattachée, chez Heidegger, à l’intellection de
l’être en général. Elle implique que les actions humaines soient dorénavant une articulation de la
compréhension de l’être. Et pourtant, la compréhension de l’être, tout en relevant l’oubli de l’être,
manifeste aussi l’oubli d’une difficulté essentielle – comment donner à voir la différence
ontologique ? Notre intention, au-delà de vouloir réduire cette différence ou de trouver des
thèmes qui contrarient son primat, est de faire de la vie l’ouverture d’une dimension absolument
originaire qui soit la condition de toute autre dimension et dont la lumière puisse démasquer les
raisons des apories de la phénoménologie et de l’ontologie fondamentale.
The possibility to conceive the facticity, not as a dimension where the facts stood at the
"expectation" of being grasped by an act of intellection that would constitute them, but as the
mouvement of the act of intellection itself ; this possibility, already present in Husserl, that looks
upon the facts as having a significant intention, has been linked, by Heidegger, to the
intellection of the being in general. This possibility makes the human actions to be an
articulation of the being’s understanding. However, this understanding, going thoroughly into
the forgetfulness of the being, makes at the same time the obscureness of it’s own major
difficulty – how can one shows the ontological difference itself ? Our aim, beyond the attempt
to reduce or to try to develop a number of topics that would interfere with the primacy of this
ontological difference, is to introduce "life" as the most original dimension, as the condition for
all others, from where the light could expand itself in a way that the true reasons of the
phenomenological and ontological difficulties would became apparent.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Florent ALBRECHT - Le passage à l’ut musica poesis dans la poésie française (1857-1897) : faux paragone littéraire ?"
vendredi 13 février 2009
14h30
Maison de la recherches, salle D116, 1er étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Florent ALBRECHT soutient sa thèse de doctorat :
Le passage à l’ut musica poesis dans la poésie française (1857-1897) : faux paragone littéraire ?
En présence du jury :
M. COMPAGNON (Collège de France)
M. DOUMET (Paris 8)
M.MARCHAL (Paris 4)
M. SCHAEFFER (EHESS)
M. Florent MOUCHARD - La Maison de Smolensk : recherches sur une dynastie de princes du Moyen Age russe (1125-1404).
lundi 7 décembre 2009
14h
Au Centre d’Etudes Slaves, salle de Conférence,
9 rue Michelet, 75006 Paris
M. Florent MOUCHARD soutient sa thèse de doctorat :
La Maison de Smolensk : recherches sur une dynastie de princes du Moyen Age russe (1125-1404).
En présence du jury :
M. BREUILLARD (Paris 4)
M. GONNEAU (Paris 4)
MME LENHOFF (Californie)
MME LESOURD (Lyon 3)
M. ZUCKERMAN (EPHE)
M. Florent ROUILLÉ - Alain de Lille, Anticlaudianus. Présentation générale, étude introductive, traduction et annotation
Samedi 1er décembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Cauchy, Esc. E, 3ème étage
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Florent ROUILLÉ soutient sa thèse de doctorat :
Alain de Lille, Anticlaudianus. Présentation générale, étude introductive, traduction et annotation
En présence du Jury :
M. DOLBEAU (EPHE)
Mme GALAND-HALLYN (EPHE)
Mme JAMES-RAOUL (BORDEAUX 3)
M. VERBAAL (GAND)
M. ZARINI (PARIS 4)
Résumés :
En attente...
M. Florian MEUNIER - L’archictecture flamboyante dans la vallée de la Seine, de Vernon à Harfleur.
samedi 4 avril 2009
14h
Institut d’art et d’archéologie, salle Dousset
1er étage, 3 rue Michelet 75006 Paris
M. Florian MEUNIER soutient sa thèse de doctorat :
L’archictecture flamboyante dans la vallée de la Seine, de Vernon à Harfleur.
En présence du jury :
Mme LALOU (ROUEN)
M. MIGNOT (Paris 4)
M. SALAMAGNE (TOURS)
M. SANDRON (Paris 4)
M. SESMAT (PARIS 4)
M. François BÉTARD - Montagnes humides au coeur du Nordeste brésilien semi aride : le cas du massif de Baturité (Ceara). Apports d’une approche morphopédologique pour la connaissance et la gestion des milieux.
Vendredi 7 décembre 2007
14 heures
CNRS de Meudon, salle des Conférences
1 place Aristide Briand 92190 Meudon
M. François BÉTARD soutient sa thèse de doctorat :
Montagnes humides au coeur du Nordeste brésilien semi aride : le cas du massif de Baturité (Ceara). Apports d’une approche morphopédologique pour la connaissance et la gestion des milieux.
En présence du Jury :
M. BOURGEON
M. CARNERO DE CLAUDINO (UNIVERSITE)
Mme FORT (PARIS 7)
M. GUNNEL (PARIS 7)
M. LAGEAT (BREST)
M. PEULVAST (PARIS 4)
Résumés :
Les montagnes humides du Nordeste brésilien, ou Brejos d’altitude, forment des îlots d’humidité et de
forêt sempervirente (mata altântica) qui contrastent avec les conditions écologiques des plaines environnantes
marquées par la sécheresse (Sertão). Malgré l’importance de ces montagnes humides, tant sur le plan écologique
que culturel ou socio-économique, la riche diversité de ces milieux demeure peu connue, tant le Nordeste est
souvent réduit à sa portion semi-aride (‘polygone des sécheresses’), la plus vaste mais aussi la plus monotone.
Cette étude montre l’intérêt et l’apport d’une approche morphopédologique pour la connaissance et la gestion de
ces milieux. Appliquée au massif de Baturité (Ceará), la méthodologie employée procède d’une triple approche :
i) reconnaissance morphopédologique du terrain, ii) caractérisation analytique des sols et des altérations en
laboratoire, iii) traitement et spatialisation des informations sous SIG, avec pour finalité de proposer une
méthode actualisée de cartographie des paysages morphopédologiques applicable à l’étude d’autres montagnes.
Les principaux résultats sont présentés sous forme d’un inventaire original des facettes morphopédologiques
pour le massif de Baturité et son piémont. Ces résultats sont replacés dans un débat scientifique plus général sur
l’évolution des paysages tropicaux et les hypothèses retenues sont testées autour de comparaisons géographiques
intra-régionales et inter-continentales (Afrique, Inde). Les potentialités agricoles des systèmes
morphopédologiques des montagnes humides et des plaines semi-arides qui les encadrent sont discutées à la
lumière des résultats originaux qui ressortent de cette étude.
The humid mountains of Northeast Brazil, locally named Brejos de altitude, form islands of humidity
where evergreen forest (mata atlântica) contrasts with the semi-arid conditions of the surrounding plain (Sertão).
Despite the ecological, cultural and socio-economic importance of such humid mountains across a wide semi-
arid area (‘Polígono das secas’), the high diversity of their physical environment has so far been poorly
characterised. This study outlines the relevance of a pedogeomorphological approach to the understanding and
management of landscape systems. Here the Baturité massif (Ceará) showcases the methodology used in this
study, which involves i) a detailed field survey based on a combined description of landforms, weathering
mantles and soils ; ii) the analytical characterization of soils and weathering materials based on a wide range of
complementary pedological, sedimentological and geochemical laboratory methods ; and iii) the processing and
spatial analysis of field and laboratory data in a GIS, with an aim to develop a modernised method of
pedogeomorphic mapping applicable to the study of other mountains. The main results are presented in the form
of an original inventory of pedogeomorphic landscape units for the Baturité massif and its piedmont. These
results are placed within a more global scientific debate centred on the evolution of tropical landscapes, and the
hypotheses are tested against geographic comparisons in Brazil and on other continents (Africa, India). The
potential for agricultural development of the land systems of the humid mountains and their surrounding semi-
arid plains are discussed in the light of the original results of this study.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. François HANSCOTTE - Mottes castrales et maisons fortes de Flandre gallicane. Châtellenies de Lille et d’Orchies.
mardi 8 septembre 2009
9h
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, esc A
46 rue Saint Jacques 75005 Paris
M. François HANSCOTTE soutiendra sa thèse de doctorat :
Mottes castrales et maisons fortes de Flandre gallicane. Châtellenies de Lille et d’Orchies.
En présence du jury :
M. ARRIGNON (Arras)
M. CONTAMINE (Paris 4)
M. LOTTIN (Arras)
M. ROUCHE (Paris 4)
M. François LAGRANGE - Moral et opinions des combattants français duran tle premir conflit mondial d’après les rapports du Contrôl postal de la IV è Armée.
mercredi 11 mars 2009
9h
Salle des actes, centre admnistratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
François LAGRANGE soutient sa thèse de doctorat :
Moral et opinions des combattants français duran tle premir conflit mondial d’après les rapports du Contrôl postal de la IV è Armée.
En présence du jury :
M. BECKER (Paris 10)
M. FREMEAUX (Paris 4)
M. NIVET (Amiens)
M. SOUTOU (Paris 4)
M. François NAWROCKI - L’amiral Claude d’Annebault. Faveur du roi et gouvernement du royaume sous les règnes de François Ier et d’Henri II.
samedi 7 mars 2009
14h
En Sorbonne, salle des actes,centre administratif de Paris IV
1 rue Victor Cousin
75005 Paris
M. François NAWROCKI soutient sa thèse de doctorat :
L’amiral Claude d’Annebault. Faveur du roi et gouvernement du royaume sous les règnes de François Ier et d’Henri II.
En présence du jury :
M. BERCE (Paris 4)
M. BOURQUIN (Le Mans)
M. CROUZET (Paris 4)
M. LE ROUX ( Lyon 2)
M. POTTER (Canterbury)
M. François NIUBO - L’écrivain catalan et le problème de la langue informelle (XXème -XXI ème siècle)
lundi 8 décembre 2008
14h
Centre d’Etudes Catalanes,3ème étage
9 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie 75004 Paris
M. François NIUBO
L’écrivain catalan et le problème de la langue informelle (XXème -XXI ème siècle)
En présence du jury :
Mme BOYER (Paris 4)
Mme CHARLON (Dijon)
Mme PUJOL BERCHE (Lille 3)
M. TRENC (Reims)
Mme ZIMMERMANN (Paris 4)
M. François PLOTON-NICOLLET - Edition critique, traduction et commentaire de l’oeuvre de Flavius Mérobaude.
vendredi 14 novembre 2008
14h
Grande salle de l’école des Chartres
19 rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. François PLOTON-NICOLLET
Edition critique, traduction et commentaire de l’oeuvre de Flavius Mérobaude.
En présenc du jury :
Mme BOURGAIN (Chartres)
M. CHARLET (Aix Marseille 1)
M. CHAUSSON (Paris 1)
Mme DUCOS (Paris 4)
M. ZARINI (Paris 4)
M. François TERNAT - Inscrire la paix dans les espaces lointains. Histoire diplomatique d’un entre-deux-guerres : les négociations franco-britanniques de 1748 à 1756.
mardi 24 novembre 2009
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. François TERNAT soutient sa thèse de doctorat :
Inscrire la paix dans les espaces lointains.Histoire diplomatique d’un entre-deux-guerres : les négociations franco-britanniques de 1748 à 1756.
En présence du jury :
M. BÉLY (Paris 4)
M. JESSENNE (Rouen)
M. POUMAREDE (Paris 4)
M. RUGGIU (Paris 4)
M. VILLIERS (Dunkerque)
Résumés :
Guerres et paix ont jalonné le duel franco-britannique, une des trames essentielles des relations internationales au XVIIIe siècle. Or c’est ce même siècle des Lumières qui a célébré l’idée d’équilibre européen, d’équilibre des puissances, pour limiter les conflits et « préserver la paix ». Le présent travail se situe pendant la courte période de paix qui sépare deux conflits européens majeurs où s’affrontèrent la Grande-Bretagne et la France, la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) et la guerre de Sept Ans (1756-1763). Il s’agit d’étudier, au milieu du siècle, les pratiques de la paix, utilisées ou révélées à l’occasion des négociations franco-anglaises sur les limites territoriales étendues aux espaces maritimes et coloniaux, et de s’interroger sur les représentations diplomatiques et les visions géostratégiques du monde qui guidèrent, à la cour de Versailles comme à celle de Saint-James, l’action politique des diplomates dans la sphère coloniale.
Inscribing Peace Overseas. Anglo-french negotiations during the inter-war years 1748-1756.
Abstract : The Treaty of Aix-la-Chapelle which ended the War of Austrian Succession in 1748 threw into relief the linkage between the europeans and colonial issues. It returned the european claims in North America and in the West Indies to the statu quo ante bellum settled by the Treaty of Utrecht of 1713. A boundary commission was established to study the claims, to determine what areas were considered as belonging to the British or to the French Crowns, and to define clear boundaries separating the colonial dominions. Not solely episode of the Anglo-French rivalry, these inter-war years took place in the middle of the Age of Enlightenment, which celebrated the idea of balance of powers. Despite their failure, these negotiations could be envisaged as attempts to regulate colonial and maritime disputes by international agreements and as experiences by both Courts of a far diplomacy.
M. Francesco BETTARINI - Du complot aux affaires : ser Benetto degli Schieri da Prato (1382-1453) , notaire et marchand à Raguse.[COTUTELLE]
vendredi 15 mai 2009
10h
Université de Florence, Italie
M. Francesco BETTARINI soutient sa thèse de doctorat :
Du complot aux affaires : ser Benetto degli Schieri da Prato (1382-1453) , notaire et marchand à Raguse.
En présence du jury :
Mme CROUZET-PAVAN (Paris)
M. MAIRE-VIGUEUR (Rome)
M. PINTO (Florence)
M. VERGER (Paris 4)
M. Francis DREYER - Les constructions d’optique de phares (1764-1984). Catoptrique et lentilles de Fresnel. Histoire des industriels de la signalisation maritime
Lundi 16 juin 2008
9 heures 30
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005
M. Francis DREYER soutient sa thèse de doctorat :
Les constructions d’optique de phares (1764-1984). Catoptrique et lentilles de Fresnel. Histoire des industriels de la signalisation maritime
En Présence du Jury :
M. BARJOT (PARIS 4)
M. FERNANDEZ (BORDEAUX 3)
M. GRISET (PARIS 4)
M. GUIGUENO (EN PONTS/C)
M. MARNOT (BORDEAUX 3)
M. VARASCHIN (ARRAS)
Résumés :
L’implantation de signalisation maritime français a été conduite en France par le Service Central des Phares et Balises qui a, à partir de 1823, privilégié l’emploi des lentilles à échelon inventées par Augustin Fresnel. Pour permettre leur construction en grande série, cette administration a fait appel à différents sous-traitants qu’elle a largement soutenus voire créés de toute pièce. De cette collaboration, entre un service public et des investisseurs privés, sont nées trois entreprises d’envergure internationale (Barbier-Bénard et Turenne, Sautter-Harlé, Henry-Lepaute) qui ont à elles seules produit 76% des optiques de phares présentes dans le monde en 1933. Toutefois, si leur contribution semble incontournable, elle a été jusqu’ici complètement omise par les ingénieurs français qui minimisaient la collaboration des industriels dans leurs comptes-rendus.
Cette thèse s’applique donc à étudier les facteurs économiques et sociaux qui ont permis leur émergence, leur développement puis leur fin. De même, seront analysés leurs apports techniques, leurs rôles et leurs modes de relation avec les ingénieurs des Ponts et Chaussées ou les différentes tensions qui existaient dans ce couple uni pendant plus de cent ans. Une vision mondiale de la signalisation maritime est proposée au travers de la concurrence internationale qui se met en place dès 1850 avec les anglais Chance Brothers, le suédois AGA ou l’allemand Wilhelm Weule. D’une manière plus générale, ce mémoire développera les alliances complexes qui se nouaient entre les savants et les entreprises autour de la revendication d’une innovation.
The implementation of the french maritime signalisation was led in France by the Central Service of Lighthouses and Beacons which privileged, from 1823, the use of level lenses invented by Augustin Fresnel.
To conceive these new equipments in mass production, this State Administration appealed to various subcontractors whom it has widely supported or created. This particular collaboration between a State Department and Private Investors resulted in the creation of three national companies (Barbier-Bénard and Turenne, Sautter-Harlé, Henry-Lepaute) which produced 76 % of the lighthouses of the world in 1933. However if this industrial presence seems important, the reading of the various reports or the files of the French engineers concerning their relations with these suppliers gives only a very weak idea. The work of the Lighthouse Manufacturers was so widely underestimated.
This thesis thus agrees to study the economic and social factors which allowed the emergence, the life then the end of these companies, the roles and the contributions of the manufacturers and the engineers “des Ponts et Chaussées” and the various relations or the tensions which existed in this couple combine during more than hundred years. Finally, a world vision of the setting-up of the maritime road marking is proposed through the international competition, which is set up from 1850 with the English Chance Brothers or the German Wilhelm Weule. In a more general way, it describes the complex relations and the competition, which existed between the scholars of the XVIIIth or XIXth century and the private enterprises with capital-intensive vocation.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Francisco GUEVARA QUIEL - Edition critique du théâtre et des nouvelles à l’espagnole de l’Abbé Boisrobert.
jeudi 22 janvier 2009
14h
Maison de la recherche, salle D323, 3ème étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Francisco GUEVARA QUIEL soutient sa thèse de doctorat
Edition critique du théâtre et des nouvelles à l’espagnole de l’Abbé Boisrobert.
En présence du jury :
M. BOURQUI (Paris 4)
M. CONESSA (Reims)
M. COUDERC (Paris 10)
M. FORESTIER (Paris 4)
M. FRANCISCO MATURANA - Le développement régional et la ville moyenne. Le cas des régions de la Auracania, Los Rios et Los Lagos, Chili.
lundi 12 mars 2012
à 15 h
En Sorbonne, salle des Actes, Salle des Actes
Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. FRANCISCO MATURANA soutient sa thèse de doctorat :
Le développement régional et la ville moyenne. Le cas des régions de la Auracania, Los Rios et Los Lagos, Chili.
En présence du jury :
M. ARENAS
MME BRETAGNOLLE ( PARIS 1 )
M. CARRIERE ( TOURS )
M. ROBERT ( PARIS 4 )
Résumés :
La question des villes moyennes ou intermédiaires a été largement débattue, en raison de la difficulté à établir leur définition. Un système de villes moyennes particulier est situé au sud du Chili, constitué par les régions de La Araucanía, Los Ríos et Los Lagos. Ce système présente une configuration spatiale plutôt monocentrique, où les
interactions entre villes sont développées à l’intérieur de chaque région et, par conséquence, les liens transfrontaliers sont faibles voire inexistants. Les centres urbains à l’intérieur de chaque région développent différents types de configuration spatiale, tant à un niveau régional et que local. Cette thèse a cherché à comprendre les concepts de ville intermédiaire ou moyenne et à les stabiliser, pour pouvoir mieux comprendre le système de villes moyennes du sud du
Chili à partir d’une analyse de réseau et du degré de cohésion des différentes villes. Le réseau qui organise ce système est déterminé principalement par les relations hiérarchiques et de type vertical. Ainsi, il existe un élevé degré de dépendance à l’égard des capitales régionales, ce qui organise un réseau monocentrique à l’intérieur de chaque espace régional, où il serait encore possible de trouver des villes isolées. Le degré de polycentrisme pour l’ensemble du
système a été estimé moyen à faible. Cette situation est encore plus dramatique au sein de chaque espace régional. Les relations spatiales entre centres urbains se réalisent à deux échelles. Dans la première, trois types d’organisation spatiale se mettent en place et dans la deuxième, trois types d’organisation spatiale ont lieu entre des paires de noeuds du réseau.
The urban system of southern Chile, what to construction of new spaces of relationship ?
Medium-size cities have been the subject of profound debate given their complexity in order to define them. A particular system consisting of this type of cities is located in southern Chile, an area which comprises the regions of La Araucania, Los Ríos and Los Lagos. This system seems to have a monocentric configuration, where interactions between population centers would be arranged within each region and therefore trans-border links would be weak or not present. In addition to that, urban centers that compose the system would have differentiated spatial patterns, both at a regional and local scale. In this sense, this thesis tries to understand the concept of medium-size and intermediate cities and stabilize it, to understand the system of cities of southern Chile thanks to a network approach and the analysis of the cohesion degree in urban centers. The network that organizes this system is determined largely by relations of hierarchical and vertical type, having a high degree of dependency of small cities within a region to each of the regional capitals, which organizes a moncentric network within each regional area, including identifying isolated towns. The degree of polycentrism for the entire system is low and this situation is even deeper within each regional area. The
spatial relationships between urban centers are in two scales, first to set up three types of spatial organization and second presents three types of spatial organization that develop between pairs of nodes in the network.
El sistema de ciudades intermedias del sur de Chile, ¿hacia la construcción de nuevos espacios de relación ?
Las ciudades medias o intermedias ha sido objeto de profundo debate dada su complejidad en poder definirlas. Un sistema particular constituido por este tipo de ciudades es el localizado en el sur de Chile compuesto por las regiones de La Araucanía, Los Ríos y Los Lagos. Este sistema estaría desarrollando una configuración monocentrica, donde las interacciones entre centros poblados estarían dispuestas al interior de cada región y por ende los vínculos transfronteras serían débiles o no estarían presentes. Además, los centros urbanos que lo componen estarían desarrollando patrones espaciales diferenciados, tanto a escala regional como local. En este sentido, esta tesis buscó
comprender el concepto de ciudad media e intermedia y estabilizarlo, para posteriormente comprender el sistema de ciudades del sur de Chile gracias a un enfoque de red y el análisis del grado de cohesión de los centros urbanos. La red que organiza este sistema está determinado en su mayoría por relaciones de tipo jerárquicas y verticales, existe un alto grado de dependencia de las ciudades hacia las capitales regionales, lo que organiza una red monocentrica al
interior de cada espacio regional, incluso identificando centros poblados aislados. El grado de policentrismo para el sistema en su totalidad se ha estimado medio bajo y está situación es aun mas profunda al interior de cada espacio regional. Las relaciones espaciales entre centros urbanos son en dos escalas, la primera que configura tres tipos de organizaciones espaciales y la segunda presenta tres tipos de organización espacial que se desarrollan entre pares de nodos de la red.
M. Franck PRÊTEUX - La Propontide et ses détroits dans l’Antiquité grecque (VIIIème-Ier siècles av. J.-C.) : Géographie historique et développement des imlplantations littorales.
Lundi 19 novembre 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Franck PRÊTEUX soutient sa thèse de doctorat :
La Propontide et ses détroits dans l’Antiquité grecque (VIIIème-Ier siècles av. J.-C.) : Géographie historique et développement des imlplantations littorales.
En présence du jury :
M. AVRAM (LE MANS)
M. LEFEVRE (PARIS 4)
M. PICARD (PARIS 4)
M. SEVE (METZ)
Résumés :
La région des Détroits, formée par la Propontide et les détroits de l’Hellespont et du Bosphore, a constitué pour les Grecs un point d’entrée stratégique pour commercer avec le Pont-Euxin. Ils y ont vu une région unique et homogène. Sur le temps long, la documentation montre plutôt que les nombreuses fondations grecques de cette région ont mis en place des modes de développement variés en s’appuyant sur leur voisinage grec ou barbare. En se servant des mythes de fondation et de leur position stratégique, les cités des Détroits ont toujours cherché à préserver leur autonomie. Mais leurs méthodes étaient différentes et on doit donc évoquer des sous-ensembles régionaux forts, plutôt qu’une seule région unifiée.
During greek period, the geographical region called ’the Strait’ was the main entry road to Euxin for traders. To Athenians and others Greeeks, this region was seen as an unified space. In fact, litterary, epigraphical and numismatical evidences show that greek ancient fondations around the Propontis and the straits used their religious traditions and foreign people in the vinicity to grow. The main purpose was to keep control on territory and political institutions of the polis. To conclude, we can’t speak about a unique region called ’the Straits’. We shall consider three or more geographical areas with greek city, having their own developpment’s way.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. FRANCOIS AUNE - Recherches sur la politique orientale de l’Empire romain tardif : Rome, le royaume de la Grande Arménie et l’Iran sassanide dans la seconde moitié du IVeme siècle.
samedi 19 mai 2012
à 14h
Salle D116, A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris
M. FRANCOIS AUNE soutient sa thèse de doctorat :
Recherches sur la politique orientale de l’Empire romain tardif : Rome, le royaume de la Grande Arménie et l’Iran sassanide dans la seconde moitié du IVeme siècle.
En présence du jury :
M. DONABEDIAN ( AIX-MARSL1 )
M. INGLEBERT ( PARIS 10 )
M. TRAINA ( PARIS 4 )
M. ZUCKERMAN ( EPHE )
M. FRANCOIS GEAL - Quand érudition et fiction se rencontrent : domaine hispano français (XVème-XXème siècles) (HDR)
samedi 4 juin 2011
à 14h
En Sorbonne, salle des Actes, centre
administratif de Paris-Sorbonne, 1 rue
Victor Cousin-PARIS 5°
M. FRANCOIS GEAL soutient son Habilitation à diriger des Recherches :
Quand érudition et fiction se rencontrent : domaine hispano français (XVème-XXème siècles)
En présence du jury :
M. BRUNEL ( PARIS 4 )
M. CANAVAGGIO ( PARIS 10 )
MME FONYI ( CNRS PARIS )
MME GELY ( PARIS 4 )
MME MIRANDA ( NANCY 2 )
M. PAGEAUX ( PARIS 3 )
M. FRANCOIS PERNOT - Entre France et Empire : terres de contatcs, terres de frontières et terres de batailles. [HDR]
mardi 29 novembre 2011
au Campus des Cordeliers, Salle des
thèses , 15 rue de l’ Ecole de médecine,75006 Paris
M. FRANCOIS PERNOT soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Entre France et Empire : terres de contatcs, terres de frontières et terres de batailles.
En présence du jury :
M. BELY ( PARIS 4 )
M. BOIS ( NANTES )
M. POUMAREDE ( BORDEAUX 3 )
M. SOLNON ( BESANCON )
M. VERMEIR ( Gand )
M. VIAL ( CERGY )
M. Frank VIGNERON - Académiciens et lettrés. Analyse comparative de la théorie picturale du XVIII ème siècle en Chine et en Europe
samedi 25 octobre 2008
9h
Salle D040 à la Maison de la Recherche, rez de chaussée
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Frank VIGNERON
Académiciens et lettrés. Analyse comparative de la théorie picturale du XVIII ème siècle en Chine et en Europe
En présence du jury :
Mme BLANCHON (Paris 4)
M. BRUNEL (Paris 4)
M. DANIEL (La Rochelle)
Mme TOUDOIRE SUR LA PIERRE (Haute Alsace)
M. Franz JOHANNSSON - Le corps dans le théâtre de Paul Valéry.
vendredi 13 mars 2009
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre admnistratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
Franz JOHANNSSON soutient sa thèse de doctorat :
Le corps dans le théâtre de Paul Valéry.
En présence du jury :
M. AUTRAND (Paris 4)
M. GUENOUN (Paris 4)
M. JARRETY (Paris 4)
Mme LAPLACE- CLAVERIE (Avignon)
M. MARX (Orléans)
M. PICKERING (Clermont 2)
M. Frédéric FOGACCI - Le malheur des temps : la mouvance politique radicale de la libération à la fin des années 1960.
samedi 15 novembre 2008
9h
Salle F363, escalier F,2ème étage en Sorbonne
1 rue Victor Cousin 75006 Paris
M. Frédéric FOGACCI
Le malheur des temps : la mouvance politique radicale de la libération à la fin des années 1960.
En présence du jury :
M. CHALINE (Paris 4)
M. FORCADE (Paris 4)
M. GARRIGUES (Orléans)
M. LACHAISE (Bordeaux 3)
M. LE BEGUEC (Paris 10)
M. SIRINELLI (IEP Paris)
Résumés :
Ce travail, une monographie d’un des plus vieux partis français, le Parti radical, sur une période assez longue, de la Libération à la fin des années 1960, comprend trois aspects complémentaires. Tout d’abord, il s’agit d’étudier l’évolution de l’appareil partisan, sa mise à disposition exclusive des élus aux détriment des militants, son déclin progressif dans les années 1960, jusqu’à une forme d’existence groupusculaire. A ce sujet, on a questionné la pertinence du concept de « forme-parti » emprunté à la science politique italienne, appliqué au cas d’un parti de notables. Le second aspect réside dans une étude prosopographique du personnel politique du parti : ses élus locaux et nationaux, ses cadres, et ses militants. Il s’agit de questionner les aspects de conflit générationnel, la faiblesse du renouvellement, mais aussi les pratiques politiques propres à un parti de notables : la participation au pouvoir, sous la IVe République, puis le passage à l’opposition, sous la Ve, influent profondément sur ces pratiques. Par ailleurs, on s’est interrogé sur l’hypothèse d’un tarissement sociologique du radicalisme. Enfin, les stratégies politiques du parti ont été étudiées : on a tenté de montrer que le Parti radical joue un rôle important dans la stabilisation de la IVe République en participant à tous les gouvernements, quitte à sacrifier sa propre doctrine. L’épisode mendésiste, puis le passage dans l’opposition le précipitent alors dans une crise et un déclin durables.
Three complementary sides base this work, a monographical study of one among french oldest political parties, The french radical Party, from Liberation to the end of the sixties. The first is a study of the political structure, which serves exclusively parlementarian’s interests rather than grassroots militants’s convictions, and declines in the 1960’s, as far as becoming, from a national party, a diminutive organization. On this matter, italian political science’s concept of « forme parti » has been applied to a formation known as a « notable »’s party. The second aspect lies in a prosopographical approach of the radical personnal : national and local elected members, managers and grassroots militants. There lie matters such as generational conflicts, a weak turnover, and also proper political schemes : the evolution from governemental participation under fouth Republic to political opposition under the fifth is, there, the main problem. The last issue is the party’s political strategies : under fourth Républic, the french radical Party, electorally weakened, plays a decisive part in securing the Regime by participating constantly in all governemental combinations, while sacrifying his own political aims and proper doctrine. The « mendésiste » period is, then, the start of a crisis of this insecure equilibrium, and of a long decline.
M. Frédéric LAGRANGE (HDR) - Recherches sur les plaisirs dans les sociétés arabes médiévales
Lundi 17 décembre 2007
9 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Frédéric LAGRANGE soutient son habilitation à diriger des recherches
Recherches sur les plaisirs dans les sociétés arabes médiévales
En présence du Jury :
M. CHEIKH MOUSSA (PARIS 4)
Mme DAKHLIA (EHESS)
M. DEHEUVELS (INALCO)
M. KALUS (PARIS 4)
M. ROWSON
Mme ZAKHARIA (LYON 2)
M. Frédéric MORGAN - Prendre la constitution au sérieux : Leo Strauss et ses disciples interprètes du régime américain.
mercredi 6 janvier 2010
14h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Frédéric MORGAN soutient sa thèse de doctorat :
Prendre la constitution au sérieux : Leo Strauss et ses disciples interprètes du régime américain.
En présence du jury :
M. DONEGANI (IEP Paris)
M. RAYNAUD ( Paris 2)
M. RENAUT (Paris 4)
M. TAVOILLOT (Paris 4)
M. Frédéric SAYER - Le mythe des villes maudites dans les littératures française, anglaise et américaine du vingtième siècle - Une esthétique de l’entropie urbaine
Vendredi 23 novembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D116,
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Frédéric SAYER soutient sa thèse de doctorat :
Le mythe des villes maudites dans les littératures française, anglaise et américaine du vingtième siècle - Une esthétique de l’entropie urbaine
En présence du Jury :
M. BRUNEL (PARIS 4)
M. COLBERT (HISTORY)
M. FLOC’H (PAU)
M. HAMBROOK (UNIVERSITy)
M. PETILLON (PARIS 4)
M. SALADO (PARIS 7)
Résumés :
La malédiction biblique de la ville traverse l’Histoire en dévastant la civilisation humaine (Hénochia,
la tour de Babel, Sodome et Gomorrhe, Babylone) pour édifier à sa place la première ville d’origine divine,
la nouvelle Jérusalem de l’Apocalypse. Au début du XXe siècle, la réécriture biblique se fait ironique et
même auto-destructrice. La forteresse intérieure de l’écrivain ne tient plus et le sujet s’abîme dans les
fragments modernistes de la ville, qui sont aussi les ruines d’une Europe dévastée. La parole prophétique
s’étiole, malgré sa réactivation politique dans les littératures dystopiques, la speculative fiction et le roman
noir.
A partir de 1945, la malédiction urbaine s’est transfigurée en énergie du mal, selon les lois de
l’entropie. La ville comme texte subit une apocalypse du signe en autant de simulacres, les nouvelles idoles
d’une culture de masse. C’est pourquoi la métaphore entropique et l’esthétique postmoderne façonnent les
fictions urbaines américaines mais aussi le nouveau roman français. Le mythe des villes maudites domine la
fin du siècle sur un mode cannibale : il devient le mythe de la disparition du sacré, il dresse un mur de
silence dans la rumeur de la ville, il remplit la surface lisse des romans minimalistes. La littérature fait alors
acte de résistance mémorielle, même lorsqu’elle suit l’asymptote qui mène au « coeur dur, blanc et vide du
monde. »
The biblical curse of the city tends to devastate History, turning human culture into a waste land
(Henochia, the Tower of Babel, Sodom and Gomorrah, Babylon) in order to settle instead the first ever
divine city, that is to say the utopian New Jerusalem of the Apocalypse. At the beginning of the 20th century,
rewriting the Bible has become ironic and even self-destructive. The inner fortress of the creative mind does
not hold any more and loses itself into the modernistic fragments of the city, in other words the ruins of
destroyed Europe. The prophetic word declines, even though it has been reactivated on a political level by
dystopian literatures, speculative fiction and crime novel.
After 1945, the urban curse has mutated into evil energy, following the laws of entropy. A new
kind of apocalypse turns the text of the cityu into mere simulacra, in other words the new idols of mass
culture. That’s why entropic metaphors and postmodern aesthetics do shape American urban fiction and
also the french nouveau roman. The myth of cursed cities dominates the end of the century in a cannibalistic
way, thus becoming the myth of the disappearance of the sacred, raising a wall of silence in the city’s
rumble, penetrating the smooth surface of minimalist novels. Literature then performs an act of memorial
resistance, even when it follows an asymptotic line to the “hard white empty core of the world.”
Keywords : American Literature, Apocalypse, Babel, Babylon, city, Dos Passos, dystopia, energy of
evil, French literature, English literature, entropy, London, Los Angeles, T. S. Eliot, curse, memory,
modernist, myth, New York, paranoia, postmodern, Paris, Proust, Pynchon, novel, representation,
unbinding process, urban.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. Frédéric TURPIN (HDR) - De l’Indochine à l’Afrique subsaharienne francophone au prisme de la volonté de puissance
Jeudi 29 novembre 2007
9 heures
Maison de la recherche, Salle D035
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Frédéric TURPIN soutient son habilitation à diriger des recherches :
De l’Indochine à l’Afrique subsaharienne francophone au prisme de la volonté de puissance
En présence du Jury :
M. BUSSIÈRE (PARIS 4)
M. FEIERTAG (ROUEN)
M. FREMEAUX
M. LACHAISE (BORDEAUX 3)
M. LEFEUVRE (PARIS 8)
M. SOUTOU (PARIS 4)
M. Frederick BRUNEAULT - Fondement d’une éthique contemporaine , l’anthropologie philosophique et l’éthique de la responsabilité chez Hans Jonas.
lundi 15 février 2010
14h
Université d’Ottawa, Canada
M. Frederick BRUNEAULT soutient sa thèse de doctorat :
Fondement d’une éthique contemporaine , l’anthropologie philosophique et l’éthique de la responsabilité chez Hans Jonas.
En présence du jury :
M. BESNIER (Paris 4)
M. DUHAMEL (Montréal)
M. DUMAS (Ottawa)
Mme SIKKA (Ottawa)
M. TANGUAY (Ottawa)
M. TAVOILLOT (Paris 4)
M. Friedrich TAUBERT - Rencontres et échanges. Relations entre médiateurs francophones et germanophones au XIXème et XXème siècle.
lundi 20 octobre 2008
14h
Salle D116 à la Maison de la recherche
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Friedrich TAUBERT
Rencontres et échanges. Relations entre médiateurs francophones et germanophones au XIXème et XXème siècle.
