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Le Labex RESMED : la recherche au Moyen-Orient confrontée à l’actualité

Le Laboratoire d’excellence (Labex) RESMED s’intéresse à la préservation des connaissances et du patrimoine ancien ainsi qu’à l’étude du rapport entre religion et société en Méditerranée, des origines au monde contemporain. Dans cet espace géographique, la religion apparaît en effet comme un élément décisif pour définir les groupes humains dont elle éclaire l’histoire et l’identité, en les situant les uns par rapport aux autres.

Photo 1 : Temple de Baqirah, Syrie, © Françoise Briquel Chatonnet
Photo 2 : Karhab Shams, Syrie, © Françoise Briquel Chatonnet
Photo 3 : Qalat Seman, Syrie© Yves Guichard
Photo 4 : Forteresse perse de Tell el-Herr, Égypte, © Dominique Valbelle

Des terrains de recherche fragilisés

Le Labex RESMED finance des missions archéologiques et documentaires et soutient des opérations de valorisation ou de sauvetage de sites en danger menacés de destruction par l’action humaine, notamment en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Les actes de terrorisme récents touchant l’Égypte et le Proche-Orient ont des répercussions importantes sur les recherches conduites par les membres du Labex dont plusieurs d’entre eux continuent d’y travailler. Les archéologues sont parmis les premiers concernés par la situation politique instable et doivent en tout premier lieu limiter leurs déplacements aux zones sécurisées. Ils sont également confrontés à la crise économique et à l’urgence sociale qui affectent ces régions. Les familles d’ouvriers ou des collaborateurs locaux n’ont généralement plus d’activités en dehors des mois où ils travaillent sur les fouilles. Les activités du Labex dans ces régions, tant en termes de recherche scientifique que de sauvegarde du patrimoine, apportent un soutien direct et indirect aux populations locales.

Des chantiers à l’arrêt en Egypte

Dans le Sinaï, les campagnes de fouilles ont cessé depuis le début des années 2010, la sécurité des membres des missions archéologiques ne pouvant être assurée. Ainsi, il a fallu adapter la manière de travailler en archéologie, en s’éloignant des zones à risque et imaginer des stratégies permettant de faire avancer les recherches, mais aussi de préserver le matériel issu des fouilles. Le Labex a participé au financement d’une mission d’étude du matériel archéologique (mobilier lithique, vaisselle céramique et métallique, etc.) provenant de plusieurs sanctuaires d’origine égyptienne et proche-orientale, bâtis dans la forteresse de Tell el-Herr. Ce matériel a pu être déplacé temporairement sur un site sécurisé, dans le Delta du Nil, afin de permettre la publication des résultats de fouilles.

Des chantiers dans des zones à risques

Le Labex finance, également, des missions de terrain vers des zones qui ne sont pas encore touchées mais qui restent menacées à terme notamment au Liban. C’est dans la bibliothèque de la résidence patriarcale de l’Eglise syriaque catholique, à Charfet, que sont rassemblés près de 2 000 manuscrits syriaques, garshuni et arabes. Plusieurs membres du Labex ont pu accéder à la bibliothèque qui était depuis longtemps fermée aux chercheurs.

De nouveaux chantiers dans des zones relativement sécurisées

Le site de Qousseir près de Nadjaf en Irak, florissant pendant l’Antiquité tardive, connu pour son église remarquable, présente plusieurs sites périphériques qui semblent être des monastères. La région est actuellement quasi exclusivement chiite et éloignée (sud-est de l’Irak) des zones sous contrôle de Daesh. Le niveau de sécurité dans cette région est acceptable, et différentes confessions religieuses coexistent sans difficultés. Le site est néanmoins menacé non par la guerre, mais par l’extension des habitats contemporains. Les fouilles permettront d’avoir une meilleure compréhension du monde syriaque à son apogée dans l’Antiquité tardive, et d’autre part un témoignage local précis sur le processus postérieur d’islamisation.

Plus d'infos sur RESMED

Le laboratoire d’excellence (Labex) « Religions et Sociétés dans le Monde Méditerranéen » (Resmed) est un projet porté par l’initiative d’excellence (Idex) de Sorbonne Universités. « Il compte environ une centaine de chercheurs dans des domaines très variés : histoire, langues anciennes, archéologie et musicologie », précise Béatrice Caseau, directrice du Labex RESMED et professeur d’histoire byzantine à Paris-Sorbonne , « il réunit l’Unité Mixte de Recherche (UMR) Orient et Méditerranée, elle-même composée de six anciennes UMR (Mondes sémitiques, Mondes pharaoniques, Méditerranée antique – Civilisation et christianisme ancien, Médecine grecque, Monde byzantin, Islam médiéval) et plusieurs partenaires tels que le Centre Léon Robin de la recherche sur la pensée antique, l’AOROC (archéologie d’Orient et d’Occident et Textes anciens), l’Institut de Recherche et d’Histoire des textes et l’Institut de recherche en Musicologie (IREMUS). » 

« Le Labex a permis le financement de projets transversaux qui permettent à des chercheurs qui se côtoyaient peu de se rencontrer et de travailler ensemble » ajoute Béatrice Caseau. En effet, pour la première fois, sont associées des équipes qui n’avaient jamais collaboré sur des programmes communs, par exemple celle de philosophie antique avec celle des musicologues.

Les recherches menées au sein du Labex RESMED s’articulent autour de trois axes scientifiques :

► Le premier traite des religions du monde méditerranéen, de leurs lieux et de leurs conflits. La coexistence entre les communautés religieuses implique de s’interroger sur les confrontations possibles : pourquoi et comment change-t-on de religion, dans quelle mesure l’accès à une religion nouvelle est-il ou non une rupture radicale ?

► Le second traite des rapports entre religion, tradition et innovation. L’étude de la relation entre religion grecque et philosophie permet dans un premier temps de comprendre comment se sont forgés les instruments conceptuels, les modèles argumentaires et les stratégies d’attaque et de défense des philosophes face à la religion. La médecine est également un champ d’application de ce thème.

► Le troisième axe traite des religions et des pratiques sociales. La religion permet en effet de structurer le corps social et la sociabilité, de construire une identité qui s’exprime à travers la musique, les traditions culinaires et la culture au sens large.