En présence du jury :
M. CAHN
M.MERLIO (Paris4)
Mme METZGER (Nancy1)
M. MEYNIER (Nancy1)
M. PFEIL (St-Etienne)
Mme SAINT-GILLE (Paris 4)
M. G. Corneliu FITZAI - Origines et Actualités du Mouvement adventiste du septième jour en Roumanie
Vendredi 22 juin 2007
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Quinet, Esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. G. Corneliu FITZAI soutient sa thèse de doctorat :
Origines et Actualités du Mouvement adventiste du septième jour en Roumanie
En présence du Jury :
M. BARRAT (PARIS 2)
M. BERINDEI (Académie)
M. BLED (PARIS 4)
M. DREYFUS (PARIS 4)
Résumés :
Les origines du Mouvement adventiste du septième jour en Roumanie transcendent les échecs des calculs des
Millérites, millénaristes américains du XIXe siècle. Ce Mouvement s’enracine au coeur du Vieux continent et
remonte à la Renaissance. L’essor intellectuel provoqué surtout par la lecture de la Bible, détonateur de la
Réforme du XVIe siècle, de la Réforme radicale et de la Contre-Réforme produit des contestations et
affrontements religieux qui entraînèrent la déchirure de la chrétienté occidentale et culminèrent dans les
sanglantes Guerres de religion. Ces multiples tensions engendrèrent en Transylvanie le Mouvement sabbatarien.
Ne jouissant d’aucune reconnaissance officielle en tant que religio recepta, victimes des persécutions et
renonçant à vivre dans l’illégalité, certains des dirigeants de ce courent s’exilèrent, et la foi sabbatarienne
essaima en Angleterre. La lente métamorphose en Mouvement baptiste du septième jour et son passage sur le
continent américain préparèrent, trois siècles plus tard, sa rencontre inattendue avec un groupe de rescapés du
Mouvement millérite. Le Mouvement adventiste du septième jour prit la relève et revint sur la terre ancestrale.
Cette étude s’intéresse à l’adventisme en Roumanie pendant la monarchie et la dictature communiste, et fournit
le cadre et les repères politiques, sociaux et culturels essentiels à la compréhension de son histoire.
The origin of the Seventh-day Adventist Movement in Romania goes back beyond the failed calculations of the
Millerites, who were American millenarians in the 19th century. This Movement has its roots in the Old
Continent, and goes back to the Renaissance. The intellectual revival promoted by the reading of the Bible,
prepared the 16th century Reformation, followed by the Radical Reformation and by the Counter-Reformation.
All these movements of religious awakening inevitably produced a break within Western Christianity, opening
the way to violence and to religious confrontations, culminating in the bloody Wars of religion. These multiple
tensions gave birth to the Sabbatarian Movement in Transylvania. Deprived of any official recognition as a
religio recepta and refusing to live in illegality, some of its leaders went into exile, and the Sabbatarian faith
took root in England. Its slow metamorphosis into the Seventh-day Baptist Movement and its transfer to the
American continent prepared, three centuries later, an unexpected meeting with a group that had survived the
Millerite Movement. This transplant was a success : the Seventh-day Adventist Movement followed and with the
time it returned to Romania. This study deals with this Movement in Romania during the monarchy and during
the Communist dictatorship, and supplies the political, social and cultural framework and references necessary to
an understanding of its history.
Position de thèse :
M. GÉRALD GUILLOT - Des objets musicaux implicites à leur didactisation formelle exogène : transposition didactique interne du suingue brasileiro en France.
mardi 10 mai 2011
à 14 h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. GÉRALD GUILLOT soutient sa thèse de doctorat :
Des objets musicaux implicites à leur didactisation formelle exogène : transposition didactique interne du suingue brasileiro en France.
En présence du jury :
M. BOUDINET ( PARIS 8 )
M. CHOUVEL ( REIMS )
M. MADURELL ( PARIS 4 )
M. SANDRONI ( Pernambuco )
M. Gérard FOUCHER - Le corps dans tous ses états dans l’oeuvre de John Donne.
vendredi 14 novembre 2008
14h
Salle 344 à Malesherbes
108 boulevard Malesherbes 75017 Paris
M. Gérard FOUCHER
Le corps dans tous ses états dans l’oeuvre de John Donne.
En présence du jury :
M. LESSAY (Paris 3)
Mme MARTINET (Paris 4)
Mme SOUBRENIE (Paris 4)
M. SOUILLER (Dijon)
M. Géraud POUMAREDE (HDR) - Itinéraire de Paris à Jérusalem en passant par Venise et Constantinople.
jeudi 4 décembre 2008
14h
IRCOM, Salle G647, esc G, 1er étage 1/2
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Géraud POUMAREDE soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Itinéraire de Paris à Jérusalem en passant par Venise et Constantinople.
En présence du jury :
M. BELY (Paris 4)
M. CROUZET (Paris 4)
M. FIGEAC (Bordeaux 3)
M. POUSSOU (Paris 4)
M. SOLNON (Besancon)
M. VEINSTEIN (coll de Fr)
M. Geoffroy LAUVAU - Rationalité économique et rationalité académique. Le devenir de l’Université face aux exigences de la justice sociale.
vendredi 11 décembre 2009
14h15
Institut Finalndais , auditorium
60 rue des écoles 75005 Paris
M. Geoffroy LAUVAU soutient sa thèse de doctorat :
Rationalité économique et rationalité académique. Le devenir de l’Université face aux exigences de la justice sociale.
En présence du jury :
M. CHAUVIER (Caen)
M. RENAUT (Paris 4)
M. STEINER (PAris 4)
M. TRANNOY (EHESS)
Résumés :
L’Université, comme lieu de formation du savoir et de formation au savoir, paraît dédiée au culte d’une science désintéressée. La logique de son fonctionnement, sa rationalité, semble ainsi étrangère aux modalités économiques d’organisation des sociétés de marché. Pourtant, depuis le Moyen Âge, l’Université forme des professionnels. À l’heure de sa démocratisation, et dans un contexte d’économie de la connaissance, est-il alors certain qu’elle s’oppose frontalement à la rationalisation économique des règles sociales ? Ne faut-il pas plutôt penser qu’elle a désormais un rôle décisif à jouer, en bonne intelligence avec la logique économique ? Sa capacité à (re)distribuer aux individus des chances d’accéder à des positions socio-professionnelles en fait une institution exemplaire de la manière dont le problème de la justice sociale se pose dans des sociétés développées.
Economic Rationality, Academic rationality.
The development of University facing the demands of Social Justice.
University considered in the first place as an Institution of and to knowledge seems purely devoted to Science. The logic of its function, its rationality, thus appears to be unfamiliar to the economical method of the organization of the market society. Yet since the Middle Age University trains professionals. Now in these democratic times and in such context of economical knowledge, is it normal that it shows fierce resistance to the economical rationalization of social rules ? Hence mustn’t we rather think that she has from now on to take a crucial decision, to cope with economical logic ? Its ability to give to individuals access to social professional positions makes of this institution an example in the way how developed societies are face with social justice.
M. Georges Bogdan TARA - Les périphares verbales avec le verbe habeo en latin tardif
vendredi 15 février 2008
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris Iv, Salle des Actes
1, rue victor Cousin 75005 Paris
M. Georges Bogdan TARA soutient sa thèse de doctorat :
Les périphares verbales avec le verbe habeo en latin tardif
En présence du Jury :
Mme DULAEY (EPHE)
Mme FRUYT (PARIS 4)
M. REYDELLET (RENNES 2)
M. SLUSANSCHI (BUCAREST)
Résumés :
En attente....
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. Gergely FEJERDY - Les relations diplomatiques et culturelles entre les pays francophones d’Europe et la Hongrie, de 1944 à 1956.
samedi 10 janvier 2009
9h
En Sorbonne, salle des actes, centre admnistratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Gergely FEJERDY soutient sa thèse de doctorat :
Les relations diplomatiques et culturelles entre les pays francophones d’Europe et la Hongrie, de 1944 à 1956.
En présence du jury :
M. DUMOULIN (Louvain)
Mme HOREL (Paris 1)
M. KISS (Budapest)
M. MAJOROS
M. SOUTOU (Paris 4)
M. GIEDRIUS GAPSYS - Versaira polyphoniques aquitains du XIIème siècle : identification des graphies particulières.
mardi 13 décembre 2011
à 14h
A l’IUFM Site Batignolles, Salle 303 ,
56 boulevard des Batignolles, 75017
Paris
M. GIEDRIUS GAPSYS soutient sa thèse de doctorat :
Versaira polyphoniques aquitains du XIIème siècle : identification des graphies particulières.
En présence du jury :
M. BILLIET ( PARIS 4 )
M. CROCKER ( Berkeley )
M. GOUDESENNE ( CNRS )
MME MAITRE ( CNRS )
M. SAULNIER ( D.R.CNRS )
M. Gildas COIGNET - Espaces publics et identités nationales, de la capitale arabe moderne à la métropole mondialisée : les hybridations complexes de la spatialité d’Ammam (Jordanie).
lundi 20 octobre 2008
14h
Salle des Actes en Sorbonne, centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Gildas COIGNET
Espaces publics et identités nationales, de la capitale arabe moderne à la métropole mondialisée : les hybridations complexes de la spatialité d’Ammam (Jordanie).
En présence du jury :
M. BOCCO
M. DAVIE (Tours)
M. DIAB (Marne la vallée)
M. DUMONT (Paris 4)
M. GHORRA-GOBIN (CNRS)
M. LEVY
M. Gildas LEPETIT - " La manière la plus efficace de maintenir la tranquilité" : L’intervention de la gendarmerie impériale en Espagne.
mardi 23 juin 2009
14h
En Sorbonne , salle des actes, centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Gildas LEPETIT soutient sa thèse de doctorat :
" La manière la plus efficace de maintenir la tranquilité" : L’intervention de la gendarmerie impériale en Espagne.
En présence du jury :
M. BOUDON (Paris 4)
M. BOURDIN (Clermont 2)
M. FOREST
M. GILLES
M. LUC (Paris 4)
M. Gilles BLANC-BRUDE - Psychologie et anthropologie dans la philosophie de Kant.
mardi 29 juin 2010
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de la Sorbonne
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Gilles BLANC-BRUDE soutient sa thèse de doctorat :
Psychologie et anthropologie dans la philosophie de Kant.
En présence du jury :
M. DE BUZON (Strasbourg 2)
M. FICHANT (Paris 4)
M. PRADELLE (Paris 4)
Mme SCHWARTZ (Clermont 2)
résumés :
La philosophie de Kant n’est pas le refus de toute psychologie. Malgré l’incertitude du statut systématique d’une connaissance empirique de l’esprit et l’impossibilité de lui appliquer les mathématiques pour la rendre rigoureusement scientifique, malgré la vacuité d’une déduction a priori des propriétés métaphysiques de l’âme et l’inanité d’une fondation psychologique de la philosophie, de la logique et de la morale, bref, malgré l’antipsychologisme et l’antinaturalisme, les thèmes et les questions psychologiques conservent pour Kant une légitimité et un intérêt. Le chapitre des Paralogismes de la raison pure associé à la Réfutation de l’idéalisme mettent certes fin à la psychologia rationalis issue de la métaphysique de Wolff, mais ils rendent aussi possible une psychologie intégrée à l’anthropologie et suivant le fil directeur de l’expérience. Intimement liée à la philosophie transcendantale, la psychologie selon Kant en sera le complément et l’illustration, par des réflexions sur la genèse de nos connaissances, sur la corrélation de l’intériorité et de l’extériorité, sur l’intensité de la vie consciente et finalement sur le libre usage de nos facultés. La première partie traitera de la difficulté à situer la psychologie par rapport à l’anthropologie et à la philosophie. La seconde, des principales critiques visant la psychologie empirique et la psychologie rationnelle. La dernière, de l’Anthropologie du point du vue pragmatique comme étant la mise en oeuvre philosophique d’une théorie inactuelle de l’esprit conforme aux exigences critiques.
Psychology and Anthropology in Kant’s Philosophy
Kant’s philosophy is not a denial of any form of psychology. Despite the uncertainty of the systematic status concerning the mind’s empirical knowledge and the impossibility to use mathematics to bring this knowledge into the scientific field, despite the vacuity of a deduction about the metaphysical properties of the soul made a priori and the pointlessness of a psychological foundation of both philosophy and logic as well as moral, in brief, despite Kant’s antipsychologism and antinaturalism, themes and psychological issues do remain worthwhile and legitimate in his philosophy. The chapter on “Paralogisms” in the Critique of Pure Reason, associated to the “Refutation of Idealism”, does indeed put an end to the psychologia rationalis -which stems from Wolff ’s metaphysics- but yet it makes it possible for psychology to be integrated into anthropology while following the leading thread of experience. Kant’s approach of psychology being intimately related to transcendental philosophy will be both its complement and its illustration through a series of considerations on the genesis of our knowledge, on the connection between interiority and exteriority, the various degrees of consciousness and eventually through considerations on the free use of our mental faculties. The first part will deal with the difficulties to set psychology in relation to Kant’s anthropology and philosophy. The second part will set out the main arguments against empirical and rational psychology. The last part will study Kant’s Anthropology from a Pragmatic Point of View as being the philosophical fulfilment of an untimely theory of the mind complying with the demands of criticism.
M. Gilles DEMONET - Origine et fonctions du directeur musical dans la France contemporaine.
mercredi 29 septembre 2010
15h
A la Maison de la recherche, salle D421
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Gilles DEMONET soutient sa thèse de doctorat :
Origine et fonctions du directeur musical dans la France contemporaine.
En présence du jury :
M. ARMENGAUD (Evry)
M. BARTOLI (Paris 4)
M. CASTENET (Rouen)
M. DUPUIS (Paris 9)
Mme PISTONE (Paris 4)
M. Gilles SIOUFFI (HDR)- Le sentiment de la langue
Vendredi 23 novembre 2007
14 heures
Institut Finlandais, Auditorium
60, rue des Écoles 75005 Paris
M. Gilles SIOUFFI soutient son habilitation à diriger des recherches :
Le sentiment de la langue
En présence du Jury :
M. ARNAVIELLE (MONTPEL 3)
Mme AYRES BENETT (CAMBRIDGE)
Mme BERLAN (PARIS 4)
M. CAHNÉ (PARIS 4)
M. CARON (POITIERS)
Mme DENIS (PARIS 4)
M. ROY
M. Gnagne SESS - L’Afrique dans l’antagonisme Est-Ouest de 1970 à 1991.
lundi 14 décembre 2009
9h
A l’IUFM Site Batignolles, Salle 306 ,
56 boulevard des Batignolles, 75017 Paris
M. Gnagne SESS soutient sa thèse de doctorat :
L’Afrique dans l’antagonisme Est-Ouest de 1970 à 1991.
En présence du jury :
M. DELAUNAY (Paris 3)
M. SOUTOU (Paris 4)
M. TURPIN (Arras)
M. GODEFRIDI Drieu - L’isonomie.
samedi 17 janvier 2009
9h
En Sorbonne, Amphithéâtre Descartes
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. GODEFRIDI Drieu soutient sa thèse de doctorat :
L’isonomie.
En présence du jury :
M. BOYER (Paris 4)
M. KERVEGAN (Paris 1)
M. LEGROS (Caen)
M. SAVIDAN (Paris 4)
M. GUIDO CASTELNUOVO - Elites, pouvoirs et noblesses de part et d’autre des Alpes (XIIe - XVe siècles).[HDR]
samedi 26 novembre 2011
à 14h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. GUIDO CASTELNUOVO soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Elites, pouvoirs et noblesses de part et d’autre des Alpes (XIIe - XVe siècles).
En présence du jury :
M. ARTIFONI ( Turin )
M. AURELL ( POITIERS )
MME CROUZET-PAVAN ( PARIS 4 )
M. GAULIN ( LYON 2 )
M. GILLI ( MONTPEL 3 )
M. GUILLERÉ ( CHAMBERY )
M. Guilhem ANDRÉ - Rituels funéraires Xiongnu d’après les découvertes sur la nécropole de God Mod, Mongolie
Samedi 24 novembre 2007
9 heures
INHA, Galerie Colbert, Salle Perrot, 2ème étage
4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
M. Guilhem ANDRÉ souient sa thèse de doctorat :
Rituels funéraires Xiongnu d’après les découvertes sur la nécropole de God Mod, Mongolie
En présence du Jury :
Mme BLANCHON (PARIS 4)
M. DESRCHES (PARIS )
M. LEGRAND (CERTA)
M. T. HIEBERT (USA)
M. TSEVEEDORJ (MONGOLIE)
Résumés :
Cette étude s’appuie sur les recherches de terrain et les fouilles archéologiques que nous avons menées depuis
2000 dans le cadre de la Mission archéologique française en Mongolie sur la nécropole aristocratique xiongnu de Gol Mod.
Celle-ci, située au centre-ouest du pays dans la province de l’Arkhangaï, livre les découvertes les plus importantes réalisées
dans le domaine depuis les années 1920. Il s’agit de l’un des plus grands sites du « premier empire des steppes », dont la
fondation est attribuée aux Xiongnu. Prospections de terrain, relevés topographiques, géophysiques, enquêtes spécialisées
anthropologiques, archéozoologiques et environnementales nous ont permis de réaliser une étude approfondie du
fonctionnement de la nécropole et de relier ces données aux informations apportées par le mobilier archéologique dont
l’analyse technique, typologique, chronologique et contextuelle constitue l’essentiel du présent mémoire. Cette démarche a
permis de caractériser la culture matérielle des Xiongnu et leur rites funéraires, étudiés de manière peu systématique
auparavant. La vision globale de la société xiongnu que nous avons mise en lumière montre en particulier son important
développement économique et politique entre le Ier s. avant notre ère et le IIe siècle de notre ère.
Our research in based on field studies and excavations I have led as a member of the French Archaeological
expedition in Mongolia at the Xiongnu aristocratic graveyard in Gol Mod which yields the most important discoveries in
Xiongnu archaeology since 1920’s. The graveyard situated in western part of central Mongolia in the Arkhangai Province,
belongs to the hugest sites of “the first steppe empire”, supposed to be established by the Xiongnu. Topographic and
geophysical surveys, anthropological, archaeolozoological and environmental studies allowed to elaborate a throughout
research of the graveyard’s organization and to match these date with the information brought by the technical, typological,
chronological and contextual analysis of the findings which constitutes the core of the present study. This research helped to
describe the main features of the Xiongnu material culture and their funerary rites which had not been studied systematically
by the past. This global vision of the Xiongnu society shows especially the important economical and political development in
1st century BC – 2nd century AD.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Guilhem FARRUGIA - Le bonheur chez Jean-Jacques Rousseau.
lundi 7 décembre 2009
14h
En Sorbonne, au CELLF, Salle Jean Fabre, esc. G, 2ème étage,
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Guilhem FARRUGIA soutient sa thèse de doctorat :
Le bonheur chez Jean-Jacques Rousseau.
En présence du jury :
M. BERCHTOLD (Paris 4)
M. DELON (Paris 4)
M. GEYER (Bonn)
M. TATIN-GOURIER (Tours)
M. Guillaume GLORIEUX (HDR) - "Dans le goût de Watteau". La peinture de fête galante en France au XVIIe siècle. Intervention, réception, diffusion
Samedi 8 décembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D323
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Guillaume GLORIEUX soutient son habilitation à diriger des recherches :
"Dans le goût de Watteau". La peinture de fête galante en France au XVIIe siècle. Intervention, réception, diffusion
En présence du Jury :
M. MÉROT (PARIS 4)
M. MICHEL (LILLE 3)
Mme MORGAN-GRASSELI (WASHINGTON)
M. MOUREAU (PARIS 4)
M. ROSENBERG (PARIS)
M. SCHEIDER (BERLIN)
M. GUILLAUME HANOTIN - Au service de deux rois : l’ambassadeur Amelot de Gournay et l’union des couronnes.
samedi 3 décembre 2011
à 14h30
En Sorbonne, salle G647, escalier G,
1er étage et demi, 1 rue Victor Cousin,
75230 Paris cedex 05
M. GUILLAUME HANOTIN soutient sa thèse de doctorat :
Au service de deux rois : l’ambassadeur Amelot de Gournay et l’union des couronnes.
En présence du jury :
M. BÉLY ( PARIS 4 )
MME DUBET ( Université )
M. HOURS ( LYON 3 )
M. HUGON ( CAEN )
MME LOPEZ-CORDON ( Madrid )
M. POUMAREDE ( BORDEAUX 3 )
Résumés :
Cette thèse a pour objet un moment
singulier des relations entre la monarchie hispanique et le royaume de France.
La mort du roi Charles II à Madrid en 1700 et l’avènement du duc d’Anjou,
petit-fils de Louis XIV, au trône d’Espagne provoquèrent en effet une profonde réorganisation
des rapports franco-espagnols. Après avoir été rivales, ces deux monarchies
devenaient des puissances alliées dont les souverains appartenaient à la même
maison. La réorganisation de leurs relations et la perspective de voir se
reconstituer un empire – comme l’avait été celui de Charles Quint – mais cette
fois-ci au bénéfice de Louis XIV inquiéta de nombreux États européens et fut
l’élément déclencheur de la guerre de Succession d’Espagne. Celle-ci n’est pas
envisagée ici dans l’une de ses dimensions de conflit mondial ou civil mais
sous l’angle des principes structurants d’une politique qui a alors été mise en
place par les cours de Versailles et de Madrid. « L’union
des couronnes » servit à désigner ces rapports nouveaux qui inquiétaient
tant mais qui donnèrent aussi lieu à de nombreux projets pour rapprocher deux
puissances, leurs États, leurs cours et dans une moindre mesure leurs sociétés.
Pour conduire cette politique, Louis XIV envoya à la cour de son petit-fils un ambassadeur
resté largement méconnu et dont l’action est analysée dans cette thèse. Amelot
de Gournay incarna cette union des couronnes. Cet ambassadeur eut la délicate –
voire contradictoire – mission de servir deux souverains, le roi de France et
le Roi Catholique. Les différentes conceptions de l’union des couronnes sont
ainsi étudiées à travers l’activité déployée par l’un de ses principaux
acteurs. Si la politique d’union des couronnes et l’action de l’un de ses
promoteurs – l’ambassadeur Amelot – sont ainsi resituées dans le contexte d’un
changement dynastique, elles permettent également de voir comment des
préoccupations commerciales apparaissent de plus en plus clairement aux cours
des négociations. Celles-ci jouèrent un grand rôle dans le déclenchement de la
guerre, l’Angleterre et les Provinces-Unies redoutants de voir les Français
s’emparer du commerce américain, mais également dans les efforts conduits pour
rapprocher la France
et l’Espagne. Le commerce devait servir de colonne vertébrale à l’union. Dans
une première partie, ce travail s’attache à retracer les tensions et les conflits
engendrés par les initiatives de Louis XIV sur fond de rivalités commerciales
croissantes. Les principales guerres menées par le roi de France contre les
rois d’Espagne au xviie
siècle et l’enjeu des questions commerciales dans les relations
hispano-françaises ont laissé une empreinte durable qui a affecté en retour la
politique d’union des couronnes. Dans une seconde partie, l’ambassadeur, ses
réseaux et son action sont étudiés pour mettre en évidence les usages et les
pratiques de la négociation. Enfin, ce sont les réalités concrètes et l’image
de l’union des couronnes qui est analysée dans une dernière partie.
This thesis shows
how in 1700 the death in Madrid of Charles II, King of Spain, followed by the
ascension of the duke of Anjou, grandson of Louis XIV, to the Spanish throne,
led to a complete and complex reorganisation of the relationship between the
French and Spanish monarchies. After decades of rivalry, these two kingdoms
with sovereigns coming from the same lineage turned into allies. For many
Europeans states, these changes in the European balance of power and the
possibility of the rebirth of an empire – similar to the one created by Charles
V – for the benefit of Louis XIV was perceived as a threat. The expression
« The Two Crowns » or « the
union of the Crowns of France and of Spain » was coined to
describe this new relationship bringing together two powerful kingdoms, their
States, their courts and to a lesser extent their societies. The political
lead of these changes was the mandate given to the French ambassador nominated
by Louis XIV within his grandson court. Up to now, very little was known about
the role played by this man Amelot de Gournay who portrayed this ambitious
politics. This thesis analyses how he managed to serve simultaneously both
masters, the King of France and the King of Spain, while his delicate mission
was not exempt of contradictions. The different
aspects of the Two Crowns’ governance are studied through the activities
developed by the ambassador Amelot, who was one of the main players, conceiving
and carrying out this politics in a time of a change of dynasty. Economics and
trade activities became of crucial importance during the negotiations, playing
a major role in the outburst of the War of the Spanish Succession, as the England and the Dutch Republic feared the possibility that
France took over the commercial relationship with North America. These
activities were also part of the efforts of France to befriend Spain. Trade
would have been the backbone of the union between the two nations. In the
first part, this work develops the tensions and conflicts generated by Louis
XIV’s initiatives with a background of increasing trade rivalries. During the
17th century, most of the wars led by the King of France against the
King of Spain and the trade issue between the two kingdoms had left durable
marks in both societies, which in return impacted the Two Crowns’
implementation. In the second part, Amelot de Gournay’s leadership, networks
and actions are studied in order to highlight the practices that ruled
negotiations at that time. Finally, the facts and the perception of the Two
Crowns are analysed.
M. Guillaume NAVAUD - Persona. La pensée du théâtre de Socrate à Shakespeare
Samedi 1er décembre 2007
14 heures
Ecole Normale Supérieure, Amphithéâtre Rataud, salle de conférence du N.I.R.,
45, rue d’Ulm 75005 Paris
M. Guillaume NAVAUD soutient sa thèse de doctorat :
Persona. La pensée du théâtre de Socrate à Shakespeare
En présence du Jury :
Mme AUVRAY-ASSAYAS (ROUEN)
Mme GELY (PARIS 10)
M. GUÉNOUN (PARIS 4)
M. LECERCLE (PARIS 4)
Mme PUECH (NICE)
Résumés :
En attente...
M. Guillaume PEUREUX - De la poésie baroque à la poétique française. Formes, normes, usages.
mercredi 10 juin 2009
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Guillaume PEUREUX soutient son Habilitation à diriger des recherches :
De la poésie baroque à la poétique française. Formes, normes, usages.
En présence du jury :
Mme BUFFARD-MORET (Poitiers)
M. DANDREY (Paris 4)
M. DE CORNULIER (Nantes)
M. MURPHY (Rennes 2)
M. VIGNES (Paris 7)
M. GUILLAUME PLAS - L’historiste face à l’histoire. La politique intellectuelle d’Erich Rothacker de la République de Weimar à l’après-guerre.
samedi 3 décembre 2011
à 13h30
Au Centre Malesherbes, Salle 322, 108
Bd Malesherbes 75017 Paris
M. GUILLAUME PLAS soutient sa thèse de doctorat :
L’historiste face à l’histoire. La politique intellectuelle d’Erich Rothacker de la République de Weimar à l’après-guerre.
En présence du jury :
M. AGARD ( PARIS 4 )
M. ALEXANDRE ( NANCY 2 )
M. ESSBACH ( Fribourg )
M. KELLER ( AIX-MARSL1 )
M. RAULET ( PARIS 4 )
Résumés :
Notre thèse étudie la position et la
fonction qu’occupa le philosophe Erich Rothacker (1888-1965) dans le champ
philosophique et scientifique allemand de son temps. Elle retrace l’évolution
de sa politique intellectuelle de la République de Weimar à l’après-guerre,
évolution qu’il faut lire comme un processus de redéfinition de son historisme
conservateur face aux contextes historiques successifs. Tandis que son activité
sous la République de Weimar fut guidée par sa volonté d’imposer un paradigme
d’historisme polémique et idéologisé, l’avènement du national-socialisme l’a
conduit, après une phase d’étroite adhésion, à redéfinir cet historisme, qui
devint progressivement (et non sans quelques ambiguïtés) un simple paradigme
épistémologique désidéologisé. C’est au terme de cette évolution que Rothacker
put influencer dans l’après-guerre la réflexion de certains de ses étudiants
devenus par la suite célèbres, tels Jürgen Habermas, Karl-Otto Apel et Hermann
Schmitz. Outre qu’elle répond à plusieurs questions jusqu’à présent en suspens
dans la littérature secondaire sur Rothacker (relatives à son rapport au
nazisme, ou encore au rôle – éminent mais paradoxal – qu’il joua au sein du
champ théorique de son temps), notre étude de sa politique intellectuelle met
ainsi en évidence deux phénomènes qui dépassent le cadre de son analyse stricto sensu : le mouvement –
commun à plusieurs penseurs – de radicalisation puis de déradicalisation du
conservatisme intellectuel allemand au cours du 20ème siècle, et
l’existence d’une ligne de continuité souterraine de la pensée historiste dans
l’Allemagne de l’après-guerre en dépit de l’ostracisme dont cette tradition
faisait alors l’objet.
Our dissertation investigates the
position in, and function of, the german philosopher Erich Rothacker
(1888-1965) within the philosophical and scientific fields of his time. It
traces the developments in Rothacker’s intellectual politics from the Weimar Republic
into the post-war world – a development that can be interpreted as a process of
redefining his conservative historicism within the framework of changing
historical contexts. While his work was guided by the aim of promoting a
polemic and ideologised paradigm of historicism at the time of the Weimar Republic,
Rothacker, faced with the national-socialist regime, subsequently redefined
this historicism after a period of enthusiastic endorsement with the
National-Socialists. Rothacker’s historicism thus gradually developed (though
not without remnants of ambiguity) into a purely epistemological paradigm,
stripped of all ideology. As a consequence of this development Rothacker
succeeded in the post-war era in influencing the thought of several of his
students who were to become well-known intellectual figures, such as Jürgen
Habermas, Karl-Otto Apel and Hermann Schmitz. Besides offering answers to some
questions concerning Rothacker that remain unanswered in critical discourse to
this day – such as his relationship to Nazism, or his role within the
theoretical field of his time – our analysis provides a picture of two
phenomena transcending Rothacker’s own person : the deradicalization of German
intellectual conservatism in the course of the twentieth century, and the
persistence of historicist thought in post-war Germany despite the ostracism
that this tradition was subjected to in the decades following the war.
M. Guillaume PLOUGOULM - Citoyenneté et espace : développement, urbanisme et culture politique dans la métropole de Durban (1996-2006)
Jeudi 12 juin 2008
9 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Guillaume PLOUGOULM soutient sa thèse de doctorat :
Citoyenneté et espace : développement, urbanisme et culture politique dans la métropole de Durban (1996-2006)
M. HUETZ DE LEMPS (PARIS 4)
M. LETERRE ( VERSAILLES)
M. REDONNET (PARIS 4)
M. REVAUGER (BORDEAUX 3)
Résumés :
Dix ans après la naissance officielle de la « nouvelle » Afrique du Sud, quel bilan peut-on tirer de
l’exercice post-apartheid ? Le constat est contrasté. Les réussites institutionnelles sont certes
indéniables. Au quotidien, pourtant, la démocratie peine parfois à répondre aux aspirations
populaires. La persistance d’inégalités socioéconomiques, notamment, est manifeste. On peut
craindre à terme qu’elle ne discrédite complètement les promesses du politique, tempérant par
là l’enthousiasme à l’égard du projet national. C’est aux municipalités, véritables agences
développementales dans la nouvelle dispensation, qu’il incombe de combattre cette érosion. À
Durban, ce mandat précipite un interventionnisme économique assumé. L’autorité
métropolitaine s’efforce de dynamiser sa juridiction en la matière, afin de dégager les
ressources matérielles requises par les nouveaux besoins démocratiques. Bridé dans d’autres
canaux par des prérogatives et des moyens municipaux limités, ce volontarisme économique se
traduit surtout dans la mise en oeuvre d’une politique d’aménagement territorial incitative.
L’objectif de cette restructuration urbaine est double. Il s’agit de relancer Durban dans la
compétition internationale tout en s’accommodant de contingences locales (besoins de
l’économie informelle, opposition de puissants propriétaires fonciers, etc.). Ces dynamiques
seront-elles propices à l’émergence d’une urbanité conforme aux représentations officielles et
susceptible, à cet égard, d’alimenter une culture « arc-en-ciel » ? En abordant trois
configurations socioéconomiques censées décliner la diversité des réalités métropolitaines, la
thèse se propose d’examiner la capacité de l’espace public durbanais à fonder chez ses usagers
une appartenance qui consolide les structures démocratiques post-apartheid. Elle met en
lumière toute la difficulté de la construction nationale dans la seconde agglomération d’Afrique
du Sud.
How does the post-apartheid era fare ten years since the official birth of the “new” South Africa ?
The track record is mixed. If anything, the institutional front has delivered. Democracy, however,
sometimes struggles to meet the aspirations of individuals in their everyday lives. Socioeconomic
inequalities are still very much part of the South African picture. Broken promises loom large in
fact and, with them, so does a potent challenge to political trust likely to frustrate nation-building.
Since the new dispensation redefined them into fully-fledged development agencies, it is for
municipalities to fight this erosion. In Durban, this mandate has shaped a proactive approach to
economic development. The metropolitan authority hence works on boosting its constituency
economically, so as to generate the material resources it needs to face the new democratic
demands. Both legislative and financial limitations, however, mean that this municipal eagerness
can only translate into the planning of a business-friendly environment. This urban restructuring
has two goals. It boils down to an attempt at upranking Durban in the global league framed by
local contingencies (informal economy’s requirements, resistance from powerful landowners,
etc.). Will these dynamics encourage the rise of an urbanity matching official representations
and likely, as such, to nurture a “rainbow culture” ? In engaging three socioeconomic
configurations meant to capture the heterogeneity of the metropolitan realities, the thesis offers
to analyze the capacity of Durban’s public space to entrench a sense of belonging supportive of
the post-apartheid democratic structures among its users. It pinpoints the obstacles nation-
building confronts with in South Africa’s second largest city.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. GUILLERMO TIRELLI SORIENTE - L’indicible. Heidegger, Lévinas, Wittgenstein.
samedi 8 octobre 2011
à 14h
A la maison de la recherche, salle D223, 2° étage,
28 rue serpente, 75006 Paris
M. GUILLERMO TIRELLI SORIENTE soutient sa thèse :
L’indicible. Heidegger, Lévinas, Wittgenstein.
En présence du jury :
MME CHAUVIRÉ ( PARIS 1 )
M. DE GRAMONT ( ICP Paris )
MME ESCOUBAS ( PARIS 12 )
M. MARION ( PARIS 4 )
Résumés :
W. von Humboldt introduit une pensée romantique du langage, s’éloignant ainsi des interprétations nées chez les
philosophes grecs. La langue est considérée digne d’une étude philosophique sérieuse. Plus tard, les courants contemporains du langage élaborent de nouveaux rapports entre langue et réalité. La tradition herméneutique et, principalement, le tournant linguistique donnent une clé de compréhension des
philosophes du vingtième siècle. En outre, la lecture constructiviste de Derrida est aussi considérée mais ses
atouts sont finalement contestés en estimant l’argumentation de Marion. Dans ce cadre, les philosophies de Heidegger, Lévinas et Wittgenstein sont abordées, d’abord dans une étude du rapport entre langue et être et ensuite dans des problématiques discrètes qui illuminent le sujet. Au fil du texte, la question sur l’indicible et sur les limites du langage est toujours présente et guide le récit. Les analyses faites sur des oeuvres principales des trois philosophes ainsi que des critiques faites à ce propos signalent tant le rejet de l’héritage métaphysique traditionnel et de sa conception du langage que des nouvelles façons de considérer le rôle du langage dans la philosophie contemporaine. Pour chaque philosophe, en dépit des différences, la langue devient centrale et sa source se trouve en elle-même.Ces analyses mènent à l’affirmation qu’il n y a pas de place pour un indicible proprement dit dans leurs pensées. Au contraire, le tournant vers le langage a pris le chemin vers une dicibilité totale.
UNSAYABLE. HEIDEGGER, LEVINAS, WITTGENSTEIN
W. von Humboldt introduced a romantic approach to language, far from the interpretations which originated
with the Greek philosophers. Language is considered worthy of serious philosophical study. Later, new relationships between language and reality would develop from contemporary thought about language. The hermeneutics tradition and, mainly, the linguistic turn provide a key to understanding the
philosophers of the twentieth century. The text also considers a constructivist reading of Derrida but such a reading is ultimately weakened by Marion’s argumentation. In this context, the philosophies of Heidegger, Levinas and Wittgenstein are discussed, first in a study of the relationship between language and being, then in terms of more specific issues which help to throw light on the subject. In the course of the text, the question of the unsayable and of the limits of language is always present and guides the discourse. Analyses of major works of the three philosophers and their critics show a rejection of inherited metaphysical conceptions and the consequent views of language as well as new ways of looking at the role of language in contemporary philosophy. For every philosopher, despite their differences, language becomes central and its source is found in itself. These analyses lead to the assertion that there is no place for a proper unsayable in the thought of the three philosophers. On the contrary, the turn towards language has forged a path to a full sayability.
M. GUSTAVO GOMEZ MEJIA - De l’industrie culturelle aux fabriques de soi ? Enjeux identitaires des productions culturelles sur le Web contemporain.
mardi 13 décembre 2011
à 16h
Au Celsa, Salle 115, 77 rue de Villiers
92523 Neuilly sur Seine Cedex
M. GUSTAVO GOMEZ MEJIA soutient sa thèse de doctorat :
De l’industrie culturelle aux fabriques de soi ? Enjeux identitaires des productions culturelles sur le Web contemporain.
En présence du jury :
M. COLOMBO ( Milan )
M. JEANNERET ( PARIS 4 )
M. MARION ( Louvain )
M. MATTELART ( PARIS 8 )
M. OLLIVIER ( ANTILLES )
M. Gustavo GUERRERO (HDR) - L’écriture de l’autre : littérature, histoire et identités
Vendredi 23 novembre 2007
14 heures
Institut des Études Ibériques, Salle 14
31 rue gay Lussac 75005 Paris
M. Gustavo GUERRERO soutient son habilitation à diriger des recherches :
L’écriture de l’autre : littérature, histoire et identités
En présence du Jury :
M. DELPRAT (PARIS 3)
Mme RAMOND (PARIS 8)
M. RAMOS-IZQUIERDO (LIMOGES)
Mme ROSE (PARIS 4)
M. KOHUT (DE MEXICO)
Mme EZQUERRO (PARIS 4)
M. Guy GALAZKA -A la redécouverte de la Palestine : le regard sur l’autre dans les récits de voyage français en terre sainte au XIXème siècle.
lundi 25 janvier 2010
14h
En Sorbonne, salle des actes centre administratif de la Sorbonne
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Guy GALAZKA soutient sa thèse de doctorat :
A la redécouverte de la Palestine : le regard sur l’autre dans les récits de voyage français en terre sainte au XIXème siècle.
M. BLONDY (Paris 4)
MME GOMEZ-GÉRAUD (Amiens)
M. LE HUENEN (Toronto)
M. MOUREAU (Paris 4)
M. HAMDI MAKHLOUF - Le ’ûd de concert. Problématique organologique, espace compositionnel et modélisation sémiotique.
samedi 10 décembre 2011
à 9h
Au Centre Malesherbes, Salle 322, 108
Bd Malesherbes 75017 Paris
M. HAMDI MAKHLOUF soutient sa thèse de doctorat :
Le ’ûd de concert. Problématique organologique, espace compositionnel et modélisation sémiotique.
En présence du jury :
M. AYARI ( STRASBRG 2 )
M. CHOUVEL ( REIMS )
M. MEEÙS ( PARIS 4 )
M. SAKLI
M. SOLOMOS ( PARIS 4 )
M. Hany KAHWAGI-JANHO - Etude archéologique et architecturale de la zone de l’hippodrome de Tyr.
samedi 11 septembre 2010
_14h
INHA, salle Perrot, 2ème étage, Galerie Colbert
4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
M. Hany KAHWAGI-JANHO soutient sa thèse de doctorat :
Étude archéologique et architecturale de la zone de l’hippodrome de Tyr.
En présence du jury :
M. BARATTE : (Paris 4)
M. GATIER (CNRS)
M. GROS (Aix-Marseille 2)
M. SAURON (Paris 4)
M. SEIGNE (CNRS)
M. Hassan JASSIM - Personnages et stéréotypes dans les romans d’Alain Robbe-Grillet.
jeudi 1er juillet 2010
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de Paris IV
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Hassan JASSIM soutient sa thèse de doctorat :
Personnages et stéréotypes dans les romans d’Alain Robbe-Grillet.
En présence du jury :
M. ALEXANDRE (Paris 4)
M. BRUNEL (Paris 4)
M. LAURICHESSE (Toulouse 2)
M. SCHAFFNER (Paris 3)
M. HASSAN TABAR - Le santour iranien et ses maîtres : une approche organologique et ethnomusicologique.
vendredi 16 décembre 2011
à 16h
Au Centre Malesherbes, Salle 344,
108 Bd Malesherbes 75017 Paris
M. HASSAN TABAR soutient sa thèse de doctorat :
Le santour iranien et ses maîtres : une approche organologique et ethnomusicologique.
M. CHARLES-DOMINIQUE ( NICE )
M. MEEÙS ( PARIS 4 )
M. PICARD ( PARIS 4 )
M. RICHARD ( PARIS 3 )
M. SHENASSA ( UT )
Résumés :
La cithare à
cordes frappées est apparue en Orient et en Occident vers le XVe siècle. Cet instrument
ne figure pas sur les miniatures persanes anciennes avant l’époque Qâjâr
(1786-1925), si bien que son apparition dans la musique savante pourrait être
relativement tardive ; il est donc bien difficile d’affirmer quoique ce
soit sur la date et le pays d’origine de l’instrument. Tandis
que le luth târ était l’instrument
majeur, le nombre de joueurs de santour était très restreint jusqu’à
la fin du XIXe siècle, et nous ignorons le contenu de leurs
répertoires. Le plus ancien joueur de santour connu est Mohammad Hasan Khân. Il
vivait au milieu du XIXe siècle. Avant 1940 il n’y avait pas de luthier spécialisé, et les instruments
étaient fabriqués par des fabricants de luths târ et setâr. Si Habib Somâ’i
(1905 – 1946) fut le dernier d’une longue chaîne traditionnelle, Farâmarz Pâyvar
(1932 – 2009) est sans conteste le premier d’une nouvelle génération. La
génération actuelle, ceux nés dans les années 1980, préfère quant à elle la
composition à l’occidentale à la pratique du répertoire radif. Pour le santour,
il semble qu’aujourd’hui le radif de Sabâ soit le plus approprié et ceci
pour trois raisons : Sabâ a commencé à écrire son radif pour les
joueurs de santour ; Sabâ était aussi un joueur de santour, élève de Ali
Akbar Shâhi et Somâ’i ; enfin, dans son entreprise, Sabâ fut aidé par Pâyvar
qui était déjà un musicien confirmé. L’étude organologique, comprenant description de l’instrument et de sa
facture, est complétée par une histoire de son enseignement. L’étude
musicologique s’appuie sur la transcription d’enregistrements historiques.
The
Iranian santur and its masters : an organological and ethnomusicological
approach.
The hammered
zither appeared in the East and the West in the 15th century. But
the santur is not pictured in ancient
Persian miniatures before the Qajar period (1786 – 1925), so that its
appearance in Persian art music may have come relatively late. It is however
quite difficult to speak with any certainty of the time or place of the
santour’s origin. The târ lute has long been the major Iranian
instrument, whereas the number of santur
players was limited. We know nothing about the content of their repertories before
the end of the 19th century. The oldest known
santour player is Mohammad Hasan Khân, better known by the nickname of Santour
Khan. He lived in the middle of the 19th century. Before 1940,
there was no specialized santur
makers and the instruments were made by lute makers who built primarily târs and setârs. After this date, some of these started specializing in santurs. If Soma’i (1905
– 1946) was the last in a long line of an ancient tradition, Pâyvar (1932 –
2009) was without doubt the first master of a new generation. This new
generation of santur players (born in
the 1980s) prefer Western composition to the practice of the radif. Today it would
seem that the radif of Sabâ is the
most appropriate one for the santour, for three reasons : Sabâ started to write
his radif for santur players ; he was
himself a santur player (student of
Ali Akbar Shâhi and Soma’i) ; Sabâ was assisted by Pâyvar, who was already an
accomplished santur player. The
organological study, including description of the instrument and its building,
is completed by an history of the teaching of the radif. A musicological study presents analyses based on historical
recordings and their transcriptions.
M. Henri HEDDE d’ENTREMONT - "Principes mathématiques de philosophie politique"
Lundi 12 février 2007
9 heures
En Sorbonne, Centre Administratif, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Henri HEDDE d’ENTREMONT soutient sa thèse de Doctorat :
"Principes mathématiques de philosophie politique"
En présence du Jury :
M. BRANCOURT (TOURS)
M. MAGNARD (PARIS 4)
M. MANIFACIER (MONTPEL2)
M. POLIN (PARIS 4)
Résumés :
Quel rapport intrinsèque existe-t-il entre mathématiques et politique ?
Hors des liens de pure logistique, tout semble séparer, sinon même radicalement opposer, a priori, la politique - art suprême de gouverner les sociétés - et les mathématiques, science exacte qui régit l’ordre et la quantité.
Ces deux sommets de l’esprit humain semblent aux antipodes l’un de l’autre avec, d’un côté, la volonté politique de l’homme et de l’autre le déterminisme mathématique du nombre. Compte tenu de la distance séparant, a priori, l’homme et le nombre, la volonté et le déterminisme, quel rapport essentiel - quel langage commun - peut-il exister entre la politique et les mathématiques ?
Alors que les sources traitant séparément des mathématiques et de la politique sont innombrables, il n’existe aucun traité, aucune thèse, aucune référence notable, mettant systématiquement en face à face direct ces deux piliers de la modernité.
Ce silence des sources étonne d’autant plus que la célèbre apostrophe de Galilée aura bientôt quatre siècles : « Le livre de Nature est écrit en langage mathématique sans l’usage duquel nul ne saurait comprendre un seul mot ». Pourquoi n’en serait-il pas de même en politique ?
Toute la question est donc de savoir s’il est possible de soutenir la thèse que « Le livre de la science politique est, lui aussi, écrit en langage mathématique sans l’usage duquel nul ne saurait comprendre un seul mot ».
Auquel cas - toute théorie politique étant, à la fois, une théorie de l’homme, une théorie du langage et une théorie de l’histoire -, comment imaginer que les enjeux suspendus à cette problématique puissent ne pas être à la mesure de l’universalité des mathématiques ?
Which intrinsic connexion exists between mathematics and policy ?
Out of pure logistic bonds, all seems to separate, if not even radically to oppose, a priori, the policy - supreme art to control societies - and mathematics, exact science which governs order and quantity.
These two tops of human spirit seem both in total opposition , with, on one hand, the political good-will of man and, on the other hand, mathematical determinism of the number. Taking into account distance separating, a priori, man and number, will and determinism, which essential relation - which common language - can exist between policy and mathematics ?
Whereas sources, separately treating of mathematics and policy, are innumerable, it does not exist any treaty, any thesis, any notable reference, systematically putting face to face, in a direct way, these two columns of modernity.
This silence of the sources astonishes, particularly because of Galileo’s apostrophe, celebrated it will have soon four centuries : "The book of Nature is written in mathematical language, the use of which is absolutly necessary to understand any word". Why wouldn’t it not be the same with Policy ?
All the question is thus to know if it is possible to support the thesis that : « The book of Policy is written in mathematical language, the use of which is absolutly necessary to understand any word »..
In which case - any political theory being, at the same time, a theory of man, a theory of language and a theory of histoty -, how to imagine that the stakes hanging from this problématique could not be in line with mathematics’ universality ?
Position de thèse :
Aujourd’hui, ce qui vaut pour la Nature, vaut pour la Politique : « Le Livre de la science Politique est écrit en langage mathématique sans l’usage duquel nul ne saurait comprendre un seul mot ».
Depuis son éclosion, à partir de l’an mille, les mathématiques sont progressivement devenues le paradigme de la politique. Le premier paradigme mathématique de la politique fut inventé par les Grecs, au cours du premier millénaire avant J.-C.. Celui du fameux « miracle grec » d’où sortit la science politique ex nihilo. La comparaison entre le cycle de géométrisation de la pensée grecque et le cycle de géométrisation de la société européenne, conduit, notamment, à la mise en évidence d’un inconscient logique, structuré par des règles précises d’enchaînement des métamorphoses des formes intellectuelles.
Telle est la thèse que la question initiale - « Existe-t-il un lien essentiel entre les mathématiques et la politique ? » - a conduit à soutenir à partir des étapes suivantes.
Le silence des sources
Dans la recherche du lien essentiel existant entre mathématiques et politique, la première étape a consisté à s’interroger sur l’existant.
Il est rapidement apparu que cette question n’avait pas été étudiée en tant que telle. Alors que les sources, traitant séparément des mathématiques et de la politique, sont innombrables, il n’existe aucun traité, aucune thèse, aucune référence notable, mettant systématiquement en face à face direct ces deux piliers de la modernité. Les seules relations rencontrées sont celles de l’utilisation des mathématiques comme simple outil logistique.
Ce silence des sources est d’autant plus remarquable que, sur l’autre versant des sciences - celui de la nature -, le lien mathématiques-physique est très clairement mis en évidence, et même hautement revendiqué depuis des siècles.
La méthode d’archéologie chrono-logique
Pour palier l’absence de sources significatives, la seule voie restant ouverte était celle de la recherche des origines, impliquant de remonter aussi loin que possible dans le temps, à la recherche du premier lien. Cette exigence conduit, alors, la thèse à s’interroger sur les conditions réelles d’éclosion du « miracle grec ».
Pour établir les principes fondateurs des mathématiques et de la politique - et par là même la nature du lien essentiel les unissant -, pour garantir au maximum la validité de la thèse, une méthode d’archéologie chrono-logique a été mise en œuvre, couvrant une période de trois mille ans, à partir des premières représentations artistiques : avant même l’invention de l’écriture grecque afin de pouvoir saisir la première apparition - le premier « moment » - de la science ex ovo.
Identifier ce premier moment, ses conditions d’éclosion, son mode opératoire et les principes de sa dynamique inventive, devenait essentiel : être présent à l’origine, c’était se donner les moyens d’observer l’invention de la science, à l’état naissant, d’établir d’une manière certaine l’essence même du lien existant entre les mathématiques et la politique.
La question de la paternité du « miracle grec » - et de ses éventuels précurseurs - est venue de ce fait au premier plan des obstacles à franchir. La méthode d’archéologie chrono-logique ne pouvait s’enclencher qu’après avoir trouvé la première solution de cette énigme.
Une fois cette question dépassée, l’invention de la science enfin identifiée, nul concept n’a dès lors été admis sans que sa filiation n’ait pu être dûment validée, par une chaîne de raisons nécessaires, à partir du point de départ. Enfin tous les domaines intéressant le pouvoir soit directement (politique, média, science), soit comme auxiliaires (Idéologie, droit, finance, économie, Etat, guerre) ont été passé chrono-logiquement au crible du paradigme des mathématiques pour valider la cohérence d’ensemble et de détail.
Les grandes étapes de conception du paradigme
Dans un premier temps, la méthode de division philosophique a permis d’établir, a priori, que le point de raccordement des sciences physiques et des sciences de l’homme étant identique, ce point étant celui des mathématiques, le Livre de la science Politique, à l’image du Livre de Nature, ne pouvait qu’être lui-même écrit en langage mathématique « sans l’usage duquel il est impossible de comprendre un seul mot ».
Dans un deuxième temps, l’étude de l’invention de la science, de la science politique et de la philosophie politique a confirmé cette thèse en permettant d’établir le contenu de la science politique, son paradigme mathématique et son mode de fonctionnement philosophique. L’apparition d’un triptyque scientifique majeur - mathématique, philosophique et politique - s’est alors révélée nécessaire pour expliquer le système de fonctionnement global des doctrines respectives de Pythagore, de Platon et Euclide ; lesquels constituent le premier paradigme mathématique de la politique.
Dans un troisième temps, la mise en correspondance du cycle de géométrisation de la science grecque, lors du premier millénaire av. J.-C., avec le cycle de géométrisation européen, lors du deuxième millénaire de notre ère, a permis d’identifier les métamorphoses du premier paradigme mathématique de la politique, dans les formes successives qu’il a prises, de siècle en siècle, et de décrire ses modes de fonctionnement successifs. Il est alors apparu que tous ces paradigmes, en dépit des formes successives qu’ils ont pu prendre sur mille ans, fonctionnent rigoureusement sur le même schéma de base : un modèle de pouvoir mathématique apparaît, il est traduit en paradigme philosophique, puis en mode opératoire politique. Tel est le principe de base - immuable - du transfert des concepts : du champ des mathématiques vers celui de la politique, en passant par le canal du pivot philosophique.
Conclusion
L’identification de l’éclosion et de la permanence de ce paradigme mathématique de la politique, constitutif de l’existence d’un lien essentiel entre les mathématiques et la politique a donc permis de mener la thèse jusqu’à son terme ultime. Etant entendu que le refus délibéré des Grecs de voir mis en œuvre le paradigme des mathématiques politiques, au premier millénaire av. J.-C., et sa mise en sommeil, lors du premier millénaire, font que notre deuxième millénaire est le premier, dans toute l’histoire de l’humanité, à l’avoir expérimenté.
La présente thèse s’est donc proposée de combler un vide, dans la mesure où aucune source d’ensemble traitant le sujet n’a pu être identifiée, en dehors, bien entendu, des travaux initiaux des Grecs qui ont inventé le paradigme.
La validité de la méthode chrono-logique utilisée s’est constamment trouvée recoupée et confirmée par la nature scientifique même du sujet. La grille de lecture de référence étant celle des mathématiques, aucun concept philosophique ni politique n’a été accepté dans un quelconque paradigme tant que sa filiation mathématique n’a pu être établie more geometrico.
Autant dire que la méthode more geometrico étant le fil d’Ariane de la méthode, les mathématiques étant la trame et la chaîne de la thèse, celle-ci apparaît comme acquise, a priori, dans ses grandes lignes et dans toute l’étendue de son périmètre d’application.
L’étendue du périmètre d’application de la thèse est, par construction, des plus vastes puisqu’elle résulte du champ de légitimité du point de raccordement commun de toute science more geometrico : les mathématiques. C’est la raison pour laquelle la plupart des domaines des activités humaines essentielles ont dû été passés au crible du modèle mathématique (la politique, le multimédia, la science, l’idéologie, le droit, la finance, l’économie, l’Etat, la guerre, la monnaie et la musique). Il n’est guère de grand domaine qu’à un titre ou à un autre, la thèse n’ait été amené à aborder, more geometrico, directement ou indirectement.
Par principe, les limites du périmètre de la thèse sont donc celles du principe de la science more geometrico, en tant que tel. Celles, justement, qui ont motivé le refus des Grecs de prendre pour discipline reine les mathématiques.
Quoi qu’il en soit, - toute théorie politique étant, à la fois, une théorie de l’homme, une théorie du langage et une théorie de l’histoire -, comment imaginer que les enjeux suspendus à la problématique du paradigme mathématique de la politique puissent ne pas être à la mesure de l’universalité même des mathématiques ?
M. Hervé DUPAS - Entre autochtonie et cosmogonie. Syncrétisme et dualités dans l’oeuvre poétique d’alfred Mombert de 1894 à 1919.
vendredi 25 septembre 2009
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Hervé DUPAS soutient sa thèse de doctorat :
Entre autochtonie et cosmogonie. Syncrétisme et dualités dans l’oeuvre poétique d’alfred Mombert de 1894 à 1919.
En présence du jury :
M. CLUET (Rennes 2)
M. COLOMBAT (Paris 4)
M. GODE (Montpel 3)
Mme MOUREY (Paris 4)
Résumés :
Constatant une critique souvent simplificatrice, notre étude entend réexaminer le message poétique d’Alfred Mombert dans l’Allemagne wilhelminienne. Au-delà de l’hermétisme, du pathos et de l’extase dionysiaque, l’œuvre est conçue comme une quête du Graal avec une ambition affirmée de création, sous-tendue par des idéaux de grandeur et d’absolu : le poète s’emploie à l’édification d’un mythe sui generis qui prétend totaliser et diviniser le cosmos, tout en puisant à diverses sources mythiques et mystiques, telle la Création. Amplement inspiré de Nietzsche, il incorpore encore maints héritages culturels et la plupart des courants centrifuges autour du Jugendstil en un complexe syncrétique assimilable à un symptôme. D’innombrables dualités architecturent autant qu’elles obscurcissent cette poésie de l’éternel retour, illustration de l’apocalypse joyeuse : coexistence d’aspirations cosmogoniques et des liens d’autochtonie, télescopage entre fonction sémiotique et intention sémantique, contemporanéité et intemporalité, etc. Dans son refus de toute esthétique, Mombert semble composer, en guise de symphonie de la verticalité, celle des dissonances, mais accède peut-être aussi au rang de passeur entre le monde d’hier et le monde moderne, entre épigonalité et vision prodromique.
BETWEEN AUTOCHTHONY AND COSMOGONY
Syncretism and dualities in the poetic works of Alfred Mombert
from 1894 to 1919
Having noted an often simplistic appreciation, our study intends to reconsider Alfred Mombert’s poetic message in Wilhelminian Germany. Beyond hermetism, pathos and Dionysian ecstasy, the works are conceived as a Grail Quest with an asserted ambition of creation, underpinned by the ideals of greatness and of absolute : the poet devotes himself to constructing his own myth which claims to totalize and deify the cosmos, while also drawing on various mythical and mystic sources, such as the Creation. Fully inspired by Nietzsche, he incorporates many other cultural legacies and most of the centrifugal movements around the Jugendstil in a complex of syncretism, comparable to a symptom. Innumerable dualities structure – as much as they obscure – this poetry of the eternal recurrence, an illustration of the joyful apocalypse : coexistence of cosmogonal aspirations and of autochthonic links, telescoping between semiotic function and semantic intention, contemporaneousness and timelessness etc. In his refusal of all aesthetics, Mombert seems to compose, by way of a symphony of verticality, that of the dissonances, but perhaps also accedes to the rank of a mediator between the world of yesterday and the modern world, between epigonality and a precursory vision.
M. Hervé GIRAULT - Esthétique et spiritualité de Claude Ballif. Comment l’écriture musicale peut rendre compte de la présence du religieux.
Samedi 26 janvier 2008
14 heures
Maison de la Recherche, salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Hervé GIRAULT soutient sa thèse de doctorat :
Esthétique et spiritualité de Claude Ballif. Comment l’écriture musicale peut rendre compte de la présence du religieux.
En présence du Jury :
M. BOSSEUR (CNRS)
M. CASTANET (ROUEN)
M. HAMELINE (ICP Paris)
Mme PISTONE (PARIS 4)
Résumés :
L ‘affirmation de Claude Ballif « Toute ma musique est religieuse » énonce une question majeure
pour l’analyse de son oeuvre puisqu’elle sous-entend la possibilité de l’écriture musicale elle-même de
dire la présence du religieux. La réponse n’est possible qu’en cherchant à travers l’oeuvre les signes
de la posture du compositeur depuis l’époque historique du sérialisme et de la métatonalité, de
l’apparition des formes ouvertes et de l’indétermination, en dégageant les modes de son imagination
symbolique, sa conception du temps qui nous entraîne vers une démarcation d’avec la conception
admise du sacré et du profane. L’ouvrage présenté obéit à une démarche phénoménologique. Les
phénomènes relevés à travers les oeuvres de Ballif sont étudiés en cinq chapitres et donnent lieu à
une typologie progressive de cet univers sonore. Le sens de la figuration musicale est interrogé en
une réflexion croisée à la fois esthétique et théologique. Tous les phénomènes d’indistinction, de
rumeur et de bruissement, de chant, figurent une écoute du monde, monde ouvert et à venir selon un
sens eschatologique et théologique.
The affirmation of Claude Ballif "All my music is religious" states a major issue for the analysis of his
work since it implies the possibility of music writing herself to say the presence of religious feeling. The
answer is only possible by looking through the work signs of the composer’s posture since the
historical times of serialism and the métatonalité, the emergence of open forms and the introduce of
the idea of indeterminacy, absolving modes of his symbolic imagination, his conception of time that
leads us to a demarcation of the design allowed with sacred and profane. This present work followed a
phenomenological approach. The phenomena identified through the differents works of Ballif are
studied and organized in five chapters, giving rise to a typology in progress of this sonic universe. The
sense of musical figuration is examined in a crossing meaning, æsthetical and theological in the same
time. All phenomena of indistinction, rumor and whisper, singing, can be found listening of the world,
open world and future direction according to a theological and eschatological meaning.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. Hervé LE BRET - Les Frères d’Eichtal : Gustave, penseur saint-simonien et Adolphe, homme d’action. Leur influence sur l’ouverture à partir de 1830 de la société française aux réseauxfinanciers et industriels, aux échanges internationaux et aux sciences sociales
Vendredi 14 décembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris Iv
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Hervé LE BRET soutient sa thèse de doctorat :
Les Frères d’Eichtal : Gustave, penseur saint-simonien et Adolphe, homme d’action. Leur influence sur l’ouverture à partir de 1830 de la société française aux réseauxfinanciers et industriels, aux échanges internationaux et aux sciences sociales
En présence du jury :
M. BARJOT (PARIS 4)
M. BLED (PARIS 4)
M. DAND (METZ)
M. REGNIER (LYON 2)
M. STOSKOPF (HTE ALSACE)
M. VALADE (PARIS 5)
Résumés :
Les frères d’Eichthal, Gustave (1804-1886) et Adolphe (1805-1895), ont joué un rôle dans le
mouvement des idées et la modernisation de l’économie européenne au XIXe siècle. Une biographie croisée
permet de visiter leur parcours à travers leurs écrits souvent inédits. Dans le sillage saint-simonien, ils ont mené
leur itinéraire, l’aîné, penseur, dans les sciences humaines, le cadet, financier avisé, dans la banque, l’assurance,
l’immobilier et les chemins de fer. Descendants par leur père de juifs de cour allemands, ils ont intégré le réseau
international de la Haute banque parisienne. Formés par Auguste Comte aux mathématiques et sciences
humaines, ils découvrirent en Angleterre la révolution industrielle et le libre échange qu’ils défendirent avec John
Stuart Mill. Ils défrichèrent de nouveaux espaces d’intervention. Gustave, participa à l’élaboration de la doctrine
saint-simonienne, milita pour l’égalité homme femme, le métissage, le respect du colonisé, le dialogue entre
religions et entre Orient et Occident par une approche européenne. Adolphe fut le premier à investir dans les
chemins de fer, entraînant la Haute banque à sa suite. Président de compagnies ferroviaires, Vice-Président du
Crédit mobilier et de la Compagnie immobilière, il fut un des acteurs déterminants du groupe Pereire. Ensemble,
ils illustrent la manière dont les thèses saint-simoniennes ont irrigué la société de nouvelles voies
philosophiques, financières ou scientifiques. Confiants dans le progrès, ils ont été ouverts à la modernité. Leurs
questions demeurent les nôtres.
The d’Eichthal brothers, Gustave (1804-1886) and Adolphe (1805-1895), played a key role in evolution
of ideas and in European economy modernization in the nineteenth century. In the wake of saint-simonism, each
one followed his own way : the elder brother, who was a thinker, looked into human sciences, whereas the
younger one, a shrewd financier, looked into banking system, insurance, real estate and railways. Grandsons of a
German court Jew, they belonged to the Paris merchant bankers (Haute Banque) international network. They
were taught mathematics and human sciences by Auguste Comte, discovered Industrial Revolution in England
and supported free trade with John Stuart Mill. They both did pioneer work in new fields. Gustave took part in
the development of saint-simonian doctrine ; he argued in favour of man-woman equality, of interbreeding,
respect of colonized peoples, dialog between religions and between East and West with an European approach.
Adolphe was the first business man who invested in French railways, inducing other private bankers to do so.
Chairman of several railways companies, vice-president of Crédit Mobilier and of Compagnie Immobilière, he
was a key manager of Pereire group. Both are representative of the way saint-simonism opened up new ways in
philosophy, finance and science. They were confident in progress and open to modernity. Their questions they
asked are still topical.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Hirotsugu YAMAJO - Pascal et la vie terrestre. Epistomologie, ontologie et axiologie du "corps" dans son apologétique.
mardi 16 février 2010
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre admnistratif de la Sorbonne,
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Hirotsugu YAMAJO soutient sa thèse de doctorat :
Pascal et la vie terrestre. Epistomologie, ontologie et axiologie du "corps" dans son apologétique.
En présence du jury :
M. DESCOTES (Clermont 2)
M. FERREYROLLES (Paris 4)
M. HASEKURA (Waseda)
MME MILLET (Paris 4)
M. Hiroya SAKAMOTO - Les inventions techniques dans l’oeuvre de Marcel Proust
Vendredi 11 janvier 2008
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Hiroya SAKAMOTO soutient sa thèse de doctorat :
Les inventions techniques dans l’oeuvre de Marcel Proust
En présence du Jury :
Mme BOUILLAGUET (MARNE VALL)
M. COMPAGNON (Coll de FR)
M. REY (PARIS 3)
M. TADIÉ (PARIS 4)
En présence du Jury :
En attente...
M. Hubet SCHMITT - Chanson populaire et identité limousine 1900-1950.
lundi 15 décembre 2008
14h
Maison de la recherche, salle D116
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Hubet SCHMITT soutient sa thèse de doctorat :
Chanson populaire et identité limousine 1900-1950.
En présence du jury :
M. CASTERET
M. DESPRINGRE (CNRS)
Mme JAGUENEAU ( Poitiers)
Mme PISTONE (Paris 4)
M. SAUZET (Toulouse)
Résumés :
Notre objet est de rechercher des signes d’identification d’un pays rural à travers sa chanson traditionnelle, au cours de la première moitié du XXe siècle.
Le pays limousin, situé aux contreforts ouest du Massif central français a un sol irrégulier un climat changeant, il est voué à l’élevage. Ne pouvant plus nourrir à cette époque, sa population grandissante, il est, comme d’autres grands pays ruraux européens, le siège de l’émigration. Pays Nord-Occitan, c’est une population éclatée, demeurant fortement attachée à ses racines qui véhicule dans sa mémoire, la langue, les sons, les rythmes supportant la tradition, les usages et par suite les chansons du pays, transmises jusqu’alors de bouches à oreilles. Quels sont les signes souvent très ténus mais non moins solides qui perdurent jusqu’à travers l’inconscient de ses ressortissants, dans ces pièces « toujours » entendues, qu’on extrait de la mémoire ? Quelle est l’intimité des liens qui se constituent entre la ligne parlée, la ligne chantée et qui se reflète longtemps dans les rythmes et les sons de la langue courante.
Populars songs and limousine identity 1900 -1950
Our purpose consists in searching identity marks in a rural land through its traditional songs during the first half of the twentieth century. The land of Limousin, part of the west foothills of French Massif Central and devoted to breeding, has an irregular ground and an unstable climate. In the early twentieth century, unable to provide food for its increasing population, Limousin was proned to emigration like many other large european lands. As a North-Occitan country, Limousin is a patchwork of native people, strongly attached to their roots, who bear in their memory, talks, sounds and rhythms, which support traditions, customs and consequently country songs orally relayed till nowadays. What are the marks, tenuous but strong, that remain unconsciously in the mind of the people within these songs, « ever » heard, that one extract from the memory ? What are the links being tied between speaking and singing lines which still stand out in the rhythms and sounds of everyday language ?
M. Hugo CASTIGNANI - Guerres justes et guerres préventives.
lundi 29 mars 2010
14h
A l’IUFM, Site Batignolles, salle 307
56 boulevard des Batignolles 75017 Paris
M. Hugo CASTIGNANI soutient sa thèse de doctorat :
Guerres justes et guerres préventives.
En présence du jury :
M. AUDIER (Paris 4)
M. COLONOMOS (IEP Paris)
M. RAYNAUD (Paris 2)
M. RENAUT (Paris 4)
M. HUGUES SERESS - La musique "folklorique" pour piano (1907- 1920) de Béla Bartok. Emprunt symbolique, matériau combinatoire.
mardi 6 mars 2012
à 14h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre
administratif de la Sorbonne, 1 rue
Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. HUGUES SERESS soutient sa thèse de doctorat :
La musique "folklorique" pour piano (1907- 1920) de Béla Bartok. Emprunt symbolique, matériau combinatoire.
En présence du jury :
M. COHN ( Yale )
M. DECROUPET ( NICE )
M. FISCHER ( PARIS 4 )
MME GRABOCZ ( STRASBRG 2 )
M. MEEÙS ( PARIS 4 )
Résumés :
Ce travail se donne pour enjeu d’étudier la figure du
médecin dans la littérature russe du XIXe siècle, à travers deux volets :
d’abord la présentation du personnage au sein des différents courants
artistiques et ensuite, la formation de son image à travers des données
historiques qui mettront en évidence le développement de la pensée scientifique
et des théories médicales dominant dans les milieux intellectuels. Dans
l’analyse chronologique du personnage, nous nous sommes appuyée sur plus de
trente-cinq auteurs et avons sélectionné environ deux cents œuvres. Ce principe
nous a permis de dégager, d’une part son image récurrente à travers le prisme
professionnel ; d’autre part d’établir les étapes de son évolution dans le
système esthétique de chaque auteur. Grâce à l’étude historique des sciences,
nous avons établi le lien entre les deux domaines - médecine et littérature. A
chaque période marquée par les mutations scientifiques, nous avons voulu
démontrer que la production littéraire s’empare de ces nouvelles données et
impose une image du médecin. Les auteurs romantiques, séduits par la vogue des
sciences occultes, font naître un personnage mystique. Dans la littérature des
années 1860, sensibilisée par Les
Réflexes du cerveau de Sečenov qui transforme la médecine en symbole des
temps nouveaux, le personnage devient actif et vrai porteur des conceptions
scientifiques : il figure désormais au centre du sujet narratif. Ainsi
cette recherche a-t-elle cerné la spécificité de l’image du médecin qui se
forme sous l’influence de la pensée scientifique que les auteurs transposent
dans leurs œuvres. Le personnage, qui se situe au croisement de la littérature
et de la science, apparaît véritablement comme la métaphore de son époque.
THE IMAGE OF THE
DOCTOR IN 19TH CENTURY RUSSIAN LITERATURE
The goal of this
work is to study the figure of the doctor in XIXth century Russian literature,
through two data : first of all the
presentation of the character within the different artistic trends and then ,
the development of his image through the historic data which highlight the
development of scientific thought and medical theories dominating intellectual
circles. In the chronological analysis
of the character, we based the work on more than thirty five authors and
selected approximately two hundred works. This approach allowed us to
establish, on one hand a recurrent image through the professional prism ; and on
the other hand to establish the steps of its evolution in the aesthetic system
of each author. Due to the historical study of sciences, we drew up the link
between the two fields – medicine and literature. At each period marked by
scientific transformations, we wanted to demonstrate that literary output
seizes this new data and enforces the image of the doctor. The romantic
authors, attracted by the vogue of occult sciences, gave birth to a mystical
character. In the literature of the 1860’s, made aware by Reflexes of the Brain by Sechenov who transforms medicine into the
symbol of new times, the character becomes active and a real bearer of
scientific notions : from now on he
features as the center of the narrative subject. Therefore this research
determined the specificity of the image of the doctor which is formed under the
influence of scientific thinking that the authors adapt in their works. The
character, situated at the crossroads of literature and science, truly appears
as the metaphor of his era.
M. Hyacinthe DESTIVELLE - La réforme des académies ecclésiastiques et l’enseignement de la théologie orthodoxe en Russie au début du XXème siècle.
jeudi 11 décembre 2008
14h30
Centre d’Etudes Slaves, salle de conférence,2 ème étage
9 rue Michelet 75006 Paris
M. Hyacinthe DESTIVELLE
La réforme des académies ecclésiastiques et l’enseignement de la théologie orthodoxe en Russie
En présence du jury :
M. CONTE (Paris 4)
Mme DE PROVAR (Bordeaux 3)
M. GONNEAU (Paris 4)
M. LEGRAND (ICP Paris)
M. SCHAKHOVSKOY (Rennes 2)
M. VILLEMIN ( ICP Paris)
M. Hyun SOK CHUNG - Enjeu anthropologique de l’union de l’âme et du corps chez Bonaventure et Thomas d’Aquin : Amina est forma corporis substantialis.
lundi 12 avril 2010
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de la Sorbonne
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Hyun SOK CHUNG soutient sa thèse de doctorat
Enjeu anthropologique de l’union de l’âme et du corps chez Bonaventure et Thomas d’Aquin : Amina est forma corporis substantialis.
En présence du jury :
M. BIANCHI (Vercelli)
M. BONINO (Catholique Toulouse)
M. BOULNOIS (EPHE)
M. IMBACH (Paris 4)
M. PORRO (Bari)
M. SCHMUTZ (Paris 4)
M. Iacopo COSTA - "Le commentaire de Raoul Lebreton sur l’éthique à Nicomaque. Edition critique du texte avec une étude critique, historique et doctrinale"
Mercredi 4 avril 2007
9 heures 30
Université de Salerno (Italie)
M. Iacopo COSTA soutient sa thèse de doctorat :
"Le commentaire de Raoul Lebreton sur l’éthique à Nicomaque. Edition critique du texte avec une étude critique, historique et doctrinale"
En présence du Jury :
M. BIARD (TOURS)
M. IMBACH (PARIS 4)
M. PORRO (Università)
Mme SORGE (Università)
Résumés :
Cette thèse consiste dans l’édition critique du commentaire de Raoul Lebreton sur l’Éthique à Nicomaque (ca. 1295). Le
texte critique est précédé par une étude critique, historique et doctrinale, dans laquelle j’étudie les problèmes
philologiques de la transmission de ce texte, le problème de l’identification de l’auteur, et celui de la doctrine du texte.
Ce texte, dont la transmission est caractérisée par des témoins fragmentaires et remaniés, semble avoir joué un rôle
important dans la réception latine (scholastique) de l’Éthique d’Aristote à la fin du XIIIe siècle : son auteur, Raoul
Lebreton, actif à l’université de Paris à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe, démontre, dans ce commentaire, qu’il
a pris position sur les problèmes moraux fondamentaux de son époque, dans le cadre du débat philosophique et
théologique contemporain.
This PhD thesis consists in the critical edition of the commentary on the Nicomachean Ethics written by Radulphus
Brito (ca. 1295). The critical text is preceded by a critical, historical and doctrinal study, where I examine some
philological problems of the transmission of the text, the problem of its authorship, and the doctrines of the text. The
text, whose transmission is characterized by fragmentary and reshaped witnesses, seems to represent an important stage
of the latin reception of the Nicomachean Ethics at the end of the XIIIth century : his author, Radulphus Brito, a master
of arts at the University of Paris at the end of the XIIIth century and at the beginning of the XIVth, deals with the most
important moral problems of his age, in the context of the contemporary theological and philosophical debate.
Position de thèse :
Le commentaire de Raoul Lebreton sur l’Éthique à Nicomaque.
Édition critique du texte avec une étude critique, historique et doctrinale
L’objectif de cette thèse est d’offrir une édition critique du commentaire sur l’Éthique à
Nicomaque écrit par le maître ès arts parisien Raoul Lebreton à la fin du XIIIe siècle ou au début du
XIVe. Ce travail comporte deux parties : la première partie est une étude critique, historique et
doctrinale concernant le texte ; la seconde partie est l’édition même du texte.
PREMIERE PARTIE : ETUDE CRITIQUE, HISTORIQUE ET DOCTRINALE
L’étude qui constitue la première partie se compose de quatre chapitres.
Chapitre I : le texte
Ce chapitre est entièrement consacré aux problèmes de critique textuelle et de philologie.
Afin d’établir un texte aussi proche que possible de l’original, nous avons recensé la totalité des
témoins manuscrits du texte. Il s’agit en tout de cinq manuscrits :
1) Baltimore, JHU 9, troisième fascicule : dans ce témoin fragmentaire, on trouve le
prologue avec les 21 premières questions et le début de la question 22 ; l’écriture est française,
datant du premier quart du XIVe siècle.
2) Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 15106, fol. 1-75 : d’origine parisienne et
datant début du XIVe siècle, ce manuscrit contient un résumé des livres I à IV du commentaire de
Raoul ; il témoigne de la forme originaire du texte pour les livres V-VII et X, mais il comprend
aussi des questions absentes des autres témoins, à savoir les questions sur la deuxième moitié du
livre VII et sur les livres VIII et IX : ces questions étaient absentes de la rédaction originaire. Le
résumé des livres I-IV a la valeur d’un témoin indirecte du texte ; en revanche, le texte des livres VVII et X vaut en tant que témoin direct du texte ; quant aux questions ajoutées, elles présentent un
intérêt doctrinal très limité, et n’ont pas donc été prises en considération.
3) Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 832 : ce manuscrit se compose de deux
parties originairement distinctes entre elles, les deux datant du début du XIVe siècle. Le premier
fascicule, écrit par une main anglaise, contient tout le livre I et le début du livre II ; les trois
fascicules restants contiennent le reste du texte ; les deux parties ont probablement été soudées
ensemble suite à la perte, ou à la dégradation excessive, du premier fascicule qui originairement
précédait les fascicules 2-4.
4) Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 2172 : ce manuscrit est un témoin
intégral du texte ; d’origine italienne, peut-être bolognaise, il remonte au début du XIVe siècle.
5) Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 2173 : il s’agit d’un recueil d’origine
parisienne datant du début du XIVe siècle. Ce manuscrit contient aux fol. 1-75 une version de notre
texte profondément remaniée : plus précisément, il contient la rédaction originaire du texte
augmentée de nombreuses gloses marginales, qui témoignent d’une deuxième version, peut-être
d’une deuxième rédaction, de notre commentaire.
Il y a donc, en tout, trois versions du commentaire de Raoul sur l’Éthique à Nicomaque :
1) une version originaire, dont témoignent les manuscrits Baltimore JHU 9, Vat. lat. 832 et
Vat. lat. 2172, ainsi que, partiellement, le manuscrit de Paris, BnF lat. 15106, et le manuscrit Vat.
lat. 2173 (pour les parties non remaniées de ces témoins) ;
2) une deuxième version, dont témoignent les parties remaniées du Vat. lat. 2173 (on
étudiera, dans le quatrième chapitre, le rapport entre l’auteur de cette version et l’auteur de la
version originaire) ;
3) enfin, une troisième version, dont témoignent les parties remaniées du manuscrit de Paris.
La collation complète effectuée sur la totalité des manuscrits a permis d’établir les rapports
des témoins entre eux, rapports qui sont exprimés par le stemma codicum que je propose. Il apparaît
que tous les manuscrits dépendent du même modèle perdu, modèle qu’on a appelé -. Ce modèle est
caractérisé par un certain nombre de fautes, fautes qui sont reproduites dans tous les témoins connus
du texte. La présence assez élevée de fautes dans a exclut ipso facto que a soit l’original : a est
l’archétype de notre tradition manuscrite. En outre, le manuscrit de Paris et le Vat. lat. 2173
dépendent de a directement et indépendamment l’un de l’autre ; les manuscrits Vat. lat. 832 et Vat.
lat. 2172, en revanche, dépendent de a à travers un modèle intermédiaire, modèle qu’on a appelé -.
Le stemma présente donc trois branches : -, le manuscrit de Paris, et le manuscrit Vat. lat. 2173.
Dans l’établissement du texte, on a accordé une importance prépondérante au texte de -. La raison
principale de ce choix réside dans le fait que toutes les fois que ß s’est éloigné de son modèle,
toutes les fois, donc qu’il s’est éloigné de -, il s’en est éloigné par corruption mécanique. Au
contraire, la plupart des fois que les manuscrits de Paris, et Vat. lat. 2173 se sont éloignés de leur
modèle -, ils l’ont fait parce qu’ils avaient l’intention de le faire, c’est-à-dire pour manipuler le texte
d’une façon tout à fait arbitraire : ils offrent donc un texte formellement correct, mais d’autant plus
inauthentique qu’il apparaît plus intelligible.
Chapitre II : le commentaire de Raoul et les commentaires ‘averroïstes’ sur l’Éthique à
Nicomaque
Une fois posées les bases de l’édition de notre texte, il est possible de poser des questions
plus historiques. Dans le chapitre II, nous présentons les différentes versions du texte du point de
vue de l’histoire littéraire. Nous analysons, plus précisément, la structure du texte par rapport à
l’Éthique d’Aristote. Nous analysons également la structure des versions remaniées du
commentaire, celle du manuscrit de Paris et celle, plus intéressante, du manuscrit Vat. lat. 2173.
Dans ce même chapitre, nous présentons un autre groupe de commentaires sur l’Éthique à
Nicomaque. Il s’agit des textes suivants :
1) Les questions sur l’Éthique conservées dans le manuscrit de Paris, BnF lat. 14698 : ce
recueil, aujourd’hui incomplet (les questions s’arrêtent au début du livre V à cause de la mutilation
du manuscrit), est attribué sans certitude au maître ès arts parisien Jacques de Douai, qui l’aurait
composé dans les années immédiatement postérieures à la condamnation du 7 mars 1277.
2) Les questions sur les livres I et II de l’Éthique de Pierre d’Auvergne, maître ès arts et en
théologie à Paris au dernier quart du XIIIe siècle. Il s’agit du seule texte de notre groupe
actuellement édité.
3) L’anonyme d’Erlangen (Universitätsbibl. 213). Ce texte est probablement contemporain
des deux textes précédents et issu du même contexte culturel, à savoir la faculté ès arts de
l’université de Paris. Il est actuellement inédit, et le seul manuscrit connu qui le contient nous livre
le texte dans un état très fautif.
4) Les questions sur l’Éthique de Gilles d’Orléans. Ce commentaire est contemporain de
celui de Raoul. Il nous est conservé par un seul manuscrit parisien, BnF lat. 16089. Malgré l’intérêt
philosophique que présente son auteur, ce texte est aujourd’hui inédit et peu étudié.
5) L’anonyme d’Erfurt (Amplon. F. 13). Contemporain de Gilles d’Orléans et de Raoul, ce
texte partage la même sort que les autres : inédit et peu étudié, alors même que la doctrine de la
volonté que son auteur expose présente un intérêt doctrinal remarquable.
6) L’anonyme de Paris (BnF lat. 16110). Ce texte anonyme et peu connu est l’oeuvre d’un
maître ès arts parisien, qui l’aurait composé au début du XIVe siècle.
Le choix de ces textes n’est pas arbitraire : il s’agit d’une ‘famille’ de textes unis par des
caractéristiques littéraires et doctrinales communes. A l’exception des questions de Pierre
d’Auvergne, ils sont tous inédits, d’où la nécessité d’offrir, dans ce chapitre, une description
analytique de chaque texte et de proposer une datation probable.
Chapitre III : la question de l’authenticité du commentaire de Raoul Lebreton
Ce chapitre est entièrement consacré à un problème fondamental pour notre recherche :
l’authenticité du texte. Aucun des manuscrits qui témoignent de notre commentaire n’attribue le
texte à Raoul Lebreton. Aucun auteur n’est indiqué ni dans le manuscrit de Baltimore, ni dans celui
de Paris, ni dans le manuscrit Vat. lat. 2173. Le Vat. lat. 832 attribue le texte a Gilles de Rome, et le
manuscrit Vat. lat. 2172 à Antoine de Parme. Pour des raisons chronologiques, stylistiques et
doctrinales, aucune de ces deux attributions ne peut être retenue. Au début des années 1950, R.-A.
Gauthier, sans doute le meilleur spécialiste de la réception médiévale de l’Éthique, proposa
d’attribuer le texte à Raoul Lebreton, maître parisien connu surtout pour ses ouvrages de logique. A
partir de l’hypothèse de Gauthier, nous avons donc effectué une étude sur l’oeuvre de Raoul, aussi
bien les textes édités que les textes inédits, afin de vérifier cette hypothèse. Les résultats de cette
enquête ont permis de confirmer la suggestion de Gauthier et d’attribuer à Raoul notre commentaire
sur l’Éthique avec une certitude presque absolue. Nous avons analysé le commentaire de Raoul sur
le De anima d’Aristote (dont seul le livre III est aujourd’hui disponible en édition critique), ses
commentaires sur la Physique et sur le Météorologiques d’Aristote, ainsi que son commentaire sur
les Sentences de Pierre Lombard.
Deux critères ont conduit cette enquête : premièrement, la comparaison stylistique entre les
textes de Raoul et notre commentaire sur l’Éthique ; deuxièmement, nous avons cherché à savoir si
l’on pouvait établir des affinités doctrinales entre les différents textes examinés. Ces deux critères
ont mené à des résultats concordants : d’un point de vue stylistique, on a observé une
correspondance totale entre les textes attribués avec certitude à Raoul et notre texte ; d’un point de
vue doctrinal également, notre recherche a permis de repérer plusieurs doctrines commune dans les
textes de Raoul et notre commentaire, les plus importantes étant la doctrine de l’état de l’âme
humaine après la mort, la doctrine de la volonté, une doctrine avicennienne de la création.
Par ailleurs, j’ai mené une recherche sur des ouvrages inédits et anonymes contemporains de
Raoul. Cette recherche m’a permis de proposer de restituer à Raoul un certain nombre de
commentaires philosophiques inédits et anonymes : les plus importants sont un commentaire sur la
Métaphysique d’Aristote et sur le Liber de causis, un commentaire sur les Parva naturalia
d’Aristote, et un commentaire sur la Physionomique pseudo-aristotélicienne.
Pour résumer, notre étude propose de réévaluer en profondeur l’apport philosophique de
Raoul. On connaissait bien le Raoul logicien. L’attribution à Raoul du texte que j’édite permet de
découvrir sa pensée éthique. Nous sommes également persuadé que l’on peut agrandir nos
connaissances sur sa pensée en matière de philosophie naturelle et de métaphysique à travers une
étude sérieuse qui confronterait le commentaire sur la Physique attribué avec certitude à Raoul et
les inédits anonymes que je viens de citer.
Chapitre IV : la doctrine du commentaire sur l’Éthique de Raoul Lebreton
Après avoir abordé ces problèmes essentiellement philologiques et historiques, nous avons
pu procéder à un examen de la doctrine de notre texte, autour de quelques thèmes particulièrement
caractéristiques de la ‘personnalité philosophique’ de l’auteur ; nous avons, en même temps, essayé
de situer la place de la doctrine de Raoul parmi les auteurs et les textes qui lui sont contemporains.
En premier lieu, nous traitons de la question des sources du textes : nous avons brièvement
recensé les sources anciennes et médiévales de notre texte, et nous sommes parvenu à la conclusion
que les sources principales du commentaire sur l’Éthique de Raoul étaient les commentaires sur
l’Éthique d’Albert le Grand et la Summa theologiae de Thomas d’Aquin. Ensuite, nous avons
examiné la doctrine du bonheur et la conception des rapports entre la vie active et la vie
contemplative ; nous avons consacré quelques pages à l’analyse du problème de l’homonymie du
bien et de la conception de la vertu heroïque ; en dernier lieu, nous avons examiné la conception de
la volonté et de l’acte humain.
DEUXIEME PARTIE : EDITION CRITIQUE DU TEXTE
Cette deuxième partie comprend l’édition critique du commentaire de Raoul Lebreton sur
l’Éthique à Nicomaque avec un double apparat : l’apparat des variantes textuelles et l’apparat des
sources explicites et, dans la mesure du possible, implicites.
M. IAN DE TOFFOLI - La réception du latin et de la culture antique dans l’oeuvre de Claude Simon, Pascal Quignard et Jean Sorrente.
jeudi 3 novembre 2011
à 14 h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. IAN DE TOFFOLI soutient sa thèse de doctorat :
La réception du latin et de la culture antique dans l’oeuvre de Claude Simon, Pascal Quignard et Jean Sorrente.
En présence du jury :
MME GALAND-HALLYN ( EPHE )
MME MILLET-GÉRARD ( PARIS 4 )
M. RABATÉ ( PARIS 7 )
M. WILHELM ( Luxembourg )
Résumés :
Lorsqu’un travail critique se propose
d’étudier la présence du latin et de la culture classique chez des écrivains
contemporains, c’est à la notion d’héritage que l’on pense tout d’abord. Mais
cette notion d’héritage pose problème. Elle doit être considérée avec prudence,
comme un possible leurre, même si elle est avérée dans les œuvres de nos trois
auteurs, de par certains phénomènes formels itératifs, citations latines, ainsi
que la transposition de textes antiques. S’il est donc évident que lesdites
œuvres affichent une apparente continuité à la fois au niveau formel et au
niveau des contenus de culture, l’Antiquité latine réinvestie perd son statut
particulier : elle n’est ni objet du texte, ni voix de l’autorité, ni
preuve d’érudition (même si elle feint de l’être), ni trésor d’outils
rhétoriques qui favorise la séduction : au contraire, elle est un piège
posé au lecteur qui fait trop confiance à sa culture. Le réinvestissement de la
culture et des textes antiques que nos trois auteurs pratiquent s’approche
dangereusement tantôt du stéréotype, du lieu commun, tantôt d’une réutilisation
complètement personnelle de la culture antique. Le latin s’avère ou bien un
produit de leur imagination d’écrivain (et en tant que tel il n’est pas tout à
fait identifiable à la langue morte que nous connaissons), ou bien il fait
partie de la productivité textuelle de l’écriture et passe du statut de texte à
celui de matériau réutilisable. Le rapport qu’entretiennent Claude Simon,
Pascal Quignard et Jean Sorrente avec le latin relève donc du paradoxe : ils
réinventent, voire réécrivent l’Antiquité.
When a critic’s work intends to
focus on the presence of Latin and classic culture in the work of contemporary
writers, one thinks foremost of the notion of heritage. But it is this notion
of heritage that poses a problem. One has to approach it in a very prudent way,
as if it would be a lure, even though it is attested in the works of our three
authors, through the use of recurrent formal parallels, Latin quotations, and
the transposition and rewriting of ancient texts. Indeed, though it is evident
that these works show an apparent continuity both in form and in cultural
content, the reinvested Latin Antiquity looses its particular status : it is
neither object of the text, nor voice of the authority, nor proof of erudition
(although it sometimes pretends to be), nor treasure box of rhetorical tools
that help seducing the reader : on the contrary, it is a trap for the reader who
places his trust solely in his cultural knowledge. The reinvestment that our
three authors apply to the Latin text and culture gets dangerously close either
to the stereotype, the commonplace, either to a completely personal reuse of
antique culture. Latin is thus either a product of their artistic imagination
(and as such cannot be totally identified with the dead language that we know),
either part of the textual productivity of their writing, which means that it
must be considered as a reusable material rather than an autonomous text. The
bond that ties Claude Simon’s, Pascal Quignard’s and Jean Sorrente’s works to
the Latin is thus paradoxical in nature : what they do is reinventing, or rather
rewriting Antiquity.
M. Ibula BWANGILA - "Rationalisme critique et Ethique de la discussion : Autour de la question de la fondation ultime de la raison et de la morale"
Vendredi 16 mars 2007
14 heures 30
Maison de la Recherche, Salle D223, 2ème étage
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Ibula BWANGILA soutient sa thèse de Doctorat :
"Rationalisme critique et Ethique de la discussion : Autour de la question de la fondation ultime de la raison et de la morale"
En présence du Jury :
M. BESNIER ( PARIS 4)
M. CHAUVIER (PARIS 4)
M. FERRY (BRUXELLES)
M. RENAUT (PARIS 4)
Résumés :
Cette étude reprend à nouveaux frais la question de la fondation ultime de la raison et de la morale. Elle
examine les arguments des rationalistes critiques (Popper, Bartley, Albert) et des partisans de l’éthique de
la discussion (Apel, Habermas). Les poppériens défendent une position antifondationnaliste. Ils
substituent en effet le principe de la critique permanente au principe classique de la fondation. En
revanche, Apel défend une position fondationnaliste forte au sein de la pragmatique transcendantale ;
cette dernière admet l’a priori de la communauté idéale de communication comme fondement ultime de
toute argumentation rationnelle. La mise en oeuvre de cet a priori évite au principe criticiste le danger de
tomber dans une auto-contradiction performative ou pragmatique. Habermas occupe une place étonnante
dans ce débat. Il admet l’a priori de la communauté idéale de communication comme fondement d’une
pragmatique formelle ou universelle, mais il juge inutile d’en faire une fondation ultime de la raison et de
la morale. Sa position est aujourd’hui plus proche de celle des poppériens. Entre l’affirmation
maximaliste et dogmatique d’une fondation ultime (Apel) et le rejet, plutôt sceptique et minimaliste
(Popper, Bartley, Albert, Habermas), cette étude tente de frayer une voie médiane entre ces deux
dernières positions. Cette voie s’inscrit dans le mode kantien de fondation faible. Il s’agit donc d’envisager
une fondation qui assume de manière conséquente le principe faillibiliste.
This study attempts a critical reappraisal of the issue of the ultimate foundation of reason and morals.
Arguments from critical rationalists (Popper, Bartley, Albert) and from the proponent of the discourse
ethics (Apel, Habermas) are examined. Popperians defend an anti-foundationalist position. On the other
hand, Apel holds a strong foundationalist position within the framework of transcendental pragmatics ;
the latter builds an a priori ideal community of communication as the ultimate foundation of every
rational argumentation. The use of this a priori shelters the criticist principle from the danger of falling
into a performative or pragmatic self-contradiction. The position held by Habermas in this debate is
peculiar. Although he postulates an a priori ideal community of communication as foundation of a formal
or universal pragmatics, he thinks unnecessary to set it in the position of the ultimate foundation of reason
and morals. His current position is closer to that of the Popperians. Between a maximalist and dogmatic
affirmation of an ultimate foundation and, the rather skeptical and minimalist rejection of it (Popper,
Bartley, Albert, Habermas), this study attempts to find a third way. Such a median position follows into
the Kantian scheme of a ‘weak’ foundation. And so a quest for a foundation would consistently integrate
the faillibilist principle.
Position de thèse :
La problématique de ma thèse concerne cinq philosophes : Karl R. Popper (1902-
1994), Hans Albert (1921- ), William W. Bartley III (1934-1990), Karl-Otto Apel (1922- ) et
Jürgen Habermas (1929- ). Les trois premiers représentent le rationalisme critique et les deux
derniers sont les principaux artisans de l’éthique de la discussion. Je n’ai pas étudié ces deux
dernières écoles philosophiques en elles-mêmes - dans une forme d’étude comparative par
exemple - ; j’ai surtout analysé les arguments de ces philosophes au sujet de la question de la
fondation ultime de la raison et de la morale. J’ai donc tenté une reprise à nouveaux frais de
l’antique problème de la justification des présuppositions du savoir en général et de leur
validité dans la connaissance rationnelle et dans l’action morale.
D’une certaine manière, Jean-Marc Ferry, Alain Renaut et Sylvie Mesure ont déjà
étudié cette problématique. Mon apport a consisté à l’élargir et à étudier attentivement les
positions de H. Albert et de W. W. Bartley concernant leur rejet radical de la justification
ultime du rationalisme. À mon sens, le débat concernant la fondation de la raison et la
philosophie transcendantale est aujourd’hui à situer davantage entre K.-O. Apel et H. Albert.
Au sujet de la question de la fondation ultime, Habermas défend une position proche de
Popper. Entre le dogmatisme « fort » de Apel et le scepticisme « dynamique » des
faillibilistes, je suggère une voie médiane ; cette voie serait un mode de fondation faible qui
s’inspire de la philosophie critique de Kant. En effet, Kant affirme que la liberté, qui se définit
comme autonomie de la volonté, constitue le principe de la fondation ultime de l’éthique. En
outre, ce principe permet de comprendre comment l’impératif catégorique, qui est en fait
synonyme d’objectivité pratique, est possible.
Par ailleurs, le rationalisme critique et l’éthique de la discussion se définissent comme
des philosophies qui parachèvent le projet critique d’Emmanuel Kant. Popper a enrichi la
philosophie critique de Kant des apports venus des théories de la relativité d’Einstein et de la
physique quantique. Il a totalement abandonné la perspective transcendantaliste de fondation
et il a critiqué tout essentialisme en épistémologie et en philosophie. Au demeurant, Popper
reconnaît qu’il existe des a priori de la connaissance, mais ils ne sont pas a priori valides
comme chez Kant. Ils demeurent toujours exposés à la critique. En effet, Popper défend une
position antifondationnaliste : il n’y a pas de fondement ultime du rationalisme, il y a une
décision morale fondamentale qui justifie le choix de la raison. L’engagement pour la raison
reste donc un choix libre qu’aucune argumentation ne saurait fonder absolument.
A l’intérieur du rationalisme critique, W. W. Bartley a jugé que la position de Popper
admettait encore une forme d’irrationnalisme inacceptable. Dans The Retreat to Commitment
(1962 ; 1984), Bartley estime que le rationalisme critique de Popper se disqualifie doublement.
D’une part, il place à sa cime une décision arbitraire et soustraite par définition à toute
réfutation et à toute discussion ; d’autre part, il offre à l’irrationnalisme des chemins de
traverse inespérés parce que cet irrationnalisme n’est ni plus ni moins convoqué au principe
même du rationalisme critique. Pour sortir de ce dilemme, Bartley affirme que le rationalisme
critique ne peut être qu’auto-inclusif ; il doit donc inclure d’emblée sa propre réfutation.
Bartley inaugure ainsi ce qu’il nomme panrationalisme critique ou rationalisme critique
illimité (pancritical rationalism or comprehensively critical rationalism) : tout est
critiquable ; le principe de critique devient lui-même injustifiable.
Hans Albert se réclame aussi du rationalisme critique ; il radicalise la position de
Bartley et présente, dans le contexte allemand, le rationalisme critique de Popper comme une
alternative sérieuse à la théorie critique de l’École de Francfort, à l’herméneutique et à la
philosophie analytique du langage issue de Wittgenstein, courants qui prédominaient alors
dans les cercles philosophiques allemands. Albert met en place ce qu’il nomme le trilemme de
Münchhausen. Il veut montrer que toute pensée fondationnaliste tombe dans ce trilemme : soit
on regresse à l’infini, soit on s’arrête à un moment de la démonstration et on admet que l’arrêt
.En morale, estime Albert, il ne faut pas chercher de norme
fondamentale qui donnerait sens à l’agir éthique des hommes. Il faut seulement soumettre les
systèmes moraux existants à un réexamen critique, de la même manière qu’on vérifie sans
cesse les théories scientifiques par la réalité. Grosso modo, Albert préconise aujourd’hui le
réalisme transcendantal (transzendentaler Realismus). Ce réalisme veut dès lors supplanter la
pragmatique transcendantale d’un Apel.
de la régression est purement arbitraire ; soit on reconnaît que l’on est dans un cercle vicieux.
Hérité de Popper, de Nelson, de Fries, de Schopenhauer, ce trilemme est en réalité une version
du « défi d’Agrippa »
Karl-Otto Apel conteste cet antifondationnalisme des rationalistes critiques ; il
développe une pragmatique transcendantale issue d’une philosophie transcendantale
transformée grâce au triple tournant de la philosophie contemporaine : les tournants
linguistique (Wilhelm von Humboldt, Ludwig Wittgenstein), pragmatique (Charles S. Peirce)
et herméneutique (Martin Heidegger, Hans Georg Gadamer). En somme, Apel met en oeuvre
la métacritique du rationalisme critique de K. Popper. Il s’en prend surtout à la position
exprimée par Popper dans le vingt-quatrième chapitre de La Société ouverte et ses ennemis
(vol. 2). Cette position est la suivante : logiquement, le fondement du rationalisme repose sur
un acte de foi en la raison. Ceci suppose un choix libre qui conduit à une décision. Pour Apel,
une fondation ultime de la raison et de la morale est indispensable pour donner sens au
principe de la « critique permanente » que défendent les poppériens.
Toutefois, cette fondation ultime doit sortir de l’emprise de l’ontologie traditionnelle
et de la théorie de la connaissance classique. Elle doit considérer la pragmatique linguistique
comme philosophie première ; elle transforme ainsi la philosophie transcendantale de type
kantien en vue de dépasser le processus logico-déductif (cher aux mathématiques) et aussi la
philosophie de la conscience (ou du sujet), encore présente chez Kant et Fichte. Désormais, le
paradigme de subjectivité doit se substituer à celui d’intersubjectivité qui est au coeur de tout
processus de connaissance (scientifique) et de l’action. Apel introduit ainsi l’a priori de la
communauté idéale de communication comme présupposé incontournable dans toute
argumentation rationnelle.
Comme Apel, J. Habermas assume le triple tournant de la philosophie contemporaine ;
il met en place le programme de l’éthique de la discussion ; Habermas comprend les
arguments de son ami et collègue de l’université de Francfort qui recourt à l’argumentation
pragmatico-transcendantale, mais il renonce à toute fondation ultime de la raison qui
produirait en même temps, comme un impératif catégorique, la norme morale fondamentale
ou le devoir. Plus proche aujourd’hui de la position de Popper que de celle de Apel, Habermas
défend, au sujet de la fondation ultime, une « reconstruction affaiblie d’une rationalité forte ».
Apel se situe encore dans la foulée d’une « reconstruction forte d’une rationalité forte ».
Reconstruction forte ou reconstruction faible ne renvoient pas, ici, à une évaluation morale,
mais au degré d’exigence concernant la nature des justifications apportées à la reconstruction
ou à la fondation (F. Cossutta).
Rationalistes critiques et tenants de l’éthique de la discussion privilégient la discussion
argumentée comme base fondamentale pour légitimer la décision de choisir la raison contre la
déraison et de justifier ultimement la raison et la morale. Les deux écoles philosophiques
reconnaissent un rôle important au langage, notamment sa dimension argumentative dans la
connaissance et dans l’action. Cependant, Popper se réfère à la théorie du langage de Karl
Bühler, théorie qu’il transforme d’ailleurs sur plus d’un point ; Apel et Habermas se réfèrent
au contraire à la théorie analytique du langage issue de Wittgenstein, à la théorie des actes du
langage d’Austin et de Searle et à la théorie de l’argumentation de Toulmin. Popper et ses
disciples s’inscrivent dans une rationalité de type argumentatif ou critique tandis que
Habermas ramène la rationalité à sa dimension communicative, argumentative ou dialogique.
Certes, Apel a élaboré une pragmatique transcendantale issue de la théorie des actes du
langage, cependant j’estime - après Jean-Marc Ferry - que la raison apélienne est davantage
restée dans le sillage criticiste que communicationnel.
Popper et ses disciples récusent la fondation ultime au nom du faillibilisme conséquent
qu’ils défendent. Notre connaissance est conjecturale, elle n’est pas « absolument » certaine,
mais nous cherchons la vérité. C’est une quête inachevée. Certes, Apel admet ce principe de
la faillibilité de notre connaissance, mais il ne l’applique pas jusqu’au bout. Les poppériens
estiment que Apel admet seulement le principe faillibiliste quand il s’agit des mathématiques
et des sciences empiriques ; pour lui, la philosophie constitue apparemment une exception.
Ma thèse est donc la suivante : tout en comprenant la position de Popper, d’Albert et
de Bartley qui remplacent la fondation par la critique et, tout en objectant avec Habermas que
la critique est un procédé qu’on ne peut utiliser sans présupposition, sans toutefois céder à une
version forte du fondationnalisme (Apel), j’estime qu’il est possible d’envisager, à l’intérieur
même du criticisme, une version faible du mode kantien de la fondation. Cette voie a été mise
en oeuvre par des cercles internes du criticisme. Ces derniers se sont basés sur les principes
logiques qui dévoilent la raison d’être des règles non réfutables donnant sens à toute critique
rationnelle. Au demeurant, je n’explore pas délibérément cette voie. Je m’attache davantage à
la voie médiane suggérée par Jean-Marc Ferry.
Cette voie a l’avantage de montrer qu’un mode de fondation faible implique de sortir
d’abord du modèle logico-déductif des mathématiques. Il s’agit ensuite de discipliner le
principe de la critique de telle sorte que la critique ne vienne pas simplement se substituer à la
fondation au risque de tomber dans les paralogismes que les criticistes dénoncent chez les
fondationnalistes. Il s’agit enfin de s’inscrire dans un paradigme réflexif qui pose le problème
de l’objectivité, non pas à l’intérieur de la subjectivité, mais au coeur de l’intersubjectivité.
Une fondation faible de la raison ne doit plus être purement réflexive ou théorique.
Elle ne peut s’identifier, ni à la fondation spéculative (ou métaphysico-déductive), ni à la
fondation transcendantale (ou critico-réflexive) ; elle se définit comme une fondation critico-
pratique. Ainsi, il ne s’agit plus de chercher un premier principe à partir duquel il faut déduire
le fondé. On renonce par ailleurs à une réflexion première sur les conditions de possibilité
d’un fait et notre capacité à assumer ces conditions ou non. Il s’agit dès lors de favoriser un
cadre et un horizon à partir desquels l’on peut expliquer et comprendre la possibilité et
l’effectivité de la critique et de la communication. Je renonce à une fondation ultime forte de
la raison, mais je ne néglige pas l’exigence universaliste des présuppositions et des concepts
fondamentaux de la pensée et de l’action.
Ma recherche se divise en trois parties ; chacune contient deux chapitres. Je relève
d’abord les sources du rationalisme critique et de l’éthique de la discussion. Je fais ressortir
ensuite les problématiques importantes de chaque courant philosophique et j’indique les
points essentiels sur lesquels l’éthique de la discussion affronte le rationalisme critique de
Popper. J’aborde enfin la question de la fondation ultime de la raison et de la morale en
suggérant une voie médiane entre le « fondationnalisme maximaliste » de Apel et
l’ « antifondationnalisme minimaliste » de Habermas et des poppériens.
M. Igor PRIS - Le fossé explicatif dans la philosophie de l’esprit du point de vue de la deuxième philosophie de Wittgenstein vue comme un naturalisme normatif.
vendredi 16 mai 2008
9 heures 30
Clos des Cordeliers, Salle Dejerine, Esc. B, 2ème étage
15, rue de l’Ecole de Médecine 75005 Paris
M. Igor PRIS soutient sa thèse de doctorat :
Le fossé explicatif dans la philosophie de l’esprit du point de vue de la deuxième philosophie de Wittgenstein vue comme un naturalisme normatif.
En présence du jury :
M. ANDLER (PARIS 4)
M. DOKIC (PARIS 4)
M. JACOB (CNRS)
M. LE DU (STRASBRG 2)
Mme TANNEY (Univ. of KENT, ENGLAND)
Résumés :
Dans la thèse nous argumentons que chaque propriété mentale, Q, est identique à (est) une certaine propriété physique, P, (1) Q est P, ainsi qu’il n’existe aucun fossé ontologique entre Q et P.
Nous argumentons que l’identité (1) peut être expliquée. Donc ce qu’on appelle le « fossé explicatif » est également absent (au niveau épistémique). En outre, de notre point de vue, la distinction entre le niveau ontologique et le niveau épistémique est relative.
Le physicalisme/naturalisme, nous argumentons, est vrai, mais si et seulement si il est ce que nous appelons un "physicalisme/naturalisme normatif". L’identité (1) est vraie au sens du physicalisme/naturalisme normatif seulement si elle a une justification. Nous trouvons ce genre du naturalisme/physicalism dans la deuxième philosophie de Wittgenstein.
Le physicalisme/naturalisme normatif permet notamment de résoudre le problème de l’identité pour le cas compliqué qui est celui de l’identité entre la conscience phénoménale et un état physique (le « problème difficile »). Nous défendons une version du réalisme phénoménal naturaliste.
We argue that every mental property, Q, is identical to (is) a certain physical property, P, (1) Q is P, so that an ontological “gap” between Q and P doesn’t exist.
We argue that the identity (1) can be explained. Hence the so-called “explanatory gap” (EG) (an epistemic gap) is also absent. Moreover, from our point of view, the difference between the ontological and epistemic levels is relative.
The naturalism/physicalism is true, but if and only if it is what we call a “normative naturalism/physicalism”. We find this kind of naturalism/physicalism in the second philosophy of Wittgenstein (W). The language games are natural (physical) and at the same time spontaneous (normative).
In particular, the normative physicalism allows resolving the Hard Problem - the problem of identity between a state of phenomenal consciousness and a physical state. We defend a version of phenomenal realism.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. ISMAEL JUDE - Théâtre et philosophie chez Gilles Deleuze. La notion de dramatisation
vendredi 20 janvier 2012
à 14h30
Salle D323 A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris
M. ISMAEL JUDE soutient sa thèese de doctorat :
Théâtre et philosophie chez Gilles Deleuze. La notion de dramatisation
En présence du jury :
M. GUÉNOUN ( PARIS 4 )
M. KIRKKOPELTO ( Ac Finland )
MME MARRATI ( Baltimore )
M. SARRAZAC ( PARIS 3 )
Résumés :
Théâtre et philosophie chez
Gilles Deleuze, La notion de dramatisation
La notion de
« dramatisation » a été formulée par Gilles Deleuze en 1967 dans Différence
et répétition pour être délaissée ensuite. Cette recherche tâche de
clarifier le sens de ce concept en distinguant une acception
« dramatique » d’une acception « scénique ». Deleuze
n’ayant cependant pas énoncé explicitement de théorie de la scène, une partie
de l’entreprise vise à déduire, des textes de Deleuze et des auteurs qui lui servent
de référence, l’hypothèse de cette définition. La formulation de cette
hypothèse s’inscrit dans un environnement problématique déterminé par les
ouvrages de Denis Guénoun et Esa Kirkkopelto. La notion prend son sens dans le
cadre d’une critique de « la représentation », dont seraient captifs
Platon, Aristote, Kant et Hegel, et d’une élaboration du concept de répétition
à partir de Kierkegaard et Nietzsche. Une interprétation de la méthode de
division platonicienne, de la méthode transcendantale kantienne et de l’éternel
retour nietzschéen contribue ainsi à énoncer l’agencement conceptuel du drame,
de la scène et de la répétition.
Theatre and philosophy by Gilles Deleuze, The notion of
dramatisation
The notion of “dramatisation” was formulated by Gilles
Deleuze in his 1967 text Difference
and Repetition, only later to be abandoned. This piece of research sets out
to clarify the meaning of this concept by distinguishing its “dramatic”
acceptance from its “scenic” one. Since Deleuze never explicitly expressed his theory
of the stage this thesis project intends to determine from Deleuze’s texts, as
well as from the authors to whom he himself referred, the hypothesis at work
within the philosopher’s definition of this term. The statement of this
hypothesis takes place in a problematic
conceptual environment, as described in the works of Denis Guénoun and Esa
Kirkkopelto. The notion of
“dramatisation” derives its meaning through a critique of a particular
understanding of “representation” within which Plato, Aristotle, Kant and Hegel
are held captive, as well as through a certain construal of Kierkegaard and
Nietzsche’s concept of repetition. Interpretations of Plato’s method of
dichotomous division, Kant’s transcendental method and Nietzsche’s eternal
return contribute in this thesis to articulating the way in which drama, the
stage and repetition combine.
M. Ivan LOMBARDI - "Senso dell’unano e crisi dell’ontologia : Levinas e Derrida"[COTUTELLE]
mardi 6 octobre 2009
10h
Università del SALENTO , Italie
M. Ivan LOMBARDI soutient sa thèse de doctorat :
"Senso dell’unano e crisi dell’ontologia : Levinas e Derrida"
En présence du jury :
M. CAMPIONI (Université)
M. CARRAUD ( Caen)
M. CIARAMELLI (Université)
M. INVITTO (Salento)
M. MARION (Paris 4)
M. ROMANO (Paris 4)
M. J.J. Rousseau TANDIA MOUAFOU - Approches sémiostylistiques.[HDR]
samedi 5 décembre 2009
9h
En Sorbonne, salle F362, escalier F, 2ème etage,
1 rue Victor Cousin, 75005 Paris
M. J.J. Rousseau TANDIA MOUAFOU soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Approches sémiostylistiques.
En présence du jury :
MME DEREU (Nancy 2)
MME GARDES TAMINE (Paris 4)
MME JAUBERT (Nice)
M. MOLINIÉ (Paris 4)
M. RINN (Brest )
M. Jacky MARSAUX - La théologie de l’eucharistie selon Jean Chrysostome. Etude du schéma sacrificiel
Samedi 19 janvier 2008
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Descartes
17, rue de la sorbonne 75005 Paris
M. Jacky MARSAUX soutient sa thèse de doctorat :
La théologie de l’eucharistie selon Jean Chrysostome. Etude du schéma sacrificiel
En présence du Jury :
Mme ALEXANDRE (PARIS 4)
M. BOULNOIS (NANTES)
M. DE CLERCK (ICP PARIS)
M. MUNNICH (PARIS 4)
M. PRETOT (ICP PARIS)
Résumés :
En attente....
M. Jacques LAUGA - Les manuscrits liturgiques pans le diocèse de Langres à la fin du Moyen-Âge. Les commanditaires et leurs artistes
Samedi 24 novembre 2007
9 heures 30
INHA, Galerie Colbert, Salle Ingres
4-6 rue des petits-Champs 75002 Paris
M. Jacques LAUGA soutient sa thèse de doctorat :
Les manuscrits liturgiques pans le diocèse de Langres à la fin du Moyen-Âge. Les commanditaires et leurs artistes
En présence du Jury :
Mme GOUSSET (BNF)
Mme JOUBERT-CAILLET (PARIS 4)
Mme LEGARE (LILLE 3)
M. LORENTZ (STRASBOURG 2)
Résumés :
Ce travail se compose d’un texte d’entrée et de synthèse qui constitue la thèse proprement
dite. Il occupe le volume I et comprend : 1/ l’historiographie des travaux et catalogues qui ont
permis de réunir ne collection de 99 manuscrits. Ils sont la source d’un corpus d’environ
2500 images. 2/ une analyse codicologique de ces 99 manuscrits. Elle passe en revue chacun
des items qui organisent les notices. 3/ l’étude de leurs commanditaires classés par catégories
socio-professionnelles. Les moyens de leur identification, armes, devises, notes insérées, les
principaux éléments de leur vie, leurs alliances, leurs commandes de livres, leurs autres
commandes, leurs relations avec les milieux de production de manuscrits sont développées
succinctement. 4/ l’étude des ateliers et artistes qui ont travaillé au décor de ces 99
manuscrits et pour le compte de leurs commanditaires. Les attributions connues, les nouvelles
propositions d’attribution, les sources d’inspirations, leur style, leur métier, leurs choix
iconographiques et leur clientèle sont envisagés. La conclusion présente une réflexion sur les
rapports entre milieux de commande et de production des manuscrits. Les 99 manuscrits font
l’objet de notices dont l’ensemble forme un catalogue disposé en trois tomes du volume II :
II 1, les livres liturgiques à l’usage de Langres. II 2, les livres d’heures à l’usage de Langres.
II, 3, les ivres suivant d’autres usages, mais rattachés à langres à des titres divers. Un
troisième volume regroupe les annexes : tableaux, index, bibliographie, etc.
Liturgie antiphonaire bréviaire collectaire évangéliaire heures matines laudes prime tierce
sixte none vêpres complies missel messe sanctoral temporal pontifical processionnal psautier
répons commanditaire prélat évêque archevêque chanoine paroisse chevalier bourgeois
parlementaire décor miniature enluminure chrysographie bordures rinceaux chimères
iconographie zodiaque travaux mois Dieu Christ Esprit-Saint Trinité Vierge apôtres
évangélistes tétramorphe Annonciation Visitation Nativité Annonce Bergers Adoration Mages
Présentation Temple Fuite Égypte Massacre Innocents Couronnement David Jugement
dernier Lazare Résurrection mort vif Calvaire Crucifixion Crucifié mise au Tombeau
Pentecôte messe miracle Hostie psychomachie incipit explicit reliure tranche dos fermoir ais
couvrure basane cuir velours
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. Jacques, Adolphe LEIBOVICI - Les télécommunications au premier millénaire avant J.C. au levant.
mardi 16 novembre 2010
14h
A l’IUFM Site Batignolles, salle 308
56 boulevard des Batignolles 75017 Paris
M. Jacques, Adolphe LEIBOVICI soutient sa thèse de doctorat :
Les télécommunications au premier millénaire avant J.C. au levant.
En présence du jury :
Mme BRIQUEL-CHATONNET (CNRS)
M. DE MIROSCHEDJI (CNRS)
M. GRISET (Paris 4)
M. MONCHAMBERT (Paris 4)
M. Javier BASSAS-VILA - Retour aux textes ! - Recherches de phénoménologie linguistique sur E. Husserl et J.-L. Marion.[COTUTELLE]
samedi 26 septembre 2009
10h
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, esc A
46 rue Saint Jacques 75005 Paris
M. Javier BASSAS-VILA soutient sa thèse de doctorat :
Retour aux textes ! - Recherches de phénoménologie linguistique sur E. Husserl et J.-L. Marion.
En présence du jury :
M. CAHNE (Paris 4)
M. DEGUY (Paris 8)
M. MARION (Paris 4)
M. MARTINEZ MARZOA (Barcelone)
M. RODRIGUEZ GARCIA (Madrid)
Résumés :
Les études phénoménologiques n’ont abordé la question du langage que partiellement. Les phénoménologues se sont toujours concentrés exclusivement, sauf très rares exceptions, sur les théories du langage en phénoménologie (chez Husserl et chez Marion, par exemple, l’idéalité de la signification, la modalité signitive, etc.), sans accorder la moindre importance au langage lui-même, c’est-à-dire à la manière dont les textes phénoménologiques qu’ils lisent ont été effectivement écrits.
Nous expliquons dans notre Introduction la nécessité d’un « tournant textuel » en phénoménologie ; ensuite, dans notre première partie, nous analysons la praxis descriptive des Recherches logiques d’E. Husserl pour y repérer trois modes de description (mode de description pure, courante et bildliche) ; finalement, nous faisons de même avec l’ouvrage de J.-L. Marion intitulé Étant donné, pour révéler cette fois-ci uns structure descriptive composée d’un mode de description historique, un deuxième mode courante et un troisième théologique. Les conclusions de ces analyses ouvrent sur la question du « comme », particule qui s’avère ainsi fondamentale pour la description phénoménologique, sa plasticité et sa verbalité.
Back to texts in themselves !
Investigations on linguistic phenomenology about Edmund Husserl et Jean-Luc Marion
Most of phenomenological studies have approached the question of language partially. Whereas phenomenological theories about language (ideality of signification, etc.) have been certainly studied, language itself, that is, the language that each phenomenologist uses to put his theories on the paper, has not. The fact is that the constitution of “phenomenology” depends on this act of writing. Having this in mind, I try to make a case for the necessity of a “textual turn” in phenomenology in order to combine the study of theories with the study of descriptive praxis. This dissertation hopes to make a contribution to this study of descriptive praxis. In this regard, I analyze E. Husserl’s Logische Untersuchungen (Logical Investigations, 1901) and J.-L. Marion’s Étant donné (Being given, 1997), and I identify their different modalities of description.
Firstly, for Husserl, I identify one modality of pure description and one of everyday description which are closely connected. There is a third modality of description which is more important than the rest, because it has been neglected by all the phenomenologists interested in Husserl : it is the modality of “bildliche” description. Secondly, for Marion’s Étant donné, I identify also three modalities of description : a historical, an everyday and a theological one.
By means of a more accurate analysis of the “bildliche description” in Husserl and the “theological description” in Marion, I conclude that the phenomenological descriptive praxis is somehow plastic, so to speak, a feature that fits to what has to be described. Examples are Husserl’s “an sich” of the phaenomenon and Marion’s “de soi” of the phaenomenon. This plasticity, this verbal aspect of phenomenological description as an act, is activated, at least in Husserl and Marion, by the particles “wie” and “comme” (“like”), respectively. These conclusions open new ways for the study of phenomenology.
M. Jérémie CHAMEROY - Recherches sur la distribution des émissions monétaires du IVème siècle (284-395) dans l’empire romain et leurs rapports avec l’armée
Jeudi 18 octobre 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Jérémie CHAMEROY soutient sa thèse de doctorat :
Recherches sur la distribution des émissions monétaires du IVème siècle (284-395) dans l’empire romain et leurs rapports avec l’armée
En présence du Jury :
M. AMANDRY (BN)
M. LE BOHEC (PARIS 4)
Mme RADNOTI-ALFÖDI (FRANCFORT)
M. VON KAENEL (FRANCFORT)
Résumés :
L´étude de la dispersion des émissions monétaires d´or, d´argent et de bronze des années 364-378 dans les provinces nord-occidentales de l´Empire romain permet non seulement de dresser un tableau des fortifications aux frontières et dans l´hinterland sous les Valentiniens, mais aussi de s´interroger sur la place occupée par l´armée dans les dépenses de l´Etat romain. L´identification d´émissions spécialement distribuées aux soldats est démontrée pour plusieurs frappes de bronze et d´argent qu´on retrouve aujourd´hui principalement sur des sites militaires, mais elle demeure plus difficile pour l´or. Une fois passée l´émission d´avènement, largement distribuée aux troupes, la dispersion des frappes d´or semble en effet contrôlée par les services financiers de l´empereur et atteindre particulièrement les officiers militaires et civils de son entourage. On a ici un reflet de l´écart séparant l´armée d´élite accompagnant l´empereur des armées régionales et frontalières, dans la mesure où ces dernières bénéficient moins souvent et à un autre degré des largesses impériales.
The study of the dispersion of gold, silver and bronze coin emissions of the years 364-378 in the North-West provinces of the Empire gives a clear charts of the frontier fortifications under the Valentinianic emperors. It allows us to question which place the Roman army took in the budget of the Empire. That some bronze and silver issues were specially coined for the soldiers is proved for certain emissions which have been found in great quantity on military sites. The gold coins follow another way of distribution. After the wide distribution of the first gold issue to the troops, the dispersion of the next gold issues seems to stay under control of the emperor and his court. The solidi are found mostly where the emperor and his comitatus are, so that this could reflect the cleavage between the elite army who accompanies the imperator and the regional and frontier soldiers. Regional and frontier armies could not enjoy the imperial largitas so often as the soldiers of the imperial guard.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. Jérôme BURIDANT (HDR)- Environnements forestiers, économie et sylviculture dans la France septentrionnale, XVII-XIXème siècle
samedi 25 novembre 2008
14h
Salle des Actes, ENS, 1er étage, esc A
45 rue d’Ulm 75005 Paris
M. Jérôme BURIDANT
Environnements forestiers, économie et sylviculture dans la France septentrionnale, XVII-XIXème siècle
En présence du jury :
M. ARNOULD (ENS Lyon)
M. BOISSIERE (Orléans)
Mme CORVOL-DESSERT (Paris 4)
M. FAVIER (Grenoble 2)
M. PITTE (Paris 4)
M. VION-DELPHIN (Besancon)
M. Jérôme GRONDEUX (HDR)- Raison, politique et religion au XIX ème siècle.
mardi 18 novembre 2008
14h
Sciences Po, salle Jean Monnet
27, rue Saint-Guillaume 75007 Paris
M. Jérôme GRONDEUX soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Raison, politique et religion au XIX ème siècle.
En présence du jury :
M. BARJOT (Paris 4)
M. BOUDON (Paris 4)
M. BOUTRY (Paris 1)
M. CABANEL (EPHE)
Mme MELONIO (Paris 4)
M. SIRINELLI (IEP Paris)
M. Jean Christophe IGALENS - Casanova, l’écrivain en ses fictions. Formes et enjeux de représentation de soi.
samedi 27 juin 2009
14h
En Sorbonne, bibliothèque Ascoli , 2 ème étage
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean Christophe IGALENS soutient sa thèse de doctorat :
Casanova, l’écrivain en ses fictions. Formes et enjeux de représentation de soi.
En présence du jury :
M. DELON (Paris 4)
M. FRANTZ (Paris 4)
M. LAHOUATI (Pau)
M. PERRIN (Grenoble 3)
M. Jean DUBRAY - Pascal et Baudelaire. Etude philosophique et théologique d’une tradition janséniste.
samedi 13 mars 2010
9h
En Sorbonne, salle des Actes, centre administratif de la Sorbonne
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean DUBRAY soutient sa thèse de doctorat :
Pascal et Baudelaire. Etude philosophique et théologique d’une tradition janséniste.
En présence du jury :
M. BELIN (Montpellier 3)
M. LABARTHE (Zurich)
M. MESNARD (Paris 4)
Mme MILLET-GERARD (Paris 4)
M. Jean LASSEGUE - Pour une anthropologie sémiotique ; Recherches sur le concept de forme symbolique. [HDR]
mardi 15 juin 2010
13h30
A la Maison de la recherche , salle D116, 1er étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Jean LASSEGUE soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Pour une anthropologie sémiotique ; Recherches sur le concept de forme symbolique.
En présence du jury :
Mme BENIS-SINACEUR (CNRS)
M. BESNIER (Paris 4)
Mme HERRENSCHMIDT (CNRS)
Mme LAUGIER (Amiens)
M. LONGO(CNRS)
M. TAVOILLOT(Paris 4)
M. JEAN TISSIER - La chronique de Maupassant : éléments de psycholecture.
jeudi 20 janvier 2011
à 9h
Salle des Actes En sorbonne_ 1, rue
Victor Cousin 75005 Paris
M. JEAN TISSIER soutient sa thèse de doctorat :
La chronique de Maupassant : éléments de psycholecture.
En présence du jury :
MME FONYI ( CNRS PARIS )
M. GLAUDES ( PARIS 4 )
M. MITTERAND ( CAEN )
M. NOIRAY ( PARIS 4 )
M. Jean-Baptiste GASTINNE - Le Havre du XVIème siècle au XVIII ème siècle, génèse d’une ville et d’une population urbaine.
samedi 29 novembre 2008
14h
Salle F368 en Sorbonne, escalier F, 2ème étage
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean-Baptiste GASTINNE
Le Havre du XVIème siècle au XVIII ème siècle, génèse d’une ville et d’une population urbaine.
En présence du jury :
M. ABAD (Paris 4)
M. BARDET (Paris 4)
Mme BEAUVALET (Amiens)
M. BOTTIN (CNRS)
M. NASSIET (Angers)
M. WAUTERS (Le Havre )
Résumés :
Créée en 1517 par François 1er, la ville du Havre est la première et la plus réussie des fondations urbaines de l’époque moderne. Fruit d’une véritable opération d’aménagement du territoire, elle se substitue à Harfleur comme avant-port de Rouen, inaugure une politique de sanctuarisation du territoire national qui préfigure celle de Vauban, et ouvre la France sur les richesses du Nouveau Monde. Tirée par les armements morutiers puis par le trafic colonial, la croissance démographique porte la population urbaine au delà des 20 000 habitants, avant de buter sur la limite imposée par le carcan des fortifications. Mais la ville Françoise est aussi une œuvre politique dans laquelle l’Etat royal et le gouvernement municipal ont joué les premiers rôles. Après le choc de la trahison des protestants qui livrent la ville aux Anglais (1562), et l’aventure ligueuse (1587-1594) qui rompt les liens privilégiés avec le roi, les élites catholiques au pouvoir s’efforcent de construire la communauté urbaine dans une double fidélité au roi et à Dieu. La révocation de l’édit de Nantes, les guerres, les crises et les mutations de la fin du règne de Louis XIV changent cependant la donne. Au XVIIIe siècle, l’idéal communautaire se heurte à une immigration croissante autant qu’à l’essor d’un capitalisme maritime qui bouleverse les rapports sociaux.
Le Havre from the 16th to the 18th century
Birth of a city and of an urban population
Summary
Established in 1517 by Francis I, the city of Le Havre was the first and the most successful urban settlement in modern times. The result of a genuine land management project, it replaced Harfleur as Rouen’s outer harbour, marked the beginning of a national territory sanctuarisation policy even before Vauban’s time and opened France to the riches of the New World. Brought about first by cod fishing, then by colonial trade, demographic growth carried the population to over 20,000 inhabitants, before reaching the physical limits imposed by its fortifications. However, King Francis’s city was also a political creation where royal and municipal governments played major roles. After the shocking betrayal of the protestants who handed the city over to the English (1562), and the Holy League adventure (1587-1594) which severed the city’s special links with the king, the elite Catholics in power endeavoured to build the urban community with dual fidelity to God and the king. The rescinding of the Edict of Nantes, the wars, the crises and the changes at the end of Louis XIV’s reign created a whole new situation. In the eighteenth century, the community ideal had to struggle with increasing immigration as well as a booming maritime capitalism which upset social relations.
M. Jean-Baptiste MANCHON - D’une aviation coloniale à une aviation impériale. L’aéronautique militaire française outre-mer de 1911 à 1939.
jeudi 18 décembre 2008
9h
Aditorium de l’institut Filandais
60 rue des écoles 75005 Paris
M. Jean-Baptiste MANCHON
D’une aviation coloniale à une aviation impériale. L’aéronautique militaire française outre-mer de 1911 à 1939.
En présence du jury :
M. BARJOT (Paris 4)
M. COCHET (Metz)
M. FACON (Défense)
M. FORCADE (Paris 4)
M. FREMEAUX (Paris 4)
M. NOEL (Défense)
Résumés :
Alors même que l’aviation militaire faisait ses débuts en France, plusieurs territoires de l’Empire connurent des essais d’implantation aéronautique à la fin de la Belle Epoque. Parfois infructueux, ils montrent cependant l’engouement généralisé que suscita alors l’apparition de l’aéroplane. Ces tâtonnements amenèrent la création d’une aviation coloniale militaire en Afrique du Nord, mais le déclenchement de la Grande Guerre mit fin à l’expérience. La réapparition de l’aviation dans l’Empire résulta du développement des fronts périphériques à partir de 1916. Avec le retour à la paix, puis l’extension de l’aéronautique déployée outre-mer durant l’entre-deux-guerres, se constitua une véritable aviation aux colonies, dévolue à l’aménagement et au contrôle des territoires de l’Empire. Toutefois, la montée des périls en Europe et en Extrême-Orient, dans la seconde moitié des années 1930, amena cette aéronautique à évoluer pour devenir un véritable outil de défense, c’est-à-dire une aviation impériale.
From a Colonial Air Force to an Imperial Air Force : the French Air Force in the Overseas territories from 1911 to 1939
Just as military aviation came into being in France, attempts were made to establish aeroplane units in several French colonies in the years leading to the First World War. Those sometimes unsuccessful attempts testify to the general enthusiasm for the new invention, and brought about the establishment of a colonial air force in North Africa. The outbreak of the First World War brought the experiment to an end.
Aviation returned to the Empire as a result of the development of peripheral fronts from 1916 onwards. With the return of peace and the extension of the air force overseas between the two world wars, aviation expanded in the French Empire and was devoted to the development and control of the colonies. However, the growing threats from Europe and the Far East in the late 1930s brought about an evolution of the French Colonial Air Force into a real defence force , i.e. an Imperial Air Force.
M. Jean-Baptiste MAUDET - Le taureau marque son territoire. Espaces et territoires des pratiques tauromachiques du Sud-Ouest européen à l’Amérique.
Jeudi 22 novembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean-Baptiste MAUDET soutient sa thèse de doctorat :
Le taureau marque son territoire. Espaces et territoires des pratiques tauromachiques du Sud-Ouest européen à l’Amérique.
En présence du jury :
M. DI MEO (BORDEAUX 3)
M. HUMBERT (NANCY 2)
M. PITTE (PARIS 4)
M. ROMERO DE SOLIS (SEVILLE)
M. SAUMADE (AIX-MARSL 1)
Résumés :
En attente...
M. Jean-Brice ROLLAND - Roman, néoplatonisme et pastorale dans l’Astrée d’H. d’Urfé et ses sources espagnoles (La Diane de J. de Montemayor, la Diane amoureuse de G. Gil Polo, La Galatée de M. de Cervantès)
Lundi 19 novembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean-Brice ROLLAND soutient sa thèse de doctorat :
Roman, néoplatonisme et pastorale dans l’Astrée d’H. d’Urfé et ses sources espagnoles (La Diane de J. de Montemayor, la Diane amoureuse de G. Gil Polo, La Galatée de M. de Cervantès)
En présence du jury :
Mme DENIS (PARIS 4)
M. FERREYROLLES (PARIS 4)
M. GENETIOT (NANCY 2)
Mme GEVREY (REIMS)
M. HERSANT (EHESS)
M. SOUILLER (DIJON)
Résumés :
En attente....
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. JEAN-CHRISTOPHE LEMAITRE - La structure duale de l’identité dans la première philosophie de F. W. J. Schelling.
samedi 3 décembre 2011
à 14h
Au Centre Malesherbes, Salle 301,
108 Bd Malesherbes 75017 Paris
M. JEAN-CHRISTOPHE LEMAITRE soutient sa thèse de doctorat :
La structure duale de l’identité dans la première philosophie de F. W. J. Schelling.
En présence du jury :
M. CATTIN ( CLERMONT2 )
M. COURTINE ( PARIS 4 )
M. MABILLE ( POITIERS )
M. SCHNELL ( PARIS 4 )
M. JEAN-CHRISTOPHE LEMAITRE - La structure duale de l’identité dans la première philosophie de F. W. J. Schelling.
samedi 3 décembre 2011
à 14h
Au Centre Malesherbes, Salle 344, 108
Bd Malesherbes 75017 Paris
M. JEAN-CHRISTOPHE LEMAITRE soutient sa thèse de doctorat :
La structure duale de l’identité dans la première philosophie de F. W. J. Schelling.
En présence du jury :
M. CATTIN ( CLERMONT2 )
M. COURTINE ( PARIS 4 )
M. MABILLE ( POITIERS )
M. SCHNELL ( PARIS 4 )
Résumés :
Ce travail se propose d’analyser la philosophie de
Friedrich Wilhelm Joseph Schelling à travers le prisme de la notion d’identité.
Il s’agit de mesurer l’originalité de notre auteur, qui consiste, à notre sens,
dans la volonté de penser l’identité autrement que comme une simple identité
logique ou mathématique, sans pour autant inclure d’emblée la différence dans
l’identité, ni dépasser la sphère de l’identité vers un autre domaine de
problématicité. Une telle ambition semble commander de prendre en considération
les œuvres de Schelling s’échelonnant entre 1801 et 1806 et constituant ce que
les commentateurs ont caractérisé comme sa « philosophie de
l’Identité ». Or c’est sur la période immédiatement antérieure, celle
allant de 1794 à 1800, que nous avons décidé de porter notre attention. En
effet, il apparaît que la préoccupation de Schelling pour une pensée de l’unité
et de l’identité trouve son origine dans une réflexion portant sur le statut du
sujet, tel qu’il se dégage de la pensée critique inaugurée par Kant et
poursuivie par Fichte. C’est à la compréhension de cette articulation entre
réflexion sur la subjectivité et ambition ontologique de type moniste qu’est
consacrée notre thèse. La confrontation précise entre la pensée du jeune
Schelling et celle de Kant nous est apparue comme cruciale pour comprendre
comment une pensée de l’unité de la totalité pouvait se fonder sur la philosophie
critique. En adoptant une méthode génétique, nous avons dégagé deux modèles de
l’identité : l’identité-ipséité (première partie) et l’identité-harmonie
(deuxième partie). Notre propos s’achève alors sur la possibilité d’une
articulation systématique de ces deux modèles, afin de saisir l’originalité du
monisme schellingien, et, ce faisant, la possibilité d’une pensée moniste
intégrant en son sein la subjectivité.
The Dual Structure of Identity in
the Early Philosophy of F.W. J. Schelling : Monism and Subjectivity.
The purpose of this work is to analyse Friedrich
Wilhelm Joseph Schelling’s philosophy through the prism of the notion of
identity. The issue at stake is to gauge
the originality of the author. It is our contention that such originality lies
in his determination to perceive the notion of identity as something that
cannot be reduced merely to logical and mathematical identity, without
including the concept of difference right from the start in that of identity,
and without going beyond the sphere of
identity so as to reach another field of problematicity. With this purpose in
mind, it appears clearly that it is compulsory to take into account those of
Schelling’s works published between 1801 and 1806, which form what commentators
have called his « philosophy of Identity ». Now we have deliberately chosen to
survey instead the period immediately prior to that one, that is to say the
years from 1794 to 1800, for it seems to us that Schelling’s focus on how to
ponder unity and identity stems from his study of the status of the subject, as this status had
already been analysed in Kant’s critical theory, first, and afterwards in
Fichte’s works. Our doctoral dissertation is devoted to the analysis of the
connection between subjectivity, on the one hand, and an ontological framework
of the monist kind, on the other hand. Confronting young Schelling’s thought to Kant’s has
seemed to us crucial in our quest to understand how a philosophical system
based on unity could take Kant’s criticist philosophy as its stepping stone. We
have adopted a genetic approach so as to uncover two patterns of identity :
identity as ipseity (first part of our dissertation) and identity as harmony
(second part). As our dissertation comes to its close, it appears possible to
see these two patterns as systematically interconnected. This allows us to
fully grasp the originality of Schellingian monism and thereby, the possibility
of a monist type of thought welcoming the idea of subjectivity.
M. Jean-Claire VANCON - Le temple de la Gloire. Visages et usages de Jean-Philippe Rameau en France de 1764 à 1895.
vendredi 4 décembre 2009
14h
A la maison de la recherche, salle D223, 2° étage,
28 rue serpente, 75006 Paris
M. Jean-Claire VANCON soutient sa thèse de doctorat :
Le temple de la Gloire. Visages et usages de Jean-Philippe Rameau en France de 1764 à 1895.
En présence du jury :
MME ELLIS (London)
M. FAUQUET (CNRS)
M. GOSSELIN (Tours)
M. GRIBENSKI (Poitiers)
MME LEGRAND (Paris 4)
M. WEBER
M. Jean-Claude HEIN - Le portrait japonais du VIIIème au XVI ème siècle. Etude des représentations artistiques et des sources historiques.
samedi 3 octobre 2009
9h30
INHA, salle Ingres, 2ème étage,galerie Colbert
4-6 rue des Petits-Champs 75002 Paris
M. Jean-Claude HEIN soutient sa thèse de doctorat :
Le portrait japonais du VIIIème au XVI ème siècle. Etude des représentations artistiques et des sources historiques.
En présence du jury :
Mme BLANCHON (Paris 4)
M. MARQUET
M. MEROT (Paris 4)
M. PIGEOT (Paris 7)
M. ROBERT (EPHE)
M. JEAN-FRANÇOIS CHEMAIN - Le cautionnement dans le monde Romain du IIeme siècle avant J.-C. au Ier siècle après J.- C.
lundi 6 février 2012
à 9h
Salle D223, A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris
M. JEAN-FRANÇOIS CHEMAIN soutient sa thèse de doctorat :
Le cautionnement dans le monde Romain du IIeme siècle avant J.-C. au Ier siècle après J.- C.
En présence du jury :
M. ANDREAU ( EHESS )
MME CHEVREAU ( PARIS 2 )
MME DUCOS ( PARIS 4 )
M. FERRARY ( EPHE )
M. LE BOHEC ( PARIS 4 )
M. Jean-François CANDONI - Discours esthétiques et pratiques du théâtre musical dans le monde germanique au XIXème siècle.[HDR]
lundi 30 novembre 2009
14h
Au Crédit Municipal de Paris, Salle des Ventes
55 rue des Francs-Bourgeois 75004 Paris
M. Jean-François CANDONI soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Discours esthétiques et pratiques du théâtre musical dans le monde germanique au XIXème siècle.
En présence du jury :
M. BANOUN (Tours)
M. BARTOLI (Paris 4)
M. COLOMBAT (Paris 4)
M. MALKANI (Lyon 2)
M. MUZELLE (Nancy 2)
M. VALENTIN (Paris 4)
M. Jean-François CONDETTE (HDR) - Education et engagements : les cateurs éducatifs entre l’espace local et la nation dans la France des XIXe-XXe siècles
Samedi 1er décembre 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D035
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Jean-François CONDETTE soutient son habilitation à diriger des recherches :
Education et engagements : les cateurs éducatifs entre l’espace local et la nation dans la France des XIXe-XXe siècles
En présence du Jury :
M. CHALINE (PARIS 4)
M. CHANET (LILLE 3)
M. CHARLE (PARIS 1)
M. JACQUET FRANCILLON (LILLE 3)
M. JOURDAN (BORDEAUX 3)
M. LUC (PARIS 4)
M. Jean-François COZ - Un imaginaire au tournant des Lumières : Révéroni Saint Cyr (1767-1829).
samedi 10 juillet 2010
14h30
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean-François COZ soutient sa thèse de doctorat
Un imaginaire au tournant des Lumières : Révéroni Saint Cyr (1767-1829).
En présence du jury :
M. ABRAMOVICI (Valenciennes)
M. DELON (Paris 4)
M. FRANTZ (Paris 4)
Mme GALLINGANI (Bologne)
Résumés :
Cette thèse propose une étude de l’oeuvre intégrale de Jacques-Antoine de Révéroni Saint-Cyr (1767-1829), ingénieur militaire et écrivain, au sein de la production littéraire de l’époque révolutionnaire et impériale, à la croisée de la littérature, de l’histoire des sciences et de la musique. Étude historique, thématique et herméneutique, cette lecture critique analyse un imaginaire au tournant des Lumières qui comprend des mémoires sur l’art militaire, sur les beaux-arts et sur l’équilibre européen, des textes scéniques (opéras-comiques et comédies) et des romans. Cette diversité générique témoigne d’un complexus imaginaire partagé entre coeur et raison, mécanique et sensibilité, sérénité et inquiétude, qui inscrit le corpus révéronien dans un paradigme charnière entre l’héritage rationaliste de la philosophie des Lumières et une esthétique à coloration romantique.
This thesis studies the integral work of Jacques-Antoine de Révéroni Saint-Cyr (1767-1829), a military engineer and writer, at the breast of literary production of the French Revolution and Empire, encompassing literature, history of sciences and music. Historical, thematic and hermeneutical, this critical study analyses Reveroni’s imagery at the turning point of the age of enlightenment which includes essays about military art, fine arts and European equilibrium, theatrical production (comic operas and comedies) and novels. This variety of genres constructs an “imagery complexus” divided between heart and reason, mechanic and sensibility, serenity and anxiety, linked to a key paradigma between the rationalist heritage of the philosophy of enlightenment and an aesthetic coloured with romanticism.
M. Jean-François GENTIL - "La forme policière dans la création romanesque de Bernanos"
Vendredi 14 septembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Centre Administratif de Paris IV, Salle des Actes
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean-François GENTIL soutient sa thèse de doctorat :
"La forme policière dans la création romanesque de Bernanos"
En présence du Jury :
M. CAHNÉ (PARIS 4)
M. COMBE (PARIS 3)
M. NOT (AIX-MARSL 1)
En résumé :
La première partie propose l’étude des rapports de l’œuvre romanesque de Bernanos avec le genre policier. Ce genre est codifié et il s’avère que Bernanos manipule les codes. Il a néanmoins témoigné d’un intérêt pour Simenon, mais c’est Simenon qui s’est inspiré de Bernanos ; la position de Bernanos est donc la reconnaissance pour un élève brillant. Si Bernanos n’a pas fait de roman policier, il a en revanche des rapports étroits avec le roman du crime, catégorie de la littérature comparée. Une seconde partie montre l’empreinte indéniable du roman noir, genre indépendant, sur Bernanos et des emprunts allant jusqu’à la réécriture de classiques. Enfin, les liens avec le film noir et le cinéma sont étudiés sans théorisation.
The first part proposes the study of connections between the novelistic work of Bernanos and the style of the detective novel. This style is codified and it appears that Bernanos manipulates the codes in his proper way. There is an interest for Simenon but it is Simenon who took Bernanos as a starting point ; the position of Bernanos is the recognition for a brilliant pupil. If Bernanos did not write detective novels, on the other hand, he has relations with the crime novel which is a category from the comparative literature. A second part shows us the undeniable print of the hard-boiled novel, independent style, on Bernanos and some rewriting of the traditional ones. At last, the links between hard-boiled movies and the cinema are studied without theorization.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format PDF
M. JEAN-FRANCOIS CAPARROY - Soi-même comme un monstre pour demeurer un territoire inconnu. Complexité linguistique et clandestinité dans la poésie francophone de Louisiane à la fin du XXème siècle.
vendredi 25 mai 2012
à 14h
Salle D323 A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris
M. JEAN-FRANCOIS CAPARROY soutient sa thèse de doctorat :
Soi-même comme un monstre pour demeurer un territoire inconnu. Complexité linguistique et clandestinité dans la poésie francophone de Louisiane à la fin du XXème siècle.
En présence du jury :
MME CHIKHI ( PARIS 4 )
MME DEGRAS ( AIX-MARSL3 )
MME DOUAIRE ( PARIS 4 )
MME MAJUMDAR ( Portsmouth )
M. YEAGER ( Louisiane )
Résumés :
Pourquoi Jean Arceneaux, Deborah Clifton et David Cheramie – trois poètes francophones louisianais – font-ils le choix de se représenter sous les traits du monstre dans leur poésie ? L’étude comparée des recueils Cris sur le bayou, Suite du loup, A cette heure la louve et Lait à mère met en évidence l’existence d’un espace intertextuel, métaphorisé par les poètes eux‑mêmes sous les traits du « pays des loups », où les errances de leurs doubles poétiques dessinent les fondations d’un nouveau mythe américain.
Dédoublement et enchâssement des différents alter ego de l’auteur en un processus poétique de « schizophrénie linguistique », projection de soi dans une figure monstrueuse à des fins de recolonisation d’un espace textuel devenu non-lieu poétique puis corps de substitution du poète, jeu carnavalesque où le texte devenu palimpseste figure une superposition de masques trahissant l’existence d’un monde littéraire caché, esthétique du louvoiement et prolifération d’une monstruosité formelle, tels sont les artéfacts poétiques mis en place par nos auteurs dans un jeu de stratégie du dire. Fidèles à une forme de pensée clandestine, les recueils donnent ainsi libre cours à une inversion des valeurs sociales, esthétiques et linguistiques, laissant le vide et le silence d’une condition d’aliéné devenir les matériaux d’une entreprise d’exploration mnésique à des fins de réhabilitation du soi.
Se définissant dans cette difformité inscrite au cœur du texte, nos poètes semblent avoir réinventé et reconquis une langue française au potentiel performatif décuplé, faisant de cet Autre anglophone redouté, le complice médusé d’un rituel poétique de déconstruction et d’auto-gestation.
Oneself as a monster in order to remain an unknown territory
Linguistic complexity and secrecy in Louisiana francophone poetry by the end of the XXth century
Why do Jean Arceneaux, Deborah Clifton and David Cheramie – three francophone poets fromLouisiana– choose to represent themselves as the monster in their poetry ?
The comparative study of their works Cris sur le bayou, Suite du loup, A cette heure, la louve and Lait à mère reveals the existence of a special location in between their different texts the poets themselves imagine as " the wolves’ country ", where the wanderings of their poetical doubles draw the bases of a new American myth.
The splitting and setting of the different alter ego of the writer in a poetical process of " linguistic schizophrenia ", the throwing of one’s own picture as a monstrous figure in order to recolonize a textual space turned into a poetical non-place before becoming a substitute body for the poet, the carnivalesque game in which the text now a palimpsest represents a superposition of masks that betrays the existence of a hidden literary world, the aesthetic of the wolf-like gait and the proliferation of a formal monstrosity, these are the poetical artifacts used by our writers in a strategy game to express themselves. Thus, keeping to a form of secret thought, their works present inverted social, aesthetic and linguistic values, allowing the emptiness and silent specific to alienation to become the materials to set out for an amnesic exploration in order to rehabilitate one’s own self.
As they define themselves by this deformity written down in the texts, our poets seem to have invented and conquered again a French language ten times more powerful that makes of the “Other one” the anglophone they fear, the dumbfounded accomplice of a poetical ritual of deconstruction and self-gestation.
M. Jean-Jacques SARFATI - Le rôle créateur de l’exception en droit.
samedi 14 février 2009
9 h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de Paris 4
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean-Jacques SARFATI soutient sa thèse de doctorat :
Le rôle créateur de l’exception en droit.
En présence du jury :
M. BOYER (Paris 4)
M. ENGEL (Paris 4)
Mme LARRERE (Bordeaux 3)
M. RAYNAUD ( Paris 2)
M. Jean-Louis DESSALLES (HDR)- Vers une nouvelle théorie de la pertinence et de ses origines cognitives
Lundi 16 juin 2008
14 heures
Maison de la Recherche, salle de Conférence, D035 (RDC)
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Jean-Louis DESSALLES soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Vers une nouvelle théorie de la pertinence et de ses origines cognitives
En présence du Jury :
M. BESNIER (PARIS 4)
M. BOURGINE (EP PALAISE)
M. DESCLÈS (PARIS 4)
M. GÄRDENFORS (LUND)
M. HOMBERT (LYON 2)
Mme NICOLLE (CAEN)
M. VICTORRI (ENS)
M. Jean-Louis KUMMER - Les voyageurs français en Autriche au XIXe siècle
Vendredi 25 mai 2007
9 heures 30
INHA, Salle Demargne, RDC, Galerie Colbert
4-6, rue des Petits Champs 75002 Paris
M. Jean-Louis KUMMER soutient sa thèse de doctorat :
Les voyageurs français en Autriche au XIXe siècle
En présence du Jury :
M. BARRAT (PARIS 2)
M. BLED (PARIS 4)
Mme PIETRI (STRASBOURG 3)
M. RESZLER (GENEVE)
Résumés :
Les Français qui se sont rendus en Autriche au XIXe siècle, en fait entre 1815 et 1914, sont étudiés à travers les récits de leurs voyages, et grâce à leurs correspondances, aux archives publiques et privées, aux publications de l’époque. Les récits sont d’abord situés dans une perspective historique. Puis les voyageurs sont présentés brièvement. Sont précisées ensuite les conditions du voyage et leur évolution dans le temps : les guides, les cartes, les différents modes de locomotion. La troisième partie ne décrit pas l’Autriche, mais rapporte comment les voyageurs ont vu l’Autriche : d’abord les pays qui vont siéger au Reichsrat après 1848, puis la Hongrie, essentiellement les différents aspects des villes, leur évolution ; dans ces cités, la vie des différentes classes sociales, les ouvriers ou les campagnards suscitant peu d’observations. Dans le dernier quart de la période, les questions économiques intéressent davantage, et surtout les problèmes politiques : la "question d’Autriche" émerge dans la conscience française. Les derniers chapitres regroupent les récits des Légitimistes, qui ont rendu visite aux Bourbons exilés ; différents professionnels et experts : des médecins, qui ont étudié l’enseignement et les conditions de l’exercice de la médecine, des ingénieurs, des commerciaux, des économistes, des militaires ; des hommes politiques ; des artistes : des écrivains, un assez grand nombre de musiciens, des sculpteurs La conclusion essaie d’apprécier la pertinence du regard de ces voyageurs, éventuellement conditionné ou superficiel.
French people travelling to Austria during the XIX th century, more exactly from 1815 to 1914, are studied throug their travelogues, and using their correspondance, public and private records, as well as publications of that time. Firs, the travelogues are presented from a historical point of view. Then, the travellers themselves are briefly introduced. Next, travelling conditions and their evolution are detailed : the guides, the maps and the means of locomotion. The third part does not so much describe Austria as the outlook of those travellers on Austria : first, the contries sitting in the Reichrat after 1848, then Hungary, most importantly the various aspects of the cities and their evolution ; in those cities, the life of the various social classes, factory-workers and country folks being mostly ignored. During the last quarter of the studied time period, interest surges in economical questions, and above all political problems : the "Austria question" arise in french consciousness. The last chapters gather the tales of the Legitimists, who have visited the exiled Bourbons ; of various professionals and experts : physicians, who have studied the pedagogie and conditions of exercice of medicine, engeneers, merchants, economists, militaries ; of politicians ; of artists ; writers, numerous musicians, sculptors. The conclusion tries to evaluate the relevance of those travellers outlook, possibly conditioned or superficial.
Position de thèse :
C’est essentiellement par les écrits rédigés à l’occasion de leurs voyages que l’on peut connaître les voyageurs, et l’étude des récits des voyageurs français qui se sont rendus en Autriche a XIXe siècle est une voie d’abord pour la connaissance de ce pays. Encore faudra-t-il tenir compte du fait que certains distinguent mal la double monarchie du reste des pays germaniques, et ont des difficultés à situer avec précision certains de ses territoires, telle la Bohême. Cette étude s’attachera essentiellement à la période qui va de 1815 à 1914, car les voyages ont été rendus difficiles dans les premières années du siècle en raison des guerres napoléoniennes, bien que des commerçants aient pu aller proposer des vins de champagne aux belligérants des deux côtés des zones de combat... Et les militaires n’ont guère laissé que des souvenirs de bataille. Par ailleurs, il est devenu classique de faire se terminer le XIXe siècle en 1914.
Dans l’introduction sont évoqués les travaux d’auteurs qui se sont intéressés au voyage d’un point de vue sociologique et quasi métaphysique : le voyage conduit à la découverte de l’autre et rompt l’unicité du moi. Les récits des voyageurs sont ensuite situés dans une perspective historique, en essayant de caractériser les types de discours selon les époques : on voit la littérature s’autonomiser par rapport aux sciences, le récit acquiert une dimension esthétique.
Puis la problématique est précisée : sont étudiées les informations fournies sur le pays par les différents écrits des voyageurs, récits, même romancés, mémoires, correspondances officielles ou privées, œuvres poétiques ou théâtrales, sans négliger les influences subies par différents artistes. Il ne s’agit pas de décrire l’Autriche, mais de l’étudier indirectement, à travers la vision des voyageurs français. Sont ainsi abordés tous les aspects de la vie du pays : son histoire et sa géographie, les différentes classes sociales, les mœurs, la vie politique, intellectuelle, économique, artistique, religieuse. Ils sont plus ou moins approfondis selon les voyageurs et selon les époques. Ces voyageurs étant surtout des bourgeois, ou des nobles, et des intellectuels, on a été amené, à travers leur vision subjective, à privilégier certains thèmes, tels les villes et leurs monuments, la noblesse, la vision des Bourbons exilés par les Français légitimistes, la pratique et l’enseignement de la médecine, la musique, la politique intérieure et les conflits entre d’une part Vienne, et, d’autre part, Prague et Budapest, et les relations assez fortes, durant quelques années, entre la France et la Bohême.
Cette image que les voyageurs se font de la réalité doit être interprétée, car elle est inséparable de leurs présupposés, de leurs catégories mentales, de leur subjectivité. Il faut essayer de distinguer ce qu’ils ont réellement observé, et ce qui leur a été inspiré par leurs prédécesseurs, d’apprécier si leur regard est pertinent, objectif, indépendant, mais toujours plus ou moins conditionné, superficiel ou approfondi. Enfin cette image évolue avec le temps, avec les mentalités et les catégories des voyageurs, et également avec l’évolution du pays.
Dans le premier chapitre sont données des généralités sur ces voyageurs :
Leur nombre, qui augmente considérablement avec les années, avec le développement du tourisme et des relations commerciales, développement favorisé par l’amélioration des conditions de transport ;
Leur origine, sociale, géographique, religieuse, politique ;
Leurs motivations : simple goût de la découverte, banal plaisir du touriste ;
devoir religieux, des pèlerins, dont on pourra
rapprocher les légitimistes ;
devoir professionnel, des différentes catégories sociales : étudiants, scientifiques ou militaires en mission, ingénieurs et ouvriers, industriels et commerçants, artistes, diplomates, hommes politiques, banquiers...
Sont enfin précisées les durées et les destinations de ces voyages, et évoquées les agences de voyage, ainsi que les clubs et les revues, qui se multiplient à partir de 1850.
Après ces généralités, chacun des voyageurs est présenté, avec les écrits que son voyage lui a inspiré, si possible une brève biographie. Ils sont classés en différentes catégories, et par périodes dans chaque catégorie : "touristes", légitimistes, médecins, professeurs et publicistes, techniciens, ingénieurs ou commerciaux, diplomates, hommes politiques et attachés commerciaux, artistes : écrivains, musiciens, sculpteurs, peintres, acteurs, enfin les prêtres.
Ne sont pas négligés ceux qui n’ont pas laissé de récits, mais dont on peut retrouve la trace dans des correspondances officielles ou privées, dans des archives, (essentiellement des Affaires étrangères, et de l’Académie de médecine), dans des biographies ou des journaux. L’étude des passeports a été intéressante, mais ils ne sont plus exigés à partir de 1866. L’exposition universelle de Vienne a amené un grand nombre de voyageurs dans la capitale de l’Autriche, elle a fait l’objet de relations détaillées dans le Journal illustré, quarante numéros entre avril et décembre 1873.
Le second chapitre décrit les conditions du voyage, en citant les guides et les cartes, leur évolution, depuis les itinéraires du moyen âge, l’apparition de l’habitude de confondre le nom de l’auteur du guide avec le guide lui-même, (le Munster de Montaigne, puis le Joanne ou le Baedecker). Quelques guides sont plus particulièrement étudiés. Les cartes sont recensées à la fin du XVIIIe siècle ; un important travail de cartographie est entrepris après 1796, pour des motifs de stratégie militaire, ainsi que les plans des villes, (à Vienne, les maisons doivent porter un numéro depuis la patente de 1770).
Le passage des frontières est décrit ensuite, avec les contrôles douaniers, et la surveillance policière, rigoureuse jusqu’en 1860, qui s’adoucit ensuite, ceci toujours à partir d’exemples tirés des récits des voyageurs.
Puis sont abordés les routes et les différents moyens de locomotion : le réseau routier est assez bon en Autriche, à l’opposé des pays voisins ; les véhicules attelés sont plus utilisés que le cheval monté. La "poste", avec ses différentes voitures est bien organisée. Le véhicule personnel, en particulier la chaise "à la Viennoise", est cher, mais apprécié. Le Danube, et ses affluents, offrent cinq mille kilomètres de voies navigables aux vapeurs de la Société de navigation à vapeur sur le Danube, créée en 1830, dont l’expansion a été spectaculaire. La Commission Européenne du Danube, créée conformément à l’article 16 du traité de Paris de 1856, doit surveiller l’exécution des travaux propres à assurer la navigation sur les bouches du Danube. Plusieurs voyageurs, qui ont utilisé ce mode de transport, sont cités. Les chemins de fer sont ensuite étudiés, les différents réseaux, leur développement, les difficultés rencontrées par l’État autrichien, qui a dû les privatiser, puis les a rachetés, le raccourcissement de la durée des trajets, l’augmentation considérable du nombre des voyageurs qui utilisent le train, la qualité des voitures, la diminution des tarifs, la naissance de l’Orient-Express en 1883. Pour l’anecdote et le pittoresque, est rapporté un voyage effectué à bicyclette en 1894 par un journaliste du Petit Journal, qui a relié Paris à Vienne en six jours. Plus intéressant est le premier récit d’un voyage en automobile, rédigé par Pierre Marge, ami d’Édouard Herriot, qui a traversé en sa compagnie différentes régions de l’Autriche, de Vienne à Cracovie, puis, en franchissant les Carpathes, la Slovaquie, Budapest, la Croatie, et Trieste. Sont décrits enfin les modes de transport utilisés en ville : les omnibus de Vienne, les fiacres, coquets et rapides, mais chers, les rares voitures personnelles, les tramways électriques, bien étudiés par Briotet et Bienvenüe, ainsi que le tramway à vapeur de Vienne, la Stadtbahn, enfin le métro de Budapest, le premier construit en Europe, inauguré le premier mai 1896, jour d’ouverture de l’exposition du millénaire.
Dans le troisième chapitre, on a tenté de reproduire l’image que les voyageurs ont voulu donner de l’Autriche dans leurs écrits, en commençant par Vienne, la capitale, souvent point de départ des récits, et ses environs, en débutant par un "état des lieux", dressé par un pharmacien de Napoléon, Cadet de Gassicourt, en 1809, qui a donné un tableau complet de la ville ; puis son évolution, durant le Vormärz, et après la révolution. Peu appréciée avant la destruction des remparts, Vienne est vantée ensuite ; les rues, les différents édifices, privés et publics, les monuments, les églises ; les hôtels particuliers, la Ringstrasse, inaugurée le 1er mai 1865, et ses riches constructions modernes ; les faubourgs, avec leurs palais et leurs lieux de promenade ; à propos de la vie quotidienne, sont évoqués les théâtres, les cafés et les restaurants, les journaux, la musique et la danse. Les topoi de Madame de Staël sont rappelés ici, qui ont longtemps influencé les récits sur l’Autrichien, ses centres d’intérêt et ses distractions : il mènerait une existence "végétative", "les sciences et les lettres sont peu développées", "c’est la faute du climat". La censure, moquée par Marmier, est longtemps étouffante, le Viennois mange à toute heure, il mélange tous les plaisirs, il mange en musique et danse dans les brasseries. Mis à part l’ambassadeur Sainte Aulaire, peu de voyageurs ont pu faire le récit d’un contact direct avec les empereurs, qui cependant sont unanimement cités avec respect et même affection. Metternich est admiré pour son intelligence, mais souvent critiqué pour sa police et son conservatisme. La cour, et l’aristocratie en général, sont l’objet d’appréciations variables selon le rang de leurs auteurs. La "Seconde société", et la bourgeoisie de la culture, sont évoquées ensuite, mais les voyageurs se sont peu intéressés aux ouvriers et aux artisans, ainsi qu’aux paysans. Les mœurs et la vie intellectuelle sont abordées ensuite, et la vie religieuse : nombreux sont ceux qui y font allusion, le plus souvent en admirant, plutôt qu’une vraie spiritualité, les cérémonies, les pèlerinages, et la richesse des couvents, parfois en critiquant celle-ci, (Tissot). La moralité est l’objet d’appréciations contradictoires. Enfin les questions politiques, sur lesquelles plusieurs voyageurs se sont penchés, en particulier Charles Benoist.
Puis sont rapportés les propos des visiteurs de l’Ouest et du Sud de la Cisleithanie, qui ont décrit Salzbourg et sa région, la Carinthie, le Tyrol, la Styrie, la Carniole, Trieste, Goritz, Venise, et enfin la Bosnie-Herzégovine.
La Bohême Moravie a reçu des voyageurs relativement peu nombreux, mais en général enthousiastes, et qui ont dans l’ensemble pris le parti des Tchèques dans leur lutte pour se faire reconnaître comme une nation autonome, sinon comme un État indépendant. La ville de Prague recueille l’admiration unanime de tous. Les légitimistes, sont pratiquement les seuls à avoir pu pénétrer dans le château, dont l’architecture est souvent considérée comme sévère, mais tous les autres édifices sont vantés : les palais historiques, les églises baroques innombrables... On cite les autres villes de la Bohême, Brünn et la Moravie. On en rapproche la Silésie autrichienne. On aborde quelques aspects de la vie économique et quelques points de vue sur la société, et conclue sur les Sokols et la francophilie, et sur les questions politiques. Quelques rares voyageurs se sont rendus en Galicie, (six seulement) ; Cracovie les a séduits, mais leur anti-sémitisme a été réveillé. (Le Bon).
Enfin la Hongrie, atteinte en descendant le Danube, avec Presbourg, ancienne capitale de la Hongrie, ville de couronnement. Budapest est pour certains la plus belle ville d’Autriche, avec Prague. Buda, la vieille ville, suscite le plus d’intérêt ; elle est l’occasion d’un rappel sur l’histoire du pays et sa conquête par les Turcs. On apprécie le point de vue du haut de la colline, le palais, la forteresse, le quartier serbe, les deux bains, la cathédrale. À Pest, la ville neuve, on admire le Parlement, l’avenue Andrassy, le Musée National, l’Académie Nationale, l’Hôtel Hungria, et le métro. On vante les musiciens, les tenues vestimentaires, le charme des femmes hongroises, le rapide développement du pays. Certains sont allés vers Orsowa, d’autres en Transylvanie, ou en Croatie, et jusqu’à la côte dalmate. Les problèmes politiques sont encore rappelés. (Juliette Adam, baronne Blaze de Bury).
Après ces récits essentiellement de "touristes", des groupes particuliers de voyageurs ont été isolés : tout d’abord les Légitimistes, avec en premier Chateaubriand, et une évocation du "grand tour" du duc de Bordeaux. Puis les "Professionnels" et les "experts", tout d’abord les médecins, envoyés en "mission", qui ont décrit le fonctionnement des hôpitaux et le déroulement des études médicales en Autriche, et ont insisté sur leur qualité, ainsi que sur l’intérêt des policliniques et sur l’installation des stations thermales. Ensuite les ingénieurs, les commerciaux les économistes et les militaires. L’exposition universelle de Vienne de 1873 a été "la vitrine de l’Autriche libérale", mais son succès fut mitigé. La vie économique est malheureusement peu étudiée par les voyageurs, plutôt par les consuls et les ambassadeurs. Sont cependant cités des écrits sur la condition ouvrière, sur quelques productions : les haras, la métallurgie, l’agriculture, et sur les relations commerciales, avec les efforts peu suivis pour les développer, et avec "l’épopée Bontoux". Puis les hommes politiques : Gambetta, et surtout Clemenceau, sur qui l’on a plus de documents, enfin les artistes, avec deux écrivains, Apollinaire et Claudel ; ce dernier n’a pas compris la Bohême hussite, nationaliste et positiviste, mais y a cependant trouvé l’inspiration de plusieurs de ses œuvres, et son zèle dans ses fonctions de consul, exercées de décembre 1907 à septembre 1911, a été apprécié ; les musiciens ont laissé beaucoup d’écrits, en particulier Berlioz, qui a été acclamé à Prague et à Budapest. Ils ont donné une bonne description de la vie musicale dans la double monarchie, de l’enseignement de la musique et des lieux on l’on pouvait l’entendre. Enfin les sculpteurs, Bourdelle, dont les notes témoignent de sa sensibilité, et Rodin, dont le voyage, "royal", en 1902, a été très médiatisé. On n’a malheureusement aucun document sur les peintres.
Dans la conclusion, on a tenté d’apprécier la validité et l’originalité des informations fournies par les récits des voyageurs, et les efforts de certains pour faire véritablement œuvre d’écrivain. Ils se sont surtout intéressés aux villes et aux bourgeois plus qu’aux campagnards, et ils ont dans leur ensemble peu étudié les questions économiques et sociales, même s’ils ont noté l’important développement des différentes régions de la double monarchie. À la fin du siècle, on constate cependant l’apparition de la "question d’Autriche", "l’émergence lente de la complexité centro-européenne dans les consciences françaises" à partir de 1867, comme l’a montré Antoine Marès. On s’inquiète du rôle que l’Autriche va jouer dans le concert des nations, on parie sur sa consolidation, son explosion, son évolution vers le fédéralisme. Tous veulent une Autriche forte pour s’opposer à l’Allemagne ; certains pensent qu’une évolution vers le fédéralisme renforcera la double Monarchie, mais cette idée n’est plus guère défendue au début du XXe siècle, et, à partir de 1908, Clemenceau sent venir la guerre.
M. Jean-Louis PIERRE (Doctorat d’Etat) - Identité de Ramuz
Lundi 17 décembre 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D223
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Jean-Louis PIERRE soutient sa thèse de doctorat d’Etat :
Identité de Ramuz
En présence du Jury :
M. ALEXANDRE (PARIS 4)
Mme ALEXANDRE (PAU)
M. GODARD (PARIS 4)
M. JAKUBEC (LAUSANNE)
M. MORZEWSKI (ARRAS)
M. SCHAFFNER (PARIS 3)
M. Jean-Marc HOVASSE - La dissection d’une âme..
samedi 13 juin 2009
14h30
En Sorbonne, amphithéâtre Descartes
17 rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Jean-Marc HOVASSE soutient son habilitation à diriger des recherches :
La dissection d’une âme..
En présence du jury :
M. DUFIEF (Paris 10)
M. GUYAUX (Paris 4)
M. LEUILLIOT (Strasbourg)
M. MARCHAL (Paris 4)
M. NAUGRETTE (Rouen)
M. REGNIER (Lyon 2)
M. ROSA (PARIS 7)
M. Jean-Matthias FLEURY - Forces et dispositions, l’ontologie dynamyste de Leibniz à l’épreuve des débats contemporains.
vendredi 20 mars 2009
14h
salle de réunion du rez de chaussée à l’annexe du Collège de France
3 rue d’Ulm, 75005 Paris
M. Jean-Matthias FLEURY soutient sa thèse de doctorat :
Forces et dispositions, l’ontologie dynamyste de Leibniz à l’épreuve des débats contemporains.
En présence du jury :
M. BOUVERESSE (Collège de France)
M. ENGEL (Paris 4)
M. GLAUSER
M. RAUZY (Aix-Marseille 1)
Mme TIERCELIN (Paris 12)
M. Jean-Michel BLANCHET - Bergson et Merleau -Ponty. La perception et le corps percevant. Etude pour une philosophie du corps.
vendredi 26 juin 2009
14h
Maison de la recherche, salle D323
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Jean-Michel BLANCHET soutient sa thèse de doctorat :
Bergson et Merleau -Ponty. La perception et le corps percevant. Etude pour une philosophie du corps.
En présence du jury :
M. BARBARAS (Paris1)
M. COURTINE (Paris 4)
M. WORMS (Lille 2)
M. Jean-Michel DEREX - Les espaces inconstants. Les terres humides françaises XVIII-XXIème siècle.
vendredi 19 décembre 2008
14h
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de la Sorbonne
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jean-Michel DEREX soutient son Habilitation à diriger des recherches
Les espaces inconstants. Les terres humides françaises XVIII-XXIème siècle.
En présence du jury :
M. BEAUR (CNRS)
M. CINOTTI (
Mme CORVOL-DESSERT
M. DUGAS DE LA BOISSONNY
M. MORICEAU (Caen)
Mme VIVIER (Le Mans)
M. Jeremie DELORME - Eléments de toponymie générale du Grand-Bornand à Passamainty, terrain de longue durée et enquêtes contrastives en terrain varié dans les domaines roman, polynésien, basque et bantu.
vendredi 29 mai 2009
14h
Maison de la recherche, salle D116
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Jeremie DELORME soutient sa thèse de doctorat :
Eléments de toponymie générale du Grand-Bornand à Passamainty, terrain de longue durée et enquêtes contrastives en terrain varié dans les domaines roman, polynésien, basque et bantu.
En présence du jury :
Mme BOUTIER (Liège)
M. CHAMBON (Paris 4)
M. KRISTOL (Neuchatel)
M. LE MOIGNE
M. LEMARECHAL (Paris 4)
M. TROCHET (Paris 4)
Résumés :
Rechercher les bases d’une connaissance des toponymes renouvelée et renforcée se situe au fondement de cette thèse. Ce projet repose sur l’hypothèse selon laquelle les approches récentes et actuelles des faits toponymiques peuvent être améliorées. Sa mise en œuvre invite à engager une réflexion sur les méthodes et les théories de la toponymie. Il s’agit, en s’efforçant de satisfaire aux conditions de cohérence et de rigueur d’une approche scientifique, de poursuivre un but de conceptualisation et de généralisation. Cette démarche répond à l’observation de principes essentiels : 1° aligner la toponymie sur les méthodes et les théories de la linguistique générale ; 2° privilégier l’oralité, les synchronies observables et le point de vue des locuteurs natifs, d’après un idéal d’adéquation de la toponymie, science sociale et science de terrain, à son objet, l’étude des phénomènes toponymiques ; à cette fin, 3°, tirer profit d’une longue expérience des informateurs et du terrain ; et, 4°, soumettre l’étude des toponymes à une analyse progressive, en abordant les faits toponymiques dans leur ordre logique, des plus simples au plus complexes, à travers trois thèmes de recherche majeurs – l’établissement de corpus toponymiques oraux, l’exploration approfondie des lieux désignés par des toponymes, et l’étude des formations toponymiques, menée à rebours de travaux de toponymie dont l’étymologisation constitue le thème directeur. Fondés sur la pratique d’un terrain privilégié – celui d’une toponymie francoprovençale –, les acquis de cette recherche font l’objet d’une évaluation : soumis au contrôle de toponymies-tests – futunienne, basque et comorienne –, ils ne sont tenus pour généralisables qu’après s’être vu corroborés ou amendés.
The purpose of this research is to contribute to an improvement of the knowledge of toponyms. Its basic assumption is that the recent and present day toponymical approaches can be improved. Implementing it calls for a reflection on the methods and theories of toponymy with the aim of conceptualizing and generalising subject to conditions of scientific coherence and rigour. It relies on several essential principles. They are : i- to make toponymy obey the methods and theories of general linguistics ; ii- to give a primacy to orality, to observable synchronies and to native speakers’ standpoints, and thus make toponymy adequate to its object of study of toponymical phenomena, as a social and field science ; iii- to rely on a long experience with the informants and the fieldwork ; iv- to rely on a progressive analysis. In the progressive analysis developed here, toponymical phenomena are addressed in an increasing order of complexity through three major issues that include establishing oral toponymic corpuses in a first step, exploring in depth the places that are referred to by the toponyms in a second step, and the study of toponymic formations in a final step. This final step goes against the toponymic literature which relies mainly on etymologization. This research is mainly based on a practical experience of a Francoprovençal ground and is checked through contrasting it with East Futunan, Basque, and Comorian toponymies taken as specific test-toponymies.
M. JEROME DE GRAMONT - L’appel et l’affect. Recherches à partir de Kant et la phénoménologie. [HDR]
vendredi 17 juin 2011
à 14h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. JEROME DE GRAMONT soutient son habilitation à diriger des thèses :
L’appel et l’affect. Recherches à partir de Kant et la phénoménologie.
En présence du jury :
M. CHRETIEN ( PARIS 4 )
M. GREISCH ( Berlin )
M. MARION ( PARIS 4 )
M. MARTY ( Faculté )
MME ZARADER ( MONTPEL 3 )
M. JEROME MARTIN - Le mouvement d’orientation professionnelle en France. Entre école et marché du travail, la naissance d’une profession (1900-1940).
jeudi 30 juin 2011
à 14h
A la maison de la recherche, salle D223, 2° étage,
28 rue Serpente, 75006 Paris
M. JEROME MARTIN soutient sa thèse de doctorat :
Le mouvement d’orientation professionnelle en France. Entre école et marché du travail, la naissance d’une profession (1900-1940).
En présence du jury :
M. BARJOT ( PARIS 4 )
M. CONDETTE ( ARRAS )
M. LUC ( PARIS 4 )
MME OMNÈS ( VERSAILLES )
MME SCHWEITZER ( LYON 2 )
Résumés :
Entre les années 1900 et les
années 1940, la notion d’orientation professionnelle est construite à la
confluence de trois champs : des patronages et des associations laïcs se
préoccupent du placement des
adolescents à la fin de l’école primaire ; des responsables éducatifs
s’inquiètent de nombre limité d’apprentis ; enfin, les premiers
psychologues proposent l’utilisation de tests pour l’affectation de la
main-d’œuvre. Les années 1920 sont
marquées par la création de nombreux offices.
Soutenu par des milieux sociaux et professionnels très différents, le
mouvement d’orientation professionnelle se professionnalise progressivement, en
partie grâce à la création de l’Institut national d’orientation professionnelle
(INOP) et d’associations professionnelles. Les années 1930 constituent un
tournant. La montée du chômage et les besoins en main-d’œuvre qualifiée
nécessitent une réorganisation du dispositif.
Between the 1900s and the 1940s, the concept of
professional orientation is built at the confluence of three fields : lay of
sponsorships and associations concerned with the placement youth at the
end of primary school ; education officials are concerned about limited number
of apprentices ; early psychologists
propose the use of testing for the assignment of the labour force. The 1920s
were marked by the creation of many offices. Supported by social and
professional environments very different, the vocational guidance movement is
professionalizes gradually, partly through the creation of the National
Institute of vocational guidance (INOP) and professional associations. The
1930s constitute a turning point. The rise of unemployment and the skilled
labour needs require a reorganization of the device
M. Jiphy Francis MEKKATTUKULAM - L’initiation chrétienne selon les Actes de Thomas. L’unité liturgique et théologique du don de l’Onction - Baptême - Eucharistie
Samedi 20 octobre 2007
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Jiphy Francis MEKKATTUKULAM soutient sa thèse de doctorat :
L’initiation chrétienne selon les Actes de Thomas. L’unité liturgique et théologique du don de l’Onction - Baptême - Eucharistie
En présence du Jury :
Mme ALEXANDRE (PARIS 4)
M. de CLERCK (ICP PARIS)
M. DESREUMAUX (CNRS)
M. MUNNICH (PARIS 4)
M. YOUSIF (ICP PARIS)
Résumés :
Les Actes de Thomas (= AcTh), corpus transmis principalement en syriaque et en grec, appartiennent à
la littérature apocryphe se rapportant à l’action de l’apôtre Thomas en Inde. Ils comportent cinq Récits
témoignant des gestes et des prières liturgiques du « devenir chrétien ». Cette thèse est une recherche
historique, liturgique et théologique sur les données textuelles de ces Récits, que nous possédons
aujourd’hui dans la version syriaque éditée par W. Wright et dans la version grecque éditée par M.
Bonnet. Après avoir situé l’initiation chrétienne dans le contexte historique de l’Église ancienne (Ière
partie), ce travail analyse les données liturgiques et théologiques des cinq Récits (IIe partie). L’étude
elle-même (IIIe partie) montre la spécificité de la pratique liturgique et la compréhension théologique
du rite d’initiation chrétienne selon les AcTh : les candidats demandent le « ..... » (rušma) /
« sfragi/v » (sphragis) et l’apôtre leur donne l’« Onction-Baptême-Eucharistie » en une seule
célébration liturgique. L’un des résultats de cette recherche consiste à montrer que l’Esprit Saint,
invoqué dans deux des épiclèses des AcTh, est un ajout ultérieur aux textes primitifs, à la suite des
discussions trinitaires et pneumatologiques des IIIe-IVe siècles. Le passage de la perspective
christologique qui règne dans l’ensemble du corpus à une conception pneumatologique exprimée dans
les textes liturgiques indique comment les AcTh ont pu évoluer en fonction des développements
théologiques survenus dans l’Église ancienne.
The Acts of Thomas (= AcTh), a corpus handed down mainly in Syriac and in Greek, form part of the
apocryphal literature, and narrate the deeds of the apostle Thomas in India. The corpus consists of five
Narratives that witness both the actions and the liturgical prayers that help “to become a Christian”.
The present thesis is a research from a historical, liturgical and theological point of view on the textual
findings of the Narratives based on the two versions that we have today, namely the Syriac version
edited by W. Wright and the Greek version edited by M. Bonnet. The first part of the thesis situates
the Christian initiation in its historical context and the second part analyses liturgical and theological
content of the five Narratives. The third part of the thesis reveals the specificity of the liturgical
practice and the theological understanding of the rite of Christian initiation according to the AcTh. The
liturgical content being that, at the demand of the candidates for “..... (rušma) / sfragi/v
(sphragis)”, the apostle gives them “Anointing-Baptism-Eucharist” in a single liturgical celebration.
One of the important findings of this research is that the Holy Spirit who is called upon in two of the
Epiclesis of the Narratives was not part of the original texts, but is indeed a later addition resulting
from the Trinitarian and Pneumatological discussions in the 3rd and 4th centuries. The shift from a
Christological perspective, which is present in the entire corpus, to a Pneumatological perspective in
the liturgical texts, shows how the AcTh evolved in tune to the theological developments that took
place in the history of the ancient Church.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Joel BREMOND - Des produits aux stéréotypes et aux images un nouveau champ pour les recherches en civilisation hispanique ?[HDR]
samedi 14 novembre 2009
9h
Maison de la recherche, salle D323,3ème étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Joel BREMOND soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Des produits aux stéréotypes et aux images un nouveau champ pour les recherches en civilisation hispanique ?
En présence du jury :
MME DELFOUR (Marne la Vallée)
MME ETIENVRE (Paris 3)
M. RALLE (Paris 4)
M. RODRIGUEZ ( Paris 4)
M. ROUDIÉ (Bordeaux 3)
M. Joel CASTONGUAY-BELANGER - Les écarts de l’imagination : pratiques et représentations de la science dans le roman au tournant des Lumières (1775-1810)
Mercredi 19 décembre 2007
Montréal
M. Joel CASTONGUAY-BELANGER soutient sa thèse de doctorat :
Les écarts de l’imagination : pratiques et représentations de la science dans le roman au tournant des Lumières (1775-1810)
En présence du Jury :
M. CHASSAY (UQAM)
M. DELON (PARIS 4)
M. DIONNE (MONTREAL)
M. FRANTZ (PARIS 4)
M. MELANCON (UQAM)
Résumés :
En attente...
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. Joffrey SEGUIN - La Politique des souverains égyptiens de la XVIIIe dynastie au Levant.
lundi 14 décembre 2009
14h
A la maison de la recherche, salle D116, 1° étage,
28 rue serpente, 75006 Paris
M. Joffrey SEGUIN soutient sa thèse de doctorat :
La Politique des souverains égyptiens de la XVIIIe dynastie au Levant.
En présence du jury :
M. BORDREUIL (ICP Paris)
M. GRANDET (UCO)
M. TALLET (Paris 4)
MME VALBELLE (Paris 4)
M. Jonas CAMPION - Le rétablissement de la légalité policière après la Seconde Guerre mondiale : les Gendarmeries belge,française et la Koniklijke Marechaussée néerlandaise.[COTUTELLE]
jeudi 11 juin 2009
15h
Maison de la recherche, salle D223, 2ème étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Jonas CAMPION soutient sa thèse de doctorat :
Le rétablissement de la légalité policière après la Seconde Guerre mondiale : les Gendarmeries belge,française et la Koniklijke Marechaussée néerlandaise.
En présence du jury :
Mme FUNAUT (Tilburg)
M. FOURCADE (Paris 4)
M. LAGROU (Bruxelles)
M. LUC (Paris 4)
M. LUYTEN (Gand)
M. ROUSSEAUX (Louvain)
Résumés :
À la croisée de l’histoire des institutions de régulation sociale, de l’histoire des occupations militaires, de la répression des collaborations durant la Seconde Guerre mondiale en Europe, cette thèse confronte la situation des gendarmeries belge, française et de la Koninklijke Marechaussee néerlandaise après la Seconde Guerre mondiale, lors des multiples dynamiques constitutives du rétablissement de la légalité policière de ces institutions. Réalité multiforme, celui-ci se définit comme l’ensemble des processus qui permettent de doter l’arme des capacités humaines, matérielles et morales pour remplir les missions qui sont les leurs dans les sociétés libérées. Dans une analyse des continuités et ruptures qui parcourent les gendarmeries entre les années 1930 et 1950, nous abordons leurs évolutions structurelles, humaines et celles de l’identité professionnelle de ces forces. Notamment, nous analysons le déroulement des procédures épuratoires (extra-légale, administrative et judiciaire) qui les traversent à l’issue de leur service en territoires occupés. Au final, il ressort que si les armes évoluent en termes humains, structurels et de missions, au regard de l’évolution des sociétés européennes, les valeurs professionnelles qui les fondent restent identiques. Elles correspondent à la logique du service de la chose publique et des autorités politiques, par rapport aux nécessités des processus de régulation sociale.
The re-establishment of the police lawfulness after WWII. The Belgian and French Gendarmerie forces and the Dutch Koninklijke Marechaussee.
This PhD thesis is situated at the crossroad of the history of social control institutions, the history of military occupations, and the history of the repression of collaboration after the Second World War in Europe. It investigates and compares the post-war experiences of the Belgian gendarmerie, the French gendarmerie, and the Dutch Koninklijke Marechaussee, within the context of the multiple dynamics involved in the re-establishment of their legitimacy as legal police authorities. This complex reality is best defined as the whole of processes that allow to provide the armed forces with the necessary human, material and moral capabilities to perform their functions in the newly freed society. Our analysis of the continuities and ruptures marking the development of the gendarmerie forces between 1930 and 1950 is concerned with the evolution of their organisational structures, of their personnel, and of their professional identity. More in particular, we closely examine the ways in which they underwent mechanisms of ‘epuration’ (via extra-legal, administrative and judicial procedures), as a result of their activity within occupied territories. Overall, this examination reveals that although the armed police forces did evolve on the human and structural level and in terms of duties, in line with the evolution of European society, the professional values underpinning this development remained unchanged. These continued to correspond to the professional logic of serving the public cause and the political authorities, by responding to the need for processes of social regulation.
M. JORDI PIA COMELLA - Philosophie et religion dans le stoïcisme impérial romain. Etude de quelques cas : Cornutus, Perse, Epictète et Marc-Aurèle.
samedi 3 décembre 2011
à 13h30
A la maison de la recherche, salle D116,
1° étage, 28 rue serpente, 75006 Paris
M. JORDI PIA COMELLA soutient sa thèse de doctorat :
Philosophie et religion dans le stoïcisme impérial romain. Etude de quelques cas : Cornutus, Perse, Epictète et Marc-Aurèle.
En présence du jury :
MME ARMISEN-MARCHETTI ( TOULOUSE 2 )
MME CASANOVA-ROBIN ( PARIS 4 )
M. GOURINAT ( CNRS )
M. HOFFMANN ( EPHE )
M. LEVY ( PARIS 4 )
M. SETAIOLI ( Pérouse )
Résumés :
Comment les Stoïciens concilient-ils l’exigence d’une piété intérieure,
reposant sur l’obéissance à un dieu rationnel avec la défense des rites
traditionnels ? Après avoir étudié les oscillations constantes chez les
Stoïciens grecs entre la légitimation et la condamnation des cultes civils,
nous montrons que les Stoïciens impériaux, Cornutus, Perse, Épictète et
Marc-Aurèle, prolongent le débat sur la relation
entre philosophie et religion sous une perspective différente, en l’acclimatant
au contexte politico-religieux de la Rome impériale et en l’adaptant à la
nature du destinataire et aux stratégies persuasives de chaque œuvre. Cornutus
propose une interprétation philosophique du mythe sous la condition qu’il soit
distingué des fictions poétiques. L’allégorie du mythe lui semble un moyen
pédagogique efficace pour transmettre à son jeune lecteur une piété
intellectuelle ; elle revêt également une dimension politique lorsque
l’allégoriste oppose la figure du Prince à celle du Sage stoïcien. Le genre de
la satire, où le rationalisme critique des Cyniques vient croiser l’attachement
du Romain aux valeurs sociales de sa cité constituent un parfait exemple des
tensions entre une piété fondée sur la liberté intérieure et l’incapacité pour
le proficiens Perse de renoncer à la
croyance en des divinités lui portant secours. Épictète et Marc-Aurèle
intègrent les pratiques religieuses dans leur ascèse morale, faisant d’elles
l’expression de l’adhésion à l’ordre cosmique. Cependant, Marc-Aurèle laisse
affleurer une piété irréductible aux catégories conceptuelles des Stoïciens,
ponctuellement marquée par la religion impériale et traversée par le doute.
How can the
stoics reconcile the research of rational piety based on moral perfection with
the legitimisation of the ritualism and traditional representation of pagan
gods ? After studying the constant oscillation between the legitimisation and
condemnation of traditional rites in ancient stoicism, we demonstrate that the
roman stoics, Cornutus, Persius, Epictectus and Marcus Aurelius, address the
same question, but with two essential specifics : adapting it to the
political-religious context of Imperial Rome and paying particular attention to
their readers as to the pedagogic strategist to grant its moral conversion.
Cornutus proposed a philosophical interpretation of the myth, under which the
condition would be considered as a primitive expression of truth and differentiated from poetic fictions. The allegory of the myth appears as a
pedagogic means to teach its young reader a rational
piety that would not be limited to a simple execution of the rites ; it also
presents a political dimension where the allegorist confronts the image of the
Imperator against the stoic, wise and divine being. The satire, where the
cynics’ critical rationalism and the respect of the Roman religion are mixed,
exemplifies the tensions between a piety based on internal liberty with the
incapacity for the proficiens Persius
to give up the necessity of praying for the roman gods’ help. Epictetus and
Marcus Aurelius integrate the religious practices within their moral asceticism,
making them the expression of consent to the cosmic order. Although, Marcus
Aurelius expresses a form of irreducible piety to the stoics’ conceptual
categories, it is shaped by the imperial religion and the existential doubts.
M. Jorge MAXIMINO - Philosophie et modernité dans l’oeuvre poétique d’Antonio Ramos Rosa.
samedi 28 novembre 2009
14h
En Sorbonne, salle D664, cour Cujas, accès Galerie Claude Bernard
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Jorge MAXIMINO soutient sa thèse de doctorat :
Philosophie et modernité dans l’oeuvre poétique d’Antonio Ramos Rosa.
En présence du jury :
Mme BESSE (Paris 4)
Mme GIUDICELLI (Paris 4)
Mme KLEIMAN (Lille 3)
Mme QUINT (Paris 3)
M. Jorge MITTELMANN - "La cohérence de l’hylémorphisme : problèmes d’ontologie soulevés par la conception aristotélicienne de l’âme"
Samedi 24 février 2007
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Descartes,
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Jorge MITTELMANN soutient sa thèse de Doctorat :
"La cohérence de l’hylémorphisme : problèmes d’ontologie soulevés par la conception aristotélicienne de l’âme"
En présence du Jury :
M. BARNES (PARIS 4)
M. BASTIT (DIJON)
M. CHARLES (Oxford)
M. IMBACH (PARIS 4)
M. WOLF (PARIS 10)
Résumés :
Cette étude examine les tensions que l’énoncé aristotélicien de l’âme introduit dans les catégories
fondamentales de la philosophie naturelle, contrariant l’expectative d’un transfert littéral de ces
catégories à l’éclairage du rapport entre corps et âme. L’analyse standard du composé en matière
et forme est ébranlée par l’irruption d’un substrat animé per se, lequel est censé avoir, en même
temps, la vie « en puissance ». Cette difficulté suscite l’examen des articulations compromises, et
demande l’introduction de quelques aménagements, dans le but de sauver la cohérence globale de
l’entreprise définitionnelle. L’exposé des ennuis que soulève le projet général d’énoncer les
composés sensibles est suivi d’une hypothèse interprétative, concernant le statut ontologique
devant être accordé à chacun des deux termes du lien hylémorphique. De ce fait, la distinction
catégorielle entre fonction et objet est mise au service d’un éclairage rétrospectif du binôme
forme-matière, dans le but d’exploiter certains parallélismes remarquables. Un examen des
diverses façons d’« avoir la vie en puissance » complète cette étude, qui conclut à une analogie
entre la potentialité problématique du corps, et le rapport ambigu que le sang entretient à sa
chaleur naturelle, dans le traité sur les Parties des Animaux.
The dissertation discusses the strain that the Aristotelian formula of soul imposes on the basic
categories of natural philosophy, challenging the expectations of a literal transposition of those
categories to the explanation of the relationship between body and soul. The usual analysis of a
hylomorphic composite into matter and form is disturbed by the irruption of a substrate which is
animate per se, whereas it is supposed to have life potentially. This difficulty invites an
examination of those usual articulations called into question by psychology, and requires
bringing in some adjustments, in order to save the coherence of the whole definitional
enterprise. Following the exposition of the troubles which faces the general project of defining
sensible composites, the dissertation suggests an interpretative hypothesis as to the ontological
status that should be bestowed on the relata of a matter-form relationship. Accordingly, the
categorical demarcation between function and object is taken into account, given that it displays
certain conceptual features that could help to clear up some of the issues involved in the
Aristotelian distinction. A discussion of the different ways of “having life potentially” closes the
work, which proposes to read the seemingly awkward potentiality of the body in the light of the
connection between blood and its natural heat, sketched in the treatise on the Parts of Animals.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable
M. JOSÉ CARLOS GUTIÉRREZ PRIVAT - La condition technique. La technique comme control, création et interprétation. [COTUTELLE]
vendredi 30 mars 2012
à 14h
A la maison de la recherche, salle
D323, 3° étage, 28 rue Serpente, 75006
Paris
M. JOSÉ CARLOS GUTIÉRREZ PRIVAT soutient sa cotutelle de thèse :
L’homme à la fabrique du vivant. Biotechniques à la recherche d’une philosophie de la vie.
En présence du jury :
M. ALEGRIA VARONA ( Pacifico )
M. BESNIER ( PARIS 4 )
MME HANZA ( Pontificia )
M. LENAY ( COMPIEGNE )
Résumés :
Les techniques biologiques actuelles, en particulier celles qui concernent le génie génétique, sont devenues un domaine de discussion philosophique très actif. Elles soulèvent un nombre considérable d’inquiétudes dont le centre problématique réside dans cette interrogation : doiton laisser à la technique la possibilité d’une fabrication intégrale de l’homme ? Les réponses habituelles avancées se heurtent soit aux problèmes philosophiques de l’essentialisme naturaliste, soit aux limitations des discours utopiques qui prônent l’arrivée du posthumain. Nous tenterons d’emprunter dans cette recherche une perspective différente, impliquant une double démarche conceptuelle : d’une part, une interrogation de l’image de l’homme à l’oeuvre dans les différents projets biotechniques ; d’autre part, la formulation d’une philosophie de la vie capable d’élucider la signification biologique et humaine de ces projets. Nous affirmerons à cet égard que l’image de l’homme-machine élaborée aux XVIIe et XVIIIe siècles trouve son accomplissement dans les biotechniques actuelles, dans lesquelles l’homme acquiert la condition de locus technicus par excellence. À l’intérieur de cet espace, il s’ouvre la possibilité d’une production technique de l’homme où les capacités normatives de la vie sont mises en question. Nous soutiendrons que les biotechniques s’offrent à l’homme comme une forme d’activité vitale paradoxale, dans la mesure où elles travaillent pour dépasser ou supprimer la polarité dynamique propre au vivant. Il s’agira donc d’analyser – à l’aune de Canguilhem – les fondements de la « fabrique » biotechnique et ses répercussions à l’égard de la valeur biologique de la vie.
Man & the factory of living beings
Biotechnologies in search of a philosophy of life
Current biological techniques, in particular those concerning genetic engineering have become a very active domain of philosophical discussion. These raise a series of significant
concerns amongst which the fundamental problem lies in the following issue : should we or should we not allow the technique to assume on its own human improvement in all its dimensions ? The customary answers to such matter, encounter with either the philosophical problems of naturalist essentialism, or else, the limitations of utopian discourses which advocate the virtues of the arrival of the post-human concept. In this research, however, we will attempt to answer through a double conceptual approach. On one hand, a questioning of man’s image, at work in the diverse biotechnical projects ; and on the other, the formulation of a philosophy of life capable of clarifying the human and biological significance of these projects. In this regard, we will claim that the image of the man-machine outlined in the XVIIth and XVIIIth centuries is fully accomplished by present ongoing biotechnologies in which man acquires the condition of locus technicus par excellence. This scenario opens up the possibility of a technical production of man, one in which life’s normative capacities are currently questioned. We will affirm that biotechnologies imply a vital yet paradoxical form of activity insofar as these work towards surpassing or suppressing the dynamic polarity peculiar to living beings. Therefore, our approach will analyse – from the standpoint of Canguilhem – the basis of the “biotechnical fabric” of the human body and its repercussions regarding the biological value of life itself.
M. Josef RICHTER - Le libertinage littéraire en Angleterr, en France et en Allemagne (1751-1804)
samedi 10 juillet 2010
9h30
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Josef RICHTER soutient sa thèse de doctorat :
Le libertinage littéraire en Angleterre, en France et en Allemagne (1751-1804)
En présence du jury :
M. ABRAMOVICI (Valenciennes)
M. DELON (Paris 4)
M. LAUDIN (Paris 4)
M. TATIN (Tours)
M. Joseph PHILIPPE (HDR) - "Les petites îles tropicales, des sanctuaires floristiques et écosystèmiques (l’exemple de la végétation forestière des Petites Antilles)"
Samedi 24 novembre 2007
9 heures
Institut de Géographie de Paris, Petit Amphithéâtre
191, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Joseph PHILIPPE soutient son habilitation à diriger des recherches :
"Les petites îles tropicales, des sanctuaires floristiques et écosystèmiques (l’exemple de la végétation forestière des Petites Antilles)"
En présence du jury :
M. AMAT (PARIS 4)
M. ARNOULD (ENS Lyon)
Mme HOTYAT (PARIS 4)
M. LEROY (Coll. de FR)
M. MONNIER (MUSEUM)
M. RAMADE (PARIS 11)
M. Juan IBEAS - Sensations et sentiments dansla culture rococo.[COTUTELLE]
vendredi 6 février 2009
12h
Université du Pays Basque, faculté des Lettres
M. Juan IBEAS soutient sa thèse de doctorat :
Sensations et sentiments dansla culture rococo.
En présence du jury :
M. ALTARRIBA (Bilbao)
M. BERCHTOLD (Paris 4)
M. DELON (Paris 4)
Mme VASQUEZ (Pais Vasco)
Résumés :
Cette étude du rococo montre l’émergence d’un nouveau régime thématique et formel apparu en Europe dans la première moitié du XVIIIe siècle, et prend une apparence reconnaissable dans la deuxième. La tendance au monumental, au cérémonieux et au solennel disparaît dans le premier rococo et cède la place au délicat et à l’intime. Le changement décrit est très profond, même s’il ne prend pas la forme d’un séisme social. C’est plutôt l’effet concret d’une gradation très complexe faite d’un long processus d’évolution et d’un réalignement des sujets et des formes, depuis les collections de Marivaux jusqu’aux caprices de Goya, des fêtes de Watteau aux orgies sadiennes.
Sensations and feelings in the rococo culture
This study of rococo describes the emergence of a new thematic and formal regime that appears during the first half of the eighteenth century in Europe, and takes on a recognizably shape in the course of the second one. The tendency towards the monumental, the ceremonious and the solemn already disappears in the early rococo, and makes room for a more delicate and intimate quality. The change described here is quite profound, although it does not take the form of a seismic event. It is rather the net effect of a long process of thematic and formal drift and realignment, from the collections of Marivaux to the drawings of Goya, from the paintings of Watteau to the Sade’s orgies.
M. Julien ABED - La parole de la sibylle. Fable et prophétie à la fin du Moyen-Age.
samedi 13 mars 2010
14h
En Sorbonne, Amphithéâtre Milne Edwards, esc B, 2ème étage
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Julien ABED soutient sa thèse de doctorat :
La parole de la sibylle. Fable et prophétie à la fin du Moyen-Age.
En présence du jury :
M. BOUTET (Paris 4)
Mme CERQUIGLINI-TOULET (Paris 4)
Mme LEFEVRE (Columbia)
M. TILLIETTE (Genève)
M. TRACHSLER (Göttingen)
M. ZINK (Collège de France)
M. Julien FOURNIER - Entre tutelle romaine et autonomie civique. Recherches sur l’administration judiciaire dans les provinces hellénisées de l’Empire romain, (146 av. J.-C. - 212 ap. J.-C.)
Samedi 24 novembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D323
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Julien FOURNIER soutient sa thèse de doctorat :
Entre tutelle romaine et autonomie civique. Recherches sur l’administration judiciaire dans les provinces hellénisées de l’Empire romain, (146 av. J.-C. - 212 ap. J.-C.)
En présence du Jury :
M. CORIAT (PARIS 2)
M. FERRARY (EPHE)
M. MULLIEZ (LILLE 3)
M. PICARD (PARIS 4)
M. SARTRE (TOURS)
Résumés :
Cette étude s’intéresse conjointement à l’essence de la domination romaine sur une région jouissant d’une longue tradition d’autonomie et au devenir de la cité grecque et de ses institutions dans le prolongement des siècles antérieurs. La première partie dresse une typologie des structures de l’administration judiciaire dans les provinces d’Asie et d’Achaïe. La deuxième est consacrée aux modalités du partage des compétences entre les autorités romaines et les juridictions des cités. La troisième, sous un angle moins institutionnel, s’intéresse au point de vue des justiciables provinciaux sur un système de nature pyramidale et aux motivations qui sous-tendent les recours intentés devant les tribunaux romains. Au travers du prisme judiciaire, l’Empire apparaît comme un pouvoir pragmatique, qui réserve à ses tribunaux la haute juridiction pénale mais laisse aux cités une part d’autonomie importante. Celles-ci conservent des institutions judiciaires héritées pour la plupart de l’époque hellénistique, même si la participation populaire tend à décliner au profit d’organes élitaires.
At the centre of the investigation is the nature of Roman rule upon cities which possessed a long tradition of self-government and administration. Part I is a survey of judiciary structures in the provinces of Asia and Achaia. Part II deals with the division of judicial task between roman authorities and civic governments. Part III is concerned with the provincial litigants’ attitude towards a pyramidal system and the grounds of voluntary applications to Roman courts. Roman rule appears as a pragmatic one, which claims as a part of its sovereignty criminal jurisdiction and all cases related to Roman citizens, but otherwise concedes a large autonomy to local courts. Cities’ judiciary organization is largely inherited from the hellenistic period, although oligarchical institutions tend to supplant popular justice.
Position de thèse :
Position de thèse téléchargeable sous format Pdf
M. JULIEN GOEURY - Hommes de foi et hommes de plume. Pratique littéraire et identité religieuse dans l’Europe des réformes (XVIe-XVIIe siècles). [HDR]
lundi 21 novembre 2011
à 14h
Amphithéâtre de la Faculté libre protestante de théologie
83 boulevard Arago 75014 Paris
M. JULIEN GOEURY soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Hommes de foi et hommes de plume. Pratique littéraire et identité religieuse dans l’Europe des réformes (XVIe-XVIIe siècles).
En présence du jury :
MME CARBONNIER-BURKARD ( Montpellier )
M. DE CORNULIER ( NANTES )
M. FERREYROLLES ( PARIS 4 )
MME HOUDARD ( PARIS 3 )
M. LESTRINGANT ( PARIS 4 )
M. MCKENNA ( ST-ETIENNE )
M. MILLET ( PARIS 4 )
M. JULIEN LABIA - Le problème de l’opéra dans la pensée allemande du 19ème siècle.
lundi 28 novembre 2011
à 14h
A la maison de la recherche, salle
D223, 2° étage, 28 rue serpente, 75006
Paris
M. JULIEN LABIA soutient sa thèse de doctorat :
Le problème de l’opéra dans la pensée allemande du 19ème siècle.
En présence du jury :
M. ACCAOUI ( PARIS 8 )
MME COHEN-LEVINAS ( PARIS 4 )
MME COHN ( PARIS 1 )
MME LICHTENSTEIN ( PARIS 4 )
M. SEVE ( LILLE 3 )
Résumés :
Malgré les efforts des différents travaux philosophiques sur la musique, il manque toujours une philosophie de l’opéra. Le travail que nous proposons tente de combler cette lacune, en concentrant ses recherches sur une période précise, le dix-neuvième siècle allemand. Ce choix se justifie par l’imprégnation philosophique des différents discours tenus sur la musique à cette époque, ainsi que par l’importance acquise par le répertoire austro-allemand dans la musique effectivement jouée aujourd’hui. Le manque de philosophie traitant de l’opéra de manière directe et sérieuse nous a conduit, dans un geste qui donne l’orientation générale de notre travail, à étudier des auteurs ne faisant pas à proprement parler partie du monde philosophique académique. Les trois guides que nous avons retenus pour ce travail sont successivement E.T.A. Hoffmann, Hanslick et Wagner. Les réflexions développées par ces auteurs permettent en effet à une pensée attentive de remédier à l’impression d’une absence de philosophie de l’opéra. Hors du monde universitaire mais non contre lui, les réflexions des trois penseurs que nous avons étudiés dessinent un cadre que nous avons choisi comme berceau de notre travail sur l’opéra. Nous mobilisons à cette fin les concepts d’impureté et de compromission, et nous nous efforçons de leur donner un sens positif et une valeur effective. La tâche d’élucider ce que fut historiquement l’opéra allemand exige l’aide de la philosophie. Mais la philosophie est également indispensable lorsqu’il s’agit de mettre au jour les forces conceptuelles qui le sous-tendent. Celles-ci permettent de construire une pensée de l’opéra en général, à travers leurs enseignements et leurs apories. C’est alors tout l’enjeu de ce moment où l’opéra est enfin compris comme « problème » qui se met au jour.
Le lecteur trouvera également, en annexe de ce texte, la traduction inédite de douze articles de critique musicale d’Eduard Hanslick.
Pure music and words : the problem of the opera in nineteenth century Germany. Towards an aesthetic of compromise.
In spite of numerous philosophical works upon music, there is no philosophy of opera. My work aims to fill the gap by concentrating on one specific period, nineteenth century Germany. This was chosen because of the patently philosophical implications of several different views of music at the time, as well as the importance of the Austro-German repertoire in music played today. The lack of philosophy dealing directly and seriously with opera has led me to authors who stood apart from the strictly academic world of philosophy, and this has guided my work’s orientation. The three guides I have chosen are, successively, E.T.A. Hoffmann, Hanslick and Wagner. Carefully considered, their reflections allow us to correct the impression of a lack of philosophy of opera. Although outside the realm of academic philosophy (but not against it), their thinking provides a framework and a basis for my own work on opera. To this end, I take the concepts of impurity and compromise and try to give them a positive meaning and practical value. What German opera was historically needs philosophy to elucidate it, but philosophy also proves indispensable to revealing the conceptual forces that sustain it. The lessons and aporias of the latter allow one to construct a general philosophy of opera. The moment becomes clear when opera is finally understood to be a “problem”, with all the implications of this.
The reader will also find, as appendix, the translation of twelve articles of musical criticism by Eduard Hanslick unpublished in French up to now.
M. Julien PONS - "L’articulation entre les conditionnements internes et externes en phonologie diachronique illustrée par l’évolution du phonétisme hispanique. Traité de phonologie diachronique"
Samedi 17 février 2007
14 heures
En Sorbonne, Amphithéâtre Michelet, Esc. A
46, rue Saint-Jacques 75005 Paris
M. Julien PONS soutient sa thèse de Doctorat :
"L’articulation entre les conditionnements internes et externes en phonologie diachronique illustrée par l’évolution du phonétisme hispanique. Traité de phonologie diachronique"
En présence du jury :
M. CHEVALIER (PARIS 4)
M. DARBORD (PARIS 10)
Mme DELPORT (PARIS 4)
M. MORAIS BARBOSA (Coimbra)
Résumés :
La dialectologie de la Péninsule Ibérique nous amène à reconcevoir la théorie des ondes linguistiques et de là
l’essentiel des concepts de la linguistique historique en établissant la correspondance entre linguistique
historique, géolinguistique et géopolitique. PartieI : rapports entre linguistique interne et externe : Chap1 :
hiérarchisation et homogénéité des systèmes linguistiques : concept d’idiome premier et dénonciation des
concepts de substrat et d’adstrat ; Chap2 : concept de mécanisme endolinguistique ; Chap3 : articulation entre les
facteurs internes et externes : causes des changements linguistiques. PartieII : rapports entre linguistique et
géopolitique : Chap1 : divers types d’épicentres et d’ondes linguistiques ; Chap2 : définition des langues par
rapport aux autres langues, aux dialectes et aux parlers à la lumière de notre théorie des ondes linguistiques ;
Chap3 : comment périodiser l’histoire d’un idiome ? PartieIII : application : indo-européen, latin et surtout
espagnol et portugais.
The diachronic dialectology of Iberian Peninsula bringed us to reconceive the discredited theory of linguistic
waves and, from that, the most part of concepts in effect in diachronic linguistics. The topics are as follows : Part
I : Connections Between Internal and External Linguistics : Chapter 1 : grading and homogeneity of linguistic
systems : the concept of first idiom and the denunciation of the concepts of substrata and adstrata ; Chapter 2 : the
concept of endolinguistic mechanism ; Chapter 3 : the articulation between internal and external factors : causes of
linguistic changes. Part II : Connections Between geopolitics and linguistics : Chapter 1 : the various kinds of
epicentres and linguistic waves ; Chapter 2 : the definition of the languages in comparison with other languages,
dialects and subdialects in the light of our theory of linguistic waves ; Chapter 3 : how to periodicize an idiom ?
Part III : application : indo-european, latin, and especially spanish and portuguese.
Position de thèse :
1) Genèse de ce travail
Lorsque nous avons commencé ce travail, nous pensions réaliser une recherche sur la lénition
des consonnes intervocaliques et la fortition des consonnes initiales en espagnol et en portugais
médiévaux. Assez rapidement, nous avons observé que ladite lénition était de plus en plus ample au
fur et à mesure que l’on allait de l’est vers l’ouest de la Péninsule Ibérique, et qu’aucune
frontière ne rompait le continuum géolinguistique s’étendant de l’aragonais au gallaïco-
portugais. Cette progressivité géolinguistique nous a intrigué au plus haut point et, de recherche en
recherche, il nous est apparu qu’il existait d’autres phénomènes linguistiques se réalisant avec
une progression géographique semblable. Nous nous sommes alors posé la question de savoir
comment, concrètement, avaient pu se produire, d’abord au niveau géolinguistique, les
évolutions phoniques arrivées dans la Péninsule Ibérique, et quels liens pouvaient les relier entre
elles. Ensuite, de fil en aiguille, nous en sommes arrivé, par un enchaînement d’inductions et de
déductions, à entrevoir l’essentiel de l’histoire du phonétisme des idiomes hispaniques de la
Péninsule Ibérique, c’est-à-dire les idiomes de la Péninsule à l’exception du basque, des idiomes
mozarabes (hispaniques mais nettement influencés par l’arabe puis effacés par la Reconquête), de
l’arabe et de l’hébreu parlés au Moyen-Age dans la Péninsule.
L’examen de la progressivité des faits géolinguistiques nous a très rapidement mené à
reconcevoir à notre manière la théorie des ondes linguistiques. Nous avons constaté que ces ondes
irradiaient à partir d’une zone plus ou moins précise, comparable à un épicentre, et que l’origine des
phénomènes incriminés était souvent localisée dans le temps et dans l’espace par les philologues,
et tout particulièrement par Menéndez Pidal dans Origenes del espanol. Et c’est en cherchant à
expliquer cela que nous avons mis en relation les zones linguistiques qui fonctionnaient comme des
épicentres avec les données brutes fournies par les philologues : il apparaissait alors que les
épicentres concernés coïncidaient dans l’espace et dans le temps avec les capitales de régions
venant d’accéder à l’indépendance ou avec des capitales en construction ou en reconstruction.
Et plus nous progressions dans nos recherches, plus nous trouvions erronés de nombreux
points de théorie relatifs à la linguistique diachronique, la théorie des ondes linguistiques telle que
nous la reconcevions et les explications par lesquelles nous la justifiions nous entraînant à concevoir
de nouveaux principes en ce domaine. Ce qui constituait au départ le thème de recherche de notre
travail passa ensuite au second plan, au point d’être présenté comme une ébauche d’application,
alors qu’il ne s’agissait nullement d’une application, mais au contraire du point de départ sur lequel
nous nous étions basé pour réaliser le corps théorique de ce travail. Et ce n’est que dans un temps
ultérieur que nous avons utilisé les outils conceptuels que nous nous étions forgés pour mieux
interpréter les faits que nous présentons comme une application, une « ébauche d’application » plus
exactement.
Le corps théorique de ce travail en est donc devenu le noyau, au point que nous avons ajouté
comme sous-titre à cette thèse le même sous-titre que Martinet avait donné à son Economie des
changements phonétiques, à savoir Traité de phonologie diachronique.
2) Contenu de la thèse
Dans ce travail, nous établissons la correspondance entre linguistique diachronique,
géolinguistique et géopolitique. Nous avons divisé notre thèse en deux parties, selon qu’il
s’agissait de théorie ou d’applications aux idiomes hispaniques et même un peu au latin et à ce que
l’on appelle communément l’indo-européen. Nous avons sous-divisé l’étude de la théorie
linguistique en deux sous-parties : la première traite des rapports entre linguistique interne et
externe en linguistique historique, la deuxième des rapports entre géopolitique et linguistique.
Dans le premier chapitre de la première partie, nous avons traité de la hiérarchisation et
de l’homogénéité des systèmes linguistiques, et avons élaboré le concept d’idiome premier en
dénonçant les concepts de substrat et d’adstrat en ce qui concerne les systèmes linguistiques
homogènes. En effet, d’une part, nous avons constaté que chaque fois que nous nous penchions
sur un problème, l’explication par le substrat était avantageusement remplaçable par une autre, et
d’autre part notre réflexion nous a conduit à penser que les idiomes substratiques étaient des
idiomes de peuples vaincus, donc socialement dévalorisés au profit de l’idiome des vainqueurs,
dont les systèmes linguistiques homogènes remplaçaient selon le principe martinetien de la
synchronie dynamique ceux des idiomes des vaincus. De plus, nous avons postulé qu’il y avait
idiome premier parce qu’existaient préalablement une culture première et une société première (le
mot premier n’ayant pas ici le sens chronologique mais reflétant l’ordre d’importance), et nous
avons établi qu’il y avait évolution spécifique des langues parlées comme idiome premier, ainsi
qu’évolution figée des idiomes parlés comme idiome second.
Dans le deuxième chapitre de la première partie, nous avons traité du concept de mécanisme
endolinguistique, mécanisme qui, selon nous, détermine au niveau interne le sens des évolutions des
systèmes linguistiques homogènes.
Dans le troisième chapitre de la première partie, au vu des dates et des lieux d’apparition des
évolutions phoniques que nous avions examinées, nous avons établi que l’évolution linguistique
était déclenchée par l’activation du mécanisme interne à la langue concernée, ladite activation étant
due à des facteurs externes exceptionnels (géopolitiques, d’abord, et sociologiques, en
conséquence), et que les langues évoluaient par effet de "mode" dans la jeunesse, en une seule
génération. C’est donc l’articulation, pour la langue concernée, entre les facteurs internes et les
facteurs externes qui serait responsable des changements linguistiques.
Les deux premiers chapitres de la deuxième partie constituent à nos yeux le noyau de ce
travail, car ils traitent des ondes linguistiques, et des correspondances géopolitiques, qui les
expliquent.
Dans le premier chapitre de la deuxième partie, après avoir établi une correspondance
entre ondes linguistiques et variété géolinguistique, nous avons surtout présenté ce que nous avons
observé au sujet des ondes linguistiques et de leur épicentre. Nous avons fait part des différents
types d’ondes que nous avons observées, en fonction du mécanisme interne de la langue considérée.
Nous avons ainsi eu affaire à des ondes linguistiques innovatrices, conservatrices ou rétrogrades
irradiant d’épicentres géolinguistiques de nature inverse.
Dans le deuxième chapitre de la deuxième partie, à la lumière de notre théorie revisée des
ondes linguistiques, nous avons défini ce qu’étaient les langues par rapport aux dialectes et aux
parlers. Selon notre nouvelle définition, les langues ne seraient plus que quelques dizaines
actuellement, le reste n’étant que dialectes ou parlers, et la plupart des anciennes langues
ayant été dialectalisées ou ayant disparu. Nous avons établi ou reconçu dans ce chapitre un certain
nombre de principes : correspondance géopolitique entre épicentre linguistique et ondes
linguistiques, correspondance géopolitique et sociologique entre perte d’influence géopolitique et
sociologique d’un épicentre linguistique et variété linguistique des aires linguistiques sous la
dépendance géopolitique de cet épicentre, correspondance entre épicentre linguistique et évolution
endolinguistique, correspondance entre ondes linguistiques, variations et imitations imparfaites,
absence de pertinence des concepts de temps et d’espace à eux seuls en linguistique diachronique et
diatopique, absence de pertinence du concept de hasard en linguistique, distinction entre dialectes
de transitions et dialectes d’interférences, début et fin des langues ainsi que des mécanismes
endolinguistiques, limites temporelles de ces derniers ne recouvrant pas forcément les limites
temporelles des langues, appropriation d’un nouvel idiome dans un pays en une seule génération,
par effet de bascule socioculturelle, et nouvelle définition de la norme (normative).
Au troisième chapitre de la deuxième partie, nous avons vu comment périodiser l’histoire d’un
idiome. En réfléchissant sur ce que nous avons observé, nous avons établi que l’évolution d’une
langue n’est activée qu’en cas de prospérité sociale majeure (provenant d’événements
géopolitiques exceptionnellement positifs pour le peuple parlant la langue incriminée). Ceci
constitue, nous semble-t-il, notre contribution potentielle majeure, interdisciplinaire, à l’histoire
des peuples concernés.
Enfin, dans la troisième partie, nous avons appliqué ces théories à l’évolution du phonétisme
des consonnes expirées dans ce que l’on appelle communément l’indo-européen, et de l’ensemble
du phonétisme du latin et surtout de l’espagnol et du portugais, les langues hispaniques ayant
en outre fait l’objet de nos recherches également au niveau géolinguistique.
Nous espérons avoir ainsi ouvert de nouvelles pistes de recherches en linguistique
diachronique comme en géolinguistique, et cela malgré le poids des idées reçues, aussi nombreuses
que tenaces.
M. Julien SCHUH - Alfred Jarry - le Colin-Maillard cérébral. Etude des dispositifs de diffraction du sens.
vendredi 17 octobre 2008
14h
En Sorbonne, salle des Actes,centre administratif de Paris IV,
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Julien SCHUH
Alfred Jarry - le Colin-Maillard cérébral. Étude des dispositifs de diffraction du sens
En présence du jury :
M. BESNIER (Le Mans)
M. JARRETY (Paris 4)
M. JOUVE (Reims)
M. MARCHAL (Paris 4)
Résumés :
Ce travail part d’une double ambition : permettre d’une part la relecture de l’œuvre de Jarry, souvent interprétée selon des modèles structuralistes ou à la lumière des mouvements littéraires qui lui ont succédé ; proposer d’autre part une réflexion qui permette de construire une histoire dynamique des formes littéraires. Une première partie analyse l’inscription de Jarry dans le champ littéraire de son époque, en définissant la manière dont il s’approprie les outils herméneutiques de la communauté interprétative symboliste à laquelle il s’affilie lors de ses débuts en littérature. Une seconde partie s’intéresse plus particulièrement aux stratégies de programmation de la lecture mises en place dans ses ouvrages. Le « colin-maillard cérébral » est le nom que prend la rhétorique de Jarry, qui établit des dispositifs de diffraction sémantique pour provoquer un effet de suggestivité.
ALFRED JARRY : A CEREBRAL BLIND-MAN’S BUFF. A STUDY IN THE STRATEGIES OF SEMANTIC DIFFRACTION.
This thesis has a two-fold aim. Firstly, to propose a new reading of Jarry’s works (in the context of his time and not as seen through the distorting lens of subsequent literary movements, as has all too often been the case). And secondly, to open up new possibilities in the way we understand the dynamic evolution of literary forms. Part One is an analysis of how Jarry sought a position amongst his contemporaries in the literary world at the beginning of his career, by defining how he appropriated the hermeneutic tools of the Symbolists to whom he became affiliated. Part Two focuses on the rhetorical strategies developed in his books. The « cerebral blind-man’s buff » is the name Jarry gave to his poetics : he established devices that cause semantic diffraction and hence a greater suggestiveness.
M. Julien SEROUSSI - Les tribunaux de l’humanité : Les ajustements cognitifs dans la mobilisation pour la compétence universelle des juges nationaux.
Mardi 20 novembre 2007
14 heures
En Sorbonne, Salle des Actes, Centre Administratif de Paris IV
1, rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Julien SEROUSSI soutient sa thèse de doctorat :
Les tribunaux de l’humanité : Les ajustements cognitifs dans la mobilisation pour la compétence universelle des juges nationaux.
En présence du Jury :
M. CHAZEL (PARIS 4)
Mme CLAVERIE (CNRS)
M. COMMAILLE (ENS CACHAN)
M. DEMEULENAERE (PARIS 4)
Mme MAISON (AMIENS)
Mme SIMEANT (PARIS 1)
Résumés :
En attente....
M. Julien TASSEL - L’histoire saisie par le management. Entre pratiques du passé et exercice du pouvoir managérial. L’exemple du Groupe Caisse d’Epargne.
Lundi 17 mars 2008
14 heures 30
Au CELSA, Amphithéâtre Marie-Claude PRAUDEL
77, rue de Villiers 92200 Neuilly-sur-Seine
M. Julien TASSEL soutient sa thèse de doctorat :
L’histoire saisie par le management. Entre pratiques du passé et exercice du pouvoir managérial. L’exemple du Groupe Caisse d’Epargne.
En présence du jury :
M. GRISET (PARIS 4)
M. HARTOG (EHESS)
M. PENE (PARIS 5)
Mme RICHARD (PARIS 4)
M. WALTER (METZ)
Résumés :
Cette thèse interroge la pratique de l’histoire en entreprise et analyse ce qui se joue dans l’attention portée au passé et à la durée en vue de la production managériale de l’histoire.
À partir d’une définition pragmatique qui pose comme histoire ce que les acteurs étudiés, dans leurs pratiques, nomment comme tel, la recherche questionne la dimension paradoxale d’une histoire produite par des managers. Elle montre que celle-ci relève de logiques contradictoires et conflictuelles entre l’établissement d’un savoir véritable et les enjeux managériaux qui sous-tendent sa production. Tentant de cerner ce qui se passe lorsque le management se saisit de l’histoire, elle décrit et analyse les relations qui se nouent à travers cette pratique entre monde de l’entreprise et monde de la recherche. Elle questionne l’ambition managériale de faire de l’histoire un outil au service de la stratégie d’entreprise, du gouvernement des hommes et du changement organisationnel. Elle montre, à partir d’une analyse des pratiques et des productions dites « historiques » à quel prix et selon quelles logiques de rapprochements entre savoir et pouvoir cette histoire est rendue « productive » dans le cadre de l’entreprise. Elle établit en définitive que l’histoire telle qu’elle est pratiquée par les managers participe bien d’un pouvoir dont l’exercice s’est déporté de la discipline des individus vers le contrôle des cadres interprétatifs des situations.
Ces différents enjeux sont mis en valeur à travers une pratique ethnographique ancrée dans l’analyse du terrain d’enquête qu’a constitué, de 2003 à 2007, le Groupe Caisse d’Epargne.
This work questions the practice and analyses the specific way managers produce history in corporate environment. The perspective taken in this PhD leads to a pragmatic definition of history : in this approach, “history” is what corporations define as such. This leads to question the paradox of a history that is caught between the production of real knowledge and the managerial stakes underlying it. This attempt to describe what happens when management takes hold of history analyses the relationships between the social world of research and the social world of firm. It questions the managerial aim to turn history into a tool for corporate strategy, management of corporate change and government of employees. Analysing both the practices and the productions that are said to be “historical”, the research points out the connections between knowledge and power and shows how this history is made efficient in the corporate frame. Finally, the PhD establishes that history, as a managerial practice, partakes of a power that lies in controlling the interpretative frames of corporate situations.
These results rely on an ethnographical approach of Groupe Caisse d’Epargne, one of the front-ranking major French banks.
Position de thèse :
Position de thèse sous format Pdf
M. JULIEN ZOSSOU - La formation du clergé du Dahomey-Bénin de 1914 à nos jours.
mardi 15 mars 2011
10h
En Sorbonne, salle des Actes, Centre administratif de la Sorbonne,
1 rue Victor Cousin 75230 Paris cedex 05
M. JULIEN ZOSSOU soutient sa thèse de doctorat :
La formation du clergé du Dahomey-Bénin de 1914 à nos jours.
En présence du jury :
M. BOUDON ( PARIS 4 )
M. GRONDEUX ( PARIS 4 )
M. MOULINET ( CATHO LYON )
M. PRUDHOMME ( LYON 2 )
Résumés :
Pour la mission au Dahomey, il a été demandé à Mgr de
Marion-Brésillac de fonder la
Société des Missions Africaines. Aussi n’a-t-il pas été aisé
pour les missionnaires de la SMA
arrivés au Dahomey de préparer la relève en fondant le clergé local, même si
cela était contraire à la doctrine de
leur fondateur sur le clergé indigène. C’est finalement par l’insistance du
Saint-Siège et par la détermination de Mgr Steinmetz, deuxième Vicaire
apostolique du Dahomey que le clergé local a été institué. Mais contrairement à
leurs aînés, les jeunes générations réclament l’amélioration de la qualité de
leur formation. Les Supérieurs finissent par réagir favorablement aux requêtes
des séminaristes. La
Compagnie de Saint-Sulpice sollicitée pour la cause, passe la
direction du Séminaire au clergé diocésain conformément aux termes du contrat
avec les évêques tout en continuant à collaborer à la formation des
séminaristes.La hiérarchie ecclésiastique étant totalement revenue au
clergé local, elle est responsable de l’orientation de la formation des futurs
prêtres en accord avec la Congrégation
pour l’Évangélisation des Peuples. Les
professeurs de Séminaires désormais pourvus des grades académiques canoniques,
travaillent à l’harmonie et à la qualité de la formation des séminaristes
béninois conformément à la Ratio
fundamentalis de l’Église, dans un
esprit d’inculturation. L’évangélisation s’étend et imprègne progressivement la
culture béninoise de valeurs évangéliques. Des prêtres béninois ont marqué l’histoire nationale.
Et le dynamisme tant des fidèles que du clergé du Bénin se remarque aussi au
niveau de l’Église universelle.
THE FORMATION OF THE DAHOMEY/BENIN CLERGY FROM
1914 TILL DATE
For the mission in Dahomey, it was asked of Bishop
Marion-Brésillac to found the Society of African Missions. So had it not been
easy for the missionaries who arrived in the SMA Dahomey to prepare future
generations by forming the local clergy, even if this was contrary to the
doctrine of their founder on the native clergy.
It was finally by the insistence of the Holy See and by the determination of
Mgr Steinmetz, second Apostolic Vicar of Dahomey that the local clergy was
established. But unlike the elders the younger generations call for
better quality of their training. Superiors
eventually responded positively to the requests of seminarians. Compagnie
de Saint-Sulpice solicited for this cause, handed over going the direction of
the seminary to the diocesan clergy in conformity with the terms of the
contract with the bishops while continuing to contribute to the formation of
seminarians.The hierarchy is fully returned to the local clergy, she is responsible for
guiding the formation of future priests in agreement with the Congregation for
the Evangelization of Peoples. Seminary for lecturers now furnished with the
canonical academic degrees, work to the harmony and quality of training of Benin
seminarians according to the Fundamentalis ratio of the Church in an inculturation
spirit. Evangelism gradually extends and permeates the culture of Benin Gospel
values. Benin priests marked the nation’s history. And the dynamism of both the
faithful and clergy of Benin is also evident at the Universal Church.
M. Karim BENMILOUD - Lectures du roman hispano-américain contemporain
Samedi 8 décembre 2007
14 heures 30
En Sorbonne, Amphithéâtre Chasles, Esc. E, 3ème étage
17, rue de la Sorbonne 75005 Paris
M. Karim BENMILOUD soutient son habilitation à diriger des recherches :
Lectures du roman hispano-américain contemporain
En présence du jury :
M. AGUILA (BORDEAUX 3)
Mme EZQUERRO (PARIS 4)
M. FELL (PARIS 3)
Mme OLIVIER (PARIS 12)
M. RAMOS-IZQUIERDO (LIMOGES)
Mme TAUZIN-CASTELLANOS (BORDEAUX 3)
M. Karim MANSOUR - Poétismes et poétique dans la prose d’Hérodote. Etude linguistique et philologique.
samedi 21 novembre 2009
9h
En Sorbonne, Amphithéâtre Guizot,
17 rue de Sorbonne 75005 Paris
M. Karim MANSOUR soutient sa thèse de doctorat :
Poétismes et poétique dans la prose d’Hérodote. Etude linguistique et philologique.
En présence du jury :
M. DE LAMBERTERIE (Paris 4)
M. DEMONT (Paris 4)
MME FROMENTIN (Bordeaux 3)
M. LEVET (Limoges)
M. PETIT (ENS)
Résumés :
En composant avec l’Enquête la première grande œuvre en prose de la littérature grecque, Hérodote marque un moment crucial de l’histoire des formes littéraires : il donne à la prose grecque ses lettres de noblesse, tout en se situant dans un rapport de filiation, sinon d’émulation, vis-à-vis de l’héritage poétique. L’auteur du traité Du Sublime ne le qualifie-t-il pas d’homêrikôtatos, tandis qu’Hermogène de Tarse évoque sa langue et son style comme étant des plus poétiques ? Il s’agit alors de comprendre comment cette prose, reconnue dès longtemps comme une prose d’art, se nourrit des éléments et procédés qui caractérisent la langue d’Homère et celle des poètes grecs : éléments phonétiques, morphologiques, syntaxiques, rythmiques, formulaires, lexicaux et compositionnels, convergeant en une esthétique de la poikilia et assurant à l’œuvre d’Hérodote, du point de vue des techniques d’écriture, une dimension proprement poétique.
POETISMS AND POETICS OF HERODOTUS’ PROSE. A LINGUISTIC AND PHILOLOGICAL STUDY
Having created the first great work of prose in Greek literature, Herodotus stands at a momentous point in the history of literary forms : he ennobles Greek prose, not only as a continuator, but also as an emulator of the poetic heritage. Indeed the author of the Peri Hupsous calls him homêrikôtatos, and the rhetor Hermogenes describes his language and style as most poetic. We shall try to understand how such a prose, long acknowledged as Kunstprosa, is imbued with features and processes that characterize the language of Homer as well as Greek poetry, in the fields of phonetics, morphology, syntax, rhythms, formulae, lexicon and composition, converging towards an aesthetics of poikilia and endowing Herodotus’ work, as regards writing techniques, with a proper poetical dimension.
M. KARL GADELII - Structures analytiques et synthétiques en langues scandinaves dans une perspective comparative. [HDR]
samedi 26 novembre 2011
à 9h
A la maison de la recherche, salle
D223, 2° étage, 28 rue serpente, 75006
Paris
M. KARL GADELII soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Structures analytiques et synthétiques en langues scandinaves dans une perspective comparative.
En présence du jury :
MME DALMAS ( PARIS 4 )
MME FERNANDEZ-VEST ( CNRS PARIS )
M. HERSLUND ( C B S )
M. LEMARÉCHAL ( PARIS 4 )
MME MOLNAR ( Lund )
M. PEKELDER ( PARIS 4 )
M. KAZUHIKO ADACHI - La genèse de l’esthétique réaliste de Maupassant jusqu’à "Une Vie". La naissance d’un écrivain.
vendredi 9 décembre 2011
à 14h
Salle 415 - Centre Clignancourt - 2,
rue Francis de Croisset 75018 Paris
M. KAZUHIKO ADACHI soutient sa thèse de doctorat :
La genèse de l’esthétique réaliste de Maupassant jusqu’à "Une Vie". La naissance d’un écrivain.
En présence du jury :
MME BENHAMOU ( MARNE VALL )
MME BURY ( PARIS 4 )
MME LONGHI ( Milan )
MME THERENTY ( MONTPEL 3 )
MME THOREL-CAILLETEAU ( LILLE 3 )
M. KIM Soon-Wung - André Le Donne (1899-1983). Architecture et urbaniste. Une architecture de la banalité et de la pauvreté.
lundi 26 janvier 2009
14h
INHA, salle Félibien, 2ème étage, galerie Colbert
4-6 rue des Petits-Champs 75012 Paris
M. KIM Soon-Wung soutient sa thèse de doctorat :
André Le Donne (1899-1983). Architecture et urbaniste. Une architecture de la banalité et de la pauvreté.
En présence du jury :
M. ABRAM
M. FOUCART (Paris 4)
M. MASSU (Paris 1)
M. MINNAERT (Tours )
M. ROBICHON (Lille 3)
M. TEXIER (Paris 4)
M. Kitan KITANOV - Les matériaux et les techniques de réalisation de la peinture murale des tombeaux de l’Antiquité tardive en Thracia et Dacia (fin IIIe-VIe siècles).
samedi 5 décembre 2009
14h
INHA, Salle Perrot, 2ème étage,Galerie Colbert,
4-6 rue des Petits-Champs, Paris 2ème
M. Kitan KITANOV soutient sa thèse de doctorat :
Les matériaux et les techniques de réalisation de la peinture murale des tombeaux de l’Antiquité tardive en Thracia et Dacia (fin IIIe-VIe siècles).
En présence du jury :
M. BARATTE (Paris 4)
MME BARBET (CNRS)
M. DELAMARE
M. FUCHS
M. GALINIER (Perpignan)
M. Kohei KUWADA - La ’moralité’ de Roland Barthes.
jeudi 25 juin 2009
14h30
Maison de la recherche, Salle D116, 1er étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Kohei KUWADA soutient sa thèse de doctorat :
La ’moralité’ de Roland Barthes.
En présence du jury :
Mme BASCH (Paris 4)
M. COMPAGNON (Collège de France)
M. COSTE (Grenoble 3)
M. MARTY ( Paris 7)
M. KONSTANTINOS MELIDIS - Recherches sur les professionnels de la voix dans l’antiquité grecque et romaine : l’exercice de la voix : phonaskoi et phonaskia.
samedi 31 mars 2012
à 14h30
Amphithéâtre Michelet , En Sorbonne
46 rue Saint Jacques 75005 Paris
M. KONSTANTINOS MELIDIS soutient sa thèse de doctorat :
Recherches sur les professionnels de la voix dans l’antiquité grecque et romaine : l’exercice de la voix : phonaskoi et phonaskia.
En présence du jury :
MME ARNOULD ( PARIS 4 )
MME BELIS ( CNRS )
MME BRUNET ( LYON 2 )
M. HAGEL ( Vienne )
MME ROUVERET ( PARIS 10 )
M. KOSTAS PAVLOU - La genèse du premier projet d’écriture des Libres assiégés de Dionysios Solomas : une approche génétique.
vendredi 27 janvier 2012
à 14 h
Salle D323, A la Maison de la
Recherche, 28 rue Serpente 75006 Paris
M. KOSTAS PAVLOU soutient sa thèse de doctorat :
La genèse du premier projet d’écriture des Libres assiégés de Dionysios Solomas : une approche génétique.
En présence du jury :
M. BOBAS ( LILLE 3 )
M. FERRER ( CNRS )
M. PERI ( Padoue )
M. TONNET ( PARIS 4 )
M. Landry MEENS - Les officiers de la garnison de Rome sous le Haut-Empire
Mercredi 4 juin 2008
13 heures 30
Maison de la Recherche, salle D116
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Landry MEENS soutient sa thèse de doctorat :
Les officiers de la garnison de Rome sous le Haut-Empire
En présence du jury :
Mme CORBIER (CNRS)
Mme DEMOUGIN (EPHE)
M. LE BOHEC (PARIS 4)
M. MARTIN (PARIS 4)
M. SABLAYROLLES (TOULOUSE 2)
Résumés :
L’étude est consacrée aux officiers (des tribuns appartenant à l’ordre équestre) de quatre unités de la
garnison de Rome sous le Haut-Empire : les vigiles (pompiers le jour et police urbaine la nuit), les urbaniciani
(police urbaine de jour), les equites singulares Augusti (garde montée de l’empereur) et le prétoire (garde
personnelle de l’empereur).
Le sujet est traité de la manière suivante : en premier lieu le recrutement géographique, puis le
recrutement social, ainsi que la carrière militaire menant ces militaires aux tribunats. Dans un deuxième temps a
été abordé ce qui fait la spécificité de ces tribuns : leur rôle en tant qu’officier, puis leurs rapports hiérarchiques
avec leurs chefs et leurs subordonnés, enfin l’organisation de ces postes de tribun. Pour finir on a été étudié ce
qu’il est advenu de ces officiers après leur cursus militaire : leur carrière équestre et parfois sénatoriale, la place
que ces officiers occupent dans leurs cités une fois leur service auprès de l’empereur terminé et enfin l’influence
sociale qu’a pu avoir l’accès aux tribunats (et donc à l’ordre équestre) sur la famille et les descendants de ces
officiers.
That study is devoted to the officers (tribunes belonging to the equester ordo) of four units of the
Roman garrison under the Principate : the vigiles (firemen during the day and city police at night), the
urbaniciani (daylight city police), the equites singulares Augusti (the Emperor’s horse guards) and the praetorian
guard (the Emperor’s personal guard)
The subject is dealt with as follows : to start with the geographical recruitment, then the social
recruitment, as well as the career leading those militaries to tribunates. The second part deals with what
constitutes the specificity of those tribunes : their officer’ role, then the hierarchical relationships they had with
their superiors and their subordinates, to finish with the organization of those tribune’ positions. Finally has been
studied what became of those officers after their military cursus was completed : their equestrian and sometimes
senatorial careers, the position those officers had in their cities once their service devoted to the Emperor had
come to an end, and finally the social influence that their access to tribunates (and therefore to the ordo equester)
may have had on their families and descendants.
Position de thèse :
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M. Laurent CAILLET - L’oeuvre pour piano de Serge Rachmaninov (1873-1973) : langage et style
Samedi 8 décembre 2007
14 heures
Maison de la Recherche, Salle D421
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Laurent CAILLET soutient sa thèse de doctorat :
L’oeuvre pour piano de Serge Rachmaninov (1873-1973) : langage et style
En présence du jury :
M. ARZOUMANOV
Mme BIGET-MAINFROY (TOURS)
M. GOUBAULT (IUFM ROUEN)
Mme PISTONE (PARIS 4)
Résumés :
Serge Rachmaninov, compositeur, pianiste et chef d’orchestre russe (1873-1943), occupe dans la
musique du début du XXe siècle une situation paradoxale. Resté à l’écart des courants musicaux de son
temps, Rachmaninov a toutefois développé une esthétique d’une originalité surprenante, dont le style se
distingue au sein de la musique russe. En prenant en compte l’intégralité du corpus pour piano et des
enregistrements discographiques de l’interprète, nous avons tenté de répertorier les diverses constantes de
son langage musical et de son style pianistique. Usant de procédés d’écriture caractéristiques, le
compositeur a contribué à sa manière au renouvellement de la musique pour piano, et créé un style
monumental mêlant étroitement lyrisme, somptuosité harmonique et virtuosité. Ce travail d’analyse nous
a permis de considérer plus précisément la place de Rachmaninov dans le paysage musical de son époque.
Profondément marqué par son pays natal, influencé par l’esthétique des compositeurs romantiques,
Rachmaninov laisse derrière lui une oeuvre d’une grande richesse, qui s’inscrit au coeur des
problématiques de la première moitié du XXe siècle.
In the world of early twentieth century music, Sergei Rachmaninov (1873-1943), the Russian
composer, pianist and conductor, is a paradox. Although he stayed rather outside the musical trends of
his time, he nevertheless developed a surprisingly original aesthetic approach, with a distinctive style
within the field of Russian music. Taking into account his entire works for piano and his phonographic
recordings as pianist, we attempt to identify and systematise the various constants of his musical language
and pianistic style. Using typical writing procedures, the composer contributed, in his way, to the renewal
of music for the piano, and created a monumental style wherein lyricism, harmonic sumptuousness and
virtuosity are tightly mixed. This analytical work led us to consider more precisely Rachmaninov’s place
in the world of music in his time. Rachmaninov was deeply marked by his country of birth, and
influenced by the aesthetics of the romantic composers, and his collected works, of a great richness, are
intimately linked to the problems of the first half of the twentieth century.
Position de thèse :
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M. Laurent CAPRON - Deux codices hagiographiques sur papyrus du Musée du Louvre : édition, traduction et commentaire.
samedi 13 mars 2010
14h
En Sorbonne , Amphithéâtre Cauchy, esc E, 3étage
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Laurent CAPRON soutient sa thèse de doctorat :
Deux codices hagiographiques sur papyrus du Musée du Louvre : édition, traduction et commentaire.
En présence du jury :
M. BLANCHARD (Paris 4)
M. DESREUMAUX (CNRS)
M. GASCOU (Paris 4)
M. GEHIN (CNRS Paris)
M. LEQUEUX (Bollandist)
M. Laurent CHALARD - Les logiques de la recomposition territoriale dans les aires métropolitaines du Midi français.
vendredi 5 décembre 2008
14h
Maison de la recherche, salle D116
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Laurent CHALARD soutient sa thèse de doctorat :
Les logiques de la recomposition territoriale dans les aires métropolitaines du Midi français.
En présence du jury :
M. BAUDELLE (Rennes 2)
M. CARMONA (Paris 4)
M. DEMONT ( Paris 4)
M. HULBERT (Metz)
M. NOIN
M. TISSIER (Paris1)
M. VANIER (Grenoble1)
M. LAURENT GOURMELEN - Transmission et interprétation des généalogies et récits mythiques de l’antiquité Grecque. [HDR]
samedi 26 novembre 2011
à 14h
A la maison de la recherche, salle
D323, 3° étage, 28 rue serpente, 75006
Paris
M. LAURENT GOURMELEN soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Transmission et interprétation des généalogies et récits mythiques de l’antiquité Grecque.
En présence du jury :
MME ARNOULD ( PARIS 4 )
M. DEMONT ( PARIS 4 )
M. FOWLER ( Bristol )
MME LENFANT ( Strasbourg )
MME OUDOT ( DIJON )
M. Laurent SIMON - L’oeuvre vocale sacrée d’Henry Purcell : à la recherche d’un équilibre.
vendredi 6 novembre 2009
14h30
A la Maison de la recherche, salle D223, 2ème étage
28 rue Serpente 75006 Paris
M. Laurent SIMON soutient sa thèse de doctorat :
L’oeuvre vocale sacrée d’Henry Purcell : à la recherche d’un équilibre.
En présence du jury :
M. DEGOTT (Metz)
M. DUBOIS (Paris 4)
M. ISELIN (Paris 4)
Mme LEGRAND (Paris 4)
M. Laurent VISIER - Egalité et Justice. Une comparaison santé-éducation.[HDR]
mercredi 2 décembre 2009
9h
A l’auditorium de l’Institut Finlandais
60 rue des Écoles 75005 Paris
M. Laurent VISIER soutient son habilitation à diriger des recherches :
Egalité et Justice. Une comparaison santé-éducation.
En présence du jury :
M. DODIER (EHESS)
M. DUBET (Bordeaux 3)
MME DURU-BELLAT (IEP Paris)
M. LAPEYRONNIE (Paris 4)
M. MARTUCCELLI (Lille 3)
M. STEINER (Paris 4)
M. Laurent WARLOUZET - Quelle Europe économique pour la France ? L’intégration économique par la CEE : entre marché commun et politiques communes, 1956-1969
Vendredi 30 novembre 2007
14 heures
Institut Finlandais, Auditorium
60 rue des Ecoles 75005 Paris
M. Laurent WARLOUZET soutient sa thèse de doctorat :
Quelle Europe économique pour la France ? L’intégration économique par la CEE : entre marché commun et politiques communes, 1956-1969
En présence du Jury :
M. BOSSUAT (CERGY)
M. BRUNETEAU (GRENOBLE 3)
M. BUSSIÈRE (PARIS 4)
M. GRISET (PARIS 4)
M. LUDLOW (LSE)
M. SCHIRMANN
Résumés :
La politique de la France envers la CEE a souvent été étudiée sous un angle essentiellement
politique alors même que le traité de Rome vise avant tout à instaurer une union économique
entre ses membres. Cette thèse vise à combler cette lacune en étudiant la politique de la France
face à la CEE sous l’angle économique de 1956 à 1969.
Pendant ces années, différents modèles d’Europe économique se sont affrontés, sans qu’il soit
possible de réduire ce débat à une opposition binaire entre protectionnistes et libre-échangistes.
L’Europe de la politique de la concurrence s’oppose ainsi à l’Europe de la politique industrielle
dès les années 1960, anticipant de nombreux débats des années 1980-2000. Ce travail permet
également de prendre la mesure des failles du processus de décision français en matière
européenne, mais aussi de constater la naissance, dès les premières années de la CEE, d’une
dynamique technocratique qui a nourri le phénomène du « déficit démocratique ».
France’s policy towards the EEC has been mostly considered from an essentially political
perspective, despite the fact that the Rome Treaty had primarily sought to establish an economic
union between the member states. This doctoral dissertation seeks to fill that gap by studying
France’s EEC policy between 1956 and 1969 from an economic angle.
During this period, there was a clash between various economic models for Europe, and it is
misleading to solely reduce it to a competition between protectionism and Free-trade. The debate
opposed two visions of Europe, one based on competition policy and the other on Industrial
Policy, a debate that is still relevant today. This thesis examines not only the French decision-
making process and its flaws, but also the institutionnal model of the EEC. The
latter’s technocratic dynamic proved both a source of strength and of weakness, since it fostered
the "democratic deficit" that is very clear today.
Position de thèse :
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M. Lionel SOUQUET - Autofiction, homosexualité et subversion dans la littérature latino-américaine postmoderne.[HDR]
lundi 23 novembre 2009
14h30
En Sorbonne, salle des actes, centre administratif de la Sorbonne
1 rue Victor Cousin 75005 Paris
M. Lionel SOUQUET soutient son Habilitation à diriger des recherches :
Autofiction, homosexualité et subversion dans la littérature latino-américaine postmoderne.
En présence du jury :
M. BENSOUSSAN (Rennes 2)
MME ERAUSQUIN (Paris 4)
MME EZQUERRO (Paris 4)
MME LUCIEN (Paris 4)
MME MOULIN-CIVIL (Cergy)
MME NOUHAUD (Bourgogne)
MME SEMILLA DURAN (Lyon 2)
M. Lorenz PLASSMANN - Les relations franco-grecques 1944-1981
Vendredi 30 mars 2007
9 heures
Maison de la Recherche, Salle D035, RDC
28, rue Serpente 75006 Paris
M. Lorenz PLASSMANN soutient sa thèse de doctorat :
Les relations franco-grecques 1944-1981
En présence du jury :
M. BUSSIERE (PARIS 4)
M. FRANK (PARIS 1)
M. PREVELAKIS (PARIS 1)
M. M. SOUTOU (PARIS 4)
M. SVOLOPOULOS (KARAMANLIS)
Résumés :
Alors que la Grèce intègre, à partir de 1944, la sphère d’influence anglo-américaine, la France voit ses positions menacées dans un pays avec lequel elle entretient traditionnellement des relations privilégiées. Celles-ci entrent d’ailleurs dans une période de “survivance”, marquée par la guerre civile grecque et l’émergence de la question coloniale, suivie par une véritable “renaissance bilatérale” sous les années De Gaulle-Karamanlis (1959-1963) marquées par le soutien décisif français pour l’association Grèce-CEE. Les années suivantes d’instabilité politique grecque montrent des relations très réalistes, où la France réarme la dictature des Colonels (1967-1974) tout en accueillant les réfugiés grecs. Cependant, les deux pays se retrouvent autour du “couple” Giscard-Karamanlis (1974-1981) dans une personnification des relations franco-grecques qui permet l’adhésion de la Grèce à la CEE. L’alternance de 1981 (Mitterrand-Papandréou) ébranle ensuite cette convergence bilatérale.
While Greece is integrated into the English-American sphere of influence in 1944, the French positions and interests are in jeopardy in a country with which France maintains traditionally privileged relations. These enter a period of “survival” marked by the Greek civil war and the emergence of the colonial question, but followed by a real “bilateral revival” under the years de Gaulle-Karamanlis (1959-1963) when France brings decisive support to the association between Greece and the EEC. The next years of Greek political instability show very realistic relations, when France rearms the dictatorship (1967-1974) while welcoming the Greek refugees. However, both countries meet themselves around the “couple” Giscard-Karamanlis (1974-1981) in a personification of the French-Greek relations which allows the fast membership of Greece to the EEC. The political alternation of 1981 (Mitterrand-Papandreou) then undermines this bilateral convergence.
Position de thèse :
Sous quel angle envisager l’étude des relations franco-grecques de 1944 à 1981, dans le contexte historiographique français et au sein de l’Ecole doctorale d’Histoire moderne et contemporaine de la Sorbonne ? Une approche purement historique, fondée sur l’analyse de l’évolution des relations politiques et diplomatiques bilatérales, aurait pu être féconde à plus d’un titre. D’une part elle aurait permis à elle seule de mettre en lumière l’histoire politique et diplomatique, méconnue en France, de la Grèce contemporaine pendant la guerre froide, en même temps qu’elle aurait illustré, d’autre part, à travers l’exemple grec, près de quarante ans de politique étrangère française post-seconde guerre mondiale. Cette approche classique, purement historique, aurait également pu s’inscrire dans le cadre d’une étude entièrement tournée vers l’évolution des relations culturelles interétatiques, dont la problématique franco-grecque est particulièrement riche ; mais l’intitulé de cette thèse en eût été modifié. Néanmoins, cette limitation aux aspects exclusivement politico-diplomatiques ou culturels aurait présenté l’inconvénient de ne pas saisir en profondeur la nature et l’essence des relations qui lient les deux pays depuis leur libération en 1944 jusqu’à l’“intégration-rupture” de 1981.
En fait, dans une optique de “dépassement” de cette notion classique d’“Histoire diplomatique”, cette étude s’attache à exploiter les nombreux apports du domaine de recherche en “Histoire des relations internationales” qui permettent tout à la fois de tracer les contours des relations franco-grecques de 1944 à 1981 et de mieux en définir les composantes.
D’une part, la problématique des « forces profondes » (contexte émotionnel, référents culturels et identitaires, iconographies, opinion publique ; en somme, les forces matérielles, spirituelles et les mentalités collectives) est centrale. Elles représentent en effet un intérêt évident pour l’analyse de l’évolution historique des relations franco-grecques, dans la mesure où il est traditionnellement admis des deux côtés que la France et la Grèce sont liées par un “ciment” culturel et “spirituel” permanent, qui confère presque au lien de “filiation”, et qui résiste aux vicissitudes de l’impermanence politique. Ce sentiment est une clé incontournable pour saisir l’essence de relations bilatérales très régulièrement qualifiées de “privilégiées”, à tord ou à raison, aussi bien par les deux peuples que par leurs élites. D’autre part, précisément, l’étude des effets de ces forces profondes sur les mécanismes et les processus de décision politique et diplomatique permet de réelles avancées dans la compréhension et l’interprétation des événements ou des comportements, principalement au sommet du pouvoir. Il est en effet impossible d’envisager un chef d’Etat ou de gouvernement « complètement libéré des lois de la nécessité » ou « seul, en dehors de l’espace, du temps et de la causalité » ; autrement dit, « s’il existe un seul acte humain libre, il n’existe aucune loi historique, et il devient impossible de se représenter les faits de l’histoire ». Enfin, la perspective du contexte international de guerre froide et de celui de la construction de l’Europe achève d’élargir cet « horizon trop restreint » d’une étude purement bilatérale, politique et diplomatique.
Cet apport des “forces profondes” et de leur impact sur les processus de décision est d’autant plus fondamental que l’histoire de la Grèce contemporaine est soumise à certaines divergences historiographiques qui représentent un écueil parfois difficile à éviter pour le chercheur “étranger” - fût-il d’origine grecque. L’influence de la guerre civile (1944-1949) et de son prolongement politique sur les mentalités a profondément marqué la perception du peuple grec de sa propre histoire, ce qui n’est pas sans conséquences. Par exemple, la place historique centrale tenue par le Premier ministre Karamanlis au cours de la période étudiée, ainsi que son bilan, sont en proie à des évaluations contrastées par les historiens en général, et les Grecs, historiens ou non, en particulier. Pour certains, il s’agit d’une évidence historique, M. Karamanlis représente pour la Grèce le “sauveur” de la nation, le restaurateur de la stabilité politique intérieure et du rétablissement économique, tandis que pour d’autres, il est l’image d’un homme d’Etat autoritaire dont le culte a par la suite été savamment entretenu. D’autres encore présentent son bilan comme partagé : au “mauvais” Karamanlis de la première période de gouvernement (1955-1963), dont l’accession au pouvoir serait entachée de certaines infidélités à la démocratie en raison notamment du rôle joué par le Palais, succéderait le “bon” Karamanlis de 1974, après onze années d’influence française positive pendant son exil parisien. De même, la perception du rôle et des convictions politiques d’Andréas Papandréou divergent selon les interlocuteurs et les écrits, les uns le présentant comme “l’homme des Américains” - voire un agent de la CIA -, les autres comme un nationaliste ou un défenseur de l’indépendance et de la souveraineté de son pays. Les exemples sont multiples et couvrent l’ensemble de la période étudiée : guerre civile, crise chypriote, dictature des Colonels, histoire de la gauche communiste et non communiste, etc.
Ces quelques exemples montrent à quel point les écueils sont présents pour cette étude sur les relations franco-grecques, et combien sont bienvenus les outils permettant de les éviter. Parmi ceux-ci, les forces profondes, donc, dans toutes leurs composantes offrant un décryptage “objectif” : repères biographiques (environnement géographique et culturel dès la naissance, éducation, culture personnelle, prédispositions francophiles ou non, européennes ou non, philhellènes ou non, etc.), typologie et qualité de l’environnement politique proche (les conseillers, le sentiment national et les perceptions de la sécurité nationale, etc.), l’opinion publique et le sentiment collectif d’insécurité (et ses impacts sur les décisions et les orientations politiques des dirigeants), perception du danger et du sentiment d’encerclement, etc. Ces outils s’avèrent indispensables, notamment dans la mesure où les relations franco-grecques, faisant l’objet de cette étude, reposent très régulièrement sur une relation directe et personnelle entre les deux dirigeants français et grec au pouvoir. Le rôle joué par l’affect, par le sentiment d’appartenance à une identité collective ou à un creuset culturel commun, est en effet fondamental pour percevoir les éléments déterminants de la personnalisation récurrente et centrale de ces relations bilatérales. Et cette personnalisation des relations franco-grecques au sommet de l’Etat joue un rôle considérable sur les prises de décision et les orientations entre les deux pays.
Pour autant, cette étude ne cherche ni à dresser un tableau exhaustif des liens de causalité entre les forces profondes et l’évolution des relations franco-grecques, ni à proposer une grille de lecture sociopolitique ou socio-psychologique des événements et décisions qui en jalonnent le parcours. L’analyse des forces profondes reste un élément d’étude, non l’étude elle-même. Car cette étude s’inscrit bel et bien dans le cadre traditionnel d’une histoire diplomatique et politique de relations interétatiques. L’environnement international de la guerre froide et de la construction européenne constitue d’ailleurs le prisme incontournable pour la mise en perspective des relations franco-grecques entre 1944 et 1981. Là encore, l’analyse des forces et des mouvements de fond pro-européens en France ou en Grèce doit y trouver sa place, mais c’est essentiellement au niveau étatique que l’étude est conduite, c’est-à-dire sur la façon dont le contexte international et européen est à l’origine de la définition d’un “projet national” du côté français comme du côté grec, et comment cette définition affecte les relations entre les deux Etats.
Ainsi, cette étude sur les relations franco-grecques entre 1944 et 1981 s’inscrit à la fois clairement dans un cadre bilatéral évident, dans un contexte international inédit de guerre froide, et dans la problématique de création d’un “ordre européen” reposant sur un équilibre “organique” - l’importance des structures juridiques et politiques et le partage de valeurs communes constituent un cadre idéologique permanent dans lequel évoluent ces relations au sommet de l’Etat. Même si, du fait des interactions entre ces différents champs d’analyse et du fait de la mise en évidence des forces profondes, on est loin de l’étau restreint et exclusif de l’histoire diplomatique stricto sensu, le point de vue de cette thèse reste pourtant essentiellement lié à l’école “réaliste”. Cette étude met en effet en scène les Etats, leurs rapports de force, les conflits ou l’équilibre de leurs intérêts, leur volonté de défendre leur souveraineté nationale et les voies qu’ils empruntent à cet effet. Ainsi, la dialectique entre ce